Archive | Anticolonialisme

24 avril 2016 ~ 1 Commentaire

printemps de la palestine (afps)

carhaix-

En Centre Bretagne:

France-Palestine, un mois de mai bien rempli

La section centre-bretonne de France-Palestine solidarité propose pour la 2e fois un cycle d’animations.

Entre films, débats, concerts et expositions, il s’étendra du 1er au 29 mai.L’an dernier, il s’agis- sait d’une semaine. Cette année, on prend le modèle au-dessus : ce sera un mois. Pour la deuxième fois, l’Association France-Palestine solidarité (AFPS) en Centre-Bretagne organise son printemps de la Palestine, qui s’étendra donc cette année du 1er au 29 mai.

Le fil conducteur de cette deuxième édition sera l’agriculture en Palestine. « Le fait que les Palestiniens soient surtout des cultivateurs est un aspect méconnu, souligne Nazim Khalfa, président d’honneur de l’AFPS Centre-Bretagne. Les exploitations sont souvent de toutes petites parcelles, qui sont laissées en friche et confisquées par les colons, en vertu d’une loi qui date de l’Empire ottoman. »

Autre problème, qui touche l’agriculture palestinienne, selon lui : le mur de protection érigé en Cisjordanie. « Ce mur a été réalisé en englobant dans les territoires contrôlés par Israël, des oliveraies qui appartiennent aux Palestiniens. Du coup, le passage des agriculteurs dépend de l’humeur des soldats. » L’agriculture sera notamment évoquée dans l’exposition Palestine, l’eau confisquée, qui sera inaugurée le 2 mai à 18 h à Ti ar Vro et qui restera en place durant tout le mois.

«L’eau est un enjeu important non seulement en Palestine, mais dans toute la région », insiste Jean-Pierre Jeudy, président de l’association dans le Kreiz-Breizh. Sur un registre plus ludique, des séances d’initiation à la cuisine palestinienne se tiendront, toujours à Ti ar Vro, les jeudi 5 et vendredi 20 mai à 17 h. Ce Printemps se conclura le 20 mai à 17 h 30 à la salle polyvalente de Motreff, par le concert du groupe Safara Safar (concert et buffet : 10 €).

Les films au programme Plusieurs films sont au programme, suivis chacun d’un débat après la projection.

Dimanche 1er mai, à 16 h à la Maison des syndicats de Carhaix :

L’Eau de chez nous, l’eau de chez eux, de Frédéric Vigné.

Mercredi 4 mai, au cinéma Arthus d’Huelgoat à 20 h  :

Just Play, de Dimitri Chimenti (prix d’une place de cinéma, débat ensuite à l’Autre rive).

Vendredi 6 mai, à 20 h 30 au Foyer du chêne de Carhaix,

La Résistance des agriculteurs, de Dominique Le Duff.

Mardi 10 mai à 20 h 30 au Grand Bleu de Carhaix :

Dégradé, des frères Nasser.

Jeudi 12 mai, à 18 h à la médiathèque de Rostrenen :

2000 ans d’histoire, diaporama sur la Palestine.

Lundi 16 mai, à 20 h 30 au Ciné Breizh de Rostrenen :

Les 18 fugitives, d’Amer Shomali et Paul Cowan (tarif cinéma).

Mercredi 18 mai, à 20 h à la salle multifonctions du collège de Landeleau :

Dans les collines au sud d’Hébron, de François-Xavier Gilles.

Jeudi 19 mai, à la médiathèque de Carhaix à 18 h :

Cultivons la paix, de Denys Piningre.

Lundi 23 mai, au cinéma L’Argoat de Callac à 20 h 30 :

This is my land, de Tamara Erde (tarif cinéma).

Mercredi 25 mai, à 20 h au FJT de Carhaix :

Omar, de Hany Abu-Assad.

Carhaix-Plouguer 22/04/2016  William LECOQ

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19 avril 2016 ~ 0 Commentaire

douarnenez: palestine

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Printemps de la Palestine

Programme :

Vendredi 22 :

20h30 – Cinéma – « Moi je suis avec la mariée » Cinéma Le Club

Samedi 23 :

15h – Contes et récits – Julie, « Fabriconteuse »

17h – Débat – L’afflux des réfugiés syriens et palestiniens au Liban

19h30 – Repas palestinien

21h15 – Concert – Safara

Comité de jumelage Douarnenez-Rashidiyé

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14 avril 2016 ~ 0 Commentaire

françafrique (basta)

tintin--train-moifatigu--

Néocolonialisme: Toujours plus de coopération militaire, toujours pas de démocratie

Ces élections sont passées relativement inaperçues dans l’actualité. Dimanche 10 avril, les Tchadiens se rendaient aux urnes pour élire leur président. Le 8 avril, c’était à Djibouti. Le 20 mars, au Congo Brazzaville. Les électeurs gabonais éliront leur président en août.

Partout, ces élections sont loin de se dérouler dans un climat serein d’alternance démocratique. Au Congo, Denis Sassou Nguesso, déjà au pouvoir depuis 1979, avec une interruption entre 1991 et 1997, a été réélu à la tête du pays dans des circonstances large- ment contestées. En novembre, il avait modifié la constitution qui limitait le nombre de mandats successifs. À Djibouti, le président Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis dix-sept ans, a été réélu pour un quatrième mandat.

Au Tchad, Idriss Deby, au pouvoir depuis vingt-six ans, brigue un cinquième mandat. Les résultats du vote ne sont pas encore connus. Déjà, des premières contestations sur la légalité du scrutin se font entendre. Avant le vote, plusieurs leaders syndicaux et de la société civile tchadienne ont été arrêtés. Au Gabon, la longévité du pouvoir est dynastique. C’est le fils d’Omar Bongo, Ali Bongo, qui brigue un nouveau mandat pour les élections prévue à l’été. Son père a gouverné le pays pendant quanrante-deux ans, de 1967 à 2009.

Bases militaires et accord de coopération Or, dans ces quatre pays, la France entretient toujours d’étroites relations de coopération militaire, rappelle l’ONG Survie dans un rapport publié le 4 avril. « Djibouti, Tchad, Congo-Brazzaville, Gabon, ces dictatures africaines jouent un rôle central dans le dispositif militaire français en Afrique, dont l’importance stratégique a été réaffirmée depuis 2012 et les « guerres africaines » de François Hollande. », dénonce l’association.

Le Congo-Brazzaville, par exemple, a signé un premier accord de coopération militaire avec la France en 1974. Celui-ci est régulièrement actualisé par de nouvelles conventions. La dernière date de 2015. «La coopération militaire officielle entre la France et le Congo s’opère actuellement sur trois volets: le soutien direct, à travers la présence de conseillers français auprès des cadres des forces armées et de la gendarmerie ; la formation des éléments des forces armées, de la police et de la gendarmerie ; et l’équipement de ces forces», précise Survie.

Au Tchad, «soutien à un régime infréquentable, corrompu et répressif» Djibouti, entre Mer Rouge et Océan Indien, est un pays stratégique sur la route entre l’Afrique, le Canal de Suez, le Moyen-Orient et l’Asie. La France possède sa plus grande base militaire extérieure, avec 1900 hommes [1]. Les forces françaises stationnées à Djibouti ont notamment participé aux opérations militaires Turquoise au Rwanda en 1994, Licorne en Côte d’Ivoire en 2002, et Sangaris en Centrafrique en 2014 [2]. Un nouvel accord de coopération militaire a été signé avec Djibouti en 2011.

Le Tchad aussi est stratégique pour les opérations militaires extérieures de la Fran- ce. Car N’Djamena accueille depuis 2014 le poste de commandement de l’opération de lutte contre le terrorisme au Sahel, Barkhane [3]. Celle-ci a pris le relais de l’opération Épervier, débutée en 1986 et qui avait aussi pour point névralgique le Tchad. L’installation de Barkhane à N’Djamena « contribue à justifier le soutien à ce régime infréquentable, corrompu et répressif », accuse l’association [4].

D’autant que l’Armée française apporte son soutien à son homologue tchadienne à tra- vers «14 coopérants militaires sous uniforme tchadien» qui «continuent de remplir différentes missions clefs: pilotage des restructurations, appui au commandement, renseignement, logis- tique, restructuration de la garde nomade, restructuration de l’enseignement militaire, aide à la reconversion», souligne Survie.

Au Gabon, qui votera cet été pour réélire ou pas le fils de l’ancien président Bongo, la France possède aussi une base militaire permanente de 900 hommes, «le plus important «réservoir de capacités» de la France sur la côte occidentale de l’Afrique», selon les députés Yves Fromion et Gwendal Rouillard [5]. Un accord de partenariat de défense entre la France et le Gabon a par ailleurs été conclu en 2010 [6]. «Comme l’ambassadeur de France l’a déclaré aux rapporteurs, l’intérêt de ces infrastructures tient à ce que «la France y est chez elle», soulignaient les deux députés en 2014. Un sentiment d’être chez soi dans toute une partie de l’Afrique qui, malheureusement, ne sert en rien les aspirations démocratiques de la population. Rachel Knaebel 14 avril 2016

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13 avril 2016 ~ 0 Commentaire

brochure: l’esclavage républicain

brochure

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12 avril 2016 ~ 0 Commentaire

mayotte (a l’encontre.ch)

mayotte

Photo datant de 2011

Grève générale, silence colonial et blindés pour la répression

Au 12e jour de grève générale illimitée pour «l’égalité réelle et la justice» démarrée au lende- main des deux journées de grève contre la loi travail les 30 et 31 mars, pas un seul média n’en parle en France métropolitaine, pas une ligne, pas une seconde.

Mayotte est pourtant un département français. En réalité, c’est parce que les 21 000 habitants de Mayotte (et les dizaines de milliers de clandestins venant des Comores) vivent dans une des pires sociétés coloniales; 82% à 92% de la population y vit sous le seuil de pauvreté alors que le coût de la vie est le plus élevé de tous les territoires français [1].

Le taux de chômage y est de 20% (46,5% pour les jeunes) auquel il faut ajouter les clan- destins; le taux d’illettrisme bat des records; il n’existe qu’un seul centre hospitalier, soit moins de deux lits pour 1000 habitants contre six en métropole; le nombre d’écoles est tellement insuffisant qu’il leur faut parfois fonctionner par rotation; tout cela sur le territoire le plus pauvre de la République et où 50% de la population a moins de 20 ans.

C’est explosif. Le taux de chômage associé à la violence policière, la peur de perdre son emploi, la peur du chef, en particulier «blanc», la peur du préfet, espèce de gouverneur colo- nial, de sa police ou justice, est en train de voler en éclats dans la grève, les manifestations et les barrages.

Les grévistes et manifestants veulent l’application immédiate et intégrale à Mayotte du Code du Travail de France métropolitaine, l’application immédiate des Conventions collectives nationales, l’alignement immédiat des pensions minimum au niveau de la métropole, le reclas- sement avec reconstitution de carrière reprenant en compte la totalité de l’ancienneté des agents des fonctions publiques, l’alignement au niveau de la métropole de toutes les presta- tions sociales [2].

Mais le slogan «d’égalité réelle» fait aussi référence au rapport du même nom du dépu- té PS, V. Lurel, déposé à la mi-mars auprès du gouvernement, qui devrait réglementer les 25 prochaines années des Dom-Tom. Il prévoit de supprimer la majoration de 40% des salaires des fonctionnaires, d’augmenter les impôts, la TVA, de doubler l’octroi de mer de 2,5 à 5%, une taxe sur toutes les marchandises qui rentrent et l’élargir aux services afin de financer la suppression des cotisations sociales et fiscales des patrons.

Bref le PS veut taxer plus les plus pauvres pour donner plus aux riches et créer des «zones franches globales» sans charges ni code du travail qu’il baptise «plus grande autono- mie locale». Pour défendre cette «loi travail coloniale» contre les barrages des manifestants, le pouvoir a sorti les blindés.

Déjà en novembre, lorsque le mouvement avait débuté, interrompu par l’état d’ur- gence, sa police avait tiré à balles réelles sur les jeunes. Rompre le silence sur la grève générale à Mayotte, c’est le minimum pour nous qui vivons dans la puissance coloniale. C’est aussi lier nos combats à ceux des habitants de Mayotte, puisqu’ils le font eux-mêmes, alors qu’ici les jeunes et les salariés se mobilisent contre une loi travail métropolitaine qui est au fond aussi une transformation du pays en «zone franche».

C’est enfin avec les «Nuits debout» accueillir le combat des mahorais par une parole internationaliste et ce qui nous passionne tous: «l’égalité réelle».

Alencontre le 11 avril 2016 Jacques Chastaing

Notes:

[1] Ce qui avait valu une grève générale de 44 jours contre la vie chère en 2011 puis des fonctionnaires en 2013 pour une prime de vie chère

[2] Le RSA est par exemple de 37,5% du montant de celui de la métropole

http://alencontre.org/mayotte-greve-generale-silence-et-blindes-pour-la-repression

Lire aussi:

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/mayotte-greve-generale-pour-legalite-reelle

http://alternativelibertaire.org/Abderrahmane-Abdelhaoui

Commentaire: Au regard du droit international, Mayotte n’est pas un Territoire français d’outre-mer, mais un territoire comorien illégalement occupé par une puissance étrangère. En expulsant chaque années de l’île des milliers de Comoriennes et Comoriens prétendument « clandestins », la puissance coloniale se rend donc coupable de « déplacement forcé de population », donc de crime contre l’humanité.

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10 avril 2016 ~ 0 Commentaire

printemps républicain (anti-k)

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Riches républicains: Incroyables et muscadins

Le rappel à l’ordre de la bourgeoisie jacobine

Selon son promoteur, le politologue Laurent Bouvet, le Printemps républicain est un collectif indépendant des partis. La publication de son manifeste dans le magazine Causeur a été suivie d’un rassemblement public à Paris le 20 mars1.

Parmi les premiers soutiens, on trouve de nombreux cadres et sympathisants du Parti socialiste. À deux exceptions près (Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj), l’aile droite du PS y est surreprésentée (des proches de François Hollande et de Manuel Valls – dont Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, d’ex-partisans de Dominique Strauss Kahn), ainsi que le chevènementiste Mouvement républicain et citoyen. Quelques communistes, au moins un membre et un ex-membre du Parti de gauche sont présents.

Élisabeth Badinter et Catherine Kintzler sont également parmi les signataires. Elles étaient les instigatrices d’un autre article-manifeste en 1989 qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque : « Profs, ne capitulons pas ! »2. Dans ce texte co-signé avec Régis Debray, Alain Finkielkraut et Élisabeth de Fontenay, les auteures mettaient en garde contre un « Munich de l’école républicaine », et s’opposaient à la position pragmatique et conciliatrice du ministre de l’Éducation Lionel Jospin et du Conseil d’État relative au port des signes religieux à l’école. Caroline Fourest n’a pas signé le manifeste du Printemps républicain, faisant savoir sur son compte tweeter qu’elle se battait « pour un compromis laïque bien plus modéré que le radica- lisme de certains membres du Printemps républicain (sur les questions des accompagnements scolaires par exemple) ».

Des principes et des valeurs

Le manifeste est paru au moment même où les manifestations et grèves salariales contre le projet de loi El Khomri se propageaient et se radicalisaient. Les médias dominants ont d’ailleurs assuré une promotion appuyée du mouvement, ce qui a permis une diversion médiatique aussi bienvenue qu’inespérée. Le manifeste ne fait aucune référence aux luttes en cours ; il est exempt de tout contenu « social ». Il se réfère, de manière abstraite, à des « principes » et des « valeurs ».

Revenant sur les attaques terroristes à Paris en 2015, le texte désigne deux dangers majeurs : le terrorisme islamiste et l’extrême droite. Sans préciser exactement qui sont les « assaillants » (l’ensemble procède par sous-entendus et amalgames), le manifeste affirme que la « République est attaquée », que « son esprit laïque est mis en cause » et « ses défenseurs [sont] pointés du doigt », qu’elle est « manipulée à des fins politiques », « attaquée à des fins religieuses » ou tout simplement « ignorée dans l’indifférence générale ». Il s’agit d’un appel pour que la République « reprenne sa place au cœur du contrat civique et social » des Français.

Les propos s’inspirent dans le contenu et la forme d’un célèbre discours d’Ernest Renan3 : « pour nous, la République, c’est ce qui nous est commun » ; « pour nous, la Nation est à la fois une histoire et un destin communs ». Les signataires entendent combattre le racisme, l’antisémitisme, la discrimination liée au sexe et à l’orientation sexuelle. Qui, notam- ment à gauche, pourrait s’opposer à un tel programme ? En théorie, personne. Mais, nous le verrons, tout est question de contexte et de mise en pratique des « principes » et des « valeurs ».

La réunion publique dans la salle de la Bellevilloise, le 20 mars, a permis de préciser les objectifs généraux fixés dans le manifeste. Entre autres invités, on trouve Gilles Kepel, le politologue, Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo et de la crèche Baby Loup, Élisabeth Lévy et Marc Cohen, journalistes à Causeur, Fadela Amara, ex-ministre sarkozyste ou encore Zined El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo.

Dans la salle, les débats se concentrent sur le « clientélisme communautaire » et les « territoires perdus de la République ». Frédérique Calandra (maire du 20e arrondisse- ment de Paris) s’exclame : « la patrie et la laïcité ne sont pas des mots sales. N’ayez pas peur du mot islamophobe, car c’est nous le dernier rempart contre les extrémistes »4. Ces propos sur le « courage d’être islamophobe » font écho à ceux tenus par Élisabeth Badinter récem- ment5. L’élue socialiste a soutenu et maintenu à son poste le directeur général des services à la mairie qui avait interdit aux agents municipaux de parler l’arabe. Ce cadre administratif avait argué que l’arabe renvoie à une foi religieuse (l’islam) et son utilisation, par conséquent, contrevient à la laïcité6. Samuel Mayol, directeur de l’IUT de Saint-Denis, prend également la parole. Il a été suspendu par son autorité de tutelle pour avoir introduit lui-même des tapis de prière dans un local de son université pour faire croire à une menace islamiste7.

La grande majorité des interventions porte sur l’islam et l’islamisation de la France : « l’anti-islamisme » est incontestablement le dénominateur commun de ce rassemblement. Le compte tweeter du Printemps républicain rapporte les propos d’un contrôleur de la RATP8 : « Dans le nord de Paris, il y a une ligne de bus où il est difficile de rentrer si on n’est pas barbu ». Un intervenant déclare : « Nous ne voulons pas du concept d’islamophobie qui ne sert qu’à museler toute critique de l’islam ». Un autre participant estime que les mères portant le hijab doivent être interdites de sorties scolaires (une mesure qui serait illégale au regard de la loi et de la jurisprudence laïques). Nadia Remadna, présidente de l’association « La brigade des mères », décrit des « banlieues islamisées et arabisées ».

La république, entre conservatisme et consensus mou

Au-delà de cercles idéologiquement proches des acteurs du Printemps républicain, l’initiative a été reçue avec circonspection à gauche. La gauche française est pourtant pétrie de « valeurs républicaines ». Toutefois, la démarche suscite des réserves et des critiques dans la gauche sociale, pour deux raisons. D’une part, la notion de « république » (comme son pilier, la laïcité qui, selon Élisabeth Badinter, n’est plus défendue que par Marine Le Pen9) sont devenues des notions « omnibus ».

Plus on l’évoque, plus son contenu s’appauvrit, plus elle est l’objet d’un consensus – de la gauche radicale à l’extrême droite – moins elle apparait capable de revêtir un sens progres- siste concret. La droite sarkozyste a récemment renommé son parti Les Républicains et, en 2011, Jean-Marie Le Pen a fait acte de candidature à l’élection présidentielle depuis le champ de bataille de Valmy, au nom des « valeurs républicaines ». Qui voudrait cohabiter avec un tel voisinage républicain ?

Comme l’écrivait Pierre-Joseph Proudhon : « Républicain, oui ; mais ce mot ne précise rien. Res publica, c’est la chose publique ; or quiconque veut la chose publique, sous quelque forme de gouvernement que ce soit, peut se dire républicain »10. Nonobstant la répression sanglante de la Commune par les troupes républicaines d’Adolphe Thiers en 1871, la colonisation républicaine au nom de la « supériorité des races sur d’autres » (Jules Ferry à la Chambre des députés le 28 juillet 1885) ou encore le raz-de-marée républicain contre les grévistes en mai 68, la république reste, bon gré mal gré, une référence positive à gauche. La gauche possède son eschatologie républicaine depuis Jean Jaurès11 : la république bour- geoise ou libérale, issue de la période révolutionnaire, est incomplète et peut être dépassée. Sociale, elle sera la forme chimiquement pure du socialisme français12. Il y a, d’autre part, une autre critique qui insiste sur le « radicalisme » et la « rigidité » de ce Printemps républicain : ce dernier serait excessif dans son interprétation de la loi république ou de la laïcité, bref « laïcard »13.

Une critique de gauche cohérente doit commencer par observer que le régime répu- blicain en France a presque toujours été synonyme de conservatisme et de « con- sensus mou »14. Dans sa stimulante étude sur la guerre civile pendant les années 1793-95, Daniel Guérin a montré que la révolution française a été la source de deux grands courants de pensée socialiste qui se sont perpétués jusqu’à nos jours : un courant jacobin autoritaire et un courant libertaire.  Le premier est d’inspiration bourgeoise, centralisateur et orienté de haut en bas. Le second, prolétarien, fédéraliste, orienté du bas vers le haut, met au premier plan la sauvegarde de la liberté et l’autonomie de l’individu15.

La clé de lecture du Printemps républicain est là. Son aspect le plus douteux n’est pas tant son « déficit social », même s’il est avéré. Le problème majeur est qu’il se positionne dans la tradition jacobine et bourgeoise de la gauche française. Ce républicanisme-là prend refuge dans un discours holiste et abstrait. Les mots d’ordre « d’indivisibilité de la nation » et de « l’égalité des droits » – l’antienne universaliste des Lumières – semblent dispenser les tenants de ce courant de toute réflexion sur les situations concrètes d’inégalité liées à la position sociale, mais aussi au genre ou à l’ethnie. Bref, les participants au Printemps républicain se désintéressent des inégalités réelles. Depuis 1789, c’est une constante : il suffirait de proclamer des droits dits « universels » pour que, selon un procédé magique, les hommes et les femmes soient égaux et que le racisme ou le sexisme disparaissent.

Un communautarisme national

Mais il est une aporie encore plus inquiétante au cœur de cette initiative : le discours univer- saliste et abstrait du Printemps républicain se double d’une vision culturaliste de la citoyenneté. J’appelle ceci un communautarisme national. Le repli sur une conception normée et exclusive de la citoyenneté n’est pas simplement le fait de groupes religieux ou culturels, mais peut connaitre une traduction nationale. Ce que suggère à demi-mot le Printemps républicain, c’est que les éléments allogènes doivent se conformer à un modèle culturel et à un mode de vie national et français (les pratiques linguistiques et religieuses, les habitudes alimentaires et le code vestimentaire). Ce ne sont pas d’aimables recommandations, mais des injonctions symboliquement violentes qui sont énoncées à l’égard de citoyen-nes issu-es de cultures et de religions minoritaires.

Soyons précis : c’est l’islam – ou plus particulièrement « l’islam visible » – qui est ici en ligne de mire ; c’est-à-dire l’islam des femmes portant le hijab et des « hommes barbus ». Le rassemblement de la Bellevilloise a amplement mis en scène cet « islam visible » : les musul- manes qui portent le hijab ne peuvent être que soumises et dominées, et les hommes barbus dans les lignes de bus sont des terroristes potentiels. Le 31 mars, le Printemps républicain a apporté son soutien à Laurence Rossignol, ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes et l’une des fondatrices de SOS-Racisme. La ministre avait comparé les femmes qui portent volontairement le hijab aux « nègres américains qui acceptaient l’esclavage ». Laurence Rossignol a confirmé ses propos en précisant que ces musulmanes sont des « militantes d’un islam politique »16.

Peu importe que des musulmanes décident de leur propre chef de porter le hijab : le républicanisme communautarien entend émanciper ces femmes contre leur gré. Il se moque de l’autonomie individuelle, un principe pourtant au cœur de toute société libre et tolérante. Pour nos républicains communautariens, les choix de vie individuels ne sont respectables que quand ils s’accordent totalement à la culture dominante. Bref, ôtez vos hijabs, rasez vos bar- bes, parlez français, ne vous faites pas remarquer et surtout ne vous plaignez de rien. Il est, à ce propos, symptomatique que la discussion nourrie à propos des « territoires perdus de la république » (perdus au « communautarisme musulman », bien entendu) ne s’est pas accom- pagnée d’une réflexion sur les raisons de cet état des lieux. Ces territoires n’ont, de fait, pas été « perdus » par la « République », mais celle-ci, après y avoir rassemblé des populations immigrées et pauvres, s’en est retirée.

En résumé, le Printemps républicain véhicule les craintes et préjugés socio-culturels de la bourgeoisie jacobine. L’idéologie républicaine fait office de récit politiquement correct qui permet d’euphémiser des objectifs peu avouables : la stigmatisation et le rejet d’un « islam visible ». Cette initiative est un rappel à l’ordre qui trahit une aversion profonde pour le pluralisme et la diversité culturelle. Le républicanisme communautarien est par ailleurs totalement compatible avec la politique sécuritaire et néolibérale de Manuel Valls. Nombre des signataires du manifeste sont des proches du premier ministre.

8 Avril 2016 Philippe Marlière Contretemps

Dans cet article, Philippe Marlière analyse l’émergence et la signification politique du « Prin- temps républicain ». Il montre notamment comment s’exprime, à travers ce collectif et son manifeste, ce qu’il nomme un « communautarisme national », autrement dit une Union sacrée fondée pour l’essentiel sur l’essentialisation de l’islam et la stigmatisation des musulman(e)s.

Philippe Marlière est professeur de sciences politiques à University College London. Il est notamment l’auteur de La Social-démocratie domestiquée. La voie blairiste (Aden, 2008) et La Gauche radicale en Europe (Éditions du Croquant, 2013), avec Jean-Numa Ducange et Louis Weber.

Commentaire: Toute ressemblance avec les peuples annexés (basques, bretons, corses) qui eux ont eu le bon goût de ravaler leurs langues et cultures, est bien sûr fortuite!

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10 avril 2016 ~ 0 Commentaire

saint brieuc: palestine (afps)

saint brieuc: palestine (afps) dans Anticolonialisme this_is_my_land2

 Projection-débat de « This is my land » 

Un film de Tamara Erde.

Soirée organisée par l’Association France-Palestine-Solidarité Saint-Brieuc.

Et si le conflit israélo-palestinien était surtout une question d’éducation ?

This is my land observe la manière dont on enseigne l’histoire dans les écoles (publiques ou religieuses) d’Israël et de Palestine, suivi d’un débat avec la réalisatrice et Daniel Lévyne (Union Juive Française pour la Paix).

Tamara Erde est une réalisatrice franco-israélienne de 34 ans, qui vit actuellement à Paris. C’est lors de son service militaire dans l’armée israélienne qu’elle découvre la Palestine.

Confrontée à la réalité du terrain, elle s’est interrogée sur ces deux peuples qui coexistent et particulièrement sur l’histoire palestinienne totalement absente de son apprentissage scolaire. Alors elle a voulu savoir comment l’histoire est aujourd’hui enseignée dans les écoles israéliennes et palestiniennes, quel regard les enfants israéliens et palestiniens portent sur le conflit.

Portraits d’enseignants, enthousiastes ou révoltés, rencontres avec des enfants désenchantés : le film révèle les murs que l’on dresse dans la tête des jeunes générations au moyen de l’éducation.

Contact : afps22.stbrieuc@gmail.com

Rendez-vous

  • À Saint-Brieuc (22) , projection-débat du film de Tamara Erde « This is my land »
    Le mercredi 27 avril 2016 à 20h00
    Cinéma Club 6
    40 Boulevard Clemenceau
    22000 Saint-Brieuc

http://www.ujfp.org/spip.php?article4833

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01 avril 2016 ~ 0 Commentaire

pedernec palestine (afps)

pefern

http://www.france-palestine.org/PEDERNEC

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21 mars 2016 ~ 0 Commentaire

irlande, il y a cent ans 1 (dominique foulon)

ira

L’insurrection de Pâques 1916 à Dublin: Au delà des mythes

Depuis cent ans, l’insurrection républicaine irlandaise donne lieu à diverses interprétations plus ou moins malveillantes: du sacrifice sanglant au putsch raté en passant par une escarmouche inutile. Or, ce soulèvement armé en pleine guerre mondiale, ne prend sa signification que si on l’englobe dans une période révolutionnaire en Irlande qui s’étend sur plus de dix ans, de 1912 à 1923, et que si l’on tient compte de l’environnement international d’alors. Bien peu de per- sonnes à l’époque comprirent que les premiers coups de feu qui résonnèrent à Dublin le 24 avril 1916, sonnaient en fait le glas de l’empire britannique. La presse de l’époque ne note qu’une tentative de sédition ratée, qui plus est, fomentée par l’Allemagne. Or cet événement s’inscrit dans un contexte très ancien.

Un pays colonisé

Depuis plusieurs siècles, l’Irlande sauvagement conquise et colonisée par son voisin anglais tente de retrouver son indépendance. Soulèvements armés et luttes politiques alternent selon les époques, sans plus de succès l’un que l’autre. Si depuis 1798 [1] et tout au long du 19e siècle, le recours régulier à la lutte armée échoue, la lutte parlementaire des députés irlandais à Westminster aboutit à un projet d’autonomie interne dans le cadre du Royaume Uni : le Home Rule. En effet, l’obstruction systématique du parlement de Westminster par les députés irlan- dais, sous la direction de Charles Parnell, poussa le premier ministre libéral Gladstone à adhé- rer à ce vieux projet d’Isaac Butt. Celui-ci un conservateur protestant, s’était rallié à l’idée qu’un parlement irlandais était la meilleur solution pour régler au mieux les affaires domestiques irlandaises. [2] Ce projet fut violemment combattu par les Conservateurs et une partie du Parti libéral, qui en recevant le soutien de l’Ulster Loyalist Anti Repeal Union leur donna l’idée de jouer la carte orangiste, c’est à dire se servir du loyalisme nord irlandais pour contrer leur adversaires.

En effet, la conquête de l’Irlande avait conduit à un développement différencié dans la province d’Ulster.

Dans la plus grande partie de l’île, une fois la conquête finie, la plupart des terres furent acqui- ses par des aventuriers qui n’en attendaient qu’un profit immédiat, pressurant la paysannerie autant que possible, et la laissant dans un état de misère noire tant de fois décrite par tous les voyageurs au 19è siècle. L’Ulster fut la dernière partie de l’île à être (durement) conquise. Pour s’assurer de sa pacification définitive, la couronne anglaise eut recours à l’établissement de plantations. Sur les terres d’où avaient été expulsés les Irlandais, des fermiers anglais ou écossais s’établissaient en colonies de peuplement afin de consolider la conquête et éviter toute nouvelle insurrection dans cette région.

Or les propriétaires terriens ne pouvaient soumettre cette nouvelle paysannerie à une exploi- tation identique à celles des indigènes du Sud sous peine de voir le projet colonial échouer. Des garanties et des avantages octroyés aux fermiers connus comme « la coutume d’Ulster » permit une relative prospérité et le développement d’activités annexes comme la culture et le tissage du lin. Cela servit de base à la fin des guerres napoléoniennes, à l’industrie du lin qui connut une immense prospérité. Belfast avec ses dizaines d’immenses filatures, était connue comme la Linenopolis de l’Irlande. La ville connut aussi un essor industriel fantastique à partir de 1850 avec la création de chantiers navals et des industries annexes. Un développement unique en Irlande qui était le prolongement des grands centres industriels d’Angleterre et d’Ecosse, parfaitement intégré au marché britannique.

Dans le reste de l’Irlande les industries naissantes se trouvaient en concurrence avec celles de Grande Bretagne, et donc envisageaient l’autonomie dans le cadre de l’Empire (Home Rule) comme un moyen de se protéger par le biais de taxes diverses d’importation.

Une révolte conservatrice

Au delà des aspects économiques, la physionomie politique irlandaise était toujours tributaire de la colonisation, bien que cette dernière fut déjà ancienne. Dans le Nord-Est de l’île, les opposants au Home Rule surent profiter de l’existence d’un courant fondamentaliste protestant et conservateur dont l’Ordre d’Orange [3] était l’expression publique la plus achevée, pour mobiliser le « peuple protestant », ceux dont les ancêtres avaient colonisé la région. En com- parant le Home Rule au Rome Rule c’est à dire en utilisant la peur de perdre les libertés reli- gieuses dans un Etat catholique, en amalgamant l’appartenance religieuse au débat politique, ils réussirent à entretenir et développer le sectarisme religieux et communautaire.

Bien qu’il ne manquât pas de voix dissonantes en son sein pour contester l’hégémonie unio- niste, cette dernière réussit à créer un mouvement de masse qui ne cessa de grandir au fil des temps. Le premier projet de Home Rule datait de 1886, le second de 1893, et en 1912 le troi- sième projet, bien que repoussé par la chambre des Lords, était simplement retardé de deux ans, le veto de cette institution monarchique n’étant plus absolu. L’imminence du «danger» conduisit les tenants de l’Union à d’immenses rassemblements et à organiser de véritables milices armées pour s’opposer au Home Rule. L ‘Ulster Volunteers Force regroupa 100 000 hommes et femmes bénéficiant, à partir de 1914, d’un armement moderne en provenance d’Allemagne. Outre le soutien des Tories anglais, cette sédition reçue aussi celui de la caste des officiers britanniques en Irlande, qui menacèrent de démissionner en masse plutôt que de devoir marcher contre l’UVF si on le leur demandait.

Le réveil républicain

Ces évènements eurent forcément un retentissement dans le reste du pays. Les nationalistes formèrent en réponse au grand jour, en 1913, une autre milice : les Irish Volunteers. Créée au départ sur l’initiative de l‘IRB [4], les constitutionalistes du Parti Irlandais adhérèrent en masse à cette organisation qu’ils contrôlèrent ensuite largement. Toutefois, contrairement à l’UVF, ils ne bénéficièrent pas de la mansuétude de certains militaires en juillet 1914, pour recevoir leur armement, lui aussi en provenance d’Allemagne. A cela vint se joindre l’Irish Citizen Army du syndicaliste révolutionnaire James Connolly, formée depuis peu à partir des groupes d’auto-défense ouvrier qui avaient été créés lors de la grande grève de Dublin en 1913 pour faire face aux attaques policières et à celles des jaunes.

Cette grève de 6 mois (et le lock-out qui suivit) avait été soutenue par une partie de l’intelligen- tsia dublinoise : Patrick Pearse, chantre du renouveau celtique, la comtesse Markievicz, mili- tante suffragette socialiste, fondatrice des Na Fianna Éireann (scouts nationalistes irlandais) ainsi que le poète Yeats. La question sociale, malgré la défaite de la grève, s’invitait aux cotés de la question nationale sur la scène politique. Cet épisode permit aussi de constater qu’une partie du mouvement nationaliste (le Sinn Fein d’Arthur Griffith en particulier) était hostile au mouvement ouvrier.

Dès 1913, les Unionistes proposèrent que la province d’Ulster soit tenue à l’écart du Home Rule : refus des nationalistes et du gouvernement britannique. En mai 1914, le gouvernement proposa que la province soit pour une durée de 6 ans, autorisée à rester en dehors : refus des unionistes. La situation semblait bloquée et la guerre civile imminente. Le 4 août la Grande Bretagne déclarait la guerre à l’Allemagne. Le 18 septembre le gouvernement instaurait le Home Rule en Irlande, mais suspendait son application à la fin des hostilités.

Première guerre mondiale

L’aile modérée des Irish Volunteers par la voix du député John Redmond se joignit à l’Union sacrée pour engager les Irlandais aux cotés du gouvernement anglais dans ce qui promettait d’être une guerre pour le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. A l’opposé la minorité des Volunteers influencée par l’I.R.B. refusa ce soutien et les partisans de l’I.C.A. posèrent cette bannière sur le bâtiment de la maison des syndicats : “Nous ne servons ni le Roi, ni le Kaiser mais l’Irlande”. Tous espéraient alors que “les difficultés de l’Angleterre seraient l’oppor- tunité de l’Irlande” et espéraient tirer avantage de cette situation pour faire avancer la cause nationale irlandaise.

Ils avaient d’autant moins de scrupules que dès la declaration de la guerre et la promesse de Home Rule reportée, la Grande Bretagne incorporait la milice “rebelle” UVF en bloc au sein de l’armée britannique dans la 36e division d’Ulster [5], tandis qu’elle éparpillait les Irish Volunteers dans tous les regiments, et leur interdisait tout signe distinctif. Quant à Edward Carson qui avait pris la tête de la sédition unioniste, qui n’avait pas hésité à rechercher le soutien de l’Allemagne et poussé l’Irlande au bord de la guerre civile, il était nommé en 1915 Attorney général de l’Angleterre, avant de rejoindre le cabinet de guerre comme premier Lord de l’Amirauté.

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21 mars 2016 ~ 0 Commentaire

irlande, il y a cent ans 2 (dominique foulon)

Pour James Connolly, la partition prévisible de l’Irlande ne pouvait amener que deux regimes conservateurs dans chaque partie de l’île, et compromettre alors toute avancée sociale dans l’ensemble du pays.

C’est autant en militant internationaliste que nationaliste qu’il envisagea alors une insurrection. L’agitation contre la conscription obligatoire rencontre un certain écho en Irlande dès 1915. Les même évènements secouèrent la région de Glasgow où son ami républicain socialiste écossais John MacLean militait contre la guerre et la conscription, où dès 1915, le Comité des Travailleurs de la Clyde mèna une agitation sociale et politique, tout semblait alors indiquer qu’il était concevable, dans les conditions présentes, de transformer la guerre impérialiste en révolution nationale et socialiste.

C’est bien dans cette optique qu’il mit en place des entrainements militaires conjoints entre l’ICA et les Irish Volunteers, qu’il prit contact avec le conseil militaire de l’IRB au sein duquel il fut coopté en janvier 1916 en vue du soulèvement prévu pour Pâques.

Vers l’insurrection

Parmi les préparatifs, la mission de Roger Casement, un irlandais protestant qui avait rejoint la cause républicaine, était d’importance. Bien qu’il n’eût pas réussit à créer une brigade irlan- daise parmi ses compatriotes prisonniers dans les camps allemands, il avait réussi à obtenir un considérable chargement d’armes et de munitions pour la rébellion. Mais, alors qu’il rejoignait l’Irlande à bord d’un sous marin allemand il fut capturé le 21 avril.

Le bateau convoyant l’armement ayant en vain attendu sa venue dans la baie de Tralee se saborda alors qu’il était encerclé par la marine britannique (en fait ce bateau, selon les ordres de l’IRB, n’aurait du approcher des cotes irlandaises qu’après le début de l’insurrection). Le 22 avril un dirigeant des Irish Volunteers, Eoin MacNeill, opposé au soulèvement, annule par voix de presse toutes les manœuvres prévues pour Pâques semant alors la confusion dans les rangs républicains.

La date du soulèvement fut néanmoins maintenue et le lundi 24 avril les volontaires et l’ICA réunis désormais au sein de l’Armée Républicaine Irlandaise (I.R.A.) prirent position en divers points de Dublin. La République fut proclamée devant la Grande Poste qui devint le quartier général du gouvernement provisoire tandis que divers détachements prirent position dans une dizaine d’autres points stratégiques. Outre les contre ordres de Mac Neill qui privè- rent les insurgés d’au moins 1000 combattants, certains échecs, comme celui qui entrava la prise de contrôle du « Château » (l’administration centrale britannique) ou le central téléphonique fragilisèrent dès le départ l’entreprise.

Au delà de la capitale hormis Galway, Ashbourne (comté Meath) et Enniscorthy il y eut peu de combats significatifs. Mais, un peu partout, les Volontaires se réunirent et se mirent en marche, sans se battre, y compris dans le Nord.

La réaction britannique fut extrêmement violente : l’utilisation de l’artillerie en plein centre de Dublin réduit en champs de ruines visait autant à en finir rapidement qu’à terroriser la population. Le samedi 29 avril « afin d’arrêter le massacre d’une population sans défense » Patrick Pearse et le gouvernement provisoire se rendirent sans condition et ordonnaient de déposer les armes. En fait, à part le quartier général de la Grande Poste, tous les autres édifices restèrent aux mains de l’IRA.

L’exemple des volontaires (tous très jeunes) regroupés au sein du Mendicity Institute et qui bloquèrent l’armée anglaise pendant plus de trois jours, occasionnant de lourds revers aux britanniques, sans pour autant subir de perte équivalente, est un des exemples qui démontre que l’affaire n’avait pas été envisagé à la légère et que l’insurrection avait de réelles capacités militaires. La « semaine sanglante » coûta la vie à 116 soldats britanniques, 16 policiers et 318 «rebelle » ou civils. Il y eut plus de 2000 blessés dans la population.

La répression fut immédiate. Plus de 3000 hommes et 79 femmes furent arrêtés, 1480 ensuite internés dans des camps en Angleterre et au Pays de Galles. 90 peines de mort furent pronon- cées, 15 seront exécutées dont les sept signataires de la proclamation d’indépendance. La légende se construisit aussitôt autour des dernières minutes des fusillés (Plunket qui se maria quelques heures avant son exécution, Connolly blessé et fusillé sur une chaise…).

Quelle analyse de l’insurrection ?

Au delà du retournement de l’opinion publique en faveur des insurgés, suite aux représailles, les questionnements ou les anathèmes fleurissent. Si les condamnations des sociaux démo- crates englués dans l’Union sacrée ne furent pas une surprise il est intéressant de noter qu’un des commentaires les plus lucides furent écrit en Suisse par Lénine. Dans un texte célèbre, il note tout ce que la guerre a « révélé du point de vue du mouvement des nations opprimées », il évoque les mutineries et les révoltes à Singapour, en Annam et au Cameroun qui démontrent « que des foyers d’insurrections nationales, surgies en liaison avec la crise de l’impérialisme, se sont allumés à la fois dans les colonies et en Europe .

Il replace donc, fort justement, Pâques 1916 dans le contexte international de « crise de l’impérialisme » dont le conflit mondial est l’illustration éclatante. Il fustige ceux qui (y com- pris à gauche) qualifient l’insurrection de « putsch petit bourgeois » comme faisant preuve d’un « doctrinarisme et d’un pédantisme monstrueux ». Après avoir rappelé « les siècles d’existen- ce » et le caractère « de masse du mouvement national irlandais », il note qu’au coté de la petite bourgeoisie urbaine « un partie des ouvriers » avait participé au combat.

« Quiconque qualifie de putsch pareille insurrection est, ou bien le pire des réaction- naires, ou bien un doctrinaire absolument incapable de se représenter la révolution sociale comme un phénomène vivant. La lutte des nations opprimées en Europe, capable d’en arriver à des insurrections et à des combats de rues, à la violation de la discipline de fer de l’armée et à l’état de siège, « aggravera la crise révolutionnaire en Europe » infiniment plus qu’un soulèvement de bien plus grande envergure dans une colonie lointaine.

A force égale, le coup porté au pouvoir de la bourgeoisie impérialiste anglaise par l’insurrection en Irlande a une importance politique cent fois plus grande que s’il avait été porté en Asie ou en Afrique. » Et de conclure que « le malheur des irlandais est qu’ils se sont insur- gés dans un moment inopportun, alors que l’insurrection du prolétariat européen n’était pas encore mûre ». [7] Il ne s’agit pas de citer Lénine comme un oracle, mais de noter que dans son analyse, à chaud, il situe clairement la rébellion irlandaise comme une « lutte anti-impé- rialiste » du point de vue de la lutte des classes internationale et de la révolution mondiale. Il n’est pas inutile de rappeler, qu’à l’époque, il finit la rédaction de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

C’est ce qui sera à nouveau souligné lors du second congrès de la 3e internationale en juillet/août 1920, où la question irlandaise fut discutée dans le cadre de la question coloniale et des mouvements d’émancipation des pays opprimés (en présence de deux irlandais dont Roddy Connolly le fils de James Connolly). [8]

En Irlande la mythologie mise en place autour de l’insurrection de Pâques 1916 gom- ma toute référence au contexte international. Les tenants du « sacrifice consenti pour réveiller la nation » (avec le message sous-jacent que ce n’était plus un exemple à suivre) n’enten- daient pas courir le risque de se hasarder à réveiller la question sociale en parlant d’anti-impérialisme. Au lendemain de la défaite et alors que l’opinion publique prenait fait et cause pour les révolutionnaires exécutés, ce fut le parti Sinn Fein, qui n’avait eut aucune respon- sabilité dans le soulèvement, qui remporta les élections en 1918 et devient le symbole de la lute pour l’indépendance.

Le Parti Parlementaire irlandais, déconsidéré, ne joua plus de rôle important dans le nouveau processus politique qui s’amorçait. Toutefois sa capacité de nuisance se révéla redoutable, quelques années plus tard, quand plusieurs de ses membres rejoignirent les partisans de la partition du pays et appuyèrent leur démarche contre-révolutionnaire.

Il a été aussi beaucoup question de la mauvaise stratégie militaire des insurgés. Le fait de maintenir l’insurrection malgré les évènements contraires, reposait sur le fait que les autorités britanniques au courant des préparatifs auraient, de toute façon procédé, à une répression massive. Car initier une rébellion, en temps de guerre, avec le soutien et la coopé- ration de l’ennemi ne laissait que peu de chances aux promoteurs du projet. La prise de diffé- rents points stratégiques dans la ville ainsi que des principales routes et les tenir se concevait dans le dessein d’attendre les colonnes d’insurgés censées converger vers Dublin.

Il fallut l’envoi de 20 000 soldats pour mater la rébellion et la férocité des combats avec l’usage intensif de l’artillerie dans le centre très peuplé de la capitale indique à la fois un mépris colonial pour les indigènes en révolte et la volonté d’en finir au plus vite dans la crainte que la rébellion ne s’étende. Quoiqu’il en fut, certains historiens indiquent que « cette aventure » fut « la plus sérieuse brèche dans les remparts de l’empire britannique depuis la défaite de Yorktown en 1781» face aux insurgés américains. [9]

Dominique Foulon dimanche 20 mars 2016

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