Archive | Antifascisme

05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

fascistes catalans (el diario)

catalunya

Fascistes catalans: peu nombreux, mais protégés

L’historien José Fernando Mota radiographie le monde de l’extrême droite espagnoliste dans la Barcelone républicaine dans  « Vive la Catalogne espagnole! »  Histoire de l’extrême droite dans la Barcelone républicaine
.
L’auteure-compositrice Mary Focela fut acclamée lorsqu’elle chanta suivie par un puissant « Je me bats comme une lionne au cri de « Viva España », c’est que le sang de Malasaña qui coule dans mes veines ». C’était en 1919, l’année de la grève du magasin « La Canadienne » et les protofascistes de la Ligue Patriotique espagnole applaudirent avec rage les paroles  qui rejetaient le «séparatisme catalan», la première tentative d’autonomie de la région.
.
Barcelone était une ville agitée. La droite se sentait faible face à l’avancée du républicanisme, de l’anarcho-syndicalisme et du nationalisme catalan. La même année, les Syndicats Libres voient le jour, tandis que les bandits armés par les patrons protégés par le pouvoir se développent. Quatre ans plus tard, la dictature de Primo de Rivera -  saluée par la droite catalane de Francesc Cambó – fut la réponse à la vague révolutionnaire.
.
Sans l’aide du pouvoir, l’extrême droite catalane, pendant la première moitié 20è siècle n’aurait pu quitter les loges des théâtres ou le quartier de Can Ràbia, où se trouve le stade du Real Club Deportivo Español (L’Espanyol est le concurrent du Barça « nationaliste » blog) . Comme une plante délicate, l’extrême droite catalane a toujours eu besoin des soins du pouvoir politique, économique, judiciaire ou militaire.
.
Mais elle était toujours incapable de prospérer à des moments favorables. Elle ne sut pas profiter de l’impulsion de la dictature de 1923-1929 avec la création de l’Union Patriotique Espagnole (UPE) de Primo de Rivera. Les extrémistes de droite n’ont pas non plus réussi à rentabiliser politiquement la suspension de l’autonomie catalane après les Fets d’Octobre 1934.
.
Près de deux ans plus tard, lorsque le soulèvement fasciste de juillet 1936 a éclaté, ses troupes ne dépassaient pas les 4 000 à Barcelone et parmi eux, 1 000 seulement pouvaient être considérés comme des militants. La plupart étaient orientés carlistes (plus de la moitié), puis il y avait les monarchistes et  la Falange espagnole.
.
José Fernando Mota Muñoz publie une excellente radiographie de ce monde dans lequel se mouvaient monarchistes, falangistes, juges, militaires, policiers et réactionnaires de tout poil.
.
L’auteur plonge dans l’époque et recrée les lieux de rencontre: le café de la Rambla; la Maison Dorée sur la Plaça Catalunya; le bar étudiant sur la place Universitat; la taverne andalouse de la Carrer de les Heures; le Celler Bohemi de Conde del Asalto (aujourd’hui Nou de la Rambla); ou le bar Orozco sur la rue Valdonzella.
.
Mais en plus des complots de loisirs, l’extrême droite avait une claire division sociale du travail. La main-d’œuvre activiste était principalement fournie par le carlisme – divisé mais numériquement important – l’argent par les monarchistes, toujours avec d’élégantes cravates vertes, fréquentant le café Mirza, dans le Paseo de Gràcia.
.
Jusqu’à l’arrivée de la Falange – qui voulait introduire la nouveauté de la fidélité militante – la promiscuité entre partis réactionnaires était à l’ordre du jour. L’idéologie n’était pas un élément décisif, ce qui importait vraiment, c’était d’être prêt ou non à agir. Il y a eu de véritables champions de cet « oeucuménisme » idéologique. René Llanas de Niubó, un antisémite éminent, était un exemple vivant de cette « fraternité » d’extrême droite.
.
Des monarchistes comme José Bertran Güell ou Pedro Bosch déjà en septembre 1931 avaient comploté avec les crypto-fascistes de la Peña Ibérica en faveur d’une dictature militaire qui permettrait au roi de revenir.
.
Domingo Batet – fils du général fusillé par Franco – a couvert de son poste de directeur des Cementos Sansón, à Sant Feliu de Lobregat, d’anciens militants des syndicats libres, membres de la Peña Ibérica et des réactionnaires en général. Le pouvoir de l’argent a toujours été derrière ces organisations patriotiques qui n’ont trouvé aucun terrain fertile dans la Barcelone révolutionnaire.
.
Le manque de soutien social – jusqu’à ce que les militaires décident d’intervenir en 1936 – a fait du rôle de l’extrême droite catalane, plus qu’une action patriotique, une bouffonnerie. Les plans de complot ratés peuvent être comptés par dizaines, comme la tentative d’assassinat de Niceto Alcalá Zamora le 6 avril 1932. Les extrémistes voulaient à l’enterrement d’Alcalá Zamora, tuer Manuel Azaña. Le général Barrera n’a amené aucune troupe dans la rue et les pistolets rouillés que l’épouse du journaliste Feliciano Baratech Alfaro avait nettoyés chez lui, n’ont pas fonctionné. Tout cela s’est terminé en farce.
.
Les Ibèricos ont été la force de choc des actions les plus agressives. Ils sont nés en 1925 dans la chaleur des gradins de « L’Espanyol ». Les traditionalistes avaient déjà créé des clubs de football, comme le Sport Club Olotí ou le Flor de Lis FC à Manresa. Sous le nom de Grups Esportius Ibèria, se dissimulait la force de choc de la jeunesse traditionaliste. Les fondateurs de la Peña Iberica – dont l’objectif était de se confronter au catalanisme, à la république et au syndicalisme révolutionnaire – étaient des amoureux de la dialectique des poings et des pistolets.
.
Dans leurs rangs se trouvaient des traditionalistes tels que Francisco Palau, le fondateur des JONS, José María Poblador ou Domingo Batet susmentionné. Les combats et les coups de poing dans les tribunes ont commencé à être sa spécialité, surtout lorsque l’Espagnol a affronté le Barça, son plus grand rival, orienté vers le catalanisme dans la Lliga.
.
Le prologue épique fut le dimanche 23 novembre 1924, dans le « Derby de la Calderilla ».Dans ce monde complexe et minoritaire de l’extrême droite catalane, les alliances étaient aussi courantes que les divorces. La Peña Ibérica, par exemple, a également servi pour le Parti Nationaliste Espagnol de José María Albiñana. La Falange Españole a voulu être l’exception à cette promiscuité organisationnelle.
.
José Antonio Primo de Rivera, voulait attirer les masses laborieuses qui soutenaient la CNT et donc remplir sa « révolution » d’un contenu authentique. Pour ce faire, il avait besoin d’un discours qui se tenait clairement en marge ou contre le monde de droite habituelle.L’échec fut total. Ni l’uniforme des travailleurs de Falange – la chemise bleue – ni le discours anti-bourgeois n’ont impressionné les travailleurs catalans. La Falange restait était toujours minoritaire et l’anarchosyndicalisme la force hégémonique.
.
En juillet 1936, la Falange a fini par rejoindre le coup d’État militaire.Les tensions n’étaient pas rares dans l’organisation de Jose Antonio Primo de Rivera, le fondateur lui-même devait remettre de l’ordre. L’avocat Roberto Bassas et l’homme d’affaires José Ribas Seva n’ont jamais été d’accord avec l’écrivain Luys de Santa Marina à la tête du parti en Catalogne. C’était l’éternel débat militant entre action et réflexion. Même le catalan est deve-nu un facteur de division, puisque Santa Marina leur a reproché – Bassas et Ribas – de le parler entre eux.
.
Bien qu’étant une minorité, l’extrême droite n’a pas manqué de juges et de policiers. Parmi ces derniers se trouvait Juan Segura Nieto, militant d’extrême droite, anti-catalaniste et partisan de l’Espanyol qui a été à une Diada (fête nationale), un pistolet à la main, lors d’une manifestation qui criait « Visca Catalunya lliure y Mori Espanya! ».
.
Segura a organisé, en tant que fonctionnaire, la section du Parti Nationaliste Espagnol du Dr Albiñana à Castellón, où il avait demandé son transfert depuis que la Generalitat avec l’indépendantiste Miquel Badia avait la charge de commissaire à l’ordre public.Sous le mandat du célèbre Capità Collons, les anarchistes, les Falangistes et les Requetes ont été fréquemment battus dans les commissariats de police. Un changement en Catalogne, où il y avait des tas de policiers qui sympathisaient avec les fascistes ou, qui comme Segura, fermaient  les yeux sur l’extrême droite ou même leur fournissaient des armes.
.
La justice n’est pas non plus étrangère à cette situation d’asymétrie. L’aide aux droitiers a été fréquente par des personnalités telles que José Luis de Prat Lezcano, procureur de la Cour de cassation de Catalogne – du côté du CEDA de Gil Robles, fondamentaliste catholique et capitaine de créserve.
.
Le juge Agustín Altés et son fils le procureur Juan Antonio Altés, tous deux contributeurs falangistes comme le magistrat Manuel Montero Alarcia. La serre où prospérait l’extrême droite était complétée par l’armée, avec de nombreux monarchistes et autres conservateurs en général qui ont géré le complot civil de l’extrême droite. Jusqu’à ce qu’ils portent le coup final.
.
La faible participation civile – environ 300 personnes, selon Mota – donne un aperçu de la faiblesse de l’extrême droite dans le soulèvement militaire de Barcelone. Sur les 532 décès enregistrés le 19 juillet dans la capitale catalane, 47 étaient des civils et sur les 1 679 blessés, 50 étaient des civils qui avaient rejoint l’armée.
.
Après la guerre, l’Espagnol  inaugura le 29 octobre 1943 un monument à ses membres tombés  «pour Dieu et pour l’Espagne». Seuls 62 noms sont apparus parmi les tués, ce qui représenterait – selon l’auteur – 10% du club de 1936.
.
Francesc Valls 04/04/2020
.
¡Viva Cataluña española! Histoire de l’extrême droite dans la Barcelone républicaine (1931-1936) Publications de l’Universitat de València, 2020.
.
.
Commentaire:
.
Humour: le club « Espagnol » (Español) se nomme actuellement « Espanyol » en catalan.

Lire la suite

29 mars 2020 ~ 0 Commentaire

épitaphe

moz-screenshot

Ces politiciens passés par les jeunesses nationalistes

Extrême droite: Le secrétaire d’Etat aux relations parlementaires est accusé d’avoir milité au sein d’un mouvement d’extrême droite, il ne serait pas le seul…

Hervé Novelli

L’ex député UMP d’Indre-et-Loire n’aime pas qu’on lui rappelle son passé de militant d’extrême droite, là où il a fait ses débuts en politique. C’est pourtant bien lui qui, avec d’autres militants du même bord, crée dans les couloirs de l’université parisienne d’Assas en décembre 1968 le Groupe union droit, qui devient plus tard le Groupe union défense (GUD).

Alain Robert

Ce n’est pas une star, mais c’est un personnage central de l’extrême droite. Dans ses jeunes années, il adhère successivement à différents mouvements nationalistes, dont Occident. Après sa dissolution, en 1968, il cofonde et codirige le GUD. Surtout, c’est lui le véritable fondateur du Front National, lui qui fait appel à Jean- Marie Le Pen en 1972 pour prendre les rênes du parti et fédérer les droites extrêmes, alors éclatées. Le politicien, ex-conseiller municipal et ancien membre du cabinet ministériel de Charles Pasqua, change de couleur politique dès le début des années 80 pour ensuite voguer sous l’étendard du RPR, puis de l’UMP.

Alain Madelin

Dès l’âge de seize ans, il embrasse la cause nationaliste. Etudiant en droit à Assas, il est en 1964 l’un des principaux fondateurs d’Occident. Quand celui qui a occupé trois ministères évoque ses années au sein de ce mouvement, Alain Madelin assure n’avoir été animé que par un «anticommunisme militant, extrême et passionné». Une passion qui le fait condamner à deux reprises. D’abord en 1965, avec son camarade Patrick Devedjian, à un an de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve pour vol et détention d’armes. Puis deux ans plus tard, pour  «violences et voies de fait avec armes et préméditation». Il est soupçonné d’avoir participé à la préparation d’un hold-up.

Philippe Péninque

Vous ne le connaissez peut-être pas, mais vous savez ce qu’il a fait. Ce conseiller de Marine Le Pen, dont il se dit un «grand ami», a ouvert le compte en Suisse de son autre ami, Jérôme Cahuzac. Ancien avocat spécialisé dans les montages financiers, il est au cœur de ce qu’Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au Monde et auteurs de Le Système Le Pen: Enquête sur les réseaux du Front national, ont baptisé le «GUD business», un lot d’entreprises créées par des anciens «gudards» qui font des affaires entre amis.

Gérard Longuet

Après une scolarité au lycée Henri 4, il prend part, aux côtés d’Alain Madelin, à la création d’Occident. C’est encore à ses côtés, trois ans plus tard, qu’il est con-damné pour complicité de «violence et voies de fait avec armes et préméditation», avec douze autres militants d’extrê-me droite, dont Patrick Devedjian, Alain Madelin et Alain Robert. «Nous étions jeunes et libres, se remémore avec nostalgie le sénateur UMP. Il s’agissait là de rites initiatiques de jeunes gens, un folklore d’aspect paramilitaire».

Patrick Devedjian

L’ex ministre rejoint lui aussi Occident en 1964. Il n’a pas vingt ans, mais scande sans peine le slogan du mouvement: «Tuez tous les communistes où ils se trouvent!». Il  adhère activement jusqu’en 1967 avant de revêtir la robe d’avocat. Lorsqu’il fait ses débuts en politique, il rejoint alors les rangs de L’Union des Démocrates pour la cinquième République (UDR), qui comptera également parmi ses membres le jeune Nicolas Sarkozy.

Claude Goasguen

C’est un passage de sa vie qu’il n’assume pas, mais le député UMP, partisan de l’Algérie française puis soutien de Jean-Louis Tixier-Vignancourt, candidat nationaliste à la présidentielle de 1965, a lui aussi fait partie d’Occident, mais il l’a toujours nié.

Jean-Marie Le Guen et le GUD:

Le secrétaire d’Etat aux relations parlementaires, Jean-Marie Le Guen, n’a pas du tout apprécié le livre de Laurent Mauduit, A tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient, dans lequel il est accusé d’avoir milité au Groupe union défense (GUD), un mouvement nationaliste étudiant. Il a d’ailleurs déjà déposé plainte pour diffamation. Aucun élément ne prouve ces allégations mais l’engagement de politiciens au sein des jeunesses d’extrême droite à l’instar d’Occident ou du GUD est avéré. Petit tour d’horizon de leurs militants connus.

20/09/2014

http://www.20minutes.fr/

http://npa29.unblog.fr/

fafs 4fafs

Commentaire:

Un article retrouvé dans nos archives par nos lecteurs, merci!

Devedjian est mort, nous ne le regretterons pas ! (A&R)

Lire la suite

25 mars 2020 ~ 0 Commentaire

liban (orient-21 npa)

liban

Sur les traces des communistes du Liban

Farouchement anti-impérialiste, le Parti communiste libanais est le plus grand parti du pays à la fin des années 1960, avant de décliner.Chiites pour la plupart, les communistes ont eu des relations difficiles avec le Hezbollah : unis dans la résistance à Israël, mais rivaux sur le plan politique. Ses militants cherchent un nouveau souffle avec le soulèvement populaire au Liban.

Sur la route qui mène au Sud-Liban le trafic est fluide ce matin-là, le temps radieux. Direction Deir Ez-Zahrani, à 75 kilomètres au sud de Beyrouth. Dans la voiture qui roule à vive allure le long d’une Méditerranée bleu azur, Maro, membre du Parti communiste libanais (PCL) et qui sera ma guide raconte ses souvenirs de jeune militante, engagée à 14 ans, formée au russe à Moscou, aux frais de l’Union soviétique. Elle y rencontrera son mari, Abdallah. Nostalgique et souriante, elle porte sa main à la poitrine et murmure pudiquement : « La Russie est ma deuxième patrie ».

Des racines au Sud-Liban

C’est au sud du pays, historiquement pauvre et à majorité chiite que le communisme libanais plonge ses racines. Dès les années 1930, la lutte contre les invasions à répétition de colons juifs façonne le combat des communistes libanais, dans une région déjà paupérisée par 400 ans de domination ottomane.

Au fil de notre périple, nous remontons jusqu’en 1936, lorsque tombe le premier « martyr » du Parti, Assaf Al-Sabbagh, originaire d’Ibl El-Saqih, face aux gangs de la Haganah, organisation paramilitaire sioniste chargée de défendre les communautés juives en Palestine mandataire.

Un peu plus tard sera créée au Liban la Garde populaire, premier noyau de résistants commu-nistes, afin de lutter contre les attaques sionistes sur les villages du sud. Le 16 septembre 1982, alors que l’armée israélienne pénètre dans Beyrouth, le PCL allié avec deux autres organisa-tions de gauche, l’Organisation d’action communiste au Liban (OACL) et le Parti d’action socialiste arabe créent le Front de la résistance nationale libanaise,  FRNL ou Jammoul selon l’acronyme arabe.

Abou Fayad est l’un de ceux-là. Autour d’un café au parfum de cardamome, l’homme de 72 ans à la silhouette élancée raconte, intarissable. Son père avant lui a affronté les Israéliens. Abou Fayad combat dès l’âge de douze ans, poussé par la perte douloureuse d’un oncle dans les combats.

Il participe aux débuts de la Garde populaire dans son village de Kfarkila qu’il protège la nuit avec cinq personnes et deux mitraillettes de fortune. Par la suite, des Palestiniens réfugiés en Syrie et en Jordanie leur procureront des armes.

Le regard vif l’homme, dont chaque ride du visage raconte les souvenirs d’une vie intense, se souvient : « Je faisais passer les armes par le mont Hermon et la région de Shebaa. Je devais repérer les positions des Israéliens en amont, c’était très dangereux ».

Cigarette aux lèvres, sous l’œil bienveillant de son épouse et d’une photo du Che, Abou Fayad explique qu’il est devenu chef de son groupe grâce à un entraînement de cinq mois avec l’armée libanaise, dans le but de se défendre contre les colons. Aguerri, il adhère l’année suivante au PCL et combattra jusqu’en 2006, lors de la guerre des 33 jours qui oppose le Liban à Israël.

À la prison d’Al-Khiyam, torture et humiliation

À Nabatiyeh, Nahida Homayed nous reçoit dans son salon réaménagé en atelier de couture. Dans la pénombre, l’unique fenêtre laisse filtrer un mince rayon de soleil. Entre deux gorgées de limonade maison, elle raconte avoir entendu le mot « communiste » pour la première fois à 11 ans lors d’une dispute entre deux voisines à Beyrouth. « Vous savez, au Liban c’est honteux d’être communiste », sourit-elle, un brin espiègle.

À 14 ans, la jeune fille adhère au PCL et distribue son journal quotidien Al-Nidaa. Puis vient le temps des combats. Nahida prend la route du sud, d’où elle planifie secrètement des opérations depuis sa maison. C’est là qu’elle est enlevée tôt un matin, devant chez elle, par des soldats de l’Armée du Liban Sud (ALS) :

« Trois voitures sont arrivées et des soldats m’ont embarquée, sac sur la tête. Ils ne m’ont pas dit où ils m’emmenaient et je n’avais pas le droit de poser de questions. Je n’avais pas peur de mourir. Nous les communistes nous sommes prêts à ça psychologiquement ».

Après un court silence, Nahida reprend son récit. Son corps raidi et sa posture soudainement fermée trahissent son traumatisme. Destination : la prison d’Al-Khiyam, tristement célèbre pour les atrocités qui y sont commises. S’en suit une véritable descente aux enfers : interrogatoires de 72 h, intimidations, torture, tabassage jusqu’à perdre connaissance…

Nahida se réveille dans une cellule avec neuf autres femmes. Tapotant nerveusement sa cigarette sur une étagère, elle ajoute, le ton grave : « J’avais entendu parler de cette prison, mais lorsque je suis arrivée sur place, ça a été un choc. C’était inimaginable. Nous n’avions même pas de quoi nous protéger pendant nos règles, nos vêtements étaient tachés de sang ».

Deux ans après son incarcération, Nahida est libérée après un échange de prisonniers. De cette période, elle affirme garder une grande fierté et reste déterminée : « S’ils viennent, je les attends ! » lance-t-elle dans un éclat de rire.

Un souvenir douloureux hante toujours les communistes libanais : celui des corps de disparus. Selon le PCL, ils sont 9 à ne jamais avoir été restitués à leurs familles. Tous sont morts dans des combats contre l’armée israélienne, et leurs familles n’ont de cesse de réclamer un fils, un frère ou un mari depuis plus de 30 ans.

C’est le cas de Wissam Fouani, dentiste formée en Union soviétique et originaire de Kfar Remen, surnommé autrefois « Kfar Moscou » (« la banlieue de Moscou »), du fait de l’importante présence de combattants fidèles à l’URSS.

Elle nous reçoit chez elle, où des portraits de ses frères et sœurs trônent sur une table basse et côtoient un drapeau miniature du Parti et une photo du Che. Parmi les photos, celle de son frère, Faralajah Fouani, tué à 23 ans dans un affrontement avec l’ASL alors qu’il tentait de secourir l’un des siens. Sous la puissance de feu israélienne, impossible de récupérer son corps resté entre les mains de la milice libanaise dissoute en 2000 lors du retrait israélien du Liban.

Rupture mortelle avec le Hezbollah

Unis par la résistance contre Israël et ses invasions récurrentes dans le sud, le PCL et le Hezbollah comptent toutefois de sérieuses divergences. Sur la route qui nous mène à la prison d’Al-Khiyam, l’ancien chef de la résistance du Sud-Liban (dont je tais le nom) nous rejoint.

Lançant de temps à autre un regard furtif dans le rétroviseur, il revient sur les débuts difficiles entre les deux formations, sur fond de guerre civile : « Au départ, nous nous rencontrions dans des opérations, mais il n’y avait pas de coopération car nous, communistes, agissions dans le plus grand secret ».

Après une entente manquée avec le Hezbollah, ce dernier noue finalement une alliance avec son ancien rival d’Amal ou Mouvement des déshérités créé par l’imam chiite libano-iranien Moussa Sadr.

Il poursuit : « S’en est suivi une série d’assassinats d’intellectuels, tous membres du PCL comme Khalil Nahous, Souheil Tawilé, Nour Toukan, Hussein Mroueh, Mahdi Amel. Ils souhaitaient avoir le monopole de la résistance ; de plus nous étions communistes, et donc athées. Eux, c’est comme s’ils vivaient pour Dieu ».

Pour l’ancien chef de la résistance, emprisonné un an dans les geôles du mouvement chiite, il ne fait aucun doute qu’Amal était derrière ces assassinats ciblés. Mais le Hezbollah lui, en était le donneur d’ordre.

Assise sur le siège passager, Maro opine du chef. Elle aussi a été prisonnière du mouvement chiite pendant 40 jours. À partir de là, les communistes rompent tous leurs liens avec les deux mouvances chiites. « Aujourd’hui, seule la résistance nous lie. Nous sommes contre l’interven-tionnisme du Hezbollah en Syrie ou ailleurs. La résistance c’est au Liban, pas dans un pays qui n’est pas le nôtre », insistent-ils.

Les jeunes boudent le PCL

Interrogé sur les nombreux ralliements de communistes au parti chiite, l’ancien leader expli-que :« Beaucoup d’entre eux ont été influencés par leur communauté, surtout les jeunes qui ont des pressions des familles ou de leur entourage. En revanche d’autres sont seulement intéressés par la position et le travail que leur procure le mouvement ».

Interrogé à Beyrouth, Walid Charara, éditorialiste au journal Al-Akhbar et membre du Conseil consultatif pour les études et la recherche insiste lui sur le volet religieux :

« L’islam a un potentiel important de résistance contre les occupations militaires et les oppres-sions, comme les expériences historiques l’ont démontré. L’islam est capable d’entraîner les masses dans la lutte. Dans un rapport de forces inégales, la partie la plus faible a besoin de mobiliser des ressources spirituelles et symboliques. Le Hezbollah a prouvé qu’il en était capable. »

Selon l’éditorialiste libanais, la révolution iranienne de 1979 a eu un impact déterminant. « Le régime du Shah était l’un des régimes les plus despotiques et autoritaires de la région. Que ce même régime soit renversé par une révolte populaire, la première du Proche-Orient qui réussit à renverser un régime aussi puissant, a fait l’effet d’un tremblement de terre. L’islam révolution-naire permet de parler un langage que les masses populaires comprennent. »

Le temps de la reconquête

Sur le trajet embouteillé qui mène au siège du PCL, à Beyrouth, les stigmates des manifesta-tions ornent les murs des bâtiments et le mobilier urbain. Parmi ces graffitis, le logo du Parti est fréquent et laisse deviner un regain de faveur pour la mouvance communiste, longtemps aux oubliettes de la politique libanaise.

Dans le soulèvement qui dure depuis octobre 2019 contre l’ensemble du personnel politique, le PCL entend jouer sa meilleure partition. Assis dans son bureau aux murs couverts de photos d’anciens leaders ou de théoriciens marxistes, son secrétaire général Hannah Gharib dresse le bilan des dernières semaines.

« La gauche doit se renouveler, car elle est désormais en contact direct avec ces milliers de personnes, en particulier les jeunes qui viennent de tous les horizons. Le PCL est l’épine dorsale de la gauche libanaise, elle ne pourrait pas exister sans lui. Cela implique donc de grandes responsabilités, notamment pour le rassemblement de la gauche ».

Entre deux rassemblements populaires, le secrétaire général expose son plan de reconquête : arriver à un État démocratique et laïc, revendication phare des manifestants. Le PCL préconise l’adoption d’une nouvelle loi pour les élections législatives, de passer d’une économie rentière à un modèle productif, de promouvoir la protection sociale… la liste est longue.

Les ingérences extérieures sont également dans la ligne de mire d’Hanna Gharib : « Il y a une pression financière et économique américaine qui vise à mettre en œuvre « l’accord du siècle » et à piller nos richesses pétrolières et gazières au profit de l’ennemi israélien. Ce plan vise aussi à maintenir les Syriens déplacés sur le territoire libanais », faisant référence au plan Trump ainsi qu’aux récents travaux d’exploration et de forage qui doivent permettre de confirmer ou non le potentiel du Liban en termes d’hydrocarbures exploitables.

Le nouveau gouvernement du premier ministre Hassan Diab n’est pas épargné. Peu importe qu’il se revendique apolitique et technocrate :

« Hassan Diab a adopté le budget approuvé par son prédécesseur Saad Hariri, qui est une continuation des politiques économiques et financières qui ont ruiné le pays ». Il poursuit : « Aujourd’hui 1 % de la population détient la moitié de la richesse nationale.

L’écart de classe et les inégalités se sont creusés : les pauvres se sont appauvris, les services publics se sont détériorés, comme la santé, l’éducation, l’électricité, l’eau, les transports publics, les routes, les communications… jusqu’à atteindre des niveaux humiliants ».

Interrogé sur la perte d’influence du PCL au Liban ces dernières années, Hannah Gharib se justifie : « Au milieu des années 1980, le pays se trouvait dans une phase de grande confusion intellectuelle et politique. Parmi ces développements, il y a eu les assassinats semi-collectifs de chefs de parti et de cadres. Puis sont venues la confiscation et la perte d’indépendance du mouvement syndical à partir du milieu des années 1990, ainsi que la chute de l’Union soviétique ».

Aujourd’hui le secrétaire général se veut confiant, comptant sur l’engouement nouveau que les ralliements populaires du PCL suscitent. D’un ton serein, il affirme : « Notre parti a une histoire ancienne. Il a été fondé il y a 95 ans et était l’expression de la maturité révolutionnaire du Liban. À travers cet héritage et dans notre lutte quotidienne, nous construisons un avenir prometteur pour le parti ».

Lire la suite

25 mars 2020 ~ 0 Commentaire

nationalisme (npa)

fafs

.
.

Lire la suite

22 mars 2020 ~ 0 Commentaire

migrant-e-s (ujfp acat)

refugees

Exilé.e.s, migrant.e.s et demandeurs / euses d’asile

Sont nos frères et soeurs !

Face à l’épidémie de coronavirus qui sévit en France, Emmanuel Macron compte la freiner en faisant notamment appel à l’hôpital public.

Il compte aussi sur des mesures de confinement et de fermetures des frontières européennes.

Compte-t-il aussi la freiner en laissant les migrants entassés, dans des conditions déplorables, dans les Centres de rétention administrative (CRA) ? En laissant dormir dans la rue ou, quand ils ne sont pas détruits, dans des camps de fortunes, des mineurs étrangers isolés, des sans papiers, des femmes enceintes et/ou des enfant en bas âge ?

Compte-t-il aussi la freiner en poursuivant les expulsions hors des frontières, comme cela se fait notamment en Grèce, à coup de fusil et en repoussant les bateaux à la mer, sans aucun souci de la santé des personnes victimes de ces agissements ?

Compte-t-il la freiner en laissant des familles immigrées vivre dans des logements insalubres et trop petits ou en expulsant des travailleurs immigrés de leurs foyers ?

Compte-t-il la freiner en laissant nombre de travailleurs sans papiers continuer à travailler sous peine, s’ils se protègent en restant chez eux, de ne plus être payés ou, s’ils vont travailler, de se faire arrêter par la police et enfermer en CRA ?

Compte-t-il la freiner en continuant la chasse aux migrants, aux maraudeurs solidaires et à tous ceux qui aident les sans papiers ?

En fait, de toutes ces personnes, il n’est pas question dans les discours, alors que ce sont les plus précaires, celles qu’il faudrait protéger en priorité car les plus vulnérables. Tout se passe comme si elles n’existaient pas. Les migrants sont devenus invisibles.

Mais les virus ne connaissent pas les frontières, ni les origines des gens, ils frappent tout le monde, sans discriminations.

Alors que la journée internationale contre le racisme devait voir plusieurs manifestations en France le samedi 21 mars, l’UJFP tient à réaffirmer qu’elle continue à travailler contre le racisme et les discriminations sous toutes leurs formes. Nous demandons à tous d’être plus vigilants que jamais et de soutenir les migrants.

jeudi 19 mars 2020 par Coordination nationale de l’UJFP

https://www.ujfp.org/

Lire aussi:

Salubrité publique en période d’épidémie : une urgence humaine et sanitaire (Acat)

Lire la suite

17 mars 2020 ~ 0 Commentaire

rn breizh (fr3)

pegsun_breizh_antifa_bretagne_antifasciste1

Les municipales jouent un mauvais tour au RN

Il devait permettre l’implantation locale du Rassemblement National et servir de rampe de lancement pour les élections départementales et régionales. En Bretagne, ce premier tour des municipales marquent un recul  pour le mouvement de Marine Le Pen.

L’Ouest reste bel et bien une terre de conquête pour le Rassemblement National. Bien avant le premier tour des élections, le chef de file du mouvement en Bretagne affichait d’ailleurs des ambitions modestes. Gagner une ville bretonne non. Mais une entrée dans plusieurs conseils municipaux oui.

Au lendemain du premier tour, le constat est sans appel. Le RN aura certes des élus à Dinan, Fougères et Lanester où le mouvement de Marine le Pen atteint son meilleur score en Bretagne en rassemblant 14,6% des voix, mais dans le reste des villes et communes bretonnes, c’est la douche froide. La barre des 5 % est difficilement atteinte.

Un déficit de mobilisation

A Saint-Brieuc, Lorient et Vannes, le RN ne siègera plus au conseil municipal. A Rennes où la thème de la sécurité était pourtant omniprésent, Emeric Salmon divise le score de 2014 par deux. « Je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir fait une mauvaise campagne. Sur le terrain , les retours étaient bons. Clairement, avec la menace du Coronavirus et ce climat anxiogène, notre électorat populaire habituel ne s’est pas déplacé », explique le candidat rennais.

De son côté , Philippe Miailhes, candidat RN engagé à Saint-Malo reconnaît: « Ici il y a eu  une sorte de  vote utile. Notamment en faveur du député sortant Gilles Lurton déjà bien implanté et connu. Moi je regrette surtout que le thème de l’insécurité n’ait pas été assez abordé lors de la campagne. »

La double peine

Ce recul électoral n’arrange pas la stratégie de maillage territorial rêvée par le RN. L’objectif était d’obtenir de nombreux conseillers municipaux, vivier potentiel de futurs candidats pour les prochaines élections départementales et régionales.

L’implantation locale va donc encore prendre du retard. « Les hommes et les femmes présents aux scrutins n’ont souvent pas d’implantation, de notoriété ni de réseaux. Un mandat permet d’amorcer tout cela. Or, c’est un des points faibles du RN » explique le politologue Thomas Frinault.

L’autre impact de ce premier tour mauvais sur le plan électoral est économique. De nombreux candidats n’atteignent pas la barre des 5% corrolaire au remboursement automatique des frais de campagne. Certains vont se retrouver dans une situation financière compliquée.

Le malouin Philippe Miailhes va puiser dans ses économies personnelles pour rembourser sa campagne . Le rennais Emeric Salmon reconnaît des jours à venir difficiles : « J’ai emprunté pour ma campagne 48 000 euros auprès des militants. J’ai une dette que je vais devoir honorer. Et je vais donc devoir solliciter ma banque pour un prêt sur mon nom. » 

Vu la période d’austérité budgétaire que traverse le Rassemblement National, pas sûr que l’aide vienne du siège. De quoi peut être « doucher » la motivation de candidats à la candidature  pour de prochaines échéances.

Robin Durand  16/03/2020

https://france3-regions.francetvinfo.fr/

Lire la suite

15 mars 2020 ~ 0 Commentaire

résultats à brest quimper châteaulin morlaix (côté brest)

L’extrême droite Renée Thomaïdis RN 

6,71%

droitr

Les « Libéraux »:

Marc Coatanéa  (LRM) 12,6%, Bernadette Malgorn (LR) 18,87%, Pascal Olivard 9,06%

brest socod

Le « Social Libéralisme »:

Ronan Pichon EELV-UDB 15,74%, François Cuillandre PS 26,54%

elelctions brest 12

La « Gauche de Gauche »:

Roger Calvez (POI) 0,51%, Pierre-Yves Cadalen (La France Insoumise) 7,13%, Rémy Collard (Lutte Ouvrière) 0,71%, Emmanuelle Le Pors et Yoran-Eli Pigeon (Liste Citoyenne) 2,12%


https://actu.fr/bretagne/brest

29

Quimper: Sylvie Casimiro de San Leandro (Soutenue par le NPA): 4,68%

Morlaix: 19 % pour la liste de gauche citoyenne Verts, Insoumis et UDB

Châteaulin. « Un Autre Châteaulin est possible » (Soutenue par le NPA): 11,44%

22

Lannion: près de 10% pour la gauche de gauche: LO: 5,04% et POI 4,64%

Guingamp: Guingamp en Commun/Kumun Gwengamp 11,29 % 1 élu

56

Lanester: PS PC UDB EELV: 54,8%, élu, France Insoumise: 7,9%, LO 2,4%

bordeaux

Philippe POUTOU Bordeaux En Lutte 11,77%

A Bordeaux, l’extrême-gauche fait des scores importants

Du point de vue de l’extrême-gauche, peu présente à ces élections, certaines listes notamment en région Bordelaise ont fait une percée considérable. C’est le cas notamment de Bordeaux en Lutte, et le candidat ouvrier Philippe Poutou qui obtient un peu plus de 12% des suffrages exprimés, une première dans un bastion juppéiste.

Toujours dans la région bordelaise, la liste Blanquefort soutenue par le NPA a obtenu 10%, à Cenon (6,8%) et Lormont (6,97%) pour le NPA. Lutte Ouvrière a aussi fait des scores importants à Gradignan où LO a fait environs 10%, tout comme à Langon (33) ou LO a obtenus 10,6% des suffrages. Un échantillon de résultats de l’extrême-gauche qui illustre la disposition d’une partie des électeurs à exprimer par la voix anticapitaliste son opposition à Macron et à son système.

Lire la suite

12 mars 2020 ~ 0 Commentaire

trump (gauche anticapitaliste)

trump

Enfermons Trump !

Peu après la décision de l’OMS de qualifier de « pandémie » le Covid-19(1), Donald Trump, a provoqué un coup de tonnerre mondial en annonçant la suspension « pour trente jours et à partir du 13 mars » de tous les voyages d’étrangers depuis l’Europe vers les Etats-Unis.

« J’ai décidé de prendre des actions fortes mais nécessaires pour protéger la santé et le bien-être de tous les Américains ». L’épidémie due au coronavirus, a fait 38 morts et plus de 1 200 cas de contaminations dans son pays. Un discours bien dans les habitudes de ce président raciste qui a qualifié le Covid-19 de « virus étranger ».

Outre les relents racistes, venant de lui, il est permis de douter de l’intention affichée de « protéger la santé et le bien-être de tous les Américains », lui (et son administration) qui ont tout fait pour détruire les minces ébauches d’un système de protection sanitaire aux USA.

Il semble plutôt que le président des riches, jusqu’ici « corona-négationniste » (il y a peu il déclarait En avril, il fera plus chaud, ça va partir), ait senti flotter dans l’air un virus bien plus grave, pour lui en tant que milliardaire et pour ses semblables amis capitalistes (américains ou pas d’ailleurs).

C’est la perspective d’un effondrement boursier. En se retranchant dans sa forteresse, il croit permettre à son clan de rebondir plus vite pendant que les concurrents, les autres puissances capitalistes, sont ébranlés par la pandémie. N’oublions pas que dans quelques mois il joue sa réélection, ses compères comptent sur lui pour continuer à servir les intérêts des affaires.

Réaction finalement assez classique que des analystes de la firme de courtage BMO Nesbitt Burns envisageaient en 2005 : « Dans leur étude, Mme Cooper et son collègue Donald Coxe, affirment qu’une épidémie mondiale de grippe aurait notamment pour effet de clouer au sol les appareils des transporteurs aériens, de freiner le transport des marchandises et d’anéantir l’industrie du tourisme. (…)

L’impact économique d’une pandémie de grippe pourrait être comparable à la Grande Crise de 1929, selon eux, qui évoquent le spectre d’une chute de valeur des actifs immobiliers, d’une forte augmentation du nombre de faillites ainsi que d’un choc pour l’industrie de l’assurance. »

« Le monde de la finance se rend finalement compte que cela pourrait être la grosse pierre dans l’engrenage de l’économie », affirme M. Osterholm. Il estime qu’une pandémie de grippe aurait un effet dévastateur pour le commerce international.

« Toutes les catastrophes dont nous avons été témoins dans le monde au cours des dernières années ont eu pour effet de dresser des rideaux à nos frontières, précise M. Osterholm. Cela [une pandémie de grippe] équivaudrait plutôt à ériger une porte d’acier de six pouces d’épaisseur. Citation de l’article paru dans : ledevoir.com

Les rideaux, les portes d’aciers et les murs sont dans les habitudes maladives du président américain. Un virus raciste qui s’étend d’ailleurs parmi de nombreux dirigeants actuels. Il me semble que pour la santé du monde, il est urgent d’isoler ces malades et d’enfermer Trump!

Freddy Mathieu 12/03/2020

https://www.gaucheanticapitaliste.org/

Lire la suite

11 mars 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (ujfp)

trump

Trump-Nétanyahou : l’arnaque du siècle

Avec ses méthodes de businessman, pour ne pas dire de gangster, Trump a un avantage : il ne fait pas semblant. Il rompt avec une longue période où l’existence d’un prétendu « Processus de Paix » a permis au rouleau compresseur colonial d’encercler et de dépecer la Palestine.

Oslo, la grande mystification

C’était il y a 27 ans (1993) : contrairement à ce que l’on a voulu faire croire, jamais les Israéliens n’ont promis à Oslo qu’il y aurait un État palestinien sur les 22% de la Palestine historique conquis par l’armée israélienne en 1967.

Jamais ils n’ont renoncé à l’annexion de Jérusalem-Est dont la surface a été décuplée.

Jamais ils n’ont promis le moindre gel de la colonisation.

Au contraire, pendant les 26 mois qui séparent la signature des accords de son assassinat, Rabin installe 60 000 nouveaux colons.

Jamais, il n’a été question d’évacuer les territoires occupés.

Au contraire, au lendemain du massacre de 29 Palestiniens à Hébron en 1994, Rabin a envoyé 2 000 soldats pour protéger les colons et ils sont toujours dans cette ville où l’apartheid est une réalité quotidienne.

En face, l’OLP a reconnu Israël

Sans même une mention dénonçant le nettoyage ethnique prémédité de 1948.

Elle a changé sa charte. Elle a abandonné à leur sort les millions de réfugiés palestiniens dispersés (rien n’a été signé à Oslo sur le droit au retour des réfugiés) et les Palestiniens d’Israël, citoyens de seconde zone.

L’OLP qui représentait les Palestiniens dans leur diversité géographique et politique a été mise en veilleuse au profit d’une « Autorité Palestinienne » dont la principale tâche est que l’occupé assure la sécurité de l’occupant.

Les accords de Taba en 1995 ont parachevé ce « processus »

La Cisjordanie a été morcelée en trois zones A, B et C, la zone C étant, de fait, annexée par l‘occupant. Des textes aussi incroyables que le contrôle total des importations ou exportations par l’occupant ou le fait qu’un colon consomme 8 fois plus d’eau qu’un Palestinien ont été signés. Ça devait être provisoire, n’est-ce pas ?

Faire capituler les Palestiniens par la ruse

Pendant des années, la « communauté internationale » a multiplié les pressions pour faire capi-tuler les Palestiniens sur leurs revendications essentielles qui n’ont pourtant rien d’extraordinai-res : les Palestiniens demandent la liberté, l’égalité et la justice.

Chaque fois qu’Israël construit de nouvelles colonies ou bombarde Gaza, il ne faut rien dire : ce serait une atteinte au « Processus de Paix »: « Deux États vivant côte à côte ».

Pour les dirigeants israéliens, c’est pain bénit :

Les crimes de guerre, la torture légalisée, les arrestations d’enfants, le vol des terres, les tapis de bombes sur Gaza … tout est permis, il n’y aura pas de sanctions. Par contre, s’il y a un attentat contre l’occupant ou une roquette partant de Gaza, les Palestiniens sont immédiatement condamnés comme « hostiles au processus de paix ».

Les « négociations » ont pris des noms divers : Wye Plantation, Charm-el-Cheikh, le Quartet, Annapolis … autant de masques pour exiger des Palestiniens qu’ils capitulent et acceptent de devenir les Amérindiens du Proche-Orient, enfermés dans leur réserve et privés de tout droit.

Dans l’odieux, la France s’est signalée.

Officiellement, elle est pour deux États et pour les résolutions de l’ONU. Dans les faits, elle soutient inconditionnellement l’État d’Israël, se tait quand l’occupant commet les pires massa-cres et organise à l’ambassade de Tel-Aviv un bal de solidarité avec l’occupant en pleine tuerie de « Plomb Durci ». Le gouvernement français a fait du CRIF, relais propagandiste des diri-geants israéliens, son interlocuteur privilégié. Il essaie de criminaliser l’antisionisme et le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre l’État d’Israël.

Faire capituler les Palestiniens par la force

Avec Trump, il n’est plus question de faire semblant. Il renverse la table et piétine le peu qui reste de droit international. Il transfère l’ambassade états-unienne à Jérusalem, reconnaît l’annexion du Golan et proclame la légalité des colonies.

En bon homme d’affaires, il exige des Palestiniens une reddition. Son discours est celui d’un gangster : « Palestiniens, vous avez perdu, pourquoi résister ? On va transformer vos réserves en zones franches où nos capitalistes pourront faire de juteuses affaires. Vous êtes battus, acceptez, vous n’avez pas le choix ».

Trump pense que la période est favorable. Il a de solides alliés qui ont les mêmes méthodes et les mêmes « valeurs » que lui et qui, bien sûr, soutiennent inconditionnellement Israël.

Il y a Bolsonaro. Celui-ci est allé en visite officielle en Israël. Il a déclaré devant Yad Vashem (le mémorial du génocide nazi) : « Les nazis étaient de gauche, n’est-ce pas  ? ». Il n’a pas été démenti par ses hôtes.

Il y a Orban. Il a entrepris de réhabiliter le régime pro-nazi de l’Amiral Horthy, responsable avec l’occupant de l’extermination des Juifs hongrois. Orban a multiplié les déclarations antisémites, mais Nétanyahou l’a qualifié de grand ami.

Trump profite aussi de la situation du monde arabe. La dictature égyptienne participe activement au blocus de Gaza. Le roi d’Arabie Saoudite, dont l’armée participe à un véritable génocide au Yémen, fait pression sur les Palestiniens pour qu’ils capitulent. Le camp « antiaméricain » est très affaibli et beaucoup de pays arabes ont pour préoccupation essentielle une attaque contre l’Iran. Et puis, il y a l’Union Européenne dont la politique est un mélange de complicité et de lâcheté, pour ne pas dire de pure complicité.

En Israël

L’historien israélien Zeev Sternhell, pourtant sioniste, compare la fascisation (ce sont ses termes) à l’œuvre en Israël avec ce qui s’est déroulé dans l’Allemagne des années 30. Une idéologie raciste, militariste et suprématiste s’est imposée sans réel contrepoids.

L’inégalité des individus selon leur origine réelle ou supposée est désormais inscrite dans la loi d’Israël qui se définit comme « l’État-nation du peuple juif ». Les tests ADN viennent d’être approuvés par la Cour Suprême comme preuve qu’on est juif. C’est un exemple terrible de la proximité avec un marqueur essentiel de l’idéologie nazie.

Le pouvoir est disputé entre deux criminels de guerre, Nétanyahou et Ganz, ce dernier ayant dirigé l’armée qui a tué 2 500 civils à Gaza en 2014. Les deux compères ont été invités par Trump et approuvent bien sûr son plan. Il existe bien une petite minorité courageuse anticolonialiste, mais elle ne représente pas une alternative de pouvoir.

Ce régime d’extrême droite et ses relais (comme le CRIF) s’acharnent à instrumentaliser et à récupérer l’antisémitisme et la mémoire du génocide nazi. Et les dirigeants occidentaux soutiennent cette odieuse manipulation.

Et pourtant

Dans un contexte extrêmement défavorable, pour l’instant le peuple palestinien plie, mais ne rompt pas. Gaza est une prison à ciel fermé où l’occupant expérimente comment on peut enfermer deux millions de personnes, les priver d’eau potable et d’électricité et tirer sur des civils comme à la fête foraine.

En Cisjordanie, les Palestiniens sont confrontés tous les jours à la violence des colons et de l’armée, au vol des terres et aux destructions de maisons. Malgré cela, le peuple palestinien croit en l’avenir. Il persiste à tout faire pour scolariser les enfants, pour cultiver la terre, pour produire, pour ne pas être transformé en peuple d’assistés.

Entre Méditerranée et Jourdain, il y a 50 % de Juifs israéliens et 50 % de Palestiniens. Les uns ont tout, les autres quasiment rien.

L’apartheid a duré des décennies en Afrique du Sud ou dans le Sud des États-Unis, mais il a fini par s’écrouler. Trump ne connaît que le fric et la violence. Parions que, face à une lutte anti-apartheid, il ne saura pas faire.

Pierre Stambul mardi 10 mars 2020

Article paru dans CQFD.

https://www.ujfp.org/

Lire la suite

10 mars 2020 ~ 0 Commentaire

antiféminisme (inprecor)

turkeywomenpic

Antiféminisme

Le présent article tente d’analyser le rapport qu’entretiennent les nouvelles droites avec le féminisme.

Une croisade contre le féminisme

La signification de l’antiféminisme a varié à travers le temps et l’espace, mais il a été et est profondément politique. Il se base sur la négation de tout ou partie des affirmations suivantes :

le patriarcat existe, la division sexuelle du travail favorise les hommes ; il faut promouvoir des actions collectives pour corriger ces discriminations et inégalités. En d’autres termes, l’antiféminisme est une opposition collective à l’émancipation féminine (McRobbie, 2018).

L’antiféminisme est probablement aussi ancien que le féminisme.

Comme le note l’historienne Christine Bard dans le travail collectif Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui, dès le 19è siècle et au cours des 20è et 21è siècles, nous assistons à l’apparition de mouvements politiques néoconservateurs et réactionnaires comme réponse aux revendications féministes.

En commençant par les mouvements qui se sont opposés au droit de vote des femmes, à l’entrée des femmes sur le marché du travail ou à leur droit à s’affilier à un syndicat, jusqu’aux positions actuelles qui parlent de féminisme « suprémaciste » ou d’idéologie de genre pour s’opposer au féminisme.

L’antiféminisme actuel n’est pas homogène, certaines de ses expressions sont des attaques brutales contre les femmes et défendent clairement la division sexuelle du travail comme quelque chose de naturel et d’inévitable, si ce n’est voulu par Dieu.

Ses expressions sont sexistes, misogynes, racistes, colonialistes. C’est clairement le cas des sites et blogs de la manosphère. Cependant, certains acteurs de l’antiféminisme contemporain ont peaufiné leur discours.

Pour lutter contre un féminisme qui a gagné une légitimité sociale, politique et normative (Rubio, 2013), ils l’attaquent d’une manière qui paraît plus subtile, adoptant même une partie de son discours.

Tout en introduisant l’idée que le mouvement féministe a déjà atteint ses objectifs et qu’il cherche à défendre aujourd’hui un statut plus avantageux pour les femmes que pour les hommes. Ils soulignent également que le féminisme, malgré son affirmation de défense de l’égalité, ignore les problèmes particuliers des hommes et leur nie des droits.

Bien qu’il ne faille pas confondre les déclarations des dirigeants avec la position de leur parti, les mots de certains légitiment l’antiféminisme, en le normalisant et le rendant plus acceptable. Duterte aux Philippines se vante du fait qu’il a tenté de violer une enfant quand il était adoles-cent. Trump attaque plusieurs parlementaires femmes du fait de leurs enfants. Et dernièrement, Bolsonaro s’est moqué de la différence d’âge d’Emmanuel Macron et de sa compagne, Brigitte Macron, plus âgée que lui.

Ces déclarations misogynes, sexistes et racistes, extraites d’une longue liste, ne sont pas seulement des « dérapages », mais font de l’antiféminisme et de l’autoritarisme la marque de fabrique d’un type d’action politique.

Différents acteurs confluent dans l’antiféminisme, depuis la droite conservatrice et les pouvoirs religieux jusqu’aux partis d’extrême droite et (néo)conservateurs. Leurs discours s’entrelacent et donnent forme à la même vague réactionnaire, qui ne mène pas seulement une bataille cultu-relle, mais également une bataille économique, sociale et démocratique contre les féminismes. La lutte est acharnée et, souvent, ce sont eux qui la gagnent.

L’agenda antiféministe s’articule autour de la négation du caractère structurel des violences machistes, d’actions contre les droits sexuels et reproductifs, en particulier sur la question de l’avortement, de la négation du genre comme construction sociale, avec l’homophobie et la transphobie qui en découlent, mais aussi du sexisme et de la lutte pour un vocabulaire et une grammaire inclusives, dans l’articulation de son discours sur l’« idéologie de genre », comme traits les plus saillants.

Existent également d’autres aspects, comme la ségrégation au travail ou les différences salariales, qui ne sont pas traitées ou alors reçoivent une réponse basée sur des logiques méritocratiques.

Quant au « concept » d’idéologie de genre, il a été inventé par la hiérarchie catholique dans les dernières années du mandat de Jean-Paul II au Vatican.

Il s’agit d’un discours qui cherche à combattre le genre comme concept (Alabao, 2018). Cette position est également avalisée par le pape François qui, dans des déclarations à l’occasion de la présentation de son livre « Cette économie qui tue », fait la réflexion suivante :

« Pensons aux armes nucléaires, à la possibilité de supprimer un grand nombre d’êtres humains en quelques instants. Pensons aussi à la manipulation génétique, à la manipulation de la vie ou à la théorie du genre, qui ne reconnaissent pas l’ordre de la création. Par cette attitude, l’homme commet un nouveau péché contre Dieu le créateur. Le vrai respect de la création n’a rien à voir avec les idéologies qui considèrent l’homme comme un accident, comme un problème à éliminer. Dieu a placé l’homme et la femme au sommet de la création et leur a confié la terre. Le dessein du Créateur est écrit dans la nature » (McElwee, 2015).

Comme l’explique Nuria Alabao (2018) : « Les secteurs ultra-religieux – tous les catholiques ne pensent pas la même chose – qui mènent cette nouvelle croisade veulent reconquérir l’idée de l’homme et de la femme comme biologiquement différenciés et lier cette différence naturelle à des préceptes divins, dont ils font un étendard.

Ces différences naturelles seraient bien sûr liées à une certaine image de la femme comme celle qui prend soin [care], et de la famille comme famille traditionnelle hétérosexuelle, où les fonctions sont réparties selon les sexes ». C’est donc la négation du genre comme construction socioculturelle et l’affirmation de celui-ci comme réalité naturelle.

Cette notion [d’idéologie de genre] construit un objet qui peut être utilisé dans différents buts, de façon transversale, de l’avortement aux supposées attaques contre la famille et/ou au mariage entre personnes de même sexe.

En Espagne, cette croisade n’a pris de l’importance que récemment. Les attaques contre la dite « idéologie de genre » existent depuis longtemps, mais elles étaient minoritaires et réduites à des secteurs associés au catholicisme le plus conservateur.

C’est avec Vox qu’elles sont entrées sur la scène politique et médiatique. La vice-secrétaire de mobilisation de Vox, Alicia V. Rubio, s’est fait remarquer comme une grande militante du « concept d’idéologie de genre », le défendant dans les divers rassemblements auxquels elle participe, et dans lesquels elle expose les thèses principales de son livre Quand ils nous ont interdit d’être des femmes… et vous poursuivirent parce que vous êtes des hommes : pour comprendre comment « l’idéologie de genre » nous affecte (Urbán, 2019).

Vox a ensuite poussé le PP à incorporer cette question dans son discours. Pablo Casado, pendant les primaires, s’est engagé à « une grande convention de réarmement idéologique », centrée fondamentalement sur le combat contre ce qu’ils appellent l’idéologie de genre, et sur la revendication de revenir sur la loi de 1985, relative à l’avortement, comme démonstration la plus concrète.

Là où le combat contre la dite « idéologie de genre » est très présent, c’est dans les Amériques. Cette croisade a été rapidement endossée par l’évangélisme, surtout dans sa version néo-pentecôtiste, la plus puissante, qui a joué notamment un rôle important dans l’élection de Bolsonaro. En Colombie, les positions évangélistes du « non » ont été un élément déterminant dans le référendum sur les accords de paix. Aux États-Unis, le vice-président Mike Pence, évangéliste, est considéré comme un des principaux ennemis du mouvement féministe et LGBTI (Urbán, 2019).

L’utilisation de la dite « idéologie de genre » a donc un caractère politique marqué. L’extrême droite a besoin de créer et de désigner des ennemis pour gagner en cohésion et répondre aux problèmes structurels par la désignation de groupes déterminés.

Le féminisme promeut l’égalité, et cela apparaît inacceptable pour le néo-machisme et le conservatisme le plus radical. La lutte des femmes devient un ennemi, tout comme le sont les migrants, vis-à-vis desquels l’axe central du discours est sécuritaire, avec une instrumentalisation du discours féministe par de nombreuses formations à l’extrême droite.

Nous n’avons que trop d’exemples de ce phénomène. Comme celui des Sverigedemokraterna (Démocrates suédois, SD), troisième force avec 17,6 % des votes en 2018, qui formulent un discours autour de la fierté du modèle scandinave/nordique, mais aussi de l’équité de genre, et présentent la migration comme un danger pour la nation.

Ebba Hermansson, 22 ans, plus jeune député du Parlement suédois, porte-parole pour l’égalité de genre de ce parti, déclare qu’une de ses préoccupations majeures est de « sauver les femmes des violences sexuelles. Si tu viens d’un pays où les femmes ne valent pas autant que les hommes, où les femmes n’ont pas le droit de vivre leur vie comme elles le désirent, il y a un choc quand tu arrives [en Suède] » (Chrisafis, Connolly, Giuffrida, 2019).

Des discours semblables sont tenus chez les Perussuomalaiset (Vrais Finlandais), deuxième force avec 17,5 % en 2019 ; chez le Dansk Folkeparti (Parti populaire danois, DF), avec 21,5 % et deuxième force en 2015 ; chez l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), avec 12,7 % en 2017, ou en Suisse chez l’Union démocratique du centre-Schwizerische Volkspartei (UDC-SVP), avec 29,4 % en 2018.

Ou encore dans l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, 1,8 % en 2017), mais on pourrait également citer Boris Johnson, quand il dit que « les femmes musulmanes qui portent des burqas ont l’air de boîtes aux lettres ». On peut encore mentionner la Ligue du Nord de Salvini, avec 17,4 % en 2018, ou le Front national en France, avec 21,3 % en 2017. La réponse de Le Pen devant la crise humanitaire en Méditerranée était : « J’ai peur que la crise migratoire signe le début de la fin des droits des femmes » (Chriafis, Connolly, Giuffrida, 2019).

Vox vient s’ajouter à cette liste, par exemple quand Abascal a déclaré au Congrès : « Quand un viol collectif répugnant est commis par des Espagnols, nous connaissons tous les détails des violeurs et on appelle à des manifestations. Mais pour des dizaines de délits similaires, quand les auteurs sont étrangers, tout change ».

Ou encore quand Vox devient le premier parti à refuser d’assister à une réception à l’ambassade de Téhéran, argumentant ne pas pouvoir être présent à un évènement « qui exige un traitement différencié pour les femmes », puisque celles-ci ne pouvaient serrer la main aux représentants iraniens.

Il s’agit de se rappeler aussi que dans l’État espagnol le premier parti qui a recouru au purplewashing a été la Plataforma per Catalunya (PxC), qui s’est dissoute en février 2019 en recommandant à ses membres d’intégrer Vox), parvenant à ce que de nombreuses municipalités de différentes couleurs politiques soutiennent leur proposition d’interdiction de la burqa au niveau local (Urbán, 2019).

• L’identité masculine attaquée.

Joan Sanfélix, sociologue spécialiste des masculinités, introduit de plus un facteur matériel intéressant : « Les fissures de l’identité masculine traditionnelle sont dues à la grande avancée des femmes, qui sont allées occuper l’espace public et défaire les structures familiales classi-ques. De plus, la crise économique a mis à mal l’idéal de carrières aux trajectoires stables et longues, un élément de base dans la construction de l’identité de genre masculine, lié à son rôle économique de soutien de la famille » (Sen, 2019).

À cette analyse s’ajoute l’insécurité provoquée par la précarité du travail et des parcours de vie générée par les politiques néolibérales, bien que cela ne doive pas camoufler le fait que la position antiféministe est provoquée par le refus des hommes de modifier la position privilégiée dans laquelle ils se trouvent.

Face à ces insécurités, l’extrême droite dénonce des coupables : les migrants, les pauvres et le mouvement féministe lui-même. Ainsi, l’antiféminisme recueille une partie des insécurités et mal-être sociaux et économiques d’un certain type d’hommes qui pensent que la mise en doute de la masculinité classique est à l’origine de leurs problèmes. Un mal-être transversal, qui ne peut pas seulement se circonscrire à une génération déterminée.

• Le corps des femmes comme champ de bataille.

Pour l’antiféminisme, la question de l’avortement et du contrôle du corps des femmes est un thème récurrent. La liberté sexuelle et reproductive des femmes est même considérée comme une menace pour la civilisation.

Les femmes ne veulent pas avoir d’enfants, ne veulent pas rester à la maison pour s’occuper du foyer. Le rôle essentiel de la femme est de donner la vie et de garantir la continuité de la patrie, et elles refusent ce rôle.

Dans une Europe en déclin démographique, c’est une question décisive, plus encore dans une logique de supposée invasion migratoire musulmane. Des théories conspirationnistes comme celle que propose Renaud Camus dans le Grand Remplacement, selon laquelle la population blanche chrétienne européenne en général – personnifiée par les Français – est en train d’être systématiquement remplacée par des peuples non européens, alimentent cette logique du contrôle du corps des femmes, de leur rôle dans la société et de comment les femmes européennes doivent vivre leur sexualité.

Le discours du purplewashing donne aussi à voir une volonté de contrôler le corps des femmes, dans ce cas des migrantes. Au nom d’une soi-disant libération des femmes qui « sont stéréo-typées comme victimes, comme des personnes sans capacité de libre arbitre » (Pérez, 2019), on les empêche de porter le voile, on leur dit comment elles peuvent ou non s’habiller dans l’espace public. Les « guerres du voile » sont en train de transformer le corps des femmes en champ de bataille.

• Le paternalisme émergeant.

Les positions antiféministes réactualisées, qui ont repris une partie du discours féministe, affirment aujourd’hui que l’égalité est réalisée et que le problème est de vouloir aller plus loin, parce que cela supposerait un déséquilibre de la balance en faveur des femmes. Ou encore qu’en Europe les femmes ne sont pas opprimées et que le problème se trouve dans d’autres régions du globe. Une lecture qui utilise toujours une vision paternaliste pour dire que le chemin parcouru jusqu’aujourd’hui est validé, mais qu’il est interdit d’aller au-delà.

Dans la même veine,  alors que le féminisme propose l’émancipation, l’extrême droite parle de libération, maintenant ainsi le schéma de l’homme (blanc, occidental et chrétien si possible) qui libère les femmes, opprimées à travers le monde et dans la société. Au passage, ils en profitent pour affirmer la supériorité de la civilisation occidentale et des valeurs libérales, en se servant paradoxalement pour cela de la formule très patriarcale « nous défendons nos femmes ». Émerge ainsi un paternalisme raciste et colonialiste.

• Une réponse anti-establishment ?

Les partis d’extrême droite ont construit une image et un discours fondés sur la provocation, en rompant avec le politiquement correct, en se présentant comme ceux qui disent ce que personne ne se risque à dire, quand bien même cela implique la délégitimation des prémisses démocratiques fondamentales, comme l’égalité, l’inclusion, les droits humains, la protection des minorités, la lutte contre la discrimination, mais aussi la science.

En guise de conclusion

L’extrême droite a trouvé un filon électoral avec l’antiféminisme parce qu’il joue un rôle important d’agrégateur d’identités. Avec l’antiféminisme, ils réussissent à polariser le débat politique par l’intégration de larges couches sociales mécontentes du système, en leur octroyant un sentiment d’appartenance, un rôle sexuel et de genre défini, que le néolibéralisme leur vole. (Résumé)

* Judith Carreras, militante féministe, préside la Fundación Viento Sur. Elle a publié (avec Carlos Sevilla et Miguel Urbán) Eurouniversidad, Mito y realidad del proceso de Bolonia, Icaria editorial, Barcelona 2006. Cet article a été d’abord publié par la revue espagnole Viento Sur n° 166

https://vientosur.info/ Traduit de l’espagnol par Louise Poulain.

http://www.inprecor.fr/

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin