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02 octobre 2014 ~ 0 Commentaire

hongkong les parapluies à l’offensive! (ccr)

occu hong kong

«In the mood for Occupy»

Ce que la presse et les manifestants ont commencé à appeler la «Révolution des parapluies» commence à changer la physionomie de Hongkong. Certains quartiers de cette enclave à statut spécial, rétrocédée par la Grande-Bretagne à la Chine en 1997, ressemblent à des zones de guerre après les affrontements qui ont opposé policiers et manifestants les 28 et 29 septembre. Le mouvement Occupy Central, à prédominance étudiante, a reçu le soutien de la centrale ouvrière hongkongaise, la HKCTU. Deux revendications sont sur toutes les bouches: les protestataires réclament de Pékin des élections libres et la démission de Leung Chun-yin, le chef de l’Exécutif de l’île.

En 1997, la Chine a repris le contrôle de cette ancienne colonie britannique de 7 millions d’habitants à laquelle est appliqué le modèle appelé «un pays, deux systèmes». Issu d’un accord passé entre la bureaucratie centrale chinoise et Hongkong, avec la bénédiction des impérialismes britannique et étasunien, ce modèle de gouvernance prévoyait que l’île s’intègre à la Chine tout en restant régie non par les règles du «socialisme de marché» chinois, mais par ceux du libre-échange capitaliste classique, et surtout en conservant un degré considérable d’autonomie politique.

Pékin, de son côté, s’engageait à organiser des élections au suffrage universel en 2017. La promesse vient d’être reniée. En dernière instance seuls les candidats ayant reçu un blanc-seing du Parti Communiste Chinois auraient le droit de se présenter. D’où l’explosion.

Les mobilisations ont continué le 1er octobre, jour férié en Chine car coïn- cidant avec l’anniversaire de la Révolution de 1949. A l’heure actuelle, aucun des acteurs de la crise ne semble disposé à reculer et l’issue du conflit reste tout à fait incertaine. Quoique Pékin écarte l’idée, pour l’instant, de faire intervenir l’armée, comme à Tienanmen en juin 1989, on ne peut exclure complètement cette possibilité si la situation venait à se tendre plus encore.

Le gouvernement chinois accuse les manifestations d’être orchestrées par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne à l’instar des «révolutions de couleur» qui ont mené à des changements de gouvernements dans l’ancien glacis soviétique (Géorgie en 2003, Ukraine en 2004, Kirghizstan en 2005). Certes, Obama a fait savoir qu’il soutenait les manifestants. Mais quoique certains secteurs pro-occidentaux de l’establishment économique et politique hongkongais puissent attiser les manifestations, il semble qu’une pareille crise ne soit pas dans l’intérêt immédiat des puissances impérialistes occidentales, ni même de Pékin bien entendu.

Une évolution ultérieure de la mobilisation pourrait avoir de multiples conséquences. D’un point de vue économique, elle pourrait faire décliner considérablement les niveaux d’échanges entre la Chine continentale et Hongkong, en plus d’affecter le marché des valeurs de l’île où sont cotées la plupart des grandes entreprises chinoises. L’économie mondiale s’en trouverait, bien entendu, fortement impactée.

D’un point de vue politique, on sait que le président chinois Xi Jinping défend le modèle «un pays, deux système» de façon à «réunifier la Chine», c’est-à-dire, d’une part, à conjurer les tensions séparatistes notamment dans l’Ouest du pays, et de l’autre, à renforcer l’Etat pour qu’il soit en capacité d’aborder en position favorable les principaux défis géopolitiques de la période à venir, à l’instar du dossier sur le contrôle de la mer de Chine méridionale.

Dernièrement, Xi Jinping a défendu l’idée d’une extension de ce modèle pour avancer dans l’intégration de l’île de Taïwan, qui ne fait pas partie de la République Populaire de Chine. De son côté, à Taipeh, la capitale de Taïwan, le président Ma Ying-jeou a dû affronter en mars dernier une forte vague de contestation, «le mouvement des tournesols» avec lequel le mouvement hongkongais partage un certain nombre de caractéristiques.

Vient enfin la question sociale. Les média comparent les mobilisations actuelles à celles de la révolte anticoloniale de 1967, dont on voit certaines images dans In the mood for love de Wong Kar-wai. A l’époque, des dizaines de milliers de travailleurs et d’étudiants, s’inspirant de la Révolution culturelle chinoise, avaient défié le pouvoir britannique. Bien que les scènes de violence de ces derniers jours puissent rappeler celles du printemps 1967, les mobilisations n’ont pas encore atteint le même degré de radicalité. Au jour d’aujourd’hui, elles sont caractérisées par une physionomie très polyclassiste et se cantonnent au terrain des revendications démocratiques. Leur principale limite tient au fait de ne pas avancer, pour l’heure, les revendications des exploités du territoire hongkongais, même si l’intervention de la HKCTU pourrait changer la donne.

Après trois décennies de restauration capitaliste, la classe ouvrière chinoise constitue le prolétariat le plus concentré et le plus fort numériquement. Au cours des dernières années, on l’a vue entrer dans une phase de conflictualité et d’effer- vescence inédite jusqu’à aujourd’hui. Si la lutte hongkongaise venait à alimenter les bagarres ouvrières sur le continent, et si les deux tendances venaient à con- fluer, alors ce serait un scénario véritablement cauchemardesque qui s’ouvrirait pour la bureaucratie du Parti Communiste Chinois et pour le monde capitaliste en général. Bonnes nouvelles d’Orient, en somme ! 01/10/14. Claudia Cinatti

http://www.ccr4.org/Hongkong-in-the-mood-for-Occupy-les-parapluies-a-l-offensive

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27 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

pas en notre nom! (npa)

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Communiqué du NPA:

Un appel à manifester dimanche intitulé « Assassinat d’Hervé Gourdel : les djihadistes ne nous diviseront pas » a été lancé par SOS Racisme suite à l’initiative du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Il est rejoint par une grande partie de la gauche, aux côtés de BHL et de personnalités de droite.

L’assassinat d’Hervé Gourdel est révoltant, insupportable comme le sont l’ensemble des atrocités commises par l’Etat islamique que ce soit contre les Chrétiens d’Irak et de Syrie, les yézidis, les juifs, les musulmans, les Kurdes, les occidentaux, blancs, noirs…

Leur terrorisme sanglant et barbare vise les peuples du Moyen-Orient auxquels ils veulent imposer leur dictature en dressant un fossé de sang entre eux et le reste du monde, entre eux et les puissances occidentales.

Cette violence extrême alimente les racistes qui, ici, voudraient aussi nous couper du monde en flattant le nationalisme et la xénophobie.

Il faut bien sûr les dénoncer, les combattre.

Les musulmans n’ont pas à se justifier des crimes commis par les forces djihadistes. Il n’y a pas de responsabilité collective.

Les musulmans ne sont pas plus responsables des actes barbares de Daesh qu’ils ne devraient se sentir en tant que citoyens français, collectivement responsables des guerres menées par nos gouvernants en Irak qui ont mis le pays à feu et à sang, de l’occupation militaire qui a suivi ou de la politique de division des populations par les grandes puissances.

Non seulement nous n’en sommes pas responsables mais nous les avons combattues et les dénonçons comme nous dénonçons les décennies de domination coloniale imposée aux peuples du Moyen-Orient, d’Afrique ou d’Asie.

A l’origine de l’État islamique, il y a la folle, meurtrière et barbare politique des grandes puissances dont la France et son État qui ont aidé ou composé avec les dictatures comme celle d’Assad en Syrie qui a massacré plus de  200 000 civils.

Aujourd’hui, le gouvernement français engagé dans une nouvelle guerre en Irak voudrait obtenir l’union nationale derrière sa politique en manipulant l’opinion légitiment révoltée par l’assassinat d’Hervé Goudel et les atrocités commises par l’EI. Mais cette nouvelle guerre aura, en pire, les mêmes résultats que les deux précédentes, le chaos, la misère, des souffrances sans nom pour les populations.

Alors, le NPA ne sera pas de l’union nationale aux côtés de ceux qui sèment la misère et la guerre pour maintenir la domination des multinationales sur les peuples.

Les travailleurs, les classes populaires de ce pays n’ont aucune raison de laisser faire cette guerre en leur nom. Ils en ont en revanche beaucoup de se dresser contre le racisme, la xénophobie, les enfants monstrueux du nationalisme et du chauvinisme.

Nous ne serons pas de celles et de ceux qui manifesteront aux côtés des va-t-en-guerre à la sauce BHL qui se taisaient quand Israël bombardait Gaza en semant la mort et la terreur.

Ce ne sera pas en notre nom. Montreuil, le 26 septembre 2014

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21 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Francafrique, la famille recomposée (survie)

survie

Diplomatie, armée, entreprises

L’expression «Françafrique» est popularisée par l’association Survie dès les années 1990 sous la plume de François-Xavier Verschave pour dénoncer les pratiques néocoloniales de l’État français.

Alors que le terme, parfois vidé de son sens, s’est imposé dans le débat public, comment la Françafrique s’est-elle recomposée ces dernières années, notamment sous une présidence socialiste qui clame sa disparition?

Une politique prétendument «normalisée» vis à vis de l’Afrique est-elle com- patible avec le soutien toujours apporté par l’exécutif français à des régimes dic- tatoriaux, sur fond de préservation d’intérêts jugés stratégiques?

Quel sens donner au «retour à l’Afrique» qui semble s’imposer au plan politi- que, économique et surtout militaire, comme l’illustrent l’interventionnisme au Mali, en Centrafrique et le repositionnement de l’armée française dans plusieurs pays ?

Quelle est la réalité de la concurrence internationale pour «nos entreprises», comment se sont-elles adaptées à la mondialisation et aux différentes évolutions de la relation franco-africaine dans un contexte où la diplomatie économique s’affiche de manière totalement décomplexée?

En s’intéressant successivement aux trois principaux pouvoirs (politique, militaire et économique) qui déterminent la politique africaine de la France, les contributions rassemblées dans cet ouvrage proposent des réponses à ces ques- tions et offrent ainsi une analyse actualisée de ce que continue d’être la Françafrique aujourd’hui. 3 septembre 2014 par Ophélie Latil

Editions Syllepse, 224 p., 12 euros. Les contributeurs de cet ouvrage sont des militants, chercheurs, écrivains mobilisés dans le combat contre la Françafrique de l’association Survie.

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20 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

 L’armistice de minsk a permis de geler le conflit à un moment crucial (npa)

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Ukraine : après le cessez-le-feu

Il s’est déjà écoulé deux semaines depuis qu’un accord de cessez-le-feu a été signé à Minsk le 5 septembre. Et bien que, depuis, les deux parties, Ukraine d’une part, et «républiques populaires» non reconnues d’autre part, aient dénoncé des violations de cessez-le-feu de la partie adverse presque quotidiennement, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il est fort peu probable que l’accord soit officiellement rompu dans les semaines à venir.

«L’accord de Minsk » n’a pu répondre précisément à aucune des questions po- sées par le conflit dans l’est de l’Ukraine, à commencer par l’une des principales  : celle qui concerne les véritables participants au conflit et leurs vrais objectifs. Alors que l’ordre du jour des négociations de Minsk prévoyait de débattre du plan présenté par Vladimir Poutine en personne, la Russie continue de nier son rôle de partie prenante au conflit.

En dépit de l’avalanche croissante de faits témoignant de la présence directe de troupes russes sur le sol ukrainien, la stratégie du Kremlin reste inchangée: il s’agit de se présenter comme une «tierce partie» inquiète, prête à sceller le destin de l’État ukrainien avec ses «partenaires occidentaux». L’effusion de sang au Donbass, qui a déjà coûté la vie à plus de 5 000 civils, devait obligatoirement figu- rer en toile de fond pour qu’un accord qui redéfinisse la place de la Russie dans l’espace post-soviétique et dans le système des relations internationales soit trouvé avec l’Occident.

Avant le point de non-retour L’accord signé à Minsk ne se prononce ni sur le statut des «républiques populaires» ni sur leurs frontières, qui correspondent soit aux frontières administratives des Oblasts de Lougansk et Donetsk, soit à une part nettement moindre des ces territoires qui se trouve effectivement sous contrôle de groupes pro-russes.

Cependant cet accord entérine le plus important: la fin des opérations mili- taires en vue de la résolution du conflit. Les défaites de l’armée engagée dans «l’opération antiterroriste», la lassitude de la société vis-à-vis de la guerre: selon les derniers sondages, plus de 50 % des Ukrainiens se prononcent en faveur d’une cessation immédiate des opérations militaires, et ce sans conditions,  ainsi que l’effondrement de l’économie nationale, obligent les autorités ukrainiennes à signer une armistice.

Le bilan du sommet de l’Otan au Pays de Galles, au cours duquel l’Ukraine s’est littéralement vue refuser une aide militaire, a aussi été un argument de poids: les 16 millions d’euros généreusement promis pour répondre aux besoins de l’Ukraine suffisent à peine à acheter 3 tanks…

Par ailleurs, il est devenu presque impossible pour la Russie de dissimuler sa participation pleine et entière à ce conflit : en effet, la dernière semaine d’août, les médias d’opposition russes se sont mis à diffuser des témoignages au sujet des funérailles secrètes de quelques parachutistes tombés au combat, et les «Co- mités de mères de soldats» indépendants, ont fait état de centaines de soldats en service tués ou blessés sur le sol ukrainien.

Enfin, la catastrophe économique et sociale qui touche Donetsk, Lougansk et d’autres villes de la région a atteint une telle ampleur qu’on risque de franchir le point de non-retour. Les centaines de milliers de réfugiés, réinstallés soit en Rus- sie soit dans les régions centrales et occidentales d’Ukraine, espèrent pour la plu- part pouvoir rentrer chez eux dans les plus brefs délais. Dans le cas contraire, l’É- tat devra impérativement leur fournir un emploi et un logement fixes, et les pertes démographiques dans l’est de l’Ukraine seront dès lors difficiles à combler. La perspective de voir émerger un État non reconnu, à l’économie ruinée, où se mas- se une grande quantité d’armes non contrôlées, effraie encore plus la Russie que l’Occident.

Le conflit « gelé »… et maintenant ? Par ailleurs, il est très difficile d’imaginer ces territoires retourner à une Ukraine unie sous un quelconque « statut spécial », après une guerre de courte durée mais acharnée, et qui, en dépit de l’implication militaire de la Russie, portait en elle des éléments de confrontation civile évidents). Les tirs d’artillerie sur les quartiers de civils et les enlèvements et exécutions som- maires de part et d’autre, s’accompagnaient d’un flux de propagande agressive particulièrement puissante.

Les chaînes de télévision ukrainiennes et russes, dont certaines sont regar- dées principalement sur le territoire des «républiques populaires » non reconnues) ont mené un énorme travail de déshumanisation de la partie adverse en élaborant l’image de l’ennemi absolu avec lequel il est impossible de s’accorder et que l’on ne peut que détruire.

«L’armistice» de Minsk a permis de geler le conflit à un moment crucial, où les événements engendrés et contrôlés par différents groupes d’élites, à Moscou, Kiev ou Washington, risquent de se développer selon leur propre logique cruelle. Un moment où la faute principale des coupables de cette tragédie n’est plus d’avoir commencé celle-ci, mais de ne plus pouvoir y mettre un terme.

Ilya Boudraïtskis* Paru dans l’Hebdo L’Anticapitaliste 256 (18/09/2014). http://www.npa2009.org/ * Traduit par Charlotte Fichefet.

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14 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Le capitalisme porte toujours en lui la guerre… (npa)

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51 jours de guerre et de massacres perpétrés par l’armée israélienne contre les Palestiniens de la bande de Gaza, 2 000 morts, 11 500 blessés, 475 000 déplacés.

L’ensemble du Moyen-Orient déstabilisé par la guerre en Syrie qui trouve une dramatique et barbare répercussion dans le chaos en Irak et aussi au Liban; la Libye en voie de tomber sous la coupe des intégristes; le Nigeria, l’Afrique du Sahel eux aussi cadres d’une offensive djihadiste alors que l’épidémie d’Ebola fait des ravages; la guerre aux portes de l’Europe, en Ukraine; les conflits militaires, les tensions internationales s’exacerbent de façon dramatique et inquiétante…

Cette montée des militarismes est directement la conséquence de l’offensive que mènent les grandes puissances contre les travailleurs et les peuples.

Les fruits pourris des impérialismes Les atrocités commises par l’État islamique en Irak et en Syrie, la mise en scène sur les médias du monde entier de deux décapitations de journalistes américains, soulèvent l’indignation et révoltent.

Mais d’où viennent ces forces réactionnaires, cette barbarie ? Comment expli- quer que les troupes djihadistes puissent trouver des appuis dans une partie de la population si ce n’est par la politique menée par les USA et leurs alliés qui, par deux guerres et des années d’occupation, ont mis l’Irak à feu et à sang, ont dressé les communautés religieuses les unes contre les autres

D’où vient aussi le chaos de toute une région qui détient d’énormes richesses si ce n’est de la politique de ces mêmes grandes puissances, et en particulier la France, qui depuis des décennies divisent les peuples, les dressent les uns contre les autres pour s’assurer la mainmise sur le pétrole?

Obama et des États membres de l’Otan qui se réunissaient le week-end dernier ont appelé à une coalition internationale pour liquider l’État islamique. Des frappes aériennes ont lieu, mais la guerre ne fera qu’engendrer la guerre, le désespoir de populations condamnées à la misère, aux souffrances, au désespoir. L’issue ne peut venir que du soulèvement du peuple kurde et des populations.

Israël et le maintien de l’ordre occidental La guerre ignoble menée par Israël contre le peuple palestinien spolié de ses terres, sans droit, sans État, humilié, est l’illustration de cette logique militariste dévastatrice et absurde. Israël n’aurait pas pu agir ainsi qu’il le fait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, s’il n’avait pas eu le soutien des grandes puissances occidentales qui en ont fait leur place forte contre les peuples de la région.

La guerre contre le peuple palestinien, c’est la guerre contre l’ensemble des peuples du Moyen-Orient pour maintenir l’ordre au profit des grandes compagnies pétrolières. Pendant les 51 jours où Israël a bombardé la population de Gaza, Obama a justifié et légitimé le massacre comme le fit piteusement Hollande.

Tensions entre grandes puissances Les grandes puissances sont aussi rivales pour défendre leur zone d’influence, leur droit à opprimer et à piller les peuples qu’elles ont soumis. C’est ce qu’illustre la guerre qui a lieu en Ukraine. Poutine et Obama avec le soutien de l’Europe se disputent l’Ukraine, divisent et dressent les populations les unes contre les autres.

Les pays de l’Otan invoquent la ­démocratie mais on voit ce que vaut leur démocratie dans les guerres d’Irak, celle d’Afghanistan où l’occupation du pays n’a fait que renforcer les talibans, en Libye ou en Afrique subsaharienne. L’Otan n’est rien d’autre que le bras armé des puissances occidentales sous la houlette des USA pour défendre leur domination de plus en plus contestée sur le monde.

Le capitalisme, c’est la guerre Il y a quelques années, les chantres de la mon- dialisation libérale nous expliquaient que le libre-échange, c’était la paix et la démocratie. C’est l’inverse qui a lieu. Avec l’exacerbation de la concurrence mon- diale, les tensions internationales s’accentuent, la lutte pour le contrôle des riches- ses, des sources d’approvisionnement en matières premières, des voies de com- merce, débouchent sur la montée du militarisme, la multiplication des conflits armés.

Un siècle après le déchaînement de la barbarie impérialiste de la guerre de 14- 18, le capitalisme porte toujours en lui la guerre comme l’avait alors dénoncé, au prix de sa vie, Jaurès. Le combat pour la paix, c’est le combat pour en finir avec le capitalisme et construire un monde fondé sur la coopération des travailleurs et des peuples, le socialisme.Hebdo L’Anticapitaliste – 255 (11/09/2014)

Mercredi 10 Septembre 2014 Yvan Lemaitre

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12 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Troupes russes, hors d’ukraine!

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L’intervention militaire de la Russie dans l’est ukrainien, en soutien aux séparatistes de Novorossiya(1), ne fait plus aucun doute.

Avant, elle avait pris la forme de livraisons d’armes et de blindés, auxquelles s’ajoutait l’envoi de centaines de «volontaires». Désormais, les troupes régulières russes participent directement aux opérations. Les associations de mères de sol- dats ont commencé à le dénoncer, à Saint-Pétersbourg et ailleurs, en faisant état de nombreux blessés et tués, ces derniers étant enterrés en secret sans que les familles ne soient informées du lieu et des conditions de leur mort.

Et de fait, Poutine ne se cache, presque, plus. Coup sur coup, fin août, il a comparé l’encerclement de Donetsk au siège de Léningrad pendant la Deuxième Guerre mondiale, affirmé que «le peuple russe et le peuple ukrainien sont qua- siment un seul et même peuple», puis demandé la création d’un «statut étatique» pour les territoires de Novorossiya, endossant ainsi la revendication des sépa- ratistes.

L’impérialisme russe est décidé à tout faire pour empêcher que l’Ukraine échappe à sa sphère d’influence et, après Maidan et la chute de Ianoukovitch, cela passe par une politique d’affaiblissement et de dépeçage de l’Etat ukrainien ; d’abord l’annexion de la Crimée, ensuite la formation d’un Etat tampon dans deux régions qui, en outre, concentrent une très large part des matières premières et de l’industrie lourde du pays.

L’entrée de l’armée russe fait suite à une phase de la guerre, de la mi-juillet à la mi-août, durant laquelle les forces séparatistes avaient constamment reculé et perdu une grande partie des territoires qu’elles contrôlaient. Mais très vite, le rap- port de forces militaire s’est inversé: l’armée de Kiev ne fait pas le poids devant celle de Poutine.

Les autorités ukrainiennes ont alors appelé les gouvernements occidentaux à leur secours, mais ceux-ci ne bougeront pas, ou ne feront que le minimum symbolique, comme c’est déjà le cas avec les «sanctions». D’une part, personne ne veut d’un affrontement militaire avec la Russie, et c’est heureux, car les consé- quences seraient absolument catastrophiques, d’autre part, trop d’intérêts écono- miques lient Européens et Russes, de plus dans une situation de crise écono- mique persistante. Poutine le sait, et en profite.

Mais si c’est Moscou qui est à l’origine du conflit, Porochenko (élu président de l’Ukraine en mai dernier) et les oligarques qu’il représente portent également une lourde responsabilité. Au lieu d’affaiblir les bandes séparatistes en accordant aux régions du sud-est une large autonomie et en faisant appel sur cette base à leurs populations, ils ont lancé les forces armées ukrainiennes dans ce que leur propagande a dénommé «l’opération antiterroriste», en n’hésitant pas à bombarder les villes.

La situation est aujourd’hui catastrophique pour les populations de l’est, mais très problématique aussi pour celles du reste de l’Ukraine, qui supportent tout le poids de la guerre alors que les capitaux fuient pour échapper aux nouveaux impôts de guerre, et que l’économie s’effondre. L’extrême droite, marginalisée lors des élections présidentielles, où elle n’avait pas dépassé 2 %, reprend aussi du poil de la bête dans un climat marqué par les surenchères nationalistes et guerrières.

Il faut évidemment soutenir aujourd’hui la demande d’un cessez-le-feu, pour autant on ne peut pas tirer un trait d’égalité entre les deux parties. N’en déplaise à ceux qui dans la gauche française se font les porte-voix de la propagande pouti- nienne, présentant le conflit comme opposant de pauvres russophones opprimés à des nazis ukrainiens manipulés par la CIA, l’agresseur est bien la Russie.

La situation évolue chaque jour davantage en une guerre d’agression d’un grand Etat aux visées hégémoniques contre un pays  plus faible qui défend son indépendance nationale. C’est pourquoi la première exigence est celle du retrait des troupes russes et de l’arrêt de l’intervention militaire de Moscou, conditions préalables à toute solution démocratique.

Jean-Philippe Divès Mardi 9 Septembre 2014

Notes

1 La « Nouvelle Russie », autoproclamée le 22 mai dernier en tant qu’« union des républiques populaires de Donetsk et de Louhansk ».

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12 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Israël ne fait pas mieux que la russie (slate)

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Israël utilise les mêmes arguments retors que la Russie pour s’arroger des territoires en Cisjordanie. Or, ce que nous fustigeons en Ukraine, nous le tolérons en Palestine. (…)

Les Etats-Unis défendent ce principe en Ukraine et en Irak: nul n’a le droit d’utiliser la force pour s’approprier des territoires ou modifier les frontières. Mais Israël, allié des Etats-Unis, continue d’enfreindre la règle. Fin août, le pays s’est encore arrogé une parcelle de territoire palestinien: 400 hectares, sa plus grande saisie territoriale en trente ans.

Il s’agit bien d’une offensive Ces territoires ne sont pas situés à Gaza, d’où le Hamas lance des roquettes et où il creuse des tunnels. Ils se trouvent en Cisjor- danie, où le président palestinien Mahmoud Abbas prône la non-violence et tente de négocier un accord de paix. Israël contrôle plus de 40% de la Cisjordanie, et utilise son armée pour faciliter l’occupation de ce territoire par des colons juifs. Aucun accord n’a jamais octroyé ces terres à Israël. C’est du vol.

Le 31 août, tandis que l’attention du monde entier était distraite par Poutine et l’Etat Islamique (EI), Israël s’est emparé d’un nouveau bout de terre. Son armée a annoncé que 400 hectares près de Bethléem —dont une grande partie, selon des responsables palestiniens, est couverte d’oliveraies et appartient à des familles palestiniennes— faisaient désormais partie du territoire israélien. (…) Et cela décrédibilise Abbas, en envoyant à tous les Palestiniens le message que les négociations, c’est pour les gogos.

Comment responsables et colons israéliens justifient-ils cette confiscation? Ils affirment que les Palestiniens n’utilisent pas ces territoires. Ils disent que les Palestiniens qui y vivent ne peuvent pas prouver qu’ils en sont les propriétaires. Ils avancent qu’Israël en a besoin pour loger une population en pleine croissance, argument que l’on pourrait baptiser Liebermansraum, en l’honneur du ministre israélien pro-colonisation des Affaires étrangères. Israël estime aussi que cet accaparement de terres ne fait pas grande différence dans la mesure où elles font partie du territoire qu’Israël envisage de conserver dans le cadre d’un quelconque accord permanent avec les Palestinien. Dans la mesure où vous estimez qu’un jour ou l’autre il vous reviendra, alors ce n’est pas vraiment du vol.

Les points communs avec la Russie de Poutine Le plus dérangeant du point de vue des normes internationales, c’est l’étroite ressemblance entre les justifications d’Israël et celles de la Russie. Les Israéliens soulignent que des centaines de mil- liers de juifs vivent en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Les Russes invoquent la même raison pour protéger les russophones d’Ukraine.

Les Israéliens affirment que cette nouvelle parcelle de territoire leur est néces- saire pour relier leurs avant-postes cisjordaniens à Israël. Les Russes utilisent la même logique pour justifier la réalisation d’un pont terrestre vers la Crimée. Les Israéliens clament s’être emparés de la Cisjordanie dans les règles lors d’une guerre ancienne déclenchée par le camp adverse.

La Russie pourrait en dire autant de sa récupération de l’Ukraine après la Seconde Guerre mondiale. Israël affirme vouloir encore négocier la paix; les colo- nisations en cours ne font que lui donner un peu plus de poids. C’est exactement le point de vue des responsables russes sur les brutalités auxquelles ils se livrent en Ukraine. Israël a brouillé la limite entre civil et militaire, entre installation et agression

Du côté d’Israël, le plus insidieux est le fait de se servir de civils comme des armes. Les dirigeants israéliens ont à maintes reprises imposé des colonies pour punir les affronts palestiniens. C’est un message qu’ils ont envoyé au mois de mai dernier, lorsqu’Abbas a formé un gouvernement d’unité avec le Hamas, ainsi qu’en juin après l’assassinat de trois adolescents israéliens par des terroristes.

Les principaux ministres israéliens ont choisi à dessein cette parcelle de territoire, celle qu’ils ont revendiquée le 31 août, pour sa proximité avec la yeshiva où étudiaient les jeunes gens. Le 1er septembre, le ministre israélien de l’Econo- mie, Naftali Bennett, s’est rendu dans la yeshiva et y a salué la nouvelle confis- cation en proclamant: «La construction est notre réponse aux meurtres.» Aux étudiants il a confié: «Vous en êtes le fer de lance

Lorsque des dirigeants israéliens se conduisent et parlent ainsi, comment s’étonner que les Palestiniens se mettent à considérer les colons comme des cibles militaires? Israël a fait de la colonisation un instrument de punition collective et un moyen d’en faire la publicité. Il a brouillé la limite entre civil et militaire, entre installation et agression.

Les colons israéliens s’inquiètent à l’idée que les confiscations et les cons- tructions ne s’arrêtent. Ils craignent, selon les termes du site pro-colonisation Arutz Sheva, qu’un gel des constructions ne devienne le statu quo, et que toute nouvelle colonisation ne soit considérée comme «une déviation de la norme».

En bref, ils ont peur que le principe que nous défendons en Ukraine et en Irak, selon lequel vous n’êtes pas autorisé à vous emparer de territoires juste parce que vous en avez les moyens, ne s’applique aussi en Palestine. J’espère bien qu’ils ont raison.William Saletan

Traduit par Bérengère Viennot 10.09.2014 – 14 h 32

http://www.slate.fr/story/91861/israel-russie-annexion-territoire

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08 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Ukraine, contre l’impérialisme russe et les oligarques ukrainiens (solidarités.ch)

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Notre rédaction s’est entretenue avec notre camarade Zbigniew Marcin Kowa- lewski, rédacteur en chef adjoint de l’édition polonaise du Monde diplomatique, spécialiste de l’Ukraine et auteur de plusieurs travaux sur l’histoire de la question nationale ukrainienne.

Dans ton dernier article paru en français: (europesolidaire.org/spip.php?article32386), tu as souligné le rôle de l’oli- garque du Donbass, Rinat Akhmatov, dans le mouvement séparatiste pro- russe. Tu as surtout insisté sur la faiblesse de la base sociale de la «Répu- blique populaire du Donetsk». Peux-tu rappeler quelques éléments de cette analyse ?

Le Donbass est la base centrale et le noyau dur du pouvoir oligarchique en Ukrai- ne. La rébellion séparatiste dans le Donbass a dès le début été suscitée par deux forces alliées: les appareils du Parti des régions liés directement aux intérêts oli- garchiques les plus puissants et les appareils étatiques de la Russie. Pour la pre- mière force, la rébellion constituait une réaction paniquée à la chute du régime de Ianoukovytch et de son parti, renversés par le soulevement populaire du Maidan. Il s’agissait de sauver le pouvoir oligarchique dans sa base centrale en s’appuyant sur l’impérialisme russe.

Pour la deuxième force, l’impérialisme russe lui-même, il s’agissait de désta- biliser et désintegrer l’Ukraine qui, avec la victoire du soulèvement du Maidan et tournée vers l’Union européenne, risquait, cette fois définitivement, de rompre le rapport colonial séculaire l’attachant historiquement à la Russie. C’est pour cette raison qu’on a créé les deux republiques fantoches et qu’on est passé rapidement de quelques actions «de masse» très minoritaires, des rassemblements d’environ deux mille personnes à chaque fois, à une action militaire. Le Parti des régions dispose dans le Donbass d’une base de masse, représentant environ 30 % de la population, mais c’est une masse très passive, ne se mobilisant, dans le meilleur des cas, que pour voter. Ainsi, pour le vote du «référendum» séparatiste, seule la moitié de cette base s’est mobilisée: environ 15 % de la population. Un mouvement de masse séparatiste n’a jamais existé en Ukraine.

Les chefs du mouvement, comme le colonel Igor Strelkov et Aleksandr Boro- daï, ont un passé d’activistes et une idéologie qui ne cadrent pas complète- ment avec une simple fonction de «marionnettes du Kremlin». Tu as parlé à leur propos de «Gardes blancs russes». Peux-tu préciser?

Venus de Russie, Strelkov et Borodaï représentaient un courant de l’extrême droite russe, ultranationaliste, monarchiste et fondamentaliste orthodoxe, visant la restau- ration de l’ancien empire tsariste dans ses frontières de 1913 et son expansion sur l’ensemble du monde slave et orthodoxe.

Ils n’ont jamais été les chefs de l’ensemble du mouvement séparatiste. Ils occupaient des postes formels très importants dans la «république» de Donetsk, et ils dirigeaient réellement des secteurs du mouvement séparatiste dans cette répu- blique et dans celle de Louhansk. Ils étaient obligés de partager leur pouvoir avec les «akhmetovistes», c’est-à-dire avec les hommes de confiance de Rinat Akhme- tov, le plus important oligarque du Donbass, et d’autres oligarques ou grands ba- rons du Parti des régions. Les «akhmetovistes» disposaient de leurs propres for- ces armées dont le bataillon «Vostok (Est)» qui, en fait, n’obéissaient pas à Strel- kov, en dépit du fait qu’il était, formellement, «ministre de la défense» à Donetsk.

Strelkov et Borodaï n’étaient pas des «marionettes», mais des militants d’ex- trême droite poursuivant leur propre agenda politique. C’est pour cette raison qu’en dépit de toutes les démarches de Borodaï à la recherche d’un soutien de Poutine, ils ont perdu la lutte des fractions aux sommets de la direction de la rébel- lion. Ils ont été éliminés au bénéfice des hommes de confiance de Poutine, expé- diés sur place. La formation de cette nouvelle alliance des «poutinistes» avec les «akhmetovistes» a été cimentée par une forte recrudescence de l’aggression militaire russe.

Les événements actuels en Ukraine donnent-ils tort à la gauche internatio- naliste, qui a pris position pour un front antiguerre ?

Cette guerre c’est, d’un côté, la rébellion armée d’une partie de l’oligarchie ukrai- nienne combinée avec la guerre d’agression, de plus en plus directe et massive, de l’impérialisme russe. De l’autre côté, c’est une guerre de défense nationale, c’est-à-dire menée en défense de l’indépendance, conquise depuis 23 ans à pei- ne, et de l’unité nationales, par un peuple à la recherche désespérée de la sortie d’une oppression nationale séculaire.

Il n’est pas possible de trouver cette sortie dans le cadre d’un régime bour- geois soumis à l’impérialisme occidental. L’Ukraine a un besoin urgent d’un pro- gramme socialiste de défense nationale. La gauche mondiale n’a rien fait pour contribuer à l’élaboration d’un tel programme. Tout le contraire: nous sommes té- moins d’une dégénérescence néostalinienne et néocampiste d’une partie impor- tante de cette gauche qui est passée du côté de l’impérialisme russe.

S’il s’agit d’un front contre la guerre impérialiste de Poutine, alors allons-y. Par contre, un front contre la guerre de défense nationale du peuple ukrainien serait un front de soutien a l’impérialisme russe et à la rébellion séparatiste oligarchique.

Propos recueillis pour notre rédaction par Daniel Süri

http://www.solidarites.ch/journal/d/article/6542

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03 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Ukraine: une guerre innommable (npa)

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L’État-nation ukrainien est-il en train de se consolider contre un agresseur russe et ses relais ukrainiens séparatistes ? Ou bien le contraire ?
Questions sans réponses claires
Qu’exprime et que produira l’envoi de renforts russes «non déclarés» mais avérés: «volontaires» venant guerroyer pendant leur «congé» comme les a présentés le dirigeant sécessionniste de Donetsk, tanks russes franchissant la frontière «par erreur» comme on le dit sans rire à Moscou, ou encore «brigadistes» étrangers, d’extrême droite ou gauche venant défendre la «Nouvelle Russie» colorée en blanc ou en rouge?
L’«Offensive anti-terroriste» lancée par le pouvoir de Kiev a-t-elle combattu efficacement le risque d’explosion de l’Ukraine, ou l’inverse? Les désertions de l’armée ukrainienne souvent évoquées sont-elles réelles? Quelle est la composition et la perception populaire des «bataillons» de volontaires, patriotes de tous bords, ukrainiens ou étrangers?
La coalition «post-Maïdan» a éclaté et le président Porochenko, dissolvant la Rada, a annoncé des élections législatives pour le 25 octobre. Mais les popula- tions de l’Est et du Sud de l’Ukraine ne pourront s’exprimer qu’avec l’arrêt des violences, et dans quel sens iront-elles?
La propagande russe, comme celle du pouvoir ukrainien depuis l’annexion de la Crimée, censure la critique et rend difficile la vérification des informations. De part et d’autre, les mouvements ou forces protestataires sont assimilés à des cin- quièmes colonnes financées par l’étranger. Les politiques anti-sociales sont légiti- mées par un patriotisme, anti-occidental et anti-sanctions en Russie, ou anti-russe en Ukraine.
Mais la présence de forces d’extrême droite parmi les engagés volontaires des deux côtés, et l’émergence de fronts «rouges-bruns» ou blancs, se réclamant tous de «l’anti-fascisme» et de «l’anti-impérialisme» des deux côtés renforcent le brouillage des enjeux.
Contrairement aux arguments de ceux qui soutiennent la Russie contre « un camp impérialiste », la politique de Moscou donne force à la demande de l’Ukraine d’adhésion à l’Otan, demande qui sera davantage soutenue en Pologne et dans les Républiques baltes que par les grandes puissances  impérialistes. Quant au com- bat pour l’intégrité de l’Ukraine, il perd en efficacité s’il accepte l’interdiction des critiques envers le gouvernement de Kiev, qu’il s’agisse de son «Opération anti- terroriste» ou des politiques sociales qu’implique le recours à «l’aide» du FMI.
Une Ukraine « une et divisée », et néo-colonisée comme la Bosnie ? Les dis- cours et les agissements d’une Russie qui se prétend seulement «solidaire des populations russes» et qui tient tête aux pouvoirs impérialistes occidentaux embar- rassés, consolident à court terme le régime poutinien (80 % de popularité). Il serait critiqué pour «abandon» des sécessionnistes. Mais après l’envoi de convois humanitaires pour tenter de conquérir les cœurs et les esprits, l’affirmation d’un projet d’État de «Nouvelle Russie» est-il preuve de force ou de faiblesse?
Est-il l’expression d’un basculement populaire local en rupture avec l’Uk- raine, ou au contraire d’un accouchement aux forceps d’une « entité étatique » à dynamique séparatiste vers le «grand frère» voisin, mais sans engagement popu- laire actif dans/pour la guerre? Comme pour construire militairement l’«entité ser- be» de Bosnie, dite Republika Srpska (RS), il faudra en tout état de cause donner à la «Nouvelle Russie» proclamée une continuité territoriale, en l’occurrence une extension jusqu’à la Crimée et la Transnitrie, même si cette «entité» étatique demeure initialement dans le cadre d’une Ukraine «souveraine» et divisée.
Qui doit en décider? La constitution ukrainienne ne doit être rédigée ni à Moscou ni à Bruxelles (ou à Dayton comme le fut celle de Bosnie…). Et l’intégrité ukrai- nienne doit se confirmer (ou se contester) politiquement par un acte d’autodéter- mination de toutes les populations ukrainiennes, et pas sous contrainte armée. Comme le disait récemment un camarade de l’Opposition de gauche ukrainienne, la guerre n’est ni purement civile ni seulement d’agression extérieure, mais «hybride», et largement incontrôlée.
Contre cette guerre, c’est à la population ukrainienne elle-même, dans toutes ses composantes, que doivent appartenir les réponses, soutenues par des mou- vements internationalistes en Russie, en Ukraine, comme dans l’UE.

Catherine Samary Hebdo L’Anticapitaliste – 254 (04/09/2014)

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02 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Vérités et contre-vérités sur l’ukraine (essf)

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Popagande pro russe: comme s’il y avait une continuité entre la révolution de 1918, la contre révolution stalinienne (vainqueur des nazis) et le retour à actuel à la Russie tzariste…
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Le front de l’information et de la désinformation
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Dans chaque guerre, un des fronts est celui de l’information et de la désinfor-mation. Dans la crise que vit l’Ukraine actuellement, il y a un discours de l’État russe, exprimé par le ministère des Affaires étrangères, relayé par le monde poli- tique, diffusé par des médias qui sont de plus en plus aux ordres de l’État, ainsi que par les milices pro-russes de l’est de l’Ukraine. Son but est de délégitimer le gouvernement et l’État ukrainiens, et de légitimer l’ingérence russe dans les affaires du pays.
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Ce discours a un impact sur des secteurs importants des populations de l’est, méfiants à l’égard de Kiev et influencés par les médias russes. Il rencontre parfois même un certain écho dans les médias occidentaux et, ce qui est beau- coup plus grave, dans une partie de la gauche en Europe. Il semble important de contester la version russe des événements en Ukraine.
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Résumons cette vision des événements. Victor Ianoukovytch était le président légitime de l’Ukraine. Le mouvement de masse qui l’a renversé est réduit à des groupes manipulés et financés (le chiffre de 5 milliards de dollars est avancé) par l’Occident. Qui plus est, ces groupes étaient et sont toujours fascistes, néonazis, antisémites. Le renversement de Ianoukovytch relevait d’un coup d’État. Le gou- vernement ukrainien actuel, caractérisé comme une junte fasciste/nazie, est non-élu, illégitime et le produit de ce coup d’État.
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Les forces armées ukrainiennes mènent dans l’est du pays une guerre contre leur propre peuple. La Russie est, comme il y a 70 ans, un barrage contre le fas- cisme. Le but de la Russie est de combattre le fascisme et de favoriser une solu- tion par la négociation, en protégeant les populations russophones supposées être discriminées.
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Ce discours est globalement faux. Il ne sert qu’à déstabiliser et affaiblir le gou- vernement ukrainien pour maximiser l’influence russe sur le pays. Le discours, arme de l’État, est bien sûr modulable: il peut être durci ou adouci suivant les circonstances. Il convient de le décortiquer pour le combattre.
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La Russie, rempart contre le fascisme? Moscou propose un dialogue d’égal à égal entre le gouvernement et les insurgés de l’est, avec comme préalable l’arrêt des opérations de l’armée ukrainienne. De son côté, le gouvernement ukrainien sera prêt à arrêter les opérations à condition que les rebelles se désarment et quit- tent les lieux qu’ils occupent. La différence entre les deux démarches est de taille. Car toute négociation est menée sur fond des rapports de forces, et ils ne seront pas les mêmes dans les deux cas.
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Moscou veut une Ukraine fédérale. Mais les mots comme fédéral, fédéralisme, fédéralisation peuvent signifier des choses différentes. Les partisans d’une centra- lisation accrue de l’Union européenne se font appeler fédéralistes. Et puis des pays dits fédéraux recouvrent des réalités tout à fait différentes, États-Unis, Alle- magne, Russie, ex-Yougoslavie, URSS… Dans le cas ukrainien, ce que veut le gouvernement russe est une forme de fédéralisation/confédération très poussée, avec le droit pour les régions de mener leur propre politique économique et de conclure des accords internationaux. Il veut en effet démembrer le pays pour pouvoir se tailler une sphère d’influence à l’est, et en même temps affaiblir le pouvoir central.(…)
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Ni putsch ni coup d’État Ensuite, il y aurait à Kiev un «gouvernement/junte fasciste» (ou parfois nazi). Passons sur le terme «junte» qui est simplement utilisé pour faire plus sinistre et pour mieux coller au concept de «coup d’État». Le parti qui domine très largement ce gouvernement est Batkivshchina, le parti de Ioulia Timochenko. Un parti qu’on peut caractériser comme étant de droite, nationaliste, libéral, mais ni fasciste ni nazi. Reste le parti Svoboda. Qu’on peut certainement caractériser comme parti fasciste, en attendant une analyse plus fine. Quel est le rôle de Svoboda dans le gouvernement? Il a l’un des trois vice-premiers ministres et dirige deux ministères, ceux de l’Ecologie et de l’Agriculture. En plus, le Procureur général par intérim est un membre de Svoboda.
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Le poids de l’extrême droite est moins lourd qu’en Autriche en 2000, où le FPÖ avait la Justice, les Finances et la Défense. La présence de Svoboda au gouvernement est une réalité qu’il faut constater, mais sans l’exagérer (2). L’influ- ence de l’extrême droite est nuisible et doit être combattue, mais c’est au peuple ukrainien de le faire. Sans recevoir de leçons d’une gauche occidentale dont la vision de la réalité ukrainienne est parfois superficielle et caricaturale. Et surtout pas avec «l’aide» de la Russie.
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Une extrême droite russophile La réalité est que ce gouvernement est néoli- béral, largement composé de vieux routiers de la classe politique, fortement lié aux oligarques. Et qu’il est prêt à appliquer tout ce qu’on (le FMI, l’Union européenne) lui demande en matière de mesures d’austérité et de réformes structurelles. C’est à partir de cette réalité qu’il doit être combattu, pas en se lançant contre les mou- lins d’une soi-disant junte fasciste. Or, il ne manque pas de méfiance à l’égard de ce gouvernement parmi ceux qui ont fait le mouvement qu’on appelle maintenant Maïdan. Quand un journaliste du «Financial Times» demandait récemment pour- quoi les Maïdan étaient encore là, il a reçu la réponse: «Pour s’assurer que le nouveau gouvernement ne vole pas l’argent qui vient du FMI». Ce que le journa- liste trouvait «assez raisonnable». C’est un sentiment qui pourrait être partagé par ceux de l’est qui ont été majoritairement – mais pas unanimement – extérieurs à ce mouvement.
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Car eux aussi sont contre la corruption et le régime des oligarques. Seule- ment, pour les partisans d’une Ukraine unie, il est difficile de se mobiliser contre le seul gouvernement qui existe quand le pays est confronté au danger d’une inter- vention russe et à la réalité des agissements des milices paramilitaires à l’est. Et pour les populations de l’est, il est aussi difficile de se mobiliser, prises entre les milices et la campagne «antiterroriste» du gouvernement. C’est une des raisons pour lesquelles il faut démilitariser le conflit, laisser le champ libre à l’action politi- que, syndicale, associative. Une deuxième raison est qu’un tel conflit civil, au-delà des victimes immédiates, laisse toujours des traces longtemps après.
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Place à la politique et aux travailleurs! On entend aussi que le pays en géné- ral, et Kiev en particulier, serait sous le règne d’une terreur fasciste, nazi, antisé- mite. Pourtant, les premiers à réfuter cette caricature sont les organisations juives. Elles sont si nombreuses qu’il devient fastidieux de les énumérer, la dernière déclaration datant du 16 mai. La réaction de l’oligarque juif et gouverneur de Dnipropetrovsk, Ihor Kolomoïsky, fut assez succincte: «It’s bullshit/ des conne- ries». Et puis, il y a plein de témoignages de ceux et celles qui ont été à Kiev. Dont, notamment, Nadia Tolokonnikova des Pussy Riot (3).
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Evidemment qu’il y a de l’antisémitisme en Ukraine. Il y en a partout en Euro- pe. Evidemment qu’il y a des actes antisémites en Ukraine. Mais pas plus que les actes racistes et antisémites en Russie, et avec beaucoup moins de morts (4).
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Un rôle de choix dans cette supposée vague d’antisémitisme est attribué au Pravy Sektor (Secteur de droite), qui est par ailleurs rendu responsable par les médias russes de tout méfait en Ukraine, à tel point que s’il n’existait pas (5) il faudrait bien l’inventer. Comme l’a demandé l’écrivain russe Dimitri Glukovsky, «Qui a transformé le “Secteur de droite” d’une bande de désaxés de la rue, qui n’avait même pas un vrai nom auparavant, en force centrale du nationalisme ukrainien?». C’est surtout le gouvernement et les médias russes. Comme le dit Zakhar Popovytch, «Le Pravy Sektor est un parti très petit qui existe principa- lement sur des chaînes de télé russes». Pour chiffrer, pour le mois d’avril, le Sec- teur de droite a été cité dans les médias russes 18 895 fois, presque autant que la Russie unie, le parti de Poutine (19 050 fois), et presque quatre fois plus que Batkivshchina, le parti qui dirige le gouvernement à Kiev. Svoboda n’arrive même pas dans les sept premiers, donc avec moins de 2 700 mentions. Etrange pour la composante vraiment fasciste d’un gouvernement qui est censé l’être.
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Qu’est-ce qui se passe à l’est ? D’après le gouvernement, il s’agit d’actions de terroristes et de séparatistes. Le gouvernement russe les caractérise comme fédé- ralistes, et les prises de bâtiments comme étant le fait de simples citoyens qui refusent l’autorité d’un gouvernement de Kiev qu’ils jugent illégitime.
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Parmi les insurgés, il y a un noyau dur, qu’il n’est pas faux de caractériser comme terroriste, de nationalistes russes, qu’ils soient de nationalité russe ou ukrainienne, qui sont partisans du rattachement de ces régions à la Russie. Ce sont eux qui mènent la danse. Là-dedans il y a des gens qui sont venus de Russie. On peut spéculer sur leur statut exact; il y a certainement des agents des services russes, mais aussi des ex-militaires francs-tireurs et des mercenaires. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une aide de la Russie. Financière sans doute, mais aussi mili- taire. On ne trouve pas d’armes lourdes dans les caves des commissariats occu- pés. Et ceux qui descendent des hélicoptères avec des missiles sont des profes- sionnels. Il ne faut d’ailleurs pas un grand nombre d’agents russes: un certain nombre pour encadrer, des saboteurs, des provocateurs.
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Lourdement armés Au-delà du noyau dur, la plupart des miliciens sont des hom- mes de la région, souvent avec une certaine expérience militaire. Et puis il y a la partie de la population qui les soutient, ou qui a pour le moins de la sympathie pour eux. Les assimiler aux terroristes et décrire l’intervention de l’armée comme «Opération antiterroriste» est pour le moins une maladresse.
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La façon d’agir des milices paramilitaires semble très bien planifiée. Ils com- mencent, au moins dans les villes importantes, par ce qu’il faut bien appeler des actions de commando, des prises de mairies, de sièges régionaux, de commis- sariats, menées d’une manière très professionnelle. Une fois installés, ils s’auto- proclament maires et gouverneurs «populaires». Ensuite, là où il y a des émet- teurs de télévision, ils cherchent à les prendre. S’ils réussissent, ils coupent tout de suite les chaînes ukrainiennes et branchent celles de la Russie, comme ce fut déjà le cas en Crimée. Ensuite, ils mènent une campagne d’intimidations, d’enlè- vements, de tortures et d’assassinats dont les cibles sont les partisans d’une Ukrai- ne unifiée, mais aussi des journalistes, de là-bas ou d’ailleurs, qui n’acceptent pas de censurer leurs reportages.(…)
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Mini-coups d’État La propagande russe parle de coup d’État à Kiev. Mais ce que nous venons de décrire, c’est le déroulement de mini-coups d’État, ville par ville. Écoutons Zakhar Popovytch: «La junte n’est pas à Kiev, mais à Slaviansk. À Kiev, vous pouvez facilement manifester avec des drapeaux rouges et diffuser toutes sortes de tracts. Ceci a été montré clairement à l’occasion des manifes-tations du 1er mai. Toutes les libertés libérales existent à Kiev, mais pas dans la République populaire de Donetsk». À Donetsk, le 28 avril, un millier de manifestants défilaient pour l’unité de l’Ukraine, pacifiquement, sans service d’ordre (ce qui était, par ailleurs, imprudent). Ils ont été attaqués et battus à terre par 300 miliciens armés de matraques et de barres de fer.
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Ces méthodes rappellent celles des milices, serbes surtout, qui se formaient au début des années 1990 en Yougoslavie. Ou celles des milices protestantes en Irlande du Nord. Y compris dans le type de personnel dirigeant: un mélange d’a- venturiers, de marginaux, de criminels, d’anciens militaires, de militants d’extrê- me droite et d’agents de l’État. Le personnage de Vyacheslav Ponomaryov, «maire populaire» de Slaviansk, est particulièrement intéressant. À la lecture d’une inter- view publiée par gazeta.ru (6), il émerge comme un véritable psychopathe. Même la journaliste est manifestement interloquée. Quant à son comparse Strelkov/ Gir- kin, ancien (ou pas) militaire russe et chef militaire des milices de Donetsk, il se- rait, d’après Popovytch, monarchiste et grand admirateur du général blanc Denikine (7).
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Un soutien populaire difficile à juger Il est difficile de juger du degré de soutien populaire pour le rattachement à la Russie ou pour les «républiques indépendan- tes». Quant aux référendums du 11 mai, on ne peut pas prendre au sérieux les chiffres de participation dans les deux oblasts (régions), 81 % et 75 %. Le gouver- nement et des observateurs russes indépendants avancent des chiffres nettement moins élevés. Mais ce sont des estimations, sans base empirique. En revanche, tous les sondages qui ont été menés depuis trois mois, de sources ukrainiennes ou étrangères, donnent une majorité nette pour l’unité ukrainienne, y compris dans les oblasts de Donetsk et Lougansk (autour de 70 %).
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On est frappé par le caractère squelettique des manifestations de soutien «populaire» aux milices. Il s’agit de manifestations d’un ou de deux milliers de personnes dans une ville comme Donetsk avec une population d’un million. Le 1er mai, ils étaient un millier de personnes à défiler dans cette ville en criant «Russie, Russie», «le Donbass avec la Russie», dans un faible écho de ces dizaines de milliers qui défilaient à Moscou sous des mots d’ordre chauvins. Une honte pour la fête internationale des travailleurs. À Donetsk, les syndicats de la ville ont boycotté la manifestation. Par ailleurs, le mouvement ouvrier organisé du Donbass, notam- ment les mineurs et les sidérurgistes, est assez peu intervenu en tant que tel. Il y a des exemples d’opposition aux séparatistes et de défense de l’unité ukrainienne, et plusieurs qui vont dans l’autre sens. Mais les choses ne sont pas encore claires. Sans doute, comme le reste de la population, les ouvriers sont, en tout état de cause, assez hostiles au gouvernement à Kiev.
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Ouvriers hostiles à Kiev Quant à l’idéologie et la composition du mouvement prorusse, c’est un mélange de tout ce qu’il y a de réactionnaire. «Admirateurs de Staline et fans du tsar-père, nazis russes et Cosaques ruritaniens, fanatiques orthodoxes et vieilles dames nostalgiques du temps de Brejnev, plus ceux qui sont contre la justice pour mineurs, le mariage gay et la vaccination contre la grippe », c’est ainsi que Sergei, un militant de gauche qui a fait un des meilleurs comptes rendus (8) des événements du 2 mai à Odessa, les décrit.
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Dans le monde que décrivent les partisans de la Russie, les partisans du gou- vernement sont antisémites et sèment la terreur à Kiev. Dans le monde réel, le mémorial de l’Holocauste à Novomoskovsk a été profané pour la deuxième fois en six semaines, avec une inscription «Mort aux Juifs-bandéristes» (9) et des gros- sièretés à l’égard du gouverneur juif Kolomoïsky. La terreur est à Donetsk et Lou- hansk, et surtout à Slaviansk. On pensera à ces mots de Winston Churchill: «Les fascistes de demain s’appelleront antifascistes».
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Au-delà de l’Ukraine, il y a la Russie. Poutine et ses acolytes et les médias à leur service dénoncent à volonté la «junte fasciste» et les néonazis en Ukraine, tout en utilisant en Ukraine des mercenaires qui viennent souvent des milieux d’ex- trême droite (10). Et en Russie, même l’extrême droite se porte bien. Passons sur l’idéologie eurasienne d’Alexandre Douguine (11). Et même sur le passé de cer- tains membres du gouvernement. En Russie, les groupes néonazis agissent en plein jour et apparemment sans être inquiétés, comme le montrent ces photos du 1er mai 2014 à Moscou (12). De telles manifestations ont également eu lieu à Saint-Pétersbourg et dans une vingtaine d’autres villes.
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Et ce n’est pas seulement en Russie et en Ukraine que l’extrême droite sert les intérêts de la Grande Russie. Car voici une chose intéressante. Vu que l’Ukraine est censée avoir un gouvernement fasciste et/ou est terrorisée par des bandes fascistes ou nazies, on aurait pu s’attendre à ce que l’extrême droite ukrainienne reçoive le soutien de ses pairs ailleurs en Europe. Mais pas du tout. Déjà au moment du référendum en Crimée, les résultats ont été vérifiés par des observateurs dont l’essentiel venait de l’extrême droite. Il y avait notamment des représentants du Front National (France), du FPÖ et BZ (Autriche), de Jobbik (Hongrie), du Vlaams Belang (Flandre), de la Ligue du Nord et de Fiamma Trico- lore (Italie) et d’Ataka (Bulgarie): le tout coordonné par le néonazi belge Luc Mi- chel. Il va sans dire que leur vérification ne vérifiait rien. En fait, il y a nombre d’analyses de la réalité de ce référendum qui contestent les chiffres invraisem- blables de participation (83,1 %) et des « oui » (96,77 %).(…)
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Mais les liens entre le régime russe et l’extrême droite européenne vont bien au-delà de tels services ponctuels. Ce sont des liens réguliers et structurés. Marine Le Pen, qui vient de se féliciter des «valeurs communes» défendues par Poutine, est elle-même un visiteur régulier à Moscou. Elle y était en août 2013 et en avril 2014, et a été reçue par le vice-premier ministre Dimitri Rogozine (ancien du parti d’extrême droite Rodina), ainsi que par le président de la Douma, Sergueï Narychkine. Un rôle clé dans les rapports entre le FN et le régime russe est joué par Aymeric Chauprade, conseiller auprès de Marine Le Pen pour les questions géopolitiques et tête de liste du FN en Île-de France aux élections européennes (il vient d’être élu au Parlement européen).(…)
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Ethniquement russe Le soutien de l’extrême droite en Europe à Poutine n’a en fait rien de surprenant. D’abord, sur le plan idéologique, qu’est-ce qu’il y a à ne pas aimer? Il y a le culte de la nation, et pas n’importe quelle nation: il s’agit claire- ment d’un nationalisme ethnique, de sang. En langue russe, il y a deux mots pour russe: «rossiyane», qui signifie citoyen ou sujet russe, et «Russkiye» qui signifie «ethniquement russe». On peut par exemple être citoyen de la Fédération russe, mais pas «russkiye», et se faire massacrer en Tchétchénie ou lyncher par une meute raciste à Moscou. On peut être résident d’Ukraine, de Lettonie ou du Kazakhstan, et même citoyen de ces pays, et être considéré comme «russkiye », donc susceptible d’être «protégé» par Poutine, ou plutôt instrumentalisés pour ses projets géopolitiques. Le parti néonazi hongrois Jobbik apprécie particulièrement cette vision de la nation.(…) SMITH Murray 30 mai 2014
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Paru dans Inprecor n° 605-606 juillet 2014 : http://ks3260355.kimsufi.com/inprecor/
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Murray Smith. Cet article a été d’abord publié par le journal électronique « Goosh », proche de Déi Lénk : http://www.goosch.lu
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