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10 mars 2019 ~ 0 Commentaire

algérie 2 (à l’encontre)

boum

Algérie, réalisme socialiste 1979

Une crise d’hégémonie

Contrairement au discours asséné par les ultralibéraux, la crise du régime renvoie aux enjeux et aux luttes de classes qui traversent la société algérienne. Elle découle plus particulièrement de l’incapacité hégémonique des classes dominantes.

La politique de libéralisation est menée par la bourgeoisie intérieure. Cette fraction de classe n’est pas nationale en ce sens qu’elle n’a plus de projet souverain et refuse d’affronter écono-miquement, politiquement et diplomatiquement l’ordre impérialiste mondial. Mais elle dépend souvent de la commande publique et a encore besoin de la protection de l’Etat pour accumuler face au marché international.

Cette fraction se heurte à deux écueils.

Le premier tient aux résistances actives et passives des masses et d’une partie de l’appareil d’Etat. Pour faire passer ses réformes, cette fraction dirigée par le pouvoir est contrainte de constamment louvoyer, avancer, reculer.

Elle n’a pas réussi, à ce jour, à mener à terme ses réformes économiques structurelles et ne s’est pas totalement intégrée à l’ordre impérialiste…

Mais elle ne veut pas, à l’inverse, revenir à une politique de développement national et de résistance à l’ordre impérialiste comme le font encore, totalement ou très partiellement et avec plus ou moins de conséquence et de détermination, certains Etats: Iran, Corée du Nord, Cuba, Venezuela…L’application de sa politique économique et sociale libérale (blocage des salaires et des pensions, remise en cause du code du Travail, chômage…) la contraint à louvoyer, mais elle n’hésite pas à recourir à la force contre les masses travailleuses et les classes populaires qui refusent de voir leurs acquis partir en fumée. Cette fraction de la bourgeoisie s’avère ainsi incapable d’obtenir le consentement des exploités et dominés.

Le second écueil auquel se heurte la fraction intérieure réside dans son incapacité à obtenir l’adhésion de l’autre fraction de la bourgeoisie, la fraction compradore qui défend une conception ultralibérale d’intégration/soumission au marché mondial et à l’ordre impérialiste.

Celle-ci s’est considérablement renforcée au cours des trois dernières décennies à la faveur de la guerre civile qui a facilité la casse et la spoliation des entreprises publiques ordonnées par le FMI (Plan d’ajustement structurel-PAS signé en 1994) et la transformation de l’économie algé-rienne qui se voulait productive et industrielle en une économie de bazar basée sur l’import-import. Cette fraction compradore fait dans la surenchère, ne cesse de souligner le manque de volonté du pouvoir en matière de réformes structurelles et d’intégration au marché mondial.

La fraction de la bourgeoisie intérieure est donc prise en étau par les masses populaires d’un côté et par la fraction compradore soutenue par l’impérialisme de l’autre.

La fraction compradore est partie depuis plusieurs années à la conquête du pouvoir. Elle dispose de partis formels traditionnels dont les principaux sont le Mouvement de la Société pour la paix-MSP de tendance Frères musulmans, le Rassemblement pour la Culture et la démocratie-RCD de tendance laïque, le parti Talaie El Houriat (créé en 2015) de l’ancien Premier ministre Ali Benflis [qui, en 2014, avait dénoncé des fraudes électorales], quelques partis et personnalités regroupées dans le mouvement Mouwatana (Patrie)…

Mais elle s’appuie aussi et surtout sur un parti réel, organique, constitué de médias traditionnels et électroniques, de think tanks, de mouvements comme celui qui soutient le premier oligarque du pays, Issad Rebrab [né en 1944, il est à la tête du plus gros groupe privé, Cevital, de 18’000 salarié·e·s présent aussi à l’internationale] de personnalités qui forment un ensemble souvent plus dynamique que les partis formels. Cette fraction compradore dispose du soutien des centres impérialistes (puissances occidentales, FMI, Banque mondiale…) qui exercent des pressions constantes sur le pouvoir algérien.

Cette fraction influence une partie importante de personnes et de groupes de la fraction adverse qui partagent au fond sa vision de la nécessité de réformes économiques et sociales structu-relles, mais qui n’osaient pas, à ce jour, prendre ouvertement position en sa faveur, de peur des réactions du pouvoir.

D’une manière générale, l’intégration dans le régime de nouveaux riches à travers les partis, les institutions élues (APN, Sénat, APW, APC…) et la présence directe ou indirecte de militaires ou de leurs proches dans les milieux d’affaires contribuent fortement à la modification du rapport de forces à son profit. Car sa rivale qui dirige aujourd’hui le pays travaille pour elle du fait de son inconséquence qui la rend incapable de revenir à une politique de développement national et social. Il lui faudrait pour cela s’appuyer sur les masses populaires, ce à quoi elle se refuse obstinément.

La fraction compradore connaît donc une dynamique ascendante.

Elle travaille à conquérir l’hégémonie au sein des classes dominantes. Mais ses accointances avec les forces capitalistes mondiales et les Etats impérialistes lui aliènent une partie de l’Etat profond algérien issu de la guerre de libération nationale et des politiques de développement national des deux premières décennies de l’indépendance.

Ces secteurs sont très sourcilleux en matière d’indépendance et de sécurité nationales. La fraction compradore éprouve par ailleurs les plus grandes difficultés à obtenir le consentement des exploités et opprimés car son projet économique et social ultralibéral est plus dur et impla-cable vis-à-vis des masses.

Peut-elle, dans ces conditions, accéder au pouvoir par la voie des urnes ?

Et si elle y parvenait à la faveur d’une crise ou du fait qu’elle constitue actuellement la seule alternative politique au pouvoir actuel, quelle serait la réaction des masses populaires ? Les travailleurs, les chômeurs et la jeunesse n’étant pas prêts à accepter cette politique, cette fraction risque fort, alors qu’elle se prétend démocrate, de gouverner de façon antidémocratique pour faire passer sa potion ultralibérale.

C’est cette incapacité hégémonique des deux fractions de la bourgeoisie qui est à l’origine de la crise du régime, c’est-à-dire de son incapacité à gouverner en étant unie et en obtenant le consentement des exploités et dominés.

Le régime ne peut donc se démocratiser. Cette crise dure depuis des années et s’approfondissait. Elle a connu une accélération au cours de l’année 2018.

Hocine Belalloufi vit et travaille à Alger. Journaliste, ancien coordinateur de la rédaction de l’Alger républicain de 2003 à 2008 et militant du Parti Socialiste des Travailleurs (PST). Il est également l’auteur de deux ouvrages La démocratie en Algérie. Réforme ou révolution? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient: guerres ou paix? (Lazhari-Labter, Alger, 2008).

http://alencontre.org/

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07 mars 2019 ~ 0 Commentaire

algérie édito (lutte ouvrière)

lo

Avec les travailleurs d’Algérie !

Malgré la contestation qui s’est transformée, vendredi 1er mars, en marée humaine dans toutes les villes d’Algérie, le régime persiste et signe : bien que grabataire et incapable de gouverner depuis des années, Bouteflika brigue un 5e mandat.

La clique au pouvoir n’a manifestement pas pu s’entendre sur un successeur et elle s’est, de nouveau, repliée sur Bouteflika, son plus petit dénominateur commun. En guise de concession, celui-ci s’est engagé à raccourcir ce mandat en organisant une élection présidentielle anticipée.

C’est se moquer du monde !

Une telle mascarade ne peut qu’attiser la colère et accentuer le sentiment d’humiliation qui a poussé le peuple algérien dans la rue. Et le fait est que, depuis l’annonce du dépôt officiel de la candidature de Bouteflika, les manifestations spontanées se multiplient.

Le combat engagé par le peuple algérien est difficile, mais il en a mené d’autres, à commencer par la lutte contre la colonisation française et pour l’indépendance. Et on ne peut que saluer le courage dont ont déjà fait preuve les centaines de milliers de femmes et d’hommes qui ont osé descendre dans la rue. Ils l’ont fait malgré les interdictions de manifester et le chantage du régime à la guerre civile.

Oui, le peuple algérien, avec sa jeunesse aux avant-postes, ne supporte plus le mépris de ce régime mafieux qui prend l’État pour son tiroir-caisse. Fort de ces premiers pas, il continuera de se battre, d’une façon ou d’une autre.

Mais, pour que le sort des classes populaires et de la jeunesse algériennes change réellement, il faut qu’elles fassent entendre leurs intérêts et leurs droits spécifiques de travailleurs.

Le gros des manifestants est constitué par la jeunesse qui, tout en étant éduquée et diplômée, se sait condamnée au chômage et à la misère si rien ne change. Il est constitué de travailleurs, de femmes au foyer, de chômeurs qui paient la crise au prix fort. Avec l’inflation et la dévaluation du dinar, tous sont confrontés à l’effondrement de leur pouvoir d’achat. Le salaire minimum équivalant à 130 euros mensuels ne permet pas de vivre et s’ajoute aux difficultés de la vie quotidienne.

Au-delà des mots d’ordre de liberté et de démocratie, de plus en plus de gens se demandent ouvertement où va l’argent du pétrole et pourquoi autant de misère et de chômage.

Répondre à ces questions, et se battre pour que chacun ait un emploi et un salaire décent qui suive l’inflation, est indispensable. Sans cela, la démocratie et la liberté resteront des mots creux pour la grande majorité des classes populaires.

Bien des catégories sociales se mêlent dans cette contestation, et des intérêts différents, voire opposés, s’y expriment. Avocats, journalistes, étudiants, militants islamistes et même affairistes militant pour leur business, chacun défendra ses intérêts. Et il y a le petit jeu des politiciens. On voit comment certains opposants, hostiles dans un premier temps aux manifestations, s’en revendiquent désormais pour se hisser au pouvoir.

Les intérêts des exploités ne peuvent être défendus que par les travailleurs eux-mêmes.

C’est vrai là-bas comme ici. Cette contestation peut et doit être le premier pas pour cette prise de conscience. Oui, les travailleurs peuvent collectivement changer leurs conditions de vie et de travail et offrir à la société un autre avenir.

Ceux qui se révoltent en Algérie sont nos frères et nos sœurs.

Nous sommes liés à eux par des liens familiaux et amicaux parce qu’une partie de la classe ouvrière de France est composée de travailleurs originaires du Maghreb. L’Algérie, si longtemps colonisée par la France impérialiste, comme la Tunisie et le Maroc, continue d’ailleurs toujours de faire les beaux jours du grand patronat d’ici. C’est la raison pour laquelle le régime autoritaire algérien convient parfaitement au gouvernement français.

Ce sont aussi nos frères et nos sœurs parce qu’ils appartiennent au monde du travail.

Si des raisons politiques propres à l’Algérie les ont poussés à agir, le combat qu’ils ont à mener pour garantir leurs conditions d’existence est celui que doivent mener les travailleurs de tous les pays.

En Algérie, la domination d’une coterie de généraux et de bourgeois passe par le contrôle de l’État qui lui permet d’accaparer la rente pétrolière. En France, la grande bourgeoisie, les Arnault, Peugeot, Dassault et Cie, s’enrichit en dominant les grands groupes industriels et financiers.

Mais les uns comme les autres prospèrent sur l’exploitation des travailleurs des deux côtés de la Méditerranée.

Alors, puisse la lutte du peuple algérien être porteuse de perspectives pour les travailleurs !

06 Mars 2019

https://journal.lutte-ouvriere.org/

La_bataille_d_Alger

France-Algérie : le silence des profiteurs

Les capitalistes français ont un intérêt très concret au calme social et à la continuité gouvernementale en Algérie. Ils en ont besoin pour la bonne marche de leurs affaires.

La France est le deuxiè­me fournisseur et le troisième client de l’Algérie, pour respectivement 5 et 3,4 milliards d’euros. Le montant du capital français investi directement dans le pays est de 2,4 milliards d’euros.

On y trouve quasiment toutes les grandes sociétés cotées à Paris : Engie bien sûr, qui est le principal acheteur de gaz naturel à la Sonatrach ; PSA y exploite 1 000 ouvriers ; Renault 2 000 ; Danone dispose de 30 % du marché du yaourt ; la BNP s’y est fait construire un siège en 2016 pour gérer ses plus de 2 milliards de chiffre d’affaires ; Castel y fabrique et distribue les boissons ; l’inévitable Vinci a construit le métro d’Alger ; Bolloré, Veolia, Total, Air liquide et tout le gotha du capital hexagonal pressurent le peuple algérien, sous l’œil bienveillant et intéressé de la clique militaire au pouvoir.

Les accords d’Évian, signés au départ des troupes françaises, comprenaient des clauses organisant le maintien des intérêts des capitalistes français dans le pays. Elles ont été scrupuleusement respectées jusqu’à ce jour. La France, son gouvernement et ses investisseurs tiennent avant tout à ce qu’elles le soient encore demain.

Paul GALOIS 06 Mars 2019

Lire aussi:

Algérie : le mouvement populaire et les intérêts des travailleurs (LO)

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06 mars 2019 ~ 0 Commentaire

algérie médias (le huffington post)

Comment les médias cachent la révolte

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Avec les travailleurs d’Algérie ! (Lutte Ouvrière)

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06 mars 2019 ~ 0 Commentaire

algérie, le système se lézarde (liberté le-monde)

dilem

Le Club des Pins est censé être un centre de pouvoir

Le système se lézarde

Démissions à l’APN (assemblée nationale), au FCE, rififi chez les partis de l’Alliance et à l’UGTA

Cette mobilisation séduit jusqu’au sein même du système et secoue bien des certitudes. Les répercussions sont visibles et elles se sont traduites par des démissions en cascade au sein de plusieurs de ces organisations.

La contestation citoyenne de plus en plus forte et soutenue contre un 5e mandat pour Bouteflika et contre le système dans sa globalité commence déjà à susciter émoi et panique au sein des organisations du pouvoir.

Cette mobilisation séduit jusqu’au sein même du système et secoue bien des certitudes. Les répercussions sont visibles et elles se sont traduites par des démissions en cascade au sein de plusieurs de ces organisations.

La douzaine de membres du Forum des chefs d’entreprise (FCE) qui ont jeté l’éponge, la démis-sion de l’ex-ministre de l’Agriculture Sid-Ahmed Ferroukhi de l’Assemblée et du FLN, celle de Me Sabah Lamari, membre du comité central du FLN, l’abandon de plusieurs militants de leur appartenance aux partis du pouvoir, le remous qui gagne la Centrale syndicale…

Ce sont autant de signaux qui confirment, si besoin est, que la contestation citoyenne expose le pouvoir à de fortes tensions internes. Hier encore, ce sont les travailleurs des impôts, du Trésor public et du Cadastre de Biskra, tous affiliés à l’UGTA, qui ont annoncé leur démission. Cette annonce intervient après celle des travailleurs de l’Eniem de Tizi Ouzou qui se sont désolidarisés de leur tutelle syndicale, l’UGTA.

Nouria Hafsi, secrétaire générale de l’Union Nationale des Femmes algériennes (UNFA), a essuyé, hier, un véritable camouflet des adhérentes à cette organisation, pour cause de son soutien à Bouteflika.

Ces annonces de renoncement à soutenir le 5e mandat sont un signe précurseur d’une saignée inévitable au sein de ces organisations.

Toutes ces démissions ont pour leitmotiv la dénonciation du 5e mandat et l’adhésion à la dynamique citoyenne. Au-delà de l’inconfortable situation des acteurs et des animateurs du pouvoir, c’est la clientèle qui commence à prendre la tangente pour rejoindre le camp de la contestation citoyenne et populaire.

Depuis le début du soulèvement, aucun responsable n’a daigné affronter la colère citoyenne.

Pourtant, la candidature par procuration du chef de l’État à sa propre succession pour un 5e mandat pouvait, tout au moins, redonner de la “vitalité” au sein des courtisans pour défendre leur choix. Rien de tout cela.

Silence radio chez ceux qui, il y a moins d’un mois, tentaient, vaille que vaille, de vendre une option des plus décriées ; un 5e mandat pour un homme incapable de déposer même son dossier de candidature au Conseil constitutionnel.

Le manque d’argumentaire politique pour défendre le choix du pouvoir était soulevé dès les premiers maniements entrepris par les décideurs de l’ombre pour imposer ce énième mandat. Mais c’est face à la colère de la rue que cette insuffisance et cette absence d’arguments se font sentir.

D’où, l’effacement et les agissements dans la discrétion la plus totale des thuriféraires du 5e mandat. Aucun ministre n’a osé se déplacer pour “des visites d’inspection et de travail”, aucun responsable politique du pouvoir n’a tenté de briser l’omerta imposée par la rue.

Même la lettre contenant les engagements du candidat Bouteflika n’a pas eu l’effet escompté, y compris auprès de ses soutiens. Timides étaient les réactions du FLN, du RND et de TAJ à cette même missive, suggérée pourtant comme une réponse aux sommations de la rue, mais aussi dans le but de diminuer la tension. Un tsunami de contestation menace le système et ses organisations.

Mohamed Mouloudj  06-03-2019

https://www.liberte-algerie.com/

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En Algérie, le front du « cinquième mandat » se fissure (Le Monde)

Le FFS retire ses parlementaires (Liberté)

Commentaire: L’Algérie a quelques restes de son passé de pays « socialiste ». Le parti unique FNL, l’armée, les anciens combattants,le syndicat unique UGTA  et l’association des femmes UNFA. Au parti unique, se sont alliés les oligarques ultra-libéraux  (souvent généraux), les partis libéraux et le syndicat UGTA (rien à voir avec l’UGTT tunisienne!) qui est entièrement dévoué au FNL et lutte pour empêcher l’émergence d’un mouvement syndical indépendant.

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06 mars 2019 ~ 0 Commentaire

étudiants algérie (liberté rp regards)

Bordj Bou-Arréridj et M’Sila (Kabylie)

Les profs manifestent avec leurs étudiant(e)s

Le campus de Bordj Bou-Arréridj, à 8 km du centre-ville, est totalement désert. Il y a une grève massive des étudiants et des enseignants. Ils sont tous sortis pour manifester dans la rue contre le 5e mandat. Ils ont marché toute la matinée en scandant les mêmes slogans depuis le début des manifestations en ajoutant juste “On ne veut plus de promesses mais des faits”, “On ne peut plus attendre”.

À M’sila, hier, la foule était immense. Les étudiants des deux pôles ont marché plusieurs kilomètres avant de se regrouper devant le siège de la wilaya en scandant haut et fort  “Bouteflika, dégage”, alors que les forces de sécurité, notamment la police antiémeute, se tenaient à l’écart.

La journée d’hier (mardi) est pour les manifestants (les étudiants et leurs professeurs) “une démonstration de force afin d’indiquer que nous ne pouvons plus attendre”, a expliqué un étudiant en droit.

https://www.liberte-algerie.com/

Lire aussi:

Immersion dans la manif des étudiants et des lycéens à Alger, cette Algérie que le système ne connait pas (Liberté)

La fin de l’ensilencement de la jeunesse algérienne (Regards)

« Ni études ni enseignements jusqu’à la chute du système » « Bouteflika dégage ! » : des milliers d’étudiants poursuivent la mobilisation contre le régime (RP)

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06 mars 2019 ~ 0 Commentaire

l’internationale 2 (a et r)

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« Nous ne sommes rien, soyons tout »  
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Lénine et Trotsky avaient une conscience aiguë de la nécessité pour les ouvriers de conquérir le pouvoir, de s’ériger en classe dominante, mais pour cela, d’après leur propre expérience en Russie, ils savaient qu’il était indispensable de disposer d’un parti.
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Le leur, le Parti bolchevik, prit en 1918 le nom de Parti Communiste de Russie, pour marquer la rupture avec la social-démocratie qui avait trahi. Leur parti ne devait pas se limiter à la sphère nationale.
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Pour ces révolutionnaires, la Révolution russe n’était que le premier chapitre d’une révolution prolétarienne vouée à triompher dans tous les pays. Cet objectif était guidé par deux éléments : la nécessité de libérer du joug capitaliste l’ensemble de la classe ouvrière, classe par nature internationale, et la conscience du fait qu’un Etat ouvrier isolé allait voir se liguer contre lui toutes les bourgeoisies du monde. Pour survivre à ces assauts, la jeune Russie des Soviets devait étendre la révolution au-delà de ses frontières.
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Lénine tourna son regard vers le pays qui lui semblait le plus mûr et le mieux doté pour une révolution ouvrière : l’Allemagne.
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Non pas simplement en raison de sa proximité géographique, mais parce que le prolétariat allemand était le plus puissant d’Europe, du fait de son nombre, de sa haute conscience socialiste et de son expérience des grèves politiques contre la guerre, comme à Berlin en 1918 où une manifestation avait réuni plus de 300 000 ouvriers. Qui plus est, le prolétariat allemand avait à sa tête des dirigeants communistes d’une qualité rare : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.
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Les révolutionnaires soviétiques s’attelèrent de toutes leurs forces à l’extension de la révolution. Ils larguèrent des tracts par avion au-dessus des fronts militaires, imprimèrent des journaux, financèrent l’action des groupes communistes – alors de taille modeste – en Allemagne.
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Leur priorité était l’agitation autour du mot d’ordre d’un renversement du régime en place, seule solution pour mettre fin à la guerre. Quand Trotsky se rendit en Allemagne pour rencontrer les généraux allemands afin de négocier la paix, il s’adressa d’abord aux ouvriers venus l’accueillir à la gare et leur distribua des tracts en allemand.
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Une telle politique rencontra des échos de plus en plus importants dans de nombreux pays, en Italie, en Espagne, en France, etc. Les vieux partis sociaux-démocrates furent agités par des débats autour de leur positionnement par rapport à la Russie des Soviets, et des franges de plus en plus significatives de militants se reconnurent dans la politique des bolcheviks.
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Mais l’espoir d’une Allemagne soviétique marqua le pas, malgré la révolution de novembre 1918 qui renversa l’Empire. Les conseils d’ouvriers et de soldats se virent immédiatement confisquer le pouvoir par la social-démocratie, et les principaux dirigeants communistes allemands furent assassinés. Les bolcheviks accélérèrent alors le processus de constitution de l’Internationale communiste.
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Naissance de l’Internationale communiste 
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(….) L’objectif était clair : il fallait fonder une organisation internationale poursuivant l’objectif de la prise du pouvoir par les travailleurs, un outil agissant collectivement sur la base d’accords théoriques et pratiques, pour le communisme. Il devait s’agir d’un parti mondial de la révolution, doté de sections dans tous les pays. Ces sections devaient élaborer et discuter en commun, selon un même objectif, celui de la révolution prolétarienne mondiale. Il importait en effet de rompre avec le fonctionnement de la IIe Internationale, dont chaque section pouvait plus ou moins faire qu’elle voulait.
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Malgré la défaite du prolétariat allemand, le contexte historique était marqué par les explosions sociales et par l’espoir immense suscité par la Révolution d’Octobre. Les idées communistes provoquèrent une réorganisation du mouvement ouvrier international. L’Internationale communiste se nourrit des discussions théoriques et des expériences pratiques du mouvement révolutionnaire européen.
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Un parti mondial, outil pratique et théorique 
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Pour comprendre comment l’Internationale communiste a évolué, il importe de s’intéresser aux débats ayant eu lieu autour des expériences des révolutionnaires allemands. Ils permettent de saisir l’importance d’un parti mondial et des échanges internationaux, et aussi la nécessité d’adapter sa pratique à sa théorie.
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L’Allemagne connut une révolution en novembre 1918 ; le Parti Communiste d’Allemagne fut fondé fin décembre 1918, avec plus de 12 000 militants qui lancèrent une insurrection à Berlin en janvier 1919. Des grèves explosèrent partout dans le pays, mais l’avant-garde révolutionnaire était impatiente que le prolétariat prenne le pouvoir, parfois trop impatiente… La défaite fut cuisante.
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L’Internationale communiste expliqua dans ses thèses et par le débat la manière dont les communistes devaient gagner les masses à leurs idées et former leurs organisations, en mettant l’accent sur la nécessité de l’activité syndicale dans les usines.
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« Étant donnée la tendance prononcée des larges masses ouvrières à s’incorporer dans les syndicats, et considérant le caractère objectivement révolutionnaire de la lutte que ces masses soutiennent en dépit de la bureaucratie professionnelle, il importe que les communistes de tous les pays fassent partie des syndicats et travaillent à en faire des organes conscients de lutte pour le renversement du régime capitaliste ».
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Les conseils ouvriers (soviets) indispensables
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C’était par eux que la conscience de classe du prolétariat pouvait atteindre un degré supérieur de conscience communiste, celui de la nécessité de la prise du pouvoir. L’Internationale Communiste insista sur le rôle de l’auto-organisation au sein de soviets comme cadres de masse pour élaborer politiquement et agir. Elle s’appuya sur l’exemple allemand des conseils ouvriers qui s’étaient formés dans tout le pays.
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Pour autant, l’action des partis affiliés à l’Internationale communiste n’alla pas toujours dans ce sens. L’Internationale dut préciser les éléments stratégiques et tactiques des partis qui souhai-taient adhérer. Il était indispensable de ne pas reproduire les erreurs de la 2è Internationale.
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Quels problèmes tactiques ?
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La prise du pouvoir n’avait pas eu lieu ailleurs qu’en Russie, les bourgeoisies se réorganisaient et les conditions de vie du prolétariat se dégradaient rapidement à l’échelle internationale. Dans ce contexte, les militants allemands avaient fait de nombreuses expériences qui allaient nourrir les discussions et le positionnement des communistes.
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En mars 1920, une tentative de putsch militaire eut lieu en Allemagne, à l’initiative des milieux conservateurs. La première réaction vint de syndicalistes, de sociaux-démocrates, qui appelè-rent à la grève générale pour empêcher le coup d’État contre un gouvernement auquel participaient les sociaux-démocrates.
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Les communistes allemands se montrèrent hésitants et refusèrent d’y appeler, en expliquant qu’ils n’avaient aucun ami au gouvernement et que défendre celui-ci aurait consisté à leurrer le prolétariat.
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Pourtant, la grève générale fut gigantesque, Berlin fut paralysé, et les putschistes ne purent même pas imprimer d’affiches pour proclamer leur prise du pouvoir. Le Parti Communiste se rallia à la grève générale, mais au dernier moment, et il resta hésitant face à une proposition lancée par le Parti Social-Démocrate : celle d’un gouvernement ouvrier, composé uniquement de syndicats et d’organisations ouvrières, à la place des putschistes et du régime en place.
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Il s’agissait d’une question nouvelle, une question d’unité dans l’action mais aussi de participation gouvernementale, à laquelle les communistes allemands n’avaient jamais encore réfléchi. Quand la bourgeoisie allemande se réorganisa et attaqua frontalement le prolétariat sur le plan des salaires et des conditions de travail, certains militants défendirent la nécessité de l’unité des organisations ouvrières contre ces attaques : le front unique ouvrier. Mais une fois encore, la majorité des communistes allemands hésitèrent.
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L’Internationale communiste soutint alors la thèse du front unique en tant que moyen de défense et de conquête politique des masses à travers l’action et l’unité des organisations du mouvement ouvrier.
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Pour les dirigeants de l’Internationale communiste, les masses n’ayant pas encore rompu avec le réformisme, il fallait leur prouver que les communistes étaient les plus déterminés quand il s’agissait de les défendre et d’améliorer leurs conditions de vie. Il fallait le leur démontrer en déclenchant des grèves, et il était pour cela nécessaire de s’accorder avec d’autres forces du mouvement ouvrier : seuls, les communistes étaient trop faibles.
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Les communistes n’avaient rien à perdre au front unique
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En cas d’accord, ils pouvaient montrer que leur détermination était la plus élevée, et leur politique la plus conséquente ; en cas de refus de la part des sociaux-démocrates, ils pouvaient pointer le fait que les dirigeants réformistes n’avaient aucune volonté réelle de défendre la classe ouvrière.
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Cette politique fit ses preuves, permettant ainsi de solder les débats portant sur l’« initiative révolutionnaire », théorie erronée selon laquelle un Parti Communiste suffisamment fort pouvait prendre seul la décision de l’insurrection sans que les masses y fussent prêtes.
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C’est après un bilan des erreurs faites en Allemagne que la tactique du front unique fut adoptée et mise en application.
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Malgré de longs débats, le front unique permit aux communistes allemands de conquérir les masses. En juillet 1923, leur parti rassemblait 600 000 militants et était à la tête de près d’un tiers des sections syndicales du pays.
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En octobre 1923, ses effectifs étaient proches du million de membres, et son influence s’étendait sur près de la moitié des sections syndicales. Dans ce contexte, l’Internationale Communiste entreprit une discussion avec les communistes allemands quant à la possibilité d’une insurrec-tion et d’une prise du pouvoir. Elle envoya en Allemagne des cadres révolutionnaires qui avaient déjà une connaissance de la situation allemande et de celle d’autres pays. Mais ce projet d’insurrection fut un échec…
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Après l’échec de la révolution en Allemagne, l’Internationale communiste passa progressivement sous la férule de la bureaucratie stalinienne, qui menait sa contre-révolution en URSS. Elle cessa d’être un parti mondial de la révolution pour se transformer en courroie de transmission de Staline.
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Des enseignements pour notre époque 
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Si seuls quelques aspects des premiers temps de l’Internationale Communiste doivent être retenus :
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Comme la bourgeoisie, le prolétariat doit s’organiser à l’échelle internationale, pour se défendre au quotidien dans une société encore plus mondialisée qu’au début du 20è siècle.
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Pour s’emparer du pouvoir, car un État ouvrier isolé ne peut survivre, le socialisme ne peut être construit que sur la base des ressources mondiales.
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L’expérience des militants à travers le monde est un atout pour mieux comprendre la situation objective, pour déterminer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
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Notre objectif stratégique étant le renversement du capitalisme à l’échelle planétaire, nous devons agir en commun par-delà les frontières.
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Il ne peut y avoir de solution nationale aux crises et aux contradictions du capitalisme, et du point de vue de la situation internationale, l’absence d’une Internationale ouvrière révolutionnaire digne de ce nom continue d’ailleurs de se faire cruellement sentir année après année.
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La tâche des révolutionnaires doit être de défendre les intérêts des travailleurs et des jeunes dans le pays où ils se trouvent, de mener les combats politiques permettant de les influencer et de propager parmi eux les idées communistes
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Poser la question du pouvoir c’est construire des organisations révolutionnaires à l’échelle nationale, mais leur tâche doit être aussi de poursuivre la perspective du regroupement des révolutionnaires à l’échelle internationale, de la construction d’une nouvelle Internationale révolutionnaire..
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L’Internationale Communiste ou 3è Internationale ou encore Komintern, fut à la fois une machine de guerre pour les ouvriers du monde entier, et un moyen de contrôle pour la bureaucratie stalinienne une fois sa contre-révolution achevée. Nombre de livres d’histoire oublient souvent de traiter des débuts de l’Internationale Communiste, et surtout de son objectif : la révolution prolétarienne mondiale. Comprendre son fonctionnement à ses débuts, c’est pour les militants révolutionnaires une nécessité pour pouvoir percevoir les enjeux de l’internationalisme d’un point de vue stratégique, mais aussi organisationnel. 
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Lire aussi:
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Commentaire:
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Le problème c’est qui dirige. Dans les partis de la 2è c’était le groupe parlementaire, les « camarades députés », pas les adhérents! D’ailleurs dans le Labour de Corbyn, c’est bien l’enjeu de ce qui s’y passe. Dans la 3è c’était le parti russe, expression d’une « classe dominante » que « la révolution mondiale » effrayait au plus haut point!

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04 mars 2019 ~ 0 Commentaire

édito (pst)

pst

Non à la présidentielle ! Non à la continuité du système !

Pour l’élection d’une assemblée constituante !

Les gigantesques mobilisations populaires de ces dix jours qui ont ébranlé le pouvoir autoritaire de Bouteflika, n’ont pas suffit à le faire renoncer à un 5éme mandat.

Sa réponse tant attendue ce dimanche 03 mars, s’est avérée être une farce de mauvais goût.

Non seulement Bouteflika brigue un nouveau mandat, mais en plus il décide d’imposer une nouvelle constitution et des réformes économiques, forcément ultra libérales tel que réclamées par le FMI et la Banque Mondiale.

A l’évidence, il s’agit de lifter une façade « démocratique » complètement lézardée et discré-ditée, de gagner du temps pour réorganiser le régime totalement décrié par la révolte en cours et assurer une sorte de « transition contrôlée ».

En réalité, à travers la pirouette de la conférence nationale, qui ne sera ni élue ni légitime, il propose un semblant de concession, non pas au peuple qui réclame la chute de ce système autoritaire et antisocial, mais à l’autre faction, oligarchique et libérale, qui n’a pas cessé de revendiquer le partage du pouvoir et qui semble parrainer l’ex général candidat à cette présidentielle, Ali Laghdiri.

Le PST appelle à rejeter catégoriquement cette élection présidentielle qui sert la continuité du système.

Ce n’est ni à Bouteflika et sa faction, ni aux patrons oligarques multimilliardaires, qui ne récla-ment que leur réintégration au sein du pouvoir politique, ni aux puissances étrangères impé-rialistes et leurs multinationales, de décider de notre constitution, de nos libertés, de nos choix économiques et de notre projet de société !

C’est aux millions de travailleurs, de chômeurs, de femmes, de jeunes, d’étudiants, de paysans pauvres et de tous les démunis, qui viennent de donner une leçon de lutte et courage, de décider de leur avenir!

Oui, c’est au peuple de décider souverainement car il est la seule source de légitimité !

C’est pourquoi il est impératif de maintenir notre mobilisation, d’engager la mise en place de l’auto organisation démocratique des masses dans les quartiers populaires, les lieux de travail, les universités, et partout ou c’est possible, qui engageront le débat sur les modalités d’élection de l’assemblée constituante souveraine, représentative des aspirations de liberté et de justice sociale de la majorité de notre peuple.

En parallèle, le recours à une grève générale pour imposer ces changements auxquels on aspire reste une option envisageable à ne pas exclure.

Notre pays est à un tournant historique. Le PST réitère son appel insistant à l’unité et à la convergence de toutes les forces et les énergies politiques et sociales.

Pour élargir la brèche de cette possible ouverture démocratique.

Pour stopper les politiques libérales ainsi que le suicide économique et le désastre social qu’elles engendrent

Pour faire face à toutes les menaces et les pressions des puissances impérialistes dans le but d’assurer la sauvegarde de notre souveraineté et de notre indépendance nationale.

Non au 5è mandat, non à la continuité du système et ses institutions illégitimes !
Non à l’élection présidentielle du 18 avril                                                                                   Pour l’élection d’une Assemblée Constituante Souveraine représentative de nos aspirations démocratiques et sociales !
Pour le maintien de la mobilisation et des manifestations populaires !
Pour la défense de notre souveraineté et notre indépendance nationale !

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04 mars 2019 ~ 0 Commentaire

hommage à kendal breizh

2019_03_03_Bretagne_Info_un-an-apres-sa-mort-le-souvenir-de-kendal-breizh-est-vivant-comme-la-solidarite-avec-le-peuple-kurde_4-640x360

Un an après sa mort, le souvenir de Kendal Breizh est vivant comme la solidarité avec le peuple Kurde (Bretagne Infos)

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04 mars 2019 ~ 0 Commentaire

manif à paris

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04 mars 2019 ~ 0 Commentaire

nadir djermoune (pst)

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Éléments de réflexion

Sur la déferlante populaire en Algérie

1- La déferlante populaire que l’Algérie a vécue

Ce vendredi début du mois de mars a indéniablement changé la situation politique du pays, du moins au niveau des consciences.

Les rapports de force sur le terrain n’ont pas encore bougé. La revendication principale qui a déclenché ce raz de marrée humain est le refus de la candidature du président sortant Bouteflika pour un cinquième mandat, à cause de sa maladie et de son infirmité.

Ce refus est d’abord une attitude morale contre l’immortalité du régime qui se « cache » derrière un vieillard malade. C’est un rejet, sur le même terrain de l’éthique, de ce régime « voleur et corrompu » en revendiquant son départ immédiat.

Mais l’ampleur nationale de ce mouvement place déjà la révolte au delà de cette revendication immédiate qui est le refus du « 5° mandat » pour s’inscrire dans une revendication politique et sociale profonde et globale. Pour saisir la portée de cette dimension il faut essayer de comprendre sa nature, sa composante et son histoire.

2- Ce mouvement n’est pas spontanément « descendu du ciel ».

Les barricades, les protestations sociales, culturelles et politiques n’ont jamais cessé sous le règne de Bouteflika. l’annonce de la candidature du président malade a mis en branle la protestation qui est monté crescendo à l’approche de la date fatidique du 03 mars qui est celle de la clôture des candidatures.

De ce fait, l’issue et l’orientation que prendra ce mouvement dans un avenir proche dépend en première instance de l’issue de ces élections. Son devenir dépend en dernière instance de son niveau d’organisation, de la nature de la direction qui sortira de ce mouvement et du poids des forces sociales et politiques qui sera le fruit d’une lutte acharné qui a déjà commencé « discrètement » par une lutte de mots d’ordre et de revendications immédiates.

3- Au niveau organisationnel, le mouvement a pris la forme des «gilets jaunes»

Suite à des appels anonymes sur les réseaux sociaux, la manifestation a commencé les 22 février, pour continuer au cours de la semaine chez les étudiants (es) et rependre ce vendredi 1 mars.

Le mouvement n’a donc pas de direction. Il refuse toute ingérence politique. Mais il est super-bement organisé et discipliné. Sociologiquement, c’est un mouvement populaire dans le sens où il est composé de toute catégorie sociale et catégorie d’âge.

Toutefois il est à noté la forte présence de jeunes qu’on pourra désigner par le terme « de jeunes de quartiers populaire », essentiellement lycéens et étudiants. Ils rythment les marches par leurs chants, logique stade de football. Il y a aussi la présence de ce qu’on pourrait appeler « les couches moyennes ».

C’est dans cette catégorie qu’on trouvera la forte présence féminine. La présence des travailleurs est évidement très forte, mais pas comme « catégorie à part »,  « catégorie sociologique » et non comme « catégorie sociale » ou professionnelle. Les mots d’ordre socio-économiques sont pour l’instant absents. C’est ce qui explique l’absence d’échos à  l’appel à la grève générale pour aujourd’hui 03 mars. Mais dans ce melting-pot sociologique il y a fusion et harmonie des marcheurs. Tous contre le gouvernement immoral, voleur et corrompu.

4- Au niveau politique, la crise peut être définie comme une crise politique du régime.

Le régime est une coalition de quatre parti (FLN, RND, TAJ (Fraction issue des frères musulmans) et MPA, (une fraction issue du RCD « démocrate-kabyle »). Tous libéraux. Cette coalition est bien sur soudée par l’institution militaire, la police, l’UGTA et l’organisation patronale FCE.

Cette crise était latente depuis un certain temps. Elle s’est exprimée par des règlements de compte dans les institutions (coup de force contre le président de l’APN (parlement), dossier de drogue, des règlements de compte dans l’institution militaires, dans la police….).

L’opposition à cette coalition vient de l’autre fraction des libéraux, voire ultralibéraux. Celle-ci n’a pas d’expression politique visible. Elle s’exprime économiquement par le nouveau « oligarque » Rabrab, par les médias, par quelque parti faibles et un récent candidat à la présidentielle, Ghediri, général de l’armée en retraite.

L’issue de cette contradiction prend la forme d’une réforme constitutionnelle post-Bouteflika. La coalition au pouvoir a avancé la tenue d’une « conférence inclusive » après les élections du 18 avril. Avec la réélection de Bouteflika, elle assure la direction de cette « réforme ». Voyant le piège, l’opposition « libérale », désunie, réclame des élections sans Bouteflika. Ce qui permettra, de ce point de vue, d’affaiblir la coalition présidentielle en crise latente. Voila ou réside l’enjeu du « 5 mandat ». mais, cette crise est passée de son état latent à un état patent avec l’intervention des masses populaires comme troisième acteur dans cette équation à l’approche des élections.

5- Tout se joue donc au niveau de ces revendications immédiates

Elles sont liées à l’issue des élections présidentielles. Il ne s’agit pas de situer le débat au niveau des revendications dites « minimum » par opposition aux revendications « maximums ». Ce serait tomber dans le piège d’une nécessaire rupture révolutionnaire en partant d’une critique utopique. Il s’agit de partir d’une critiqué du réel et penser en terme de transition vers quelque chose qui ne sera que le fruit des luttes avec sa part de hasard et d’imprévu. Sur ce plan, l’enjeu reste le devenir des élections présidentielles du 18 avril qui concentre toutes les critiques.

Trois hypothèses s’offrent à nous :

1- La coalition présidentielle choisit l’affrontement et maintient Bouteflika comme son candidat. Ce qui voudra dire la non tenue des élections, car elles ne pourront pas se tenir vu le nouveau rapport de force imposé par la rue. L’issue ce serait dans ce cas l’intervention de l’institution militaire pour un état d’exception, le temps d’organiser « la transition » en qualité d’arbitre. Ce qui peut facilement être acceptée par tout le monde, y compris les masses vu le niveau de conscience actuel et le niveau d’organisation.

2- La démission (ou le retrait) de Bouteflika avant les élections (Bouteflika est encore à Genève, et il n’a pas encore déposé son dossier de candidature à l’heure où je vous écris) en qualité de président en exercice. Ce qui créerai un « vide juridique », et annule de fait les élections. Elles seront donc reportées sans intervention de l’armée. C’est en quelque sorte le scénario Chadli Benjedid en 91, avec moins de pression.

3- d‘autres scénarios intermédiaires qui vont dans le sens de négocier la transition en allant vers une conférence nationale de reforme de la constitution avant les élections se construisent.

Mais le temps presse. Les masses dans la rue font pression.

L’histoire s’accélère dans ces conditions. C’est donc pour l’instant une guerre de mot d’ordre: «Contre le cinquième mandat » qui a comme fonction affaiblir la coalition présidentielle, à défaut de l’éliminer.

Deuxième mot d’ordre « la réforme de la constitution » après ou avant les élections. Il a comme fonction d’organiser une transition douce sous la direction du pouvoir actuel.

Un troisième mot d’ordre : « la constituante ». Ce dernier a comme fonction de maintenir la brèche ouverte et empêcher un consensus total entre libéraux sans voix discordante.

6- A un autre niveau d’analyse, parmi les candidats en lice, un personnage sort du lot :

Ali Ghediri., ancien militaire en retraite comme un plan B ? Il est venu un peu tard. Mais on sentait une construction derrière. Qui est Ghediri? il représenterait une fraction des militaires qui veulent en découdre. Un peu à la « Portugaise », toute proportion gardée.

C’est donc une fraction de ce pouvoir qui serait derrière ces événements. Une sorte de révolte du sérail, mais un sérail plus large que la famille de Ben Ali en Tunisie ou encore De Assad en Syrie. C’est un sérail bureaucratique qui s’est embourgeoisé et qui a une grande clientèle. Une bureaucratie plus ancrée dans la population que la bureaucratie égyptienne. Une bureaucratie moins élitiste que la famille royale marocaine.

C’est donc difficile de tout manipuler et de tout contrôler. Quoiqu’il en soit, la brèche est ouverte dans le système du pouvoir. Une brèche qui sera au service du plus tacticien entre la coalition au pouvoir et l’opposition libérale.

Suivons donc l’itinéraire de ce Ghediri. Pour l’instant le pouvoir ne joue pas l’affrontement. Il peut facilement faire sortir sa clientèle qui est réelle. Il ne l’a pas fait ? Mais ça sonne les tractations. Mais le mouvement s’est élargit. Il a dépassé les « initiateurs », si initiateur il y a. De toute façons, quelques soit les tractations de coulisses, il y a surenchère sous la pression des mani-festants. Ça va se jouer entre « les réformes » et qui va organiser ces réformes d’un coté et l’assemblé constituante d’un autre coté, avec toujours la question de savoir qui va l’organiser ?

7- Au niveau régional et géopolitique, comment inscrire cette révolte comme un moment du cycle ouvert par la Tunisie et la « révolution arabe » ?

Doit-on l’inscrire dans une crise plus large du capitalisme ? il serait peut-être plus indiqué de commencer de lire ces événements à partir de son historicité algérienne qui est pleine de rebondissement, avec une onde de choc aux territoires voisins, la Tunisie qui n’a pas encore fermes sa brèche et la Maroc qui a ouvert une brèche au Rif.

D’un autre coté, les tractations en cours ne se limitent surement pas aux coulisses du pouvoir algérien. Elles sont surement à Genève, un pays parait-il neutre ! Il y a ici des pistes ouvertes pour des lectures plus profondes. Il y a bien sûr la piste sociale et économique qui est structurante qu’il faudra travailler.

Espérons qu’on ne rentrera pas dans un autre gouffre. Il y a chez les algériens et algériennes d’aujourd’hui, une sorte de dignité retrouvée, une joie de se retrouver et de penser l’avenir sans défaitisme, préparer les luttes futures en commençant par le 08 mars prochain. Hasard du calendrier.

Nadir Djermoune, le 03 mars 2019 , Nadir Djermoune est militant du PST en Algérie.

https://www.anti-k.org/

Lire aussi:

Algérie : Non à la présidentielle ! Non à la continuité du système ! Pour l’élection d’une assemblée constituante ! (PST)

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