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28 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

hindous (socialist worker)

cpi inde

Qui est responsable de la violence de l’Hindutva en GB?

Les nationalistes hindous de droite ont longtemps terrorisé les musulmans en Inde, et aujourd’hui, leur politique empoisonnée se manifeste dans les rues de Grande-Bretagne. Mais, écrit Yuri Prasad, cela n’aurait pas pu se produire sans l’encouragement du gouvernement tory et la complicité de la droite travailliste.

Comment la politique chauvine de l’Hindutva est-elle apparue dans les rues de Leicester ?

Un nouveau poison est entré dans le sang de certains des centres-villes les plus multiculturels de Grande-Bretagne. Il peut provoquer la haine et la division – et peut même tuer. Nous l’avons vu à l’œuvre lors de troubles récents à Leicester et dans la banlieue de Birmingham.

Il porte de nombreux noms, mais en Inde, d’où il est originaire, il est connu sous le nom d’Hindutva. Il s’agit d’une forme de nationalisme qui proclame la supériorité des hindous sur tous les autres en Inde.

Les adeptes de l’Hindutva insistent sur le fait que l’Inde est aujourd’hui, et a toujours été, une nation exclusivement hindoue. Mais, disent-ils, ce rêve a été continuellement frustré par les envahisseurs et les interférences étrangères.

Le champion de cette idéologie est aujourd’hui le premier ministre indien de droite dure, Narendra Modi, et son parti, le BJP. Dans l’ombre, on trouve des groupes fascistes tels que le RSS, une organisation paramilitaire de rue.

Modi et ses nombreux partisans voient des ennemis de l’Inde partout, de ceux qui s’élèvent contre l’oppression des castes aux femmes qui demandent justice pour les victimes de crimes sexuels. Mais pour ceux qui sont infectés par l’Hindutva, il n’y a pas de pire ennemi que les musulmans.

Historiquement, les musulmans sont accusés d’avoir envahi et occupé l’Inde sous l’empire moghol qui s’est étendu du 16e au 19e siècle. Aujourd’hui, on dit d’eux qu’ils sont « l’ennemi intérieur » et qu’ils travaillent à saper la nation sur l’ordre de l’ennemi juré de l’Inde, le Pakistan.

Cette idée empoisonnée s’est récemment rendue en Grande-Bretagne grâce à la technologie moderne. La télévision indienne par satellite bombarde les téléspectateurs du monde entier de bile chauvine.

Et même de nombreux groupes familiaux indiens sur Whatsapp sont contaminés par des histoires abjectes sur les méchants musulmans et les gloires des défenseurs hindous de l’Inde. Mais cela n’aurait pas suffi pour que l’Hindutva s’implante ici.

Elle a été aidée par l’État britannique et sa politique ouverte d’islamophobie – et par l’assentiment des partis conservateur et travailliste. L’Hindutva en Grande-Bretagne est une mutation qui mélange la politique réactionnaire indienne avec la haine anti-musulmane propre à la Grande-Bretagne.

Riaz Khan est un éducateur et un activiste communautaire de Leicester. Célèbre comme l’auteur de Memoirs of an Asian Football Casual, il connaît bien la ville et ses habitants.

Il a expliqué au Socialist Worker comment les hindous de droite étaient à l’origine des troubles récents dans la ville des East Midlands.  « Les tensions entre les jeunes hindous et musulmans de Leicester durent depuis environ quatre mois », a-t-il déclaré.

« Mais elle a atteint un tournant au début du mois lorsqu’une bande d’environ 25 personnes a attaqué un jeune musulman et l’a battu. Avant cela, il y avait eu toutes sortes d’événements – des personnes intimidant des foyers musulmans et refusant de se disperser. Pendant tout ce temps, la police n’a pratiquement rien fait ».

Riaz affirme que, malgré la montée de la colère, lui et d’autres personnes ont réussi à calmer les jeunes musulmans qui voulaient réagir aux provocations.  « Mais il y a ensuite eu la marche des hindous de droite de la semaine dernière », dit-il.

« Ils étaient quelques centaines à défiler de Loughborough Road à Green Lane Road. Au moment où ils sont arrivés à North Evington, ils étaient masqués et scandaient des slogans anti-musulmans.

« Et pendant toute la durée de cette marche de 3,5 km, qui était totalement illégale, la police n’a rien fait. Six officiers marchaient aux côtés des marcheurs, mais plus tard, des officiers de police de haut rang ont affirmé qu’ils n’étaient au courant de rien.

« Si cela avait été des supporters de l’équipe nationale qui défilaient lors d’un match de football à Leicester, la police aurait été présente par centaines. Au lieu de cela, les policiers ont laissé la marche se poursuivre. »

Lorsqu’il est arrivé dans le quartier à majorité musulmane de North Evington, Riaz raconte qu’une quarantaine d’hommes, principalement musulmans, sont descendus dans la rue pour protéger leur localité. Un petit nombre d’hindous locaux les ont rejoints, affirmant que les marcheurs ne les représentaient pas.

« Nous devons nous demander pourquoi cela se produit maintenant », a déclaré Riaz. « Lorsque la mosquée Babri en Inde a été détruite par des foules hindoues en 1992, rien ne s’est passé à Leicester. Lorsque les émeutes anti-musulmanes du Gujarat ont eu lieu en 2002, rien ne s’est produit à Leicester.

« Mais en 2022, la droite hindoue en Grande-Bretagne s’est sentie enhardie. C’est parce qu’ils ont maintenant des partisans, notamment les politiciens conservateurs Priti Patel et Rishi Sunak, de leur côté. »

Le parti conservateur a joué un rôle crucial pour l’Hindutva en Grande-Bretagne. En tant que premier ministre, Boris Johnson a invité cette année Modi en Grande-Bretagne pour une visite d’État.

Modi avait jusqu’en 2012 été interdit pour son rôle dans les émeutes du Gujarat. L’ancienne ministre de l’intérieur Priti Patel appelle Modi « notre cher ami » et déclare que les Tories et le BJP sont des « partis frères ».

Mais les dirigeants du parti laissent le travail vraiment sale de diffusion de l’Hindutva à des députés d’arrière-ban comme Bob Blackman. En 2017, il a invité le défunt et très emprisonné Tapan Ghosh à s’exprimer au Parlement.

Activiste vicieusement anti-musulman du Bengale occidental, Ghosh et son groupe ont été impliqués dans des attaques physiques contre des opposants. Les réactionnaires britanniques de l’Hindutva n’étaient que trop heureux de leur rendre la pareille.

Lors des élections générales de 2019, l’association Overseas Friends of the BJP UK a affirmé avoir mené une campagne de vote Tory dans 48 sièges marginaux à fort électorat hindou. « Nous avons une équipe dans chaque circonscription qui fait le tour avec le candidat conservateur pour distribuer des tracts, parler aux gens et les persuader de voter conservateur », a déclaré Kuldeep Singh Shekhawat au journal Times of India.

Un certain nombre de temples hindous sont allés plus loin, invitant des orateurs racistes, dont parfois le nazi britannique Tommy Robinson, à s’adresser aux fidèles. Le prix de cette agitation est déjà payé à Leicester et Smethwick, mais pourrait bientôt se propager plus loin.

Néanmoins, Riaz a bon espoir que les connexions organiques entre jeunes hindous et musul-mans puissent faire tomber les tensions. « Le problème ne sera pas résolu par les « anciens de la communauté » qui, en ce moment, sont assis autour d’un thé et de biscuits entre eux », a-t-il déclaré.

« Mais la solution pourrait venir des jeunes eux-mêmes. Les enfants hindous, musulmans et sikhs grandissent ensemble ici. Ils vont à l’école et au collège ensemble et se rendent les uns chez les autres.

« Pour l’instant, beaucoup de gens ont trop peur pour s’exprimer, mais nous devons trouver un moyen de faire passer la communication. Personnellement, je veux simplement que les choses redeviennent ce qu’elles étaient. Je préfère de loin l’époque où nous nous sommes tous unis pour combattre les fascistes du Front national dans les rues à ce qui se passe maintenant. »

Au sein du parti travailliste de Leicester, si vous contestez la politique d’un conseiller hindou, vous êtes accusé de racisme  » – Un membre du parti travailliste de la ville.

Ce n’est pas seulement au sein du parti Tory que les chauvins hindous contribuent à définir l’agenda. Ils sont également profondément ancrés dans le parti travailliste, et nulle part ailleurs autant qu’à Leicester.

Tirant les leçons de la façon dont les partisans de droite d’Israël se sont mobilisés contre le leadership de Jeremy Corbyn, ils prétendent que toute réaction négative au gouvernement indien est un racisme anti-hindou. À la veille de l’élection générale de 2019, six conseillers travaillistes ont publié une lettre adressée au leader de l’époque. Ils y affirmaient que le parti avait traité la communauté hindoue britannique avec « dédain et manque de respect ».

Ils y dénonçaient la conférence du Labour qui avait adopté une motion sur le Cachemire. Cette motion condamne le gouvernement indien pour sa répression dans le territoire contesté et demande que des observateurs internationaux soient autorisés à surveiller la situation.

Lorsqu’il est devenu évident que la droite travailliste et les nationalistes hindous se mobilisaient tous deux autour de cette question, Corbyn a fait marche arrière à tort, et le Labour a changé de position.

Désormais, le parti a déclaré que le Cachemire était une « question interne » pour les gouvernements indien et pakistanais. Mais, tout comme pour l’antisémitisme, ce repli n’a fait qu’alimenter l’appétit des chauvins.

Beaucoup d’affaires sales sont conclues derrière des portes fermées. Les dirigeants locaux veulent faire en sorte que les différentes communautés religieuses s’équilibrent.

Alan est un membre travailliste de gauche de longue date dans la circonscription de Leicester East. Il a déclaré au Socialist Worker que le parti est un « nid de vipères ».

« L’abandon de la position sur le Cachemire était terrible, et cela vient de moi en tant que partisan de Corbyn », a-t-il déclaré. « Cela a donné à la droite ici la chance qu’elle recherchait.

« Les conseillers qui ont signé cette lettre sont des partisans ouverts de Modi et du BJP. Certains d’entre eux ont même soutenu Trump et l’interprétation la plus droitière du Brexit. Comment ils sont autorisés dans le parti, et encore moins à des postes d’autorité, je ne le sais tout simplement pas. »

La logique du parti est imprégnée de communautarisme, a déclaré Alan. « Beaucoup d’affaires sales se font derrière des portes closes. Les dirigeants locaux veulent faire en sorte que les différentes communautés religieuses s’équilibrent », dit-il.

« Ils permettent aux zones musulmanes d’élire des conseillers musulmans, et de même pour les zones hindoues. C’est censé apaiser tout le monde.

« Mais cela permet à des travaillistes médiocres et de droite, issus d’un groupe ethnique particulier, de remporter des postes importants, ce qui légitime ensuite leur politique. C’est ainsi que les partisans de droite du BJP ont construit leur base ici. »

Alan affirme qu’une main de fer sur les réunions du parti signifie qu’il y a peu de place pour la dissidence, et que les plaintes auprès de la machine du parti sont inutiles.  « Si vous contestez la politique d’un conseiller hindou, vous êtes accusé de racisme », dit Alan.

« Cela signifie que le communalisme n’est pas remis en question, malgré la menace qu’il représente pour le parti et le mouvement syndical. » La tragédie, selon Alan, est qu’aucune des divisions religieuses actuelles n’est inévitable.

« Beaucoup de gens ici, issus de milieux différents – hindous, musulmans et blancs – se connaissent depuis longtemps. La plupart des Asiatiques qui sont venus d’Ouganda à Leicester en 1972, et ceux qui ont suivi, ont grandi ici ensemble. Ils ont dû affronter les mêmes batailles ensemble.

« Mais ce calme a été brisé par la politique indienne. Dans le passé, la plupart des hindous d’ici auraient soutenu le Parti du Congrès indien avec sa politique apparemment laïque.

« Aujourd’hui, ils pensent que Modi est bon et qu’il a fait de l’Inde une superpuissance. Cela doit changer la nature de leur relation avec leurs voisins musulmans, n’est-ce pas ? ».

Comme Riaz, Alan pense qu’il peut y avoir une solution, mais qu’elle doit venir d’en bas.  « Le conseil municipal ne peut rien faire car il est enfermé dans ce système sectaire », dit-il. « Mais j’espère que les batailles sur les salaires et le coût de la vie vont rapprocher les gens.

« Nous avons besoin d’unité dans l’action pour nos moyens de subsistance. Mais nous devons prendre les divisions qui existent à bras le corps sans éluder la question de la droite hindoue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Labour ».

Yuri Prasad Saturday 24 September 2022

https://socialistworker.co.uk/

Lire aussi:

Leicester: the global spread of the Indian far right

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

chine (lutte ouvrière)

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L’État chinois et la bourgeoisie chinoise aujourd’hui

Aujourd’hui, alors que l’importance du marché s’est considérablement accrue, l’État a conservé une très forte participation dans l’économie, en contrôlant les plus grandes entreprises, notamment les 117 dites stratégiques de la SASAC, (l’agence chargée de la supervision des entreprises publiques), en contrôlant les banques et les marchés financiers, en pilotant la montée en puissance des nouveaux secteurs comme l’aéronautique.

De ce point de vue, il ne se distingue pas des États occidentaux. Comme eux, il défend les intérêts généraux de sa classe dominante. C’est ainsi l’État chinois qui a relancé l’économie chinoise et mondiale en 2008, en investissant dans les infrastructures et l’immobilier. C’est lui qui garantit aujourd’hui que la crise immobilière ne se transforme pas en déroute complète.

L’État chinois protège aussi la classe dominante des réactions des travailleurs, dont l’exploitation s’est bien aggravée en 30 ans, et des paysans, régulièrement spoliés de leurs terres que les autorités locales revendent aux promoteurs immobiliers.

Enfin, tout en se faisant l’intermédiaire des capitalistes occidentaux, l’État chinois protège de l’impérialisme les intérêts de sa classe dominante.

Ainsi, c’est l’État qui cherche des marchés à l’exportation, comme les « nouvelles routes de la soie », pour tenter de sortir l’économie chinoise de ses limites internes.

C’est l’État qui pilote les entreprises sur les Bourses occidentales afin que les plus grandes ou les plus précieuses ne lui échappent pas. Mais depuis que les capitalistes occidentaux ont choisi dans les années 1990 et 2000 d’investir en Chine, c’est aussi l’État chinois qui leur garantit leurs profits en leur permettant d’exploiter une classe ouvrière faite maintenant de centaines de millions de travailleurs qu’il faut tenir en respect.

Les capitalistes chinois profitent eux aussi de ces investissements occidentaux, en se plaçant comme sous-traitants ou fournisseurs, ou en acquérant des compétences et des technologies nouvelles.

La classe dominante chinoise doit donc tout à l’État. Elle en est consciente et, si elle l’oubliait, les dirigeants comme Xi Jinping se chargent de le lui rappeler régulièrement. C’est pourquoi les clans au pouvoir peuvent se permettre de mettre un Jack Ma ou une Whitney Duan sous séquestre, de sacrifier de temps en temps un Bo Xilai au nom de la lutte contre la corruption, ou d’imposer une politique particulière à telle ou telle entreprise, à tel ou tel secteur.

L’État chinois est un État bourgeois qui a réussi à développer une économie et une bourgeoisie chinoises dans un environnement impérialiste.

Une telle réussite ne se comprend que parce que l’État s’est mis au service de l’impérialisme, en lui offrant une partie de son marché et de ses travailleurs, et parce que l’État a lui-même dirigé l’économie à une époque où le capitalisme occidental était, et demeure, embourbé dans une crise sans fin et où les bas salaires chinois étaient une opportunité.

Les tensions permanentes mais grandissantes entre la Chine et les États-Unis sont là pour rappeler les limites de ce que tolère l’impérialisme dans l’émergence d’une puissance concurrente.

Quant au développement de la Chine, il reste tout relatif.

Il ne concerne que les zones côtières et les grandes villes, excluant les campagnes où des centaines de millions de personnes vivent toujours dans des conditions arriérées.

Il est aussi relatif si on adopte un point de vue global.

Le retour de la bourgeoisie des pays impérialistes en Chine pour exploiter une main-d’œuvre sous-payée, et qui a pris le relais des investissements de la diaspora chinoise au début des années 2000, s’est fait au détriment des économies occidentales.

Leurs capitaux se sont localisés là où c’était le plus profitable, accélérant le ralentissement des vieilles économies capitalistes.

Reste de ce processus l’émergence d’une classe ouvrière maintenant forte de plusieurs centaines de millions de membres, une classe ouvrière qui n’aura pas d’autre choix que de se battre pour ses propres intérêts et de renouer avec les idées révolutionnaires.

 23 juin 2022

https://mensuel.lutte-ouvriere.org/

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

gasteiz 1976 (ballast)

espagne

Les drapeaux des nationalités pendant la guerre

Se souvenir du massacre de Vitoria-Gazteiz

En Espagne, si l’année 1975 est marquée par la mort du dictateur Franco, le régime autoritaire et répressif franquiste ne s’éteint pas avec lui. Jusqu’aux premières élections législatives, en 1977, les manifestations se multiplient dans le pays.
L’une d’elles se tient le 3 mars 1976 à Vitoria-Gasteiz, au Pays Basque. L’intervention de la police conduit à un massacre : cinq manifestants sont tués par balle, une centaine blessés. Depuis, le souvenir de l’événement fait l’objet d’un combat permanent. L’auteur du présent texte revient sur l’histoire récente d’un processus mémoriel qui, dans l’Espagne contemporaine, doit composer avec le déni des crimes perpétrés sous le régime franquiste.  Par Arnaud Dolidier

3 mars 1976. 18 000 personnes sont en grève à Vitoria-Gasteiz au Pays Basque. 80 usines sont fermées ou occupées par les travailleurs. Après la tenue de plusieurs assemblées dans ces dernières, des manifestations partent de façon simultanée des différents quartiers ouvriers de la ville. 12 000 personnes arrivent devant l’église San Francisco où une assemblée est prévue à 17 heures.

Parmi elles, 5 000 parviennent à rentrer dans l’édifice tandis que les 7 000 autres restent aux alentours, bloquées par la police qui encercle l’église. Elle procède à son évacuation en jetant des gaz lacrymogènes à l’intérieur, ce qui provoque la panique des grévistes qui se ruent hors du bâtiment. La police, comme en témoigne les enregistrements de leurs communications radio1 se sent acculée et menacée.

Au moment où les grévistes sortent de l’édifice, elle tire à balles réelles, provoquant une centaine de blessés, dont vingt graves, et la mort de cinq personnes. Deux jours plus tard, environ 70 000 travailleurs assistent aux funérailles des ouvriers tués. Puis le lundi 8 mars, une grève générale réunit 600 000 personnes dans la rue pour exiger la dissolution des corps de police armée et un procès pour les responsables du massacre du 3 mars. Ce jours-là, deux autres personnes meurent sous les balles.

1er juin 2021. Le roi d’Espagne Felipe VI et le chef du gouvernement Pedro Sánchez inaugurent à Vitoria-Gasteiz le Centre-mémorial des victimes du terrorisme. Il s’agit d’un musée dont l’accès est gratuit, où le public peut s’informer et rendre hommage aux 1 453 victimes du terrorisme comptabilisées depuis 1960, date de l’assassinat d’une enfant, Begoña Uñoz, par le DRIL2 jusqu’aux deux reporters espagnols David Beriain et Roberto Fraile, exécutés par Al-Qaeda en avril dernier. Si le mémorial englobe l’ensemble des actions terroristes des dernières décennies — de l’attentat de l’Hypercor par l’ETA le 19 juin 1987 en passant par celui de la gare d’Atocha de Madrid le 11 mars 2004 — il n’intègre pas les victimes de la répression franquiste et notamment celles du franquisme tardif, c’est-à-dire celles situées entre le 20 novembre 1975, date de la mort du dictateur, et juin 1977, moment des premières élections législatives depuis 1936. Bien qu’un nouveau régime mémoriel se soit consolidé durant les années 2000, accompagné de nouveaux termes comme « violations des droits de l’homme », « impunité », « crimes contre l’humanité », pour caractériser le passé franquiste, ce dernier n’est pas considéré comme un régime politique dont l’appareil répressif pourrait être qualifié de terrorisme d’État. Les victimes de la violence d’État franquiste, et notamment du second franquisme (1960–1977), ne sont donc pas reconnues officiellement comme telles.

Le pacte de silence érigé pendant la période dite de transition démocratique — un pacte d’oubli autant que d’amnésie —, scellé par la loi d’amnistie d’octobre 19773, a permis la libération des prisonniers politiques, mais a également garanti l’impunité aux criminels franquistes4.

La légitimité de cette loi a été remise en question par le mouvement citoyen de « récupération de la mémoire historique » qui a abouti en 2007 à la loi dite de « mémoire historique ». Cependant, le texte comporte de nombreux écueils. Si la loi de 2007 condamne officiellement le franquisme et déclare illégitimes les sentences prononcées par la dictature franquiste, elle ne les annule pas et n’affirme pas l’illégalité des tribunaux franquistes5.

Faisant face à ces manquements, les associations mémorielles se sont tournées vers la justice internationale pour les combattre. Elles ont aussi construit des instruments de lutte au service de la vérité, de la justice et de la réparation6.

Dans leur sillage, d’autres acteurs, comme l’association des victimes du massacre du 3 mars 1976, ont également entrepris des recours devant les tribunaux tout en déployant d’autres ressources afin d’être reconnus par l’État comme victimes du terrorisme et demander justice. Cette mobilisation s’articule à la volonté de combattre l’oubli de l’événement, un oubli qui s’explique en partie parce que la transition apparait, aujourd’hui encore, comme une période mythifiée, fondée sur un imaginaire politique où le processus de démocratisation aurait été pacifique et modérée. Pourtant, les travaux scientifiques de ces dernières années ont montré qu’après la mort du dictateur, le régime a employé la violence et la terreur pour mettre un terme aux mobilisations populaires d’une ampleur inédite, comme cela fut le cas à Vitoria7

(Extrait)

21 septembre 2022
Note:
Gasteiz est la capitale de l’Alava, une communauté basque avec le Guipuzcoa (San Sebastian-Donosti), la Biskaia (Bilbao). La Navarre ( Pampelune-Iruña) est à part.

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

labour (the guardian)

labour

Les délégués travaillistes chantent l’hymne national à la conférence pour la première fois.

Keir Starmer ouvre la conférence du parti en rendant hommage à la reine et en chantant le God Save the King.

Keir Starmer a dirigé les membres du Labour dans des hommages à la Reine et une interprétation de l’hymne national – la première fois que l’hymne a été chanté à la conférence du parti.

Malgré les avertissements selon lesquels le chant serait susceptible d’attirer des protestations et des chahuts, le discours et l’hymne sont passés sans aucune protestation de la part des membres du parti, un moment qui, selon une source travailliste, est un grand signifiant de « la façon dont le parti a changé ».

M. Starmer a ouvert la conférence à Liverpool sous une bannière à l’effigie de la Reine, avec des Union Jacks de part et d’autre de la scène, et il a fait l’éloge de la Reine comme étant « le plus grand monarque de ce grand pays ».

Il a déclaré que la fin de son règne de 70 ans était l’occasion de rappeler le chemin parcouru par le pays depuis son accession au trône. « Un rappel que notre combat générationnel contre le mal du fascisme et l’émergence d’une nouvelle Grande-Bretagne sur les décombres de la seconde guerre mondiale n’appartiennent pas seulement au passé mais sont l’héritage de chacun d’entre nous », a-t-il déclaré.

« Alors que nous entrons dans une nouvelle ère, engageons-nous à honorer la mémoire de la défunte reine. Levons le col et faisons face à la tempête, gardons vivant l’esprit de service public qu’elle incarnait et laissons-le nous conduire vers un avenir meilleur. »

Les délégués ont observé une minute de silence avant de chanter le God Save the King. M. Starmer a été rejoint sur scène par son adjointe, Angela Rayner, et la présidente du parti, Anneliese Dodds.

Le chant de l’hymne national à la conférence du parti travailliste est « très étrange », selon Jeremy Corbyn – L’ancien leader travailliste Jeremy Corbyn avait critiqué la décision de chanter l’hymne national lors de la conférence du parti, estimant qu’il n’y avait pas de précédent.

Dans une interview accordée à la BBC, Jeremy Corbyn a déclaré qu’il était « très, très étrange » qu’une conférence du parti travailliste chante God Save the King. Il a déclaré : « Ils ne l’ont jamais fait auparavant, il n’y a jamais eu de demande en ce sens… En tant que pays, nous n’avons pas l’habitude de chanter l’hymne national à chaque événement auquel nous assistons.

« Nous ne le chantons pas dans les écoles, nous n’avons pas le lever du drapeau comme ils le font aux États-Unis et dans d’autres endroits. Nous ne sommes pas ce genre de, ce que j’appellerais, nationalistes à l’excès. »

Dim 25 Sep 2022

https://www.theguardian.com/

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

réunification (fr3)

reunification

A Saint-Nazaire, manifestation pour une Bretagne réunifiée

La manifestation pour la réunification de la Bretagne a regroupé 500 personnes à Sain-Nazaire

Sur le port de Saint-Nazaire, les militants de l’association « Bretagne Réunie » et du Parti Breton ont rassemblé plus de 500 manifestants pour la réunification de la Bretagne. Ils espèrent la tenue prochaine d’une consultation sur les 5 départements

Après Redon l’année passée, les partisans de la Bretagne réunifiée se sont donnés rendez-vous à Saint-Nazaire pour marcher sous un même mot d’ordre : « la Loire-Atlantique dans la Bretagne ».

Rassemblement festif et politique

Le quartier du petit-Maroc, au bord de l’estuaire de la Loire, a pris des accents bretons cet après-midi. Stands bretons, bière bretonne et galettes saucisses au programme, de quoi occuper les manifestants en attendant les soutiens partis des Côtes d’Armor, du Finistère, du Morbihan et d’Ille-et-Vilaine. Les militants de « Bretagne Réunie » résidants en Loire-Atlantique étaient également présents avec des bretons de Nantes, de Pornic, du Pays de Retz, du Pays de la Mée (nord 44).

Le cortège de plus de 500 personnes s’est mis en marche aux couleurs du Gwen ha du et des sonneurs. Pancartes, banderoles, couvre chefs et autres badges, tout allait dans un seul sens : « le 44 en Bretagne »..

105 000 signatures pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne

L’association a déjà réuni 105 000 signatures en faveur du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne et les responsables de « Bretagne Réunie » soutenus par le Parti Breton réclament une consultation à réaliser dans un cadre législatif avec un groupe de parlementaires trans-partisans. Selon l’association qui ne veut pas voir ce débat se banaliser : « on ne touche pas à l’identité d’une population sur un territoire donné ».

Le député des Côtes d’Armor Marc Le Fur, pourtant annoncé, n’était pas présent. Seule la vice-présidente de Nantes Métropole Aziliz Gouez a pris part à cette journée d’action. Elle appuie : « Le Pays nantais est un territoire breton depuis plus de 1 000 ans. Il correspond à l’actuel département de la Loire-Atlantique. » 

L’association se dit « contre la disparition programmée de la Bretagne dans un Grand Ouest totalement artificiel et inefficace ».

Pour le Parti Breton, également partie prenante de la manifestation il faut « obliger les partis politiques et les élus à se positionner et à s’engager sur la question. »

24/09/2022
Sarra Ben Chérifa, Elodie Soulard et Christophe François

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25 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

ukraine (le huff’)

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Guerre en Ukraine : des Tatars de Crimée aux opposants politiques, la mobilisation russe ne frappe pas au hasard

Des manifestants, parfois encore étudiants, ont reçu une convocation après leur interpellation pour manifestation contre la mobilisation des réservistes.

La guerre ou la prison pour se débarrasser des contestataires et des membres de minorités. Vladimir Poutine a annoncé cette semaine la mobilisation partielle des réservistes pour aller combattre en Ukraine et, face à la fuite à l’étranger de nombreux Russes, signé ce samedi 24 septembre des amendements prévoyant jusqu’à 10 ans de prison pour les militaires qui désertent ou refusent de combattre.

L’ordre de mobilisation concerne 300 000 personnes, le Kremlin comme le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, ayant assuré qu’aucun étudiant ne serait appelé et que les forces russes privilégieraient les réservistes ayant des compétences précises ou une expérience militaire. Mais dans les faits, les personnes appelées sont parfois loin de correspondre à ce profil.

« Demain tu pars à la guerre »

Selon l’ONG russe OVD-Info, plusieurs participants à des actions de protestation contre la mobilisation, notamment à Moscou, auraient reçu des « convocations au bureau d’enregis-trement et d’enrôlement militaire » à l’issue de leur détention. C’est ce qui est notamment arrivé à Mikhaïl, un musicien de 29 ans. Quelques heures après que Vladimir Poutine a annoncé mercredi la mobilisation de 300 000 hommes et femmes, il est allé protester sur l’avenue Arbat. Comme quelque 1 300 autres personnes à travers le pays, ce jour-là, il a été arrêté.

« Je m’attendais aux [procédures] habituelles : l’arrestation, le poste de police, le tribunal », raconte le jeune homme, joint jeudi au téléphone par l’AFP. « Mais s’entendre dire : ’Demain tu pars à la guerre’, (…) ça, c’était une surprise. » Il est loin d’être le seul à avoir vécu cette expérience. Après avoir été interpellé à ce sujet par un journaliste, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a jugé qu’il n’y avait là rien d’« illégal ».

Mikhaïl Souetine raconte qu’après son arrestation, les policiers l’ont conduit dans une pièce à part où ils ont voulu lui faire signer une convocation à se rendre dans un centre de mobilisation de l’armée. « « Soit tu signes ça, soit tu passeras dix ans prison » », l’ont-ils menacé, assure cet opposant à l’offensive.

Mikhaïl Souetine a refusé de signer la convocation, sur les conseils de son avocat. Et comme les amendements relatifs à la mobilisation n’étaient pas encore entrés en vigueur, il a été remis en liberté jeudi à 5h du matin. Cependant, les policiers l’ont prévenu que le puissant Comité d’enquête de Russie, chargé des investigations criminelles les plus importantes, serait informé de son refus et qu’il allait au-devant de « gros problèmes ».

18 ans, étudiant et mobilisé pour la guerre

Parmi les manifestants se trouvaient aussi des étudiants, dont certains ont aussi été convoqués, contrairement aux affirmations du régime de Poutine. Andreï, qui a fêté ses 18 ans la semaine dernière, était lui aussi allé manifester mercredi à Moscou. Il a été arrêté et s’est vu lui aussi présenter une convocation pour être mobilisé. Mais contrairement à Mikhaïl Souetine, l’adolescent a signé sous la « menace » le document, dont l’AFP a pu examiner une copie.

« C’était clair que je ne pouvais pas m’enfuir (…) J’ai regardé autour de moi et j’ai décidé de ne pas résister », dit-il. « Malheureusement, j’ai signé. » Pourtant, Andreï vient de commencer ses études à l’université. « Comme on dit ici, la Russie est un pays où l’ordre du possible est infini », remarque amèrement l’intéressé. Andreï, qui cherche encore un avocat, a finalement décidé de ne pas se rendre au bureau de mobilisation à l’heure dite, 10h jeudi. Et il ne sait pas quelles seront les conséquences.

Le peuple tatar ciblé par Poutine

Autre preuve que Vladimir Poutine se sert de la mobilisation pour se débarrasser de ceux qu’il estime gênant : le taux de Tatars de Crimée ayant reçu une convocation. Selon l’ONG SOS Crimée, citée par Franceinfo, la mobilisation générale vise très largement des membres cette minorité dans la région annexée par la Russie depuis 2014.

Selon eux, 90 % des ordres de mobilisation en Crimée ont été reçus par des Tatars, alors qu’ils ne représentent pas plus de 15 % de la population. « Une telle ampleur de la mobilisation peut conduire à un génocide caché du peuple tatar de Crimée », a dénoncé leur représentant, Yevgeny Yaroshenko.

Vendredi soir, dans son allocution quotidienne, Volodymyr Zelensky a lui aussi affirmé qu’en Crimée, « il y a des tentatives pour trouver et mobiliser autant d’hommes que possible », notamment parmi la minorité tatare. Il s’est ainsi adressé « à tous nos habitants dans le territoire temporairement occupé » pour les appeler à « faire l’essentiel » : « Sauvez vos vies et aidez-nous à affaiblir et à détruire les occupants. Cachez-vous de la mobilisation russe par tous les moyens. Évitez les lettres de conscription. Essayez de vous rendre sur le territoire libre de l’Ukraine », leur a-t-il dit.

Si échapper à l’enrôlement est impossible, « sabotez toute activité de l’ennemi, entravez toute opération russe, fournissez-nous toute information importante sur les occupants ».

Des preuves difficiles à recueillir

Mais les Tatars de Crimée ne sont pas la seule minorité concernée, même si les preuves sont difficiles à recueillir. « L’appel tombe le plus durement sur les communautés déjà les plus durement touchées par la guerre, en particulier les minorités ethniques », pointe le chercheur britannique Sam Green sur Twitter.

Le spécialiste souligne en particulier le cas des habitants du Daghestan, dans le Caucase, ou encore de la minorité iakoute en Sibérie. Le média d’opposition en langue russe et anglaise Meduza relate pour sa part la mobilisation accrue des réservistes en Bouriatie, région très pauvre à l’extrémité orientale de la Sibérie.

« Le racisme et le classisme font partie du processus. Les guerres sont presque toujours menées par les exclus, les marginalisés et les pauvres au nom des puissants — et la Russie ne fait pas exception à cet égard », souligne Sam Green.

OLGA MALTSEVA

https://www.huffingtonpost.fr/

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22 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

diplo (essf)

pari unique

Trop c’est trop : Les silences choquants du « Diplo »

Depuis quelques années, « Le Monde diplomatique » manifeste parfois une certaine complaisance vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine. Comme si le mensuel retombait dans un « campisme » typîque des années 1950.

Sauf que la guerre froide est terminée depuis trente ans : le monde d’aujourd’hui voit s’affronter plusieurs impérialismes – l’américain, le plus puissant, mais aussi le russe, le chinois, sans oublier les puissances régionales telles qu’Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Inde, etc. Il serait absurde de prendre parti pour l’un contre les autres…

C’est ce qui choque à la lecture de l’article de Serge Halimi et Pierre Rimbert, publié en dernière page du numéro de septembre sous le titre « Voluptueux bourrage de crâne ». Il s’agit d’un pamphlet contre la seule propagande ukrainienne et son relais par les médias occidentaux, et notamment français.

En revanche, les auteurs ne consacrent, sous leur propre plume, pas une ligne, pas un mot de ce brûlot à Poutine, à sa décision d’envahir la Russie, aux crimes de guerre et contre l’Humanité que son armée y commet en série, ni à… sa propagande.

Bref, la critique – évidemment légitime – du biais des médias sert contraste avec le silence – non moins évidemment illégitime – sur la politique belliciste de Moscou.

Mes deux confrères accrochent ironiquement leur texte : « Le président Volodymyr Zelensky, interrogent-ils, est-il aussi rédacteur en chef des médias occidentaux ? » Arrivé à la fin de leur article, (https://www.monde-diplomatique.fr/2022/09/HALIMI/65016?var_ajax_redir=1) on serait plutôt tenté, quitte à user du même humour qu’eux, de se demander : “Le président Vladimir Poutine est-il aussi directeur du “Monde diplomatique” ?”

Trêve de plaisanterie. Cette étrange article incite à poser à nouveau une question de fond : oui ou non, les crimes de guerre et contre l’Humanité doivent-ils être dénoncés, quels qu’en soient les auteurs ?

À moins que Serge Halimi et Pierre Rimbert pensent que les civils bombardés, les innocents torturés, les prisonniers castrés au couteau et les femmes violées par des groupes de soldats ivres – autant d’horreurs dénoncées par les organisations internationales, y compris Amnesty qu’ils citent quand ça leur convient – relèvent de la propagande ? L’adjectif “voluptueux” est en tout cas malvenu…


Dominique Vidal lundi 19 septembre 2022

https://www.europe-solidaire.org/

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22 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

grenades (reporterre)

militarisme1

Grenades lacrymogènes, LBD : une usine veut produire plus de poudre

Dans le Finistère, une usine de fabrication d’armes souhaite augmenter sa production de poudre. Un projet qui aurait des conséquences négatives sur l’eau et la qualité de l’air.

C’est une forteresse installée au cœur du parc régional d’Armorique. À Pont-de-Buis-lès-Quimerc’h, dans le Finistère, sur un site de 100 hectares, l’usine Nobel Sport fabrique de la poudre pour munitions à usages multiples, allant de la cartouche pour fusil de chasse à des équipements pour les forces de police, comme des grenades lacrymogènes et des munitions de lanceurs de balles de défense. Depuis le 26 août et pour quelques jours encore, une enquête publique est ouverte dans cette commune de 3 600 habitants. L’objectif de cette demande est d’obtenir l’autorisation d’augmenter de 25 % sa production. Mais au-delà de l’aspect éthique, cette croissance n’est pas sans conséquences sur l’environnement.

Ces dernières années, l’usine s’est retrouvée à plusieurs reprises dans le collimateur des mouvements sociaux. Ce fut le cas lors du mouvement de protestation contre les expulsions sur la zad de Notre-Dame-des-Landes en 2013 ou lors du mouvement des Gilets jaunes en 2019. Mais, à en croire l’avis d’autorités compétentes, le fabricant de munitions pourrait aussi attirer l’attention du public en raison des répercussions environnementales de l’usine sur une zone déjà fortement fragilisée.

Autrefois poudrerie nationale, l’entreprise envisage de produire 3 100 tonnes de poudre par an, contre 2 500 tonnes à l’heure actuelle. Cependant, le projet est fortement dépendant de la ressource en eau en raison d’un important système de refroidissement nécessaire à la sécurité du site. Les chiffres présentés dans l’étude d’impact donnent le vertige : actuellement, c’est jusqu’à 3 500 m³/j d’eau qui peuvent être théoriquement consommés sur le site. « En pratique on est plutôt sur une moyenne de 2 000 m³/j », tempère de son côté Arnaud Joissains, directeur sécurité et sûreté evironnement de l’entreprise.

Un avis défavorable

Bien qu’indispensable pour la sécurité du site, cette quantité d’eau prélevée dans la rivière toute proche, la Douffine, a interpellé l’Autorité environnementale. En effet, l’été 2022 a montré que la Bretagne n’était plus épargnée par les problèmes d’accès à l’eau et il semblerait que la question n’ait pas été anticipée par le porteur du projet. « Le dossier n’indique pas les mesures qui sont prises si le débit du cours d’eau n’est pas suffisant [...]. De plus, la possibilité d’une augmentation de la récurrence des faibles débits de la rivière, dans le contexte du changement climatique, n’est pas prise en compte dans le projet », indiquent les auteurs du rapport de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE).

Située en amont d’une zone Natura 2000, l’eau utilisée est en partie rejetée dans la Douffine ; ce qui explique qu’une forte teneur en DPA (diphenylamine) a été constatée de 2016 à 2020. Cette substance chimique considérée très toxique est utilisée comme stabilisant pour la fabrication de la poudre. Sommée par la préfecture du Finistère de changer la donne, la poudrerie a depuis réalisé des travaux pour limiter la présence de certains solvants. Le projet prévoit néanmoins une hausse des rejets en sulfates dans l’eau, sans que les conséquences éventuelles sur la vie aquatique ne soient détaillées.

Fait rarissime, ces différents éléments ont conduit la commission locale de l’eau (CLE) à donner un avis défavorable au projet. Composé d’élus et d’associations d’usagers, l’organisme a mis en lumière l’incompatibilité du projet avec les objectifs de protection de l’eau et du littoral.

Zones d’ombre sur la qualité de l’air

La qualité de l’air est aussi questionnée par l’Autorité environnementale. Là encore, malgré certains investissements récents, des zones d’ombre persistent. Le site utilise chaque année 2 534 tonnes de solvants et 90 % d’entre eux sont recyclés. Il reste néanmoins sur le site des déchets pyrotechniques « qui ne disposent pas de filière de traitement. Ils sont stockés et brûlés sur place », affirme le porteur du projet. Des opérations régulières qui ne sont pas sans conséquences sur la qualité de l’air et le voisinage.

Parmi les très rares observations déposées à l’heure actuelle pour l’enquête publique, on peut en effet lire ce témoignage d’un habitant de la commune : « Je viens d’acheter un terrain à Pont-de-Buis pour m’y installer. Sur le terrain je mets un masque, car les fumées des feux à l’air libre, quasi journaliers, me font mal à la tête. » S’appuyant sur des données chiffrées, la MRAE émet elle aussi des réserves : « Les quantités de COV émis  [1] restent relativement importantes. Toutes les solutions possibles pour diminuer ces émissions devraient donc être examinées. »

Quelle sera la prise en compte de ces arguments face au poids économique d’un des plus importants acteurs du secteur ?

Réponse dans quelques semaines. En attendant, l’enquête publique est ouverte jusqu’au 26 septembre. Pour y participer, il est possible d’envoyer un mail avec ses observations à cette adresse :

accueil-mairie@pontdebuislesquimerch.fr.

Kristen Falc’hon 22 septembre 2022

https://reporterre.net/

 

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21 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

billets d’avion (jdd)

vlad

L’appel à la mobilisation de Poutine a entraîné une ruée sur les billets d’avion pour quitter la Russie

Vladimir Poutine a annoncé une mobilisation partielle pour renforcer ses troupes. De quoi provoquer une ruée sur les billets d’avion pour quitter la Russie. Les prochains vols vers les pays les plus proches sont pour la plupart déjà complets.

Vladimir Poutine s’est adressé à son peuple mercredi matin dans une allocution d’une dizaine de minutes diffusée à la télévision. Si le chef d’État s’en est violemment pris à l’Occident – en menaçant notamment d’avoir recours à l’arme nucléaire -, le président russe a également annoncé avoir signé un décret pour une « mobilisation militaire partielle » dès mercredi en Russie , afin de renforcer son armée. Cette mobilisation concerne dans un premier temps 300 000 réservistes. Mais le ministère russe de la Défense a estimé que 25 millions de Russes seraient mobilisables.

Les vols en avion pris d’assaut

Peu de temps après l’annonce de Vladimir Poutine, une pétition a été lancée sur le site change.org, rassemblant quelque 160 000 signatures en quelques heures. Mais les habitants ont surtout été nombreux à se ruer vers les sites des compagnies aériennes pour essayer de quitter la Russie dans les plus brefs délais, indique l’AFP. L’outil statistique Google Trends a enregistré que les mots « billets » et « avion » ont deux fois plus fait partie des recherches sur Google ce matin, depuis l’allocution de Vladimir Poutine.

Le terme « quitter la Russie » a été tapé 100 fois plus dans la barre de recherche dans la matinée qu’habituellement. Ce serait dans la région de Belgorod, proche de la frontière nord-est de l’Ukraine et visée à plusieurs reprises par des frappes ukrainiennes depuis le début de la guerre, que les recherches auraient été le plus faites.

Les billets vers les destinations les plus proches de la Russie, comme l’Arménie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan, ont été pris d’assaut et seraient déjà tous complets pour la journée de mercredi, relate l’AFP. Les vols de Turkish Airlines en direction d’Istanbul sont déjà tous complets jusqu’à samedi. Du côté de AirSerbia, pour rejoindre Belgrade, le prochain vol avec des places disponibles n’est prévu qu’en début de semaine prochaine.

La demande de vols internes, vers des destinations proches des frontières, a aussi fortement augmenté, ainsi que son prix. Un trajet en avion de Moscou à Vladikavkaz, dans le sud de la Russie, ne coûte au départ que 70 dollars contre 750 dollars actuellement. Dès le début de la guerre menée contre l’Ukraine, des dizaines de milliers de Russes avaient choisi de quitter leur pays.

  21 septembre 2022 Marianne Lecach

https://www.lejdd.fr/

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17 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

shoah (jdd)

shoah

Mémoire de la Shoah

Un sondage montre que l’école continue de jouer son rôle

En dépit des contenus haineux sur Internet, le travail des professeurs préserve la connaissance du génocide des Juifs : 86 % des jeunes ont ainsi « entendu parler » de l’Holocauste, d’après notre étude Ifop pour le JDD. Mais des signaux inquiétants perdurent.

L’école conserve un rôle fondamental, et efficace, dans la transmission de la mémoire du génocide juif. Même si certains signaux témoignent d’une inquiétante dégradation. C’est ce que met en évidence notre sondage Ifop sur « le regard des jeunes sur la Shoah » pour le JDD et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), réalisé à l’occasion de la Cérémonie du souvenir en mémoire des déportés et des victimes, dimanche.

86 % des jeunes ont ainsi « entendu parler » de l’Holocauste – à titre de comparaison, ils sont 71 % à avoir entendu parler du génocide des Arméniens de 1915 et 1916, et 49 % de celui des Tutsis au Rwanda en 1994. Chez les collégiens, lycéens et étudiants, le total monte même à 93 %. « Bravo aux professeurs, se félicite Samuel Lejoyeux, président de l’UEJF. Le travail fait par l’Éducation nationale et les associations mémorielles porte vraiment ses fruits. »

Il en va de même des différents aspects de l’assassinat systématique des Juifs par les nazis, puisque 92 % des jeunes connaissent les chambres à gaz ; 88 % le camp d’Auschwitz-Birkenau ; et 72 % la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, dont le 80e anniversaire a été commémoré cet été : c’est 4 points de plus qu’il y a deux ans. Concernant la Shoah par balles, 61 % des jeunes la connaissent. Une progression de 3 points en deux ans, fruit des travaux des historiens, ces dernières années.

10 % y voient « un drame parmi d’autres de cette guerre »

De même, quoique moins popularisés par la littérature ou le cinéma, les « Justes », ces citoyens qui ont sauvé des Juifs traqués pendant l’Occupation, sont connus par une majorité (53 %) de jeunes.

Même si, dans le détail, seuls 19 % peuvent en donner la définition exacte. La perception du nombre de personnes assassinées se révèle plus approximative : la majorité des jeunes (54 %) estiment qu’ils furent moins de 5 millions. « La Shoah demeure un objet historique bien identifié, malgré des lacunes », analyse Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop. De fait, 83 % des jeunes ont d’abord acquis leur bagage culturel sur le génocide par l’école, contre 29 % par des films, livres, documentaires ou fictions ; 14 % par le biais d’Internet, autant par des musées ou des expositions ; et 12 % par la transmission familiale.

Le constat se révèle plus problématique dès lors qu’on se penche sur les représentations associées au génocide. Certes, 80 % des jeunes estiment qu’il s’agit d’« un crime monstrueux ». Mais 10 % le considèrent « comme un drame parmi d’autres de cette guerre qui a fait beaucoup de victimes », 3 % « comme une exagération » et seulement 1 % « comme une invention, tout cela n’a jamais existé ». Soit près d’un jeune sur six qui tend à relativiser le caractère unique de ce crime.

De même, 89 % des jeunes considèrent qu’« il est important d’enseigner la Shoah aux jeunes générations afin d’éviter que cela ne se reproduise ». Mais seuls 69 % d’entre eux disent que c’est un « crime qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’humanité », « ce qui veut dire qu’un jeune sur trois est sur une logique de relativisation », commente ­Frédéric Dabi.

De même, un jeune sur trois, soit 34 %, estime qu’elle est « trop abordée dans les programmes scolaires au détriment d’autres évènements tels que la guerre d’Algérie ou la traite négrière ». Et 56 % des jeunes sont d’accord avec l’assertion selon laquelle « la Shoah est utilisée par l’État d’Israël pour justifier sa politique vis-à-vis des Palestiniens ». Ils sont même 59 % à le considérer chez les partisans de la majorité présidentielle, 67 % chez ceux de La France insoumise et 80 % chez les musulmans.

Après les polémiques suscitées pendant la campagne présidentielle par les propos d’Éric Zemmour, et en dépit de la récente mise en valeur du rôle des autorités françaises dans la rafle du Vel d’Hiv, 33 % des jeunes estiment que « la France n’a pas à s’excuser de son attitude durant la Shoah ».

Ils sont 42 % des sympathisants du Rassemblement national (RN) à le considérer. D’ailleurs, 17 % des jeunes sont d’accord avec l’affirmation d’Éric Zemmour selon laquelle « Philippe Pétain avait sauvé, pendant l’occupation, les Juifs français en livrant les Juifs étrangers aux nazis », quand 41 % s’y opposent (42 % ne se prononcent pas). Pour 21 % des jeunes, soit un sur cinq, la Shoah est un « évènement daté dont l’enseignement ne devrait plus être une priorité ». Et 33 % considèrent que « la commémoration de la Shoah empêche l’expression de la mémoire d’autres drames de l’histoire ».

« Blagues et plaisanteries »

75 % des jeunes, contre 79 % deux ans plus tôt, affirment que l’enseignement de la Shoah en classe d’histoire s’est déroulé de manière satisfaisante. Mais, interrogés sur les comportements observés à cette occasion, 35 % évoquent des « blagues et des plaisanteries » ; 20 %, l’expression de critiques concernant « la place trop importante » accordée à ce sujet par rapport à d’autres ; 18 %, la remise en cause de certains aspects du génocide (existence des chambres à gaz, nombre de victimes) ; et 14 %, le refus, par un ou plusieurs élèves, de voir la Shoah enseignée.

Ils sont même 11 % à mentionner le fait que le professeur d’histoire ne puisse plus enseigner la Shoah. « Cela souligne le rôle central de l’école, qui n’empêche pourtant pas des incidents et une petite dégradation », diagnostique Frédéric Dabi.

Quant à l’exposition à des contenus antisémites ou révisionnistes, 32 % des jeunes, soit plus d’un sur trois, ont déjà « lu ou visionné des articles et vidéos remettant en cause l’existence de la Shoah ».

Enfin, concernant le parallèle établi dans les manifestations, pendant la crise du Covid, entre la situation des Juifs pendant la dernière guerre mondiale et celle des non vaccinés, 22 % des jeunes le trouvent justifié – et même 35 % des sympathisants RN et 37 % des LFI.

Et 27 % ne trouvent pas choquant le fait que des manifestants anti-passe portent des étoiles jaunes. Soit un jeune sur quatre. « C’est inquiétant, mais cela reste minoritaire, estime Samuel Lejoyeux. Bien que ces parallèles ignobles aient pu être diffusés par le médias, les jeunes prennent beaucoup de recul. » À l’heure de la disparition des derniers témoins, la mémoire demeure un perpétuel combat.

Cette année, un hommage sera rendu aux Justes parmi les nations, porté notamment par la voix de leurs enfants et petits-enfants et par Nathalie Saint-Cricq, Philippe Labro, Pierre-François Veil, Claire Chazal, Rachel Khan… Ce dimanche à 10h45, en direct sur France 2.

Sondage Ifop pour l’Union des étudiants juifs de France et le JDD, réalisé les 7 et 13 septembre 2022 auprès d’un échantillon représentatif de 802 personnes âgées de 15 à 24 ans. Les interviews ont eu lieu par questionnaire autoadministré en ligne. La marge d’erreur est située entre 1,5 et 3,5 points.

17 septembre 2022 David Revault d’Allonnes

https://www.lejdd.fr/

Commentaire:

Il va de soit, pour nous, qu’Israel se sert de la Shoah dans son combat contre les palestiniens!

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