Archive | Antifascisme

14 juin 2019 ~ 0 Commentaire

débarquement (lutte ouvrière)

urss

Le débarquement de juin 1944

L’Allemagne nazie vaincue, mais pas l’impérialisme

Les grands de ce monde sont friands de commémorations, qui leur servent de faire-valoir sur les dépouilles des millions d’hommes que leurs prédécesseurs ont envoyés au massacre. Les cérémonies organisées pour le 75e anniversaire du débarquement des troupes alliées en Normandie, le 6 juin 1944, font partie de ces rites.

La particularité de cette année est que la grande cérémonie réunissant souverains et chefs d’État occidentaux a été déplacée de l’autre côté de la Manche, à Portsmouth, mercredi 5 juin, avant que Macron ne les reçoive les jours suivants dans plusieurs villes normandes.

Une fois de plus, les discours ont brodé sur le mythe de la victoire du « monde libre » sur la barbarie nazie. Certes, pour les peuples qui vivaient depuis des années sous la dictature hitlérienne, subissant les emprisonnements, les massacres d’opposants et les bombardements, le débarquement des troupes alliées sur le continent fut ressenti comme la promesse d’une paix future.

La bataille de Normandie qui s’ensuivit, où l’état-major allié bombarda systématiquement des villes peuplées de civils, faisant au moins 30 000 victimes, montra vite les limites de la prétendue démocratie que les libérateurs étaient censés apporter.

Par cette politique terroriste, les dirigeants alliés, craignant que la libération des territoires ne s’accompagne de révoltes comme il y en avait eu à la fin de la Première Guerre mondiale, cherchaient à vider les villes. Leur but était d’empêcher qu’une opposition à leur propre domination ne se développe avant que des appareils d’État capables de museler des mouvements de révolte soient remis en place dans l’Europe en ruines.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale n’était rien d’autre que la victoire d’une bande de brigands impérialistes sur une autre. Les dirigeants des États occidentaux alliés, la Grande-Bretagne, la France jusqu’à 1940 et plus tard les États-Unis, connaissaient depuis longtemps la nature du régime hitlérien.

Ils connaissaient parfaitement la terreur que celui-ci faisait régner sur le peuple allemand, la destruction des organisations ouvrières, les assassinats d’opposants, la présence de camps et le massacre des Juifs. Ils avaient laissé faire et ne s’étaient inquiétés que lorsque l’impérialisme allemand devenait hégémonique en Europe, menaçant leur domination économique sur des pans entiers de la planète.

Les États-Unis avaient donc pris la tête de la croisade contre l’impérialisme allemand (et japonais en Asie). Ils étaient devenus une puissance économique dominante, loin devant la Grande-Bretagne et la France. De plus, cette dernière, occupée par les armées allemandes et dont les ressources économiques étaient sous leur contrôle, était hors-jeu. Quant aux États-Unis, dont le territoire avait été épargné par les combats des deux guerres mondiales, ils avaient gardé un appareil industriel intact, qui s’était sorti de la crise économique grâce aux commandes d’armement.

Lors du débarquement de juin 1944, l’armée des États-Unis possédait donc une capacité de destruction bien supérieure à celle que pouvaient lui opposer les armées allemandes, qui menaient en outre de lourds combats sur le front est. Ils avaient aussi la supériorité numérique.

Une intense propagande avait été développée dans les pays alliés pour convaincre leurs soldats qu’ils allaient se battre pour la liberté. Le jour J, le 6 juin 1944, 132 000 hommes, américains, canadiens et britanniques, firent partie de la première vague de débarquement, ayant contre eux 40 000 soldats allemands. Ce fut un carnage calculé, le calcul de l’état-major allié étant de faire débarquer plus d’hommes que l’ennemi ne pouvait en tuer dans le même laps de temps.

Par ailleurs, la majeure partie de l’effort de guerre reposait sur le peuple de l’URSS, alliée du camp américano-britannique, tan­­dis que la politique de Staline et des partis communistes staliniens garantissait à la bourgeoisie occidentale qu’ils empêcheraient toute révolution à la fin de la guerre.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale a donc confirmé la suprématie de l’impérialisme américain sur ses concurrents et n’a pas été la fin du système économique à la source des guerres mondiales. Cette suprématie s’est marquée par des foyers d’incendie déclenchés et attisés partout sur la planète, du Vietnam à l’Afghanistan, de l’Irak au Proche-Orient, en permanence depuis 75 ans.

Les commémorations du Jour J rappellent la mort de dizaines de milliers de jeunes, victimes de la politique de l’impérialisme en ayant cru qu’en libérant l’Europe du nazisme ils apportaient la paix au monde.

Marianne LAMIRAL 12 Juin 2019
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06 juin 2019 ~ 0 Commentaire

guerre 1 (ernest mandel)

NegrosGuerraCivil-3

Seconde guerre mondiale

Les communistes ont été instruits dans le principe du rejet de « la défense nationale » ou de la « défense de la patrie ». Cette position a signifié un refus total de s’impliquer dans n’importe quelle guerre inter-impérialiste. Le mouvement trotskyste a été instruit dans le même esprit. C’était d’autant plus nécessaire qu’ avec le tournant droitier du Comintern et le pacte Laval-Staline de 1935, les staliniens des pays de l’Europe de l’ouest, et dans quelques pays coloniaux, se sont transformés en avocats du chauvinisme pro-impérialiste au nom de la « lutte anti-fasciste ».

En Inde, par exemple, ce tournant a mené les staliniens à la trahison désastreuse du soulève-ment national de 1942. Quand le soulèvement a éclaté, les colonialistes britanniques ont libéré les chefs du Parti communiste indien afin de les transformer en agitateurs contre la révolte et en propagandistes de la guerre impérialiste. Cette cruelle trahison a détourné les masses du socialis-me qui se sont alors tournées vers le parti nationaliste bourgeois du Congrès dont l’influence n’a cessé de croître au cours des années suivantes.

Dans les pays impérialistes, notre mouvement a été fortement inoculé contre le nationalisme, contre l’idée de soutenir les efforts de guerre impérialistes sous quelque forme que ce soit. Ce fut un bon enseignement, et je ne proposerai nullement de remettre en question cette tradition. Mais cette dernière a laissé hors de considération certains éléments de la position léniniste, beaucoup plus complexe qu’on ne le croit, sur la Première Guerre Mondiale.

Il n’est tout bonnement pas vrai que la position de Lénine puisse être réduite à la formule : « C’est une guerre impérialiste réactionnaire. Nous n’avons rien à faire avec elle ». La position de Lénine était beaucoup plus sophistiquée. Il a ainsi déclaré qu’ : »Il y a au moins deux guerres, et nous voulons représenter une troisième ». Cette « troisième guerre » étant la guerre civile révolutionnaire contre la bougeoisie, qui s’est effectivement déroulée en Russie.

Au sein du courant internationaliste qui n’a pas succombé au « social-patriotisme de la IIe Internationale », Lénine a mené une lutte déterminée contre une certaine forme de sectarisme qui ne voyait pas la distinction entre les deux guerres.

Il a notamment précisé : “Il y a une guerre inter-impérialiste. Avec cette guerre nous n’avons rien à faire. Mais il y a également des guerres de libération nationale menées par des nationalités opprimées. Le soulèvement irlandais est à cent pour cent justifié. Même si l’impérialisme alle-mand a essayé d’en profiter, même si les chefs du mouvement national ont maille à partie avec les Allemands, ceci ne change en rien la nature juste de la guerre irlandaise d’indépendance contre l’impérialisme britannique.

C’est la même chose avec la lutte de libération nationale dans les colonies et les semi-colonies, les mouvements nationaux indien, turc, persan”. Et d’ajouter : “C’est également valable pour les nationalités opprimées en Russie et en Austro-Hongrie. Le mouvement national polonais est un mouvement juste, le mouvement national tchèque est un mouvement juste. Un mouvement de libération mené par n’importe quelle nationalité opprimée contre l’oppresseur impérialiste est un mouvement de nature juste. Et le fait que les directions de ces mouvements pourraient les trahir en les associant politiquement et administrativement à l’impérialisme est une raison de dénoncer ses chefs, mais pas de condamner ces mouvements en tant que tels”.

Si nous regardons le problème posé par la Deuxième Guerre Mondiale d’une manière plus dialectique, à partir d’un point de vue léniniste plus correct, nous retrouvons une situation extrê-mement complexe. Je dirais, au risque de le souligner un peu trop fortement, que la Deuxième Guerre Mondiale était en réalité une combinaison de cinq guerres différentes. Cela peut sembler une analyse absurde à première vue, mais je pense qu’un examen plus approfondi le confirmera.

http://www.ernestmandel.org/

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29 mai 2019 ~ 0 Commentaire

danger! (dossier npa)

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Élections européennes : attention danger !

Si tous les enseignements du scrutin du 26 mai ne peuvent, à l’heure actuelle, être tirés, nul doute que les résultats des élections européennes sont un indicateur de certaines des grandes tendances à l’œuvre en France et en Europe : poursuite et approfondissement de la crise de l’Union européenne, absence d’alternative à gauche de « l’hyper centre », développement parfois spectaculaire des extrêmes droites – dans leur diversité. Nous opérons dans ce dossier un premier retour, essentiellement consacré à la situation française, sur ces élections, et sur ce qu’elles révèlent, de manière certes déformée, de la situation politique en France.

danger! (dossier npa) dans Antifascisme

Retour sur une séquence électorale calamiteuse

Avant même que les résultats ne tombent le dimanche 26 mai au soir, nous pouvions déjà mesurer à quel point la campagne des européennes était un désastre, qui n’avait aucune chance de déboucher sur quoi que ce soit de positif.

 dans Antiracisme
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Quelques leçons du scrutin européen

Si Emmanuel Macron a échoué dans son pari de voir la liste LREM se classer en tête des élections européennes, il serait hâtif d’en conclure que les résultats globaux du scrutin sont une défaite en rase campagne pour le pouvoir en place.

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27 mai 2019 ~ 0 Commentaire

rn/lrem (révolution permanente)

trump ele pen

Nos Trump à nous!

RN / LREM : rien de bon pour le monde du travail

Pour ces élections européennes 2019, c’est une fausse bipolarisation qui l’a emportée entre, d’un côté, le Rassemblement National, et LREM, de l’autre, sur fond d’effondrement des partis traditionnels Les Républicains / Parti Socialiste et d’un sérieux revers pour La France Insoumise. 

La remobilisation tant réclamée par Macron, qui est descendu dans l’arène électorale contre-venant ainsi aux règles en vigueur sous la Cinquième République, aura bien eu lieu. Pourtant, cette remobilisation s’est faite contre Macron qui a certes récupéré, sur sa droite, des électeurs venant de LR, mais a perdu sur sa gauche au profit de ELLV. Cette mobilisation a finalement surtout profité au Rassemblement National de Marine Le Pen. Et cette bipolarité ne représente en rien une alternative pour le monde du travail, la jeunesse et les classes populaires.

Il y a eu l’alternance droite gauche (RPR / PS) puis (UMP / PS) qui a mené la même politique néo-libérale pendant plus de 30 ans. Le bipartisme qui s’annonce est tout aussi fonctionnel au systè-me et hostile au monde du travail.

Il suffit pour cela de regarder ce qui se passe de l’autre côté des Alpes, en Italie. Quand l’extrême droite, en la personne de Matteo Salvini, est au gouvernement, elle est anti-establish-ment en parole mais poursuit dans les faits la politique néolibérale mise en œuvre par le Parti démocrate au cours de la période précédente.

Entre un néolibéralisme à la sauce mondialiste ou un néolibéralisme à la sauce nationale matinée de populisme compassionnel, la jeunesse, les classes populaires et le monde du travail n’ont rien à gagner. L’affrontement RN / LREM a phagocyté les élections, mais c’est une fausse opposition qui s’est rejouée dans la suite des élections présidentielles.

Comme en 2017, en revanche, c’est bien une crise profonde de la politique traditionnelle qui s’est exprimée ce soir, avec un score de la droite classique et des sociaux-démocrates sous la barre des 10% (LR 8 %, PS et alliés 6,2 %).

Les écologistes tirent profit de cette situation en récoltant plus de 12 % des suffrages exprimés, sur la base d’un discours attrape-tout, tantôt antisystème, tantôt en faveur d’un capitalisme vert, mais surtout sur fond de mobilisation européenne de la jeunesse contre la catastrophe climatique en cours (capitalisant en partie au détriment de LFI).

A la gauche du PS, La France Insoumise subit un dur revers

Payant au prix cher ses contradictions et ambiguïtés programmatiques et politiques par rapport à la question européenne, que prétend incarner Mélenchon. Entre tentation chauvine et velléités populistes, le discours de Jean-Luc Mélenchon et de Manon Aubry n’a pas fait mouche.

A l’échelle européenne, avec des différences d’un pays à l’autre, c’est la même tendance qui s’exprime. Sur fond d’effondrement ou de recul des partis traditionnels, un renforcement relatif du populisme de droite et d’extrême droite (stagnation en Allemagne, recul au Danemark et en Autriche, à la peine en Espagne).

Le néo-réformisme (Syriza, Podemos, LFI) ne représente ni un rempart ni une arme pour construire une alternative du monde du travail et des classes populaires à la hauteur des enjeux de la crise économique et politique que traverse le continent.

Cette alternative, pour une Europe socialiste des travailleurs et des peuples, se construira dans le cours des luttes actuelles et futures, dans la rue et sur les lieux de travail.

dimanche 26 mai

https://www.revolutionpermanente.fr/

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27 mai 2019 ~ 0 Commentaire

le pen (france info)

rnp

Pourquoi, malgré son succès, Marine Le Pen ne doit pas crier victoire trop vite

La présidente du Rassemblement national dispose de trois années pour transformer le succès de son parti aux élections européennes de dimanche en marchepied vers l’Elysée.

« C’est la victoire du peuple, qui avec fierté et dignité, a repris ce soir le pouvoir », a exulté Marine Le Pen, dimanche 26 mai, une petite demi-heure après l’annonce des premières estimations des élections européennes.

Le résultat de ce scrutin recèle en effet de vraies bonnes nouvelles pour Marine Le Pen, dans l’optique de la future échéance présidentielle. La victoire de la liste RN sur celle de LREM – 23,31% contre 22,41%, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur publiés à 6h20 lundi – constitue d’abord une forme de revanche pour la perdante du second tour de 2017, qui confirme son statut d’opposante numéro 1 à Emmanuel Macron.

Autre motif de satisfaction : la déroute historique des Républicains (relégués en quatrième position avec 8,48%) et les scores anecdotiques des autres composantes de la droite souverainiste laissent la cheffe du RN sans rival sérieux sur son chemin pour prendre sa revanche face à Emmanuel Macron en 2022.

Pour autant, le succès incontestable du Rassemblement national dans les urnes ce dimanche ne préjuge pas d’une victoire de Marine Le Pen dans trois ans. Malgré l’impopularité de l’exécutif, LREM est loin d’être à terre dans une élection qui sourit rarement aux pouvoirs en place. Et une élection européenne, qui mobilise par nature peu les Français, peut difficilement tenir lieu de répétition générale à la présidentielle, qui demeure le scrutin structurant de la vie politique française.

Franceinfo détaille les trois raisons pour lesquelles Marine Le Pen ne doit pas crier victoire trop vite. 

Un parti présidentiel qui limite la casse

Avec 26% d’opinions favorables et 66% d’opinions défavorables, selon le dernier baromètre YouGov, Emmanuel Macron aurait pu s’attendre à une défaite cinglante dans les urnes. D’autant plus que les élections européennes sanctionnent régulièrement le parti au pouvoir : en 2014, le PS de François Hollande avait fini troisième à plus de 10 points du FN ; en 2004, l’UMP de Jacques Chirac avait accusé 12 points de retard sur le PS. Seule exception récente : la bonne tenue de l’UMP de Nicolas Sarkozy en 2009.

Mais avec 22,41% des voix et seulement un point de retard sur le Rassemblement national, La République en marche a réussi à sauver les meubles. A tel point que l’exécutif, dimanche soir, semblait quasiment se satisfaire du résultat. L’Elysée ne compte en tout cas pas se plier à l’injonction de Marine Le Pen qui, observant un « désaveu démocratique », a appelé Emmanuel Macron à « dissoudre l’Assemblée nationale ».

La présidente du RN, qui rêvait de faire vaciller le pouvoir en place, a presque de quoi être déçue, après des sondages plus favorables dans la dernière ligne droite. « Cette défaite n’est pas suffisamment sévère pour avoir des conséquences politiques comme un changement de Pre-mier ministre », juge le chercheur et politologue Bruno Cautrès, interrogé par franceinfo. Et s’il consacre Marine Le Pen comme la première opposante à Emmanuel Macron, ce scrutin montre aussi que le chef de l’Etat reste à ce jour un sérieux client pour 2022.

Une base électorale qui peine à s’élargir

Plombée par son débat d’entre-deux-tours raté face à Emmanuel Macron, Marine Le Pen a-t-elle vraiment retrouvé la crédibilité qui était la sienne à la veille de la présidentielle de 2017 ? Sa première place dans les urnes dimanche soir semble conforter cette hypothèse. Mais à y regarder de plus près, rien n’est moins sûr.

Malgré cette première place, le Rassemblement national ne retrouve pas les sommets atteints lors des élections européennes de 2014, où le parti de Marine Le Pen avait recueilli 24,86% des voix. Le RN dépasse certes le score de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle (21,3%), mais la comparaison entre ces deux scrutins de nature très différente reste hasardeuse.

En nombre de voix, les 5,28 millions de suffrages recueillis par Jordan Bardella en 2019 restent loin des 7,68 millions de bulletins Marine Le Pen au premier tour de 2017. Or, pour espérer remporter la mise en 2022, la patronne du RN doit impérativement élargir son électorat. Au vu des résultats de dimanche soir, rien ne permet de dire qu’elle soit en passe de réussir ce pari.

« Le score de Marine Le Pen confirme une vraie dynamique électorale de son parti depuis le début de la décennie. Le RN a vraiment réussi à s’imposer à droite comme le parti de la critique de l’Europe », observe auprès de franceinfo Emmanuelle Reungoat, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université de Montpellier. Mais, poursuit la chercheuse, « la somme des scores des partis critiques de l’Europe reste à un niveau comparable d’une élection européenne à l’autre ». Un plafond de verre pour la députée du Pas-de-Calais ?

Un clivage  »mondialistes-nationaux » qui ne lui garantit pas la victoire

Ils ne le désignent pas avec les mêmes mots, mais ils parlent bien de la même chose. « L’effa-cement des vieux partis et la bipolarisation Rassemblement national-LREM confirme le nouveau clivage nationaux-mondialistes qui domine maintenant notre vie politique et qui se met en place de manière durable », a analysé Marine Le Pen dimanche dans son discours de victoire.

« La recomposition politique initiée par l’élection d’Emmanuel Macron est une réalité durable et incontestable dans le pays. Les anciens clivages ne sont plus, de nouveaux sont apparus », a confirmé en écho Edouard Philippe dans son allocution prononcée depuis Matignon. Si Marine Le Pen crie victoire, l’exécutif y trouve aussi son compte.

En plaçant le RN et LREM aux deux premières places des élections européennes, les Français ont confirmé leur vote du premier tour de la présidentielle 2017. C’est évidemment une victoire pour Marine Le Pen, qui disposera d’un ticket d’entrée pour le second tour de la présidentielle tant que ce clivage organisera la vie politique française. Mais la présidente du RN doit encore prouver sa capacité à faire des « nationaux » le camp majoritaire en France.

27/05/2019

https://www.francetvinfo.fr/

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27 mai 2019 ~ 0 Commentaire

brest (ouest-france le-télégramme)

elections

Européennes. À Brest à l’issue du scrutin (OF)

À Brest, la République en Marche est arrivée assez nettement en tête et aura d’ailleurs un député, Pierre Karleskind, au Parlement européen. Le PS, longtemps la force dominante aux élections, est sous les 10 %, devancé par les écologistes et même le Rassemblement national.

PS

« La participation, à 49,36 % à Brest, est meilleure que ce qu’on aurait pu craindre. C’est le signe que les questions européennes intéressent les électeurs et électrices. Le résultat de la liste Place publique – PS de Raphaël Glucksmann est décevant (8,98 %), surtout au regard de 2014. Les Européennes sont un scrutin très particulier. Les divisions de la Gauche sont là et le compte n’y est pas. La Gauche municipale ne peut pas se placer d’office en favorite pour l’élection municipale de 2020. Même si, encore une fois, les deux scrutins n’ont rien à voir. Quant à la Droite classique (6,34 %), elle a été siphonnée par la République en Marche (23,24 %). »

La France insoumise

« Il faut être honnête, 7,3 % c’est un résultat décevant, en tout cas pas à la hauteur de nos ambitions ni du travail accompli. Durant cette campagne nous avons porté une conception de l’écologie populaire et sociale. C’est autour de cela que doit maintenant se redéfinir notre organisation politique et sociale. Il est trop tôt pour parler de la municipale. J’ai toujours dit que nous discuterions, avec ceux qui le souhaitent, mais d’abord du programme. Voir comment nous pouvons construire une ville plus solidaire et durable. »

Europe Écologie les Verts

« Avec 18,4 % nous sommes dans les mêmes eaux qu’en 2009, quand Yannick Jadot était déjà la tête de liste des écologistes aux Européennes dans le Grand Ouest. Je constate que dans toute l’Europe de l’Ouest, les partis écologistes réalisent de bons scores. Il y a une prise de conscience qu’il faut agir maintenant contre les différentes crises environnementales. L’Europe doit se saisir de ces dossiers, d’autant qu’elle a les moyens de le faire. À Brest, nous arrivons en deuxième position après LREM. Nous sommes la première liste de Gauche. Personne ne doit l’ignorer. Nous l’avons déjà dit, nous voulons que l’écologie soit au centre de toutes les politiques menées à Brest. Et les équilibres politiques futurs au sein de la majorité, si nous sommes réélus, ne pourront plus donner une position hégémonique à une seule composante. Et nous n’avons d’ailleurs pas non plus l’intention d’écraser les autres. » (Extrait)

26/05/2019

https://www.ouest-france.fr/

En Marche en tête, percée des Verts (LT)
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La remontée de la participation de neuf points (49,3 %) par rapport au scrutin de 2014, n’a pas profité au parti de Marine le Pen, qui réalise sensiblement le même score à cinq ans d’écart (14,8 % contre 14,5 % en 2014). Mais il est quand même à noter que 5 931 électeurs ont choisi la liste emmenée par Jordan Bardella, contre 4 807 lors du dernier rendez-vous européen. Et alors que le FN dominait dans 16 bureaux (sur 104) en 2014, cette fois, il sort en tête dans un bureau sur cinq.
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En Marche confirme une assise électorale

Avec 23,2 % des suffrages, la République en Marche met tout le monde à distance. Une vraie satisfaction pour le comité brestois d’En Marche qui, en mars dernier, avait émis l’espoir d’être « assez largement en tête ». Ses militants estimaient aussi que ce scrutin européen, serait « un indicateur fiable pour le premier tour des municipales de 2020 ».

Le parti d’Emmanuel Macron a certes perdu cinq points par rapport au premier tour de la Présidentielle, mais il confirme néanmoins son assise électorale acquise il y a deux ans, et peut envisager avec confiance la prochaine échéance. Pïerre Karleskind, 14e sur la liste Renaissan-ce conduite par Nathalie Loiseau, ne sera pas de cette prochaine aventure, lui qui s’apprête à siéger à Bruxelles.

Les Verts, première force à gauche

Mais la vraie sensation à Brest est pour les Verts. Avec 18,4 %, la liste conduite par Yannick Jadot sort en tête dans quatorze bureaux (en flirtant avec les 30 % Place Guérin), et fait un bond de six points par rapport à 2014. Mais surtout, elle se place en première force de gauche sur l’échiquier politique brestois, devant l’alliance PS-Place publique qui plafonne à 9 %. De quoi envisager un nouveau rapport de force au sein de la majorité plurielle à la Ville, alors que les socialistes sortent plus affaiblis que jamais.

Le PS sous la barre des 10 %

Pour la première fois de l’histoire brestoise, le parti socialiste bascule sous la barre des 10 %. Seuls 3 591 électeurs ont porté leurs voix sur la liste portée par l’essayiste Raphaël Glucks-mann. Le PS est en reflux de dix points par rapport au dernier scrutin européen et de cinq points par rapport au premier tour de la dernière Présidentielle, où Benoît Hamon totalisait 14 % des suffrages. Plutôt inquiétant à un an des municipales, même si l’émiettement des voix à gauche annonçait ce résultat.

Dans ce contexte, le score de Benoît Hamon (6,27 %) est à relever.

Ce sont autant de voix qui ne sont pas allées chez les socialistes. Quant aux communistes, alliés historiques de François Cuillandre à la Ville, ils doivent se contenter de 2,3 %.

Mais la vraie dégringolade est pour la France insoumise.

En cinquième position, avec 7,3 %, le parti de Jean-Luc Mélenchon, qui avait pourtant marqué les esprits lors de la Présidentielle 2017 (deuxième avec 22,8 %), tombe de son piédestal.

La droite touche le fond

À droite, on touche le fond. Le candidat de la droite et du centre François-Xavier Bellamy se contente d’une sixième place et d’un piteux 6,34 %, bien loin des 15,5 % de François Fillon. (Résumé)

Pour rappel, lors des élections de 2014,

Isabelle Thomas (UG – Choisir Notre Europe) avait obtenu la majorité avec 19,56% des suffrages à Brest, dépassant Gilles Lebreton, tête de liste FN (14,49%) et Alain Cadec arrivé 3ème (UMP, 12,73%).

A l’échelle régionale, l’UMP avait emporté la majorité des voix (18,41%) en Bretagne, devant le Front National (17,10%).

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26 mai 2019 ~ 0 Commentaire

race blanche (essf)

kkk

Races? Caucasiens?

Nell Irvin Painter et son ambitieuse « Histoire des Blancs »

L’historienne américaine Nell Irvin Painter publie une ambitieuse « Histoire des Blancs », qui montre que l’humanité s’est bien longtemps passée du concept de « races ». Née en Europe au 18è siècle, l’idée de la supériorité des « Caucasiens » jouera un rôle central dans la construction de l’identité américaine.

« La plus belle race d’hommes, la géorgienne »

Sa quête la mène d’abord à Göttingen, en Allemagne, sur les traces du médecin Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840), l’inventeur de la notion de « race caucasienne ». Ses caractéristiques : « La couleur blanche, les joues rosées, les cheveux bruns ou blonds, la tête presque sphérique », écrit le savant dans De l’unité du genre humain et de ses variétés. L’homme classe dans cette catégorie « tous les Européens, à l’exception des Lapons et des Finnois », et l’étend aux habitants du Gange et de l’Afrique du Nord. « J’ai donné à cette variété le nom du mont Caucase, parce que c’est dans son voisinage que se trouve la plus belle race d’hommes, la géorgienne », conclut Blumenbach.

Nell Irvin Painter poursuit ensuite le fil de ses recherches en France, dans les salons de Mme de Stael qui publie en 1810 un livre à succès, De l’Allemagne. L’ouvrage popularise en France la manie qu’ont les savants allemands (ils ne seront bientôt plus les seuls) à classer les Européens entre différentes « races ». Mme de Stael en voit trois : la latine, la germanique et la slave.

L’enquête de Painter la porte encore vers l’Angleterre de l’écrivain Thomas Carlyle, dont la théorie de la « race saxonne » traversera l’Atlantique et exerça une grande influence sur le poète et philosophe américain Emerson (1803-1882). Celui-ci, père de la philosophie amé-ricaine, abolitionniste convaincu, est aussi l’un de ceux qui a lié pour longtemps la figure de « l’Américain idéal » à celui de l’Anglais, parangon de beauté et de virilité.

Son idéologie « anglo-saxoniste » marquera, selon Nell Irvin Painter, la conception de la « blanchité » américaine jusqu’au 20è siècle. Sa généalogie de la « race blanche » est un travail passionnant, même s’il n’est pas transposable à la situation française. »

En France, parler de « Blancs » (plus encore qu’évoquer les « Noirs ») reste très polémique.

Notamment parce que parler de « race » (une notion construite de toutes pièces et qui n’a rien de biologique), comme de couleur de peau, pourrait finir par leur donner une réalité qu’elles n’ont pas. Sans doute aussi parce qu’il est difficile pour un groupe majoritaire, les personnes perçues comme blanches, d’accepter qu’elles bénéficient de privilèges sans même s’en rendre compte…

Déjà, des chercheurs, comme Maxime Cervulle à l’université Paris-VIII, revendique la notion émergente de « blanchité » : « Alors que le terme « blancheur » renvoie à une simple propriété chromatique, parler de blanchité, c’est parler de la façon dont le fait de se dire ou d’être perçu comme blanc a été investi d’un rapport de pouvoir : l’idéologie raciste qui continue d’associer la blancheur de la peau à la pureté, la neutralité ou l’universalité. »

« La question raciale, indissociable de la question sociale »

Aux Etats-Unis, les whiteness studies se sont développées dès les années 80 et 90. Des dépar-tements d’université ou des maisons d’édition y sont consacrés. « Les années Reagan ont accouché de ce nouveau champ d’études, explique l’historien Pap Ndiaye, spécialiste des Etats-Unis et auteur de la Condition noire (Calmann-Lévy, 2008). Reagan s’est fait le porte-parole des Blancs « abandonnés » par le Parti démocrate…

Un discours qu’on retrouve aujourd’hui avec Trump. Des historiens ont voulu étudier ce backlash conservateur. » L’historien David Roediger est l’un des premiers à travailler sur l’invention de la « race » blanche. En 1991, il publie The Wages of Whiteness. Roediger, marqué par le marxis-me, relit la culture ouvrière au prisme de la « race ». « La question raciale est indissociable de la question sociale, confirme Pap Ndiaye.

Les immigrés italiens aux Etats-unis ont été animalisés et victimes d’un racisme incroyable. Ils ne se sont « blanchis » qu’au fil de leur ascension sociale. Quand on est tout en bas de l’échelle, on n’est jamais totalement blanc. Les hiérarchies de races sont aussi des hiérarchies de clas-ses.» Au fil des années, les whiteness studies ont diversifié leur approche s’ouvrant largement à la dimension du genre, et dépassant les frontières américaines pour tenter d’écrire une histoire transnationale des « races ».

Pourtant, selon l’américaniste Sylvie Laurent, « les recherches sont sans doute aujourd’hui plus stimulantes parmi les working class studies ou les gender studies, que dans les départements de whiteness studies des universités ». « Au fond, dit-elle aussi, les chercheurs des whiteness studies se sont toujours appuyés sur les grands penseurs noirs, ceux qui ont été exclus du groupe des Blancs : le sociologue et militant pour les droits civiques W.E.B. DuBois (1868-1963) ou James Baldwin, qui a été un grand théoricien du « pourquoi les Blancs se pensent blancs ». Aujourd’hui encore, ce n’est pas un hasard si cette vaste Histoire des Blancs est écrite par une femme noire, Nell Irvin Painter. »

« Embrasser une histoire beaucoup plus large »

« Cette Histoire des Blancs je l’ai écrite en tant qu’historienne, pas en tant qu’afroaméricaine. Je suis noire, c’est un fait, mais « it’s not my job » », prévient-elle. Painter n’est pas issue des départements de whiteness studies et revendique un regard différent de celui de la plupart de ses collègues. « A travers leurs recherches, ils ont retracé leur généalogie : leurs grands-pères étaient juifs d’Europe de l’Est ou italiens… Ils commencent donc leur histoire des Blancs à la fin du 19è siècle, le moment où leurs aïeux ont débarqué du bateau. Je voulais au contraire embrasser une histoire beaucoup plus large. »

A tel point que Nell Irvin Painter fait démarrer son livre… dans l’Antiquité.

Manière de démontrer à quel point le concept de « race » est récent. « Contrairement à ce que croient des gens très éduqués encore aujourd’hui, les Anciens ne pensaient pas en terme de race », insiste Nell Irvin Painter. Les Grecs distinguaient les hommes en fonction de leur lieu d’origine ou du climat de leur région.

Les Romains pensaient en terme de degrés de civilisation. Les Blancs ne sont donc pas les illustres et exclusifs descendants des démocrates grecs. « C’est le 19è siècle qui a « racialisé » l’Antiquité, précise l’historienne. Des historiens de l’art, comme Johann Joachim Winckelmann notamment, s’en sont servis pour glorifier les Européens blancs, cette fois dans une perspective esthétique : « Nous n’avons pas seulement le génie de gouverner les autres, nous avons égale-ment toujours été les plus beaux. » Un tableau exposé au Boston Museum représente ainsi des Grecs beaux et blonds, dont même les montures sont blondes ! »

L’humanité a donc passé le plus clair de son temps à se passer des « races ». « Celles-ci sont nées au 18è siècle dans les travaux de savants qui cataloguaient le monde entier : les plantes, les oiseaux, les rochers, les abeilles… et bientôt les êtres humains, dit encore l’historienne Nell Irvin Painter. Leur visée n’était pas raciste, mais chauviniste plutôt. Ethnocentriste. »

Etre noir, ce serait avoir été esclave ; être blanc, serait donc ne jamais l’avoir été. Or des Blancs, rappelle-t-elle, furent longtemps esclaves ou serfs : les Vikings ont massivement déplacé les peuples européens, et au 11è siècle, au moins un dixième de la population britannique a été réduit en esclavage. « Partout où il y a des gens pauvres, il y a de l’esclavage. Si nous le relions aujourd’hui aux Noirs, c’est parce que la traite africaine a coïncidé avec le moment où ont émergé les théories racialistes. Avant, il n’y avait pas le « langage racial » pour « légitimer » ce phénomène. C’est important de le dire : cela montre que l’esclavage n’est pas un problème racial, c’est un problème de droits humains. »

« Discours embrouillés et changeants »

Dernière idée que cette Histoire des Blancs met en charpie : il n’y a jamais eu une « race » blanche bien définie. Construction sociale et imaginaire comme toutes les races, la « blanchité » n’a jamais été stable, mais au contraire le fruit de « discours embrouillés et changeants », explique Nell Irvin Painter. Au 19è siècle, les Saxons étaient censés être des Blancs supérieurs aux Celtes (ce qui expliquera en partie le racisme des Américains descendants des Anglais envers les Irlandais).

« L’histoire des Blancs américains n’a pas de sens si on ne parle pas des vagues successives d’immigration aux Etats-Unis. » Progressivement, les Irlandais, les Italiens, les Juifs d’Europe de l’Est, les Grecs… intégreront et construiront l’identité américaine. C’est ce que Painter appelle les « élargissements » successifs de la figure de « l’Américain ». L’ère Obama, en est la dernière étape. « Qu’on ait la peau noire ou brune, pourvu qu’on soit riche, puissant ou beau, on a désormais accès aux atouts et privilèges de la blanchité », conclut Nell Irvin Painter.

L’élection de Trump a représenté un point de bascule pour l’identité blanche : « Avant Trump, les Blancs se considéraient comme des individus. Les « races », les « communautés », c’était les autres : les Noirs, les Mexicains… Mais pendant sa campagne, le slogan « Make America great again » a été clairement entendu comme « Make America white again ». Et les Blancs, même ceux qui n’étaient pas des suprémacistes, se sont découverts blancs. »

Au fil de ses recherches, Painter a trouvé, bien sûr, l’origine du mot « caucasien ». Dans son cabinet d’anthropologue, Johann Friedrich Blumenbach, le savant de Göttingen, conservait des crânes. Il estimait que le plus « parfait » d’entre eux était celui d’une jeune fille géorgienne, une « caucasienne », qui fut violée et mourut d’une maladie vénérienne. Le terme « caucasien », qui devait devenir au fil des siècles le mot de ralliement de « Blancs » qui, dans le monde entier, se sentiront supérieurs, venait en fait d’une petite esclave sexuelle. (Résumé, voir lien)

Sonya Faure vendredi 24 mai 2019

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25 mai 2019 ~ 0 Commentaire

antisémitisme (essf le-monde)

changeur

Histoire européenne: aux racines économiques de l’antisémitisme

La remontée de l’antisémitisme dans le monde ces dernières années est souvent habillée dans des discours prétextant des motivations idéologiques.

Depuis des siècles, des antisémites s’appuient sur des fictions plus ou moins grossières pour tenter de justifier leur haine. Il serait pourtant trompeur de penser que l’antisémitisme fleurit uniquement dans un contexte de propagande, ou que ses racines sont uniquement culturelles. Parfois ces fictions se répandent précisément parce que ceux qui les entendent ont des motivations plus cyniquement économiques pour y croire, ou pour faire semblant d’y croire.

Un article fascinant paru ce mois-ci dans une prestigieuse revue américaine analyse six siècles d’antisémitisme pour montrer que, malgré son habillage idéologique, l’antisémitisme a également des racines économiques: « Religion, Division of Labor, and Conflict : Anti-Semitism in Germany over 600 Years », Sascha O. Becker et Luigi Pascali, American Economic Review 109/5, 2019″.

Aux 14è et 15è siècles, l’interdiction du prêt à intérêt par l’Eglise catholique rendait les activités économiques des juifs et des chrétiens complémentaires

L’idée de base est très simple. Aux 14è et 15è siècles, l’interdiction du prêt à intérêt par l’Eglise catholique rendait les activités économiques des juifs et des chrétiens plutôt complémentaires ; les uns avaient besoin des autres et vice versa. D’autant plus que le niveau d’éducation moyen des catholiques était bien inférieur à celui des juifs car le catholicisme offrait peu d’incitations au peuple à poursuivre l’éducation.

La Réforme, au début du 16è siècle, non seulement permettait aux protestants de s’impliquer dans les prêts à intérêt, mais offrait des incitations plus importantes à l’éducation : un protestant lettré pouvait lire la Bible dans sa propre langue sans devoir apprendre le latin. Résultat : les activités économiques des protestants et des juifs n’étaient plus complémentaires mais devinrent substituables, donc concurrentes. Et entre concurrents, les coups les plus bas devinrent envisageables.

Les auteurs de cet article montrent comment, après la Réforme, les manifestations antisémites se sont multipliées dans les régions protestantes d’Allemagne par rapport aux régions catholi-ques. Il s’agit autant d’actes (pogroms, massacres et expulsions de communautés juives) que d’écrits (publications de livres aux titres antisémites).

En soi ces observations seraient compatibles avec une explication purement culturelle de la montée de l’antisémitisme : à cause de serments et de prêches des pasteurs protestants, par exemple (vers la fin de sa vie, Martin Luther s’était livré à de violentes attaques antisémites).

Résurgence de l’antisémitisme après la Réforme

Mais les auteurs vont plus loin. Ils démontrent que la résurgence de l’antisémitisme après la Réforme dans les régions protestantes a été plus forte dans les villes où le commerce fut une activité plus importante au 15è siècle, et encore plus dans les villes où les juifs étaient davan-tage impliqués dans le prêt à intérêt. C’est cette activité économique préalable, et non pas un quelconque attachement à la théologie du protestantisme, qui explique la montée en puissance des actes et des écrits antisémites.

Si la théologie plutôt que la compétition économique était en cause, les villes gouvernées par les disciples de Luther auraient été plus antisémites que les villes gouvernées par les disciples de Calvin, car Luther était plus antisémite que Calvin, et ce dernier était plus tolérant au principe de l’activité du prêt à intérêt. Or c’est précisément dans les villes gouvernées par les disciples de Calvin, où les entrepreneurs protestants se sont mis à exercer des activités financières jusque-là occupées par les juifs, que l’antisémitisme a augmenté le plus.

Les leçons pour nos jours sont évidentes. Si les discours antisémites, comme beaucoup de discours racistes, s’habillent souvent d’un langage idéologique qui évoque des principes grandioses de protection des religions, des cultures ou des identités nationales, ils font en réalité souvent appel à des instincts de jalousie très bassement économiques.

Dans sa chronique au « Monde », l’économiste Paul Seabright évoque une étude montrant que, à partir du XVIe siècle, la montée de l’antisémitisme en Allemagne est surtout le fait des villes calvinistes où les financiers protestants entrent en concurrence avec les prêteurs juifs.

Paul Seabright (Institut d’études avancées de Toulouse) Le Monde 17 mai 2019

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Commentaire:

On reproche souvent aux marxistes leur « matérialisme vulgaire » qui rejette « l’idéalisme moralisateur ». La preuve que l’analyse matérialiste, çà marche!

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23 mai 2019 ~ 0 Commentaire

antisémitisme (ballast)

antisemitisme

Entretien avec le collectif Juives et Juifs révolutionnaires

En l’espace d’une décennie, Ilan Halimi était assassiné, des enfants juifs étaient abattus dans une école toulousaine et quatre clients de l’Hyper Cacher tombaient à Paris sous les balles de Daech.

En 2018, on enregistrait sur le territoire français plus de 350 actes antisémites : croix gammées, symboles fascistes et suprématistes blancs, profanations de cimetières, etc. Le collectif Juives et Juifs révolutionnaires a vu le jour trois ans plus tôt.

Leurs objectifs ? Que la lutte contre l’antisémitisme s’inscrive au sein de la lutte antiraciste, aux côtés de toutes les minorités discriminées ; que la solidarité à l’endroit de la cause palestinienne s’établisse en toute occasion sur des bases anticolonialistes et jamais racistes ; que le combat contre l’antisémitisme s’ancre au sein de la lutte des classes et désigne pour horizon la révolution sociale. Nous en discutons ensemble.

Vous tenez, de l’intérieur du mouvement social, à faire émerger la lutte contre l’antisémitisme comme lutte antiraciste. La première ne relève donc pas déjà de la seconde ?

Aujourd’hui — et depuis au moins une quinzaine d’années —, nous pouvons constater dans le champ politique deux attitudes dominantes, en apparence opposées (mais qui se rejoignent sur le fond), en termes de traitement de l’antisémitisme.

L’une consiste à le voir comme quelque chose de résiduel, d’une moindre importance, qui ne ferait pas partie — en tant que tel — de l’agenda prioritaire de la lutte antiraciste. L’autre consiste au contraire à le traiter comme quelque chose de complètement à part, sans lien avec le système raciste global.

Pour nous, l’antisémitisme est un des avatars du système raciste, une des formes que prend le racisme, et il n’a rien de résiduel. C’est une forme qui possède bien sûr des particularités spéci-fiques, qui expliquent notamment que certains et certaines peinent à l’identifier aujourd’hui.

Il se fonde sur la racialisation d’une identité religieuse (comme l’islamophobie) mais, à la diffé-rence des autres minorités racisées, les Juifs et Juives sont présenté·e·s comme détenant le pouvoir et l’argent, donc comme pseudo-classe dominante.

Mais l’antisémitisme est lié au racisme systémique : il en est un élément, et pas un phénomène distinct. Il nous semble donc nécessaire de réaffirmer que la lutte antiraciste ne peut éluder la lutte contre l’antisémitisme, et que la lutte contre l’antisémitisme implique de s’attaquer à l’ensemble du système raciste.

Vous entendez également travailler à « la déconstruction des réflexes et des tendances antisémites présentes dans les mouvements révolutionnaires ».

Lorsque nous avions interrogé l’historien Dominique Vidal à ce propos, il semblait surpris. « La gauche a tiré les leçons de la montée du fascisme et du nazisme », nous a-t-il dit, et aucun mouvement ou parti de gauche ne « flirte » avec l’antisémitisme. « Au contraire », ajoutait-il, c’est à gauche, et plus encore à la gauche radicale, que les Juifs ont trouvé « leurs défenseurs les plus héroïques ». Comment entendre ce décalage d’appréciation ?

« Penser qu’une idéologie qui imprègne l’ensemble de la société s’arrête à la frontière de la gauche ou des mouvements révolutionnaires est absurde. »

L’antisémitisme est profondément ancré dans la réalité française. Il possède une dimension structurelle lié au « roman national » français. Penser qu’une idéologie qui imprègne l’ensemble de la société s’arrête à la frontière de la gauche ou des mouvements révolutionnaires est absurde.

Si l’on étudie sans complaisance l’histoire du mouvement ouvrier, de la gauche et de l’antisémitisme, on s’aperçoit qu’il existe, à toutes les époques, une influence de l’antisémitisme. Cela ne signifie pas que l’antisémitisme fasse partie du cœur idéologique de la gauche ou du mouvement révolutionnaire, mais que les uns et les autres ne sont pas immunisés par nature contre l’influence de cette idéologie dominante.

De nombreux Juifs et Juives ont pleinement trouvé leur place au sein du mouvement ouvrier et de la gauche radicale, et celle-ci a effectivement su, à certains moments, jouer un rôle décisif dans le combat contre l’antisémitisme.

Mais elle a aussi connu des errements, parfois, de la part de courants loin d’être marginaux. Les travaux d’historiens comme Zeev Sternhell, Gérard Noiriel ou Michel Dreyfus montrent cette réa-lité. Aujourd’hui encore, à la faveur d’un recul général d’une approche matérialiste, lié notam-ment à un gros déficit de formation, on peut constater un traitement de l’antisémitisme particuliè-rement pauvre. Nous militons dans la gauche révolutionnaire, et avons pu constater de première main ce genre de problèmes.

Vous refusez l’idée d’une coupure entre un antisémitisme « traditionnel » et un « nouvel » antisémitisme. En clair, entre l’antisémitisme de l’extrême droite et celui que nombre d’intellectuels attribuent aux Français de confession musulmane.

Le fait que les auteurs des assassinats antisémites de ces dernières années se revendiquent de l’islam (en en ayant parfois une connaissance plus que rudimentaire) ne fait pas de leur antisé-mitisme un produit d’importation.

Les thèmes qu’ils mobilisent dans leur discours de haine ne sont pas une production musulma-ne, mais bien une production française, qui a ensuite été largement diffusée dans la sphère coloniale. L’influence de ces thèses a bien plus à voir avec le travail politique de Soral et de Dieudonné, et leur diffusion d’une culture antisémite de masse, car les assassins ont grandi en France et se sont socialisés au sein de cette réalité française.

Dieudonné et Soral jouent depuis les émeutes de 2005 le même rôle que jouait Drumont en Algérie : un moyen de dévier une révolte sociale vers une logique pogromiste. Le fait que la grande majorité des émeutes antijuives en terre d’Islam coïncident avec la période coloniale n’a rien d’un hasard. Les théoriciens antisémites takfiris comme Sayyid Qutb sont en réalité profon-dément influencés par l’antisémitisme européen, et la relecture qu’ils font des textes religieux s’effectue à travers le prisme de cette influence idéologique. Il n’y a donc pas deux antisémitis-mes mais un antisémitisme, qui est une vision du monde qui s’est diffusée à partir de la France et de l’Europe à l’échelle mondiale.

Ces dernières années, la lutte contre l’antisémitisme a souvent été médiatisée par les ennemis de l’émancipation. Face à quoi, écrivez-vous, la gauche a déserté le terrain pour ne pas escorter ces gens…

C’est parce que la gauche et la gauche radicale ont globalement déserté le terrain de la lutte contre l’antisémitisme et le travail antiraciste spécifique en direction de la minorité juive, que ce hold-up idéologique a pu se produire. La droite, qui a historiquement joué le rôle de vecteur de l’antisémitisme, a très bien perçu l’opportunité stratégique.

« La nature a horreur du vide », en politique comme ailleurs. Si la gauche radicale et la gauche avaient tenu le terrain de la lutte contre l’antisémitisme, plutôt que de l’abandonner en considé-rant qu’il s’agissait au mieux de quelque chose de résiduel, au pire d’un prétexte invoqué par les réactionnaires, ces derniers n’auraient jamais pu imposer leur discours. (Résumé voir lien)

https://www.revue-ballast.fr/

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22 mai 2019 ~ 0 Commentaire

nationalistes (regards)

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