Archive | Antiimpérialisme

21 mars 2016 ~ 0 Commentaire

irlande, il y a cent ans 2 (dominique foulon)

Pour James Connolly, la partition prévisible de l’Irlande ne pouvait amener que deux regimes conservateurs dans chaque partie de l’île, et compromettre alors toute avancée sociale dans l’ensemble du pays.

C’est autant en militant internationaliste que nationaliste qu’il envisagea alors une insurrection. L’agitation contre la conscription obligatoire rencontre un certain écho en Irlande dès 1915. Les même évènements secouèrent la région de Glasgow où son ami républicain socialiste écossais John MacLean militait contre la guerre et la conscription, où dès 1915, le Comité des Travailleurs de la Clyde mèna une agitation sociale et politique, tout semblait alors indiquer qu’il était concevable, dans les conditions présentes, de transformer la guerre impérialiste en révolution nationale et socialiste.

C’est bien dans cette optique qu’il mit en place des entrainements militaires conjoints entre l’ICA et les Irish Volunteers, qu’il prit contact avec le conseil militaire de l’IRB au sein duquel il fut coopté en janvier 1916 en vue du soulèvement prévu pour Pâques.

Vers l’insurrection

Parmi les préparatifs, la mission de Roger Casement, un irlandais protestant qui avait rejoint la cause républicaine, était d’importance. Bien qu’il n’eût pas réussit à créer une brigade irlan- daise parmi ses compatriotes prisonniers dans les camps allemands, il avait réussi à obtenir un considérable chargement d’armes et de munitions pour la rébellion. Mais, alors qu’il rejoignait l’Irlande à bord d’un sous marin allemand il fut capturé le 21 avril.

Le bateau convoyant l’armement ayant en vain attendu sa venue dans la baie de Tralee se saborda alors qu’il était encerclé par la marine britannique (en fait ce bateau, selon les ordres de l’IRB, n’aurait du approcher des cotes irlandaises qu’après le début de l’insurrection). Le 22 avril un dirigeant des Irish Volunteers, Eoin MacNeill, opposé au soulèvement, annule par voix de presse toutes les manœuvres prévues pour Pâques semant alors la confusion dans les rangs républicains.

La date du soulèvement fut néanmoins maintenue et le lundi 24 avril les volontaires et l’ICA réunis désormais au sein de l’Armée Républicaine Irlandaise (I.R.A.) prirent position en divers points de Dublin. La République fut proclamée devant la Grande Poste qui devint le quartier général du gouvernement provisoire tandis que divers détachements prirent position dans une dizaine d’autres points stratégiques. Outre les contre ordres de Mac Neill qui privè- rent les insurgés d’au moins 1000 combattants, certains échecs, comme celui qui entrava la prise de contrôle du « Château » (l’administration centrale britannique) ou le central téléphonique fragilisèrent dès le départ l’entreprise.

Au delà de la capitale hormis Galway, Ashbourne (comté Meath) et Enniscorthy il y eut peu de combats significatifs. Mais, un peu partout, les Volontaires se réunirent et se mirent en marche, sans se battre, y compris dans le Nord.

La réaction britannique fut extrêmement violente : l’utilisation de l’artillerie en plein centre de Dublin réduit en champs de ruines visait autant à en finir rapidement qu’à terroriser la population. Le samedi 29 avril « afin d’arrêter le massacre d’une population sans défense » Patrick Pearse et le gouvernement provisoire se rendirent sans condition et ordonnaient de déposer les armes. En fait, à part le quartier général de la Grande Poste, tous les autres édifices restèrent aux mains de l’IRA.

L’exemple des volontaires (tous très jeunes) regroupés au sein du Mendicity Institute et qui bloquèrent l’armée anglaise pendant plus de trois jours, occasionnant de lourds revers aux britanniques, sans pour autant subir de perte équivalente, est un des exemples qui démontre que l’affaire n’avait pas été envisagé à la légère et que l’insurrection avait de réelles capacités militaires. La « semaine sanglante » coûta la vie à 116 soldats britanniques, 16 policiers et 318 «rebelle » ou civils. Il y eut plus de 2000 blessés dans la population.

La répression fut immédiate. Plus de 3000 hommes et 79 femmes furent arrêtés, 1480 ensuite internés dans des camps en Angleterre et au Pays de Galles. 90 peines de mort furent pronon- cées, 15 seront exécutées dont les sept signataires de la proclamation d’indépendance. La légende se construisit aussitôt autour des dernières minutes des fusillés (Plunket qui se maria quelques heures avant son exécution, Connolly blessé et fusillé sur une chaise…).

Quelle analyse de l’insurrection ?

Au delà du retournement de l’opinion publique en faveur des insurgés, suite aux représailles, les questionnements ou les anathèmes fleurissent. Si les condamnations des sociaux démo- crates englués dans l’Union sacrée ne furent pas une surprise il est intéressant de noter qu’un des commentaires les plus lucides furent écrit en Suisse par Lénine. Dans un texte célèbre, il note tout ce que la guerre a « révélé du point de vue du mouvement des nations opprimées », il évoque les mutineries et les révoltes à Singapour, en Annam et au Cameroun qui démontrent « que des foyers d’insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l’impérialisme, se sont allumés à la fois dans les colonies et en Europe .

Il replace donc, fort justement, Pâques 1916 dans le contexte international de « crise de l’impérialisme » dont le conflit mondial est l’illustration éclatante. Il fustige ceux qui (y com- pris à gauche) qualifient l’insurrection de « putsch petit bourgeois » comme faisant preuve d’un « doctrinarisme et d’un pédantisme monstrueux ». Après avoir rappelé « les siècles d’existen- ce » et le caractère « de masse du mouvement national irlandais », il note qu’au coté de la petite bourgeoisie urbaine « un partie des ouvriers » avait participé au combat.

« Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réaction- naires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant. La lutte des nations opprimées en Europe, capable d’en arriver à des insurrections et à des combats de rues, à la violation de la discipline de fer de l’armée et à l’état de siège, « aggravera la crise révolutionnaire en Europe » infiniment plus qu’un soulèvement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine.

A force égale, le coup porté au pouvoir de la bourgeoisie impérialiste anglaise par l’insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s’il avait été porté en Asie ou en Afrique. » Et de conclure que « le malheur des irlandais est qu’ils se sont insur- gés dans un moment inopportun, alors que l’insurrection du prolétariat européen n’était pas encore mûre ». [7] Il ne s’agit pas de citer Lénine comme un oracle, mais de noter que dans son analyse, à chaud, il situe clairement la rébellion irlandaise comme une « lutte anti-impé- rialiste » du point de vue de la lutte des classes internationale et de la révolution mondiale. Il n’est pas inutile de rappeler, qu’à l’époque, il finit la rédaction de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

C’est ce qui sera à nouveau souligné lors du second congrès de la 3e internationale en juillet/août 1920, où la question irlandaise fut discutée dans le cadre de la question coloniale et des mouvements d’émancipation des pays opprimés (en présence de deux irlandais dont Roddy Connolly le fils de James Connolly). [8]

En Irlande la mythologie mise en place autour de l’insurrection de Pâques 1916 gom- ma toute référence au contexte international. Les tenants du « sacrifice consenti pour réveiller la nation » (avec le message sous-jacent que ce n’était plus un exemple à suivre) n’enten- daient pas courir le risque de se hasarder à réveiller la question sociale en parlant d’anti-impérialisme. Au lendemain de la défaite et alors que l’opinion publique prenait fait et cause pour les révolutionnaires exécutés, ce fut le parti Sinn Fein, qui n’avait eut aucune respon- sabilité dans le soulèvement, qui remporta les élections en 1918 et devient le symbole de la lute pour l’indépendance.

Le Parti Parlementaire irlandais, déconsidéré, ne joua plus de rôle important dans le nouveau processus politique qui s’amorçait. Toutefois sa capacité de nuisance se révéla redoutable, quelques années plus tard, quand plusieurs de ses membres rejoignirent les partisans de la partition du pays et appuyèrent leur démarche contre-révolutionnaire.

Il a été aussi beaucoup question de la mauvaise stratégie militaire des insurgés. Le fait de maintenir l’insurrection malgré les évènements contraires, reposait sur le fait que les autorités britanniques au courant des préparatifs auraient, de toute façon procédé, à une répression massive. Car initier une rébellion, en temps de guerre, avec le soutien et la coopé- ration de l’ennemi ne laissait que peu de chances aux promoteurs du projet. La prise de diffé- rents points stratégiques dans la ville ainsi que des principales routes et les tenir se concevait dans le dessein d’attendre les colonnes d’insurgés censées converger vers Dublin.

Il fallut l’envoi de 20 000 soldats pour mater la rébellion et la férocité des combats avec l’usage intensif de l’artillerie dans le centre très peuplé de la capitale indique à la fois un mépris colonial pour les indigènes en révolte et la volonté d’en finir au plus vite dans la crainte que la rébellion ne s’étende. Quoiqu’il en fut, certains historiens indiquent que « cette aventure » fut « la plus sérieuse brèche dans les remparts de l’empire britannique depuis la défaite de Yorktown en 1781» face aux insurgés américains. [9]

Dominique Foulon dimanche 20 mars 2016

http://www.europe-solidaire.org/

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20 mars 2016 ~ 0 Commentaire

l’arrestation d’abdelsam (révolution permanente)

war-on-terror

Ne va pas arrêter le terrorisme…

La politique se fait à grand renfort de spectacle.

Avec l’arrestation de Salah Abdelslam, «l’homme le plus recherché d’Europe» après le carnage de novembre, François Hollande et le premier ministre belge, Charles Michel, ne se sont pas privés de quelques effets de manche lors de leur conférence de presse commune tenue à Bruxelles, en marge d’un Sommet européen. De là à imaginer que l’arrestation d’un homme de main de l’État Islamique va mettre un terme au terrorisme djihadiste…

L’homme n’est plus à présenter puisque son portrait-robot a fait le tour des journaux, des JT et des appels à témoins depuis maintenant quatre mois. L’un des tueurs du 13 novembre à Paris, unique survivant des commandos, a été arrêté dans la banlieue bruxelloise avec quatre autres personnes à la suite d’un assaut donné par les forces spéciales belges. Alors que les polices française et belge semblaient avoir perdu sa trace, de nouvelles informations auraient permis de le localiser dans son quartier d’origine, à Molenbeeck, en début de semaine.

L’épilogue de la cavale de Abdelslam est-il la fin de la menace terroriste en Europe ? Absolument pas. Il y a d’abord ceux qui ont tout intérêt à ce que cette menace persiste et sub- siste pour mieux justifier l’état d’exception permanent qui vient d’être constitutionnalisé dans son article 1 par le Sénat. Hollande l’a d’ailleurs annoncé lors de la conférence de presse: «Le combat ne s’arrête pas là » et « il ne s’arrêtera (sic) pas » tant que « tous les complices auront été arrêtés (double sic) », y compris ceux qui financent et entretiennent le terrorisme djihadiste.

Mais c’est là où le bât blesse. Tout d’abord parce que ceux qui ont financé ces dernières années les courants sunnites fondamentalistes, dont sont issus l’ensemble des groupes de la nébuleuse islamiste djihadiste en Syrie et en Irak, sont les alliés de la France et les clients de Dassault, à savoir les pétromonarchies du Golfe et l’Arabie Saoudite.

Ensuite et surtout parce que c’est l’impérialisme, par le développement de la misère et du racisme dans son arrière-cour interne, à savoir tous les ghettos de la périphérie des gran- des villes à l’instar de Molenbeeck, et par ses bombardements au Proche-Orient, qui sème les graines du terrorisme et l’entretient.

Rien de plus grotesque, de ce point de vue, que la déclaration de Charles Michel se félicitant des congratulations de Barack Obama, l’ayant assuré de son soutien « pour la liberté et contre ceux qui ont la haine de la vie ». Mais les bombardements quotidiens perpétrés par l’aviation française en Syrie et en Irak n’attestent-ils pas tout autant d’une certaine « haine de la vie » ?

Plusieurs représentants des associations de victimes des attentats de novembre se sont déclarées soulagées à l’annonce de l’arrestation d’Abdelsam, réclamant un procès en France censé permettre de comprendre « pourquoi il a choisi de tuer ». On peut aisément comprendre ce soulagement, mais il est peu probable qu’un procès permette de faire véritablement la lumière sur les racines profondes qui sont à la base de cette « islamisation de la radicalité » sans même parler de révéler les mécanismes qui ont présidé à l’émergence de ce djihadisme qui, avant l’échec de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak en 2001 puis 2003, n’avait jamais existé à un tel niveau.

Abdelslam, petit dealer qui a préféré passer à la postérité comme l’un des exécutants du pire attentat commis en France depuis des décennies, n’est qu’un pion dont l’arrestation est montée en épingle par Hollande, Valls et leurs ministres. Pour éviter de nouveaux carnages, qui ne sont que le reflet, réduit, de tous les carnages quotidiens dont souffrent les population d’Irak et de Syrie, il nous faudra poursuivre et gagner le combat contre toutes les guerres menées par l’impérialisme français et leur déclinaison interne.

18 mars 2016 Jean-Patrick Clech

http://www.revolutionpermanente.fr/L’arrestation-d-Abdelsam

Lire aussi, dans Le Soir de Bruxelles:

http://alencontre.org/belgique-l’arrestation-d’abdeslam-de-molenbeeka-molenbeek

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15 mars 2016 ~ 0 Commentaire

contre la guerre (afriques en lutte)

salon

Le racisme et le colonialisme, toutes et tous dans la rue

Les guerres menées par la France comme par les autres puissances impérialistes sont des guerres de pillage et d’ingérence pour le contrôle des ressources.

Ces guerres sèment le désastre. Elles tuent des civils, et font des dizaines de milliers de morts, des millions de blessés et de déplacé, provoquent des viols et des mutilations de milliers de femmes réduites à l’esclavage.

Elles créent la misère là bas et entretiennent un climat de peur et de militarisation ici. Ces guerres s’ajoutent aux autres moyens utilisés contre les peuples (dette, occupations, accaparement des terres …) pour renforcer partout la domination coloniale et néocoloniale (Françafrique, Moyen Orient, Palestine, colonies françaises…) Parce que nous nous opposons à ces guerres déclarées en notre nom Parce que nous soutenons
- Le combat contre les discriminations et tous les racismes, et notamment le racisme antimusulman,
- La lutte des réfugiés, migrants et sans papiers Parce que nous nous opposons aux mesures d’exception, aux violences policières et au contrôle généralisé des populations qui ciblent en priorité les personnes musulmanes ou supposées telles, les quartiers populaires et les mouvements sociaux.

Nous manifesterons à l’occasion de la semaine anticoloniale, des Journées internationale de lutte contre le racisme et contre les violences policières pour :

-  Exiger l’arrêt immédiat des interventions militaires françaises, le retrait des bases militaires, la fin des traités et alliances (OTAN…) ;
-  Dénoncer le marché des ventes d’armes qui irrigue entre autres les pires dictatures ;
-  Combattre la militarisation de la société, le quadrillage des territoires et des esprits par le complexe militaro-sécuritaire ;
-  Soutenir le droit à l’autodétermination des peuples en apportant notre solidarité aux forces de résistance et d’émancipation.

14 mars 2016

Contre la guerre, le racisme et le colonialisme, Toutes et tous dans la rue le 19 Mars 2016, 14 H Barbès

http://www.afriquesenlutte.org/communiques-luttes-et-debats/communiques-autres/article/contre-la-guerre-le-racisme-et-le

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07 mars 2016 ~ 0 Commentaire

kurdistan, la guerre des filles (arte)

kurdes1

mardi 08 mars à 22h35 (52 min)

De Paris à Kobané, en Syrie, du Kurdistan de Turquie au Sinjar en Irak, une immersion dans le mouvement des femmes kurdes luttant contre Daech, héritières d’une longue tradition de résistance.

Il y a plus d’un an, le monde saluait le courage des femmes kurdes des Unités de défense féminines (YPJ) qui avaient combattu pour libérer la ville symbole de Kobané, en Syrie, du joug djihadiste. Aujourd’hui, kalachnikov en main, elles poursuivent leur résistance massive face à Daech, dans le Rojava, le Kurdistan syrien, comme au Sinjar, en Irak, vaillantes et militantes, des chants partisans aux lèvres.

Leur slogan ? « Femmes ! Vie ! Liberté ! » Mais cette armée de femmes, formée militairement et politiquement, qui porte haut le projet d’une société affranchie du patriarcat, s’inscrit dans un mouvement de résistance déjà ancien, créé il y a bientôt quarante ans en Turquie autour de Sakine Cansiz.

Cofondatrice du PKK, assassinée, avec deux autres militantes kurdes à Paris le 10 janvier 2013, cette icône a inspiré des générations de femmes. Elle est en outre à l’origine des communautés et des camps d’entraînement installés dans les montagnes du Qandil, au nord de l’Irak, qui rassemblent des femmes kurdes de la région mais aussi d’Europe, unies par un même idéal : construire des sociétés démocratiques, multiethniques et multiconfessionnelles pour, peut-être, changer l’histoire du Proche-Orient.

Féminisme vivifiant Suivant depuis plus d’une décennie ces héroïnes kurdes en treillis, My- lène Sauloy est allée une nouvelle fois à leur rencontre fin 2015, et s’emploie ici à restituer pas à pas leur héritage. Jeunes recrues ou plus anciennes, ces femmes, qui luttent en pre- mière ligne contre Daech, défendent dans le même mouvement – et le même sourire -, l’égalité et la parité. Passionnant, ce documentaire en forme d’hommage montre comment une utopie salva- trice s’inscrit sur le terrain. Un féminisme vivifiant, servi par une remarquable maturité politique.

http://www.arte.tv/guide/fr/063685-000-A/kurdistan-la-guerre-des-filles

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28 février 2016 ~ 0 Commentaire

pendant ce temps à londres (the guardian)

londres

La plus grosse manif depuis 1984 et ses 300 000 manifestants contre la présences des missiles de l’OTAN  Cette fois-ci c ‘est contre le remplacement des « Tridents », missiles des sous-marins situés en Ecosse au moment où la sécu est menacée. En rouge la 1ère ministre écossaise (SNP indépendantiste) avec la leader nationaliste galloise et celle des Verts.

http://www.theguardian.com/world/anti-nuclear-demonstration-trident-london

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23 février 2016 ~ 0 Commentaire

les non-dits (essf)

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De l’intervention militaire française en Centre Afrique

En mars 2013, la rébellion armée centrafricaine dite Séléka (1) a réusssi à chasser le régime du général François Bozizé, considéré comme liberticide, népotique et gabegique. Elle mettait ainsi un terme au processus déclenché en 2006 et interrompu plus d’une fois par des accords de paix — le dernier datant de janvier 2013 — dont l’application a chaque fois été précaire, inaboutie.

Toutefois cette supposée libération n’a pas provoqué une liesse générale à Bangui (la capitale habitée par près du quart de la population centrafricaine), car l’avancée des trou- pes de la Séléka s’est accompagnée de diverses exactions sur les populations, d’assassinats, de destructions d’habitations villageoises qui n’ont pas cessé avec la prise de Bangui. Ce qui a suscité, au-delà de la « résistance » des soldats des Forces armées centrafricaines (FACA), identifiés au régime déchu, l’apparition, aussi bien dans les zones rurales qu’urbaines, des milices d’auto-défense (contre la Séléka) dites « anti-balakas ».

Une confrontation qui a acquis une dimension confessionnelle, du fait que les troupes de la Séléka seraient majoritairement composées de Centrafricains de confession musulmane, accompagnés de Tchadiens et Soudanais supposés musulmans aussi. De quoi alimenter le chauvinisme (la République centrafricaine — RCA— conquise par des hommes du président tchadien Idriss Déby) et l’amalgame, devenu à la mode dans plusieurs parties du monde, entre musulmans et jihadistes. Les jihadistes nigérians de Boko Haram étant supposés avoir fait des incursions au Cameroun, voisin occidental de la RCA.

Et il est question de temps à autre d’écarter un danger terroriste, islamiste, sous-en- tendu, dans la sous-région, à partir de la situation en RCA. Cela dans une société centra-fricaine qui est considérée comme chrétienne à 70 % au moins. Ce qui donne dans le langage de l’hebdo parisien Le Point (3 décembre 2013) : « Centrafrique, pays majoritairement chré- tien, mis en coupe réglée par les mercenaires musulmans de la Séléka venus des pays voi- sins. » Il est vrai que, avant Michel Djotodia, le seul « musulman » à avoir été à la tête de l’État centrafricain est le maréchal Jean-Bedel Bokassa pendant sa conversion à l’islam (1976, par le colonel Mouamar Kadhafi), assez vite reniée d’ailleurs pendant la marche vers la consécration impériale (1977).

La situation s’est ainsi gravement dégradée sous forme de cercle infernal d’attaques meurtrières, de massacres et de représailles, entre supposés musulmans et chrétiens, sous le regard plutôt impuissant que complaisant du gouvernement dit d’unité nationale de transition, dirigé par l’ex-rebelle armé devenu, assez brièvement, président, Michel Djotodia de la Séléka et l’ancien opposant démocrate, aussi brièvement Premier ministre, Nicolas Tiangaye. Cela malgré la présence, qui aurait été dissuasive, de la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC), caractérisée par  “la non-valeur militaire des 2 500 Africains présents”, selon la formule d’un officier français (2), ainsi que de environ 200 soldats français de l’opération Boali (stationnée depuis 2002 et coûtant 22 millions euros par an).

À tel point que des officiels états-uniens et français se sont mis à parler de situation «pré-génocidaire» et de «risque de génocide». Le ministre français des Affaires étran- gères, Laurent Fabius, paraissant alors comme le plus sensible au danger qui pesait sur la population centrafricaine. Il fallait, par conséquent, une intervention militaire proportionnelle à la menace, sous mandat du Conseil de sécurité. Et c’est la France, initiatrice du projet, qui s’est portée volontaire pour servir de force d’appui à la quasi-impuissante FOMAC dans le cadre de la résolution 2127 (2013). Par devoir moral ou purement humanitaire, ont déclaré François Hollande et ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères…

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Février 2014 NANGA Jean

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37239

Lire aussi:

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37235

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37236

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22 février 2016 ~ 0 Commentaire

bolivie (ci)

evo-morales-the-extraordinary-rise-of-the-first-indigenous-president-of-bolivia-23892723

Pas de quatrième mandat pour le président Evo Morales

D’après les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote, les Boliviens auraient refusé, à plus de 51 %, la possibilité d’un quatrième mandat pour le président Evo Morales.

Faut-il amender la Constitution pour permettre au président Evo Morales, au pouvoir depuis déjà dix ans, de briguer un quatrième mandat ? Voilà, en substance, la question qui était posée aux Boliviens le dimanche 21 février. Une question à laquelle ils auraient répon- du non, à 52,3 %, selon un sondage Ipsos effectué à la sortie des urnes. Un score estimé à 51 % selon un autre sondage mené par Equipos Mori.

La partisans de l’opposition ont célébré ces résultats, encore temporaires, dans plusieurs quartiers de la capitale administrative du pays, La Paz, indique la BBC. Le mandat actuel du président court jusqu’en 2020. Mais, s’il a bénéficié d’une grande popularité au début, une série de récents scandales ont entamé sa crédibilité.

Mais le pouvoir peine à accepter la sentence. Le vice-président Alvaro García Linera a incité la population à attendre les résultats officiels : les sondages n’auraient pas tenu compte des votes à l’étranger ni de ceux des populations rurales, “parmi lesquelles le soutien au pouvoir socialiste en place est bien plus large”.

http://www.courrierinternational.com/bolivie-pas-de-quatrieme-mandat-pour-evo-morales

Lire aussi:

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article10600

http://www.essf.lautre.net/2011/spip.php?rubrique279

http://www.contretemps.eu/bolivie-evo-morales-entre-progrès-et-desenchantement

http://www.inprecor.fr/article-bolivie

Commentaire: On pourrait dire « Il n’est pas de sauveur suprême », mais ce n’est pas une victoire de la gauche, mais bien des intérêts des super riches, soutenus par les USA! Pour leur donner la majorité après avoir voté à 60% pour Morales, c’est qu’il a dû beaucoup décevoir!

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22 février 2016 ~ 0 Commentaire

collectif ni guerres ni état de guerre (essf)

war

Texte fondateur 

La France était en guerre bien avant les attentats du 13 novembre, lesquels ont largement servi de prétexte à intensifier ces engagements militaires.

Les guerres de pillage pour le contrôle des ressources n’ont pas manqué depuis le début des années 2000, en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Mali, en Centrafrique. Ces conflits doivent être désignés par leur nom : ce sont des guerres d’ingérence impérialiste. La France n’a aucun « rôle positif » dans ces interventions, malgré ses prétentions puisées à l’ancien répertoire colonial.

Les interventions militaires que mène l’État français sont très largement invisibles dans les médias. Le peu qui en est dit impose un consentement au nom d’une logique sécu- ritaire, avec ou sans habillage humanitaire ; le discours belliciste entend anesthésier et téta- niser la population.

Pourtant, comment ne pas rappeler les désastres que sèment ces guerres, les millions de morts, de blessés et de déplacés, la misère, le désespoir jetant les populations sur les rou- tes, tandis que s’enrichissent les profiteurs de guerre, les multinationales vendeuses d’armes – la France tenant en la matière le quatrième rang mondial.

Ce sont aussi des dépenses colossales, qui détournent l’argent public de dépenses socia- les, culturelles et écologiques vitales. De surcroît, l’État qui mène ces guerres, en pompier pyromane, nous entraîne dans une spirale infernale ayant pour effet de renforcer la haine qui débouchera sur d’autres attentats. Les «Rafale» tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan. Ces bombardements sont des bombes à retardement.

La guerre devient désormais un moyen de gouverner – et de gouverner par la peur. L’état de guerre proclamé justifie la privation croissante des libertés et des mesures directe- ment inspirées de l’extrême droite comme la déchéance de nationalité. Cette situation, d’une extrême gravité, passe pourtant pour une évidence dans le discours politique dominant, com- me s’il s’agissait de banaliser la guerre et de nous habituer à cet état martial et sécuritaire.

Car l’état d’urgence vise à museler les colères et les luttes : cette guerre est aussi une guerre sociale. Nous nous opposons aux guerres d’ingérence et de spoliation – donc à tous les impérialismes. Mais nous sommes en France et c’est donc en France que nous pouvons nous battre en priorité contre « notre » propre impérialisme. Nous pouvons le faire concrètement, sans abstraction ni proclamation : parce que les questions géopolitiques qui se jouent parfois à des milliers de kilomètres ont des résonances fortes, ici, dans nos quartiers.

C’est pour cela que la lutte de notre collectif passe par le combat contre tous les racismes, et notamment le racisme antimusulman, contre les inégalités et les discriminations, le soutien aux migrants et aux sans-papiers, l’opposition aux mesures d’exception et au con- trôle généralisé des populations qui ciblent en priorité les personnes musulmanes ou suppo- sées telles, les quartiers populaires et les mouvements sociaux.

Il nous faut donc nous organiser, riposter par une résistance à la hauteur de ce que nous subissons, à la hauteur des guerres qui se font contre les populations, contre nous et en notre nom.

C’est pourquoi nous avons décidé de lancer un Collectif contre la guerre, qui

• exige l’arrêt immédiat des interventions militaires françaises, le retrait des bases militaires, la fin des traités et alliances (OTAN…) ;

• dénonce le marché des ventes d’armes qui irrigue entre autres les pires dictatures ;

• combat la militarisation de la société, le quadrillage des territoires et des esprits par le complexe militaro-sécuritaire ;

• soutient le droit à l’autodétermination des peuples, apporte sa solidarité aux forces de résistance et d’émancipation.

Nous voulons élargir ce comité, nationalement et localement, à toutes les organisations et toutes les personnes qui se retrouvent dans ce combat.

Pour tout contact et signature : antiguerre16@gmail.com

jeudi 18 février 2016 Collectif ni guerres ni état de guerre

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37229

Note: Le NPA a signé

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09 février 2016 ~ 0 Commentaire

nouvel impérialisme chinois 1 (essf)

chine micro

Déploiement international

Sur tous les plans: économique, diplomatique, militaire, influence régionale ou globale… le déploiement international du nouvel impérialisme chinois a été ces dernières années très rapide. Certes, en bien des domaines, il partait de très bas et ce déploiement reste inégal. Le chemin pour consolider sa position dans le monde s’avère toujours semé d’embuches, depuis la riposte de Washington jusqu’aux fragilités internes et au risque de crise de leadership. Le statut de superpuissance unique des États-Unis n’est pas remis en cause. Il n’empêche que sur le terrain, l’initiative revient souvent à Pékin et que la Chine est devenue la deuxième puissance mondiale. Ce n’est pas rien !

Une rupture avec le passé Comme en bien d’autres domaines, la politique étrangère du PCC marque une rupture radicale avec le passé : le régime affiche aujourd’hui une ambition planétaire de grande puissance et un expansionnisme assumé, à l’encontre d’une posture « stratégique » avant tout défensive durant l’époque maoïste. Au lendemain de la proclamation de la République populaire (octobre 1949), la direction maoïste voulait se consacrer à la consolidation du nouveau régime et à la reconstruction d’un pays dévasté par la guerre. Elle n’en a pas eu le loisir, devant intervenir à son corps défendant dans la guerre de Corée (1950-1953) et réussissant à repousser sur le 38e parallèle l’armée états-unienne.

Pour « contenir et refouler » la révolution chinoise, Washington a établi une « ceinture de sécurité » plus vaste encore qu’à la frontière orientale de l’Europe. Ce dispositif existe pour l’essentiel encore : bases US en Corée du Sud, au Japon (Okinawa), aux Philippines, aujour- d’hui un « droit de visite permanent » dans les ports de l’archipel, VIIe Flotte en mer de Chine…

Le régime du Guomindang à Taiwan siège alors au Conseil de sécurité de l’ONU comme seul représentant de toute la Chine. Les États-Unis prennent le relais des Français au Vietnam. Ils soutiennent le coup d’État de Suharto en Indonésie et le bain de sang anticom- muniste qui suivit (1965). Ils inspirent la contre-insurrection en Malaisie, puis aux Philippines et en Thaïlande. Pékin réagit en aidant la guerre au Vietnam contre l’occupation française, en apportant un soutien mesuré aux guérillas maoïstes dans la région (Thaïlande, Malaisie), et surtout en engageant une vaste opération de « désenclavement diplomatique » ayant pour figure de proue Zhou Enlai.

La République populaire participe à la conférence de Bandung en Indonésie (1955) qui impulse le Mouvement des non-alignés. Le «profil politique» présenté est «modeste». Les dirigeants chinois s’excusent pour les torts commis dans le passé par le régime dynastique envers les peuples de la région. Le discours est alors très différent de celui qui prévaut aujour- d’hui, à savoir une rhétorique nationaliste de puissance se revendiquant de la grandeur passée de l’Empire du Milieu, répétant à l’envi que la Chine «ne cèdera pas ne serait-ce qu’un pouce du territoire sacré du pays».

Ce qui au regard de l’histoire, est, comme le note Au Loong-Yu, un non-sens. En effet, « Le PCC a négocié à maintes et maintes reprises les frontières avec ses voisins durant ses presque sept décennies au pouvoir. A-t-il toujours affirmé faire siens, en totalité, les territoires hérités de la dynastie Qing ou de la République de Chine ? Évidemment non. Ce ne fut certai- nement pas le cas concernant l’accord avec la Corée du Nord, après la fondation de la République populaire de Chine ». [1]

Le conflit sino-soviétique prend forme dès le début des années soixante. Lors de la guerre frontalière entre la Chine et l’Inde (1963), Moscou soutient New Delhi. Staline négocie un accord nucléaire avec les États-Unis sans y associer Pékin. La direction chinoise opère alors un tournant radical en matière de politique internationale. L’URSS devient « l’ennemi principal ». Des combats opposent en 1969 les deux pays sur l’Oussouri, fleuve frontalier.

La direction chinoise renoue avec Washington. Dès 1971, Pékin remplace Taiwan au Conseil de sécurité de l’ONU. L’année suivante, Nixon se rend à Pékin, en pleine escalade militaire en Indochine, le PCC «conseille» alors aux Vietnamiens de ne plus viser la victoire, mais de rechercher un compromis de partition analogue de type Corée ou Allemagne. Une alliance idéologiquement contre nature se noue entre les Khmers rouges au Cambodge, la Chine et Washington qui débouche sur la guerre sino-vietnamienne de 1978-79. Cette der- nière année, la Chine et les États-Unis annoncent la reprise des relations diplomatiques officielles.

Trente ans après la conquête du pouvoir, Deng Xiaoping, véritable revenant, peut préparer les « réformes » qui vont conduire à la reconstitution d’un capitalisme chinois. Le pays a déjà, sur le plan international, des attributs de grande puissance : détenteur officiel de l’arme nucléaire, il est membre permanent du Conseil de sécurité avec droit de veto. Pékin a aussi une obsession, trait de continuité avec la période maoïste : se prémunir contre tout en- clavement. Cela peut paraître bizarre quand on parle d’un pays continent de la taille de la Chi- ne ; pourtant sa frontière terrestre peut-être fermée par une alliance russo-indienne, ainsi que son accès à l’océan par un chapelet d’archipels dans une zone maritime sous hégémonie US.

L’insertion rapide de la Chine dans l’économie mondiale n’est pas sans danger. Les conditions d’admission au FMI sont particulièrement favorables aux transnationales et le régime doit prendre reprendre en main l’économie, au début des années 2000, pour éviter une «néo- colonisation» interne du pays. Les rapports avec Washington restent tendus, comme l’atteste le bombardement en 1999 de l’ambassade de Chine à Belgrade, lors de la crise yougoslave. Nouvelle puissance capitaliste, soit la Chine accède au rang d’impérialisme, soit elle retombe dans un statut subordonné qui peut mettre en cause jusqu’à son unité, autre obsession du régime chinois depuis 1949, le pays ayant vécu le dépeçage par les concessions impérialistes après les guerres de l’Opium, puis le règne des Seigneurs de la guerre.

La nouvelle doctrine militaire Toute grande puissance doit être une puissance militaire en particulier tout nouvel impérialisme. Elle doit pouvoir protéger elle-même ses intérêts dans le monde, en particulier ses voies de communication. La doctrine chinoise a donc profondément changé. Sous Mao, la clé était l’armée de terre, combiné avec l’immensité du territoire: qui envahirait la Chine s’y perdrait. Sous Xi Jinping, actuel président et homme fort du régime, la clé est devenue la Navale. C’est elle qui permet de se projeter bien au-delà de ses frontières.

En matière militaire, le jeu d’échecs inter-impérialiste se joue pour une grande partie sur les océans. La nouvelle doctrine chinoise a été officialisée avec la parution, le 26 mai 2015, d’un Livre blanc pour la première fois consacré à la stratégie militaire et selon lequel «la sécu- rité de(s) intérêts outremer [de la Chine] dans l’énergie et les ressources, les voies maritimes stratégiques, ainsi que des institutions, du personnel et des actifs présents à l’étranger, est devenue une préoccupation majeure». (…)

La direction chinoise ne fait plus mystère de ses ambitions. Le 3 septembre dernier, pour l’anniversaire de la capitulation du Japon en 1945, le régime a organisé une inhabituelle grande parade militaire, dans le style soviétique ou français, pour faire étalage de sa puis- sance, provocant l’inquiétude des pays voisins.

La reconversion des forces armées chinoises demande du temps. Elle est loin d’être achevée. Mais les avancées sont considérables. La Chine est devenue la deuxième puissance militaire au monde (loin derrière les États-Unis) [4]. Alors qu’elle possède déjà un porte-avions acheté à la Russie (Ukraine?, Ndb), elle en construit un second, ce qui lui permettra d’assurer la continuité de service et aussi d’en envoyer un sur un théâtre d’opération extérieure en gar- dant l’autre au large de ses côtes. La Chine ne maîtrise toujours pas le système de catapulte, utilisant la technique du pont incliné. En revanche, elle développe un programme de missile balistique antinavire d’une catégorie unique au monde : le DF-21 D, pour Dongfeng, ou «vent d’est».

Le talon d’Achille chinois, concernant tant le matériel que les troupes, est qu’ils ne sont pas testés dans des conflits réels. La Chine n’a pas l’expérience de la guerre depuis l’invasion du Vietnam en 1978-79. Or côté chinois, il s’agissait encore d’une stratégie «à l’ancienne», par vagues d’assaut massives. Les troupes chinoises sont actuellement intégrées à de nombreu- ses interventions de l’ONU, en Afrique notamment, où elles peuvent accumuler une certaine expérience.

Elles participent à des opérations conjointes contre la piraterie. Elles gagnent mainte- nant une indépendance opérationnelle, menant notamment d’importantes opérations d’éva- cuation de ses ressortissants en Libye (2011) et au Yémen (2015). Ses navires de guerre cinglent dans le Golf d’Aden et au large des côtes orientales de l’Afrique. La décision d’implan- ter à Djibouti une première base militaire outre-mer est prise, les travaux ont commencé. « Le président Ismaïl Omar Guelleh semble prêt à toutes les concessions pour plaire à son homologue chinois. »

« De sources non officielles, on avance le chiffre considérable de 10 000 militaires chinois qui seront déployés à Djibouti, contre 4 000 pour les Américains. Ces derniers ont été sommés par le gouvernement djiboutien d’abandonner leur base secondaire d’Obock pour se concen- trer sur celle de Camp Lemonnier, et faire de la place aux Chinois.» «Pékin et Djibouti sont en train de sceller une alliance stratégique majeure qui fera de ce petit Etat niché au creux de la corne de l’Afrique, l’étape obligée de la Chine dans sa fameuse nouvelle «route de la soie» reliant la Chine à l’Afrique en passant par le Golfe arabique.» [5]

Walvis Bay représente un autre projet, peut-être le plus avancé dans la région ; à savoir la construction d’un port chinois sur les côtes namibiennes d’où il est aussi possible de contrôler les principales routes du commerce international [6]. Elle possède déjà sur place un système de «tracking» par satellite et ce n’est pas le seul ! Dix-huit bases militaires étrangères sont à l’étude à Pékin, pas seulement en Afrique [7].

La mondialisation d’enclaves extraterritorialisées sous contrôle chinois s’opére sous diverses formes. La Patagonie (au sud de l’Argentine) en offre un exemple intéressant. Pékin a besoin de stations de surveillance dans l’hémisphère sud. Elle a passé à cette fin un accord avec Buenos Aires. L’Agence chinoise de lancement et de contrôle des satellites (CLTC) en a construit une dans la province patagonienne de Neuquen. Le site est cédé pour 50 ans à l’opérateur chinois, qui s’avère être en fait l’armée. Gageons qu’elle ne se contentera pas d’y développer son programme d’exploration lunaire.

Plus généralement Pékin multiplie les accords qui autorisent ses forces à utiliser les installations portuaires dans un nombre croissant de pays et achète aussi un nombre croissant de ports dans le monde, avec pour dernière acquisition celle du Pirée en Grèce.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37117

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09 février 2016 ~ 0 Commentaire

nouvel impérialisme chinois 2 (essf)

chine

Dans et hors les institutions internationales

La Chine est devenue un acteur diplomatique de tout premier plan, ainsi que les négociations climatiques l’ont illustré, où celles actuellement en cours en Afghanistan. Devenue la deuxième économie du monde, elle pèse de plus en plus dans les institutions internationales. Elle a adhéré au Centre de développement de l’OCDE. Sa monnaie, le yuan (renminbi) fait désormais partie du panier de devises composant le système des droits de tirages spéciaux (DTS) du FMI.

Simultanément, Pékin déploie ses propres institutions financières internationales. Depuis son lancement en 2014, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank, ou AIIB), a été rejointe par de nombreux pays avancés et émergents au grand dam des États-Unis (France, Grande-Bretagne, Russie, Brésil, Dane- mark…). C’est explicitement une alternative à la Banque asiatique de développement sous direction nippo-américaine et un défi lancé au système financier fondé après la Seconde Guerre mondiale.

La direction chinoise initie de très grands projets, en particulier deux « nouvelles routes de la soie », l’une continentale en direction de l’Asie centrale (ex-Républiques musulmanes d’URRS), l’autre maritime en direction de l’Afrique. Outre le transport de marchandises, il s’agit de constituer de véritables corridors d’investissements avec, notamment, en ligne de mire le Kazakhstan, donc la zone d’influence traditionnelle de la Russie où un nouveau front de la bataille de l’énergie (pétrole, gaz…) est engagé, et le Golfe arabique.

La Chine force l’entrée de tous les clubs traditionnellement contrôlés par quelques impérialismes traditionnels ou la Russie, tels le nucléaire, l’aviation civile aussi bien militaire, la vente d’armements, l’espace. Après avoir fait alunir une sonde en décembre 2013, et débar- qué un robot d’exploration, Pékin annonce le projet inédit de poser un engin sur la face cachée de la Lune… Elle s’impose dans la production de panneaux photovoltaïques et, de même que le Brésil, dans le secteur agroalimentaire (avec le WH Group). Elle multiplie les acquisitions d’entreprises en Europe, via son bras armé en ce domaine, la ChemChina :

« Le prédateur chinois, ChemChina, qui pesait 39 milliards de dollars en 2014, n’en est pas à son coup d’essai. Son PDG, Ren Jianxi, membre éminent du Parti communiste chinois, est passé maître dans l’art d’acquérir des sociétés européennes. En France, d’abord, où il s’est emparé en 2006 d’Adisseo, une société d’alimentation animale, filiale de Rhône-Poulenc, puis de l’activité silicone de Rhodia. Plus spectaculaire, le rachat de l’italien Pirelli. Stratégique, enfin, la prise de contrôle du fabricant de machines KraussMaffei, l’un des symboles de l’industrie allemande, et la prise de participation dans la société de négoce suisse Mercuria. Avec Syngenta, ChemChina espère compléter un tableau de chasse impressionnant. » [8]

ChemChina est évidemment actif hors Europe, comme en Israël, mettant la main sur une société spécialisée dans l’agrochimie. En Amérique latine, Pékin négocie unilatéralement avec chaque pays cible, souvent avec succès, imposant des conditions qui lui sont très favorables (bien qu’un peu moins qu’en Afrique). Il y a encore des régions où Pékin n’avance ses pions que très prudemment, à commencer par le Moyen-Orient.

Le président Xi Jinping vient d’y effectuer un voyage qui s’est voulu strictement d’affaires en Égypte, Iran, Arabie saoudite… Il s’agit de renforcer la présence chinoise dans des pays en conflit les uns avec les autres, dans une géopolitique de guerre instable où la Chine ne peut à l’heure actuelle jouer sa partie. Les rapports avec la Russie sont aussi complexes, entre alliance face aux États-Unis et rivalité, ainsi qu’avec l’Inde, gendarme de l’Asie du Sud. La pénétration chinoise est particulièrement intense dans sa zone d’influence immédiate, en Asie du Sud Est. Mais c’est là aussi que la contre-offensive de Washington prend forme, y compris sur le plan militaire.

La contre-offensive US Pour la première fois depuis 2012, le 26 octobre dernier, des navires de guerre US ont pénétré au sein de l’archipel des Spratleys dans la zone des douze miles marins autour d’îlots créés par Pékin. Cet archipel est revendiqué en tout ou partie par les Philippines, la Malaise, le Vietnam, Brunei et la Chine. Appliquant la politique du fait accompli, cette dernière a construit, à partir de 2014, des îles artificielles en utilisant des bateaux pom- pant les sédiments. Des installations et pistes d’atterrissage sont en train d’être établies dans l’archipel, comme en d’autres « points chauds » de l’espace maritime qui s’étend du sud-est au nord-est de l’Asie.

Après avoir été pris de court par les initiatives chinoises, Washington semble donc décidé de commencer à réagir. L’enjeu est considérable. Ce couloir maritime est l’un des plus fréquentés du monde, utilisé notamment pour les transports pétroliers entre le Moyen-Orient et le Japon. Pékin revendique sa souveraineté sur l’essentiel de cette zone stratégique, consi- dérée par les autres pays comme un espace de libre circulation internationale, par mer ou par air. L’impérialisme états-unien doit réaffirmer sa présence, alors que ses deux alliés les plus proches dans la région se trouvent en première ligne de conflits territoriaux aigus.

C’est le cas du Japon, dont le Premier ministre Abe accélère la militarisation, et aussi des Philippines, qui fut l’une des rares colonies directes des États-Unis (les liens restent très étroits entre classes dominantes de ces deux pays). Les principales bases militaires US se trouvent aujourd’hui au Japon (Okinawa) et en Corée du Sud. Or, ce dernier pays est aujourd’hui cour- tisé par Pékin dont l’influence économique grandit. En témoigne la présence à Pékin de la présidente sud-coréenne, Park Geun-hie, lors la grande parade militaire du 3 septembre, alors que Tokyo, Washington, la plupart des capitales européennes et une bonne partie des pays d’Asie du Sud-Est boudaient l’événement, absents ou ostensiblement « sous représentés ».

Washington n’a eu de cesse d’annoncer, depuis plusieurs années, son « recentrage » sur la zone Asie-Pacifique. Plus facile à dire qu’à faire, alors que ses forces doivent aussi rester déployées au Moyen-Orient, où elles s’enlisent, et en Afrique. Mais des échéances politiques s’imposent, comme la réunion du sommet de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (Asean) et du forum annuel de la Coopération économique en Asie-Pacifique (APEC). Nous entrons probablement dans une étape nouvelle du face à face sino-états-unien

La crise du monde chinois Pékin a récemment subi une série de revers politiques, en parti- culier dans le «monde chinois». La récente la défaite du Guomindang à l’élection présidentielle de Taiwan et la victoire d’une indépendantiste, Tsai Ing-wen, représentent un véritable camou- flet ; même si cette dernière ne veut pas modifier le statut formel de l’État insulaire. Face à l’emprise du PCC, l’opposition démocratique à Hongkong ne désarme pas. En outre, des senti- ments xénophobes contre les « migrants » venus de Chine continentale se développent dans la population. À force d’autoritarisme, le régime finit par miner l’un de ses principes fondamentaux : l’existence « d’une seule Chine ».

A ces revers, s’ajoute la crise économique et financière en Chine continentale. Elle peut affecter l’ampleur des moyens mis à la disposition des ambitions impérialistes du PCC, mais probablement pas les modifier. Au contraire, le nationalisme de grande puissance reste le principal ciment idéologique du pouvoir et l’ennemi extérieur le meilleur dérivatif aux difficultés intérieures – l’accusation d’activités portant atteinte à la sécurité nationale offrant par ailleurs l’une des principales justifications d’une répression qui ne cesse de s’aggraver.

Pierre Rousset lundi 8 février 2016

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