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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

La centrafrique ou la françafrique au passé et au présent

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Les arguments «  démocratiques  » et «  humanitaires  » ne tiennent pas.

La grave crise que traverse la Républicaine centrafricaine n’est qu’une nouvelle conséquence de la domination coloniale puis néocoloniale. Tandis qu’à travers l’opération Sangaris, la puissance tutélaire ne fait que poursuivre une politique qu’elle mène depuis des lustres…

«  Tout redémarre à Bangui  », annonçait l’ambassadeur de France en République centrafricaine, interviewé le 5 février 2014 par le journal Aujourd’hui en France. Arrivé en RCA en décembre dans les paquetages des 1600 soldats de l’opération Sangaris, Charles Malinas maîtrise parfaitement le langage des diplomates au service des intérêts des classes dominantes de leur pays. A la remarque du journaliste, «  tous les jours, il y a encore des dizaines de morts…   », il répond sans transition : «  à Bangui l’activité repart. Les projets de développement économique vont être lancés dans les semaines qui viennent.  ». Comme on ne peut pas croire que l’ambassadeur n’ait pas compris la remarque, on est obligé de constater que, plus de deux mois après l’intervention militaire française, l’argument «  humanitaire  » a disparu derrière d’autres arguments, bien plus «  sonnants et trébuchants  ».

Mais à l’évidence, entre les déclarations de l’ambassadeur et la réalité, il y a un certain décalage. L’ordre et la stabilité propices aux affaires sont loin d’être rétablis, à tel point que l’Elysée a annoncé vendredi 14 février l’envoi de 400 soldats français supplémentaires, qui seront ensuite rejoints par 900 soldats de nombreux pays européens. On est loin de l’opération «  coup de poing  » promise au départ !

Une partie de l’état-major lui-même a reconnu que la situation était en train d’échapper à l’armée française. Les affrontements armés entre les ex-Séléka (les milices de la coalition autour de Djotodia, qui avait pris le pouvoir par la force en mars 2013) et les anti-balaka (les milices villageoises et partisans de l’ancien dictateur Bozizé), les violences entre chrétiens et musulmans et les attaques des bandes armées de toute obédience contre les paysans redoublent un peu plus chaque jour. C’est l’intervention militaire française qui exacerbe la crise. Le bilan est déjà très lourd : au moins 2 000 morts et un million de déplacés (pour une population de 4,5 millions d’habitants). Plus de 100 000 réfugiés s’entassent ainsi dans un gigantesque camp autour de l’aéroport de Bangui, démunis de tout, sans eau potable, sans latrines, avec un seul hôpital de fortune tenu par une ONG.

Une nouvelle fois, rien de neuf sous le soleil africain : les troupes françaises viennent et reviennent, les dictateurs passent ou trépassent, les populations sont déplacées, massacrées ou violentées … pour que les affaires puissent reprendre au plus vite. En Centrafrique même, les intérêts directs actuels des groupes capitalistes français sont relativement limités. Mais c’est l’ensemble de la région que la France veut garder sous son contrôle, pour ses intérêts propres, notamment au Niger, au Tchad ou au Cameroun mais aussi parce que c’est le rôle que lui délèguent actuellement les autres grandes puissances impérialistes, notamment les Etats-Unis : maintenir l’ordre dans la région, pour que se maintiennent les profits tirés de l’exploitation des richesses de l’Afrique.

Un lourd passif colonial Ce n’est pas d’hier que les hommes et les femmes qui tentent de survivre tant bien que mal au cœur de l’Afrique subissent au quotidien les effets d’une domination néo- coloniale, dont les avatars successifs ont pour constante de ne servir que les intérêts convergents d’une puissance, la France en l’occurrence, et d’une multitude de particuliers, du petit colon aux grandes familles et aux actionnaires. Les masques et les prétextes changent ; la machine et ses rouages, à quelques ajustements près, demeurent.

L’histoire de la très vaste zone qui nous intéresse (le territoire de l’actuelle République centrafricaine est plus étendu que la France et la Belgique réunies) ne débute pour autant pas avec la colonisation. Au demeurant, la période qui précède est loin d’être un âge d’or. Les populations y sont exposées aux effets dévastateurs de la traite à grande échelle, à laquelle se livrent tant les Européens que les Etats musulmans voisins du nord et de l’est, ainsi qu’aux razzias des potentats locaux qui échangent leur butin en esclaves contre des armes. Economie certes rudimentaire mais qui, pour ceux qui y trouvaient leur compte, ne devait pas apparaître moins rationnelle et naturelle que le capitalisme pour ses actuels thuriféraires.

Toutefois, la paix régnait parfois et, selon les témoignages des premiers visiteurs, l’agriculture pouvait être florissante autour des bourgs relativement importants de la zone forestière ou des villages dispersés dans la savane.

Vient le temps des empires coloniaux. La jeune République française trouve là une occasion de renforcer le socle encore fragile sur lequel elle est établie en satisfaisant les intérêts d’une caste qu’elle doit se concilier. Mais elle soigne déjà la façade. C’est ainsi que, dans un Discours à la jeunesse, en 1884, Jules Ferry, le Père fondateur de la République coloniale, assène : « Si nous avons le droit d’aller chez ces barbares, c’est parce que nous avons le devoir de les civiliser (…) Il faut non pas les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d’une race supérieure qui conquiert ».

L’année suivante, devant la Chambre, quelques mois après la signature d’une convention franco-belge délimitant les zones d’influence des deux pays en Afrique équatoriale, il explique : «  qui peut dire qu’à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu’à un moment donné les populations n’attaqueront pas nos établissements  ? Que ferez-vous alors  ? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela ; vous résisterez par la force et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles  ».

Conquis en 1903 par la France sous le nom d’Oubangui-Chari, l’actuel territoire de la Centrafrique est intégré en1910 dans un ensemble plus vaste nommé l’Afrique équatoriale française, avec le Gabon, le Congo français et le Tchad. Une partie de l’Oubangui est disputée avec l’Allemagne installée au Cameroun. C’est donc depuis plus d’un siècle que les destins de ces pays sont liés. La meute des puissances à vocation coloniale ne cesse de s’agiter et de grogner autour du plat.

Mais la politique coloniale ne se réduit pas aux conflits entre puissances. Il s’agit aussi de s’imposer sur place et très tôt, cela ne se passe pas sans résistances. Dès le début du 20e siècle, face aux exactions du pouvoir colonial qui n’hésite pas à brûler des villages et à commettre des massacres d’indigènes pour obtenir par la terreur des porteurs ou le paiement de l’impôt, on note des révoltes sporadiques. Mais à partir de 1928, par refus, notamment, du travail forcé (on estime à près de 25 000 morts la saignée provoquée par la construction du chemin de fer Congo-Océan !) et à l’appel du «  féticheur  » Karnou, les ethnies parviennent à s’unir et l’insurrection est alors générale : Karnou est tué dès 1928, mais ce n’est qu’un début. La guerre dite de Kongo-wara dure jusqu’en 1932. La répression fut évidement terrible et, en 1933, les derniers rebelles furent enfumés dans les grottes où ils s’étaient réfugiés.

Fausse indépendance et vrais dictateurs À l’heure des indépendances, c’est un prêtre défroqué, Barthélémy Boganda, non dépourvu de charisme (il est souvent vu comme la réin- carnation de Karnou) qui sera considéré comme le «  Père de la Nation  », selon la formule consacrée. Anticommuniste mais proche à bien des égards du panafricanisme, fondateur en 1949 du Mou- vement d’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), il prône la création des États unis de l’Afrique latine mais il ne parvient pas éviter le morcellement. En 1959, en pleine campagne électorale pour la présidence du nouvel État, il meurt dans un accident d’avion dont les causes suscitent pour le moins des interrogations.

Dès lors, cela fait plus d’un demi-siècle que la République centrafricaine présente un visage caricatural de la Françafrique. Toujours dramatique, comme ailleurs, pour les populations ; souvent tragique, avec par exemple le massacre d’une centaine d’enfants qui avaient été arrêtés pour avoir protesté contre le coût des uniformes scolaires imposés par Bokassa, qui a pris le pouvoir en 1960 avec le soutien de la France. Parfois farcesque, comme lors de l’intermède impérial et du sacre fastueux du même Bokassa en 1977, auquel assiste le ministre français de la coopération de l’époque – mais avec toujours en toile de fond la claire volonté de l’ex-puissance coloniale de ne pas lâcher le bout de gras. La France y fait et y défait les présidents, parfois ouver-tement : ainsi pour le renvoi de Bokassa devenu vraiment gênant, c’est le SDECE (l’ancêtre de la DGSE) qui conduit l’opération.

Pendant la dictature de Kolingba de 1981 à 1993, c’est un Français, chef de la sécurité présidentielle qui est réputé tenir les rênes. De même, en 2003, c’est la France qui décide du moment où elle renonce à tirer d’affaire, comme elle l’a fait des années durant, Patassé, prototype des chefs d’État corrompus. C’est elle aussi qui lâche Bozizé en mars 2013 quand ce dernier lui apparaît trop complaisant à l’égard des intérêts chinois. Et lorsque Djotodia, à qui elle a laissé prendre la main, se révélera incapable de maintenir ne serait-ce qu’un semblant d’ordre, tout sera en place pour l’épisode actuellement en cours.

Au revoir Djotodia, bonjour Samba-Panza C’est en concertation avec Idriss Déby, le dictateur du Tchad, principal allié de la France dans la région et principal soutien de l’autre intervention militaire française en cours actuellement au Mali, que le gouvernement français a précipité la chute de Djotodia début janvier 2014. Déby lâche Djotodia, son homme de paille sur le sol centrafricain, car celui-ci se révèle finalement incapable de tenir les milices Séléka qui contrôlent les péages routiers en provenance des pays voisins, le pétrole au nord et les diamants au centre. Et Déby se refuse à prendre le risque d’une partition du pays, comme l’a connu en son temps le Mali.

De plus, les ressortissants tchadiens sont pris à parti en RCA par les anti-balaka et sont contraints de fuir par dizaines de milliers. Sassou N’Guesso et Ali Bongo, respectivement dictateurs du Congo Brazzaville et du Gabon, sont également de la partie pour sceller le sort de Djotodia qui part rapidement pour le Bénin. Le 20 janvier, c’est Catherine Samba-Panza, la maire de Bangui depuis mai 2013, qui est élue présidente de transition par le Parlement.

Nouvelle présidente mais vieilles recettes Le fait rare qu’une femme accède aux fonctions présidentielles ne doit pas occulter la manière dont elle a bénéficié de l’appui total de l’Etat français. Samba-Panza est une grande bourgeoise, dont le mari a été plusieurs fois ministre des anciens satrapes de la RCA, Kolingba et Bozizé. Dans les années 1990, elle fait partie des cercles dirigeants de la filiale en Centrafrique du deuxième groupe mondial des assurances, Allianz. Elle se lance ensuite dans les affaires et fonde sa propre société de courtage en assurances.

Le 15 novembre, elle avait participé à l’assemblée générale de l’Association des maires francophones (AIMF). «  François Hollande m’a saluée et confié ‘‘Tenez bon, nous arrivons !’’  », a-t-elle raconté. En décembre, elle a également effectué une tournée en France pour nouer «  des partenariats de développement  ». Bref, voilà une nouvelle fois «  la transition  » à la françafricaine assurée. Les propos de Charles Malinas, l’ambassadeur de France, dans la même interview déjà citée, le confirment : «  les diamants centrafricains, qui se trouvent dans le Nord-Est et dans le Sud-Ouest sont actuellement exploités de manière clandestine et exportés illégalement au profit des ex-Séléka (…) Il s’agit de remettre sur pied un système d’exploitation du diamant avec des sociétés agréées. Catherine Samba-Panza a nommé un spécialiste de la question au ministère des Mines. La filière minière qui concerne le diamant, mais aussi l’or, pourra alors retrouver une existence économique et légale normale  ».

Plusieurs centaines de milliers d’adultes et d’enfants se tuent quotidiennement à la tâche dans les zones diamantifères, en creusant les terrains alluviaux avec des pelles et des tamis, sous la surveillance de gardes armés. Que les miliciens soient de nouveau au service du gouver- nement ne changera rien au sort de ces esclaves des temps modernes.

L’intervention militaire française en Centrafrique va durer, comme dure déjà depuis plus d’un an celle au Mali. Il n’y aura jamais de fin au pillage forcené des richesses de l’ensemble du con- tinent africain tant que le système capitaliste sera en place. Les interventions militaires impérialistes sont les conséquences récurrentes de cette avidité permanente.

Alors bien sûr, en tant que militants internationalistes et anticapitalistes, nous exigeons le départ de l’Afrique de toutes les troupes impérialistes, à commencer par celles de la France, et nous réaffirmons que le combat pour l’émancipation des peuples d’Afrique est indissociable du combat pour le renversement du capitalisme.

François Brun et Marie-Hélène Duverger

* Paru dans la Revue L’Anticapitaliste n°52 (mars 2014). http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Les buts de l’intervention en Centrafrique et les intérêts économiques de la France sur le continent africain

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31351

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13 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Les tatares de crimée redoutent qu’on frappe de nouveau à leur porte (the observer)

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La déportation du peuple tatare par le régime stalinien

La vue des hommes renfrognés portant des battes de baseball,  traçant leur chemin à travers les rues avec une liste de noms, sa porte étant parmi celles qui ont reçu une croix, c’était trop pour Ava Mamertova. Elle s’est évanouie. C’est l’un des nombreux membres de la communauté tatare hantée par la peur que le pire du passé est sur ​​le point de se reproduire avec ses conséquences.

Dès que les séparatistes de Crimée ont utilisé la crise en Ukraine pour se lancer dans leur plan d’inviter Moscou , les Tatars ont été sous contrôle; déportés en masse de Crimée par Staline à la fin de la seconde Guerre mondiale, ils s’opposent avec force à la sécession et l’adhésion à la Russie .

C’est l’affrontement entre Tatars et Russes lors d’une manifestation dans la capitale de l’Etat , Simferopol , le 26 Février , qui a préparé le terrain pour l’annexion . Les édifices du Parlement ont été prises au cours de cette nuit par des hommes armés déclarant:  » Nous sommes la Russie  » et l’arrivée des forces de Kremlin dans les rues ont suivi un jour plus tard .

Après les Tatars ont fait profil bas. Des centaines d’entre eux , surtout des femmes et des enfants, ont quitté pour d’autres parties de l’Ukraine et au-delà . Leur conseil d’administration, le Majlis , a souligné la nécessité de garder le son calme tandis que , dans le même temps , il appelait la communauté à boycotter le référendum sur le statut de la région , prévue pour dimanche .

Mme Mamertova , 43 ans , de  Bahchisaraja , s’est vu diagnostiquer des problèmes cardiaques dpuis sa syncope. Le marquage de la porte était un sinistre rappel de ce qui a précédé: l’ d’exil de ses parents il ya 70 ans . Dans les autres parties de Crimée, les membres des milices nationalistes russes se pavanent et  intimident les Tartares .

Mais , dans le même temps , les gouvernements de Russie et de Crimée font ce qui semble être un effort concerté pour gagner la communauté tatare.

Le chef de file national des Tatars, Mustafa Dzhemilev , était aujourd’hui à Moscou, où il était prévu qu’il s’entretiendra avec Vladimir Poutine . Le nouveau Premier ministre de Crimée, Sergueï Aksenov,  qui est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat et qui est considéré avec une profonde suspicion par les Tatars,  a offert au Mejlis un certain nombre de ministères , des lois soi-disant renforcées pour protéger les minorités, des subventions pour des projets culturels et le baptême de l’aéroport de Simferopol d’après un héros tatar .

L’initiative du gouvernement de Crimée a laissé Mejlis , jusqu’ici , impassible. La tête du conseil , Refat Chubarov , réitérant lors d’une réunion que le vote serait légitimer un référendum « illégal » . A Moscou , M. Dzhemilev a affirmé que sa première demande à M. Poutine serait de retirer les troupes .  » C’est la condition principale , après nous pouvons parler de tout. Nous pensons que le référendum est illégitime parce qu’il est organisée par une structure séparatiste, mais je suis ouvert à discuter de tout. Nous sommes une petite nation, nous n’allons pas combattre la Russie  » .

Quelques Tatars, cependant, s’interrogent sur les aînés de la communauté . Lors d’un rassemblement de protestation contre la sécession récente , Adem Ibrahimov , un ingénieur de 46 ans , se demande si  » une approche différente ne doit pas être prise. Nous n’avions pas été impliqués dans des manifestations parce que le Mejlis nous disaitt de ne pas y aller, c’est la première fois que vous voyiez Tatars avec les Ukrainiens et les Russes depuis plus de deux semaines,  et il ya seulement un petit nombre d’entre nous  » .

 » Tous ces gens-là veulent rester en Ukraine; alors je me demande , si nous ne devrions pas voter . Je sais qu’il y aura fraude, mais si les médias montrent combien de personnes ont triché, cela aidera à prouver que la fraude a eu lieu » Son ami Rustum ajoute :  » . Nous devrions peut-être parler à Aksyonov . Nous n’avons pas à  l’aimer, mais nous pouvons commencer à mettre en avant des revendications de notre peuple . Nous devrions exiger des observateurs internationaux , et pas seulement ceux de Russie , pour le référendum  » .

Le ministre de l’Information de Crimée , Dmitriy Polonsky , a insisté devant The Independent  » que plus de gens voteraient plus qu’on ne le pense . Nous pensons … qu’au moins 80% votera . Je ne sais pas combien d’observateurs internationaux peuvent venir , ce n’est pas mon ministère, mais je ne vois pas pourquoi ils ne devraient pas être ici .  »

Plus tôt cette semaine, la maison de Mme Mamertova a été visitée par un autre groupe d’hommes avec des listes .  » Ils ont dit qu’ils étaient responsables et qu’ils étaient venus pour parler du référendum , ils disaient pourquoi c’est une bonne chose et que nous devrions tous y prendre part », se souvient-elle .

 » Ils ne menaçaient pas , ils ne nous disaient pas que nous devions voter. Mon mari leur a dit que nous n’avions pas l’intention de prendre part . Mais je ne sais pas ce qui va se passer , nous avons songé à quitter la Crimée , mais nous n’allons pas le faire.

«Je suis né en Ouzbékistan, où ma famille avait été exilée à partir d’ici . Nous sommes revenus il y a 24 ans , nous avons construit cette maison , nous avons construit une entreprise de floriculture. Nos voisins russes sont bons, leurs hommes sortent en patrouille de nuit avec nos hommes pour s’assurer que ce quartier est sûr . Mais nous nous souvenons également que ces croix sur les portes ont commencé à apparaître quand tout le monde a été emmené il y a toutes ces années . Donc, oui , nous sommes très inquiets . (traduction: google traduction)

Wednesday 12 March 2014 Kim Sengupta ( Bakhchysarai Crimée)

http://www.independent.co.uk/news/world/europe/ukraine-crisis-tatars-of-crimea-fear-a-knock-on-the-door-and-a-return-to-the-bad-old-days-of-the-stalin-era-9187936.html

Commentaire: Le régime stalinien a profité après la guerre, que certains membres des peuples non russes aient collaboré avec les nazis pour expulser des peuples entiers: tatares de Crimée, tcherkesses du Caucase… et faire ainsi un nettoyage ethnique. Que des citoyens soviétiques aient bien accueilli les nazis, en dit long sur le régime des années 30…

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12 mars 2014 ~ 0 Commentaire

La solidarité sauvera l’ukraine d’une intervention (essf)

Pilash

L’intervention de l’armée russe a été rendue possible du fait de la division de la société ukrainienne. Son unité n’est pas possible avec les oligarques et les chauvinistes au pouvoir. Seule la solidarité peut sauver l’Ukraine.

1. Nous sommes pour l’autodétermination de la Crimée mais seulement après le retrait des forces armés russes qui sont en train de réaliser une intervention flagrante. Nous sommes pour l’autodétermination du peuple et non pour celle des élites corrompues qui « s’autodéterminent » pour se protéger de la population de Crimée avec les canons des armes automatiques russes. Le résultat du séparatisme en Crimée serait la renaissance de l’empire russe, la menace d’une guerre mondiale.

2. L’hystérie nationaliste, que les leaders de Maidan ont fait le choix d’ignorer, sert à justifier l’agression. Les plaisanteries xénophobes agressives étaient considérées comme normales et, même aujourd’hui dans les piquets contre la guerre, on entend encore des slogans provocateurs comme « Gloire à la nation ! Mort aux ennemis ! ». Les manipulations du Kremlin ont permis d’intimider la population de l’Ukraine méridionale et orientale. Pourtant l’agression commencée par la Fédération de Russie a ouvertement un caractère d’annexion et est dirigée contre la République révolutionnaire (une véritable révolution, qui s’en prenait aux oligarques, avait commencé et il était clair qu’elle allait mettre à son ordre du jour la question de la transparence de leur richesse).

Même une guerre de libération, si elle est dirigée par les oligarques ukrainiens, conduira à une fascisation de la société : une unification autour d’intérêts nationaux mythiques nous attend, un pouvoir dictatorial sans limites pour conduire une politique sociale qui continuera la concentration des richesses dans les mains de l’élite. Notre gouvernement ne pourra prétendre à la légitimité seulement après avoir subi une lustration [1] sociale. Au lieu de cela, le pouvoir de notre pays cherche à se légitimer au nom de la menace d’une intervention étrangère : on veut nous faire aimer ce régime et non notre pays. En Ukraine, les postes de responsabilité politique passent sous le contrôle direct des oligarques – Kolomoïskiy [2] et Tarouta [3] sont devenus gouverneurs. Les oligarques ont pillé notre pays et maintenant ils exigent que les gens affamés protègent cet État corrompu !

3. Maïdan n’était pas homogène : les nationalistes radicaux ont réellement pollué la mobilisation avec leur xénophobie, mais heureusement, ce ne sont pas eux qui ont défini les revendications de Maïdan. Les populations de l’Ukraine orientale et méridonale ainsi que les représentants des minorités ethniques devraient prendre conscience qu’à Maïdan il y avait beaucoup de représentants de positions internationaliste, de gauche et démocratique. Soutenir le mythe du « Maïdan fasciste » c’est se résigner à l’emploi de la force par les néo-nazis contre les très nombreux citoyens qui sont en désaccord avec eux. Nous regrettons que les idéaux antifascistes soient utilisés pour justifier la guerre. L’antifascisme c’est la solidarité et non l’intervention militaire !

4. Les citoyens de l’Ukraine centrale et occidentale doivent exiger du gouvernement de ne pas permettre la discrimination linguistique, la destruction de monuments et des actes d’hostilité inutiles. L’ukraïnisation menée par les oligarques ne peut se faire qu’au nom du chauvinisme. La politique linguistique doit être revue et le droit d’employer la langue maternelle doit être élargi dans les régions où cela est nécessaire. La renaissance nationale et culturelle de la nation ukrainienne et des autres nations de notre pays n’est pas possible sans que les problèmes sociaux soient résolus.

5. Nous sommes pour la préservation de l’Ukraine unifiée en tant que phénomène culturel unique. La coexistence de différents groupes ethniques ne peut qu’enrichir la culture humaine. Diviser en deux ce pays, c’est garantir la domination des chauvinismes. Tous ces conflits en Ukraine sont la conséquence de la dictature des oligarques. La consolidation de l’Ukraine ne peut être réalisée qu’en surmontant le pouvoir de l’oligarchie – les travailleurs de l’est comme du sud aspirent aux mêmes changements sociaux et ils devraient comprendre qu’en provoquant les affrontements on ne peut que repousser à l’infini toute perspective d’amélioration.

6. Le pouvoir de la Fédération de Russie représente l’expression la plus conservatrice des intérêts du capital. C’est pourquoi les citoyens qui sont favorables à un référendum de « réunification » avec la Russie doivent se préparer à la terreur policière et à la politique antisociale. Nous ne permettrons pas une victoire de l’impérialisme russe, qui constituerait un grave précédent. Contrairement à ce qu’affirment les nationalistes bourgeois ukrainiens, il n’y a aucune survivance du socialisme dans la Russie actuelle. La population ukrainienne haïra encore plus les Russes si les illusions impérialistes et revanchardes se développaient parmi les masses. Les promesses d’une vie meilleure dans le style hitlérien finissent toujours par une catastrophe pour la nation qui agresse. Il faut avoir à l’esprit qu’une telle guerre serait aussi une opportunité pour que le capital occidental puisse installer ses armées et saisir une partie du territoire ukrainien.

7. Il faut surtout lancer un appel à la population russophone et aux Russes d’Ukraine, qui ne soutiennent pas la guerre. Ce sont eux qui peuvent saboter la mobilisation et le transfert des troupes d’occupation ainsi que faire pression sur les autorités et le capital russes. C’est eux que l’impérialisme russe tente d’utiliser pour renforcer sa domination par le référendum. Nous devons créer des brigades internationales pour préserver la règle du droit, agir contre le chauvinisme mutuel, protéger les installations stratégiques, faire la propagande parmi les troupes mais aussi empêcher le désarmement des soldats ukrainiens. Il faut former des groupes d’autodéfense ouvrière dans les entreprises pour les protéger des envahisseurs étrangers et de le cupidité de leurs « propriétaires ». Il faut créer des unités avec ceux en qui vous avez confiance ou que vous éliriez ! L’armée ukrainienne doit être sous le contrôle des citoyens. Pourquoi mourir sous le commandement des nationalistes comme Paroubyï ou Yarosh ? Ils ont déjà sur la conscience les mauvaises décisions tactiques de l’EuroMaïdan et les provocations à la haine ethnique. Pourquoi mourir pour les intérêts des Akhmetov [4] -Kolomoïskiy ? Les prolétaires de tous les pays devraient apprendre des oligarques ukrainiens la notion de solidarité, car ces derniers ont sur surmonter tous leurs conflits pour s’unir autour de leurs intérêts de classe.

* À bas les bandits-hommes d’État, qui sont devenus séparatistes !

* À bas les impérialistes russes !

* À bas les chauvinistes ukrainiens !

* Vive l’indépendance de l’Ukraine des travailleurs !

L’Union socialiste « Opposition de gauche » présente son opinion sur l’agression russe en Crimée et sur le rôle destructeur des nationalistes ukrainiens. Kiïv, le 3 mars 2014

L’Union socialiste « Opposition de gauche » a été créé en novembre 2011 par les militant-e-s des groupes de la nouvelle gauche : Initiative de gauche, Organisation des marxistes, Alternative socialiste et Groupe marxiste « la Tomate ». La présentation du site web de l’Opposition de gauche mentionne qu’elle « entretient des liens avec les mouvements de travailleurs et d’étudiants dans le monde au travers de ses contacts avec la IVe Internationale ».

* http://orta.dynalias.org/inprecor/a…

Cette déclaration a été d’abord publiée par le site web GASLO (site web central de l’Opposition de gauche) : http://gaslo.info/?p=4990 Traduit de l’ukrainien par JM.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31317

 

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08 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Centrafrique: le fiasco de la france

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Sans surprise et dans un consensus politique, l’Assemblée nationale vient de donner son aval à la continuité de l’opération Sangaris en Centrafrique.

Mais dans le même temps, les critiques de cette opération se font de plus en plus entendre. Dès le début, l’intervention française ciblait uniquement les milices de la Seleka venant du nord du pays qui ont porté au pouvoir Michel Djotodia.

Ces milices se sont rendues coupables d’exactions contre les populations en épargnant généralement les communautés musulmanes. En neutralisant les milices de la Seleka, les troupes françaises ont laissé en matière de sécurité un vide pour les populations musulmanes qui se sont fait massacrer par les milices anti-Balaka, largement encadrées par les partisans de l’ancien dictateur François Bozizé.

Pendant de longues semaines les soldats français ont continué cette opération en laissant agir les anti-Balaka qui ouvertement travaillaient à leur objectif : « nettoyer » le pays des musulmans. Ainsi l’armée française, même si ce n’était pas son intention première, a été d’une aide décisive dans le nettoyage ethnique qu’opèrent les milices anti-Balaka. Les convois de civils musulmans qui se dirigent vers le nord du pays sont sans cesse attaqués par ces miliciens dont la plupart sont des jeunes désœuvrés. En soutenant ces milices, Bozizé tente de son côté de reprendre le pouvoir.

Le remède pire que le mal… La situation politique se complique considérablement. Les anti-Balaka sont divisés. Une aile se déclare prête à travailler avec le gouvernement de Catherine Samba-Panza, tandis que l’autre partie dénie toute légitimité à ce pouvoir. Cette division peut amener à des conflits entre anti-Balaka eux-mêmes sur des bases ethniques.

Déjà on recense des méfaits de ces miliciens contre les populations chrétiennes. Et le fait que la France se donne désormais comme objectif le désarmement de ces milices va contribuer à l’hostilité grandissante d’une partie de la population. Régulièrement les soldats de Sangaris essuient des tirs de miliciens anti-Balaka.
Dans le nord du pays où les musulmans se sont réfugiés, les risques sont grands de voir les populations chrétiennes de cette région être victimes de la vengeance des miliciens de la Seleka. La question de la gestion de cette région se pose. En effet, si la partition institutionnelle du pays a été écartée, sa sécurisation et son contrôle restent problématiques.

La diplomatie française mise sur le dictateur tchadien Déby pour éviter que cette zone soit une zone de non-droit propice à un refuge de toutes les milices qui sévissent dans la région : celles du Darfour mais aussi la secte ougandaise de la LRA (acronyme anglais de l’Armée de Résistance du Seigneur), les zaraguinas bandits de grand chemin, et bien sûr les djihadistes. Le rôle d’Idriss Déby se retrouve ainsi renforcé et va bénéficier de la mansuétude de la France et des autres puissances occidentales.
De nouveau, la théorie d’un soutien aux dictatures pour assurer la stabilité dans la région est défendue, alors que ce remède est pire que le mal. La légitimation de ces dictatures ne fait que nourrir des conflits armés qui dégénèrent le plus souvent en guerres ethniques. La politique africaine de la France reste constante et continue à faire des ravages dont les principales victimes restent les populations.
Paul Martial Hebdo L’Anticapitaliste – 232 (06/03/2014)

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04 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Pas de guerre avec l’ukraine! (avanti.be)

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Déclaration du Mouvement socialiste de Russie

La guerre a commencé.

Dans le but de protéger et d’accroître les intérêts des oligarques en Russie et de la coterie de Ianoukovitch, les dirigeants de la Russie ont entrepris une invasion de l’Ukraine.

Cette agression pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour les peuples ukrainien et russe, et surtout pour la population de la République autonome de Crimée et des régions industrielles du sud-est de l’Ukraine.

Pour l’Ukraine, cela signifie aussi une escalade des conflits ethniques ; pour la Russie, c’est une consolidation du pouvoir dictatorial, la répression et l’hystérie chauvine avec laquelle l’élite dirigeante sera en mesure de neutraliser la colère des masses dans un contexte d’appro-fondissement de la crise économique. Nous partageons aussi l’inquiétude des habitants du sud-est ukrainien sur les tendances nationalistes des nouvelles autorités à Kiev.

Cependant, notre ferme conviction est que la liberté sera obtenue non pas par les chars de Poutine, mais par l’auto-organisation et la propre lutte du peuple pour ses droits civils, politiques et socio-économiques.

Il va sans dire que les peuples de l’Ukraine ont le droit à l’autodétermination, à l’au- tonomie et à l’indépendance. Mais ce que nous voyons aujourd’hui n’a rien à voir avec la volonté démocratique des masses. Il s’agit d’un acte brutal et cynique de l’impérialisme russe visant à annexer un territoire étranger et à transformer l’Ukraine en un protectorat de la Russie.

Aujourd’hui, la lutte pour la liberté en Russie est une lutte contre l’aventurisme de la politique étrangère du régime actuel qui n’utilise les conflits que pour prévenir sa propre fin. Le RSD appelle toutes les forces sincères de gauche et démocratiques à organiser des manifestations anti-guerre. Nos exigences :

  • NON à la guerre russo-ukrainienne ! NON aux provocations et aux effusions de sang en Ukraine !
  • NON à la mise en opposition des peuples de Russie et d’Ukraine !
  • AUCUNE intervention des armées de Russie ou d’autres pays dans les affaires de Crimée !
  • LIBERTE de choix pour les actes pacifiques d’autodétermination pour les habitants de la péninsule de Crimée !
  • OUI à la lutte des travailleurs contre les oligarques
  • OUI à la lutte des travailleurs ukrainiens contre les oligarques et les fonctionnaires corrompus. NON aux conflits ethniques !

Le 1er Mars 2014.
Mouvement socialiste de Russie (RSD)

Le Mouvement socialiste de Russie est la section russe de la IVe Internationale, anciennement section du Comité pour une Internationale Ouvrière.

Source :
http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article3296
Traduction française pour Avanti4.be : G. Cluseret

http://www.avanti4.be/actualite/article/pas-de-guerre-avec-l-ukraine-declaration-du

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03 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Venezuela, crise économique et pressions de l’opposition de droite (ccr)

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Les classes populaires face à la multiplication des dangers

Depuis plusieurs semaines, le Venezuela est agité par des manifestations massives contre le gouvernement de Nicolás Maduro. Le bilan pour l’heure, est de dix-huit morts, des blessés par dizaines et des centaines d’arrestations dans les rangs de l’opposition. Mais la situation est beaucoup plus complexe que ne le présente les médias internationaux : volonté putschiste d’une droite radicalisée, immixtion de l’impérialisme étasunien ; face à ces deux éléments, on a aussi un gouvernement «de gauche» répressif qui recherche le soutien du patronat. Les écueils sont multiples pour le monde du travail, la jeunesse et les classes populaires du Venezuela.

Depuis le 2 février, une partie de l’opposition manifeste avec des cortèges d’étudiants contre le gouvernement de Nicolás Maduro. Les premières protestations n’ont regroupé que quelques dizaines d’activistes qui se sont radicalisés, essentiellement à Caracas et dans les villes proches de la frontière colombienne. Le 12 février, le phénomène devient national et fait la une des médias internationaux à la suite de la mort d’un étudiant d’opposition, Basil da Costa, mais également d’un militant chaviste, Juan Montoya. Au fil des semaines, le bilan s’est alourdi, on compte aujourd’hui 14 morts.

Le gouvernement a d’emblée accusé l’opposition d’être à l’origine des violences pour promouvoir un coup d’Etat. Pourtant, le journal plutôt favorable au gouvernement, Últimas Noticias, a révélé que c’était des fonctionnaires du SEBIN, le service d’intelligence de l’Etat qui étaient à l’origine des premiers tirs mortels. Plusieurs de ces agents ont d’ailleurs été arrêtés depuis. Mais la question fondamentale est savoir comment des manifestations orchestrées par la droite ont pu grossir à tel point, s’étendre à l’ensemble du pays et recruter au-delà du bassin traditionnel de l’opposition anti-chaviste la plus dure.

Une opposition réactionnaire

Certaines revendications défendues dans ces mobilisations sont légitimes : l’inflation a atteint plus de 56 % durant la seule année 2013, grevant ainsi le pouvoir d’achat des travailleurs vénézuéliens. La monnaie nationale a été dévaluée de 46,5 % en février 2013 et l’ajustement de celle-ci à l’égard des taux de change internationaux conduit à une dépréciation encore plus élevée. Les pénuries atteignent en janvier 2014 un indice de 28 % (26,2 % pour le seul secteur alimentaire). Outre la situation économique, le niveau d’insécurité qui a toujours été important au Venezuela, déjà avant la première victoire de Chávez en 1998, suscite une inquiétude et un mécontentement qui déborde largement les classes moyennes urbaines.

Ceux qui se sont hissés à la tête de ces mobilisations sont néanmoins des ennemis mortels des classes populaires vénézuéliennes. Le motif initial de la mobilisation, « sortir » le gouvernement Maduro, dénote d’une franche volonté putschiste. Les leaders politiques que l’ont retrouve à la tête des mobilisations sont issus de la droite vénézuélienne la plus dure. Leopoldo López, ancien maire d’un des arrondissements les plus aisés de Caracas, dirigeant du parti de droite Voluntad Popular, est aujourd’hui incarcéré, accusé par le gouvernement d’être l’instigateur des violences. Son acolyte, la députée María Corina Machado, est la porte-parole de l’ONG Sumate dont le financement par des officines du gouvernement étasunien est avéré. Le caractère séditieux de ce groupe peut être mesurée à l’aune du comportement du général à la retraite Ángel Vivas, menacé d’être interpellé qui déclare aux journalistes présents à son domicile, fusil à la main, qu’il se défendra contre les forces de l’ordre et appelle les manifestants à se maintenir près de chez lui pour empêcher son arrestation.

Cette volonté putschiste affichée n’est le fait que d’un secteur de l’opposition. La Mesa de Unidad Democrática (MUD, Table ronde de l’Unité Démocratique, coalition rassemblant la plupart des partis d’opposition) n’est pas à l’origine de ces rassemblements. Le candidat de la MUD aux élections présidentielles contre Hugo Chávez en octobre 2012 et Nicolás Maduro en avril 2013, Henrique Capriles Radonski, appelle à ne pas manifester et préfère attendre les prochaines échéances électorales pour espérer l’emporter légalement en profitant de l’impopularité de la politique économique du gouvernement.

Ce secteur, légaliste par opportunisme politique, n’en est pas moins putschiste « par essence ». En avril 2002, l’ensemble de l’opposition avait tenté de réaliser un coup d’Etat contre Hugo Chávez avec le soutien des Etats-Unis et des grands médias de communication. Le président de Fedecámaras, la principale organisation du patronat vénézuélien était même devenu durant 48 heures chef de l’Etat en poussant Hugo Chávez à l’exil avant que celui-ci ne soit rappelé par les classes populaires et des secteurs de l’armée. Henrique Capriles Radonski avait alors activement participé au coup de force et était parti à l’assaut de l’ambassade de Cuba. Aujourd’hui encore, Henrique Capriles Radonski demande la libération d’un ex-commissaire, Iván Simonovis, au rôle protagonique lors de ce coup d’Etat avorté.

Un gouvernement conciliant avec le patronat

Si l’opposition est résolument pro-patronale et pro-impérialiste, le gouvernement est responsable de la situation économique et politique catastrophique que connaît le Venezuela. Lorsqu’à l’automne dernier, les travailleurs de SIDOR, une entreprise sidérurgique publique, ont été en grève durant trois semaines pour le simple paiement de primes promises dans leur convention collective, le gouvernement a refusé de satisfaire leurs revendications, les a accusés de retarder les programmes sociaux en bloquant la production, a menacé de « militariser » le conflit et a accusé les travailleurs d’être manipulés, pêle-mêle, par des anarcho-syndicalistes, la droite vénézuélienne ou des diplomates étasuniens.

Plus récemment, ces dernières semaines, en pleine vague de manifestations de l’opposition, au lieu de mobiliser sa base sociale, le gouvernement a arrêté durant 48 heures une dizaine de militants syndicaux du secteur pétrolier qui protestaient contre le non-renouvellement des conventions collectives. Il y a deux semaines, en pleine polémique autour de la répression des manifestations étudiantes, l’UNT, la centrale syndicale chaviste critique, a été délogée des locaux qu’elle occupait depuis plus de dix ans. Ces épisodes de répression n’ont pas eu droit aux couvertures médiatiques dont Leopoldo López a bénéficié. Quelle que soit la latitude, un ouvrier est, aux yeux des grands médias, bien moins télégénique qu’un politicien réactionnaire. Plus généralement, on estime autour de 200 le nombre de dirigeants syndicaux poursuivis, d’une façon ou d’une autre, pour des faits liés à des mouvements sociaux.

Les solutions proposées par le gouvernement de Nicolás Maduro sont l’exact opposé de ce qui pourrait relancer un processus politique d’émancipation dans l’impasse. Le président vénézuélien a lancé une Conférence Nationale de Paix à laquelle il a invité le secrétaire général de la MUD et Henrique Capriles Radonski. Tous deux ont décliné la proposition pour ne pas apparaître trop indulgent avec le gouvernement aux yeux de leur électorat. Pourtant on pouvait remarquer parmi les personnes présentes à cette initiative le président de Fedecámaras, le PDG du conglomérat agro-alimentaire, Empresas Polar, ou encore les dirigeants de deux chaînes de télévision privées.

Ces secteurs économiques puissants demeurent les réels maîtres du Venezuela. Entre 1998, date d’accession au pouvoir d’Hugo Chávez et 2008, la part du secteur public dans le PIB a diminué de 34,8 à 29,1 % en contradiction totale avec les objectifs déclarés du gouvernement bolivarien [1]. Fedecámaras, autrefois putschiste, préfère aujourd’hui échanger sa prétention à gouverner contre celle de réaliser des profits toujours plus énormes. Le gouvernement a accordé en mai dernier à l’entreprise Polar des exemptions de TVA contre la promesse d’approvisionnement. Les promesses n’engagent bien évidemment que ceux qui y croient. La présence de deux dirigeants de chaînes de télévision pourrait étonner. Ces deux canaux avaient participé activement au coup d’Etat d’avril 2002, appelant aux mobilisations de l’opposition, truquant les images pour susciter un climat favorable aux putschistes, imposant un black-out d’informations durant les manœuvres politiques pour écarter Hugo Chávez. En juin 2004, le président du conglomérat médiatique dont les deux chaînes font partie, un des plus puissants d’Amérique latine, Gustavo Cisneros, et Hugo Chávez avait scellé un pacte de non-agression. On est passés, avec Maduro, à un niveau ultérieur de la conciliation de classe au nom du « Socialisme du XXIème siècle ».

Cette institutionnalisation du gouvernement chaviste mène le Venezuela dans une situation différente de celle d’avril 2002. Nicolás Maduro dispose du soutien fidèle de l’armée, d’un contrôle complet de l’entreprise pétrolière publique, PDVSA, qui gratifie l’Etat d’une juteuse rente pétrolière. Il est toutefois peu probable qu’une fraction substantielle de la population soit prête à risquer sa vie, cette fois-ci, pour défendre le gouvernement. Ce dernier compense sa perte de popularité par son poids dans les institutions tandis-qu’une partie de l’opposition maintient ses objectifs putschistes sans avoir les moyens de sa politique, ce qui ne veut pas dire que le flot des manifestants qu’elle mobilise ne se tarisse.

Une voie étroite qui doit être indépendante de la droite revancharde et d’un gouvernement aux abois

Face à ces dangers, la voie pour les travailleurs est étroite. Si certaines des revendications des manifestants sont légitimes, la volonté putschiste de leurs représentants politiques est celle d’une droite assoiffée de revanche sociale contre le gouvernement chaviste qui, à ses yeux, a trop redis- tribué les richesses aux classes populaires. Le gouvernement de Nicolás Maduro est faible mais , sa stratégie hasardeuse ouvre la voie à un retour de la droite au pouvoir. Les Etats-Unis profitent eux aussi de ces événements pour critiquer, selon les mots de Barack Obama, les « violences inac- ceptables ». La politique gouvernementale est cependant le principal pourvoyeur de vocations pour cette opposition, par son inefficacité économique et par la répression exercée. En poursuivant sa politique conciliatrice à l’égard du patronat, le gouvernement se coupe d’une potentielle mobilisation des classes populaires. (…) Romain Lamel 28/02/14

[1] Victor Alvarez, Venezuela : hacia donde va el modelo productivo ?, CIM, 2009.

http://www.ccr4.org/Crise-economique-et-pressions-de-l-opposition-de-droite-les-classes-populaires-venezueliennes-face-a-la-multiplication-des-dangers

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02 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Venezuela: une lutte de classes

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Pendant ce temps, la « boli*-bourgeoisie » s’en met plein les poches…

Les médias diffusent chaque jour des images des manifestations étudiantes dirigées contre le gouvernement, manifestations qui se tiennent dans les quartiers riches des grandes villes du Venezuela. Les manifestations ouvrières, attaquées à coups de feu par les réactionnaires, qui se déroulent simultanément dans les quartiers pauvres des mêmes localités, sont beaucoup moins connues dans les pays impérialistes.

La violence qui s’exprime dans la rue s’inscrit dans une situation où les pénuries et l’insécurité désespèrent les classes moyennes, tandis que l’inflation galopante et la mise en danger des conquêtes sociales des dernières années mobilisent fortement les secteurs populaires.

La bourgeoisie à l’offensive Sous la pression de l’Église et des responsables politiques « démocratiques » de la droite vénézuélienne, le président Maduro préfère tenter de négocier une issue constitutionnelle en sacrifiant la classe ouvrière et la population pauvre. La bourgeoisie vénézuélienne partage l’objectif de renverser Maduro, de récupérer les revenus de la rente pétrolière et de liquider les acquis arrachés depuis quinze ans par le mouvement ouvrier et populaire. Dans ce cadre, les différences entre ses deux leaders, Henrique Capriles et Leopoldo López, sont d’ordre tactique.

*
Capriles, le perdant de la dernière présidentielle, a pris ses distances avec les manifestations parce qu’il pense arriver au pouvoir par la voie électorale. Il représente la grande bourgeoisie vénézuélienne qui joue la carte d’une transition ordonnée, ne mettant pas en jeu les immenses profits qu’elle a retirés de ses accords avec le gouvernement. D’où sa proposition d’un « gouvernement d’unité nationale ».

*
López, l’un des dirigeants du coup d’État failli de 2002, amnistié ensuite par Chávez mais rendu inéligible suite à des malversations sur des fonds publics, représente à la fois la petite et moyenne bourgeoisie, raciste et anti-ouvrière, et la droite étatsunienne qui brûle du désir de remettre la main sur les réserves pétrolières du pays. Selon une information qui n’a pas été démentie, l’ancien candidat républicain à la présidence US, John McCain, aurait préconisé une invasion du Venezuela afin de pouvoir contrôler les flux pétroliers dans l’intérêt supérieur de la nation.

À la croisée des chemins Une figure de l’opposition moins connue à l’étranger, celle du dirigeant étudiant Lorent Saleh, représente l’aile la plus radicale de la droite vénézuélienne. Saleh a taxé Capriles de « timoré et faible » après les critiques que ce dernier a adressées aux manifestations étudiantes. Selon une enquête du quotidien El Espectador, Saleh a participé l’an dernier au lancement en Colombie de l’Alliance nationaliste pour la liberté, une organisation aux liens néonazis qui opère à Bogota et dans d’autres villes de ce pays.

*
La presse occidentale garde le silence face aux destructions par le feu de moyens de transport publics, à l’encerclement et aux tentatives de saccage de l’Université bolivarienne (ouverte aux étudiants pauvres) ainsi que de médias publics, ou encore aux agressions violentes de médecins cubains qui travaillent dans les missions des quartiers populaires. Pas un mot non plus sur la défense spontanée de ces conquêtes par le peuple vénézuélien, contre les attaques de la droite et de ses paramilitaires.

*
Le processus révolutionnaire vénézuélien se trouve désormais à une croisée des chemins. Combien de temps ce peuple, qui voit son gouvernement négocier avec les agresseurs au lieu de les châtier, pourra-t-il encore résister ? La seule solution est d’avancer dans la mobilisation en développant une auto-organisation démocratique et de masse. Si le gouvernement persiste dans cette voie de la négociation avec la bourgeoisie dite « pacifique », la classe ouvrière vénézuélienne devra, pour ne pas perdre tous ses acquis, imposer une solution qui lui soit propre.

Virginia de la Siega Hebdo L’Anticapitaliste – 231 (27/02/2014)

* boli-burguesia:  se dit des « bourgeois-bolivariens » donc « de gauche » , qui profitent du régime  bolivarien et qui s’ajoutent aux « bourgeois normaux » de droite.

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02 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Russie: droit d’asile et « droits de l’homme » sauce hollande-valls

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Camp de travail pour femmes

Condamné par Poutine à diverses reprises pour « outrage aux autorités », un journaliste russe, Andrey Novoselov, vient de lui être livré sur l’autel des intérêts diplo- matiques et économiques de l’impérialisme français, et ce malgré les rodomontades de Hollande sur les atteintes aux « droits de l’homme » en Russie…

*
Réfugié en France depuis 2006, il a demandé plusieurs fois, et sans succès, l’asile politique avec des preuves évidentes du danger qu’il court en Russie. La Cour européenne des droits de l’homme a condamné ce pays pour les « conditions indignes » qu’il a subies en prison.
Après deux tentatives désespérées de quitter l’Europe pour les USA avec des bateaux de fortune, Andrey a été arrêté le 14 janvier dernier et placé au centre de rétention administrative de Perpignan (66).

Livré à Poutine Face aux trois rejets de sa demande de mise en liberté, il a entamé une longue grève de la faim. Comble de cynisme, un juge devant statuer sur son maintien en rétention déclara dans un arrêt de la cour d’appel de Montpellier : « La Cour comprend mal pourquoi l’intéressé, qui s’apprêtait à se [sic] rendre aux États-Unis au départ des Pyrénées-Orientales par la voie maritime, seul et sur une embarcation de fortune, déclare aujourd’hui être physiquement inapte pour retourner dans son pays par un moyen rapide et confortable, à savoir la voie aérienne ».

*
Le 16 février, profitant du dimanche et sachant qu’à ce moment, il ne pourrait bénéficier d’aucune assistance, des policiers venus de Paris l’ont embarqué dans un avion affrété pour l’oc- casion ! Et le lendemain, cet homme pacifique était reconduit comme un criminel, scotché et menotté, dans un avion pour Moscou. Depuis, les nouvelles qui nous sont parvenues sont alar- mantes. Une campagne pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli s’organise.

*
Voilà ce que réserve à ceux qui fuient la misère et/ou les persécutions dans leur pays « la France terre d’asile » des Hollande-Valls, successeurs zélés de Sarkozy-Guéant !

Correspondant  http://npa2009.org/content/russie-droit-dasile-et-droits-de-lhomme-sauce-hollande-valls

Hebdo L’Anticapitaliste – 231 (27/02/2014)

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01 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Venezuela, les travailleurs face à la crise économique et sociale (al’e)

TOPSHOTS-VENEZUELA-DEMO-VIOLENCE

Le pays vit des moments de tensions et d’effervescence sociale.

La cause fondamentale des protestations et des mobilisations des derniers jours – au-delà du rejet des actions répressives policières, militaires et parapolicières – réside dans le fort mécontentement populaire qui s’est accumulé suite à la grave crise économique et sociale à laquelle le gouvernement de Nicolas Maduro cherche à répondre en appliquant une politique d’ajustement économique qui reporte le poids de crise sur les épaules des travailleurs et du peuple.

La dévaluation appliquée par le gouvernement Maduro se traduit par coup dur contre les déjà maigres salaires des travailleurs, cela dans un contexte d’hyperinflation. Le gel des contrats collectifs dans le secteur public et la non-application des obligations légales et contrac- tuelles par les patrons des secteurs publics et privés,  s’appuient sur le refus de prendre en considération les syndicats (autonomes) et sur la criminalisation des luttes que livrent les travailleurs en défense de leurs droits.

Des centaines de travailleurs, d’indigènes, de paysans et d’étudiant·e·s doivent faire face à la justice pour fait de manifestation, cela comme un élément d’une escalade répressive qui vise à freiner le processus de mobilisations qui s’est traduit par 15’231 protestations sociales au cours des trois dernières années.

Notre courant syndical – la C-cura – par son engagement inconditionnel pour les intérêts des travailleurs a souffert directement des coups portés par des hommes de main et des persécutions conduites par des patrons du public et du privé. L’attaque la plus récente de la part de la boli- bourgeoisie [la bourgeoisie bolivarienne dépendante de la rente pétrolière et de l’appareil d’Etat dans lequel les militaires disposent de positions importantes] et l’ouverture d’un procès contre José Bodas, secrétaire général de la Fédération unitaire des travailleurs du pétrole (FUTPV) et dirigeant de notre courant.

Ce procès frappe aussi 9 travailleurs du secteur pétrolier. C’est une action de représailles contre la mobilisation de la raffinerie de Puerto La Cruz, mobilisation défendant la participation du syndicat dans la discussion concernant le nouveau contrat collectif de la branche. A l’inflation de 56,2% pour l’année 2013 s’ajoute le désapprovisionnement (manque de biens, pénuries) qui se situe, selon la banque centrale, à hauteur de 28% pour le mois de janvier 2014 et à 26,2% pour les biens alimentaires.

Toutes les attentes provoquées par le gouvernement sur une prétendue politique de «prix justes» sont apparues comme illusoires. Il s’ensuit que l’inflation ronge les salaires. Durant le mois de janvier 2014, la perte se situe à 3,3%. L’augmentation minimale de 10% décrétée au début de l’année 2014 équivaut à une compensation d’environ 10 bolivars par jour, alors que, selon Elias Eljuri, président de l’Institut national de statistiques, il faudrait au moins 2 salaires minimums pour couvrir les besoins de base d’une famille.

Le mouvement étudiant a développé des revendications démocratiques contre l’utilisation de groupes parapoliciers lors de la répression de leurs manifestations et contre les excès répressifs des corps policiers et de la Garde nationale bolivarienne (GNB). Il est certain que le gouvernement Maduro a affronté les récentes mobilisations en les réprimant à travers le SEBIN (Service bolivarien de renseignement national) et de la GNB [1]. On déplore 10 morts et des centaines de blessés et détenus [dont une partie a été libérée]. Nous considérons que ces revendications démocratiques doivent s’intégrer à un ensemble de revendications sociales et économiques qui offrent une réponse au mécontentement de millions de personnes qui souffrent des conséquences de la crise économique et des politiques d’ajustement du gouvernement.

Mais, aujourd’hui, ils ne se mobilisent pas à cause de la défiance, justifiée, qu’ils ont face aux directions politiques qui composent la MUD (Mesa de Unidad Democrática ; la Table d’unité démocratique), ce rassemblement de forces qui ont déjà gouverné le pays durant la période de l’accord entre les trois formations bourgeoises dit de Punto Fijo (datant 1958, suite à la dictature) et qui se sont opposées aux aspirations populaires.

Ces forces représentent les intérêts patronaux et pro-impérialistes.

C’est pour cette raison que – en toute autonomie face aux deux blocs partisans (les forces dirigeantes du gouvernement et la MUD) qui hégémonisent actuellement la politique vénézuélienne – nous devons unifier les efforts et les forces, depuis le bas, pour rendre visibles nos exigences face aux pénuries, à l’inflation, aux violations des droits des travailleurs, à la crise du système public de santé, aux déficits concernant le logement et à la détérioration des services publics. De la même façon il s’agit d’incorporer les revendications propres des étudiant·e·s, en instaurant un budget plus juste pour l’éducation, en démocratisant les instances de direction des universités.

Malheureusement la majeure partie des directions syndicales a décidé soit de s’aligner, soit avec le gouvernement Maduro, soit sur la MUD. Cela rend difficile l’expression par les tra- vailleurs et les travailleuses de leurs propres revendications dans le contexte actuel. La marche convoquée par le gouvernement et la bureaucratie, la semaine passée [18 février] pour valider le contrat passé dans le secteur pétrolier en constitue un exemple. De son côté, quelques-unes des directions syndicales qui font partie de l’Unité d’action syndicale ont signé un manifeste pour le dialogue social dans lequel elles rejettent, avec raison, la répression policière et parapolicière, appellent à la dissolution du SEBIN et demandent que cesse la criminalisation des protestations.

Toutefois, elles appellent à protéger les intérêts des investisseurs en proposant une alliance entre travailleurs et capitalistes, position qui enlève tout caractère de classe à leur manifeste. Et elles n’avancent, dès lors, aucune exigence sociale et économique. Ce qui est encore plus préoccupant.

Ces différences font que ni la C-cura, ni la UNETE (Union nationale des travailleurs) n’ont signé un tel manifeste. Nous sommes en faveur d’une amnistie générale de tous les lutteurs sociaux qui sont déférés devant les tribunaux. Nous demandons une enquête, avec la participation d’organisations de défense des droits de l’homme, qui puissent déterminer les responsables matériels et intellectuels des morts et des blessés, actes commis à l’occasion d’attaques armées contre les manifestations. Nous appelons à la solidarité des responsables des médias et des travailleurs des moyens de communication, qu’ils soient privés ou étatiques, afin de rejeter les pressions du gouvernement pour réduire le droit à l’information.

De même, nous sommes en faveur d’un Plan économique et social alternatif pour que les secteurs populaires ne paient pas la crise et pour la faire payer à ceux qui l’ont provoquée: à la bureaucratie gouvernementale et à ses alliés du secteur patronal. Nous exigeons une aug- mentation générale des salaires, un salaire minimum couvrant les besoins de base d’une famille, l’ouverture des réelles négociations sur les contrats collectifs arrivés à échéance, l’exécution des engagements non respectés par les patrons, la suppression de la TVA, la nationalisation de l’industrie pétrolière sans entreprises mixtes ni transnationales, le sauvetage de la Corporacion Venezolana de Guyana (complexe de 15 entreprises spécialisées dans l’extraction de minerais) et des entreprises de ciment. Et, enfin, que soient respectés les droits territoriaux des peuples indigènes.

Avec l’unité des travailleurs et des secteurs populaires, il est possible de présenter une alternative depuis le bas face aux options que prétend nous imposer le pouvoir et qui vont à l’encontre des aspirations économiques et sociales de la majorité de la population. Nous appelons toutes les directions syndicales à défendre les intérêts de la classe ouvrière et à impulser un programme autonome de revendications pour l’opposer aussi bien aux choix du gouvernement qu’à ceux de l’opposition patronale. Nous réaliserons une Rencontre syndicale et populaire dans la ville de Caracas durant la première partie du mois de mars, pour déterminer une position autonome face à la crise nationale. Ainsi, dans les faits, nous avancerons vers la refondation du mouvement syndical et nous dépasserons la polarisation stérile qui a affecté l’initiative politique du mouvement ouvrier au cours des dernières années.

(Déclaration publiée sur le site La Cl@se Info le 26 février 2014; traduction de A l’Encontre)

Publié par Alencontre le 1 – mars – 2014

Déclaration du Courant classiste, unitaire, révolutionnaire et autonome (C-cura)

____

[1] Selon l’AFP, ce vendredi 28 février, la procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega Diaz, a admis devant la presse que 27 enquêtes avaient été ouvertes en raison d’exactions supposées des autorités. «Le ministère public ne va permettre sous aucun prétexte que soient violés les droits de l’homme», a-t-elle souligné. Elle a livré un bilan de ces semaines de manifestations, faisant état de 17 morts et 261 blessés. (Rédaction A l’Encontre)

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01 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Déclaration sur l’ukraine (qi)

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Déclaration adoptée par le Comité international de la Quatrième Internationale.

1- La crise politique a commencé en Ukraine en novembre 2013 quand le président Ianoukovitch a décidé, sous fortes pressions russes, de ne pas signer l’association de libre-échange avec l’UE, en dépit de la campagne officielle menée par le Parti des Régions depuis des mois. Elle s’est déclenchée dans le contexte d’une profonde crise sociale et d’endettement qui plaçait le pays sous pression du FMI. La façon dont la décision a été prise par le pouvoir personnel du président, a donné force à la crainte populaire d’une nouvelle intégration de l’Ukraine dans un projet régional dominé par la Russie, et que cela accentuerait les dérives oligarchiques répressives et présidentielles du régime visibles depuis 2010.

Dès lors la crise fut loin d’opposer deux camps ou programmes clairement délimités : elle a révélé des différenciations et hésitations parmi les oligarques et élites, même au sein du Parti des Régions (du président), et – en dépit de différences culturelles, sociales et politiques entre différentes régions historiques du pays –, l’émergence des masses comme un facteur indépendant exprimant leur « indignation » et défiance envers les partis politiques – que ce soit par l’implication directe dans le mouvement Maïdan (surtout dans l’ouest et le centre du pays) ou de façon passive (dominant dans l’est russophone).

Une semaine de violence sanglante a imposé le point de vue des protestataires en faveur du départ immédiat du président Ianoukovitch. Ce n’est pas un « coup d’Etat » qui l’a renversé : son impopularité croissante est devenue rejet absolu devant l’horreur de quelques 80 victimes de ses snipers tirant à balles réelles contre les manifestants. C’est cela qui a produit, après des mois d’hésitation des institutions dominantes entre répression et dialogue, l’isolement radical du président dans son propre camp : le Parlement a voté sa destitution, pendant qu’une partie des forces de police et sans doute de l’armée se déclarait à Kiev, comme en régions, « du côté du peuple », et que la fuite vers la Russie du président était stoppée dans le Donetsk, au cœur de son propre bastion.

2- Ce mouvement, depuis le début, a présenté des traits combinés, à la fois révolu- tionnaires (démocratiques, anti-hiérarchiques, auto-organisé) et réactionnaires – dont l’issue globale est et demeure tributaire de luttes politiques et sociales. Ces traits ont été également profondément liés au caractère marquant l’actuelle société ukrainienne post-soviétique (atomisée, sans identité de classe claire, avec une dégradation de l’éducation et l’hégémonie des idées nationalistes réactionnaires dans la société – combinées avec un légitime attachement à l’indépendance nationale et l’héritage dramatique du stalinisme).

Nous soutenons le mécontentement et les aspirations populaires à une vie décente et libre dans un Etat de droit débarrassé de son régime oligarchique et criminel, exprimés dans le mouve- ment dit EuroMaïdan et dans le pays – tout en étant convaincus que l’Union européenne (UE) est incapable de les satisfaire, et en le disant.

Nous soutenons le droit du peuple ukrainien tout entier à décider et contrôler les accords internationaux négociés – ou rompus – en son nom, que ce soit avec la Russie ou avec l’UE. Avec une pleine transparence sur leurs effets politiques et socio-économiques.

Nous dénonçons toutes les institutions et forces politiques internationales ou nationales, quelles que soient leurs étiquettes, qui limitent la pleine et libre détermination de ces choix par la population, que ce soit par des diktats économiques ou financiers, par des lois et forces de sécurité liberticides, ou par des agressions physiques qui interdisent la pleine expression pluraliste des choix et désaccords. Sur ce plan, nous dénonçons tout autant les courants d’extême-droite que les forces de sécurité du régime, qui partagent d’ailleurs souvent la même idéologie réactionnaire, antisémite et nationaliste violemment exclusive.

Alors que les principales forces politiques organisées étaient de droite ou d’extrême-droite, nous soutenons les forces sociales et politiques qui ont cherché à construire une opposition de gauche au sein de ce mouvement. Elles ont ce faisant refusé de rester à l’extérieur de ce mouvement ou de l’assimiler à l’extrême-droite. Cette orientation autonome impliquait une difficile confrontation aux courants fascistes et l’accent sur la dénonciation de 25 ans de privatisations quelles que soient les partis politiques au pouvoir depuis l’indépendance du pays.

3- Après la chute du régime Ianoukovitch, le mouvement de masse lui-même, n’a pas de programme progressiste basé sur des revendications démocratiques nationales et sociales ou de force politique et syndicats indépendants implantés parmi les travailleurs – tout en étant imprégné d’espoirs de réels changements politiques et sociaux. Quels que soient les résultats des prochaines élections, des désillusions populaires suivront. Et quels que soient les accords conclus avec l’UE, les nouveaux partis au pouvoir poursuivront les attaques sociales, avec le risque de confrontations intérieures conduisant le pays à la désintégration.

La gauche alternative doit répondre aux espoirs et illusions populaires par ses propres propositions sur les enjeux sociaux, linguistiques, démocratiques, contre les divers partis de droite.

Nous espérons que la population ukrainienne trouvera ses propres formes auto-organisées d’expression autonome de ses exigences concrètes et de défiance envers les partis dominants, dans toutes les régions du pays.

Comité international de la Quatrième Internationale, le 25 février 2014

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31230

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