Archive | Antifascisme

27 mai 2019 ~ 0 Commentaire

rn/lrem (révolution permanente)

trump ele pen

Nos Trump à nous!

RN / LREM : rien de bon pour le monde du travail

Pour ces élections européennes 2019, c’est une fausse bipolarisation qui l’a emportée entre, d’un côté, le Rassemblement National, et LREM, de l’autre, sur fond d’effondrement des partis traditionnels Les Républicains / Parti Socialiste et d’un sérieux revers pour La France Insoumise. 

La remobilisation tant réclamée par Macron, qui est descendu dans l’arène électorale contre-venant ainsi aux règles en vigueur sous la Cinquième République, aura bien eu lieu. Pourtant, cette remobilisation s’est faite contre Macron qui a certes récupéré, sur sa droite, des électeurs venant de LR, mais a perdu sur sa gauche au profit de ELLV. Cette mobilisation a finalement surtout profité au Rassemblement National de Marine Le Pen. Et cette bipolarité ne représente en rien une alternative pour le monde du travail, la jeunesse et les classes populaires.

Il y a eu l’alternance droite gauche (RPR / PS) puis (UMP / PS) qui a mené la même politique néo-libérale pendant plus de 30 ans. Le bipartisme qui s’annonce est tout aussi fonctionnel au systè-me et hostile au monde du travail.

Il suffit pour cela de regarder ce qui se passe de l’autre côté des Alpes, en Italie. Quand l’extrême droite, en la personne de Matteo Salvini, est au gouvernement, elle est anti-establish-ment en parole mais poursuit dans les faits la politique néolibérale mise en œuvre par le Parti démocrate au cours de la période précédente.

Entre un néolibéralisme à la sauce mondialiste ou un néolibéralisme à la sauce nationale matinée de populisme compassionnel, la jeunesse, les classes populaires et le monde du travail n’ont rien à gagner. L’affrontement RN / LREM a phagocyté les élections, mais c’est une fausse opposition qui s’est rejouée dans la suite des élections présidentielles.

Comme en 2017, en revanche, c’est bien une crise profonde de la politique traditionnelle qui s’est exprimée ce soir, avec un score de la droite classique et des sociaux-démocrates sous la barre des 10% (LR 8 %, PS et alliés 6,2 %).

Les écologistes tirent profit de cette situation en récoltant plus de 12 % des suffrages exprimés, sur la base d’un discours attrape-tout, tantôt antisystème, tantôt en faveur d’un capitalisme vert, mais surtout sur fond de mobilisation européenne de la jeunesse contre la catastrophe climatique en cours (capitalisant en partie au détriment de LFI).

A la gauche du PS, La France Insoumise subit un dur revers

Payant au prix cher ses contradictions et ambiguïtés programmatiques et politiques par rapport à la question européenne, que prétend incarner Mélenchon. Entre tentation chauvine et velléités populistes, le discours de Jean-Luc Mélenchon et de Manon Aubry n’a pas fait mouche.

A l’échelle européenne, avec des différences d’un pays à l’autre, c’est la même tendance qui s’exprime. Sur fond d’effondrement ou de recul des partis traditionnels, un renforcement relatif du populisme de droite et d’extrême droite (stagnation en Allemagne, recul au Danemark et en Autriche, à la peine en Espagne).

Le néo-réformisme (Syriza, Podemos, LFI) ne représente ni un rempart ni une arme pour construire une alternative du monde du travail et des classes populaires à la hauteur des enjeux de la crise économique et politique que traverse le continent.

Cette alternative, pour une Europe socialiste des travailleurs et des peuples, se construira dans le cours des luttes actuelles et futures, dans la rue et sur les lieux de travail.

dimanche 26 mai

https://www.revolutionpermanente.fr/

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27 mai 2019 ~ 0 Commentaire

le pen (france info)

rnp

Pourquoi, malgré son succès, Marine Le Pen ne doit pas crier victoire trop vite

La présidente du Rassemblement national dispose de trois années pour transformer le succès de son parti aux élections européennes de dimanche en marchepied vers l’Elysée.

« C’est la victoire du peuple, qui avec fierté et dignité, a repris ce soir le pouvoir », a exulté Marine Le Pen, dimanche 26 mai, une petite demi-heure après l’annonce des premières estimations des élections européennes.

Le résultat de ce scrutin recèle en effet de vraies bonnes nouvelles pour Marine Le Pen, dans l’optique de la future échéance présidentielle. La victoire de la liste RN sur celle de LREM – 23,31% contre 22,41%, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur publiés à 6h20 lundi – constitue d’abord une forme de revanche pour la perdante du second tour de 2017, qui confirme son statut d’opposante numéro 1 à Emmanuel Macron.

Autre motif de satisfaction : la déroute historique des Républicains (relégués en quatrième position avec 8,48%) et les scores anecdotiques des autres composantes de la droite souverainiste laissent la cheffe du RN sans rival sérieux sur son chemin pour prendre sa revanche face à Emmanuel Macron en 2022.

Pour autant, le succès incontestable du Rassemblement national dans les urnes ce dimanche ne préjuge pas d’une victoire de Marine Le Pen dans trois ans. Malgré l’impopularité de l’exécutif, LREM est loin d’être à terre dans une élection qui sourit rarement aux pouvoirs en place. Et une élection européenne, qui mobilise par nature peu les Français, peut difficilement tenir lieu de répétition générale à la présidentielle, qui demeure le scrutin structurant de la vie politique française.

Franceinfo détaille les trois raisons pour lesquelles Marine Le Pen ne doit pas crier victoire trop vite. 

Un parti présidentiel qui limite la casse

Avec 26% d’opinions favorables et 66% d’opinions défavorables, selon le dernier baromètre YouGov, Emmanuel Macron aurait pu s’attendre à une défaite cinglante dans les urnes. D’autant plus que les élections européennes sanctionnent régulièrement le parti au pouvoir : en 2014, le PS de François Hollande avait fini troisième à plus de 10 points du FN ; en 2004, l’UMP de Jacques Chirac avait accusé 12 points de retard sur le PS. Seule exception récente : la bonne tenue de l’UMP de Nicolas Sarkozy en 2009.

Mais avec 22,41% des voix et seulement un point de retard sur le Rassemblement national, La République en marche a réussi à sauver les meubles. A tel point que l’exécutif, dimanche soir, semblait quasiment se satisfaire du résultat. L’Elysée ne compte en tout cas pas se plier à l’injonction de Marine Le Pen qui, observant un « désaveu démocratique », a appelé Emmanuel Macron à « dissoudre l’Assemblée nationale ».

La présidente du RN, qui rêvait de faire vaciller le pouvoir en place, a presque de quoi être déçue, après des sondages plus favorables dans la dernière ligne droite. « Cette défaite n’est pas suffisamment sévère pour avoir des conséquences politiques comme un changement de Pre-mier ministre », juge le chercheur et politologue Bruno Cautrès, interrogé par franceinfo. Et s’il consacre Marine Le Pen comme la première opposante à Emmanuel Macron, ce scrutin montre aussi que le chef de l’Etat reste à ce jour un sérieux client pour 2022.

Une base électorale qui peine à s’élargir

Plombée par son débat d’entre-deux-tours raté face à Emmanuel Macron, Marine Le Pen a-t-elle vraiment retrouvé la crédibilité qui était la sienne à la veille de la présidentielle de 2017 ? Sa première place dans les urnes dimanche soir semble conforter cette hypothèse. Mais à y regarder de plus près, rien n’est moins sûr.

Malgré cette première place, le Rassemblement national ne retrouve pas les sommets atteints lors des élections européennes de 2014, où le parti de Marine Le Pen avait recueilli 24,86% des voix. Le RN dépasse certes le score de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle (21,3%), mais la comparaison entre ces deux scrutins de nature très différente reste hasardeuse.

En nombre de voix, les 5,28 millions de suffrages recueillis par Jordan Bardella en 2019 restent loin des 7,68 millions de bulletins Marine Le Pen au premier tour de 2017. Or, pour espérer remporter la mise en 2022, la patronne du RN doit impérativement élargir son électorat. Au vu des résultats de dimanche soir, rien ne permet de dire qu’elle soit en passe de réussir ce pari.

« Le score de Marine Le Pen confirme une vraie dynamique électorale de son parti depuis le début de la décennie. Le RN a vraiment réussi à s’imposer à droite comme le parti de la critique de l’Europe », observe auprès de franceinfo Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université de Montpellier. Mais, poursuit la chercheuse, « la somme des scores des partis critiques de l’Europe reste à un niveau comparable d’une élection européenne à l’autre ». Un plafond de verre pour la députée du Pas-de-Calais ?

Un clivage  »mondialistes-nationaux » qui ne lui garantit pas la victoire

Ils ne le désignent pas avec les mêmes mots, mais ils parlent bien de la même chose. « L’effa-cement des vieux partis et la bipolarisation Rassemblement national-LREM confirme le nouveau clivage nationaux-mondialistes qui domine maintenant notre vie politique et qui se met en place de manière durable », a analysé Marine Le Pen dimanche dans son discours de victoire.

« La recomposition politique initiée par l’élection d’Emmanuel Macron est une réalité durable et incontestable dans le pays. Les anciens clivages ne sont plus, de nouveaux sont apparus », a confirmé en écho Edouard Philippe dans son allocution prononcée depuis Matignon. Si Marine Le Pen crie victoire, l’exécutif y trouve aussi son compte.

En plaçant le RN et LREM aux deux premières places des élections européennes, les Français ont confirmé leur vote du premier tour de la présidentielle 2017. C’est évidemment une victoire pour Marine Le Pen, qui disposera d’un ticket d’entrée pour le second tour de la présidentielle tant que ce clivage organisera la vie politique française. Mais la présidente du RN doit encore prouver sa capacité à faire des « nationaux » le camp majoritaire en France.

27/05/2019

https://www.francetvinfo.fr/

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27 mai 2019 ~ 0 Commentaire

brest (ouest-france le-télégramme)

elections

Européennes. À Brest à l’issue du scrutin (OF)

À Brest, la République en Marche est arrivée assez nettement en tête et aura d’ailleurs un député, Pierre Karleskind, au Parlement européen. Le PS, longtemps la force dominante aux élections, est sous les 10 %, devancé par les écologistes et même le Rassemblement national.

PS

« La participation, à 49,36 % à Brest, est meilleure que ce qu’on aurait pu craindre. C’est le signe que les questions européennes intéressent les électeurs et électrices. Le résultat de la liste Place publique – PS de Raphaël Glucksmann est décevant (8,98 %), surtout au regard de 2014. Les Européennes sont un scrutin très particulier. Les divisions de la Gauche sont là et le compte n’y est pas. La Gauche municipale ne peut pas se placer d’office en favorite pour l’élection municipale de 2020. Même si, encore une fois, les deux scrutins n’ont rien à voir. Quant à la Droite classique (6,34 %), elle a été siphonnée par la République en Marche (23,24 %). »

La France insoumise

« Il faut être honnête, 7,3 % c’est un résultat décevant, en tout cas pas à la hauteur de nos ambitions ni du travail accompli. Durant cette campagne nous avons porté une conception de l’écologie populaire et sociale. C’est autour de cela que doit maintenant se redéfinir notre organisation politique et sociale. Il est trop tôt pour parler de la municipale. J’ai toujours dit que nous discuterions, avec ceux qui le souhaitent, mais d’abord du programme. Voir comment nous pouvons construire une ville plus solidaire et durable. »

Europe Écologie les Verts

« Avec 18,4 % nous sommes dans les mêmes eaux qu’en 2009, quand Yannick Jadot était déjà la tête de liste des écologistes aux Européennes dans le Grand Ouest. Je constate que dans toute l’Europe de l’Ouest, les partis écologistes réalisent de bons scores. Il y a une prise de conscience qu’il faut agir maintenant contre les différentes crises environnementales. L’Europe doit se saisir de ces dossiers, d’autant qu’elle a les moyens de le faire. À Brest, nous arrivons en deuxième position après LREM. Nous sommes la première liste de Gauche. Personne ne doit l’ignorer. Nous l’avons déjà dit, nous voulons que l’écologie soit au centre de toutes les politiques menées à Brest. Et les équilibres politiques futurs au sein de la majorité, si nous sommes réélus, ne pourront plus donner une position hégémonique à une seule composante. Et nous n’avons d’ailleurs pas non plus l’intention d’écraser les autres. » (Extrait)

26/05/2019

https://www.ouest-france.fr/

En Marche en tête, percée des Verts (LT)
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La remontée de la participation de neuf points (49,3 %) par rapport au scrutin de 2014, n’a pas profité au parti de Marine le Pen, qui réalise sensiblement le même score à cinq ans d’écart (14,8 % contre 14,5 % en 2014). Mais il est quand même à noter que 5 931 électeurs ont choisi la liste emmenée par Jordan Bardella, contre 4 807 lors du dernier rendez-vous européen. Et alors que le FN dominait dans 16 bureaux (sur 104) en 2014, cette fois, il sort en tête dans un bureau sur cinq.
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En Marche confirme une assise électorale

Avec 23,2 % des suffrages, la République en Marche met tout le monde à distance. Une vraie satisfaction pour le comité brestois d’En Marche qui, en mars dernier, avait émis l’espoir d’être « assez largement en tête ». Ses militants estimaient aussi que ce scrutin européen, serait « un indicateur fiable pour le premier tour des municipales de 2020 ».

Le parti d’Emmanuel Macron a certes perdu cinq points par rapport au premier tour de la Présidentielle, mais il confirme néanmoins son assise électorale acquise il y a deux ans, et peut envisager avec confiance la prochaine échéance. Pïerre Karleskind, 14e sur la liste Renaissan-ce conduite par Nathalie Loiseau, ne sera pas de cette prochaine aventure, lui qui s’apprête à siéger à Bruxelles.

Les Verts, première force à gauche

Mais la vraie sensation à Brest est pour les Verts. Avec 18,4 %, la liste conduite par Yannick Jadot sort en tête dans quatorze bureaux (en flirtant avec les 30 % Place Guérin), et fait un bond de six points par rapport à 2014. Mais surtout, elle se place en première force de gauche sur l’échiquier politique brestois, devant l’alliance PS-Place publique qui plafonne à 9 %. De quoi envisager un nouveau rapport de force au sein de la majorité plurielle à la Ville, alors que les socialistes sortent plus affaiblis que jamais.

Le PS sous la barre des 10 %

Pour la première fois de l’histoire brestoise, le parti socialiste bascule sous la barre des 10 %. Seuls 3 591 électeurs ont porté leurs voix sur la liste portée par l’essayiste Raphaël Glucks-mann. Le PS est en reflux de dix points par rapport au dernier scrutin européen et de cinq points par rapport au premier tour de la dernière Présidentielle, où Benoît Hamon totalisait 14 % des suffrages. Plutôt inquiétant à un an des municipales, même si l’émiettement des voix à gauche annonçait ce résultat.

Dans ce contexte, le score de Benoît Hamon (6,27 %) est à relever.

Ce sont autant de voix qui ne sont pas allées chez les socialistes. Quant aux communistes, alliés historiques de François Cuillandre à la Ville, ils doivent se contenter de 2,3 %.

Mais la vraie dégringolade est pour la France insoumise.

En cinquième position, avec 7,3 %, le parti de Jean-Luc Mélenchon, qui avait pourtant marqué les esprits lors de la Présidentielle 2017 (deuxième avec 22,8 %), tombe de son piédestal.

La droite touche le fond

À droite, on touche le fond. Le candidat de la droite et du centre François-Xavier Bellamy se contente d’une sixième place et d’un piteux 6,34 %, bien loin des 15,5 % de François Fillon. (Résumé)

Pour rappel, lors des élections de 2014,

Isabelle Thomas (UG – Choisir Notre Europe) avait obtenu la majorité avec 19,56% des suffrages à Brest, dépassant Gilles Lebreton, tête de liste FN (14,49%) et Alain Cadec arrivé 3ème (UMP, 12,73%).

A l’échelle régionale, l’UMP avait emporté la majorité des voix (18,41%) en Bretagne, devant le Front National (17,10%).

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26 mai 2019 ~ 0 Commentaire

race blanche (essf)

kkk

Races? Caucasiens?

Nell Irvin Painter et son ambitieuse « Histoire des Blancs »

L’historienne américaine Nell Irvin Painter publie une ambitieuse « Histoire des Blancs », qui montre que l’humanité s’est bien longtemps passée du concept de « races ». Née en Europe au 18è siècle, l’idée de la supériorité des « Caucasiens » jouera un rôle central dans la construction de l’identité américaine.

« La plus belle race d’hommes, la géorgienne »

Sa quête la mène d’abord à Göttingen, en Allemagne, sur les traces du médecin Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840), l’inventeur de la notion de « race caucasienne ». Ses caractéristiques : « La couleur blanche, les joues rosées, les cheveux bruns ou blonds, la tête presque sphérique », écrit le savant dans De l’unité du genre humain et de ses variétés. L’homme classe dans cette catégorie « tous les Européens, à l’exception des Lapons et des Finnois », et l’étend aux habitants du Gange et de l’Afrique du Nord. « J’ai donné à cette variété le nom du mont Caucase, parce que c’est dans son voisinage que se trouve la plus belle race d’hommes, la géorgienne », conclut Blumenbach.

Nell Irvin Painter poursuit ensuite le fil de ses recherches en France, dans les salons de Mme de Stael qui publie en 1810 un livre à succès, De l’Allemagne. L’ouvrage popularise en France la manie qu’ont les savants allemands (ils ne seront bientôt plus les seuls) à classer les Européens entre différentes « races ». Mme de Stael en voit trois : la latine, la germanique et la slave.

L’enquête de Painter la porte encore vers l’Angleterre de l’écrivain Thomas Carlyle, dont la théorie de la « race saxonne » traversera l’Atlantique et exerça une grande influence sur le poète et philosophe américain Emerson (1803-1882). Celui-ci, père de la philosophie amé-ricaine, abolitionniste convaincu, est aussi l’un de ceux qui a lié pour longtemps la figure de « l’Américain idéal » à celui de l’Anglais, parangon de beauté et de virilité.

Son idéologie « anglo-saxoniste » marquera, selon Nell Irvin Painter, la conception de la « blanchité » américaine jusqu’au 20è siècle. Sa généalogie de la « race blanche » est un travail passionnant, même s’il n’est pas transposable à la situation française. »

En France, parler de « Blancs » (plus encore qu’évoquer les « Noirs ») reste très polémique.

Notamment parce que parler de « race » (une notion construite de toutes pièces et qui n’a rien de biologique), comme de couleur de peau, pourrait finir par leur donner une réalité qu’elles n’ont pas. Sans doute aussi parce qu’il est difficile pour un groupe majoritaire, les personnes perçues comme blanches, d’accepter qu’elles bénéficient de privilèges sans même s’en rendre compte…

Déjà, des chercheurs, comme Maxime Cervulle à l’université Paris-VIII, revendique la notion émergente de « blanchité » : « Alors que le terme « blancheur » renvoie à une simple propriété chromatique, parler de blanchité, c’est parler de la façon dont le fait de se dire ou d’être perçu comme blanc a été investi d’un rapport de pouvoir : l’idéologie raciste qui continue d’associer la blancheur de la peau à la pureté, la neutralité ou l’universalité. »

« La question raciale, indissociable de la question sociale »

Aux Etats-Unis, les whiteness studies se sont développées dès les années 80 et 90. Des dépar-tements d’université ou des maisons d’édition y sont consacrés. « Les années Reagan ont accouché de ce nouveau champ d’études, explique l’historien Pap Ndiaye, spécialiste des Etats-Unis et auteur de la Condition noire (Calmann-Lévy, 2008). Reagan s’est fait le porte-parole des Blancs « abandonnés » par le Parti démocrate…

Un discours qu’on retrouve aujourd’hui avec Trump. Des historiens ont voulu étudier ce backlash conservateur. » L’historien David Roediger est l’un des premiers à travailler sur l’invention de la « race » blanche. En 1991, il publie The Wages of Whiteness. Roediger, marqué par le marxis-me, relit la culture ouvrière au prisme de la « race ». « La question raciale est indissociable de la question sociale, confirme Pap Ndiaye.

Les immigrés italiens aux Etats-unis ont été animalisés et victimes d’un racisme incroyable. Ils ne se sont « blanchis » qu’au fil de leur ascension sociale. Quand on est tout en bas de l’échelle, on n’est jamais totalement blanc. Les hiérarchies de races sont aussi des hiérarchies de clas-ses.» Au fil des années, les whiteness studies ont diversifié leur approche s’ouvrant largement à la dimension du genre, et dépassant les frontières américaines pour tenter d’écrire une histoire transnationale des « races ».

Pourtant, selon l’américaniste Sylvie Laurent, « les recherches sont sans doute aujourd’hui plus stimulantes parmi les working class studies ou les gender studies, que dans les départements de whiteness studies des universités ». « Au fond, dit-elle aussi, les chercheurs des whiteness studies se sont toujours appuyés sur les grands penseurs noirs, ceux qui ont été exclus du groupe des Blancs : le sociologue et militant pour les droits civiques W.E.B. DuBois (1868-1963) ou James Baldwin, qui a été un grand théoricien du « pourquoi les Blancs se pensent blancs ». Aujourd’hui encore, ce n’est pas un hasard si cette vaste Histoire des Blancs est écrite par une femme noire, Nell Irvin Painter. »

« Embrasser une histoire beaucoup plus large »

« Cette Histoire des Blancs je l’ai écrite en tant qu’historienne, pas en tant qu’afroaméricaine. Je suis noire, c’est un fait, mais « it’s not my job » », prévient-elle. Painter n’est pas issue des départements de whiteness studies et revendique un regard différent de celui de la plupart de ses collègues. « A travers leurs recherches, ils ont retracé leur généalogie : leurs grands-pères étaient juifs d’Europe de l’Est ou italiens… Ils commencent donc leur histoire des Blancs à la fin du 19è siècle, le moment où leurs aïeux ont débarqué du bateau. Je voulais au contraire embrasser une histoire beaucoup plus large. »

A tel point que Nell Irvin Painter fait démarrer son livre… dans l’Antiquité.

Manière de démontrer à quel point le concept de « race » est récent. « Contrairement à ce que croient des gens très éduqués encore aujourd’hui, les Anciens ne pensaient pas en terme de race », insiste Nell Irvin Painter. Les Grecs distinguaient les hommes en fonction de leur lieu d’origine ou du climat de leur région.

Les Romains pensaient en terme de degrés de civilisation. Les Blancs ne sont donc pas les illustres et exclusifs descendants des démocrates grecs. « C’est le 19è siècle qui a « racialisé » l’Antiquité, précise l’historienne. Des historiens de l’art, comme Johann Joachim Winckelmann notamment, s’en sont servis pour glorifier les Européens blancs, cette fois dans une perspective esthétique : « Nous n’avons pas seulement le génie de gouverner les autres, nous avons égale-ment toujours été les plus beaux. » Un tableau exposé au Boston Museum représente ainsi des Grecs beaux et blonds, dont même les montures sont blondes ! »

L’humanité a donc passé le plus clair de son temps à se passer des « races ». « Celles-ci sont nées au 18è siècle dans les travaux de savants qui cataloguaient le monde entier : les plantes, les oiseaux, les rochers, les abeilles… et bientôt les êtres humains, dit encore l’historienne Nell Irvin Painter. Leur visée n’était pas raciste, mais chauviniste plutôt. Ethnocentriste. »

Etre noir, ce serait avoir été esclave ; être blanc, serait donc ne jamais l’avoir été. Or des Blancs, rappelle-t-elle, furent longtemps esclaves ou serfs : les Vikings ont massivement déplacé les peuples européens, et au 11è siècle, au moins un dixième de la population britannique a été réduit en esclavage. « Partout où il y a des gens pauvres, il y a de l’esclavage. Si nous le relions aujourd’hui aux Noirs, c’est parce que la traite africaine a coïncidé avec le moment où ont émergé les théories racialistes. Avant, il n’y avait pas le « langage racial » pour « légitimer » ce phénomène. C’est important de le dire : cela montre que l’esclavage n’est pas un problème racial, c’est un problème de droits humains. »

« Discours embrouillés et changeants »

Dernière idée que cette Histoire des Blancs met en charpie : il n’y a jamais eu une « race » blanche bien définie. Construction sociale et imaginaire comme toutes les races, la « blanchité » n’a jamais été stable, mais au contraire le fruit de « discours embrouillés et changeants », explique Nell Irvin Painter. Au 19è siècle, les Saxons étaient censés être des Blancs supérieurs aux Celtes (ce qui expliquera en partie le racisme des Américains descendants des Anglais envers les Irlandais).

« L’histoire des Blancs américains n’a pas de sens si on ne parle pas des vagues successives d’immigration aux Etats-Unis. » Progressivement, les Irlandais, les Italiens, les Juifs d’Europe de l’Est, les Grecs… intégreront et construiront l’identité américaine. C’est ce que Painter appelle les « élargissements » successifs de la figure de « l’Américain ». L’ère Obama, en est la dernière étape. « Qu’on ait la peau noire ou brune, pourvu qu’on soit riche, puissant ou beau, on a désormais accès aux atouts et privilèges de la blanchité », conclut Nell Irvin Painter.

L’élection de Trump a représenté un point de bascule pour l’identité blanche : « Avant Trump, les Blancs se considéraient comme des individus. Les « races », les « communautés », c’était les autres : les Noirs, les Mexicains… Mais pendant sa campagne, le slogan « Make America great again » a été clairement entendu comme « Make America white again ». Et les Blancs, même ceux qui n’étaient pas des suprémacistes, se sont découverts blancs. »

Au fil de ses recherches, Painter a trouvé, bien sûr, l’origine du mot « caucasien ». Dans son cabinet d’anthropologue, Johann Friedrich Blumenbach, le savant de Göttingen, conservait des crânes. Il estimait que le plus « parfait » d’entre eux était celui d’une jeune fille géorgienne, une « caucasienne », qui fut violée et mourut d’une maladie vénérienne. Le terme « caucasien », qui devait devenir au fil des siècles le mot de ralliement de « Blancs » qui, dans le monde entier, se sentiront supérieurs, venait en fait d’une petite esclave sexuelle. (Résumé, voir lien)

Sonya Faure vendredi 24 mai 2019

https://www.liberation.fr

http://www.europe-solidaire.org/

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25 mai 2019 ~ 0 Commentaire

antisémitisme (essf le-monde)

changeur

Histoire européenne: aux racines économiques de l’antisémitisme

La remontée de l’antisémitisme dans le monde ces dernières années est souvent habillée dans des discours prétextant des motivations idéologiques.

Depuis des siècles, des antisémites s’appuient sur des fictions plus ou moins grossières pour tenter de justifier leur haine. Il serait pourtant trompeur de penser que l’antisémitisme fleurit uniquement dans un contexte de propagande, ou que ses racines sont uniquement culturelles. Parfois ces fictions se répandent précisément parce que ceux qui les entendent ont des motivations plus cyniquement économiques pour y croire, ou pour faire semblant d’y croire.

Un article fascinant paru ce mois-ci dans une prestigieuse revue américaine analyse six siècles d’antisémitisme pour montrer que, malgré son habillage idéologique, l’antisémitisme a également des racines économiques: « Religion, Division of Labor, and Conflict : Anti-Semitism in Germany over 600 Years », Sascha O. Becker et Luigi Pascali, American Economic Review 109/5, 2019″.

Aux 14è et 15è siècles, l’interdiction du prêt à intérêt par l’Eglise catholique rendait les activités économiques des juifs et des chrétiens complémentaires

L’idée de base est très simple. Aux 14è et 15è siècles, l’interdiction du prêt à intérêt par l’Eglise catholique rendait les activités économiques des juifs et des chrétiens plutôt complémentaires ; les uns avaient besoin des autres et vice versa. D’autant plus que le niveau d’éducation moyen des catholiques était bien inférieur à celui des juifs car le catholicisme offrait peu d’incitations au peuple à poursuivre l’éducation.

La Réforme, au début du 16è siècle, non seulement permettait aux protestants de s’impliquer dans les prêts à intérêt, mais offrait des incitations plus importantes à l’éducation : un protestant lettré pouvait lire la Bible dans sa propre langue sans devoir apprendre le latin. Résultat : les activités économiques des protestants et des juifs n’étaient plus complémentaires mais devinrent substituables, donc concurrentes. Et entre concurrents, les coups les plus bas devinrent envisageables.

Les auteurs de cet article montrent comment, après la Réforme, les manifestations antisémites se sont multipliées dans les régions protestantes d’Allemagne par rapport aux régions catholi-ques. Il s’agit autant d’actes (pogroms, massacres et expulsions de communautés juives) que d’écrits (publications de livres aux titres antisémites).

En soi ces observations seraient compatibles avec une explication purement culturelle de la montée de l’antisémitisme : à cause de serments et de prêches des pasteurs protestants, par exemple (vers la fin de sa vie, Martin Luther s’était livré à de violentes attaques antisémites).

Résurgence de l’antisémitisme après la Réforme

Mais les auteurs vont plus loin. Ils démontrent que la résurgence de l’antisémitisme après la Réforme dans les régions protestantes a été plus forte dans les villes où le commerce fut une activité plus importante au 15è siècle, et encore plus dans les villes où les juifs étaient davan-tage impliqués dans le prêt à intérêt. C’est cette activité économique préalable, et non pas un quelconque attachement à la théologie du protestantisme, qui explique la montée en puissance des actes et des écrits antisémites.

Si la théologie plutôt que la compétition économique était en cause, les villes gouvernées par les disciples de Luther auraient été plus antisémites que les villes gouvernées par les disciples de Calvin, car Luther était plus antisémite que Calvin, et ce dernier était plus tolérant au principe de l’activité du prêt à intérêt. Or c’est précisément dans les villes gouvernées par les disciples de Calvin, où les entrepreneurs protestants se sont mis à exercer des activités financières jusque-là occupées par les juifs, que l’antisémitisme a augmenté le plus.

Les leçons pour nos jours sont évidentes. Si les discours antisémites, comme beaucoup de discours racistes, s’habillent souvent d’un langage idéologique qui évoque des principes grandioses de protection des religions, des cultures ou des identités nationales, ils font en réalité souvent appel à des instincts de jalousie très bassement économiques.

Dans sa chronique au « Monde », l’économiste Paul Seabright évoque une étude montrant que, à partir du XVIe siècle, la montée de l’antisémitisme en Allemagne est surtout le fait des villes calvinistes où les financiers protestants entrent en concurrence avec les prêteurs juifs.

Paul Seabright (Institut d’études avancées de Toulouse) Le Monde 17 mai 2019

https://www.lemonde.fr/

http://www.europe-solidaire.org/

Commentaire:

On reproche souvent aux marxistes leur « matérialisme vulgaire » qui rejette « l’idéalisme moralisateur ». La preuve que l’analyse matérialiste, çà marche!

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23 mai 2019 ~ 0 Commentaire

antisémitisme (ballast)

antisemitisme

Entretien avec le collectif Juives et Juifs révolutionnaires

En l’espace d’une décennie, Ilan Halimi était assassiné, des enfants juifs étaient abattus dans une école toulousaine et quatre clients de l’Hyper Cacher tombaient à Paris sous les balles de Daech.

En 2018, on enregistrait sur le territoire français plus de 350 actes antisémites : croix gammées, symboles fascistes et suprématistes blancs, profanations de cimetières, etc. Le collectif Juives et Juifs révolutionnaires a vu le jour trois ans plus tôt.

Leurs objectifs ? Que la lutte contre l’antisémitisme s’inscrive au sein de la lutte antiraciste, aux côtés de toutes les minorités discriminées ; que la solidarité à l’endroit de la cause palestinienne s’établisse en toute occasion sur des bases anticolonialistes et jamais racistes ; que le combat contre l’antisémitisme s’ancre au sein de la lutte des classes et désigne pour horizon la révolution sociale. Nous en discutons ensemble.

Vous tenez, de l’intérieur du mouvement social, à faire émerger la lutte contre l’antisémitisme comme lutte antiraciste. La première ne relève donc pas déjà de la seconde ?

Aujourd’hui — et depuis au moins une quinzaine d’années —, nous pouvons constater dans le champ politique deux attitudes dominantes, en apparence opposées (mais qui se rejoignent sur le fond), en termes de traitement de l’antisémitisme.

L’une consiste à le voir comme quelque chose de résiduel, d’une moindre importance, qui ne ferait pas partie — en tant que tel — de l’agenda prioritaire de la lutte antiraciste. L’autre consiste au contraire à le traiter comme quelque chose de complètement à part, sans lien avec le système raciste global.

Pour nous, l’antisémitisme est un des avatars du système raciste, une des formes que prend le racisme, et il n’a rien de résiduel. C’est une forme qui possède bien sûr des particularités spéci-fiques, qui expliquent notamment que certains et certaines peinent à l’identifier aujourd’hui.

Il se fonde sur la racialisation d’une identité religieuse (comme l’islamophobie) mais, à la diffé-rence des autres minorités racisées, les Juifs et Juives sont présenté·e·s comme détenant le pouvoir et l’argent, donc comme pseudo-classe dominante.

Mais l’antisémitisme est lié au racisme systémique : il en est un élément, et pas un phénomène distinct. Il nous semble donc nécessaire de réaffirmer que la lutte antiraciste ne peut éluder la lutte contre l’antisémitisme, et que la lutte contre l’antisémitisme implique de s’attaquer à l’ensemble du système raciste.

Vous entendez également travailler à « la déconstruction des réflexes et des tendances antisémites présentes dans les mouvements révolutionnaires ».

Lorsque nous avions interrogé l’historien Dominique Vidal à ce propos, il semblait surpris. « La gauche a tiré les leçons de la montée du fascisme et du nazisme », nous a-t-il dit, et aucun mouvement ou parti de gauche ne « flirte » avec l’antisémitisme. « Au contraire », ajoutait-il, c’est à gauche, et plus encore à la gauche radicale, que les Juifs ont trouvé « leurs défenseurs les plus héroïques ». Comment entendre ce décalage d’appréciation ?

« Penser qu’une idéologie qui imprègne l’ensemble de la société s’arrête à la frontière de la gauche ou des mouvements révolutionnaires est absurde. »

L’antisémitisme est profondément ancré dans la réalité française. Il possède une dimension structurelle lié au « roman national » français. Penser qu’une idéologie qui imprègne l’ensemble de la société s’arrête à la frontière de la gauche ou des mouvements révolutionnaires est absurde.

Si l’on étudie sans complaisance l’histoire du mouvement ouvrier, de la gauche et de l’antisémitisme, on s’aperçoit qu’il existe, à toutes les époques, une influence de l’antisémitisme. Cela ne signifie pas que l’antisémitisme fasse partie du cœur idéologique de la gauche ou du mouvement révolutionnaire, mais que les uns et les autres ne sont pas immunisés par nature contre l’influence de cette idéologie dominante.

De nombreux Juifs et Juives ont pleinement trouvé leur place au sein du mouvement ouvrier et de la gauche radicale, et celle-ci a effectivement su, à certains moments, jouer un rôle décisif dans le combat contre l’antisémitisme.

Mais elle a aussi connu des errements, parfois, de la part de courants loin d’être marginaux. Les travaux d’historiens comme Zeev Sternhell, Gérard Noiriel ou Michel Dreyfus montrent cette réa-lité. Aujourd’hui encore, à la faveur d’un recul général d’une approche matérialiste, lié notam-ment à un gros déficit de formation, on peut constater un traitement de l’antisémitisme particuliè-rement pauvre. Nous militons dans la gauche révolutionnaire, et avons pu constater de première main ce genre de problèmes.

Vous refusez l’idée d’une coupure entre un antisémitisme « traditionnel » et un « nouvel » antisémitisme. En clair, entre l’antisémitisme de l’extrême droite et celui que nombre d’intellectuels attribuent aux Français de confession musulmane.

Le fait que les auteurs des assassinats antisémites de ces dernières années se revendiquent de l’islam (en en ayant parfois une connaissance plus que rudimentaire) ne fait pas de leur antisé-mitisme un produit d’importation.

Les thèmes qu’ils mobilisent dans leur discours de haine ne sont pas une production musulma-ne, mais bien une production française, qui a ensuite été largement diffusée dans la sphère coloniale. L’influence de ces thèses a bien plus à voir avec le travail politique de Soral et de Dieudonné, et leur diffusion d’une culture antisémite de masse, car les assassins ont grandi en France et se sont socialisés au sein de cette réalité française.

Dieudonné et Soral jouent depuis les émeutes de 2005 le même rôle que jouait Drumont en Algérie : un moyen de dévier une révolte sociale vers une logique pogromiste. Le fait que la grande majorité des émeutes antijuives en terre d’Islam coïncident avec la période coloniale n’a rien d’un hasard. Les théoriciens antisémites takfiris comme Sayyid Qutb sont en réalité profon-dément influencés par l’antisémitisme européen, et la relecture qu’ils font des textes religieux s’effectue à travers le prisme de cette influence idéologique. Il n’y a donc pas deux antisémitis-mes mais un antisémitisme, qui est une vision du monde qui s’est diffusée à partir de la France et de l’Europe à l’échelle mondiale.

Ces dernières années, la lutte contre l’antisémitisme a souvent été médiatisée par les ennemis de l’émancipation. Face à quoi, écrivez-vous, la gauche a déserté le terrain pour ne pas escorter ces gens…

C’est parce que la gauche et la gauche radicale ont globalement déserté le terrain de la lutte contre l’antisémitisme et le travail antiraciste spécifique en direction de la minorité juive, que ce hold-up idéologique a pu se produire. La droite, qui a historiquement joué le rôle de vecteur de l’antisémitisme, a très bien perçu l’opportunité stratégique.

« La nature a horreur du vide », en politique comme ailleurs. Si la gauche radicale et la gauche avaient tenu le terrain de la lutte contre l’antisémitisme, plutôt que de l’abandonner en considé-rant qu’il s’agissait au mieux de quelque chose de résiduel, au pire d’un prétexte invoqué par les réactionnaires, ces derniers n’auraient jamais pu imposer leur discours. (Résumé voir lien)

https://www.revue-ballast.fr/

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22 mai 2019 ~ 0 Commentaire

nationalistes (regards)

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20 mai 2019 ~ 0 Commentaire

rn (npa)

fachos milice

Le programme européen du RN 

Défense du capital français et refus du salaire minimum

Le programme du RN (anciennement FN) à l’élection européenne du 26 mai prochain tient en un « Manifeste pour une nouvelle coopération en Europe » de 75 pages, complété et / ou résumé dans une brochure de dix pages intitulée, elle : « Pour une Europe des nations et des peuples ». Nous nous intéresserons, ici, au volet économique de ce projet.

Que le parti d’extrême droite soit, pour « rétablir les contrôles aux frontières nationales », pour « l’arrêt de l’immigration légale », puis – de manière démagogique afin de coller aux préoccupations et revendications des Gilets jaunes – pour l’instauration du RIC ou Référendum d’initiative citoyenne ne constitue pas une nouveauté ni une surprise.

C’est sur le volet économique et institutionnel (relatif aux structures de l’Union européenne) qu’il y a du relativement nouveau, dans la mesure où, lors des scrutins précédents, le FN, qui n’avait pas encore changé de nom, prônait la sortie de l’Euro et jouait au moins avec l’idée de quitter l’Union européenne. Cet aspect a été gommé lors de la préparation du scrutin européen de 2019, le profil basiquement anti-européen du parti d’extrême droite avait ajouté à son échec à l’élection présidentielle de 2017, le faisant apparaître comme « irresponsable » dans les milieux économiques et conservateurs.

La fin des institutions politiques européennes

Le premier aspect du projet de la principale liste d’extrême droite française – sur sept, au total, qui se présentent à cette élection européenne, dans l’Hexagone – est qu’il préconise le maintien du cadre européen, mais en réduisant quasiment à néant le pouvoir supranational au sein de l’Union, autrement dit, en ramenant à un niveau proche de zéro le transfert de souveraineté.

Le RN entend, en effet, totalement privilégier l’action « intergouvernementale » au sein de l’Union européenne, et réduire l’exécutif de l’Union – la Commission européenne basée à Bruxelles – à un simple exécutant des pouvoirs nationaux.

Dans la version longue du projet (celle de 75 pages), le parti d’extrême droite écrit ainsi noir sur blanc : « Instrument technique de second rang, la Commission européenne deviendra le secré-tariat général du Conseil, c’est-à-dire un simple secrétariat administratif sans rôle décisionnaire. L’initiative des lois reviendra exclusivement au Conseil qui réunit les chefs d’État et de gouvernement légitimement élus dans chacun des pays.»

Cette Union sera donc avant tout dirigée par les exécutifs nationaux, réduisant encore plus que ce n’est déjà le cas aujourd’hui, le rôle du Parlement européen. Alors que ce dernier n’est pas aujourd’hui doté de tous les pouvoirs d’un vrai parlement – il peut délibérer sur des projets de loi émanant de la Commission européenne ou du Conseil, mais pas en proposer lui-même de sa propre initiative -, avec le projet du RN, il lui en resterait encore moins.

La défense du capital français

En termes d’économie, le projet est avant tout fondé sur une vision de la guerre économique qu’il s’agit de gagner en faveur de, pour le résumer vite, « nos » entreprises.

D’un côté, le RN écrit ainsi dans la brochure : « L’acceptation de l’union douanière nécessite, en contrepartie, que la France puisse mettre en œuvre le patriotisme économique en rendant les entreprises françaises prioritaires dans la commande publique. »

Résumé : les autres pays ont le droit d’acheter chez « nos » entreprises qui exporteront sans entraves chez eux – union douanière oblige -, mais ce sont les entreprises françaises qui auront la priorité dans l’attribution de l’argent public français. Bien entendu, les autres pays auront sans doute la liberté de faire la même chose chez eux ; étant précisé qu’en raison de la puissance économique française, les entreprises hexagonales (renflouées d’argent public français) pourront tout de même rafler des parts de marché…

A l’échelle européenne, c’est à peu près la même vision qui prévaut. Dans la version longue du projet, le RN écrit ainsi :

« Des champions nationaux sur le marché européen, des champions européens sur les marchés mondiaux : Les champions nationaux seront incités à partir à la conquête des marchés europé-ens, comme ils le font dans l’industrie, comme ils le font encore trop peu dans les services. […]. Mais quand ils affrontent des géants mondiaux, américains, chinois, ou encore indiens ou russes, chaque fois que l’intérêt stratégique et l’autonomie de l’Europe sont en question et que  l’intérêt mutuel des entreprises le commande, les projets communs et les alliances s’imposent pour que des géants européens se battent à armes égales avec leurs vrais concurrents

Une vue étriquée de la concurrence ne doit pas retarder les coopérations. » C’est, en effet, clair comme l’eau de roche : il s’agit de défendre l’intérêt des gros groupes capitalistes européens, parce que ce serait « nos » groupes. Défense de rire.

Le RN opposé à un salaire minimum européen

Un salaire minimum pour les travailleurs et travailleuses salarié/e/s ? Peut-être en s’accordant, comme le proposent certaines listes (sous des conditions qui diffèrent entre elles, mais pour le principe, même les libéraux de LREM y pensent), sur un niveau de rémunération minimum à l’échelle de l’Union européenne, afin d’éviter que le dumping social mette le plancher vraiment trop bas ?

Vous n’y pensez pas ! Le RN pointe, en la matière, un prétendu risque majeur : « Cette harmonisation aboutirait en pratique à l’effondrement des salaires et donc du pouvoir d’achat dans les pays d’Europe occidentale. » Avant de s’offusquer bruyamment : « Mme Loiseau, la tête de liste LREM, défend l’idée d’un SMIC européen : il faudrait qu’elle en explique aux Français les conséquences qui en résulteraient sur leur niveau de vie ! »

Comme si fixer un minimum en matière salariale abaissait les rémunérations ! La réalité est, évidemment, tout à fait différente. C’est, tout d’abord, l’absence d’un plancher et la compétition qui tirent les salaires vers l’infiniment bas. Les modèles évoqués dans le débat public, quelles que soient leurs limites ou quels que soient leurs défauts, ne visent pas à tirer les SMIC les plus élevés vers le bas, mais les moins élevés vers le haut.

En ce qui concerne l’idée d’un salaire minimum européen ou transnational, elle n’est, bien entendu, pas un remède en soi. Toute la question sera de savoir quel serait le niveau du minimum envisagé (dans les projets les plus communément discutés, il se calculerait dans chaque pays européen en pourcentage du salaire médian mesuré), quels seront ces mécanismes de réévaluation – compensation de l’inflation ? à quelle périodicité ? « coups de pouce » ? possibilité d’un débat politique régulier sur le niveau du salaire minimum ? et sur quelle base de comparaison il sera calculé.

Le FN refusait, historiquement, l’existence d’un SMIC en France ; or, depuis son tournant du libéralisme économique (cher à Jean-Marie Le Pen dans les années 1980) vers la démagogie sociale et un discours national-social et protectionniste (à partir des années 1990), il s’est à l’idée d’en admettre le principe. Aujourd’hui, il retrouve ses vieux démons économiques dans le débat européen…

Bertold du Ryon Lundi 20 mai 2019

https://npa2009.org/

 

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18 mai 2019 ~ 0 Commentaire

hugo palheta (la rotative)

hugo
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Ugo Palheta :

« Le durcissement autoritaire auquel on assiste favorise l’extrême-droite »

Le 10 mai dernier, le sociologue Ugo Palheta venait présenter à Tours son ouvrage La possibilité du fascisme : France, la trajectoire du désastre [1]. Nous proposons ici une synthèse de son exposé. Il montre comment l’apparition d’une crise de la domination politique a ouvert une brèche à une extrême-droite dont le discours s’est banalisé.

Extrême-centre néolibéral contre extrême-droite néofasciste

Le but du projet néolibéral, c’est d’en finir avec les conquêtes sociales et démocratiques du 20è siècle. Sarkozy était tout à fait clair là-dessus, Hollande l’était moins mais a agi dans une stricte continuité avec Sarkozy, et Macron est revenu à un discours de clarté qui ressemble en partie à celui de Sarkozy : « On ne peut plus se permettre la protection sociale, les services publics, le droit du travail, tout ça il faut s’en débarrasser et rentrer dans la modernité ». Et rentrer dans la modernité, pour eux, c’est nous faire revenir un siècle et demi en arrière.

Le danger actuel, c’est de passer d’une situation où depuis trois décennies nous avions une alternance sans alternative entre le PS, qui était devenue dès les années 1980 une sorte de droite complexée, et la droite décomplexée type Sarkozy – à une situation politique encore plus désastreuse, marquée par une confrontation entre l’extrême-centre néolibéral et l’extrême-droite néofasciste. Ce livre n’est donc pas un énième ouvrage sur le FN mais cherche à comprendre comment on en est arrivé là, et notamment cherche à identifier les facteurs politiques, sociaux, économiques qui propulsent les extrêmes droites contemporaines sur le devant de la scène politique.

On a besoin de remettre à jour nos catégories de pensée pour comprendre la situation actuelle. L’hypothèse du livre, c’est qu’on a changé de période historique. On a longtemps vécu sur les équilibres sociaux, institutionnels, politiques, électoraux, de l’après-guerre. Là où on avait une alternance tranquille entre droite et gauche, les champs politiques ont explosé partout, ont été pulvérisés.

Lors de la dernière élection présidentielle, on n’a pas eu la gauche d’un côté et la droite de l’autre, mais quatre forces qui ont engrangé chacune environ 20 % des voix au premier tour. Des situations qui semblaient impossibles il y a quelques années redeviennent possibles, y compris l’arrivée au pouvoir d’une extrême-droite qui ne se contenterait pas de prolonger l’action des gouvernements des dernières décennies, mais viendrait démultiplier la violence de l’État.

Le livre s’enracine également dans deux paradoxes. Le premier, c’est que la progression de l’extrême-droite, sur le plan électoral et sur le plan idéologique, s’accompagne d’un recul de la sensibilité antifasciste, de l’idée que l’extrême-droite serait un danger mortel pour nous.

Ainsi, quand Marine Le Pen est parvenue au second tour de l’élection présidentielle, où elle a engrangé deux fois plus de voix que Jean-Marie Le Pen en 2002, il n’y a quasiment eu aucune réaction pendant l’entre-deux tours : pas de manifestations de masse de la jeunesse ou à l’initia-tive des gauches et des mouvements sociaux, pas de réactions d’intellectuels ou d’artistes…

C’est passé comme une lettre à la poste, on a fini par s’y habituer. Le deuxième paradoxe, c’est que l’hypothèse de la conquête du pouvoir par l’extrême-droite et les conséquences d’une telle prise de pouvoir sont peu prises au sérieux. Or l’extrême-droite n’est plus un simple épouvantail utilisé pour nous faire peur mais qui n’aurait aucune chance de conquérir le pouvoir politique.

Ils sont déjà au pouvoir, dans des situations d’alliance, en Italie ou en Autriche ; et en Pologne ou en Hongrie, les partis au pouvoir oscillent entre droite extrême et extrême-droite.

Le projet fasciste : purification ethno-raciale et purge politique

Qu’est-ce que je mets derrière le mot « fascisme » ? Le fascisme, ce n’est pas simplement des gens violents qui défilent au pas de l’oie et en uniforme par centaines de milliers dans les rues. Si le fascisme, c’est ça, alors effectivement on n’en voit pas la résurgence. Le fascisme c’est d’abord et avant tout une certaine idéologie, un certain projet politique.

Et cette idéologie fasciste a perduré en s’actualisant et en se débarrassant des formes de l’entre-deux-guerres. Fondamentalement, le projet fasciste est un projet nationaliste qui se caractérise par la volonté de faire « renaître la nation » à travers un projet de purification ethno-raciale et de purge politique.

Il s’agit d’une part de débarrasser la nation des éléments qui l’éloignerait de son identité profon-de, de son essence (minorités ethno-raciales, minorités religieuses), et d’autre part de la débar-rasser des éléments qui génèrent de la division en son sein, c’est-à-dire les mouvements de contestation syndicaux, politiques, associatifs, artistiques, même modérés.

Évidemment, l’idée qu’il existerait des intérêts de classe divergents entre patrons et salarié-es est haïe des fascistes, qu’elle s’exprime sous une forme révolutionnaire ou réformiste, puisque toute lutte de classe vient nécessairement fracturer la nation.

Comment ces idéologies peuvent-elles renaître ? Comment retrouvent-elles l’oreille de millions de gens, sous des formes souvent masquées et atténuées ? Pour le comprendre, il faut s’interroger sur la nature de la crise que nous traversons. Dans quel type de crise les fascistes sont-ils en capacité de gagner de l’audience ?

La situation de crise économique n’est pas une explication suffisante : de nombreux pays ont traversé des crises économiques sans pour autant connaître le fascisme. L’explication selon laquelle les fascistes se développeraient parce que la classe dirigeante a besoin d’eux est également insuffisante ; l’accession au pouvoir de Mussolini ou d’Hitler survient après que la menace révolutionnaire ait été repoussée.

Crise d’hégémonie et crise de l’alternative

La réponse que je propose, c’est que les fascistes peuvent se développer à l’occasion d’une crise d’hégémonie, au sens que donne Antonio Gramsci à cette notion. C’est-à-dire une situation de crise dans laquelle les classes dominantes ont de plus en plus de mal à obtenir le consente-ment des dominés, à convaincre la majorité de la population du bien-fondé des politiques menées.

Cette crise d’hégémonie se traduit par une crise du consentement des dominés à la domination sociale de la bourgeoise ; c’est une crise de la domination politique. Il me semble qu’on voit bien de quoi il est question quand on observe la situation présente en France : toute une partie de la population est en sécession par rapport au pouvoir politique incarné par Emmanuel Macron, et la situation n’était pas bien différente sous Hollande, qui avait atteint des sommets d’impopularité en raison des politiques menées et de la trahison des engagements pris (s’en prendre à « la finance »).

Cette crise d’hégémonie se double d’une crise de l’alternative, c’est-à-dire d’une crise des formes de contre-hégémonie, de contestation et d’opposition, qui pendant plus d’un siècle ont été incarnées par les gauches communistes, socialistes, et plus généralement par le mouvement ouvrier.

Ces mouvements permettaient aux classes populaires d’exprimer leur opposition au système de domination, à l’exploitation, et aux politiques menées. Or, ces formes de contre-hégémonie sont entrées en crise dans les années 80, et cette crise atteint aujourd’hui un niveau très important en France (ce qui ne veut nullement dire que le mouvement syndical n’a plus de capacité de mobili-sation, ce que les mouvements sociaux de 2010 ou de 2016 réfutent). La crise de la domination politique de la classe dirigeante s’accompagne donc d’une crise de la capacité des classes dominées à s’organiser collectivement et à porter un projet politique.

Cette situation crée un vide. Et depuis les années 80, l’extrême-droite est parvenue à remplir partiellement ce vide. Elle se développe du fait de cette double crise de la domination politique et de la capacité des dominé-es à développer une parole politique propre ainsi que des organisa-ions qui les représentent au moins en partie.

Quand on a ce schéma en tête, on comprend mieux le durcissement autoritaire auquel on assiste actuellement. Quand vous gouvernez sans le consentement d’une part croissante de la population, que votre légitimité s’effrite, vous êtes amenés, quand la population se rebelle ou se mobilise, à accroître le niveau de répression. Le mouvement des Gilets jaunes, sans être très fort numériquement (mais très soutenu dans la population au moins pendant les trois premiers mois), fait ainsi l’objet d’une répression ahurissante. Le durcissement autoritaire est très clairement un produit de cette crise du consentement, de cette crise d’hégémonie.

Évidemment, ce durcissement autoritaire favorise l’extrême-droite, car il banalise et légitime une grande partie du projet de l’extrême-droite, qui depuis toujours prétend être la mieux à même de défendre l’ordre et la sécurité. Quand Jean-Marie Le Pen déclare qu’à la fin, les gens préfèrent l’original à la copie, il a d’une certaine manière raison, ou plutôt les faits lui donnent raison. Pourquoi se contenter de Valls ou Castaner quand on pourrait avoir Le Pen ?

La crise d’hégémonie vient également nourrir le racisme. Quand vous êtes de moins en moins apte à convaincre la population que vos politiques économiques et sociales vont améliorer sa situation matérielle, vous êtes tentés de déplacer le débat sur le terrain du nationalisme, et plus précisément de la nation menacée par des ennemis intérieurs, en particulier les musulmans et musulmanes, Rom-e-s, migrant-es, etc.

On l’a vu avec la réaction d’Emmanuel Macron à la crise des Gilets jaunes. Alors que, jusque-là, il n’avait pas employé cette carte, sa première réaction après avoir été mis en difficulté a consis-té à reprendre les éléments de langage de Nicolas Sarkozy à une autre époque, en faisant des liens entre immigration, identité nationale et « laïcité bousculée ». Quand on est mis en difficulté sur ses politiques économiques et sociales, on va changer les coordonnées du débat politique : « Rediscutons des menaces que font peser sur la République ces gens qui ne respectent pas la laïcité ».

On voit très bien ici la tactique employée. C’est la même qui avait été mise en œuvre par les socialistes dans les années 80 : le recul sur les politiques économiques et sociales, ce qu’on a appelé « le tournant de la rigueur », est concomitant des reculs du parti socialiste sur la question de l’immigration. Là encore, ces positions viennent renforcer l’extrême-droite. On peut prendre l’exemple de la loi Asile et immigration, qui est venue durcir toutes les dispositions en matière d’accueil des réfugiés, et qui s’est accompagnée de discours comme celui de Gérard Collomb, qui reprenait ceux du FN en parlant de « submersion migratoire ». Ces discours et ces actes viennent là encore banaliser et légitimer les positions traditionnelles de l’extrême-droite.

Une crise qui ouvre des brèches

Les réactions des gouvernements à la crise d’hégémonie en cours renforcent donc les positions de l’extrême-droite, à la fois sur le plan du durcissement autoritaire et sur le plan de la xénophobie et du racisme.

On est donc pris dans ce piège, dans cette crise provoquée par les gouvernements eux-mêmes et par les politiques néo-libérales menées à partir des années 80. En menant des politiques de destruction des services publics, du Code du travail, de la protection sociale, on ne pouvait pas espérer que ça n’ait pas des conséquences, à terme, dans le champ politique.

Ces politiques ont permis aux capitalistes de relancer la machine à faire des profits, de discipli-ner la main-d’œuvre dans les entreprises, mais cela s’est aussi traduit par un affaiblissement des classes dominantes dans le champ politique. Elles ne disposent plus de la légitimité dont elles pouvaient se prévaloir dans les années 70, quand la majorité de la population pouvait avoir le sentiment d’une amélioration possible, dans le cadre du système existant, de ses conditions matérielles d’existence.

La crise d’hégémonie en cours ouvre des brèches pour le pire, car l’extrême-droite a pris un coup d’avance, à la fois électoralement et idéologiquement. Mais elle ouvre aussi des brèches pour le meilleur : des millions de gens sont disponibles à autre chose, alors qu’il y a vingt ans ces personnes auraient peut-être adhérer mécaniquement à ce que leur racontaient les partis de droite ou le parti socialiste, ou ne se serait pas impliquées dans des mobilisations sociales. Aujourd’hui, il y a une attraction pour « autre chose », la recherche d’une alternative.

La question qui se pose est donc la suivante : qui va parvenir à capter l’attention des millions de gens qui cherchent une voie pour sortir du marasme ? C’est tout l’enjeu du mouvement des Gilets jaunes. Qui donne le ton en son sein ? Est-ce que c’est l’extrême-droite, avec ses « idées » ultra-autoritaires et racistes, ou est-ce que peuvent y triompher les idées de démo-cratie réelle, de justice sociale et de lutte contre toutes les oppressions ? C’est un combat qu’il faut mener, on ne peut pas s’abstenir.

6.05.2019

https://larotative.info/

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17 mai 2019 ~ 0 Commentaire

europe (psl rp)

bourge fille

 

Combattre la crise de l’UE et la croissance de l’extrême droite avec une alternative internationaliste et socialiste

Les élections du nouveau Parlement européen à la fin du mois de mai sont caractérisées par le manque d’enthousiasme, la méfiance et même une hostilité ouverte envers l’Union européenne. La saga autour du Brexit n’en est qu’une illustration.

Dans la plupart des pays, la participation sera très faible. En outre, toutes sortes de partis populistes de droite et d’extrême droite vont marquer des points. Il est difficile d’encore trouver de l’optimisme pour le progrès et une plus grande unité du projet européen. Dans toute l’Europe, l’establishment est confronté à un profond discrédit politique.

L’Europe du capital sous pression

Ces dernières décennies, l’establishment a fait tout son possible pour rendre l’UE synonyme de paix, de prospérité et de coopération. On parle encore aujourd’hui souvent des ‘‘valeurs euro-péennes’’ de démocratie et de tolérance, mais toute cette hypocrisie tombe en miettes.

L’UE est une machine d’austérité néolibérale qui ne tolère aucune contradiction. Le peuple grec en a durement fait l’expérience en 2015 lorsqu’il a démocratiquement choisi un gouvernement qui avait promis de rompre avec l’austérité. L’UE a alors agi en véritable tyran pour empêcher que cela n’arrive et forcer le gouvernement Syriza à rentrer dans le rang.

Les promesses de prospérité liées à la coopération européenne n’ont été concrétisées que pour les ultra-riches.

Les multinationales ont bénéficié de l’élargissement du marché intérieur et d’une meilleure position concurrentielle face à d’autres blocs comme les États-Unis, le Japon et, de plus en plus, la Chine. Depuis ses origines, la raison d’être de l’UE est la défense des intérêts des grandes entreprises.

L’UE est donc utilisée pour imposer privatisations, libéralisations et mesures antisociales. Tout cela est présenté comme nécessaire pour la ‘‘compétitivité’’ des entreprises. Ces politiques néolibérales jouent un rôle de premier plan dans l’aversion croissante que suscite l’UE. Le déclin d’enthousiasme est évident au vu du taux de participation aux élections. Lors des toutes premiè-res élections du Parlement européen en 1979, deux tiers des électeurs s’étaient rendus aux urnes ; contre 40% aux élections européennes de 2014.

Les gouvernements nationaux se cachent souvent derrière les diktats de l’UE en déplorant n’avoir d’autre choix que de mener une politique néolibérale.

Ils oublient de préciser que ces mêmes partis sont également au pouvoir à l’UE. Les gouverne-ments nationaux composent d’ailleurs la Commission européenne, l’organe non élu qui prend les décisions les plus importantes.

Le Parlement européen a une fonction plus propagandiste mais, là aussi, ce sont les mêmes familles politiques forment la majorité. Depuis 1979, il y a toujours eu une large majorité en faveur de la ‘‘grande coalition’’ composée des sociaux-démocrates (le groupe Socialistes & Démocrates) et des démocrates chrétiens (le groupe du Parti Populaire Européen). Les élections de cette année menacent de bouleverser les choses pour la première fois. (…)

L’establishment des différents États membres, et donc aussi de l’UE, n’est pas du tout en mesure de répondre à ce que les citoyens considèrent comme des défis majeurs : l’avenir de l’humanité et de la planète. Des centaines de milliers de personnes manifestent pour le climat, mais l’UE n’est pas en mesure de lutter contre la fraude des logiciels automobile…

L’UE n’a-t-elle rien à offrir ?

Qu’en est-il du processus d’unification ? C’est vrai, nous nous n’avons plus besoin de nous arrêter à la frontière pour nous rendre en France ou aux Pays-Bas. Nous n’avons plus besoin de changer d’argent. Parallèlement, la libéralisation du transport ferroviaire international rend les trains à destination d’autres pays, même limitrophes, particulièrement onéreux.

L’envoi d’une lettre ou d’un colis dans un pays voisin est également plus cher en raison de la libéralisation des services postaux. Et même l’unité européenne est sous pression. Le cas du Brexit est bien connu. Mais il existe d’autres sources de tension. La Russie tente d’accroître son influence par l’intermédiaire des pays d’Europe centrale et orientale ; la Chine est également en train d’explorer ses possibilités dans cette région.

Des tensions existent aussi entre pays européens. La France soutient, par exemple, la dictature au Tchad et le chef de guerre libyen Khalifa Haftar qui contrôle le sud de la Libye. Début février, la France a participé à une opération militaire de ces forces et elle a également soutenu de récentes attaques, bien qu’elles visaient des alliés de l’Italie et d’autres pays européens. Il est évident que l’UE n’est pas si unie.

Une Europe en lutte

Nous n’entretenons aucune illusion ni aucun espoir envers le projet capitaliste européen. Mais notre réponse ne réside pas dans le retour à l’État-nation. Nous soutenons la lutte pour l’autodétermination en Écosse et en Catalogne, dans le cadre de la lutte contre l’austérité.

Nous combinons ce soutien à la nécessité de rompre avec le capitalisme pour bâtir des fédérations socialistes dans ces régions et dans l’ensemble de l’Europe. Depuis 2007, dans toute l’Europe, des mobilisations prennent place sous la forme de manifestations, de grèves et même de grèves générales contre l’austérité.

Ces dernières années, les manifestations contre le racisme et le sexisme se sont également multipliées. Plus récemment, une nouvelle génération de jeunes s’est mobilisée autour de la question du réchauffement climatique, ce qui a donné lieu à de grandes mobilisations le 15 mars en reprenant une méthode typique de la classe ouvrière : la grève.

Nous défendons les droits sociaux et démocratiques des travailleurs. Cela signifie que nous exigeons plus de moyens pour le secteur de la santé et de l’éducation ; la réduction collective du temps de travail et, en même temps, une augmentation des salaires.

Il faut aller chercher l’argent dans les poches des riches pour répondre aux besoins de la classe des travailleurs et de la jeunesse. Comme le dit le slogan, nous ne nous battons pas seulement pour une plus grande part du gâteau, nous voulons toute la boulangerie ! Nous exigeons que nos droits démocratiques ne se limitent pas à aller voter à quelques années d’intervalle : nous voulons disposer d’un pouvoir réel sur les richesses de la société et la manière de les produire.

L’UE, ses partis et ses institutions ne sont pas des outils visant à mettre fin au racisme et à la croissance de l’extrême droite. L’UE fait partie du problème et non de la solution. Nous luttons contre l’Europe des patrons, contre les coupes budgétaires, contre le racisme et contre l’extrême droite.

Cela signifie de mettre fin à cette UE, à ses institutions et à sa politique d’austérité. Nous exigeons l’égalité des droits pour toutes les personnes vivant en Europe, la fin de l’Europe-Forteresse et que les richesses des super-riches soient saisies pour permettre à chacun de connaitre une vie décente.

Nous luttons pour une Europe socialiste gérée démocratiquement et constituée sur une base volontaire. Cela signifie que notre solution aux problèmes en Europe ne réside pas dans les États-nations, mais dans la capacité des travailleurs à diriger et contrôler l’économie et la société pour qu’elle réponde aux besoins de tous, et non à la soif de profits de l’élite.

On ne combat pas efficacement l’extrême droite en se limitant à faire appel aux ‘‘valeurs européennes’’. L’attitude des syndicats vis-à-vis de l’UE et de la manière de lutter pour les intérêts des travailleurs doit fondamentalement changer.

Ce combat exige des organisations et des partis de gauche socialistes qu’ils ne tombent pas dans le piège de la défense du ‘‘moindre mal’’ européen face à l’extrême droite, mais qu’ils adoptent une position d’indépendance de classe. Cela nécessite des forces socialistes qui lient la lutte contre l’extrême droite à la lutte contre le capitalisme et pour des États socialistes volontaires, démocratiques et unis d’Europe. (Résumé voir lien)

16 mai 2019

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