Archive | Antifascisme

21 mai 2017 ~ 2 Commentaires

idée reçue (lmd)

totalit
Affiches des films « Ilsa, la Tigresse du goulag », de Jean Lafleur, 1977 et « Ilsa, la Louve des SS », de Don Edmonds, 1975.
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Tous les totalitarismes se valent

Entrés en vigueur en septembre 2011, les nouveaux programmes de première se décomposent en cinq thématiques. L’une d’elles est consacrée au «siècle des totalitarismes » et mêle l’URSS de Staline, l’Allemagne de Hitler et l’Italie de Musso- lini. Cet amalgame, fréquent depuis un quart de siècle, vise à mettre sur le même plan communisme et nazisme.

Depuis quarante ans, les films de série Z – œuvres à petit budget généralement de mauvaise qualité – proposent des scénarios extravagants qui exploitent jusqu’à l’absurde la paranoïa des temps de guerre froide, entretenant parfois la confusion entre nazisme et communisme. Ainsi, l’héroïne-nymphomane de la saga Ilsa se retrouve tour à tour gardienne de goulag et de camp de concentration.

A première vue, la France de François Hollande, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, le Venezuela de Nicolás Maduro et l’Union européenne ont peu en commun. Pourtant, en 2014, ils ont tous les quatre été affublés de l’adjectif « totalitaire » : la France parce que son ministre de l’intérieur a interdit les spectacles de Dieudonné Mbala Mbala, la Turquie en raison du blocage du réseau social Twitter, le Venezuela à cause de la répression de certaines manifes- tations et l’Union européenne car elle briderait la souveraineté des nations.

Le concept de totalitarisme a toujours eu un sens fluctuant. Il apparaît dans l’Italie du début des années 1920 sous la plume d’opposants au Duce, pour qualifier le régime fasciste. Mais Benito Mussolini récupère le mot et le charge d’une connotation positive. En 1925, il exalte la « farouche volonté totalitaire » unifiant le peuple italien : le totalitarisme, c’est la grandeur de l’Etat.

Au même moment, les adversaires de Joseph Staline utilisent ce concept pour décrire l’URSS. L’écrivain anarchiste Victor Serge, qui a soutenu la révolution de 1917, parle du régime soviétique comme d’un « Etat totalitaire, castocratique, absolu, grisé de puissance, pour lequel l’homme ne compte pas ». En août 1939, la signature du pacte germano-soviétique popularise, au Royaume-Uni et aux États-Unis, la thématique de l’alliance des totalitarismes.

Mais c’est surtout après la seconde guerre mondiale que la notion se charge d’un lourd poids idéologique : elle devient un mot d’ordre anticommuniste et sert à justifier le combat contre le bolchevisme. En 1944, dans La Route de la servitude, le théoricien ultralibéral Friedrich Hayek soutient que l’intervention de l’État produit inévitablement un contrôle des libertés individuelles, le refus du marché libre constituant ainsi la matrice de « l’avènement du totalitarisme ». Trois ans plus tard, le président des Etats-Unis Harry S. Truman renvoie lui aussi Hitler et Staline dos à dos : « Il n’y a aucune différence entre les Etats totalitaires », affirme-t-il en 1947.

Cette superposition discutable entre les expériences allemande et soviétique prend un caractère scientifique avec la publication des travaux de Hannah Arendt en 1951 puis de Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski. En 1956, ces deux chercheurs identifient six critères permettant d’identifier un régime totalitaire : un parti de masse dirigé par un chef charismatique, la banalisation de la terreur, la centralisation de l’économie, la mainmise des pouvoirs publics sur les moyens de communication, etc.

Parce qu’elle privilégie ce qui rapproche Hitler et Staline au détriment de ce qui les sépare, cette grille de lecture remporte un vif succès pendant la guerre froide. Loin de disparaître avec l’effondrement de l’URSS, elle connaît une seconde jeunesse au début des années 1990. En Allemagne, l’historien Ernst Nolte fait alors du nazisme une réponse extrême à la vague bolchevique ; en France, son homologue François Furet explique que le volonta- risme transformateur pousse à la limitation des libertés, à la violence et donc à la « mécanique totalitaire » : « Le bolchevisme stalinisé et le national-socialisme constituent les deux exemples des régimes totalitaires du XXe siècle, écrit-il dans Le Passé d’une illusion (1995). Non seulement ils sont comparables, mais ils forment en quelque sorte à eux deux une catégorie politique. »

Ce postulat ideologique a récemment pris corps dans les programmes scolaires : depuis 2011, il est demandé aux lycéens français d’étudier l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique dans un seul et même chapitre, baptisé « Le siècle des totalitarismes ». Une telle présentation efface les différences entre ces trois idéologies ; elle néglige la nature du nazisme, dont la quête d’un « espace vital » pour l’Allemagne implique une volonté raciste d’extermination des « sous-hommes » : Juifs, Tziganes, Slaves…

Devenu, selon les mots de l’historien Enzo Traverso, « outil de légitimation de l’Occident triom- phant », le concept de totalitarisme est aujourd’hui utilisé à tort et à travers, par les uns pour décrire les limitations des libertés, par les autres pour disqualifier les projets de transformation sociale. Aussi certains auteurs proposent-ils, à l’instar de Slavoj Žižek, de s’en débarrasser purement et simplement.

Benoît Bréville  Rédacteur en chef adjoint au Monde diplomatique.

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Commentaire: Un mot quand même pour dire que si le communisme « réel »  n’a pas été volontairement génocidaire (sauf le Cambodge) il a quand même dégoûté les masses de la planète du socialisme et du communisme. Si on peut se dire « anticapitaliste » , se définir
pour un régime « socialiste » ou « communiste » n’entraîne pas l’enthousiasme!

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19 mai 2017 ~ 0 Commentaire

fn (npa)

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L’argent du FN… et le nôtre !

Ils se disent antisystème. Pourtant, leurs pratiques valent celles de tous les autres grands partis qui ont connu des scandales financiers. Le FN, ses dirigeants et sa galaxie détiennent un record invraisemblable : ils sont poursuivis pour des malversations centralisées et répétées dans TOUS les scrutins depuis l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir : cantonales 2011, prési- dentielle et législatives 2012, municipales, européennes et sénatoriales 2014, départementales et régionales 2015…

Et la séquence électorale de 2017 n’a évidemment pas encore révélé ses secrets.

Le principe général est toujours le même. Mais limitons-nous à le décrire dans le cadre du scrutin législatif de 2012 puisque le « renouvellement » de l’Assemblée nationale est à l’ordre du jour.

Prenez un candidat aux législatives de 2012. Si l’animal veut se présenter sous les couleurs du FN, il devra obligatoirement acheter un « kit de campagne » à Jeanne, le micro- parti de Marine Le Pen créé en 2010 alors que Marine Le Pen s’apprêtait à prendre le pouvoir au sein du FN. Jeanne a lui-même acheté ce « kit de campagne » à Riwal, société de communi- cation fondée en 1995 dans la foulée des municipales où le FN gagne ses trois premières villes. La société était dirigée par Frédéric Châtillon, un ancien du GUD.

Premier problème : il est illégal de conditionner l’investiture d’un candidat à un quelconque achat. Second problème : il est tout aussi illégal d’antidater une convention de prêt, voire de la signer dans le dos du candidat. Or, c’est bien ce dont le micro-parti se serait rendu coupable : imposition systématique du « kit de campagne » et du prêt, y compris par des méthodes frauduleuses. Ça commence bien. Mais ce n’est pas tout.

Prenez le même candidat. Le pauvre bougre est désargenté. Aucun problème, Jeanne lui propose un prêt avec intérêts pour qu’il lui achète le fameux « kit de campagne ». Troisième problème : il est interdit pour un parti de prêter de l’argent avec intérêts sur la base de ses fond propres. Quatrième problème : avec un taux de 6,5 %, ces intérêts sont supérieurs à ceux pratiqués par les banques. Ça continue. Mais ce n’est pas fini.

Venons-en maintenant au fameux « kit de campagne » lui-même. Pour 16 500 euros, il se compose d’un matériel clé en main et formaté : affiches, tract et site internet. Cinquième pro- blème : sa conception est clairement surfacturée (x 5 environ). Ça dure. Tenez bon. Reprenez toujours le même candidat. L’apprenti voit finalement son score dépasser les 5 %. L’État lui rembourse ses dépenses de campagne, dont le dispendieux « kit » et surtout les intérêts de son achat à crédit qui ont été camouflés (pratique illégale, sixième problème). L’argent va d’abord de l’État sur le compte du candidat, puis le candidat rembourse Jeanne du montant du « kit » avec les intérêts, puis Jeanne rembourse Riwal du prix du « kit »… en gardant les intérêts au passage.

Et voilà comment l’État engraisse une société surfacturant des kit de campagne, et un micro-parti s’érigeant en intermédiaire prêteur aux taux usuraires. Ladite société en retire une marge hors norme sur l’exercice 2012, pour le plus grand bonheur de ses dirigeants mais aussi du FN et de Jeanne, pour le compte desquels elle magouille : prestations plus ou moins fictives et/ou surfacturées, prêts sans intérêts sous la forme de dettes non réclamées. De son côté, ledit micro parti en retire des fonds substantiels pour constituer une cagnotte… en vue de l’élection présidentielle de 2017 en particulier.

Le NPA, quant à lui, ne vit pas sur le dos de l’État ou du Parlement européen. Et surtout il n’a aucun « kit » à vendre, surtout pas pour la transformation révolutionnaire de la société. Alors n’hésitez pas.

Sylvain Madison https://npa2009.org/

Pour verser à la souscription :

https://souscription.npa2009.org 

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17 mai 2017 ~ 0 Commentaire

fn (npa)

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Tiens, Marion Maréchal sans maquillage!

Les couteaux sont de sortie ?

Les mouchoirs sont de sortie au FN pour pleurer le départ de « Marion »… Mais personne ne lui en veut : elle se consacrera à sa famille, sa « petite nation » et compte découvrir enfin le vrai monde de l’entreprise privée. Travail, famille… difficile de lui reprocher quelque chose…

Jean-Marie Le Pen a qualifié son départ de « désertion ». Mais que quitte-t-elle ? Une période de tensions, que l’on imagine plus ou moins décuplées au soir des législatives. D’au- tant que son retrait est temporaire et qu’elle reste simple adhérente du FN. À quoi ressemblera donc le FN, à son retour déjà attendu ? Peut-être qu’il ne se fera pas au sein d’un « Front National »…

Changer de nom, l’idée n’est pas nouvelle. Avant le congrès de 2014, puis en 2015, Philippot était suspecté d’en chercher un autre (dont « Les Patriotes »). À cette époque, l’odeur de soufre de Jean-Marie Le Pen était de moins en moins supportable, mais Nicolas Bay, secré- taire général, affirmait alors qu’un changement de nom n’était «absolument pas sur la table ». Aujourd’hui, il considère que cela pourrait être un « bon moyen d’être encore plus rassembleur».

L’idée d’un changement de nom fait l’unanimité. Est-ce une manœuvre dilatoire ? Pas impossible, car tout se jouera plus tard lors d’un prochain congrès. Marion Maréchal-Le Pen n’avait-elle pas, en avril, démenti son futur retrait, pour éviter que cela ne pollue la campagne du FN ? Même Gollnisch, qui reste attaché au nom de Front national, propose « une sorte d’étiquette » utilisée « dans le cadre d’alliances électorales ». Car la question des alliances est réellement au cœur de l’avenir du FN, et le changement de nom dans la logique d’ouverture commencée par l’accord avec Dupont-Aignan. Le principe de l’alliance ne fait donc pas débat, mais avec qui et sur quel programme… ça reste plus flou.

Quelle recomposition ?

Déjà, Philippot « menace » de démissionner en cas d’abandon de la sortie de l’euro. Nicolas Bay, directeur de la campagne des législatives et fort présent sur les médias nationaux, renvoie la discussion après les élections. Selon lui, « le patriotisme économique et l’allègement des charges qui pèsent sur les entreprises » sont plus urgents que les questions monétaires…

De quoi rassurer les alliés du Rassemblement Bleu Marine (RBM) comme Collard et Ménard. C’est aussi la vision du SIEL (Souveraineté, identité et libertés), qui avait quitté le RBM, mécon- tent du poids du « néo-­chevènementiste » de Philippot. Depuis, il n’a de cesse de se présenter comme «l’épicentre de la recomposition de cette nouvelle droite » qui fait de la bataille iden- titaire un point central. Pour Mégret, le «positionnement à droite aurait facilité l’arrivée de nouveaux électeurs en provenance des Républicains où se trouvait le principal réservoir de voix».

Petit problème : pas mal comptaient sur la figure de Marion Maréchal-Le Pen pour rassembler ce petit monde issu de La manif pour tous, le PCD de Boutin et Poisson, le versaillais Bouglé, Beigbeder, Vanneste, etc. Autre souci : combien cela pèse-t-il vraiment en nombre de voix ?

Même chez Soral, l’alliance avec Dupont-Aignan a été vue comme « une dynamique d’espoir », cassée faute d’avoir « appliqué la « droite des valeurs » et la « gauche du travail » qui permettrait d’aller chercher les électeurs de Fillon comme ceux de Mélenchon ». Déjà en fé- vrier, Soral fanfaronnait à propos des 10 % qui pouvaient manquer dans la stratégie électorale du FN : « Celui qui les a, c’est moi, c’est Égalité et réconciliation, aller chercher les musulmans patriotes, ne pas jouer le jeu de la guerre civile ».

Bref, tous ces petits chefs qui gravitent autour et dans le FN pensent être le centre de gravité de sa recomposition. La bataille des ego a commencé.

Mercredi 17 mai 2017 Commission nationale antifasciste

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Législatives: Jean-Marie Le Pen monte une alliance face au FN (Le Point)

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14 mai 2017 ~ 0 Commentaire

fn (révolution permanente)

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La tension est à son comble, le FN au bord de l’implosion ?

Malgré le score historique du Front National au second tour de la présidentielle, avec 33,9% et plus 10,6 millions de voix, le parti a aujourd’hui la gueule de bois : entre les ultimatums de Philippot et les remises en cause de Marine Le Pen, plus rien ne va.

Marine Le Pen décriée après le débat, des sanctions décidées

Le Front est en crise. La défaite de Marine Le Pen, et surtout sa gestion du débat du mercredi 3 mai font beaucoup de mécontents chez les militants frontistes comme chez certains cadres. D’aucuns vont même jusqu’à remettre en cause celle qui a mené le Front au second tour, au risque de sanctions de la part de la direction du parti qui doit tenir les rênes d’un attelage divisé.

La question que beaucoup se posent est la suivante : Marine Le Pen peut-elle devenir un jour présidente de la République avec sa stratégie ? Ainsi, certains cadres, comme Jean- Pierre Legrand, conseiller municipal à Tourcoing (Nord) et chef de file du FN dans le département, en doutent sérieusement:

« Le débat télévisé l’a démontré. Le programme était déficient et tout était basé sur la communication, ce n’est pas suffisant… Pour préparer la présidentielle, il n’y a quasiment pas eu de groupes de travail, ou à Paris, sans indemnisation. Comment voulez-vous que les gens de province y participent ? De plus il y a eu différentes tendances au parti et c’est Marine Le Pen qui a tranché sur certains thèmes, sans qu’il y ait d’explication. Même en tant qu’élu municipal, je serais bien incapable de vous expliquer le programme. C’est quand même gênant. »

Un autre conseiller municipal, Jean François Bloc, a expliqué quant à lui que « le FN n’était pas apte à gouverner ». Des critiques qui sont autant d’épines dans le pied de Marine Le Pen, qui compte répondre à cela avec la plus grande sévérité. Car au-delà de la question du débat du 3 mai, c’est plus généralement la stratégie de « lepénisation » de la politique qui est remise en cause, et cette remise en cause supposerait l’éviction de la famille Le Pen, trop attachée à cette histoire. C’est pourquoi des procédures disciplinaires ont été lancées contre ces cadres du parti, dont on se demande quelles seront les conséquences, étant donné le précédent de Jean-Marie Le Pen, dont l’exclusion avait été écartée par la justice.

Alliance avec Dupont Aignan et la sortie de l’euro : le point de crispation pour Philippot

De l’autre côté, l’alliance avec Dupont Aignan et les arrangements qu’elle a supposés n’ont pas fait que des heureux. Si cette stratégie a permis à Marine Le Pen d’engranger sûrement de nombreuses nouvelles voix pour le second tour, le parti se déchire entre les « pro-ouverture » et ceux qui préfèrent le Front tel qu’il est. Une discussion qui apparaît comme un épisode 2 des débats du FN dans les années 1990, quand Bruno Mégret souhaitait voir le Front s’ouvrir à d’autres formations de la droite nationaliste et/ou identitaire, une voie que Jean-Marie Le Pen avait alors refusée, au point d’exacerber la défiance entre les deux hommes.

Ainsi, l’ouverture vers Nicolas Dupont Aignan et le mouvement qu’a annoncé Marine Le Pen le soir de l’élection ne semble satisfaire que peu de monde : cette alliance a permis de sceller le sort de la sortie de l’euro, projet désormais rangé dans les greniers de Montretout. Cette éviction d’une partie du programme, qui faisait l’identité du FN, pourrait ce- pendant se faire au prix de la perte d’une des pièces maîtresses du château de cartes qu’est le FN.

Florian Philippot, interrogé sur RMC, a annoncé qu’il quitterait le parti si celui-ci abandonnait la sortie de la monnaie unique. Un ultimatum qui montre l’intensité des affrontements au sein même de la garde rapprochée de la candidate, quelques jours après l’annonce de sa nièce de quitter (momentanément) la vie politique.

George Waters vendredi 12 mai

http://www.revolutionpermanente.fr/

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13 mai 2017 ~ 0 Commentaire

ultra droite (l’autre q)

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Il est temps de prendre conscience de la violence de l’ultra droite

Les agressions perpétrées par des membres de groupes d’ultra-droite se multiplient. Depuis les blocus et manifestations lycéennes qui ont suivi l’affaire Théo, ce jeune homme violé à coup de matraque par des policiers d’Aulnay-sous-Bois, les hommes de main de l’extrême-droite s’attaquent à des militants antifascistes, faisant y compris des morts.

L’hydre fasciste relève la tête. Alors que de nombreux lycéens parisiens bloquaient leurs établissements dans l’entre-deux tours aux cris de « ni banquier, ni facho », une dizaine de militants de l’Action française, sont venus tracter devant le lycée Voltaire le 25 avril. Ces militants casqués du mouvement nationaliste et monarchiste d’extrême-droite n’ont pas hésité à menacer plusieurs lycéens et lycéennes de passage à tabac. Le lendemain, ils étaient devant le lycée Louis-le-Grand. Là, ils sont passés à l’action sans que les policiers, massés sur le trottoir d’en face, n’interviennent.

L’Action Française refait surface

C’est encore l’Action française qui s’en est pris, le 4 mai dernier, à un militant antifasciste marseillais. Une dizaine de militants de ce groupe d’extrême droite tractait devant le lycée Perrier, lorsqu’un élève jette à terre leur tract. Les militants nationalistes lui demandent de ramasser le tract, ce qu’il refuse. Ils s’en prennent finalement à l’élève rebelle qui finira à l’hôpital, où il recevra sept points de suture autour de l’arcade et cinq à l’oreille. L’Action Française avait déjà refait parler d’elle au moment des manifestations contre la loi travail. On peut dater ce renouveau depuis les manifestations contre le mariage pour tous, en 2013-2014.

La résurgence des mouvements d’extrême droite radicale

Dans de nombreuses villes, les militants du mouvement maurrassien refont surface : à Paris, mais aussi Aix, Lyon, Marseille. Mais l’Action française n’est pas la seule à refaire parler d’elle. A Strasbourg, des manifestants d’extrême-droite, casqués et cagoulés, s’en sont pris à des militants anticapitalistes qui manifestaient contre l’élection de Emmanuel Macron, le diman- che 7 mai. Une quinzaine de ces militants auraient été interpellés par la police. A Orléans, c’est le Renouveau français, un mouvement de l’extrême-droite nationaliste, contre-révolutionnaire et catholique, qui s’est implanté dans la ville. D’où une floraison de croix gammées, mais aussi des agressions. Comme celle de ce jeune militant communiste en août 2016.

Des agressions qui se multiplient

Car c’est l’une des conséquences de la réapparition de groupuscules d’extrême droite depuis la très réac manif pour tous : la multiplication des agressions de militants communistes et surtout antifascistes. On se souvient bien sûr de la mort de Clément Méric, militant antifasciste assassiné par des membres du groupe de l’extrême droite radicale « troisième voie ». Dissous à la suite de ce meurtre, le mouvement créé par Batskin, alias Serge Ayoub, personnalité très populaire dans cette mouvance, semble avoir malgré tout essaimé sous la forme de divers groupes néo-nazis. C’est notamment le cas dans le Nord et en Picardie, comme l’a montré  l’enquête autour du clan néonazi picard « WWK », pour « white wolfs klan » (le clan des loups blancs). On y retrouve un nom connu, celui de Jérémy Mourain, impliqué dans la mouvance néo-nazie picarde mais aussi lilloise, et qui ne serait pas étranger à l’affaire des « noyés de la Deûle ».

A Lille, un bar identitaire qui a pignon sur rue

Jérémy Mourain, actuellement en détention, serait impliqué dans la mort d’un musicien de rock et militant antifasciste, Hervé Rybarczyk, disparu après un concert en novembre 2011. Son corps avait été retrouvé dans la Deûle, rivière qui traverse la cité lilloise. La justice vient de rouvrir l’enquête qui avait été rapidement classée à l’époque. Lille où la mouvance identitaire est particulièrement bien implantée, grâce au bar La Citadelle, dont Martine Aubry, à la tête de la mairie depuis 2001, refuse d’exiger la fermeture. Plusieurs agressions homophobes et anticommunistes ont été perpétrées dans la ville par cette extrême-droite particulièrement virulente en 2016.

Un militant antifasciste marseillais attaqué à coup de couteaux

A Nantes, deux jeunes hommes ont été agressés à coup de barres de fer et de tessons de bouteille, dans la nuit de dimanche à lundi dernier. Selon l’une des victimes, l’un des agres- seurs lui aurait demandé s’il était militant anti-fa. L’autre victime, un jeune homme nommé Erwann, aurait été placée en réanimation sous assistance respiratoire. A Marseille, c’est  H., un membre de l’Action antifasciste qui a été agressé à coups de couteau dans son apparte- ment, par des militants d’extrême-droite qui l’attendaient sur place. Il a heureusement survécu à son agression. Le traitement de cette agression par la police témoigne de la complaisance de cette dernière envers la mouvance néo-nazie. Sollicitée par le journal gratuit 20 minutes, la police locale explique qu’il serait trop tôt pour établir que le motif de l’agression est politique et met complaisamment en avant le fait que la victime était ivre. Cité par le quotidien gratuit, H. rétorque qu’il avait effectivement «bu quelques coups» mais ne voit pas «ce que ça chan- ge». Ecœuré, le militant antifasciste n’aurait «jamais pensé qu’on puisse aller aussi loin contre lui ».

Des flics plus que complaisants

Car c’est l’autre versant inquiétant de ces agressions. La complaisance de certains policiers envers les agresseurs. Dans le cas de la mort de Hervé Rybarczyk, la police judiciaire n’avait même pas été saisie. Parmi les identitaires lillois qui seraient impliqués dans la mort du guita- riste du groupe Ashtones, l’un était un indic de la police, un barbouze dans le trafic d’armes. Claude Hermant aurait notamment fourni des armes au djihadiste Ahmedy Coulibaly, qui a perpétré l’attaque de l’Hyper Casher à Paris en janvier 2015. Selon Mediapart, la police, la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur) et même la douane auraient été impliqués dans ce trafic d’armes. Les flics ont-ils fourni des infos sur les militants d’extrême-gauche aux fachos lillois ? Selon la Horde, publication antifasciste bien informée, la Maison de l’identité flamande, fondée par le même Hermant, « aurait publié à plusieurs reprises des noms et adresses de militants libertaires collectées suite à des interpellations ». Cette affaire a fait l’objet d’une plainte classée sans suite…

Véronique Valentino, le 12 mai 2017

http://lautrequotidien.fr/

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13 mai 2017 ~ 0 Commentaire

suzanne citron (essf)

le mythe

Vous avez, en tant que professeure, beaucoup critiqué les méthodes d’enseigne- ment, la pédagogie mais aussi 
les programmes eux-mêmes. Quel cheminement vous amène à produire cette vision distanciée de l’école française ?

Suzanne Citron. J’étais une ancienne «  bonne élève  » et une militante convaincue de l’école publique. En 1959, la scolarité obligatoire est prolongée jusqu’à seize ans. Mais je découvre comme parent et comme enseignante que cette école a bien des défauts : surcharge des programmes, enfermement des enseignants dans leur discipline, méfaits du système de nota- tion, rigidités administratives. Les années 1960 voient une floraison de revues pédagogiques et d’ouvrages traitant de l’école. La société française est traversée d’interrogations : en mars  1968, un grand colloque réunit à Amiens 600  participants «  pour une école nouvelle  ». On a oublié aujourd’hui les remises en question de mai  1968 que j’ai moi-même expérimentées dans mon lycée d’Enghien : des élèves et des professeurs réinventaient l’enseignement dans leurs livres blancs. Mais, pour toutes sortes de raisons, grandes furent les déceptions immédiates, ce qui m’incita à écrire mon premier livre en 1971, l’École bloquée.

Votre rapport à l’histoire devient progressivement critique. En 1987, vous écrivez le Mythe national, l’histoire de France en question, devenu un ouvrage de référence. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin 
de décortiquer les fondements 
d’un roman national ?

Suzanne Citron. Ce livre est l’aboutissement de longues réflexions et de nombreuses lectu- res. Il y a d’abord le choc indélébile de la guerre 
d’Algérie, la raison d’État républicaine qui censure l’information sur les tortures. Je puise dans de nouvelles histoires de France, dans des travaux étrangers les outils d’une déconstruction critique du petit Lavisse. Je décortique la façon dont les historiens libéraux et républicains du 19è siècle, imprégnés de la Révolution française, ont identifié la nation à l’État et ont construit le récit d’une France toujours déjà là qui légitimait l’État même dans ses crimes. Disposant d’annales dynastiques qui débutaient avec Clovis, ces historiens leur ont rajouté en amont un peuple souche gaulois et couturé en aval l’inattendu de la Révolution. L’école républicaine a nationalisé les petits Français bretons, corses, basques, antillais, juifs… par ce récit d’une commune origine gauloise, d’une chaîne de grands souverains débutant avec Clovis et Charlemagne, d’une Révolution célébrée comme un avènement messianique.

Mais ce roman national ne continue-t-il pas 
à se transmettre intact encore aujour- d’hui ?

Suzanne Citron. Il n’a en effet jamais été véritablement déprogrammé. Certes d’importants travaux novateurs sont publiés. Mais les journalistes et le public se réfèrent aux souvenirs d’école primaire dès qu’il s’agit d’histoire de France et le récit scolaire demeure enfermé dans sa linéarité du 19è  siècle. La grande majorité des responsables politiques, de droite comme de gauche, ont une conception positiviste de l’histoire qui fétichise l’ancien récit comme socle indestructible de la nation.

Vous avez un regard très critique sur les lieux de mémoire. Pourquoi ?

Suzanne Citron. J’ai beaucoup espéré des historiens des Annales lors de ma quête critique du Mythe national. Dans son entreprise des Lieux de mémoire, Pierre Nora, qui bénéficiait d’un grand pouvoir médiatique, s’est voulu l’initiateur d’un regard patrimonial sur le passé. Mais dans cette histoire de France au second degré, il a maintenu en filigrane le récit du 19è  siècle et n’a pas recomposé le passé d’une France marquée par la honte de Vichy, les séquelles de la guerre d’Algérie, et profondément renouvelée par les immigrations postcoloniales.

Nous assistons à un retour des conservatismes et à une propagation des idées du Front national. En tant que résistante et historienne, quelle serait, pour vous, la meilleure manière 
de combattre ces thèses ?

Suzanne Citron. Le savoir-faire de Marine Le Pen dans son entreprise de «dédiabolisation» consiste en la manière dont, avec le support des médias, elle s’est appropriée et utilise le vocabulaire politique commun en le détournant : nation, État, république, laïcité. Face à cette emprise, le discours antifasciste des années 1930 et le front républicain de 2002 s’avèrent inefficaces.

Du PS à Mélenchon, on n’a jamais autant brandi la République. Mais cette invocation quasi religieuse d’une République au-dessus de tout soupçon, sous couvert d’une bonne conscience de gauche ou de droite, n’est pas la bonne méthode. La désaffection pour les gouvernants conforte l’impact démagogique du discours passéiste de Marine Le Pen.

Débusquer le totalitarisme masqué du Front National derrière son autolégitimation arrogante, cela exige de ses adversaires, par-delà l’incantation des mots, 
la refondation des choses : l’exemplarité éthique et civique des gouvernants et la simplification 
du train de vie de l’État, une administration proche des gens, une école ouverte à tous les talents, des débats constructifs entre adversaires politiques. Face au projet d’une nation maurrassienne clôturée dans ses frontières et nourrie de roman national, une France des diversités et des multiples racines est à inventer, morceau d’humanité, 
bribe d’Europe, présage d’avenir.

http://www.europe-solidaire.org/

Commentaire: Article de l’Humanité. Suzanne Citron a soutenu Ségolène Royal en 2007.

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12 mai 2017 ~ 0 Commentaire

fn (npa)

LE-PEN
 
Front National : Échec à la Pyrrhus…

Jet d’œuf devant une usine de transport bretonne, puis exfiltration de la cathédrale de Reims : le sacre de Marine Le Pen (MLP) en fin de campagne n’a pas eu lieu. Pour les journalistes, tout aurait basculé dans le débat face à Macron, perdant sa posture de présidentiable, jusqu’à démoraliser ses troupes. Mais une élection ne se joue pas (que) sur les quatre derniers jours.

En tout cas, le sérieux de son équipe a cédé le pas à une certaine fébrilité sur les réseaux sociaux : diffusion d’un faux SMS attribué à En marche appelant à tuer symbolique- ment MLP ; rumeur selon laquelle Macron aurait été équipé d’une oreillette pendant le débat ; relais des Macron leaks laissant entendre des révélations à venir… Un accroc dans la stratégie « mégretiste » pour apparaître comme une femme d’État ? En ne respectant pas la bienséance du débat de l’entre-deux-tours, MLP aurait « trumpisé » sa posture. Jean-Marie Le Pen y a vu, lui, un « match viril contre Macron, le tenant de tout l’établissement » et MLP s’est justifiée : « j’incarne l’irruption bienvenue du peuple dans le monde suranné de l’entre-soi des élites ».

Le plafond est haut…

Marion Maréchal Le Pen estimait que plus de 40 % des suffrages « seraient déjà une énorme victoire »… Avec 33,9 % est-ce vraiment raté ? Le FN rassemblait 5,5 millions de voix au deuxiè- me tour en 2002, 700 000 de plus qu’au premier, mais était resté sous les 4 millions en 2007. En 2012, près de 6,5 millions de voix. Et en 2017, 7,6 millions au premier tour, puis 10,6. Difficile d’y voir une défaite, même si MLP plafonne.

MLP a certes rassemblé plus que avec le vote Dupont-Aignan (1,7 millions, 2 avec Asselineau), mais pas franchement au-delà. Le grand écart de l’appel aux voix de Fillon et de Mélenchon n’a pas fonctionné, malgré le « terrible bilan Macron-Hollande ». Pourtant, sans jamais oublier ses fondamentaux (islamisme, sécurité et immigration), MLP a multiplié les clins d’œil à La France Insoumise, comme l’appel lancé lors du dernier meeting au « peuple qui jamais ne se soumettra au système entier coalisé derrière [Macron] ».

Du point de vue de la droite, le flou autour de la sortie de l’euro a mis à mal le sérieux de son programme. Notons que le patronat a plus agité ce spectre que les menaces sur les droits démocratiques et surtout que l’avenir réservé aux immigrés si MLP était élue. Leur sort compte sûrement moins que les perspectives d’importations et d’exportations…

L’accord avec Dupont-Aignan est venu rassurer les courants, y compris au FN, qui ne font pas de la sortie de l’euro un préalable absolu. Un premier pas a été fait vers une allian- ce de gouvernement, espérant qu’une partie de la droite s’y retrouve. Reste à transformer cet élan en alliance de « la seule véritable opposition crédible », que MLP a voulu incarner pendant la campagne et qu’elle a réaffirmé dans sa déclaration de « non-­victoire » dimanche soir.

Divergences et recomposition

MLP envisage même une recomposition politique sur le « clivage patriotes-mondialistes », où le changement de nom du parti ne sera que l’élément symbolique. Mais un symbole fort peut être difficile à faire passer. Le FN ne peut pas se couper de ceux qui placent le « combat civili- sationnel » avant le débat sur l’économie et l’euro. D’ailleurs, on a peu commenté les soutiens venus de l’extrême droite, qui a, dans sa diversité, majoritairement appelé au vote pour MLP ou au « tout sauf Macron », de Synthèse nationale à l’Action française. Certes, il ne s’agit pas là d’une réserve de voix, mais le FN doit conserver son hégémonie à l’extrême droite et éviter que de trop nombreux dissidents renforcent ses franges, parfois hostiles, aujourd’hui groupusculaires et éclatées.

Si les divergences entre une ligne de droite identitaire et le « néo-chevènementisme » de Philippot débouchent sur une crise, ce sera après les législatives, en fonction des résultats et des postes accordés. D’autant qu’il faudra faire avec l’allié Dupont-Aignan. La première recom- position viendra à ce moment. Ce n’est pas une nouveauté : en 1986, le FN s’était ouvert à droite avec le FN-Rassemblement national. Les tensions peuvent aussi venir non de différen- ces idéologiques mais des relations internes, en particulier autour de la « GUD-connexion » de MLP. Si on y rajoute les diverses affaires judiciaires, l’ambiance va être bonne au FN…

Mais crise ou pas, attention à ne pas enterrer trop vite le FN et la dynamique qui le pousse. « Ma voix n’a été que l’écho de la violence sociale qui va exploser dans ce pays », avait reven- diqué MLP après le débat du second tour. Gare à la couleur du drapeau qui mènera la révolte.

Jeudi 11 mai 2017 Tanguy Redita

https://npa2009.org/

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Les mille et une voies du vote Front National  Il « réunit » des catégories sociales dont les intérêts sont souvent antagonistes » (Essf)

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11 mai 2017 ~ 0 Commentaire

tribune (libération)

 donald
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Pour un nouveau front antifasciste

Une telle coalition ne pourra se faire que sur le refus de collaborer avec  les  partis de gouvernement qui recyclent depuis trente ans les idées du Front National.

Face à l’échec du «front républicain», il faut un front antifasciste. Emmanuel Macron a été largement élu dimanche, mais avec une abstention massive et un résultat record pour le Front national (FN) qui engrange près de 11 millions de voix, soit deux fois plus qu’en 2002. La stratégie du front républicain face à l’extrême droite n’a pas seulement vacillé dans les urnes, elle a été publiquement rejetée par une partie significative de la gauche refusant d’appeler à voter Macron.

On aurait pu croire, au soir du premier tour, qu’il ne s’agissait que de la lubie d’un homme, Jean-Luc Mélenchon, mauvais perdant, refusant de se prononcer, préférant appeler à une consultation des membres de son mouvement, La France insoumise. On a rapidement vu qu’il n’en était rien. Dès le soir du 23 avril, des manifestations, appelées notamment par Génération ingouvernable et le Mouvement inter-luttes indépendant (Mili), se donnent comme slogan «Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron». Dans les jours qui suivent, le mouvement s’étend, des lycées sont bloqués, donnant parfois lieu à des affrontements avec des groupuscules fascistes.

Les syndicats tergiversent, la CGT en tête, qui appelle à faire barrage au FN, bien sûr, mais pas au prix du ralliement à celui qui représentait, pour les travailleurs, le pire du quinquennat finissant. Certaines sections CGT, FSU ou SUD appellent même à battre les deux candidats. Le 1er Mai voit le retour à Paris d’un cortège de tête autonome déterminé, dans la continuité des manifestations contre la loi travail, renvoyant dos à dos Le Pen et Macron.

Enfin, venant donner à cette rupture un parfum d’officialité, les membres de La France insou- mise se prononcent majoritairement pour le vote blanc, nul, ou l’abstention. Comme si de lar- ges pans de la gauche de la gauche, celle des urnes comme celle de la rue, celle des lycées comme celle des syndicats, face à l’injonction de se plier à la stratégie du front républicain, ré- pondait comme le Bartleby de Melville «j’aimerais mieux pas» et ajoutait «on vaut mieux que ça».

Face à cet outrage aux bonnes mœurs républicaines, les réactions ont été d’une rare vigueur.

Durant l’entre-deux tours, les tribunes se multiplient, de toutes parts, pour rappeler à l’ordre ceux qui seraient trop tièdes, des dessins font des abstentionnistes les complices de pogroms à venir, un «forum républicain» est même organisé «contre l’abstention» comme si c’était là le problème et non le vote FN.

Pendant ce temps, dans l’indifférence presque générale, des personnalités de la droite dite républicaine appellent à voter Le Pen, et de larges pans de l’électorat Fillon basculent non vers le vote blanc, mais vers le vote brun. Alors que le FN s’apprêtait à engranger le plus haut nombre de voix de son histoire, principalement grâce à l’afflux des voix de droite, on a fait aux abstentionnistes de gauche, affichés ou présumés, le pire des procès possibles, celui de trahir l’antifascisme.

L’accusation n’est pas mince : l’antifascisme est un élément fondateur de la gauche d’après-guerre, et son abandon serait vu à raison comme le signe précurseur des pires erre- ments. Mais refuser d’appeler à voter Macron, est-ce trahir l’antifascisme ? Pas nécessai- rement, à en croire les organisations antifascistes qui luttent pied à pied contre l’extrême droite tout au long de l’année. Nombre de ces organisations, telles le collectif Action antifasciste Paris-Banlieue ou La Horde, ont refusé de rejoindre le front républicain et ont appelé aux manifestations Ni Le Pen ni Macron. Ces antifascistes seraient-ils alors eux aussi des traîtres à l’antifascisme ?

Ces procès en trahison révèlent surtout une grande confusion sur l’antifascisme. Le mouvement antifasciste actuel s’est constitué, à partir des années 80, en réaction à la montée de l’extrême droite. Il a dès le départ été très méfiant vis-à-vis des stratégies de front républi- cain et de l’antiracisme moral incarné en France par SOS Racisme. Depuis cette période, tandis que les partis de gouvernement, en particulier le PS, agitent la menace du FN pour rallier à eux à peu de frais la jeunesse et les classes populaires, des organisations issues de l’autonomie et des mouvements des banlieues dénoncent ce qu’elles voient comme des manipulations.

L’antifascisme radical qu’elles défendent entend lutter en même temps contre l’extrê- me droite et le système capitaliste, sécuritaire et raciste qui la nourrit et s’en nourrit.

Dans cette perspective, impossible de construire un front antifasciste avec des partis de gouvernement qui reprennent le vocabulaire, les idées et une partie des politiques de l’extrême droite. Or, les quinquennats successifs de Sarkozy et de Hollande ont constitué une accélé-ration dans l’adoption d’une politique extrême.

Les prisons sont surpeuplées, les étrangers sont raflés et expulsés, les quartiers populaires sont soumis à un ordre policier, les mouve- ments sociaux sont violemment réprimés, l’état d’urgence est devenu permanent, les lois sécuritaires successives ont rogné les libertés publiques, l’islamophobie se répand, et la situation des salariés et des précaires n’a cessé de se dégrader tandis que les profits des actionnaires ont atteint des records.

Macron, qui dit vouloir être «le président des patriotes» et qui est directement responsable de la politique économique pro-patronat de Hollande, ne saurait alors être un barrage face à l’extrême droite, pour les antifascistes, tant il participe pleinement au processus de fascisation de la société française.

De toute évidence, on ne peut plus s’en remettre à la stratégie de front républicain pour faire barrage au FN.

Cependant, il n’y a pas de fatalité à ce que cet échec profite à l’extrême droite. Tout dépendra de la capacité de la gauche à construire un front antifasciste offensif, ralliant les millions de personnes de gauche qui ont refusé de voter Macron dimanche ou qui ont voté pour lui à reculons. Un tel front ne pourra se faire que sur le refus de collaborer avec les partis de gouvernement qui recyclent, depuis trente ans, les idées du FN, et avec ceux qui héritent de ces partis, Macron en tête. Ce sera contre eux, et non avec eux, que l’on pourra faire reculer l’extrême droite.

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10 mai 2017 ~ 0 Commentaire

ploeren fn (ouest france)

grand pere

Près de Vannes. Le FN fait retirer l’expo sur la Shoah et le Vél’d’Hiv

Une exposition sur le Vél’d’Hiv et la Shoah a dû être retirée par le maire de Ploeren, commune située près de Vannes, ce dimanche, lors du second tour de l’élection présidentielle. Le FN a opposé une « neutralité politique ».

« Désobéir pour sauver » est une exposition qui rend hommage aux policiers et aux gendarmes français, qui ont permis de sauver des Juifs durant l’occupation. Cinquante-quatre d’entre eux ont, à ce titre, été reconnus « Justes parmi les nations ».

Une expo qui évoque la Shoah

Prêtée et présentée par l’Office national des anciens combattants du Morbihan, dans la salle culturelle du Triskell à Ploeren, près de Vannes, cette exposition qui évoque la Shoah, le Vél’d’Hiv… a dû être retirée dimanche, lors du second tour de la Présidentielle.

« Au nom de la neutralité politique »

Une exigence émanant du secrétaire départemental FN du Morbihan, Bertrand Iragne, au nom de « la neutralité politique ». L’intéressé qui a menacé, en cas de refus, d’en appeler au préfet, justifie par le fait que « des médias ont véhiculé l’idée que nous étions d’anciens nationalistes, de nouveaux nazis… On a donc demandé de retirer les panneaux car les électeurs pouvaient se poser des questions avant d’aller aux bureaux de vote situés dans le même bâtiment. D’ailleurs, certains d’entre eux s’en sont émus et nous ont alertés. »

Expo retirée « pour ne pas créer d’incident »

Une attitude que n’a guère appréciée le maire de la commune, Gilbert Lorho qui souligne : « Objectivement, je ne voyais pas en quoi cette exposition pouvait influer sur le vote des Ploerinois. De plus, à la veille de la commémoration du 8 mai 1945, qui, au travers de la victoire des Alliés, consacre la victoire de la démocratie, des valeurs universelles de la liberté humaine. Pour ne pas créer d’incident inutile, j’ai retiré l’expo qui a été remise à la fermeture des bureaux de vote ».

Le FN met en avant la « loi »

Le FN met en avant la « loi », et selon Bertrand Iragne, « qu’il fasse une exposition sur le Vél d’Hiv et la Shoah, je trouve cela légitime. Je serai le premier à y aller si ce n’était dans un lieu de vote… »

« Honte à de telles pratiques ! »

Une position qui ne convainc pas le maire qui, d’ailleurs, devant la population présente lors de la proclamation des résultats, à évoquer l’incident : « Le sens de mon engagement, au service de la commune de Ploeren, se situe en dehors de tout parti politique. Raison supplémentaire pour m’indigner et m’insurger contre de telles pratiques qui reposent sur le déni de faits et vérités historiques, établies et reconnues, sur les mensonges les plus gros, les menaces, l’agressivité et la démolition. Honte à de telles pratiques ! »

09/05/2017

http://www.ouest-france.fr/

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08 mai 2017 ~ 0 Commentaire

cathos (libération)

athees

L’Eglise catholique infichue de prendre position contre l’extrême droite

La hiérarchie catholique a refusé de se joindre à une déclaration commune des principaux leaders religieux français – juif, musulman et protestant – appelant à voter Macron pour faire barrage à Marine Le Pen.

Une absence remarquée. Et… regrettée !

Les trois principaux leaders protestant, juif et musulman ont rendu publique, jeudi, une décla-ration commune appelant à voter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle pour faire triompher, écrivent-ils, «la France généreuse, tolérante, ouverte sur le monde». Mais sans les catholiques ! «Cette déclaration ne correspond pas à la position qui est la nôtre depuis le début de la campagne. On ne s’y reconnaissait pas», explique, à Libération, Vincent Neymon, le directeur de la communication de la Conférence des évêques de France (CEF).

«Nous avons toujours considéré qu’il n’était pas pertinent de créer un front des religions dans le domaine politique», poursuit-il. Sollicité, le président de la CEF, Mgr Georges Pontier, l’archevêque de Marseille, ne s’est donc pas joint à l’initiative. Plusieurs sources indiquent également que le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, avait, lui, donné dans un premier temps son accord, sans finalement donner suite.

«Citoyens responsables»

Lancée en début de semaine, l’initiative réunit le grand rabbin de France, Haïm Korsia, le président de la Fédération protestante de France (FPF), François Clavairoly et le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech. Après avoir rappelé que «leurs fonctions» les obligeaient à la «neutralité politique», les trois leaders précisent qu’ils agissent avant tout «en citoyens responsables».

«Il ne suffit plus aujourd’hui de « faire barrage au Front national », il est indispensable de rappeler, et d’une même voix, les fondements humanistes qui nous animent et pour lesquels nous œuvrons quotidiennement», estiment les responsables religieux. «Rien n’est acquis pour dimanche», s’inquiète Anouar Kbibech, interrogé par Libération. La même inquiétude est perceptible dans les milieux juifs. «Aucune voix ne doit manquer dimanche prochain pour faire triompher les valeurs de liberté et de tolérance», poursuit le président du CFCM.

Pour donner du poids à leur démarche, les leaders religieux souhaitaient une démarche unitaire. «On aurait aimé que l’ensemble des religions soient présentes, précise Anouar Kbibech. Nous respectons la position des catholiques mais nous ne la partageons pas.» Côté juif, le regret est similaire. «Il appartient aux religions de s’engager au nom des valeurs communes face à une situation historique», déclare le rabbin Moshe Lewin, conseiller du grand rabbin de France.

Depuis le lendendain du premier tour, la position de la CEF suscite des questions et d’intenses débats au sein même des milieux catholiques. Mgr Pontier a clairement redit, mercredi, que l’Eglise ne prendrait pas position. Une petite dizaine d’évêques ont cependant signifié leur opposition au Front National. A Lyon, le cardinal Barbarin a, lui, signé une décla-ration rassemblant les leaders chrétiens de la ville et condamnant un parti «au discours nationaliste dangereux dont la mise en œuvre serait désastreuse.»

Bernadette Sauvaget  4 mai 2017

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