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23 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

racisme (regards contretemps)

Comment est-on passé de « l’arabe » au « musulman » ?

Il y a cent ans, on haïssait au nom de la couleur de peau. Dans les années 1970, le racisme prend une forme culturelle : au pied des tours HLM, c’est désormais « l’arabe » que l’on dénonce comme « l’envahisseur ». Jusqu’à subir une nouvelle mutation, plus récente, en la figure du musulman. Quel chemin les mots ont-ils suivi ?

Pour les quinquas et leurs aînés, c’est une sorte de souvenir flou, confus, le sentiment que quelque chose dans le vocabulaire a changé. Il y a quelques dizaines d’années, dans les conversations de bistrot, on parlait plutôt des Arabes. Aujourd’hui, ce sont les musulmans et l’islam qui ont la cote sur les comptoirs en zinc, ou sur les comptoirs virtuels des réseaux sociaux.

Des « travailleurs arabes » aux « Arabes » tout court

Le vocabulaire s’adapte à l’époque. Il a en réalité connu plus d’une mutation : « Au temps des croisades on parlait des Sarrasins, au début du 19è siècle, c’était les « enturbannés », dans les années 1930 on disait les « Sidi » (du nom de la ville de Sidi Bel Abbès, à 80 km d’Oran, en Algérie, NDLR)… Cela correspond toujours à une posture ethno-historique », explique l’historien Pascal Blanchard.

C’est à partir des années 1970 qu’on commence à parler d’Arabes de manière très régulière pour désigner les populations dites maghrébines qui habitent en France, et qui sont d’abord associées à la question du travail. On parle ainsi beaucoup de « travailleurs étrangers ». Ou, dans une moindre mesure, de « travailleurs arabes ». Ainsi ce titre du journal Le Monde, sur une grève à Marseille, en 1973 : « Un mouvement de grève des travailleurs arabes a été diverse-ment suivi ». Ou cet autre titre, de 1971 : « L’alphabétisation : clé de l’intégration sociale des travailleurs étrangers ». « Plantu dessine alors des immigrés avec des casques d’ouvriers. Aujourd’hui il ajoute des mouches autour de la plupart des musulmans… », fait remarquer Thomas Deltombe auteur de L’islam imaginaire, sous-titré La construction médiatique de l’islamophobie en France, 1975-2005.

Dans la deuxième moitié des années 1970, à la faveur du regroupement familial qui s’accentue, ces thématiques liées au travail vont céder la place à des articles sur les pratiques culturelles des travailleurs immigrés. « Il y a une focalisation croissante sur ce qui est perçu comme différent », analyse Thomas Deltombe.

La désignation de ces populations comme musulmanes est quasiment absente des discours. Même l’extrême droite n’y a pas recours : « Les mots du racisme contre les Arabes sont à l’origine laïques : « bicot », « bougnoule ». À l’extrême droite, on avait parfois des sympathies pour l’islam. François Duprat ( figure de l’extrême droite dans les années 1960-1970) n’a pas une ligne contre la religion musulmane. Quand il met en place le discours anti-immigration du FN dans les années 1970, les arguments se veulent exclusivement centrés sur le coût social », explique le spécialiste du Front National Nicolas Lebourg.

À cette époque, l’extrême droite essaye plutôt d’instiller l’idée d’une « invasion arabe », avance l’historien Todd Shepard. C’est en particulier l’intention des fondateurs de la Nouvelle Droite, Dominique Venner et Alain de Benoist. Les peurs qu’ils agitent tournent autour des mariages mixtes ou de la criminalité sexuelle, pas de la religion.

« Musulmans », un retour

Des outils linguistiques confirment l’hypothèse d’un déclin de l’utilisation de l’expression « les Arabes », comme celui développé par le laboratoire Praxiling, à l’université de Montpellier. Maître de conférences, Sascha Diwersy a constitué une base lexicale à partir d’un échantillon-nage des articles du Monde de 1944 à 2015, soit 350 millions de mots. Il montre que l’expres-sion commence à être utilisée dans les années 1960 et atteint un pic entre 1969 et 1975.

L’analyse doit être nuancée par le fait que nombre de ces occurrences de « les Arabes » renvoient en fait aux pays arabes. Mais le pic d’utilisation correspond exactement à la période indiquée par les historiens et sociologues que nous avons interrogés.

Pourquoi l’expression décline-t-elle à la fin des années 1970 ?

Avec la culturalisation de l’immigration, et l’émergence de thématiques liées au racisme culturel, le mot « Arabe » prend peu à peu une connotation péjorative. Puisqu’il est le mot utilisé par les racistes et l’extrême droite pour dénoncer les travailleurs immigrés, la presse et le monde politique commencent à s’en distancier.

C’est alors qu’émerge, au début des années 1980, le terme « musulmans » : « On constate à cette époque une méfiance vis-à-vis du mot « arabe », qui diminue en fréquence, fait remarquer le linguiste Alain Rey. L’appartenance religieuse paraît plus correcte pour déterminer quelqu’un. On passe alors au mot « musulmans » pour des raisons de correction, mais sans s’occuper de savoir si les personnes en question sont bien musulmanes. » Un peu à la manière d’un Nicolas Sarkozy, qui invente le concept de « musulmans d’apparence »…

« Ça fait raciste de parler des Arabes, ça désigne des peuples, une origine ethnique, c’est mal vu, alors que parler de musulmans, c’est tout à fait permis. En passant d’Arabes à musulmans, on a l’air d’être moins raciste. Et c’est aussi pratique parce qu’on peut leur trouver une faute, autre que leur origine ou que de manger du couscous. Être musulmans, ils pourraient arrêter de l’être », commente la sociologue Christine Delphy.

Là encore, l’outil Ngram Viewer confirme l’hypothèse d’un effet de vases communicants entre les mots Arabes d’un côté et musulmans de l’autre. Cet outil analyse les données de près de cinq millions d’ouvrages, soit environ 4% des livres jamais publiés, le plus gros corpus linguistique de tous les temps d’après le linguiste Jean Veronis. Ngram montre bien un pic de l’utilisation du mot « Arabes » au milieu des années 1970, puis un déclin, et une augmentation presque concomitante du mot musulmans.

L’islamisation des regards

Il est intéressant de noter aussi que le mot « musulman », en émergeant à cette période-là, n’effectue en réalité qu’un retour. Le corpus utilisé par Praxiling montre une très forte utilisation de l’expression dans les années 1950 et 1960, correspondant au statut des personnes coloni-sées en Algérie, qu’on va qualifier administrativement sous la catégorie « musulmans », tout en affirmant que cette catégorie n’a rien à voir avec la religion.

« C’était leur statut de Français musulmans d’Algérie (FMA) au parlement, c’est comme si vous disiez que le terme de binational est péjoratif. C’est un statut juridique », explique Pascal Blanchard, qui ajoute que l’on pouvait avoir le statut de musulman sans être pratiquant. Ironie de l’histoire, les hommes politiques de l’époque utilisaient le terme pour désigner un groupe ethnique, tout en se défendant de lui donner un caractère religieux. Alors qu’aujourd’hui, c’est le contraire : « On prétend parler seulement de religieux, alors qu’on puise dans les références racistes et racialisées, historiquement ancrées en France », fait remarquer Todd Shepard.

Jusque-là, une grande partie de la gauche est fascinée par ce qu’on englobe sous le terme de « Révolution arabe », qui désigne alors « l’héritage de la révolution algérienne et l’urgence de la lutte palestinienne, mais aussi le conflit du Sahara occidental, le nassérisme et les débats intra-algériens contemporains », raconte Todd Shepard dans son livre, Mâle décolonisation. Elle apparaît, aux yeux des militants français, « comme un fantasme alternatif, chargé de potentialités radicales ».

La révolution iranienne va doucher les espoirs des militants. Le régime iranien punit de mort l’homosexualité ou la sodomie et réserve un triste sort aux femmes : elles doivent porter le hijab et sont écartées de toutes les hautes fonctions publiques. On parle alors beaucoup des musul-mans, et surtout des musulmanes. C’est à ce moment-là, au début des années 1980, que commence ce que Thomas Deltombe appelle « l’islamisation des regards ». Une période dont on ne serait, selon lui, toujours pas sortis.

Un événement singulier, en 1983, symbolise cette mutation. Face au tournant de la rigueur, le gouvernement est confronté à des grèves de longue durée chez Citroën à Aulnay, chez Talbot à Poissy, ou encore à Flins, chez Renault. Des socialistes peuvent-ils utiliser l’argument écono-mique pour faire cesser les contestations ? Comment mater une grève, lorsque l’on se prétend proche des ouvriers ? Devant ce dilemme, le premier ministre Pierre Mauroy, aidé de Gaston Defferre (Intérieur) et Jean Auroux (Travail), va utiliser un subterfuge : déplacer le débat sur le terrain de la religion.

Les grévistes de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois viennent du Maroc, d’Algérie, de Mauritanie, du Mali ou de Turquie. Ils seront taxés d’intégristes, accusés d’être « agités par des groupes reli-gieux ». Gaston Defferre évoque « des grèves saintes d’intégristes, de musulmans, de chiites ». La lutte des classes risquait de tourner dans l’opinion au profit des salariés, le gouvernement joue la carte de la lutte des religions. Pourtant, tout cela ne repose que sur du vent. La CGT a bien intégré à la liste de revendications celle d’une salle de prière, mais il n’y a jamais eu de groupe religieux, démontre une enquête de Libération.

Une montée en islam

Tout au long de cette décennie, d’autres événements viendront cristalliser la confessionnali-sation de la question sociale et de la figure de l’Arabe. C’est l’échec de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, qui selon Nedjib Sidi Moussa, auteur de La fabrique du musulman, « aura été pour beaucoup dans la percée de l’islamisme en France ». Ou encore la stratégie de SOS racisme de mettre sur un même plan racisme anti-Arabes et antisémitisme. Et c’est enfin, à la fin des années 1980, « l’affaire de Creil », qui constitue un tournant selon le spécialiste des religions Olivier Roy : l’exclusion de trois collégiennes de leur école parce qu’elles refusent de retirer leur foulard en classe.

Dans le même temps, explique le sociologue Patrick Simon, les organisations militantes ou d’éducation populaire, qui étaient très présentes dans les quartiers, sont progressivement remplacées par des associations à fondement religieux. Elles prennent le relais des pouvoirs publics et des partis, qui abandonnent ou sont contraints d’abandonner le terrain, faute de relais suffisants.

La construction progressive d’un regard religieux sur les immigrés du Maghreb n’est pas uniquement fantasmée, ou créée par le pouvoir. Elle est aussi le fait de demandes religieuses, qui s’étaient jusque-là plutôt rendues invisibles, et qui vont devenir croissantes à partir des années 1980-1990. C’est une époque où les musulmans ont besoin de lieux de culte, où ils ouvrent des boucheries halal.

Après avoir déployé tous ses efforts dans son installation immédiate, cette génération construit désormais de l’infrastructure, de la pérennité, et se rend nécessairement plus visible. Leurs enfants vont maintenant à l’école, à l’université. Ils sont nés ici, et n’ont aucune raison de dire merci : ils veulent les mêmes droits que tous les Français, tout simplement. Et parmi ces droits figurent celui de pratiquer leur religion, un droit qu’ils revendiquent d’autant plus qu’on les regarde maintenant depuis quelques années davantage comme des musulmans que comme des Arabes…

En 1944 Jean-Paul Sartre affirmait que « c’est l’antisémite qui fait le Juif ». Soixante ans plus tard, le réalisateur Karim Miské observait que « c’est l’islamophobe qui fait le musulman ». Aux faits s’oppose la prophétie auto-réalisatrice, qui elle-même engendrera d’autres faits, dans une dialectique complexe et dont il serait impossible de déterminer le premier facteur. L’islamisation des regards créé le musulman, qui lui-même en retour renforce le regard qu’on a faussement porté sur lui.

La construction de la menace

Alors que la figure du musulman est désormais bien installée dans le paysage médiatique et politique, les années 1990-2000 vont la teinter d’une couleur menaçante, celle du terrorisme. Le « musulman » est remplacé par le « musulman dangereux », et ce dès la guerre du Golfe, qui « mobilise des figures de l’Arabe menaçant la France depuis l’extérieur », montre Thomas Deltombe dans un article co-écrit avec Mathieu Rigouste.

« C’est le moment où le concept d’islamisme arrive dans le débat public, alors qu’avant on parlait plutôt d’intégrisme. C’est aussi le moment où est introduit le concept de communauté musulmane », nous explique le chercheur. Les attentats de 1995 renforcent cette figure menaçante : « Le personnage de Khaled Kelkal, co-auteur présumé de l’attentat de la station RER de Saint-Michel, est décrit à la fois comme un « terroriste islamique né à Mostaganem en Algérie » et comme un « jeune délinquant originaire de Vaulx-en-Velin » », écrit Thomas Deltombe.

Dans ces années-là, si l’image du musulman a pris le dessus sur celle de l’Arabe, elle est encore ambiguë. L’extrême droite, notamment, hésite encore sur sa cible. « Entre 1989 et 1998, le FN considère dans sa revue théorique que l’islamisme participe comme lui d’un front identitaire contre le nouvel ordre mondial », explique Nicolas Lebourg.

L’attentat du 11 septembre 2001 est le point d’orgue de cette évolution, qui installe durablement la figure du terroriste musulman dans l’imaginaire collectif, et oriente la stratégie de l’extrême droite. « C’est là que l’islam devient, pour certains, antinomique avec la République », selon Pascal Blanchard. C’est là aussi que la vision populaire misérabiliste, celle de personnes passives inadaptées à la société française, fait place à la vision beaucoup plus active de personnes autonomes qui vont nous adapter, qui voudraient nous changer, à défaut de se changer eux-mêmes. « C’est l’idée d’une contrainte sociale, que les musulmans imposeraient leur rythme, leurs valeurs, que l’on peut voir dans le livre de Houellebecq, Soumission », commente Patrick Simon.

Les années qui suivent sont des années de crispation de part et d’autre, qui entérinent définitivement la figure du musulman dangereux ou du musulman revendicatif dans le paysage mental. À l’installation en 2003 de la commission Stasi chargée de réfléchir à « l’application du principe de laïcité » – en réalité à l’interdiction du foulard en l’école – et aux propos polémiques de l’éditorialiste Claude Imbert (« Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire ») répond la création du Collectif contre l’islamophobie (CCIF).

Un racisme reformulé

La suite est connue : le terrorisme qui se revendique de l’islam s’est multiplié, tout comme les unes des journaux titrant sur « cet islam sans gêne » ou « la peur de l’islam ». Le paradigme qui s’est mis en place dans les années 1980 ne s’est pas évanoui, il s’est même renforcé, tandis que l’expression « les Arabes » a presque complètement disparu du langage politique.

C’est ce que montre l’étude des tweets des hommes et femmes politiques, à partir d’un autre outil linguistique. #ideo2017, créé par l’équipe du linguiste Julien Longhi, recense les tweets des candidats et candidates aux élections présidentielles. Doctorante au laboratoire Praxiling, Manon Pengam a interrogé pour nous cette base. Résultat : elle n’a relevé qu’une seule occurrence du mot arabe, dans un tweet de Marine Le Pen, qui mentionne la « langue arabe ». En revanche, le mot « musulmans » ou ses dérivés sont utilisés dans une cinquantaine de tweets des candidats.

Si le musulman a supplanté l’Arabe, il ne faut toutefois pas se méprendre : le contenu de ces deux expressions conserve de nombreux points communs.

« Le rejet aujourd’hui des musulmans présente beaucoup de ressemblances avec celui de l’Arabe dans les années 1970 », estime Todd Shepard. « On n’ose plus parler des Arabes, mais les mêmes préjugés, la même détestation subsistent », complète Christine Delphy.

On observe donc à la fois une recodification et un glissement de sens. Recodification, parce ce qu’une partie du contenu et de l’imaginaire xénophobe sous-entendu dans l’expression « les Arabes » subsiste dans l’emploi actuel de l’expression « les musulmans ». Et glissement, parce que l’opinion publique plaque aussi des choses nouvelles derrière cette expression : « Le racis-me anti-Arabes a été recodé en islamophobie tactique, mais cette islamophobie a aujourd’hui une vie organique qui lui est propre », estime Marwan Muhammad, directeur du CCIF.

Arabe ou musulman, il s’agit dans les deux cas de la réduction d’un individu à une seule de ses caractéristiques, réduction qui peut s’avérer violente, aliénante. « Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles », écrivait le philosophe Henri Bergson, dans Le Rire. Les mots sont essentiels à la vie en commun, forment des œuvres d’art uniques, mais ils sont aussi de terribles instruments de pouvoir.

Aude Lorriaux 23 juillet 2019

http://www.regards.fr/

Lire aussi:

Dossier : politiques racistes, antiracisme politique (Contretemps)

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22 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

képis (cqfd)

vaches

Quand les képis font la loi

« Dans l’affaire Adama Traoré, il n’y a pas que le procureur et la maire de Beaumont-sur-Oise qui ont pris fait et cause pour les gendarmes tueurs, le ministère de l’Intérieur a pesé lui aussi de tout son poids. Quand Bruno Le Roux a été nommé ministre, c’est à la gendarmerie de Persan, où Adama est mort, qu’il a effectué son premier déplacement officiel.

C’est le gouvernement qui en a fait une affaire d’État.

Pour comprendre pourquoi, il faut garder à l’esprit que les forces de l’ordre constituent un pouvoir de plus en plus hostile au gouvernement, qui espère contenir cette rébellion en leur accordant mille faveurs, depuis le droit de porter leur arme même quand ils ne sont pas en service jusqu’à l’extension de l’usage de la légitime défen-se, en passant par la gratuité des transports RATP ou l’équipement de la BAC en fusils d’assaut.

Le 18 mai 2016, lors du rassemblement de flics organisé place de la République à Paris par le syndicat Alliance, Marion Le Pen et Gilbert Collard sont venus s’afficher aux côtés des manifestants.

C’est la première fois qu’on a vu des leaders d’extrême droite aussi chaleureusement accueillis par des policiers aussi nombreux. Dans le même temps, des études indiquaient qu’entre 50 et 70 % des policiers et gendarmes votaient Front National. Là-dessus, t’as des centaines de policiers qui manifestent cagoulés et armés dans les rues de Paris. Quand tu additionnes tout ça, tu ne t’étonnes plus que les dirigeants politiques baissent de plus en plus la tête devant les syndicats de police.

Ce à quoi on assiste, c’est une autonomisation des forces de l’ordre

La police n’est plus seulement le bras armé de l’État, c’est une force qui impose par elle-même son propre agenda politique. Cette évolution s’est d’abord manifestée sur le terrain médiatique : chaque fois que les violences policières font un mort, dans l’heure qui suit les syndicats de flics envahissent les plateaux télé pour marteler leur version, qui devient aussitôt la version officielle, celle que les médias vont relayer en boucle.

La famille ou le comité de soutien de la victime auront beau démasquer les mensonges de la version officielle, leur parole aura du mal à faire le poids.

La puissance des syndicats de flics en France reste un angle mort, on n’en parle jamais, alors que la police constitue un État dans l’État, un ministère dans l’Intérieur. Lors du mouvement social contre la loi Travail, tout se passait comme si le gouvernement laissait sa police réprimer en roue libre.

Des policiers se sont même étonnés publiquement : on ne reçoit pas d’ordres, ils nous laissent faire ce qu’on veut.

Cette autonomisation saute aux yeux quand tu vas sur les comptes Facebook communautaires des flics, où ils se lâchent complètement, sur le mode : laissez-nous faire, on va nettoyer la France.

Exemple, la page Facebook de Robert P, un ancien du Raid qui s’est présenté comme l’un des meneurs des manifs cagoulées d’octobre dernier : il y partage des vidéos ouvertement d’extrême droite. C’est devenu banal.

Quand t’as le directeur général de la police nationale qui se fait huer et mettre la pression par des flics en armes, chauffés à blanc par leurs syndicats, comme en octobre 2016, tu te dis que dans n’importe quel pays cela provoquerait des enquêtes et des mises à pied. Pas en France. Il y a même une vidéo où l’on entend des flics crier “les francs-macs en prison”, à se demander s’ils ne visaient pas leurs propres supérieurs. Tout ça passe comme une lettre à la Poste.

À droite et à gauche, on continue de nous bassiner avec la “police républicaine”, pendant que l’un de ses représentants les plus en vue dans les médias se sent suffisamment à l’aise pour faire l’apologie du mot “bamboula” sur un plateau de télévision. »

Et si la police n’était plus seulement le bras armé de l’État, mais une force d’occupation autonome, capable de dicter sa loi aux politiques ? Éléments d’analyse avec Mohamed, membre du collectif Quartiers 21 et militant aguerri contre les violences policières.

Propos recueillis par Olivier Cyran & Karima Younsi CQFD n°153 (avril 2017)
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06 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

kurdes (orient 21)

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Fresque en l’honneur de Kendal Breizh à Carhaix

Internationaliste pour « construire une société nouvelle »

Dans Jusqu’à Raqqa. Avec les Kurdes contre Daech, un jeune Français de 27 ans, de retour de Syrie, fait le récit de ses mois passés aux côtés des Unités de défense du peuple (YPG).

D’emblée, André Hébert – un pseudonyme – joue cartes sur table : « Je m’exprime en tant qu’activiste révolutionnaire, internationaliste, marxiste, soutenant la cause kurde. » Bien sûr, il y a quelque chose du rite d’initiation dans son expérience guerrière.

Pour autant, André Hébert passe les épreuves avec lucidité, les yeux ouverts sur le courage et l’abnégation de ses camarades, comme sur les insuffisances d’une organisation proto-étatique qui peine à embrasser deux tâches prioritaires : venir à bout d’ennemis que l’auteur qualifie de « néofascistes » et construire une société nouvelle, débarrassée du fléau du patriarcat et basée sur l’égalité de tous.

Parti de France en n’ayant, comme il l’écrit, qu’une « vague idée de ce qu’était le mouvement de libération kurde », André Hébert découvre « un peuple et un parti engagé dans une lutte qui est un modèle de progrès pour l’humanité. »

Le volontaire va ainsi mesurer la place prépondérante que, suivant les théories émancipatrices d’Abdullah Öçalan, le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) emprisonné à vie en Turquie, le PYD accorde aux femmes. Ce sont non seulement des combattantes à égalité avec les hommes, les 10 000 soldats qui se sont battus pour reprendre Rakka aux djihadistes étaient placés sous le commandement de Rodja Felat, une féministe de trente ans, mais elles sont les éléments déterminants de la transformation de la société kurde.

C’est près de Hol, ville stratégique sur la route reliant Rakka à Mossoul, qu’Hébert va subir un baptême du feu à grande échelle. Armés clandestinement par la Turquie, ayant récupéré du matériel militaire après la débâcle de l’armée syrienne, possédant les moyens financiers de se fournir auprès de trafiquants de tout poil, les membres de l’OEI (Etat Islamique) possèdent une puissance de feu bien supérieure à celle des YPG et des Unités de protection de la femme (YPJ). Seule l’aviation de la coalition menée par les États-Unis parvient à rétablir un fragile équilibre.

Au sujet de l’aide apportée par les puissances étrangères, Hébert adopte une position sans ambiguïté :

« J’ai entendu des voix déplorant le fait que les YPG acceptent l’appui militaire et diplomatique des Américains et des Russes. Ces critiques viennent de gens n’ayant aucun sens politique pratique, et peu de connaissance de la géopolitique du conflit syrien. Lorsque l’on est responsable de la vie de millions de personnes, les questions de pureté idéologique passent au second plan. »

La prise de Hol coïncide avec les attentats du 13 novembre 2015 du Bataclan et du Stade de France. Une information qui renforce la conviction du jeune combattant que, pour être efficace, il est au bon endroit au bon moment. Après un bref retour en France pour des raisons familiales, Hébert repart en Syrie pour prendre part à la prise de Rakka.

À cette occasion, il confirme que « les Kurdes étaient d’abord réticents à prendre Raqqa. Après la difficile bataille de Manbij, les généraux des YPG refusèrent de sacrifier davantage de cadres du Parti dans la lutte contre Daech. »

C’est donc « sous la pression de la coalition, et en échange d’un soutien militaire, financier et politique durable [que] les commandants des Forces Démocratiques Syriennes finirent par accepter début novembre 2016 de s’emparer de la ville. » Pour atteindre cet objectif, il a fallu sept mois de durs combats contre des djihadistes déterminés, bien armés et empreints d’une foi dévastatrice, assurés que leur lutte était juste et que, quelles qu’en soient les vicissitudes présentes, elle triompherait, emportant dans la tombe les « kouffar ».

Hébert considère que les lourds sacrifices consentis par les Kurdes et les combattants étrangers dont il garde un souvenir vivace, engagent les membres de la coalition, à commencer par les États-Unis, à respecter cet accord et à rendre possible la poursuite de l’expérience conduite au Rojava.

De plus, si la chute de Rakka a fini d’affaiblir l’OEI, elle n’a pas signifié que sa capacité de nuisance était pleinement éradiquée. Rakka a été détruite à 80 % ; d’autres villes syriennes l’ont été tout autant. Dès lors, pour ce témoin engagé, une conclusion s’impose : reconstruire Raqqa est donc « une tâche qui nous concerne tous si nous voulons éviter la résurgence du fondamentalisme islamique. »

Jean Michel Morel  6 juillet 2019

https://orientxxi.info/

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03 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

municipales (npa)

 elections

Élections municipales

Les grandes manœuvres ont commencé

L’arrivée de Macron au pouvoir en 2017 a dynamité le champ politique « traditionnel ». Les dernières élections européennes ont confirmé ce bouleversement. Et depuis, les grandes manœuvres pour une recomposition politique à droite comme à gauche ont commencé, avec en point de mire les municipales de 2020.

Les dernières élections européennes, première élection à caractère national depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, ont confirmé, sans grande surprise, la crise politique et l’effondrement des partis traditionnels. Mais aussi la réussite de Macron et des siens à construire une polarisation LREM-RN. L’effondrement des Républicains et du Parti socialiste, ainsi que l’émiettement de la gauche radicale ouvrent la voie aux grandes manœuvres.

L’extrême droite à l’offensive 

Les Républicains (LR) traversent une crise sans précédent. Cette crise ouvre des perspectives au Rassemblement national qui veut continuer, après entre autres Mariani, de ramener dans ses filets des élus républicains.

C’est ainsi que Marine Le Pen a lancé, le 16 juin, un appel clair « à tous ceux qui, chez LR, n’ont pas envie d’être embrigadés dans l’armée d’Emmanuel Macron. […] Nous sommes prêts à discuter avec eux, à mettre en œuvre des plates-formes d’action communes ».

Et depuis, les opérations s’accélèrent. C’est Mariani qui est chargé de jouer les passerelles avec son ancien parti. C’est ainsi qu’il a annoncé relancer en septembre la « Droite populaire » et, par la même occasion, le débat sur les alliances LR-RN pour les municipales de 2020.

Sans oublier le dîner entre Marion Maréchal et une quinzaine d’élus républicains, qui affaiblit une nouvelle fois LR. Est-ce que cette offensive sera « gagnante » pour le RN ? Les mois qui viennent le diront. Même si  depuis Sarkozy et encore plus depuis Wauquiez, il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre ce que disent, sur de nombreux sujets, LR et RN.

LREM continue le dépeçage 

Les élections municipales de 2020 sont importantes pour LREM, en particulier pour renforcer son implantation locale car à l’heure actuelle, le mouvement de Macron ne compte que 2 000 élus locaux.

La stratégie du parti présidentiel pour ces futures élections est le « cas par cas ». C’est ainsi qu’il soutiendra des candidatEs de LREM tout comme des sortants de droite ou de gauche. À cette heure, Laurent Degallaix (UDI) à Valenciennes, Emmanuel Darcissac (ex-PS) à Alençon (Orne) et Olivier Klein (PS) à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ont reçu l’investiture macroniste.

Les investitures actuelles ne sont pas sans poser de problèmes, en particulier au PS. Même si, à cette étape, LREM n’a pas encore finalisé ses investitures, en particulier dans les grandes villes, le parti macroniste continue sa stratégie de construction d’une polarisation avec le RN.

La gauche en ébullition 

Depuis les élections européennes, la « gauche » est aussi en ébullition et, là aussi, les grandes manœuvres ont commencé. Et c’est sans aucun doute dans la « gauche radicale » que cela se bouscule le plus avec le lancement du « big bang » de Clémentine Autain et Elsa Faucillon.

Il se fixe notamment pour objectif de redonner « du sens » à la gauche et d’essayer de s’unir pour les prochaines municipales pour qu’il y ait « moins d’éparpillement ».

Pour notre part, sans nier les désaccords qui existent, par la discussion et la confrontation des points de vue, nous voulons avant tout contribuer, sans arrière-­pensée électorale, à l’unité de notre camp social dans l’action.

Pour se mobiliser sur toutes les questions permettant de défendre les intérêts du monde du travail au sens large, que ce soit contre les licenciements, contre la répression des mouvements sociaux ou dans les quartiers populaires, contre telle ou telle loi gouvernementale ou attaque patronale, pour la justice sociale et climatique, contre l’extrême droite.

Bref, loin d’une focalisation sur les urnes.

Joséphine Simplon Mercredi 3 juillet 2019

https://npa2009.org/

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01 juillet 2019 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

npa 29 vertic

Libérez Carola Rackete et Pia Klemp, ouvrez les frontières !

Dans la nuit de vendredi à samedi, le bateau Sea-Watch 3 est entré dans le port de Lampedusa en Italie.

À son bord se trouvaient 42 migrants sauvés des eaux 17 jours plus tôt, ce qui n’a pas empêché l’assaut contre le bateau humanitaire mené par un navire de guerre dépêché par le ministre de l’Intérieur d’extrême droite Salvini…

Et une fois le bateau arraisonné, sa capitaine Carola Rackete, qui avait forcé le blocus des eaux territoriales italiennes, a été arrêtée par une vingtaine de policiers et assignée à résidence… Pour le ministre néo-facho Salvini, il s’agit d’« une criminelle au service des passeurs » qui mérite la prison notamment pour « résistance à un navire de guerre ». Elle risque jusqu’à 10 ans de prison !

Carola Rackete assume son geste : « Ce n’était pas un acte de violence, seulement de désobéissance. […] Mon objectif était seulement d’amener à terre des personnes épuisées et désespérées. […] Si nous ne sommes pas acquittés par un tribunal, nous le serons dans les livres d’histoire. »

Elle a raison ! C’est aussi le cas d’une autre capitaine, Pia Klemp, accusée elle aussi par la justice italienne d’aide à l’immigration clandestine et de complicité avec les « passeurs » alors qu’elle a sauvé plus d’un millier de vies en Méditerranée, qui risque vingt ans de prison, ainsi qu’une amende de 15 000 euros pour chaque vie qu’elle aura sauvée !

S’il s’agit de la mise en œuvre par l’extrême droite italienne de sa politique dégueulasse, celle-ci se déroule avec la complicité passive des gouvernements et institutions européennes, à commencer par celle du gouvernement français. Comment pourrait-il en être autrement, lui qui il y a quelques mois refusait, dans les mêmes conditions, d’accueillir l’Aquarius, et qui n’a à aucun moment proposé d’accueillir le Sea Watch 3 malgré les appels de détresse de ce dernier ?

Contre la criminalisation de la solidarité, le NPA exige l’arrêt des poursuites contre Carola Rackete et Pia Klemp, et leur libération immédiate.

Contre l’Europe forteresse, cette Europe criminelle, la libre circulation des personnes doit être un droit, et l’ouverture pure et simple des frontières une mesure d’urgence.

Montreuil,  lundi 1er juillet 2019

https://npa2009.org/

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30 juin 2019 ~ 0 Commentaire

sans papier (global voices)

catalane

Maria Dantas rendant hommage à Marielle Franco après sa victoire en Espagne.

Cette Brésilienne qui est passée de la case “migrante sans papiers” à celle de “députée en Espagne”

La Brésilienne Maria Dantas, en veste en jean, a été élue députée en Espagne. Pour la première fois dans l’histoire de l’Espagne, une députée fédérale d’origine brésilienne va occuper un siège au Congrès des députés. Maria Dantas a été élue pour le parti Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) le 28 avril 2019, lors des élections générales anticipées en Espagne.

La nomination de Dantas à ce poste est le fruit de ses années de militantisme social au sein du parti et de son travail en faveur des droits de l’homme en Catalogne. La députée était cinquième sur la liste de son parti, qui a obtenu un total de 15 sièges au Congrès. L’ERC est la première force politique catalane au Congrès espagnol – il y avait en tout 350 sièges en lice pour cette législature.

Maria Dantas est née en 1969 à Aracaju, capitale du Sergipe, dans le Nordeste du Brésil. Elle est avocate et militante sociale et elle vit à Barcelone depuis 25 ans. Elle est arrivée en Espagne pour faire des études de 2° et 3° cycle de Droit environnemental, philosophie juridique, morale et politique, et économie. Elle travaille actuellement dans une société catalane de financement, mais depuis des années, elle milite activement contre le racisme et le fascisme, et pour la défense des droits humains, civils et politiques des personnes.

La députée est, entre autres, membre de la plateforme Unité contre le fascisme et le racisme (UCFR). Elle collabore aussi avec le mouvement Tras la Manta (“Sous le manteau”, syndicat de vendeurs de rue à Barcelone), l’Association interculturelle des latinos pour la Catalogne, et l’Agence de communication interculturelle (Itacat).

Il y a environ dix ans, elle a obtenu la nationalité espagnole ce qui lui a donné accès à des droits politiques. Ces huit dernières années, elle s’est beaucoup investie dans des secteurs comme la citoyenneté, l’immigration et les mouvements sociaux au sein de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC).

Née dans une famille modeste, Dantas a vécu en Espagne pendant de nombreuses années comme une sans papiers et elle connaît bien les difficultés que cette réalité suppose. Après les élections, lors de son interview par téléphone à MigraMundo, elle a dédié sa victoire aux mouvements sociaux :

Je remercie grandement les mouvements sociaux pour leur soutien. C’est important qu’il y ait des femmes et des minorités au gouvernement pour changer les paradigmes.

Pour fêter sa victoire aux élections, Dantas portait un tee-shirt à l’effigie de Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro assassinée en mars 2018.

La députée a déclaré à MigraMundo avoir puisé son inspiration chez Marielle. Elle raconte qu’elle a accepté l’invitation à rejoindre la liste du parti motivée par une des idées de Marielle – sur l’importance de ne pas agir uniquement sur la base, mais aussi sur les institutions. “Le changement social se construit à partir de la base, mais il est important d’investir les institutions et d’agir de l’intérieur.”

L’avocate sait qu’elle n’a pas choisi la facilité. Brandir des étendards tels que les droits politiques pour les immigrants et trouver les moyens de les aider à entrer dans le pays, tout ceci va à l’encontre de la puissance des partis d’extrême droite à l’Assemblée nationale. C’est pourtant ce contexte hostile qui l’a décidée à accepter l’invitation de son parti.

Interrogée par MigraMundo sur la poussée de l’extrême droite en Espagne — représentée par le parti Vox , qui a obtenu 24 sièges, Dantas en a profité pour faire passer un message au député Santiago Abrascal, leader du parti. C’est en effet la première fois depuis la chute de la dictature de Francisco Franco (en 1975) qu’un parti d’inspiration franquiste va siéger au Congrès national.

“Il va devoir affronter une immigrante du Nordeste, une “cabra da peste” (au Brésil, personne courageuse, forte et sans peur que l’on pourrait traduire par : sale petite peste), qui lutte depuis des années contre les homophobes, les fascistes et les islamophobes”

Une fois l’élection passée, marquée par la victoire du parti socialiste de l’actuel Premier ministre Pedro Sánchez avec 123 sièges, le défi suivant est la formation du gouvernement, la formation d’alliances pour obtenir une majorité au Parlement. L’ERC, de Dantas, a déjà fait savoir qu’elle n’engagera aucune négociation avec les partis de droite et d’extrême droite.

17 Juin 2019

https://fr.globalvoices.org/

Lire aussi:

‘Qui a commandité l’assassinat de Marielle Franco ?’ demande le Brésil un an après le meurtre de la conseillère municipale (GV)

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28 juin 2019 ~ 0 Commentaire

stonewall (ucl npa guardian gr)

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Stonewall : 50 ans… et après

Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, il y a 50 ans exactement, débute ce que l’histoire a retenu comme « les émeutes de Stonewall » : 5 nuits d’affrontements contre la police. Aujourd’hui, 50 ans après, et alors que de nombreuses entreprises capitalistes (comme Google ou Netflix) ou gouvernements, voire la police new-yorkaise veulent nous faire croire qu’ils célèbrent les 50 ans de Stonewall, il est nécessaire de revenir sur ce pan de notre histoire et de nous le réapproprier.

Stonewall n’a pas été un phénomène isolé 

L’histoire de Stonewall est aujourd’hui largement connue : une descente de flics a lieu dans le Stonewall Inn, un bar gay tenu par la mafia dans Greenwich Village à New York. C’est la descente de trop, qui provoque une émeute, c’est-à-dire des affrontements entre les personnes trans, les drag queens, les gays, contre la police new yorkaise.

Cet événement est vu aujourd’hui comme fondateur du mouvement de libération gay et lesbien, dont le temps fort s’est fait dans les années 1970 pour réclamer la décriminalisation de l’homo-sexualité. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis en 1969, il était par exemple illégal de se travestir. En France il faut le rappeler, l’homosexualité est dépénalisée à partir de 1981. Et il faudra attendre 1990 pour que l’homosexualité ne soit plus considérée comme une maladie psychiatrique.

Plus qu’un mouvement de libération sexuelle

C’est dans ce contexte de criminalisation que vivent les personnes LGBT mais, malgré tout,se développent en marge des identités gay et lesbienne à partir de la fin de la SecondeGuerre mondiale, pendant les « Trente glorieuses », en particulier aux États-Unis et dans de nombreux pays d’Europe marqués par la politique d’État-providence. Stonewall est le symbole du début de ce mouvement, et pourtant il est loin d’avoir été un phénomène isolé : aux États-Unis, entre 1959 et 1969, on compte pas moins d’une vingtaine d’émeutes dans plusieurs villes comme Los Angeles, New York et San Francisco, à l’image de celle de la « Compton’s Cafetaria »en 1966.

Ce qui fera qu’on attache en réalité une aussi grande importance à Stonewall, c’est bien parce que cette émeute marque un tournant, avecla compréhension qu’il faut s’organiser et se battre pour ne plus subir, sortir du secret afin de pouvoir vivre dignement.

À la suite de Stonewall, ce sont deux organisations qui seront ainsi créées : le Gay Liberation Front (GLF) et la Gay Activist Alliance. Le GLF, qui perdurera pendant trois ans à New York, remet en cause le système dans sa globalité, nourri par les différentes luttes de libérations et par les mouvements antiguerres, comme le sera d’ailleurs, à ses début, le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) en France.

Il y a à la naissance du mouvement LGBTI une forte remise en cause globale du capitalisme, parce qu’il y a une compréhension que nos identités remettent profondément en cause ce système, en mettant à mal la question de la reproduction de la force de travail, en démontrant que les normes genrées sont une supercherie.

Un an plus tard, des manifestations sont organisées à Los Angeles et à New York pour commémorer Stonewall où on peut entendre : « Gay Pride » (fierté gay), « Gay Power », « Gay is Good ». Ce seront les premières gay pride, marche des fiertés. Il faudra attendre l’année 1971 pour la première pride française.

Nos identités sont-elles solubles dans le capitalisme ?

Si aujourd’hui les marches des fiertés en France sont largement célébrées à coup de marketing de grosses entreprises, comme c’est le cas aux États-Unis, il a fallu d’abord traverser la répression, les années SIDA, les batailles parfois sans fin pour l’égalité des droits. Aujourd’hui, le capitalisme semble avoir en partie intégré les identités gay et lesbienne : depuis les années 2000, on peut voir une représentation des plus en plus importante dans la culture.

C’est ce que le capitalisme sait faire parfaitement : s’approprier nos luttes et nos symboles. Pourtant, nous n’oublions pas que les personnes LGBTI sont toujours criminalisées partout dans le monde, que l’égalité des droits est loin d’être acquise, que nous vivons toujours l’oppression dans notre vie quotidienne, que nous sommes agresséEs, harceléEs, violéEs, assassinéEs.

Si Stonewall nous a appris quelque chose, c’est que c’est par la lutte que nous pouvons faire reculer les réactionnaires, mais que c’est aussi par l’organisation collective que nous pouvons nous battre et arracher des droits. Aujourd’hui, plus que jamais, nous ne devons pas seulement commémorer Stonewall, mais reprendre la rue dans un contexte de montée de l’extrême droite et des réactionnaires.

Mimosa Effe  Vendredi 28 juin 2019

https://npa2009.org/

npa

Lire aussi:

50 ans après Stonewall, nos luttes doivent retrouver l’offensive ! (UCL)

La Marche des fiertés est-elle encore un événement politique ? (Anti-k)

Pride has sold its soul to rainbow-branded capitalism (The Guardian)

Il y a 50 ans : les émeutes de Stonewall (TMI)

50 ans après. Stonewall means fight back ! (RP)

« Au grand jour nous apparaissons » : les débuts du mouvement LGBT en France (RP)

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27 juin 2019 ~ 0 Commentaire

medef (france info)

papa sultz

« T’es sûr hein? Elle n’est pas de gauche?

Le Medef invite Marion Maréchal à son université d’été

C’est la première fois qu’une personnalité issue de l’extrême droite est conviée au traditionnel rendez-vous estival de l’organisation patronale. D’autres personnalités politiques, de La France Insoumise aux Républicains, en passant par LREM, ont aussi été invités.

Pour la première fois, le Medef fait le choix d’inviter une personnalité issue de l’extrême droite à son université d’été. L’organisation patronale a en effet confirmé à l’AFP, jeudi 27 juin, que l’ancienne députée RN, Marion Maréchal, avait été « sollicitée » pour participer, les 28 et 29 août à l’hippodrome de Longchamp, à Paris, à son traditionnel rendez-vous estival, rebaptisée « Rencontre des entrepreneurs de France ».

Au total, « 250 personnes ont été sollicitées jusqu’ici afin d’obtenir un panel aussi large que représentatif de l’ensemble des sensibilités politiques, de La France insoumise à Marion Maréchal. Cette dernière fait partie des personnes qui ont été sollicitées, rappelle à l’AFP la première organisation du patronat français. Depuis 2012, l’ensemble des partis ont été auditionnés par le Medef avant les différents scrutins européens ou nationaux. Marine Le Pen a d’ailleurs participé à une audition en 2017 dans le cadre des présidentielles comme tous les autres candidats ».

« Si cette information est exacte, c’est très grave »

Cette annonce n’a pas tardé à faire réagir. A commencer par l’ancienne présidente du Medef. « Si cette information est exacte, c’est très grave », a tweeté Laurence Parisot. Plusieurs députés LREM ont également décidé d’annuler leur présence fin août. Parmi eux, Roland Lescure : « Ce sera sans moi », dit-il sur Twitter.

L’invitation de Marion Maréchal « est une provocation dangereuse qui plus est. Et ce sera le boycott pour ma part », a réagi de son côté la députée LREM Olivia Grégoire. Si des candidats d’extrême droite ont déjà été auditionnés par le passé, jamais ils n’avaient, en revanche, été formellement invités à l’université d’été du Medef.

https://www.francetvinfo.fr/

Commentaire:

Le fascisme ne devient possible que si le patronat finance ses milices…

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26 juin 2019 ~ 0 Commentaire

séparatisme (gauche anticapitaliste.be)

 belgique

Flandre: un mouvement séparatiste de masse ?

Le séparatisme est-il devenu un mouvement de masse en Flandre ? C’est ce qu’affirme, avec amertume, l’historien Bruno de Wever dans une interview parue dans le quotidien De Standaard du 15 juin.

Il est vrai que les deux partis flamands qui se revendiquent du séparatisme, la NVA néo-libéral et le VB d’extrême droite, ont à eux deux plus de voix (45%) que les autres partis. Je crois pourtant qu’il faut nuancer cette affirmation. Ce n’est pas parce que la majorité des Flamands ont voté pour la NVA ou le VB qu’ils veulent mettre fin à l’existence de l’État Belgique.

Bruno de Wever, frère de Bart, est un spécialiste du mouvement flamand et de la collaboration avec le nazisme. Il a publié en 1994 une étude fondamentale sur le parti nationaliste flamand d’avant-guerre VNV, le Vlaamsch Nationaal Verbond, qu’il a caractérisé comme une organisation intrinsèquement fasciste.

Cela a suscité chez tous ceux qui ont des racines historiques et idéologiques avec ce parti, indignation et colère. On n’aime pas être associé à un passé criminel et on impute ce qu’ils appellent des faux pas à « l’idéalisme » au service des droits culturels flamands, quitte aux conséquences malodorantes. Les collaborateurs n’ont-ils pas combattu en Belgique une discrimination réelle et en Russie, les armes à la main, le communisme athée ?

L’idéologie flamande

Cet « idéalisme » est une des caractéristiques de l’idéologie flamande. Toute personne qui a eu des liens actifs avec le mouvent flamand, qu’il ait été démocrate, conservateur, fasciste, socialiste ou même communiste, est présenté comme un idéaliste, faisant partie d’une sainte alliance dans le combat pour la bonne cause nationaliste et sa participation à « l’éveil de son peuple » qui lui, était encore inconscient de sa tâche historique .

Devenir État (Volk wordt staat). Je mentionne que le marxiste (de la 4è internationale blog) Ernest Mandel est mentionné positivement dans la Nouvelle Encyclopédie du Mouvement Flamand publiée en 1998.

Les collaborateurs poursuivis se sont, sans vergogne, présentés comme les vraies victimes de la Deuxième Guerre mondiale. N’est-il pas remarquable qu’un politicien comme Willy Kuijpers, ancien député pour la Volksunie, le parti petit-bourgeois flamand d’obédience démocrate né après la guerre, a négocié dans les années 1970 avec les autorités allemandes pour que des collaborateurs, dont des hommes qui ont fait la guerre dans les rangs de la Waffen-SS, reçoivent une pension.

Cette idéologie nationaliste, pas nécessairement séparatiste, qui domine depuis un siècle le paysage culturel nationaliste flamand et au-delà, est réapparue avec force depuis la droitisation néo-libérale et l’apparition de mouvements populistes en Europe, fleurissant sur l’humus de l’insécurité sociale.

Bruno de Wever a tourné le dos aux idées nationalistes flamandes de sa famille en évoluant vers la gauche, tandis que son frère Bart, le chef de la NVA, a échangé ses idées petites-bourgeoises qui caractérisèrent le milieu nationaliste flamand, pour des positions néo-libérales, plus en accord avec l’émergence d’un patronat moderne en Flandre qui s’oppose à la bourgeoisie traditionnelle belge et francophone en déclin.

Deux ennemis amis: la NVA et le VB

L’historien souligne que les différences électorales prononcées entre la Wallonie et la Flandre s’expliquent par leurs traditions respectives et les circonstances politiques. En Wallonie le mouvement ouvrier a absorbé le nationalisme. Les protestations contre les inconvénients de la vie ne s’y expriment pas sur un fond nationaliste « ethnique ».

En Flandre cependant le séparatisme a toujours été lié à des idées de droite et d’extrême droite, tandis que la gauche s’est méfiée des sentiments nationalistes flamands, n’y opposant aucune alternative crédible.

Suite à la défaite allemande, les idées réactionnaires des nationalistes flamands ont continué à végéter dans des associations culturelles, des petites maisons d’éditions, des groupes de jeunesse, etc., qui avaient tous leur place dans les manifestations publiques flamandes de grande ampleur comme le « « Pélerinage à l’Iser » (IJzerbedevaart), ou la Fête du Chant National Flamand (Vlaams Nationaal Zangfeest).

Le Vlaams Belang est l’expression politique unifiée et modernisée du visage démocrate de ces résidus d’extrême droite. Mais l’apparition d’une organisation aux allures paramilitaires comme Schild en Vrienden, nous rappelle que le fascisme n’y a pas disparu.

Notez que le Führer de cette organisation née dans le giron de la NVA, vient de se ranger du côté du VB, qui l’a accepté avec enthousiasme et l’a parachuté dans le parlement fédéral. Si le VB doit tenir compte d’élect.eur.rice.s qui ne partagent pas pour autant les idées éthiques réactionnaires traditionnelles de l’extrême droite (anti-avortement, homophobie, etc.), il doit également tenir compte de ses électeurs traditionnels.

Il faut donc louvoyer entre les deux électorats en mettant l’accent sur la xénophobie et l’islamophobie cristallisées dans le slogan « Nos gens d’abord » (Onze mensen eerst). La nouvelle direction du VB a très bien compris que la NVA (« un parti impitoyable qui ne s’intéresse nullement aux plus faibles » selon BDW) s’adresse principalement aux Flamand.e.s qui vivent dans une certaine aisance.

À la suite de Marine Le Pen ils ont attaché à leur programme islamophobe et anti-immigrants un volet social qui tranche avec les mesures anti-sociales de leur « ami hostile ». Cela ne repré-sente pas grand-chose mais assez pour capturer une partie de la classe ouvrière. En réalité ils restent foncièrement ennemis du monde syndical, sont partisans du néo-liberalisme et refusent toute solidarité avec le reste de la population ouvrière belge qui, selon eux, profite de la sécurité sociale au détriment des Flamands.

La NVA qui se proclame démocrate et qui avait réussi à capturer à ses débuts une partie substantielle de l’électorat VB, appartient selon Bruno de Wever, à la même famille politique nationaliste-séparatiste : ce sont des « amis ennemis ».

Observez le jeu que la NVA joue dans les pourparlers actuels pour la formation d’un gouverne-ment flamand, et sur le plan fédéral avec son chantage « confédéraliste ». La jeune NVA avait récupéré sur sa droite une partie des électeurs du VB (qu’elle vient de perdre aujourd’hui), mais elle a réussie à capturer par contre une partie importante des électeurs qui votaient par tradition pour la sociale démocratie, mais qui ne se retrouvent plus dans un SPA qui a sombré dans la collaboration avec le néo-libéralisme et la défense d’une Union Européenne non-démocratique.

Selon Bruno de Wever cela a poussé une partie du monde ouvrier à naviguer dans eaux des séparatistes. Il y a même plus grave : le poids de la NVA et du VB ensemble pousse les autres partis traditionnels de plus en plus vers la droite sur des questions comme la sécurité, l’immigration, droits démocratiques, etc.

Des voix dans ce sens ont résonné dans le SP.A suite à la droitisation autour de l’immigration de la sociale démocratie danoise sous la direction de madame Mette Frederiksen, ce qui lui a donné une victoire électorale.

Dans ce sens on peut dire que la droite nationaliste flamande domine idéologiquement le terrain politique. Et il est certain qu’elle s’efforce de propager l’idéologie séparatiste aussi largement que possible. Vu la situation sociale néo-libérale qui a miné les partis traditionnels chrétien-démocrate et social-démocrate, les seuls instruments du nationalisme flamand (flanqué par une organisation patronale comme le VOKA) sont l’idée séparatiste et la haine des fainéants et de immigrés tenus pour responsables de tous les maux possibles.

Coupure historique et dangers anticonstitutionnelles

Par rapport à la Belgique de l’après-guerre basé socialement sur un compromis entre le patronat et le mouvement syndical et politiquement sur l’existence des trois « piliers » politico-idéologiques (chrétien, socialiste et libéral), la situation politique et idéologique a changé de fond en comble. Il s’agit selon Bruno de Wever d’une coupure historique.

Mais il ajoute qu’un parti comme la NVA, du moment qu’il est porteur de l’État, payera tôt ou tard la note, comme cela a été le cas de feu la Volksunie d’Hugo Schiltz. « Depuis 1970 la constitu-tion est bloquée. En fait la NVA ne peut rien faire, sinon quitter le chemin démocratique et constitutionnel.

Sa stratégie/rhétorique d’un gouvernement sans les socialistes qui impliquait déjà une réforme de l’État, n’était pas tenable. » Il est vrai que, selon l’historien, un bloc séparatiste ayant la majorité absolue peut initier le chaos. « Alors des choses anticonstitutionnelles deviennent possibles. » Mais on en est pas là. « La Belgique survit pour la bonne raison que Bruxelles est un problème insoluble pour les séparatistes ». La NVA n’a pas de programme par rapport à la question bruxelloise. « Cette ville de 1,2 millions d’habitants est enclavée dans la Flandre. On ne peut la lâcher. Bruxelles garantit une longue vie à la Belgique ».

Quant au séparatisme comme mouvement de masse en Flandre, je dois remarquer que les électeurs de la NVA et du VB ont voté pour un éventail de raisons plein de contradictions, dont l’idée séparatiste d’origine romantique n’est qu’un aspect minoritaire.

La majorité des Flamands a trop les pieds sur terre pour se faire entraîner par ce qu’Antonio Gramsci appelait une « idéologie arbitraire » qu’est le séparatisme flamand, inventé par des nationalistes ultras qui font tout pour se faire élire, croyant qu’ainsi ils vont réaliser leur rêve fantasmagorique.

Les Flamands n’ont pas, pour des raisons historiques, de pensées organisées autour d’une idée centrale, comme par exemple les Français qui, dans leur grande majorité croient religieusement dans leur République et ses valeurs républicaines, nées en 1789-1792.

Ni la NVA ni le VB arriveront à inculquer une idéologie nationaliste analogue dans les têtes flamandes. Ces têtes ne sont pas de bois, ni rempli de bière comme affirmait publiquement l’empereur Joseph II, également duc du Brabant, duché qui donna son nom à la révolution qui établit en 1790 les États-Belgiques-Unis

Pips Patroons  25/06/2019

https://www.gaucheanticapitaliste.org/

Lire aussi:

Bruxelles, la Flandre et le fédéralisme (LCR)

Ernest Mandel Nationalité et lutte de classe en Belgique 1958 1973

Commentaire:

Toute proportion gardée, cela ressemble à la droite nationaliste bretonne: une partie libérale (Locarn) et une partie assumant son passé fasciste, voire nazi.  (Avec des passerelles).

Ernest Mandel est cité car il défendait un intellectuel flamand pro allemands (en 1914)

 

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14 juin 2019 ~ 0 Commentaire

débarquement (lutte ouvrière)

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Le débarquement de juin 1944

L’Allemagne nazie vaincue, mais pas l’impérialisme

Les grands de ce monde sont friands de commémorations, qui leur servent de faire-valoir sur les dépouilles des millions d’hommes que leurs prédécesseurs ont envoyés au massacre. Les cérémonies organisées pour le 75e anniversaire du débarquement des troupes alliées en Normandie, le 6 juin 1944, font partie de ces rites.

La particularité de cette année est que la grande cérémonie réunissant souverains et chefs d’État occidentaux a été déplacée de l’autre côté de la Manche, à Portsmouth, mercredi 5 juin, avant que Macron ne les reçoive les jours suivants dans plusieurs villes normandes.

Une fois de plus, les discours ont brodé sur le mythe de la victoire du « monde libre » sur la barbarie nazie. Certes, pour les peuples qui vivaient depuis des années sous la dictature hitlérienne, subissant les emprisonnements, les massacres d’opposants et les bombardements, le débarquement des troupes alliées sur le continent fut ressenti comme la promesse d’une paix future.

La bataille de Normandie qui s’ensuivit, où l’état-major allié bombarda systématiquement des villes peuplées de civils, faisant au moins 30 000 victimes, montra vite les limites de la prétendue démocratie que les libérateurs étaient censés apporter.

Par cette politique terroriste, les dirigeants alliés, craignant que la libération des territoires ne s’accompagne de révoltes comme il y en avait eu à la fin de la Première Guerre mondiale, cherchaient à vider les villes. Leur but était d’empêcher qu’une opposition à leur propre domination ne se développe avant que des appareils d’État capables de museler des mouvements de révolte soient remis en place dans l’Europe en ruines.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale n’était rien d’autre que la victoire d’une bande de brigands impérialistes sur une autre. Les dirigeants des États occidentaux alliés, la Grande-Bretagne, la France jusqu’à 1940 et plus tard les États-Unis, connaissaient depuis longtemps la nature du régime hitlérien.

Ils connaissaient parfaitement la terreur que celui-ci faisait régner sur le peuple allemand, la destruction des organisations ouvrières, les assassinats d’opposants, la présence de camps et le massacre des Juifs. Ils avaient laissé faire et ne s’étaient inquiétés que lorsque l’impérialisme allemand devenait hégémonique en Europe, menaçant leur domination économique sur des pans entiers de la planète.

Les États-Unis avaient donc pris la tête de la croisade contre l’impérialisme allemand (et japonais en Asie). Ils étaient devenus une puissance économique dominante, loin devant la Grande-Bretagne et la France. De plus, cette dernière, occupée par les armées allemandes et dont les ressources économiques étaient sous leur contrôle, était hors-jeu. Quant aux États-Unis, dont le territoire avait été épargné par les combats des deux guerres mondiales, ils avaient gardé un appareil industriel intact, qui s’était sorti de la crise économique grâce aux commandes d’armement.

Lors du débarquement de juin 1944, l’armée des États-Unis possédait donc une capacité de destruction bien supérieure à celle que pouvaient lui opposer les armées allemandes, qui menaient en outre de lourds combats sur le front est. Ils avaient aussi la supériorité numérique.

Une intense propagande avait été développée dans les pays alliés pour convaincre leurs soldats qu’ils allaient se battre pour la liberté. Le jour J, le 6 juin 1944, 132 000 hommes, américains, canadiens et britanniques, firent partie de la première vague de débarquement, ayant contre eux 40 000 soldats allemands. Ce fut un carnage calculé, le calcul de l’état-major allié étant de faire débarquer plus d’hommes que l’ennemi ne pouvait en tuer dans le même laps de temps.

Par ailleurs, la majeure partie de l’effort de guerre reposait sur le peuple de l’URSS, alliée du camp américano-britannique, tan­­dis que la politique de Staline et des partis communistes staliniens garantissait à la bourgeoisie occidentale qu’ils empêcheraient toute révolution à la fin de la guerre.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale a donc confirmé la suprématie de l’impérialisme américain sur ses concurrents et n’a pas été la fin du système économique à la source des guerres mondiales. Cette suprématie s’est marquée par des foyers d’incendie déclenchés et attisés partout sur la planète, du Vietnam à l’Afghanistan, de l’Irak au Proche-Orient, en permanence depuis 75 ans.

Les commémorations du Jour J rappellent la mort de dizaines de milliers de jeunes, victimes de la politique de l’impérialisme en ayant cru qu’en libérant l’Europe du nazisme ils apportaient la paix au monde.

Marianne LAMIRAL 12 Juin 2019
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