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04 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

brésil (à l’encontre)

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Guilhermo Boulos

Brésil. La crise du PT et la reconfiguration de la gauche

Le dimanche 29 novembre, s’est déroulé le deuxième tour des élections municipales au Brésil. Bien que les résultats locaux ne puissent pas nécessairement être extrapolés, il s’agissait d’une élection ayant une saveur nationale, qui dessine déjà certains contours de l’élection présiden-tielle de 2022. Bien qu’en termes globaux la gauche perde du terrain face au centre-droit traditionnel, il y a quelques développements intéressants au sein de l’éventail progressiste.

Numériquement, le Parti des travailleurs (PT) ne se remet pas des élections municipales de 2016, le grand moment d’antipétisme qui a signifié une forte défaite nationale pour le parti fondé en 1980, sous l’influence des luttes ouvrières de l’ABC de São Paulo [la région industrielle].

En 2016, le PT comptait 257 mairies, il n’en compte plus que 183. Ses maires gouverneront des municipalités ne totalisant plus que 2,6% des Brésiliens.

Pour la première fois depuis la période de 1985 [fin de la dictature], le PT ne gouverne aucune capitale.

En outre, le PT a été défié par une gauche nouvelle, plus juvénile et moins bureaucratisée qui a été capable d’établir une communication plus directe, naturelle et efficace avec la population.

Dans le même temps, de nouveaux leaders de gauche émergent sur la scène nationale qui ne sont pas des «pétistes». C’est le cas de Manuela D’Avila du Parti communiste du Brésil (PCdoB) qui a atteint le deuxième tour à Porto Alegre. Malgré sa défaite [face à Sebastião Melo du MDB], elle a obtenu 45,37% des voix, en ayant l’appui des diverses formations de la gauche.

Sans aucun doute, la principale star de ces élections est Guilherme Boulos du Parti du socialisme et de la liberté (PSOL), une formation fondée en 2004, suite à des ruptures avec le PT.

Ces dernières années, le PSOL a gagné en visibilité. [Guilherme Boulos s’est affirmé comme animateur du Mouvement des travailleurs sans toit – MTST– présent depuis la fin des années 1990].

Le candidat du PSOL a réalisé une performance emblématique lors de ce second tour à São Paulo, en affrontant la puissante machine traditionnelle de droite de São Paulo, le Parti brésilien de la social-démocratie (PSDB).

Bien qu’il ait perdu au deuxième tour, Boulos a obtenu 40,62% des voix [soit 2’168’109 suffrages]. Cela fait de lui un point de référence national pour la gauche.

Pour la première fois depuis des années, la principale figure du leadership progressiste n’appartient pas au camp du PT. Sa campagne a suscité des émotions et a mobilisé massivement.

Elle a provoqué un enthousiasme que l’on n’avait plus vu depuis longtemps dans la gauche brésilienne. Guilherme Boulos a reçu le soutien massif de jeunes qui ne se voient pas représentés par un «pétisme» dont la direction s’éloigne d’une base qui, elle, réclame à grands cris une refonte.

Comme illustration de ce manque de syntonie avec une base populaire, on peut citer le candidat du PT, Jilmar Tatto, à la mairie de São Paulo. Il représente cette bureaucratie du parti [il a cumu-lé depuis fort longtemps de nombreuses responsabilités dans l’exécutif de São Paulo, dans l’appareil du PT et comme élu fédéral] qui ne suscite aucun emballement parmi la base populai-re. Il n’a obtenu que 8,6% des voix, le pire résultat du PT dans la plus grande circonscription électorale du Brésil.

Toutefois, au sein du PT, certains changements semblent se dessiner. Il en va ainsi avec Marília Arraes, candidate à la mairie de Recife, dans le nord-est du Brésil, qui se distingue d’une direction du PT qui n’enchante plus.

Elle symbolise précisément le militantisme de renouveau du PT, qui communique avec les jeunes et s’intéresse à des orientations contemporaines (comme le féminisme, la lutte et la défense du camp LGBTQI et l’écologie).

Marília Arraes, 36 ans, a perdu contre son cousin João Campos du PSB (Parti socialiste brésilien) qui a obtenu 56,27% des voix. Les deux descendent du fondateur de la dynastie du Nord-Est, Miguel Arraes.

Marília Arraes a obtenu 43,73% des voix, un résultat fort remarquable. Marília Arraes n’a pas été le choix de la bureaucratie pétiste, mais de la base militante du parti. Jeune femme combative et forte, elle a réussi à s’imposer dans l’appareil du parti au Pernambuco. La candidate du Nord-Est a mené une campagne similaire à celle de Boulos, avec un langage plus naturel, plus jeune et une esthétique plus moderne.

Parallèlement au phénomène Arraes, il en existe un autre qui symbolise également cette volonté de renouveau du PT: celui des «candidatures collectives». Il y en a plus de 26 dans tout le pays, principalement composées de femmes noires et de jeunes de la périphérie, qui n’ont pas leur place dans les structures plus pyramidales du PT.

Outre cette nouvelle configuration électorale, il y a eu d’autres nouveautés comme le cas du mouvement «Representa», un courant de jeunes de l’intérieur de São Paulo qui a présenté et appuyé 138 jeunes candidats pétistes (sans l’appui de la bureaucratie du parti) dans tout le pays. Sur ces 138 candidats, 25 ont gagné. Le plus important a été donc le processus de remise en question de la direction du PT.

Il est possible d’affirmer que le pétisme a perdu sa position hégémonique dans le champ de la gauche et du progressisme. Ce champ est aujourd’hui plus hétérogène que par le passé. Le Parti socialiste brésilien (PSB) et le Parti travailliste démocratique (PDT) sont les meilleurs opposants.

Le PSB garde 252 villes [-151] et le PDT  314 [-17]. En termes de capitales, le PDT a remporté Aracajú [Sergipe] et Fortaleza [Ceará] et le PSB Maceió [Alagoas] et Recife [Pernambouc]. Dans le Nord-Est, la carte politique est donc reconfigurée et le «pétisme» perd de sa force face à ces deux forces.

Une figure se dégonfle, c’est le gouverneur du Maranhão, Flávio Dino du PCdoB. Il est également positionné comme une figure importante pour la constitution des alliances en vue des présidentielles de 2022. Le candidat soutenu par Flávio Dino a perdu la bataille électorale à São Luis (capitale du Maranhão). En outre, la base de Dino s’est divisée. Une bonne partie a soutenu le candidat de l’opposition qui a finalement gagné, Eduardo Braide de Podemos [jusqu’en 2016 il portait le nom de Partido Trabalhista Nacional-PTN].

La campagne de Guilherme Boulos à São Paulo a réussi à consolider un front de gauche assez large et symbolique en faveur de sa candidature, un front qui a réuni le PT, le PSOL, le PCdoB, le PSB, le PDT.

La candidature de Manuela D’Avila (PCB) à Porto Alegre a également reçu un soutien important de la gauche; au même titre que le vainqueur de la course à la mairie de Belém (Parà), Edmilson Rodrigues du PSOL.

À l’horizon 2022, il semble évident que chaque parti progressiste aura son propre candidat. Cependant, avec la montée de la droite traditionnelle, ils seront peut-être contraints d’engager le dialogue.

La droite classique connue sous le nom de centrão s’est développée et le Parti démocrate [le DEM dispose de 464 maires, une augmentation de 198] se profile comme l’un des grands facteurs d’alliance pour les prochaines élections présidentielles. (Résumé voir lien)

(Article publié sur le site de Nueva Sociedad; traduction rédaction A l’Encontre)

Esther Solano Gallego est professeure à l’Université fédérale de São Paulo.

3 décembre 2020 Alencontre
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Note:
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PDT et PSB sont des partis « socialistes » alliés de PT de Lula et de Dilma Youssef. Le PC do B est aussi un allié.
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01 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

le pen 1 (socialist worker)

LE-PEN

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Les nombreux visages des Le Pen

Le Front national français (FN), devenu le Rassemblement national (RN), est l’un des partis d’extrême droite les plus prospères d’Europe.

Créé en 1972, ses racines et son idéologie sont fermement ancrées dans la tradition fasciste. Cependant, depuis sa création, il a tenté de se repositionner et de remodeler ses politiques afin de se présenter comme un parti dominant.

L’héritage de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste a hanté les organisations fascistes d’après-guerre dans toute l’Europe. Jean-Marie Le Pen, élu à la tête du FN en 1972, a dirigé le parti pendant 40 ans et a réussi à en faire un élément établi du système politique français.

Sa fille cadette, Marine Le Pen, est à la tête du parti depuis 2011 et a connu un succès électoral encore plus grand. Le parti bénéficie d’une base électorale fidèle, qui lui a permis d’obtenir un niveau de soutien tel que les deux Le Pen ont chacun atteint un second tour aux élections présidentielles – Jean-Marie en 2002, Marine en 2017.

Les réalisations de l’organisation en ont fait un modèle pour une grande partie de l’extrême droite au niveau international. Marine Le Pen a également été l’une des premières femmes à diriger un parti européen d’extrême droite, et d’autres femmes ont suivi ses traces pour devenir des dirigeantes d’organisations d’extrême droite.

Le thème dominant de son leadership a été son projet de dédiabolisation. Elle a cherché à débarrasser le parti des stigmates entourant ses racines fascistes, qu’elle considère comme un obstacle à de nouvelles percées électorales. Sa réinvention actuelle du parti doit être considérée dans le contexte d’une longue histoire de tels projets au sein du FN. Marine Le Pen a fait de grands progrès dans ce projet, qui a consisté à tourner ostensiblement le dos à son père et à son héritage politique de fascisme et d’antisémitisme.

L’histoire du parti est une histoire de réinvention et de reconditionnement constants.

Marine Le Pen est loin de la collection d’admirateurs d’Hitler, de collaborateurs nazis et de vétérans de la guerre d’Algérie qui formaient à l’origine le FN. Le parti a connu de réels changements, faisant preuve d’une plasticité qui lui a bien servi. Cependant, cet article critiquera ceux qui prétendent que Marine Le Pen représente une rupture fondamentale avec la « vieille » politique fasciste du FN.

Marine Le Pen a déjà déclaré son intention de se présenter à l’élection présidentielle française de 2022. Ce sera la troisième fois qu’elle se présente au poste politique le plus convoité du pays. Le Pen a annoncé qu’elle proposerait une « grande alternative pour remettre le pays sur pied » et forger « l’unité nationale ».

Le terme de fascisme est souvent utilisé de manière vague et inexacte.

- Le fascisme classique est un mouvement de masse contre-révolutionnaire basé sur la petite bourgeoisie, qui peut attirer d’autres groupes sociaux à mesure qu’il se développe.
- Le fascisme cherche à détruire la démocratie et les organisations de la classe ouvrière.
- Le fascisme se développe en période de crise profonde, lorsque des pans de la classe dirigeante capitaliste cherchent des solutions extrêmes pour résoudre leurs problèmes.
- Les organisations fascistes se construisent en utilisant à la fois des moyens parlementaires et la force paramilitaire.
- Le racisme, et surtout l’antisémitisme, a été une caractéristique essentielle de ces mouvements depuis la montée des nazis dans les années 1930.

Ceux qui cherchaient à gagner un public aux idées fascistes et d’extrême droite dans l’après-guerre en France se sont heurtés aux limites créées par les souvenirs des horreurs de l’Holocauste, de l’occupation nazie, de la collaboration et du régime de Vichy.

Le projet visant à rendre la politique du fascisme socialement acceptable a duré des décennies. L’isolement de l’extrême droite après la guerre a été aggravé par la défaite de l’impérialisme français en Algérie et au Vietnam dans les années 1950 et 1960.

Ces défaites humiliantes ont provoqué une crise politique profonde en France et des troubles au sein de l’extrême droite française. Une partie de l’extrême-droite a pris les armes aux côtés des militaires contre l’État français. Ils ont créé un groupe terroriste, l’Organisation Armée Secrète (OAS), qui a mené des campagnes de bombes et une tentative d’assassinat contre le président de Gaulle. La perte de l’Algérie française a vu plus d’un million de colons blancs revenir en France en 1962. Ces « pieds-noirs » sont devenus une section clé de la base électorale du FN.

L’autre facteur qui a façonné l’extrême droite de l’après-guerre a été l’impact des luttes de 1968. La révolte en France et dans le monde, y compris la grève générale française de mai 1968, a mis la gauche sur le devant de la scène.

Les mouvements de libération ont remis en question des décennies de domination impérialiste et les travailleurs et les étudiants sont descendus dans la rue. Cela a menacé de pousser les idées fascistes encore plus loin dans le désert, forçant l’extrême droite à réfléchir à la manière de regagner de l’influence.

Le développement de ce qui fut connu sous le nom de Nouvelle Droite (ND) fut la clé de cette évolution. La ND a été créée en 1968, réunissant des intellectuels fascistes et d’extrême droite par le biais d’un groupe de réflexion, le Groupe de recherche et d’étude pour la civilisation européenne (GRECE), et d’un certain nombre de publications théoriques, par exemple Éléments et Nouvelle École.

Dans sa phase initiale, le groupe se réclamait « ni à droite ni à gauche ». Cependant, le noyau fasciste de ce groupe était clairement identifiable. Alan De Benoist, Michael Walker et Marco Tarchi ont chacun « commencé leur carrière en tant que figures liées à l’extrémisme de droite ou même au néofascisme », et De Benoist avait dirigé la Fédération des étudiants nationalistes (FEN) d’extrême droite, qui soutenait le mouvement français en Algérie.

Maurice Bardèche, l’un des principaux auteurs fascistes de l’après-guerre: « cette realpolitik de droite… est peut-être la seule voie qui nous reste ouverte pour sortir du ghetto dans lequel la droite se trouve piégée ».

Les partisans de ce courant en sont venus à s’appeler « Gramscians de la droite », adoptant des éléments des idées du marxiste italien Antonio Gramsci, en particulier l’importance de gagner l’hégémonie idéologique et la centralité de la culture dans ce processus.

De Benoist mettait en garde contre un « vocabulaire dépassé ». La supériorité raciale était plutôt exprimée dans un langage qui dépeignait les différences entre les races et les groupes ethniques comme étant essentiellement culturelles.

Cela représentait une rupture par rapport à l’accent mis par l’extrême droite sur le racisme biologique, lui offrant un moyen de poursuivre son programme avec un visage plus acceptable. Affirmant que son idéologie n’était pas raciste, elle a présenté son approche comme défendant le « droit à la différence ».

Guillaume Faye, un autre théoricien clé de la ND, a développé un « credo ethno-différentialiste » qui parlait de maintenir l’identité culturelle et biologique en mettant fin à l’immigration, en disant que c’était cela, plutôt que les immigrants eux-mêmes, qui posait problème. Ce récit a dépeint le mélange des cultures, ce qui a été connu sous le nom de multiculturalisme, comme l’imposition de l’uniformité.

Les publications, les conférences, la présence dans les milieux universitaires et la reconnaissance par les grands médias ont tous eu un impact immense, créant un cadre intellectuel pour une génération d’organisations fascistes en France et influençant les intellectuels d’extrême droite dans toute l’Europe.

Le succès électoral a conduit de nombreux intellectuels de la ND à rejoindre le FN et à y occuper des postes de direction. Jean-Yves Le Gallou, une figure de proue de la ND dans les années 1970, a rejoint le FN et est devenu un représentant élu du FN au Parlement de l’Union européenne. Pierre Vial, un ancien secrétaire général du GRECE, a ensuite siégé au comité central du FN. La synthèse du projet intellectuel de la ND et de la mission électorale du FN a en effet ouvert une voie de sortie du « ghetto » pour les fascistes français.

Jean-Marie Le Pen

Lorsque Jean-Marie Le Pen a contribué à la fondation du FN en 1972, il avait déjà un long pedigree dans les mouvements fascistes et d’extrême droite français. Il avait été dans la Légion étrangère française,  combattu en Algérie pour écraser le mouvement d’indépendance et était un membre éminent de l’OAS.

Le FN a rassemblé différents courants du fascisme et de l’extrême droite. Des partisans des nazis de la guerre, Roland Gaucher et François Brigneau, membres du Rassemblement national populaire (RNP). Pierre Bousquet, qui avait servi dans la Waffen SS, et Paul Malaguti, plus tard conseiller du FN, étaient également impliqués dans le massacre de huit résistants à Cannes en 1944.

Ces collaborateurs nazis et défenseurs du régime de Vichy se sont mêlés à des vétérans des forces qui ont combattu en Algérie. Le FN était au cœur un parti fasciste, mais il a également su attirer d’autres courants d’extrême droite.

Le parti a été, dès le départ, centralisé et discipliné, avec Le Pen comme chef tout puissant. Ce « principe du führer » de leadership se poursuit sous Marine Le Pen. Au cours des années 1970 et 1980, le parti s’est surtout concentré sur les candidatures à la présidencielle. La fluidité idéolo-gique du parti lui permettait de changer de politique lorsque cela était jugé avantageux. Le passage significatif de la promotion des idées du monétarisme et du libre-échange à la défense d’une approche « étatiste » de l’économie dans les années 1990 est un exemple de cette adaptabilité.

Ce changement a permis au parti de s’adresser à une plus grande partie de l’électorat et a ensuite permis à Marine Le Pen de remporter les élections dans l’ancienne région minière du Pas de Calais.

Sous la direction de Jean-Marie Le Pen, la part de vote du FN est passée de 0,7 % aux élections présidentielles de 1974 à 16,9 % en 2002. Les percées électorales réalisées à partir de 1983 ont permis au FN de s’imposer sur la carte politique. En 1984, le FN a remporté dix sièges au Parlement européen avec 11 % des voix. Ce succès a conduit à un nouveau réalignement alors que d’autres factions, notamment le leader de l’extrême droite Bruno Mégret et sa Confédération des associations républicaines, ont uni leurs forces à celles du FN.

Jean-Marie Le Pen a utilisé des émissions de radio, une lettre bimensuelle aux membres et des publications, officielles et non officielles, pour construire le FN. L’hebdomadaire National Hebdo avait un lectorat de 100 000 personnes.

Afin d’attirer différentes couches de la société, la « politique du nénuphar » du parti a vu la création de groupes pour les jeunes dans les écoles et les universités, ainsi que parmi les femmes, les vétérans de l’armée, la police, les hommes d’affaires et les agriculteurs. Le parti a également lancé des initiatives culturelles et communautaires telles que la « Fête Bleu, Blanc, Rouge » et le défilé annuel du 1er mai devant une statue de Jeanne d’Arc à Paris.

Le parti est passé de 10 000 membres en 1983 à 70 000 à 80 000 en 1993, dont plus de trois fois plus de dons.  Après l’élection présidentielle de 1988, le parti est devenu plus discipliné et plus professionnel. Jean-Marie Le Pen: « Nous avons reconstruit la droite. Nous avons donné à cette famille politique quelque chose qu’elle n’avait pas, la continuité et la durabilité ».

Racisme et immigration

L’immigration a été une question centrale pour le FN, et le parti a bénéficié de l’hostilité envers les immigrants des politiciens traditionnels. Un membre fondateur du FN, l’éminent fasciste et négationniste François Duprat, a tiré les conclusions du tristement célèbre discours « Rivers of Blood » d’Enoch Powell : « Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop ».

L’immigration en est venue à être considérée comme une question « omnibus » : tout, de l’identité nationale au logement et à l’éducation, pouvait y être englobé. Les thèmes de l’ »identité » et de la « différence » ont été au cœur de la nouvelle image du racisme du FN. Le parti encourageait ses partisans à se sentir assiégés, affirmant que les citoyens français « se sentent étrangers dans leur propre pays ».

Lorsque le FN remporte des élections, c’est l’occasion de mettre en pratique sa propagande raciste. Marie-France Stirbois, conseillère municipale du FN dans la ville de Dreux, a déclaré : « Le FN est le seul parti prêt à défendre la nation française : « Si le candidat est français, il obtiendra un logement social. S’il est étranger, alors il sera mis en bas de la liste d’attente ». Le ciblage des citoyens français considérés comme « étrangers » en raison de la couleur de leur peau ou de leur religion était une extension logique de la propagande anti-immigration du FN.

La discrimination croissante à l’égard des musulmans au sein de la société française a fourni un terrain fertile au FN. Le colonialisme français a laissé un héritage de racisme profond dans le pays.

À partir de 2001, ce racisme s’est intensifié dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », qui s’est accompagnée d’une montée de l’islamophobie en France, tout comme en Grande-Bretagne et ailleurs. L’un des produits a été la législation de 2004 interdisant aux élèves musulmans de porter le foulard à l’école au motif qu’elle remettait en cause le principe de laïcité. Cette législ-ation a encouragé l’utilisation d’une rhétorique raciste et a légitimé le discours du FN, l’encou-rageant à aller encore plus loin. Cette fertilisation idéologique croisée entre la politique tradition-nelle et le FN a enraciné l’islamophobie dans la société française, un phénomène qui transcende les divisions politiques.

Stratégie

Le parti était confronté à une contradiction. Jean-Marie Le Pen savait que le succès électoral dépendait de l’acceptation du FN dans la politique générale. Mais il comprenait aussi qu’il devait s’accrocher au noyau fasciste du parti, qui avait tendance à résister à la modernisation. Il a essayé de surmonter les tensions qui en résultaient en envoyant périodiquement des signaux à sa base fasciste pour la rassurer sur le fait que ses convictions n’avaient pas changé.

Il a fait des déclarations, parfois voilées ou codées, parfois grossières et sans honte, qui indiquaient ses convictions fascistes et antisémites constantes. Ses commentaires répétés selon lesquels les chambres à gaz de l’Holocauste n’étaient qu’un « point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale » n’étaient pas un accident. De telles déclarations ont été calculées pour rallier la base dure du parti. Son adoption d’un slogan dominant du gouvernement de Vichy « Travail, Famille, Patrie » – n’était pas une coïncidence.

Ce fut l’environnement politique dans lequel Marine Le Pen a grandi. Elle est pleinement consciente des opinions de son père ainsi que de la nature et des origines du parti auquel elle a participé tout au long de sa vie politique. Elle sait que les « apartés » de son père ont été conçus pour durcir le discours, même s’ils ont rendu d’autres personnes nerveuses – les sondages d’opinion du début des années 1990 ont révélé que 73 % de l’électorat considérait le FN comme un danger pour la démocratie.

Pourtant, au fur et à mesure que le parti a remporté des succès électoraux, des arguments sont apparus au sein du parti sur la nécessité d’une modernisation plus poussée pour réaliser des percées électorales encore plus importantes.

La flexibilité idéologique du FN lui a permis d’éviter des scissions majeures pendant plus de deux décennies. Cependant, Le Pen n’était pas prêt à aller plus loin dans la modernisation, refusant de rompre complètement avec la base dure du parti. Cela a conduit à une scission en 1998 lorsque Le Pen a expulsé Mégret, qui voulait poursuivre la modernisation et préconisait de travailler avec la droite dominante.

Mégret avait critiqué l’ »isolationnisme » de Le Pen, arguant qu’il était devenu un obstacle au développement du parti. Les tensions au sein du parti et la scission qui s’en est suivie se sont produites dans un contexte de lutte des classes montante en France, qui a vu des grèves générales de masse balayer le pays en 1995.

Parallèlement à ces luttes ouvrières, de nouvelles organisations sont apparues pour s’opposer au racisme et au FN. Ces développements ont mis la pression sur le FN et ont contribué à alimenter les divisions sur la voie à suivre.

L’expulsion de Mégret a entraîné un exode des cadres et de près de la moitié des membres. Ceux qui sont partis ont ensuite formé le Mouvement National Républicain (MNR) pour contester le FN. Néanmoins, le FN a finalement conservé sa domination électorale sur le vote d’extrême droite, ce qui a conduit certains membres du FN à conclure que le parti n’avait pas besoin de nouveaux compromis pour gagner les élections.

Le FN, sous la direction de Jean-Marie Le Pen, a connu son plus grand succès lors des élections présidentielles de 2002. Le Pen a battu le candidat du Parti socialiste Lionel Jospin, atteignant le second tour contre le conservateur Jacques Chirac.

Le FN a remporté cinq millions de voix. Ce résultat a mis en évidence le déclin de la confiance dans la politique traditionnelle – le second tour avait toujours été disputé entre les partis traditionnels dans le passé.

La percée du FN a créé un énorme contrecoup, avec des protestations de masse dans les rues de Paris et d’autres villes de France. Cette révolte populaire a conduit Marine Le Pen à réévaluer la stratégie du parti. Son père avait été le principal atout du parti pendant près de quatre décennies, mais il était désormais devenu un obstacle à l’élargissement de son soutien.

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01 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

le pen 2 (socialist worker)

fachos milice

L’ère de Marine Le Pen

La France est entrée dans le 21è siècle comme la septième économie mondiale.

Toutefois, comme en Grande-Bretagne et dans d’autres grandes puissances européennes, certaines régions souffrent de désindustrialisation et de pauvreté extrême . Il s’agit, par exemple, de pans entiers du nord de la France et des banlieues entourant les grandes villes, où vivent les plus pauvres de la société française, dont beaucoup d’origine immigrée.

Ces communautés sont confrontées à l’isolement économique et à de mauvaises conditions de logement, ainsi qu’au racisme d’État et au harcèlement policier. L’absence de moyens contre ces inégalités a entraîné un déclin du vote des partis traditionnels, ce qui a permis au FN de devenir le troisième parti le plus important.

L’élection de Marine Le Pen à la tête du parti en 2011 a marqué à la fois une rupture avec l’héritage politique de son père mais aussi une continuité avec les idées de l’ancien FN. Elle a remporté un premier siège de conseillère régionale dans le Nord-Pas de Calais en 1988. En 2017, elle a été élue à l’Assemblée nationale dans la région du Pas de Calais, une ancienne zone minière qui a souffert de la désindustrialisation et du chômage, un bastion de gauche.

Son père a facilité son ascension grâce à la direction du parti, la nommant vice-présidente du FN en 2003, alors qu’elle avait été 34e aux élections du parti. Elle a remporté le poste de leader contre Bruno Gollnisch, représentant de longue date de la vieille garde du parti, en obtenant 67,65 % des voix.

Elle a fait l’éloge de son père dans son discours d’arrivée, citant sa « fermeté, son âme noble, sa persévérance, la vision et la bravoure ». Son père qui a financé sa campagne présidentielle de 2017 avec un prêt de 6 millions d’euros, même après qu’elle l’ait expulsé du parti.

Marine Le Pen a une grande visibilité médiatique et est souvent traitée comme une célébrité de la télévision.

Elle a intitulé son programme présidentiel 2012 : « Mon projet, pour la France et pour le peuple français ». Pour la campagne présidentielle de 2017, elle a simplement utilisé son prénom sur la publicité et a changé l’emblème du parti , une flamme tricolore (à l’origine inspirée du parti fasciste italien, Movimento Sociale Italiano MSI, pour une rose.

Après avoir atteint le second tour contre le candidat du centre de gravité Emmanuel Macron, elle a annoncé, deux semaines avant le vote final, qu’elle se retirait de la présidence du FN, en disant « Ce soir, je ne suis plus la présidente du Front national. Je suis la candidate à la présidence française ». L’élection de 2017 lui a permis de remporter plus de 10,6 millions de voix.

Marine Le Pen s’est engagée depuis longtemps dans la stratégie de dédiabolisation et son leadership représente une nouvelle phase, plus profonde, dans ce processus. Sa « Génération Le Pen » s’articule autour de ses jeunes membres qui souhaitent moderniser le parti.

Dans le cadre de cette stratégie, elle a tenté de prendre ses distances avec les membres du parti qui expriment des opinions plus extrêmes et qui participent à des actes de violence dans la rue. Comme le dit Wallerand de Saint-Just, le trésorier du parti : « Toute phrase maladroite ou malheureuse peut nous tuer. Et Marine Le Pen n’en est que trop consciente ».

Elle a également été l’instigatrice de changements dans les alliances internationales du parti, en retirant le parti d’un groupement européen avec d’autres partis fascistes. Elle n’appelle plus à une sortie de l’UE, s’engageant plutôt à la changer de l’intérieur. Elle considère la Russie comme un allié, affirmant qu’elle partage ses « valeurs sociales ». Elle a proposé « un axe nationaliste Washington-Paris-Moscou » avec Donald Trump et Vladimir Poutine.

Mais elle aussi a également dû maintenir un équilibre délicat. Elle veut conserver la base que le parti a construite au cours des décennies, tout en gagnant de nouveaux partisans. Lorsqu’elle s’exprime, elle continue à donner des signaux au hardcore du RN.

Racisme et Marine Le Pen

Les récents attentats terroristes ont permis une escalade toujours plus importante du racisme à l’encontre des musulmans. Marine Le Pen a cherché à en tirer parti, en présentant les musulmans de France comme des personnes qui alimentent le terrorisme et en affirmant que la France multiculturelle était devenue « une université pour les djihadistes ».

les auteurs des attentats terroristes : « Ces monstres sont aussi les enfants de la diversité ». L’islamophobie est si profondément ancrée au sein de la classe dirigeante française, et dans toute la société française, qu’elle fausse les politiques et les pratiques des partis et des mouvements de tout l’éventail politique.

La représentation de l’islam comme une religion arriérée, intrinsèquement oppressive pour les femmes et un défi à la laïcité, est devenue une vision de bon sens. En prétendant défendre les valeurs républicaines de laïcité lorsqu’elle attaque l’Islam, Marine Le Pen gagne à la fois la légitimité de son islamophobie et positionne le FN comme un défenseur de la République française, plutôt qu’un défi contre-révolutionnaire à celle-ci.

L’absence d’une opposition soutenue à l’islamophobie lui a permis de gagner en légitimité, même parmi certaines féministes et sections de la gauche. .

Marine Le Pen n’a pas inventé le récit raciste contre les musulmans, qui fait passer le sexisme de la société pour un produit de l’Islam, de l’immigration et du multiculturalisme. Cependant, en tant que femme dirigeante politique, elle a réussi à armer cette racialisation du sexisme, en affirmant que la société multiculturelle et l’immigration « font reculer les femmes de plusieurs siècles ».

Antisémitisme

L’antisémitisme fait toujours partie intégrante de la vision du monde de Marine Le Pen. Sa défense de la laïcité a pour effet de cibler implicitement les juifs pratiquants. Lorsqu’elle dénonce la fourniture de viande halal dans les écoles, elle inclut également la nourriture casher. Pourtant, elle déclare avoir rompu avec l’antisémitisme auquel le parti a adhéré dans le passé. Son ancien partenaire, Louis Aliot, élu maire de Perpignan (RN) en 2020, affirme :

C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. C’est la seule chose… Dès que vous brisez cet étau idéologique, vous libérez le reste. C’est tout ce qu’il y a. Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle n’a pas compris pourquoi et comment son père et les autres n’ont pas vu qu’il y avait une erreur sur le parti.

Elle a expulsé son père du FN en août 2015 pour ses commentaires répétés qui nient l’Holocauste, bien qu’elle lui ait trouvé des excuses jusqu’en 2014, en disant « Je suis convaincue que le sens attribué à ses paroles provient d’une interprétation malveillante ».

Elle refuse cependant de condamner le gouvernement de Vichy ou les collaborateurs nazis français. Elle a déclaré que la France n’était pas responsable de la déportation notoire, en 1942, de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs du Vélodrome d’Hiver de Paris vers les camps de la mort nazis, malgré l’implication de la police française.

La prétendue défense du peuple juif est également utilisée pour légitimer les attaques contre les musulmans, qui sont supposés être antisémites. Elle a déclaré que la communauté juive « n’a rien à craindre du FN » et a affirmé qu’elle « devrait pouvoir se tourner vers nous pour obtenir un soutien » parce qu’elle a « été de plus en plus victime d’attaques de la part de radicaux islamiques ».

La théorie du « grand remplacement

Marine Le Pen a déclaré qu’elle ne souscrivait pas à la théorie du « grand remplacement », popularisée par Renaud Camus et privilégiée par l’extrême droite au niveau international. Cette théorie prétend que les populations occidentales blanches seront « remplacées » par les migrants entrants et leur progéniture.

Pourtant, les propos de Marine Le Pen sur l’immigration, par exemple lorsqu’elle parle de « submersion migratoire », découlent directement de ce point de vue. Cette position se reflète également dans son soutien à la « préférence nationale », selon laquelle les allocations familiales ne devraient être versées qu’aux familles « ayant au moins un parent français ».

Marine Le Pen utilise constamment le glissement vers la droite des politiques générales sur ces questions pour pousser l’idéologie et les politiques encore plus loin vers la droite. Lors de l’élection présidentielle de 2017, elle a fait naître des préjugés anti-immigrants en utilisant un langage similaire à celui de son père : « Il suffit de regarder les intrus du monde entier venir s’installer chez nous… Ils veulent transformer la France en un squat géant ».

Qui soutient Marine Le Pen ?

Le nombre de membres du FN a considérablement augmenté sous Marine Le Pen.

Le racisme a été la principale motivation des électeurs du FN et du RN. Les électeurs de Jean-Marie Le Pen étaient constamment plus « intolérants » que les autres électeurs sur des questions telles que l’immigration et la peine de mort. « Les recherches sur les candidats aux élections du FN révèlent que peu de choses ont changé aux niveaux local et régional, indépendamment de la volonté des dirigeants d’être respectables.

Une étude a révélé que « lors des élections départementales de 2015, 104 candidats du FN ont  été poursuivis pour des commentaires ouvertement racistes, homophobes et antisémites ». Dans un sondage auprès des partisans du FN, la moitié des personnes interrogées ont déclaré que l’expression « sale Arabe » n’était « pas condamnable ». L’expression « sale juif » ne l’était pas non plus pour 36 % d’entre eux.

Des études suggèrent que la base électorale du FN a été principalement constituée par les commerçants et les petits propriétaires agricoles ainsi que par des propriétaires de petites entreprises et des travailleurs indépendants. La base sociale de soutien du FN, ses racines historiques et sa vision idéologique du monde montrent que le FN de Jean-Marie Le Pen était au cœur un parti fasciste, mais qu’il a réussi à attirer le soutien de courants d’extrême droite plus larges.

Sous la direction de Marine Le Pen, le parti a maintenu et développé son soutien traditionnel. Par exemple, elle a obtenu le soutien de 51 % de la gendarmerie – la police militarisée de la France – lors de l’élection présidentielle de 2017.

Elle dirige un parti qui conserve son noyau de cadres fascistes, bien qu’affaibli, mais elle a également gagné des électeurs et des membres au RN sur la base qu’il n’est plus identifié avec le fascisme et la négation de l’Holocauste.

Cela a permis au parti de s’implanter dans des domaines qui n’étaient pas auparavant associés à l’extrême droite. Par exemple, des études montrent qu’il y a eu une augmentation du soutien au RN parmi les électeurs âgés de 18 à 24 ans.

Il est également prouvé que l’écart historique entre les sexes parmi les électeurs du parti a été presque entièrement comblé. Une étude a montré que l’écart entre les sexes est passé d’une différence de sept points entre les femmes et les hommes lors des élections présidentielles de 1988 et 1995 à un seul point en 2012.

Dans les années 1980, seulement 20 % des membres du parti étaient des femmes ; en 2012, les femmes représentaient 45 %. Marine Le Pen a été la première dirigeante d’un parti d’extrême droite à élargir son attrait auprès des femmes en mettant en avant le genre dans sa campagne.

Elle se présente comme une mère célibataire qui travaille, étrangère dans un monde dominé par les hommes. Cependant, les apparences peuvent être trompeuses : la direction du parti reste extrêmement dominée par les hommes. Après le congrès de 2018 du parti, elle était la seule femme au sein de l’exécutif du parti, et seuls 12 des 43 membres du bureau national étaient des femmes.

Un certain nombre de commentateurs en ont conclu que le FN a gagné des sièges dans les anciennes zones industrielles du nord, ce qui lui permet d’attirer le soutien de la classe ouvrière. Nous devons faire attention à ne pas exagérer cette évolution.

L’effondrement des industries lourdes et l’affaiblissement des syndicats et des organisations socialistes au cours des 40 dernières années ont entraîné la dislocation de nombreuses personnes de ces communautés et liens avec leurs origines de classe.

Des décennies de chômage élevé et de privations ont laissé beaucoup de personnes en marge de l’économie, et un nombre encore plus important d’entre elles sont devenues des travailleurs indépendants. Le FN peut gagner des voix parmi la petite bourgoisie et le lumpenprolétariat dans ces régions. Pourtant, malgré tous les discours sur la représentation des « Français oubliés », une étude de cas sur la base de vote du FN réalisée par l’universitaire française Christèle Marchand-Lagier montre qu’elle n’a pas changé de manière significative :

Les catégories les plus ouvertes au vote du FN restent les plus socialement stabilisées, pour la plupart des salariés, et pas nécessairement les plus précaires financièrement. Contrairement au discours diffusé par les dirigeants du FN, ce parti n’est pas le parti des marginaux, des classes populaires ou des groupes vivant dans la précarité. Ces groupes s’abstiennent dans une bien plus large mesure que de voter FN.

Le processus de modernisation des FN a également conduit à l’expulsion ou à la marginalisation des combattants de rue et des néonazis ouverts. Un processus similaire s’est déroulé au sein du Parti national britannique et des démocrates suédois mal nommés, et il se déroule actuellement au Jobbik en Hongrie.

Marine Le Pen a été heureuse d’utiliser les éléments violents du parti comme fantassins pour ses campagnes, mais elle s’en est consciemment distancée lorsqu’ils sont devenus un handicap électoral. Par exemple, au cours de sa première année à la tête du parti, elle a annoncé que les skinheads n’étaient pas les bienvenus lors de la marche du 1er mai.

Des groupes plus ouvertement fascistes sont toujours liés au FN. Par exemple, l’organisation skinhead Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires a assuré la sécurité des événements du FN.

Elle s’inscrit dans la stratégie électorale qui domine le parti depuis les années 1980. Elle a maintenant travaillé plus longtemps dans un milieu politique électoraliste qu’au sein d’une organisation qui se considérait comme contestant ouvertement le système.

La principale ligne de faille dans le RN se situe aujourd’hui entre ceux qui soutiennent la campagne électorale de Marine Le Pen et une partie du parti qui soutient toujours la stratégie adoptée par Jean-Marie Le Pen. Un exemple très visible est celui de Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et rivale potentiel-le qui a évoqué un possible retour à l’activité politique.

Maréchal veut que le parti se batte sur un programme idéologique plus dur et est mécontente de toute concession sur le rôle traditionnel des femmes dans la famille, l’avortement et les droits des LGBT+, par exemple.

Il existe des divisions et des tensions autour de nombreuses questions dans un parti de masse de longue date comme le RN. Ses dizaines de milliers de membres ont des priorités politiques et une histoire différentes au sein de l’extrême droite. Il peut s’agir de questions moins centrales mais néanmoins controversées, comme le changement de position du parti sur l’UE et sa position sur l’intervention de l’État pour sauver des emplois.

Marine Le Pen espère contenir ces tensions à l’approche du grand test de la prochaine élection présidentielle. Il lui sera plus facile de maintenir sa domination si elle remporte des succès électoraux. C’est sous-estime à la fois l’héritage du passé du parti. En outre, d’autres forces politiques pourraient se faire remarquer au sein du parti en cas de graves défaites électorales. Il serait insensé de supposer que, dans une crise politique ou économique profonde, il est hors de question de se tourner vers la construction d’un mouvement de rue.

Conclusion

Marine Le Pen vise résolument l’élection présidentielle de 2022. La popularité du président Macron a fortement chuté depuis le début de sa présidence ; les taux d’approbation sont passés de 60 % à 38 % à la fin du mois de juillet 2020.

Le projet néolibéral de Macron visant à résoudre les problèmes du capitalisme français a fait face à des vagues successives de résistance. Le mouvement des Gilets Jaunes (Gilets jaunes) s’est d’abord développé en opposition aux taxes sur les carburants, mais il s’est ensuite attaqué à des questions plus larges concernant les politiques de Macron et les inégalités dans la société française (Le RN a tenté d’influencer les groupes locaux des Gilets Jaunes avec un succès limité).

Le projet de Macron d’attaquer les droits à pension de millions de travailleurs a provoqué des actions de masse des travailleurs à partir de décembre 2019 à un niveau jamais vu depuis des décennies. Le blocage de Covid-19 a bloqué les luttes mais la gestion de la pandémie par Macron ne fait qu’ajouter à ses problèmes, et maintenant une nouvelle crise économique se profile à l’horizon.

Marine Le Pen espère que les difficultés de Macron et l’échec de son projet politique donneront une ouverture au RN, mais elle se heurte à une contradiction en essayant d’exploiter l’opposition à Marcon. Les luttes ouvrières, les Gilets Jaunes et, plus récemment, le mouvement Black Lives Matter, qui a amené de nouvelles forces dans les rues pour contester le racisme dans la société française, la menacent également. Ces mouvements ouvrent de nouvelles possibilités pour construire une organisation de front unique à large assise* qui pourrait la  défier.

Le Covid-19 pose également des problèmes à Marine Le Pen. Sa première réaction a été de soutenir les actions de Macron, ce qui a entraîné une chute des sondages, elle s’est donc tournée vers la critique.

Elle a racialisé la crise sanitaire, blâmant l’immigration pour la propagation du virus et plaidant pour la fermeture des frontières, tout en montrant son soutien aux théories de conspiration populaires au sein de sa base. Un sondage a montré que 40 % des membres de RN pensaient que le Covid-19 était « conçu intentionnellement dans un laboratoire ». Elle a publié un livre au cours de l’été 2020 condamnant la gestion de la crise par le gouvernement, intitulé « Le livre noir du coronavirus » : Du Fiasco à l’abîme.

Les dernières élections locales et régionales ne se sont pas bien déroulées pour le RN. Bien que la victoire de l’ancien allié de Le Pen, Louis Aliot, au siège de maire de la ville de Perpignan, ait fait la une des journaux, sa campagne a pris ses distances avec le parti et son chef.

Ailleurs, le vote pour le RN a été en baisse. Les problèmes du parti sont aggravés par ses énormes dettes, qui ont conduit à un prêt controversé d’une banque russe, et par des enquêtes de longue date sur des allégations de fraude et de mauvaise utilisation des fonds européens, qui ont conduit le parti à perdre des subventions publiques.

Ces revers ont conduit certains à conclure que le RN a atteint la limite de son succès. De telles déclarations ont été faites chaque fois que la chance du parti a fondu. Néanmoins, les sondages placent toujours Marine Le Pen en deuxième position lors de l’élection présidentielle, et affirmer que le RN est fini est à la fois prématuré et dangereux.

L’histoire a montré que les crises peuvent propulser les organisations fascistes en avant lorsque les gens sont désillusionnés par les options politiques dominantes et cherchent des alternatives.

Tous les ingrédients des multiples crises politiques et économiques existent en France. Le RN a le potentiel pour tirer profit de cette situation. Une victoire de Marine Le Pen renforcerait la confiance de l’extrême droite et des fascistes dans le monde entier, tout comme une défaite constituerait un revers important. L’enjeu est de taille.

6 octobre 2020 Judith Orr

http://isj.org.uk

Note:

Une organisation de front unique à large assise* fait réference aux campagnes « monstrueuses »  que savent construire les camarades anglais: telle la « Poll Tax » et celles contre les guerres impérialistes. 

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27 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

vu de l’étranger (courrier inter)

vaches
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La France “a un problème avec la violence policière”

“Brutales et racistes”, titre Die Tageszeitung ce vendredi 27 novembre, au sujet des images du passage à tabac de Michel Zecler, producteur de musique parisien, par trois policiers. “À Paris, des policiers insultent et tabassent un homme noir sans raison, poursuit la TAZ, quotidien allemand orienté à gauche. Les cas de violences policières se multiplient, la plupart en toute impunité.

À l’origine de ce nouveau débat sur la brutalité des forces de l’ordre dans l’Hexagone, une enquête diffusée par le média français Loopsider, qui relaie les images de caméras de surveillance montrant trois policiers “frapper un homme noir [Michel Zecler] pendant plusieurs minutes et lui envoyer des grenades lacrymogènes sur son lieu de travail à Paris”, détaille le site d’information européen Politico, basé à Bruxelles.

Michel Zeclerc ne portait pas de masque lorsqu’il a rencontré les policiers dans la rue, et explique être entré dans son studio de musique en espérant éviter une amende. Pour justifier les coups portés au jeune homme, les policiers “ont initialement affirmé que Michel les avait provoqués et avait essayé de leur voler leurs armes”, rapporte Politico, une version contredite par les images de vidéosurveillance, qui les montrent “entrer dans le studio sans mandat”.

Crâne ouvert, hématomes, plaies, déchirure du tendon : après son passage à tabac samedi 21 novembre, Michel Zeclerc a reçu six jours d’interruption de travail (ITT). “J’ai de la chance, contrairement à beaucoup d’autres ».

Mélanie Chenouard  27/11/2020

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27 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

trump (courrier inter)

bourreau mort

Peine de mort. Avant de partir, Trump multiplie les exécutions fédérales

De nouvelles règles édictées par le ministère de la Justice américain visent à hâter l’exécution de cinq condamnés à mort supplémentaires avant la fin du mandat de Trump et à élargir les modalités de la peine capitale au niveau fédéral.

Traditionnellement, aux États-Unis, les présidents sortants non réélus sursoient aux exécutions ou convertissent les peines des condamnés à mort, mais Donald Trump a manifestement décidé de faire le contraire, rapporte le New York Times, qui souligne que le ministère de la Justice américain “hâte le calendrier fédéral des exécutions des détenus du couloir de la mort” avant la fin du mandat de l’actuel locataire de la Maison-Blanche.

La dernière exécution en date, celle du détenu africain-américain Orlando Cordia Hall, condam-né à mort pour l’enlèvement, le viol et le meurtre d’une adolescente de 16 ans, a eu lieu le 20  novembre par injection létale dans une prison de l’Indiana. Et, le 14 juillet 2020, le condamné à mort Daniel Lewis Lee a été le premier prisonnier fédéral à être exécuté depuis dix-sept ans.

Un nombre record d’exécutions

L’administration Trump ne compte pas s’arrêter là, souligne le journal : La semaine dernière, le ministère de la Justice a en effet annoncé qu’il comptait exécuter trois détenus supplémentaires en plus des deux exécutions déjà programmées, ce qui porterait à treize le nombre de condamnés à mort exécutés depuis le mois de juillet. Soit le nombre le plus important d’exécutions fédérales depuis au moins 1927.”

Le ministre de la Justice américain a également édicté de nouvelles règles afin d’“élargir les modalités d’administration de la peine capitale au niveau fédéral en incluant le recours aux pelotons d’exécution et à la chaise électrique”. Depuis des décennies, les exécutions fédérales se faisaient “uniquement par injection létale”, rappelle le New York Times.

Ruth Friedman, la directrice du Federal Capital Habeas Project, qui a défendu le premier condamné à mort exécuté pendant le mandat de Donald Trump, condamne ces nouvelles règles, qui constituent selon elle un “abus de pouvoir”, et s’étonne de l’acharnement du gouvernement Trump à vouloir exécuter à la hâte des condamnés à mort avant l’entrée en fonctions du nouveau gouvernement de Joe Biden, qui a déclaré vouloir abolir la peine de mort au niveau fédéral.

“La dernière cruauté de Trump”

Pour l’hebdomadaire The New Yorker, qui rappelle que “pendant dix-sept ans aucune exécution n’a eu lieu au niveau fédéral”, soit un moratoire de fait sur la peine de mort, ces exécutions à la chaîne constituent “la dernière cruauté de Donald Trump”.

Et l’hebdomadaire new-yorkais de détailler la prochaine exécution programmée, qui aura lieu à Terre Haute, dans l’Indiana, dans deux semaines. Il s’agira de celle de Brandon Bernard, un Africain-Américain âgé de quarante ans, qui “a passé plus de la moitié de sa vie dans le couloir de la mort”, après avoir été condamné à la peine capitale pour complicité de meurtre [notam-ment pour avoir fourni l’arme du crime], alors qu’il n’était âgé que de 18 ans. Et l’hebdomadaire de conclure :

Un gouvernement rejeté par une majorité d’électeurs ne devrait pas avoir le droit d’envoyer Brandon Bernard, ou tout autre individu, à la mort.”

Bérangère Cagnat  27/11/2020

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27 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

brésil (jdd)

boulos_psol

Brésil : Guilherme Boulos, candidat à la mairie de Sao Paulo, sera-t-il le nouveau leader de la gauche?

Guilherme Boulos va-t-il ravir dimanche la mairie de Sao Paulo?

Alors que Lula a appelé à voter pour lui aux municipales de São Paulo, Guilherme Boulos pourrait s’imposer comme un leader de la gauche brésilienne.

Il aurait voulu l’adouber comme son successeur ­naturel qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Lula, icône déchue de la gauche brésilienne, a appelé mardi sur Twitter à voter au second tour des municipales de São Paulo, la plus grande ville du pays, pour Guilherme Boulos, 38 ans, le candidat du Parti socialisme et liberté (PSOL), dont il est proche depuis plusieurs années.

Fort de ses 20,2% au premier tour, le jeune professeur affrontera dimanche prochain le maire sortant de centre droit, Bruno Covas, à 32,8%, mais les sondages le donnent à 10 points de son concurrent.

Il s’agit tout de même d’une petite révolution au sein de la gauche brésilienne, terrassée en 2018 par ­l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Car la formation de Lula, le Parti des travailleurs (PT), avait elle aussi un candidat au premier tour, qui n’a pas dépassé les 10 %…

Le candidat d’opposition à Bolsonaro à la présidentielle de 2022?

Beaucoup voient désormais en Guilherme Boulos, fils de médecin, diplômé de psychanalyse, l’incarnation d’une gauche unie et enfin débarrassée des fantômes du PT.

Surnommé « l’héritier » par le quotidien Folha de São Paulo, l’activiste séduit ­notamment les jeunes générations sur les sujets de société comme l’égalité femmes-hommes, la question raciale et la défense des LGBT. De quoi incarner le candidat d’opposition à Bolsonaro à la présidentielle de 2022.

27 novembre 2020 Camille Neveux

https://www.lejdd.fr/

Note :

Le PSOL est l’équivalent du NPA au Brésil

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25 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

brésil (npa)

mariellefranco

Notre camarade Marielle du PSOL

Élections municipales : défaite du Bolsonarisme et affirmation du PSOL comme force émergente

Après le premier tour des élections municipales, le PSOL apparaît comme le principal renouveau à gauche et acteur central de l’opposition à Bolsonaro.

Les élections municipales du 15 novembre se sont déroulées dans des conditions sans précé-dent. Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, qui a complètement changé la vie politique et sociale en 2020, la participation aux scrutins pour décider du vote des maires et des conseil-lers municipaux a pris une forme particulière. Le contexte général est celui d’une aggravation de la crise économique et sociale, et d’une apathie qui s’est traduite par une abstention accrue et le début de la reconfiguration de la carte politique nationale, avec un grand perdant : Jair Bolsonaro.

Bien que « l’agenda national » n’ait pas été le centre des débats, les poulains de Bolsonaro, qui a été populaire dans le passé, ont été largement battus. Nous avons eu une élection nationale, certes déguisée, et c’est bien ainsi que nous la définissons. Les élections municipales ont eu lieu alors la population commençait à ressentir les effets de la réduction de l’aide d’urgence, qui sera bientôt supprimée, de la cherté des aliments et des records historiques de chômage et de récession dans les grands centres urbains. La situation de crise sociale a même conduit au report des élections dans l’état de Macapá, qui subit depuis des jours un black-out total.

Au sein de cette mosaïque complexe, nous célébrons une grande victoire du PSOL. Notre parti, qui s’est battu dans tout le pays, s’est imposé comme la principale nouveauté á gauche, donnant force au projet d’oser résister aux marées et aux vagues politiques, la raison de sa fondation en 2004. Nous avons fait un saut de qualité et le PSOL se présente comme un acteur central de l’opposition de gauche à Bolsonaro, avec une forte présence de militants noir(e)s dans nos rangs, souvent les plus votés (1) dans les capitales et les grandes villes.

La bataille politique se poursuit au second tour, et le PSOL sera directement présent dans deux capitales :  dans la principale ville du pays, avec Guilherme Boulos qui s’affirme comme référence de masse à São Paulo, et avec Edmilson Rodrigues qui polarise à Belém contre le Bolsonarisme. Dans les prochains jours, nous publierons un bilan plus profond et plus collectif du résultat électoral. Pour l’instant, nous voulons juste souligner les principales caractéristiques des résultats du scrutin de dimanche dernier et mettre en place la bataille pour le deuxième tour et pour la construction organique d’un pôle gauche alternatif à partir de la nouvelle dimension atteinte par le PSOL.

Abstention et victoire de la droite « pro-1988″

Dans une campagne électorale marquée par la pandémie, l’expression populaire dans les rassemblements et les mobilisations a été rendue plus difficile, outre l’interdiction de la plupart des débats télévisés au premier tour. La majorité de la presse a montré un manque d’intérêt conscient pour l’élection, laissant l’électeur moyen avec moins critères de choix et encore moins de motivation pour voter dans un débat politique vide.

En conséquence de la pandémie et du manque d’intérêt, bien sûr, l’abstention a augmenté ainsi que, dans de nombreuses villes, une certaine tendance à « voter pour les mêmes », sauf dans les villes où l’agenda politique local a démoralisé les maires comme Crivella à Rio et Marchezan à Porto Alegre – ce dernier n’est même pas qualifié pour le second tour. En 2020, il y a eu 23,15 % d’abstentions, contre 17,5 % en 2016.

Le camp politique qui est sorti renforcé du premier tour est ce que l’on peut appeler « l’aile droite pro-1988″, dans laquelle coexistent les vieux partis, soutien traditionnel du régime, ceux qui ont gouverné avec le FHC, Lula, Dilma, Temer et Bolsonaro, mais qui se sont différencient occasionnellement de ce dernier en défendant les libertés démocratiques face aux manifestations putschistes du Bolsonarisme.

Au plan social et économique, ils adhérent á la ligne politique unitaire de la bourgeoise de défense de l’austérité. Nationalement, le principal représentant de ce groupe hétérogène est le président de l’assemblée législative, Rodrigo Maia. Les victoires de Rafael Greca (DEM) à Curitiba, Gean Loureiro (DEM) à Florianopolis, Bruno Reis (DEM) à Salvador et Kalil (PSD) à Belo Horizonte sont des résultats importants de ce camp de droite.

L’échec du Bolsonarisme

Après des mois de manifestations hésitantes quant à sa participation à la campagne municipale, Bolsonaro a décidé soutenir certaines candidatures de maire ou de conseillers municipaux, juste pour voir la plupart de ses poulains échouer. Bolsonaro a atteint des sommets de ridicule pour avoir publié, puis effacé, sur les réseaux sociaux une liste de 55 candidats qui bénéficiaient de son soutien, pour finalement se contenter de voir élu le maire de Ipatinga entre les villes grandes et moyennes.

Comme un « Midas à l’envers », ceux qu’il avait adoubés ont subi une défaite amère et démoralisante. C’est le cas pour Celso Russomanno à São Paulo ou encore « Wal do Açaí » à Angra dos Reis. La mauvaise performance de Marcelo Crivella à Rio, la défaite de la candidate Colonelle Fernanda aux élections sénatoriales (supplémentaires) du Mato Grosso et le fait que Carlos Bolsonaro2 n’ait pas été le candidat au conseil municipal mieux voté à Rio de Janeiro, dépassé par les votes reçus par Tarcisio Motta (PSOL) sont autant de manifestations de la faiblesse des paris de Bolsonaro.

Il est utile de rappeler la définition classique du marxisme selon laquelle les élections bourgeoises sont un miroir déformé de la lutte des classes, tant du point de vue du rapport de forces que de la représentation des classes sociales, en gardant à l’esprit que les régimes politiques et la classe dominante agissent pour réduire la force populaire aux urnes. L’échec électoral du bolsonarisme amplifie donc la perception que le gouvernement se dirige vers une plus grande perte de prestige, en raison de la situation mondiale et du déroulement de la crise brésilienne.

Ces derniers mois, un nouveau scénario mondial – marqué par des manifestations antiracistes aux États-Unis et dans le monde entier, la victoire du MAS en Bolivie, le « oui » au plébiscite pour la nouvelle constitution au Chili et de « Biden contre Trump » à l’élection présidentielle américaine – et la mobilisation antifasciste dans les grandes villes brésiliennes ont affaibli Bolsonaro et l’ont forcé à mettre un frein à ses tentatives putschistes.

Depuis lors, le gouvernement a rencontré des difficultés constantes pour maneuvrer, entre crises de palais, impréparation et improvisation, bien qu’un bref regain de popularité motivé par l’octroi d’une aide d’urgence ait contribué à écarter la possibilité que le « dehors, Bolsonaro » devienne réalité. Dans les mois à venir, l’isolement de Bolsonaro et la crise gouvernementale devraient donc s’accentuer.

Le PSOL se renforce comme un pôle de gauche et une expression de la révolte antiraciste

Le fait nouveau à gauche est la performance du PSOL, en particulier dans les capitales. Non seulement Guilherme Boulos à São Paulo, avec plus d’un million de voix (20,24 %), et Edmilson Rodrigues à Belém, avec près de 250 000 voix (34,22 %) sont qualifiés pour le deuxième tour, mais le PSOL a été le parti qui a reçu le plus de voix pour l’élection du conseil municipal à Porto Alegre, a élu le plus de conseillers á Rio de Janeiro et formera le troisième groupe á São Paulo. Au niveau national, il y a eu une croissance significative par rapport à 2016 : 89 conseillers municipaux et quatre maires ont été élus au premier tour.

Le passage de Guilherme Boulos pour le second tour à São Paulo a permis de développer un pôle d’énergie sociale, dépassant le PT électoralement sur sa gauche dans la principale ville du pays. Le fait que Boulos soit maintenant plus identifié au PSOL l’a aidé à trouver cette voie. Dans les capitales et les grandes villes, le PSOL a également réalisé des performances significatives, en élisant ses premiers conseillers, soit en augmentant le nombre.

Cela ne signifie pas que le PSOL soit devenu un pôle de pouvoir, nous en sommes encore loin en raison de l’inégalité des résultats. De plus, le PSOL rencontre encore des difficultés pour avancer un programme plus général pour la crise du pays.

Les résultats du PSOL sont également l’expression des luttes des mouvements antiracistes, des femmes et de la diversité qui ont trouvé dans le parti un espace pour exercer et rendre visibles leurs luttes. Ils sont également l’expression d’une nouvelle situation, dans laquelle de nouveaux cadres et de nouvelles personnalités font un pas en avant et assument de nouvelles responsabilités.

Enfin, il faut tenir compte d’un retard dans la prise de conscience des masses dans le pays : la classe ouvrière reste sur la défensive, et cela freine le développement d’une conscience socialiste, capable, à partir de la montée des luttes démocratiques en cours d’aboutir à une compréhension globale de la nécessité de lutter contre la domination bourgeoise.

Notre courant, le MES, a obtenu de bons résultats dans tout le pays. Nous félicitons les efforts de nos camarades qui ont mis en avant le drapeau de notre parti lors des élections et à s’affirment comme de nouveaux tribuns populaires.

Nous célébrons l’élection de Vivi Reis (Belém), Fernanda Miranda et Jurandir Silva (Pelotas-RS), Pedro Ruas et Roberto Robaina (Porto Alegre), Bruna Biondi- Plus de droits pour les femmes (São Caetano do Sul-SP), Josemar Carvalho (São Gonçalo-RJ), Luana Alves et Erika Hilton (São Paulo). Nous avons également milité et appuyé les campagnes du mandat collectif Ativoz (Osasco-SP), de dizaines de conseillers municipaux dans les villes du Rio Grande do Norte, de camarades du FNL (3) qui ont élu le maire de Marabá Paulista (SP) et trois conseillers municipaux, en plus des suppléants et de l’élection de dizaines d’alliés politiques au sein du PSOL.

Nos parlementaires sont engagés dans la lutte socialiste, feront de leurs mandats un levier des mobilisations populaires et mettront leurs structures au service de la construction d’une alternative révolutionnaire stratégique pour le pays.

Lutter et gagner : mobilisation pour battre la droite au second tour !

Le poids militant du PSOL dans 600 villes brésiliennes, indépendamment des résultats toujours inégaux des élections, est renforcé. C’est le moment de profiter de ces conquêtes pour aller plus loin. Nous avons une bataille importante au deuxième tour : nous allons nous mobiliser avec force pour gagner à São Paulo et à Belém, pour transformer ces villes en avant-postes dans la lutte contre le bolsonarisme et pour la défense des droits de notre peuple. Dans le cas de Belém, ce sera aussi un affrontement entre un bolsonariste en pleine ascension et le PSOL, et la victoire est possible.

Dans les villes où il y a une lutte acharnée contre les bolsonaristes ou entre des projets antagonistes, comme à Porto Alegre, nous soutiendrons, de manière indépendante et critique, un pôle anti-droite et anti-austérité.Ainsi, nous nous mobiliserons avec énergie au cours des deux prochaines semaines pour que notre parti sorte victorieux des luttes en cours. Notre plus grand défi, à son tour, est de convertir cette force électorale croissante en influence sociale, en organisation et en activité.

Thiago Aguiar Mardi 24 novembre

https://lanticapitaliste.org/

  • 1. Au Brésil, en fait, il y a deux élections municipales parallèles. L’élection du maire (prefeito) est une majoritaire classique. Les conseillers municipaux (vereadores) sont eux élus à la proportionnelle sur la base d’une liste pour chaque parti. Les électeurs peuvent voter soit pour la liste dans son ensemble, soit comme c’est souvent le cas pour un candidat particulier. Les élus sont choisis dans l’ordre des votes nominaux. Dans ce contexte le succès des candidats noirs (comme d’ailleurs des femmes et des candidats LGBTIQ+) est significatif : ils ont été plébiscités par les électeurs (NdT)
  • 2. Um des trois fils politiquement actifs de Bolsonaro. Il avait été en 2016 le conseillé municipal de Rio le mieux voté (NdT)
  • 3. FNL, Front National de Lutte, organisation de masse qui lute pour une reforme agraire (et urbaine) radicale (NdT)
  • Lire aussi:

Bolsonaro vaincu, la gauche reste en vie

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19 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

brigades (el diario)

espagne

Les brigades internationales

L’histoire commence par les Jeux Olympiques Populaires de Barcelone, convoqués en juillet 1936 comme contre-programme aux Jeux Olympiques allemands organisés par Hitler.

L’événement a été annulé en raison du déclenchement de la guerre civile, mais de nombreux sportifs étrangers, au lieu de rentrer dans leur pays, ont rejoint les milices républicaines et ont participé aux premiers affrontements.

Ces sportifs, ainsi qu’un certain nombre d’Européens de gauche déjà exilés en Espagne – principalement en Catalogne -, forment une sorte de prélude à ce qui deviendront les Brigades Internationales, la plus grande mobilisation internationale de combattants que le monde ait jamais connue.

Environ 35 000 volontaires de plus de 60 pays se sont battus du côté républicain, dans un exploit qui, comme toutes les grandes épopées, a eu ses hauts et ses bas, ses joies et ses déceptions, ses scènes d’amour et de haine, ses moments d’excitation et d’ennui.

Les Brigades ont été officiellement créées à Albacete le 14 octobre 1936 à l’initiative du Comintern, l’organe directeur de l’Internationale communiste dirigée par Moscou.

Bien qu’Hitler et Mussolini aient ouvertement soutenu la partie « nationale » dès le premier jour, l’Union soviétique essayait de garder un profil bas dans son soutien au gouvernement républicain afin d’honorer le Pacte de non-intervention et d’éviter les affrontements avec le Royaume-Uni et la France, dont Staline savait qu’il aurait besoin comme alliés lorsqu’il s’agirait d’affronter l’Axe.

À cette époque, l’objectif de Moscou dans l’Europe non fasciste n’était pas d’encourager la révolution communiste, mais d’avoir des gouvernements progressistes amis, comme l’était le Front populaire en France dirigé par Léon Blum.

Ainsi, les chefs et conseillers militaires envoyés par l’URSS en Espagne ont été appelés « les Mexicains » dans une tentative ridicule de dissimuler leur origine. L’un d’eux était le général Manfred Stern, alias Kleber, qui, après son retour à Moscou en héros, est tombé en disgrâce et est mort malade dans un goulag.

Le livre décrit parfaitement les tensions persistantes dans les brigades, non seulement en raison du pouvoir accumulé par les commandants communistes, mais aussi en raison de la difficile adaptation des anarchistes à cet engrenage étroitement discipliné, ou en raison des rivalités entre les différentes nationalités.

L’un des pires personnages du livre est André Marty, le chef suprême des brigades et surnommé « le boucher d’Albacete », qui est décrit comme un être misogyne, cruel et paranoïaque, qui voyait des traîtres partout.

Tous les brigadiers n’ont pas eu une biographie exemplaire : certains sont devenus le noyau dur de la Stasi, la redoutable police secrète de la RDA, après la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, l’auteur est généreux avec les volontaires, dont beaucoup de jeunes idéalistes qui, à un moment décisif de l’histoire et sans avoir tiré un seul coup de feu dans leur vie, ont pris les armes parce qu’ils ont compris que ce qui se passait en Espagne était bien plus qu’un conflit interne à un pays.

Le livre rassemble de curieuses anecdotes, comme la découverte faite par les combattants retranchés dans la bibliothèque de la faculté de philosophie de l’université Complutense lors de la première bataille de Madrid en novembre 1936.

Après avoir analysé l’impact des balles des snipers « nationaux » sur les livres qu’ils utilisaient comme barrière, ils ont conclu qu’ils dépassaient rarement la page 350. Les livres sur la métaphysique hindoue et ceux sur la philosophie allemande sont devenus des parapets par excellence, car ils étaient les plus volumineux.

L’un des chapitres les plus émouvants du livre de Tremlett, et dont l’auteur est le plus fier, est la lettre dans laquelle le jeune Piet Akkerman révèle à sa mère pourquoi il est parti combattre en Espagne. Piet et son frère Emiel, Polonais de naissance et exilés économiques en Belgique, sont morts pendant la guerre civile.

L’auteur part de cette tragédie familiale pour évoquer la présence disproportionnée des Juifs dans les Brigades. Il estime qu’au moins 10 % des volontaires l’étaient, bien que d’autres sources portent ce chiffre à près de 25 %. Une présence qui a été utilisée par la partie nationale pour développer son discours sur une prétendue conspiration judéo-maçonnique. (Résumé voir lien)

Las Brigadas Internacionales. Fascismo, libertad y la Guerra Civil española del periodista británico Giles Tremlett

https://www.eldiario.es/

Lire aussi:

Révolution et contre-révolution en Espagne (1936-1938) Felix  Morrow

Buenaventura Durruti:

Buenaventura Durruti, a grandi dans la pauvreté, a eu peu d’éducation et a commencé à travailler à l’âge de quatorze ans comme apprenti mécanicien. Il a toujours été un homme d’action, plus d’actes que de paroles. En Espagne, il y avait deux syndicats : l’UGT aux racines marxistes et la CNT aux racines anarchistes.

Durruti était avec les libertaires de la CNT. Il préfèrait Bakounine à Marx, la liberté à l’autorité, l’organisation par le bas aux diktats du haut, l’assemblée au comité central, l’autogestion à l’État. C’était l’époque où les paysans et les ouvriers vivaient dans des cabanes ou des appartements misérables et où leurs protestations étaient réduites au silence par la Guardia Civil et où leurs chefs étaient abattus par les tireurs du patron.

Les dernières images de Durruti ont été prises par des reporters soviétiques près de la façade de la cité universitaire. Il a l’air calme, déterminé et souriant, portant une casquette et une veste en cuir. Peu de temps après, il a été touché par une balle devant l’hôpital clinique, où des combats acharnés se déroulaient contre les légionnaires de Franco. Transféré à l’hôtel Ritz, saisi par les anarchistes pour le transformer en hôpital, Durruti mourra au petit matin du 20 novembre 1936. Selon Dan Kurzman, ses derniers mots ont été antibureaucratiques : « Trop de comités… »

https://www.nuevatribuna.es/

 

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31 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

loups gris (france 24)

wolf

Qui sont les Loups gris, nationalistes turcs qui défilent en France ?

Des manifestations tendues ont récemment été organisées par des militants pro-Turcs, en réponse à des rassemblements arméniens en France. Parmi ces manifestants, certains se revendiquent des Loups gris, une organisation liée au MHP, le parti ultranationaliste turc, allié du président Recep Tayyip Erdogan.

Après une rixe sur l’autoroute A7 et une manifestation à Décines-Charpieu, près de Lyon, Dijon a été le théâtre d’une nouvelle provocation d’extrémistes turcs, jeudi 29 octobre, en plein couvre-feu.

De nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent plusieurs dizaines d’identitaires turcs marcher dans les rues de Dijon aux cris d’ »Allah Akbar » avant d’être dispersés par les forces de l’ordre.

Ce défilé musclé visait principalement la communauté arménienne, en raison du conflit qui oppose Erevan à Bakou, que la Turquie soutient, dans la région du Haut-Karabakh. Les récentes tensions diplomatiques entre la France et le gouvernement Erdogan ont également pu attiser la colère de ces militants xénophobes et anti-européens dans l’Hexagone.

De l’extrême droite à l’extrême gauche, la classe politique française a unanimement condamné ces nouvelles manifestations à l’instar du maire socialiste de Dijon, François Rebsamen.

Dans un communiqué, le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) s’est indigné d’une « chasse aux Arméniens » déclenchée par « plusieurs centaines » de Loups gris.

Un passé violent

Créé à la fin des années 1960 par le colonel Alparslan Türkes, les Loups gris sont à l’origine la branche paramilitaire du MHP, un parti néo-fasciste et ultra-nationaliste. Il sont connus pour leurs actions violentes dans les années 1970, en pleine Guerre froide, contre des intellectuels et des mouvements communistes ou d’extrême gauche.

En 1981, l’un de ses membres tente d’assassiner le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre au Vatican. « Dans les années 1990, les Loups gris sont associés à l’État profond en Turquie : des réseaux clandestins qui ont infiltré l’appareil d’État regroupant militants d’extrême droite, anciens militaires, et membres de la mafia », affirme Didier Biillon, directeur adjoint de l’Iris.

Aujourd’hui, les Loups gris sont une organisation légale en Turquie. Ils peuvent être assimilés « plus ou moins à une association de jeunesse liée au MHP, le parti d’extrême droite allié de l’AKP », explique Elise Massicard, chercheuse à Sciences Po.

Si les Loups gris ne peuvent plus aujourd’hui être qualifiés d’organisation paramilitaire, leur passé violent n’est pas totalement révolu. « Quand il y a des basses besognes à faire ou qu’il faut montrer les muscles, c’est eux qui sont au premier plan », assure Elise Massicard.

Bien implanté en Autriche et en Allemagne, les Loups gris seraient beaucoup moins nombreux en France malgré la présence d’un noyau dur dans la région de Lyon. « Il ne faut pas exagérer leur importance », prévient Didier Billion. « Cela reste un petit groupuscule mais capable notam-ment dans une période d’extrême tension de rassembler quelques jeunes radicalisés qui veulent en découdre avec la France ».

« Incitation à la haine »

Ce n’est pas la première fois que les Loups gris font parler d’eux en France. Déjà, en juillet dernier, une escouade de jeunes Franco-Turcs s’était illustrée dans des échauffourées lors d’une manifestation pro-arménienne à Décines, dans la banlieue de Lyon.

À la suite de ces événements, un extrémiste pro-turc, Ahmet Cetin, a été jugé mi-septembre à Bourg-en-Bresse pour « incitation à la haine ». En cause : une vidéo vue plus de 13 000 fois : « que le gouvernement (turc) me donne une arme et 2 000 euros et je ferai ce qu’il y a à faire où que ce soit en France » affirmait-il en soulignant qu’à Marseille il y avait « trop de pro-PKK, trop d’Arméniens ».

À l’image, derrière Ahmet Cetin, plusieurs hommes encagoulés accomplissant le geste de ralliement des Loups gris : le pouce, le majeur et l’annulaire joints, l’index et l’auriculaire dressés pour former le profil et les oreilles d’un loup.

Ahmet Cetin, qui occupait alors des fonctions nationales au sein du Conseil pour la justice l’égalité et la paix (Cojep), une ONG d’obédience islamiste turque, a nié pendant son procès appartenir aux Loups gris.

Dans l’ombre du pouvoir

« Il y a un regain d’activisme des nationalistes turcs en France. C’est peut-être lié au fait que le MHP est dans la coalition gouvernementale au pouvoir depuis 2018. Avant la situation était peut-être moins porteuse », analyse Elise Massicard.

Selon la chercheuse, il est peu probable que les Loups gris soient directement instrumentalisés depuis Ankara contrairement aux affirmations de certains responsables de la communauté arménienne car « Erdogan a déjà en France plusieurs relais d’influence officiels ».

L’un des principaux vecteurs de cette influence est le Ditib, acronyme d’Union turco-islamique des affaires religieuses, une administration placée sous l’autorité du président qui gère les lieux de culte à l’étranger. « Il y a un activisme très fort de ce point de vue-là et son budget a beaucoup augmenté sous Erdogan ».

« Cependant, ce n’est pas impossible qu’il y ait une forme de tolérance de la part du pouvoir des actions des Loups gris. Erdogan assume une stratégie de la tension donc cela peut être toléré, voire discrètement encouragé ».

31/10/2020

https://www.france24.com/fr/

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29 octobre 2020 ~ 0 Commentaire

thèses 5 (gilbert achcar)

achcar

Onze thèses sur la résurgence actuelle de l’intégrisme islamique

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Si l’intégrisme islamique a notablement progressé aussi bien en Égypte, qu’en Syrie, en Iran et au Pakistan, les formes et l’étendue de sa progression, de même que son contenu et sa fonction politiques, diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre (5).

En Syrie, le mouvement intégriste est la principale force d’opposition au bonapartisme décadent de la bureaucratie bourgeoise baassiste, contre laquelle il s’est engagé dans une lutte à mort.

Il bénéficie, en particulier, du caractère confessionnel minoritaire (alaouite) de l’équipe gouver-nante. La nature outrancièrement et exclusivement réactionnaire du programme du mouvement intégriste syrien réduit à néant, ou presque, ses perspectives autonomes de prise du pouvoir.

Il ne peut, seul, sur la base d’un tel programme, mobiliser les forces nécessaires au renverse-ment de la dictature baassiste. Il peut encore moins gérer, seul, un pays aux problèmes politi-ques et économiques aussi épineux que ceux de la Syrie. Le mouvement intégriste syrien est donc condamné à coopérer avec les classes possédantes syriennes (bourgeoisie et propriétaires fonciers). Il n’est, et ne peut être, rien de plus que leur fer de lance.

En Égypte, et pour les mêmes raisons, les perspectives d’une prise de pouvoir autonome par le mouvement intégriste sont très réduites, d’autant plus que son influence relative y est nettement moins importante qu’en Syrie.

Dans ces deux pays, le mouvement intégriste s’est endurci dans une longue lutte contre des régimes progressistes, accentuant par là même son caractère réactionnaire. En outre, la dimension même des problèmes économiques de l’Égypte y rend encore moins crédible la prétention du mouvement intégriste au pouvoir.

La bourgeoisie égyptienne en est parfaitement consciente, qui fait preuve d’une grande complaisance à l’égard du mouvement intégriste. Celui-ci constitue, à ses yeux, une cinquième colonne idéale au sein du mouvement des masses, un « anticorps » particulièrement efficace contre la gauche.

C’est pourquoi elle n’est point inquiète de voir aujourd’hui le mouvement intégriste égyptien rivaliser avec la gauche sur les deux terrains favoris de cette dernière : la question nationale et la question sociale (6). Tout progrès de la réaction islamique sur ces deux terrains réduit d’autant celui de la gauche. L’attitude de la bourgeoisie égyptienne à l’égard du mouvement intégriste participe de celle de toute bourgeoisie, confrontée à une profonde crise sociale, à l’égard de l’extrême droite et du fascisme.

Le Pakistan se distingue de l’Égypte en ce que le mouvement intégriste s’y est affermi principalement sous des régimes réactionnaires. Il a donc pu reprendre à son compte, sur de longues périodes, des éléments du programme national-démocratique et, partant, constituer une force d’opposition crédible à l’ordre établi.

Sur ces mêmes longues périodes cependant, les tendances nationalistes-démocratiques bourgeoises étaient elles-mêmes dans l’opposition, et forcément plus influentes, car plus crédibles, que le mouvement intégriste.

Il a fallu qu’un Bhutto, par un raccourci historique impressionnant, brûle les étapes d’une évolution de type nassérien et en arrive rapidement à s’aliéner les masses, en s’empêtrant dans ses propres contradictions, pour que le champ devienne libre devant l’extrême droite dominée par le mouvement intégriste, l’extrême gauche pakistanaise étant insignifiante.

La faillite de Bhutto fut à tel point prononcée que le mouvement intégriste réussit à mobiliser contre lui un vaste mouvement de masse. C’est pour prévenir « l’anarchie» qui aurait pu résulter d’un renversement de Bhutto par cette mobilisation (cf. Iran !) que le coup d’État eut lieu.

La dictature militaire bourgeoise réactionnaire de Zia UlHaq, pour gagner les sympathies du mouvement intégriste, reprit à son compte avantageusement les projets de réforme islamique de celui-ci. Elle compte aujourd’hui sur lui pour neutraliser toute opposition « progressiste » à son régime, y compris celle du parti de feu Bhutto.

Dans les trois cas envisagés ci-dessus, le mouvement intégriste s’est avéré n’être qu’une force d’appoint à la bourgeoisie réactionnaire. Le cas de l’Iran est différent.

10.

En Iran, le mouvement intégriste, représenté principalement par la tendance intégriste du clergé chiite, s’est forgé dans une longue et âpre lutte contre le régime éminemment réactionnaire, et soutenu par l’impérialisme, du Shah.

La faillite historique lamentable du nationalisme bourgeois et du stalinisme iraniens est trop connue pour que nous la décrivions ici. Toujours est-il que, par cette combinaison exceptionnelle de circonstances historiques, le mouvement intégriste iranien en est arrivé à être l’unique fer de lance des deux tâches immédiates de la révolution démocratique nationale en Iran : le renversement du Shah et la rupture des liens avec l’impérialisme américain.

Cette situation était d’autant plus possible que les deux tâches en question étaient en parfaite harmonie avec le programme général réactionnaire de l’intégrisme islamique. Ainsi, lorsque la crise sociale mûrit en Iran au point de créer les conditions d’un renversement révolutionnaire du Shah, lorsque le ressentiment des classes moyennes à l’égard de ce dernier atteignit son comble, le mouvement intégriste, personnifié par Khomeyni, parvint à canaliser l’immense force des classes moyennes en détresse et du sous-prolétariat pour prodiguer au régime une série de coups de poings nus, quasiment suicidaires dans leur obstination à rester désarmés, tel que seul en est capable un mouvement mystique.

Le mouvement intégriste iranien réussit à accomplir la première étape d’une révolution nationale démocratique en Iran ; très vite, cependant, sa nature intégriste allait reprendre le dessus.

La révolution iranienne est, en quelque sorte, une révolution permanente inversée. Commencée sur le terrain de la révolution nationale démocratique, elle aurait pu, sous une direction proléta-rienne, prendre le chemin de la « transcroissance » socialiste.

Sa direction intégriste petite-bourgeoise l’en a empêché, la poussant, au contraire, dans le sens d’une rétrogradation réactionnaire. La révolution de février 1979 ressembla étonnamment à celle de février 1917 : deux points de départ identiques pour des évolutions diamétralement opposées.

Là où Octobre permit d’aller jusqu’au bout de la révolution démocratique russe, la direction intégriste trahit le contenu démocratique de la révolution iranienne. Les bolcheviks remplacèrent l’Assemblée constituante, après avoir lutté pour son élection, par le pouvoir éminemment démocratique des soviets ; les ayatollahs remplacèrent l’Assemblée constituante, qu’ils avaient eux aussi placée en tête de leurs revendications mais qu’ils empêchèrent de voir le jour, par cette caricature réactionnaire qu’est l’« Assemblée des experts » musulmans.

Le sort de cette revendication commune des deux révolutions résume éloquemment les natures antithétiques de leurs directions et, partant, de leur sens de développement. Quant aux formes d’organisation démocratiques apparues dans la foulée du Février iranien, elles furent récupérées par la direction islamique : c’est toute la distance entre les « shoras » et les soviets !

Sur le terrain national, là où l’internationalisme prolétarien des bolcheviks permit l’émancipation des nationalités opprimées de l’empire russe, l’« internationalisme » islamique des ayatollahs s’avéra être un prétexte religieux pour la répression sanguinaire des nationalités opprimées de l’empire perse.

Le sort des femmes dans les deux révolutions est tout aussi connu. La direction intégriste iranienne ne resta fidèle au programme national démocratique que sur un seul point : la lutte contre l’impérialisme américain ; mais elle y resta fidèle à sa propre manière. Désignant l’ennemi comme étant non pas l’impérialisme, mais l’« Occident », sinon le « Grand Satan », Khomeyni appela à jeter le bébé avec l’eau de la bassine, ou plutôt le bébé avant l’eau de la bassine.

Attribuant à l’« Occident » abhorré tous les acquis politiques et sociaux apportés par la révolu-tion bourgeoise, y compris la « démocratie » et même le marxisme considéré (à juste titre) comme un produit de la civilisation industrielle, qualifiée d’« occidentale », il appela à extirper ces fléaux de la société iranienne, tout en négligeant les liens principaux entre l’Iran et l’impérialisme : les liens économiques.

L’affaire de l’ambassade des États-Unis, telle qu’elle a été menée, n’a rien apporté à l’Iran ; elle lui a coûté très cher, profitant en dernière instance aux banques américaines. Quelle que soit l’évolution ultérieure de la dictature intégriste en Iran, elle s’est déjà avérée être un obstacle majeur au développement de la révolution iranienne.

Cette évolution est d’ailleurs très aléatoire. Outre la combinaison exceptionnelle de circonstan-ces décrite ci-dessus, une différence fondamentale existe entre l’Iran et les trois pays envisagés plus haut : l’Iran peut s’offrir le « luxe » d’une expérience de pouvoir intégriste petit-bourgeois autonome.

Sa richesse pétrolière est la garantie d’une balance des paiements et d’un budget excédentaires. Mais à quel prix et jusqu’à quand ? Le bilan économique de deux ans de pouvoir intégriste est déjà lourdement négatif, en comparaison des années précédentes. D’autre part, l’inconsistance du « programme » intégriste et la grande variété des couches sociales qui s’en revendiquent et l’interprètent, chacune à sa manière, se traduisent par une pluralité de pouvoirs rivaux et antago-niques dont seule l’autorité d’un Khomeyni a permis jusqu’ici de maintenir l’unité de façade.

11. L’intégrisme islamique est un des ennemis les plus dangereux du prolétariat révolutionnaire.

Il est absolument, et en toutes circonstances, nécessaire de combattre son « influence réaction-naire et moyen-âgeuse » comme y appelaient déjà les « Thèses sur la question nationale et coloniale » adoptées par le deuxième congrès de l’Internationale communiste.

Même dans les cas, comme celui de l’Iran, où le mouvement intégriste assume provisoirement des tâches nationales démocratiques, le devoir des communistes révolutionnaires est de combattre implacablement la mystification qu’il exerce sur les masses en lutte, et dont celles-ci payeront le prix si elles ne s’en libèrent pas à temps.

Tout en frappant ensemble contre l’ennemi commun, les communistes révolutionnaires doivent mettre en garde les masses laborieuses contre tout détournement de leur lutte dans un sens réactionnaire. Tout manquement à ces tâches élémentaires est non seulement une carence fondamentale, mais porte aussi, en soi, le danger d’une déviation opportuniste de l’organisation communiste révolutionnaire.

En revanche, et même dans les cas où l’intégrisme islamique se présente exclusivement sous son aspect réactionnaire, les communistes révolutionnaires doivent s’armer de prudence tactique dans leur combat contre lui.

Ils doivent, en particulier, éviter de mener le combat sur le terrain de la foi religieuse, comme cherchent toujours à les y entraîner les intégristes, pour le maintenir sur les terrains national, démocratique et social.

Les communistes révolutionnaires ne doivent pas perdre de vue, en effet, qu’une partie, souvent importante, des masses sur lesquelles l’intégrisme islamique exerce son influence, peut et doit en être détachée et gagnée à la lutte du prolétariat.

Ce faisant, les communistes révolutionnaires doivent néanmoins se prononcer sans ambages pour la laïcisation de la société, élément rudimentaire du programme démocratique. Ils peuvent mettre une sourdine à leur athéisme ; jamais à leur laïcisme, à moins de remplacer carrément Marx par Mahomet !

le 1er février 1981

Première parution dans la revue Quatrième Internationale, octobre 1981. Nous reprenons ici la version intégrale, avec réinsertion de bouts de phrase qui avaient été omis par erreur lors de leur première publication, telle qu’elle a été publiée dans le livre de Gilbert Achcar, L’Orient incandescent, éd. Page 2, Lausanne 2003.

Gilbert Achcar

http://www.inprecor.fr/

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