Archive | Antiimpérialisme

13 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

inde (essf)

cpi inde

Inde : la gauche est en difficulté

Des mouvements paysans organisant la marche de dizaines de milliers d’agriculteurs sur plusieurs jours, aux mobilisations de centaines de milliers de Dalits dénonçant les discrimina-tions dont ils sont victimes, en passant par les mouvements contre les déplacements de popu-lation liés à la construction de grands barrages hydroélectriques, le paysage indien des luttes sociales se distingue par sa diversité et son énergie. Ces mobilisations autour de causes précises essaiment à travers le pays.

Pourtant, dans un pays qui abrite plus du tiers des pauvres de la planète, ce dynamisme des mouvements sociaux ne signifie pas que la gauche est forte. Ni ces luttes, ni les mobilisations syndicales et partisanes ne parviennent à peser suffisamment pour conquérir une meilleure protection juridique des travailleurs, l’accès universel à des services publics: éducation, santé,  une meilleure redistribution de la valeur ajoutée. En écho aux interrogations de Werner Sombart sur l’absence de socialisme aux États-Unis, on peut s’interroger sur les raisons de cette faiblesse de la gauche dans le sous-continent.

Une gauche forte après l’Indépendance

Au moment de l’indépendance, en 1947, localiser la gauche sur la scène politique indienne était relativement simple. On la trouvait pour partie au sein même du Congrès national indien (CNI), parti-parapluie dont le courant socialiste s’émancipa progressivement. Nehru, qui fut premier ministre jusqu’en 1964, ne cessa jamais de clamer son attachement à cette famille politique, tout comme sa fille Indira Gandhi.

À l’extérieur du Congrès, la gauche était représentée par le Parti Communiste Indien (CPI), en proie au factionnalisme depuis sa naissance dans les années 1920. Mais dès 1957, le CPI remporte les élections régionales dans le petit État côtier du Kérala et en 1967, devenu CPI (M),  il émerge comme un parti majeur à l’autre bout du sous-continent, au Bengale occidental.

Dans cet État, la même année, des ouvriers agricoles du district de Naxalbari s’emparent des terres pour une distribution plus équitable. Le projet politique de ceux qu’on appellera bientôt les naxalites est maoïste : il s’agit de mettre fin, par les armes, au « système parlementaire fraudu-leux, semi-colonial et semi-féodal » pour le remplacer par une « dictature démocratique populaire ».

Les assassinats politiques se multiplient à Calcutta où l’on assiste, années 1970, à l’instauration d’une spirale de violence entre le « terrorisme urbain » des insurgés et sa répression impitoyable par la police et par l’armée. Le mouvement naxalite passe alors dans la clandestinité et se déplace vers les régions du centre de l’Inde, où il survivra jusqu’à une nouvelle phase de développement dans les années 2000.

Quant au CPI (M), après quelques années d’hésitation, il fait le choix du réformisme et de la démocratie parlementaire. Il remporte les élections en 1977 et va dès lors gouverner sans partage le Bengale occidental, au sein d’un Front de Gauche dont les plus grands succès seront une réforme agraire et une pratique de la décentralisation.

Au Kérala, où le Front de Gauche alterne au pouvoir avec une coalition dominée par le Congrès, la principale victoire du CPI (M) est le haut niveau de développement humain de cet État, qui doit beaucoup au maillage associatif serré de la société kéralaise du fait d’une forte tradition de mobilisation, tirée par les partis politiques et les syndicats mais aussi par les organisations religieuses, de caste et autres ONG.

La lente fragmentation idéologique de la gauche indienne

Situer la gauche sur l’échiquier politique indien devient beaucoup plus compliqué à partir des années 1980. Le BJP, parti de la droite nationaliste hindoue, s’impose progressivement comme l’autre parti pan-indien, à côté du Congrès.

D’autre part, apparaissent des partis dits « régionaux » à la politique limitée au périmètre régional. La compétition politique atteint alors un niveau inédit, puisqu’il devient de plus en plus difficile de gouverner dans les États, puis au Centre, sans ces partis. La « politique identitaire », renvoie au phénomène de mobilisation autour des identités de région, de caste et de religion.

Pour autant, plusieurs d’entre eux se réclament de penseurs politiques qui sont clairement, de gauche. Ces partis s’éloignent cependant bien vite de leur inspiration plus ou moins réformiste dans leur pratique du pouvoir.

Même si tous affirment vouloir lutter contre la pauvreté, ce sont les identités de caste ou de culture qu’ils mettent en avant. La caste s’est en effet révélée d’une redoutable efficacité sur le plan électoral. Aujourd’hui tous les partis politiques s’emploient à mobiliser certaines castes pour gagner les élections.

Au début du 21è siècle, seuls les naxalites placent encore la lutte des classes au centre de leur projet et de leur action.

Le mouvement maoïste consolide alors sa présence dans les régions tribales du centre de l’Inde, où il défend les droits de ceux que l’on appelle adivasis (indigènes) sur des forêts très convoitées par l’industrie minière car leur sous-sol est parmi les plus riches du pays.

On parle d’un « couloir rouge » qui couvrirait un tiers des districts du pays, au point qu’en 2009 le ministre de l’Intérieur du gouvernement central (dirigé par le Congrès) considère le mouve-ment comme la « principale menace à la sécurité nationale », et attribue aux maoïstes le statut d’organisation terroriste, avant de déployer l’armée, à l’appui des milices locales, dans les régions concernées.

L’une des raisons pour lesquelles les forces de gauche ont tant de mal à faire entendre leurs revendications tient aussi à la faiblesse structurelle du syndicalisme, qui n’est jamais parvenu à instaurer un rapport de force entre capital et travail. Au moment de l’indépendance les milieux d’affaires dénoncent les revendications exagérées des travailleurs et la multiplication des mouvements de grève. Les syndicats qui acceptent d’abandonner la stratégie du rapport de force au profit de la participation.  Bien que se réclamant d’un État socialiste, le gouvernement du Congrès dirigé par Nehru a très tôt pris le parti du capital contre celui du travail.

L’importance du secteur informel et la taille réduite du secteur industriel organisé rendent d’emblée difficile toute organisation et coordination de la part des travailleurs. Il n’y a donc pas eu, en Inde, de « moment social-démocrate ». « Le mouvement ouvrier n’a pas été en mesure de soutenir un parti de classe ancré à gauche » . Les syndicats n’ont pu trouver d’appui politique que dans les États du Kérala, du Bengale-Occidental et du Tripura, où le Parti Communiste a longtemps été au pouvoir.

Aujourd’hui la capacité des travailleurs à peser est plus faible que jamais. Les dernières grandes grèves remontent à 1982 quand, pendant près de 18 mois, plus de 250 000 travailleurs du textile de Bombay ont cherché à obtenir de meilleures conditions de travail.

La grève s’est tragiquement soldée par la fermeture des usines et leur délocalisation dans d’autres États du pays. Après les vagues de libéralisation de l’économie en 1991, les réformes fragilisant les droits des travailleurs sont de plus en plus nombreuses, comme le « Small Factories Bill » qui exempterait les usines de moins de 40 employés de nombreuses régulations des conditions de travail.

La grève générale du 2 septembre 2016 a eu beau mobiliser plus de 150 millions de travailleurs et porter des revendications originales concernant la régulation du secteur informel, elle n’a duré qu’une journée et n’a pas conduit à un renouveau du mouvement social.

L’ovni AAP

Dans ce contexte de dissolution de la gauche et de criminalisation de la politique, un parti atypique a pu sembler, au cours des dernières années, offrir une réponse nouvelle en faveur de la justice sociale.

L’Aam Aadmi Party (AAP – Parti de l’homme ordinaire), issu du mouvement de lutte contre la corruption qui a secoué les grands centres urbains en 2011, a été créé en 2012 pour, selon les mots de ses fondateurs, « nettoyer la politique de l’intérieur » parce que « l’Inde a besoin d’une révolution ».

Ce parti, qui se réclame de Gandhi et prétend régénérer la démocratie en développant la participation, a d’abord suscité méfiance et sarcasmes de la gauche marxiste, qui dénonçait la naïveté de sa posture « ni de droite ni de gauche », la myopie de son programme « anti-corruption », et l’élitisme de sa base sociale.

L’AAP remporte assez de sièges, lors des élections régionales de 2013, pour former le gouvernement du quasi-État de Delhi, il prouve qu’il est encore possible, en Inde, de mobiliser largement sur un programme non identitaire et de gagner des élections avec très peu d’argent. Il séduit alors une partie de la gauche indienne et parvient à mobiliser des leaders de la société civile contre le BJP en 2014. Ainsi des militants du mouvement anti-nucléaire ou de la campagne pour le droit à l’information concourent sous l’étiquette du AAP, tandis que par des tribunes médiatiques, des personnalités communistes expliquent leur ralliement .

En 2015 l’AAP gagne une deuxième fois les élections à Delhi, avec une participation électorale record qui lui vaut de remporter 67 sièges sur 70. Mais sa pratique du pouvoir se révèle particulièrement chaotique.

L’examen des politiques adoptées indique pourtant que le parti a fait des choix clairs : les services urbains de base sont sa priorité, et les plus pauvres sa cible privilégiée (gratuité de l’eau et prix bas de l’électricité pour les petits consommateurs, développement d’un réseau de dispensaires de quartier, application du Droit à l’éducation à travers la mobilisation des parents d’élèves dans les écoles publiques).

Mais le gouvernement central (dominé par le BJP) a systématiquement entravé la mise en œuvre et la publicisation de ces politiques, se livrant à un empêchement de fait de ce gouvernement régional.

L’asphyxie de la critique sociale

L’acharnement du BJP contre l’AAP, s’inscrit dans un ensemble de pratiques visant à l’étouffe-ment progressif des forces critiques. Celles-ci, nombreuses et diversifiées, constituent les soubassements de la démocratie indienne, mais subissent aujourd’hui un assaut sans précédent.

« Si l’on prend en compte les associations de castes, les groupes de demande, la politique des mouvements sociaux et les organisations non gouvernementales, on peut “lire” l’Inde comme ayant une vie associative omniprésente et extraordinairement active, peut-être l’une des plus participatives au monde ».

Mais le secteur non gouvernemental est aujourd’hui très affaibli : à la fin de l’année 2016, le ministère de l’Intérieur a refusé à quelques 20 000 ONG le renouvellement de la licence leur permettant de recevoir une aide financière de l’étranger.

Le climat dans lequel s’exerce le journalisme en Inde est devenu nettement hostile en 2017. La loi contre la sédition, héritée de la période coloniale, a en effet été utilisée pour intimider des journalistes. Cette police de la pensée est redoublée par le vigilantisme de milices émanant de la constellation des organisations de l’hindouisme radical.

La gauche indienne face au péril fasciste

Cette violence émane à la fois de l’État, à travers la police et la justice, et de la société civile, à travers les milices de la nébuleuse nationaliste hindoue comme celles des groupes de « Protec-teurs de la vache ». Elle se déploie sur la base d’accusations de visées « anti-nationales ». Elle est emblématique d’une montée en puissance de forces que l’on peut qualifier de fascistes.

La gauche indienne, sociologiquement fragmentée, idéologiquement divisée et aux ressources matérielles décroissantes, est donc de surcroît intimidée par la violence physique d’une droite conquérante dont le projet politique et culturel semble en passe de devenir hégémonique. Le sécularisme (laïcité)  indien, dénominateur commun des gauches indiennes, est plus affaibli que jamais.

Il est clair, aujourd’hui, qu’aucun mouvement politique, partisan ou non, n’offre de répertoire idéologique à même de faire converger les intérêts des Dalits, des musulmans, des femmes, des populations dites tribales, des ouvriers agricoles, de la petite paysannerie, des ouvriers de l’industrie, et des travailleurs du secteur informel.

Les revendications portées par ces différents groupes semblent les condamner à être en concur-rence les uns avec les autres, alors que beaucoup d’individus se situent au croisement de plu-sieurs d’entre eux et partagent largement une condition commune de victimes de l’exploitation économique.

Dans le contexte politique actuel, la lutte sans relâche contre la montée du fascisme constitue probablement la seule voie qui s’offre à la gauche pour tenter de retrouver une certaine unité et, surtout pour maintenir son influence sur l’Inde du 21è siècle. (Extraits)

Jules Naudet & Stéphanie Tawa-Lama Rewal, La vie des idées, 12 juin 2018

mardi 3 septembre 2019

http://alter.quebec/inde-la-gauche-est-en-difficulte/

http://www.europe-solidaire.org/

Commentaire:

Le PC indien sous l’emprise de l’Urss, a choisi l’Angleterre contre l’indépendance (et s’y opposant), laissant aux nationalistes le « leadership » contrairement à la Chine. Puis lors de la guerre Chine Inde, les PC ont soutenu l’un ou l’autre belligérant.

Lire la suite

12 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

irlande (le peuple breton)

ireland

Et si 100 après l’indépendance, l’Irlande retrouvait son unité ?

Un sondage vient d’être publié en Irlande du Nord et – extraordinaire – il donne une majorité pour la réunification en cas de Brexit.

Il y a 3 ans, les Irlandais du Nord avaient voté pour rester dans l’UE et surtout pour rester avec leurs compatriotes de la république d’Irlande à 55%.

Les perspectives d’un Brexit (dur) et donc d’une nouvelle frontière, qu’on pensait renvoyée dans les limbes de l’histoire, finit par convaincre (surtout les jeunes qui n’ont pas connu les violences) que l’avenir s’écrit en vert en Ulster.

Les accords du vendredi Saint prévoyaient la possibilité d’un référendum d’autodétermination. L’heure de l’organiser approche à grand pas car ni Londres ni Bruxelles ne devrait avoir le droit de choisir l’avenir de l’Irlande du Nord à la place des irlandais du nord.

Roccu Garoby 12 septembre 2019

http://lepeuplebreton.bzh/

1-Border-poll-vote-1-768x384

En cas d’élection voteriez vous:

Pour que que le Nord de l’Irlande quitte le Royaume Uni et rejoigne la République d’Irlande?

Pour rester dans le Royaume Uni?

uni

Qu’est-ce qui est le plus important:

Qu’il n’y ait plus de frontière avec l’Irlande?

Que le Nord de l’Irlande soit intégré dans le Royaume Uni?

13-Preferred-govt-768x384

Que préférez vous à Westminster:

Un gouvernement Conservateur avec Boris Johnson?

Un gouvernement Travailliste avec Jeremy Corbyn?

Commentaire:

Vocabulaire: Nord de l’Irlande (et pas « Irlande du Nord ») est appelée aussi « Ulster ». Cette province rebelle victime d’un « nettoyage ethnique » pour y mettre des colons protestants compte 9 comtés. Les anglais n’en ont gardé que 6, les 3 autres y auraient fait basculer la majorité.

Ce qui est intéressant dans ce sondage c’est le « déclin de l’Empire »: les jeunes protestants semblent rejeter la société « unioniste-loyaliste facho » où ils vivent, qui implique un soutien sans faille à l’Angleterre conservatrice. Autre bonne nouvelle: la société « sectaire » (religieusement) issue de l’accord de paix se craquèle: il était temps de se déterminer sur la politique et non sur l’appartenance communautaire.

Lire la suite

12 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

pacte hitler-staline (lutte ouvrière)

hitler

Pourtant quelques temps avant…

Août 1939 : signature du pacte germano-soviétique

Le 23 août 1939, sous l’œil de Staline, Molotov, le ministre soviétique des Affaires étrangères, signait avec son homologue allemand von Ribbentrop le pacte germano-soviétique.

Cet accord de non-agression entre la dictature nazie et la bureaucratie soviétique était une nouvelle trahison du prolétariat international à la veille de la généralisation de la guerre.

En août 1939, la guerre avait déjà commencé, et pas seulement en Asie, où le Japon poursuivait sa conquête de la Chine. En Europe, Hitler avait annexé l’Autriche et la Tchécoslovaquie, avec l’aval des autres puissances européennes qui avaient signé avec lui les accords de Munich. Hitler s’apprêtait à lancer ses troupes contre la Pologne.

Ce fut la stupeur, lorsque le 24 août le monde apprit cette alliance entre l’URSS des bureaucrates et l’Allemagne nazie que Staline prétendait combattre. (…)

Le pacte était censé interdire pour dix ans toute action agressive contre l’un des co-signataires. Des clauses commerciales permettaient à l’Allemagne d’obtenir certaines matières premières (cuivre, pétrole) indispensables pour préparer la guerre. Ces fournitures continuèrent jusqu’en juin 1941, à la veille de l’offensive allemande contre l’URSS.

En signant un accord avec Staline, Hitler s’assurait que l’Allemagne n’aurait pas à se battre directement sur deux fronts comme lors de la Première Guerre mondiale.

Quant à la bureaucratie soviétique, pour prix de sa dernière ignominie, des clauses secrètes lui assuraient de recevoir une part de la Pologne. Son armée en envahit la partie orientale quinze jours après l’attaque d’Hitler à l’ouest. Puis Staline, avec la complicité d’Hitler, allait s’attaquer à la Finlande et annexer les pays Baltes.

L’accord comprenait aussi la coopération entre les polices politiques des deux pays, la Gestapo et le NKVD. En plus d’une lutte commune contre toute résistance en Pologne, il prévoyait l’échange de prisonniers entre geôliers : des antifascistes allemands réfugiés en URSS seraient renvoyés à leurs bourreaux, en échange d’opposants au régime de Staline arrêtés en Allemagne.

À la veille de la guerre, l’URSS était affaiblie. Staline avait fait exterminer à travers les grandes purges de nombreux cadres de l’Armée Rouge et déporté plus de 30 000 d’entre eux, accusés d’être des agents d’Hitler.

Dès 1935, fut signé l’accord Laval-Staline, un soutien à la politique de réarmement de l’impérialisme français par l’Union soviétique et par le PCF.

Les accords de Munich, en novembre 1938, avaient montré ce que pouvaient valoir des traités d’alliance, la France et la Grande-Bretagne acceptant de voir un de leurs alliés (la Tchécoslo-vaquie) dépecé à la demande d’Hitler. C’était la méthode des dirigeants des impérialismes repus pour lui indiquer qu’il avait les mains libres pour orienter ses conquêtes vers l’est.

En signant un accord avec Hitler, Staline pensait sans doute leur rendre la monnaie de leur pièce. Ce calcul ne négligeait qu’une chose : comment pouvait le comprendre le mouvement ouvrier international, et en particulier les communistes dans les camps de concentration en Allemagne ?

Dans le monde entier, les travailleurs conscients qui se sentaient encore solidaires de l’URSS et du mouvement communiste furent décontenancés par ce cynisme et se sentirent abandonnés face au danger de guerre mondiale.

En France, ce fut la stupeur et l’effarement dans les rangs du PCF. Quant à sa direction, prise au dépourvu, elle tenta de rassurer la bourgeoisie française alors que le parti se trouvait dans la situation de défendre la politique extérieure de l’URSS, opposée à celle de son propre impérialisme.

L’Humanité du 25 août proclama ainsi que les militants du PCF étaient prêts « à remplir leur devoir de Français dans le cadre des engagements contractés par leur pays ». Cet alignement derrière son propre impérialisme, confirmé par le vote des crédits de guerre le 2 septembre 1939, alors que la presse communiste était déjà interdite, ne suffit pas à sauver l’appareil.

Le PCF fut dissous fin septembre par le gouvernement.

Même du point de vue de la bureaucratie à la tête de l’URSS, le pacte germano-soviétique était en réalité un traité de dupes. Hitler en parlait lui-même comme d’un chiffon de papier. Comme l’écrivait Trotsky en juin 1940 à propos d’Hitler, « ses victoires à l’ouest ne sont qu’une gigantesque préparation pour un gigantesque mouvement vers l’est ».

Le traité germano-soviétique résumait le degré de dégénérescence des dirigeants staliniens, prêts à liquider toute apparence de politique révolutionnaire et à donner l’accolade à un Hitler, bourreau du mouvement ouvrier allemand, pour tenter de sauver leur propre peau. Il n’allait pas empêcher Hitler de déclencher la guerre contre l’URSS en juin 1941. (Résumé)

Gilles BOTI 11 Septembre 2019
.
.

Lire la suite

11 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

racisme (npa)

racisme

Le retour du fantasme du « racisme anti-blancs »

Il aura suffi que le footballeur Lilian Thuram s’attaque au racisme anti-noirs et anti-arabes pour qu’une énième polémique se développe, au cours de laquelle la discussion s’est rapidement déplacée vers ce que d’aucuns croient bon de nommer « racisme anti-blancs ».

Ou comment la dénonciation d’un racisme bien réel a conduit à la focalisation autour d’un « racisme » imaginaire, vieux fantasme de l’extrême droite devenu objet légitime de discussion publique…

« Quand on parle de racisme, il faut prendre conscience que le monde du foot n’est pas raciste mais qu’il y a du racisme dans la culture italienne, française, européenne et plus généralement dans la culture blanche. […] Il est nécessaire d’avoir le courage de dire que les Blancs pensent être supérieurs et qu’ils croient l’être. C’est quelque chose qui dure malheureusement depuis des siècles. »

Ces propos de Lilan Thuram, invité par la presse italienne à réagir aux cris de singes ayant récemment visé l’attaquant de l’Inter de Milan Romelu Lukaku, ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Beaucoup plus, on peut déjà le noter, que l’information relative aux cris de singes eux-mêmes…

Une arme contre l’antiracisme

Thuram a notamment été accusé d’« essentialisation » (en raison de la formule « les Blancs ») et, rapidement, de « racisme anti-blancs ». C’est ainsi que le journaliste sportif Pierre Ménès, entre autres, s’est une fois de plus distingué en déclarant, toute honte bue : « Ce qui me gêne toujours dans le discours de Thuram, c’est qu’il ne parle que du racisme contre les Noirs. Je n’ai pas envie de parler de ça avec lui… Parce que moi, je vais lui dire ce que je vais vous dire, le vrai problème, en France, dans le foot en tout cas, c’est le racisme anti-Blancs. »

Tout simplement. Dès lors, comme le relatait l’Obs le 9 septembre, « l’extrême droite s’est réga-lée tout le week-end de la sortie de Pierre Ménès, laquelle confirmerait, à les entendre, leur diagnostic sur la société française », et ce malgré les « excuses » de Pierre Ménès.

Le concept de « racisme anti-blancs » n’est rien d’autre qu’une arme de propagande destinée à étouffer toute contestation antiraciste authentique, ressortie régulièrement par l’extrême droite et les conservateurs de tous bords pour délégitimer la parole antiraciste, en premier lieu lorsqu’elle vient des premierEs concernéEs.

Tout d’abord, voir une quelconque forme de racisme dans les propos de Lilian Thuram, a fortiori lorsque l’on sait dans quel contexte ils ont été prononcés (une réponse à une question portant sur les expressions de racisme contre les Noirs et les Arabes), est au mieux une incompréhen-sion, au pire de la malhonnêteté crasse. Il n’y a pas plus de « racisme » dans les propos de Thuram qu’il n’y aurait de « sexisme » si une militante féministe affirmait que « les hommes pensent être supérieurs aux femmes ».

Le racisme est un système de domination

Mais surtout, l’idée même qu’il pourrait exister, en France, un « racisme anti-blancs », compara-ble, même à une moindre échelle, au racisme anti-noirs, anti-arabes ou anti-rroms, est une escroquerie intellectuelle qui vide de son contenu même le mot racisme.

Le racisme n’est pas une somme de comportements individuels, d’attitudes agressives et/ou d’insultes.

Le racisme est un système de domination, de classement, de hiérarchisation, qui produit, à l’échelle d’une société, des discriminations et des violences systémiques. Aucun blanc, même s’il lui arrivait un jour d’être traité de « sale blanc », ne subira, par exemple, de discrimination à l’embauche, au logement, ou de contrôle au faciès.

Au total, la polémique autour des propos de Thuram n’est rien d’autre qu’un nouveau révélateur des crispations de ceux qui refusent de voir ou d’entendre dire que le racisme n’est pas l’affaire de quelques individus déviants, mais une production/construction sociale.

Comme l’a expliqué le footballeur dans un « retour » sur ses premiers propos : « Pourquoi ces gens se permettent-ils de faire des bruits de singe ? Parce qu’ils ont un complexe de supériorité. Et ce complexe est issu d’une culture raciste dans laquelle ils ont grandi. »

Julien Salingue Mardi 10 septembre 2019

https://npa2009.org/

Lire la suite

10 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

kurdes (orient 21)

2019_03_03_Bretagne_Info_un-an-apres-sa-mort-le-souvenir-de-kendal-breizh-est-vivant-comme-la-solidarite-avec-le-peuple-kurde_4-640x360

Hommage à Kendal Breizh à Carhaix

Internationaliste pour « construire une société nouvelle »

Dans Jusqu’à Raqqa. Avec les Kurdes contre Daech, un jeune Français de 27 ans, de retour de Syrie, fait le récit de ses mois passés aux côtés des Unités de défense du peuple (YPG).

D’emblée, André Hébert – un pseudonyme – joue cartes sur table : « Je m’exprime en tant qu’activiste révolutionnaire, internationaliste, marxiste, soutenant la cause kurde. » Bien sûr, il y a quelque chose du rite d’initiation dans son expérience guerrière ; pour autant, André Hébert passe les épreuves avec lucidité, les yeux ouverts sur le courage et l’abnégation de ses camarades comme sur les insuffisances d’une organisation proto-étatique qui peine à embrasser deux tâches prioritaires : venir à bout d’ennemis que l’auteur qualifie de « néofascistes » et construire une société nouvelle, débarrassée du fléau du patriarcat et basée sur l’égalité de tous.

Parti de France en n’ayant, comme il l’écrit, qu’une « vague idée de ce qu’était le mouvement de libération kurde », André Hébert découvre « un peuple et un parti engagé dans une lutte qui est un modèle de progrès pour l’humanité. »

Le volontaire va ainsi mesurer la place prépondérante que, suivant les théories émancipatrices d’Abdullah Öçalan, le leader du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) emprisonné à vie en Turquie, le PYD accorde aux femmes. Ce sont non seulement des combattantes à égalité avec les hommes: les 10 000 soldats qui se sont battus pour reprendre Rakka aux djihadistes étaient placés sous le commandement de Rodja Felat, une féministe de trente ans, mais elles sont les éléments déterminants de la transformation de la société kurde.

C’est près de Hol, ville stratégique sur la route reliant Rakka à Mossoul, qu’Hébert va subir un baptême du feu à grande échelle. Armés clandestinement par la Turquie, ayant récupéré du matériel militaire après la débâcle de l’armée syrienne, possédant les moyens financiers de se fournir auprès de trafiquants de tout poil, les membres de l’OEI (Etat islamique) possèdent une puissance de feu bien supérieure à celle des YPG et des Unités de protection de la femme (YPJ).

Seule l’aviation de la coalition menée par les États-Unis parvient à rétablir un fragile équilibre.

Au sujet de l’aide apportée par les puissances étrangères, Hébert adopte une position sans ambiguïté : « J’ai entendu des voix déplorant le fait que les YPG acceptent l’appui militaire et diplomatique des Américains et des Russes. Ces critiques viennent de gens n’ayant aucun sens politique pratique, et peu de connaissance de la géopolitique du conflit syrien. Lorsque l’on est responsable de la vie de millions de personnes, les questions de pureté idéologique passent au second plan. »

La prise de Hol coïncide avec les attentats du 13 novembre 2015 du Bataclan et du Stade de France. Une information qui renforce la conviction du jeune combattant que, pour être efficace, il est au bon endroit au bon moment.

Après un bref retour en France pour des raisons familiales, Hébert repart en Syrie pour prendre part à la prise de Rakka. À cette occasion, il confirme que « les Kurdes étaient d’abord réticents à prendre Raqqa. Après la difficile bataille de Manbij, les généraux des YPG refusèrent de sacrifier davantage de cadres du Parti dans la lutte contre Daech. »

C’est donc « sous la pression de la coalition, et en échange d’un soutien militaire, financier et politique durable [que] les commandants des Forces Démocratiques Syriennes finirent par accepter début novembre 2016 de s’emparer de la ville. »

Pour atteindre cet objectif, il a fallu sept mois de durs combats contre des djihadistes détermi-nés, bien armés et empreints d’une foi dévastatrice, assurés que leur lutte était juste et que, quelles qu’en soient les vicissitudes présentes, elle triompherait, emportant dans la tombe les « kouffar ».

Hébert considère que les lourds sacrifices consentis par les Kurdes et les combattants étrangers dont il garde un souvenir vivace engagent les membres de la coalition, à commencer par les États-Unis, à respecter cet accord et à rendre possible la poursuite de l’expérience conduite au Rojava.

De plus, si la chute de Rakka a fini d’affaiblir l’OEI, elle n’a pas signifié que sa capacité de nuisance était pleinement éradiquée. Rakka a été détruite à 80 % ; d’autres villes syriennes l’ont été tout autant. Dès lors, pour ce témoin engagé, une conclusion s’impose : reconstruire Raqqa est donc « une tâche qui nous concerne tous si nous voulons éviter la résurgence du fondamentalisme islamique. »

Jean Michel Morel  6 juillet 2019

https://orientxxi.info/

Jusqu’à Raqqa. Avec les Kurdes contre Daech

 

Lire la suite

10 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

russie (jdd)

vlad

Elections en Russie : Vladimir Poutine sanctionné à Moscou

Le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, a essuyé un sérieux échec à Moscou lors des élections locales. La formation au pouvoir, quasiment hégémonique dans la capitale, a perdu au moins 20 des 45 districts.

C’était le scrutin clé des élections locales organisées dimanche en Russie. Et Vladimir Poutine a sérieusement chancelé à Moscou. Son parti Russie unie a perdu environ un tiers de ses sièges du Parlement de la capitale, selon des résultats provisoires donnés par les agences de presse russes.

De 38 sièges sur 45, il n’en aurait plus qu’une petite majorité : les candidats soutenus par les autorités ont ainsi perdu dans au moins 20 des 45 districts, après le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins.

Le contexte à Moscou était particulièrement sensible, après un été marqué par de nombreuses manifestations organisées en raison du rejet de la candidature des principales figures de l’oppo-sition. Une mobilisation qui s’était soldée par près de 2.700 interpellations, même si seulement cinq manifestants ont été au final condamnés à de lourdes peines de prison. Principal opposant au régime, Alexeï Navalny avait appelé à « voter intelligent » en soutenant les mieux placés pour battre les candidats du Kremlin.

Le chef du parti à Moscou battu

En vue de ce scrutin, aucun des candidats favorables au Kremlin ne s’est en fait présenté à Moscou sous les couleurs de Russie unie, dont la popularité s’est effondrée ces dernières années.

Mais au final, selon l’agence de presse Interfax, neuf anciens députés du parti au pouvoir n’ont pas été réélus dans la capitale, dirigée par le pro-Poutine Sergueï Sobianine. Parmi eux : le chef de la branche moscovite de Russie unie, Andreï Metelsky, qui était élu depuis 2001.  »Ce qui est important, ce n’est pas la quantité, c’est la qualité » des candidats, avait prévenu dimanche Vladimir Poutine au moment de son vote.

Les candidats communistes sont les grands gagnants de l’élection dans la capitale : ils rempor-teraient 13 sièges, contre cinq auparavant. Le parti libéral Iabloko aurait trois sièges, une candi-date indépendante qu’ils soutenaient l’ayant aussi emporté. Enfin, le parti Russie juste, considé-ré comme faisant partie de l’opposition « tolérée » par le Kremlin, fait son entrée au Parlement moscovite avec trois députés. Le taux de participation était de 21,77%, légèrement plus élevé que lors de la précédente élection locale en 2014.

A Saint-Pétersbourg, le gouverneur pro-Poutine victorieux

Les résultats définitifs pour les plus de 5.000 scrutins locaux devraient être connus dans la journée de lundi. Les Russes élisaient notamment 16 gouverneurs régionaux et les parlemen-taires locaux de 13 régions, dont la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014.

A Saint-Pétersbourg, où la campagne a été très vive, l’impopulaire gouverneur par intérim soutenu par le Kremlin, Alexandre Beglov, a été élu avec 64,57% de voix, selon la commission électorale. Son principal opposant, le candidat communiste et réalisateur réputé Vladimir Bortko, s’était retiré de la course quelques jours avant l’élection, affirmant que les « dés étaient pipés ». L’opposition a par ailleurs dénoncé des fraudes dans cette ville.

Ce scrutin va contribuer à façonner l’avenir politique de la Russie, avant les législatives de 2021 et à un moment où Vladimir Poutine entame sa troisième décennie au pouvoir, son dernier mandat devant s’achever en 2024.

9 septembre 2019 Arnaud Focraud

https://www.lejdd.fr/

logo_russe

Lire aussi:

Российское Социалистическое Движение / Революция. Социализм. Демократия

Commentaire:

Nos camarades du Mouvement Socialiste Russe avaient aussi appelé à voter contre Poutine. Par contre le PC russe, premier parti d’opposition « tolérée » n’est pas un « vrai » PC, il est basé sur la nostalgie de l’Urss, le nationalisme et le patriotisme russe voire l’antisémitisme.

Lire la suite

10 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

diada de catalunya (l’indépendant)

republica-catalana

Diada de Catalunya 

Des centaines de Roussillonnais à Barcelone ce mercredi

Si de nombreux habitants des Pyrénées-Orientales se rendront à Barcelone dans le cadre de la fête nationale en Catalogne, d’autres resteront chez eux en réfléchissant aux futures mobilisations.

Barcelone se prépare à la célébration de la Diada nacional de Catalunya qui se déroulera ce mercredi 11 septembre. Un rendez-vous qui s’inscrit évidemment dans un contexte particulier de tensions entre les indépendantistes et le gouvernement central espagnol. L’an dernier, près d’un million de personnes avaient battu le pavé.

Dans les Pyrénées-Orientales, ils seront plusieurs centaines à se rendre dans la ville, se mêlant à la foule qui empruntera la Gran Via de les Corts Catalanes jusqu’à la place d’Espagne. C’est le cas d’Alice, retraitée à Perpignan, qui participe aux Diades depuis la fin des années soixante-dix. « Evidemment que l’on est solidaire ici et tout particulièrement cette année. On viendra apporter notre soutien à l’affirmation de l’identité de la nation Catalane et de son droit à décider de son avenir en Europe« .

Si la tenue de l’événement en semaine rend plus difficile le déplacement à Barcelone, cette partisane de la cause catalane veut croire que le signal envoyé à Madrid sera fort. « Il s’agira de protester, à la face du monde, contre les dérives de l’Etat espagnol. En dépit des changements de gouvernement, les attaques à destination des acteurs du processus d’affirmation du peuple catalan n’évoluent guère ».

Désobéissance civile

Pere Manzanares, connu pour son engagement sur ce dossier, ne participera pas à cette mani-festation. S’il espère qu’elle restera « un succès« , il pointe les limites de ces grandes manifesta-tions populaires. Selon lui, elles auraient un intérêt mais deviendraient inefficaces. « Elles ont une fonction d’exutoire, s’apparentant parfois à des rituels. Je pense qu’il serait temps de passer à la vitesse supérieure« .

Dans son esprit : l’idée d’une désobéissance civile pacifique et démocratique.

« Des actions de masse sont envisagées comme le boycott des entreprises qui se sont déloca-lisées après le 1er octobre 2019 ou le soutien aux entreprises favorables au processus. On est concrètement dans la prise en main du quotidien et dans la responsabilisation du citoyen ». 

Julien Marion 09/09/2019
.

Lire la suite

03 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

capitalisme (internationalism)

anticapitlaistas

Seule la lutte de classe internationale peut mettre fin à la course du capitalisme vers la destruction

L’un des slogans les plus populaires dans les manifestations contre le changement climatique clame : « Changer le système, pas le climat ».

Il ne fait aucun doute que le système actuel entraîne l’humanité vers une catastrophe environne-mentale. Les preuves matérielles s’accumulent chaque jour : vagues de chaleur sans précédent, incendies de forêt inédit en Amazonie, fonte des glaciers, inondations, extinction d’espèces entières -avec pour résultat final l’extinction de l’espèce humaine. Et même s’il n’y avait pas de réchauffement climatique, le sol, l’air, les rivières et les mers continueraient d’être empoisonnés et épuisés pour toujours.

Il n’est pas étonnant que tant de gens, et surtout tant de jeunes qui font face à un avenir mena-çant, soient profondément préoccupés par cette situation et veuillent faire quelque chose à ce sujet.

La vague de protestations organisée par « La jeunesse pour le climat », « Extinction Rébellion », les Verts et les partis de gauche est présentée comme une voie à suivre. Mais ceux qui suivent actuellement leur exemple devraient se demander : pourquoi ces protestations sont-elles si largement soutenues par ceux qui gèrent et défendent le système actuel ? Pourquoi Greta est-elle invitée à s’adresser aux parlements, aux gouvernements, aux Nations Unies?

Bien sûr, des gens comme Trump, Bolsonaro ou Farage vilipendent constamment Greta et les « guerriers de l’écologie ». Ils affirment que le changement climatique est un canular et que les mesures visant à réduire la pollution constituent une menace pour la croissance économique, surtout dans des secteurs comme l’automobile et les combustibles fossiles. Ils sont les défen-seurs éhontés du profit capitaliste.  Mais qu’en est-il de Merkel, Macron, Corbyn, Alexandria Ocasio-Cortez et d’autres qui ont fait l’éloge des protestations contre le climat : Font-ils moins partie du système actuel ?

Beaucoup de ceux qui participent aux protestations actuelles conviendront que les racines de la destruction écologique se trouvent dans le système et qu’il s’agit du système capitaliste. Mais les organisations à l’origine des protestations, et les politiciens qui clament hypocritement les soute-nir, défendent des politiques qui cachent la véritable nature du capitalisme.

Considérons l’un des principaux programmes les plus radicaux de ces politiciens : le soi-disant « New Green Deal ». Il nous offre un ensemble de mesures à prendre par les États existants, exigeant des investissements massifs en capital pour développer des industries « non polluantes » qui sont censées être en mesure de réaliser un profit décent. En d’autres termes : il est entière-ment encadré dans les limites du système capitaliste. Comme le New Deal des années 1930, son but est de sauver le capitalisme en ces temps difficiles, et non de le remplacer.

Qu’est-ce que le système capitaliste ?

Le capitalisme ne disparaît pas s’il est géré par des bureaucrates d’État au lieu de patrons privés, ou s’il se peint en vert.

Le capital est un rapport mondial entre les classes, basé sur l’exploitation du travail salarié et de la production pour la vente afin de réaliser des profits. La recherche constante de débouchés pour ses produits entraîne une concurrence impitoyable entre les États-nations pour la domina-tion du marché mondial.

Et cette concurrence exige que chaque capital national se développe ou meure. Un capitalisme qui ne cherche plus à pénétrer le dernier recoin de la planète et à croître sans limite ne peut exister.  De même, le capitalisme est totalement incapable de coopérer à l’échelle mondiale pour répondre à la crise écologique, comme l’a déjà démontré l’échec lamentable des différents sommets et protocoles climatiques.

La chasse au profit, qui n’a rien à voir avec les besoins humains, est à l’origine de la spoliation de la nature et ce, depuis le début du capitalisme.

C’est une civilisation en déclin, car sa base économique, forcée de croître sans limite, génère des crises de surproduction qui tendent à devenir permanentes.  Et, comme les guerres mondia-les et la « guerre froide » du 20è siècle l’ont démontré, ce processus de déclin ne peut qu’accélé-rer la course du capital vers la destruction.

Avant même que ne devienne évident le massacre mondial de la nature, le capitalisme menaçait déjà d’anéantir l’humanité par ses affrontements impérialistes incessants et ses guerres, qui se poursuivent aujourd’hui sur une grande partie de la planète, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au Pakistan et en Inde.

De tels conflits ne peuvent qu’être exacerbés par la crise écologique, car les États-nations se disputent des ressources de plus en plus rares, tandis que la course à la production et surtout à l’utilisation d’armes de plus en plus cauchemardesques ne peut que polluer davantage la planè-te. Cette combinaison scandaleuse de dévastations capitalistes rend déjà certaines parties de la planète inhabitables et force des millions de personnes à devenir des réfugiés.

La nécessité et la possibilité du communisme

Ce système ne peut pas surmonter la crise économique, la crise écologique ou la course à la guerre. C’est donc une duperie que d’exiger des gouvernements du monde entier qu’ils « se ressaisissent » et qu’ils fassent quelque chose pour sauver la planète, une demande formulée par tous les groupes qui organisent les marches et les manifestations actuelles.

Le seul espoir de l’humanité réside dans la destruction du système actuel et la création d’une nouvelle forme de société. C’est ce que nous appelons le communisme: une communauté humaine mondiale sans États-nations, sans exploitation du travail, sans marchés et sans argent, où toute la production est planifiée à l’échelle mondiale avec le seul but de satisfaire les besoins humains.

Il va sans dire que cette société n’a rien à voir avec la forme de capitalisme d’État que l’on observe dans des pays comme la Chine, la Corée du Nord ou Cuba, ou auparavant en Union soviétique.

Le communisme authentique est la seule base pour établir une nouvelle relation entre l’humanité et le reste de la nature. Et ce n’est pas une utopie. C’est possible parce que le capitalisme a créé ses bases matérielles: le développement de la science et de la technologie, qui peuvent être libérées de leurs distorsions dans ce système et l’interdépendance globale de toutes les activités productives, qui peuvent être libérées de la concurrence capitaliste et des antagonismes nationaux.

Mais c’est surtout possible parce que le capitalisme est basé sur l’existence d’une classe qui n’a rien d’autre à perdre que ses chaînes, une classe qui a intérêt à résister à l’exploitation et à la supprimer : la classe ouvrière internationale, le prolétariat de tous les pays.

C’est une classe qui inclut non seulement ceux qui sont exploités au travail, mais aussi ceux qui étudient pour trouver une place sur le marché du travail et ceux que le capital jette au chômage et à la casse. (Extrait)

27 août 2019

https://fr.internationalism.org/

Lire la suite

03 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

kabylie 1 (orient 21)

kabylie

La reconnaissance du fait amazigh

Un défi pour tous les Algériens

Depuis plusieurs semaines, le pouvoir algérien a lancé une offensive contre la place du drapeau amazigh dans les manifestations. Quelle est la place des Kabyles dans ce hirak qui secoue l’Algérie ? Ont-ils des revendications propres ? Nous avons interrogé l’historien Ali Guenoun.

Le 26 juin, une centaine de personnes se sont réunies à Alger, au siège du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Venues de partis politiques progressistes, d’associations et de la société civile, elles ont établi un « pacte » pour mettre fin au statu quo et exiger la libéra-tion de détenus politiques ainsi qu’une transition vers de nouvelles élections. Que cette réunion se soit tenue au siège de l’un des plus anciens partis kabyles signifie-t-il que ceux-ci vont chercher à s’imposer et faire valoir leurs propres revendications ?

Par ailleurs, les apparitions de plus en plus fréquentes de l’anay aqbayli, le drapeau berbère, frappé des symboles amazighs, dans les manifestations du vendredi ont fait l’objet d’interven-tions musclées des forces de police et d’arrestations de manifestants.

Il est donc patent que la remise en cause du général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, considéré comme le véritable leader de l’issaba, le gang, par l’ensemble des protesta-taires qui participent au Hirak (mouvement) s’accompagne maintenant pour certains Kabyles d’une exigence de reconnaissance de l’identité berbère. Jusqu’où et sous quelle forme celle-ci peut-elle espérer être admise tant par les gouvernants que par les autres composantes de la société algérienne ?

UNE PLACE ÉMINENTE DANS LE MOUVEMENT D’INDÉPENDANCE

Jean Michel Morel On considère en Algérie que les Kabyles représentent 13 % de la popula-tion, soit un peu plus de 3 millions de personnes, auxquels il faut rajouter la diaspora de 2 millions et demi de personnes. Cette forte minorité s’est manifestée à plusieurs reprises depuis 1949. Pouvez-vous revenir sur les grandes étapes qui, depuis cette date, ont marqué les rapports des Kabyles aux autres forces politiques et aux militaires ?

Ali Guenoun. — En fait, on ignore le nombre exact de Kabyles en Algérie. Le dernier recense-ment qui a pris en considération les différences linguistiques remonte à 1966. Il ne faisait appa-raître que les kabylophones. Les Kabyles arabisés des villes de l’intérieur n’étaient pas pris en compte.

Dès les années 1920, les ouvriers kabyles qui se sont frottés aux syndicalistes de la Confédé-ration générale du travail (CGTU et CGT) et aux militants du Parti communiste français (PCF) dans les chantiers et usines ont été sensibilisés sur le sort de leur pays et la nécessité d’une lutte anticoloniale. L’Étoile nord-africaine (ENA) est dominée par des militants originaires de Kabylie, même s’ils ont porté à la tête de leur mouvement un chef originaire de Tlemcen.

Ces militants ont énormément contribué à la propagation de l’idée nationale chez les immigrés algériens, mais aussi en Algérie et particulièrement en Kabylie et à Alger, grâce à leurs inces-santes pérégrinations entre la France et l’Algérie. Ils seront les fers de lance du combat libéra-teur du Parti du Peuple Algérien (PPA), puis du Mouvement pour Le Triomphe des Libertés démocratiques (PPA/MTLD). Grâce à l’émigration interne (commerçants, instituteurs, fonction-naires, ouvriers…) les Kabyles ont pu implanter plusieurs sections du PPA à travers le pays. Ils feront le même travail pour le compte du Front de libération nationale (FLN).

« DIVISEURS DE LA NATION »

Les Kabyles étaient nombreux dans d’autres formations politiques dans lesquelles ils ont occupé des postes de direction. Après 1945, de jeunes « intellectuels » kabyles investissent le PPA et deviennent des cadres. Ils demandent un débat sur trois points essentiels :

  • L’orientation « réformiste » qui posait comme préalable au passage à l’action armée contre le colonialisme la réunion de conditions internes et externes ;
  • La question démocratique à l’intérieur du parti ;
  • La remise en cause de la définition de la nation qu’ils voulaient plurielle.

Ces militants ont été taxés de berbéristes et marginalisés, exclus du parti. Ce débat tué dans l’œuf resurgira après l’indépendance du pays. Le même discours mettant en cause les « divi-seurs de la nation » sera réactivé après 1962 par les tenants du pouvoir et de l’idéologie arabo-islamiste, et même si les acteurs de 1949 avaient tous rejoint très tôt le FLN, certains ont été éliminés physiquement.

La Kabylie constituera une wilaya à part entière pendant la guerre de libération. Des Kabyles deviennent vite des leaders du FLN à l’intérieur et à l’extérieur du pays. En 1956, ils commandaient trois wilayas sur six en plus de la fédération du FLN en France.

La Kabylie termine la guerre affaiblie par la pression de l’armée coloniale et les dissensions internes. Certains de ses chefs fondent le Front des forces socialistes (FFS) qui regroupait les vaincus de la crise de 1962 et prennent les armes d’une manière improvisée contre le président Ahmed Ben Bella.

Vite réduite à la Kabylie, cette révolte se soldera par plus de 400 morts et une campagne anti-kabyle des plus virulentes. Pour autant, des ministres kabyles ont siégé dans les gouvernements de Ben Bella et de Houari Boumediene. D’autres joueront des rôles prépondérants dans l’armée et particulièrement dans la police politique. Face à la négation officielle de la diversité culturelle par le pouvoir algérien, la question amazighe connaîtra un cheminement souterrain. Ce travail aboutira aux événements d’avril 1980.

mardi 27 août 2019 GUENOUN Ali, MOREL Jean Michel

http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Kabylie 2 (Orient 21)

Lire la suite

03 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

kabylie 2 (orient 21)

kabylie

LE PRINTEMPS BERBÈRE

J. M. M En 1980, le « Printemps berbère » témoigne que la question de l’identité culturelle et de la reconnaissance de la langue amazighe est de plus en plus importante et ne concerne pas qu’un petit groupe d’intellectuels ou d’artistes. Dans un premier temps, le gouvernement inten-sifie la répression. Mais en 1988, le président Chadli Bendjedid met fin au système du parti unique et engage le pays dans le multipartisme, autorisant une expression politique diversifiée. Peut-on considérer que le « Printemps berbère » et ses suites, comme les affrontements de Tizi-Ouzou et d’Alger au milieu des années 1980, ont permis une avancée du pluralisme politique ?

A. G  Avril 1980 est un tournant important dans l’histoire de la Kabylie et de l’Algérie. On n’a plus peur de se revendiquer amazigh. Il s’agit des plus importantes manifestations populaires pacifi-ques de l’Algérie indépendante. Même si les revendications culturelles étaient importantes, les questions démocratiques et des libertés étaient centrales.

Les gens ne se sont pas soulevés pour demander du pain ou des postes de travail. Ils voulaient un changement profond dans la gestion du pays. Une nouvelle génération de militants politiques émerge et pose publiquement des questions jusque-là taboues dans une société dominée par le discours nationaliste et des décideurs qui tiraient leur légitimité d’une révolution sacralisée à l’excès pour justifier leur contrôle sur la société tout entière. Elle a réussi en dépit du discours officiel qui l’accusait de séparatisme.

Avril 1980 a donné naissance à une multitude d’associations, dont la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH), mais aussi à un débat sur les thèmes de l’identité, des libertés individuelles, de la représentation syndicale, de la citoyenneté…

J. M. M. — C’est dans les années 2000 que se crée le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) qui prône l’autodétermination de la région. Cette revendication exprime-t-elle une nouvelle phase dans la reconnaissance de l’identité berbère ? Ouvre-t-elle la voie à la revendication d’un fédéralisme algérien ?

A. G. — L’idée de fédéralisme n’est pas nouvelle. Elle a déjà été avancée ailleurs qu’en Kabylie. Elle a existé avant 1954 dans un mouvement national pourtant jacobin et par d’anciens révolu-tionnaires comme le colonel Salah Boubnider. Plusieurs acteurs envisagent sérieusement cette option jusque-là taboue. Mais, dans l’esprit de certains, parler de régions, c’est parler de régionalisme.

J. M. M Bien que le Hirak soit parti de Kherrata, une petite ville de Kabylie, il semblerait que le FFS et le RCD n’aient pas été très dynamiques. Cette « discrétion », si elle est vérifiée, indique-t-elle une perte d’influence de ces partis traditionnels au profit de partis plus radicaux comme les autonomistes du Rassemblement pour la Kabylie ?

QUAND LES MILITAIRES COMMANDENT AUX POLITIQUES

A. G L’émergence de ce mouvement populaire a surpris toute la classe politique. Même s’il n’est pas né ex nihilo (rappelons les multiples manifestations de rue interdites des chômeurs, des médecins, des enseignants, des retraités de l’armée…), les responsables politiques et les observateurs ne s’attendaient pas à un tel soulèvement massif et pacifique des Algériens appelant à un changement de régime.

Les partis d’opposition ont perdu de leur audience depuis belle lurette. La parenthèse du Congrès de la Soummam de 1956 sur la séparation du civil et du militaire s’est vite refermée une année après au profit des hommes en armes.

Ceux-ci ont, depuis, réduit les institutions à une simple figuration. Le pluralisme, sous toutes ses formes, est présenté comme facteur de division de la nation. On a cultivé une culture du mépris des responsables politiques perçus comme nuisibles à la cohésion de la société et à son épanouissement.

En 1962, la prise du pouvoir par les militaires a favorisé la dépolitisation de la société. Ceux qui ont dirigé le pays depuis l’indépendance ont géré la société par la corruption, la prédation et la violence. Ils ont encouragé le truquage des élections pour empêcher les Algériens de choisir leurs propres représentants. Ils ont réussi à les convaincre qu’une grande partie des membres de la classe politique sont des profiteurs, des corrompus et des clients du pouvoir en place.

En Kabylie, où est fait le même constat, la décrédibilisation d’une partie de l’élite politique s’explique par sa participation aux mascarades électorales afin de bénéficier de largesses du pouvoir, par le soutien d’anciens acteurs du mouvement amazigh aux candidatures d’Abdelaziz Bouteflika, par l’adhésion aux partis de la coalition présidentielle : Rassemblement national démocratique (RND), FLN, Mouvement populaire algérien (MPA)…, ainsi que par des positions ambiguës et parfois opposées au « Mouvement citoyen » né du « Printemps noir » de 2001 — au cours duquel 126 personnes ont été tuées par les gendarmes.

L’apparition de forces politiques plus radicales qui ont trouvé, un moment, un soutien populaire s’explique par plusieurs éléments : la défection des partis berbéristes, la gestion régionaliste par le pouvoir du « Printemps noir » et le manque de solidarité active des autres régions du pays durant ces événements.

Cette révolte de la jeunesse contre le système a été présentée à dessein comme une «dissiden-ce ethnique» anti-arabe. En réalité, cette idée d’autonomie est apparue sur la scène publique en juin 1998, au moment des événements qui ont suivi l’assassinat du chanteur populaire Lounès Matoub.

Son promoteur, l’universitaire Salem Chaker l’a élargi au moment des événements de 2001. Sans prôner « la sécession et l’indépendance de cette région », il a suggéré, en s’inspirant des exemples catalan et basque, des prérogatives plus élargies dans les domaines de la culture et de l’éducation, de la gestion économique, administrative, judiciaire et de la sécurité.

Le MAK est né durant ces moments de crise. De revendications autonomistes il s’achemine vers des revendications indépendantistes en militant pour « la concrétisation du droit du peuple kabyle à édifier “un État démocratique, social et laïc en faisant valoir son droit à l’autodétermination”. »

LES LIMITES DES MOUVEMENTS AUTONOMISTES

L’adhésion massive et très active de la population de Kabylie au mouvement populaire d’aujour-d’hui a montré les limites de l’enracinement des mouvements autonomistes et indépendantistes. Contrairement aux forces politiques regroupées autour de personnalités perçues comme recy-clées par le pouvoir pour mener le dialogue avec ce même pouvoir afin d’aboutir à une élection présidentielle, des partis et personnalités politiques, dont les berbéristes, se retrouvent, malgré leurs divergences, autour du Pacte de l’alternance démocratique.

Ils exigent une période de transition qui doit déboucher sur une assemblée constituante garante d’une rupture avec le système. Ils n’acceptent pas d’élection présidentielle qui conforterait le pouvoir actuel, mais proposent une alternative démocratique. Ils demandent des garanties sur les libertés fondamentales, une justice indépendante, l’égalité en droit des femmes et des hommes.

Ces revendications recoupent celles émises par ces acteurs depuis longtemps. La constituante, par exemple, a été une revendication du FFS depuis ses origines. Depuis plusieurs mois, ces partis se sont opposés aux différents mandats de Bouteflika. Leurs partisans ont connu des arrestations et n’ont pas été épargnés par les persécutions. Il faut reconnaître que la tâche s’annonce rude, d’autant plus que les questions de la séparation du politique et du religieux, la lutte contre le patriarcat, l’émancipation des femmes sont clivantes.

J. M. M Qu’est-ce qui explique le paradoxe que, tout étant minorés, de nombreux Kabyles détiennent des postes importants dans l’armée, les services de sécurité dont on connaît le rôle souvent décisif, dans l’administration et que certains aient accédé à des situations sociales et économiques enviables (et, sans doute, enviées) ?

A. G. — Je pense que la reconnaissance du fait amazigh est la question fondamentale posée à tous les Algériens. Pour moi le point important, c’est celui du vivre ensemble dans la diversité. Ce n’est pas un sujet exclusivement kabyle. Il n’y a pas que les Kabyles qui sont dans cette situation. Les femmes aussi sont toujours perçues comme mineures.

UNE NATION EN CONSTRUCTION

Le pouvoir a réussi là où le colonialisme a échoué : diviser les Algériens. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans d’autres régions du pays et plus particulièrement dans le sud. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’arabophones qui reconnaissent le bien-fondé de la question linguistique.

La réaction de rejet des manifestants à travers plusieurs régions du pays, hormis quelques énergumènes qui ont trouvé dans les réseaux sociaux un terrain de prédilection pour leur discours anti-kabyle, à l’interdiction par les militaires de l’utilisation du drapeau amazigh dans les manifestations est édifiante.

Par son initiative, Ahmed Gaïd Salah, le chef de l’état-major de l’armée, voulait donner à son institution un rôle de sauveur de l’unité nationale « mise en danger » par des « séparatistes kabyles ». À son corps défendant il en a fait un drapeau. Cette réaction de manifestants qui ne voulaient pas se laisser berner par des manœuvres de division n’existait pas avant.

L’Algérie est une nation en construction. Elle ne s’est pas totalement émancipée de la gestion régionaliste née de la guerre de libération. Rappelons-nous les chefs du FLN qui considéraient la wilaya 3 (la Kabylie) comme monopoliste alors que, malgré ses difficultés, elle n’a pas hésité à financer d’autres wilayas du FLN-ALN. Je pense que les gens politisent ces questions identitaires pour avoir de plus grandes parts du gâteau.

J. M. M Pensez-vous qu’en dépit de ses dénégations quant à son influence dans les événe-ments récents, la France s’efforce d’y jouer un rôle et singulièrement dans la « question kabyle » ?

A. G Ce qui intéresse la France ce n’est pas la Kabylie, mais la défense de ses intérêts.

Jean Michel Morel Écrivain, ancien médiateur culturel, Ali Guenoun Auteur d’une thèse de doctorat d’histoire intitulée « Une conflictualité interne au nationalisme radical algérien : la question berbère-kabyle. De la crise de 1949 à la lutte pour le pouvoir en 1962″ et de « Chronologie du mouvement berbère 1945-1990″.

.
Mardi 27 août 2019 GUENOUN Ali, MOREL Jean Michel

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin