Archive | Anticolonialisme

18 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Centrafrique: le financement du chaos

Prospecteur de diamants.(Photo: AFP)

Démenti sévère pour l’état-major de l’armée française qui nous expliquait il y a quel-n que temps que la situation allait en s’améliorant en Centrafrique.

Même à Bangui, quasiment vidée de sa population musulmane, l’insécurité continue à régner. Dans le reste du pays, la situation empire avec près d’une centaine de morts ces derniers jours.

Un accrochage sévère a eu lieu entre les soldats français de Sangaris et les mem- bres de la Seleka sur la N1, la route nationale qui mène au Cameroun à hauteur du village de Boguila à 450 km de Bangui. Les combats ont duré près de trois heures et les militaires fran- çais ont dû utiliser les armes lourdes, mortiers et missiles antichars Milan et Eryx, avec le soutien d’une couverture aérienne venant du Tchad.

L’attaque du centre médical de MSF qui a fait seize morts, dont trois humanitaires, est à cet égard révélatrice. En effet, ce crime est imputable à des ex-membres de la Seleka qui se livrent à des pillages. Pour tenter d’ailleurs de contrer ce délitement, un congrès de la Seleka doit se dérouler à Ndélé, dans le nord du pays pour, d’après les dires du responsable  le général Mahomed Moussa Dhaffane, rendre plus présentable ce mouvement armé.

Diamants de sang Des décennies de soutien de Paris à des régimes corrompus et dicta-toriaux auront contribué à enfoncer le pays dans le chaos. Ce n’est pas la somme dérisoire, au vu des enjeux, de 12 milliards de Francs CFA, soit un peu plus de 18 millions d’euros, octroyés par la Banque mondiale pour relancer les services de l’État, qui va contribuer à régler la situation.

D’autant que, selon le dernier rapport de l’ONG américaine Enough Project, le finan-cement des milices se fait désormais par le trafic des diamants. Ainsi au Nord, dans son fief, la Seleka use du travail forcé des habitants pour extraire les diamants des différentes mines de la région. Quant aux milices anti-Balaka, elles ont éliminé les musulmans qui diri- geaient les mines diamantifères de l’ouest du pays.

Compte tenu des enjeux financiers, le conflit risque de s’éterniser au détriment des populations. Certes, le processus de Kimberley, qui certifie que la vente des diamants sur le marché international ne finance pas les conflits, a été retiré à la Centrafrique en 2003… Il n’en demeure pas moins que de forts soupçons font état de contrebande des diamants centra- fricains qui seraient traités essentiellement à Dubaï.

Impunité Le responsable Afrique de la Fédération internationale des droits de l’homme faisait remarquer que, lors du coup d’État de 2003, c’était déjà les mêmes protagonistes qui s’étaient rendus coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parmi ceux là, un certain Bozizé… soutenu par la France pour son accession au pouvoir et ensuite pendant une dizaine d’années de son règne.

C’est ce même Bozizé qui dirige et finance en sous-main les milices anti-Balaka qui se livrent aux massacres des populations civiles musulmanes. L’impunité dont bénéficient ces criminels au pouvoir ne peut être qu’un encouragement à mettre le pays à feu et à sang. Et les récentes sanctions de l’ONU, notamment contre Bozizé, sont bien tardives et apparaissent surtout comme une mesure pour faire oublier qu’il y a quelques mois encore, il était un homme présentable du pré-carré africain de la France…

Paul Martial Hebdo L’Anticapitaliste – 242 (16/05/2014)

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15 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Marseillaise et abolition de l’esclavage: un chant qui sonne faux (lo)

tardi drapeau

Ce n’est pas toujours facile d’être de droite.

Comment en effet attaquer un gouvernement qui mène une politique tellement conforme aux intérêts patronaux que la droite ne saurait mieux faire ? Il ne reste plus aux ténors de l’UMP que de sales petits os à ronger, en général trouvés dans les poubelles renversées par le Front national. C’est ce qui arrive avec la dernière polémique en date.

La ministre de la Justice Taubira n’ayant pas chanté la Marseillaise lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai, le FN a exigé sa démission, immédiatement suivi par l’UMP. Et tous les politiciens de droite d’entonner « L’amour sacré de la patrie ».

Les ministres socialistes se sont donné le ridicule de répondre, recherchant des présidents de la République qui ne chantaient pas, invoquant le recueillement silencieux, voire l’inutilité d’ajouter sa voix à celle de la garde républicaine. Mais tous sont bien d’accord sur une chose : l’hymne national est sacré, inscrit dans la Constitution, et il avait toute sa place aux commémorations de l’abolition de l’esclavage.

Pourtant, s’il est vrai que la traite des Noirs a commencé avant que La Marseillaise ne soit écrite, elle a bien su prendre la suite des chants de l’armée royale pour accompagner la répression des esclaves dans les colonies, les massacres de la colonisation en Algérie et dans le reste de l’Afrique.

On ne sait ce que pensait Taubira lors de cette cérémonie, mais une chose est certaine, ce chant y était en effet plutôt mal venu. Paul GALOIS

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2389&id=13

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Rwanda 1994: un génocide français

Rwanda 1994: un génocide français dans Altermondialisme

D’avril à juin 1994, 800 000 Rwandais tutsis étaient massacrés par le régime au pouvoir, allié de la France.

Vingt ans après, Hollande décidait de boycotter les commémorations à Kigali. Il s’indignait des propos du président rwandais Paul Kagamé dans Jeune Afrique,  invoquant « le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même. » Les faits sont pourtant accablants.

Avant le génocide

Depuis 1975 la France soutenait la dictature, ouvertement raciste contre la minorité tutsie, de Juvénal Habyaramana. En 1990, pour sauver le régime, le président Mitterrand décidait « l’opé-ration Noroît » et envoyait un contingent militaire français, des fournitures d’armes massives et 80 conseillers militaires pour encadrer l’armée rwandaise. Le régime intensifiait alors sa pro- pagande anti-tutsie haineuse et commençait la planification d’un massacre de masse.

En octobre 1990 des milliers de personnes, tutsis ou liées à des tutsis, étaient arrêtées, torturées, exécutées. Le 13 octobre l’ambassadeur Georges Martres informait l’Elysée que « les paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés dans la région de Kibilira. » En 1993, l’ambassadeur écrira que le chef de l’État rwandais a intimé « l’ordre de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le concours de l’armée et en impliquant la population locale dans les assassinats. »

Le 18 février 1993, la DGSE note à propos de « véritables massacres ethniques » en cours : « il s’agirait d’un élément d’un vaste programme de purification ethnique dirigé contre les Tutsis. »

Pourtant l’aide militaire, financière et diplomatique française s’est accentuée. La France n’est pas « aveugle » ou « piégée » par un allié vicieux et dissimulateur. Ses dirigeants sont informés. Les soudards français sont en contact permanent et fraternel avec les assassins. Avec quel degré de complicité ?

Pendant le génocide En mai 1994 Mitterrand et Balladur lancent l’opération, dite « huma- nitaire », Turquoise. L’armée française ne sauve à peu près personne, mais crée une « zone tampon » au sud-ouest du pays qui bloque l’avancée des forces rebelles et sauve les derniers débris du régime génocidaire.

Après le génocide La France a-t-elle vraiment changé sa politique africaine ? L’a-t-elle moralisée, civilisée ? De 1995 à 1997, elle barbouze dans la guerre qui déchire le Zaïre, elle est la dernière à lâcher Mobutu, puis elle prend sa revanche en 1998, au Congo-Brazzaville : Elf et le gouvernement français (président Chirac, premier ministre Jospin) aident le dictateur Sassou Nguesso à reprendre le pouvoir au prix d’une guerre civile sanglante. L’ami de la France « nettoie » les zones peuplées par des ethnies supposées favorables à ses adversaires. Des dizaines de milliers de morts…

Alors certes, l’Etat français n’a pas décidé de massacrer près d’un million de personnes au Rwanda. Mais il a toujours réagi, en réadaptant ses moyens, pour défendre sa zone d’in- fluence africaine. Mitterrand a osé le dire : « dans ces pays-là, un génocide ça n’a pas trop d’importance  ». Le vieux politicien socialiste raciné dans l’extrême-droite nous dit tout à la fois que « les Noirs on s’en fout » et qu’après tout, là-bas, on peut bien tremper dans toute sorte de crimes.

Pour la juste cause de l’impérialisme français. Le génocide rwandais est secret défense en France, dans la classe politique, dans les médias. On sacrifie au mythe d’une France innocente, qui aurait eu la grandeur d’intervenir, hélas un peu tard, mais la première. On accepte à la rigueur d’entendre que la France fut un peu cynique, ou très aveugle. On  peut alors revenir, tranquillement, à la bonne conscience coloniale et raciste, et se désoler de l’incompréhensible sauvagerie des Africains-qui-se-massacrent-entre-eux. La politique de la France, l’impérialisme, peut continuer avec le même cynisme.

Que veut dire alors cet acharnement des actuels dirigeants socialistes de la France à nier et donc à endosser ces crimes ?  Ce fanatisme de Valls, qui aboie dans son discours d’investiture à l’assemblée : « Je n’accepte pas les accusations injustes, indignes, qui pour- raient laisser penser que la France ait pu être complice d’un génocide au Rwanda, alors que son honneur c’est toujours de séparer les belligérants » ?

Leur fidélité à la tradition coloniale de la France. Leur stricte identité avec la droite en matière d’impérialisme. Leur volonté commune de défendre encore et toujours les intérêts de la bourgeoisie française à travers le monde.  Le génocide rwandais n’est donc pas un « tra- gique accident ». C’est un révélateur terrifiant de la nature de l’appareil d’Etat français et de la classe politique qui s’y identifie.

Yann Cézard Revue L’Anticapitaliste n°54 (mai 2014)

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Bobby Sands, irradiant (sorj chalandon)

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La première fois, il était mort. Ce fut donc la dernière. Une nuit de mai comme seul novembre en ose. Une nuit de brouillard glacé, d’anoraks humides, d’écharpes relevées et de poings dans les poches. L’émeute avait cessé. Belfast chuchotait. La ville avait sa gueule grise. Celle des jours mauvais. Juste avant le drame, ou alors juste après. Tout allait renaître avec l’aube, les cris, les pierres et les bruits du feu. Bientôt, les vieilles reprendraient leur place sur les trottoirs, à genoux, leur rosaire à la main, nous le savions. Mais ce soir, tout se taisait. Tout se taisait parce que Bobby Sands était mort. Et que c’était impossible.

« Ne pose pas de questions. Ne prends pas de notes », avait dit notre accompagnateur. « Ne parle plus », a commandé un autre.

Que savons-nous de Bobby Sands ? En fait, rien. Ou peu. Ce que chacun savait de lui. Son visage, d’abord. Un sourire en noir et blanc sur les murs nationalistes, son regard à chaque fenêtre, au-dessus des cheminées, dans les portefeuilles, sur les agendas d’écoliers, piqué au revers des vestes, imprimé sur les maillots d’enfants, dans les pubs, les magasins, tatoué sur des peaux, brodé sur des drapeaux, en affiches, en calicots, en banderoles. Une photo. La même, toujours. La seule presque, prise en 1976 à la prison de Long Kesh. L’image unique que nous avions de lui.

« Respecte le silence », avait dit notre accompagnateur. C’était la nuit du 7 mai 1981. Nous étions à Twinbrook, un quartier catholique du sud-ouest de Belfast. Au coin des rues, dans les jardinets, contre les murs, adossés aux réverbères orangés, assis à quatre dans des voitures mornes, des femmes et des hommes faisaient le guet. Des combattants de l’IRA, des amis, des gamins larmes aux yeux, des jeunes dents serrées, des mères en peignoir, des voisins. La maison des Sands était de brique. Pareille aux autres. Avec juste un ruban noir accroché sur le seuil.

« Ne parle plus », avait dit l’homme. Il a frappé à la porte. Une entrée minuscule de papier peint, et l’escalier qui mène aux chambres. La chaleur, la maison. Ces endroits familiers où l’on se dit qu’on a la vie devant. Qu’il y aura des portes, et d’autres portes après, et des pièces à n’en plus finir jusqu’à croiser la mort. Et qu’on aura le temps. Le temps de s’y faire. Tout le temps. Et voilà que le salon s’ouvre. Et voilà que Bobby Sands est là.

Que savons-nous de lui ? En fait, rien. Ou peu. Des nouvelles de journaux. Gamin, Robert Sands joue au football. Il porte les couleurs de clubs ennemis des nationalistes. Né à Rathcoole la protestante, quartier nord de Belfast, l’enfant n’a pas été bercé aux frissons de l’hymne irlandais. Après, nous savons que la guerre le rattrape. Qu’en 1972, des voisins protestants attaquent sa maison catholique. Nous savons que sa famille se réfugie à Twinbrook, quartier né d’exodes successifs. Qu’il est apprenti carrossier, menacé de mort par ses collègues protestants. Puis qu’il a 18 ans, et qu’il quitte son emploi. Puis qu’il a 18 ans, et qu’il rejoint l’Armée républicaine irlandaise.

Que savons-nous de lui ? En octobre 1972, il est arrêté dans une maison de Belfast. Quatre pistolets y sont cachés. Cinq ans de prison. Nous savons que les combattants bénéficient alors d’un statut spécial, qui les fait prisonniers de guerre, ou presque. Nous savons qu’en cellule Sands apprend le gaélique, l’histoire de son pays. Qu’il écrit des poèmes, des nouvelles, des textes politiques, qu’il rattrape toute cette école absente. Nous savons qu’il est libéré. Qu’il se marie. Que son fils s’appelle Gerard. Six mois plus tard, il est arrêté avec une arme de poing. Nous savons qu’entre-temps, le 1er mars 1976, le statut spécial a été aboli. Condamné à quatorze années de prison, Bobby Sands devient un droit commun. Comme les autres, il refuse le costume carcéral. Comme les autres, il vit nu, recouvert de sa seule couverture de lit. Plus de visite, plus de courrier, plus rien.

Nous savons que le jeune homme s’improvise alors professeur de gaélique. Les mains en porte-voix, visage contre le mur de sa cellule, il hurle les mots de sa langue, il les chante, et les prisonniers récitent après lui. Tout cela, nous le savons.

Un matin de 1978, alors que des centaines de républicains vivent nus depuis deux ans, les Britanniques décident de confisquer leurs tinettes. Sands et les autres urinent sur le sol et répandent leurs excréments sur les murs des cellules. Les douches leur sont interdites. Ils sont lavés au jet.

En mars 1981, cela fait cinq ans que les hommes sont nus, et trois années qu’ils vivent dans leurs excréments. Nous savons que, sans l’aval de l’IRA, les hommes de Long Kesh entrent en grève de la faim. Bobby Sands a 26 ans. Nous savons qu’il prend le commandement des détenus républicains, et qu’il mène le jeûne. Les prisonniers ont cinq revendications. Simples à fendre l’âme, nous les savons. Les enfants les récitent, elles griffent les murs des villes, elles labourent les gorges à force d’être scandées. Pas d’uniforme carcéral, pas de travail obligatoire, libre association, une visite, un colis, une lettre par semaine et remise normale des peines.

C’est alors que nous avons rencontré son visage sur les murs. Ce regard et ce nom. Ses poèmes ont été récités, chantés, ses écrits brusquement découverts. « Notre revanche sera le rire de nos enfants », disait Bobby Sands. Nous savons que l’alouette, son emblème, est devenue symbole de résistance.

Après Bobby, Francis s’est porté volontaire. Et puis Ray, et Patsy, et Joe, Martin, Kevin, Kieran, Thomas et Michael. Nous le savons.

« Respecte le silence », nous avait dit cet homme. Le cercueil de Bobby Sands était levé, posé contre le mur, gardé par deux hommes de l’IRA en uniforme. Sur le satin blanc, un visage de cire. Poudré, maquillé de vie, du coton dans les joues. Ses os perçaient. Il était translucide. Entre ses doigts, le petit crucifix envoyé par le pape. Un visage, deux mains et puis rien. Un corps en creux. Posé sur son torse, le drapeau de la république, son béret noir et ses gants de soldat. Derrière, un canapé. Des amis, des proches. Ils parlaient bas. Ils parlaient dignes. Ils étaient soulagés. Depuis plus de deux mois, chaque regard irlandais portait sa mort en lui.

Nous savons beaucoup de Sands. Son visage, ses poèmes, son alouette, son combat pour la république et son espoir en la justice. Nous savons qu’il est mort le 5 mai 1981 à 1h17, après 66 jours de supplice. Nous savons qu’il avait 27 ans. Qu’il venait d’être élu député à Westminster. Nous savons que ses neuf camarades l’ont suivi dans l’agonie. Nous savons que Margaret Thatcher n’a pas cédé. Nous savons que jamais ce jeune homme n’a baissé la tête. Nous savons aujourd’hui le processus de paix.

« Ne prends pas de notes », avait dit l’homme, et nous avons gardé les mains vides. Pourtant, un mot nous reste. Un mot de plus, encore. Une phrase, écrite sur une carte pieuse déposée sur le corps, au milieu des autres, des saints éparpillés qui recouvraient sa mort. C’était une Vierge colorée et signée par plusieurs. En bas, à droite et au stylo rouge, il y avait une question : « Est-ce que demain se souviendra ? » Oui.

Bobby Sands en 7 dates

1954 Naissance à Belfast.

1972 Sa famille est expulsée du quartier par les protestants.

1972 Rejoint l’IRA.

1973 Condamné à cinq ans de prison.

1977 Condamné à quatorze ans de prison.

Avril 1981 Elu député à Westminster.

5 mai 1981 Meurt en grève de la faim.

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article134617

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04 mai 2014 ~ 0 Commentaire

L’arrestation de gerry adams (sd)

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Sinn Fein répond à l’attaque britannique en dénonçant des « forces occultes »

Lorsque Sinn Fein dit que l’arrestation de Gerry Adams est un acte politique, il a parfaitement raison.

L’arrestation de l’ancien chef de l’IRA Ivor Bell puis celle d’Adams sur la base d’enregistrements ne pouvant servir à des poursuites,  à propos d’un assassinat ayant eu lieu il y a 42 ans, le tout à la veille d’élections où Sinn Fein espérait s’imposer comme un grand parti de l’Etat irlandais des 26 comtés, prêt à entrer dans un gouvernement de coalition à la prochaine élection générale, est clairement politique et ne peut avoir eu lieu à l’insu du gouvernement britannique. L’incapacité de Sinn Fein à aller jusqu’au bout de la logique de cette analyse montre à quel point ils sont maintenant impuissants face à cette une nouvelle offensive contre eux .

Pourtant, les britanniques avaient prévenu. Le 16 avril, la secrétaire d’état britannique Theresa Villiers, dans un discours important, avait tracé la ligne, indiquant qu’on mettait trop l’accent sur ​​les crimes d’État ainsi que sur la collusion armée-milices et pas assez sur les paramilitaires. Comme c’était les paramilitaires loyalistes qui étaient utilisés comme auxiliaires des forces de l’Etat et que la majorité des atrocités d’État impliquaient une collusion avec les paramilitaires loyalistes, c’était en fait l’annonce que toutes les enquêtes sur les crimes britanniques allaient cesser, et que dans le même temps, la police allait s’occuper de Sinn Fein en le mêlant aux actions militaires républicaines, et cela en dépit du fait qu’ils ont déposé les armes depuis des décennies et qu’ils sont entièrement partenaires de l’état actuel du Nord .

En quelques semaines, la première partie ce cette politique a été mise en œuvre avec l’annonce qu’il n’y aurait plus d’enquête sur un massacre perpétré par des parachutistes dans Ballymurphy en 1971. La deuxième partie c’est l’arrestation de l’ancien chef de l’IRA Ivor Bell, puis d’Adams .

L’explication de ce changement d’orientation c’est que les vastes masses unionistes, pas quelques petits groupes de lumpen-prolétaires, sont en révolte contre le Processus de paix et et ses contraintes, depuis les émeutes pour le drapeau de Novembre dernier. Au cours de cette période, les Britanniques, conscients que l’Unionisme est le fondement de leur présence en Irlande, se sont efforcés de les apaiser. Lorsque les négociations Haass ont échoué ils se sont adaptés en acceptant simplement les revendications des Unionistes .

Les symboles n’ont rien à voir la dedans. La collusion de l’état avec le loyalisme est vivant aujourd’hui sous la forme d’une impunité généralisée pour les foules loyalistes, de l’impunité pour les paramilitaires loyalistes opérant ouvertement dans les rues, l’UVF* participant même aux travaux des conseils de police. Un juge local a récemment jugé la police coupable de pervertir la loi pour favoriser le loyalisme .

Sinn Fein n’a aucun moyen de défense car il a signé un accord qui reconnaît la présence de la Couronne en Irlande et il n’y a pas de marche arrière possible. Ils se plaignent de la motivation politique de l’arrestation, mais sont incapables de désigner l’Etat britannique pour ce qu’il est, vu qu’ils ont assuré leurs partisans qu’il est leur partenaire dans un règlement démocratique. Par le passé, ils ont inventé le mot « sécurocrate  » pour expliquer que les services de police et de sécurité agissaient sans l’aval des Anglais pour saboter le « Processus de paix ». Mc Guinness**, ayant validé la police et ayant exhorté ses partisans à la soutenir, en est maintenant réduit à la défendre et à blâmer de prétendues « forces occultes» dans la police .

La stabilité politique en Irlande d’aujourd’hui repose sur le sectarisme et l’injustice et sur la collusion entre les forces de l’Etat britannique et les forces paramilitaires d’extrême droite. La ciment qui fait tenir l’ensemble, c’est la volonté de Sinn Fein de se prosterner devant un règlement corrompu même si ses dirigeants doivent être sacrifiés pour satisfaire la réaction Orangiste. John McAnulty 1 mai 2014

*UVF: Une des principales organisations « loyalistes », ne s’en prend pas qu’aux « catholiques », mais également aux immigrés.

** Mc Guiness: Numéro deux du Sinn Fein.

Note: Unionistes: soutiens inconditionnels de la Couronne. Sont organisés en « loges maçonniques » les orangistes de l’Ordre d’Orange et en milices loyalistes, largement manipulées par les différents services secrets anglais.

Article de « Socialist Democracy » organisation amie du Npa en Irlande

http://www.socialistdemocracy.org/RecentArticles.html

Lire aussi:

http://npa29.unblog.fr/2014/04/14/du-retard-du-retard-de-retard-the-guardian/

 

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01 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Nord de l’irlande, le leader nationaliste gerry adams arrêté (of + lm)

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Les « troubles » au Nord de l’Irlande

Gerry Adams, figure du nationalisme en Irlande du Nord, ancien membre de l’IRA, a été arrêté dans le cadre de l’enquête sur un meurtre commis en 1972.

Le leader nationaliste irlandais Gerry Adams a été arrêté mercredi soir par la police nord- irlandaise dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Jean McConville, enlevée et tuée par l’IRA fin 1972. « Le mois dernier, Gerry Adams a indiqué qu’il était disponible pour rencontrer la police nord-irlandaise concernant le cas Jean McConville. Cette rencontre a lieu ce soir », a indiqué dans un communiqué publié sur son site internet le parti politique de Gerry Adams, le Sinn Fein qui est l’aile politique de l’IRA.

La police nord-irlandaise a confirmé que « les inspecteurs de l’unité criminelle qui enquête sur l’enlèvement et le meurtre de Jean McConville en 1972 ont arrêté un homme de 65 ans ». « Le suspect est actuellement interrogé par des inspecteurs », a précisé un porte-parole de la police. Sa détention peut durer jusqu’à 24 heures avant une inculpation, une libération sans charge ou le prolongement de sa garde à vue.

Sa dépouille retrouvée après trente ans Agée de 37 ans au moment des faits, Jean McConville avait été enlevée en 1972 par 12 hommes de l’IRA. Accusée d’être une informatrice de l’armée britannique, elle avait été ensuite abattue. Sa dépouille a été retrouvée plus de 30 ans après sa disparition, en août 2003 sur une plage de Carlingford (Irlande).

Son seul tort en réalité était d’avoir porté secours à un soldat britannique blessé dans un attentat de l’IRA, devant le lotissement de Divis Flats, bastion de l’organisation clandestine irlandaise. L’IRA a refusé de reconnaître son assassinat jusqu’en 1999.

Gerry Adams rejette les accusations « Je pense que le meurtre de Jean McConville et l’enterrement secret de son corps étaient une erreur et une grave injustice pour elle et sa famille », a écrit Gerry Adams dans le communiqué de son parti. « Des allégations malveillantes et largement médiatisées ont été faites contre moi. Je les rejette », a-t-il ajouté.

Il ne s’est jamais dissocié de l’IRA Il ne ancienne militante de l’IRA, Dolours Price, qui avait posé une bombe contre le tribunal d’Old Bailey à Londres en 1973 et avait passé sept ans en prison, avait accusé Gerry Adams d’avoir ordonné le meurtre de Jean McConville, dans une série d’entretiens au Boston College enregistrés avant sa mort. Des accusations que le président du Sinn Fein a toujours niées. « Bien que je ne me sois jamais dissocié de l’IRA, et je ne le ferai jamais, je suis innocent de toute participation dans l’enlèvement, le meurtre et l’enterrement de Mme McConville », a-t-il à nouveau affirmé mercredi avant de se présenter à la police. 07h31

http://www.ouest-france.fr/irlande-du-nord-le-leader-nationaliste-gerry-adams-arrete-2515611

http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/30/meurtre-d-une-femme-par-l-ira-en-1972-le-leader-nationaliste-gerry-adams-arrete_4409971_3214.html

Note:  La presse française plus royaliste que la reine: Northern Ireland, ce n’est pas l’Irlande du Nord (un autre pays comme la Corée du Nord), mais le Nord de L’Irlande! Tout comme l’obstination à employer « Londonderry » ignoré des anglais eux-mêmes, pour Derry/ Doire.

Commentaire: Ce ne sont pas les dérives d’un mouvement armé clandestin qui sont ici attaquées. L’état ayant le monopole de « porter les armes », c’est de rappeler qu’il faut être « criminel » pour refuser de la souveraineté de la couronne britannique sur tout ou partie de l’île appelée Irlande. Les vainqueurs peuvent maintenant juger les vaincus après avoir dû après le conflit , subir l’affront de voir juger des officiers et soldats pour des crimes de masse comme « Bloody Sunday ».

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05 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Justice: est-il fini, le temps des colonies ?

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On se souvient de l’assassinat du syndicaliste Jacques Bino lors de la grande grève générale menée en 2009 par le LKP en Guadeloupe.

Devant l’émotion de la population, les autorités se devaient de trouver un coupable et ce fut l’incul- pation d’un innocent : Ruddy Alexis… Enfermé pendant 45 mois dont 24 en isolement, il fut fina- lement acquitté à l’unanimité par la cour d’assises de Basse-Terre. Mais c’était sans compter sur la décision du parquet de faire appel 3 heures à peine après le verdict. Et en prime il « dépayse » le nouveau procès à Paris. Une décision exceptionnelle… et scandaleuse, alors même qu’une cour d’appel a été crée à Basse-Terre pour répondre à l’éloignement.

Justice de classe, justice coloniale Le procès s’est donc ouvert lundi 31 mars devant les Assises de Paris… Mais sans l’inculpé, ni les témoins, ni les avocats qui, au même moment, tenaient une conférence de presse à Basse-Terre et dénonçaient une procédure qui les empêchait notamment de venir à Paris pour des raisons financières.

Le procès devait donc se dérouler en duplex devant une cour d’assises ignorant tout de la situation en Guadeloupe. Nouveau scandale : lundi, la cour a décidé de faire arrêter Ruddy Alexis et de l’amener de force à Paris, pour comparaître mercredi 2 avril. Les centres de rétention refusant de l’accueillir, les gendarmes l’ont laissé seul dans Paris…

En Guadeloupe tout comme en France, de nombreux démocrates s’indignent devant un tel scandale initié sous la droite et confirmé sous la gauche, avec une ministre de la Justice, Taubira, qui laisse faire… Le procès devrait durer près de deux semaines et déjà plusieurs personnalités se sont portées garantes de l’inculpé, dont Mgr Gaillot, présent au procès et prêt à l’héberger.

Correspondant Hebdo L’Anticapitaliste – 236 (03/04/2014)

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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

La centrafrique ou la françafrique au passé et au présent

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Les arguments «  démocratiques  » et «  humanitaires  » ne tiennent pas.

La grave crise que traverse la Républicaine centrafricaine n’est qu’une nouvelle conséquence de la domination coloniale puis néocoloniale. Tandis qu’à travers l’opération Sangaris, la puissance tutélaire ne fait que poursuivre une politique qu’elle mène depuis des lustres…

«  Tout redémarre à Bangui  », annonçait l’ambassadeur de France en République centrafricaine, interviewé le 5 février 2014 par le journal Aujourd’hui en France. Arrivé en RCA en décembre dans les paquetages des 1600 soldats de l’opération Sangaris, Charles Malinas maîtrise parfaitement le langage des diplomates au service des intérêts des classes dominantes de leur pays. A la remarque du journaliste, «  tous les jours, il y a encore des dizaines de morts…   », il répond sans transition : «  à Bangui l’activité repart. Les projets de développement économique vont être lancés dans les semaines qui viennent.  ». Comme on ne peut pas croire que l’ambassadeur n’ait pas compris la remarque, on est obligé de constater que, plus de deux mois après l’intervention militaire française, l’argument «  humanitaire  » a disparu derrière d’autres arguments, bien plus «  sonnants et trébuchants  ».

Mais à l’évidence, entre les déclarations de l’ambassadeur et la réalité, il y a un certain décalage. L’ordre et la stabilité propices aux affaires sont loin d’être rétablis, à tel point que l’Elysée a annoncé vendredi 14 février l’envoi de 400 soldats français supplémentaires, qui seront ensuite rejoints par 900 soldats de nombreux pays européens. On est loin de l’opération «  coup de poing  » promise au départ !

Une partie de l’état-major lui-même a reconnu que la situation était en train d’échapper à l’armée française. Les affrontements armés entre les ex-Séléka (les milices de la coalition autour de Djotodia, qui avait pris le pouvoir par la force en mars 2013) et les anti-balaka (les milices villageoises et partisans de l’ancien dictateur Bozizé), les violences entre chrétiens et musulmans et les attaques des bandes armées de toute obédience contre les paysans redoublent un peu plus chaque jour. C’est l’intervention militaire française qui exacerbe la crise. Le bilan est déjà très lourd : au moins 2 000 morts et un million de déplacés (pour une population de 4,5 millions d’habitants). Plus de 100 000 réfugiés s’entassent ainsi dans un gigantesque camp autour de l’aéroport de Bangui, démunis de tout, sans eau potable, sans latrines, avec un seul hôpital de fortune tenu par une ONG.

Une nouvelle fois, rien de neuf sous le soleil africain : les troupes françaises viennent et reviennent, les dictateurs passent ou trépassent, les populations sont déplacées, massacrées ou violentées … pour que les affaires puissent reprendre au plus vite. En Centrafrique même, les intérêts directs actuels des groupes capitalistes français sont relativement limités. Mais c’est l’ensemble de la région que la France veut garder sous son contrôle, pour ses intérêts propres, notamment au Niger, au Tchad ou au Cameroun mais aussi parce que c’est le rôle que lui délèguent actuellement les autres grandes puissances impérialistes, notamment les Etats-Unis : maintenir l’ordre dans la région, pour que se maintiennent les profits tirés de l’exploitation des richesses de l’Afrique.

Un lourd passif colonial Ce n’est pas d’hier que les hommes et les femmes qui tentent de survivre tant bien que mal au cœur de l’Afrique subissent au quotidien les effets d’une domination néo- coloniale, dont les avatars successifs ont pour constante de ne servir que les intérêts convergents d’une puissance, la France en l’occurrence, et d’une multitude de particuliers, du petit colon aux grandes familles et aux actionnaires. Les masques et les prétextes changent ; la machine et ses rouages, à quelques ajustements près, demeurent.

L’histoire de la très vaste zone qui nous intéresse (le territoire de l’actuelle République centrafricaine est plus étendu que la France et la Belgique réunies) ne débute pour autant pas avec la colonisation. Au demeurant, la période qui précède est loin d’être un âge d’or. Les populations y sont exposées aux effets dévastateurs de la traite à grande échelle, à laquelle se livrent tant les Européens que les Etats musulmans voisins du nord et de l’est, ainsi qu’aux razzias des potentats locaux qui échangent leur butin en esclaves contre des armes. Economie certes rudimentaire mais qui, pour ceux qui y trouvaient leur compte, ne devait pas apparaître moins rationnelle et naturelle que le capitalisme pour ses actuels thuriféraires.

Toutefois, la paix régnait parfois et, selon les témoignages des premiers visiteurs, l’agriculture pouvait être florissante autour des bourgs relativement importants de la zone forestière ou des villages dispersés dans la savane.

Vient le temps des empires coloniaux. La jeune République française trouve là une occasion de renforcer le socle encore fragile sur lequel elle est établie en satisfaisant les intérêts d’une caste qu’elle doit se concilier. Mais elle soigne déjà la façade. C’est ainsi que, dans un Discours à la jeunesse, en 1884, Jules Ferry, le Père fondateur de la République coloniale, assène : « Si nous avons le droit d’aller chez ces barbares, c’est parce que nous avons le devoir de les civiliser (…) Il faut non pas les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d’une race supérieure qui conquiert ».

L’année suivante, devant la Chambre, quelques mois après la signature d’une convention franco-belge délimitant les zones d’influence des deux pays en Afrique équatoriale, il explique : «  qui peut dire qu’à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu’à un moment donné les populations n’attaqueront pas nos établissements  ? Que ferez-vous alors  ? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela ; vous résisterez par la force et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles  ».

Conquis en 1903 par la France sous le nom d’Oubangui-Chari, l’actuel territoire de la Centrafrique est intégré en1910 dans un ensemble plus vaste nommé l’Afrique équatoriale française, avec le Gabon, le Congo français et le Tchad. Une partie de l’Oubangui est disputée avec l’Allemagne installée au Cameroun. C’est donc depuis plus d’un siècle que les destins de ces pays sont liés. La meute des puissances à vocation coloniale ne cesse de s’agiter et de grogner autour du plat.

Mais la politique coloniale ne se réduit pas aux conflits entre puissances. Il s’agit aussi de s’imposer sur place et très tôt, cela ne se passe pas sans résistances. Dès le début du 20e siècle, face aux exactions du pouvoir colonial qui n’hésite pas à brûler des villages et à commettre des massacres d’indigènes pour obtenir par la terreur des porteurs ou le paiement de l’impôt, on note des révoltes sporadiques. Mais à partir de 1928, par refus, notamment, du travail forcé (on estime à près de 25 000 morts la saignée provoquée par la construction du chemin de fer Congo-Océan !) et à l’appel du «  féticheur  » Karnou, les ethnies parviennent à s’unir et l’insurrection est alors générale : Karnou est tué dès 1928, mais ce n’est qu’un début. La guerre dite de Kongo-wara dure jusqu’en 1932. La répression fut évidement terrible et, en 1933, les derniers rebelles furent enfumés dans les grottes où ils s’étaient réfugiés.

Fausse indépendance et vrais dictateurs À l’heure des indépendances, c’est un prêtre défroqué, Barthélémy Boganda, non dépourvu de charisme (il est souvent vu comme la réin- carnation de Karnou) qui sera considéré comme le «  Père de la Nation  », selon la formule consacrée. Anticommuniste mais proche à bien des égards du panafricanisme, fondateur en 1949 du Mou- vement d’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), il prône la création des États unis de l’Afrique latine mais il ne parvient pas éviter le morcellement. En 1959, en pleine campagne électorale pour la présidence du nouvel État, il meurt dans un accident d’avion dont les causes suscitent pour le moins des interrogations.

Dès lors, cela fait plus d’un demi-siècle que la République centrafricaine présente un visage caricatural de la Françafrique. Toujours dramatique, comme ailleurs, pour les populations ; souvent tragique, avec par exemple le massacre d’une centaine d’enfants qui avaient été arrêtés pour avoir protesté contre le coût des uniformes scolaires imposés par Bokassa, qui a pris le pouvoir en 1960 avec le soutien de la France. Parfois farcesque, comme lors de l’intermède impérial et du sacre fastueux du même Bokassa en 1977, auquel assiste le ministre français de la coopération de l’époque – mais avec toujours en toile de fond la claire volonté de l’ex-puissance coloniale de ne pas lâcher le bout de gras. La France y fait et y défait les présidents, parfois ouver-tement : ainsi pour le renvoi de Bokassa devenu vraiment gênant, c’est le SDECE (l’ancêtre de la DGSE) qui conduit l’opération.

Pendant la dictature de Kolingba de 1981 à 1993, c’est un Français, chef de la sécurité présidentielle qui est réputé tenir les rênes. De même, en 2003, c’est la France qui décide du moment où elle renonce à tirer d’affaire, comme elle l’a fait des années durant, Patassé, prototype des chefs d’État corrompus. C’est elle aussi qui lâche Bozizé en mars 2013 quand ce dernier lui apparaît trop complaisant à l’égard des intérêts chinois. Et lorsque Djotodia, à qui elle a laissé prendre la main, se révélera incapable de maintenir ne serait-ce qu’un semblant d’ordre, tout sera en place pour l’épisode actuellement en cours.

Au revoir Djotodia, bonjour Samba-Panza C’est en concertation avec Idriss Déby, le dictateur du Tchad, principal allié de la France dans la région et principal soutien de l’autre intervention militaire française en cours actuellement au Mali, que le gouvernement français a précipité la chute de Djotodia début janvier 2014. Déby lâche Djotodia, son homme de paille sur le sol centrafricain, car celui-ci se révèle finalement incapable de tenir les milices Séléka qui contrôlent les péages routiers en provenance des pays voisins, le pétrole au nord et les diamants au centre. Et Déby se refuse à prendre le risque d’une partition du pays, comme l’a connu en son temps le Mali.

De plus, les ressortissants tchadiens sont pris à parti en RCA par les anti-balaka et sont contraints de fuir par dizaines de milliers. Sassou N’Guesso et Ali Bongo, respectivement dictateurs du Congo Brazzaville et du Gabon, sont également de la partie pour sceller le sort de Djotodia qui part rapidement pour le Bénin. Le 20 janvier, c’est Catherine Samba-Panza, la maire de Bangui depuis mai 2013, qui est élue présidente de transition par le Parlement.

Nouvelle présidente mais vieilles recettes Le fait rare qu’une femme accède aux fonctions présidentielles ne doit pas occulter la manière dont elle a bénéficié de l’appui total de l’Etat français. Samba-Panza est une grande bourgeoise, dont le mari a été plusieurs fois ministre des anciens satrapes de la RCA, Kolingba et Bozizé. Dans les années 1990, elle fait partie des cercles dirigeants de la filiale en Centrafrique du deuxième groupe mondial des assurances, Allianz. Elle se lance ensuite dans les affaires et fonde sa propre société de courtage en assurances.

Le 15 novembre, elle avait participé à l’assemblée générale de l’Association des maires francophones (AIMF). «  François Hollande m’a saluée et confié ‘‘Tenez bon, nous arrivons !’’  », a-t-elle raconté. En décembre, elle a également effectué une tournée en France pour nouer «  des partenariats de développement  ». Bref, voilà une nouvelle fois «  la transition  » à la françafricaine assurée. Les propos de Charles Malinas, l’ambassadeur de France, dans la même interview déjà citée, le confirment : «  les diamants centrafricains, qui se trouvent dans le Nord-Est et dans le Sud-Ouest sont actuellement exploités de manière clandestine et exportés illégalement au profit des ex-Séléka (…) Il s’agit de remettre sur pied un système d’exploitation du diamant avec des sociétés agréées. Catherine Samba-Panza a nommé un spécialiste de la question au ministère des Mines. La filière minière qui concerne le diamant, mais aussi l’or, pourra alors retrouver une existence économique et légale normale  ».

Plusieurs centaines de milliers d’adultes et d’enfants se tuent quotidiennement à la tâche dans les zones diamantifères, en creusant les terrains alluviaux avec des pelles et des tamis, sous la surveillance de gardes armés. Que les miliciens soient de nouveau au service du gouver- nement ne changera rien au sort de ces esclaves des temps modernes.

L’intervention militaire française en Centrafrique va durer, comme dure déjà depuis plus d’un an celle au Mali. Il n’y aura jamais de fin au pillage forcené des richesses de l’ensemble du con- tinent africain tant que le système capitaliste sera en place. Les interventions militaires impérialistes sont les conséquences récurrentes de cette avidité permanente.

Alors bien sûr, en tant que militants internationalistes et anticapitalistes, nous exigeons le départ de l’Afrique de toutes les troupes impérialistes, à commencer par celles de la France, et nous réaffirmons que le combat pour l’émancipation des peuples d’Afrique est indissociable du combat pour le renversement du capitalisme.

François Brun et Marie-Hélène Duverger

* Paru dans la Revue L’Anticapitaliste n°52 (mars 2014). http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Les buts de l’intervention en Centrafrique et les intérêts économiques de la France sur le continent africain

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31351

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08 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Centrafrique: le fiasco de la france

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Sans surprise et dans un consensus politique, l’Assemblée nationale vient de donner son aval à la continuité de l’opération Sangaris en Centrafrique.

Mais dans le même temps, les critiques de cette opération se font de plus en plus entendre. Dès le début, l’intervention française ciblait uniquement les milices de la Seleka venant du nord du pays qui ont porté au pouvoir Michel Djotodia.

Ces milices se sont rendues coupables d’exactions contre les populations en épargnant généralement les communautés musulmanes. En neutralisant les milices de la Seleka, les troupes françaises ont laissé en matière de sécurité un vide pour les populations musulmanes qui se sont fait massacrer par les milices anti-Balaka, largement encadrées par les partisans de l’ancien dictateur François Bozizé.

Pendant de longues semaines les soldats français ont continué cette opération en laissant agir les anti-Balaka qui ouvertement travaillaient à leur objectif : « nettoyer » le pays des musulmans. Ainsi l’armée française, même si ce n’était pas son intention première, a été d’une aide décisive dans le nettoyage ethnique qu’opèrent les milices anti-Balaka. Les convois de civils musulmans qui se dirigent vers le nord du pays sont sans cesse attaqués par ces miliciens dont la plupart sont des jeunes désœuvrés. En soutenant ces milices, Bozizé tente de son côté de reprendre le pouvoir.

Le remède pire que le mal… La situation politique se complique considérablement. Les anti-Balaka sont divisés. Une aile se déclare prête à travailler avec le gouvernement de Catherine Samba-Panza, tandis que l’autre partie dénie toute légitimité à ce pouvoir. Cette division peut amener à des conflits entre anti-Balaka eux-mêmes sur des bases ethniques.

Déjà on recense des méfaits de ces miliciens contre les populations chrétiennes. Et le fait que la France se donne désormais comme objectif le désarmement de ces milices va contribuer à l’hostilité grandissante d’une partie de la population. Régulièrement les soldats de Sangaris essuient des tirs de miliciens anti-Balaka.
Dans le nord du pays où les musulmans se sont réfugiés, les risques sont grands de voir les populations chrétiennes de cette région être victimes de la vengeance des miliciens de la Seleka. La question de la gestion de cette région se pose. En effet, si la partition institutionnelle du pays a été écartée, sa sécurisation et son contrôle restent problématiques.

La diplomatie française mise sur le dictateur tchadien Déby pour éviter que cette zone soit une zone de non-droit propice à un refuge de toutes les milices qui sévissent dans la région : celles du Darfour mais aussi la secte ougandaise de la LRA (acronyme anglais de l’Armée de Résistance du Seigneur), les zaraguinas bandits de grand chemin, et bien sûr les djihadistes. Le rôle d’Idriss Déby se retrouve ainsi renforcé et va bénéficier de la mansuétude de la France et des autres puissances occidentales.
De nouveau, la théorie d’un soutien aux dictatures pour assurer la stabilité dans la région est défendue, alors que ce remède est pire que le mal. La légitimation de ces dictatures ne fait que nourrir des conflits armés qui dégénèrent le plus souvent en guerres ethniques. La politique africaine de la France reste constante et continue à faire des ravages dont les principales victimes restent les populations.
Paul Martial Hebdo L’Anticapitaliste – 232 (06/03/2014)

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07 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Areva veut continuer à contaminer le niger… et l’allier (odn)

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Pascal Canfin est l’inutile ministre EELV du prétendu « Développement ».
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Interpellé sur France-Inter à propos du pillage du Niger par la France atomique, il a pris position pour Areva au détriment de l’Observatoire du nucléaire (cf http://bit.ly/1kD8GWq ).
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Comme Pascal Canfin ne sert à rien, sa parole n’a aucune importance : il a donc pu se permettre de soutenir verbalement les revendications des dirigeants du Niger face à Areva. Mais ce gentil bla-bla n’a strictement rien changé : avec le soutien évident de l’Elysée, Areva reste inflexible et décide de ne pas payer les taxes officiellement votées par le Niger, supposé être indépendant depuis 1960.
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A l’Assemblée nationale, c’est carrément le député écologiste Noël Mamère qui a tenté de bousculer Canfin, évoquant à juste titre « le comportement colonial de la société Areva au Niger », mais il n’en a tiré que quelques mièvres paroles de langue de bois.
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Pendant ce temps, un maire français marche courageusement vers Paris pour tenter d’alerter sur les projets irresponsables d’Areva dans l’Allier où, comme un peu partout en France, l’industriel du nucléaire a laissé des sites contaminés, en particulier d’anciennes mines d’uranium.
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Niger: Paris juge «légitimes» les demandes de Niamey à Areva
RFI, 7 février 2014 :
http://rfi.my/Nr5PET
Question de Noël Mamère au ministre Canfin
Assemblée nationale, 5 février 2014 :
http://bit.ly/Nzillb
Niger/uranium: Oxfam remet une pétition à l’Elysée et à Areva
AFP, 21 février 2014 :
http://bit.ly/1mIL8nz
Un maire part en croisade contre le groupe Areva
Le Progrès, 10 février 2014 :
http://bit.ly/1py357i
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