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21 juin 2022 ~ 0 Commentaire

nupes (jdd)

bagarre

Pour son entrée à l’Assemblée nationale, la gauche tente de rassurer sur son unité

Au lendemain de la proposition par Jean-Luc Mélenchon de constituer un groupe unique de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), les différentes forces de gauche ont fait leur entrée à l’Assemblée nationale.

C’est bientôt les vacances d’été, mais eux ont fait leur rentrée ce mardi.

Les députés de gauche, réunis dans la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), s’étaient donnés rendez-vous place du Palais-Bourbon, face à l’entrée principale de l’Assemblée nationale.

L’écologiste Delphine Batho y discute avec l’Insoumis François Ruffin ; le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure traverse la rue avec l’attachée de presse de Jean-Luc Mélenchon, avant d’être rejoint par les Insoumis Clémentine Autain et Éric Coquerel ou encore de faire la bise à l’écologiste Julien Bayou.

Les communistes Pierre Dharréville et Sébastien Jumel sont présents. Ce mardi matin, tout ce petit monde – figures médiatiques et nouveaux élus – s’est mélangé… ce qui ne leur était plus arrivé depuis longtemps dans cette enceinte. « Le symbole est là », sourit alors Olivier Faure.

On est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là

À l’applaudimètre du jour, Rachel Keke, femme de chambre devenue députée du Val-de-Marne, l’emporte. Devant une nuée de caméras, qui suit le moindre de ses mouvements, elle improvise un pas de danse avec plusieurs collègues. Quelques minutes plus tard, les Insoumis pénètrent dans la cour de l’Assemblée nationale, en compagnie de… Jean-Luc Mélenchon, député pour encore quelques heures. S’ensuit la traditionnelle photo de groupe et l’entrée aux sons de : « On est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là ».

Pas de groupe unique…

L’ambiance est bon enfant, mais une question reste sous-jacente. Quid de la proposition énoncée la veille par Jean-Luc Mélenchon sur la nécessité d’un groupe unique ? Sur le sujet, deux camps s’opposent. D’un côté, La France insoumise, qui continue de penser qu’une telle issue existe ; de l’autre, ses alliés, qui défendent l’importance de quatre groupes distincts.

Ce qui donne :

« Au vu de la situation politique, la question de donner de la cohérence à la première force d’opposition est sur la table. On va en discuter », estime Manuel Bompard. « Je ne crois pas que ce soit mort », ajoute Paul Vanier. « Les discussions ne sont pas finies. On va essayer de les convaincre », renchérit Éric Coquerel.

Ou encore, Aurélie Trouvé : « Pour qu’on soit incontestablement la première force et le premier groupe d’opposition, il faut aller plus loin. On propose cette avancée en plus. » Les Insoumis prennent toutefois garde de ne pas en faire un point de crispation. « Si ça ne se fait pas, on va continuer à travailler ensemble », assure Clémentine Autain. « Tout va bien », complète d’ailleurs le patron du PS, Olivier Faure.

Mieux vaut quatre groupes qui tapent fort qu’un seul

Car la proposition n’a pas convaincu. Écologistes, socialistes et communistes plaident pour l’accord initial. « Cela enlève un certain nombre de moyens en termes d’outils parlementaires », pour Sophie Taillé-Polian (Générations).

« Mieux vaut quatre groupes qui tapent fort qu’un seul. Ça discute encore mais je pense que ça restera quatre groupes », rétorque Sabrina Sebaihi (EELV). Arrivé en début d’après-midi à l’Assemblée nationale, le communiste Fabien Roussel ne dit pas autre chose : « Ce n’est pas la taille qui compte, on est plus fort en multipliant les possibilités d’interventions. » Peu après, lors de l’arrivée groupée – cette fois - des socialistes, Jérôme Guedj est sur la même ligne : « Pas besoin d’un groupe unique pour être uni. Je peux comprendre les raisons symboliques d’affichage mais on a déjà une coalition ». 

… mais un intergroupe « structuré » ?

Tous exhortent par contre à un intergroupe « fort » et « structuré ». Pour l’heure, s’il existe bel et bien dans l’accord initial signé par ces forces politiques, les contours demeurent flous. « C’est inédit, on va le construire.

On peut imaginer plein de choses, comme des sous-catégories : un intergroupe par région, par commission, par texte… », liste par exemple le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou. « Il faut trouver le chemin pour que ce soit plus qu’un intergroupe technique tout en respectant la pluralité. Ce doit être un outil pour construire un projet pour les Français, pas juste de la coordination parlementaire », avance Benjamin Lucas (Générations). Certains voudraient aussi que l’ensemble des élus de la Nupes se retrouvent une fois par semaine.

J’ai fait la proposition. Dans la vie, certaines sont acceptées, d’autres sont refusées.

Moins de 48 heures après avoir été émise, la proposition d’un groupe unique semble en tout cas avortée. Ce que Jean-Luc Mélenchon a même semblé reconnaître vers 17 heures, face aux journalistes, dans la salle des Quatre-Colonnes : « Je ne sais pas. J’ai fait la proposition. Dans la vie, certaines sont acceptées, d’autres sont refusées. »

Si le leader Insoumis connaît bien les dédales et les codes de l’Assemblée nationale, pour y avoir passé cinq années, ce n’est pas le cas des primo-députés de la Nupes. En milieu de journée, dans les jardins du Palais-Bourbon, l’activiste Alma Dufour (LFI) s’interrogeait par exemple sur la manière de porter l’écharpe tricolore.

« De droite à gauche, le rouge en haut », a confirmé un huissier. Le pays de fabrication ? « C’est secret », a affirmé le même. Réponse de la nouvelle députée, en riant : « On fera une commission d’enquête ! »

21 juin 2022 Anne-Charlotte Dusseaulx

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14 juin 2022 ~ 0 Commentaire

nupes (presse de gauche)

politis

Sur fond d’abstention majoritaire, la NUPES en tête, Macron en difficulté

Ce dimanche soir, c’est l’abstention qui sort grande gagnante de ce premier tour des législatives avec près de 53% des inscrits. Au coude à coude avec le bloc macroniste (25,8%), la NUPES (26,2%) s’impose comme la première opposition à l’Assemblée tandis qu’Ensemble ! risque de n’obtenir qu’une majorité relative, un véritable revers.

Dans le sillage des présidentielles, le premier tour des élections législatives 2022 confirme, sur fond d’abstention historique (52%), la recomposition profonde du paysage politique français. Si 2017 avait ouvert la voie à l’effondrement des partis traditionnels LR-PS, 2022 a marqué celle de la tripartition de la vie politique divisée dorénavant en trois pôles : le pôle de « centre-droit » menée par Macron, constitué de la coalition Ensemble formé par LREM, le MoDem et Horizons ; le pôle de « gauche » incarné par la NUPES, qui regroupe derrière Mélenchon une nouvelle union de la gauche allant jusqu’à EELV et le PS ; le pôle d’extrême droite représenté majoritairement par le RN.

Abstention majoritaire : expression d’une défiance toujours plus grande contre la classe politique

Sans surprise, après une campagne des législatives marquée par un très fort désintérêt de la part de la majorité du monde du travail, des classes populaires et de la jeunesse, l’abstention au premier tour des législatives atteint le niveau historique de 52,50%. S’il n’est pas nouveau que ce type de scrutin soit frappé massivement par l’abstention – de 31 % en 1993 à 51,3 % en 2017 – ce nouveau record est cependant loin d’être anodin. Avec le précédent record de 2017, c’est la deuxième fois que l’abstention est majoritaire lors d’un scrutin national dans l’histoire de la Vème République.

Cette abstention est l’expression supplémentaire d’une défiance toujours grandissante envers la classe politique. En effet, près de 40 % de la population jugent l’Assemblée nationale n’est « pas utile », selon une enquête commandée par l’institution elle-même en novembre 2021, soit 27 points de plus qu’en 1985. Elle signe un cran supplémentaire dans le discrédit des institutions sur fond de crise de régime ouverte depuis les années 2000.

Le macronisme en difficulté, échec relatif du RN, LR en chute

Pour Macron, l’enjeu de ces élections législatives est clé. Réélu en avril avec une faible légitimité, le fait d’obtenir une majorité relative ou faible majorité absolue jouera un rôle crucial pour la suite du quinquennat.

De ce point de vue, le score de 25,8% obtenu par la coalition Ensemble ! s’il lui permet potentiellement de conserver la majorité des sièges (entre 270 et 310) à l’Assemblée nationale, comporte un risque majeur de ne pas obtenir de majorité absolue. Or, la configuration de l’Assemblée nationale sera déterminante en interne à la coalition Ensemble !/MODEM/Horizons, où la faiblesse du macronisme pourrait être utilisée par Edouard Philippe comme François Bayrou, particulièrement malmenés dans la constitution du gouvernement Macron II et lors de la répartition des circonscriptions aux législatives. Cela se combine aux velléité d’Edouard Philippe de succéder à Emmanuel Macron. En externe, elle rendra probablement des alliances et des compromis avec LR nécessaires à la macronie.

Arrivé deuxième lors des élections présidentielles, le RN, qui tablait sur l’obtention d’une centaine de sièges, subit un échec relatif. Le parti de Marine Le Pen obtient 19,1% (+7%) des suffrages, ce qui représenterait de 15 à 30 sièges à l’Assemblée. La question reste de savoir s’il sera en capacité de constituer un groupe parlementaire, qui nécessite quinze députés au minimum. Des résultats en-deçà de leurs bons scores aux élections présidentielles, notamment liés à l’abstention très importante de la base électorale du RN, en particulier au sein des couches populaires, à l’absence de campagne nationale, mais aussi aux contradictions structurelles du RN, à son électorat volatile et à son manque d’implantation au sein des territoires.

Pour LR (11.10%), parti qui incarne la droite traditionnelle, le premier tour des législatives s’inscrit dans la continuité de leur échec cuisant aux présidentielle, où Valérie Pécresse n’a même pas réussi à atteindre les 5%. LR passe de la première force d’opposition à l’Assemblée nationale, avec 97 sièges, à un faible groupe parlementaire, avec potentiellement de 33 à 53 sièges. Pour autant, le parti, dont la direction appelle pour l’instant à ne voter au second tour ni pour LREM, ni pour le RN, pourrait profiter de la faiblesse du macronisme pour monnayer son soutien à la coalition Ensemble ! et préserver son existence sur la scène politique nationale.
NUPES : une victoire en termes de pourcentages, en dépit d’une abstention record
Les excellents résultats de la NUPES (26,2%) au premier tour confirment son statut de première opposition face aux bloc macronien, avec la possibilité d’obtenir de 170 à 220 sièges à l’Assemblée, en étant présents dans plus de 500 circonscriptions au second tour. Un score qui fait de la coalition de gauche le vainqueur, en termes de pourcentages, de ce premier tour, et qui lui permettrait de multiplier par trois sa présence dans l’hémicycle.

Surtout, ce score renforce les attentes autour de la NUPES, qui a fait de la perspective de voir « Mélenchon premier ministre » l’objectif à atteindre. A tel point que le leader Insoumis lui-même ne s’est pas présentée aux législatives. Pour autant, la perspective reste un objectif qui sera difficile à atteindre du fait des mécanismes de la Ve République.

Malgré cette victoire, le pari de poursuivre la dynamique des Présidentielles, en mobilisant les quartiers populaires et, plus largement, les abstentionnistes, en faveur d’une mobilisation large autour du vote NUPES, reste en-deçà de ce qu’aurait pu espérer la coalition de gauche. En Seine-Saint-Denis, la participation n’atteint pas les 30%.

Quoi qu’il en soit, le succès de la NUPES pourrait pousser LREM, du fait de sa faible assise parlementaire, à devoir s’entendre avec la droite traditionnelle, incarnée par LR. Ce qui risque de limiter la capacités de la NUPES à jouer la stratégie de « guérilla parlementaire », par le biais d’amendements et de contre-amendements. Une stratégie en définitive incapable de stopper le projet de guerre sociale du gouvernement.

Vers un deuxième tour décisif

Le second tour ne fera l’objet que d’une poignée de triangulaires. Du fait de l’abstention record, la possibilité de réunir 12,5% des inscrits a rendu cette configuration exceptionnel. Déjà en 2017, une seule circonscription s’était retrouvée avec trois candidats au second tour.

Dans la majorité des circonscription, le deuxième tour sera ainsi un duel entre Ensemble ! et la NUPES. Dans ce contexte, l’un des enjeux pour Macron va être de convaincre les électeurs de droite du « vote utile » face à la NUPES. C’est en ce sens que le Président de la République a cherché à diaboliser Mélenchon, autour de la crainte du « péril rouge » et de l’insécurité, autour de ses déclarations sur la police. Une dynamique appelée à s’approfondir d’ici le second tour.

Du côté de Mélenchon, la question de la mobilisation des abstentionnistes sera à nouveau centrale pour réussir à obtenir le maximum de sièges. Il pourrait potentiellement revenir à un discours s’adressant aux « fâchés pas fachos », dans le but de mobiliser autour du vote anti-Macron une partie des électeurs du RN, tout en continuant à mobiliser le « peuple de gauche » qui constitue la majorité de sa base sociale.

Le second tour s’annonce riche en incertitudes. En premier lieu pour Emmanuel Macron, qui joue sa majorité absolue à l’Assemblée nationale, tandis que la NUPES devra transformer l’essai pour constituer l’opposition parlementaire la plus large possible. L’issue de ce scrutin sera une des variable déterminante pour répondre à la question : où ira le macronisme ?

mardi 14 juin 2022  Révolution permanente

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29 mai 2022 ~ 0 Commentaire

étoile jaune (fr 24)

Enfants juifs à Paris

Il y a 80 ans, « le marquage » des juifs par l’étoile jaune en zone occupée

Le 29 mai 1942, une ordonnance allemande rendait obligatoire le port de l’étoile jaune à tous les juifs de plus de six ans habitant en zone occupée. Cette mesure discriminatoire, mise en place dès le 7 juin, a contribué à la mise en place des déportations de masse. Elle reste le symbole de la persécution des juifs en France.

« J’ai fait un scandale à ma mère pour ne pas mettre cette étoile. Je lui ai dit : ‘Je ne veux pas que tu couses cela !’ C’était terrible. » Rachel Jedinak a gardé un terrible souvenir de l’étoile jaune.

Elle n’a que huit ans en juin 1942, lorsque le port de cette pièce de tissu devient obligatoire pour les juifs de la zone occupée, français ou étrangers, âgés de plus de six ans. « Cela m’était très pénible d’être différenciée de mes petites camarades. Certaines de nos amies ont voulu continuer à jouer avec nous et d’autres pas. C’est très difficile pour un enfant », ajoute cette rescapée de la Shoah qui habitait dans le 20e arrondissement de Paris.

Quelques jours plus tôt, le 29 mai 1942, cette mesure avait été mise en place par une ordonnance signée par le Militärbefehlshaber in Frankreich ou MbF, le commandement militaire allemand en France. Elle est également instaurée à la même période aux Pays-Bas et en Belgique.

« Adolf Eichmann, chef du service des affaires juives à l’Office central de sécurité du Reich et à ce titre organisateur des déportations, convoque Theodor Dannecker, Judenreferent à Paris, avec ses confrères de La Haye et Bruxelles. Il leur expose les résultats de la réunion de Wannsee, qui a eu lieu le 20 janvier 1942, et les incite à introduire, de façon coordonnée sur chacun de leurs territoires d’administration, l’obligation de porter l’étoile jaune », explique l’historienne Claire Zalc, directrice de recherche au CNRS.

« Cette mesure discriminatoire est constitutive de l’antisémitisme »

L’idée n’est pas nouvelle. Cette mesure discriminatoire avait déjà été mise en place dès 1939 en Pologne et en 1941 dans le Reich, l’Alsace, la Bohême-Moravie et les territoires annexés de la Pologne de l’Ouest.

Elle renoue avec une certaine tradition du marquage imposé aux juifs au cours des siècles dans différents territoires. « Cette mesure discriminatoire est constitutive de l’antisémitisme. Elle est intrinsèquement liée à l’une de ses caractéristiques : le besoin de distinguer, d’assigner, de montrer par un signe ou un insigne une minorité pour la rabaisser ou l’avilir », résume l’historienne.

Depuis septembre 1940, un cortège de mesures avait été pris pour identifier, spolier, isoler, discriminer la population juive. « Aux recensements et spoliation des biens, imposés par la première ordonnance de septembre 1940, succèdent les discriminations professionnelles, les exclusions sociales. Les interdictions se multiplient : la possession de postes TSF, la participation à des cours d’assises. La sixième ordonnance, en février 1942, interdit aux juifs les sorties entre 20 h et 6 h, ainsi que les changements de résidence », détaille notamment Claire Zalc.

Dans les premiers jours de juin 1942, les juifs de zone occupée doivent retirer l’étoile auprès des mairies, sous-préfectures ou encore commissariats. Elle n’est pas gratuite et s’obtient contre des points de carte textile ou de l’argent. Certains bénéficient de dérogations, comme les juifs vivant en mariage mixte si leurs enfants sont reconnus comme non juifs, mais elles ne sont accordées que rarement.

En zone non-occupée, la mesure n’est pas appliquée. Pour cette spécialiste de la Shoah, cela ne démontre pas pour autant une opposition du maréchal Pétain qui l’avait qualifiée de « juste mesure ». « Le marquage ne pose pas de problème à Vichy puisque le tampon ‘juif’ sur la carte d’identité devient obligatoire en zone non-occupée à partir du 11 décembre 1942. Néanmoins, le régime de Vichy entend surtout préserver l’opinion publique de réactions de sympathie qui pourraient être suscitées par l’obligation de porter l’étoile », estime Claire Zalc.

Des réactions très différentes

Des gestes de solidarité sont en effet observées en zone occupée. La police interpelle des personnes affichant leur soutien à la population juive en portant des faux insignes ou des étoiles aux noms fantaisistes comme « auvergnat », « swing » ou encore « zazou ». D’autres, au contraire, en profitent pour afficher leur antisémitisme en insultant ceux qui doivent désormais porter l’étoile.

Au sein de la communauté juive, les réactions sont aussi contrastées, comme le décrit Claire Zalc :  »Certains hésitent, refusent de la porter. D’autres la dissimulent sous le revers du manteau, ou encore l’équipent de boutons à pression pour pouvoir l’enlever facilement. Il y a des cas de suicides aussi. Il y a ceux qui ont le courage de ne pas la porter et ceux qui ont le courage de la porter. »

Âgée de huit ans à l’époque, Agnès Buisson se souvient du jour où sa mère est arrivée à la maison avec cet infâme insigne dans leur appartement parisien. « Elle a commencé à coudre ces étoiles jaunes sur les vêtements. Il était dit de les coudre par petits points et elle les a cousus à grands points avec une rage », se remémore-t-elle. « C’était pire que tout. »

Marquer sert à arrêter 

Pour Claire Zalc, ce marquage ne constituait pas seulement un moyen de stigmatiser et d’humilier les juifs, il permettait aussi de les isoler, les surveiller et de contrôler leurs mouvements.  »C’est au moment où s’organise la déportation massive aux fins d’exterminations des juifs d’Europe de l’Ouest que la politique de marquage est mise en place », insiste-t-elle.

Alors que la décision a été prise d’organiser les déportations de masse des juifs de France vers l’Est au printemps 1942, marquer sert aussi à arrêter. Quelques semaines après l’instauration du port de l’étoile, près de 13 000 personnes seront notamment interpellées les 16 et 17 juillet 1942 lors de la tristement célèbre rafle du Vél d’Hiv organisée à Paris et dans sa proche banlieue, avant d’être déportés vers Auschwitz-Birkenau.

Quatre-vingts ans plus tard, l’étoile jaune est devenue le symbole de la persécution des juifs. Elle représente pour les victimes et leurs descendants ce qu’ils ont vécu au cours de la Shoah. Renée Borycki, âgée de six ans en 1942, l’a conservée comme une relique. « Je l’avais reçue comme cadeau d’anniversaire », ironise cette enfant cachée qui a réchappé à la rafle du Vél d’Hiv.

« Quand je pouvais encore aller aux cérémonies, je la mettais toujours. À chaque événement. On m’en a proposé de l’argent. Jamais, je ne donnerai mon étoile. Je l’ai gardée pas seulement comme preuve, mais comme une chose sacrée. »

29/05/2022   Stéphanie TROUILLARD

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Lire aussi:

L’antisémitisme en France pendant la drôle de guerre

La survie des juifs en France (1940-1944)

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26 mai 2022 ~ 0 Commentaire

lyon (médiapart)

lyon

Raphaël Arnault, l’antifa qui veut être député

L’ancien porte-parole du collectif Jeune Garde se présente dans la deuxième circonscription de Lyon, avec le soutien du NPA, face au candidat désigné par la Nupes, l’ancien marcheur Hubert Julien-Laferrière. L’ultime métamorphose d’un antifascisme nouvelle génération. 

On ne le verra plus brandir le mégaphone orné du logo antifasciste des « trois flèches » pendant un moment. Depuis quelques semaines, Raphaël Arnault a quitté sa fonction de porte-parole de la Jeune Garde Lyon (JGL, un collectif antifasciste créé en 2018) pour se muer en candidat de la « gauche sociale, écologique et populaire » aux élections législatives des 12 et 19 juin, dans la 2circonscription de Lyon (Rhône).

Ce 20 mai, près du Gros Caillou, dans le quartier de la Croix-Rousse – un des plus ciblés par les groupuscules d’extrême droite, qui ont leurs bastions dans la ville –, l’écho des « siamo tutti antifascisti » semble loin. Le militant de 27 ans, assistant d’éducation, a policé son style pour lancer sa campagne – son catogan a disparu, et il prend la parole sans micro, en bras de chemise.

Les souvenirs des attaques de l’extrême droite la plus radicale sont pourtant encore frais dans les mémoires. L’événement n’a d’ailleurs pas été annoncé publiquement, par mesure de sécurité. La cinquantaine de personnes présentes a été prévenue par des boucles internes, en circuit fermé.

Pendant la présentation du binôme qu’il forme avec Mathilde Millat, sa suppléante de 24 ans, militante au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et salariée dans une association d’éducation populaire, un service d’ordre (SO) composé de militants de la JGL surveille discrètement les alentours.

Une campagne sous tension

« À Lyon, dès qu’il y a un mouvement social, par expérience, on se pose la question des attaques. C’est une préoccupation systématique », justifie Raphaël Arnault. Sa campagne n’échappera pas à la règle.

Depuis que son visage est connu nationalement – il est passé dans l’émission « Touche pas à mon poste » sur la chaîne C8, manière de disputer l’hégémonie médiatique à l’extrême droite –, ce passionné de foot vit dans une vigilance permanente. En septembre 2021, des militants du groupuscule d’extrême droite Zouaves Paris lui avaient tendu un guet-apens à la gare de Lyon. Il s’en était tiré avec l’arcade ensanglantée.

« Quand ton engagement consiste à être en première ligne contre les fachos, la politique devient quelque chose de physique », commente le youtubeur de gauche Usul, collaborateur de Mediapart et ami de Raphaël Arnault, et exposé lui aussi aux menaces de ces groupes violents bien implantés dans le Vieux-Lyon.

La genèse de la JGL est liée à cette configuration locale. En janvier 2018, après une série d’attaques du Parti nationaliste français et du Bastion Social sur la Croix-Rousse, un groupe de cinq amis, militants dans des milieux divers – Raphaël Arnault a fait ses classes au NPA quand il était étudiant à Lyon 2 – décide d’organiser l’autodéfense.

« [À Lyon] il y a une nécessité immédiate de faire reculer ces groupes, de faire fermer leurs locaux, leurs salles de boxe, de les affaiblir pour que puisse se déployer davantage le militantisme pour l’émancipation au sens large, que ce soit les différentes luttes féministes, antiracistes, syndicales… », analyse le sociologue et militant anticapitaliste Ugo Palheta dans Défaire le racisme, affronter le fascisme (La Dispute, 2022).

À l’inverse de l’antifascisme autonome, viscéralement anti-État et qui fonctionne par réseau affinitaire, la JGL pratique un antifascisme « de classe », qui répond à cette situation locale en nouant des liens avec des groupes de gauche plus traditionnels.

« La seule fois où j’ai vu des néonazis reculer à Lyon, c’est quand ils ont été confrontés au SO de la CGT. C’est ce qui nous a guidés : on ne se targue pas d’avoir réinventer l’antifascisme, au contraire, on s’inspire de l’héritage du mouvement ouvrier », explique Raphaël Arnault, qui s’est fait tatouer au-dessus de l’oreille droite une branche de lauriers, symbole de son identité antifasciste.

Rapidement, le collectif « Fermons les locaux fascistes » voit le jour et gagne quelques victoires. C’est le creuset dont il dit tirer sa légitimité aujourd’hui. Présent dans la petite foule le 20 mai, Cédric, qui milite à Alternatiba, confirme cette description : « La Jeune Garde a absorbé la violence d’extrême droite dirigée vers le milieu militant. C’est devenu notre bouclier. »

« Apporter une visibilité à l’antifascisme a été important pour les gens qui militent ici, abonde Usul. Désormais, ils ont quelqu’un vers qui se tourner. La JGL a une existence concrète qui fait du bien au milieu. »

Annie (prénom modifié à sa demande), militante à la JGL de 20 ans, étudiante en classe préparatoire littéraire, raconte avoir grandi dans un « village raciste » près de Lyon. Le climat anxiogène qu’elle a ressenti en arrivant dans la ville, où les rixes avec l’extrême droite sont fréquentes, a achevé de la convaincre de rejoindre l’organisation.

Désormais, elle accompagne volontiers la métamorphose de « Raph » : « Cette candidature apporte de la visibilité au combat contre l’extrême droite. Pour nous, ça se joue aussi dans les institutions. Et le fait qu’on soit jeunes est aussi un symbole de notre volonté d’une politique qui vient d’en bas, de nous réapproprier nos moyens d’action. »

Occuper tous les terrains

Habité par la rhétorique d’Olivier Besancenot, dont il reprend les mimiques dans ses discours – grands gestes avec les mains, mélange de langage imagé et de jargon politique, références récurrentes à « notre camp social » –, le militant semble avoir fait sienne la devise de la Scred Connexion, groupe de rap que l’ancien porte-parole du NPA affectionne : « Jamais dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction. »

Dans le milieu très codifié de l’antifascisme, sa candidature apparaît en effet comme une transgression. Les tensions entre le Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale), récemment menacé de dissolution, et la JGL ont ainsi redoublé de violence en ce début de campagne. Les deux camps s’accusent mutuellement d’agressions physiques – la JGL a tenté de clore l’affaire en publiant un communiqué unitaire appelant à la « désescalade ».

Safak, un des cofondateurs de la Jeune Garde, carreleur dans la vraie vie, et qui cultive un look proche des rappeurs de PNL – barbe impeccablement taillée, tee-shirt blanc, banane en bandoulière, le tatouage « ACAB » (« All cops are bastards ») en plus sur l’avant-bras –, assume cette stratégie : « Cette lutte était privatisée par un militantisme très fermé, concentré dans le milieu universitaire. On a fondé la Jeune Garde ensemble pour sortir de cette logique. »

Et puis, il constate que l’extrême droite n’a pas la même pudeur à entrer dans les institutions. « Une blinde d’anciens militants identitaires sont recyclés comme candidats aux législatives, et beaucoup sont déjà assistants parlementaires. Après le score de Marine Le Pen, il y a d’autant plus un enjeu à les contrer partout où ils sont », argumente-t-il.

Le pas est d’autant plus facile à franchir pour Raphaël Arnault qu’il voit dans le score de Jean-Luc Mélenchon (pour qui il a voté) au premier tour de la présidentielle – 21,95 % – une opportunité de victoire sur une ligne « de rupture avec les politiques néolibérales ».

« Quand j’ai commencé à militer, après les trahisons de François Hollande, il n’y avait plus d’espoir de reconnexion entre les institutions et nous, les nouvelles générations engagées sur le terrain. Cette présidentielle a changé la donne, on se dit que la gauche redevient la gauche », raconte-t-il, posé sur un banc dans la cour d’une cité de la Croix-Rousse.

Sa suppléante, Mathilde Millat, qui a voté pour Philippe Poutou et revendique Usul, Olivier Besancenot et la militante féministe Andrea Dworkin comme sources d’inspiration, partage cette analyse : « Mélenchon a poussé le curseur à gauche par rapport à il y a quelques années sur l’antiracisme, le féminisme, les droits des animaux… Ce qu’il a dit sur la planification écologique a été entendu, sans que ça passe pour quelque chose d’extrémiste ou de populiste », se félicite-t-elle.

La tectonique des plaques à gauche joue, sur le papier, en faveur de leur offre politique radicale. Pourtant, dans la deuxième circonscription du Rhône, qui a voté à plus de 30 % pour Mélenchon – le quartier de la Presqu’île, bourgeois et catholique, faisant figure d’exception –, le binôme ne bénéficie pas de l’étiquette de la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes).

« Réparer une anomalie »

Au terme des négociations entre appareils à Paris, le NPA n’a pas été inclus dans l’accord (dont ils auraient pu, alors, tirer parti), et c’est le député sortant Hubert Julien-Laferrière, membre de Génération écologie, élu en 2017 sous la bannière d’En marche après avoir été membre du Parti socialiste (PS) tendance Gérard Collomb (ancien maire de Lyon devenu macroniste), qui a été investi.

Une décision très moyennement appréciée par les militantes et militants de gauche locaux. « Ceux qui le connaissent savent qu’il a longtemps été chapeauté par Collomb et qu’il a voté les lois de Macron pendant trois ans [avant de rompre – ndlr], ils l’ont donc en travers de la gorge. On essaye de réparer cette anomalie locale », affirme Raphaël Arnault, qui se présente donc sous l’étiquette d’une « gauche sociale, écologique et populaire » (le tiercé, dans le désordre).

De fait, Sarah, militante à La France insoumise (LFI) dans le Vieux-Lyon depuis décembre, confie que l’intégralité des groupes d’action (GA) des pentes de la Croix-Rousse et de La Duchère fait campagne pour lui : « Sa candidature a rassuré beaucoup de militants qui, dans cette configuration particulière, ne se voyaient pas voter pour le candidat de la Nupes. »

Exit, donc, les outils de campagne de l’Union populaire, comme l’application « Action populaire », bien pratique pour organiser tractages et porte-à-porte, et le logo reconnaissable en forme de « V ». Raphaël Arnault rejette pourtant le terme de « dissidence » : s’il est élu, il souhaite intégrer le groupe parlementaire de l’Union populaire.

Contacté par téléphone, Hubert Julien-Laferrière convient qu’il s’attendait à ce que sa candidature suscite des remous. Il se défend cependant : « On a été nombreux à gauche à croire dans certaines promesses de Macron. Je suis parti au bout de deux ans et demi, et depuis je mène des combats fidèles aux engagements que j’avais pris en 2017, pour les droits humains, la réduction des inégalités, contre les pesticides et les néonicotinoïdes. Je demande à ce qu’on regarde le boulot que j’ai fait à l’Assemblée, au-delà de l’étiquette “ex-LREM”. » Il estime aussi que la Nupes est une « chance » à saisir.

Devant ses soutiens, dont beaucoup de jeunes et quelques militants plus aguerris, Raphaël Arnault conclut son premier discours en revendiquant une plus grande fidélité à l’esprit du label : « La vraie union populaire est là, à la base. Cette candidature ne sort pas de nulle part. On peut vraiment gagner, on n’y va pas pour cueillir les coquelicots. »

Pour la logistique, il pourra compter sur le soutien du NPA, seule organisation à le soutenir officiellement – ailleurs, le NPA a décidé de soutenir à différents degrés les candidates et candidats de la Nupes quand ils incarnent une « gauche de rupture ». Philippe Poutou fera un saut à Lyon pour soutenir Raphaël Arnault et Mathilde Millat le 8 juin. Le groupe de rap ACS (pour « À contresens ») devrait aussi participer aux festivités.

Sur la photo de groupe, le 20 mai, certains font le « V » de la victoire, symbole de la fédération mélenchoniste. Safak sourit, satisfait : « Je sais qu’il est capable de déplacer les limites que l’antifascisme s’était fixées. »

Mathieu Dejean

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12 mai 2022 ~ 0 Commentaire

ukraine (irish time)

paysans

Les saisies de céréales en Ukraine évoquent les souvenirs de la famine des années 1930

Les forces d’occupation sont accusées de bombarder et de piller les fermes à une échelle industrielle.

Les choses vont de mal en pis dans la ferme d’Oleg à Kherson, dans le sud de l’Ukraine, depuis l’invasion de la Russie il y a 10 semaines.

Les forces d’occupation ont emporté une partie de ses céréales et ont volé toutes les machines, y compris les camions, les remorques surbaissées et les jeeps – que son personnel a vu dans les villes locales transporter du personnel et des équipements de l’armée russe. Ils ont réquisitionné sa maison et les bâtiments de la ferme.

Oleg, dont le nom a été modifié en raison des risques de représailles, doute de pouvoir récolter la superficie réduite qu’il a ensemencée ce printemps. Les moissonneuses-batteuses et les camions supplémentaires qu’il loue habituellement dans le centre de l’Ukraine seront difficiles, voire impossibles, à obtenir. Les deux tiers de son personnel sont partis. Certains ont peur de travailler dans les champs alors que la guerre fait rage à proximité. Un obus qui explose dans un champ de tournesols pendant les mois secs de l’été pourrait déclencher un incendie imparable.

« Je n’ai pas compté le nombre de pertes », a déclaré Oleg, ajoutant qu’elles n’allaient faire qu’augmenter.

Le gouvernement ukrainien a accusé la Russie d’essayer de détruire son secteur agricole en volant de précieux stocks de céréales et des machines, en bombardant délibérément des fermes et des entrepôts et en bloquant ses ports de la mer Noire pour le priver de recettes d’exportation et les agriculteurs de liquidités.

Selon les dernières données du ministère de l’agriculture, les exportations de céréales du pays ont diminué de plus de moitié en mai par rapport à la même période de l’année précédente.

Il existe de nombreux exemples dans le pays de bombardements de silos à grains et d’entrepôts. Autour de Kiev, les forces russes ont détruit des centres de distribution et des entrepôts pour tenter de perturber l’approvisionnement en nourriture de la capitale.

Mais c’est la confiscation des céréales dans les territoires contrôlés par Moscou qui suscite le plus d’émoi.

Elle a suscité des parallèles avec la politique soviétique de confiscation des récoltes et de confinement des paysans dans leurs villages dans les années 1930. Quelque quatre millions de personnes sont mortes de la famine qui a suivi en Ukraine, connue sous le nom d’Holodomor, ou mort par famine.

Après que la Russie a bombardé une entreprise agricole à Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, le mois dernier, détruisant des machines, des bâtiments et 17 000 tonnes de blé – un an d’approvisionnement pour 300 000 personnes – Serhiy Haidai, le gouverneur local, a déclaré sur les médias sociaux que Moscou cherchait « à organiser l’Holodomor dans la région de Louhansk, cela ne fait aucun doute ».

« La conclusion la plus directe de l’exportation de céréales est [que] leur objectif [est] d’exacerber le risque de pénurie et de faim dans les territoires ukrainiens sous contrôle russe », a déclaré Vladyslava Magaletska, ancien chef du service d’État ukrainien pour la sécurité alimentaire.

« En outre, la Russie pourrait envisager d’utiliser les céréales volées pour faire du chantage au monde, mettant ainsi en péril la sécurité alimentaire mondiale. »

Les confiscations semblent se faire à une échelle industrielle. Le ministre de l’agriculture, Mykola Solsky, a déclaré que les autorités russes avaient saisi entre 400 000 et 500 000 tonnes de céréales sur l’ensemble du territoire qu’elle a occupé, en emmenant la plupart en Crimée.

« Il s’agit d’une grosse affaire, organisée au plus haut niveau. Il est clair que ce sont des agents en uniforme et les militaires du pays agresseur qui s’en chargent », a déclaré M. Solsky.

Alex Lissitsa, directeur général d’IMC, l’une des plus grandes entreprises agroalimentaires d’Ukraine, a déclaré qu’une saisie de céréales de cette ampleur devaient être organisée par les autorités russes, car ce n’est pas une entreprise facile.

Les services de renseignement de la défense ukrainienne ont déclaré récemment qu’une « partie importante des céréales volées à l’Ukraine se trouve sur des cargos secs battant pavillon russe en Méditerranée. La destination la plus probable est la Syrie [un allié de Moscou]. De là, les céréales peuvent être acheminées clandestinement vers d’autres pays du Moyen-Orient ».

M. Solsky a déclaré que Kiev sollicitait l’aide de l’Occident pour tenter d’arrêter ces expéditions.

Dans l’ensemble, le gouvernement ukrainien s’attend à ce que 70 à 80 % des terres agricoles soient ensemencées cette année, malgré les problèmes que la guerre a causés aux agriculteurs – de la hausse des prix du carburant et des engrais aux mines et munitions non explosées dans leurs champs, en passant par l’impossibilité d’exporter des stocks de céréales par bateau.

Sur les terres de Lissitsa, dans le nord de l’Ukraine, le silo à grains a été touché par des roquettes Grad au début de l’invasion russe, mais a miraculeusement survécu. Après le retrait des forces de Moscou de la zone, ses agriculteurs ont pu semer, malgré la pénurie de main-d’œuvre. « Je ne pouvais pas croire, il y a un mois, que nous serions en train de cultiver ici, mais nous le sommes », a-t-il déclaré.

Le tableau dans les territoires occupés de l’est et du sud de l’Ukraine est plus sombre. Dans certains endroits, les agriculteurs ont été interdits de travailler dans leurs champs.

Inna Zelena, une fonctionnaire locale de Kherson qui a fui lors de l’invasion russe, a déclaré que certains agriculteurs ont été empêchés de cultiver des plantes hautes, comme le maïs et les tournesols, qui pourraient servir de couverture aux insurgés ukrainiens. Elle a également déclaré que les légumes locaux étaient expédiés en masse vers les magasins et les marchés de Crimée. Les habitants de Kherson, quant à eux, sont de plus en plus dépendants des produits alimentaires acheminés par camion depuis la péninsule. « Il y aura une crise alimentaire », a prédit Zelena.

Oleg, un agriculteur de Kherson, a déclaré que des fonctionnaires locaux pro-Kremlin nommés par les forces d’occupation expropriaient des exploitations agricoles entières. Quelque 200 grandes entreprises agricoles – dont beaucoup appartiennent à des sociétés américaines – sont en cours de « nationalisation » et seront probablement transférées à des hommes d’affaires pro-russes de la région, a-t-il déclaré.

« Certains agriculteurs pro-gouvernementaux puissants reçoivent aujourd’hui une très grosse prime de la Russie », a-t-il ajouté.-

Copyright The Financial Times Limited 2022ne

Ben Hall in Kyiv

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Holodomor

L’Ukraine affamée par Staline

L’Holodomor en Ukraine : l’histoire taboue d’une famine qui assassinait à très grande échelle

La famine en Ukraine (1932-1933)

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26 avril 2022 ~ 0 Commentaire

extrême droite (jdd)

fafs

De 2002 à 2022, comment expliquer la progression de l’extrême droite à la présidentielle

La progression des voix du Rassemblement national depuis 2002 ne s’explique pas seulement par la « dédiabolisation » du parti lepéniste.

Pour la troisième fois en 20 ans, le second tour de la présidentielle a opposé un candidat d’extrême droite à un candidat de droite ou de centre, la gauche étant exclue du tour décisif.

Quelles évolutions a-t-on observées entre ces trois scrutins et comment les expliquer ? Peut-on, en particulier, les interpréter en fonction de l’évolution des valeurs des Français  ? Commençons par rappeler les résultats.

En 20 ans, l’extrême droite a beaucoup augmenté ses scores, au point que certains sondages au soir du premier tour pronostiquaient un résultat très serré. Emmanuel Macron est finalement réélu confortablement au second tour mais moins qu’en 2017. Dans le même temps, l’abstention et les votes blancs et nuls ont nettement augmenté par rapport à 2002.

Le poids des conjonctures dans les résultats électoraux

Bien sûr, une partie de ces évolutions peut s’expliquer par la conjoncture de chaque scrutin. En 2002 , la droite radicale avait obtenu 19,2 % des exprimés au premier tour (16,9 % pour Jean-Marie Le Pen et 2,3 % pour le dissident Bruno Mégret).

Jean-Marie Le Pen ne retrouvait même pas au tour décisif l’ensemble des voix de sa famille politique. Autrement dit, il n’avait aucune dynamique d’élargissement de son électorat à d’autres forces politiques qui, toutes, lui préférèrent très largement Jacques Chirac, élu avec un score impressionnant (82,2 %), bénéficiant d’une très grande partie des voix de gauche.

L’entre deux tours avait connu une très forte mobilisation citoyenne, avec de nombreuses manifestations pour s’opposer à l’extrême droite : le 1er mai, environ 1,5 million de personnes manifestèrent dans les rues des principales villes.

Si le premier tour avait très peu mobilisé les électeurs (28,4 % d’abstention), le second fut très différent : la participation augmentait de 8,1 points. Avant le premier tour, les deux têtes de l’exécutif, Jacques Chirac, président, et Lionel Jospin, premier ministre socialiste, ayant gouverné le pays pendant cinq ans de cohabitation, étaient considérés comme déjà quasiment qualifiés pour la bataille finale, ce qui n’incitait pas à aller voter.

Avec l’éviction de Lionel Jospin de la compétition finale et la présence du leader du Front national, les abstentionnistes du premier tour, ayant souvent mauvaise conscience, se mobilisèrent fortement pour faire barrage à l’extrême droite, dans une logique de « front républicain ».

Le tournant de 2017

En 2017 , Marine Le Pen a remplacé son père à la tête du Front national et a commencé à essayer de présenter un programme moins extrémiste. Elle obtient 21,3 % des suffrages au premier tour (soit 3,4 points de plus que son père 15 ans auparavant) et 33,9 % au second, montrant qu’elle pouvait désormais compter sur un report de voix d’électeurs de droite et de gauche : environ 20 % de l’électorat Fillon du premier tour et 10 % des voix de la gauche radicale se seraient prononcées en sa faveur.

Emmanuel Macron, élu largement pour son premier quinquennat avec 66,1 % des exprimés, aurait obtenu le report de 79 % des suffrages de Benoît Hamon, d’environ 50 % des votes Fillon et Mélenchon.

Cependant il n’y a pas eu de mobilisation anti-lepéniste comme en 2002, l’abstention progressant même de 3,2 points entre le premier et le second tour et les blancs et nuls s’envolant à 8,6 % des inscrits, un record absolu à une élection présidentielle. C’est surtout une partie des électeurs mélenchonistes qui ont refusé de choisir entre deux candidats jugés également mauvais.

En 2022, la droite radicale et identitaire représente au premier tour près du tiers des suffrages exprimés (Le Pen, 23,1 % ; Zemmour : 7,1 % ; Dupont-Aignan : 2,1 %), en forte progression par rapport à 2017.

Ce qui conduit assez naturellement au score très élevé de Marine Le Pen au second tour. Elle gagne environ 7,6 points, Emmanuel Macron en perdant autant. Il faut cependant souligner que celui-ci conserve une assise très importante pour un président sortant et que sa stratégie centriste du « en même temps » – et gauche, et centre et droite – a bien résisté au cours de ce quinquennat.

L’abstention progresse encore au second tour de 2022 (28 %), sans atteindre le record de 1969 (31,1 % d’abstentions et 6,4 % de blancs et nuls, déjà dans un duel entre centre et droite). Les reports de voix des candidats battus en faveur d’Emmanuel Macron semblent avoir été moins bons qu’en 2017.

Selon l’institut Ipsos, 42 % l’auraient choisi contre 52 % en 2017, tandis que 17 % votaient Le Pen contre 7 % 5 ans avant, contrairement à la demande du leader de la France insoumise de « ne pas donner une seule voix à l’extrême droite ». L’opération de dédiabolisation de la présidente du Rassemblement national semble avoir été payante même si elle a aussi plus ou moins généré la candidature dissidente d’Eric Zemmour.

L’évolution du programme électoral du Front national

L’évolution des voix de droite radicale ne s’explique pas seulement par une dédiabolisation dans la forme mais aussi par l’évolution du programme du Rassemblement national .

En 2002, le Front national défendait une politique économique assez libérale, notamment axée sur la défense des commerçants et des artisans, ainsi que de petites entreprises. Le Rassemblement national soutient aujourd’hui une politique plus interventionniste de l’État au service de la souveraineté nationale et a inscrit dans son programme une politique sociale favorable aux Français de catégories populaires.

Cette réorientation programmatique lui acquiert une partie importante du vote des ouvriers et des employés et facilite les reports de la gauche radicale, très en colère face au libéralisme économique d’Emmanuel Macron et à son apparent mépris pour le bas de l’échelle sociale.

Mais les programmes n’expliquent pas complètement les choix électoraux. Les personnalités des candidats jouent aussi, notamment leur image plus ou moins sympathique et leur « présidentialité » , c’est-à-dire leur capacité à remplir la fonction présidentielle, notamment à l’international.

La présidentialité du président sortant est évidemment bien plus forte que celle de son adversaire. Marine Le Pen peut avantageusement se présenter en candidate du peuple et du bon sens mais elle ne convainc pas vraiment sur sa présidentialité face à un Macron assez dominant, notamment dans le débat du second tour.

Des choix électoraux qui traduisent – en partie – un système de valeurs

Il faut enfin souligner que l’appréciation des électeurs sur le programme des candidats est très liée à leur système de valeurs.

De ce point de vue, l’évolution électorale traduit de nombreux phénomènes. La confortable réélection du président doit beaucoup à l’attachement d’une part importante des Français à des valeurs libérales , aussi bien au plan économique (ouverture à l’économie de marché et à la mondialisation) qu’à celui des libertés pour pouvoir librement choisir ses modes de vie.

Elle s’explique aussi par une ouverture sur l’Europe et un certain optimisme sur les possibilités d’améliorer la société. En 1990, 6O % des Français étaient favorables à la concurrence économique selon l’enquête sur les valeurs des Français et des Européens et c’est encore le cas de 50 % d’entre eux. Le libéralisme des mœurs est en forte progression , ce qui explique le soutien des électeurs aux réformes sur le mariage pour tous ou le souhait de libéraliser l’euthanasie.

Au contraire, la droite radicale est favorable à la préférence nationale, elle craint la présence immigrée en France, elle privilégie un entre-soi autour d’une vision traditionnelle de la francité et un hypernationalisme , elle manifeste un pessimisme fort à l’égard de la classe politique.

Elle défend une société d’ordre, avec un leader pour le faire respecter, une société où les individus accomplissent leurs devoirs au lieu de toujours revendiquer leurs droits. Ces orientations ne sont pas majoritaires dans le pays, les jeunes générations et les catégories favorisées y sont les plus réticentes mais il y a bien eu une certaine progression de ces valeurs depuis 20 ans, probablement en lien avec les discours alarmistes de droite et d’extrême droite sur l’immigration et l’insécurité, avec la montée de la petite délinquance et du terrorisme.

Dans le même temps, la gauche, électoralement affaiblie, est aujourd’hui clairement dominée par une vision radicale portée par Jean-Luc Mélenchon alors que son orientation modérée, incarnée par le PS, s’est effondrée au profit du camp macronien.

Elle est portée par des valeurs de justice sociale, de lutte contre les inégalités, de fraternité qui restent très fortes dans la société française mais n’arrivent pas à déterminer le choix électoral d’autant d’électeurs que par le passé : le total des voix de gauche au premier tour est passé de 42,9 % en 2002 à 31,9 % en 2022.

Quant à la montée de l’abstention et des bulletins blancs au second tour, elle est non seulement explicable par une banalisation du vote d’extrême droite et une exaspération de certains électeurs à l’égard du président sortant, elle tient aussi à des orientations de valeurs moins conformistes qu’autrefois.

On est devenu plus critique et suspicieux à l’égard de toutes les autorités, qu’il s’agisse des médecins, des enseignants ou des hommes politiques.

On se reporte donc plus difficilement sur un candidat de second tour jugé le moins mauvais, on hésite beaucoup à donner sa voix à celui qui n’était pas son candidat préféré.

Il y a là un trait de valeurs spécialement développé en France par rapport à d’autres pays, notamment du nord de l’Europe, où on accepte davantage de gouverner durablement ensemble sans être d’accord sur tout. On a de la difficulté à accepter de faire des compromis, de se rallier au merle à défaut d’avoir pu faire élire la grive.

Pierre Bréchon a publié récemment « Les élections présidentielles françaises », Presses universitaires de Grenoble-UGA éditions, février 2022.

Pierre Bréchon , Professeur émérite de science politique, Sciences Po Grenoble, Auteurs historiques The Conversation France

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original .

26 avril 2022 Pierre Bréchon, professeur émérite de science politique, Sciences Po Grenoble

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23 avril 2022 ~ 0 Commentaire

pâques 1916 (wiki-rouge npa)

ireland

Insurrection de Pâques 1916

L’insurrection de Pâques 1916, parfois appelées les « Pâques sanglantes » est le premier soulèvement armé survenu au 20e siècle contre l’impérialisme britannique.

Le lundi de Pâques 1916, des détachements armés composés, les uns, par les travailleurs de l’Irish Citizen Army (ICA – Armée citoyenne irlandaise) et, les autres, par les nationalistes petits-bourgeois de l’Irish Republican Brotherhood (IRB – Fraternité républicaine irlandaise), prenaient le contrôle de la ville de Dublin et proclamaient une République d’Irlande indépendante.

Cet événement marqua une nouvelle étape dans la lutte de la plus ancienne colonie britannique pour son émancipation nationale. Mais il fut bien plus que cela. Survenant au milieu de la Première Guerre mondiale, dans le pré carré de l’une des principales puissances belligérantes, il était un avertissement pour toutes les classes capitalistes européennes.

L’Irish Citizen Army, une milice ouvrière

L’insurrection de Pâques marqua aussi la première intervention de la classe ouvrière irlandaise sous son propre drapeau dans la lutte contre la Grande-Bretagne. Mais ce n’était pas la première fois qu’elle intervenait sur la scène politique. L’ICA était née au cours du plus brutal et du plus long conflit industriel du début du 20e siècle en Europe : le lock-out de 1913 à Dublin.

En août 1913, le syndicat des travailleurs des transports de Jim Larkin démarra une grève contre la Compagnie des tramways de Dublin, qui refusait à ses travailleurs le droit de se syndiquer. La grève s’étendit jusqu’à impliquer 20 000 travailleurs sur tout Dublin.

Les patrons de la ville contre-attaquèrent par un lock-out de cinq mois et une répression féroce. Cela amena Larkin à demander à un de ses camarades socialistes, James Connolly, de former une milice de défense ouvrière, l’ICA, pour parer aux attaques de la police.

Lors de manifestations ou de piquets de grève, un certain nombre d’ouvriers avaient été tués ou sérieusement blessés par des attaques de celle-ci, même jusque dans leurs maisons. « Le premier et dernier principe » de la création de l’ICA fut que « le pouvoir moral et matériel en Irlande revient de droit au peuple irlandais », et son principal objectif celui « d’armer et d’entraîner tout Irlandais capable de porter des armes pour appuyer et défendre ce premier principe ».

La grève fut finalement défaite et les travailleurs furent poussés par la famine à reprendre le travail. Mais l’ICA continua d’exister en tant que milice ouvrière socialiste et militante, que Lénine décrira plus tard comme « la première Armée rouge en Europe ».

Des dirigeants socialistes internationalistes

Quand la Première_Guerre_mondiale éclata, Connolly, Larkin et leurs camarades se retrouvèrent aux côtés de la minorité des socialistes révolutionnaires européens qui dénonçaient le caractère impérialiste de cette guerre et appelaient la classe ouvrière à la combattre.

De plus, aussi bien l’ICA que les nationalistes de l’IRB virent dans la guerre une chance de porter un coup à l’impérialisme britannique, ce qui les conduisit à élaborer un plan commun en vue d’une insurrection.

Pour Connolly, il s’agissait uniquement d’une alliance de circonstance. Contrairement à l’IRB, dont le but se limitait à l’indépendance de l’Irlande, il espérait que la classe ouvrière irlandaise serait capable « d’allumer la torche qui mettra le feu à toute l’Europe et ne s’arrêtera de flamber que lorsque le dernier trône et les derniers privilèges et obligations capitalistes se seront consumés sur le bûcher funéraire du dernier seigneur de guerre ».

Contrairement au nationalisme étroit de l’IRB, la vision de Connolly était internationaliste et, pour lui, les intérêts de la classe ouvrière irlandaise se confondaient avec ceux de la classe ouvrière mondiale.

Les Pâques sanglantes

Le jour convenu pour l’insurrection, le lundi de Pâques 1916, les insurgés s’emparèrent des principaux bâtiments publics de Dublin, dont la poste centrale. Les 1 600 miliciens durent affronter une police forte de 2 500 hommes lourdement armés et qui, jour après jour, se renforça par l’arrivée d’autres troupes. L’insurrection fut vaincue au bout de six jours, écrasée sous l’artillerie lourde de l’armée britannique, qui causa d’importants dégâts et surtout nombre de victimes civiles.

La répression fut brutale, à la hauteur de la crainte du gouvernement britannique. La loi martiale fut décrétée sur tout le pays, quinze dirigeants de l’insurrection furent fusillés dans les jours suivant la fin des combats, dont James Connolly qui, gravement blessé, fut exécuté assis sur une chaise. Plus de 3 000 hommes furent arrêtés et emprisonnés en Angleterre.

Aujourd’hui, en Irlande, le seul hommage rendu aux victimes du soulèvement de Pâques consiste à agiter le drapeau tricolore irlandais et à chanter des hymnes nationalistes devant un parterre de politiciens qui défendent les mêmes intérêts capitalistes que ceux que l’ICA avait combattus lors du lock-out de Dublin.

Les révolutionnaires, eux, doivent garder en mémoire que cette insurrection fut une tentative de la classe ouvrière irlandaise de changer le cours de l’histoire, en se levant en pleine guerre mondiale, dans l’espoir d’allumer l’étincelle de la révolution qui abattrait le système qui l’avait provoquée.

Ce fut un échec, mais d’autres allaient réussir, moins d’un an plus tard. Quand la classe ouvrière russe renversa le régime tsariste, elle déclencha une vague révolutionnaire dans toute l’Europe, rendant ainsi le plus bel hommage possible aux victimes de l’insurrection de Pâques.

https://wikirouge.net/

Lire aussi:

Irlande 1916 : L’insurrection de Pâques, au-delà du mythe (Dominique Foulon)

Un siècle depuis le premier « Bloody Sunday » en Irlande

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21 avril 2022 ~ 0 Commentaire

donbass (fr24)

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Les zones vertes ont été reprises aux russes

Le Donbass, c’est où et c’est quoi ?  

Le Donbass est une région ukrainienne composée des oblasts (provinces) de Donetsk et de Louhansk, qui tire son nom de la contraction de « Don », du nom du fleuve qui le traverse, et de « bass » pour bassin. Ce territoire russophone situé dans l’est du pays, à la frontière avec la Russie, est la grande région minière ukrainienne et le principal centre industriel (sidérurgie et métallurgie principalement) du pays. Avant que l’Ukraine ne devienne indépendante, en 1991, la région, dont le sud est bordé par la mer d’Azov, était déjà l’une des principales places fortes industrielles de l’URSS, tandis que l’ouest du pays était son grenier à blé.

En 2001, quelques 600 000 Ukrainiens travaillaient encore dans plus des 200 mines ukrainiennes concentrées principalement dans le Donbass. Avant le début du conflit en 2014, cette région comptait près de 7,3 millions d’habitants selon l’AFP sur les 45,5 millions ukrainiens, et représentait 16 % du PIB national. Donetsk, la plus grande ville du bassin minier comptait à elle seule un million d’habitants.

  • Pourquoi le Donbass est russophone ? 

Aujourd’hui, une partie importante de la population du Donbass est d’origine russe, et des liens familiaux lient des Ukrainiens et Russes de part et d’autre de la frontière. Cette population descend notamment des travailleurs russes envoyés en masse par le pouvoir soviétique, dans l’entre-deux-guerres et après la Seconde Guerre mondiale, pour travailler dans le bassin minier ukrainien.

S’il est russophone depuis plusieurs générations, le Donbass n’est pas forcément prorusse. La région est bel et bien ukrainienne, puisque sa population a très majoritairement voté en faveur de l’indépendance de l’Ukraine au référendum de décembre 1991.

Toutefois, lors de la première présidentielle de leur histoire, les électeurs du Donbass avaient voté en faveur de Leonid Kravtchouk, un ancien apparatchik communiste, plutôt que pour les candidats nationalistes, mais qui finit par rapidement tourner le dos à Moscou et à imposer l’ukrainien comme langue nationale. Bien des années plus tard, lorsqu’il est question pour l’Ukraine d’un rapprochement avec l’Union européenne (UE), les russophones du Donbass regarderont plutôt vers la Russie.

  • Main-basse russe sur le Donbass 

En novembre 2013 le président ukrainien prorusse, Viktor Ianoukovitch, abandonne soudainement l’accord d’association avec l’UE et opte pour une coopération plus étroite avec Moscou.

Cette décision déclenche une vague de contestations pro-européenne à Kiev, où la place Maïdan devient l’épicentre de manifestations monstres. Le 22 février 2014, Viktor Ianoukovitch est destitué par le Parlement et se réfugie en Russie. Vladimir Poutine dénonce un coup d’État et prévient qu’il « se réserve le droit de recourir à toutes les options disponibles, y compris la force en dernier ressort ».

En mars 2014, il annexe la Crimée tandis que l’insurrection prorusse, encouragée et financée par Moscou, se propage dans les régions de l’est majoritairement russophones du pays.

Le 7 avril 2014, la guerre du Donbass commence. Les rebelles prorusses, soutenus et armés par Moscou, même si officiellement la Fédération de Russie n’est pas impliquée dans le conflit, prennent le contrôle des bureaux du gouvernement régional à Donetsk et proclament une « République souveraine ».

De son côté, Kiev lance une opération « antiterroriste » et y déploie son armée. Le 11 mai, les séparatistes autoproclament l’indépendance des régions de Louhansk et de Donetsk, à la suite d’un référendum jugé, à l’instar de celui de Crimée, illégal par Kiev.

  • Une guerre interminable 

À partir de 2014, l’est de l’Ukraine ne connaîtra pas la paix. Le Donbass reste déchiré par une guerre sanglante entre séparatistes et les forces ukrainiennes, alors que les accords de Minsk, signés en 2014 et 2015, devaient permettre de faire taire les armes en imposant un cessez-le-feu et une démilitarisation de la zone. En vain. En octobre 2019, des représentants ukrainiens et russes réunis à Minsk parviennent à un accord sur l’organisation d’élections dans les régions séparatistes ukrainiennes du Donbass sur l’octroi à celles-ci d’un statut spécial. En vain, là aussi.

Élu en 2019, le président Volodymyr Zelensky commence par une politique de dialogue avec Moscou avant de constater son échec. Il déclare en avril 2021 que l’adhésion de son pays à l’Otan est la seule façon de mettre un terme à la guerre du Donbass.

Une ligne rouge pour Moscou qui reproche par ailleurs aux Ukrainiens de n’avoir jamais respecté les termes de l’accord de Minsk. Avant la reconnaissance unilatérale de l’indépendance des deux « républiques » séparatistes de Louhansk et Donetsk par Vladimir Poutine et le début de l’invasion russe, le conflit dans le Donbass avait fait plus de 14 000 morts et 1,5 million de déplacés.

  • Quelle est la stratégie actuelle de l’armée russe dans le Donbass ?

S’il n’y a pas pour l’instant de percée majeure sur le terrain, l’offensive et les intentions des militaires russes, qui ont été obligés par la résistance ukrainienne à revoir leurs plans, se traduisent par une hausse de l’activité de l’artillerie qui vise plusieurs villes du Donbass comme Rubizhne, Popasna et Marinka.

L’armée russe a toutefois pris le contrôle de la petite ville de Kreminna, qui comptait 18 000 habitants avant la guerre, et qui se situe sur l’axe routier emprunté par les troupes russes qui se dirigent vers Sievierodonestk, un peu plus au Sud.

Selon l’armée ukrainienne, « l’ennemi poursuit le transfert d’armes et d’équipements militaires vers l’Ukraine depuis des régions du centre et de l’est de la Fédération russe ». Des missiles anti-aériens Tor ont été transférés dans la région de Kharkiv (nord-est) et des systèmes antiaériens S-400 et S-300 ont été déployés dans la région russe de Belgorod, près de la frontière avec l’Ukraine, a indiqué mardi 19 avril l’état-major de l’armée ukrainienne.

Du côté américain, un haut responsable du département de la Défense a indiqué, le 18 avril, que la Russie a renforcé de « onze bataillons » sa présence militaire dans l’est et le sud de l’Ukraine, portant en une semaine à 76 le total de bataillons dans le pays.

Ces bataillons sont généralement composés d’unités combinant de la défense aérienne, des blindés, des véhicules tactiques, de l’artillerie, des hélicoptères, des soldats du génie et de soutien logistique.

Selon ce responsable, environ 22 bataillons postées au nord de l’Ukraine sont probablement en cours de réapprovisionnement et de rééquipement, tandis que 12 des 76 bataillons tentent toujours de prendre la ville portuaire de Marioupol. Si celle-ci tombe aux mains des Russes, les 12 bataillons seront envoyés vers d’autres villes dans l’est ou le sud de l’Ukraine.

19/04/2022 envoyé spécial de France 24 en Ukraine, Gulliver Cragg

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21 avril 2022 ~ 0 Commentaire

mlp (npa)

LE-PEN

Qu’entrainerait une victoire de Marine Le Pen ?

Le programme du RN fait froid dans le dos tout comme sa capacité à le mettre en œuvre. La 5e République est connue pour son fait majoritaire, c’est-à-dire le fait que les élections législatives qui suivent l’élection présidentielle donnent toujours une majorité au ou, en l’occurrence, à la présidente. Il en ira de même pour Marine Le Pen.

Des contre-pouvoirs ?

La Haute fonction publique a pour habitude de suivre le sens des décisions politiques, et la progression de l’extrême droite notamment de Zemmour dans les sphères qui la composent nous informe que certains le feront même avec plaisir. Enfin le cœur de l’appareil d’État, les forces de répression, sont gagnées à la politique du RN et n’auront aucun mal à lui garantir le plein exercice du pouvoir.

Restent les contre-pouvoirs représentés par la justice, la Constitution et l’Union européenne.

Marine Le Pen a déjà donné sa stratégie sur ce point : l’adoption d’un projet de loi par référendum. Il s’agira donc de recourir au soutien populaire pour venir d’une part avaliser sa politique raciale, écraser la contestation interne par le biais de cette victoire politique et se donner de nouvelles marges de manœuvre au sein de l’Union européenne et du marché commun. Le reste du cadre de l’État de droit offre déjà des possibilités répressives très larges.

L’arrivée au pouvoir dans une semaine de Marine Le Pen ne signifierait donc pas l’entrée dans un régime fasciste mais l’ouverture d’une phase de lutte aiguë dont l’issue pourrait être un écrasement de notre camp.

Pour mener cette lutte, l’extrême droite pourrait compter d’une part sur l’appareil d’État et la recomposition d’un bloc national largement influencé par ses idées, comme la montré le meeting de Valeurs actuelles ayant rassemblé Reconquête, LR, LREM et le RN, ou encore l’appel à voter contre Macron d’Éric Ciotti. On voit difficilement comment Blanquer, Darmanin ou Marlène Schiappa viendraient constituer une ­opposition au RN.

La dynamique fasciste

Mais surtout nous ne devons pas oublier que Marine Le Pen et son entourage sont des fascistes.

Cela implique qu’ils n’hésiteront pas à développer des éléments de mobilisation extra parlementaires pour mener à bien leur politique. Ils pourront compter pour cela sur Reconquête qui vient de se construire, sur les autres groupes d’extrême droite notamment l’Action française qui ne peut jouer un rôle politique de masse mais pourrait servir d’ossature.

Enfin elle pourra surtout compter sur la nébuleuse fasciste violente qu’on peut estimer entre 300 et 600 personnes au niveau national. Le mode hooligan a-partisan de ces groupes constitue une double force. Il permet d’une part d’offrir une structure a-partisane capable de regrouper tous ceux qui voudraient terroriser toutes celles et ceux qui voudraient s’opposer au référendum. Et cette structure partisane n’entachera pas directement de responsabilité la présidente. Il faut encore lui ajouter les individus voire les groupes qui s’entraînent au maniement des armes et préparent des attentats terroristes.

Le déblocage de Sciences po par 20-30 militants de l’AF et de Génération Z, le 14 avril, est une bonne illustration de ce qui peut nous attendre par la suite. De petit groupes de militants de droite radicalisés, encadrés par des fascistes, qui s’en prennent aux tentatives de résistance menées par un mouvement ouvrier affaibli, divisé et désorganisé.

Une telle situation risquerait de tourner à l’avantage des fascistes mieux préparés, mieux organisés et portés par une dynamique politique. Il y a donc urgence à unifier nos forces pour faire face, retrouver une dynamique politique et militante en ce sens. Mais il nous faut aussi reconstruire nos capacités d’autodéfense – ce qui ne s’improvise pas.

Enfin, le fait que les forces de l’ordre soient gagnées à l’extrême droite leur garantira renseigne-ments et impunité. Non seulement nous avons déjà expérimenté les situations dans lesquelles les flics relâchent les fascistes mais nous savons également maintenant que des flics, y compris des corps d’élite (le RAID notamment), participent au service d’ordre de Reconquête.

Ce n’est pas parce que les fascismes italien et allemand se sont constitués selon les phases de guerre civile, institutionnalisation en vue de la conquête du pouvoir et épuration dans le cadre de la dictature fasciste, que le fascisme en France suivra nécessairement les mêmes formes.

Harry Smith Hebdo L’Anticapitaliste 21/04/2022

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20 avril 2022 ~ 0 Commentaire

otan 2 (npa)

espagne

« Non à l’OTAN » ou la crise identitaire de la gauche espagnole

Les terribles images qui nous parviennent après le retrait des troupes russes de la région de Kyiv révèlent l’ampleur de l’offensive russe et obligent les dirigeant-e-s politiques à condamner unanimement l’attaque de Poutine contre l’Ukraine, y compris ses alliés naturels (l’extrême droite).

Dans ce contexte, certain-e-s des plus radicaux éprouvent le besoin d’exprimer, ne serait-ce que par un geste esthétique, leur aversion pour l’unanimité nationale. Les député-e-s de la CUP (gauche radicale indépendantiste catalane), du BNG (gauche nationaliste galicienne) et le Secrétaire général du PCE (Parti communiste) refusent d’applaudir Zelensky.

Mais ce geste esthétique n’est guère étonnant.

Il n’est que la conséquence logique des analyses et des positions de la gauche espagnole sur la situation ukrainienne. Albert Botrán (député de la CUP) explique la signification de son geste dans son article « Applaudir Zelensky », dans lequel il commence par déclarer que « l’occu-pation russe de l’Ukraine n’a qu’un seul responsable, Poutine » pour se contredire dans le paragraphe suivant dénonçant les « responsabilités » des autres puissances et de l’État ukrainien.

Si seuls quatre députés ont poussé jusqu’au bout leur logique en refusant d’applaudir Zelensky, la logique du « oui mais en fait non » fait pratiquement l’unanimité au sein de la gauche (radicale) espagnole qui

(1) désigne l’OTAN comme (a minima) co-responsable du conflit,

(2) s’oppose par conséquent à tout soutien matériel concret à la résistance armée ukrainienne afin d’« empêcher l’escalade » et

(3) pointe systématiquement (et souvent exagère) tous les défauts du gouvernement/de l’État ukrainien comme prétexte pour garder, de facto, ses distances avec tout le peuple ukrainien et le laisser seul face à l’attaque impérialiste russe.

L’incohérence de cette position est manifeste.

L’obsession pour la responsabilité de l’OTAN ne résiste pas à une analyse concrète de la situation concrète, comme ne cessent de le répéter les camarades syriens et ukrainiens. Bien que cette position ne soit ni unique ni exclusive à la gauche espagnole, puisqu’elle est assez répandue dans toute l’Europe occidentale, la particularité de l’Espagne, et d’autres pays du sud de l’Europe, est que cette position est hégémonique et laisse peu de place à la contradiction.

Selon moi, l’analyse que la gauche espagnole fait de la situation en Ukraine s’éloigne de la réalité parce qu’elle ne cherche pas à la comprendre, mais répond plutôt à ses propres intérêts internes : la nécessité d’une affirmation identitaire « radicale » d’une gauche de plus en plus institutionnalisée conjuguée à un désintérêt pour nos voisin-e-s de la périphérie de l’Europe qui fait d’elleux le vecteur idéal de cette auto-affirmation.

« Non à l’OTAN » : une affirmation identitaire

L’opposition à l’OTAN est une marque identitaire de la « vraie » gauche dans l’État espagnol. L’adhésion de l’Espagne à l’OTAN, qui a été ratifiée à l’issue d’un référendum organisé en 1986, est un symbole majeur de l’institutionnalisation du PSOE et de sa trahison de la gauche et des classes populaires du pays.

En effet, si le PSOE est arrivé au pouvoir en 1982 avec pour slogan « l’OTAN, d’entrée, non », il a mené en 1986 la campagne pour le oui qui l’a emporté de peu, malgré l’opposition massive de la gauche qui, regroupée dans la Plateforme Civique pour la sortie de l’Espagne de l’OTAN, s’est consolidée peu après dans la coalition électorale Izquierda Unida.

Au cours de la dernière décennie, d’importants secteurs de la gauche radicale espagnole sont passés d’une stratégie de rupture à une stratégie de « gouvernabilité », faisant face à de nombreuses contradictions et tensions internes.

Les trajectoires de la CUP depuis 2011 et de Podemos depuis 2014 témoignent de ce processus d’institutionnalisation de la gauche et de toutes ses contradictions. Évidemment, ces deux formations sont très différentes en termes de fonctionnement, d’organisation et de positionne-ment sur l’échiquier politique, dans la mesure où le contexte catalan est différent du contexte national, et sachant que Podemos est une formation beaucoup plus verticale et institutionnalisée que le CUP.

Pourtant, malgré ces différences notables, les deux formations sont passées par un processus d’institutionnalisation. Ces deux dernières années, elles ont affronté des scissions internes pour cette raison.

Les deux formations s’efforcent constamment de se démarquer de leurs alliés institutionnels (du gouvernement dans le cas de Podemos). La réalité à laquelle font face ces deux organisations est que l’institutionnalisation est incompatible avec la rupture et que les deux sont nécessaires dans tout processus de transformation sociale mais peuvent difficilement être incarnées par un même agent politique.

La crise entre Yolanda Díaz pour son soutien à Pedro Sánchez dans l’envoi d’armes en Ukraine, et le reste de l’équipe d’Unidas Podemos qui accuse le PSOE d’être « le parti de la guerre » illustre parfaitement cette tension.

Et les Ukrainien-ne-s dans tout ça ?

Dans ce contexte, la guerre en Ukraine se présente comme une occasion idéale pour se démarquer et réaffirmer l’identité de la gauche radicale anti-atlantiste qui s’oppose à la « gauche » institutionnelle, monarchiste, atlantiste, vendue au système et aux intérêts américains (incarnée en dernière instance par le PSOE).

Mais ce qui permet cela en Espagne, comme dans le reste de l’Europe occidentale, c’est qu’au fond ce qui se passe en Ukraine ne nous importe que dans la mesure où cela peut nous affecter, et les ukrainien-ne-s nous importent peu. En tant qu’« autres » orientaux, iels peuvent être instrumentalisé-e-s à volonté pour les faire correspondre à la logique de nos propres récits.

Le récit de la gauche espagnole invisibilise délibérément la participation à la résistance ukrainienne de camarades socialistes, anarchistes et féministes tout en magnifiant le poids de l’extrême droite et l’autoritarisme du gouvernement ukrainien.

Par exemple, la méfiance envers Zelensky et certains secteurs de la résistance ukrainienne est régulièrement utilisée pour justifier la prise de distances avec la résistance ukrainienne dans son ensemble et lui refuser toute solidarité concrète.

Le récent tweet d’Álvaro Aguilera, coordinateur d’Izquierda Unida (IU) à Madrid, accusant Zelensky d’être un « danger pour la paix » et « l’héritier d’un coup d’État qui a interdit le parti communiste et 11 autres partis » illustre bien cette tendance. Albert Botrán dénonce également dans son article l’interdiction du Parti communiste ukrainien en 2015 (avant l’arrivée au pouvoir de Zelensky en 2019) ainsi que la récente interdiction de plusieurs partis accusés d’être pro-russes.

Álvaro Aguilera, Albert Botrán et leurs organisations respectives n’ont, et n’ont jamais eu, évidemment, aucun lien avec un parti conservateur, raciste et antiféministe qui défendait la peine de mort, la famille traditionnelle, s’opposait aux droits reproductifs des femmes et persécutait les personnes lgtbqi+, malgré l’appellation « parti communiste » pour des raisons historiques.

Il existe cependant une gauche féministe, antiraciste et anticapitaliste en Ukraine qui résiste à l’invasion russe avec et sans armes tout en continuant à s’opposer à la politique de Zelensky. Une gauche avec laquelle IU et la CUP n’ont pas de relations directes, parce qu’iels ne le veulent pas.

Pourtant iels le pourraient puisque leurs organisations partenaires de pays comme la France, la Suisse, la Belgique ou l’Allemagne collaborent étroitement avec cette gauche ukrainienne et d’autres organisations d’Europe de l’Est dans le Réseau européen de Solidarité Ukraine (RESU). Les représentants de la CUP et d’IU préfèrent faire comme si cette gauche ukrainienne et cet espace internationaliste n’existaient pas et s’érigent en défenseurs d’une gauche fantasmée et inexistante qui ne ferait pas partie de la résistance ukrainienne mais au contraire serait étouffée par cette dernière.

Cette logique n’est pas le monopole d’IU ou de la CUP. Podemos a participé au Forum européen contre la guerre à Rome à l’initiative de la coalition italienne Potere al Popolo dont l’objectif est d’articuler un mouvement anti-guerre européen et dont les deux premières revendications sont l’opposition à l’envoi d’armes à l’Ukraine et l’opposition à des sanctions contre la Russie. Le mouvement n’a évidemment pas de représentants ukrainien-ne-s et ignore leurs revendications.

Les féministes espagnoles ont lancé un manifeste féministe transnational avec 150 signatures d’éminentes féministes d’Europe et des Amériques. Parmi elles, pas une seule féministe de l’Europe post-soviétique. Leur absence est évidente dans le contenu, qui est contraire aux revendications des féministes ukrainiennes. Évidemment, les féministes qui sont en contact étroit avec les féministes ukrainiennes et polonaises ont refusé de signer ce manifeste.

Si ce qui inquiétait vraiment la gauche espagnole était l’équilibre des forces internes de la résistance ukrainienne, le plus logique ne serait-il pas d’établir des liens étroits avec la gauche anticapitaliste antipatriarcale et antiraciste en Ukraine pour la renforcer autant que possible ?

Le problème est que cette gauche, la vraie, ne leur sert pas, car elle ne rentre pas dans leur stratégie de démarcation. Pour continuer à raconter la même histoire, il faut taire et invisibiliser les secteurs progressistes de la résistance ukrainienne, en leur refusant toute solidarité concrète, ce qui a pour conséquence l’affaiblissement de la gauche en Ukraine.

Les militant-e-s de gauche ukrainien-ne-s, en revanche, n’arrêtent pas de nous interpeller : iels sont dans les réseaux internationalistes, iels écrivent sous les bombes et en anglais, iels traduisent leurs productions en espagnol et iels vous accueilleraient à bras ouverts au sein du Réseau Européen de Solidarité Ukraine (RESU).

La dérive confusionniste et la responsabilité politique de la gauche

Le problème de s’accrocher à une position identitaire est qu’elle nous enferme dans une interprétation biaisée de la réalité qui participe d’une atmosphère nauséabonde. Le jour où la gauche espagnole comprendra enfin que cette fois-ci (une fois n’est pas coutume) le problème n’est pas l’OTAN, que Poutine représente un réel danger pour les ukrainien-ne-s, pour les russes et potentiellement pour le reste de l’Europe, le récit complotiste et négationniste se sera déjà bien installé.

En fait, il est déjà en place. Dans un éditorial récent, Ignacio Escolar a expliqué que de nombreux lecteurs se désabonnent d’El Diario, les accusant d’être financés par l’OTAN.

L’obsession de la gauche espagnole et de la gauche de l’Europe occidentale pour l’OTAN a fait d’elle les idiots utiles de l’impérialisme russe, et les principaux relais de la propagande du Kremlin. La rhétorique made in Kremlin de « l’expansion de l’OTAN » et de « la dénazification de l’Ukraine » rappelle trop celle du révisionnisme franquiste qui délégitime la Deuxième République espagnole pour justifier le coup d’état fasciste.

L’Ukraine est loin d’être un pays parfait ou exempt de contradictions, mais elle est (ou plutôt était, avant l’invasion) préférable à la Russie dans tous les domaines : participation démocratique, droits civils et politiques, liberté d’expression, etc.

En insistant sur cette lecture biaisée, la gauche espagnole contribue à semer la confusion dans un contexte historique marqué par la désaffection politique et par la méfiance à l’égard des institutions, qui est propice à la propagation de théories complotistes.

Si, après le discours de Zelensky devant le Congrès des députés, dans lequel il a fait un parallélisme entre les massacres de Boutcha et Gernika, l’extrême droite espagnole s’est réfugiée dans le révisionnisme franquiste pour renier Gernika, le négationnisme concernant les massacres en Ukraine s’est déployé dans les secteurs de gauche des réseaux sociaux. Une personnalité comme Manuel Delgado, intellectuel et militant communiste, poste sur ses réseaux sociaux « Je ne crois absolument rien de ce qu’on nous raconte sur ce qui se passe en Ukraine. Rien ».

Le seul antidote contre le négationnisme propre au repli identitaire qui tourne le dos à la réalité est la pratique concrète internationaliste. Toute orientation politique qui ne se développe pas dans un dialogue permanent avec la praxis est déficiente.

La gauche espagnole ne pourra pas prendre des positions internationalistes pertinentes tant qu’elle ne pratiquera pas activement l’internationalisme. La gauche espagnole ne comprendra rien à ce qui se passe en Ukraine tant qu’elle ne daignera pas dialoguer avec la gauche ukrainienne.

Mardi 19 avril 2022 Elisa Moros

Lien vers l’original : https://www.elsaltodiario.com/laplaza/otan-no-o-la-crisis-de-identidad-de-la-izquierda-espanola

https://lanticapitaliste.org/

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