Archive | Antifascisme

10 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

médiapart (révolution permanente)

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Mediapart révèle la présence de l’extrême-droite à l’armée

Néo-nazis, suprémacistes, une enquête 

Le 8 juillet dernier, Mediapart publiait une enquête sur la présence de l’extrême-droite dans l’Armée. Ce travail prouve l’actuelle réalité des liens étroits entre les forces de répression et de la sécurité et les idéologies les plus réactionnaires. 

Ainsi, [l’enquête à source ouverte de Mediapart (c’est-à-dire basée sur des informations publiques et accessibles à tous), recense les commentaires et images que ces militaires ont posté depuis 2015.

En 2018, Alan V., jeune militaire du 27e bataillon des chasseurs alpins explique sur Facebook qu’il faudrait coller « une bonne balle dans la nuque » des migrants. Piou Turon a partagé, sur le même réseau et la même année la chanson « Fumeur de Spliff » du groupe identitaire Insurrection, avec ce commentaire : « Une pensée à toutes les grosses merde qui fument des spliffs et qui se disent NS [National Socialistes] ».

Une image vaut plus que mille mots

Sur les réseaux sociaux, un des militaires enquêtés s’affiche avec des vêtements ayant le logo du réseau « Blood & Honour », dont le nom provient des Jeunesses hitlériennes Blut und Ehre et dont la filiale française a été interdite en 2019. Un autre se montre dans les locaux de Casa Pound, le mouvement néofasciste italien. Teddy et Maxime, du 2e régiment étranger parachu-tiste, apparaissent ensemble sur plusieurs photos avec Marc Bettoni, « co-fondateur du groupe néonazi « Combat 18″ (les chiffres font référence à la place des lettres A et H dans l’alphabet, en hommage à Adolf Hitler ») comme le rapporte Mediapart.

« Piou Turon » est le pseudo d’un sous-officier de la Légion étrangère, hérité du groupe néonazi « Loups Turon » dont il était membre au début des années 2010. Beaucoup de posts montrent ces militaires faisant un geste similaire au salut nazi. Valentin, ex-militaire au 17e régiment du génie parachutiste apparaît dans une vidéo du groupe « Animus Fortis », proche de la mouvance de l’ex-Bastion social. Aussi il a pour photo de profil sur Instagram l’image du terroriste Brenton Tarrant, mythifié devant un soleil noir. C’est l’australien auteur de 51 morts dans deux mosquées à Christchurch (Nouvelle-Zélande).

De même, les enquêteurs ont recensé les tatouages de certains militaires : s’y mêlent des références aux SS (la devise « mon honneur s’appelle fidélité », Meine Ehre heiβt Treue ; la rune d’Odal ou encore la totenkopf, emblème d’une division de la Waffen-SS affectée à la garde des camps de concentration et d’extermination nazis), ou encore plus directement à Hitler et au nazisme (le chiffre 88 en référence à la huitième lettre de l’alphabet pour « Heil Hitler », le soleil noir sur l’épaule, la kolovrat) et au suprémacisme (une croix celtique au niveau du cœur surmontée du mot « White », une kolovrat surmontée du slogan « White Pride », le chiffre 14 en référence à un slogan du suprémaciste blanc américain David Lane).

Par la suite, l’article rapporte les déclarations du général Jean-Marc Cesari, sous-directeur de l’anticipation opérationnelle (service de renseignements de la gendarmerie) :

« À l’évidence, il n’y a pas de place chez nous pour des personnes qui véhiculent des idées antirépublicaines et extrémistes violentes, quelle que soit l’idéologie qui les sous-tend. » . Suivant les chiffres donnés par la DRSD aux enquêteurs, la proportion de radicalisation (« qu’elle soit islamique ou politique ») est évaluée à 0,005 % dans l’armée de terre, à 0,03 % dans la marine et pour ce qui est l’armée de l’air, « aucun aviateur n’est actuellement suivi pour radicalisation clairement démontrée. ».

La DRSD a affirmé qu’elle « ne communique aucun chiffre » concernant l’identification des soldats comme étant ou soupçonnés d’être d’extrême droite. En Allemagne, le service de renseignements militaire allemand a rapporté que 592 soldats ont été identifiés comme d’extrême droite en 2019.

Les enquêteurs affirment quant à eux que : « le profil d’anciens militaires est particulièrement recherché par les groupuscules de l’ultra-droite. ». Mais l’enquête démontre que plusieurs militaires en service sont proches ou membres de ces groupuscules.

Ainsi, Valentin est membre actif du groupe néonazi « Arsouille Naoned » basé à Nantes, et l’un des enquêteurs l’a identifié comme impliqué dans l’agression d’une militante LGBT en décembre 2019. Il a aussi participé à divers événements organisés par Génération identitaire. Pendant l’été 2019, Maxime et Teddy ont fréquenté plusieurs membres de Zouaves Paris, « jeune groupe héritier du GUD qui a récemment multiplié les actions violentes dans la capitale. ». François, le chasseur alpin est militant du groupuscule néonazi EdelweiSS-Savoie, à Chambéry.

Ainsi, lorsque le général Cesari se rapporte à « l’évidence » pour affirmer que l’armée est libre « d’extrémisme violent », on ne peut qu’en douter. De plus, lorsque l’on apprend que certains des militaires ont des tatouages ou photo sur les réseaux sociaux exprimant clairement leurs appartenances à des groupes ou idéologies d’extrême droite, on peut penser que leur hiérarchie et l’ensemble de l’institution a plutôt fait le choix de fermer les yeux.

L’enquête de Médiapart rappelle par ailleurs qu’en « 2017, la sous-direction antiterroriste (SDAT) et la DGSI démantelaient une cellule dans laquelle on trouvait un élève de l’école de formation des sous-officiers de l’armée de l’air. Ladite cellule projetait des actions violentes contre des migrants et des assassinats politiques – Jean-Luc Mélenchon puis Cristophe Castaner avaient été envisagés comme cibles – dans les Bouches-du-Rhône. »

Des militaires et ex-militaires français se sont également engagés dans la rébellion au Donbass, en Ukraine, alors que d’autres ont tenté de se charger (comme le remarquent les enquêteurs, « en vain »), du service d’ordre des gilets jaunes.

Des forces, mais de quel ordre ?

L’opacité et le nombre très limité d’enquêtes pour tenter de radiographier la constitution idéologique de l’Armée, qui se déclare inapte « par construction, [à] suivre les publications de [leurs] 140 000 personnels lorsqu’ils s’expriment sur internet », en dit long de la présence de l’extrême droite dans les forces de l’ordre et de la sécurité.

Le pouvoir de ces mêmes forces vient de leur possession de la violence légitime. Le rôle de l’armée est d’étendre et de défendre la nation et ses intérêts, indissolublement liés à ceux des capitalistes.

La présence de l’idéologie d’ultra droite ne fait que grandir selon les affirmations rapportées par l’enquête, et un rapport confidentiel d’Europol « tire la sonnette d’alarme : l’ultra-droite européen-ne s’arme et est en train d’embaucher dans les rangs des militaires. ». Toujours d’après cette enquête, la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) organise des réunions de sensibilisation, afin d’améliorer l’échange d’informations sur les militaires suspectés d’appartenir à la mouvance de l’ultra-droite. Mais on n’a jamais guérit une maladie chronique avec un pansement ; et on ne peut réformer ces forces qui sont là pour préserver l’ordre actuel, capitaliste et raciste.

Lola Alduna jeudi 9 juillet

Source:

https://www.mediapart.fr/

Note:

« Meine Ehre heißt Treue », que l’on pourrait traduire en français par « Mon honneur s’appelle fidélité ». Dans certains pays, comme l’Autriche, à partir de 1947, ou l’Allemagne (article § 86 a du Code Pénal sur l’utilisation de symboles d’organisations anticonstitutionnelles), l’utilisation de cette devise, ou de variations de cette devise, est proscrite.

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

maurice rajfus (npa)

raj

Les communistes juifs dans la Résistance

Entretien avec Maurice Rajsfus

Dans ton livre, tu as mis en lumière le destin tragique des militants juifs communistes.

Ils se sont retrouvés coincés dans une ambiguïté épouvantable. Pour la plupart, ils sont nés aux alentours de 1910, et se sont engagés politiquement au moment où l’étoile stalinienne était à son zénith. Ils sont devenus staliniens en ayant l’impres-sion de devenir révolutionnaires. Une des activités de la sous-section juive du PC était la chasse aux opposants, dont les trotskystes.

D’après des documents de police, elle aurait été créée en 1927 et fut dissoute dix ans après. Elle, comme la Main-d’œuvre étrangère – devenue par la suite Main-d’œuvre immigrée (MOI) – se donnait pour but l’encadrement et le contrôle par le PC de tous les militants étrangers qui arrivaient de l’Est. C’est un des aspects à démythifier.

Les militants communistes juifs emboîtèrent le pas au chauvinisme du PC en lançant dans leur presse en 1937, aux futurs migrants : « Ici, c’est complet ! » Peu d’entre eux ont rompu à cette époque.

L’un des facteurs déterminants fut les procès de Moscou, où les principaux accusés étaient juifs. Bien que Trotsky soit juif, les attaques contre lui n’avaient pas eu le même effet. Quant au pacte germano-soviétique, de vieux communistes juifs en parlent encore comme du « coup de poker génial » de Staline. Mais dans l’ensemble du milieu juif, comme dans les rangs du PC, pour beaucoup ce fut Je désarroi et l’atomisation.

De quand peut-on dater les débuts de la Résistance ?

De juillet 1941, après l’attaque d’Hitler contre l’Union soviétique. Cependant, si les communistes juifs ont attendu comme le PC, ils étaient prêts les premiers. Depuis 1940, on savait ce qui se passait à Varsovie, et avant cela les juifs immigrés avaient connu les persécutions, d’où un réflexe d’auto-défense.

A partir de là, le PC veut se faire pardonner le Pacte. Beaucoup de militants ont été arrêtés lors de sa réapparition au grand jour en août 1940. Beaucoup vont tomber à partir de 1942 dans les actions « pour le communiqué», qui permettaient au PC de se refaire une image.

Comment s’est développée sa politique militaire?

Elle est essentiellement le produit de la transformation de nature de l’OS, l’Organi-sation spéciale. Au départ, il s’agissait d’un service d’ordre, chargé notamment de la protection rapprochée des dirigeants et de l’exécution de « traîtres ». Fin 1941, elle regroupe de nombreux militants de la MOI, pour beaucoup anciens d’Espagne.

C’est au début 1942 qu’elle se transformera en groupes de Francs-tireurs et partisans (FTP). La saignée sera effroyable pour ces militants courageux, mais disposant de peu de moyens.

En 1943, il ne restera plus dans les grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille ou Toulouse que des groupes FTP-MOI, en majorité composés de juifs immigrés. Il y a eu une politique consciente d’expédier dans les maquis, où les pertes étaient moindres, les militants français plus « présentables » que ces immigrés, parlant mal le français, même s’ils étaient rebaptisés « patriotes ».

Le cours chauvin du PC, à ce moment, n’a pas que des explications   nationales ?

En juillet 1943, l’Internationale communiste est dissoute. C’est un événement d’importance pour le PC qui cherche à entrer au gouvernement mis en place à Alger. Le PC va peu à peu prendre par ses sous-marins, la tête du Front National et suivre un cours ultra-nationaliste. En même temps, il a besoin d’actions spectaculaires.

A l’automne 1943, les groupes de la MOI seront laminés. Il ne restait plus sur Paris que les rescapés des quatre détachements MOI dirigés depuis le mois de septem-bre par Manouchian. Ces militants, traqués par la police et décimés par la répres-sion, demandèrent l’autorisation de se replier. A. Rayski ne l’obtint pour les dirigeants du groupe juif qu’en juillet 1943. Manouchian ne l’obtiendra pas.

Une affirmation tenace du PC veut que le groupe dirigé par Manouchian n’ait été composé que de militants communistes. Qu’en est-il ?

C’est une contre-vérité. A côté de militants communistes se trouvaient des combat-tants d’une autre sensibilité. L’un d’entre eux, Tarov, ancien officier de l’Armée rouge, avait été trotskyste. Tomas Elek n’était pas communiste. Il y avait aussi des anarchistes espagnols. Il est établi qu’il y a eu un lâchage politique de ces militants qui se savaient filés et menacés d’une arrestation imminente.

Ils sont tombés au moment où le PC se préparait à entrer au Comité de la France libre d’Alger et était persuadé qu’un débarquement allié était sur le point de se produire sur les côtes du Pas-de-Calais.

L’exemple du lâchage s’est reproduit à Toulouse où l’unité de la MOI, la 35e brigade, avait le « tort » de ne pas s’en prendre qu’aux « boches », mais d’abattre aussi des notables français qui collaboraient. Évidemment, cela s’intégrait mal dans la perspective de l’union nationale.

Lorsque l’information d’un coup de filet contre cette unité est parvenue à la direction des FTP, « on » a oublié de prévenir les combattants concernés. Pour l’union nationale, il fallait pouvoir chanter la Marseillaise sans accent. Il faut rappeler le mot d’André Marty en 1945: « Chassez moi tout ces « sky » des directions du Parti. »

Arrive la Libération. Que firent les militants rescapés ?

Beaucoup d’entre eux souhaitaient poursuivre le combat politique sur place, mais la direction du PC invita les principaux responsables à aller construire le socialisme dans leurs pays d’origine … Si cela ne posait pas de problèmes majeurs aux communistes italiens dont le parti s’était replié en France, il n’en allait pas de même pour les juifs des pays de l’Est. Pourtant un certain nombre partiront.

En 1949, quand commencent les premiers procès dans les démocraties populaires, c’est aussi le procès des anciens des Brigades internationales et de la MOI. L’un des exemples les plus connus est celui d’Arthur London, qui l’a raconté dans L’Aveu. II y a une continuité entre le lâchage de l’équipe de Manouchian et les procès des démocraties populaires.

Malgré tout cela, ton livre n’est pas désespéré.

Non ! Il faut en tirer une morale sur le stalinisme, pas sur le militantisme des communistes juifs. Je dirai qu’il faut jeter le bébé stalinien avec l’eau du bain !

Propos recueillis par Jean Lantier et Jean-Jacques Laredo

Nous republions une interview de Maurice Rajsfus parue dans l’hebdomadaire de la LCR, Rouge n° 1163 du 7 juin 1985, et mis en ligne sur le site de RaDAR. Maurice Rajsfus, auteur du livre     « Des Juifs dans la collaboration » (Editions EDI), vient de publier « L’An prochain, la révolution» dont le sous-titre est explicite : « Les communistes juifs immigrés dans la tourmente stalinienne 1930-1945 » ( Éditions Mazarine, 95 F). Nous l’avons rencontré pour discuter de l’histoire de ces militants.

Mardi 23 juin 2020

https://npa2009.org/

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21 juin 2020 ~ 0 Commentaire

20 juin en bretagne (of lt)

qimp

22

Saint-Brieuc. 150 personnes manifestent contre les violences policières (OF)

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Quimper. Une manifestation contre toutes les discriminations (OF)

Quimper, un défilé contre les violences et la discrimination (LT)

 

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18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

le pen à sein (ouest france)

Malgré les débats suscités par sa venue, la cheffe du Rassemblement national (RN) est arrivée sur l’île de Sein, ce mercredi 17 juin. Marine Le Pen a pris de l’avance, alors que la cérémonie officielle rendant hommage aux 80 ans de l’appel du général de Gaulle avait été décalée pour qu’elle n’y assiste pas. Peu avant 18 h, la femme politique a cependant quitté l’île de Sein, de nouveau en zodiac.

Sous les fenêtres, des banderoles, des citoyens, des drapeaux bretons et de l’Union démocratique bretonne, la France Insoumise, le Parti Communiste Français, la CGT et des citoyens. « Pour nous, militants bretons, le Front National ce n’est pas un adversaire politique mais un ennemi politique », a expliqué un manifestant, brandissant une pancarte, sur laquelle on pouvait lire qu’elle n’est vraiment pas la bienvenue, en langage fleuri et en breton. « Le Pen, facho, le peuple aura ta peau ». Les manifestants ont hué et entonné le chant des partisans. Parmi les présents, on notait aussi l’écharpe tricolore d’un adjoint élu à Audierne, Michel Van Praet.

https://www.ouest-france.fr/

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18 juin 2020 ~ 0 Commentaire

comité adama (slate)

antiff 35

Le comité Adama bouscule l’antiracisme français

Le collectif rassemble large et fait oublier les associations qui menaient jusqu’alors le combat.

Plus de 20.000 personnes ont manifesté le 2 juin devant le tribunal de grande instance de Paris, et la foule était presque aussi nombreuse le 13 juin sur la place de la République. Le comité « La vérité pour Adama » a réussi à mobiliser la jeunesse parisienne et banlieusarde, quatre ans après la mort d’Adama Traoré, devenu symbole des violences policières.

«Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus racisée que les rendez-vous militants qu’organise en général la gauche», constatent les deux députées Clémentine Autain et Elsa Faucillon dans une tribune publiée dans le magazine Regards.

Face à ces mobilisations, le rassemblement en hommage à Georges Floyd organisé par SOS Racisme place de la République le 9 juin faisait pâle figure. Son président Dominique Sopo se justifie: «C’était un mardi, et il y a beaucoup plus de forces médiatiques du côté du comité Adama.»

Toujours est-il que les mouvements antiracistes que l’on connaissait jusqu’ici (SOS Racisme, la Licra, la Ligue des droits de l’homme et le MRAP) semblent marquer le pas dans les cercles militants.

«Le comité se réclame du Mouvement de l’immigration et les banlieues, de la marche de 1983. S0S Racisme ne s’est jamais vraiment attaqué au racisme structurel. À la base, c’est une grosse récupération politique du PS, avec un slogan paternaliste. Nous ne sommes pas une espère rare à sauver!», avance Youcef Brakni, membre du comité Adama, en faisant référence au slogan «Touche pas à mon pote».

Trente-cinq ans après sa création, SOS Racisme suscite l’indifférence au sein du comité: «On s’en moque», lâche le militant. «Il y a manifestement une volonté d’évitement», concède Dominique Sopo. Le 13 juin, ce dernier a même préféré ne pas se rendre au rassemblent du collectif: «Il y a une forme d’hostilité qui se manifeste et je n’ai pas envie d’être personnellement un élément de tension», a-t-il expliqué.

Stigmates de la marche de 1983

Depuis la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, les associations antiracistes ont laissé un mauvais souvenir chez certain·es militant·es des quartiers populaires.

Pour Samir Hadj Belgacem, maître de conférences en sociologie à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne, l’histoire se répète aujourd’hui: «À plus de trente ans d’intervalle, SOS Racisme organise une marche sans consulter le comité Adama, ni se positionner dans une logique d’alliance, mais plutôt de concurrence.»

À sa création en 1985 par les socialistes Julien Dray et Harlem Désir, SOS Racisme est accusée d’invisibiliser les participant·es à la marche et de transformer une revendication politique en une posture morale.

«Depuis l’émergence de SOS Racisme, les primo-concernés ne se sentent pas du tout représentés. Les premiers militants, qui vivaient le racisme au quotidien, se sont sentis complètement floués, ils ont eu l’impression de se faire voler leur combat», souligne Rachida Brahim, chercheuse associée au Laboratoire méditerranéen de sociologie.

Jusqu’aux années 2000, l’association combat le racisme à travers son opposition au Front National. Mais les temps ont changé. De nos jours, «Marine Le Pen aussi bien que des associations dites de gauche n’hésitent pas à instrumentaliser les concepts d’universalisme républicain et de laïcité», juge le militant Youcef Brakni.

Le mouvement antiraciste s’est pour sa part divisé sur les questions d’identité. Comme le 6 novembre 2004, lorsque SOS Racisme et la Licra ont refusé de participer à une manifestation contre le racisme organisée par le MRAP et la Ligue des droits de l’homme (LDH). En cause, la présence de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), considérée comme fondamentaliste, peu claire quant à l’égalité homme-femme et trop indulgente vis-à-vis de l’antisémitisme.

L’exposition «Exhibit B», créée par l’artiste sud-africain blanc Brett Bailey en 2014, en est un autre symbole. Alors qu’un collectif d’artistes en réclamait l’interdiction, des associations antiracistes lui ont publiquement apporté leur soutien. Dominique Sopo a personnellement écarté l’idée d’une censure dans une tribune publiée sur le Huffington Post.

En 2015, le sociologue Éric Fassin a évoqué cette fracture dans l’antiracisme lors d’un colloque organisé par la LDH: «Je m’inquiétais d’une fracture raciale entre les antiracistes classiques (plutôt blancs) et les nouveaux antiracistes (plutôt racisés), avec des accusations de racisme “en miroir”.»

Convergence des luttes

Face à ces guerres intestines, les militant·es des quartiers populaires, dont le comité Adama, parviennent à rassembler, mobiliser, développer leur réseau, leurs alliances: «Les marcheurs de 1983 étaient plus naïfs, ils y croyaient. Ceux d’aujourd’hui connaissent cette histoire. Ils ont grandi et disposent de relais dans les médias. Ils savent à quoi s’attendre», indique le sociologue Samir Hadj Belgacem.

Pour Youcef Brakni, c’est la présence sur le terrain qui paie: «On se rend régulièrement dans les quartiers, au pied des bâtiments, pour discuter avec les jeunes. On a un discours clair, sans concession. Les gens reconnaissent la sincérité, les mouvements incarnés.»

«Si le comité Adama rencontre un écho, c’est parce que ses actions sont en prise avec le terrain, au plus près de l’expérience de beaucoup de gens dans les quartiers populaires, confirme Éric Fassin. C’est une différence avec certaines formes d’antiracisme traditionnel, davantage tournées vers les cercles du pouvoir.»

En témoigne le refus du comité Adama de rencontrer la ministre de la Justice Nicole Belloubet: «La famille d’Adama Traoré rappelle qu’elle attend des avancées judiciaires, et non des invitations à la discussion qui n’auraient aucune finalité procédurale», précisait son communiqué.

Au-delà de l’incarnation, le comité Adama récolte les fruits de ses alliances, notamment avec les «gilets jaunes». Samedi 13 juin, plusieurs militantes féministes et afroféministes comme Aïssa Maïga, Rokhaya Diallo ou Adèle Haenel étaient aussi présentes. On a même vu des drapeaux du Parti communiste et du mouvement écologiste radical Extinction Rebellion.

Selon Éric Fassin, «quelque chose s’est cristallisé au moment où l’on a pris conscience que les violences policières sortaient des banlieues pour frapper des militants écologistes, des syndica-listes, des étudiants, des “gilets jaunes”. J’appelle ça la “convergence des coups”: c’est une expérience partagée de la violence policière».

La gauche à tâtons

Les mouvements de gauche peinent encore à aborder ces mouvements. Ces dernières années, plusieurs élu·es, à l’image des députés La France Insoumise Éric Coquerel et Clémentine Autain ou de la sénatrice verte Esther Benbassa, ont soutenu le collectif et participé aux manifestations.

Le 13 juin, Jean-Luc Mélenchon, député et président du groupe LFI à l’Assemblée nationale, était également présent, marquant une nouvelle étape. Le Parti socialiste, lui, a refusé de soutenir la marche, relève Médiapart, symbolisant la fracture au sujet de la question antiraciste. «Il faut que les organisations politiques se remettent en question, et la gauche au-delà de SOS Racisme. C’est une erreur stratégique pour la gauche d’ignorer ce mouvement», réagit Samir Hadj Belgacem.

«Les partis de gauche ne peuvent pas se permettre de passer à côté, acquiesce Éric Fassin. Rester en dehors du mouvement, c’est risquer de se griller durablement vis-à-vis de la jeunesse et des quartiers populaires. Quand on est de gauche, on doit porter un regard a priori bienveillant sur un mouvement issu des quartiers populaires qui réclame la justice et l’égalité: quoi de plus universaliste?»

Au lendemain du rassemblement, Emmanuel Macron a dénoncé le combat antiraciste «lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé». La président a aussi réaffirmé son soutien aux forces de l’ordre, malgré la mobilisation massive de la veille: «Ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation.»

Confrontées à cette fin de non-recevoir, les associations antiracistes pourraient être tentées de se remettre en cause. De son côté, le comité Adama ne reviendra pas sur ses revendications.

Louis Chahuneau 18 juin 2020

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17 juin 2020 ~ 0 Commentaire

brésil (à l’encontre)

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Brésil. Les vies noires comptent: l’urgence de la démilitarisation de la Police Militaire

L’Institut de sécurité publique (ISP) a annoncé il y a 10 jours qu’en avril, 177 personnes ont été assassinées à Rio de Janeiro par la Police Militaire Carioca (de Rio).

Ce chiffre est le plus élevé pour le mois d’avril en 18 ans. Et cela se produit en plein milieu de la pandémie. Les colonels de la Police militaire (PM) et les voix officielles de l’institution affirment que ces 177 morts étaient des morts de «marginaux». La Police militaire agit alors comme un «tribunal de rue». Il n’y a pas de procès. Elle définit le crime, définit les coupables, fixe la peine et indique qui sont les exclus.

L’utilisation du terme «marginal» est plus qu’un jeu de mots, c’est une construction politique qui cherche à déplacer ces jeunes assassinés vers un lieu qui légitime leur mort. Ceux qui sont considérés comme marginaux dans la logique formulée par l’État brésilien, sont des hors-la-loi. Ils sont dangereux; ils représentent une menace pour les bons citoyens; ils doivent donc être «fusillés» pour maintenir l’ordre public. Après tout, personne ne se soucie de la vie des «marginaux» qui sont dangereux. Cette logique qui légitime ces morts fait partie de la manière dont le racisme se développe dans la société.

Ces dernières semaines ont vu une révolte noire aux États-Unis qui a pris des caractéristiques gigantesques et internationales par des manifestations de masse contre le racisme et par la devise «Black lives matter». Les protestations ont commencé après que le policier Derek Chauvin, ainsi que trois autres policiers, ait assassiné George Floyd.

La philosophe américaine Angela Davis souligne dans un de ses livres le risque de militarisation de la police américaine, tant par l’idéologie des initiatives venant du domaine militaire que par l’acquisition d’armes et d’équipements provenant de l’armée états-unienne.

Au Brésil, nous avons vu, en mai, la PM assassiner des jeunes et des enfants; de nombreux Joãos [référence à João Paulo Mattos âgé de 14 ans et criblé de balles à Rio, le 19 mai, depuis un hélicoptère de la police militaire] sont éliminés. Ce dernier crime a suscité des manifestations et des discussions dans le pays. La Cour suprême fédérale a récemment interdit les actions dans les favelas de Rio pendant la période d’isolement sanitaire.

Dans notre pays, nous avons une force de police militarisée (la PM) qui est très meurtrière pour les jeunes Noirs. Le modèle de sécurité publique est basé sur la construction d’un ennemi interne qui doit être anéanti par des méthodes de guerre. Nous pensons que la discussion de ces deux thèmes est cruciale à l’heure actuelle, où nous constatons une croissance de l’agenda antiraciste.

Redémocratisation et gouvernements du PT

Après la redémocratisation (1985), nous avons eu le maintien constitutionnel de la PM et des Pompiers militaires comme forces auxiliaires et de réserve de l’armée. Il n’y a eu ni démocra-tisation ni changement dans la structure hiérarchique ou l’organisation interne de la PM, telles qu’elles avaient été façonnées sous la dictature militaire.

Faisons un saut dans l’histoire du Brésil et laissons derrière nous les gouvernements qui ont commencé l’application du néolibéralisme au Brésil. Et passons au début du 21è siècle avec l’administration Lula (dès 2003).

Sous la seconde administration Lula (dès 2007-2001), le PRONASCI – Programme national de sécurité publique de la citoyenneté – est né, ce qui a signifié une grande avancée en matière de politique de sécurité publique au niveau fédéral par rapport aux gouvernements précédents.

Cependant, c’est le président lui-même qui, par option politique, n’a pas avancé dans la construction d’un plan de Système unique de sécurité publique. C’est au cours de son second mandat que la loi 11.343/2006 – ou loi sur les drogues – a été instaurée, ce qui a eu pour conséquence néfaste l’augmentation significative de l’incarcération des jeunes noirs et des jeunes femmes noires dans le pays.

Ont été également mises en place des Unités de Police de Pacification (UPP) dans l’État de Rio de Janeiro par le gouvernement de ce dernier et avec le soutien du gouvernement fédéral, d’abord avec Lula et ensuite avec Dilma Rousseff. Cette mesure militarise les favelas de Rio et la vie de leurs habitants. Cette politique n’a servi qu’à renforcer le statut des «sujets noirs» en tant que «sujets marginalisés». Et à rendre nécessaire une action armée par le biais d’une occupation militaire qui criminalise leurs lieux d’habitation.

La PM et la criminalisation des corps noirs

Les policiers brésiliens sont les plus grands tueurs au monde. Parmi les personnes tuées par la police brésilienne, 79,2 % sont noires et 72,6 % sont jeunes. Les taux élevés de violence causés par la PM, en particulier, montrent clairement qu’il ne s’agit pas seulement de comportements individuels problématiques ou de problèmes occasionnels, mais d’un problème institutionnel qui trouve ses racines dans une culture militarisée et dans les protocoles d’action de combat au Brésil.

La violence, la torture, les mauvais traitements, les meurtres et l’impunité sont devenus des règles dans le système de sécurité publique brésilien, en plus de la sélectivité de la répression policière qui atteint la périphérie en tant qu’espace urbain et la jeunesse noire en tant que sujet social.

Il est courant d’entendre que la PM est l’héritière de la dictature, qu’elle en porte directement les stigmates et qu’elle est donc incompatible avec un État de droit démocratique. Je crois cepen-dant que l’actuelle PM est l’héritière directe de la division militaire de la Garde Royale, c’est-à-dire l’héritière de l’époque de l’esclavage et qu’elle apporte avec elle les expressions du racisme qui a façonné le Brésil.

Si au 19è siècle, les forces de police de l’époque avaient défini des fonctions qui étaient la garantie de la propriété des élites, et voyaient dans les corps des Noirs les sujets qui mena-çaient le maintien de l’ordre, peu de choses ont changé pour les forces de police au Brésil au 21è siècle.

Les corps des Noirs ont toujours été criminalisés, considérés comme dangereux, et leurs expressions culturelles ont subi le même sort. Si auparavant, il incombait directement aux esclavagistes de réprimer les esclaves, au cours des années et avec l’abolition (1888), l’État a commencé à réprimer et à criminaliser les expressions religieuses et culturelles du peuple noir, ainsi qu’à surveiller son corps et à le punir.

L’espace urbain est devenu le centre d’action des forces de police. L’État, après l’abolition, a nié et complètement abandonné la population noire. Les corps noirs qui transitaient dans des espaces qui n’étaient pas considérés comme leur place (lire les bidonvilles et les zones périphériques de la ville) ont souffert de la répression policière.

La relation entre l’observation et la punition des corps noirs, avec l’espace urbain, est représentée dans l’un des plus beaux écrits de notre littérature dans les pages écrites par Jorge Amado dans Capitães de Areia (Capitaines des Sables). (Extrait)

14 juin 2020 Alencontre Gabriel Santos

https://alencontre.org/

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16 juin 2020 ~ 0 Commentaire

bretagne juin 1940 (le peuple breton)

resistance en bretagne

Juin 1940 en Bretagne

Protégée par sa position périphérique à l’ouest de la France, la Bretagne n’a pas connu d’incursions ennemies sur son sol lors de la Première Guerre mondiale, et reste alors une région de l’arrière.

Il semble en être de même au début de la Seconde Guerre mondiale. Pour ses habitants comme pour l’ensemble des Français, la débâcle de 1940 constitue une surprise impensable. Les Allemands parviennent à occuper le territoire presque sans aucune résistance.

En septembre 1939, la mobilisation générale s’effectue dans le calme. Les soldats partent au front résolus, mais sans enthousiasme. Au niveau politique, le principal fait notable est l’interdiction du Parti Communiste français, du fait du pacte conclu entre l’Allemagne nazie et l’URSS. En conséquence, l’ensemble des municipalités d’étiquettes communistes sont dissoutes : en Bretagne, cela concerne plusieurs villes ouvrières, à l’image de Concarneau.

La première phase de la guerre, entre l’automne 1939 et le printemps 1940, est qualifiée de « drôle de guerre », du fait de l’apathie du front. Cette apathie concerne aussi la Bretagne : hormis l’absence des hommes mobilisés et les exercices de la défense passive (contre les attaques antiaériennes) en zone urbaine, la vie n’a pas tellement changé.

Toutefois, les usines fonctionnent à plein régime, par exemple à Château-Bougon (Loire-Inférieure), où jusqu’à huit avions de chasses sont produits par jour. Dans le nord-est du Morbihan, les habitants sont au contact des troupes polonaises, dont une partie de l’état-major s’est replié à Coëtquidan. Début avril 1940, le président et le gouvernement polonais viennent à Malestroit pour une cérémonie organisée à l’occasion de la fête nationale de leur pays.

Le projet de « réduit breton »

Le 10 mai 1940, à la surprise générale, la Wehrmacht lance une grande offensive à travers la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Le 7 juin, face à la débâcle des troupes, le gouvernement français envisage un temps de se replier sur la Bretagne.

Le 12 juin, le sous-secrétaire d’État à la guerre, le général de Gaulle, est envoyé à Rennes pour étudier sur place les possibilités de mettre en place ce projet, qui a par ailleurs les faveurs du Premier ministre britannique Winston Churchill.

Il est envisagé de mettre en place une ligne de défense s’étendant du Couesnon jusqu’à l’estuaire de la Vilaine. Le gouvernement établirait ses quartiers à Quimper. L’idée est de concentrer toutes les troupes en fuite sur cette ligne de défense.

Mais le gouvernement français est divisé entre les partisans de la poursuite du combat, dont de Gaulle et Mandel, et les défaitistes qui trouvent ce projet irréaliste, menés par le vice-président du Conseil, le maréchal Pétain, qui s’appuie sur le soutien du généralissime Weygand.

Le 13 juin, le gouvernement, qui se trouve en Touraine, décide finalement de fuir vers Bordeaux plutôt que Quimper. C’est la fin du projet du « réduit breton ». L’avance trop rapide des troupes allemandes rendait sans doute impossible sa réalisation. Selon les estimations, il aurait fallu 25 000 ouvriers et 3 mois de travaux pour mettre en place les lignes de défense nécessaires.

Les réfugiés

Parallèlement, des milliers de réfugiés civils sont jetés sur les routes au fur et à mesure de l’avancée de la « guerre éclair ». Ces personnes fuient vers l’ouest, et arrivent d’abord par train lorsque c’est encore possible, puis par automobile, à pied ou à cheval.

Les réfugiés arrivant en Bretagne proviennent principalement d’Ile-de-France, de Picardie et du Nord-Pas-de-Calais. En effet, les populations vivant sur la ligne Maginot, en Alsace et en Lorraine, ont été évacuées préventivement vers le Sud-Ouest quelques mois plus tôt. Beaucoup sont accueillis chez l’habitant, comme la famille Hellebaut, originaire de l’Oise, hébergée par un menuisier-ébéniste de La Mézière (Ille-et-Vilaine).

Au total, entre mai et juin 1940, ce sont environ 140 000 réfugiés qui arrivent pour le seul département 35, près de 900 000 personnes pour l’ensemble de la Bretagne. Le désordre est indescriptible, particulièrement au mois de juin, au moment de la débâcle de l’armée française.

Des centaines d’automobiles encombrent les bas-côtés des routes, abandonnées faute d’essence. De la même manière, les soldats abandonnent le matériel militaire. Des attaques de chasseurs allemands visent les routes. L’écrivain Georges Duhamel, alors médecin à Pontchaillou, témoigne de près de 5 à 600 blessés qui ont été ramassés dans les fossés et les champs.

L’arrivée des Allemands

Face à l’avancée ennemie, mi-juin, les troupes franco-britanniques rallient en masse la Bretagne. L’armée anglaise organise dans l’urgence le réembarquement de ses troupes à Saint-Malo, à Saint-Nazaire et à Brest. Les dépôts d’essence sont incendiés pour éviter qu’ils ne tombent aux mains de l’occupant, et la population se sert en nourriture dans les entrepôts de l’armée britannique.

Saint-Nazaire est le principal port de réembarquement vers l’Angleterre, et connaît un afflux de militaires et de civils en fuite. La moindre embarcation flottante est réquisitionnée pour faire la liaison entre les quais et les navires stationnés au large.

Le 17 juin, des bombardiers allemands coulent un ancien paquebot, le Lancastria, dans lequel se trouvent près de 6 000 personnes, majoritairement des soldats britanniques en attente d’évacuation. 2 500 survivants parviennent à être sauvés, couverts de mazout, certains grièvement brûlés. Pendant plusieurs mois, la mer charrie des cadavres à chaque marée, jusqu’à Piriac-sur-Mer et l’île de Ré.

Le même jour à Rennes, la gare de triage, située plaine de Baud, est bombardée par trois chasseurs-bombardiers de la Luftwaffe. Dans la gare se trouvent alors deux trains de transports de troupes, un train de réfugiés venu de Lisieux, et un train de munition. L’explosion cause 2 000 morts. Des débris d’essieux, de ferrailles, et des morceaux de corps humains jonchent la plaine de Baud pendant plusieurs jours, ramassés grâce au dévouement de militaires et de bénévoles de La Croix-Rouge.

Toujours le 17 juin, à midi, le maréchal Pétain, devenu président du Conseil avec les pleins pouvoirs, demande l’armistice, signée le 22 juin à Rethondes. Le 18 juin, l’appel à la résistance du général de Gaulle est entendu par une minorité de personnes. Des départs pour l’Angleterre ont lieu dans les ports de pêche. L’île de Sein se distingue particulièrement avec le départ de 128 hommes, la quasi-totalité de la population en âge de combattre sur l’île.

Les principales agglomérations de Bretagne sont déclarées villes ouvertes et prises sans combats. Les Allemands arrivent à Rennes le 18 juin, et se ruent ensuite vers Brest, port stratégique, où ils sont dès le lendemain.

La Bretagne échappe aux combats sur son sol, hormis à Landerneau et à Guidel, où l’armée française fait un baroud d’honneur pour retarder les Allemands et permettre quelques derniers départs de navires.

Se souvenant des représentations de propagande décriant le « Boche » lors de la Première Guerre mondiale, la population a peur, et craint des exactions sanguinaires. Par contraste, les troupes apparaissent correctes et bien élevées. Des défilés de troupes sont organisés pour impressionner la population. À Vannes, un défilé a lieu le 22 juin, au lendemain matin de l’arrivée des Allemands, alors que la population en ville est nombreuse, car le marché se tient normalement.

Les jours suivants, les troupes allemandes arrivent dans les chefs-lieux de cantons, réquisition-nent des logements et font appliquer les premières mesures du haut commandement. Des vivres sont réquisitionnés, tout comme des logements pour loger les officiers, que ce soit de simples chambres de particuliers, ou bien des villas et hôtels en bord de mer. Des panneaux de signalisation en allemand sont installés.

Très vite, les pendules sont mises à l’heure de Berlin et le couvre-feu est imposé entre 21h et 5h. C’est le début de quatre longues années d’occupation allemande…

Aurélien Pivault 15 juin 2020

http://lepeuplebreton.bzh/

Pour aller + loin :

BOUGEARD Christian, La Bretagne de l’Occupation à la Libération (1940-1945), Rennes, PUR, 2014.

CASSARD Jean-Christophe, « Les Bretons dans le second conflit mondial », dans Histoire de la Bretagne et des pays celtiques. Tome V. La Bretagne au XXe siècle, Morlaix, Skol Vreizh, 1994.

Sur les trotskistes pendant cette période:


Travail en direction des soldats allemands
pdf  

 

Hiver 1943 pdf

Février 1944 pdf

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16 juin 2020 ~ 0 Commentaire

communiqué (npa visa)

npa 29 vertic
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Non, Marine Le Pen n’est pas la bienvenue à l’île de Sein
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Sous le prétexte fallacieux de célébrer l’appel du 18 Juin, le RN prétend se revendiquer de la Résistance au Nazisme, lui qui ne cesse de distiller la haine et le racisme.
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Nous ne sommes pas dupes et nous saurons lui rappeler, et son passé, héritier directe de celui de Vichy et son présent nauséabond.
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Avec bien d’autres composantes politiques, syndicales, et associatives le NPA 29 appelle à manifester à Audierne le jeudi 18 jui et nous apportons notre soutien au maire et aux habitants de l’île de sein qui refusent la présence de l’extrême droite sur leur île.
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NPA 29 Gérard MAS
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Logo NPA horizon
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Une fois de plus la venue de MLP en Finistère a été un échec. Après l’épisode de Brest à la veille des municipales elle a été obligée de changer complètement ses plans face à la contestation et aux multiples appels à Manifester dont celui du NPA.
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Elle s’est pointée en catimini sur l’île de sein au départ de Camaret, sous les hués des sénans elle en est repartie au bout de deux heures.
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Puis ce fut une conférence de presse improvisée à l’hôtel Restaurant le Goyen à Audierne où elle a dénoncé pêle mêle  » les gauchistes , antifas et (sic) le préfet du finistère. Malgré ce changement de dernière minute , plus d’une cinquantaine de manifestantEs l’ont conspuée.
Décidément MLP a du mal avec la Bretagne!
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Gérard ( Kemper)
fafs

COMMUNIQUE DE VISA 29

Le FN/RN, a malgré tout maintenu sa commémoration odieuse sur l’île de Sein. Grâce à la mobilisation des antifascistes, partis et syndicats progressistes, c’est avec un jour d’avance et en catimini, que Marine Le Pen et ses sbires s’y sont rendus pour déposer une gerbe sous les hués des sénant·es qui leur tournaient le dos.

A l’instar de Génération Identitaire, à la manifestation du 13 juin  contre le racisme et les violences policières, le FN/RN n’a rien trouvé de mieux que de débarquer en loucedé en Bretagne pour faire parler de lui. Sous couvert d’un pseudo repositionnement républicain le parti de la haine veut faire oublier son racisme et ses liens avec l’extrême droite néo-nazie.

Le FN/RN est passé en coup de vent, c’est pourquoi VISA 29 annule son appel à rassemblement du jeudi 18 juin à Audierne. Il y aura moins de haine en Bretagne demain et nous en dormirons bien mieux.

La dédiabolisation du FN/RN est un leurre. Nous continuerons le combat contre la peste brune. Le racisme n’aura jamais sa place en Bretagne. A l’avenir, pour faire ses coups médiatiques, le FN/RN n’aura d’autre choix que de venir confidentiellement.

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15 juin 2020 ~ 0 Commentaire

espagne (mediapart)

felipe

Espagne. Les socialistes rattrapés par la séquence noire de leur histoire

La déclassification par la CIA de documents sur l’affaire des GAL chargés, dans les années 80, par les hautes sphères du gouvernement socialiste, d’éliminer les dirigeants de l’ETA, ne devrait pas manquer de créer une commotion politique d’envergure dans une situation (post) pandémique de grande fragilité gouvernementale mais aussi de l’ensemble du champ politique institutionnel.

La CIA vient de lâcher une bombe dans le champ politique et médiatique espagnol en déclassifiant des documents qui désignent l’ancien président du Gouvernement, le socialiste Felipe González, comme ayant donné son accord pour que soit créé le GAL (Groupe Antiterroriste de Libération), ce groupe terroriste composé de truands et de fascistes, afin qu’il assassine les dirigeants de l’ETA.

Cette organisation sévit entre 1983 et 1984 et tua 27 personnes dont certaines n’avaient rien à voir avec l’ETA.

Pour saisir dans toute son ampleur ce que fut cet épisode de guerre sale menée par l’Etat espagnol, il faut rappeler que ces assassinats eurent lieu, pour l’essentiel, au Pays Basque français.

Il s’agissait de trouver une solution à l’incapacité des forces répressives espagnoles, pourtant peu avares de méthodes type tortures et exécutions sommaires de militant.e.s etarras ou simplement suspecté.e.s d’en être, à en finir avec le groupe armé basque.

Celui-ci  conservait encore une partie de l’appui qu’il s’était gagné dans la population d’Euskadi pour sa lutte contre la dictature (il avait précipité la crise de celle-ci en exécutant, en 1973, l’amiral Carrero Blanco, celui qui, le dictateur s’approchant du terminus de sa vie, devait assurer la … transition sans heurts vers un franquisme sans Franco).

Par ailleurs, malgré toutes les tentatives du gouvernement socialiste et d’une partie de l’appareil judiciaire de faire obstacle à l’enquête du juge en charge de l’enquête, suite aux révélations produites par des journalistes, le Ministre de l’intérieur, le secrétaire d’Etat à la Sécurité et un général de la Garde Civile furent reconnus coupables, ainsi que huit autres responsables politiques ou des forces de police ou de la Garde Civile, d’avoir mis en place cette structure composée de tueurs.

Il fut cependant impossible de remonter jusqu’au commanditaire de ces opérations que la presse désignait par Monsieur X et que certains des condamnés disaient être Felipe González, ce qu’aujourd’hui les documents de la CIA confirmeraient.

Pour finir de dessiner le tableau de cette stupéfiante affaire politico-criminelle, rappelons que Felipe González et la direction du PSOE n’ont eu de cesse de demander la libération des deux membres de leur gouvernement condamnés. Jusqu’à l’obtenir de José María Aznar qui, justement grâce à l’onde choc de cette affaire, avait réussi à battre Felipe González en 1996 permettant au Parti Populaire d’accéder pour la première fois au Gouvernement.

Si les documents américains déclassifiés confirmaient de façon probante l’implication de l’ancien chef du gouvernement socialiste qui, rappelons-le, a gouverné le pays pendant 14 ans de façon ininterrompue, l’impact politique serait énorme.

Il serait en effet plus évident que jamais, malgré la propension à l’amnésie qui joue un rôle majeur dans l’histoire de la démocratie espagnole, que les socialistes espagnols ont bien eu, dans ce moment décisif de l’histoire que fut la sortie du franquisme, un rôle pour que s’installe un Etat capable, tout démocratique qu’il était, de déroger à sa propre légalité, en héritage direct de ce que fut la dictature franquiste.

Le PSOE, il fallait être aveugle pour ne pas le voir avant ces révélations, s’est moulé dans des institutions représentatives qui, la preuve déjà par les condamnations prononcées, ont autorisé des membres d’un gouvernement à jouer de tout ce que, parmi les logiques arbitraires de l’Etat antérieur, la mécanique de la Transition laissait à leur disposition.

C’est tout un mythe, déjà bien mal en point, qui risque de s’effondrer définitivement : celui de la démocratie modèle qu’aurait été l’Espagne au sortir du franquisme, à un moment où la figure emblématique qui était au coeur de la propagande martelant cette idée, l’ancien roi Juan Carlos, est rattrapé par ses affaires de corruption et, par là-même, fait chanceler l’ensemble de la Maison Royale.

Pedro Sánchez lui-même ne devrait pas échapper aux retombées de cette affaire car c’est la légitimité de son parti qui s’en trouverait affectée et pas qu’un peu. Disons-le, nous risquons d’assister à un retour des plus virulents du refoulé d’une Transition que tant de gens, à gauche compris, à l’international comme à l’intérieur de l’Etat espagnol, ont cautionnée en abandonnant tout esprit critique.

Comment ne pas voir, entre autres choses, qu’à la lumière de ces révélations, le comportement antidémocratique et violent de l’Etat espagnol emmené par la droite mais soutenu par le PSOE, par Sánchez en personne, contre le processus d’autodétermination de la Catalogne, porte tous les signes de cette capacité terroriste de l’Etat démocratique espagnol ayant renoncé à se défranquiser radicalement.

Par où l’histoire s’énonce au présent, le passé se rappelle littéralement  et cruellement au souvenir du présent, avec une puissance qui risque d’être d’autant plus dévastatrice qu’ils auront été si longtemps contenus.

Le fil rouge, en fait le fil noir, qui a relié les fascistes du GAL à la rose socialiste des années 80, en se resserrant aujourd’hui autour de la figure tutélaire du PSOE qu’est Felipe González, ne pourra qu’enserrer les actuels dirigeants de ce parti et du gouvernement qu’il dirige et les prendre à revers dans leur incantatoire et mystificatrice proclamation qu’ils sont les fiers héritiers d’un parti exemplaire, d’une gauche immaculée.

Mais ils ne devraient pas être les seuls à subir les méchants contrecoups qui s’annoncent : gageons que le PP et l’extrême droite seront tentés d’en profiter pour pousser plus avant leur actuelle logique du « putschisme institutionnel » contre le Gouvernement.

Il serait pourtant assez facile de leur renvoyer que cette face sombre du « socialisme » des années de Transition et de post-Transition a structurellement à voir avec leur propre participation à ce consensus qui les a amenés à assumer, eux aussi, ce franquisme souterrainement continué qui fournit, de première main, l’outillage des GAL aux « démocrates » du moment.

Le PP, quand il s’appelait encore Alianza Popular, et les partisans de la dictature sont les pères et les mères dont se revendique aujourd’hui ouvertement Vox, encourageaient l’Etat à recourir à tous les moyens, je dis bien tous les moyens, pour écraser l’ETA. Les socialistes n’ont eu, pour ainsi dire, qu’à surfer sur ces incitations à sortir de l’Etat de droit !

J’ai employé le conditionnel « Il serait facile… » de neutraliser les velléités des droites d’attaquer, sur ce terrain des GAL, le « gouvernement progressiste » s’il avait existé aujourd’hui un parti en capacité de porter l’estocade depuis la gauche, depuis une gauche immunisée contre toute contamination systémique, c’est-à-dire jouissant d’une indépendance politique lui permettant de porter le fer, contre ce consensus de gauche et de droite dans le scandale d’Etat que fut et qu’est l’affaire des GAL.

Mais il n’y a pas ce parti dans le champ politique espagnol depuis que Podemos a décidé de gouverner avec le parti de Felipe González et de Pedro Sánchez. Depuis qu’Iglesias a décidé de relayer la mystification que le PSOE serait un parti de gauche (peut-on, étant de gauche, avoir créé une organisation d’assassins et ne jamais avoir opéré d’autocritique sur le sujet ?).

Et cela dans l’oubli opportuniste par le même Iglesias de ce qui l’amenait à dire, à ses tout débuts, que ce parti était, à l’égal du PP, « un parti de la caste », formule poliçant déjà l’abrupt « la même merde que le PP » des Indigné.e.s de 2011.

Qu’il est loin, politiquement loin, le Pablo Iglesias qui, en 2016 encore, avait le verbe haut, en pleine séance du Congrès des Député.e.s, même s’il l’employait pour convaincre Pedro Sánchez de faire gouvernement avec lui, quand il lui asséna « votre problème c’est que l’on vous a interdit de faire un pacte avec nous.

Felipe González, celui dont le passé est taché de chaux vive, l’a dit « . Allusion, ayant provoqué un tonitruant tapage des député.e. socialistes et une violente riposte de Pedro Sánchez, à l’un des crimes les plus odieux des GAL qui, après avoir assassiné deux etarras, avaient essayé de faire disparaître les corps sous de la chaux vive !

Mais ce Pablo Iglesias et ce Podemos sont rentrés dans le rang et se trouvent dans l’obligation de faire le constat qu’il serait suicidaire… de sortir de la fuite en avant de la solidarité gouver-nementale dans laquelle ils sont désormais engagés.

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Antoine 15 juin 2020 Antoine (Montpellier)

https://blogs.mediapart.fr/

Note : il est dit erronément dans l’article de El Nacional que José Luis Corcuera (et non José Corcuera) fut condamné dans l’affaire des GAL, or ce dirigeant socialiste, non seulement ne fut pas condamné, mais succéda au Ministère de l’Intérieur, en 1988, à José Barrionuevo qui, lui, impliqué dans cette affaire, fut condamné et emprisonné. Mais vite dispensé de peine car le PP sait se montrer conciliant avec la gauche dont il partage le soutien aux fondamentaux du régime né en 1978 dans les conditions dont nul ne devrait plus ignorer ce qu’elles furent ni les effets qu’elles ont sur le présent.

bzh euskadi

Lire aussi:

Felipe Gonzalez à l’origine de la création des GAL (Mediabask)

Des documents déclassifiés de l’Agence centrale d’intelligence (CIA) confirment que l’ancien premier ministre socialiste espagnol Felipe Gonzalez a approuvé la création des Groupes Antiterroristes de Libération (GAL). Ce groupe actif entre 1983 et 1987 est responsable d’une trentaine de morts en Pays Basque Nord.

« Felipe Gonzalez a accordé la création d’un groupe de mercenaires pour combattre illégalement les terroristes ». Cette phrase apparaît dans les documents déclassés de l’Agence centrale d’intelligence (CIA). Cette dernière a étudié la création des GAL dans les années 80, comme l’explique le quotidien La Razón qui vient de publier des documents de l’agence nord-américaine sur le sujet.

Ces documents déclassifiés contiennent des passages censurés. Malgré cela, ils confirment des aspects significatifs. La CIA souligne que le Gouvernement espagnol « se montre déterminé à adopter une stratégie peu orthodoxe face à ETA ». Suite à une phrase censurée qui pourrait indiquer le nom de la source, l’agence dit que « Gonzalez a approuvé la création d’un groupe de mercenaires contrôlés par l’Etat, pour combattre illégalement les terroristes ».

Après une autre phrase censurée, l’agence ajoute que « les mercenaires ne seront pas nécessairement espagnols et auront comme objectif d’assassiner les leaders d’ETA, en Espagne et en France ».

Un autre document cité par le journal indique que ce ne serait pas la première fois que l’Etat espagnol lutte contre ETA de manière illégale. Des sigles comme Anti Terrorismo ETA (ATE), la Alianza Apostólica Anticomunista (Triple A) et le Batallón Vasco Español apparaissent dans un dossier.

Concernant les passages encore cachés par la CIA, il semble indéniable que certains dossiers évoquant la guerre contre ETA contiennent les identités et CV des mercenaires.

Mediabask|15/06/2020

https://www.mediabask.eus/

 

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14 juin 2020 ~ 0 Commentaire

maurice rajfus (npa liberation france-info)

maurice rajfus (npa liberation france-info) dans Anticolonialisme
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Maurice Rajsfus, le dernier des justes

Arrêtés avec leurs parents au matin du 16 juillet 1942 par des gendarmes français– début de la Rafle du Vel’ d’Hiv -, Maurice et sa sœur Jenny n’échappèrent à la déportation que grâce à la lucidité de leurs parents. Une loi stipulant que les enfants de nationalité française pouvaient sortir, leurs parents demandèrent à Maurice et à sa sœur de quitter le lieu où ils étaient regroupés, à Vincennes. Transférés à Auschwitz, leurs parents y disparurent. Ayant réintégré le petit appartement familial, les deux enfants survécurent.

Adhérent à la JC à la Libération, Maurice en fut vite exclu pour « hitléro-trotskysme ». Il avait le tort de penser que la grève était la meilleure arme des travailleurs alors que pour le PC l’heure n’était plus à la contestation mais à la reconstruction de la France.

C’est dans le cadre des Auberges de Jeunesse qu’il rencontra des trotskystes. Un bref moment militant du Parti communiste internationaliste (PCI), il y découvrit la réalité de la répression aux colonies. Du 14 juillet au 14 août 1950, il participa à une brigade de volontaires envoyés par le PCI en Yougoslavie, en soutien à Tito mis à l’index par l’URSS et les partis communistes.

Contacté au début de la Guerre d’Algérie par ses anciens camarades trotskystes, contre l’avis du PC il organisa au Quartier latin un rassemblement de plusieurs milliers de personnes le 13 octobre 1955, contre l’envoi du contingent en Algérie.

Enchaînant les petits boulots, les années d’après-guerre furent difficiles sur le plan matériel. Son mariage, en 1954, puis la naissance de ses deux enfants, l’amena à se stabiliser. Il devint journaliste, un métier qu’il exerça avec passion jusqu’en 1986. Il fut de l’aventure du PSU dès sa création, un moment secrétaire de section à Vincennes.

Membre du Syndicat national des Journalistes (SNJ), il participa pleinement aux événements de Mai 68, ce qui lui permit de voir de près l’intensité de la répression, de la violence policière. Avec Jean-Michel Mension (Alexis Violet à la LCR), ils créèrent l’Observatoire des libertés publiques. Il assura pendant de nombreuses années la publication du bulletin Que fait la Police ? Il fut aussi un des initiateurs du réseau Ras l’Front dont il sera président pendant quelques années.

Outre ses ouvrages sur la police (La police hors la loi. Des milliers de bavures sans ordonnances depuis 1968, Le Cherche Midi, 1996 ou Je n’aime pas la police de mon pays, Libertalia, 2012), cet antisioniste écrivit des livres sur Israël et la Palestine. Enfin, il traita, à la fois en témoin et en historien, de la période de Vichy et de l’Occupation (On lui doit le Que Sais-Je ? sur La Rafle du Vel’ d’Hiv, PUF, 2002).

Le hasard des archives l’amena à s’intéresser au dossier de l’Union générale des Israélites de France (UGIF). Dans son livre Des Juifs dans la Collaboration, l’UGIF 1940-44 (EDI, 1980), il dresse un constat sévère sur l’action de ces notables juifs confrontés aux exigences des occupants. Un ouvrage passionnant et courageux selon Pierre Vidal-Naquet qui signe la préface.

Dimanche 14 juin 2020

https://npa2009.org/actualite/

Lire aussi:

L’historien et écrivain Maurice Rajsfus, rescapé de la Shoah et vigie des violences policières, est mort à l’âge de 92 ans (France Info)

Maurice Rajsfus, encyclopédie des violences policières (Libération)

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