Archive | Antifascisme

03 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

scalp (cqfd)

FNscalp

Petite histoire du Scalp : « Déterrer la hache de guerre » !

Le Scalp et le réseau No Pasaran font partie de l’histoire de l’antifascisme radical.

S’ils n’ont pas toujours réussi à dépasser le cadre de l’affrontement ritualisé avec les fachos ou la police, leurs membres ont quand même essayé d’attaquer le mal à la racine. Et, si possible, de refaire le monde.

Toulouse, 6 juin 1984.

La Section carrément anti-Le Pen (Scalp), lancée quelques semaines avant dans la ville rose, veut empêcher coûte que coûte un meeting de Jean-Marie le Borgne. À l’époque, le FN fait son entrée dans le jeu électoral. L’infâme passe même à la télé ! « Une fois Mitterrand élu, le FN est monté en flèche, se souvient Isabelle [1]. Le combat contre l’extrême droite ne tenait plus de la simple guéguerre entre étudiants et fachos. Le Scalp a alors été créé pour élargir la lutte, en dehors des orgas politiques. »

À Toulouse, où le terreau anti franquiste participe de la dynamique antifasciste, la mayonnaise prend.

Après des semaines de mobilisation, 4 000 personnes répondent à l’invitation du Scalp à « déterrer la hache de guerre ». Une manif offensive. « Il s’agissait d’en découdre avec les fachos et les flics », résume Isabelle. Le Scalp se veut sexy et punchy. Et il se sent fort, ce 6 juin 1984. La veille, Gérard et ses copains ont fait péter la salle municipale dans laquelle doit se tenir le meeting [2]. Pour signature, des croix gammées accolées au mot « Porcs ». Suivront une quinzaine de plasticages anti-FN en un mois.

« Des manifs et des bastons »

Des Scalp voient ensuite le jour un peu partout. Mickaël, alors lycéen, intègre la section borde-laise : « Un Scalp “ première mouture ”, une sorte de tribu, marquée par la culture ‘‘ rock alter-natif ’’ et assez agressive, car l’extrême droite locale était violente. » En bande-son, Les Bérus, « La jeunesse emmerde la Front national ». Mickaël en est : « Le Scalp, c’était la classe. Ça voulait tout dire en un seul mot qui claque ». Pour d’autres, le souvenir est plus amer : « Il y avait surtout des gars pleins de testostérone, des manifs et des bastons », regrette Isabelle. « En vrai, c’était très folklorique : avec nos looks, on faisait flipper les gens », rigole Aude, qui a traîné avec la section parisienne.

Dans certaines villes, la sauce prend bien.

Comme à Nantes, où le Scalp possède un local, organise des réunions hebdomadaires et fédère large au sein de la jeunesse. Activisme tous azimuts : « Des forêts de Sherwood poussaient dans les halls de l’université, on pillait des buffets et on redistribuait, on faisait des happenings, on pratiquait l’occupation, se souvient Mickaël. À partir de 1994, on a mis le feu à Nantes, alors endormie. » Grâce à des copains paysans, du lisier de poules sert à baptiser le nouveau local du FN. Ou à attaquer un McDo, en solidarité avec les anti-OGM.

Se structurer pour durer

« Nous ne voulions pas nous limiter aux seules courses-poursuites avec les fachos, en confon-dant violence et radicalité, mais participer aux luttes des sans-papiers ou des chômeurs », clarifie Mickaël. Il s’agit d’attaquer le fascisme à la racine : occupations d’antennes Assedic, actions anti-expulsion dans les aéroports, grèves étudiantes des années 1994-1996, oppo-sition aux anti-IVG, campagne « transports gratuits » avec les cheminots, réquisition de wagons pour voyager en Europe…

C’est dans ce cadre que le réseau No Pasaran voit le jour en 1993, fédérant une trentaine de groupe (en tête, les sections parisiennes et nantaises).

Au programme, mutualisation du matériel de propagande et édition du mensuel No Pasaran et de la revue RéfleXes, qui traitent aussi du sécuritaire, des mouvements étudiants ou des ban-lieues. Un succès, même si certaines sections se contentent de « vendre la quincaillerie de No Pasaran dans les concerts », ironise Mickaël.

Las, le réseau s’étiole progressivement au long des années 2000.

Avant d’annoncer finalement sa dissolution en 2013. Mais il peut – entre autres – se targuer d’avoir joué un rôle essentiel dans la formation de nombreux militants aujourd’hui investis dans les luttes anti carcérales, de soutien aux migrants ou de quartier. Il laisse aussi un héritage de pratiques d’actions directes, explique Aude : « Je venais d’une famille humaniste de gauche, c’est avec le Scalp que j’ai découvert la nécessité de la violence. Même si je regrette qu’elle ait parfois été la seule chose à nous rassembler… » Mickaël, lui, se fait plus lyrique : « J’ai décou-vert le frisson, l’autonomie, l’autogestion, l’engagement dans la durée, la camaraderie. Une lecture du monde qui ne m’a finalement jamais quitté. À tel point que je rêve parfois de recréer un Scalp… » Chiche.

Paru dans CQFD n°164 (avril 2018)

Cécile Kiefer, 03/09/2018

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02 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

białowieża (global voices)

Une des dernières forêts vierges d’Europe se désagrège sous les coups du gouvernement polonais

Les pétitions en ligne demandant la protection de la forêt de Białowieża ont réuni une multitude de signatures : 243.523 sur WeMove.eu, et 192.480 sur Rainforest Rescue.

Depuis deux ans et demi, les écologistes sont en guerre contre les autorités polonaises pour la forêt de Białowieża, un site inscrit au patrimoine de l’UNESCO et l’un des derniers et plus grands fragments restants de la forêt vierge originelle de l’Europe. En avril 2018, la Cour européenne de justice, l’instance judiciaire la plus élevée de l’UE, a jugé que la Pologne a enfreint les lois européennes en y abattant des arbres et lui a infligé une amende d’au moins 4,3 millions d’euros, pouvant passer à 100.000 euros par jour si les coupes se poursuivent.

En mars 2016, le ministre polonais de l’Environnement d’alors, Jan Szyzko, un membre du Parti Droit et justice appuyé par les lobbies forestiers, a approuvé le triplement des volumes de bois pouvant être récoltés de Białowieża, sous couvert de combattre une infestation de scolytes. En juillet, une poignée d’organisation environnementales polonaises ont déposé une plainte en bonne et due forme devant la Commission européenne, qui a ensuite poursuivi la Pologne devant la Cour européenne de justice de l’UE.

A cheval sur la frontière entre Pologne et Biélorussie, Białowieża comprend de vastes zones intactes, et abrite une faune sauvage riche de plus de 59 espèces de mammifères, dont le bison d’Europe. Mais alors que du côté biélorusse plus de 80 % de sa superficie est enclose dans un parc national, seulement 17 % de la forêt polonaise jouit d’un niveau de protection similaire. Les organisations environnementales de surveillance indiquent qu’au moins 160.000 à 180.000 arbres ont été coupés depuis le nouveau plan de gestion forestière du Ministre Szyzko en 2016..

L’indifférence à l’environnement est un trait commun à l’ensemble de l’Europe orientale.

En Roumanie, Greenpeace estime que trois hectares d’arbres disparaissent toutes les heures dans les montagnes des Carpates, où se trouvent également les derniers lambeaux de la forêt originelle européenne. En Slovaquie, les déclarations officielles sur la croissance de la forêt sont démenties par les photographies aériennes.

En Pologne, Szyzko a finalement été limogé en janvier 2017, quelques jours seulement après qu’un autre projet de loi controversé qu’il avait soutenu eut été approuvé par le parlement. Le texte supprime l’obligation pour les propriétaires privés de demander l’autorisation d’abattre les arbres ou d’informer les autorités locales que des arbres ont été ou seront coupés.

Le nouveau ministre de l’Environnement, Henryk Kowalczyk, a accepté de se conformer à la décision de l’UE, mais son administration continue à soulever la polémique. En mai, il a consti-tué une équipe pour élaborer un plan à long terme pour la forêt, avec un projet de replantation des zones de coupe, ce qui selon les écologistes fera plus de mal que de bien.

Manifestations

En mai 2017, des protestataires ont installé un campement permanent dans la forêt, en s’enchaînant souvent aux machines forestières. Le campement, organisé dans une démarche ascendante, a encouragé le développement de pétitions en lignes et d’une prise de cons-cience internationale.

La situation a dégénéré quand des protestataires ont été menottés et expulsés de force de la zone par les agents du service des Forêts, et qu’une interdiction légale a été mise en place pour empêcher l’accès à certaines parties du domaine. Au plus fort de l’été 2017, le ministère de l’Environment avait déclaré que toute contestation de l’abattage serait assimilée à une opposition politique.

Quand les médias d’État polonais, de plus en plus sujets aux interventions du gouvernement du parti ultra-conservateur Droit et justice, se sont mis à attaquer au vitriol les protestations, les militants ont décidé d’assaisonner leur message de patriotisme, en mettant l’accent sur le patrimoine national dans la ligne idéologique du parti.

Une modélisation numérique en 3D de la forêt, produite par une collaboration entre Green-peace et Minecraft, permet aux joueurs d’explorer Białowieża sous tous ses aspects, jusqu’à la biodiversité et la météorologie. Appelé “Jusqu’au dernier arbre debout”, le jeu ôte les arbres de la vue des joueurs sans avertissement; les laissant crapahuter pour trouver le dernier.

31 Août 2018

https://fr.globalvoices.org/

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02 septembre 2018 ~ 0 Commentaire

clément méric (fr3)

clement_meric_afp-3823910

Mort de Clément Méric en 2013 : trois skinheads devant les Assises

Tombé à 18 ans lors d’une bagarre en plein Paris en juin 2013, Clément Méric était un étudiant breton brillant et militant d’extrême gauche, contre le racisme ou pour la cause animale.

Trois skinheads comparaissent aux Assises à partir de mardi pour les coups portés au jeune homme. « Clément, c’est quelqu’un qui refusait de baisser les yeux. Et ce jour là, il ne les a pas baissés ». Le 5 juin 2013, la frêle et longiligne silhouette de Clément Méric s’écroule sur le bitu-me lors d’une bagarre entre jeunes antifascistes et militants d’extrême droite dans le centre de Paris. Dans un coma profond, il décède le lendemain. Trois skinheads comparaissent à partir de ce mardi 4 septembre devant les Assises de Paris, pour les coups qu’ils ont portés au jeune homme.

Une enfance brestoise

Fils de deux professeurs de droit, Clément Méric passe une enfance heureuse à Brest. Très tôt, ses centres d’intérêt – l’histoire, la politique, l’observation de la société – le mettent sur la voie de l’engagement politique. En 2010, à 15 ans, il lit Karl Marx et manifeste contre les projets de réforme du lycée. Il se rapproche ensuite des anarchistes et milieux antifascistes, par la politique et la musique – il joue de la guitare et écoute reggae, rock, punk.

Un garçon « brillant » et « attentionné »

Tous très élogieux, ses proches et anciens enseignants évoquent un garçon « attentionné » et « brillant », parfois aussi « espiègle » et « ironique ». « Il était curieux » et « aurait toujours défendu la veuve et l’orphelin », selon l’une de ses tantes.

En 2011, il contracte une leucémie et passe six semaines en chambre stérile. Une épreuve qui ne le dévie pas de ses engagements libertaires mais aussi antispéciste (contre l’exploitation des animaux et leur consommation par l’homme). Ses médecins auront ainsi le plus grand mal à le convaincre de diversifier son alimentation pour ne pas s’affaiblir. « Il avait accepté », mais « dès qu’il allait mieux » il redevenait  végétarien,  se rappelle l’un d’eux. Il est alors en première, révise à hôpital, lit énormément. La maladie l’affaiblit mais le fait aussi mûrir selon ses proches. Il obtient 19/20 à l’écrit du bac français.

Sciences-Po Paris

A l’automne 2012, bac mention très bien en poche, il entre à Sciences-Po Paris. Il hésite entre le journalisme, la justice, l’enseignement et la recherche. Il loue un studio dans le 9e arrondis-sement, et se lie vite d’amitié avec un de ses voisins, Alain Rivarol. Dans cet « immeuble où quasiment personne se parle », le jeune homme est venu spontanément se présenter à lui en le croisant dans l’escalier. Clément, dira-t-il, « a été un rayon de soleil dans l’immeuble ».

Militant anti-fasciste

A Ménilmontant, quartier de prédilection des antifascistes parisiens, Clément Méric commence à militer au sein de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFAPB), qui compte une trentaine de membres. Plutôt « discret« , il y débat selon ses camarades sans jamais hausser la voix. « Son engagement passait par des pratiques plutôt que des discours », souligne l’une d’elles. Au prin-temps 2013, ils se mobilisent contre les « manifs pour tous » d’opposition au mariage homo-sexuel, populaires à droite et à l’extrême droite. Le 1er mai, Clément est blessé lors d’une bagarre avec des militants d’extrême droite et il terminera à l’hôpital, où il se fera recoudre à la tête. La bagarre suivante, celle du 5 juin, lui sera fatale.

« Jamais belliqueux »

Après sa mort, ses proches s’indignent de le voir parfois présenté comme l’un des initiateurs de la rixe. Selon tous les témoignages recueillis par les enquêteurs auprès de ses proches, enseignants ou voisins, le jeune homme était certes déterminé dans ses combats politiques, mais jamais violent. « Il avait une révulsion pour le racisme et pour les gens qui n’acceptaient pas l’autre. Mais, il n’a jamais été belliqueux, il ne m’a jamais dit, les skins je les déteste », souligne ainsi Alain Rivarol.

« On en a fait un gentil martyr » pour les skinheads   

Son destin n’émeut guère dans le camp d’en face. « On en a fait un gentil martyr, alors qu’il faisait partie d’un groupe qui décrète que certaines personnes sont des fascistes et doivent être éliminées de la société. Il cherchait la confrontation, et il l’a payé », répond Serge Ayoub, ancien chef des skinheads parisiens, et en contact à l’époque avec ceux impliqués dans la bagarre mortelle*. Au moment de sa mort, Clément Méric était à la fin de son traitement contre sa leucémie en rémission. « On le sentait bien, ça faisait partie de cette idée qu’il allait vers quelque chose de chouette, qu’il allait être libéré de ce poids », dira son père aux enquêteurs.

02/09/2018

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Commentaire: *Ces propos sont ignobles mais nous les passons pour montrer qui ils sont

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22 août 2018 ~ 0 Commentaire

spike lee (france info)

Spike Lee, l’infatigable défenseur de la cause noire qui veut réveiller l’Amérique

A 61 ans, et avec 35 ans de carrière derrière lui, Spike Lee sort « BlacKkKlansman », pamphlet contre les suprémacistes blancs aux Etats-Unis. Preuve que le réalisateur n’est pas prêt à se taire.

« Wake up ! » L’injonction au réveil est une rengaine chez Spike Lee. C’est la dernière phrase de School Daze (1988) et la première de Do the Right Thing (1989). Et les spectateurs l’enten-dront à nouveau dans son dernier film, BlacKkKlansman, qui sort mercredi 22 août en France. Depuis le début de sa carrière, dans les années 1980, le réalisateur s’applique, dans chacune de ses œuvres, à représenter la communauté noire américaine au cinéma et à nommer et dénoncer sans détour « le racisme systémique » des Etats-Unis, Hollywood inclus. « Spike Lee veut que nous nous réveillions. Il veut que nous soyons honnêtes avec nous-mêmes quant à ce pays. Et il nous supplie de nous éduquer à propos de notre histoire », insiste le magazine Time (en anglais).

Souvent affublé de la mention « réalisateur controversé »

Spike Lee s’accommode mieux de l’épithète « provocateur ». Une étiquette qu’il porte partout, comme ses casquettes et ses lunettes à monture épaisse. Dans ses films, dans ses rapports avec Hollywood et dans ses déclarations politiques plus directes, le cinéaste et producteur pose un regard acerbe sur la société américaine et son racisme, quitte à se fâcher avec les studios et même quelques amis. Au risque aussi d’être caricaturé par ses détracteurs en « angry black man », ce cliché d’homme noir perpétuellement en colère (sous-entendu « sans raison »).

La rage sur pellicule

C’est vrai, Spike Lee est en colère. Il imprime sa rage sur pellicule dès ses premiers travaux d’étudiant en cinéma à la prestigieuse Tisch School of the Arts de l’université de New York (NYU). En première année, il étudie Naissance d’une nation (The Birth of a Nation, sorti aux Etats-Unis en 1915) de D.W. Griffith, premier blockbuster de l’histoire, dont le discours raciste a longtemps servi au Ku Klux Klan pour recruter de nouveaux membres. Griffith est alors présen-té aux étudiants comme un « père du cinéma américain » mais le professeur passe sous silence la glorification, dans ce film, de la violence contre les Noirs. Spike Lee, « troublé », y répond avec un court-métrage, The Answer, qui manque de lui coûter sa place à NYU (et qu’il garde désor-mais secret). Lors de la projection, certains membres de la fac le jugent « agressif », raconte le Guardian.

L’œuvre de Spike Lee parle aussi d’amour ( Nola Darling n’en fait qu’à sa tête) ou de musique (Mo’ Better Blues), mais ses films les plus marquants sont les plus politiques. Do the Right Thing est devenu « emblématique de la culture noire américaine des années 1980″, résume le magazine Les Inrocks, qui souligne « l’influence massive » de l’œuvre sur plusieurs générations de réalisateurs américains et européens, jusqu’à Mathieu Kassovitz, avec La Haine.

Ce troisième film de Spike Lee, sorti en France en 1989, raconte une journée caniculaire à Brooklyn, autour d’une pizzeria du quartier noir de Bedford-Stuyvesant, où les tensions raciales entre Italo-Américains et Afro-Américains dégénèrent en émeute. Le film suscite la contro-verse : certains critiques considèrent que Spike Lee incite les Noirs à la violence. L’Académie des Oscars le snobe, tout comme le jury du Festival de Cannes, qui remet cette année-là sa Palme d’or à Sexe, mensonges et vidéos de Steven Soderbergh.

Le biopic Malcolm X (1992), son film le plus commercial, n’échappe pas aux polémiques.

Trois ans après l’assassinat du leader noir en 1965, l’auteur James Baldwin s’est attelé à l’écriture laborieuse d’un scénario. « Un long naufrage », raconté par Le Monde. L’enfant de Brooklyn joue des coudes pour obtenir ce scénario, en écartant sans scrupule le Canadien Norman Jewison, réalisateur de Dans la chaleur de la nuit, pressenti par les studios. Il estime que ce dernier manque de « la compréhension profonde de la psyché noire ».

Après avoir épuisé le budget des studios Warner, Spike Lee investit une grosse partie de son salaire pour le montage. Toujours insuffisant. Pour terminer le film à sa façon, il frappe alors aux portes de ses riches amis noirs : Magic Johnson, Oprah Winfrey, Bill Cosby et Janet Jackson lui ouvrent leurs portefeuilles. « On fait avec ce qu’on a. C’est un article de foi pour les Afro-Américains », explique-t-il au Monde. « Nous sommes arrivés comme esclaves dans ce pays. Il a fallu se débrouiller dans toutes les situations », insiste-t-il.

La mémoire de l’esclavage dans le sang

Depuis 1983, Spike Lee tourne au moins un film par an et compte une quinzaine de documen-taires à son actif. Mais aucun n’a reçu de prix d’envergure, aux Oscars ou à Cannes, avant BlacKkKlansman, récompensé par le Grand Prix en 2018. Après le succès commercial de Inside Man, en 2006, le réalisateur a même connu une longue période de vaches maigres.

Pourtant, même ceux qui n’ont pas vu ses films ont pu entendre parler de Spike Lee, célèbre pour ses querelles avec le tout-Hollywood. Il a par exemple souvent reproché à Quentin Taran-tino son usage abusif, dans ses dialogues, du mot « nigger » (équivalent de « nègre » ou « négro » en français, injure raciale taboue aux Etats-Unis, où l’on parle du « N-word »). En 2012, il clame haut et fort qu’il n’ira pas voir son Django Unchained, qu’il juge « irrespectueux pour ses ancê-tres ». « L’esclavage en Amérique n’est pas un western spaghetti de Sergio Leone », peste-t-il sur Twitter (le message a été supprimé depuis). « Mes ancêtres sont des esclaves. Volés à l’Afrique. Je les honorerai. »

Clint Eastwood a fait deux films sur Iwo Jima qui dépassaient les quatre heures et pas un acteur noir n’est vu à l’écran.Spike Leeau Festival de Cannes, en 2008

Le freluquet à casquette n’a même pas peur des cow-boys. En 2008, en plein Festival de Cannes, Spike Lee accuse Clint Eastwood d’avoir omis les soldats noirs dans ses films sur la Seconde Guerre mondiale, Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima. Eastwood répond dans la presse que « les soldats noirs n’ont pas planté le drapeau » à Iwo Jima. « Ce genre de mec devrait la fermer », selon le réalisateur libertaire. Réplique immédiate : « Cet homme n’est pas mon père, et on n’est pas dans une plantation ». Nouvelle référence à l’esclavage, dont Spike Lee porte la mémoire dans son sang.

Ses attaques ne sont pas toujours aussi personnelles. A l’hiver 2015, Spike Lee reçoit un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. L’occasion pour lui de rappeler qu’il est plus facile pour un Noir de devenir président des Etats-Unis que patron d’un studio hollywoodien. Quelques mois après, il annonce qu’il n’assistera pas à la cérémonie des Oscars de 2016. Hollywood est alors secoué par les critiques sur son manque de diversité. Sur Instagram, Spike Lee explique : « Comment est-il possible que, pour la deuxième année consécutive, les 20  nommés dans les catégories « acteurs » et « actrices » soient blancs ? On ne sait pas jouer ? » Mais le réalisateur pense que le séisme qu’il espère n’arrivera pas « à la suite de la victoire d’un Afro-Américain aux Oscars ». Ce qu’il veut, c’est voir « des gens de couleurs aux positions de pouvoir qui en feront des gardiens du royaume », explique-t-il au Monde.

Spike Lee contre « Agent orange »

La victoire de Jordan Peele, récompensé en mars 2018 par l’Oscar du meilleur scénario original pour le thriller Get Out, a toutefois un peu changé la donne, y compris pour Spike Lee. Fort de cette reconnaissance, Jordan Peele a mis sa société de production au service du projet BlacKkKlansman, confié à Spike Lee. Aux Etats-Unis, le film est sorti le 10 août 2018, peu avant le sordide anniversaire des affrontements de Charlottesville (Virginie) en 2017, pendant lesquels une jeune femme, Heather Heyer, a été tuée par un suprémaciste blanc qui a lancé sa voiture sur la foule. Les images de la scène clôturent BlacKkKlansman, inscrivant dans le présent l’histoire du flic qui a infiltré le Ku Klux Klan dans les années 1970.

Les événements de Charlottesville ont profondément marqué Spike Lee.

Il raconte volontiers que c’est lui qui a annoncé la nouvelle à l’ancien président Barack Obama, qui jouait au golf à côté de chez lui, sur Martha’s Vineyard, une île huppée du Massachusetts où Spike Lee a fait construire une maison. La réaction de Donald Trump, qui a renvoyé dos à dos les néonazis et les militants antiracistes, a provoqué un torrent d’insultes de la part de Spike Lee.

« Ce mec à la Maison Blanche n’a pas dénoncé le putain de Klan, ni l’alt-right, ni ces putains de nazis »

lâche-t-il, articulant chaque mot, lors d’une conférence de presse, au Festival de Cannes, pour la présentation de BlacKkKlansman. Le réalisateur prend soin de ne jamais nommer le prési-dent honni. Il est tantôt « Agent orange », tantôt « the motherfucker in the White House », ou encore « le type qui sépare les familles et met les enfants en cage ».

Spike Lee a toujours un œil sur l’actualité sociale et politique, qui nourrit son œuvre autant que ses interventions sur les réseaux sociaux. Il se mobilise régulièrement pour protester contre la prolifération des armes et les violences policières envers les Noirs. Mais sa crédibilité de mili-tant de la cause noire a récemment été égratignée. L’une de ses sociétés de production a reçu 200 000 dollars pour participer à l’élaboration d’une campagne afin de redorer l’image de la police de New York, qu’il a beaucoup critiquée par le passé.

La révélation du Wall Street Journal (en anglais)  a fait grincer des dents. Spike Lee se défend en invoquant la nécessité d’avoir « un dialogue ouvert ». Et BlacKkKlansman, inspiré librement de l’histoire de Ron Stallworth, policier noir qui a infiltré le Ku Klux Klan, lui vaut à nouveau des critiques, venues cette fois d’un réalisateur noir. Boots Riley (Sorry to Bother You) lui reproche de donner le beau rôle à la police dans la lutte contre le racisme et de romancer l’histoire d’un policier qui a surtout infiltré les groupes radicaux noirs.

Ainsi le provocateur semble-t-il de moins en moins provocant. Comme le souligne le New York Times, il n’est plus du tout « le seul réalisateur noir pris au sérieux ». Barry Jenkins a reçu l’Oscar 2017 du meilleur film pour Moonlight, Jordan Peele a été récompensé en 2018 pour Get Out et Ryan Coogler a conquis le public international avec Black Panther. Le quotidien américain y voit un basculement. La preuve que « dans l’industrie culturelle, les histoires engagées racon-tées par des Noirs ne sont plus confinées à la marge, mais touchent aussi le grand public ». Quelle place Spike Lee y trouvera-t-il ?

Camille Caldini 22/08/2018
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18 août 2018 ~ 0 Commentaire

aste nagusia (pùblico)

aste nagusia

1978: il y a 40 ans, la première « Aste Nagusia »

Les 40 ans d’Aste Nagusia, la fête populaire qui dérange les autorités

Bilbao vit de ce samedi une nouvelle « Semana Grande ». Son modèle festif, marqué par la participation de nombreux collectifs en dehors des institutions, continue à faire face à des obstacles de la part de la municipalité.

Soudain, le silence est rompu avec une question. Peut-être que tout le monde avait cette peur dans la tête, mais un seul a osé lâcher: « Et si demain personne ne vient? » Après plusieurs jours de préparations interminables, ces jeunes attendaient le lancement des premières festivités populaires à Bilbao. Depuis le balcon de l’hôtel de ville, certains ont contemplé la rue qu’ils avaient aménagé pour s’amuser après quatre décennies de dictature et d’ennui. Person-ne ne le savait, mais ils étaient sur le point d’écrire l’une des pages les plus incroyables de l’histoire de cette ville.

40 ans plus tard, à Bilbao personne ne se le demande

Ici il n’y a pas une âme qui ne connaît pas la Aste Nagusia (Semana Grande), une expression festive populaire née en Août 1978 et aujourd’hui, quarante ans après , elle est devenue indestructible. « C’est un modèle qui est dorénavant intégré à la vie de Bilbao. Vous ne pourrez plus faire une Aste Nagusia différente » , résume  Anton, membre du Bilboko Konpartsak, l’organisation formée par diverses associations et groupes organisent la fête de  Bilbao.

L’idée est née précisément d’une de ces comparsas.

Cet été 78, le groupe Barullo Txomin, composé de jeunes qui appartenaient à EMK* (Mouve-ment Communiste du Pays Basque), a remporté le premier prix du concours organisé par El Corte Inglés ( chaîne de grands magasins NDBlog) pour concevoir une nouvelle Semana Grande, réduite pendant la dictature aux courses de taureaux et quelques bals. Dans ce contexte, la proposition festive de Txomin Barullo a cherché à créer un espace de fête dans lequel différentes activités ont lieu. Le site choisi était celui de El Arenal, exactement le même endroit qui samedi redeviendra le centre d’Aste Nagusia.

« Ce fut un choc pour tout Bilbao » rappelle à quelques heures du lancement du « txupin » (fusée) cette année par le comparsero vétéran Fernando Toja. Pour lui, ce sont des journées mouvementées: sa konpartsa, libertaire: Hontzak, est l’une des 27 qui participent à l’organi-sation de la Grande Semaine 2018. Le stress n’est pas le même qu’en 1978, lorsque Toja a participé au sein d’une autre conpartsa, historique  » Pinpilinpauxa ». « Tout était organisé à partir de la base, sans participation des politiciens. Pour les anarchistes comme nous, nous faisons la démonstration qu’on n’ a pas besoin de chefs ou de dirigeants, que les gens savent s’organiser par eux mêmes », dit-il fièrement.

Les fêtes du maire

Dérangeante, libre et réussie. La première grande semaine de la nouvelle ère s’est parfaite-ment déroulée. Profitant des jours fériés, le conseil municipal qui était encore franquiste, (les premières élections municipales n’auront lieu qu’en avril 1979), a disparu ces jours-là et les fêtes étaient littéralement entre les mains du comité populaire responsable de l’organisation. « Vous auriez dû voir la police municipale rendre compte des évènements à notre bande de chevelus! C’était incroyable » dit Toja. ( La puissance des mobilisations! NDBlog)

En tout cas, la route d’Aste Nagusia a également connu un certain nombre d’obstacles. Dès 1980, lorsque le maire Jon Castañares (PNV) a décidé d’écarter le comité des fêtes et de prendre en main l’organisation. Cela n’alla pas loin: les comparsas choisirent de boycotter la grande semaine du maire et vidérent les rues. Même Marijaia, la poupée géante représentant l’esprit de la Grande Semaine, n’apparût pas. Il y avait des fêtes dans les journaux, mais dans la pratique, Bilbao ressemblait à un cimetière.

 » Señor Gobernador … »

Marijaia et Aste Nagusia, sont revenus l’année suivante. Cependant, les problèmes avec les autorités étaient toujours présentes. Dans la chronologie, il y a des moments historiques, comme Août 1983, cette année-là, après les graves inondations , le gouverneur civil (préfet NDBlog), (Julian Sancristóbal condamné plus tard pour l’affaire des GAL) a appelé « fils de putes » les comparseros qui étaient dans la rue, à ramasser la boue avec pelles et seaux. La réponse populaire est devenue un slogan: « Señor Gobernador, vous êtes un imbécile »,  scanda le peuple dans une mobilisation inoubliable.

Les bisbilles avec les autorités, principalement municipales, se sont poursuivies au fil des années. « Le modèle participatif de fête, populaire et gratuite qu’impulse Bilboko Konpartsak depuis 1978, va complètement à l’encontre des modèles qu’impulsent les institutionnels », explique Anton Galder lors d’une pause dans cette semaine très active: montages de txosnas (restaux populaires NDBlog), conférences de presse et autres événements avant le début officiel des festivités, prévu ce samedi midi.

Comme d’habitude

Précisément, cette année n’a pas manqué de problèmes lors de la mise en place de certaines activités. « Aujourd’hui, les retards et les obstacles de l’institution contre le modèle défendu par Bilboko Konpartsak se poursuivent », déclare Antón. Le coordinateur des comparsas dénonce les obstacles posés par le conseil municipal à la projection en plein air du documentaire « Amets Nagusia ». Le rêve était déguisé en fête « , lequel raconte les origines de la Semana Grande et les conflits avec ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues!

Le film devait être projeté sur la Plaza del Gas, où Bilboko Konpartsak comptait à installer un cinéma de plein air. Le Conseil Municipal ne l’a pas autorisé, décision que les comparsas ont qualifiée de «politique».

Le conseil municipal a aussi mis sur la touche les collectifs populaires pour  l’exposition sur les quarante ans d’Aste Nagusia. « Dès le début, nous avons cherché à collaborer avec la commission des fêtes municipale et résultat, au contraire, nous avons eu le droit à des retards, à l’externalisation du projet et au manque de volonté de la part de la municipalité de travailler ensemble , ce qui a abouti à une mauvaise exposition limitée à de simples panneaux », fait remarquer le coordinateur. 40 ans plus tard, la fête de rue continue de gêner dans les bureaux.

Bilbao 18/08/2018 DANILO ALBIN

https://www.publico.es/

toros

On en profite pour dénoncer la tauromachie

Sigles:

Le EMK* a fusionné de façon éphémère avec la LCR-LKI (les deux issus de ETA) , les deux ont disparu dans les années 90. Leurs idées se retrouvent dans « EH-Bildu » (qui approche les 20% des électeurs) et « Antikapitalistak ».

PNV est le Parti Nationaliste d’Euskadi, anciennement hégémonique dans la société. Il a une tradition gouvernementale depuis 1936, puis en exil. Il dispose d’environ 40% des électeurs.

GAL: Une organisation terroriste (escadron de la mort) de l’état espagnol, agissant en France avec des complicités et mise en place par les socialistes espagnols.

Les partis basques: le Parti nationaliste basque, premier, Euskal Herria Bildu, deuxième, Podemos troisième avec 15 % environ et le Parti socialiste du Pays basque quatrième.

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14 août 2018 ~ 0 Commentaire

oleg sentsov (courrier international)

sentsov-kolchenko

La mauvaise pente russe

“Je ne suis pas un serf”, expliquait en 2015 Oleg Sentsov aux juges du tribunal militaire russe qui l’interrogeaient au cours de la parodie de procès qui l’a condamné à vingt ans en prison.

À 42 ans, le cinéaste ukrainien, accusé de “complot terroriste”, est, après trois mois de grève de la faim, entre la vie et la mort. Dix ans après la disparition d’Alexandre Soljenitsyne, son combat, il réclame la libération de 70 prisonniers politiques ukrainiens, l’inscrit dans la longue liste des artistes et écrivains dissidents, héros solitaires des libertés perdues. Car la Russie de Vladimir Poutine est sur “la mauvaise pente”, reconnaissait récemment le journaliste Alexandre Podrabinek au micro de la chaîne suisse RTS.

Cet ancien dissident sait de quoi il parle 

Il fut condamné à la fin des années 1970 à l’exil en Sibérie, puis à la détention dans une colo-nie de rééducation par le travail. Certes, le goulag russe a officiellement fermé ses portes au milieu des années 1980. Mais la férocité du système carcéral, le déni des droits humains et l’autoritarisme du pouvoir de Vladimir Poutine en disent long sur l’érosion des libertés et l’état de peur qui règne en Russie.

La chancelière Angela Merkel, le président Emmanuel Macron, des artistes et intellectuels du monde ont beau réclamer depuis plusieurs semaines la libération d’Oleg Sentsov, le maître du Kremlin s’est jusqu’à présent montré inflexible.

Aujourd’hui ou demain, il sera trop tard.

Comme il fut trop tard pour Anatoli Martchenko, qui a obtenu il y a trente ans le premier prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Une reconnaissance à titre posthume : deux ans plus tôt, cet écrivain dissident russe s’était éteint dans la prison de Tchistopol à l’âge de 48 ans après une grève de la faim de trois mois. Il réclamait la libération de tous les prisonniers d’opinion soviétiques. “Il n’a jamais hissé le drapeau blanc de la reddition”, avait dit de lui sa femme, Larissa Bogoraz. On peut en dire autant d’Oleg Sentsov.

Eric Chol  14/08/2018
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14 août 2018 ~ 0 Commentaire

esclavage 2 (à l’encontre.ch)

Migrants Ital

Pancartes de l’USB, Union Syndicale de Base) proche de Solidaires

Italie. La marche des «casquettes rouges» contre l’exploitation

Des centaines de journaliers africains défilent en Italie en protestation contre des conditions de travail propres à de l’esclavage.

«Nous sommes prêts à organiser la première marche pour la dignité et pour les droits. Pour dire non à toute forme d’esclavage, en particulier contre les diktats de la grande distribution.» Le jour se lève à Torretta Antonacci, près de l’ex-ghetto de Rignano, entre les champs de Rignano Garganico et de San Severo, à une vingtaine de kilomètres de Foggia, dans les Pouilles.

Aboubakar Soumahoro, syndicaliste de l’Unione sindacale di Base (USB), rassemble des centaines de journaliers avant de leur expliquer:

«Durant la matinée, nous traverserons les champs jusqu’à la préfecture de Foggia. Nous brandirons nos casquettes rouges pour dire non à l’exploitation. Pour dire clairement que les êtres humains priment sur les affaires.» Il ajoute: «Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de permis, nous voulons des réponses.»

Il est près de midi lorsque la manifestation, réunissant plusieurs centaines de journaliers africains qui ont aujourd’hui croisé les bras «pour protester contre un système agricole qui nous opprime», se rassemble devant la gare de Foggia avant de se rendre ensuite, leur nombre ayant atteint presque 1000, devant la municipalité de cette ville des Pouilles. Avec ce qui lui reste de voix suite à une longue journée qui avait commencé très tôt, Aboubakar conti-nue d’encourager au mégaphone les «camarades de lutte», ayant répondu à l’appel lancé par l’USB, qui sont réunis devant la municipalité de la ville.

«Il y a beaucoup à apprendre de cette grève

aujourd’hui vous écrivez une grande page d’histoire», déclare Michele Emiliano, président de la région des Pouilles [membre du Parti démocrate], s’adressant à Aboubakar Soumahoro: «Faire du syndicalisme, c’est ça: organiser des femmes et des hommes pour aboutir à des conquêtes sociales.» Le président de la région se propose de servir d’interlocuteur «avec n’importe quel gouvernement, afin de trouver une solution à la question de l’exploitation dans le secteur agricole».

Les journaliers africains s’adressent précisément au président du gouvernement, Giuseppe Conte, au moyen d’un message symbolique

Ils déposent une caisse de tomates à l’entrée de la municipalité de Foggia, juste avant la réunion du syndicat avec le préfet. Pendant ce temps, Aboubakar Soumahoro invite à la réflexion, rappelant qu’aujourd’hui, 8 août, «c’est l’anniversaire du désastre de Marcinelle [un incendie dans une mine de charbon près de Charleroi, en Wallonie qui, le 8 août 1956, a provoqué la mort de 262 personnes, dont 136 immigrés italiens], une époque où les ouvriers italiens étaient exploités et esclavagisés, entre autres en raison de leur nationalité». 

Sur les événements de Foggia, l’ordre du discours politico-institutionnel

Hier [7 août], le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, présidait dans les locaux de la préfecture de Foggia le Comité provincial pour l’ordre et la sécurité publique, convoqué en urgence après les deux accidents de la route [les 4 et 6 août] qui, au cours des derniers jours, ont provoqué la mort de 16 journaliers.

«Il s’agit d’un problème de mafia, pas de salaires au noir et de recrutement illégal de journaliers.

Dans la province de Foggia, il y a une criminalité mafieuse que j’ai l’intention d’éradiquer localité par localité», a déclaré Salvini lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’issue de la rencontre institutionnelle. Il a ensuite ajouté: «Je ne permettrai pas que l’on appose une éti-quette de criminelle sur l’agriculture italienne du seul fait que quelques-uns veulent s’enrichir dans l’illégalité. La grande majorité des employeurs de Foggia sont honnêtes.»   

Le ministre en a fait exclusivement, en l’espèce, une question de légalité, de respect de la loi, de sécurité sur les routes. «L’objectif est de gérer de manière transparente les transports, pour que les mafias n’en aient plus le contrôle», a insisté Salvini; en oubliant que la question de l’exploitation dans le secteur agricole relève d’un ensemble politique et économique, où sont en jeu les intérêts financiers de certaines de plus grandes entreprises du pays.

C’est précisément ce qu’a découvert il y a quelque temps le parquet de Lecce, ville du sud des Pouilles, lors de l’enquête sur le décès d’Abdullah Mohamed, un journalier soudanais de 47 ans, mort sous la chaleur dans les champs de Nardò [une ville de 30’000 habitants], le 20 juillet 2015.

Abdullah est mort sous la chaleur et suite aux efforts de la récolte de tomates.

Cet été, au moins dix personnes sont mortes dans les champs pour les mêmes raisons (cha-leur et épuisement). Seulement dans les Pouilles, cinq migrants sont morts en deux mois. L’en-quête de la magistrature des Pouilles a démontré l’existence d’une véritable chaîne d’exploita-tion agricole. Ces tomates ont été vendues à certaines des plus importantes entreprises de conditionnement d’Italie (en réalité, les grandes entreprises en question n’ont jusqu’ici pas même été évoquées dans l’enquête judiciaire, encore en cours).

En raison de l’émotion engendrée par les morts de l’été 2015, certaines mesures législatives ont toutefois été introduites, reformulant le délit d’activités d’intérim illégales et d’exploitation du travail, modifiant les dispositions prévues à l’article 603-bis du Code pénal. La nouveauté la plus significative est la disposition, figurant à l’article initial de la loi n° 199, prévoyant des sanc-tions pour l’entreprise contractante qui «utilise, contracte ou emploie de la main-d’œuvre recru-tée par le biais d’activités d’intérim, c’est-à-dire exploitant les travailleurs et profitant de leur état de nécessité».

Les nouvelles normes interviennent donc uniquement sur l’aspect pénal du problème, agissant comme une sorte de dispositif qui sanctionne l’exploi-tation.

«La loi sur l’intérim des journaliers rend les choses plus compliquées pour les entreprises. Il faut la changer», a déclaré le même Salvini, il y a quelques jours. Certes, il faudrait l’améliorer, précisément parce qu’elle se limite au niveau pénal alors que la question de l’exploitation des journaliers, surtout des migrants, est un thème politique qui doit être affronté en tant que tel. Il ne fait aucun doute que la marche des «casquettes rouges» de ce matin va dans cette direction.

Il y aura à Foggia, dans l’après-midi, vers 18 heures, une manifestation unitaire appelée également par la CGIL, la CISL et l’UIL, «car ce qui s’est passé est la conséquence extrême et dramatique d’une condition qui concerne tous les travailleurs agricoles de la Capitanata [terme ancien correspondant à la province de Foggia]: exploitation, illégalité, manque de sécurité, conditions de travail et de transport extrêmes», explique Ivana Galli, secrétaire générale de la section CGIL, responsable du secteur agricole et de l’industrie alimentaire.

Le même syndicat, lors de la présentation le 13 juillet dernier à Rome du quatrième rapport Agromafias de l’Observatoire Placido Rizzotto, dénonçait le fait qu’il y a aujourd’hui en Italie au moins 400 000 journaliers en danger de «super-exploitation» sur un total d’environ un million de personnes employées dans le secteur agricole, mais pas seulement.

En effet, en 2017, 286 940 d’entre eux sont des migrants enregistrés auxquels il faut ajouter 220 000 étrangers engagés au noir ou qui reçoivent des salaires largement inférieurs aux salaires prévus par les conventions nationales. C’est une réalité pour de nombreuses régions de notre pays, du nord au sud: de Brescia à Foggia, de Catane et Raguse se déroule un seul fil rouge, celui de l’exploitation du travail et de l’infiltration de la criminalité dans des affaires apparemment légales.

Dès lors sont vaines et hypocrites toutes les tentatives de réduire le débat à une dichotomie entre légalité et illégalité.

Il serait plutôt nécessaire de penser à la meilleure manière de garantir aux travailleurs de ne pas avoir à enlever leur chapeau devant le patron, ainsi que l’enseignait Peppino Di Vittorio, pour le garder fermement sur la tête. La marche d’aujourd’hui, pour les droits et la dignité, s’inscrit dans l’héritage de ces combats. Comme par le passé à Nardò, Castel Volturno et Rosarno, les journaliers africains, au cœur de la Capitanata, ont ajouté, aujourd’hui, une nouvelle page à l’histoire syndicale de notre pays.

(Article publié le 8 août sur le site DinamoPress, traduction A L’Encontre)

 14 août 2018 Gaetano de Monte

http://alencontre.org

Lire aussi:

Esclavage 1 (Les Inrocks)

Paca : la CGT dénonce “l’esclavage moderne” des travailleurs agricoles détachés (FR3)

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13 août 2018 ~ 0 Commentaire

palestine (ujfp)

strike palestine

Soutien à l’appel pour une grève nationale des Palestiniens dans le monde entier

La Loi sur l’État-nation que le parlement israélien vient de voter marque un tournant qualitatif en affirmant que l’État d’Israël est l’État des seuls Juifs.

Non seulement cela contredit la Déclaration d’Indépendance qui était jusqu’à maintenant la constitution de facto de l’État d’Israël et les engagements pris par les fondateurs de l’État auprès des Nations unies afin d’y être accepté comme État membre, mais cela transforme officiellement, constitutionnellement, 20 % de ses citoyens en citoyens de seconde zone.

Le fait même que Netanyahou et la Knesset ont mis le concept de “Nation” au cœur de ce tournant constitutionnel met les Palestiniens devant une nouvelle responsabilité, où qu’ils se trouvent.

Comme le dit le député Jamal Zahalka : au concept de nation juive, les Palestiniens doivent réagir en tant que nation palestinienne, pas simplement en tant que citoyens de l’État d’Israël qui sont agressés.

Le défi aujourd’hui est une réponse de la nation palestinienne, où que soient les Palestiniens, parce que la nation palestinienne est une fois de plus dépossédée de sa terre par une simple déclaration du parlement juif.

C’est l’ensemble de la nation palestinienne qui a été agressée et provoquée, de Nazareth à Gaza, de Hébron à Beyrouth, de Jaffa à Detroit, musulmans, chrétiens, Druzes, Arméniens, Caucasiens.

Chaque Palestinien.ne est concerné.e par la loi sur la Nation, où qu’il/elle vive, quelle que soit sa communauté.

Le député Zahalka appelle à une grève générale coordonnée de la nation palestinienne dans le monde entier, ce qui doit être la réponse palestinienne à la fausse revendication par la Knesset que cette terre est la patrie des Juifs et seulement eux.

Il est temps d’unir toutes les énergies de la nation palestinienne pour transformer cet appel en une action puissante,

Les amis de la nation palestinienne dans le monde entier, y compris dans la société israélienne, doivent exprimer leur solidarité inconditionnelle avec cet appel et cette action.

lundi 13 août 2018 Michel Warschawski

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12 août 2018 ~ 0 Commentaire

cancer (pùblico.es)

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Le blocus israélien interdit les traitements contre le cancer dans un hôpital de Gaza

Un nouvelle conséquence du blocus de Gaza par Israël

Un hôpital de la bande de Gaza a dû annuler le traitement des patients cancéreux en raison du manque de médicaments. L’hôpital Rantisi de la bande de Gaza, a été contraint de suspendre les traitements du cancer en raison du manque de médicaments pour chimiothérapie, conséquence directe du blocus par Israël, selon le ministère de la Santé de l’enclave.

« La mise en œuvre de la chimiothérapie pour les patients atteints de cancer à l’hôpital spécialisé de Rantisi sera suspendue dimanche matin », a indiqué un communiqué ministériel. La note assure qu’ils ont épuisé les réserves de médicaments pour chimiothérapie ainsi que du « Nubogen », utilisé pour augmenter l’immunité des patients.

Le ministère palestinien prévient que la vie de centaines de personnes atteintes de cancer est en danger. Le système de santé publique de Gaza, territoire palestinien isolé par onze années de blocus israélien, aggravé par le peu de passages vers l’Egypte ces dernières années, souffre d’une limitation des approvisionnements et donc de médicaments.

Il dépend également du ministère de la Santé de l’Autorité nationale palestinienne (ANP) de Cisjordanie, qui paye une partie du budget. Pour sa part, la Coordination santé du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a récemment déclaré que le nombre élevé de victimes des manifestations depuis Mars (17 000, plus de la moitié par balles), augmente encore les besoins.

08/12/2018

https://www.publico.es/

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“Collective punishment” of Gaza cancer patients denounced by human rightsorganisations (MAP)

Gaza. Les craintes d’une nouvelle guerre réveillent d’anciens traumatismes (Al’Encontre.ch)

Gaza. «Nous avons peur, mais nous n’avons pas peur en même temps», dit un Gazaoui (Al’Encontre.ch)

‘L’art est une forme de résistance’ : Des frappes aériennes israéliennes détruisent le centre culturel de Gaza (AMP)

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05 août 2018 ~ 0 Commentaire

lafarge (france info)

hollande

Laurent Fabius entendu par les juges dans le dossier Lafarge : « Cette audition est extrêmement inquiétante

franceinfo : Vous n’avez pas eu les réponses que vous attendiez de la part de Laurent Fabius ?

Marie Dosé : Non et cette audition est extrêmement inquiétante parce que Laurent Fabius a déclaré sous serment qu’il ne savait rien alors que son ministère savait tout. De nombreux documents ont été déclassifiés par le ministère des Affaires étrangères à la demande des juges d’instruction, et des notes diplomatiques démontrent que le Quai d’Orsay savait tout, du début jusqu’à la fin, c’est-à-dire le maintien de Lafarge en violation de la réglementation et ses tractations avec Daech. Comment est-ce que le Quai d’Orsay a pu ne pas en informer le minis-tre ? Il y a un vrai dysfonctionnement des institutions et ce qui m’effraie, c’est la sérénité avec laquelle Laurent Fabius nous explique qu’il ne savait rien. Comment peut-il accepter d’affirmer : « Les seules fois où j’ai vu le PDG de Lafarge, c’était pour parler de développement durable et de la COP21″ ?

Ce qui vous choque, c’est donc que ses collaborateurs les plus proches ne lui remontaient pas ces informations ou les remontaient à d’autres personnes ?

Nous sommes en train de parler de financement du terrorisme, de complicité de crimes contre l’humanité. Comment peut-il accepter que ses proches collaborateurs aient gardé ça pour eux ? Il met en cause un dysfonctionnement énorme des institutions et, étrangement, il n’a pas l’air de trouver ça si scandaleux. C’est donc une audition un peu étrange.

Selon l’article du Monde, les informations reçues par le Quai d’Orsay étaient davantage transmises à la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ou au ministère de la Défense. Qu’est-ce que ça veut dire, selon vous, du fonctionnement et du rôle de l’État dans cette affaire Lafarge ?

Soit les informations de la DGSE sont faites pour la DGSE et rien d’autre, à partir de là, c’est donc un service de renseignement qui se renseigne et ne fait pas remonter l’information. Soit c’est un cabinet qui se trompe complètement sur les enjeux entre 2012 et 2016 en Syrie et c’est très inquiétant sur ce que ça veut dire de la position française. En tout cas, il va falloir rendre des comptes. L’association Sherpa va demander l’audition de personnalités liées au cabinet de Laurent Fabius et de certains fonctionnaires. Nous devons comprendre comment un ministre a pu être tenu dans l’ignorance d’informations aussi graves.

Interrogée sur l’affaire Lafarge, Marie Dosé, avocate de l’association Sherpa, veut  « compren-dre comment un ministre a pu être tenu dans l’ignorance d’informations aussi graves ». « Cette audition est extrêmement inquiétante », a déclaré sur franceinfo mardi 31 juillet Marie Dosé, avocate de l’association Sherpa qui est partie civile dans l’affaire de financement de terrorisme présumé en Syrie qui touche Lafarge. Le Monde a en effet révélé lundi que l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, a été entendu le 20 juillet par les juges d’instruction en charge du dossier. Lafarge, cimentier fran-çais, a été mis en examen en tant que personne morale le 28 juin, notamment pour finance-ment d’une entreprise terroriste et complicité de crimes contre l’humanité.

01/08/2018

https://www.francetvinfo.fr/

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