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20 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Benoît Coquart ( Basta )

Portrait de Benoît Coquard
Benoît Coquard
est sociologue à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement à Dijon. Il est l’auteur de Ceux qui restent. Faire sa vie dans des campagnes en déclin (éditions La découverte, 2019).

Benoît Coquard : dans les milieux où on vote RN, « la gauche est invisible »

« Le fait qu’Emmanuel Macron ait présenté le RN comme unique parti d’opposition suscite un effet d’entrainement », alerte le sociologue Benoît Coquard, qui a enquêté dans des territoires désindustrialisés où les collectifs de travail n’existent plus.

Basta! : On a l’impression que la France rurale a voté massivement RN le 9 juin dernier. Or, vous dites que le fait d’habiter en milieu rural détermine peu le vote. Qu’en est-il ?

Benoît Coquard : Ce qui détermine le vote c’est avant tout la catégorie sociale, la génération, le niveau de diplôme et de revenu, ainsi que le genre. On ne vote donc pas RN seulement parce qu’on est ruraux [1]. Mais souvent on est rural parce qu’on est ouvrier, ou qu’on appartient à des catégories sociales qui votent plus massivement RN que les autres.

C’est pour ça qu’il y a aussi un effet de légitimation locale du vote et de l’affinité politique dominante, parce qu’autour de vous, dans votre entourage, les gens pensent comme vous. C’est tout bête, mais les personnes que vous fréquentez au quotidien et auxquelles vous faites confiance font en quelque sorte office de leader d’opinion. Quand eux votent RN, ils légitiment le vote RN à vos yeux. Les médias le font aussi, en légitimant pour une partie d’entre eux le vote RN.

Des manifestations en opposition à l’extrême droite ont été organisées dans toute la France les 15 et 16 juin, principalement dans les grandes villes. Dans le même temps vous dites que « la dissolution n’empêche pas les gens de dormir ». Assiste t-on à une polarisation encore plus forte de la société ?

La France de manière générale est très polarisée entre des villes qui ne votent pas ou peu extrême droite et la rejettent, et des bourgs et des petites villes où là, le vote RN est très fort. Quand on est d’une campagne comme la mienne, dans le Grand Est, personne ne se cache depuis le 9 juin pour dire qu’il a voté RN. Tout le monde semble d’accord. Il y a donc des effets de polarisation entre d’un côté les grandes villes, qui concentrent les catégories sociales les plus diplômées, et de l’autre côté les bourgs et petites villes où on a des métiers manuels, des catégories sociales moins diplômées, pas forcément les plus précaires mais qui se renforcent dans cette opposition là.

La question du travail apparait fondamentale. Le vote RN est très fort dans des zones sinistrées. Vous citez à plusieurs reprises dans votre ouvrage le rôle des collectifs de travail qui se sont dissous…

Je vous remercie pour cette question car on ne me la pose pas généralement, et c’est pourtant essentiel. La manière dont le marché du travail organise les concurrences et les solidarités entre les gens d’une même classe sociale est fondamentale dans l’explication des visions du monde. Moi je ne travaille pas directement sur le vote mais sur la manière dont les gens font groupe. J’essaie de comprendre qui est ami avec qui, donc comment se structure le monde social par les appartenances concrètes. Et il se trouve que tout cela est très lié à l’économie globale qui s’inscrit localement dans le marché de l’emploi, qui fait qu’il y a du boulot ou pas dans telle entreprise.

Couverture du livre Ceux qui restent
Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin, Benoît Coquard, La Découverte, 2019.

Il y a tout un discours du « c’était mieux avant » nostalgique qui est très caractéristique de tous les gens qui ont plutôt tendance à voter à droite – sans même parler de l’extrême droite. Mais aussi un discours sur le fait qu’on ne peut plus faire confiance à personne, qu’on se tire dans les pattes, qu’il n’y a plus de solidarité, plus d’entraide. Ce discours là a émergé dans les années où l’industrie locale périclitait, le chômage augmentait : « ceux qui ne travaillent pas », « qui ne valent rien » sont devenus une catégorie stigmatisée à mesure qu’il y avait moins de boulot et plus de chômeurs.

J’ai comparé des bourgs, des villages entre eux durant mon enquête. Il y a par exemple certains clubs de foot ou de sport, quand ils vont jouer dans un village plus riche ou moins sinistré, on les appelle les cas sociaux : tout leur territoire, là où ils vivent, est associé au chômage. On dit : « Là bas, c’est des gens qui bossent pas, y a trop de cassos ».

Quel a été le rôle du Rassemblement national ici ?

Tout cela a été récupéré par le discours du RN qui a toujours stigmatisé les plus précaires. Le RN a toujours proposé à ses électeurs de passer avant les catégories subalternes. Quand on s’est fait licencié mais qu’on est un français non issu de l’immigration, les électeurs RN que je côtoie entendent : « Vous inquiétez pas, on va avant tout cibler les immigrés ou leurs descendants, et vous assurer qu’il y aura une préférence donnée à certains ». J’ai aussi beaucoup entendu : « Marine est la seule à dire qu’on se tire dans les pattes, que ça pète de partout ».

Avant l’effondrement des grands collectifs de travail, il y avait l’impression d’être tous dans le même bateau. Les anciennes générations disent : « On pouvait dire merde à un patron, on retrouvait un boulot le lendemain ». Quand on commençait OS (ouvrier spécialisé), on finissait ouvrier dit « haute qualité », parfois contremaître ou avec des valorisations symboliques. Il y avait cette idée qu’il n’y avait pas besoin de s’opposer entre semblables pour s’en sortir, pour « vivre et travailler au pays ».

Puis il y a eu le choc pétrolier. Dans le Grand Est, on est sur de la petite et moyenne industrie. La crise de 2008 a été très importante dans les délocalisations et restructurations. Les bonnes places sur le marché du travail ne sont pas légion, on se fait concurrence pour y accéder. Dans mon enquête, je me suis surtout intéressé aux jeunes : quand on a 25-30 ans, que soi même on a été précaire, qu’on a pu être traité de « cassos », de fainéant ou d’assisté pour avoir été au chômage durant six mois, on a peur de cette étiquette là, d’être « parmi ceux qui ne valent rien ». Savoir qu’il y a une offre politique qui vous permet de rejeter ce stigmate sur d’autres, ça marche très fort.

Vous étudiez l’importance du « nous d’abord » dans ces territoires, qui renvoie avant tout au fait de privilégier son groupe, sa bande de potes, avant les autres. De se sentir solidaires de « ceux sur qui on peut compter ». La force du RN a t-elle été de reprendre à son compte le « nous d’abord » avec un fort ressort xénophobe ?

L’extrême droite appuie sur certains ressorts déjà présents dans les milieux populaires qui ressentent qu’on ne peut pas s’allier à un nombre plus grand de personnes, qu’on aime bien dire « déjà nous » et « nous d’abord » qui résonnent très facilement avec « les Français d’abord » de Le Pen. Le RN a effectivement une faculté à bâtir un « nous » en fonction du « eux » auxquels on s’oppose.

Le « nous » des ouvriers à l’époque où ils votaient plus largement à gauche, était davantage un « nous » d’honorabilité et de fierté. Il y avait cette perspective qu’en disant « nous les ouvriers » on serait plus forts vis à vis du patronat. Avec le vote RN, le « nous » est devenu un « contre eux ». On se définit de manière négative dans le sens où on se dit : « on n’est pas les plus bas », « on n’est pas les plus stigmatisés », « on n’est pas les immigrés ».

De la même manière, le « déjà nous » ou « nous d’abord » des bandes de potes et des proches familiaux se construit vis à vis des « cassos ». C’est une des constantes que la gauche a du mal à reprendre : comment créer un « nous » qui soit basé sur des motifs d’honneur, d’espoir, d’amélioration de sa condition ; qui ne soit pas basé sur un « eux » qu’on rejetterait.

Qu’en est-il du racisme dans le vote RN de ces catégories populaires ?

Les propos racistes, xénophobes, notamment islamophobes, je les ai entendus dans toutes les catégories sociales que j’aie croisées, et chez des gens qui votent de gauche à droite. Mais ils ne votent pas tous en fonction de cette xénophobie qui peut être exprimée. On peut lire aussi le sociologue Félicien Faury sur ces questions de captation de ces affects dans le vote extrême droite.

Les groupes que j’aie suivis sont souvent constitués en partie de personnes racisées qui font groupe avec des personnes non issues de l’immigration, qui vont voter RN. Il y a des stratégies d’entraide et des amitiés concrètes entre des gens qui peuvent exprimer au quotidien un rejet des étrangers, tout en étant amis avec des personnes racisées. Ce paradoxe existe vraiment.

Aussi, on en fait beaucoup sur le racisme ordinaire car il est très facile à saisir. Si je vous emmène sur mon terrain et plus encore avec la parole qui se libère avec cet avenir promis au RN en tant que parti de gouvernement, on ose encore plus en parler, c’est un vote encore plus hégémonique : le fait d’être du côté des vainqueurs libère la parole. C’est déjà ce qu’il s’était passé avec Trump aux États-Unis : on a eu une augmentation des actes racistes après son élection.

Aujourd’hui le rapport de forces fait du RN l’offre centrale autour de laquelle se structure le champ politique. C’est cette offre qui fait plier Macron : cette promesse qu’il y aura toujours plus bas que vous, qu’on ne fera pas passer d’autres avant vous. Beaucoup développent par ailleurs une conscience qu’on ne peut pas s’en sortir en donnant la main à tout le monde. Et ça c’est une constante des milieux populaires. Déjà au temps des communistes, on disait bien aux ouvriers que tout le monde ne s’en sortirait pas en même temps. Ils avaient le sentiment que la bourgeoisie n’était pas là pour eux. Simplement, ils orientaient leur vote d’une autre manière.

Comment la gauche est-elle perçue dans ces milieux ?

La gauche n’est pas tant critiquée qu’elle est très invisible là où j’enquête. Elle est réduite à peau de chagrin depuis plusieurs décennies. Non seulement on ne la voit pas localement – il n’y a pas de maillage militant ni de tissu associatif fort – mais les acquis de la gauche ne sont pas perceptibles.

Les chômeurs par exemple – catégorie sociale dont on pourrait se dire qu’elle se sent très ciblée par le RN qui joue sur la lutte contre les assistés – votent beaucoup RN. En plus, les médias qui sont consommés par les personnes auprès desquelles j’enquête (les chaines d’information continue, C8, influenceurs sur les réseaux sociaux…), ne parlent quasiment pas de la gauche ou alors en des termes calomnieux qui la discrédite d’emblée.

A l’inverse, il y a une surconsommation des médias où les personnalités RN sont surreprésentées. Ça converge avec la surreprésentation du RN et de ses idées dans les sociabilités locales. Les personnes qu’on fréquente votent RN. Ou alors elles ne votent pas mais vont plutôt se déclarer en affinité avec le RN même si elles sont abstentionnistes. Il y a une situation d’hégémonie à l’échelle locale. Quand on allume la télé ça dit du bien du RN, quand on sort de chez soi ça dit du bien du RN… Il n’y a rien qui vient contredire.

Quels sont les leviers de la gauche pour reconquérir ces territoires, sachant que les syndicats et milieux associatifs y sont laminés ?

Il y a un problème de représentativité des catégories populaires à gauche. J’ai été très marqué par le mouvement des gilets jaunes qui d’un seul coup a fait exploser la question sociale. Il y avait dans les premiers jours le sentiment d’être du bon côté de l’histoire, de porter quelque chose qui nous dépasse, qui mobilise largement les gens, qui donne l’espoir d’être un jour majoritaires et de ne pas être juste là en train de contester. La gauche a peu appuyé ces engagements de personnes précaires, ou alors s’y est engagée trop tardivement.

L’une des femmes que j’aie suivie, que j’aie entendue des dizaines de fois se dire « 100 % Le Pen » dans nos conversations, s’est retrouvée ensuite sur une liste locale. Toutes les mesures qui spontanément lui sont venues en tête sont des mesures de justice sociale : mettre en place un réseau d’autostop sécurisé uniquement pour les femmes, afin qu’elles puissent aller travailler dans la ville la plus proche même sans permis, rouvrir des crèches, proposer des licences sportives moins chères… Elle n’avait rien à dire contre les immigrés localement dans les politiques concrètes. Ce qui n’exclut pas qu’elle vote RN aujourd’hui et qu’elle reste hostile aux immigrés.

Dans le même temps, elle aspire à une meilleure répartition des richesses et elle pense que c’est le RN qui incarne ça. Quand on demande qui fait quelque chose pour le dit pouvoir d’achat, c’est le RN aujourd’hui. Elle ne sait même pas ce que la gauche propose, elle n’en entend jamais parler. Elle n’a pas de discours anti gauche. Elle s’en fiche. Simplement, elle a cette offre politique du RN qui lui semble résonner avec ses problèmes. Et le fait est qu’elle est séduite par la réponse xénophobe à ses problèmes économiques. Tout est mêlé.

Est-il trop simple pour vous de dire que le vote RN est un vote de colère ?

D’un côté on a la droite qui dit que ces gens là sont en insécurité culturelle et ont peur d’être « grand remplacés », tout en étant très loin socialement et spatialement des classes populaires. De l’autre, la gauche dit « ils votent RN car l’État les a abandonnés. Ils se sentent périphériques, invisibles… » On entend par exemple  : « Les gens se sentent abandonnés parce qu’on a fermé les lignes de train ». Je suis favorable en tant que citoyen à ces réouvertures, mais il n’y a pas de train qui va à l’usine ou qui va embarquer votre camionnette pour bosser dans le bâtiment ! On prend la départementale ou la 4 voies si ça existe.

Là où il y a une attente, c’est celle de gagner plus, d’être mieux payé. C’est d’avoir plus d’hôpitaux, de pouvoir accoucher sans avoir à faire plus d’une heure de route. C’est essentiel, ça c’était du « mieux avant ». Il faut reprendre pied dans ces milieux là. Ce sont des luttes de long terme.

Comment voyez vous la suite ?

Je vois plutôt une progression pour le RN. Le fait qu’Emmanuel Macron l’ait présenté et construit comme unique parti d’opposition, et là comme futur parti de gouvernement, suscite un effet d’entrainement, notamment dans les catégories où vous n’êtes pas sûrs de votre vote. C’est un effet d’entrainement de se sentir du côté des vainqueurs.

En même temps, Macron a pris le risque de restructurer une gauche globale, dans une situation où on se dit qu’il faut choisir entre deux blocs, avec d’un côté la droite qui est devenue l’extrême droite, de l’autre la gauche sous la bannière Front populaire. Ce bloc de gauche aussi peut agréger plus de gens, car il permet de se dire qu’on peut aussi être du côté des vainqueurs, et qu’on est pas seul face au RN. A la campagne, tout le monde n’est pas RN, loin de là. Mais l’hégémonie du RN les invisibilise, ou les empêche de s’exprimer. Le Front populaire peut de ce point de vue offrir une alternative qui semble en mesure de rivaliser.

Le problème de fond selon moi, c’est que sur le plan démographique et économique, tout est fait pour que les personnes originaires des campagnes, des bourgs, du périurbain, des petites villes, qui ont une trajectoire sociale qui les amènent à être davantage de gauche, soient amenées à quitter ces territoires là. Les personnes diplômées vont s’installer en ville ou dans une campagne où il y a déjà des diplômés qui votent à gauche.

Cette logique de concentration de gens qui se ressemblent rend plus difficile la démocratie par en bas. Cette démocratie réelle qui ferait que vous entendiez autour de vous différentes propositions politiques de manière incarnée et concrète : pas forcément des propositions électorales mais des propositions sur la manière dont on s’entraide, dont on fait groupe pour essayer de changer la vie, de l’améliorer. Pas de la détériorer. C’est ça aussi la vraie politique.

20 juin 2024 Sophie Chapelle

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18 juin 2024 ~ 0 Commentaire

RN (Basta!)

RN (Basta!) dans Antifascisme

Le RN s’oppose à l’émancipation des femmes contrairement à ce que raconte Jordan Bardella

Le Rassemblement national compte sur le vote des femmes pour l’emporter aux législatives. Jordan Bardella et son parti sont pourtant de piètres défenseurs de leurs droits et s’opposent le plus souvent à leur émancipation.

En cinq ans, le Rassemblement national a beaucoup progressé dans l’électorat féminin. 30 % des femmes ont voté pour ce parti aux élections européennes du 9 juin, alors qu’elles n’étaient que 20 % en 2019. Leurs voix sont devenues si importantes que Jordan Bardella leur a lancé un appel ce lundi 17 juin via le réseau social X (anciennement Twitter) : « Femmes de France, le 30 juin et le 7 juillet vous voterez aussi pour vos droits. Je compte sur vous, votez ! » Mais les femmes peuvent-elles vraiment compter sur le RN pour défendre leurs droits ? Il est permis d’en douter.

Égalité salariale : un « non-sujet » pour les élu·es du RN

« A l’assemblée nationale nos députés se battent au quotidien pour obtenir des avancées », affirme Jordan Bardella dans sa courte allocution ce 17 juin appelant les femmes à voter aux élections législatives.

Fin 2021, ces député·es ont pourtant choisi de ne pas prendre part au vote de la loi Rixain sur l’égalité salariale (à poste égal, une femme perçoit en moyenne un salaire inférieur de 10,5% à celui d’un homme). Et en juillet 2023, ils ont voté contre la loi renforçant l’accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique.

Au niveau européen, on relève également une franche hostilité aux droits des femmes à gagner correctement leur vie. En 2022, ils votent contre le salaire minimum européen, fondé sur « un niveau de vie décent » pour chaque État membre sachant que cette mesure concerne en grande majorité des femmes, les plus nombreuses parmi les bas et très bas salaires. En mai 2023, le RN s’abstient à propos de la directive européenne sur la transparence et l’égalité des rémunérations, dont le but était d’appliquer l’égalité de salaires entre femmes et hommes pour un travail identique ou de même valeur….

Violences sexistes et sexuelles : le RN méconnaît et nie le réel

Quand le RN dénonce les violences faites aux femmes, ils les lie systématiquement aux étrangers, alors même que les enquêtes de terrain – et ce depuis des années – documentent que le danger pour les femmes et les enfants vient très largement de leur entourage proche, tous milieux sociaux confondus. « Si je deviens Premier ministre, j’irai plus loin dans la défense des droits des femmes », « nous mènerons une lutte implacable contre l’insécurité », « nous reprendrons le contrôle de notre politique migratoire en expulsant les délinquants et criminels étrangers, en renforçant sévèrement les sanctions contre les violences faîtes aux femmes », répète ainsi Jordan Bardella en dépit de la réalité.

« Il est resté coincé sur l’image du violeur de rue, l’inconnu repoussant, comme si personne ne lui avait dit que dans 90 % des cas l’agresseur est quelqu’un que l’on connaît, souvent un proche », a répondu sur Twitter Hélène Devynck, l’une des victimes du présentateur vedette de TF1 Patrick Poivre d’Arvor, accusé d’avoir violé de très nombreuses femmes.

« Jamais aucune femme ne devrait craindre de sortir dans les rues quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit », a encore déclaré Jordan Bardella. La liberté des femmes est certes restreinte dans l’espace public, dessiné par et pour les hommes. Mais c’est bien au sein de leur foyer qu’elles sont le plus en danger face au violences physiques ou sexuelles, de même que les enfants.

En 2022, Marine Le Pen promettait (dans le cahier sécurité de son programme) que les conjoints ou ex-conjoints violents seraient « jugés dans des délais très brefs » et que les mesures de protection des victimes seraient « efficaces ». En 2018, pourtant, les députés de son parti s’étaient abstenus de voter la loi visant à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Marine Le Pen n’était même pas présente le jour du vote. En 2021, tous ses eurodéputés ont voté contre une résolution renforçant la lutte contre le harcèlement sexuel au sein des institutions de l’Union européenne, adoptée dans la foulée du mouvement MeToo.

En 2023, le RN s’est abstenu lors du vote du Parlement européen à propos de l’adoption de la Convention d’Istanbul sur « la prévention de la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique ». Ce texte, juridiquement contraignant, oblige les gouvernements à prendre des mesures pour prévenir les violences, protéger les victimes et poursuivre les agresseurs.

Droits reproductifs : un soutien rare et hypocrite

La lutte contre les « déserts gynécologiques » fait partie des promesses annoncées par Jordan Bardella. L’expression avait été utilisée dès 2022 par Marine Le Pen lors de la campagne présidentielle. Pour autant, elle ne mentionnait pas une seule fois le mot « femme » dans son livret Santé.

En mars 2024, une majorité des député·es RN ont voté pour l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution (46 sur 88). Les autres ont voté contre (12), se sont abstenu·es (14) ou n’étaient pas là (16). Mais en février 2022, alors que les député·es discutent d’un allongement du délai d’IVG de douze à quatorze semaines, les élu·es RN déposent un amendement contre.

Au niveau international, le soutien à l’IVG se révèle également à géométrie variable. En novembre 2020, le Parlement vote une résolution qui condamne les restrictions drastiques du droit à l’IVG en Pologne. Les 23 eurodéputé·es du RN votent contre cette condamnation. Ils récidivent un an plus tard considérant que le texte porte atteinte à la « souveraineté de la Pologne ».

En juillet 2022, alors que la Cour suprême des États-Unis vient de supprimer la protection constitutionnelle du droit à l’avortement, les eurodéputé·es adoptent une résolution pour affirmer la « nécessité de protéger ce droit ainsi que la santé des femmes, y compris dans l’Union européenne ». Mais les élu.es RN sont absents… Le 11 avril 2024, ces mêmes euro député·es se sont abstenu·es sur l’introduction du droit à l’avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux.

Une vision fantasmée de la famille française

Des incitations fiscales aux prêts à taux zéro en passant par les subventions au troisième enfant, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella dessine un portrait très traditionnel de la famille, nombreuse de préférence. « Faire le choix de la natalité, c’est s’engager à assurer la continuité de la Nation, et la perpétuation de notre civilisation », lit-on dans le programme politique publié en 2022, qui omet de préciser que la parentalité reste un puissant facteur d’inégalité entre les femmes et les hommes en France. Le parti encourage le fait d’avoir des enfants avant trente ans, par des incitations financières, mettant de côté la réalité des femmes, qui ont leur premier enfant à 31 ans en moyenne désormais, notamment parce qu’elles choisissent de se consacrer à leur travail avant de devenir mères.

Évidemment, toutes les allocations et primes de politique familiale seront « réservées, exclusivement, aux familles dont au moins l’un des deux parents est Français ». Même l’allocation de soutien familial (ASF) ] – destinée aux familles monoparentales – sera réservée « aux familles françaises ». Qu’en sera-t-il pour les femmes étrangères, qui élèvent, seules, leurs enfants ? Et dont les pères, français, sont démissionnaires, quand ils ne sont pas carrément absents voire violents ? On l’ignore. La complexité du réel ne peut pas se fondre dans le programme du RN.

Enfonçant le clou, et creusant l’abîme pour les femmes sans papiers, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella s’est insurgé récemment de l’ouverture du droit à l’aide juridictionnelle aux personnes étrangères, mettant en ligne une pétition dénonçant un « gaspillage d’argent public ». Ce faisant, le parti d’extrême droite « omet » que les femmes étrangères sont, elles aussi, victimes de violences conjugales et qu’elles peuvent avoir besoin d’aide pour financer leurs procédures judiciaires. De plus, être étrangère met les femmes dans une position de grande vulnérabilité, en particulier vis à vis des violences sexuelles, et notamment à cause de leur précarité résidentielle.

Les droits menacés des LGBTQI+

En avril 2024, les eurodéputé·es RN on voté en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité et de la transidentité. Mais ce soutien aux minorités est rare. Le 11 mars 2021, ils ont refusé de déclarer l’UE « zone de liberté LGBTIQ » en réaction au recul des droits des minorités sexuelles en Hongrie et en Pologne. Même chose en octobre 2022, quand le Parlement européen avait dénoncé les crimes contre les personnes LGBTQI+ suite à un meurtre homophobe en Slovaquie.

« Dans tous les pays du monde ou l’extrême droite est au pouvoir, les droits des femmes, des minorités et des plus vulnérables sont ciblés », a rappelé la Fondation des femmes au lendemain des élections européenne du 9 juin. Le risque de hausse des agressions physiques dans l’espace public est réel, et il hante de nombreuses personnes. « En tant que personnalité publique lesbienne, très concrètement, ce serait pour moi vivre sous la menace directe de la mort. Les LGBTI déjà attaqués aujourd’hui seront véritablement en danger de mort demain » , affirmait l’élue parisienne Alice Coffin dans un article de Mediapart consacré à la « dédiabolisation » du RN et à sa possible accession au pouvoir.

« Les idées d’extrême droite sont allées jusqu’à inspirer plusieurs réformes délétères en France ces dernières années avec des conséquences particulièrement lourdes pour les femmes et toutes les minorités (loi immigration, réforme des retraites, assurance chômage, etc). Ces réformes liberticides et antisociales ont fait le lit de l’extrême droite accentuant le désespoir et la souffrance de toute une population », regrette un collectif de plus de 150 organisations françaises qui ont décidé de sonner des « alertes féministes » partout en France ce dimanche 23 juin. A rebours du programme qui nous attend si le RN arrivait au pouvoir, ce mouvement nous rappelle que les droits des femmes ne sont pas divisibles. S’en prendre à l’une d’entre elles revient à leur déclarer la guerre à toutes.

Nolwenn Weiler 18 juin 2024  Nolwenn Weiler

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18 juin 2024 ~ 0 Commentaire

action citoyenne ( eau île de France)

action citoyenne ( eau île de France) dans Altermondialisme

L’extrême-droite, une menace pour l’action associative et citoyenne

Dans un texte publié le 16 juin dans La Tribune Dimanche, à l’initiative du Mouvement associatif, les acteurs associatifs et leurs partenaires alertent sur la menace que représente l’extrême-droite pour l’action associative et citoyenne, et donc pour l’ensemble des habitants et habitantes. Au 18 juin, plus de 650 organisations ont signé la tribune (voir ici tous les signataires). La Coordination EAU IDF est signataire de cet appel.

Les élections européennes du 9 juin dernier ont entériné une progression sans précédent de l’extrême-droite. Face à ce constat, le Président de la République a fait le choix de dissoudre l’Assemblée nationale, convoquant brusquement des élections législatives les 30 juin et 7 juillet prochains. Le risque qui s’annonce pour notre démocratie, pour notre République et les valeurs qui la fondent ne peut pas être ignoré.

Nous avons la chance dans notre pays de pouvoir compter sur une dynamique associative particulièrement forte qui nous accompagne au quotidien. Ce sont nos associations, d’abord, qui permettent de proposer à nos enfants de pratiquer une activité sportive. Ce sont elles, encore, qui viennent en soutien des plus démunis, leur proposant un repas ou un toit. Ce sont elles, toujours, qui permettent d’animer nos bourgs et nos quartiers, proposant des activités culturelles accessibles à tous et toutes. Ce sont également elles qui préservent la nature… Nous pourrions poursuivre cette liste à l’infini tant les actions menées par les associations sont diverses et au plus près des besoins des habitantes et habitants.

Ce qui nous réunit aujourd’hui au sein de nos associations, c’est un socle de valeurs et de principes partagés qui est incompatible avec l’extrême-droite. Là où elle prospère sur le sentiment d’abandon et la peur du déclassement, les associations rassemblent et soutiennent les citoyennes et citoyens.

Partout où les forces autoritaires ont accédé au pouvoir, elles n’ont eu de cesse de s’en prendre à la vie associative et celles et ceux qui font association. C’est le cas en Hongrie où le gouvernement de Viktor Orban a été condamné par la Cour de Justice de l’Union Européenne pour ses restrictions imposées au financement des organisations civiles. Mais c’est aussi le cas en France dans les communes administrées par le Rassemblement National. Ainsi, à Hayange (57) en 2016, le maire a mis à la porte le Secours populaire de ses locaux et lui a coupé le chauffage du fait de son caractère “politisé et pro-migrants” alors que l’association comptait près de 1000 bénéficiaires. À ce titre, comment ne pas s’inquiéter de l’utilisation d’un outil déjà largement dévoyé tel que le Contrat d’Engagement Républicain entre les mains d’un tel pouvoir ?

Car ces exemples trahissent une vérité simple : si l’extrême-droite s’en prend aux associations, c’est surtout parce qu’elles agissent au service de tous et toutes, sans discrimination, car les droits sont universels, aucune préférence nationale ne s’y appliquant ; et c’est parce qu’elles sont le réceptacle de la parole citoyenne, du débat contradictoire et d’un pluralisme indispensable à notre vie démocratique.

Parce que les associations portent la parole des citoyennes et citoyens là où l’extrême-droite voudrait la contenir. Parce que les associations prônent le dialogue là où l’extrême-droite se construit sur l’éviction des divergences. Parce que les associations prônent l’ouverture et la tolérance là où l’extrême-droite revendique le repli sur soi. Parce que les associations sont des écoles de la démocratie là où l’extrême-droite en est le fossoyeur. Les valeurs associatives sont incompatibles avec l’extrême-droite.

Nous appelons chacune et chacun d’entre nous à défendre nos valeurs républicaines lors des prochaines élections. Dans la continuité du Pacte du Pouvoir de Vivre qui rendra visible les débats, rassemblements ou les initiatives portées par la société civile (www.pactedupouvoirdevivre.fr), nous appelons toutes les associations à se mobiliser. Nous portons toutes et tous une responsabilité. Il s’agit d’investir pleinement ce combat !

https://eau-iledefrance.fr/

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14 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Anti Fa de Belgique

BELGE

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14 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Matteoti (PSL)

Un anno di dominazione fascista

Il a 100 ans… L’assassinat de Giacomo Matteotti

Il y a 100 ans, le 10 juin 1924, le député socialiste italien Giacomo Matteotti était kidnappé en pleine rue à Rome et assassiné par un commando fasciste armé de matraques et de poignards. Son cadavre ne fut retrouvé que deux mois plus tard dans un bois. L’annonce de ce crime eut, à l’époque, un retentissement considérable sur le plan international.

Né en 1885 en Vénétie dans une famille aisée, Giacomo Matteotti, diplômé en droit en 1907, était devenu une figure de proue du Parti socialiste italien au cours de la Première Guerre mondiale. Opposé à la participation de son pays à la guerre, il fut emprisonné en Sicile. En 1919 il est élu député.

Le parti socialiste italien

Le mouvement ouvrier italien est né au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans le cadre de la révolution industrielle et de l’unification du pays. Fondé le 14 août 1892, il connut une existence bouleversée et plusieurs scissions : sur sa gauche (Labriola en 1897), sur sa droite (Bissolati en 1911).

C’est à cette époque que Benito Mussolini commença à gagner de l’importance au sein du parti socialiste et devint le directeur du quotidien du parti L’Avanti ! Ces divisions internes n’ont pas entravé pas la progression du parti qui remporta 52 sièges au parlement en 1913.

En 1914, quand éclate la guerre, le PSI milite contre la guerre. Mais une frange du parti, emmenée par Mussolini (directeur de L’Avanti!) se prononce pour la guerre et est exclue en 1914.

Le fascisme à l’assaut du pouvoir

Au lendemain de la guerre une vague d’agitation déferle sur l’Italie, car le coût de la vie a triplé : grèves, occupations de terres et d’usines. À l’appel de son nouveau journal, Il Popolo d’Italia, Mussolini réunit à Milan quelques centaines de personnes pour jeter les bases d’une organisation à l’échelle nationale : les Faisceaux de Combat (Fasci italiani di combattimento).

Il s’en prend virulemment au “bolchevisme” et au “socialisme officiel”. Après le reflux des grèves qui ont fait trembler le patronat, Mussolini organise ses troupes en escouades (squadre) qui sont utilisées, avec le soutien du patronat, en milices contre-révolutionnaires armées. Le phénomène se développe rapidement dans les villes et à la campagne.

Aux élections de 1921, les fascistes s’allient à la droite. Ils obtiennent 35 députés, dont Mussolini. En octobre, ce dernier organise une marche sur Rome (30.000 hommes). Le 29 octobre, le roi décide de confier à Mussolini la formation du gouvernement (bien qu’il n’ait que 35 députés!).

Fin de l’année 1922 le Parti national fasciste est devenu un parti de masse : 500.000 inscrits dont 200.000 miliciens. Mussolini fait voter une nouvelle loi électorale : la liste qui obtiendra au moins 25 % des votes obtiendra les 2/3 des sièges, le reste étant partagé à la proportionnelle !

1924

Pour les élections du 6 avril 1924, Mussolini constitue une liste nationale comprenant aussi quelques hautes personnalités de droite non-fascistes. Après une campagne électorale marquée par de nombreuses violences contre les candidats de l’opposition la liste nationale obtient 66 % des votes exprimés et 356 députés.

Les fascistes à eux seuls ont 275 députés. L’opposition, vaincue, doit se partager le tiers des sièges restants : 36 pour les socialistes, 19 pour les communistes, 39 pour les populaires, 15 pour les libéraux et 10 pour les démocrates sociaux.

Le 30 mai le député socialiste Matteotti dénonce au parlement, preuves en main, les violations de la liberté électorale et demande l’invalidation de tous les députés fascistes. Quelques jours plus tard, il est kidnappé et assassiné. L’enlèvement et l’assassinat de Matteotti provoquent une indignation générale qui dépasse le cadre de l’Italie.

En Belgique, où Matteotti était bien connu des milieux socialistes (notamment pour être intervenu au congrès du Parti Ouvrier Belge du 20 avril 1924), les marques d’indignation se multiplient. Une plaque commémorative sera élevée à la Maison du Peuple de Bruxelles (construite par l’architecte Horta), puis en 1964 – lors de la démolition de la Maison du Peuple – transférée à Colfontaine, dans le Borinage. Plusieurs localités rendront hommage à Matteotti en lui consacrant une rue, surtout en Wallonie, mais aussi à Niel (Anvers) par exemple.

Mussolini a d’abord nié que sa milice ait eu quelque chose à voir avec l’enlèvement. Lorsque le corps de Matteotti est retrouvé, la responsabilité des fascistes est toutefois reconnue. L’indignation est limitée et le totalitarisme de l’État italien se développe. Lorsque l’extrême droite peut s’en sortir avec l’usage de la violence, elle l’utilise à nouveau pour aller encore plus loin. L’objectif du fascisme est d’éliminer complètement le mouvement ouvrier organisé.

10 juin 2024 Guy Van Sinoy

https://fr.socialisme.be/

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14 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Manifs Samedi

  • De nombreuses manifestations sont prévues en Bretagne contre l’extrême droite.
  •  La liste des manifestations à venir contre l’extrême droite en Bretagne

  • Dans le Finistère

Dans le Finistère, six manifestations sont pour l’heure répertoriées. Elles se dérouleront toutes samedi, à l’exception de Carhaix, qui prendra place ce vendredi soir. Ce lundi, 350 personnes s’étaient rassemblées à Morlaix. Ce mardi, ils étaient 600 manifestants à Concarneau. Ils étaient 400 à Quimperlé le lendemain, et 200 à Pont-l’Abbé le surlendemain.

Quimper : samedi 15 juin, place de la Résistance, à 11 h.

Quimperlé : samedi 15 juin, place Charles-de-Gaulle, à 11 h.

Landerneau : samedi 15 juin, place de la mairie, à 11 h.

Brest : samedi 15 juin, place de la Liberté, à 14 h.

Morlaix : samedi 15 juin, sur le parvis de la mairie, à 14

Dans les Côtes-d’Armor

Lannion : samedi 15 juin à 11 h devant la mairie, suivi d’un cortège jusqu’au Carré Magique.

Dinan : samedi 15 juin, à 11 h, place de la gare.

Paimpol : samedi 15 juin à 18 h 30, parc du Château Bertho.

Saint-Brieuc : dimanche 16 juin, place de la Liberté, à 11 h.

Lamballe-Armor : lundi 17 juin, à 18 h, place de la mairie.

Guingamp : mercredi 19 juin, à 17 h 30, sur le parvis de la gare.

Dans le Morbihan

Après le millier de manifestants réunis à Lorient et les quelque 500 personnes rassemblées à Vannes ce jeudi, six autres manifestations sont programmées dans le Morbihan. Elles auront toutes lieu ce samedi, dans la matinée.

Lorient : samedi 15 juin, à 10 h 30, au départ de L’Orientis.

Vannes : samedi 15 juin, à 10 h 30, au Port, place Gambetta.

Ploërmel : samedi 15 juin, à 10 h 30, place de la mairie.

Pontivy : samedi 15 juin, à 10 h 30, sur La Plaine.

L’île de Groix : samedi 15 juin, à 11 h, place du marché.

Belle-Île-en-Mer : samedi 15 juin, à 11 h, au port de Palais.

 En Ille-et-Vilaine

En Ille-et-Vilaine, après la manifestation qui s’est déroulée ce jeudi à Saint-Malo, et surtout celle qui a eu lieu ce mardi à Rennes, en présence de 4 500 personnes, trois autres manifestations sont annoncées par la CGT Bretagne.

Vitré : samedi 15 juin, à 11 h, place de Général-de-Gaulle.

Fougères : samedi 15 juin, à 14 h, esplanade des Chaussonières.

Rennes : samedi 15 juin, à 14 h, esplanade Charles-de-Gaulle. Il s’agit de la Marche des fiertés, déjà prévue avant la dissolution de l’Assemblée nationale et l’annonce des législatives anticipées. Mais parmi les mots d’ordre de ce rassemblement figurait notamment la lutte contre l’extrême droite. Et la CGT appelle à s’y rendre.

https://www.letelegramme.fr/

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12 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Exclusions (Libération)

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Législatives anticipées : Marion Maréchal rompt officiellement avec Eric Zemmour et appelle à soutenir des candidats RN

Après une campagne européenne qui s’est achevée dans un climat fratricide, la tête de liste Reconquête lâche son fondateur, mercredi 12 juin, après l’échec la veille des négociations avec son ancienne famille politique.

Marion Maréchal a-t-elle réussi un coup de maître, à savoir un sabotage de l’intérieur façon cheval de Troie du parti d’Eric Zemmour au profit de son ancien clan ?

Difficile à dire tant la saga des déchirements internes à Reconquête au cours de cette campagne des européennes ressemble davantage à des improvisations fortuites motivées par les haines d’un microcosme resserré sur son noyau, qu’à des plans machiavéliques bien ficelés.

Mais c’est donc officiel : après le flop des tractations menées mardi 11 juin pour nouer d’éventuelles alliances avec le Rassemblement national dans la perspective des élections législatives anticipées, la nièce de Marine Le Pen appelle malgré tout, ce mercredi, à voter pour les candidats investis ou soutenus par la formation d’extrême droite. Et charge la responsabilité d’Eric Zemmour, en dénonçant «une triple faute», actant une rupture définitive.

«Présenter des candidats de Reconquête dans les circonscriptions législatives, c’est prendre le risque infini de faire gagner des députés macronistes ou d’extrême gauche», a-t-elle ainsi justifié dans un communiqué.

Mardi, alors que le patron des Républicains, Eric Ciotti, arrangeait un accord avec le RN, aussitôt contesté par presque tous les cadres de sa formation, Marion Maréchal avait pris acte que Reconquête ne signerait rien cette fois-ci non plus, après un premier échec lors des législatives de 2022. Partis solos, les zemmouristes n’avaient alors obtenu aucun siège de député à l’Assemblée. Pourquoi se trouvent-ils de nouveau lâchés en rase campagne par le RN ? Les mêmes causes auraient produit les mêmes effets qu’il y a deux ans.

Une télénovela dramatique

Arrivée largement devant Zemmour au premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen n’avait pas vu l’intérêt de concéder des places à ceux qui avaient tenté de la supplanter. «Malgré mes tentatives de négociation, le regrettable argument qui m’a été avancé [est] qu’ils ne souhaitent aucune association directe ou indirecte avec Eric Zemmour», a ainsi expliqué la trentenaire dans ce même communiqué.

Le parti d’extrême droite qui a obtenu 31,37 % aux élections européennes dimanche a-t-il eu seulement l’intention, cette fois, de toper ? Ou bien l’accord avec LR – enfin son seul président… – leur a-t-il semblé largement suffisant au point de faire dérailler les négociations ? La suite de la télénovela dramatique qui se déroule à l’extrême droite entre des partenaires objectifs constitués en rivaux, le dira sûrement.

Reste que Marion Maréchal, régulièrement soupçonnée d’être sur le point de retourner dans son ancienne famille politique, celle fondée par son grand-père, a réussi un petit exploit. Avec ses 5,47 % obtenus le 9 juin, la nièce de Le Pen s’assure un siège au Parlement européen, malgré une campagne au nom du mouvement de Zemmour, qui s’est achevée dans la haine mutuelle avec son leader. La trahison n’en est que plus facile. Elle est désormais élue, quand il est condamné à rester simple commentateur.

Lucie Alexandre

https://www.liberation.fr/

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08 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Communiqué (LDH)

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Rompre avec le nazisme, quand ça veut pas, ça veut pas

Communiqué LDH

Au moment où le Rassemblement national (RN) est traité par beaucoup comme un parti honorable, l’actualité nous prouve l’inverse, de multiples façons.

Lors de la conférence sur l’extrême droite, organisée à Rosporden, par la LDH (Ligue des droits de l’Homme) Quimperlé/Concarneau, l’ex-membre du Front national (FN) Jean-Yves Queinnec n’a pas hésité à faire le salut nazi en criant “Heil Hitler”.

Cet acte de soutien au régime nazi, à la veille des commémorations du débarquement du 6 juin 1944, s’inscrit malheureusement dans une continuité entre les paroles, les gestes et les actions violentes de groupes d’extrême droite.

Le 5 juin 2024 sur France Inter, la tête de liste du RN aux européennes, Jordan Bardella, a répondu ainsi à la question “Vladimir Poutine n’a pas été invité aux commémorations du 6 juin. Le regrettez-vous ?

Dans un monde idéal, toutes les nations qui ont participé à l’affaiblissement du régime nazi et de l’armée allemande seraient présentes pour célébrer le débarquement … “.

Affaiblissement du régime nazi” ou “défaite du nazisme“, les termes ne sont pas équivalents. Le choix du mot “affaiblissement” traduirait-il une absence de compréhension de ce qui s’est joué entre Stalingrad 1942 et Berlin 1945 ?

Le procureur de la République a décidé d’engager des poursuites contre Jean-Yves Queinnec et la LDH va naturellement se constituer partie civile. L’absence de clarté de l’expression de la tête de liste aux européennes quant à ce qu’a été la lutte contre le nazisme est une raison de plus pour se mobiliser à l’occasion des élections européennes, le 9 juin 2024, pour faire barrage à l’extrême droite.

Paris, le 7 juin 2024

https://www.ldh-france.org/

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06 juin 2024 ~ 0 Commentaire

RN Programme (Reporterre)

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Jordan Bardella : un programme bourré de contradictions

Crise agricole, précarité… L’extrême droite de Jordan Bardella entretient un double discours en vue des élections européennes. Une « supercherie » démontrée en six actes.

Qui aurait pu prédire la médiocrité du programme écologique arboré par le Rassemblement national (RN) ? Le 2 juin, la tête de liste d’extrême droite aux élections européennes du 9 juin, Jordan Bardella, n’a presque pas abordé la question lors de son grand meeting au Dôme de Paris. Désormais crédité de 34 % des intentions de vote, le bras droit de Marine Le Pen est trop occupé à s’imaginer trôner à l’hôtel de Matignon — le RN s’épanchant déjà sur une hypothétique dissolution de l’Assemblée nationale, suivie d’une cohabitation.

Dans son programme teinté de xénophobie, où l’immigration est qualifiée de « menace existentielle », s’immiscent toutefois quelques vœux pour le climat et la biodiversité. Avec, comme mot d’ordre, le rejet franc de « l’écologie punitive du Pacte vert ».

Cette feuille de route, baptisée Green Deal en anglais, a boosté les ambitions climatiques de l’Union européenne lors de la précédente mandature. Parmi les principales, figurent la réduction de 55 % des émissions nettes d’ici 2030 par rapport à 1990, la fin des ventes des véhicules thermiques neufs à l’horizon de 2035, ou encore l’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables d’ici six ans. « Ces avancées marquantes seraient menacées si l’extrême droite parvenait à une percée, assure Caroline François-Marsal, du Réseau Action Climat (RAC). La bataille n’est pas terminée. » Vert ou brun ? L’élection du 9 juin déterminera la couleur de ce Pacte ambitieux, déjà en proie à de vives rétrogressions.

Agriculture, énergie, transports, biodiversité… Reporterre a comparé six futurs grands chantiers du Parlement européen avec les solutions apportées par les quatre-vingt-un colistiers du RN. Établie par le Réseau Action Climat, l’analyse de certains scrutins fondateurs offre aussi une rétrospective sujette à dévoiler les contradictions de l’équipe de Jordan Bardella. Même parmi les neuf partis nationalistes du groupe Identité et Démocratie, le RN est le deuxième pire élève en matière d’écologie (avec 6/100), derrière la Ligue du Nord italienne.

1. Crise agricole : un « double discours »

À une poignée de jours du scrutin, les tracteurs étaient de retour sur le bitume, bloquant la frontière franco-espagnole du Roussillon au Pays basque. Un flash-back du soulèvement des paysans, ayant éclaté en début d’année et dont les plaies ne semblent pas pansées. À cette époque, lorgnant les voix de la profession, Jordan Bardella avait chaussé ses bottes, multipliant promesses et accusations. Reporterre s’était alors penché sur la politique agricole du RN.

Enseignement n°1 : le 23 novembre 2021, l’ensemble des eurodéputés du RN ont soutenu la nouvelle Politique agricole commune (PAC), main dans la main avec les macronistes et Les Républicains. Visiblement mal à l’aise avec cet antécédent, Jordan Bardella s’est justifié fin février, au Salon de l’Agriculture, d’un hésitant : « La PAC, c’est mieux que rien. » Un an plus tôt, il s’était aussi opposé à un amendement visant à plafonner les aides de la PAC à 60 000 euros par an, pour une plus juste répartition des subventions avec les petites fermes.

Enseignement n°2 : le 29 janvier, le président du RN assurait s’être « opposé, de manière constante, aux accords de libre-échange ». Faux. Cinq jours plus tôt, son unique collègue présent à la Commission du commerce international (Inta), Thierry Mariani, s’était abstenu au sujet de deux accords de l’Union avec le Chili et le Kenya. « La question du libre-échange divise terriblement l’extrême droite… alors le plus souvent, ils s’abstiennent, décryptait alors pour Reporterre Marie Toussaint, tête de liste des Écologistes aux européennes. On voit bien là leur double discours. »

Seulement, le Rassemblement national ne manque pas d’audace. Dans son programme, il défend l’instauration d’un « moratoire sur la négociation de nouveaux accords de libre-échange » et le soutien des agriculteurs « en leur garantissant une rémunération digne ». Moins réjouissant, l’équipe de Jordan Bardella réclame aussi la suppression de la stratégie « De la ferme à la table », notamment censée réduire de 50 % l’utilisation de pesticides d’ici 2030.

2. Énergie : une politique proactive

Le mandat bientôt achevé aura été marqué par l’invasion de l’armée russe de Vladimir Poutine en Ukraine, et l’aveu sous-jacent de notre dépendance aux énergies fossiles. Pour s’en extirper, une directive centrale du Pacte vert a été adoptée à l’automne 2022 : celle-ci impose un objectif contraignant de 42,5 % d’énergies renouvelables dans le mix européen d’ici 2030. Une accélération du déploiement que le RN voit d’un mauvais œil, assurant vouloir prononcer « un moratoire sur l’éolien et le solaire » et orchestrer « le démantèlement progressif des sites » éoliens déjà construits.

Sans jamais évoquer la sortie des fossiles ni même la neutralité carbone, le programme de Jordan Bardella promet d’investir — en plus de l’hydrogène et de la géothermie — dans le nucléaire de nouvelle génération. « N’en déplaise aux idéologues verts et rouges », clamait-il, le 2 juin. Objectif : que la France mène une politique proactive pour « déployer son savoir-faire » et « convertir un certain nombre de capitales européennes ».

La liste du RN entend aussi mettre fin au marché européen de l’énergie : la seule façon, aux yeux de son leader, de réduire la facture d’électricité ayant « bondi de 45 % en deux ans ». En 2022, avec des dysfonctionnements en chaîne du parc nucléaire de l’Hexagone, la France a pourtant davantage importé d’électricité qu’elle n’en a exporté : « Sans marché européen de l’énergie, une telle dépendance à nos voisins européens aurait pu coûter très cher aux contribuables, assurent nos confrères de Contexte. Le retour à des prix définis nationalement n’est donc pas toujours synonyme de prix bas. »

3. Biodiversité : une approche extractiviste

Protéger les forêts des conséquences du changement climatique. Telle est la seule et unique ambition affichée dans le programme du RN, au sujet de la biodiversité. Et celle-ci est à lire avec des pincettes, prévient Nicolas Oddo, de France Nature Environnement (FNE) : « Le RN y affirme que les capacités naturelles de résilience ne suffiront pas. L’objectif est clair : créer de la peur pour justifier l’intervention humaine. » Dès lors, les industriels pourraient avoir le feu vert pour raser les forêts et les convertir à d’autres essences : « Cette approche industrielle et extractiviste est catastrophique », conclut le chef de projet.

La proposition transpire par ailleurs l’hypocrisie à en croire le scrutin du 12 juillet 2023, avec la loi sur la restauration de la nature, adoptée avec 336 voix pour et 300 contre, dont celles du RN. Cette pierre angulaire du Pacte vert promeut pourtant la mise en place de mesures de restauration sur 20 % des aires terrestres et marines de l’Union d’ici 2030, et sur tous les écosystèmes dégradés d’ici 2050, forêts comprises !

4. Précarité : les plus vulnérables, des laissés-pour-compte

À défaut d’un argumentaire bien rodé, Jordan Bardella maîtrise l’art de la communication sans fond. « L’une de nos différences fondamentales avec les macronistes ? Ils défendent des dogmes. Nous, nous défendons les gens », assénait-il ainsi au Dôme de Paris. Avant d’ajouter : « Nous n’acceptons plus cette société à l’euro près, où des millions de Français renoncent à se déplacer, se chauffer ou se soigner, car le travail ne paie pas suffisamment. »

Seulement, le RN ne propose pas la moindre mesure pour financer l’accompagnement des ménages — notamment les plus précaires — face aux transformations impliquées par la transition écologique. « De même sur la question de la transformation des emplois, le RN ne fait pas de proposition », dénonce le RAC.

Plus dérangeant encore, la formation de Marine Le Pen compte freiner la lutte contre la précarité énergétique et la baisse de la consommation. Comment ? En réclamant à l’Union un assouplissement des obligations de rénovation thermique des bâtiments. En mars 2023, les eurodéputés d’extrême droite avaient déjà voté contre cette directive.

Au cours du mandat à venir, l’un des grands chantiers en matière d’égalité consistera à renforcer le Fonds de transition juste censé accompagner les travailleurs touchés par les mesures du Pacte vert. En 2021, le Rassemblement national s’était abstenu à l’heure de voter cette enveloppe de 17,5 milliards d’euros.

Autre bataille à venir : l’augmentation du montant du Fonds social pour le climat, aujourd’hui de 86,7 milliards d’euros. Là encore, en juin 2022, Jordan Bardella et ses collègues ont voté contre cet outil, devant aider les ménages vulnérables à acheter un véhicule électrique, installer une pompe à chaleur ou encore supporter la hausse des coûts de chauffage et de carburant. Bref, de quoi « défendre les gens ».

5. Transports : à fond la voiture

Pour alléger l’empreinte carbone des transports, les eurodéputés ont acté une avancée colossale en mars 2023, en interdisant à compter de 2035 la vente de voitures essence, diesel et hybrides neuves au sein de l’UE. « L’Europe doit continuer à renforcer son ambition, et travailler à sa sobriété, insiste Caroline François-Marsal. Cela passe par la réduction du trafic aérien, la taxation du kérosène, la diminution du poids des voitures électriques ou encore l’accessibilité du train, trop cher aujourd’hui. »

Un vaste programme auquel ne participera pas le Rassemblement national, désireux de « défendre les automobilistes et notre industrie, en abrogeant les normes européennes absurdes ». S’il promeut le déploiement massif du transport ferroviaire — sans chiffrer pour autant l’investissement nécessaire —, le camp de Jordan Bardella réclame aussi d’annuler l’interdiction de la vente de voitures à moteur thermique. Mieux, il faudrait à ses yeux innover dans le secteur.

En outre, proposition est faite d’abroger les zones à faibles émissions (ZFE). Une mesure tout simplement impossible, puisque celles-ci relèvent des politiques locales.

6. Financement de la transition écologique : micmac sur la taxe carbone

Ultime chantier phare à venir : le financement de la transition écologique. Le 2 juin, à la tribune du Dôme de Paris, Marine Le Pen n’a pas lésiné sur le pathos, assurant que le rêve de l’Union était d’imposer aux Françaises et Français des impôts européens : « Même votre épargne n’est pas à l’abri, tant ils louchent de manière indécente, multipliant les appels à la mobiliser de grès ou de force. » Aux yeux du RAC, la création de taxes visant les plus grands pollueurs est pourtant une solution d’ampleur « pour éviter que le coût des transformations ne pèse sur les ménages pauvres et les classes moyennes ».

Sur cette thématique, le Rassemblement national semble une fois encore s’emmêler les pinceaux. Le programme de Jordan Bardella appelle à « mettre fin au grand dérèglement commercial », arguant que « les importations représentent un tiers de l’empreinte carbone de l’UE et la moitié concernant la France ». Pourtant, en avril 2023, les parlementaires d’extrême droite se sont opposés ou abstenus à la création d’une sorte de taxe carbone aux frontières, soutenue par près de 76 % de l’assemblée strasbourgeoise. Que plaident-ils à présent ? Une « véritable » taxe carbone aux frontières, visant les produits finis et semi-finis.

Quant à savoir s’il faut, ou non, apporter des financements nouveaux aux pays du Sud, la réponse est sans équivoque : « Aucune ville française ne figure dans les 500 villes les plus polluées au monde, détaille sur son site internet le parti. Pourquoi punir les Français ? Ce n’est pas aux Français de payer pour les fautes des autres ! L’urgence est de rompre avec une écologie dévoyée par un terrorisme climatique. » Une rhétorique souvent utilisée par celles et ceux refusant d’agir pour l’écologie, observe Olivier Guérin, de Reclaim Finance : « En réalité, sur le financement de la transition, le programme du RN est une supercherie. »

Contacté par Reporterre, le Rassemblement national n’a pas répondu à nos sollicitations

https://reporterre.net/

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04 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Racisme Facisme… ( Basta)

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« Le racisme est une force d’attraction politique qui ne doit pas être prise à la légère »

Quelles sont les motivations de celles et ceux qui déposent un bulletin Rassemblement national ou Le Pen dans l’urne ? Le politologue Félicien Faury est allé à la rencontre de ces électeurs ordinaires de l’extrême droite. Entretien.

Basta! : Pourquoi avoir choisi le sud-est de la France comme terrain d’étude ?

Félicien Faury : Il y a dans les discours une focalisation sur l’électorat du Rassemblement national (RN) dit « du Nord », notamment sur les classes populaires rurales et le vote RN ouvrier. Il est absolument nécessaire d’étudier ce type de vote, mais il m’a semblé qu’on oubliait toujours une autre région, le Sud-Est, qui est pourtant un bastion historique de l’extrême droite.

C’est un ensemble de territoires particulièrement convoités, avec de très fortes inégalités sociales et territoriales, et un électorat RN davantage de classes populaires stabilisées et de classes moyennes. Ce segment de l’électorat continue d’être très important pour le RN, notamment pour les élections européennes à venir, les petites classes moyennes se mobilisant souvent davantage pour les élections intermédiaires.

Y a-t-il des spécificités à ce vote RN du Sud, comparé par exemple à celui du Nord, plus ouvrier ?

Sur la question migratoire, et sur la question raciale de façon plus générale, on ne repère pas dans les enquêtes de différences significatives entre Nord et Sud, ou entre électorat ouvrier et électorat de petites classes moyennes. Cette question du rejet des immigrés est transversale à tout l’électorat lepéniste.

C’est lorsque les intérêts de classe sont en jeu que l’on observe des différences notables. Au sein de l’électorat ouvrier ou précaire, il existe une très forte inquiétude sur le terrain de l’emploi, avec la peur de se retrouver au chômage. Les électeurs et électrices que j’ai pu rencontrer au cours de mon enquête appartiennent à un autre type d’électorat, davantage stable sur le marché de l’emploi : des employés dans des secteurs peu délocalisables, des artisans et commerçants, des professions intermédiaires, des métiers liés à la sécurité.

Ces personnes, souvent propriétaires de leur logement, s’auto-situent dans le milieu de l’espace social, mais, pour reprendre l’expression d’une électrice, dans le « mauvais milieu ». D’un côté, ces électeurs et électrices reconnaissent qu’ils ne sont pas les plus à plaindre, qu’ils ne sont pas les plus pauvres. Mais, d’un autre côté, ils se trouvent dans une position médiane fragilisée et marquée par l’incertitude.

Pour cet électorat, l’incertitude ne pèse pas tant sur la question de l’emploi, mais davantage sur des enjeux de redistribution, ou ce que j’appelle de « reproduction sociale » : les impôts, les aides sociales, le logement et l’environnement résidentiel… Sur la question des services publics aussi, et notamment l’école.

Ce sont des personnes qui ont acquis un certain statut et un petit capital, au prix de nombreux efforts, mais qui ont peur de le perdre. Ils ont l’impression que l’ordre existant – social, racial – est en train de vaciller. Comme cet ordre leur bénéficie, et qu’ils s’y sentent familiers, ils souhaitent le conserver, et c’est ce qui nourrit leur vote. Il y a donc à la fois une dimension protestataire et conservatrice dans le vote RN.

Vous décrivez les électrices et électeurs interrogés comme des « dominants dominés ». Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là ?

Du point de vue de la classe sociale, ces personnes se situent encore globalement du côté des « dominés », c’est-à-dire du côté des classes populaires ou des classes moyennes, qui subissent des formes de relégation économique. En revanche, du point de vue des inégalités ethnoraciales, là par contre ils font partie du groupe majoritaire et se situent en position de pouvoir au regard des frontières raciales qui structurent la société française.

Mais même au sein de ces rapports sociaux de race, ces électeurs et électrices se trouvent dans une position fragilisée, avec le sentiment de devenir minoritaires dans l’espace local où ils vivent. S’ils ont des aspirations xénophobes ou ségrégatives, ils n’ont pas les ressources sociales pour les mettre en œuvre, par exemple en quittant leur quartier pour mettre en place un entre-soi blanc. Ils ne peuvent pas non plus bénéficier de manière silencieuse des inégalités ethnoraciales, comme peuvent le faire d’autres personnes appartenant au groupe majoritaire.

Ça interroge la définition du racisme : est-ce seulement une question d’attitude, ou est-ce aussi une question de pouvoir ? Si c’est une question de pouvoir, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un racisme démuni à bien des égards. Ce racisme peut être très explicite dans les discours, mais impuissant dans les actes. Et le vote RN est d’ailleurs souvent le seul pouvoir qu’il leur reste, comme une sorte d’ultime recours xénophobe.

Par quoi ce racisme est-il motivé ?

Comme le sexisme, le racisme est présent dans tous les milieux sociaux, y compris bourgeois. On ne peut donc pas l’expliquer par la pauvreté. C’est davantage une question d’intérêt social, qui va venir s’articuler avec certaines expériences de classe.

Comme ce ne sont pas des personnes qui se sentent en danger sur le terrain de l’emploi, la figure menaçante ne va pas être celle de l’immigré qui travaille et qui vient prendre leur travail. Ça va plutôt être l’immigré qui est au chômage et bénéficierait indûment des allocations sociales « payées par nos impôts », pour reprendre une formule souvent entendue.

Il y a aussi parmi les électrices et électeurs interrogés l’idée très répandue qu’il y aurait une préférence étatique pour les minorités ethnoraciales, dans le fait déjà de les laisser entrer, et dans le fait qu’une fois arrivés dans le pays, on leur permette de bénéficier des aides sociales, comme tous les « vrais » Français.

Il y aurait également une clémence étatique, en termes de répression policière et pénitentiaire, vis-à-vis de ces minorités : l’État préférerait contrôler la personne qui fait un petit excès de vitesse ou qui ne va pas mettre sa ceinture, plutôt que le jeune garçon arabe qui va faire des rodéos.

Pourtant, les personnes racisées, celles descendantes d’immigrés ou a fortiori celles immigrées, font l’objet de nombreuses discriminations : contrôle au faciès, accès entravé à l’emploi et au logement… Cette réalité est ignorée des personnes interrogées ?

Il y a de fait une invisibilisation, parfois une dénégation, des discriminations vécues par les personnes racisées. Il y a aussi une fixation sur certaines situations, par exemple les immigrés au chômage, au détriment d’autres. Dans les entretiens menés, je retrouve constamment une mise en équivalence entre immigrés et chômeurs, ce qui contribue à invisibiliser tout un ensemble d’activités réalisées en grande partie par une main-d’œuvre étrangère,notamment en région Sud-Paca : le travail agricole saisonnier, le BTP, les métiers de l’aide à la personne…

Par ailleurs, il est vrai que, sur mon terrain, les quartiers où il y a le plus de personnes immigrées sont aussi les quartiers les plus durement touchés par le chômage et où le taux de personnes au RSA est le plus élevé.

Les électeurs n’inventent donc pas totalement la relation entre origine migratoire et précarité ou chômage. Mais ils vont se fixer sur certaines situations plutôt que d’autres et vont y apporter des causes non sociologiques, non sociales, en faisant appel à tout un ensemble de stéréotypes sur la fainéantise des immigrés. Le racisme ne repose donc pas entièrement sur des fantasmes : il se fixe sur certaines réalités existantes, mais en sélectionne certains traits et non d’autres, et leur apporte des explications essentialisantes et non sociales.

Parmi les personnes interrogées, vous dites constater une certaine défiance vis-à-vis des politiques. Pourquoi, dans ce cas, se tourner vers le RN plutôt que vers un autre parti, ou plutôt que de s’abstenir ?

Il y a en effet une très forte défiance vis-à-vis des représentants politiques, qui n’est pas seulement propre au RN, mais qui est très partagée, et notamment envers les politiques qui ont exercé des responsabilités gouvernementales. « Ceux du gouvernement », comme on les appelle. De ce point de vue là, le vote RN peut être un vote « par défaut ».

Tout en ayant dit ça, il faut souligner que l’argument souvent entendu de « on a tout essayé » est en fait très incomplet. Au-delà de l’aspect antisystème dégagiste, c’est aussi un vote qui a des raisons positives. Ces électeurs ne votent pas au hasard ; ils votent pour des partis qui défendent des projets, en affinité avec leurs propres désirs sociaux et politiques.

Quel rôle les politiques actuels jouent-ils dans le choix de ces électeurs de se tourner vers le RN, et notamment Emmanuel Macron, à qui vous consacrez un chapitre ?

Au sujet des politiques, je repère deux types de critiques. La première concerne l’argent. Les électrices et électeurs du RN que j’ai rencontrés estiment que certaines élites politiques se seraient « gavées », et auraient profité de leur position dominante pour s’enrichir.

Les figures de Nicolas Sarkozy et de François Fillon sont beaucoup citées. La deuxième critique porte davantage sur le langage, avec l’idée que les élites, notamment de gauche, seraient de beaux parleurs, des donneurs de leçon, des personnes qui parlent beaucoup, mais qui ne font rien.

Ce qui est intéressant avec Emmanuel Macron, c’est qu’il synthétise ces deux critiques. Ancien banquier, il est très fortement identifié au monde de l’argent. C’est aussi une personne qui est souvent qualifiée d’« intelligente », mais cette intelligence va être mise au service d’une certaine hypocrisie, de manière à cacher sa propre impuissance et le fait qu’il va servir avant tout ses propres intérêts.

C’est donc une synthèse sociale et politique assez inédite de toutes les tares qu’on prête aux élites politiques de droite et de gauche, qui là sont rassemblées et vont contribuer à cette idée du monde politique comme un tout indifférencié et très distant socialement.

Vous dédiez également toute une partie de chapitre à la figure de Marine Le Pen. Quelle place occupe-t-elle dans le choix de ces électeurs et électrices de se tourner vers le RN ?

Il y a un premier type de profil d’électeurs et électrices qui vont davantage me parler du Rassemblement national et des Le Pen de manière générale. Ce sont des personnes qui vont voter pour ce parti, mais sans pour autant se montrer dupe. J’ai beaucoup entendu la phrase « ça reste un parti politique », avec l’idée qu’il s’agit d’une institution à laquelle on ne peut pas accorder sa totale confiance. Ils sont aussi accusés de parfois s’être gavés. « Les Le Pen, c’est pas des tristes non plus », me dit une des personnes interrogées.

En revanche, et notamment chez des électrices de classes populaires que je repère une très forte identification à la figure de Marine Le Pen, qui est d’ailleurs souvent appelée Marine sur mon terrain. Le parti va principalement être connu à travers cette représentante. Une électrice, que j’appelle Monique dans le livre, ne connaît pas du tout les autres représentants, par exemple les porte-paroles du Rassemblement National. Mais elle va tout de même voter pour d’autres candidats du RN, par exemple aux élections locales ou législatives, parce que pour elle, c’est « le parti de Marine ».

Cette dimension personnalisée peut être un obstacle pour le RN, le nom Le Pen étant toujours très connoté négativement pour toute une partie de la population. Mais il faut rappeler que pour une autre partie, ce nom est très fortement identifié positivement. C’est une marque qui permet de mobiliser tout un ensemble d’électeurs et électrices.

Vous soulignez également que jusqu’à la fin des années 2000, le RN était perçu comme un danger pour la démocratie par une très large majorité de la population. Et aujourd’hui, pour la première fois, d’après les résultats du baromètre annuel pour Le Monde et France Info, cet avis n’est partagé que par un peu moins de la moitié de la population. Comment expliquer ce changement de perception ?

Il y a deux manières d’analyser ce résultat. On voit que le RN reste toujours un parti considéré comme à part et dangereux pour la moitié des Français, ce qui n’est pas du tout le cas des autres partis politiques. Mais c’est vrai que, pour l’autre moitié du corps électoral, le RN est devenu légitime à faire partie du champ politique et médiatique français.

C’est quelque chose que j’ai pu remarquer chez les électrices et électeurs interrogés. Ils vont convoquer tout un ensemble de justifications durant les entretiens parce qu’ils ont conscience que le vote RN peut toujours être potentiellement stigmatisé. Mais en même temps, ils n’ont plus le sentiment d’être seuls. Ils ont autour d’eux de plus en plus de gens qui votent RN, et notamment des proches, des gens qui comptent pour eux. Ils vont voter la plupart du temps de manière similaire à leur conjoint ou conjointe, à leurs amis, à leurs collègues, parfois à leurs voisins. Ça a des effets de légitimation au moins tout aussi importants que ceux produits par les discours politiques, les chaînes d’information en continu ou les prises de position d’intellectuels médiatiques.

La gauche peut-elle reconquérir ces électeurs et électrices, selon vous ? Si oui, à quelles conditions ?

C’est une question compliquée. Je n’ai pas trop de leçons à donner là-dessus. Ce que je souhaite montrer avant tout dans mon livre, c’est que le racisme est une force d’attraction politique qui ne doit pas être prise à la légère. C’est quelque chose qui oriente les visions politiques des individus, et qui concrètement fait voter les gens. C’est le cas pour les électeurs du RN.

Il faut donc accepter de ne pas détourner le regard. Il faut prendre cette question à bras-le-corps, en s’attaquant à la fois aux structures des inégalités ethnoraciales qui sont toujours à l’œuvre dans ce pays, et au bain idéologique ambiant qui peut avoir tendance à normaliser certains énoncés racistes. Toute concession faite à cette matrice idéologique ne permettra pas de récupérer des électeurs, mais alimenterait au contraire ce qui les fait voter pour le Rassemblement national.

Il faut aussi rappeler que les classes populaires et les classes moyennes blanches ne sont pas disposées par nature à voter pour le RN. Cela n’a donc aucun sens de dire qu’il est trop tard et qu’il ne faut plus se tourner vers elles parce qu’elles seraient condamnées à voter pour le Rassemblement national.

C’est un travail de long terme, qui consiste à s’adresser à ces classes populaires blanches, en proposant des mesures sociales et politiques ambitieuses, qui vont faire contrecoup et démonétiser la force politique du racisme. Il faut aussi rendre le coût moral et social du vote RN supérieur. Il faut arriver, sans stigmatiser les individus, à dire que, si, le vote RN fait appel à des affects racistes qui sont critiquables politiquement. C’est quelque chose qu’il faut réussir à dire sans condescendance.

Par ailleurs, il existe une pluralité de manières de voter RN. Il y a beaucoup de personnes qui ont voté pour ce parti, mais qui ont conscience que, pour le dire ainsi, ce vote ne reflète pas la meilleure part en eux. Des personnes me disent : « On devient aigris, on se résout à voter pour le RN, c’est malheureux, mais il faut bien en arriver là. » C’est quelque chose qu’ils vont faire à un moment donné. Certaines dispositions vont être activées lors de ce vote, mais elles ne résument absolument pas les individus.

Ces électeurs et électrices peuvent évoluer et changer d’avis. Si leur condition sociale change, si leur représentation politique se déplace, ils vont pouvoir voter pour d’autres options électorales. Il faut donc parvenir à la fois à rendre le racisme à nouveau honteux, tout en s’adressant à d’autres aspects et à d’autres intérêts sociaux chez ces individus.

Propos recueillis par Daphné Brionne

Félicien Faury
Sociologue et politiste, chercheur postdoctoral au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales, auteur du livre Des électeurs ordinaires (Ed. du Seuil, mai 2024).
©Astrid di Crollalanza

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