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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

immigration (jdd)

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« La France insoumise veut rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration »

La France insoumise est accusée d’ »ambiguïtés » sur les questions migratoires par les autres mouvements de gauche. Son positionnement est-il si différent du Parti Socialiste, du Parti Communiste ou d’Europe-Ecologie Les Verts, etc.?

Il y a deux enjeux qui ne se confondent pas totalement. D’une part, les positions de LFI sur le fond du sujet ; d’autre part, l’opportunité, la stratégie, d’en faire ou pas un thème central de propagande politique, ce qu’on appelle la saillance de cet enjeu dans la vie politique. Sur ce second point, LFI refuse assez clairement de faire de l’immigration un thème central de son discours et de la campagne pour l’élection européenne. Alors que Génération.s ou Europe-Ecologie Les Verts, d’après les dernières universités d’été par exemple, assument d’en faire une sorte d’étendard.

Et sur le fond?

Sur l’idéologie, c’est là que ça se brouille. Certaines déclarations de dirigeants insoumis sur la concurrence entre travailleurs [français et immigrés, NDLR] ont mis le feu aux poudres. Mais on exagère souvent la distance existante entre les positions de LFI et le reste de la gauche. Il y a aussi beaucoup d’oppositions construites de toutes pièces. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de différences, mais le programme insoumis reste quand même dans le champ de la gauche. Selon L’Avenir en commun [le programme de la campagne présidentielle, NDLR], les Insoumis sont très clairs : ils considèrent qu’il faut garantir et améliorer le droit d’asile. Ils veulent rétablir la carte de séjour de 10 ans comme titre de séjour de référence pour les étrangers. Et ils disent vouloir la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

Pourquoi ces propositions ne sont-elles pas plus mises en avant par les représentants des Insoumis? 

Leur réponse consiste souvent à résumer la position insoumise à, d’une part, l’accueil digne des immigrés, et d’autre part, à la lutte contre les causes de ces migrations (guerres, misère, changement climatique). Il y a deux éléments de réponse. D’abord, comme ils ne veulent pas faire de l’immigration un élément central de leur discours, ils veulent montrer qu’on ne peut pas déconnecter ce sujet d’autres aspects de leur programme.

Par exemple, ils relient l’enjeu de l’immigration à leurs combats contre le libre-échange ou l’impérialisme militaire. Il y a donc une recherche de cohérence. L’autre raison, la plus impor-tante à mon avis, c’est qu’ils sont convaincus, à tort ou à raison, qu’une position trop favorable à l’immigration les renverrait aux yeux du grand public à ce que le Rassemblement National appelle les « immigrationnistes ». Ils ont peur de ça.

Alors pour désamorcer ce risque, ils essaient, d’un côté, de pencher vers leur gauche, vers les militants des droits humains en disant « Ne vous inquiétez pas, nous on tient bon sur ce qui nous unit à gauche » (tout ce que j’ai rappelé plus tôt). Et d’autre part, ils envoient le signal que l’avenir de la France n’est pas dans l’accueil de plusieurs milliers de personnes chaque année, et donc ils veulent aider les gens à rester dans leur pays. L’idée, c’est de rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration, sans vendre le programme xénophobe du FN. Et ils habillent ça sous quelque chose qui peut apparaître aussi de gauche, parce que l’idée est de permettre aux gens de vivre et travailler chez eux. Et donc il faut combattre les traités inégaux de libre-échange, et arrêter les guerres.

Est-ce qu’il y a une évolution du discours des mélenchonistes sur cette question?

Je suis certain que Mélenchon n’a jamais été pour la liberté d’installation. Il a toujours eu ce discours qui consiste à dire que les frontières, pour lui, signifient quelque chose. La position, sur le respect des droits humains tout en s’opposant à la liberté d’installation, n’a pas varié. Ce qui est nouveau, ce sont les déclarations sur la concurrence entre travailleurs [français et étrangers, NDLR] qui ont instauré de l’ambiguïté. A mon sens, c’est plus une évolution sur la façon d’exprimer le positionnement, de le communiquer au grand public.

A quelles déclarations pensez-vous?

Quand Jean-Luc Mélenchon a sa phrase au Parlement européen, ça a beaucoup choqué [en juillet 2016, celui qui était encore eurodéputé évoquait le "travailleur détaché, qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place", NDLR]. Là, il y avait une opposition entre étrangers et Français, ça déviait totalement de sa position jusque-là équilibrée, car il y avait une mise en cause des travailleurs, au lieu du système, la mise en concurrence des travailleurs.

En interne, ça a beaucoup tangué, ça avait un peu alerté. Et on voit qu’il y a des oscillations : on n’a plus du tout eu, depuis, ce genre de formulation. C’était une embardée qui aurait pu représenter un changement assez choquant pour les gens de gauche, mais ça n’a jamais été reproduit.

Fabien Escalona, docteur en sciences politiques spécialiste des gauches radicales, explique au JDD la position de La France Insoumise sur les questions migratoires. Il est également jour-naliste à Mediapart. La France insoumise, ambiguë sur les questions migratoires? La critique est régulière, venue notamment d’autres forces de gauche. Fabien Escalona, docteur en scien-ces politiques spécialiste des gauches radicales*, analyse dans une interview au JDD le dis-cours et la position de La France insoumise (LFI) sur ce sujet. Le chercheur juge exagérés les dissensus sur le fond entre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et les autres partis de cette famille politique. Mais il constate une évolution, sur la forme, de l’expression des mélenchonistes.

 4 décembre 2018

https://www.lejdd.fr/

 

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15 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

omar slaouti (regards)

 

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14 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

penser l’immigration (ballast)

migrants

Penser l’immigration

Olivier Besancenot et Danièle Obono

Qu’est-ce que vous attendez de cette rencontre ?Danièle Obono : Qu’on aille au-delà des caricatures. Qu’on pose les termes exacts du débat. Énormément de choses sont dites depuis la rentrée de septembre, mais elles ne relèvent pas d’une véritable discussion. On se fait traiter, à la France Insoumise, de « rouges-bruns » à demi-mot ; on nous prête des positions qui ne sont pas les nôtres ; on fait fi du travail qu’on fournit à l’Assemblée nationale et sur le terrain depuis plus d’un an. C’est insultant et extrême-ment violent. Il n’y a pas de « fracture » à gauche sur la question migratoire, il y a des diffé-rences, comme sur nombre d’autres sujets. Polémiquons au sens politique et positif du terme, c’est-à-dire sur des bases réelles.

Olivier Besancenot : Cette rencontre est une très bonne initiative. Auguste Blanqui disait que de la discussion peut toujours jaillir la lumière. J’attends de cet échange qu’il nous permette d’aborder les problématiques de fond qui peuvent faire désaccord entre nous. On ne peut plus se satisfaire de petites phrases savamment distillées. Assumons qu’il y a débat, et rendons-le lisible. On se respecte suffisamment pour tenter de le faire.

Un point de clarification, d’emblée, pour le lecteur. Vous parlez ici en votre nom propre ou au nom de vos organisations respectives ?

Danièle Obono : Je suis à la fois militante politique et députée de la France Insoumise. Je peux distinguer ce que je pense du mouvement, si distinction il y a, mais je parle publiquement comme responsable de la FI. J’ai d’ailleurs coordonné le livret L’Avenir en commun sur l’immigration.

Olivier Besancenot : Je ne suis pas mandaté en tant que tel pour cet entretien par le NPA, mais ce que je discute ici à titre individuel est en parfaite cohérence avec les positions défen-dues par notre parti. J’entends ce que tu dis, Danièle, mais j’ai peur de ne plus saisir les posi-tions de la FI. Je ne suis pas dans le « clash » mais on doit pouvoir se dire les choses sincère-ment. Notamment lorsque des sujets de dissension apparaissent. Et il y en a.

Quand je lis, par exemple, la députée allemande Sarah Wagenknecht, de l’organisation Aufstehen, prétendre pourfendre « la bonne conscience de gauche de l’accueil » ou Djordje Kuzmanovic, de la France Insoumise, qui suggère « d’assécher les flux migratoires », je me dis qu’une « fracture » politique voit le jour. Ferez-vous des alliances avec Aufstehen à échelle européenne ? La personne en question fera-t-elle partie de vos candidats aux élections européennes ?

Danièle Obono : Ça ne m’intéresse pas d’importer les débats allemands en France, comme ça a été fait sur ce sujet, de manière totalement biaisée et de mauvaise foi, sans même pren-dre la peine de traduire l’intégralité des positions réelles des uns et des autres. Leur situation n’est pas la même, leurs débats ne sont pas les nôtres, même si on partage bien sûr des valeurs communes.

Pas plus qu’on ne doit caricaturer les positions d’une personne, qui sont ce qu’elles sont, légitimes et discutables, mais qui ne sont pas pour autant celles du mouvement dans son ensemble. Djordje Kuzmanovic est un camarade : il n’est pas le « conseiller » de Jean-Luc Mélenchon sur les questions migratoires, comme ce dernier l’a publiquement fait savoir.

Je ne suis pas avec lui d’accord sur tout, mais il est très engagé dans le mouvement : il fait un gros travail, notamment sur les questions internationales ; je le respecte pour ça et partage avec lui l’essentiel, c’est-à-dire les idées et les propositions défendues dans notre programme « L’avenir en commun ». Je ne suis pas là pour parler de lui, pour lui, contre lui, à sa place, en sa défense, ou je ne sais quoi. Je suis là pour discuter de ce que je défends, moi, en tant que députée, de ce que notre groupe parlementaire, y compris Jean-Luc Mélenchon, qui en est le président, défend et par voie de conséquence de ce qui est la position de notre mouvement. Si on peut être clairs là-dessus dès le départ, ça permettrait de s’éviter de faux débats.

Olivier Besancenot : Jean Luc Mélenchon a déclaré qu’il n’était plus favorable à la liberté d’installation et de circulation…

Danièle Obono : Non : il a toujours été contre la liberté d’installation, en tout cas, depuis le Front de Gauche. Et il a toujours dit clairement que c’était sa position à lui. Nous fonctionnons au sein de la France Insoumise sur ce qui fait commun : comme cette question ne fait pas consensus, nous ne nous battons donc pas programmatiquement pour la liberté d’installation. Ce n’est donc pas nouveau ! Mais on est pour la liberté de circulation, on est favorables au fait de donner des papiers aux travailleurs vivant ici.

Olivier Besancenot : Mais comment peut-on être pour la liberté de circulation et contre celle de s’installer ? Si on admet le droit de pouvoir fuir son pays, et de traverser les frontières, alors il faut bien atterrir quelque part. Donc : en France, accueille-t-on ceux qui ont traversé la Méditerranée ? Quels sont alors les arguments qui s’opposent à la liberté d’installation ?

Danièle Obono : On a martelé, à commencer par Jean-Luc Mélenchon, qu’on doit accueillir les gens qui sont là. Qu’on ne doit jeter personne à la mer. Qu’on doit défendre le droit d’asile, on a même proposé de l’élargir. C’est écrit noir sur blanc. Mais la liberté d’installation, pour une partie de la FI, renvoie à l’imaginaire « no border », et la FI ne se positionne pas en faveur de l’abolition des frontières, ni de la suppression généralisée des visas.

Voilà pourquoi nous n’utilisons pas ce slogan. Mais, dans les faits, concrètement, nous donnons aux gens les moyens de vivre et de travailler. Personne ne semble avoir lu notre programme « L’avenir en commun » et le livret thématique n° 32, « Respecter les migrants, régler les causes des migrations », qui abordent tout ceci très concrètement ! Nous avons également élaboré une brochure de 40 pages, Pour une politique migratoire humaniste, solidaire, raisonnée et réaliste, qui présente nos propositions alternatives à l’infâme projet de loi macroniste sur l’asile et l’immigration, débattu et voté au printemps. À aucun moment nous n’accusons les migrants de faire baisser les salaires et les droits sociaux ; nous pointons seulement la responsabilité du patronat dans cette instrumentalisation. En quoi est-ce déshonorant ?

Olivier Besancenot : Dans un tweet, qui se faisait l’écho d’une déclaration de Jean-Luc Mélenchon, je m’étais autorisé à faire une simple piqûre de rappel marxiste : ce n’est pas l’immigration, même indirectement, qui fait pression sur les salaires, mais le Capital. L’équation que vous posez, et qui relie, même au titre de l’instrumentalisation, l’immigration à la baisse des salaires, est périlleuse. Je la rejette. Cette succession de déclarations m’inquiète : il existe des lignes rouges à ne pas dépasser.

Olivier, vous estimez qu’on ne peut pas mener ce débat « à bas bruit » car il va « reconfigurer l’avenir du mouvement ouvrier dans les prochaines années ». Pourquoi lui donner cette centralité ?

Olivier Besancenot : Nous nous orientons vers de profonds bouleversements politiques, en France comme ailleurs. Les espaces et les délimitations politiques risquent d’être durablement reconfigurés. La victoire de Bolsonaro, au Brésil, vient confirmer un tournant dans la période, marquée par une crise globale. Il y a le feu au lac.

Aux États-Unis, les élections se sont transformées en gigantesque référendum sur l’immigra-tion. L’air du temps est chargé de nuages noirs. Ce mouvement mondial prospère sur la crise sociale, écologique, économique et politique, qui s’enracine. Pour l’heure, il conduit principale-ment à l’émergence de courants populistes d’extrême droite, voire néofascistes. La question migratoire est au cœur de ce cyclone.

Quel degré d’importance lui accorder ? La traiter à la hauteur de son importance objective reviendrait-elle à faire de l’ombre à la question sociale ? Non, je continue de penser que les questions sociales et antiracistes sont complémentaires. On doit pouvoir parler fort, de manière décomplexée, sur ces deux enjeux. La stratégie gagnante des dominants est de trouver des boucs-émissaires sur le terrain de l’immigration : il nous faut penser contre notre temps. Et délimiter ensemble un espace politique clairement identifié auprès de l’opinion qui assume de dire que la liberté de circulation et d’installation sont des questions essentielles, pour aujourd’hui comme pour le projet de société qu’on imagine pour demain.

Danièle Obono : Qu’y a-t-il de nouveau dans les flux migratoires ? Une catastrophe climatique majeure va, dans l’avenir, peut-être imposer cette centralité. Mais, à la France Insoumise, nous refusons de placer la question migratoire au centre, c’est-à-dire d’épouser l’agenda des classes dominantes. On n’accepte pas les termes du débat, puisqu’ils sont biaisés. L’accueil des réfugiés politiques, économiques et climatiques, c’est une évidence, mais le traiter unique-ment par le biais de slogans comme « liberté d’installation » me paraît hors-sol.

Objectivement, la question migratoire ne fracture pas la société en deux. Elle n’oppose pas les migrants aux « vrais » Français. Pas plus qu’elle ne fracture la gauche ou le camp progressiste de manière fondamentale. L’immigration n’est pas un problème mais un des éléments politiques de notre époque : elle n’est pas centrale, fondamentale, structurelle, la centralité, c’est le partage des richesses et la crise écologique. C’est une analyse internationaliste que nous produisons. Qui, j’insiste, n’a à mes yeux rien de nouveau ni d’illégitime. C’est une probléma-tique et une ligne d’analyse qui fait par exemple partie, depuis toujours, des débats au sein du mouvement altermondialiste.

Olivier Besancenot : Affronter la réalité du monde, c’est affronter la réalité du monde capita-liste tel qu’il est, et tel qu’il développe sa propre crise. Les conflits militaires et les interventions impérialistes suscitent, par exemple, une partie des mouvements migratoires. Les libertés de circulation et d’installation ne sont pas des conceptions « hors-sol » : elles relèvent de droits vitaux liés à une urgence concrète.

Les peuples doivent être libres de vivre là où ils l’entendent, de rester ou de partir. Notre responsabilité, ici, consiste à lutter contre les politiques impérialistes menées par nos propres États et nos gouvernements guerriers. Bon nombre de migrants ne fuient pas pour le plaisir, c’est une évidence. Mais quand bien même aurions-nous réglé ces conflits, rien ne nous autorise à penser pouvoir figer les mouvements migratoires. Le principe essentiel qui subsiste reste, dès lors, le droit inaliénable, pour qui l’entend, de se déplacer, sans quoi, on s’arroge le droit de dire : « Toi, tu peux bouger, toi non. » Ce qui revient précisément à endosser la grille d’analyse de la classe dominante.

Le livret L’Avenir en commun consacré à l’immigration, et donc encadré par Danièle, pose trois points-clés. 1 : Arrêter les guerres ; 2 : Arrêter les accords commerciaux qui détruisent les économies locales ; 3 : Affronter le changement climatique. Olivier, avez-vous un désaccord sur ce triptyque ?

Olivier Besancenot : Bien sûr que non. Le débat est ailleurs. Le mouvement altermondialiste, qui a été évoqué tout à l’heure, n’a, par exemple, jamais revendiqué le fait de « lutter contre les causes » de l’immigration. Dans la confusion actuelle, celle de la percée de l’extrême droite et du racisme qui se distille partout, et tu l’as vécu dans ta chair, Danièle, on doit gagner en clarté politique. Quitte à être minoritaires, dans un premier temps. Je crois que ce mot d’ordre alimente la confusion politique.

Danièle Obono : La question que je pose, c’est celle de nos responsabilités, comme pays impérialiste dominant, pour agir dessus. En tant que puissance néolibérale, nous dévastons les économies et les agricultures des pays d’où viennent, en partie, les migrants. Nos grandes entreprises capitalistes déstabilisent les marchés africains.

Olivier Besancenot : Très bien, luttons sur ce terrain. Donc le budget de l’armée française. Mais c’est contradictoire avec la présence régulière d’une délégation de la France Insoumise au salon de l’armement du Bourget. Sans parler de votre critique de la baisse des budgets militaires ! On parle quand même de 300 milliards d’euros consacrés à loi de programmation militaire d’ici 2025. Un tiers du chiffre d’affaires de l’armement français passe par l’exportation des armes, nous plaçant au rang de troisième exportateur mondial.

Danièle Obono : C’est un autre débat.

Olivier Besancenot : C’est lié.

Danièle Obono : On peut, d’une part, critiquer les interventions impérialistes, y compris les ventes d’armes de la France, ce qu’on fait, et, d’autre part, sachant qu’on aspire à gouverner, assumer de nous intéresser à l’armée, aux objectifs et aux moyens qu’on lui donne. Car lors-que nous serons en responsabilités, nous devrons déterminer quoi faire ou ne pas faire. Les peuples doivent pouvoir disposer d’eux-mêmes, oui, mais cela signifie également, dans les conditions qui sont aujourd’hui les nôtres, d’avoir des frontières, des États, un territoire recon-nu et respecté, une protection. Autrement, c’est un slogan creux. Pourquoi les gens fuient-ils dans le pays voisin, pour passer dix ans dans des camps de réfugiés ? Car le leur, de pays, n’est pas stabilisé. Et les militants africains sont les premiers à le dire.

Olivier Besancenot : Le monde est tel qu’il est : 17 000 personnes ont crevé dans la Méditer-ranée depuis 2014 pour tenter de trouver refuge sur le sol européen. C’est donc un problème politique majeur. Je suis contre hiérarchiser les sujets de batailles politiques. La question nous est posée, donc nous devons y répondre sans bégayer, et sans feintes. Je n’ai jamais parlé d’effacer les réalités des territoires et des espaces portés par l’Histoire, dans toute leur complexité. Mais je ne crois pas aux identités assignées. Oui, ou non, ces 17 000 personnes avaient-elles le droit de trouver un lieu d’accueil ?

Danièle Obono : Là, on est d’accord, bien sûr ! On n’a jamais dit le contraire : c’est précisément ce qu’on défend depuis la campagne !

Olivier Besancenot : Mais que dit Jean-Luc Mélenchon ? Il faut accueillir, oui, mais se donner les moyens d’empêcher les gens de partir. Je ne suis pas d’accord. Qui l’autorise à penser ainsi le monde ? Imagine-t-il, lui, à contrario, qu’on puisse lui expliquer dans quel coin du monde il a le droit ou non de se rendre ? Le Nord qui contrôle les mouvements du Sud, c’est l’antienne de la pensée coloniale.

Qu’a dit Frantz Fanon à ce sujet ? L’Occident est une pure fabrication du tiers monde. Des décennies de pillage, d’esclavage et de colonialisme. Les richesses dont nous jouissons, si peu, ici, ont été extirpées là-bas. Nous, « Occidentaux », nous devrions nous protéger ? De qui, de quoi ? Tout en conservant, pour nous, le droit de circuler aux quatre coins du monde ; tout en restant persuadés que nos « ressortissants », eux, gardent la possibilité de s’installer partout. C’est toujours à sens unique. Je ne fais pas l’éloge de l’errance ou du nomadisme, pas plus que je ne fais celle de la sédentarisation.

Olivier, votre position implique-t-elle de remettre en cause les États-nations et les frontières que nous connaissons aujourd’hui ?

Olivier Besancenot : Frontière ou pas, les migrations ont lieu, à part peut-être en RDA, autrefois, mais ce n’est pas un modèle de société. Le démographe François Héran répond, lorsqu’on lui demande s’il est pour ou contre les migrations, que ça n’a pas plus de sens que d’être pour ou contre le vieillissement. D’un point de vue politique, des gens crèvent aujour-d’hui, donc, oui, je suis pour l’ouverture des frontières. Voilà comment la question se pose.

Plus généralement, l’État est quant à lui une structure de domination que je suis pour dépas-ser, en lui substituant un nouveau type de démocratie : l’expérience kurde doit nous interpeller. Durant des décennies, l’autodétermination du peuple kurde se traduisait essentiellement autour du mot d’ordre : un État avec des frontières. Depuis quelques années, le courant politi-que qui se construit autour du PKK formule ses revendications différemment : une solution fédérale pour l’ensemble des peuples de la région.

Danièle Obono : La majorité des peuples demande des États qui ne soient pas explosés. Les peuples aspirent à un territoire protégé.

Olivier Besancenot : Parce que l’État-nation constituerait une zone de protection ? En quoi est-il garant de stabilité ? J’opte volontiers pour la souveraineté populaire. Mais, personne ne peut pré-établir les espaces de cette souveraineté, encore moins vu d’en haut, et du Nord. L’échelle de cet espace peut être nationale, mais aussi régionale, locale, continentale ou internationale.

Frédéric Lordon a raison, sur ce point, de pointer un angle mort de notre pensée politique : nous sommes dans une séquence de régression politique collective liée aux expériences politi-ques du 20è siècle ; avant, le sujet de l’émancipation politique, la classe ouvrière, le prolétariat, se vivait plus volontiers par-delà les frontières du fait de son sentiment assumé d’appartenance de classe. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Nous sommes en effet en quête d’espaces de souveraineté « stables ». Car la politique a horreur du vide. Mais pour les confiner aux frontières ? Il n’y a pas plus instable, historiquement, que l’État-nation ! Rien n’est plus chao-tique que sa construction même. Les États-nations, dans le jeu d’opposition qu’ils suscitent, sont à l’origine des plus grands conflits planétaires et des guerres les plus sanguinaires.

Danièle Obono : Vouloir penser les causes des départs forcés, ce n’est pas assigner les peuples à résidence nationale mais leur permettre d’avoir un choix, un choix véritable, qui ne soit pas entre crever et crever un peu moins. Nous appelons à un Office mondial des migra-tions au niveau de l’ONU, où 197 États sont reconnus : nous n’avons pas à décider entre Euro-péens. D’autant que les flux migratoires ne concernent pas majoritairement les pays occiden-taux, mais bien ceux du Sud. Ce que défend la France Insoumise ne caresse pas l’air du temps dans le sens du poil. Au contraire. Nous sortons de nous-mêmes et pensons la migration à échelle planétaire.

« Je suis internationaliste. Pas mondialiste. Je crois au bon usage des frontières », écrivait cette année Jean-Luc Mélenchon. Que signifie pour vous cette opposition entre « internationalisme » et « mondialisme » ?

Olivier Besancenot : Je ne suis pas mondialiste, mais c’est là le vocable de l’extrême droite, en général… Je suis un internationaliste conséquent. C’est devenu une vanne, dans la gauche radicale, d’affirmer qu’on est favorable au brassage, au mélange. Je ne suis pas béni-oui-oui, je ne suis pas sponsorisé par Erasmus, je rappelle seulement nos fondamentaux politiques. Je crois à la reconnaissance des spécificités, mais dans leur relation à l’universel. Avec ce point d’équilibre, toujours. Je préfère les identités-rhizomes, dont parlait Glissant, aux identités closes. Je veux croire que nous naissons de plusieurs racines.

Danièle, je te propose que nous menions une campagne commune sur le thème « L’immigra-tion n’est pas un problème », tel que tu l’as énoncé tout à l’heure. Que toutes les forces le disent ensemble et donnent un maximum de visibilité à cette ligne face au public. Ne laissons pas planer de mauvais doutes. Car n’importe quelle personne assise dans son canapé, qui entend dire à la télévision, dans nos bouches, qu’il faut d’abord traiter « les causes » de l’immigration se dit machinalement que l’immigration est donc bel et bien un problème.

Danièle Obono : De quoi parle-t-on ici ? Pas de celles et ceux qui font le choix, par désir de voir du pays ou par choix de vie, d’aller vivre ailleurs, ayant à leur disposition les moyens pour faire et obtenir des visas, des titres de séjour… Tant mieux pour elles et eux ! Aujourd’hui, quand on aborde le sujet des migrations, extrême droite mise à part, qui est contre toutes les migrations, y compris légales, on parle bien des migrations « forcées », que ce soit par contrainte politique, économique, écologique…

On parle de gens qui n’ont en vérité pas le choix de rester ou de partir, et pour qui l’émigration est, dès le départ, un déchirement, une souffrance. Sans parler de toutes celles qu’elles et ils vont connaitre ensuite sur les chemins de l’exil… C’est à ces causes-là, les causes du malheur et du désespoir, que nous disons qu’il faut s’attaquer. En France, les migrants ne sont pas un problème, ils ne créent pas des inégalités, ils ne volent le pain de la bouche de personne, mais on ne peut pas occulter l’autre versant.

Dire uniquement que « l’immigration n’est pas un problème », c’est effacer la violence des départs. Le « Manifeste » [de Mediapart, Regards et Politis] se contente de dire que c’est comme ça, qu’on ne peut rien y faire. Je ne vois pas en quoi c’est contradictoire. Faisons donc une campagne qui aille au-delà : n’acceptons pas cet état de fait, n’acceptons pas que des gens risquent leur vie, ou la perdent, pour finir dans ces conditions porte de la Chapelle [à Paris].

Une enquête de l’Ifop, parue fin 2017, avance que 64 % des Français trouvent que le rythme de l’immigration est « trop élevé » et qu’une majorité se montre favorable à la fin du regroupement familial et à l’abolition de l’espace Schengen. La même année, Le Monde publiait une autre étude : « 77 % des ouvriers jugent qu’il y a trop d’étrangers en France. » Comment, en tant que révolutionnaires, donc en tant que porteurs de l’émancipation populaire, appréhender ce sentiment visiblement dominant au sein du peuple ?

Olivier Besancenot : Les idées ne sont jamais figées : c’est une bataille. À cet égard, la pensée d’Antonio Gramsci est souvent dénaturée : l’idée de l’hégémonie ne signifiait pas, pour lui, s’adapter au cours des choses, à ce qui est en vogue dans l’opinion. Il s’agissait de créer des espaces politiques, sociaux et culturels, clairement balisés, de les faire vivre, de les fortifier dans l’optique de rendre un certain nombre d’idées majoritaires dans la société. Afin de démontrer, ici et maintenant, au sein de cette société que nos positions sont viables. Il ne renonçait pas à la confrontation avec la pensée dominante pour autant.

Il n’est donc pas question de moduler son discours politique au sens commun du moment ?

Olivier Besancenot : Toutes les luttes d’émancipation ont été minoritaires dans un premier temps ! Le combat pour le droit des femmes, qui sont pourtant plus nombreuses que les hommes, a, lui-même, été minoritaire durant des décennies et des décennies. Je ne défends pas une politique qui nous minorise ; j’assume seulement la nécessité de résister à l’air du temps.

Quitte à perdre les élections ?

Olivier Besancenot : Quitte à perdre des voix, s’il le faut. Je l’ai entendu 10 000 fois : des gens me tapent sur l’épaule pour m’encourager et me féliciter pour ce que je dis sur les riches et les profits, tout en ajoutant qu’ils ne me suivent pas sur l’immigration. Mais il est important qu’ils continuent de savoir qu’avec nous, c’est un paquet cadeau. Il s’agit de créer un certain nombre de digues dans la société, de positions inébranlables.

Danièle, un « cadre » de la FI avait dit au Figaro que si votre mouvement assume pour mot d’ordre celui de l’ouverture des frontières, vous seriez « morts politiquement ». Il y a donc bien une réflexion stratégique.

Danièle Obono : Je ne sais pas de quel « cadre » il s’agit, qui aurait dit quoi exactement et je ne suis pas d’accord pour discuter sur la base des « on dit » médiatiques. Et, je le redis, la position d’une personne ne résume pas celle du mouvement. Notre position est celle de l’accueil et du sauvetage des migrants, mais, oui, pas celle de « l’ouverture des frontières ». Parce que ça ne veut rien dire, ou tout et n’importe quoi en même temps ! Et que nous croyons au bon usage des frontières.

On veut être majoritaires, oui, mais en convaincant les gens sur nos idées. Et pour ça, on cherche des moyens, des slogans, des revendications qui soient audibles, compréhensibles, qui permettent d’accrocher et de convaincre le plus grand nombre. Pourquoi est-ce que nous défendons la régularisation des travailleurs sans-papiers, en insistant sur la dimension de « travailleurs » ? Car ça dédramatise et ça parle aux gens qui peuvent comprendre et s’iden-tifier plus facilement aux sans-papiers qui bossent, comme n’importe qui, et qui devraient donc avoir des droits et des protections.

Les gens, au quotidien, comprennent et sont d’accord avec l’idée qu’on ne peut pas séparer les familles. Donc quand on demande la régularisation des parents d’enfants qui sont scolarisés, là aussi, ça leur parle. On a sans doute un désaccord tactique avec le NPA : avoir des mots d’ordre concrets aide à gagner des batailles. On doit créer des brèches. On ne dit pas qu’on va régulariser « tout le monde » comme ça, on ne défend pas l’« ouverture des frontières » parce que oui, ça braque, c’est contre-productif, ça renvoie encore une fois aux idéologies « no border »….

Bernie Sanders affirme que l’ouverture des frontières est une « proposition de droite ». Que la suppression des frontières nationales favorise la venue d’une main d’œuvre à bas coût et qu’elle fragilise, dès lors, les chômeurs afro-américains, blancs et hispaniques. Que répondre à ça ?

Olivier Besancenot : Que je ne suis pas d’accord. Cela ne correspond pas, en outre, à la réalité des mouvements migratoires. Il n’y a pas de règle mathématique ni de corrélation mécanique entre immigration et mise en péril des droits sociaux pour les résidents. Lorsqu’en France, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, durant les Trente Glorieuses, les classes dominantes ont été chercher, de force, des travailleurs étrangers pour effectuer des travaux que pas grand monde ne souhaitait faire, il n’y a pas eu pour autant de « pression salariale » particulière pour les autres travailleurs. C’est un argument dangereux et fallacieux, mais il est vrai qu’il n’est pas nouveau dans le mouvement ouvrier…

Paul Lafargue, du Parti Ouvrier, par exemple.

Olivier Besancenot : Oui ! Et c’est inassumable aujourd’hui. Certains opposent également à ma position des citations de Jaurès. Mais Jaurès n’a pas dit que ça, et a évolué sur la ques-tion ; à la fin de sa vie, il découvrait, par son humanisme, la réalité coloniale. On ne peut pas enjamber le siècle d’expériences politiques qui nous sépare de cette période. On ne peut pas faire fi de la Révolution russe, oublier le congrès de Bakou de 1920? qui a donné, pour la première fois, la parole aux peuples colonisés et rayer d’un trait de plume les luttes de libération nationale qui ont suivi.

Tout un tas de figures historiques du mouvement ouvrier, auxquelles nous nous référons pourtant, ont tenu des propos sur la question coloniale qu’on ne peut plus reprendre à notre compte, à commencer par Marx et Engels. Dans un autre registre, des pans entiers du syndi-calisme, y compris anarchistes ou syndicalistes révolutionnaires, affirmaient à la fin du 19è siècle que l’arrivée des femmes sur le marché du travail allait faire pression sur les salaires des hommes et mettre les travailleurs en concurrence entre eux. Qui, aujourd’hui, aurait à l’idée de proposer « d’assécher » le travail des femmes ?

Danièle Obono : Mais c’est un argument que le patronat utilise. « Si tu n’es pas content, on te remplacera. » C’est certainement un autre de nos désaccords. La classe dominante instrumen-talise les migrations, comme elle le fait aujourd’hui avec le chômage ou l’emploi des femmes. Les femmes ont davantage de temps partiels et de temps précaires. Systémiquement, le différentiel est de – 20 à – 25 %.

Le système capitaliste et patriarcal développe objectivement une stratégie d’opposition, il joue sur les uns et les autres, il surexploite, discrimine et met en concurrence sur le « marché du travail » les uns, les unes et les autres : actifs contre chômeuses et chômeurs, femmes contre hommes, blancs contre racisés, nationaux contre immigrés…. Pointer du doigt la responsabilité des capitalistes est légitime, et ça n’ouvre aucune boîte de Pandore nationaliste.

Olivier Besancenot : Eh bien nivelons par le haut ! Je n’entends pas le patronat avancer aujourd’hui l’argument que tu énonces. Le patronat pense d’abord en termes de gains de productivité, et y répond, le cas échéant, en délocalisant à l’étranger. Le patronat met désor-mais les travailleurs en concurrence à l’échelle de la planète ; il n’a pas eu besoin de l’immi-gration pour amputer le monde du travail, ces dernières années, de 10 % du PIB chaque année, au profit du Capital.

Danièle Obono : Dans le secteur du bâtiment, ils ne délocalisent pas : ils emploient des travailleurs arrivés récemment, parfois sans papiers.

Olivier Besancenot : Oui, des « délocalisations » sur place, en quelque sorte. Réglons le problème en posant ensemble la question du partage des richesses. Et on y arrivera. Mais quand tu additionnes « lutter contre les causes de l’immigration », « créer les conditions pour que les gens ne partent pas », et poser une équation, même instrumentalisée, entre migrants et baisse des salaires, avoue que ça donne à réfléchir !

Tout ceci amplifie ce que j’appelle « l’effet tunnel » du grand public vis-à-vis de l’immigration. Lorsqu’un individu se retrouve en situation de tension parce qu’il se sent agressé par un autre individu, il est prouvé que son champ de vision réduit de moitié ou des deux tiers. Il se focalise sur ce qu’il pense être un danger : la société est frappée par cet « effet tunnel », et une partie de la gauche radicale n’est pas loin d’y succomber à son tour. Incarnons tous ensemble le camp de ceux qui n’ont pas peur. Et cessons de mettre des notes de bas de page dans nos déclarations pour être compris.

En 2016, le cinéaste Ken Loach, soutien historique du NPA, déclarait que la gauche n’entend pas qu’il est « très troublant et déstabilisant » pour les gens de voir leur environnement « changer de façon drastique en l’espace même de dix ans ». Est-ce là une pente glissante ?

Olivier Besancenot : Parlons des questions identitaires s’il le faut. Discutons-les au sein de la gauche radicale. Moi-même je suis un Parisien, un con de Parisien !  Avec les contradictions footballistiques qui vont avec. Je peux être vraiment très parisien devant un match. Imaginons des espaces démocratiques à même de définir ou redéfinir des identités singulières et communes, ça ne me choque absolument pas : il n’y a pas de tabous.

La démocratie qui implique la majorité au titre d’acteurs politiques et non de sujets est le seul cadre qui puisse permettre de dénouer les crispations. Le populisme de gauche, tel qu’il est défini par Mouffe et d’autres, postule d’entrée que les questions de société, migration incluse, divisent le peuple à unifier autour de quelques questions sociales dédiées. Il y a eu des débats récurrents à ce sujet au sein de Podemos.

Il ne faut pas perdre de vue que les sujets majeurs de préoccupation, au sein de la population, c’est le prix de l’essence, le logement, le salaire. On doit donc construire des blocs sociaux et politiques, où les questions sociales et de société s’articulent dans leur complémentarité. Bien sûr que s’appuyer sur des revendications partielles peut faire avancer la cause. Quand la CGT et SUD appuyaient les mouvements de grève des travailleurs sans-papiers, nous les avons soutenus sans failles, mais nous poussions aussi, quitte à se dire quelques vérités, à ce que la convergence se noue avec les collectifs de sans-papiers qui n’avaient pas nécessairement d’emplois.

Danièle Obono : La question migratoire est sociale. Quel est le prêt-à-penser sur le sujet ? Qu’on n’a pas assez pour nous-mêmes, donc qu’on ne peut plus accueillir personne. C’est faux. On est la 6e puissance mondiale : on peut donner des droits. Jean-Luc [Mélenchon] ne le dirait pas avec ce mot, mais on assume d’être une société multiculturelle. On peut être afro-français — mieux, on est. Le débat culturel et identitaire est normal dans un monde qui se déconstruit. Reste à savoir ce qu’on reconstruit ensemble. Qu’est-ce qui fait commun ? Comment fait-on société ? La Constituante, proposée par la FI, est une réponse à ça.

Olivier Besancenot : Dans mon bureau de poste, il y a trois guichets. On est en sous-effectifs, donc on a généralement un guichet qui n’est pas ouvert. Avec la file d’attente que ça induit. Au bout d’un moment, un type finit forcément par péter un plomb et s’adresse générale-ment vertement au guichetier en lui demandant d’accélérer. Heureusement, tu as aussi celui ou celle qui a tout compris et dit : « Je ne comprends pas, il y a trois guichets, pourquoi il manque un guichetier ? »

Remettre au centre la question du partage des richesses revient à ça. En France, on a la possibilité d’avoir trois guichets et trois guichetiers. C’est pareil sur la question de l’immigration. Que disent le plus souvent ces 64 % de Français mécontents, en tout cas tous ceux que je croise ? Ils parlent du logement, bien avant l’emploi. Des toits qui manquent, des listes d’atten-te pour les logements sociaux, qu’ils mettent en opposition avec l’accueil des migrants.

Eh bien, rappelons les fondamentaux : on a 1,8 millions de personnes en attente d’un logement social et 2,6 millions de logements laissés vacants. Donc, Danièle, disons ensemble « L’immi-gration n’est pas un problème » et rajoutons ce que tu veux derrière, si ça permet qu’on avan-ce de manière unitaire. Il faut seulement que le plus grand nombre comprenne qu’il existe un camp décomplexé qui n’a pas envie de s’excuser pour dire qu’il est clairement antiraciste. Donnons-nous les moyens de créer un bloc pour leur dire : « Vous nous faites chier, à la télé, de nous poser toujours les mêmes questions en boucle. »

Danièle Obono : La question migratoire est un élément de la guerre sociale et économique. Ne la dissocions pas du reste. Parlons de « droits égaux » et tirons ce fil.

Pourquoi cette rencontre ? Parce que trois tweets. Le premier, signé Jean-Luc Mélenchon : « Nous disons : honte à ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux1 ! » Le second, quatre jours plus tard, en réponse au précédent et signé Olivier Besancenot : « Ce ne sont pas les immigrés qui font pression sur les salaires, mais le taux de profit que les capitalistes extirpent du travail des salariés, français ou immigrés, en France comme dans le monde entier. » Le troisième, enfin, signé Danièle Obono et invitant vivement Besancenot à relire le livre I du Capital de Marx et à s’unir contre Macron. Puisqu’il n’est d’échange que de vive voix et de débat qu’au prix du refus du « pour ou contre », nous avons convié l’ancien candidat NPA à la présidentielle, postier et auteur de 10 ouvrages, ainsi que la députée France Insoumise, ancienne bibliothécaire et préfacière d’un recueil de Trotsky, à s’entretenir — loin des réductions médiatiques — sur la question migratoire. Comment penser l’immigration à l’heure de la poussée nationaliste aux quatre coins du globe ?

Ballast 14 Novembre 2018

https://www.revue-ballast.fr/

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11 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

primelin (npa)

primelin

Rassemblement pacifiste, antimilitariste et internationaliste à Primelin.
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Le soleil brillait ce Dimanche 11 Novembre sur la petite commune de Primelin en Finistère, prés de Plogoff, haut lieu du refus nucléaire. Il brillait aussi sur le regroupement pacifiste, antimilitariste  et internationaliste contre la guerre, les guerres et le militarisme.
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Devant un monument en hommage à tous les morts de toutes les guerres et non à une quelconque victoire, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées avec la libre pensée 29, le Mouvement de la Paix, l »Université Européenne pour la Paix, la LDH, les anciens combattants d’Algérie contre la guerre, la CNT mais aussi le POID , le NPA et d’autres..
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Si plusieurs interventions ont dénoncé la boucherie impérialiste de 14/18 et exigé la réha-bilitation « des fusillés pour l’exemple », il fut aussi évoqué la militarisation actuelle et le marché des armes dont la France est un des leader comme  les retrouvailles à Paris de tous les grands guerriers de ce,monde, Trump en tête.
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Ce fut aussi l’occasion de refuser les tentatives d’embrigadement de la jeunesse par l’armée qui, avec l’assentiment de l’éducation nationale est entrée dans les établissements scolaires de Quimper pour organiser un défilé commémoratif.
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Enfin ce rassemblement fut ponctué par la chanson de Craonne puis celle de la Butte Rouge avant que nous entonnions le 5ème couplet antimilitariste de l’Internationale, trop souvent occulté. »
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Correspondant NPA

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10 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

impérialisme (alternative libertaire)

anti-imper

Trump, Poutine, Macron…

Contre tous les impérialismes

Même si d’autres puissances montent, les États-Unis restent, de loin, le seul impérialisme d’envergure planétaire. Il faut dénoncer ses agissements criminels… sans taire ceux de ses concurrents. L’impérialisme, c’est la combinaison de plusieurs dominations : militaire, donc diplomatique ; économique, donc culturelle.

Autrefois, cette domination s’est traduite par la colonisation.

Aujourd’hui, elle permet aux États les plus forts d’imposer aux autres des traités de commerce inéquitables, l’exploitation de leurs ressources (minières, pétrolières, forestières…) à prix cassés, ou bien encore des traités d’alliance légalisant l’ingérence du pays dominant.

Ainsi, dans de nombreux pays du monde, lorsque les peuples se révoltent, en plus d’affronter leur État et leurs capitalistes, ils doivent compter avec l’immixtion d’une ou plusieurs puissances impérialistes cherchant à tirer profit des événements.

Hégémonie des États-Unis

Malgré la montée en puissance chinoise et russe, la supériorité militaire des États-Unis reste écrasante. En 2017, selon l’institut suédois SIPRI, ils réalisaient à eux seuls un tiers des dépenses militaires mondiales, davantage que le cumul des sept autres pays les plus dépensiers (Chine, Arabie saoudite, Russie, Inde, France, Royaume-Uni, Japon).

L’armée US est constamment déployée de par le monde, avec environ 800 bases et points d’appui à l’étranger.

Cette superpuissance permet aux États-Unis d’essayer d’imposer leur volonté par la force chaque fois qu’ils le jugent utile. En vingt ans, ils ont ainsi mené la guerre en Afghanistan (depuis 2001), l’occupation de l’Irak (2003-2011), des bombardements en Libye (2011), une intervention en Syrie (depuis 2014), auxquels il faut ajouter, depuis 2004, des milliers de frappes de drones meurtrières au Pakistan, en Somalie et au Yémen.

Concurrence d’autres puissances

Loin derrière, il existe des impé­rialismes secondaires et concurrents des États-Unis. Certains, comme la France et le Royaume-Uni, sont ses alliés ; d’autres, comme la Russie et la Chine, sont ses rivaux.

Cela ne signifie pas qu’ils sont plus vertueux.

Eux aussi instrumentalisent des pays plus faibles. L’armée française intervient ainsi réguliè-rement en Afrique, « invitée » par des régimes croulants pour faire le gendarme et protéger, au passage, les intérêts du capitalisme français. La Chine, de plus en en plus influente en Afrique, veut sécuriser ses voies commerciales et ses intérêts, et développe actuellement son armée pour lui conférer, comme les autres, une capacité d’intervention extérieure.

De son côté, la Russie, après avoir mené une guerre coloniale atroce en Tchétchénie (1994- 2004), a écrasé la Géorgie (2008), occupe une partie de l’Ukraine (depuis 2014) et a été « invitée » à sauver du naufrage le régime criminel de Bachar el Assad en Syrie (depuis 2015). Et chacun: Moscou, Washington, Paris, Londres, Pékin, se rend complice du colonialisme israélien.

Les révolutionnaires aux côtés des peuples

Entre ces impérialistes, en concurrence pour le contrôle des ressources planétaires, la course aux armements bat actuellement son plein. Les peuples du monde n’ont rien à gagner dans cette compétition morbide, qui ne relève pas que du spectacle. Elle est porteuse d’un risque permanent de dérapage guerrier, et il faut la dénoncer sans faiblir.

Dans les pays colonisés, dominés, notre solidarité va aux forces politiques qui se battent une émancipation à la fois nationale et sociale

  • Contre leur État, leur dictateur, leur colonisateur ;
  • Malgré les impérialistes qui veulent soit les écraser, soit les manipuler.

Avec les indépendantistes d’Algérie hier, de Kanaky aujourd’hui ; avec les guérillas antifas-cistes sud-américaines dans les années 1970 ; avec les syndicalistes persécuté.es dans les pays de l’Est dans les années 1980 ; avec la gauche palestinienne et la gauche kurde aujourd’hui au Moyen-Orient.

10 novembre 2018

http://alternativelibertaire.org/

Lire aussi :

« Face à la concurrence, où en est l’impérialisme américain ? » (Alternative Libertaire)

 

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07 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

pétain (basta rp lo)

tardi drapeau

Ode à l’extrême-droite

Pétain, collabo et bourreau de 1917 : « un grand soldat » selon Macron

« Un grand soldat » que Pétain : bourreau des soldats mutinés de 1917, chef du régime de Vichy, collaborateur du régime nazi et de l’extermination des juifs. De quoi ravir les rangs de l’extrême-droite. 

A peine une semaine après les dénégations de Florence Parly, ministre des Armées, face à Jean-Jacques Bourdin, sur le plateau de RMC, Emmanuel Macron confirme la volonté du gou-vernement de rendre hommage, lors de la cérémonie du 11 novembre, au Maréchal Pétain.

Derrière le couac et le rétropédalage, il y a la concession du président au programme de l’Etat major des Armées, en charge de l’organisation de la cérémonie de commémoration du cente-naire de la fin de la guerre 14-18, prévoyant de rendre hommage, aux Invalides, aux huit maréchaux de la Grande Guerre, dont Pétain.

Cet hommage rendu à la mémoire du chef du régime fasciste de Vichy, qui collabora au régime nazi et à l’extermination de 10 millions de personnes (tzigane, homosexuels, communistes, opposants politiques…) en Europe, dont 6 millions de juifs, marque un recul incroyable dans la reconnaissance des responsabilités de l’Etat français lors des génocides de la Seconde Guerre mondiale. Du jamais vu depuis 1995 et la cérémonie du 54ème anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv, où Jacques Chirac avait reconnu la participation de la France aux crimes nazis.

Mais le « grand soldat de la Première Guerre mondiale », en 1940, n’en était pas à ses premiers faits d’armes. Contrairement à ce que voudrait faire entendre Emmanuel Macron, le maréchal Pétain s’est, dès la première guerre mondiale, forgé cette expérience de bourreau dont on connait les suites. En 1941, c’est ce même Pétain qui, lors de son « discours du mauvais vent » contre la Résistance, rappelle ses exactions commises : « En 1917, j’ai mis fin aux mutineries » avait-il alors lancé.

En effet, en avril 1917, avec l’échec de l’offensive du général Nivelle sur le Chemin des Dames, la boucherie de 200 000 soldats français tués, la colère gronde dans les tranchées. Au prin-temps et à l’été 1917, se multiplient les actes de mutineries de soldats qui, selon l’historien André Loez, expriment « un refus de la guerre massif et multiforme ».

Le maréchal Pétain, succède à Nivelle. Il a la charge de mettre fin à l’opposition à la guerre et de fraternisation avec « l’ennemi » qu’expriment alors les soldats français. Pétain les réprimera dans le sang : la plupart des soldats mutinés sont fusillés sans plus de procès ; 600 sont condamnés à mort par des conseils de guerre à la justice expéditive. Autant de soldats refusant la guerre assassinés sous les ordres de Pétain.

Macron, en honorant Pétain, honore le bourreau de 1917 et le symbole de la collaboration française.

En réhabilitant la mémoire du plus illustre fasciste français, Macron participe à la banalisation et à la diffusion des idées de l’extrême-droite. De quoi nourrir ce « climat années 30 » qu’il dénonçait hypocritement il y a à peine quelques jours…

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06 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

européennes (révolution permanente)

europe sd

Européennes : Le Pen devance Macron dans les sondages

Pour la première fois, le parti de Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote.

Le mécontentement populaire légitime contre Macron ne doit pas profiter à l’extrême-droite. Les élections européennes de mai 2019 sont polarisées par l’opposition entre pseudo-progressistes néo-libéraux que Macron entend incarner et véritables nationalistes dans le sillage de Salvini, d’Orban et de Le Pen.

Dans un sondage paru dimanche, le Rassemblement National est donné favori devant le groupe LREM-Modem en mai prochain, symptôme supplémentaire de la perte de crédibilité du projet macroniste et du renforcement de la dynamique réactionnaire.

En août dernier, le Rassemblement National talonnait La République En Marche sans lui damner le pion dans les sondages des intentions de vote pour les élections européennes de mai 2019. A présent, la tendance est à la montée en force du parti de Marine Le Pen qui gagne en à peine deux mois près de quatre points d’indice favorable, selon le sondage Ifop réalisé par La lettre de l’Expansion.

D’après les derniers chiffres parus, le RN serait à 21% alors que LREM-Modem serait tombé à 19% d’intention de vote. A l’heure de l’élection de Bolsonaro, des diatribes anti-immigration de Trump et de grogne populaire récupérée par l’extrême-droite sur le prix de l’essence, rien d’étonnant que la rhétorique nationaliste d’un Front National qui vient juste de faire peau neuve gagne du terrain, sur fond de projet européen en crise, notamment depuis le Brexit.

Ce qu’il faut aussi souligner également, c’est que les idées xénophobes et de repli identitaire gagnent aussi des points à Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, allié de Marine Le Pen au second tour des élections de 2017, avec près de 7% des intentions de vote. Même si c’est dans la division que ces idées progressent, loin des 25.4% du FN aux euro-péennes de 2014, leur montée en vigueur en France et dans toute l’UE est un indice significatif d’une situation qui se polarise sur la droite de plus en plus.

En face des déclarations d’une Marine Le Pen qui prétend lutter « pour que les nations ne disparaissent pas au bénéfice de cet empire totalitaire qu’est devenue l’Union européenne« , le positionnement de Macron en défenseur de la démocratie paraît de moins en moins crédible. Sa sortie récente sur le climat de « retour des années 30« , censé faire de lui seul l’unique barrage contre le « fascisme », marque une volonté de capter toutes les forces progressistes en agitant le foulard du pire.

Manifestement, c’est un échec pour le président des riches. Il faut noter également qu’un même constat s’impose pour la France Insoumise qui voit ses intentions de vote baisser pour tomber à 11%.

En ces temps où le matraquage fiscal de l’État alimente une grogne populaire qui va s’exprimer le 17 novembre prochain par des blocages sur les autoroutes, une initiative largement pilotée par des forces d’extrême-droite, la politique de passivité des directions syndicales laissent la voie libre au RN.

Il est urgent que les directions syndicales mettent en place un plan de bataille contre la vie chère, pour une augmentation de salaires, contre toutes les mesures anti-populaires du gouvernement.

C’est à travers la préparation d’un grand mouvement de grève que l’on pourrait satisfaire ces exigences populaires.

Si le mouvement ouvrier ne se met pas à la tête de l’opposition au gouvernement Macron, c’est l’extrême-droite qui en tirera profit et alimentera les préjugés anti-ouvriers d’une partie des classes populaires qui voient « les syndicats » objectivement du côté du gouvernement.

Boris Lefebvre lundi 5 novembre

http://www.revolutionpermanente.fr/

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03 novembre 2018 ~ 0 Commentaire

macron (révolution permanente)

macron

La Macronie en reconquête

Un climat « années 30 » ? Macron cherche à incarner l’ultime rempart contre l’extrême droite

Dans une interview accordée à Ouest France, Emmanuel Macron s’est fendu d’une déclaration fracassante, estimant que « le moment que nous vivons ressemble à l’entre-deux-guerres ». Une analyse qui amène le « président des riches » à se poser comme l’ultime rempart contre l’extrême droite, dans un appel à « résister ».

Quelques jours après la victoire du très réactionnaire Jair Bolsonaro aux élections présiden-tielles brésiliennes, Emmanuel Macron a décidé de lancer les grandes manœuvres. Dans une interview accordée à Ouest France paru ce 1er novembre, le « président des riches » n’a pas été avare en phrases chocs. « Le moment que nous vivons ressemble à l’entre-deux-guerres », comparant ainsi explicitement la montée des régimes fascistes et nazi aux phénomènes actuels d’accession au pouvoir de figures de droite extrême ou d’extrême droite.

La situation actuelle est-elle comparable aux années 30 ?

La première des questions à se poser, c’est bel et bien la pertinence d’une telle affirmation, tout en gardant à l’esprit que toute comparaison de ce type se heurte par définition à des contradictions importantes et que l’Histoire « ne ressert jamais deux fois le même plat à l’identique ».

Ainsi, la petite phrase choc de Macron balaie d’un revers de la main deux événements majeurs, qui ont bouleversé le cours de l’Histoire.

La boucherie de la première guerre mondiale d’abord et son lot de conséquences politiques majeures au cœur même des pays dits « centraux » du capitalisme mondial, en premier lieu l’Allemagne et l’Italie. La Révolution russe de 1917 ensuite, qui non seulement marque un tournant de la guerre de 14-18, mais qui par delà les frontière est un point de départ à une multitude de poussées révolutionnaires partout dans le monde, et en particulier en Europe. Deux « oublis » pour le moins fâcheux, tant ces deux événements sont fondamentaux pour comprendre la dynamique des années 30, et sont absents de la situation d’aujourd’hui.

Ce qui caractérise le contexte actuel, c’est la crise profonde que traverse le modèle néo-libéral, dont Macron est un pur produit « à la française », sans que pour l’heure n’émerge d’alternative politique.

La formule du communiste italien des années 30 Antonio Gramsci: « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » est en ce sens particulièrement saisissante pour analyser le plus justement possible la montée de la droite extrême et l’extrême droite aujourd’hui, et caractériser précisément la nature de ces gouvernements réactionnaires (Trump, Orban, Salvini, Bolsonaro…).

Quels objectifs derrière la manœuvre ?

Pour Macron, l’enjeu est avant tout de lancer la contre-offensive en vue des élections europé-ennes. Peu importe, au final, les approximations : Il s’agit de surfer sur les craintes légitimes face à la montée des idées réactionnaires pour se poser en rempart contre l’extrême droite, dans une posture « anti-fasciste ».

De plus en plus isolé à échelle continentale, qui plus est avec l’ambiance de fin de règne de Merkel en Allemagne, Macron cherche encore et toujours à jouer la carte qui a fait sa force lors de l’élection présidentielles de 2017. Christophe Barbier, que l’on peut difficilement taxer de gauchiste, expliquait ainsi sur l’antenne de BFM TV que Jupiter cherche à « dramatiser » la situation, mais aussi à se « re-présidentialiser » en prenant de la hauteur tout en affirmant que Macron « ne veut pas que les élections européennes se déroulent selon le clivage « droite-gauche », sinon il va les perdre ».

En définitive, avec la référence aux années 30, Macron veut imposer comme clivage pour l’élection le dilemme suivant : Le modèle néo-libéral soit disant « progressiste », ou le nationalisme et la guerre.

Face à la montée de l’extrême droite et la percée des idées réactionnaires, Macron est tout sauf un rempart !

Si nous ne sommes pas, aujourd’hui, face à l’émergence de régimes fascistes comme dans les années 30, la situation n’en reste pas moins dramatique. L’émergence de régimes aux traits réactionnaires renforcés, comme au Brésil qui est une forme de « pointe avancée » à échelle mondiale, doit nous conduire à penser notre orientation pour la prochaine période.

Emmanuel Macron, figure de proue d’un modèle néo-libéraliste agonisant, n’est en aucun cas un rempart contre la fuite en avant réactionnaire.

Bien au contraire, comme son prédécesseur Hollande, Jupiter s’appuie sur les mécanismes les plus réactionnaires de la 5è République, orchestre la chasse au migrants, militarise les quartiers populaires et criminalise les mouvements sociaux. Sans compter, bien sur, l’attaque menée contre l’opposition à gauche, avec l’épisode de l’affaire Mélenchon.

L’épuisement prématurée du macronisme et l’explosion des contradictions qui marquent la rentrée sociale a au contraire ouvert une période transitoire, qui nécessite une intervention massive du mouvement ouvrier, en toute indépendance des classes dominantes, pour ouvrir la voie à une réelle alternative progressiste.

La manœuvre de Macron, qui consiste à chercher à rassembler derrière lui l’ensemble des composantes, de droite comme de gauche, dans la défense de la « démocratie » contre le repli nationaliste est en ce sens une impasse pour les millions d’exploités et d’opprimés, non seule-ment en France comme dans toute l’Europe. Il s’agit aussi, en dernière instance, d’une stratégie qui ouvre la voie à l’enracinement et la poursuite de la progression des idées réactionnaires.

Julian Vadis vendredi 2 novembre

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31 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

npa 29 vertic

Brésil : attention danger

Jair Bolsonaro a été élu dimanche avec une confortable avance de 55,2 % des voix.

Ce crypto-facho, nostalgique de la période de la dictature, adepte des déclarations les plus réactionnaires et des méthodes les plus autoritaires, a pu profiter d’un alignement néfaste des planètes…

Un ex-militaire d’extrême droite au pouvoir

Comment en est-on arrivé là ? Sur fond d’affaires de corruption, après la destitution de la présidente Dilma Roussef et la mise à l’écart de son prédécesseur Lula (mis ensuite en prison), dans un contexte de crise profonde du régime et de coup d’État institutionnel, Bolsonaro a su canaliser une très grande partie du sentiment anti-PT (le parti de gauche au pouvoir pendant 13 ans) et du rejet de la corruption et de la violence sociale très fortes au Brésil.

Capitaine de l’armée pendant la dictature, Bolsonaro n’a jamais caché ni sa nostalgie de la dictature militaire qui a dirigé le pays de 1964 à 1985, ni ses liens avec l’armée. Ses décla-rations agressives contre les militants de gauche (qui devront choisir « entre la prison ou l’exil »…), et ses paroles haineuses racistes, sexistes et homophobes, ont encouragé ses parti-sans à passer à l’acte durant toute la campagne, avec une vague d’agressions perpétrés par ses électeurs, en particulier dans l’entre-deux-tours.

Un ultralibéral autoritaire au service de la Maison Blanche

Grands patrons, police, armée, évangélistes et croyants fanatisés… ont poussé à son élection. Ses annonces – réforme des retraites par capitalisation, recul de l’âge de départ à la retraite, privatisation d’au moins la moitié des entreprises publiques… – ont été saluées comme il se doit par les bourses dès son élection. Dans le domaine agricole, la branche la plus conser-vatrice de l’agrobusiness brésilien l’a soutenu, en raison notamment ses multiples attaques contre les droits des peuples indigènes et ses velléités de remettre en cause l’accord climat signé à Paris.

L’armée est à l’affût

72 militaires viennent d’être élus comme députés fédéraux et d’États, et plusieurs généraux de réserve vont intégrer le gouvernement… Et il veut accorder un véritable permis de tuer à la police déjà la plus violente du monde.

Niveau politique extérieure, les USA de Trump peuvent crier victoire. Par bien des aspects, de la critique de la Chine aux remises en cause des questions écologistes, le programme de Bolsonaro ressemble à un copier-coller de celui du président US…

Résistance !

Pour autant, le pire n’a pas encore gagné, le pays n’a pas été abattu. Dimanche, le candidat perdant du Parti des travailleurs a rassemblé 47 millions de voix au second tour (16 millions de plus qu’au premier tour), et on compte aussi 42 millions de votes blancs, nuls ou abstentionnistes…

Les contradictions sont explosives 

La base sociale de Bolsonaro, en particulier sa composante la plus populaire, peut être sensible aux préjugés, à la lutte contre la corruption et à son discours ultra-sécuritaire décomplexé, mais elle ne semble pas prête à le suivre sur la mise en œuvre de ses principales contre-réformes.

Tout cela crée autant de brèches dans lesquelles la colère sociale pourrait s’engouffrer.

Et alors que Macron a félicité le nouveau président, affirmant sa volonté de poursuivre sa coopération avec ce pays « dans le respect [des] principes démocratiques », nous voulons pour notre part assurer le peuple brésilien de toute notre solidarité internationaliste. C’est aussi en luttant ici, contre « nos » Bolsonaro et ceux qui leur ouvrent les portes du pouvoir, que nous les aiderons à résister là-bas.

Mardi 30 octobre 2018

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30 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

pittsburgh (npa)

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Attentat antisémite de Pittsburgh : deuil et colère

Samedi 27 octobre au matin, Robert Bowers entrait dans la synagogue de la congrégation Tree of Life à Pittsburgh et assassinait par balles, 11 fidèles juifs, âgés de 54 à 97 ans. Cette tuerie est une tragédie qui suscite légitimement tristesse, colère et indignation.

L’assassin est un suprémaciste blanc qui se serait écrié, lors de la tuerie, « Tous les juifs doivent mourir ». Un tragique rappel de la persistance de l’antisémitisme, qui continue de tuer, face auquel une extrême vigilance est de mise.

Difficile, en outre, de ne pas rejoindre les voix qui s’élèvent aux États-Unis pour critiquer vivement Donald Trump, dont la rhétorique et les politiques nationalistes, racistes et complai-santes à l’égard de l’extrême droite ne peuvent que favoriser de tels passages à l’acte.

Le groupe local de l’association progressiste juive étatsunienne Bend the Arc s’est ainsi adressé à Trump en ces termes : « Au cours des trois dernières années, vos mots et vos politiques ont renforcé un mouvement nationaliste blanc de plus en plus puissant. Vous avez déclaré que l’assassin était maléfique, mais la violence survenue hier est le résultat direct de votre influence. » 

Le NPA s’associe au deuil des familles et des proches des victimes, ainsi qu’à la légitime colère suscitée par cette tuerie et par les coupables complaisances à l’égard de l’extrême droite.

 Lundi 29 octobre 2018

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Blog de la commission antifasciste du NPA

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