Archive | Antiimpérialisme

14 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

jet skis (swp)

swp

Des « jet-skis » pour lutter contre les réfugiés dans la Manche

Lire la suite

11 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

11 septembre (à l’encontre)

GettyImages-462458074-1160x860

11 septembre: comment les Etats-Unis – et le Royaume-Uni – ont récolté ce qu’ils ont semé

Il y a vingt ans, dix-neuf hommes, remplis de haine envers les Etats-Unis et de foi dans la promesse du paradis, se faisaient exploser, tuant des milliers de personnes et provoquant l’un des plus grands chocs politiques de l’histoire mondiale. Ils étaient tous originaires du Moyen-Orient; quinze d’entre eux étaient des citoyens du plus ancien et plus proche allié de Washington dans cette région: le royaume saoudien. Les Etats-Unis récoltaient ainsi ce qu’ils avaient semé.

Pendant des décennies, le gouvernement américain a manigancé au Moyen-Orient, soutenant des régimes despotiques et encourageant l’intégrisme islamique comme antidote à tout ce qu’il pouvait considérer comme étant de gauche. En 1990, l’agonie de l’URSS sembla ouvrir la voie à un «nouvel ordre mondial» dominé par Washington–- ce qu’un chroniqueur américain appela judicieusement le «moment unipolaire».

L’empire étatsunien, qui était jusqu’alors encore sous le coup du «syndrome vietnamien», parvint à le surmonter – du moins c’est ce que crut Bush père – en lançant une attaque dévastatrice contre l’Irak en 1991. Bush père avait été incité par Margaret Thatcher à refouler les troupes irakiennes hors du Koweït voisin, qu’elles avaient envahi en août 1990. L’Irak fut ensuite étranglé par un embargo cruel qui a causé un excès de mortalité estimé à 90 000 par an par les Nations unies.

C’est la première fois que les Etats-Unis menaient une guerre de grande envergure au Moyen-Orient. Jusqu’alors, ils avaient mené des guerres par procuration, notamment par le biais de leur allié israélien. Les attentats du 11 septembre ont été le résultat direct de ce changement: une réponse «asymétrique» spectaculaire, sur le sol même des Etats-Unis, au déploiement massif de ces derniers au Moyen-Orient.

Et pourtant, plutôt que de prendre du recul et de reconsidérer une ingérence qui s’était retournée contre eux de façon si spectaculaire, George W. Bush et la horde sauvage de néoconservateurs qui peuplaient son administration virent dans le 11  septembre leur Pearl Harbor [7 décembre 1941, l’attaque japonaise qui entraîna la participation des Etats-Unis à la Deuxième Guerre mondiale]. C’était une nouvelle occasion de pousser plus loin l’expansionnisme des Etats-Unis dans ce qu’ils appelaient le Grand Moyen-Orient, une vaste zone s’étendant de l’Asie occidentale à l’Asie centrale et à l’«AfPak» (Afghanistan et Pakistan), sans autre caractéristique commune que l’Islam.

Bush fils et son équipe ont porté l’arrogance (hubris) des Etats-Unis de l’après-guerre froide à son paroxysme. Ils sont entrés en Afghanistan, avec l’OTAN et d’autres alliés, dans le but de transformer le pays en une plate-forme pour la pénétration étatsunienne dans une région stratégiquement située entre le cœur de la Russie et la Chine, les deux rivaux potentiels de l’hégémonie unipolaire de Washington.

Dix-huit mois plus tard, ils envahissaient l’Irak, leur prise la plus convoitée en raison de ses propres réserves de pétrole et de sa situation dans le Golfe, une région vitale pour des raisons stratégiques et économiques liées au pétrole. Cette expédition néocoloniale fut beaucoup plus contestée dans le monde que celle d’Afghanistan, malgré le soutien enthousiaste de Tony Blair et la participation peu glorieuse du Royaume-Uni.

L’invasion de l’Irak avait été le leitmotiv du Projet pour le Nouveau siècle américain (Project for the New American Century), le think tank dont le nom même incarnait l’arrogance des Etats-Unis. Les principaux personnages de l’administration de George W. Bush en avaient été membres. Ils avaient la conviction illusoire que les Etats-Unis pouvaient refaire l’Irak à leur image et que les Irakiens adhéreraient massivement à cette perspective.

Ils se faisaient beaucoup moins d’illusions sur l’Afghanistan, à en juger par les effectifs américains qui y furent déployées – bien moindres qu’en Irak. Mais là-bas aussi, ils s’engagèrent dans un projet irréfléchi d’édification d’Etat, après avoir réalisé qu’il y avait, en fait, plus de collaborateurs volontaires de l’occupation menée par les Etats-Unis en Afghanistan qu’en Irak même.

Ils dédaignèrent ainsi la leçon principale du Vietnam, à savoir qu’il ne faut jamais s’enliser dans une aventure militaire prolongée dont le succès est incertain. L’Irak se transforma rapidement en bourbier. En 2006, l’occupation avait clairement tourné au désastre. Alors que les troupes étatsuniennes étaient occupées à combattre une insurrection arabe sunnite dirigée par la même Al-Qaida que Washington avait extirpé d’Afghanistan, l’Iran s’assurait le contrôle de l’Irak par le biais de forces arabes chiites alliées, parvenues en position de force grâce à l’occupation américano-britannique elle-même.

La classe dirigeante des Etats-Unis tira la sonnette d’alarme et contraignit le principal architecte de l’occupation, le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, à démissionner. Une commission bipartisane du Congrès élabora une stratégie de sortie, impliquant une «montée en force» (surge) temporaire des troupes étatsuniennes et l’achat de l’allégeance de tribus arabes sunnites afin de vaincre l’insurrection. Bush conclut ensuite un accord avec le gouvernement de Bagdad, soutenu par l’Iran, pour le retrait des troupes avant la fin de 2011. Son successeur, Barack Obama, supervisa l’achèvement du retrait.

Obama essaya de répéter le «surge» en Afghanistan. Il échoua lamentablement, car les chefs de guerre corrompus alliés des Etats-Unis n’ont jamais été très crédibles (les Talibans avaient pris le pouvoir en 1996 après les avoir vaincus). Obama enclencha alors un programme de sortie, que son successeur Donald Trump suspendit pendant un temps pour tenter un nouveau «surge» – non plus contre les seuls Talibans, mais aussi contre le nouvel avatar d’Al-Qaida, l’Etat islamique (EI).

Ce dernier était passé d’Irak en Syrie en 2012. Il y avait reconstruit ses forces en profitant de la guerre civile, puis était repassé en Irak en envahissant les zones arabes sunnites à l’été 2014. Cela provoqua une débâcle infamante des forces gouvernementales irakiennes, mises en place, entraînées et armées par Washington.

Les Etats-Unis combattirent l’EI au moyen de bombardements massifs en soutien à des combattants locaux, agissant sur le terrain. Paradoxalement, ces derniers ont inclus des forces kurdes de gauche en Syrie et des milices pro-Iran en Irak. L’EI fut réduit derechef à l’état de guérilla clandestine, mais il avait déjà commencé à se propager dans le monde entier, notamment en Afrique et en Asie. Des dissidents extrémistes des Talibans ont même créé une branche locale de l’EI en Afghanistan. En se débarrassant d’Oussama ben Laden en 2011, Obama n’avait achevé de défaire Al-Qaida que pour assister peu après à l’émergence de son avatar, plus violent encore.

Trump finit par jeter l’éponge. Il réduisit le nombre de troupes étatsuniennes au strict minimum et conclut un accord avec les Talibans pour le retrait des troupes étrangères restantes en 2021. Joe Biden présida à la fin de ce retrait de la manière tragiquement bâclée dont le monde entier a été témoin au mois d’août. L’armée du gouvernement de Kaboul s’est effondrée dans une débâcle identique à celle des troupes du gouvernement de Bagdad. Comme dans la mythologie grecque, l’hubris (arrogance) des Etats-Unis (et du Royaume-Uni) a une fois de plus déclenché l’ire de la déesse Némésis et a été puni en conséquence.

Les défaites en Irak et en Afghanistan ont provoqué une rechute des Etats-Unis dans le «syndrome vietnamien». Cela ne signifie pas pour autant que Washington va dorénavant s’abstenir de toute agression impériale: cela signifie seulement qu’il ne s’engagera pas de sitôt dans des déploiements à long terme et à grande échelle dans d’autres pays en vue de reconstruire leur Etat.

Washington utilisera plutôt plus intensivement ses «capacités de frappe à distance», comme l’a promis Joe Biden dans son allocution du 31 août. Obama, qui s’était opposé au Sénat à l’invasion de l’Irak en 2003, a eu recours aux drones de manière beaucoup plus intensive que son prédécesseur. Cette pratique a été poursuivie par Trump, avec frappes de missiles en sus, et de même par Biden.

Elle va sans doute s’intensifier encore. Ces frappes sont de la guerre à petites doses, non moins mortelles à la longue que des injections massives occasionnelles, et plus pernicieuses en ce qu’elles échappent à l’examen public. Elles doivent être stoppées.

(Article publié sur le site Labour Hub le 10 septembre 2021; traduction rédaction A l’Encontre)

Gilbert Achcar est professeur d’études du développement et de relations internationales à la SOAS, Université de Londres.

11 septembre 2021 Gilbert Achcar

https://alencontre.org/

Lire la suite

11 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

brésil (à l’encontre)

bres

Brésil. Apothéose fasciste

«La bourgeoisie décadente n’est pas capable de se maintenir au pouvoir par les méthodes et les moyens de l’Etat parlementaire qu’elle a construit… Mais la bourgeoisie bien établie n’aime pas la manière fasciste de résoudre ses problèmes, car les secousses, même dans les intérêts de la société bourgeoise, ne sont pas sans risques pour elle. D’où l’antagonisme entre le fascisme et les partis traditionnels de la bourgeoisie.» (Léon Trotsky, Œuvres, octobre 1932, «La seule voie»)

1 – Le cri de la Paulista [ce 7 septembre, sur la principale avenue de São Paulo], le jour du «cri de l’Ipiranga» [référence à la petite rivière de la ville de São Paulo sur les rives de laquelle a été prononcée l’indépendance du Brésil le 7 septembre 1822] était la victoire ou la mort [1]. En annonçant sa stratégie, Bolsonaro [qui a organisé lors de la fête nationale le rassemblement massif de ses partisans, ce 7 septembre] a clairement indiqué qu’il ne renoncera pas à la lutte acharnée pour le pouvoir, quel qu’en soit le prix. Il a opéré un moment d’accumulation de forces. Les deux objectifs tactiques immédiats de la mobilisation contre-révolutionnaire étaient un avertissement à l’opposition libérale qu’il mettra le pays à feu et à sang en cas de danger de destitution, et la polarisation contre les ministres du STF (Tribunal suprême fédérale) Alexandre de Moraes et Luis Roberto Barroso qui encerclent son réseau et sa famille par des enquêtes et des arrestations.

Mais c’est beaucoup plus grave. Il laisse planer dans l’air – à l’intention de la fraction de la classe dirigeante qui s’est déplacée vers l’opposition au cours des quarante derniers jours – la menace qu’il n’acceptera pas le résultat des élections [en octobre 2022] s’il perd. Il ne respectera pas les règles du régime libéral-démocratique. Il n’y aura pas de transmission pacifique de la bannière à Brasilia en janvier 2023 [début du mandat présidentiel]. Le chef des néo-fascistes cherche à se repositionner pour les élections de 2022. Mais il promet qu’il est prêt à tout, et mobilise donc sa base sociale, elle aussi, dans la perspective d’une possible rupture institutionnelle, intervenant à un moment donné. En d’autres termes, tout ou rien, ou une menace de guerre civile.

2 – La contre-offensive de Bolsonaro s’est déroulée dans le cadre d’un affaiblissement ininterrompu, depuis le mois de mai, avec le pic de la deuxième vague de la pandémie. Mais Bolsonaro a démontré qu’il n’est pas battu. La plus grande erreur de la gauche au cours des trois dernières années a été de sous-estimer le bolsonarisme. La position de Lula dans les sondages, à l’heure actuelle, n’est une garantie de rien du tout. Considérer uniquement les degrés d’approbation et de rejet révélés par les sondages est insuffisant pour évaluer le rapport des forces sociales et politiques. Devant des centaines de milliers de personnes très motivées, Bolsonaro s’est renforcé. C’était tout sauf un fiasco. Bolsonaro n’a toujours pas de liste électorale, mais il a prouvé qu’il contrôle un «parti de combat», c’est-à-dire l’organisation d’un mouvement contre-révolutionnaire qui possède une idéologie néo-fasciste, une stratégie politique, un pouvoir social, une capacité financière autosuffisante, une capacité d’initiative dans les rues et dans les réseaux sociaux, des relations internationales, une forte influence au sein des militaires et des policiers et un leadership avec un profil d’autorité messianique.

3 – La tactique de Bolsonaro pour l’instant est de gagner du temps. Il mord et souffle. Il occupe les centres-villes, mais n’autorise pas les blocages. Il encourage les barrages routiers des chauffeurs de camions, mais leur demande ensuite de se retirer. Il fait des menaces de coup d’Etat, mais publie une lettre d’apaisement. Ni la pression pour un contrôle militaire, ni Sergio Moro [ex-ministre de la Justice qui a démissionné en avril 2020, mais qui avait mené la campagne d’incrimination de Lula] ou Paulo Guedes [ministre de l’Economie et artisan des privatisations, lié au grand capital], ni l’accord avec le Centrão [coalition de partis qui vivent de leurs relations avec les institutions étatiques], et encore moins Michel Temer [ex-président qui a remplacé Dilma Rousseff en août 2016], un cadavre politique sans vie, ne pourront arrêter Bolsonaro.

Mais quelle est sa stratégie? Est-ce pour garantir un meilleur repositionnement en vue de l’échéance électorale, et assurer sa réélection? Oui, mais ce n’est pas tout. Le gouvernement d’extrême-droite dirigé par un néo-fasciste n’est pas un gouvernement «normal» avec un programme de contre-réformes néolibérales. La stratégie de Bolsonaro est une nouvelle réinsertion du capitalisme brésilien dans le monde, dans le contexte d’une alliance stratégique avec une fraction de l’impérialisme des Etats-Unis contre la Chine. Le plan qui a des traits de recolonisation repose sur l’espoir que les investissements impérialistes sont la clé de la reprise de la croissance économique. Mais pour cela, il est nécessaire d’imposer une défaite historique à la classe ouvrière, aux pauvres et aux opprimés. Un tel changement qualitatif dans les rapports des forces sociaux n’est possible qu’avec la subversion du régime afin qu’il puisse garantir la concentration maximale du pouvoir. Le projet est un coup d’Etat, bonapartiste, contre-révolutionnaire. Les formes, les moments, les conceptions des initiatives insurrectionnelles sont tactiques. Mais ils sont incontournables.

4 – La politique de l’opposition libérale a changé avec le virage, pour l’instant individuel, de João Doria [gouverneur de l’Etat de São Paulo depuis janvier 2019] et Gilberto Kassab [ancien ministre de Temer et ancien maire de São Paulo] pour la destitution de Bolsonaro. La classe dirigeante est divisée. Bolsonaro est, de plus en plus, dysfonctionnel et perturbateur. La fraction bourgeoise qu’il a poussée dans l’opposition est très puissante. Elle a tenté d’exercer une pression institutionnelle. Mais elle hésite à s’engager dans la voie de la destitution (impeachment). La droite libérale est beaucoup plus préoccupée par la position des Forces armées que par le Centrão. Et il y a une immense incertitude quant au rôle d’ex-général Hamilton Mourão, le vice-président.

En tout cas, face à ce nouveau moment dans la conjoncture, un changement de tactique s’impose à gauche. La tactique de l’unité d’action est devenue plus importante parce qu’un secteur de l’opposition libérale s’est finalement déclaré favorable à l’impeachment. Il est incertain et délicat, mais nécessaire de lutter, sérieusement, pour des mobilisations unitaires dans la perspective de «Fora Bolsonaro». Mais nous devons préparer ce type d’initiative en respectant les espaces construits du Front unique de gauche, et l’indépendance politique dans la défense des revendications des travailleurs.

5 – La décision du Frente Brasil Popular et de Povo sem Medo [Peuple sans peur], de la Coalizão Negra por direitos de maintenir l’objectif la Journée nationale de lutte du 7 septembre s’est avérée correcte. Les rassemblements n’étaient pas grands, mais ils étaient dignes. Et ils ont reçu les éloges, le même soir du 7 septembre, de regroupements à l’échelle nationale. Leur décision était correcte parce que le danger de division et par conséquent de démoralisation d’une partie de l’énergie militante de tous les mouvements et partis était réel. Il est nécessaire de préserver la fermeté, la capacité de calcul tactique et la lucidité stratégique. Cinq années de défaites accumulées ont laissé des blessures. Il y a de l’instabilité dans nos rangs. Les oscillations «bipolaires» dans l’évaluation de la situation, passant en quelques jours du découragement à l’euphorie, même dans les milieux sérieux de gauche, nous laissent perplexes. Il est absurde que pendant une semaine ait prévalu une vision apocalyptique du «danger réel et immédiat» d’un auto-golpe immédiat et, par la suite, d’émettre la conclusion que le bolsonarisme aurait «fait un flop» [le 7 septembre].

Nous sommes sous pression, dès lors nous devons nous mouvoir politiquement de manière responsable. Nous retournerons dans les rues et nous serons majoritaires, mais il est nécessaire de construire des mobilisations à un niveau plus solide et ample qu’en mai, juin et juillet. Ce ne sera pas facile, mais il est possible d’aller plus loin. L’impact des manifestations bolsonaristes ne doit pas diviser la gauche. Nous avons déjà vu que la fragmentation des positions lors de la journée du 7 septembre a été un désastre, et que les prises de position intempestives se sont désintégrées. Un changement de tactique ne doit pas diviser la gauche. La fragmentation est un réel danger. Le Front unique a été le plus grand pas en avant en 2021. La question centrale est que la capacité de la gauche à mettre en mouvement la base sociale où elle est implantée s’est révélée pour l’instant insuffisante pour ouvrir la voie à l’impeachment.

La tragédie sanitaire [en relation avec la pandémie], économique, sociale et politique n’a pas réussi à imposer l’amertume. Six cent mille morts, un chômage supérieur à 14 millions de personnes sans ressources, 20 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, une inflation de 10%, le risque d’un black-out électrique, des incendies dans le Pantanal et en Amazonie, l’invasion des terres indigènes, la réduction de 30% des inscriptions à l’Enem, n’ont pas encore suffi. Le dilemme central de la stratégie de la gauche est que la tactique attentiste consistant à simplement accepter l’échéance des élections de 2022 est moralement, politiquement et stratégiquement mauvaise. Bolsonaro n’est pas l’ennemi idéal en 2022 [au sens où pourrait être «facilement battu»]. Il est temps de se battre actuellement pour l’impeachment et d’aller de l’avant. Le défi est de transformer la majorité sociale qui est dans l’opposition en une force sociale de choc pour renverser Bolsonaro.

(Article publié sur le site Esquerda Online, le 9 septembre 2021; traduction rédaction A l’Encontre)

11 septembre 2021  Valerio Arcary

_____

[1] Selon Le Monde du 8 septembre, «des dizaines de milliers de manifestants ont envahi les rues de Brasilia, Sao Paulo ou Rio, mardi 7 septembre, à l’appel de Jair Bolsonaro». La presse brésilienne, avec certaines nuances, souligne l’ampleur des manifestations. (Réd.)

Lire aussi:

Le Brésil après le 7 septembre et les défis de la gauche

Lire la suite

10 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

fedayin (korrigans gwengamp)

fed

Le 14 octobre  20h à Guingamp au cinéma des Korrigans.
..
Le nom de Georges Abdallah apparaît régulièrement dans les manifestations, des articles de presse ou dans des courriers de parlementaires au ministère de la Justice. Mais qui est-il réellement ?
.
Pourquoi un communiste libanais d’origine chrétienne est-il emprisonné en France depuis plus de 35 ans ? Pourquoi est-il considéré par les Palestinien·ne·s comme un des leurs ?
.
À bien des égards, l’histoire de Georges Abdallah est à la fois celle d’une époque mais aussi celle d’une gauche arabe aussi riche que méconnue.
.
Fedayin, le combat de Georges Abdallah retrace le parcours d’un Libanais, engagé auprès de la lutte palestinienne en plein cœur de la guerre civile libanaise.
.
Des camps de réfugié·e·s palestinien·ne·s qui ont forgé sa conscience à la mobilisation internationale pour sa libération en passant par une véritable affaire politico-médiatique, nous allons à la découverte de celui qui est devenu l’un des plus anciens prisonniers politiques d’Europe.
.
fedayin (korrigans gwengamp) dans Altermondialisme cleardot

Lire la suite

09 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

theodorakis (npa , presse de gauche)

Hommage au musicien

Mikis Theodorakis, une grande voix populaire… avec de fausses notes politiques

Avec la mort du compositeur Mikis Theodorakis, « Mikis » pour toute la population, c’est une légende qui s’éteint, qui a consisté à parer Mikis de toutes les valeurs de gauche, comme l’a fait depuis très longtemps la gauche réformiste française.

Ce qui serait à retenir du parcours de Mikis Theodorakis, c’est, à la différence du militant exemplaire que fut le résistant Manolis Glezos, toute sa vie fidèle à la gauche (réformiste et radicale), des engagements et des positionnements que lui-même revendiquait comme ceux d’un homme contradictoire.

À ce titre, le siècle de vie de Mikis renvoie surtout aux tragédies de l’histoire grecque moderne (à part le Pasok en 1981 et Syriza en 2015, le pays n’a connu que des gouvernements fascistes ou de droite extrême, au mieux très réactionnaires) et aux impasses dans lesquelles la gauche communiste, stalinienne ou « rénovatrice », a plongé le « peuple de gauche ». Reste l’œuvre du compositeur, magnifique et plus que jamais stimulante pour les combats actuels et à venir !

Un parcours politique sans cohérence malgré une dynamique de gauche

Dans sa jeunesse, Mikis adhère à EON : mouvement d’embrigadement des jeunes mis en place par le dictateur fasciste Metaxas. Mais, en 1943, Mikis rejoint, comme des dizaines de milliers de militantEs, la résistance anti-nazie, intégrant l’organisation armée ELAS et le KKE (PC grec).

Une fois le pays libéré par la Résistance, Churchill obtient de Staline la reddition des armes de ELAS et lance ses soldats et les fascistes impunis dans une guerre civile : Mikis se bat, tout en critiquant la ligne du KKE, et il est arrêté et déporté.

Plus tard, il obtient la permission de partir à Paris étudier la musique. À son retour en 1960, il est actif dans EDA (Gauche démocratique unie, sorte d’union de la gauche) puis, après l’assassinat du député (centre gauche) Lambrakis (voir le film Z), il fonde avec succès les Jeunesses Lambrakis, reprenant notamment les « marathons de la paix ».

Face au risque de voir le centre-gauche gagner les élections, les USA provoquent le coup d’État militaire des colonels en 1967. Mikis est vite arrêté, mais une campagne internationale obtient sa libération en 1970.

Revenu à Paris, il est une figure de la gauche anti-junte, organisant des tournées mondiales artistiques et anti­fascistes. Ces années sont aussi celles de la grande scission du KKE entre orthodoxes et eurocommunistes (noyau du futur Syriza), Mikis penchant pour les eurocommunistes. Après la chute de la junte en 1974 et un retour émouvant et triomphal en Grèce, il milite entre EDA et le KKE, devenant député de celui-ci en 1981 et 1985.

À partir de 1989, son parcours devient très chaotique : il va devenir ministre (sans portefeuille) … de la droite (Nouvelle Démocratie) ! À vrai dire, rien de surprenant : centrés sur une ligne anti-Pasok, le KKE et le noyau du futur Syriza s’allient avec la droite en 1989…

Dès lors, les positionnements deviennent de plus en plus contradictoires, entre soutien à la droite et soutien à Syriza, surtout avec un cours de plus en plus nationaliste, en contradiction avec ses positions de soutien aux peuples palestinien ou turc ! Cette contradiction permanente fait de Mikis la figure la plus emblématique des dangers pour la gauche (pas seulement réformiste) et la classe ouvrière d’un nationalisme qui gangrène la Grèce depuis 20 ans en particulier.

Ses dernières contradictions :

– La dernière apparition politique de Mikis, en février 2018, a été la participation comme orateur à un rassemblement appelé par la fange nationaliste et y compris par les nazis contre les projets de reconnaissance de l’État de Macédoine du Nord, Mikis y saluant la présence de l’extrême droite « patriotique »…

– Pourtant, la dernière volonté politique de Mikis, c’est de mourir en étant considéré comme communiste, comme l’a révélé le secrétaire du KKE, la droite extrême au pouvoir ne pouvant ainsi en faire « son » héros.

La voix musicale d’une conscience de gauche en Grèce

Si Mikis a été reconnu comme un grand compositeur de musique de chambre ou symphonique, ce qui va faire de lui le musicien enthousiasmant ses auditoires en Grèce et dans le monde. (Souvenir impérissable de ses concerts enflammés en France au début des années 70 !), c’est son talent unique de lier les musiques populaires redécouvertes – en particulier le rébétiko, « blues grec » des banlieues populaires et maudit jusqu’à Mikis – aux textes des plus grands poètes grecs contemporains, faisant chanter par toutes les générations les poèmes d’amour et de résistance des Ritsos, Séféris et autres Anagnostakis.

Alors, si Mikis peut être retenu comme une grande figure de la gauche, c’est avant tout pour son œuvre musicale, la force et l’espoir qui s’en dégagent et permettent de résister dans les pires périodes.

Le mot de la fin ? Vendredi, face aux flics les chargeant sauvagement, les étudiantEs en manif contre la casse de l’université ont entonné « Lorsqu’ils serrent les poings », célèbre poème de Ritsos mis en musique par Mikis !

 Athènes Vendredi 10 septembre 2021

https://lanticapitaliste.org/

Lire aussi:

Mikis Théodorakis : Génie musical et militant indomptable

Lire la suite

09 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

ssp

En finir avec la barbarie de la « guerre contre le terrorisme »

Il est des télescopages de calendrier qui dépassent le simple symbole et semblent cristalliser toute une période historique à l’échelle mondiale. Ainsi, et à quelques jours de distance seulement, le retrait calamiteux de l’armée US d’Afghanistan, le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 et l’ouverture, en France, du procès fleuve des attentats du 13 novembre 2015, apparaissent comme un concentré de bien des phénomènes — et bien des drames — qui ont cours depuis deux décennies.

Deux décennies de guerre et de chaos

Le bilan des 20 ans de la « guerre contre le terrorisme » est aussi catastrophique que ses conséquences sont incommensurables. Et la leçon, connue depuis le début mais désormais indéniable par le fait du temps, est cuisante : la guerre n’apporte pas la démocratie, ni le bonheur des peuples, et le recours à la force brutale et la violence militaire ne fait qu’engendrer toujours plus de violences et de chaos.

On trouvera difficilement une facette de la vie (inter)nationale de cette planète qui n’ait pas été, à un titre ou un autre, largement déterminée par la « guerre contre le terrorisme » depuis 20 ans :

une interminable guerre en Afghanistan, sanctionnée par un retour des Talibans au pouvoir ;

un chaos absolu et inédit dans la zone irako-syrienne, culminant dans l’effondrement de l’Irak et l’émergence du monstre Daech ;

des dépenses militaires qui se comptent en milliers de milliards de dollars, pour le plus grand bonheur des complexes militaro-industriels ;

l’instrumentalisation jusqu’à l’absurde de la rhétorique anti-terroriste à des fins internes et externes par la quasi-totalité des régimes du globe, niant progressivement toute forme d’opposition politique légitime ; 

le développement de la société de surveillance et sa militarisation à coup d’état d’urgence devenu norme quotidienne, en réalité destinée à mater toute résistance sociale contre le néo-libéralisme décadent ;

l’avènement de l’islamophobie comme nouvelle forme dominante du racisme et ciment du suprématisme blanc par delà des différences nationales ;

la recrudescence en boomerang d’attentats dans les pays « occidentaux », commis avant tout par des jeunes des pays concernés, symptôme d’un désespoir et d’une marginalisation extrêmes, dont les racines sont à trouver dans des décennies de racisme structurel…

Leurs guerres, nos morts

« Leurs guerres, nos morts », avions-nous affirmé lors des attentats du 13 Novembre, parce que nous n’étions pas de ceux qui refusaient de faire le lien entre ces attentats et les politiques racistes, coloniales et impérialistes de la France et de ses alliés. 

Des politiques menées au nom de prétentions civilisationnelles, synonymes de guerres, de misère, de chaos, et véritable carburant pour les groupes jihadistes, au premier rang desquels, à l’époque, le sinistre « État islamique ».

Six ans plus tard, nous navons rien oublié, et nous ne céderons pas plus aujourdhui que nous navions alors cédé aux sirènes du chauvinisme, de « l’union nationale » et de la fuite en avant liberticide et islamophobe.

Le procès des attentats perpétrés par des fanatiques de Daech est donc l’occasion tout à la fois de rappeler notre soutien aux familles et aux proches des victimes, ainsi qu’aux survivantEs traumatisés, mais aussi de réitérer notre refus de dédouaner la France et ses dirigeants de leurs responsabilités dans la tragédie du 13 Novembre et dans les futures tragédies qui pourraient survenir. 

À l’heure où les infâmes talibans sont revenus au pouvoir à Kaboul avec la complicité des USA, démonstration éclatante du cynisme des artisans de la « guerre contre le terrorisme » et des dangers que celle-ci continue de faire peser sur les peuples, nous le réaffirmons, a fortiori à l’aune d’une crise climatique qui renforce encore notre conviction :

les politiques racistes et impérialistes n’ont apporté, aux quatre coins du monde, que davantage de guerres, d’oppression, de misère, de discriminations et de violences. Plus que jamais : écosocialisme ou barbarie !

Mercredi 8 septembre 2021

https://lanticapitaliste.org/

Lire la suite

31 août 2021 ~ 0 Commentaire

kaboul lannion

liban1

Rassemblement devant la mairie de Lannion

Mercredi 1er septembre à 18 h

SOUTIEN AU PEUPLE AFGHAN

Appel au gouvernement pour une régularisation des sans papier

et pour une accélération des demandes de regroupements familiaux

Appel aux mairies pour un accueil d’afghans fuyant leur pays

Le CSSP (collectif de soutien aux sans-papiers), CSMG (Collectif de soutien aux migrants du Goëlo), Amnesty International, A Gevred Amañ, Les gens heureux, ont décidé d’organiser un rassemblement mercredi 1 septembre à 18 h devant la mairie de Lannion.

Alors que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan, des milliers de personnes tentent de fuir le pays. Face à cette tragédie, la France doit apporter des réponses urgentes et dignes de ses engagements internationaux en protégeant la population civile. Malheureusement la France a mis un  terme au plan d’évacuation des ressortissants français et de certains collaborateurs afghans et de leurs familles depuis vendredi dernier.

Le bilan des années au pouvoir des talibans en Afghanistan est connu et désastreux. Malgré les déclarations récentes de leurs chefs, on peut craindre le pire pour les populations civiles, c’est-à-dire des violations très graves et systématiques des droits humains, notamment des châtiments cruels, inhumains et dégradants liés à l’application de la charia, et une épuration brutale de tous ceux et de toutes celles soupçonnés de ne pas adhérer à leur idéologie.

Selon Cécile Coudriou, la présidente d’Amnesty France, « il ne faut pas croire les discours actuels des talibans qui se présentent sous un visage moins brutal qu’auparavant ».

Il y a donc urgence absolue.

Nous attendons du président Macron qu’il s’engage à ce que la France et l’Europe sauvent le plus de vies possible parmi les personnes aujourd’hui directement menacées : toutes celles qui seront immanquablement soupçonnées d’avoir « collaboré » avec l’Occident, comme les interprètes, mais aussi des défenseurs des droits humains, des journalistes, des universitaires, des femmes qui ont pris des responsabilités, des personnels du monde de la culture et des personnes LGBTI+.

Plus que jamais, la politique d’accueil de la France et de l’Europe doit être digne de leurs engagements en matière de droits humains.

Nous demandons :

· D’accueillir immédiatement, par des voies sûres, un important contingent d’Afghans menacés, en facilitant la délivrance de visas et le regroupement familial et en créant de nouvelles structures d’accueil.

· De réexaminer les décisions de renvoi vers l’Afghanistan et de régulariser la situation des Afghans ; 9 000 afghans ont reçu depuis 2015 une OQTF (obligation de quitter le territoire)

· d’accélérer les demandes de regroupements familiaux qui sont en attente depuis des mois voire des années et d’en permettre de nouvelles.

· 3 500 dossiers de demandes d’asile d’Afghans sont en attente, dont 1500 depuis plus de deux ans. Depuis novembre 2020, la CNDA (cour nationale du droit d’asile) a durci sa position et de nombreux afghans sont déboutés. Nous ne voulons pas que sous le prétexte que le conflit armé est terminé, les Afghans se voient refuser la demande d’asile.

Appel aux mairies du Trégor et du Goëlo

Nous demandons aux mairies du Trégor et du Goëlo d’accueillir des réfugiés Afghans ainsi que leur famille, comme cela a été fait lors du démantèlement de la « jungle » de Calais.

Lire la suite

30 août 2021 ~ 0 Commentaire

traité (reporterre)

Lire aussi:

TRAITÉ DE NON-PROLIFÉRATION DES COMBUSTIBLES FOSSILES

Charbon, gaz et pétrole : bientôt un traité de non-prolifération ?

Lire la suite

30 août 2021 ~ 0 Commentaire

vaccins (université d’été npa)

Lire la suite

28 août 2021 ~ 0 Commentaire

schutzbund (jacobin)

Schutzbund-1930

D’anciens membres du Schutzbund autrichien, l’aile paramilitaire du parti social-démocrate autrichien, figurent parmi les personnes remises aux nazis par le NKVD.

Staline a remis des centaines de communistes à Hitler

Dans les années 1930, de nombreux communistes et socialistes d’Allemagne et d’Autriche ont cherché refuge en URSS pour échapper aux nazis. Mais dans une trahison choquante, la police secrète soviétique a livré des centaines d’entre eux à la Gestapo d’Hitler.

La constitution soviétique de 1936 accordait « le droit d’asile aux citoyens étrangers persécutés pour avoir défendu les intérêts des travailleurs ». Mais les autorités soviétiques ont honteusement rompu cette promesse lorsqu’elles ont traité des centaines d’exilés allemands et autrichiens, les livrant aux nazis à partir de la fin des années 30. Parmi les victimes figuraient des révolutionnaires chevronnés, des communistes juifs et des antifascistes militants.

L’une des déportées était la communiste allemande Margarete Buber-Neumann. Ses mémoires, publiées en 1949 en anglais sous le titre Under Two Dictators : Prisonnière de Staline et d’Hitler, est probablement le récit le plus connu de l’une des déportées. Buber-Neumann décrit le moment où les autorités soviétiques l’ont transférée sous la garde des nazis avec vingt-neuf autres personnes :

Le train s’est enfin arrêté, et pour la dernière fois, nous avons entendu le cri familier : « Préparez-vous. Avec les affaires. » Les portes du compartiment ont été déverrouillées… Une gare se trouvait un peu plus loin. Nous pouvions juste voir le nom sur un poste d’aiguillage voisin : Brest-Litovsk.

Buber-Neumann se souvient ensuite d’avoir vu un groupe d’hommes de la police secrète soviétique – le NKVD, encore souvent désigné par son ancien nom de GPU – traverser le pont vers le territoire allemand et revenir après un certain temps : « Il y avait des officiers SS avec eux. Le commandant SS et le chef de la GPU se sont salués. » Le commandant soviétique a commencé à lire les noms des prisonniers :

L’un d’eux était un émigré juif de Hongrie, un autre était un jeune ouvrier de Dresde, qui avait été mêlé à un affrontement avec des nazis en 1933, à la suite duquel un nazi avait été tué. Il avait réussi à s’échapper en Russie soviétique. Lors du procès, les autres avaient rejeté toute la responsabilité sur lui, le sachant, ou plutôt le pensant, en sécurité en Union soviétique. Son sort était certain.

Chercher un refuge contre Hitler

Née en 1901, Buber-Neumann avait rejoint le mouvement de jeunesse communiste allemand en 1921 et le parti principal, le KPD, cinq ans plus tard. À partir de 1928, elle a travaillé pour le journal de l’Internationale communiste, Inprekorr. Elle y rencontre Heinz Neumann, un membre de la direction du KPD, et tous deux deviennent partenaires. Après la prise du pouvoir par les nazis à Berlin, ils se réfugient tous deux en Union soviétique. « Les purges lancées par Staline à la fin des années 1930 ont fait de l’URSS un lieu de danger mortel pour les communistes allemands. »

Mais les purges lancées par Josef Staline à la fin des années 1930 ont fait de l’URSS un lieu de danger mortel pour les communistes allemands. Le NKVD a arrêté Heinz Neumann sous de fausses accusations d’espionnage et l’a exécuté le 26 novembre 1937. Ils emprisonnèrent également Margarete Buber-Neumann et finirent par la déporter en 1940 vers l’Allemagne nazie.

Plusieurs groupes différents de citoyens allemands vivaient en Union soviétique à l’époque. Certains y étaient venus pour travailler. Beaucoup, dans cette catégorie, avaient des sympathies communistes mais n’étaient pas nécessairement membres du parti. Il y avait ensuite les exilés politiques, les communistes et autres antifascistes, y compris les Autrichiens qui étaient officiellement devenus des citoyens allemands après l’annexion de l’Autriche par les nazis en 1938. D’autres avaient acquis la citoyenneté soviétique.

Les informations sur le sort de ces personnes sont dispersées dans de multiples archives, dont certaines sont encore inaccessibles aux chercheurs. Il est donc difficile de savoir avec certitude combien de personnes ont subi le même sort que Buber-Neumann. Une estimation prudente est que plus de six cents ont été déportées ou expulsées.

Le sort de Franz Koritschoner

Parmi les exilés envoyés dans l’Allemagne nazie figuraient des vétérans du mouvement communiste tels que Franz Koritschoner. Né en Autriche-Hongrie en 1892, ce jeune socialiste juif s’était opposé au soutien à l’effort de guerre des partis sociaux-démocrates après 1914. En 1916, Koritschoner rencontre Vladimir Lénine lors de la conférence de Kienthal, un rassemblement de socialistes révolutionnaires contre la guerre.

Koritschoner joue ensuite un rôle de premier plan dans les grèves et les protestations austro-hongroises de janvier 1918. La même année, il rejoint le tout nouveau Parti communiste d’Autriche (KPÖ). Koritschoner rédige le journal du KPÖ et traduit des ouvrages de Lénine, qui s’adresse à lui comme à un « ami cher ». De 1918 à 1924, Koritschoner est membre du comité central du KPÖ.

À la fin des années 1920, il se rend en Union soviétique pour travailler pour l’Internationale rouge des syndicats (Profintern), avant de rejoindre le Parti communiste de l’Union soviétique en 1930. Le NKVD a arrêté Koritschoner en 1936, l’accusant d’être un contre-révolutionnaire. Les autorités soviétiques ont décidé de le remettre à la Gestapo en avril 1941.

« Le NKVD a arrêté Franz Koritschoner en 1936, l’accusant d’être un contre-révolutionnaire. Les autorités soviétiques ont décidé de le remettre à la Gestapo en avril 1941. »

Nous en savons un peu plus sur les dernières semaines de la vie de Koritschoner car il a partagé une cellule avec Hans Landauer, un membre des Brigades internationales qui a survécu à la guerre. Selon Landauer, Koritschoner était un personnage très affaibli, portant les cicatrices des tortures qu’il avait subies aux mains du NKVD et de la Gestapo. Il n’avait plus de dents, disant à Landauer qu’il les avait perdues à cause du scorbut dans un camp de travail du Grand Nord soviétique. Le 7 juin 1941, les nazis ont envoyé Koritschoner à Auschwitz, où il a été tué deux jours plus tard.

La trahison des Schutzbündler

Les purges qui ont balayé l’Union soviétique sous le règne de Staline ont touché des cercles de personnes de plus en plus larges. Les anciens membres du Schutzbund autrichien, ou Ligue de défense républicaine, l’aile paramilitaire du parti social-démocrate autrichien, en sont les victimes.

Le 4 mars 1933, le chancelier autrichien, Engelbert Dollfuß, suspend le parlement et inaugure un régime fasciste. En février 1934, les membres du Schutzbund prennent les armes contre le nouveau système, mais ils ne font pas le poids face à l’armement lourd de l’armée gouvernementale. Environ deux cents d’entre eux perdent la vie dans les combats ou sont exécutés sommairement.

« De nombreux membres du Schutzbund autrichien, déçus par le manque de militantisme de la social-démocratie face au fascisme, rejoignent le parti communiste. Quelques années plus tard, leur passé social-démocrate fait d’eux une cible de persécution. »

Le mouvement communiste célèbre la résistance du Schutzbund, et l’Union soviétique leur offre l’asile. De nombreux membres du Schutzbund, déçus par le manque de militantisme de la social-démocratie face au fascisme, rejoignent le parti communiste. Quelque 750 Schutzbündler s’exilent en URSS.

Cependant, quelques années plus tard, leur passé social-démocrate fait d’eux la cible de persécutions. Si environ la moitié d’entre eux quittent l’Union soviétique, la plupart des autres Schutzbündler sont victimes des purges. Le NKVD a déporté beaucoup de ceux qui ont survécu vers l’Allemagne nazie.

Un groupe de vingt-cinq déportés transférés en décembre 1939 comprenait dix Schutzbündler. L’un d’entre eux était Georg Bogner. Il avait combattu lors du soulèvement de février 1934 dans sa ville natale d’Attnang-Puchheim avant de fuir en Union soviétique. La police secrète soviétique a arrêté Bogner en 1938. Fin décembre 1939, il était détenu par le service de renseignement allemand, le Sicherheitsdienst, à Varsovie. On ignore ce qu’il est devenu par la suite.

Avant le Pacte

En août 1939, l’Union soviétique a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne nazie. Une semaine plus tard, la Wehrmacht envahit la Pologne. Peu après, les forces soviétiques attaquent le pays par l’Est. Avant la fin des combats, les deux gouvernements ont conclu le « traité d’amitié et de frontière germano-soviétique » en septembre de la même année.

L’accord va au-delà d’une promesse mutuelle de non-agression : les parties s’engagent à ne pas soutenir une coalition dirigée contre l’autre et à échanger des informations « concernant des intérêts mutuels ». Des protocoles secrets sont également ajoutés aux traités, en vertu desquels Moscou et Berlin se partagent le territoire des États baltes et de la Pologne. L’Union soviétique ne reconnaîtra officiellement l’existence de ces protocoles qu’en 1989.

L’impulsion derrière les déportations était principalement interne au système soviétique. Les purges de Staline avaient commencé par s’attaquer à un groupe de personnes bien défini : les communistes considérés comme des soutiens potentiels de l’opposition. Au fil du temps, le recours à la torture et à d’autres formes de pression pour contraindre les suspects à donner des noms s’est combiné à une atmosphère généralisée de paranoïa et de méfiance et à l’impératif bureaucratique des quotas d’arrestation pour élargir inexorablement le nombre de cibles.

Fantasmes et fabrications

Les accusations contre les traîtres et les espions présumés sont de plus en plus étranges. Un ancien dirigeant de l’aile paramilitaire du KPD, le Roter Frontkämpferbund, est censé avoir organisé une organisation terroriste « trotskiste-fasciste ». Les responsables soviétiques ont même accusé les enfants de communistes exilés de former une Jeunesse hitlérienne clandestine.

En règle générale, les communistes étrangers comme Heinz Neumann sont accusés d’être à la solde de leur « pays d’origine » respectif. Staline a dissous le parti communiste polonais en 1938 et a fait exécuter ou envoyer au goulag ses membres, les accusant de travailler simultanément comme agents du gouvernement de Varsovie et de Léon Trotsky.

Comme l’a souligné l’historien Hermann Weber, sur les quarante-trois principaux dirigeants du KPD, plus nombreux sont ceux qui sont morts sous la garde de la police secrète soviétique que ceux qui ont été tués par les nazis. Des centaines d’exilés allemands ont été exécutés sur-le-champ, tandis que de nombreux autres sont morts dans des camps de prisonniers.
« Sur les 43 hauts dirigeants du KPD, plus nombreux sont ceux qui sont morts en détention par la police secrète soviétique que ceux qui ont été tués par les nazis. Des centaines d’exilés allemands ont été exécutés sur-le-champ, tandis que de nombreux autres sont morts dans des camps de prisonniers. »

Né en 1887, Hugo Eberlein était un membre fondateur du KPD. Il avait remplacé Rosa Luxemburg comme représentant du parti au congrès fondateur de l’Internationale communiste en 1919. Eberlein est arrivé en Union soviétique en 1936, mais il a été arrêté l’année suivante pour avoir prétendument mené des « activités terroristes » au nom des nazis.

Une lettre adressée à sa femme, retrouvée plus tard dans les archives du NKVD, décrit son calvaire : il est contraint de rester debout pendant les interrogatoires « pendant dix jours et dix nuits sans pause », n’a pas la possibilité de dormir et ne reçoit pratiquement aucune nourriture. Les gardes ont battu Eberlein sans relâche : « Sur mon dos, il n’y avait plus de peau, seulement de la chair nue. Pendant des semaines, je n’ai pas pu entendre d’une oreille et un œil est resté aveugle pendant des semaines. » Le NKVD l’a finalement tué le 16 octobre 1941.

Victimes d’une chasse aux sorcières

Buber-Neumann, Fabisch, Bogner, Eberlein et bien d’autres ont été victimes d’une chasse aux sorcières. Leur sort final dépendait de décisions bureaucratiques arbitraires. Dans plusieurs centaines de cas, les autorités soviétiques ont choisi de laisser les nazis s’occuper des victimes plutôt que de le faire eux-mêmes.

Les nazis ont envoyé Margarete Buber-Neumann au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. En avril 1945, alors que le régime s’effondre, elle est libérée. Craignant d’être à nouveau arrêtée par des fonctionnaires soviétiques alors que l’Armée rouge avançait, Buber-Neumann a parcouru 150 kilomètres vers l’ouest, où les troupes américaines constituaient la principale force d’occupation.

Buber-Neumann est morte en 1989, quelques semaines avant la chute du mur de Berlin. Elle était devenue une conservatrice de droite, arguant que sa propre expérience montrait que le fascisme et le communisme étaient des idéologies d’une criminalité similaire.

Si les socialistes veulent contrer de tels arguments aujourd’hui, nous ne pouvons ignorer ces histoires de cas honteux. Notre propre conception du socialisme devrait tenir ses promesses et avoir la dignité humaine au cœur de ses préoccupations. Nous ne devons rien de moins aux victimes.

Alex de Jong 08.22.2021

https://jacobinmag.com/

Lire aussi:

Republikanischer Schutzbund

Commentaire:

Hitler 1933, Paris et Autriche 1934, ont poussé des jeunes à rejoindre les PS. En Espagne, l’UGT a préparé l’insurrection des Asturies avec la CNT quand les PC parlaient de « social-fascisme » pire que le fascisme.

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin