Archive | Antiimpérialisme

08 mai 2014 ~ 0 Commentaire

La tragédie d’odessa (rs21)

A protester throws a petrol bomb at the trade union building in Odessa

Plus de 40 personnes ont été tuées à Odessa, la ville du sud de l’Ukraine.

Cela à la suite de violents combats et d’un incendie de la maison des syndicats de la ville . D’autres villes, comme Slavyansk , ont également vu des affrontements meurtriers. Les sources diffèrent sur ​​les événements menant à l’incendie, mais des images et des photo- graphies de la scène montrent que les victimes ont eu une mort horrible. Il y avait sans aucun doute des fascistes impliqués dans la pire des attaques, et la police a clairement joué un rôle , que ce soit par son inaction ou par son organisation.

Il existe de nombreux rapports sur les détails exacts de ce qui s’est passé ce jour-là, mais il est important de comprendre à qui profite cette violence. Le gouvernement russe peut l’utiliser comme une excuse pour intensifier ses opérations militaires, de même que le gouvernement ukrainien et ses partisans de l’UE et des Etats-Unis. Le Ministre de l’Intérieur d’Ukraine pré- tend que ce sont les pro-russes « rebelles, qui ont été les victimes d’Odessa, qui ont mis  le feu accidentellement .

Aucune des deux parties n’a besoin que sa version des faits soit vraie, ils ont simplement besoin d’enraciner la division et tourner une opinion populaire contre une autre. Dans le même temps, les fascistes augmentent leur soutien. Ces tragiques circonstances ne servent qu’à approfondir la tragédie d’Odessa .

« Les nationalistes ukrainiens et russes se congratulent sur le dos des jeunes tués à Odessa », selon les mots d’Andrei Ishchenko, membre de l’Opposition de gauche à Odessa. Le socialiste russe Ivan Ovsyannikov, lui souligne que « Nous ne pouvons pas laisser la mort de ces per- sonnes être utilisée comme justification pour une intervention militaire ou d’autres meurtres  » .

En dernière analyse, les responsables de la violence et de la division à travers l’Ukraine , de Sébastopol à Kharkiv , de Donetsk à Odessa, sont des blocs impérialistes et les oligarques en concurrence.

Les Etats-Unis et l’Union européenne cherchent à consolider la position du gouvernement intérimaire de Kiev, qui vise à imposer des mesures d’austérité sévères à la population et réprimer toute dissidence de même nature que celle qui a renversé M. Ianoukovitch et qui leur a donné l’occasion de prendre le pouvoir .

La Russie est en pleine expansion dans l’Est du pays, après avoir déjà annexé la Crimée. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les Tatars de Crimée, dont certains ont quitté la péninsule, et pour les Juifs en Ukraine orientale qui émigrent en Israël en nombre. Les deux groupes sont menacés par les forces pro-russes, qui sont soi-disant « anti-fascistes ». Il va sans dire que la propagation de Svoboda et du secteur droit les menacent aussi .

Les socialistes (anticapitalistes, note du blog) n’ont pas à choisir entre les impérialismes ni à chercher des excuses pour leurs actes. L’opposition à l’impérialisme russe ne signifie pas un soutien au néolibéralisme occidental, et n’est pas une concession au fascisme. C’est une grave erreur de prétendre que l’intervention russe permet l’autodétermination  de la Crimée ou de l’Ukraine orientale, ou que les actions de l’Etat russe sont de toute façon antifascistes. Une prise de contrôle réussie de la Russie à l’Est va renforcer la main de Poutine dans l’oppression des autres victimes de l’impérialisme russe, comme dans le Caucase, ainsi que contre les Russes ordinaires, chez qui toute dissidence sera encore plus férocement réprimée.

Il doit être absolument clair que nous sommes avec les peuples de l’Ukraine contre leur propre gouvernement et les oligarques, contre les machinations de l’Occident, contre la menace croissante du fascisme, et contre la montée de l’impérialisme russe. Il ne peut y avoir aucun compromis sur ces questions.  Suhail Ilyas

http://rs21.org.uk/2014/05/07/the-tragedy-of-odessa/.

Un courrier:
Beaucoup de choses fausses sont publiées sur l’Ukraine et  sur les événements tragiques d’Odessa, qui semblent provenir de la propagande poutinienne. Les manifestants « pro-Maïdan » ou d’ »Ukraine unie », avec des femmes et des enfants, entre 2000 et 3000, ont d’abord été agressés par les « séparatistes » (200 à 300, hommes, armés, casqués), se sont défendus puis sont passés à l’attaque. Les « séparatistes »,  protégés par la police, ont tiré sur eux à la mitraillette. Après, autour de la « Maison des syndicats », les deux côtés ont employé des cocktails Molotov, mais peu ont été lancés de l’extérieur, par contre les « séparatistes » en lançaient depuis les toits. Ils en avaient des stocks dans le local. Et le feu a pris au troisième étage… Il n’y a pas un seul cas confirmé de quelqu’un qui serait sorti de l’immeuble en feu et aurait été tué ensuite – cela ne paraît que dans les médias  russes. Par contre il y a des photos qui montrent comment les « pro-Maidan » qui attaquaient la Maison des syndicats tentent de faire descendre des gens de l’immeuble en feu.

A l’Est de l’Ukraine, où il s’agit quand même d’agglomérations de centaines de milliers d’habitants, les manifestations « séparatistes » n’ont pas dépassé 2000 à 3000 personnes… alors qu’à Maidan il y a eu des dizaines, parfois des centaines de milliers de personnes, durant deux mois… A l’Est et au Sud de l’Ukraine, ce sont de petites bandes armées qui mènent la danse (200 à 300 par ville au maximum, certains changeant  souvent de ville). La population n’y participe pas, même si une partie se sent plus attirée du côté russe. Au moins une partie de la population a peur de ces bandes armées et ne s’y identifie pas.

C’est un « drôle de guerre civile » – avec des victimes, mais sans participation des masses.  A Sloviansk l’intervention de l’armée ukrainienne (qui semble  prudente) a atteint un niveau supérieur, mais toutes les vidéos montrent à chaque fois une dizaine ou tout au plus une vingtaine de  personnes sur les barricades.

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07 mai 2014 ~ 0 Commentaire

L’Ukraine et la question nationale (1)

russie-urss-contre-financiers
« Le nationalisme sous ses différents aspects hante tous les aspects des conflits et contradictions aujourd’hui à l’œuvre en Ukraine »

Nous reproduisons ci-dessous la majeure partie d’un article publié en anglais le 11 mars 2014 sur le site de l’International Socialist Organization (ISO, Etats-Unis) [1]. Notons que cet article a été écrit avant le regain des tensions et le début des affrontements armés dans l’est de l’Ukraine.

Comprendre les rapports entre la Russie et l’Ukraine exige d’opérer un retour sur l’Histoire. La domination impériale de la Russie a profondément affecté et continue d’influ- encer de façon décisive les développements économiques et politiques en Ukraine. Cela a été le cas en Crimée, annexée par la Russie après sa prise de contrôle militaire, en riposte au renversement du président Viktor Ianoukovitch et à la mise en place à Kiev d’un gouvernement pro-occidental.

Avec un discours qui rappelle les prétextes « humanitaires » des interventions mili- taires US, les dirigeants russes ont justifié leur action en Crimée par la nécessité de défendre ses habitants d’origine russe, majoritaires, de mesures répressives imposées par le nouveau gouvernement de Kiev, dominé par des nationalistes ukrainiens. La population de Crimée est composée à 20 % d’habitants d’origine ukrainienne et à 15 % de Tatars, une population turque musulmane qui vivait dans la péninsule avant sa déportation en masse par Staline, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les Tatars, qui n’ont été autorisés à rentrer en Crimée que dans les années 1980, ont de bonnes raisons de craindre un statut de citoyens de seconde zone dans une Crimée russifiée.

Pendant ce temps, à Kiev, le nouveau gouvernement ukrainien, dominé par des partis de centre-droit et d’extrême droite, fait appel au nationalisme pour solidifier sa base de soutien, principalement dans les parties ouest et nord du pays. L’un des premiers actes du parlement post-Ianoukovitch a été d’abroger une loi accordant localement le statut de langue officielle à d’autres langues que l’ukrainien (le président intérimaire y a cependant opposé son véto). Et cela, bien que beaucoup des leaders de l’opposition – comme les candidats à la présidentielle Vitali Klitschko et Ioulia Timochenko, ou le nouveau premier ministre Arseni Yatseniouk – aient le russe pour première langue. Les préférences linguistiques ne sont pas la clé des positionnements politiques.

De l’empire des Tsars au stalinisme Comprendre aujourd’hui la question nationale en Ukraine exige de connaître l’histoire du pays, en particulier son assujettissement par la Russie, d’abord sous l’empire des Tsars puis, après la victoire de la contre-révolution stalinienne, dans le cadre de l’ex-URSS. Ainsi que le marxiste révolutionnaire russe Ilya Boudraitskis le souligne dans une interview à la revue allemande Marx 21 [2], la centralité du nationalisme en Ukraine résulte de la façon dont l’Ukraine a été fondée en tant que nation indépendante – à travers l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. C’est pour cela que le nationalisme a un tel pou- voir de conviction. La mentalité populaire correspond à celle d’une ancienne colonie. La plu- part des Ukrainiens pense que le plus important est de ne pas être dominé par une puissance étrangère.

La domination russe en Ukraine date de la seconde moitié du 17e siècle, quand à l’is- sue de trente ans de guerre entre la Russie, la Pologne, les Turcs et les Cosaques, l’essentiel du pays était passé sous le contrôle de la Russie des Tsars. C’est la Révolution russe de 1917 qui libéra l’Ukraine de la mainmise de l’empire tsariste. La propagation d’un mouvement de libération nationale culmina – avec le soutien du gouvernement de Moscou dirigé par les Bolcheviks – dans une éclosion de la culture et de la langue ukrainiennes.

En 1918, un monarque soutenu par l’Allemagne prit le pouvoir en Ukraine, et les armées blanches contre-révolutionnaires – équipées et soutenues par les gouvernements occidentaux, pour faire la guerre aux Rouges de l’Etat ouvrier russe – tentèrent de chasser les paysans des terres qu’ils avaient prises en 1917 aux propriétaires fonciers. La grande majorité du peuple prit position en faveur de la fédération avec la Russie, dans l’Etat ouvrier qui allait bientôt être constitué, l’Union des Républiques socialistes soviétiques.

Mais dans les années 1920, la montée de la bureaucratie stalinienne commença à saper les droits nationaux de l’Ukraine et d’autres anciennes possessions coloniales du Tsar. Dans les années ayant précédé sa mort, et bien que sérieusement handicapé par la maladie, Lénine, le dirigeant de la Révolution russe, tenta de contrer la politique de Staline, en parti- culier afin de défendre l’auto-détermination de l’Ukraine et de la Géorgie voisine. Mais la contre-révolution stalinienne fut victorieuse au bout de quelques année. Bien que continuant à utiliser une rhétorique socialiste, les nouveaux dirigeants de l’URSS liquidèrent tous les acquis de la révolution de 1917, y compris le droit à l’auto-détermination des nations opprimées.

L’OUN de Stepan Bandera Au début des années 1930, la politique de Staline de collec-tivisation forcée des campagnes et d’industrialisation à marche forcée en cinq ans, eut en Ukraine des conséquences catastrophiques. Après une campagne de «  russification  », qui en 1931 bannit la langue ukrainienne des écoles et des lieux de travail, les politiques écono- miques du Kremlin conduisirent, en 1932-33, à une famine de masse qui coûta la vie à 3,3 millions de personnes. Par la suite, l’Ukraine souffrit plus que tout autre territoire de l’URSS de la dévastation de la Deuxième Guerre mondiale.

C’est dans ce contexte que surgit l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), aujourd’hui révérée par les ultra-nationalistes présents au gouvernement. L’OUN s’engagea dans une lutte violente pour imposer une Ukraine ethniquement homogène. Avec des parties de l’Ukraine sous contrôle russe, à l’est, et d’autres parties sous celui de la Pologne, à l’ouest, elle dirigea ses attaques contre les Russes et Polonais d’origine.

L’OUN visait également, de façon explicite, à l’épuration ethnique des Juifs d’Ukraine. En 1938, cette organisation se scinda en deux, l’aile dirigée par Stepan Bandera s’alliant avec l’Allemagne nazie. A la fin de la guerre, l’OUN sous le commandement de Bandera, avec son bras militaire l’Armée ukrainienne insurgée, procéda à un nettoyage ethnique qui fit disparaître plus de 90 000 Juifs et Polonais. En Russie, l’élite stalinienne avait tenté de conclure un accord avec Hitler et les Nazis pour se partager l’Europe de l’Est, mais après l’invasion nazie de la Russie, Moscou combattit du côté des Alliés. Après la victoire alliée sur l’Allemagne, les auto- rités soviétiques menèrent une guerre prolongée contre l’OUN, jusqu’à finir par la détruire en 1953.

Renouveau dans les années 1980 Le nationalisme ukrainien connut un renouveau dans les années 1980, au moment du déclin de l’ex-URSS. Mais les sentiments nationaux qui se sont alors développés n’étaient pas une simple résurgence de l’OUN et de son idéologie fasciste. Sous la politique de la «  glasnost » (ouverture) du dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, il était possible de discuter de la catastrophe de la famine des années 1930 imposée à l’Ukraine, comme des décennies suivantes passées sous la botte stalinienne. Un renouveau culturel en Ukraine suscita de l’espoir en un pays libre, indépendant et démocratique – tant dans l’ouest de langue ukrainienne et principalement agricole que dans l’est avec son économie industrielle plus intégrée à celle de l’ex-URSS.

En 1989, une grève de masse des mineurs ukrainiens, menée principalement par des travailleurs de langue russe dans l’est du pays, refléta et renforça cette aspiration. Comme un envoyé spécial du New York Times [3] l’exprima alors, «  La mobilisation ouvrière en Ukraine, deuxième plus grande république soviétique, pourrait poser un sérieux problème aux dirigeants conservateurs de ce bastion industriel, qui doivent déjà faire face à la montée du nationalisme ukrainien  ». Des nationalistes russes, qui tentaient de sauver l’empire de l’effondrement de l’URSS, lancèrent alors un appel à toutes les populations de langue russe. Mais comme le releva l’auteur Mark Beissinger [4], ils «échouèrent à trouver une basse de masse en Russie. Leurs tentatives de courtiser les mineurs d’Ukraine, de Sibérie et du nord du Kazakhstan ne donnèrent pas plus de résultats  ».

A la fin des années 1980, face à un système stalinien dont le déclin était clairement irré- médiable, les apparatchiks ukrainiens les plus lucides commencèrent à critiquer le Parti com- muniste et à sympathiser ouvertement avec le renouveau culturel nationaliste, quand bien mê- me ils avaient passé leur vie entière au service du Kremlin. Dans le sillage d’un coup d’Etat manqué contre Gorbatchev à Moscou, l’un de ces apparatchiks, Léonid Kravtchouk, alors pré- sident du parlement ukrainien, déclara l’indépendance de l’URSS et devint le nouveau chef d’Etat.

En décembre 1991, près de 90 % des Ukrainiens optèrent pour l’indépendance. Le vote en sa faveur fut très élevé aussi dans les régions plus russifiées de l’est. Comme le journaliste Bohdan Nahaylo l’écrivit alors, «une révolution s’est produite dans les esprits des habitants de l’Ukraine. D’une manière ou d’une autre, en un temps remarquablement bref, l’idée de l’indé-pendance ukrainienne, si longtemps décrite par la presse soviétique comme la cause perdue de nationalistes jusqu’au-boutistes d’Ukraine occidentale, s’est emparée de toute la république. »

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31806

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07 mai 2014 ~ 0 Commentaire

L’Ukraine et la question nationale (2)

 poupee russe

Nationalisme, politiciens et oligarques

Après l’indépendance, le nationalisme devint cependant un outil entre les mains de politiciens rivaux représentant divers intérêts économiques. Plus d’un ancien responsable du Parti com- muniste utilisa ses relations pour profiter des privatisations et se transformer en oligarque richissime. La leader de l’opposition, Ioulia Timochenko, bien qu’emprisonnée sous Ianou- kovitch, est devenue l’une des personnes les plus riches du pays grâce à ses affaires avec des oligarques d’Ukraine comme de Russie.

Ces politiciens n’étaient nationalistes que dans la mesure où cela servait leurs intérêts. Kravtchouk, un supposé nationaliste, fut défait dans l’élection présidentielle de 1994 par un de ses anciens collègues apparatchiks, Léonid Koutchma, qui penchait plus vers les liens avec la Russie. Koutchma était tout aussi corrompu et brutal que ses opposants : étiqueté comme pion de Moscou, il se tourna en fait vers le FMI et accrut la coopération militaire avec l’OTAN.

Lors de l’élection présidentielle de 2004, Kravtchouk soutint un autre politicien considéré pro-Moscou – nul autre que Viktor Ianoukovitch. Mais une fraude électorale évidente déclen- cha des protestations de masse, dans ce qui devint la «Révolution orange». Ianoukovitch fut contraint d’organiser de nouvelles élections que son opposant, Viktor Iouchtchenko, remporta.

Iouchtchenko s’appuya sur le nationalisme pour tenter de consolider son pouvoir. Les institutions de l’Etat commencèrent à propager une histoire alternative du mouvement nationaliste des années 1930 et suivantes, épurée pour l’essentiel de son idéologie antisémite et fasciste, représentant un mouvement de libération nationale héroïque. Mais en ne faisant rien pour répondre aux revendications économiques de base qui constituaient le soubas- sement de la Révolution orange, Iouschenko perdit rapidement sa popularité.

En 2010, Ianoukovitch remporta facilement l’élection présidentielle – même si, cette fois, celui qui avait été l’allié de la Russie promit de resserrer les liens économiques et politi- ques avec l’Europe, et y compris de renforcer la coopération avec l’OTAN. Aujourd’hui, la quasi totalité du spectre politique à Kiev s’inscrit dans les limites de différents types de nationalisme.

Aussi bien Svoboda [qui dispose de quatre ministres dans l’actuel gouvernement de transition, NdTr] que Trident, l’une des principales composantes du Secteur Droit (Pravyi Sektor), qui s’est fait remarquer pour son rôle dans la défense de l’occupation de Maidan (la place de l’indépendance à Kiev), face aux attaques de la police de Ianoukovitch, se présentent comme les héritiers de l’OUN de Stepan Bandera [...] La persistance du nationalisme en Ukraine, en particulier dans les régions occidentales, ne peut pas s’expliquer totalement par les liens économiques actuels avec la Russie, mais ceux-ci en donnent largement le contexte. Une bonne part de l’économie ukrainienne reste dépendante de son voisin de l’est.

Comme Slawomir Matuszak l’a montré à travers une étude détaillée [5], l’Ukraine se distingue par le fait d’avoir sans doute le plus haut niveau de contrôle oligarchique direct sur le gou- vernement. Chez les oligarques qui règnent à l’ouest, l’une des raisons de l’aversion à l’association avec la Russie est la perspective d’une implication directe de Poutine dans la politique du pays.

Poutine a consolidé le pouvoir d’Etat en Russie en dépouillant les oligarques russes de leur pouvoir politique [6]. A travers son soutien à Ianoukovitch, il tentait de s’assurer le contrôle le plus complet possible sur les pipe-lines gaziers, d’une importance cruciale, qui relient les producteurs russes à leurs consommateurs en Europe. Cela passait, entre autres, par le renforcement d’un Etat sous contrôle de Ianoukovitch et de ses alliés, et représentait à l’évidence une menace pour des secteurs de l’oligarchie.

Le jeu des intérêts économiques De ce point de vue, la différence entre les oligarques anti-russes concentrés à l’ouest et le secteur qui était pour l’essentiel resté loyal à Ianoukovitch est que ces derniers, pour conserver leur pouvoir, ont besoin du soutien financier et politique de Poutine ; alors que dans la dernière période, le secteur anti-russe a commencé à s’appuyer davantage sur une politique consistant à canaliser le mécontentement populaire dans un sens nationaliste.

Ces divisions ne sont cependant pas inscrites dans le marbre. Les oligarques «  de l’est »comme «  de l’ouest  » se sont montrés tout à fait capables de changer de camp lorsque cela leur était profitable. Un cas d’espèce est la conversion récente de l’homme le plus riche d’Ukraine, Rinat Akhmetov, qui après avoir fermement soutenu Ianoukovitch, est passé du côté du gouvernement de Kiev.

Alors que le marché domestique reste important pour les oligarques les moins puissants, les intérêts des plus riches et influents d’entre eux dépendent largement des exportations, donc de l’accès aux marchés étrangers. En considérant l’ensemble des exportations ukrainiennes, on ne dénote pas de tendance nette vers l’Ouest ou vers l’Est : 38 % des biens sont vendus à des Etats anciennement soviétiques, aujourd’hui regroupés dans la Communauté des Etats indépendants (CEI), tandis que 26 % sont à destination de l’Union européenne et 36 % vont vers d’autres pays.

L’Ukraine demeure toutefois dans un rapport de dépendance vis-à-vis de la Russie sous de nombreux aspects, y compris une dette commerciale de 10 milliards de dollars, dont Moscou exige maintenant le remboursement. Près d’un tiers des exportations ukrainiennes, parmi elles les produits industriels les plus élaborés mais néanmoins non compétitifs sur le marché de l’UE, sont destinées à la Russie.

Dans l’autre sens, 36 % des importations de l’Ukraine, dont 60 % de son gaz naturel, pro- viennent de Russie. Les prix avantageux consentis à l’Ukraine par la Russie compensaient le niveau bas des redevances versées pour le transit du gaz russe vers les marchés européens. 80 % du gaz russe est acheminé vers l’UE à travers le territoire ukrainien. Dans le même temps, la compagnie pétrolière Rosneft détenue par l’Etat russe – la plus importante au monde – possède déjà la deuxième plus grande raffinerie d’Ukraine et est en passe d’acquérir la première. [7]

Ces rapports, en particulier la dépendance énergétique de l’Ukraine, bénéficient évidemment aux milieux d’affaires russes, y compris ceux du secteur contrôlé par l’Etat. C’est pourquoi l’Etat russe intervient pour maintenir l’Ukraine en position subordonnée. Il a ainsi interrompu en janvier 2006 (puis de nouveau en 2009) ses approvisionnements en gaz, en représailles à des démarches du gouvernement ukrainien dans le sens d’une extension des relations avec l’UE. De la même façon, la Russie se prépare aujourd’hui à annuler le gros rabais dont l’Ukraine bénéficie pour ses importations de gaz naturel.

Une telle mesure, pendant économique à la prise de contrôle militaire de la Crimée, ne pourra qu’enrager les gens du peuple en Ukraine. Elle a été utilisée pour alimenter les appels nationalistes des partis politiques conservateurs, soutenus par des secteurs de l’élite dirigeante.

La tactique du gouvernement Les oligarques eux-mêmes, bien que tirant tous profit, à l’est comme à l’ouest, de leurs liens avec le monde des affaires russe, s’irritent des interventions périodiques de l’Etat russe destinées à bloquer tout mouvement vers l’Europe. Le nouveau gouvernement de Kiev vient d’ailleurs de nommer deux des principaux oligarques de l’est aux gouvernorats de Donetsk et de Dniepropetrovsk [8]. Au même moment, un autre oligarque, Dmytro Firtash, était enrôlé pour intervenir auprès des milieux d’affaires russes afin qu’ils exercent leur influence en faveur de la paix, au nom du fait que toute escalade du conflit serait mauvaise pour les affaires de tous [9].

La nomination de deux milliardaires à la direction politique d’importantes régions de l’est de l’Ukraine illustre la tentative du gouvernement d’utiliser la menace de l’intervention russe afin de renforcer sa base politique autour d’un concept d’unité nationale – centré sur la défense particulière des intérêts de la classe dirigeante. Cela correspond à la politique qu’il mène plus généralement : utiliser le conflit avec la Russie pour détourner le mécontentement populaire, tout en appliquant des mesures néolibérales déjà familières aux gens du peuple à l’époque de Ianoukovitch, sans parler des peuples de Grèce, d’Espagne et d’autres pays européens [...]

Que peut-il se passer ? Le gouvernement a engagé avec le FMI des négociations en vue d’obtenir des prêts, qui incluraient des conditions très strictes : nouvelles coupes dans les retraites, augmentation des taxes sur l’énergie payées par les travailleurs, privatisation d’industries et entreprises d’Etat, suppression de plusieurs départements ministériels, réduction des allocations de chômage et de maladie…

De telles mesures porteront préjudice à la popularité – déjà bien entamée – du gouvernement. Les figures politiques qui prétendaient «  diriger  » le mouvement de Maidan ont admis, avant la chute de Ianoukovitch, qu’elles ne contrôlaient pas le mouvement de masse. En négociant une austérité encore plus sévère, elles ne deviendront que plus suspectes aux yeux des travailleurs [...]

A l’est du pays, où Ianoukovitch conserve une base, la population est pour l’essentiel restée passive [10], même si de petites manifestations pro-russes et pro-Maidan ont attiré l’attention des médias. Dans l’ensemble, il y a peu de soutien à une sécession pour rejoindre la Russie, même dans les grandes villes. Mais il n’y en a pas beaucoup non plus pour le nouveau gouvernement de Kiev, avec son programme nationaliste cru [...]

Les menaces de guerre de la Russie ont conforté les nationalistes et les fascistes déclarés qui dominent le nouvel ordre installé à Kiev, même s’ils n’ont pas dirigé le mouvement de masse qui les a amenés au pouvoir. Dans le même temps, à l’est et au sud, le discours et les politiques de droite du gouvernement central encouragent les gens du peuple à considérer les forces russes comme une protection face à un régime qui les priverait de leur langue et de leurs droits politiques.

Casser cet enchaînement exigera un soulèvement d’en bas, fondé sur une alternative politique capable d’unifier les travailleurs par-delà les divisions qui menacent l’unité de l’Ukraine ; et notamment de mobiliser les nombreux habitants de langue russe, jeunes pour la plupart, qui se considèrent ukrainiens et rejettent l’assimilation à la Russie [11], dans l’unité avec les habitants de l’ouest, politiquement plus actifs, qui en ont assez des oligarques dominant le système [...] Sean Larson et Lee Sustar

* Paru dans la Revue L’Anticapitaliste n°54 (mai 2014). http://www.npa2009.org/

* Texte a été traduit et édité par Jean-Philippe Divès

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31806

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Rwanda 1994: un génocide français

Rwanda 1994: un génocide français dans Altermondialisme

D’avril à juin 1994, 800 000 Rwandais tutsis étaient massacrés par le régime au pouvoir, allié de la France.

Vingt ans après, Hollande décidait de boycotter les commémorations à Kigali. Il s’indignait des propos du président rwandais Paul Kagamé dans Jeune Afrique,  invoquant « le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même. » Les faits sont pourtant accablants.

Avant le génocide

Depuis 1975 la France soutenait la dictature, ouvertement raciste contre la minorité tutsie, de Juvénal Habyaramana. En 1990, pour sauver le régime, le président Mitterrand décidait « l’opé-ration Noroît » et envoyait un contingent militaire français, des fournitures d’armes massives et 80 conseillers militaires pour encadrer l’armée rwandaise. Le régime intensifiait alors sa pro- pagande anti-tutsie haineuse et commençait la planification d’un massacre de masse.

En octobre 1990 des milliers de personnes, tutsis ou liées à des tutsis, étaient arrêtées, torturées, exécutées. Le 13 octobre l’ambassadeur Georges Martres informait l’Elysée que « les paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés dans la région de Kibilira. » En 1993, l’ambassadeur écrira que le chef de l’État rwandais a intimé « l’ordre de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le concours de l’armée et en impliquant la population locale dans les assassinats. »

Le 18 février 1993, la DGSE note à propos de « véritables massacres ethniques » en cours : « il s’agirait d’un élément d’un vaste programme de purification ethnique dirigé contre les Tutsis. »

Pourtant l’aide militaire, financière et diplomatique française s’est accentuée. La France n’est pas « aveugle » ou « piégée » par un allié vicieux et dissimulateur. Ses dirigeants sont informés. Les soudards français sont en contact permanent et fraternel avec les assassins. Avec quel degré de complicité ?

Pendant le génocide En mai 1994 Mitterrand et Balladur lancent l’opération, dite « huma- nitaire », Turquoise. L’armée française ne sauve à peu près personne, mais crée une « zone tampon » au sud-ouest du pays qui bloque l’avancée des forces rebelles et sauve les derniers débris du régime génocidaire.

Après le génocide La France a-t-elle vraiment changé sa politique africaine ? L’a-t-elle moralisée, civilisée ? De 1995 à 1997, elle barbouze dans la guerre qui déchire le Zaïre, elle est la dernière à lâcher Mobutu, puis elle prend sa revanche en 1998, au Congo-Brazzaville : Elf et le gouvernement français (président Chirac, premier ministre Jospin) aident le dictateur Sassou Nguesso à reprendre le pouvoir au prix d’une guerre civile sanglante. L’ami de la France « nettoie » les zones peuplées par des ethnies supposées favorables à ses adversaires. Des dizaines de milliers de morts…

Alors certes, l’Etat français n’a pas décidé de massacrer près d’un million de personnes au Rwanda. Mais il a toujours réagi, en réadaptant ses moyens, pour défendre sa zone d’in- fluence africaine. Mitterrand a osé le dire : « dans ces pays-là, un génocide ça n’a pas trop d’importance  ». Le vieux politicien socialiste raciné dans l’extrême-droite nous dit tout à la fois que « les Noirs on s’en fout » et qu’après tout, là-bas, on peut bien tremper dans toute sorte de crimes.

Pour la juste cause de l’impérialisme français. Le génocide rwandais est secret défense en France, dans la classe politique, dans les médias. On sacrifie au mythe d’une France innocente, qui aurait eu la grandeur d’intervenir, hélas un peu tard, mais la première. On accepte à la rigueur d’entendre que la France fut un peu cynique, ou très aveugle. On  peut alors revenir, tranquillement, à la bonne conscience coloniale et raciste, et se désoler de l’incompréhensible sauvagerie des Africains-qui-se-massacrent-entre-eux. La politique de la France, l’impérialisme, peut continuer avec le même cynisme.

Que veut dire alors cet acharnement des actuels dirigeants socialistes de la France à nier et donc à endosser ces crimes ?  Ce fanatisme de Valls, qui aboie dans son discours d’investiture à l’assemblée : « Je n’accepte pas les accusations injustes, indignes, qui pour- raient laisser penser que la France ait pu être complice d’un génocide au Rwanda, alors que son honneur c’est toujours de séparer les belligérants » ?

Leur fidélité à la tradition coloniale de la France. Leur stricte identité avec la droite en matière d’impérialisme. Leur volonté commune de défendre encore et toujours les intérêts de la bourgeoisie française à travers le monde.  Le génocide rwandais n’est donc pas un « tra- gique accident ». C’est un révélateur terrifiant de la nature de l’appareil d’Etat français et de la classe politique qui s’y identifie.

Yann Cézard Revue L’Anticapitaliste n°54 (mai 2014)

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Cuba sur la voie de la Chine

viva-cuba

Le 29 mars dernier, le Parlement cubain a adopté une nouvelle loi sur les investissements étrangers qui prévoit « un recours accru à l’investissement étranger » pour contribuer «effica- cement au développement durable du pays et à la reprise de l’économie nationale».

Les travailleurs de pratiquement tous les secteurs seront désormais livrés à l’exploitation du capital étranger. La loi énumère en effet 11 secteurs prioritaires: agricole et forestier, alimen- taire, énergie et mines, sucre, métallurgique et mécanique, industrie légère et électronique, pharmaceutique et biotechnologique, commerce en gros, santé, construction, tourisme et transport.

Elle fait un pont d’or au capital : exonération d’impôts sur les bénéfices durant les huit premières années, et à discrétion pour des périodes plus longues, garantie contre l’expro-priation, liberté de transférer à l’étranger, dans la monnaie de leur choix, profit et capital. Demeure une restriction : c’est une agence publique qui recrutera et paiera les travailleurs.

Dans le même temps, le ministre du Commerce a rappelé que les investisseurs étrangers bénéficieraient de la promotion de « zones spéciales de développement », équi- valent des paradis du capital nommés Zones économiques spéciales en Chine. Celle de Mariel, de 450 km2, adossée au port du même nom, à 50 km à l’ouest de la Havane, est en voie de construction par une entreprise brésilienne. Le terminal à conteneurs de Mariel remplacera le port de La Havane comme principale porte d’entrée des marchandises à Cuba, en plaçant l’île à la pointe de plates-formes logistiques qui tentent de profiter de l’élargissement du canal de Panama.

Un nouveau pas dans la soumission au capital, mais qui ne résoudra pas les problèmes économiques de Cuba, et encore moins les problèmes politiques.

Hebdo L’Anticapitaliste – 240 (01/05/2014)

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Pourquoi les citoyens allemands s’opposent massivement au traité de libre-échange transatlantique (basta)

Pourquoi les citoyens allemands s’opposent massivement au traité de libre-échange transatlantique (basta) dans Altermondialisme arton4057-cc1a6

Négocié dans l’opacité, le projet d’accord commercial entre l’Union Européenne et les États-Unis inquiète.

Pour mieux comprendre les enjeux, Basta ! ouvre ses colonnes aux représentants de la société civile qui, de l’Allemagne aux Etats-Unis, en passant par la France, l’Espagne ou l’Italie, se mobilisent. Pia Eberhardt est chargée de campagne à Corporate Europe Observatory (CEO), un observatoire indépendant des pratiques de lobbying en Europe. Elle explique comment ce projet d’accord de libre-échange « cristallise en Allemagne le malaise face à la politique autoritaire et antisociale de l’Union Européenne ». Sur place, la mobilisation ne cesse de s’amplifier.

Il y a encore un an, presque personne en Allemagne ne s’intéressait à cet accord de libre-échange. Le thème de la politique commerciale avait presque disparu du radar militant depuis le mouvement contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au début des années 2000. Les choses ont complètement changé depuis. Dans aucun autre pays européen, le projet d’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis (TTIP) [1] n’est autant débattu qu’en Allemagne. Près d’un demi-million de personnes ont ainsi signé l’appel anti-TTIP de l’organisation Campact. C’est un succès. Les réunions d’informations, débats, actions et manifestations se multiplient.

Une large alliance Que s’est-il passé ? Une large alliance s’est constituée très tôt en Allemagne contre l’accord. À l’été 2013, une coalition est née autour d’une cinquantaine d’organisations : associations environnementales, initiatives contre le fracking et les privatisations, Attac, des organisations d’agriculteurs et des groupes anti-OGM.

En parallèle, les télévisions publiques allemandes ont rapidement commencé à parler du sujet de manière critique, en partie à cause de l’action en justice en cours menée par le groupe énergétique suédois Vattenfall contre la sortie allemande du nucléaire [2]. Car cette plainte met en lumière les dangers que représente un droit des entreprises à contester devant une juridiction arbitrale les décisions des États, comme le prévoit le TTIP.

Enfin, des députés, entre autres Verts, ont commencé assez tôt à attirer l’attention sur le traité autour de thèmes comme les poulets au chlore et les OGM. Le TTIP est ainsi devenu en Allemagne « un paratonnerre politique ». Il a cristallisé le malaise que provoque la politique de crise autoritaire et antisociale de l’UE, qui ne s’était pas traduit sous forme de protestations jusqu’ici.

« Une chance historique pour les multinationales de se débarrasser des régulations encombrantes »

Les thèmes qui suscitent l’opposition au TTIP en Allemagne sont divers. D’abord, l’opacité des négociations. Ensuite, le mécanisme de règlement des différends entre États et investisseurs qui donnerait aux multinationales la possibilité de contester des décisions des États (voir notre enquête). Ce droit spécial pourrait conduire à ce qu’à l’avenir, les gouvernements devront payer cher s’ils mettent en place des réglementations qui vont dans l’intérêt des citoyens et de l’environnement. La menace d’un démantèlement des standards en matière de protection du consommateur, de l’environnement et des travailleurs inquiète également.

Les multinationales voient dans le TTIP une chance historique de se débarrasser des régulations encombrantes qu’ils n’ont pas pu empêcher en amont dans le processus législatif public. Et la procédure de coopération règlementaire pourrait encore donner beaucoup plus de pouvoirs aux grandes entreprises pour affaiblir, reporter ou même faire complètement passer à la trappe des règlementations pourtant nécessaires. Ces aspects critiques sont aussi mis en rapport avec l’accord de libre échange déjà presque conclu entre l’Union européenne et le Canada. Ce dernier constitue un modèle pour le TTIP. L’action en cours de l’Alliance allemande contre le TTIP demande donc au Parlement européen de refuser les deux accords.

Gouvernement allemand et Commission européenne, forces motrices de l’accord

Est-ce que la résistance au TTIP met l’accord commercial « sur la corde raide », comme l’écrivait un magazine allemand il y a peu ? Non, nous n’y sommes pas encore. En accord avec l’industrie allemande, le gouvernement d’Angela Merkel reste l’une des forces motrices derrière les négociations pour le TTIP. La chancelière a encore déclaré récemment que l’accord était « de loin l’un des projets d’avenir les plus importants » pour le pays.

La Commission européenne est elle aussi fermée à la pression politique qui monte contre le TTIP. Cela apparait entre autres sur la consultation publique qu’elle a initiée au sujet du mécanisme de traitement des différends entre investisseurs et États. Malgré le tollé public, cette consultation ne se demande pas si et pourquoi un accord UE-USA doit inclure ou pas un tel mécanisme, mais seulement comment ce mécanisme doit être organisé. La Commission ne veut pas de discussion publique au résultat ouvert. La consultation est plus une habile opération de communication de la Commission pour vendre son propre agenda tout en donnant l’impression d’un débat public.

Les résistances au TTIP exacerbent les conflits existants

Comment peut-on alors stopper le TTIP ? Il n’existe certainement pas de recette miracle. Mais dans l’histoire de la résistance aux traités de libre échange et d’investissements, il y a eu des succès à partir du moment où on est arrivé à rendre publics les textes négociés en secret, et à les politiser. Ainsi, dans les années 90, l’accord AMI, un accord d’investissement de l’OCDE, a échoué. De la même manière, les négociations de l’ACGS, accord relatif à la libéralisation des services au sein de l’OMC, ont été bloquées. Et l’accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) sur la propriété intellectuelle a aussi été renversé.

Dans tous les cas, la résistance a exacerbé les conflits existants au niveau des négociations. Et des conflits, il y en a beaucoup dans les domaines de négociations du TTIP : entre l’UE et les USA, entre la Commission européenne et les États membres, et à l’intérieur même de la Commission.

Pour accentuer ces conflits de manière décisive, la résistance au TTIP doit continuer et s’élargir, par exemple à des pays de l’UE dans lesquels le TTIP n’a pas ou presque pas été discuté jusqu’ici, entre autres en Europe de l’Est ou du Sud. La critique doit aussi être élargie au-delà du cercle des activistes habituels, organisations et partis de gauche. Le mécanisme de règlement des différends investisseurs-États peut par exemple aussi embarrasser des Européens de droite ou conservateurs. Car ce mécanisme met à mal le droit européen, désavantage les entreprises qui ont leur siège au sein de l’UE et rompt avec des principes essentiels de l’État de droit, comme celui de l’indépendance des juges.

Les opposants au TTIP ont donc encore beaucoup à faire. Mais le bilan des actions de l’an I de la résistance à l’accord est encourageant. 6 mai 2014 Pia Eberhardt

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Bobby Sands, irradiant (sorj chalandon)

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La première fois, il était mort. Ce fut donc la dernière. Une nuit de mai comme seul novembre en ose. Une nuit de brouillard glacé, d’anoraks humides, d’écharpes relevées et de poings dans les poches. L’émeute avait cessé. Belfast chuchotait. La ville avait sa gueule grise. Celle des jours mauvais. Juste avant le drame, ou alors juste après. Tout allait renaître avec l’aube, les cris, les pierres et les bruits du feu. Bientôt, les vieilles reprendraient leur place sur les trottoirs, à genoux, leur rosaire à la main, nous le savions. Mais ce soir, tout se taisait. Tout se taisait parce que Bobby Sands était mort. Et que c’était impossible.

« Ne pose pas de questions. Ne prends pas de notes », avait dit notre accompagnateur. « Ne parle plus », a commandé un autre.

Que savons-nous de Bobby Sands ? En fait, rien. Ou peu. Ce que chacun savait de lui. Son visage, d’abord. Un sourire en noir et blanc sur les murs nationalistes, son regard à chaque fenêtre, au-dessus des cheminées, dans les portefeuilles, sur les agendas d’écoliers, piqué au revers des vestes, imprimé sur les maillots d’enfants, dans les pubs, les magasins, tatoué sur des peaux, brodé sur des drapeaux, en affiches, en calicots, en banderoles. Une photo. La même, toujours. La seule presque, prise en 1976 à la prison de Long Kesh. L’image unique que nous avions de lui.

« Respecte le silence », avait dit notre accompagnateur. C’était la nuit du 7 mai 1981. Nous étions à Twinbrook, un quartier catholique du sud-ouest de Belfast. Au coin des rues, dans les jardinets, contre les murs, adossés aux réverbères orangés, assis à quatre dans des voitures mornes, des femmes et des hommes faisaient le guet. Des combattants de l’IRA, des amis, des gamins larmes aux yeux, des jeunes dents serrées, des mères en peignoir, des voisins. La maison des Sands était de brique. Pareille aux autres. Avec juste un ruban noir accroché sur le seuil.

« Ne parle plus », avait dit l’homme. Il a frappé à la porte. Une entrée minuscule de papier peint, et l’escalier qui mène aux chambres. La chaleur, la maison. Ces endroits familiers où l’on se dit qu’on a la vie devant. Qu’il y aura des portes, et d’autres portes après, et des pièces à n’en plus finir jusqu’à croiser la mort. Et qu’on aura le temps. Le temps de s’y faire. Tout le temps. Et voilà que le salon s’ouvre. Et voilà que Bobby Sands est là.

Que savons-nous de lui ? En fait, rien. Ou peu. Des nouvelles de journaux. Gamin, Robert Sands joue au football. Il porte les couleurs de clubs ennemis des nationalistes. Né à Rathcoole la protestante, quartier nord de Belfast, l’enfant n’a pas été bercé aux frissons de l’hymne irlandais. Après, nous savons que la guerre le rattrape. Qu’en 1972, des voisins protestants attaquent sa maison catholique. Nous savons que sa famille se réfugie à Twinbrook, quartier né d’exodes successifs. Qu’il est apprenti carrossier, menacé de mort par ses collègues protestants. Puis qu’il a 18 ans, et qu’il quitte son emploi. Puis qu’il a 18 ans, et qu’il rejoint l’Armée républicaine irlandaise.

Que savons-nous de lui ? En octobre 1972, il est arrêté dans une maison de Belfast. Quatre pistolets y sont cachés. Cinq ans de prison. Nous savons que les combattants bénéficient alors d’un statut spécial, qui les fait prisonniers de guerre, ou presque. Nous savons qu’en cellule Sands apprend le gaélique, l’histoire de son pays. Qu’il écrit des poèmes, des nouvelles, des textes politiques, qu’il rattrape toute cette école absente. Nous savons qu’il est libéré. Qu’il se marie. Que son fils s’appelle Gerard. Six mois plus tard, il est arrêté avec une arme de poing. Nous savons qu’entre-temps, le 1er mars 1976, le statut spécial a été aboli. Condamné à quatorze années de prison, Bobby Sands devient un droit commun. Comme les autres, il refuse le costume carcéral. Comme les autres, il vit nu, recouvert de sa seule couverture de lit. Plus de visite, plus de courrier, plus rien.

Nous savons que le jeune homme s’improvise alors professeur de gaélique. Les mains en porte-voix, visage contre le mur de sa cellule, il hurle les mots de sa langue, il les chante, et les prisonniers récitent après lui. Tout cela, nous le savons.

Un matin de 1978, alors que des centaines de républicains vivent nus depuis deux ans, les Britanniques décident de confisquer leurs tinettes. Sands et les autres urinent sur le sol et répandent leurs excréments sur les murs des cellules. Les douches leur sont interdites. Ils sont lavés au jet.

En mars 1981, cela fait cinq ans que les hommes sont nus, et trois années qu’ils vivent dans leurs excréments. Nous savons que, sans l’aval de l’IRA, les hommes de Long Kesh entrent en grève de la faim. Bobby Sands a 26 ans. Nous savons qu’il prend le commandement des détenus républicains, et qu’il mène le jeûne. Les prisonniers ont cinq revendications. Simples à fendre l’âme, nous les savons. Les enfants les récitent, elles griffent les murs des villes, elles labourent les gorges à force d’être scandées. Pas d’uniforme carcéral, pas de travail obligatoire, libre association, une visite, un colis, une lettre par semaine et remise normale des peines.

C’est alors que nous avons rencontré son visage sur les murs. Ce regard et ce nom. Ses poèmes ont été récités, chantés, ses écrits brusquement découverts. « Notre revanche sera le rire de nos enfants », disait Bobby Sands. Nous savons que l’alouette, son emblème, est devenue symbole de résistance.

Après Bobby, Francis s’est porté volontaire. Et puis Ray, et Patsy, et Joe, Martin, Kevin, Kieran, Thomas et Michael. Nous le savons.

« Respecte le silence », nous avait dit cet homme. Le cercueil de Bobby Sands était levé, posé contre le mur, gardé par deux hommes de l’IRA en uniforme. Sur le satin blanc, un visage de cire. Poudré, maquillé de vie, du coton dans les joues. Ses os perçaient. Il était translucide. Entre ses doigts, le petit crucifix envoyé par le pape. Un visage, deux mains et puis rien. Un corps en creux. Posé sur son torse, le drapeau de la république, son béret noir et ses gants de soldat. Derrière, un canapé. Des amis, des proches. Ils parlaient bas. Ils parlaient dignes. Ils étaient soulagés. Depuis plus de deux mois, chaque regard irlandais portait sa mort en lui.

Nous savons beaucoup de Sands. Son visage, ses poèmes, son alouette, son combat pour la république et son espoir en la justice. Nous savons qu’il est mort le 5 mai 1981 à 1h17, après 66 jours de supplice. Nous savons qu’il avait 27 ans. Qu’il venait d’être élu député à Westminster. Nous savons que ses neuf camarades l’ont suivi dans l’agonie. Nous savons que Margaret Thatcher n’a pas cédé. Nous savons que jamais ce jeune homme n’a baissé la tête. Nous savons aujourd’hui le processus de paix.

« Ne prends pas de notes », avait dit l’homme, et nous avons gardé les mains vides. Pourtant, un mot nous reste. Un mot de plus, encore. Une phrase, écrite sur une carte pieuse déposée sur le corps, au milieu des autres, des saints éparpillés qui recouvraient sa mort. C’était une Vierge colorée et signée par plusieurs. En bas, à droite et au stylo rouge, il y avait une question : « Est-ce que demain se souviendra ? » Oui.

Bobby Sands en 7 dates

1954 Naissance à Belfast.

1972 Sa famille est expulsée du quartier par les protestants.

1972 Rejoint l’IRA.

1973 Condamné à cinq ans de prison.

1977 Condamné à quatorze ans de prison.

Avril 1981 Elu député à Westminster.

5 mai 1981 Meurt en grève de la faim.

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article134617

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

La crise ukrainienne: l’europe, innocente et candide ? (essf)

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On les croyait morts et enterrés, les anciens va-t-en-guerre de l’impérialisme nord- américain, les Brzezinski et Kissinger.

Que non  : ils ont repris du service, tout ragaillardis par le retour de la guerre froide qu’ils per- cevaient dans la crise ukrainienne. Thème repris par le sénateur républicain John McCain, an- cien candidat à la présidence des Etats-Unis. Inspirés sans doute par ces papys de l’anti- communisme, les médias ont ressorti les analogies historiques les plus branlantes. Ivre de puissance, Poutine devint un avatar tantôt d’Ivan le Terrible, tantôt de Staline. Angela Merkel, déçue par le peu de réceptivité du maître du Kremlin à ses arguments, expliquait qu’il vivait dans un autre monde et avait perdu le sens des réalités. Un fou commandant le feu nucléaire, pour ainsi dire.

La sortie de la chancelière allemande, plaçant toute la responsabilité de la crise ukrainienne sur le compte de la Fédération de Russie, passe allègrement sur celle qui repose sur les épaules de l’Union européenne.

La politique de cette dernière relève de l’aventurisme le plus bête. On a souvent constaté que l’Europe n’avait pas vraiment de politique étrangère commune et encore moins de politique militaire unifiée, ce dernier point devenant presque rassurant dans la situation actuelle. En voulant à tout prix contraindre l’Ukraine à choisir entre les liens avec la Russie et ceux avec l’UE, les dirigeants européens ont justement fait preuve du manque de réalisme dont ils accuseront ensuite la direction russe. Car même si Poutine et son état-­major carburent au chauvinisme grand russe, ils n’en sont pas pour autant analphabètes et peuvent lire comme tout le monde, sur le site de l’OTAN que : «L’Ukraine a fait la preuve qu’elle contribue active- ment à la sécurité euro-atlantique en déployant des troupes aux côtés de soldats de la paix (sic!) de pays de l’OTAN et de pays partenaires. L’Ukraine est actuellement le seul pays partenaire à contribuer activement à toutes les opérations et missions dirigées par l’OTAN.»

Pour ceux et celles qui l’auraient oublié, l’OTAN est le bras armé que l’Europe utilise quand le grand frère de Washington lui en donne la permission. L’un des titres de gloire de l’OTAN est d’avoir bombardé la Serbie, Etat souverain, pendant 78 jours en 1999, sans mandat aucun de l’ONU. La Russie évoque à juste titre ce précédent guerrier, en « oubliant » toutefois le rôle de la Serbie de Milosevic dans l’oppression et la répression des Albanais du Kosovo à l’origine de la confrontation.

Provocatrice dans un premier temps, la politique de l’Union européenne est devenue ensuite pusillanime, la division de ses membres, souvent en fonction de leur dépendance à l’égard du gaz russe et de leur proximité géographique, débouchant sur la pantalonnade des sanctions symboliques et individualisées. Car le poids des relations économiques est bien là  : le gaz, bien sûr, mais aussi le pétrole, l’automobile, les machines-outils, l’alimentaire, etc. La Russie est le troisième partenaire commercial de l’Union, qui en retour est le premier pour la Russie.

L’arme des sanctions est bien à double tranchant. Trouver les mesures qui aient le plus d’impact sur l’économie russe en nuisant le moins possible à une économie européenne encore convalescente tient de la quadrature du cercle. Les relations militaires existent aussi  : la France tient non seulement à livrer ses deux porte-hélicoptères Mistral à Poutine, elle a besoin de ses gros porteurs Antonov pour poursuivre ses opérations impérialistes en Afrique.

L’Allemagne, par l’entremise de Rheinmettal, s’apprêtait à livrer à la Russie un camp d’entraînement militaire clé en main. Et parmi les anciens membres du Pacte de Varsovie, plusieurs pays européens continuent d’acquérir de l’armement russe. Devant passer par l’OTAN pour ses gesticulations militaires, apparemment incapable de résoudre la crise qu’elle a ouverte – et dans laquelle la Russie s’est opportunément engouffrée pour consolider et accroître ses propres projets de domination régionale – l’UE s’en est remise à l’Oncle Sam. Celui à qui Poutine téléphone d’abord lorsqu’il veut relancer les négociations. Le risque est alors qu’un accord international intervienne certes, mais sur le dos du peuple ukrainien.

Dans une déclaration intitulée « La solidarité sauvera l’Ukraine d’une intervention  », l’Union socialiste « Opposition de gauche » rappelle que l’indépendance de l’Ukraine des travailleurs, l’autodétermination du peuple, ne passe ni par Moscou ni par Bruxelles. L’Oppo- sition de gauche se prononce « pour la préservation de l’Ukraine unifiée», expliquant que «diviser en deux ce pays, c’est garantir la domination des chauvinismes» et soulignant que «   la consolidation de l’Ukraine ne peut être réalisée qu’en surmontant le pouvoir de l’oligarchie – les travailleurs de l’est comme du sud aspirent aux mêmes changements sociaux et ils devraient comprendre qu’en provoquant les affrontements, on ne peut que repousser à l’infini toute perspective d’amélioration.»

Ni guerre ni éclatement de l’Ukraine, pour l’indépendance de ce pays et contre les visées de son propre impérialisme: tel est le fil rouge des internationalistes, en Russie comme en Europe. Daniel Süri

* Paru en édito dans SolidaritéS (Suisse) n° 246  http://www.solidarites.ch/

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31795

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04 mai 2014 ~ 0 Commentaire

L’arrestation de gerry adams (sd)

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Sinn Fein répond à l’attaque britannique en dénonçant des « forces occultes »

Lorsque Sinn Fein dit que l’arrestation de Gerry Adams est un acte politique, il a parfaitement raison.

L’arrestation de l’ancien chef de l’IRA Ivor Bell puis celle d’Adams sur la base d’enregistrements ne pouvant servir à des poursuites,  à propos d’un assassinat ayant eu lieu il y a 42 ans, le tout à la veille d’élections où Sinn Fein espérait s’imposer comme un grand parti de l’Etat irlandais des 26 comtés, prêt à entrer dans un gouvernement de coalition à la prochaine élection générale, est clairement politique et ne peut avoir eu lieu à l’insu du gouvernement britannique. L’incapacité de Sinn Fein à aller jusqu’au bout de la logique de cette analyse montre à quel point ils sont maintenant impuissants face à cette une nouvelle offensive contre eux .

Pourtant, les britanniques avaient prévenu. Le 16 avril, la secrétaire d’état britannique Theresa Villiers, dans un discours important, avait tracé la ligne, indiquant qu’on mettait trop l’accent sur ​​les crimes d’État ainsi que sur la collusion armée-milices et pas assez sur les paramilitaires. Comme c’était les paramilitaires loyalistes qui étaient utilisés comme auxiliaires des forces de l’Etat et que la majorité des atrocités d’État impliquaient une collusion avec les paramilitaires loyalistes, c’était en fait l’annonce que toutes les enquêtes sur les crimes britanniques allaient cesser, et que dans le même temps, la police allait s’occuper de Sinn Fein en le mêlant aux actions militaires républicaines, et cela en dépit du fait qu’ils ont déposé les armes depuis des décennies et qu’ils sont entièrement partenaires de l’état actuel du Nord .

En quelques semaines, la première partie ce cette politique a été mise en œuvre avec l’annonce qu’il n’y aurait plus d’enquête sur un massacre perpétré par des parachutistes dans Ballymurphy en 1971. La deuxième partie c’est l’arrestation de l’ancien chef de l’IRA Ivor Bell, puis d’Adams .

L’explication de ce changement d’orientation c’est que les vastes masses unionistes, pas quelques petits groupes de lumpen-prolétaires, sont en révolte contre le Processus de paix et et ses contraintes, depuis les émeutes pour le drapeau de Novembre dernier. Au cours de cette période, les Britanniques, conscients que l’Unionisme est le fondement de leur présence en Irlande, se sont efforcés de les apaiser. Lorsque les négociations Haass ont échoué ils se sont adaptés en acceptant simplement les revendications des Unionistes .

Les symboles n’ont rien à voir la dedans. La collusion de l’état avec le loyalisme est vivant aujourd’hui sous la forme d’une impunité généralisée pour les foules loyalistes, de l’impunité pour les paramilitaires loyalistes opérant ouvertement dans les rues, l’UVF* participant même aux travaux des conseils de police. Un juge local a récemment jugé la police coupable de pervertir la loi pour favoriser le loyalisme .

Sinn Fein n’a aucun moyen de défense car il a signé un accord qui reconnaît la présence de la Couronne en Irlande et il n’y a pas de marche arrière possible. Ils se plaignent de la motivation politique de l’arrestation, mais sont incapables de désigner l’Etat britannique pour ce qu’il est, vu qu’ils ont assuré leurs partisans qu’il est leur partenaire dans un règlement démocratique. Par le passé, ils ont inventé le mot « sécurocrate  » pour expliquer que les services de police et de sécurité agissaient sans l’aval des Anglais pour saboter le « Processus de paix ». Mc Guinness**, ayant validé la police et ayant exhorté ses partisans à la soutenir, en est maintenant réduit à la défendre et à blâmer de prétendues « forces occultes» dans la police .

La stabilité politique en Irlande d’aujourd’hui repose sur le sectarisme et l’injustice et sur la collusion entre les forces de l’Etat britannique et les forces paramilitaires d’extrême droite. La ciment qui fait tenir l’ensemble, c’est la volonté de Sinn Fein de se prosterner devant un règlement corrompu même si ses dirigeants doivent être sacrifiés pour satisfaire la réaction Orangiste. John McAnulty 1 mai 2014

*UVF: Une des principales organisations « loyalistes », ne s’en prend pas qu’aux « catholiques », mais également aux immigrés.

** Mc Guiness: Numéro deux du Sinn Fein.

Note: Unionistes: soutiens inconditionnels de la Couronne. Sont organisés en « loges maçonniques » les orangistes de l’Ordre d’Orange et en milices loyalistes, largement manipulées par les différents services secrets anglais.

Article de « Socialist Democracy » organisation amie du Npa en Irlande

http://www.socialistdemocracy.org/RecentArticles.html

Lire aussi:

http://npa29.unblog.fr/2014/04/14/du-retard-du-retard-de-retard-the-guardian/

 

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03 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Ne nous laissons pas mener en bateau (al)

TAFTA

Partenariat transatlantique :

Ouvrir les marchés, déréglementer, privatiser, mettre en concurrence, niveler par le bas, délocaliser les productions… C’est, de longue date, l’objectif de l’Union européenne. Il est à présent question d’élargir ce « marché unique » aux États-Unis, via le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, plus connu sous le nom de TAFTA. La menace est très sérieuse, la riposte débute.

Négocié dans le plus grand secret depuis juillet 2013 entre la Commission européenne et les États-Unis, le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, mieux connu sous le nom de TAFTA (pour Transatlantic Free Trade Area, nom anglais qu’il portait avant d’être rebaptisé Transatlantic Trade and Investment Partnership), est une véritable bombe à retardement pour les droits sociaux et l’autonomie productive des peuples, mais aussi pour les règles sanitaires et environnementales en France et en Europe.

Le principe de ce Partenariat est très simple : établir une zone de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis, facilitant la concurrence et les investissements dans un marché de plus de 800 millions d’habitants. L’objectif, pour les capitalistes, est d’ouvrir sans cesse de nouveaux marchés pour maintenir leurs profits et assurer leur survie. Pour construire ce grand marché transatlantique, le Partenariat prévoit de supprimer progressivement l’ensemble des droits de douane et de parvenir à une « compatibilité de la réglementation » de part et d’autre de l’Atlantique, bref de niveler ou de supprimer tous les obstacles au commerce afin de favoriser les grands groupes américains et européens.

On comprend pourquoi les lobbies industriels et financiers sont depuis longtemps à pied d’œuvre pour que ce Partenariat, destiné à réaliser leurs rêves les plus fous, entre rapidement en vigueur. Et on imagine déjà les conséquences sociales et écologiques désastreuses qu’un tel accord de libre-échange pourrait avoir.

Tout d’abord sur l’agriculture traditionnelle et la paysannerie qui, sous l’effet conjugué de la disparition des protections douanières et de l’affaiblissement des normes sanitaires, risquent tout simplement d’être noyées sous les produits agricoles américains (OGM, poulets élevés en batterie et désinfectés au chlore, etc.) et liquidées au profit d’une agriculture intensive adossée aux grands groupes agroalimentaires.

La remise en cause d’un certain nombre de régulations écologiques risque également de précipiter l’entrée sur le marché de firmes énergétiques sans scrupule qui exploitent allégrement les gaz de schiste au mépris de la santé de la population et de la sauvegarde l’environnement.

Dans le même temps, ce Partenariat accélérerait l’ouverture à la concurrence de tous les services publics : le grand marché transatlantique pourrait couvrir également l’éducation, la recherche, les transports, la santé, l’aide aux personnes, la distribution d’eau ou d’électricité –- autant de domaines qui, pour les partisans du libre-échange, ne sont rien de plus que des services marchands où se rencontrent des acheteurs et des vendeurs. Pas besoin de développer sur les effets dramatiques d’une telle régression sociale.

Enfin, si ce grand marché devait voir le jour, les conflits entre les investisseurs privés et les États seraient réglés directement par des arbitres indépendants, en court-circuitant complètement les juridictions classiques. C’est ce type de règlement des différends qui existe déjà entre le Canada et les États-Unis et qui permet à la multinationale Lone Pine de réclamer au Canada 250 millions de dollars de dédommagements en raison du moratoire sur l’extraction des gaz de schiste décrété au Québec…

Un cinquième cycle de négociations doit s’ouvrir en juin 2014 entre la Commission européenne et les États-Unis. Le dernier cycle de négociations aura lieu en décembre et, si nous ne faisons rien, ce Partenariat est destiné à voir le jour dès 2015.

Pour résister à cette nouvelle attaque libérale, nous appelons à rejoindre les collectifs « Stop Tafta » qui se multiplient et à participer à la journée européenne des résistances et des alternatives le 17 mai 2014.

Nous ne voulons pas de ce Partenariat négocié par des élites économiques et politiques, loin du regard des peuples. Nous ne voulons pas de ce grand marché transatlantique destiné à maintenir en bonne santé le système capitaliste et à contenter la voracité des investisseurs européens et américains. Nous ne voulons plus de ce système capitaliste où seule compte la loi implacable du profit. Alternative libertaire, le 29 avril 2014

http://alternativelibertaire.org/?Partenariat-transatlantique-ne

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