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15 mars 2014 ~ 0 Commentaire

La centrafrique ou la françafrique au passé et au présent

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Les arguments «  démocratiques  » et «  humanitaires  » ne tiennent pas.

La grave crise que traverse la Républicaine centrafricaine n’est qu’une nouvelle conséquence de la domination coloniale puis néocoloniale. Tandis qu’à travers l’opération Sangaris, la puissance tutélaire ne fait que poursuivre une politique qu’elle mène depuis des lustres…

«  Tout redémarre à Bangui  », annonçait l’ambassadeur de France en République centrafricaine, interviewé le 5 février 2014 par le journal Aujourd’hui en France. Arrivé en RCA en décembre dans les paquetages des 1600 soldats de l’opération Sangaris, Charles Malinas maîtrise parfaitement le langage des diplomates au service des intérêts des classes dominantes de leur pays. A la remarque du journaliste, «  tous les jours, il y a encore des dizaines de morts…   », il répond sans transition : «  à Bangui l’activité repart. Les projets de développement économique vont être lancés dans les semaines qui viennent.  ». Comme on ne peut pas croire que l’ambassadeur n’ait pas compris la remarque, on est obligé de constater que, plus de deux mois après l’intervention militaire française, l’argument «  humanitaire  » a disparu derrière d’autres arguments, bien plus «  sonnants et trébuchants  ».

Mais à l’évidence, entre les déclarations de l’ambassadeur et la réalité, il y a un certain décalage. L’ordre et la stabilité propices aux affaires sont loin d’être rétablis, à tel point que l’Elysée a annoncé vendredi 14 février l’envoi de 400 soldats français supplémentaires, qui seront ensuite rejoints par 900 soldats de nombreux pays européens. On est loin de l’opération «  coup de poing  » promise au départ !

Une partie de l’état-major lui-même a reconnu que la situation était en train d’échapper à l’armée française. Les affrontements armés entre les ex-Séléka (les milices de la coalition autour de Djotodia, qui avait pris le pouvoir par la force en mars 2013) et les anti-balaka (les milices villageoises et partisans de l’ancien dictateur Bozizé), les violences entre chrétiens et musulmans et les attaques des bandes armées de toute obédience contre les paysans redoublent un peu plus chaque jour. C’est l’intervention militaire française qui exacerbe la crise. Le bilan est déjà très lourd : au moins 2 000 morts et un million de déplacés (pour une population de 4,5 millions d’habitants). Plus de 100 000 réfugiés s’entassent ainsi dans un gigantesque camp autour de l’aéroport de Bangui, démunis de tout, sans eau potable, sans latrines, avec un seul hôpital de fortune tenu par une ONG.

Une nouvelle fois, rien de neuf sous le soleil africain : les troupes françaises viennent et reviennent, les dictateurs passent ou trépassent, les populations sont déplacées, massacrées ou violentées … pour que les affaires puissent reprendre au plus vite. En Centrafrique même, les intérêts directs actuels des groupes capitalistes français sont relativement limités. Mais c’est l’ensemble de la région que la France veut garder sous son contrôle, pour ses intérêts propres, notamment au Niger, au Tchad ou au Cameroun mais aussi parce que c’est le rôle que lui délèguent actuellement les autres grandes puissances impérialistes, notamment les Etats-Unis : maintenir l’ordre dans la région, pour que se maintiennent les profits tirés de l’exploitation des richesses de l’Afrique.

Un lourd passif colonial Ce n’est pas d’hier que les hommes et les femmes qui tentent de survivre tant bien que mal au cœur de l’Afrique subissent au quotidien les effets d’une domination néo- coloniale, dont les avatars successifs ont pour constante de ne servir que les intérêts convergents d’une puissance, la France en l’occurrence, et d’une multitude de particuliers, du petit colon aux grandes familles et aux actionnaires. Les masques et les prétextes changent ; la machine et ses rouages, à quelques ajustements près, demeurent.

L’histoire de la très vaste zone qui nous intéresse (le territoire de l’actuelle République centrafricaine est plus étendu que la France et la Belgique réunies) ne débute pour autant pas avec la colonisation. Au demeurant, la période qui précède est loin d’être un âge d’or. Les populations y sont exposées aux effets dévastateurs de la traite à grande échelle, à laquelle se livrent tant les Européens que les Etats musulmans voisins du nord et de l’est, ainsi qu’aux razzias des potentats locaux qui échangent leur butin en esclaves contre des armes. Economie certes rudimentaire mais qui, pour ceux qui y trouvaient leur compte, ne devait pas apparaître moins rationnelle et naturelle que le capitalisme pour ses actuels thuriféraires.

Toutefois, la paix régnait parfois et, selon les témoignages des premiers visiteurs, l’agriculture pouvait être florissante autour des bourgs relativement importants de la zone forestière ou des villages dispersés dans la savane.

Vient le temps des empires coloniaux. La jeune République française trouve là une occasion de renforcer le socle encore fragile sur lequel elle est établie en satisfaisant les intérêts d’une caste qu’elle doit se concilier. Mais elle soigne déjà la façade. C’est ainsi que, dans un Discours à la jeunesse, en 1884, Jules Ferry, le Père fondateur de la République coloniale, assène : « Si nous avons le droit d’aller chez ces barbares, c’est parce que nous avons le devoir de les civiliser (…) Il faut non pas les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d’une race supérieure qui conquiert ».

L’année suivante, devant la Chambre, quelques mois après la signature d’une convention franco-belge délimitant les zones d’influence des deux pays en Afrique équatoriale, il explique : «  qui peut dire qu’à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu’à un moment donné les populations n’attaqueront pas nos établissements  ? Que ferez-vous alors  ? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela ; vous résisterez par la force et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles  ».

Conquis en 1903 par la France sous le nom d’Oubangui-Chari, l’actuel territoire de la Centrafrique est intégré en1910 dans un ensemble plus vaste nommé l’Afrique équatoriale française, avec le Gabon, le Congo français et le Tchad. Une partie de l’Oubangui est disputée avec l’Allemagne installée au Cameroun. C’est donc depuis plus d’un siècle que les destins de ces pays sont liés. La meute des puissances à vocation coloniale ne cesse de s’agiter et de grogner autour du plat.

Mais la politique coloniale ne se réduit pas aux conflits entre puissances. Il s’agit aussi de s’imposer sur place et très tôt, cela ne se passe pas sans résistances. Dès le début du 20e siècle, face aux exactions du pouvoir colonial qui n’hésite pas à brûler des villages et à commettre des massacres d’indigènes pour obtenir par la terreur des porteurs ou le paiement de l’impôt, on note des révoltes sporadiques. Mais à partir de 1928, par refus, notamment, du travail forcé (on estime à près de 25 000 morts la saignée provoquée par la construction du chemin de fer Congo-Océan !) et à l’appel du «  féticheur  » Karnou, les ethnies parviennent à s’unir et l’insurrection est alors générale : Karnou est tué dès 1928, mais ce n’est qu’un début. La guerre dite de Kongo-wara dure jusqu’en 1932. La répression fut évidement terrible et, en 1933, les derniers rebelles furent enfumés dans les grottes où ils s’étaient réfugiés.

Fausse indépendance et vrais dictateurs À l’heure des indépendances, c’est un prêtre défroqué, Barthélémy Boganda, non dépourvu de charisme (il est souvent vu comme la réin- carnation de Karnou) qui sera considéré comme le «  Père de la Nation  », selon la formule consacrée. Anticommuniste mais proche à bien des égards du panafricanisme, fondateur en 1949 du Mou- vement d’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), il prône la création des États unis de l’Afrique latine mais il ne parvient pas éviter le morcellement. En 1959, en pleine campagne électorale pour la présidence du nouvel État, il meurt dans un accident d’avion dont les causes suscitent pour le moins des interrogations.

Dès lors, cela fait plus d’un demi-siècle que la République centrafricaine présente un visage caricatural de la Françafrique. Toujours dramatique, comme ailleurs, pour les populations ; souvent tragique, avec par exemple le massacre d’une centaine d’enfants qui avaient été arrêtés pour avoir protesté contre le coût des uniformes scolaires imposés par Bokassa, qui a pris le pouvoir en 1960 avec le soutien de la France. Parfois farcesque, comme lors de l’intermède impérial et du sacre fastueux du même Bokassa en 1977, auquel assiste le ministre français de la coopération de l’époque – mais avec toujours en toile de fond la claire volonté de l’ex-puissance coloniale de ne pas lâcher le bout de gras. La France y fait et y défait les présidents, parfois ouver-tement : ainsi pour le renvoi de Bokassa devenu vraiment gênant, c’est le SDECE (l’ancêtre de la DGSE) qui conduit l’opération.

Pendant la dictature de Kolingba de 1981 à 1993, c’est un Français, chef de la sécurité présidentielle qui est réputé tenir les rênes. De même, en 2003, c’est la France qui décide du moment où elle renonce à tirer d’affaire, comme elle l’a fait des années durant, Patassé, prototype des chefs d’État corrompus. C’est elle aussi qui lâche Bozizé en mars 2013 quand ce dernier lui apparaît trop complaisant à l’égard des intérêts chinois. Et lorsque Djotodia, à qui elle a laissé prendre la main, se révélera incapable de maintenir ne serait-ce qu’un semblant d’ordre, tout sera en place pour l’épisode actuellement en cours.

Au revoir Djotodia, bonjour Samba-Panza C’est en concertation avec Idriss Déby, le dictateur du Tchad, principal allié de la France dans la région et principal soutien de l’autre intervention militaire française en cours actuellement au Mali, que le gouvernement français a précipité la chute de Djotodia début janvier 2014. Déby lâche Djotodia, son homme de paille sur le sol centrafricain, car celui-ci se révèle finalement incapable de tenir les milices Séléka qui contrôlent les péages routiers en provenance des pays voisins, le pétrole au nord et les diamants au centre. Et Déby se refuse à prendre le risque d’une partition du pays, comme l’a connu en son temps le Mali.

De plus, les ressortissants tchadiens sont pris à parti en RCA par les anti-balaka et sont contraints de fuir par dizaines de milliers. Sassou N’Guesso et Ali Bongo, respectivement dictateurs du Congo Brazzaville et du Gabon, sont également de la partie pour sceller le sort de Djotodia qui part rapidement pour le Bénin. Le 20 janvier, c’est Catherine Samba-Panza, la maire de Bangui depuis mai 2013, qui est élue présidente de transition par le Parlement.

Nouvelle présidente mais vieilles recettes Le fait rare qu’une femme accède aux fonctions présidentielles ne doit pas occulter la manière dont elle a bénéficié de l’appui total de l’Etat français. Samba-Panza est une grande bourgeoise, dont le mari a été plusieurs fois ministre des anciens satrapes de la RCA, Kolingba et Bozizé. Dans les années 1990, elle fait partie des cercles dirigeants de la filiale en Centrafrique du deuxième groupe mondial des assurances, Allianz. Elle se lance ensuite dans les affaires et fonde sa propre société de courtage en assurances.

Le 15 novembre, elle avait participé à l’assemblée générale de l’Association des maires francophones (AIMF). «  François Hollande m’a saluée et confié ‘‘Tenez bon, nous arrivons !’’  », a-t-elle raconté. En décembre, elle a également effectué une tournée en France pour nouer «  des partenariats de développement  ». Bref, voilà une nouvelle fois «  la transition  » à la françafricaine assurée. Les propos de Charles Malinas, l’ambassadeur de France, dans la même interview déjà citée, le confirment : «  les diamants centrafricains, qui se trouvent dans le Nord-Est et dans le Sud-Ouest sont actuellement exploités de manière clandestine et exportés illégalement au profit des ex-Séléka (…) Il s’agit de remettre sur pied un système d’exploitation du diamant avec des sociétés agréées. Catherine Samba-Panza a nommé un spécialiste de la question au ministère des Mines. La filière minière qui concerne le diamant, mais aussi l’or, pourra alors retrouver une existence économique et légale normale  ».

Plusieurs centaines de milliers d’adultes et d’enfants se tuent quotidiennement à la tâche dans les zones diamantifères, en creusant les terrains alluviaux avec des pelles et des tamis, sous la surveillance de gardes armés. Que les miliciens soient de nouveau au service du gouver- nement ne changera rien au sort de ces esclaves des temps modernes.

L’intervention militaire française en Centrafrique va durer, comme dure déjà depuis plus d’un an celle au Mali. Il n’y aura jamais de fin au pillage forcené des richesses de l’ensemble du con- tinent africain tant que le système capitaliste sera en place. Les interventions militaires impérialistes sont les conséquences récurrentes de cette avidité permanente.

Alors bien sûr, en tant que militants internationalistes et anticapitalistes, nous exigeons le départ de l’Afrique de toutes les troupes impérialistes, à commencer par celles de la France, et nous réaffirmons que le combat pour l’émancipation des peuples d’Afrique est indissociable du combat pour le renversement du capitalisme.

François Brun et Marie-Hélène Duverger

* Paru dans la Revue L’Anticapitaliste n°52 (mars 2014). http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Les buts de l’intervention en Centrafrique et les intérêts économiques de la France sur le continent africain

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31351

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08 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Centrafrique: le fiasco de la france

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Sans surprise et dans un consensus politique, l’Assemblée nationale vient de donner son aval à la continuité de l’opération Sangaris en Centrafrique.

Mais dans le même temps, les critiques de cette opération se font de plus en plus entendre. Dès le début, l’intervention française ciblait uniquement les milices de la Seleka venant du nord du pays qui ont porté au pouvoir Michel Djotodia.

Ces milices se sont rendues coupables d’exactions contre les populations en épargnant généralement les communautés musulmanes. En neutralisant les milices de la Seleka, les troupes françaises ont laissé en matière de sécurité un vide pour les populations musulmanes qui se sont fait massacrer par les milices anti-Balaka, largement encadrées par les partisans de l’ancien dictateur François Bozizé.

Pendant de longues semaines les soldats français ont continué cette opération en laissant agir les anti-Balaka qui ouvertement travaillaient à leur objectif : « nettoyer » le pays des musulmans. Ainsi l’armée française, même si ce n’était pas son intention première, a été d’une aide décisive dans le nettoyage ethnique qu’opèrent les milices anti-Balaka. Les convois de civils musulmans qui se dirigent vers le nord du pays sont sans cesse attaqués par ces miliciens dont la plupart sont des jeunes désœuvrés. En soutenant ces milices, Bozizé tente de son côté de reprendre le pouvoir.

Le remède pire que le mal… La situation politique se complique considérablement. Les anti-Balaka sont divisés. Une aile se déclare prête à travailler avec le gouvernement de Catherine Samba-Panza, tandis que l’autre partie dénie toute légitimité à ce pouvoir. Cette division peut amener à des conflits entre anti-Balaka eux-mêmes sur des bases ethniques.

Déjà on recense des méfaits de ces miliciens contre les populations chrétiennes. Et le fait que la France se donne désormais comme objectif le désarmement de ces milices va contribuer à l’hostilité grandissante d’une partie de la population. Régulièrement les soldats de Sangaris essuient des tirs de miliciens anti-Balaka.
Dans le nord du pays où les musulmans se sont réfugiés, les risques sont grands de voir les populations chrétiennes de cette région être victimes de la vengeance des miliciens de la Seleka. La question de la gestion de cette région se pose. En effet, si la partition institutionnelle du pays a été écartée, sa sécurisation et son contrôle restent problématiques.

La diplomatie française mise sur le dictateur tchadien Déby pour éviter que cette zone soit une zone de non-droit propice à un refuge de toutes les milices qui sévissent dans la région : celles du Darfour mais aussi la secte ougandaise de la LRA (acronyme anglais de l’Armée de Résistance du Seigneur), les zaraguinas bandits de grand chemin, et bien sûr les djihadistes. Le rôle d’Idriss Déby se retrouve ainsi renforcé et va bénéficier de la mansuétude de la France et des autres puissances occidentales.
De nouveau, la théorie d’un soutien aux dictatures pour assurer la stabilité dans la région est défendue, alors que ce remède est pire que le mal. La légitimation de ces dictatures ne fait que nourrir des conflits armés qui dégénèrent le plus souvent en guerres ethniques. La politique africaine de la France reste constante et continue à faire des ravages dont les principales victimes restent les populations.
Paul Martial Hebdo L’Anticapitaliste – 232 (06/03/2014)

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07 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Areva veut continuer à contaminer le niger… et l’allier (odn)

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Pascal Canfin est l’inutile ministre EELV du prétendu « Développement ».
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Interpellé sur France-Inter à propos du pillage du Niger par la France atomique, il a pris position pour Areva au détriment de l’Observatoire du nucléaire (cf http://bit.ly/1kD8GWq ).
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Comme Pascal Canfin ne sert à rien, sa parole n’a aucune importance : il a donc pu se permettre de soutenir verbalement les revendications des dirigeants du Niger face à Areva. Mais ce gentil bla-bla n’a strictement rien changé : avec le soutien évident de l’Elysée, Areva reste inflexible et décide de ne pas payer les taxes officiellement votées par le Niger, supposé être indépendant depuis 1960.
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A l’Assemblée nationale, c’est carrément le député écologiste Noël Mamère qui a tenté de bousculer Canfin, évoquant à juste titre « le comportement colonial de la société Areva au Niger », mais il n’en a tiré que quelques mièvres paroles de langue de bois.
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Pendant ce temps, un maire français marche courageusement vers Paris pour tenter d’alerter sur les projets irresponsables d’Areva dans l’Allier où, comme un peu partout en France, l’industriel du nucléaire a laissé des sites contaminés, en particulier d’anciennes mines d’uranium.
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Niger: Paris juge «légitimes» les demandes de Niamey à Areva
RFI, 7 février 2014 :
http://rfi.my/Nr5PET
Question de Noël Mamère au ministre Canfin
Assemblée nationale, 5 février 2014 :
http://bit.ly/Nzillb
Niger/uranium: Oxfam remet une pétition à l’Elysée et à Areva
AFP, 21 février 2014 :
http://bit.ly/1mIL8nz
Un maire part en croisade contre le groupe Areva
Le Progrès, 10 février 2014 :
http://bit.ly/1py357i
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05 mars 2014 ~ 0 Commentaire

Le massacre de kunming, le xinjiang et la «question ouïgoure» en chine (essf)

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En bleu ciel, la région « autonome » ouigoure.

Le 1er mars, 29 personnes ont été tuées à l’arme blanche à Kunming, la capitale du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine.

Les autorités dénoncent les « séparatistes ouïgours »…

Une dizaine d’hommes et de femmes, vêtus de noir, armés de dagues et couteaux se sont attaqués aux personnes rassemblées dans un hall de gare – quatre d’entre eux auraient été tués par la police et un autre arrêté. Il s’agirait d’Ouïgours, des musulmans peuplant le Turkestan oriental – à savoir la Région autonome ouïgoure du Xinjiang, l’une des cinq régions autonomes ayant en Chine un statut spécial, à l’instar du Tibet ou de la Mongolie intérieure.

L’attaque aurait coûté la vie à 29 personnes, frappées au hasard, 143 autres étant blessées, parfois gravement. Les autorités font porter la responsabilité de cette meurtrière action (pour l’heure non revendiquée) au Mouvement islamique du Turkestan oriental (Etim).

Le Xinjiang se trouve fort loin de Kunming, dans le Grand Ouest de la Chine, cependant des actions « terroristes » attribuées par les autorités aux Ouïgours ont déjà été menées jusque dans la capitale, Pékin, le 28 octobre 2013, quand un 4×4 piégé a explosé place Tien Anmen, tuant les passagers et 5 autres personnes.

On ne peut cependant pas exclure dans de tels incidents des manipulations montées par les services secrets chinois. Par ailleurs, les attentats ne sont pas nécessairement le fait de véritables mouvements séparatistes proprement dits : ils peuvent être des actes de révolte ou de désespoirs de la part de membres d’une seule famille, agissant indépendamment de toute organisation.

Le rejet des Ouïgours envers le pouvoir est en effet profond. Ils se sentent discriminés et progressivement dépossédés de leur propre pays : les Hans (ethnie majoritaire en Chine) ne représentaient que 10% de la population du Turkestan oriental il y a une cinquantaine d’années et 40% aujourd’hui. Sur une population d’environ 20 millions d’habitants, les Ouïgours turcophones ne sont donc plus que 45% du total, les 15% restant étant notamment composés d’autres ethnies de religion musulmane.

Les tensions nées de cette « sinisation » organisée du Xinjiang se sont brutalement manifestées en juillet 2009. En réaction, notamment, à l’interdiction d’une manifestation étudiante, des émeutes d’une très grande violence avaient éclaté à Urumqi, capitale de la région autonome, faisant, selon les chiffres officiels, 197 morts et près de 2 000 blessés. Le lendemain, une contre-émeute avait été menée par des Hans à l’encontre des Ouïgours. Une sorte de blocus avait été alors été imposé par les autorités sur le territoire. Bien que la situation se soit depuis « normalisée », l’an dernier encore de très nombreux incidents se sont produits dans le sud de la région, à grande majorité ouïgoure, faisant plus de cent morts chez ces derniers.

De violents incidents peuvent aussi éclater à l’encontre d’ouvriers et d’ouvrières ouïgours employés dans des usines loin de chez eux. Ce fut le cas à Shaoguan, au nord de la province du Guangdong (sud de la Chine), dans l’entreprise de jouets Early Light aux capitaux hongkongais. A la suite à une simple rumeur de viol d’une intérimaire han, dans la nuit du 25 au 26 juin 2009, des centaines de travailleurs hans ont lynché des Ouïgours dans les dortoirs, laissant au moins deux morts sur le carreau. La diffusion sur Internet de ce lynchage aurait contribué au déclenchement des émeutes le mois de juillet suivant à Urumqi.

L’attaque du 1er mars 2014 – l’un des attentats les plus meurtriers perpétrés dans le pays – s’est déroulée peu avant l’ouverture de la session annuelle du Parlement chinois, soulignant sa portée politique. Au-delà du Yunnan même, la presse chinoise, jouant l’étouffoir, n’a pas accordé beaucoup de place à l’événement. Cependant, les « faiseurs d’opinions », pour reprendre l’expression de Brice Pedroletti, semblent prendre conscience des enjeux de la « question ouïgoure ». Le « blogueur star » Han Han a ainsi souhaité que « nous ne dirigions pas notre haine contre toute une ethnie et une religion ». Un journaliste chinois originaire du Xinjiang a fait circuler une pétition d’Ouïgours (universitaire, internautes, étudiants, médecins..) condamnant les « actes inhumains » de Kunming, mais demandant au gouvernement de « faire toute la lumière sur ces événements » pour que le drame de 2009 (provoqué par un sentiment de déni de justice) ne se reproduise pas [1].

Pour sa part, le Congrès mondial des Ouïgours a condamné la violence exercée à Kunming tout en demandant au gouvernement chinois de ne pas soumettre les Ouïgours à des représailles indiscriminées [2]

Pour Pékin, les enjeux sont considérables. Le Xinjiang est en effet la plus grande des régions autonomes, représentant à elle seule un sixième du territoire de l’Etat chinois. De plus, il borde huit pays (Mongolie, Russie, Inde, Pakistan, Kirghizistan, Kazakhstan, Afghanistan et Tadjikistan) dans l’une zone géopolitiquement particulièrement instable. La politique de colonisation han impulsée par le pouvoir vise autant à « développer » – en fonction de ses propres besoins – cette zone faiblement peuplée qu’à contrôler un territoire stratégique. Pierre Rousset 4 mars 2014

Notes:

[1] Le Monde daté du 4 mars 2014.

[2] Voir sur ESSF (article 31255), WUC Condemns Kunming Violence and Calls for Calm.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31256

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27 février 2014 ~ 0 Commentaire

Unanimité néocoloniale au parlement

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L’Assemblée Nationale et le Sénat ont voté la prolongation de la guerre en Centrafrique, pratiquement à l’unanimité (428 pour, 14 contre à l’AN, 328 pour, 3 contre au Sénat).

La majorité des élus du Front de gauche n’a même pas osé s’opposer à cette intervention militaire.

Cela confirme aussi l’envoi de 400 militaires français supplémentaires.

Malgré la mise en place d’une nouvelle présidente au service de la Françafrique, Catherine Samba-Panza, le gouvernement français reconnaît toujours des « difficultés ».

Le rapport d’Hubert Védrine confirme que le rôle de l’intrusion guerrière française en Françafrique a pour but de reconquérir des parts de marché, pas de porter secours à la population. Nous le répétons une fois de plus : « La France est le problème, pas la solution en Afrique ».

Le NPA s’oppose à l’intervention française et appelle à manifester le 1er mars dans le cadre de la clôture de la semaine anticoloniale. Montreuil, le 26 février 2014

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24 février 2014 ~ 0 Commentaire

Appel unitaire contre l’intervention en Centrafrique

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Centrafrique : Du temps des colonies à la Françafrique

Les interventions militaires sont le problème, jamais la solution

Deux ans après l’attaque de la Libye, un an après la guerre au Mali, la France intervient de nouveau militairement en Centrafrique. Il est de notre devoir en tant qu’anticolonialistes et partisans de la solidarité internationale des peuples de nous opposer à l’opération Sangaris. Nous exprimons toute notre solidarité avec le peuple centrafricain qui souffre, depuis plusieurs mois, d’inacceptables violences.

On ne peut trouver aucune justification aux exactions commises par les groupes armés Séléka ou anti Balaka à l’encontre des populations civiles de Centrafrique qui sont terrorisées et condamnées à fuir. Ces actes sont inacceptables. Mais force est de constater que le débarquement des troupes françaises, bien loin de répondre à l’objectif humanitaire proclamé, a, même sur ce plan, contribué à aggraver la situation : loin de Bangui, sur la plus grande partie du territoire, les massacres continuent, et, dans la capitale même, le climat de violence perdure. Les troupes françaises ne sont pas «neutres » et leur présence ne fait qu’alimenter la guerre civile. Et l’envoi de troupes de pays de l’UE, réclamé par F. Hollande, ne fait qu’impliquer l’Union dans cette intervention militaire.

En tout état de cause, l’entrée en guerre de la France en Centrafrique, décidée par le Président de la République française, ne saurait être considérée comme « normale » ainsi que tend à le faire croire la propagande du gouvernement et de l’armée :

⁃ La France, ancienne puissance colonisatrice, n’a pas perdu l’habitude de considérer l’Afrique, d’abord comme une zone d’influence. Sa logique est toujours néo-coloniale, à l’ombre de l’impérialisme US qui en tire également profit

⁃ La guerre ne peut apporter la démocratie ; bien au contraire elle est lourde de risques d’enlisement et ne porte que la garantie d’une extension et de la pérennisation des conflits. Ceux qui en profitent, ce sont les marchands d’armes… et, de ce fait, la balance commerciale française en premier lieu.

⁃ Une fois de plus, cette intervention se déroule dans un pays et une région où la France défend les intérêts occidentaux tout en servant d’abord ses propres intérêts stratégiques à travers ceux de ses grandes entreprises. Ce qui est en jeu, c’est notamment le contrôle des ressources minérales et énergétiques, en particulier les mines d’uranium nécessaires au complexe nucléaire civil et militaire, ainsi que les prospections de Total ou la logistique des transports fluviaux, portuaires ou par rails de Bolloré.

⁃ La France en agissant de la sorte poursuit également un but politique à moyen et long-terme : fragiliser les États africains pour aboutir à des divisions nationales qui seront source d’affaiblissement des peuples se relevant à peine de la colonisation. La balkanisation de l’Afrique, la division et l’affaiblissement des résistances populaires africaines, est un objectif stratégique essentiel tant pour la France que pour toutes les puissantes concurrentes.

⁃ La France s’appuie pour cette intervention sur les dictatures qu’elle soutient à bout de bras depuis des années (Tchad, Congo Brazzaville, Gabon, Cameroun…) et qu’elle conforte ainsi à nouveau, contre les peuples qui les contestent, comme on le voit aujourd’hui au Burkina et au Bénin.

En réalité, de Bokassa à Djotodia, en passant par Bozizé, la France a assuré sa domination sur la Centrafrique en y installant et en y soutenant une kyrielle de dictateurs corrompus … quitte à les jeter quand la coupe était trop pleine. Elle est intervenue militairement sept fois dans ce pays qui illustre jusqu’à la caricature la nature de la Françafrique, sur ses trois piliers (politique, militaire, économique).

En poursuivant cette politique de la canonnière et contraire aux besoins des peuples d’Afrique la France a également contribué à la déstabilisation de toute la région. Il suffit de tourner ses regards vers le Tchad, la RDC, le sud-Soudan ou le Rwanda pour s’en rendre compte.

De même que le développement de ces pays passe par la délivrance du carcan du franc CFA, de même, une solution politique passe nécessairement par le retrait des troupes françaises.

Au moment où le gouvernement présente sa loi sur le développement, qui concerne 16 pays africains toujours soumis à sa domination néo-coloniale, dont la Centrafrique et le Mali, nous appelons à un rassemblement le 10 février à l’Assemblée nationale contre les interventions militaires à répétition, contre la continuité de la politique françafricaine de la France, pour la fermeture des bases militaires françaises en Afrique.

C’est au peuple de Centrafrique qu’il revient de dessiner le futur de leur pays.

L’avenir de l’Afrique est l’affaire des peuples d’Afrique. 

Manifestation le 1er mars à 14h Métro République

Signataires : UPC, Afapredesa, Corelso, NPA, Sortir du colonialisme, Survie, CNT, Alternative Libertaire, Solidaires, Caac Comores, USTKE, Afaspa,

http://npa2009.org/content/appel-unitaire-contre-lintervention-en-centrafrique

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15 février 2014 ~ 0 Commentaire

Rwanda 1994: la france complice du génocide de la minorité tutsi

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Nous commémorerons bientôt le vingtième anniversaire du génocide au Rwanda.

Depuis le 4 février et jusqu’au 14 mars inclus, la Cour d’assises de Paris doit juger un ancien co- responsable de ce génocide. Du soir du 6 avril jusqu’à la fin juin 1994, des milices racistes composées par des membres de la population Hutu – les «  Interahamwe  » – et les forces armées de l’État rwandais ont massacré méthodiquement les membres de la minorité Tutsi. Entre 800 000 et un million de personnes ont été tuées dans ce génocide, le plus récent de l’histoire.

Un procès qui devrait être celui des responsables

Des procès contre des génocidaires rwandais ont déjà eu lieu aux États-Unis, au Canada, en Alle-magne, en Belgique et aux Pays-Bas. Et, bien sûr, devant le Tribunal international pour le Rwanda – TPIR – basé à Arusha, en Tanzanie, qui a cessé de fonctionner aujourd’hui (sauf pour les décisions en appel dont les dernières sont attendues en 2015). Mais jamais encore en France, devant les tribunaux du pays qui en a été le principal complice.

Pascal Simbikangwa a été arrêté en 2008 à Mayotte, devenue depuis un département français dans l’océan Indien. Non pas pour des faits de génocide, mais parce qu’il s’y était livré à un trafic de faux papiers. Une fois identifié, le Rwanda avait réclamé son extradition, mais en vain. La France, qui héberge un bon nombre d’anciens dirigeants rwandais à l’époque du génocide – jusqu’à la veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana. Aujourd’hui, Agathe Habyarimana s’est vu refuser le statut de réfugié qu’elle avait réclamé (en raison de son implication politique dans les crimes du génocide), mais mène une existence de «sans papiers de luxe».

Simbikangwa avait intégré la Garde présidentielle du régime rwandais en 1986, mais un accident de voiture l’a cloué à un fauteuil roulant à partir de 1988. En 1994, il était membre du groupe Akazu – noyau dur opaque du régime, dont faisait aussi partie l’épouse du président –, et il lui est reproché d’avoir dirigé des escadrons de la mort. Il est aujourd’hui accusé d’avoir surveillé des barrages sur lesquels étaient identifiés et assassinés les Tutsis, pendant le génocide, et d’avoir distribué des armes aux miliciens.

Les preuves de la complicité

Les tueries du génocide avaient commencé une demi-heure après la mort du président Habyarimana, après avoir été minutieusement préparées au moins deux ans auparavant. Les machettes, arme principale des tueurs, avaient été commandées en grosse quantité en Chine à l’été 1993, avec un prêt garanti par la BNP. La France soutenait alors à fond le régime rwandais, au sein duquel grandissait la force raciste du « Hutu Power » qui allait commettre le génocide. Aux yeux du président François Mitterrand, le FPR (Front patriotique rwandais), guérilla dont l’ossature était composée de Tutsis auparavant chassés du Rwanda ou nés en exil dans les pays voisins, constituait une menace pour la zone d’influence française en Afrique: le fameux «  pré-carré  ».

Pire  : le GIR ou Gouvernement intérimaire rwandais, le régime qui organisa le géno- cide tout au long de ces 100 jours sombres, fut formé dans les locaux de l’ambassade française à Kigali, le 9 avril 1994. Contrairement à une vision parfois répandue en France, le génocide n’avait rien d’inorganisé, et encore moins de «  colère spontanée contre les Tutsis  ». Entre la mort du pré- sident Habyarimana et la formation du GIR, entre le 6 et le 9 avril, eut d’ailleurs lieu un putsch organisé notamment par la Garde présidentielle. Le Rwanda n’était pas un pays sans direction après la mort d’Habyarimana, mais la Première ministre Agathe Uwilingiyimana – opposée au génocide – fut froidement assassinée, avec tous ceux, même Hutus, qui gênaient les plans des tueurs.

Le rôle de la France au Rwanda fut sinistre, mais certaines questions sont encore sans réponse notamment, le rôle de l’ex-gendarme de l’Élysée Paul Barril. Il débarqua à Kigali en plein génocide, le 6 mai, titulaire d’un contrat avec le GIR baptisée «  Opération insecticide  ». Sachant que les Tutsis furent alors qualifiés de «  punaises  » par les tueurs, cela fait froid dans le dos. Pourtant, beaucoup reste à éclaircir sur son rôle exact, et notamment les trafics d’armes entre certains Français et le gouvernement du génocide. Bertold du Ryon

* Hebdo L’Anticapitaliste – 229 (13/02/2014). http://npa2009.org/

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14 février 2014 ~ 0 Commentaire

La trajectoire déplorable du stalinisme sud-africain 1 (essf)

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En décembre dernier, le syndicat de la métallurgie (NUMSA) a tenu un congrès de rupture avec la centrale historique COSATU en lui faisant procès d’appuyer la politique libérale de la coalition au pouvoir formée par l’ANC et le parti communiste.

Ce 11 février, la direction du COSATU prend acte de cette rupture et met à son ordre du jour l’ex- pulsion du syndicat dissident. Dans cette déclaration, un argument se singularise particulièrement pour entériner la scission sans autre tentative de maintenir l’unité syndicale : le NUMSA a décidé de suspendre son prélèvement financier (levy) au profit du COSATU…  et du parti communiste.

Un étrange attelage

L’arrivée au pouvoir de l’ANC en 1994 se fit sous couvert d’une « coalition » avec le Parti com- muniste sud-africain et la centrale syndicale majoritaire COSATU. L’acceptation de cet assemblage par la classe dirigeante blanche et ses soutiens internationaux semblait se justifier par le haut niveau de conflictualité sociale qu’avait connu le pays depuis la fin des années 70. Les longues années de négociations qui avaient précédé avaient donné le temps nécessaire aux protagonistes pour se mettre d’accord sur le fond, sur le système économique, sur le maintien de la propriété industrielle, sur un programme de « reconstruction ».

Mais, il fallait donner le change aux populations noires au nom de la « révolution démo- cratique » et même du socialisme, terminologie massivement utilisée dans les luttes ouvrières et celles des townships. En proclamant l’existence d’une coalition tripartie dans laquelle le syndicat et le PC proclamaient haut et fort leur attachement au socialisme, l’illusion était garantie.

Toutes formes de coalition peuvent exister. Mais celle-ci a sa singularité : le PC est finan- cé par les syndicats. Les locaux du parti sont situés dans l’immeuble du COSATU et payés par celui-ci. L’osmose entre directions syndicales et état-major du PC est totale, le tout sous le parapluie bien- veillant de l’ANC et donc aussi du gouvernement, qui profitent de ce lien organique avec la « classe ouvrière » et « son parti ».

Le calcul se révéla très vite faisandé. La corruption en quelques mois engloutit dirigeants syn- dicaux et cadres du PC. On ne comptait plus les anciens secrétaires généraux devenus business man, dirigeants de fonds de pension ou heureux acquéreurs d’actions minières. Mais le souffle de la liberté et l’espoir né des luttes précédentes limitaient la lucidité du plus grand nombre. Il fallut attendre le remplacement de Mandela par Mbeki et surtout l’arrivée de Zuma à la présidence pour que les faits s’imposent à une part importante de la population. Ce qu’a reflété au demeurant la décision de rupture du NUMSA.

L’affaire est en train de mal tourner et c’est une chance. Trop c’est trop dans un pays voué aux politiques libérales. Il est de plus en plus difficile de prétendre gouverner au nom du peuple et des opprimés, notamment après l’assassinat par la police de 34 mineurs grévistes à Marikana en 2012. Tout le montage bureaucratique prend l’eau. Avec le départ du NUMSA, d’autres vont suivre. Mais comment en est-on arrivé là ? L’histoire est ancienne et se confond avec celle du stalinisme.

Une longue trajectoire stalinienne

Le PC sud-africain a été fondé en 1921. Très vite, il s’attachera aux thèses politiques staliniennes. Durant trente ans, il est pour beaucoup composé de blancs mais pas exclusivement. Quand, après la seconde guerre mondiale, les luttes d’émancipation prennent leur essor un peu partout dans le monde, il se rapproche du mouvement nationaliste noir, l’African National Congress ; au point de mordre sur ses rangs et d’influencer son élaboration politique.

Plusieurs thèmes vont être ainsi transférés du PC vers l’ANC. D’abord, au début des années 60, c’est la décision très discutable de la « lutte armée » (avec sa part de mimétisme du modèle al- gérien entre autres). Ce choix, qui se réduisit très vite à une simple propagande armée (pose d’ex- plosifs ici ou là essentiellement), avait deux conséquences qui intéressaient directement Moscou dans cette région (tout près des luttes armées du MPLA en Angola et du FRELIMO au Mozambique) : d’une part se positionner comme pourvoyeur d’armes et d’autre part comme prestataire d’entraî- nement militaire et politique dans les camps situés à l’extérieur de l’Afrique du Sud et nourris par une exfiltration constante de militants venant de l’intérieur.

Le second apport, si l’on peut dire, de Moscou via le PC fut celui de la théorie du « colo- nialisme d’un type spécial », sorte de mouture locale de la théorie de la « révolution démo- cratique ». Puisque l’Afrique du Sud n’était, selon le PC, qu’un pays colonial tardif, avec toutefois la présence d’une réelle classe dirigeante blanche locale, il fallait d’abord combattre pour un état démocratique, débarrassé de ses lois raciales, avant de poser la question sociale. La Charte de la Liberté, le programme de l’ANC, était dans cette épure même si elle pouvait apparaître plus radicale à certains égards en posant la revendication des nationalisations et de la réforme agraire. Claude Gabriel

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31081

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14 février 2014 ~ 0 Commentaire

La trajectoire déplorable du stalinisme sud-africain 2 (essf)

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Quand le mouvement de masse repartit à l’offensive au tout début des années 80, le PC était devenu peu ou prou une sorte de poisson pilote de l’ANC principalement dans les bases ex- térieures en Angola, en Zambie, à Londres. Mbeki, futur président, fut par exemple membre de son comité central. Le PC se posait en représentant, unique évidemment, de la « classe ouvrière » au sein du futur dispositif démocratique. C’est au nom de ce monopole prolétarien qu’il monta en première ligne, entre 1982 et 1986, pour dénoncer (déjà à l’époque) les syndicalistes indépendants qui osaient défier la ligne de l’ANC en défendant une perspective socialiste et l’idée d’un parti des travailleurs sous l’influence de l’exemple brésilien. « Economistes », « gauchistes », « révolutionnaires de salon » constituaient l’arsenal de caractérisations du PC à propos de ces syndicalistes.

Mais, les choses de gâtèrent car le mouvement populaire prenait de l’ampleur. Le syn- dicalisme sud-africain renaissant gagnait en influence en posant la question de l’exploitation sociale des Noirs. Le PC fit alors un virage radical pour se présenter comme le défenseur du socialisme. S’autoproclamant l’unique parti d’avant-garde et représentant du prolétariat, il couvrait ainsi le flanc gauche de l’ANC alors que se multipliaient les grèves dans les mines et les entreprises.

Or, l’ironie voulut que ce virage opportuniste soit pris alors que commençaient les négociations entre Mandela en prison, l’ANC en exil et les grands patrons sud-africains, dans un environnement mondial marqué par la perestroïka de Gorbatchev et les grandes négociations Est-Ouest.

Le PC joua alors un rôle peu reluisant. A l’intérieur, une campagne de boycott scolaire était lancée avec pour mot d’ordre « pas d’éducation sans libération ». Ce mouvement, différemment encadré selon les lieux, pris très vite un cours très anarchique et de nombreux parents commen- cèrent à renâcler en voyant leurs jeunes enfants partir ainsi à l’assaut du système dans un très grand désordre politique et organisationnel. Le PC lui adoptait alors une propagande totalement délirante : parlant de « zone libérées » et de double pouvoir, évoquant l’existence de tribunaux populaires dans les quartiers… Etrange positionnement, alors qu’il était investi dans des négociations au sommet visant tout bonnement à mettre en place une transition pacifiée, très éloignée même des reven- dications de la fameuse Charte de la Liberté.

La fin d’une histoire

C’est dans ce contexte que le PC accéda au pouvoir aux côté de l’ANC, avec moult adhésions croisées entre les deux structures. Il participait d’un côté aux compromis avec le patronat et l’ancien parti au pouvoir et se prévalait, de l’autre, du souffle socialiste né du mouvement populaire des années 80. Et, il apportait avec lui le contrôle total de la direction du COSATU. Le PC autoproclamait le lien indéfectible et organique entre le « parti d’avant-garde » du prolétariat et le syndicat. Raison de plus, n’est-ce pas, pour se faire financer par les cotisations syndicales ! Cette posture hautement sta- linienne, bureaucratique et corruptive est désormais en crise ouverte.

Mais, la direction du NUMSA, désormais sortie de ce piège, aurait tout intérêt à ne pas reproduire le même schéma, entre le futur parti ouvrier qu’elle appelle à construire et la recom- position syndicale en cours. Elle doit elle-même tirer les leçons de son histoire récente, ne pas sim- plement l’expliquer par la trahison du PC et de la direction du COSATU. Une évaluation poussée des phénomènes bureaucratiques est nécessaire, ainsi que du lien soi-disant organique entre parti et syndicat. Attention aux auto-proclamations « marxistes-léninistes » quand on dirige des centaines de milliers d’ouvriers ayant peu de rapport avec l’histoire du communisme européen !

Pour l’heure, la direction du NUMSA invite les forces – que nous pourrions qualifier de gauche radicale – à discuter de l’avenir et de la reconstruction d’un mouvement ouvrier. Elle le fait sans sectarisme, même si la frontière entre syndicat et parti reste très vague dans ses écrits. Elle n’appel- lera donc pas à voter pour la coalition au pouvoir et cesse donc de financer le PC. Tout le monde s’accorde à dire que l’ANC sortira vainqueur mais d’une courte tête cette fois-ci, tant est forte la désillusion et donc l’abstention.

Cette rupture est un événement d’une grande ampleur qui se cumule avec le massacre de Marikana. Quelle que soit sa dynamique future, elle illustre la fin annoncée, lamentable et affligeante, d’un parti stalinien. 13 février 2014 Claude Gabriel

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31081

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10 février 2014 ~ 0 Commentaire

Yémen, colère autour du contrat gazier de total (ci)

A Sanaa, au Yemen, quelques centaines de manifestants protestent contre le groupe Total et demandent des négociations entre la nation et la firme françaie, le 6 février 2014. (Photo AFP/Mohammed Huwais)

*

La dénonciation d’un contrat gazier avec Total devient de plus en plus virulente ces derniers jours au Yémen.

Le groupe pétrolier français est accusé de spolier le pays, profitant de conditions négociées avec l’ex-dictateur Ali Abdallah Saleh.

« Nous demandons à la vénérable justice française et aux ONG françaises de poursuivre Total pour corruption », écrit sur sa page Facebook Tawakkol Karman, la militante yéménite qui a reçu en 2011 le prix Nobel de la paix pour son engagement contre l’ex-dictateur Ali Abdallah Saleh. « Total et ses associés volent le gaz yéménite en évaluant son prix à 10 % seulement du prix mondial et en ne reversant que 21 % de cette somme à l’Etat yéménite », affirme-t-elle.

Tawakkol Karman a également organisé une manifestation (vidéo mise en ligne par Al-Jazira) le 6 février à Sanaa, avec pour slogan « Le peuple veut la fin de la corruption ». Le journal yéménite Maareb Press explique que cette campagne s’inscrit dans « la relance de la lutte pacifique » des forces révolutionnaires, qui essaient de se remobiliser autour de la lutte contre la corruption. Les révo- lutionnaires estiment en effet que, depuis le départ du président-dictateur Ali Abdallah Saleh en février 2012, rien n’a fondamentalement changé et que les mêmes réseaux d’intérêt continuent de contrôler le pays.

« Libérer les champs de pétrole »

« Le gouvernement actuel [sous la présidence par intérim de Abd Rabbo Mansour Hadi] serait inca- pable de faire quoi que ce soit pour changer la manière dont sont redistribués les revenus du pétrole. Les règles de partage avaient été fixées par l’ex-président Saleh et le chef de la tribu Al-Ahmar », la puissante tribu du Nord proche de l’ex-président avant de se rapprocher du pouvoir actuel, écrit le journal Aden Al-Ghad. Le journal sud-yéménite accuse les forces politiques du Nord d’avoir « mis la main sur les richesses du Sud à partir de 1994″, quand le Nord avait vaincu les velléités séces- sionnistes du Sud. Or, prédit-il, « le mouvement populaire se poursuivra jusqu’à la libération des champs de pétrole au bénéfice des habitants du Hadramaout, afin que ceux-ci puissent renégocier de nouveaux contrats ».

Cette dénonciation de la corruption semble se transformer ces derniers jours en véritable french bashing. Ainsi, le journaliste yéménite proche des révolutionnaires Abdallah Daubalh écrit dans Yémen News : « On ne peut blâmer ni Total ni l’ex-dictateur Saleh. Il est dans leur nature de se comporter comme des voleurs. [...] En revanche, quand Total et la France refusent obstinément les demandes répétées du gouvernement yéménite de renégocier le prix du gaz, on a clairement affaire à des ennemis. En outre, la France se serait opposée à des sanctions [visant à geler les avoirs d'hommes politiques issus de l'ancien régime yéménite, dont Saleh lui-même] au Conseil de sécurité des Nations unies, bloquant ainsi la transition politique au Yémen.

En revanche, la justice française ouvre une enquête contre Yemenia Airway, accusée d’être responsable de l’accident d’avion aux îles Comores en 2009 [qui a fait 152 morts, dont beau- coup de Français]. C’est quelque chose d’habituel de la part d’un pays colonialiste comme la France. Ce qui est nouveau, c’est que nous découvrons que les colonialistes ne changent jamais et qu’ils resteront toujours de sales voleurs. »

Courrier international Philippe Mischkowsky 10 février 2014

http://www.courrierinternational.com/article/2014/02/10/colere-autour-du-contrat-gazier-de-total

Commentaire: Voilà qui devrait sûrement émouvoir François Hollande!

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