Archive | Antiimpérialisme

19 mai 2015 ~ 0 Commentaire

cuba: petit rappel sur l’état de siège économique le plus long de l’histoire (pn)

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Les premières sanctions économiques ont été imposées à Cuba en 1960 par l’administration républicaine de Dwight D. Eisenhower, officiellement en rai- son du processus de nationalisations entrepris par le gouvernement révolution- naire de Fidel Castro. En 1962, le gouvernement démocrate de John F. Kennedy a appliqué des sanctions économiques totales contre l’île. L’impact a été terrible. Les Etats-Unis ont en effet toujours constitué le marché naturel de Cuba. En 1959, 73% des exportations se faisaient vers le voisin du Nord et 70% des importations provenaient de ce territoire.

Désormais, Cuba ne peut rien importer ou exporter aux Etats-Unis. Depuis 2000, suite aux pressions du lobby agricole étasunien qui cherchait de nouveaux marchés pour ses excédents, La Havane est autorisée à acheter certaines matières premières alimentaires, à des conditions draconiennes.

La rhétorique diplomatique pour justifier le durcissement de cet état de siège économique a évolué au fil des ans. Entre 1960 et 1990, les Etats-Unis ont d’a- bord évoqué le cas des expropriations de ses entreprises pour justifier leur politi- que hostile vis-à-vis de La Havane. Ensuite, Washington a évoqué tour à tour l’alliance avec l’Union soviétique, le soutien aux guérillas latino-américaines en lutte contre les dictatures militaires et l’intervention cubaine en Afrique pour aider les anciennes colonies portugaises à obtenir leur indépendance et à la défendre.

En 1991, suite à l’effondrement du bloc soviétique, les Etats-Unis, au lieu de normaliser les relations avec Cuba, ont au contraire choisi d’accroitre les sanc- tions en invoquant la nécessité de rétablir la démocratie et le respect des Droits de l’homme. En 1992, sous l’administration Bush Sr., le Congrès des Etats-Unis a adopté la loi Torricelli qui accroit les sanctions contre la population cubaine et leur donne un caractère extraterritorial, c’est-à-dire contraire à la législation internationale.

Le droit international interdit à toute loi nationale d’être extraterritoriale, c’est-à-dire de s’appliquer au-delà des frontières du pays. Ainsi, la loi française ne peut pas s’appliquer en Allemagne. La législation brésilienne ne peut pas s’ap- pliquer en Argentine. Néanmoins, la loi Torricelli s’applique pour tous les pays du monde. Ainsi, depuis 1992, toute embarcation étrangère, quelle que soit sa prove- nance, accostant à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois. Les entreprises maritimes opérant dans la région privilégient le commer- ce avec les Etats-Unis, premier marché mondial.

Cuba, qui dépend essentiellement du transport maritime en raison de son insularité, doit payer un prix bien supérieur à celui du marché pour convaincre les transporteurs internationaux de livrer de la marchandise sur l’île. La loi Torricelli prévoit également des sanctions pour les pays qui apportent une assistance à Cuba. Ainsi, si la France ou le Brésil octroient une aide de 100 millions de dollars à l’île, les États-Unis diminuent leur aide à ces nations à hauteur du même montant.

En 1996, l’administration Clinton a adopté la loi Helms-Burton qui est à la fois extraterritoriale et rétroactive, c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits surve- nus avant l’adoption de la législation, ce qui est contraire au droit international. Le droit international interdit à toute législation d’avoir un caractère rétroactif. Par exemple, en France, depuis le 1er janvier 2008, il est interdit de fumer dans les restaurants. Néanmoins, un fumeur qui aurait consommé une cigarette le 31 décembre 2007 lors d’un repas ne peut être sanctionné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive.

La loi Helms-Burton sanctionne toute entreprise étrangère qui s’installerait sur les propriétés nationalisées appartenant à des personnes qui, au moment de l’étatisation, disposaient de la nationalité cubaine, violant ainsi le droit international. La loi Helms-Burton viole également le droit étasunien qui stipule que les pour- suites judiciaires auprès de tribunaux ne sont possibles que si la personne lésée par un processus de nationalisations est citoyen étasunien lors de l’expropriation et que celle-ci s’est déroulée en violation au droit international public. Or, aucune de ces deux conditions n’est remplie. Elle a pour effet de dissuader de nombreux investisseurs de s’installer à Cuba par crainte d’être poursuivis par la justice étasunienne et elle se révèle très efficace.

En 2004, l’administration Bush Jr. a créé la Commission d’assistance à une Cuba libre, qui a imposé de nouvelles sanctions contre Cuba. Cette Commission a notamment fortement limité les voyages. Tous les habitants des Etats-Unis peuvent se rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent, sauf les Cu- bains. En effet, entre 2004 et 2009, les Cubains des Etats-Unis n’ont pu se rendre dans l’île que 14 jours tous les trois ans, dans le meilleur des cas, à condition d’obtenir une autorisation du Département du Trésor.

Pour pouvoir voyager, il fallait démontrer qu’au moins un membre de la famille vivait toujours à Cuba. Néanmoins, l’administration Bush a redéfini le concept de la famille, qui s’est exclusivement appliqué aux Cubains. Ainsi, les cousins, neveux, oncles et autres parents proches ne faisaient plus partie de la famille. Seuls les grands-parents, parents, frères et sœurs, enfants et époux faisaient partie de l’entité familiale, selon la nouvelle définition. Par exemple, un Cubain résidant aux États-Unis ne pouvait pas rendre visite à sa tante à Cuba, ni envoyer une aide financière à son cousin.

Les Cubains ayant pu remplir toutes les conditions pour se rendre dans leur pays d’origine, en plus de devoir limiter leur séjour à deux semaines, ne devaient pas dépenser plus de 50 dollars par jour sur place. Les citoyens ou résidants étasuniens peuvent envoyer une aide financière à leur famille restée au pays, sans limite de montant, sauf les Cubains qui ne pouvaient pas envoyer plus de 100 dollars par mois entre 2004 et 2009. Néanmoins, si un Cubain de Floride souhai- tait envoyer de l’argent à sa mère, membre direct de la famille selon la nouvelle définition, qui vivait à La Havane, cela devenait impossible si celle-ci militait au sein du Parti communiste.

En 2006, la Commission d’assistance à une Cuba libre a adopté un nouveau rapport accroissant les restrictions contre Cuba. Dans le but de limiter la coopé- ration médicale cubaine avec le reste du Monde, les Etats-Unis interdisent toute exportation d’appareils médicaux à des pays tiers «destinés à être utilisés dans des programmes à grande échelle [pour] des patients étrangers», alors que la majeure partie de la technologie médicale mondiale est d’origine étasunienne.

En raison de l’application extraterritoriale des sanctions économiques, un fabriquant d’automobiles japonais, allemand, coréen ou autre, qui souhaiterait commercialiser ses produits sur le marché étasunien, doit démontrer au Dépar- tement du Trésor que ses voitures ne contiennent pas un gramme de nickel cu- bain. De la même manière, un pâtissier français qui désirerait investir le premier marché économique mondial doit prouver à cette même entité que sa production ne contient pas un gramme de sucre cubain. Ainsi, le caractère extraterritorial des sanctions limite fortement le commerce international de Cuba avec le reste du monde.

Parfois, l’application de ces sanctions prend une tournure moins rationnelle. Ainsi, tout touriste étasunien qui consommerait un cigare cubain ou un verre de rhum Havana Club lors d’un voyage à l’étranger, en France, au Brésil ou au Ja- pon, risque une amende d’un million de dollars et dix années de prison. Le Dépar- tement du Trésor est clair à ce sujet: «On se demande souvent si les citoyens américains peuvent légalement acquérir des biens cubains, y compris du tabac ou des boissons alcoolisées, dans un pays tiers pour leur consommation personnelle en dehors des Etats-Unis. La réponse est non». De la même manière, un Cubain vivant en France ne peut théoriquement pas manger un hamburger à Mc Donald’s.

Les sanctions économiques ont un impact dramatique dans le domaine de la santé. En effet, près de 80% des brevets déposés dans le secteur médical sont du fait des multinationales pharmaceutiques étasuniennes et de leurs filiales, et Cuba ne peut pas y avoir accès. Le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Na- tions unies souligne que «les restrictions imposées par l’embargo ont contribué à priver Cuba d’un accès vital aux médicaments, aux nouvelles technologies médicales et scientifiques». (…)

Suite aux sollicitations de Max Baucus, sénateur du Montana, le Département du Trésor a informé avoir réalisé, entre 1990 et 2004, quatre-vingt-treize investi-gations en rapport avec le terrorisme international. Dans le même temps, il en a effectué 10 683 «pour empêcher les Nord-américains d’exercer leur droit de voyager à Cuba».

Dans un rapport, le Bureau de responsabilité gouvernementale des États-Unis, Government Accountability Office, Gao,  note que les services douaniers Customs and Border Protection, CBP, de Miami ont réalisé des inspections «secondaires» sur 20% des passagers en provenance de Cuba afin de vérifier que ces derniers n’importaient pas de cigares, de l’alcool ou des produits pharmaceutiques de l’île. En revanche, la moyenne a été de 3% seulement pour les autres voyageurs. Selon le Gao, cette focalisation sur Cuba «réduit l’aptitude des services douaniers à mener sa mission qui consiste à empêcher les terroristes, les criminels et les autres étrangers indésirables d’entrer dans le pays».

Les anciens présidents James Carter et William Clinton ont exprimé à plu- sieurs reprises leur opposition à la politique de Washington. «Je n’ai eu de cesse de demander à la fois publiquement et en privé la fin de notre blocus économique contre le peuple cubain, la levée toutes les restrictions financières, commerciales et de voyage», a déclaré Carter après son second voyage à Cuba en mars 2011. Pour Clinton, la politique de sanctions «absurde» s’est soldée par un «échec total». La Chambre de commerce des États-Unis, représentant le monde des affaires et les plus importantes multinationales du pays, a également fait part de son opposition au maintien des sanctions économiques.

Le New York Times a condamné «un anachronisme de la guerre froide». Le Washington Post, pourtant d’obédience conservatrice, se montre le plus virulent à l’égard de la politique cubaine de Washington: «La politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba est un échec… Rien n’a changé, excepté le fait que notre embargo nous rend plus ridicule et impuissant que jamais». (…)

Plus de 70% des Cubains sont nés sous cet état de siège économique. En 2014, lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, 188 pays sur 192 ont condamné pour la 23ème fois consécutive les sanctions économiques imposées à Cuba.

http://www.pambazuka.net/fr/category.php/features/94705

Alors que François Hollande entame lundi 11 mai une visite historique à Cuba, Salim Lamrani, docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines et spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis explique pourquoi les sanctions économiques des États-Unis constituent le principal obstacle au développement de Cuba.

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09 mai 2015 ~ 0 Commentaire

commémoration du 8 mai 1945 (metronews)

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A qui les Français disent-ils merci pour la victoire sur les nazis ?

Selon une étude exclusive de l’Ifop pour metronews, une grande majorité des Français estime que ce sont les Etats-Unis qui ont le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie. Mais il y a quelques années encore, ce sondage historique, que l’Ifop réalise depuis 1945, plaçait l’URSS comme grand vainqueur de la guerre.

Il y aura soixante-dix ans tout juste vendredi, la Seconde Guerre mondiale prenait fin. Soixante-dix ans de travail de mémoire salutaire, de recul et de réfle- xion. Un temps mis à profit par les Français pour changer d’avis sur un aspect somme toute crucial du conflit: l’identité du principal vainqueur. C’est en tout cas ce que démontre une étude historique réalisée pour Metronews par l’Ifop. Le plus vieil institut de sondages français la réalise depuis… mai 1945.

« L’Ifop existait déjà à la fin de la guerre et a recueilli l’opinion des Français à la Libération, explique Jérôme Fourquet, le directeur de son département opinion. Nous avons décidé de reconduire à intervalles réguliers ces sondages. » Et le résultat est surprenant. À la question: « Quelle est, selon vous, la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ? », 54% des sondés de 2015 répondent: « Les Etats-Unis ». Or, en mai 1945, ils étaient 57% à préférer l’URSS, les Américains n’étant alors cités que par 20% des Français.

Qui a gagné? Ce n’est pas si simple… Un retournement spectaculaire qu’il est possible de dater: « Pendant longtemps, l’URSS de Staline était, aux yeux d’une écrasante majorité, l’artisan de la défaite de l’Allemagne nazie. Dans les années 90, le jugement s’est complètement inversé », souligne Jérôme Fourquet. De son côté, Virginie Sansico, historienne spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, voit dans ces résultats une certaine logique: « Sous De Gaulle, qui était anti-atlan-tiste, on n’était pas prompt à entretenir la mémoire du Débarquement. De plus, le Parti communiste a longtemps contribué à valoriser les Soviétiques, du temps où il avait une forte influence. Les premières commémorations du Débarquement appu- yées par l’Etat ont eu lieu seulement en 1984, organisées par Mitterrand: elles marquent une rupture dans l’opinion. »

Car se mettre d’accord sur le vainqueur de la guerre, ce n’est en fait pas si simple. « Tout dépend de la localisation, précise encore l’historienne. En Europe de l’Ouest, le Débarquement des Alliés a été crucial, mais dans les pays de l’Est, on retient encore beaucoup le rôle de l’armée de Staline. » Une perception qui varie aussi en fonction de l’âge: dans la dernière étude IFOP, les moins de 35 ans sont 59% à donner les USA vainqueurs, contre 52% chez leurs aînés. « Les jeunes ont grandi dans un monde où la mémoire du Débarquement est très présente et où, surtout, l’influence culturelle des Etats-Unis n’est plus à démontrer. » A noter que les sympathisants du Front de gauche, de leur côté, placent les Américains et les Russes sur un pied d’égalité, à 32% chacun.

http://www.metronews.fr/info/sondage-exclusif-armistice-du-8-mai-1945-les-francais-disent-merci-aux-etats-unis-et-plus-a-l-urss/moef!FRK7nFX0GWZds/

Commentaire: Le vilain De Gaulle qui contrairement au gentil Mitterrand, « n’aimeit pas les américains », n’oubliait pas que les troupes des Usa sont arrivées avec leur propres « Francs made in Usa », prélude à un statut colonial?

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07 mai 2015 ~ 0 Commentaire

38 millions de personnes ont été déplacées dans le monde (le huff’maghreb)

Selon une ONG norvégienne

Quelque 38 millions de personnes étaient considérées comme déplacées fin 2014 dans leur propre pays en raison des violences et conflits internes, notamment en Syrie et en Ukraine, un nombre record, selon un rapport publié mercredi à Genè- ve par une ONG norvégienne, l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC).

« Il s’agit des plus mauvais chiffres concernant les personnes forcées à se déplacer depuis une génération, ce qui prouve que nous avons complètement échoué à protéger des civils innocents », a déclaré Jan Egeland, secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), dont dépend l’IDMC.

Ces 38 millions de personnes représentent l’équivalent des populations cumulées de 3 mégapoles, soit Londres, New-York et Pékin, ajoute l’ONG. Par rapport à 2013 ce chiffre est en augmentation de 14,1%. Sur la seule année 2014, il y a eu 11 millions de nouvelles personnes déplacées, et 60% d’entre elles vivent dans 5 pays: l’Irak, le Soudan du Sud, la Syrie, la RDC et le Nigeria. Con- crètement, cela signifie qu’il y a eu en 2014, 30.000 personnes par jour qui ont abandonné leur foyer.

Les civils irakiens sont ceux qui ont le plus souffert des déplacements inter- nes en 2014, avec au moins 2,2 millions de personnes ayant quitté leurs foyers. Par ailleurs, au moins 40% de la population syrienne, un record mondial, ont quit- té leur foyer, pour trouver refuge ailleurs dans le pays. Cela représente 7,6 millions de personnes.

Ce rapport ne concerne que les personnes déplacées (IDP) et ne prend pas en compte les réfugiés, soit les personnes qui ont quitté leur pays pour trouver refuge à l’étranger. Selon des chiffres publiés en juin 2014 par le Haut-commis- sariat de l’ONU pour les réfugiés, il y avait 16,7 millions de réfugiés dans le monde en 2013.

Il y a par conséquent deux fois plus de personnes déplacées que de réfugiés dans le monde.

Publication: 06/05/2015 12h58 CEST Mis à jour: 06/05/2015 12h58 CEST

http://www.huffpostmaghreb.com/2015/05/06/story_n_7220656.html?utm_hp_ref=maghreb

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27 avril 2015 ~ 0 Commentaire

ploutocratie à l’américaine (npa)

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Hillary Clinton vient d’annoncer sa candidature à la présidentielle américaine de 2016.

Elle a immédiatement lancé sa campagne pour lever des fonds. Le coût total de sa campagne pourrait osciller entre 2 et 2,5 milliards de dollars. Depuis 2010, tous les mécanismes de contrôle des dépenses électorales ont disparu. L’argent coule donc sans limite, depuis des entreprises privées, des ONG créées pour l’occa- sion, etc.

Et il en est de même à tous les niveaux électoraux : des élections locales aux élections parlementaires nationales. Cela fait des USA une «ploutocratie», une démocratie par et pour les riches. Pas étonnant qu’une des premières promesses qu’Obama s’est dépêché d’enterrer est celle qui concernait l’élargissement de la possibilité de former des syndicats dans les entreprises.

Quant à la hausse du salaire minimal, ce sont les élus qui bloquent les velléités d’Obama de satisfaire partiellement les revendications portées, notamment, par les salariés des fast-foods depuis des mois.

Le mouvement parti des fast-foods s’étend à d’autres activités connues pour leurs bas salaires comme la garde d’enfants, les soins médicaux à domicile, les professeurs auxiliaires ou le personnel d’aéroport.

Mercredi 15 avril, des dizaines de milliers de manifestantEs ont protesté dans 236 villes américaines pour de meilleurs salaires et des droits syndicaux. Sur les pancartes, on pouvait lire «Fight for 15 $», «Battez-vous pour 15 dollars». 3,13  millions d’employéEs préparent et servent de la nourriture aux États-Unis, gagnant en moyenne 9,19 dollars de l’heure. À New York, le salaire minimum est actuelle- ment de 8,75 dollars de l’heure, et doit passer à 9 dollars l’an prochain, ce qui restera insuffisant pour vivre correctement.

Hillary Clinton veut se présenter comme la candidate des catégories d’Amé- ricains qui souffrent le plus de la croissance des inégalités. Il faudra encore bien des manifestations avant qu’elle ne s’en préoccupe vraiment et que la ploutocratie soit ébranlée. Lundi 27 Avril 2015

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27 avril 2015 ~ 0 Commentaire

howard zinn, une histoire populaire américaine (médiapart)

«Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs.»

Au début du 20è siècle, les parents de Howard Zinn débarquent d’Europe de l’Est à Ellis Island, comme des millions de migrants qui rêvent de la terre promise, qui rêvent de fortune, qui rêvent simplement d’une vie meilleure… Ils découvrent l’Amérique.

Du pain et des roses, film de Olivier Azam & Daniel Mermet est le premier long métrage d’une trilogie qui va parcourir l’histoire populaire des États-Unis de Christophe Colomb à nos jours, à travers l’histoire personnelle extraordinaire de Howard Zinn, historien des lapins.

Avec la participation de Howard Zinn, Noam Chomsky, Chris Hedges, Tim Yeager, Matt Muchowski, Jim Beauchesne

TOUTE LA PROGRAMMATION EST SUR histoirepopulaireamericaine.fr

LE FACEBOOK DU FILM : https://www.facebook.com/HowardZinnFilm

SORTIE NATIONALE 29 AVRIL dans les villes suivantes:

PARIS (Espace Saint-Michel, 7 Parnassiens, Cinéma des Cinéastes), NANTES (Concorde), GRENOBLE (Le Club), CAEN (Café des Images), RENNES (Arvor), SAINT-ÉTIENNE (Le Méliès), LA ROCHE S/YON (Le Concorde), MONTPELLIER (Le Diagonal), NÎMES (Le Sémaphore), CLERMONT-FERRAND (Le Rio), DIJON (Eldorado), BORDEAUX (Utopia), AVIGNON (Utopia), TOULOUSE (Utopia), BAYONNE (L’Atalante), LAVELANET (Le Casino), BRESSUIRE (Le Fauteuil Rouge).  Et plus de 80 salles programment le film en mai et juin….

http://blogs.mediapart.fr/blog/laure-guillot/250415/howard-zinn-une-histoire-populaire-americaine-au-cinema-le-29-avril

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22 avril 2015 ~ 0 Commentaire

hillary clinton, une candidature d’espoir? (ccr)

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Le dimanche 12 avril, Hillary Clinton a annoncé sa candidature à la nomination du Parti démocrate à l’élection présidentielle de 2016.

Elle a déjà été candidate à la primaire en 2008. Malgré son taux de popularité impressionnant à l’époque, la course à la nomination, longue et acharnée, s’est soldée par la victoire de son adversaire principal, Barack Obama, qui avait su susciter tant d’espoir chez les jeunes, les classes populaires et les minorités. Cette fois-ci, elle ne compte pas rater son «rendez-vous avec la Nation».

Hillary Clinton a annoncé sa deuxième candidature à l’élection présidentielle à la télévision et sur les réseaux sociaux à travers une vidéo mettant en scène les histoires des «Américains moyens». On entend des mères célibataires, des latino-américains, des Afro-Américains, des couples homosexuels, des jeunes, des retraités, des travailleurs raconter leurs vies, leurs projets d’avenir. Ils incarnent tous à leur manière le rêve américain dont Hillary Clinton se pose en fervent défenseur. Affirmant que «les Américains moyens ont besoin d’une championne et je veux être cette championne-là», elle annonce d’emblée la couleur de la campagne qu’elle compte mener.

Face à elle, pour l’instant, dans le camp d’en face, une douzaine de candidats ont annoncé leurs candidatures à la nomination du Parti républicain, parmi lesquels on retrouve bon nombre d’ultra-conservateurs comme Ted Cruz, Rand Paul, Scott Walker ou encore Marco Rubio. Ces «oiseaux cinglés de la droite» sont largement responsable du «shutdown» budgétaire de 2013, de l’écrasement des syndicats de fonctionnaires dans l’Etat du Wisconsin et prônent la suppression d’aides publiques et d’impôts sur les riches et remettent en cause le droit à l’avortement. A bon compte, Hillary Clinton en ressort gauchie.

Une candidate des «Américains moyens»? Ainsi, elle se présente comme une «Américaine moyenne» parmi d’autres, partageant les inquiétudes et les espoirs des millions de jeunes, de travailleurs et de minorités à travers le pays contre lesquels les dés sont toujours pipés. Contrairement à sa campagne de 2008, le ton de celle-ci s’annonce plus populiste, quoique de manière timorée. Face à des adversaires républicains très marqués à droite et dans la course des primaires démocrates, elle essaie de faire valoir un tel discours, plus proche des préoccupations des Américains, tout en se gardant bien de faire trop de promesses. Après une décennie de chômage important, de stagnation salariale, de reprise inégale et d’approfondissement des inégalités sur fond de crise économique mondiale, Hillary voudrait apparaître comme la candidate des Américains qui travaillent dur, capable d’améliorer leurs conditions de vie et de travail pour qu’ils puissent aller de l’avant.

Cependant, Hillary Clinton est loin d’être la candidate de celles et ceux qui ont souffert et continuent à souffrir de la crise et de l’économie capitaliste aux États-Unis. Au contraire, elle fait indubitablement partie des 1 %. Sa famille détient une énorme fortune et entretient des liens étroits et avérés avec Wall Street. Par ailleurs, c’est une figure emblématique de l’establishment politique états-unien depuis plus de 30 ans. Entre 1989 et 2009, les Clinton ont été l’une des grandes familles, avec les Bush, qui ont gouverné le pays en alternance et entre 2001 et 2013, Hillary Clinton a été sénatrice, puis Ministre des Affaires étrangères. Pendant ce temps, Hillary Clinton a clairement démontré à chaque étape pour quelle équipe elle joue.

Une défenseure des intérêts des riches et de l’impérialisme Dans l’arène internationale, elle défend les intérêts de l’impérialisme états-unien. Elle soutient activement les traités de libre-échange, comme l’Accord de libre-échange nord-américain qui a contribué à détruire la production agricole vivrière et familiale au Mexique, a fragilisé encore davantage les classes populaires mexicaines et servait en dernière instance à mieux assujettir le Mexique à l’emprise des États-Unis.

Dans les années 2000, elle a soutenu les interventions impérialistes en Afghanistan et Irak, lesquelles ont rendu possibles la mise en place de toute une série de mesures législatives liberticides au nom de la «lutte contre le terrorisme» comme le «Patriot Act» et d’un appareil d’espionnage massif. Elle se fait régulièrement le héraut des va-t-en-guerre, allant jusqu’à menacer d’effacer l’Iran de la carte en tant que Ministre des Affaires étrangères ou soutenir inconditionnellement les politiques racistes et guerrières de l’État d’Israël contre le peuple palestinien.

Si elle fait campagne aujourd’hui sur des positions plus modérées concernant l’interventionnisme militaire ou le soutien à l’État d’Israël, c’était loin d’être le cas quand le Parti démocrate était plus à droite et elle a pu se féliciter d’avoir conseillé à Bill Clinton de bombarder le Kosovo ou plus récemment encore, au cours de l’été 2014, alors qu’elle n’était plus en charge du Département d’État, dire que les Gazaouis ont bien cherché l’opération Bordure protectrice.

Sur le plan national, malgré son discours en apparence plus progressiste, Hillary Clinton n’est pas l’amie des classes populaires ni des jeunes. Entre 1986 et 1992, siégeant au Comité d’administration de Wal-Mart, elle est restée scandaleusement silencieuse devant la guerre que menait l’entreprise contre les syndicats cherchant à organiser et à représenter les salariés. Elle ne cesse par ailleurs d’affirmer sa volonté d’approfondir les politiques anti-sociales entamées déjà par Bill Clinton en 1996, notamment en matière de droit aux aides publiques dont elle voudrait rendre l’ouverture encore plus difficile. Elle n’hésite surtout pas à s’appuyer sur le discours dominant selon lequel il existerait des «pauvres méritants» et des «fainéants assistés» qui permet depuis deux décennies aux classes dominantes de diviser les classes populaires et de mieux faire passer leurs attaques.

L’émergence diffuse de nouveaux mouvements sociaux Loin d’être la cheffe de file de la gauche du Parti démocrate, Hillary Clinton se voit obligée de lancer sa campagne sur des bases plus à gauche car on a assisté à l’émergence de nouveaux mouvements sociaux et au début d’une recomposition du mouvement ouvrier dans les dernières années. Le Parti démocrate peut compter sur le soutien des bureaucraties syndicales et les leaders historiques de la communauté noire, leurs relais principaux parmi les travailleurs et les minorités. Or depuis quelques années, ces relais se révèlent de moins en moins capables de jouer leur rôle de cooptation et de contrôle.

Du côté du monde du travail, les syndicats connaissent une crise importante en raison de leur collaboration ouverte avec le pouvoir, et une lutte pour le salaire minimum, menée principalement par les secteurs les plus exploités et paupérisés de la classe ouvrière, a émergé malgré les bureaucraties syndicales.

Du côté du mouvement noir, les mobilisations contre le racisme, provoquées par l’assassinat de Mike Brown à Ferguson en août dernier et auxquelles les jeunes ont massivement participé, ont fait apparaître une rupture avec les figures traditionnelles comme Al Sharpton et Jesse Jackson, deux militants du mouvement pour les droits civiques des Noirs ayant bénéficié jusque-là d’une grande légitimité parmi la génération 1960-1970. Quant aux jeunes, le mouvement Occupy Wall Street a été en grande partie l’expression de leur rejet des inégalités sociales croissantes et de la caste des politiciens bourgeois dont fait partie Hillary Clinton.

Le défi pour le Parti démocrate est désormais de canaliser cette colère diffuse en se posant en défenseur des intérêts des travailleurs, des minorités et des jeunes. Il est d’autant plus nécessaire pour le Parti démocrate de relever ce défi qu’en 2013, les élections ont révélé, d’une part, une polarisation sur la droite dans certains Etats, mais également un virage à gauche à travers l’ensemble de l’échiquier politique états-unien, avec l’élection des figures modérées du Parti républicain ou des représentants de la gauche du Parti démocrate, voire d’une candidate ouvertement socialiste (anticapitaliste, note du blog) à Seattle.

Hillary Clinton incarne-t-elle réellement un espoir de changement pour les classes populaires et les jeunes, pour les Noires, les Hispaniques, les travailleuses et les jeunes Américaines ? Pas plus qu’Obama ne l’a été pour les minorités en général et les Noirs en particulier, ni pour les travailleurs et les jeunes. Deux mandats en attestent. Ivan Matewan 20/04/15

http://www.ccr4.org/Hillary-Clinton-une-candidature-d

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21 avril 2015 ~ 0 Commentaire

il « manque » 1,5 million d’hommes noirs aux usa (levif.be)

A skeleton band performs at the North Po

Au total, en 2010, il y avait 8,5 millions de femmes noires aux USA contre seulement 7 millions d’hommes noirs dans la même tranche d’âge.

Aux États-Unis, pour 100 femmes blanches, il y a 99 hommes. Pour la population noire, ce ratio passe de 100 femmes pour 83 hommes. Ce qui a pour consé-quence que 1.5 million d’hommes noirs se sont comme évaporés de la vie quotidienne.

Cela veut dire que plus d’un noir sur 6 se trouve soit en prison, soit est mort prématurément. C’est ce qui ressort des chiffres publiés par le The New York Times qui se base sur le recensement de la population de 2010. Selon ce même journal, près de 120.000 hommes noirs entre 25 et 54 ans manqueraient à l’appel à New York, 45.000 à Chicago et 30.000 à Chicago. Le plus gros clivage se trouve à Ferguson. Dans cette ville, le ratio est de 60 hommes noirs pour 100 femmes noires.

1 sur 12 est en prison Près de 600.000 hommes noirs de la tranche d’âge sélec- tionnée, soit 25-54 ans, étaient en prison. C’est 1 sur 12. Contre 1 sur 60 pour les hommes qui ne sont pas noirs, 1 sur 200 pour les femmes noires et 1 sur 500 pour les femmes non noires. Beaucoup de ces hommes sont en prison pour des faits non violents comme la possession ou le trafic de drogues. Des crimes qui en Europe ne sont pas souvent passibles de prison.

200.000 tués Si l’on excepte ces 600.000 hommes noirs qui sont en prison, il y a encore une différence de 900.000 entre homme et femmes noirs. Si cette diffé- rence est établie dans les chiffres, il n’y a pas de réelle explication à ce phéno- mène, selon Times. Le meurtre ou l’homicide involontaire est la principale cause de mortalité dans cette tranche d’âge dans la population noire. Toujours selon le New York Time cela expliquerait 200.000 des 900.000 hommes manquants. Ce groupe social a aussi plus de chance de mourir de maladie cardiaque, de problè- mes respiratoires ou encore d’un accident. Le fait qu’ils s’enrôlent dans l’armée n’aurait par contre qu’un impact minime tout comme l’effet d’émigration.

Si plus d’hommes vont travailler à l’étranger, plus de femmes émigrent vers les États-Unis. Deux mouvements qui auraient tendance à se contrebalancer. Cette différence entre homme et femme n’est pas non plus un problème de naissance, car il n’y aurait pas une telle différence de population entre les sexes dans les plus jeunes. Plus inquiétant, le fait que les femmes soient plus nombreuses entraîne un changement de mentalité et des problèmes sociétaux. En effet, les hommes ayant plus de choix auraient moins tendance à se lier à une partenaire et à construire une relation stable.

http://www.levif.be/actualite/international/il-manque-1-5-million-d-hommes-noirs-aux-etats-unis/article-normal-390233.html

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14 avril 2015 ~ 0 Commentaire

viêtnam, la « sale guerre » (arte)

Extrait de « Le fonds de l’air est rouge » de Chris Marker

De la guerre d’Indochine menée et perdue par les Français à la chute de Saigon fin avril 1975, des vétérans américains, des combattants vietnamiens, des journa- listes et des militants pacifistes retracent la guerre du Viêtnam. Ces témoignages émouvants alternent avec des images d’archives, des documents laissés par des soldats disparus et des extraits d’actualités de l’époque.

Le cliché de cette petite Vietnamienne nue, fuyant un village en feu suite à un bombardement au napalm en 1972, a fait le tour du monde. Il est depuis resté gravé dans les mémoires.

Mais comment en est-on arrivé à une telle horreur ? De la guerre d’Indochine menée et perdue par les Français à la chute de Saigon fin avril 1975, des vété- rans américains, des combattants vietnamiens, des représentants des médias et des militants pacifistes retracent le conflit. Ces témoignages émouvants alternent avec des images d’archives inédites, des documents laissés par des soldats disparus et des extraits d’émissions d’actualités de l’époque.

À travers cette matière passionnante, le film évoque aussi bien l’esprit de résistance des Vietnamiens que leur combat fratricide, né de la partition de leur pays. Viêtnam – La « sale guerre » explore les facettes les plus sombres de ce conflit aberrant et sans front : le mensonge des Américains pour justifier leur intervention militaire, le recours aux armes chimiques et l’ensemble des atrocités commises. Sans occulter pour autant l’envie tenace des deux camps de retrouver la paix et la liberté.

mardi 14 avril à 20h50 (90 min)

Rediffusion lundi 04.05 à 8h50

http://www.arte.tv/guide/fr/051087-000/vietnam-la-sale-guerre

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29 mars 2015 ~ 0 Commentaire

choc des civilisations… ou des barbaries (arte + huma)

Gilbert Achcar a pensé le 11 septembre 2001 dans les processus qui l’ont provoqué et suivi. Une réponse au Choc des civilisations de Samuel Huntington

Au-delà de l’événement des attentats suicides contre les tours jumelles de New York, de quoi le 11 septembre est-il exactement l’anniversaire? Le Choc des bar- baries, écrit à chaud par Gilbert Achcar, enseignant en sciences politiques à Paris-8, et paru six mois après aux éditions Complexe, est un livre sérieux (1). Aucune hypothèse sur les causes n’est pour une fois validée a priori. C’est à l’analyse de la fièvre antiterroriste aux États-Unis, et à un syndrome américain très antérieur au point culminant de la destruction emblématique des deux gratte-ciel du World Trade Center, qu’est consacré le début de cette critique radicale du Choc des civilisations, de Samuel Huntington, un best-seller absolutisant un antagonisme imaginaire entre l’Orient et l’Occident.

Le 11 septembre 1990, c’est-à-dire onze ans auparavant, George Bush père avait prononcé, en tant que 41e président de la première puissance impérialiste, un discours historique devant le Congrès. L’armée irakienne venait d’envahir le Koweït six semaines auparavant et, quatre jours plus tard, l’hôte de la Maison-Blanche envoyait ses marines sur le territoire du royaume saoudien pour une opé- ration nommée « Bouclier du désert ». Trop meurtrière pour être comprise sous la construction idéologique de « frappes chirurgicales ».

Faut-il rappeler que, depuis de longues années, les États-Unis souffraient dans leur amour propre du « syndrome vietnamien ». Exemple américain d’enlisement dans une « guerre sale » s’il en fut… Le « syndrome de Beyrouth » s’y était en quel- que sorte ajouté le 18 avril 1983, avec la mort de 63 personnes dans un attentat contre l’ambassade des États-Unis. C’était l’époque du « nouvel ordre mondial » et un Irak qui aurait avalé le Koweït eût contrôlé près de 20 % des réserves mondia- les de pétrole! Désormais, la barbarie des uns répond à la barbarie des autres. Et la paix n’est plus seulement absence de guerre !

Établir un lien entre le choc engendré par le 11 septembre dans la conscience occidentale et l’état de grande inégalité dans lequel vivent les populations de la pla- nète, continue aujourd’hui de se heurter au mur du conformisme ambiant. Toute explication qui se réfère à l’iniquité du monde équivaut, pour les majorités silen- cieuses, à une justification du meurtre de masse. Accusation renforcée par l’em- phase médiatique dont l’auteur donne notamment cet exemple: « Nous vivrons, et nos enfants survivront, dans une histoire où l’explosion des tours redessine la car- te de géographie et trace l’horizon indépassable d’un crépuscule terroriste de l’humanité. »

La réflexion critique sur le 11 septembre et ses lendemains devrait pourtant être considérée comme « un impératif de salut public », dans la mesure où l’événement engagerait l’avenir même de l’humanité. Mais dans l’actuel processus de mondialisation, la « société du spectacle » s’est beaucoup agrandie. Gilbert Achcar évoque ici la « compassion narcissique des faiseurs d’opinion » et autres « élites des métropoles occidentales ».

L’auteur savait déjà, lorsqu’il écrivait le Choc des barbaries que le réseau al Qaeda et son financier et guide suprême Ben Laden, étaient d’ex-alliés des États- Unis. Il faudrait aujourd’hui y ajouter que la CIA avait été informée de l’éventualité deux mois avant l’événement. Pourquoi ces apprentis sorciers ont-ils quasiment laissé faire les pirates de l’air? L’ouvrage de Gilbert Achcar montre comment les États-Unis sont « responsables de la résurgence de l’intégrisme islamique antioc- cidental ».

Il a suffi de mêler à ce climat le discrédit idéologique mondial des « valeurs socia- listes » causé par l’effondrement du « système stalinien ». L’actuel président des États-Unis, George Bush fils, ne déclarait-il pas dans un discours du 20 septem- bre 2001: « Ces terroristes (…) sont les héritiers de toutes les idéologies meurtriè- res du 20è siècle. « Les amalgames, qui résultent de ces rapprochements, sont à hauts risques. Ils ont pour nom: haine raciale et barbaries qui s’entrechoquent. La dominance asymétrique et l’unilatéralisme hégémonique ne sont-ils pas les carac- téristiques du « grand désordre mondial » qu’instaure Bush fils et qui succède à feu le « nouvel ordre mondial » de Bush père?

Le paradigme du « chaos pur » n’est autre, pour l’auteur, que l’internationalisation du paradigme du Léviathan de Hobbes, selon lequel « l’état de nature » est le révéla- teur de l’esprit conservateur, du réalisme politique, du pessimisme anthropologique et de la conception anticonflictualiste et inégalitaire de la société ». Les menaces asymétriques ont-elles définitivement pris la relève de la tragédie grecque: « L’arro- gant Achille états-unien ayant vaincu son ennemi russe Hector, n’a cessé de l’en- foncer dans la déchéance et de l’humilier. Un adversaire de bien moindre impor- tance lui a décoché des flèches qui l’ont gravement atteint à son point le plus vulnérable »?

Il s’agit là, sans aucun doute, de l’impunité interne dont les États-Unis ont profité quasiment depuis leur création. Or, écrivait l’historien grec Thucydide dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse cité par Gilbert Achcar: « La justice n’entre en ligne de compte, dans le raisonnement des hommes, que si les forces sont égales de part et d’autre; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder. »

Arnaud Spire Mercredi, 11 Septembre, 2002 L’Humanité

Le Choc des barbaries. Terrorismes et désordre mondial. Éditions Complexe. 168 pages, 16,90 euros.

http://www.humanite.fr/node/271261

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20 mars 2015 ~ 0 Commentaire

usa–cuba: la fin de la guerre froide? (npa)

*

Quelles sont les raisons fondamentales de ce dégel entre les Etats-Unis et Cuba ? Du point de vue américain d’un côté et cubain de l’autre ?

Je crois que plusieurs facteurs y ont poussé des deux côtés, même si le choix du moment restait une question ouverte. La fin de la Guerre froide avec l’URSS et, à peu près au même moment, le retrait d’Afrique de Cuba ont réduit l’importance de ce pays pour la politique étrangère états-unienne, à tel point que Cuba est à peine mentionnée dans les études stratégiques publiées ces deux dernières décennies par la Défense et les Affaires étrangères. La pression s’est ainsi relâchée par rapport à la situation qui prévalait auparavant.

Il y a aussi le fait que les capitalistes américains sont de plus en plus favo- rables au commerce avec Cuba. En 2000, les Etats-Unis ont approuvé une loi exemptant de l’embargo économique les exportations d’aliments et de produits agricoles, et des groupes tels que Archer Daniels Midland, Tyson Foods et d’au- tres se sont engagés dans des relations commerciales avec Cuba. De très nom- breuses entreprises, à l’exception d’une frange très à droite, sont en faveur de cela. S’y ajoute le fait que le Pentagone était depuis un certain temps favorable à la reprise des relations. Ses responsables ont des rencontres régulières avec les autorités cubaines à propos de la logistique de la base navale de Guantanamo Bay, du trafic de drogue et d’autres questions.

Enfin, mais ce n’est pas le moins important, le poids des exilés cubains de droite à Miami a décliné. La zone du comté de Dade a encore au Congrès trois représentants de la droite cubano-américaine, mais le soutien à leur politique est en déclin, tandis que la composition de la communauté cubaine a changé de façon assez significative. La majorité des Cubains et des Cubano-Américains résidant au sud de la Floride sont maintenant des gens arrivés après 1980, et cette majorité se renforce constamment. Entre 20 000 et 30 000 Cubains arrivent chaque année aux Etats-Unis et la vieille génération est en train de s’éteindre. Celle-ci conserve cependant un fort pouvoir de contrôle sur les médias et le système politique, parce qu’elle est composée des gens les plus riches.

Tous ces facteurs ont contribué à créer, du côté états-unien, une situation dans laquelle, pour toute une série de raisons, les politiciens ont considéré opportun d’évoluer sur la question de Cuba.

Du côté cubain, le pays est confronté à une situation économique préoc- cupante, caractérisée par une carence chronique d’investissements. Le ministre cubain de l’économie a estimé que le pays avait besoin de deux milliards de dol- lars par an pour pouvoir redémarrer. L’investissement à Cuba est deux fois infé- rieur à celui du reste de l’Amérique latine, et la productivité y est basse au regard des normes latino-américaines. La croissance économique a également été faible ces dernières années, n’atteignant que 1 % en 2014. Tout cela a donc créé une situation dans laquelle les deux côtés étaient prêts à un changement dans leurs relations. Les élections de 2014 étant passées, Obama a considéré que c’était politiquement le meilleur moment pour le faire. (…)

A gauche, beaucoup ont considéré cette ouverture comme une victoire pour le peuple cubain. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Je le vois également ainsi, dans le sens où le rétablissement des relations écono- miques avec Cuba est un coup porté contre la conception selon laquelle les Etats- Unis auraient le droit d’imposer à Cuba le système socio-économique et politique qui a leur préférence – et si Cuba ne l’accepte pas, alors les Etats-Unis auraient le droit de la sanctionner économiquement, pas seulement à travers les mécanismes du marché mais par des moyens extra-économiques.

Il faut garder à l’esprit le fait que c’est l’embargo/blocus économique, et non le marché libre, qui a créé la misère pour le peuple cubain. Le néolibéralisme est censé défendre la liberté des forces du marché. Mais c’est un pouvoir politique qui a interféré avec le marché et imposé des sanctions contre Cuba, de façon totalement extérieure à ce que le néolibéralisme bourgeois est supposé recon- naître comme légitime. Dans cette mesure-là, il s’agit donc d’une défaite pour ceux qui pensent que les Etats-Unis devraient avoir le pouvoir et le droit de donner ou non leur blanc-seing à un gouvernement étranger et à un système économique à l’étranger, et le cas échéant de le sanctionner par des moyens extra-écono- miques. En ce sens, il n’y a aucun doute qu’il s’agit d’une victoire.

Pensez-vous que cette ouverture va inaugurer un processus de changement politique à Cuba même ? Si oui, dans quel sens ? Et les Etats-Unis s’en préoccupent-ils ?

Je crois que c’est une question à plus long terme. Pour l’instant, il n’y a aucun doute qu’il s’agit d’une victoire pour le gouvernement cubain. D’ailleurs, celui-ci a eu le culot d’attaquer des dissidents – comme l’artiste performeuse Tania Bru- guera, qui a tenté de montrer son spectacle sur la place de la Révolution, en a été empêchée puis a été arrêtée – au  prétexte qu’ils mettraient en danger les nou- velles relations avec les Etats-Unis. Auparavant, l’accusation était que les dissi- dents faisaient le jeu du blocus. Maintenant, si vous êtes en désaccord, vous faites le jeu de ceux qui veulent perturber les relations avec les Etats-Unis! Mais cela, c’est le court terme. A moyen et plus long terme, je crois que l’ouverture vers les Etats-Unis va miner la légitimité du gouvernement, parce qu’il ne lui sera plus possible de proclamer que les problèmes économiques à Cuba sont causés par l’embargo – surtout si la loi Helms-Burton est significativement modifiée voire abrogée.

Le gouvernement cubain semble très attiré par le modèle économique de la Chine ou du Vietnam. Pensez-vous qu’il pourrait aller dans cette direction ? Et vu ce que vous venez de dire à propos de la possibilité d’un changement politique, serait-ce viable ?

Je pense que c’est ce que veut le gouvernement. Lorsque nous parlons de modèle chinois ou vietnamien, cela ne veut pas dire que Cuba pourrait tirer des cam- pagnes un renforcement de sa force de travail industrielle. La population de Cuba n’est rurale qu’à 25 %. La structure du pays est très différente de celle de la Chine ou du Vietnam. Il ne s’agit pas non plus d’un modèle économique spé- cifique. Mais ce qu’à mon avis veut le gouvernement, c’est un modèle de système social où il y a un parti d’Etat et une absence de démocratie mais, en même temps, des possibilités d’investissement privé substantielles, en particulier d’inves- tissement étranger dans des industries clés, mais avec un Etat qui se réserve la direction des lignes économiques directrices. Le système bancaire en Chine, qui reste monopolisé par l’Etat, en est un exemple.

Le problème à Cuba est que le gouvernement fait deux pas dans ce sens, puis un pas en arrière. La raison en réside certainement dans une résistance bureau- cratique, puisque sous un tel modèle, de nombreux bureaucrates perdraient de leur pouvoir, risqueraient de perdre leurs fiefs. Depuis sa prise de fonctions, Raúl Castro a essayé de ne pas trop perturber le pouvoir bureaucratique et c’est pourquoi tout ce processus a été contradictoire.(…)

Aux Etats-Unis, de nombreux radicaux craignent que des militants de gau- che, comme Assatu Shakur [ancienne membre du Black Panther Party, condamnée sans preuve à perpétuité pour le meurtre présumé d’un policier, NdTr], qui a obtenu le statut de réfugiée politique à Cuba, puissent être extradés vers les Etats-Unis. Qu’en pensez-vous ?

Je suis bien évidemment préoccupé aussi par cette question. Jusqu’à présent, aucun responsable cubain ou états-unien n’a dit la moindre chose à ce sujet. Il y a eu récemment un article dans le New York Times à propos de criminels cubains qui ont été extradés vers Cuba. Je ne suis pas spécialisé en droit international, mais il me semble que cela ne nécessite pas de traité d’extradition. Autant que je sache, il n’y a aujourd’hui aucun traité d’extradition en vigueur entre les Etats-Unis et Cuba. Je ne sais pas non plus si Assata Shakur a reçu la nationalité cubaine. Elle est dans le pays depuis des dizaines d’années. Si elle a reçu la nationalité cubaine, ce sera un obstacle supplémentaire pour son extradition aux Etats-Unis.

Mais ce qui est frappant dans ce cas particulier, c’est que rien n’en a été dit. Evidemment, le gouverneur Chris Christie du New Jersey a sauté sur l’occasion en déclarant qu’elle devrait être renvoyée aux Etats-Unis. Mais personne au sein du gouvernement fédéral de Washington ni à La Havane n’a dit le moindre mot à ce sujet.

Qu’est-ce qui vous semble le plus important à retenir de ces événements ?

A moyen ou long terme, il y aura une remise en cause de l’idéologie qui domine au sein du pouvoir cubain, selon laquelle la piètre situation économique s’explique par le blocus états-unien. Cela pourrait faciliter le développement de la résistance à Cuba. Une certaine libéralisation – pas démocratisation, mais libéralisation –, qui d’ailleurs a déjà commencé, aidera dans ce sens. Les gens pourraient protester plus ouvertement que dans le passé. (…)

Propos recueillis par Lance Selfa

http://npa2009.org/idees/etats-unis-cuba-la-fin-de-la-guerre-froide

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