Archive | Anticolonialisme

14 juin 2020 ~ 0 Commentaire

4è internationale 1 (inprecor)

 trotsky

La crise Covid-19 menace la vie de millions de personnes, accélère la transformation géopolitique et allume la flamme des bouleversements sociaux

Dépression économique, mise en évidence de l’inégalité structurelle et des oppressions générées par le néolibéralisme, confrontation géopolitique pour la suprématie mondiale et acuité de l’imminence de l’effondrement environnemental… tout cela converge en 2020 au moment où l’humanité tout entière a fait face à une pandémie sans précédent depuis des décennies.

La pandémie a déjà provoqué plus de 400.000 décès dans le monde (401.000 le 8 juin), avec plus de 6,8 millions de cas officiellement enregistrés dans 216 pays. Dans la seconde moitié du mois de mars, avant que le confinement ne commence à être levé en Asie, plus de 3 milliards de personnes étaient bloquées chez elles.

À ce stade, il est impossible de dire dans quelle mesure il y aura une deuxième vague de cas – ni si le virus va muter.

C’est beaucoup plus qu’un problème de santé

C’est un moment qui condense des processus de longue durée, qui se développaient de manière relativement autonome et qui convergent maintenant de manière explosive : la crise écologique, les limites du néolibéralisme et ses inégalités, ainsi que la lutte géopolitique pour la suprématie entre le vieil impérialisme et la Chine. Les processus qui modifient structurellement le monde façonné en 1945 apparaissent et interagissent. C’est certainement une bifurcation dans l’histoire, un moment de grands enjeux pour tous les acteurs politiques.

Nous sommes au cœur d’une convergence de crises, pleines de dangers, une crise de la civilisation capitaliste, la plus grave depuis les guerres mondiales du 20è siècle. C’est ce que Gramsci a appelé une crise organique : des fissures commencent à apparaître dans l’édifice même du pouvoir bourgeois, sa prétention à l’universalité commence à s’effriter, et des affirmations jusque-là hégémoniques se révèlent être ce qu’elles sont réellement : une manière de préserver la stabilité capitaliste.

Le consensus social se dégrade et les exigences capitalistes ne sont plus perçues comme concourant au bien-être général. Une polarisation politique est en cours, un espace politique s’ouvre qui pourrait être conquis par les anticapitalistes écosocialistes, mais aussi par l’extrême droite, alors que des « symptômes morbides » commencent à apparaître.

Lorsque nous proposons une politique de santé basée sur la solidarité, il est clair que ces exigences dépassent le cadre fixé par le capitalisme. Notre santé dépend des conditions dans lesquelles nous vivons, si nous pouvons respirer un air pur, boire de l’eau non contaminée, nous procurer des aliments de bonne qualité, si nos villes nous offrent un environnement vivable, etc.

En bref, cela dépend de vivre dans des conditions correctes et d’avoir des revenus suffisants pour nous garantir une bonne vie. La santé est un ensemble physique, social, culturel et environnemental qui est à la base d’une vie humainement riche et correcte. Parce que les conditions de vie créées par le capitalisme ne nous permettent pas de mener une bonne vie, ni sur le plan social ni sur le plan culturel et écologique, une politique de santé fondée sur la solidarité dépasse les limites fixées par le capitalisme.

La crise écologique

La déforestation, l’extractivisme, la productivité capitaliste, la dévastation des écosystèmes et l’augmentation du confinement des animaux et de la consommation de viande ont facilité et augmenté le franchissement des barrières des espèces par les virus. Les trois quarts des nouvelles maladies apparues depuis 1960 sont des zoonoses. Il s’agit notamment de l’Ebola, du sida, du SRAS, du MERS et du Covid-19.

La mondialisation des échanges a entraîné une rapide prolifération des virus à l’échelle mondiale. La croissance des mégalopoles et des bidonvilles qui y sont liés accélère la vitesse de transmission entre les humains. Ainsi, la pandémie de Covid-19 est une conséquence de l’intersection des effets de la mondialisation.

Le GIEC prévoit une augmentation des températures moyennes mondiales allant jusqu’à 6° C d’ici 2100, ce qui implique des augmentations de température beaucoup plus importantes dans la plupart des régions continentales et dans l’océan Arctique, une élévation significative du niveau de la mer et une augmentation globale de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes tels que les canicules, les mégafeux, les sécheresses, les inondations et les ouragans ou typhons dévastateurs.

Cela amènerait 3,5 milliards de personnes à quitter 19 % de la surface terrestre, dont les zones côtières et les régions tropicales. Cette catastrophe climatique, ainsi que d’autres points de basculement environnementaux, notamment la perte de biodiversité, la déforestation et le manque d’eau potable, auraient des conséquences encore plus terribles que celles du Covid-19. La pandémie nous donne ainsi un aperçu de ce que pourrait devenir un monde victime de telles catastrophes.

Dans certaines régions du monde, le moment de la pandémie est utilisé par l’agro-industrie pour faire avancer le projet capitaliste de destruction de la nature. Le Brésil en est un exemple : en mars et avril, la déforestation de la forêt amazonienne y a augmenté de 29,9 % par rapport à la même période l’année précédente.

Cette avancée destructrice sur la forêt est aussi une avancée du génocide de ses peuples, en particulier les peuples indigènes, qui ont été parmi les plus touchés par le Covid-19. Il est essentiel que nos organisations éco-sociales participent à la défense internationale de la forêt amazonienne et de la santé des peuples indigènes pendant cette période de pandémie !

L’impact géopolitique et géo-économique sur la situation mondiale

Le conflit pour la suprématie est assumé et belliqueux, dans une bipolarité résolument construite par les États-Unis et la Chine.

Depuis un demi-siècle, la Chine s’est développée dans le cadre d’un partenariat stratégique avec les États-Unis. L’administration Obama avait déjà tenté de répondre à la croissance menaçante de la Chine en essayant de la saper par le biais du Traité de partenariat transpacifique signé en 2015. Mais dans le cadre du réalignement géopolitique promu par le projet Trump, son gouvernement a dénoncé l’accord en janvier 2017, ce qui a permis à Pékin de commencer à se poser en champion du libre-échange et de la mondialisation économique face au protectionnisme nationaliste de Washington.

La rupture de cette alliance a eu des répercussions dans toutes les sphères de la société mondiale. Les États-Unis et l’Union européenne (UE) sortent donc affaiblis de cette phase. L’UE, déjà touchée par Brexit, sera la plus endommagée.

L’incapacité de mobiliser une réponse sanitaire paneuropéenne à la crise a porté un coup à l’UE : les États membres n’ont pas agi de concert lorsque la crise a éclaté en Europe, mais unilaté-ralement, en fermant les frontières, en suspendant la libre circulation et en interrompant sans coordination les liaisons de transport. Pendant des semaines, l’Italie n’a reçu aucune aide, ni des pays voisins, comme la France ou l’Allemagne (qui ont également bloqué les exportations de fournitures et d’équipements médicaux), ni au niveau de l’UE. La Chine a fait davantage en matière de fourniture d’équipements. Cuba, malgré le blocus criminel des États-Unis, a envoyé des brigades médicales dans plus de 20 pays.

Les pays endettés comme l’Espagne, la Grèce ou l’Italie sont renvoyés vers le mécanisme européen de stabilisation financière (MESF) dans le cadre d’un soutien spécial à la crise pandémique de 240 milliards d’euros. Ce mécanisme exige des mesures d’austérité – et des suppressions de services publics – en échange de crédits.

Avec 40 millions de demandes d’inscription au chômage au début du mois de juin, l’économie américaine devrait décliner de 5,8 % (FMI) à la fin de l’année. Dans le contexte de la crise sociale (et d’une vague de soulèvements antiracistes actuellement en cours), le pays a prévu des élections en novembre, qui marqueront le cours de la situation politique intérieure et extérieure.

Trump utilisera tous les moyens possibles pour se faire réélire (y compris la fraude), mais il aura du mal à y parvenir. Son prestige auprès de la moitié de la population a été très affecté. L’érup-tion actuelle de mobilisations massives et radicales aux États-Unis survient dans le contexte de l’inégalité sociale et raciale historique, du mécontentement politique et de l’expérience de lutte accumulée par les nouvelles générations. C’est aussi le produit de la gestion désastreuse de la pandémie par le gouvernement Trump, qui a provoqué un impact disproportionné sur les communautés noires.

Dans les pays les plus pauvres, les populations subiront à la fois des dommages sanitaires et des effets économiques. Au Brésil, au Pérou, au Chili et au Mexique, on constate une forte augmentation du nombre des infections. Au Brésil, les experts de la santé prévoient une explosion de Covid-19 en juin, aggravée par les politiques criminelles de Bolsonaro.

Ce pays combine de manière explosive une crise sanitaire qui s’aggrave avec une récession économique et une grave crise institutionnelle. Bolsonaro est plus isolé et fait appel à sa base radicale d’idéologie fasciste, soutenue par des secteurs des services de police de l’État, de l’armée et des milices, pour faire taire le Congrès et la Cour suprême afin de gouverner de manière explicitement dictatoriale.

En Afrique et au Moyen-Orient

les systèmes de santé sont encore plus défaillants, touchés par les situations de guerre et, même si le nombre de malades est faible, les risques de cette épidémie s’ajoutent à ceux déjà présents : en Afrique, par exemple, le paludisme a tué 380.000 personnes en 2018, la tuberculose 607.000 et la malnutrition entre 2 et 3 millions. Les peuples seront sérieusement confrontés à une plus grande austérité et à un approfondissement du sous-développement, de la dépendance alimentaire, de l’endettement, de la mainmise des multinationales et du grand capital local sur l’économie et les ressources. Ce sont ces mêmes causes qui ont déclenché le processus révolutionnaire dans la région arabe et qui lui donneront un nouvel élan pour un nouveau cycle après le Covid-19.

L’incertitude totale quant à une reprise économique en forme de V tend à rendre les groupes capitalistes et leurs gouvernements plus agressifs. Tant que le capitalisme ne sera pas vaincu, tout espoir d’un « monde d’après », différent et meilleur, sera pure utopie ; il sera encore plus inégal. La lutte pour une alternative anticapitaliste est d’autant plus urgente.

http://www.inprecor.fr/

Lire la suite

14 juin 2020 ~ 0 Commentaire

4è internationale 2 (inprecor)

red fraction

Crise du modèle néolibéral

Cette crise a ses racines dans la mondialisation, et toutes les crises précédentes seront amplifiées après cette pandémie.

De plus, le Covid-19 a révélé la fragilité d’un système capitaliste de production mondialisé, profondément déterminé par la recherche maximale de la valeur marchande (à travers les chaînes de valeur et l’adaptation des productions des pays dominés aux intérêts des grands groupes capitalistes) et d’un taux de profit largement indépendant de la croissance. Néanmoins, les objectifs capitalistes dans les prochains mois seront de continuer comme si de rien n’était – « business as usual » – le plus vite possible.

L’accentuation de la mondialisation et des politiques d’austérité avait déjà trouvé ses limites ces dernières années : depuis la crise financière de 2008, les grandes banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine, la BCE et la Banque d’Angleterre, ont injecté d’énormes sommes d’argent dans les banques privées pour maintenir à flot l’ensemble du système économique. Dans le même temps, avec des taux d’intérêt réels nuls ou négatifs, l’endettement des pays et des entreprises capitalistes a augmenté en flèche aux États-Unis et en Europe.

Les moyens financiers que les banques centrales ont distribués à profusion n’ont pas été utilisés par les banques et les grandes entreprises capitalistes des autres secteurs pour des investissements productifs. Ils ont été utilisés pour acquérir des actifs financiers. Cela a produit une bulle spéculative sur le marché boursier, sur le marché obligataire (c’est-à-dire les dettes obligataires) et, à certains endroits, dans le secteur immobilier. Toutes les grandes entreprises se sont retrouvées surendettées au début de cette crise.

Une crise sociale profonde

Covid-19 a fortement perturbé la production, les transports et la demande.

Même dans les zones moins touchées par la pandémie – comme par exemple en Afrique (5 125 morts le 7 juin, dont plus de 3 800 en Algérie, au Cameroun, en Égypte, au Maroc, au Nigeria, en Afrique du Sud et au Soudan) – les crises en Chine, puis aux États-Unis et dans l’UE ont des effets profonds au niveau économique et social : le Programme alimentaire mondial prévoit pour 2020 un doublement du nombre de personnes concernées par l’insécurité alimentaire aiguë, en particulier en Afrique et au Moyen-Orient (il était de 135 millions en 2019 en raison des guerres et du changement climatique).

L’effet de cette crise est le retour du spectre de la faim dans les secteurs les plus pauvres de la classe ouvrière de plusieurs pays, en particulier pour les exclus du monde du travail ou insérés de manière précaire, sans droits du travail – qui sont en général les populations racialisées et exclues à cause de leur condition ethnique et sociale.

C’est pourquoi les initiatives des mouvements sociaux visant à organiser des actions de solidarité de classe pour lutter contre la faim sont fondamentales et ont des effets directs sur la capacité d’organisation politique dans les quartiers pauvres. Les mouvements des communautés noires et migrantes (en particulier au Brésil, aux États-Unis et en Europe) au cœur de de ces initiatives, ont joué un rôle fondamental dans l’organisation de la résistance populaire à la pandémie.

La production alimentaire est actuellement fortement centralisée, une poignée de grandes entreprises dominant chaque secteur. Une grande partie de ce qui est produit est activement préjudiciable à la santé humaine, et la malbouffe, bon marché et rassasiante, contribue de manière significative à l’obésité et aux maladies qui affectent le plus les pauvres.

Effets sur l’emploi et les conditions de vie des classes ouvrières et populaires

Les classes populaires, dont font partie les paysans pauvres, sont les principales victimes du Covid-19, directement par le nombre de décès, et indirectement par les licenciements, les pertes d’emploi ou d’activité et les réductions de salaire.

Toutes les premières études, menées par exemple aux États-Unis, au Brésil ou en France, montrent que les classes populaires sont les principales victimes des décès dus au Covid-19. Sur une population active de 3,3 milliards de personnes, plus de quatre personnes sur cinq ont été touchées par la fermeture totale ou partielle de lieux de travail, selon les estimations de l’OIT.

Aux États-Unis, 20 millions d’emplois ont été détruits en avril, après 30 millions de nouveaux enregistrements de chômeurs en mars. En Grande-Bretagne, il y a eu 950 000 nouvelles inscriptions au chômage entre le 16 et le 31 mars – soit dix fois plus que la normale. En Europe, la part du chômage partiel a explosé. En Allemagne, près de 500 000 entreprises l’ont mis en œuvre en mars, soit vingt fois plus en un mois qu’après la crise financière de 2008.

En Afrique, en Amérique latine et en Asie, (jusqu’à 90 % en Inde) une part importante de la main-d’œuvre travaille dans l’économie informelle. Ces « travailleurs au noir » ont perdu leurs revenus avec la crise Covid-19, et n’ont pratiquement aucune protection sociale, aucune allocation de chômage et peu d’accès aux services de santé.

Dans de nombreux pays, une proportion importante de ces travailleurs sont des migrants – soit des migrants intérieurs, des campagnes vers les villes (Inde, une grande partie de l’Afrique) ou vers d’autres États (dans les États du Golfe, en provenance d’Asie, aux États-Unis, en provenance d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale, etc.). Ces travailleurs sont doublement vulnérables : non seulement ils sont les premières victimes de la crise économique, mais ils sont de plus désignés par les racistes comme des boucs émissaires.

L’Organisation internationale du travail (OIT) prévoit que 1,6 milliard de personnes dans le monde – soit les trois quarts des travailleurs informels – risquent de perdre leurs moyens de subsistance au cours du deuxième trimestre. Elle estime que 6,7 % des heures de travail dans le monde pourraient être perdues au cours du deuxième trimestre, soit 195 millions d’équivalents temps plein pour une semaine de 48 heures, dont 125 millions en Asie, 24 millions en Amérique et 20 millions en Europe. Une étude de l’Union africaine avance le chiffre de 20 millions d’emplois perdus sur le continent et une augmentation de la dette.

Le Covid-19 a intensifié les discriminations

En général, ce sont les plus précaires de la classe ouvrière qui ont été le plus directement ou indirectement touchés par le virus. À New York, les Noirs du Bronx, dans l’ensemble des États-Unis, les Amérindiens et les Noirs ; en région parisienne, les populations racialisées de Seine Saint-Denis ; au Brésil, les Noirs des favelas.

En Inde, beaucoup de ceux qui vivent dans les rues ou dans les bidonvilles sont des musul-mans, qui ont été rapidement chassés par les propriétaires et l’État lorsque Modi a imposé un confinement draconien et très rapide – ce qui a entraîné un vaste mouvement de population. Pour les Philippines, on estime que plus de 70 000 travailleur·es émigrés seront contraints de rentrer, ayant perdu leur emploi à cause de la pandémie. Certains d’entre elles et eux travaillaient dans la construction, mais la majorité dans l’hôtellerie, y compris sur les paquebots de croisière. Toutes ces populations ont été victimes de facteurs de morbidité plus importants, de conditions d’alimentation et de logement plus précaires, et de la nécessité de se déplacer pour continuer à travailler.

• Dans toute l’Europe, aux États-Unis et au Canada, en Amérique latine, en Inde, en Chine et au Moyen-Orient, les violences contre les femmes et les féminicides ont augmenté de 30 à 100 % par rapport à la situation précédente.

• Aux États-Unis, dans les Caraïbes et en Amérique du Sud (au Brésil en particulier), les populations d’origine africaine souffrent beaucoup plus, compte tenu de la situation de pauvreté de la majorité, avec la pandémie, le chômage, la perte de revenus du secteur informel et la violence de l’État.

• Toutes les populations déportées et réfugiés – les Syriens, les Palestiniens, les Ouïgours, les Rohingyas dans les camps au Bangladesh – souffrent encore plus de cette situation.

• Dans le Golfe, des millions de travailleurs migrants d’Asie du Sud se trouvent aujourd’hui dans une situation des plus précaires, sans travail ni moyens.

• Les élèves et les étudiants des milieux défavorisés sont ceux qui ont le plus souffert de la fermeture des établissements et de l’enseignement en ligne sans qu’il y ait une garantie d’accès aux ordinateurs et à Internet pour toutes et tous. Les jeunes enfants, en particulier, sont les plus susceptibles de souffrir d’un soutien insuffisant dans leur environnement familial.

La pandémie facilite les atteintes aux libertés démocratiques

De nombreux pays ont introduit des restrictions aux droits démocratiques dans le cadre du confinement en état d’urgence. Dans de nombreux pays, des lois d’exception ont été promues, des opposants arrêtés.

Aux Philippines, par exemple, Duterte a utilisé le Covid-19 pour intensifier une politique répressive de contrôle de la population. Il en va de même à Hong Kong, où le gouvernement de Pékin introduit une nouvelle restriction des droits démocratiques. En Amérique latine, c’est le cas au Brésil, en Colombie, au Chili, en Équateur et en Bolivie, par exemple.

Dans de nombreux pays, les mesures de confinement et de contrôle mises en œuvre sont l’occasion d’utiliser les nouvelles technologies de traçage pour expérimenter de nouvelles méthodes de surveillance policière. Il est clair que l’objectif sera de rendre ces mesures permanentes. D’autant plus que le Covid-19 est arrivé dans de nombreux pays à la suite de nombreuses mobilisations sociales contre les conséquences des politiques capitalistes. C’était le cas, par exemple, à Hong Kong, en Algérie, au Chili, ou en France.

Ayant exacerbé ces situations d’injustice sociale, les classes dominantes craignent à juste titre une résurgence des mobilisations sociales. Elles s’y préparent donc en essayant de renforcer leurs arsenaux répressifs.

Néanmoins, déjà, malgré le Covid-19, à Hong Kong, les manifestations ont recommencé contre les lois antidémocratiques du gouvernement de Pékin, et au Brésil un vaste mouvement s’organise pour demander la destitution de Bolsonaro. Nous pouvons nous attendre à de nombreuses mobilisations sociales et politiques dans les prochains mois.

L’actuelle explosion des mobilisations massives aux États-Unis, en réponse à l’assassinat de George Floyd par la police de Minneapolis (qui a une longue tradition de racisme particulièrement flagrant), s’inscrit dans le contexte du mouvement Black Lives Matter et dans celui de l’impact disproportionné sur la communauté noire des politiques sanitaires de Trump.

Les mouvements sociaux et les anticapitalistes doivent s’organiser contre la violence des politiques agressives

Alors que les risques sanitaires sont encore très présents et que le seul objectif de la classe dominante est de reconstituer ses profits, les menaces qui pèsent sur les classes populaires sont doubles. Non seulement les fermetures d’entreprises et les licenciements vont augmenter, les salaires seront bloqués ou réduits, mais de plus les lois de protection des droits du travail (là où elles existent) ont été largement remises en cause avec les mesures d’urgence – et il y a clairement une volonté de continuer dans ce sens.

En Inde, par exemple, le gouvernement Modi pousse les États dans cette direction, et dans l’Uttar Pradesh et le Madhya Pradesh, les droits des syndicats sont suspendus, de même que les règlements d’hygiène et de sécurité du travail pour les activités nouvelles, alors que les licenciements sont facilités.

Dans plusieurs pays, tels que l’Allemagne, l’État espagnol, les États-Unis et le Brésil, pendant le confinement, des groupes d’extrême droite ont organisé des manifestations contre le confine-ment, des manifestations racistes et xénophobes, mêlant théories du complot, nationalisme ou suprématie blanche. En Inde, les musulmans (200 millions) ont été victimes de campagnes des groupes racistes les accusant d’être responsables de l’épidémie. L’extrême droite parasite ainsi la crise sociale et politique qui sévit dans de nombreux pays, pendant et après le confinement.

Mais, dans de nombreux pays, malgré le confinement, les mouvements sociaux, les syndicats, les communautés populaires ont été actifs, dans la continuité des nombreuses actions et mobilisations menées auparavant par les syndicats, les organisations politiques ou les mouvements sociaux, comme par exemple les mobilisations contre les violences sexuelles ou racistes, pour le droit au logement, les luttes des salarié·es comme celles des personnels de santé en France, les mouvements anti-autoritaires et démocratiques au Chili, au Liban, en Algérie, à Hong Kong, et toutes les mobilisations climatiques menées au cours des mois précédents.

Dans certains pays, cela a conduit au développement d’un nouveau mouvement social – l’entraide – qui soulève des questions intéressantes sur le militantisme « dans et contre l’État » dans la situation actuelle (et peut-être à plus long terme) et sur la création d’organisations communautaires là où auparavant elles n’avaient pas cette ampleur. La crise du Covid-19 et ce qu’elle a révélé sur la société dans laquelle nous vivons ne peut que renforcer la volonté de ces mobilisations et mouvements de poursuivre leur action et de réussir.

Pendant le confinement, de nombreuses initiatives auto-organisées des travailleurs ont eu lieu dans des territoires en résistance, dans les campagnes et les villes. Il existe des exemples de ces initiatives de la population ou de secteurs organisés – tels que les paysans, les peuples indigènes, les chômeurs, les habitants et les communautés à la périphérie des grandes villes, les réseaux de solidarité féministe…

Ces initiatives forgent des alternatives très intéressantes, telles que la fabrication collective de masques en tissu à donner à la population afin d’assurer la prévention de la contagion, le don et la production alternative de nourriture, la défense du système de santé publique et la demande d’y accéder universellement, la dénonciation de l’escalade de la violence faite aux femmes et du travail de soins épuisant qu’elles effectuent lors de leur isolement au foyer, entre autres.

Une des conséquences de la crise est la manière dont elle a révélé à des couches beaucoup plus larges de la population les types de travail qui créent une valeur d’usage – travail essentiel – et ceux qui n’existent que pour créer du profit.

De manière générale et plus spécifiquement par des actions marquant la valeur que les classes populaires lui accordent, le travail de reproduction sociale dans le domaine de la santé et des soins s’est avéré vital – qu’il soit impayé au sein du foyer ou (mal) payé dans les secteurs public ou privé. Dans de nombreux pays, les actions (applaudissements) qui au début marquaient la reconnaissance aux travailleuses et travailleurs de la santé ont élargi leur champ d’action pour inclure toutes et tous les travailleurs essentiels, en particulier ceux des services postaux, des transports, de la distribution alimentaire et de la vente au détail. La forte proportion de femmes et de travailleurs noirs et migrants dans ces secteurs a été soulignée.

Dans le même temps, la réduction très importante des voyages aériens et, dans une moindre mesure, des voyages routiers a apporté des avantages inattendus : la réduction de la pollution atmosphérique dans des milliers de villes « normalement » étouffées par le smog, et la disparition de la pollution sonore qui permis à beaucoup de gens d’entendre des oiseaux chanter, pour la première fois depuis au moins des décennies.

Des discussions commencent dans de nombreux mouvements sociaux et dans certaines parties du mouvement syndical, remettant en question (sous le slogan #buildbackbetter – reconstruire en mieux) la « normalité » : la pauvreté au milieu des richesses ostentatoires, le sans-abrisme, les conditions de travail dangereuses, la violence faite aux femmes, la discrimination des populations noires et migrantes, la pollution, les longs trajets des aliments et d’autres aspects de la catastrophe environnementale.

Pendant et après le confinement, il y a eu de nombreuses actions et grèves des travailleurs pour réclamer la sécurité sanitaire, la fermeture des productions non nécessaires, la garantie des droits du travail et le paiement des salaires. Par exemple, dans de nombreux pays, les luttes des employés d’Amazon ou des employés des secteurs de la restauration, du transport ou de la logistique (livraison).

Par conséquent, les tâches essentielles des mouvements sociaux dans les prochains mois seront d’organiser les classes populaires pour la défense de leur santé et de leurs droits face à une vague d’attaques sociales qui affecteront à la fois l’emploi, les droits sociaux et les libertés démocratiques, et pour recréer une relation durable entre les populations humaines et l’environnement.

http://www.inprecor.fr/

Lire la suite

14 juin 2020 ~ 0 Commentaire

maurice rajfus (npa liberation france-info)

maurice rajfus (npa liberation france-info) dans Anticolonialisme
.

Maurice Rajsfus, le dernier des justes

Arrêtés avec leurs parents au matin du 16 juillet 1942 par des gendarmes français– début de la Rafle du Vel’ d’Hiv -, Maurice et sa sœur Jenny n’échappèrent à la déportation que grâce à la lucidité de leurs parents. Une loi stipulant que les enfants de nationalité française pouvaient sortir, leurs parents demandèrent à Maurice et à sa sœur de quitter le lieu où ils étaient regroupés, à Vincennes. Transférés à Auschwitz, leurs parents y disparurent. Ayant réintégré le petit appartement familial, les deux enfants survécurent.

Adhérent à la JC à la Libération, Maurice en fut vite exclu pour « hitléro-trotskysme ». Il avait le tort de penser que la grève était la meilleure arme des travailleurs alors que pour le PC l’heure n’était plus à la contestation mais à la reconstruction de la France.

C’est dans le cadre des Auberges de Jeunesse qu’il rencontra des trotskystes. Un bref moment militant du Parti communiste internationaliste (PCI), il y découvrit la réalité de la répression aux colonies. Du 14 juillet au 14 août 1950, il participa à une brigade de volontaires envoyés par le PCI en Yougoslavie, en soutien à Tito mis à l’index par l’URSS et les partis communistes.

Contacté au début de la Guerre d’Algérie par ses anciens camarades trotskystes, contre l’avis du PC il organisa au Quartier latin un rassemblement de plusieurs milliers de personnes le 13 octobre 1955, contre l’envoi du contingent en Algérie.

Enchaînant les petits boulots, les années d’après-guerre furent difficiles sur le plan matériel. Son mariage, en 1954, puis la naissance de ses deux enfants, l’amena à se stabiliser. Il devint journaliste, un métier qu’il exerça avec passion jusqu’en 1986. Il fut de l’aventure du PSU dès sa création, un moment secrétaire de section à Vincennes.

Membre du Syndicat national des Journalistes (SNJ), il participa pleinement aux événements de Mai 68, ce qui lui permit de voir de près l’intensité de la répression, de la violence policière. Avec Jean-Michel Mension (Alexis Violet à la LCR), ils créèrent l’Observatoire des libertés publiques. Il assura pendant de nombreuses années la publication du bulletin Que fait la Police ? Il fut aussi un des initiateurs du réseau Ras l’Front dont il sera président pendant quelques années.

Outre ses ouvrages sur la police (La police hors la loi. Des milliers de bavures sans ordonnances depuis 1968, Le Cherche Midi, 1996 ou Je n’aime pas la police de mon pays, Libertalia, 2012), cet antisioniste écrivit des livres sur Israël et la Palestine. Enfin, il traita, à la fois en témoin et en historien, de la période de Vichy et de l’Occupation (On lui doit le Que Sais-Je ? sur La Rafle du Vel’ d’Hiv, PUF, 2002).

Le hasard des archives l’amena à s’intéresser au dossier de l’Union générale des Israélites de France (UGIF). Dans son livre Des Juifs dans la Collaboration, l’UGIF 1940-44 (EDI, 1980), il dresse un constat sévère sur l’action de ces notables juifs confrontés aux exigences des occupants. Un ouvrage passionnant et courageux selon Pierre Vidal-Naquet qui signe la préface.

Dimanche 14 juin 2020

https://npa2009.org/actualite/

Lire aussi:

L’historien et écrivain Maurice Rajsfus, rescapé de la Shoah et vigie des violences policières, est mort à l’âge de 92 ans (France Info)

Maurice Rajsfus, encyclopédie des violences policières (Libération)

Lire la suite

11 juin 2020 ~ 0 Commentaire

malcom x (psl)

fidel-castro-et-malcolm-X

Malcom X et Fidel Castro, New York 1960

“Il ne peut y avoir de capitalisme sans racisme.” Qui était Malcolm X?

Malcolm X était l’un des représentants les plus connus et les plus militants du mouvement des droits civiques qui a secoué la société américaine dans les années 1960. Il est aujourd’hui un symbole de résistance, non seulement pour les jeunes Noirs, mais pour toutes les couches opprimées de la population. Malcolm X reste une figure imposante dans le panthéon des révolutionnaires du 20ème siècle, examinons les 11 derniers mois de sa vie et l’héritage qu’il a laissé derrière lui.

1964 L’évolution d’un révolutionnaire

Le 8 mars 1964, Malcolm X décida d’annoncer qu’il quittait la Nation de l’Islam et prenait ses distances de son leader spirituel Elijah Muhamad afin de s’engager complètement dans la lutte pour les droits civiques et humains aux USA et à l’étranger.

Malcolm fonda Muslim Mosque Inc. (Mosquée Musulmane S.A.) pour regrouper les membres de la Nation de l’Islam qui l’avaient suivi. En juin, il en développa le bras politique : l’Organisation de l’Unité Afro-Américaine (OUAA) basée est sur le modèle de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA – précédant l’Union africaine) née après les victoires des luttes anti-coloniales de libérations, dans le monde néocolonial.

La Nation de l’Islam dénonçait l’hypocrisie de la ‘‘démocratie’’ américaine, le capitalisme, la suprématie blanche et les conditions de vie épouvantables de la population noire depuis l’esclavage.

Recrutant ses membres parmi la classe ouvrière, les pauvres, les détenus et les travailleurs précaires noirs, la Nation de l’Islam prêchait et pratiquait une combinaison de nationalisme culturel noir et d’idéaux pro-capitalistes comme le mouvement de Marcus Garvey (UNIA, d’où étaient issus beaucoup de ses membres), le plus large mouvement dirigé par des Noirs et auquel les parents de Malcolm X appartenaient.

La Nation de l’Islam était une organisation pyramidale, aux décisions prisent à la direction et imposées à la base, qui comprenait également une branche paramilitaire (Les fruits de l’Islam). L’organisation prêchait que le peuple noir était le ‘peuple élu’ destiné à être libéré du malin, de la suprématie blanche et des lois ségrégationnistes. Elle mettait en avant qu’il existe une connexion mondiale entre les peuples basanés d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique-Latine.

La forme spécifique d’Islam afro-américain de la nation de l’Islam n’était pas reconnue par l’Islam sunnite. Sa politique vis-à-vis du mouvement des droits civiques était basée sur le non-engagement alors qu’il s’agissait du mouvement social le plus important de l’époque.

Elijah Muhammad craignait que le gouvernement ne s’attaque à son organisation. Alors que des évènements bouleversants se produisaient partout dans le monde avec des révolutions, des contre-révolutions, des rébellions et le Mouvement des droits civiques aux USA, l’embrasement politique et spirituel de Malcolm pour un engagement plus complet dans la lutte était de plus en plus palpable.

En tant que porte-parole national de la Nation de l’Islam, Malcolm politisait la théologie d’Elijah Muhammad au grand désarroi de ce dernier, ce qui provoqua la colère de la direction de l’organisation.

Après avoir quitté la Nation de l’Islam, Malcolm entreprit dès avril 1964 deux voyages interna-tionaux qui se sont étendus à l’Afrique, à l’Europe et au Moyen-Orient. Ces voyages avait des objectifs à la fois politiques et religieux, Malcolm voulant compléter son pèlerinage à La Mecque et accepter formellement les enseignements de l’Islam sunnite.

Il souhaitait devenir un point de référence aux USA pour l’Islam, théologiquement et d’un point de vue organisationnel. Les voyages de Malcolm à travers l’Afrique et le Moyen Orient ont eu un énorme impact sur sa manière de penser l’Islam et la révolution.

Lier la lutte de libération des noirs à l’anticolonialisme

Politiquement, Malcolm souhaitait amener sur le devant de la scène internationale la cause des 22 millions d’Afro-Américains qui subissaient la pauvreté, les violences policières, l’exclusion politique, etc. de la ségrégation américaine.

Malcolm a dû naviguer à travers un monde d’après-guerre qui connaissait révolutions et contre-révolutions. Les révolutions dans le monde colonial comme en Chine, en Algérie, au Vietnam ou à Cuba et le mouvement des pays non-alignés qui donna naissance à la conférence de Bandung en 1955 ont eu un puissant impact sur sa vision politique du monde.

Les révolutions anticoloniales ponctuaient le déclin de la puissance coloniale européenne, l’émergence des USA comme superpuissance capitaliste prééminente et le renforcement de la social-démocratie ainsi que du Stalinisme en Europe de l’Est.

Voilà la toile de fond de l’évolution des idées de Malcolm sur une période de 11 mois. Aux USA, le mouvement de libération des Noirs – avec la naissance en 1955 du Mouvement des droits civiques suite à la mort brutale d’Emmett Till et au refus de Rosa Parks de se lever d’un siège dans un bus de Montgomery – déclencha un puissant mouvement social contre cet esclavage d’un autre nom qu’était le système Jim Crow (un ensemble de lois ségrégationnistes).

La doctrine anti-communiste de 1947 du président Harry Truman, la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy et le libéralisme de la guerre froide à travers le bloc de l’Ouest ont eu un effet dévastateur sur le mouvement de libération noir radical, ses activistes de gauche et ses dirigeants radicaux.

‘‘Le soutien de beaucoup de libéraux afro-américains à la politique étrangère américaine pendant la guerre froide et à sa position sur le racisme et le colonialisme à l’étranger a nuit à la lutte anticoloniale et à la lutte des Noirs américains pour les droits civiques’’, comme le dit l’historienne américaine Penny Von Eschen.

Le mouvement des droits civiques

La montée d’un leadership réformiste, libéral et s’appuyant sur l’Église dans des organisations comme le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) et le SCLC (Southern Christian Leadership Conference) ont conduit le Mouvement des droits civiques à devenir la force dominante dans la lutte pour la liberté, par sa tactique de désobéissance civile non violente et sa lutte pour des réformes politiques et sociales accordées par l’establishment politico-économique pendant la période de croissance d’après-guerre.

Une certaine élite libérale et politique pensait que le capitalisme pouvait endiguer la pauvreté, le racisme et l’oppression endémiques. Mais ce sont les militants du Mouvement qui forcèrent l’administration du président Johnson à des programmes sociaux clés sous le nom de programme de la guerre contre la pauvreté ainsi qu’à signer le Civil Right Act (1964, qui déclare la ségrégation et les discriminations illégales) et le Voting Rights Act (1965, qui octroie de facto le droit de vote aux Noirs sans tests ni taxes).

Durant cette période, Malcolm a souligné les limites du libéralisme sous Johnson. Elles sont devenues évidentes après l’implication complète (économique et militaire) de l’impérialisme américain au Vietnam, et le rôle joué par le système bipartisan républicains/démocrates.

La récupération des mouvements sociaux par le Parti Démocrate devenait flagrante. Malcom a dénoncé la suprématie blanche, l’hypocrisie de la démocratie américaine face aux explosions sociales qui secouaient de nombreuses villes du pays, la répression violente des militants (lynchages, intimidations et meurtres) et le cadre trop étroit du Mouvement des droits civiques.

Malcolm cherchait à placer la lutte américaine pour les droits civiques dans le cadre de la lutte internationale anticapitaliste et anti-impérialiste. Il souhaitait unir les plus opprimés et les jeunes du Tiers Monde et des USA dans le combat pour une libération totale de l’oppression et de l’exploitation quotidiennes.

Sa campagne consistait à vouloir confondre les USA devant les Nations Unies en portant plainte pour crimes contre l’humanité à l’encontre des Afro-Américains. Les élites dirigeantes interna-tionales, les forces gouvernementales américaines et les membres de la Nation de l’Islam voulaient la mort de Malcolm X à cause de sa capacité d’organisation (nationalement et internatio-nalement) et de sa capacité à inspirer les masses en offrant une alternative au racisme et au capitalisme.

La pertinence de Malcolm X aujourd’hui

À la fin de sa vie, Malcolm a tiré une analyse plus profonde du capitalisme et de la suprématie blanche, en fournissant une marche à suivre pour les jeunes générations d’activistes et d’organisations des mouvements de libération noirs.

Les conditions matérielles derrière l’émergence d’une figure telles que Malcolm X existent toujours aujourd’hui. La pauvreté, le racisme, le taux de chômage élevé, l’incarcération de masse, la violence policière, les licenciements, l’austérité, etc. sont les sous-produits d’un système capitaliste malade basé sur la soif de profits d’une poignée de dirigeants faisant partie de l’élite.

mardi 09/06/20 Eljeer Hawkins, Socialist Alternative

https://fr.socialisme.be/

Lire la suite

10 juin 2020 ~ 0 Commentaire

george floyd (jdd psl npa ng)

couv1545bd

Mort de George Floyd

Pourquoi le mouvement de contestation aux Etats-Unis est exceptionnel

Les manifestations contre le racisme et les violences policières qui ont lieu aux Etats-Unis depuis la mort de George Floyd sont singulières à plus d’un titre. Et les sondages montrent qu’une partie de la population a évolué sur ces questions.

Que restera-t-il des manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd, tué par un policier blanc à Minneapolis le 25 mai? « Ce que nous voyons est à la fois familier dans l’histoire américaine et unique », analyse Greg Carr, directeur du département d’études afro-américaines à l’Université Howard de Washington, interrogé par Time.

Depuis deux semaines, les parallèles sont nombreux : comme lors du passage à tabac à Los Angeles de Rodney King en 1991, la mort de George Floyd a été filmée, lui donnant un retentissement majeur ; comme Nixon en campagne en 1968 après les émeutes post-assassinat de Martin Luther King, Donald Trump a choisi la réponse ferme : « La loi et l’ordre ». Mais 2020 est aussi unique.

Des manifestations massives, fréquentes, et diverses

Des milliers de manifestations ont déjà eu lieu aux Etats-Unis, et aucun des 50 Etats du pays n’a été oublié. Hors des grandes villes, elles ont aussi été organisées « dans des centaines de villes plus petites et moins connues qui n’ont pas été sous les feux des projecteurs lors des précéden-tes manifestations nationales », écrivent l’historienne des mobilisations Lara Putnam, de l’univer-sité de Pittsburgh, Erica Chenoweth, d’Harvard, et Jeremy Pressman, de l’université du Connecticut, dans un article publié par le Washington Post.

« Les Etats-Unis ont rarement des manifestations de cette ampleur, de cette intensité et de cette fréquence ; ils ont généralement de grandes manifestations ou des manifestations soutenues, mais pas les deux », poursuivent-ils.

Le sénateur républicain de Caroline du Sud, Tim Scott, estime aussi que la situation est « différente » en terme de diversité. « Les manifestants sont différents. Je regarde par ma fenêtre à Washington et je vois 10 manifestants. Sept d’entre eux sont blancs, et trois d’entre eux sont noirs », souligne-t-il à Politico. « La différence la plus frappante entre les années 1960 et aujourd’hui est peut-être qu’il y a beaucoup plus de diversité raciale dans les foules », abonde Thomas J. Sugrue, de l’Université de New York, dans Time.

Autre nouveauté : la contestation a essaimé dans le monde entier. Une semaine après la mort de George Floyd, plus de 20 000 personnes se sont rassemblées contre les violences policières à Paris, à l’appel de la famille d’Adama Traoré, mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes. Dimanche, des manifestations ont eu lieu à Madrid, Rome, Bruxelles, Copenhague, Budapest, etc. Samedi, des manifestations se sont déroulées de l’Australie à la Tunisie en passant par la France et la Grande-Bretagne.

Des lignes sont en train de bouger

Un sondage YouGov publié fin mai, quelques jours seulement après la mort de George Floyd, indiquait que 70% des personnes interrogées avaient vu la vidéo de son interpellation. La diffusion massive de ces images a-t-elle influencé la population?

L’acte des policiers a rapidement été condamné un peu partout dans le pays par d’autres policiers ainsi que des élus, un changement notable par rapport à d’autres drames de ce type. « C’est très rare », notait Charlotte Recoquillon, chercheuse rattachée à l’Institut français de géopolitique, dans une interview au JDD fin mai.

Selon un sondage Monmouth University publié le 2 juin, une majorité d’Américains (57%) – une première -, et 49% des Blancs, estiment désormais que la police est plus susceptible de faire usage de la force contre des Afro-Américains. Après la mort en 2014 d’Eric Garner à New York, dans des conditions similaires, ces chiffres étaient bien moins élevés : seulement 33% d’Américains et 26% de Blancs.

« Cela représente un mouvement tectonique dans l’opinion publique », estime Politico. Le célèbre sondeur républicain Frank Luntz va encore plus loin : « En 35 ans de sondages, je n’ai jamais vu l’opinion changer aussi vite et aussi profondément. Nous sommes un pays différent aujourd’hui de ce qu’il était il y a 30 jours », a-t-il tweeté à la vue de ces chiffres.

Des pressions pour réformer la police

Selon un sondage pour USA Today, la perception de la police a aussi été influencée par la mort de George Floyd, notamment chez les Blancs. Ils n’étaient que 61% à en avoir une bonne opinion dans les jours suivant le drame de Minneapolis, contre 72% une semaine plus tôt. « A un moment où tant de choses dans la politique américaine semblent dans l’impasse, c’est le genre d’événement majeur qui peut remodeler la façon de penser des Américains », estime Robert Griffin, directeur de recherche du Democracy Fund Voter Study Group.

Fait assez rare aux Etats-Unis, les quatre policiers impliqués dans l’arrestation de George Floyd ont été inculpés : Derek Chauvin pour meurtre non prémédité, un chef passible de 40 années de réclusion, ses trois collègues pour complicité de meurtre.

Au cours des quinze dernières années, seuls 110 policiers ont en effet été inculpés pour homici-de après avoir abattu une personne dans l’exercice de leur fonction et uniquement cinq ont été condamnés pour meurtre, relève Philip Stinson, un ancien policier devenu professeur de droit, cité par l’AFP.

Une réflexion plus profonde sur la police américaine s’engage aux Etats-Unis. Des milliers de manifestants exigent des coupes dans les budgets des forces de l’ordre, des élus démocrate du Congrès veulent « obliger les policiers à rendre des comptes » et le conseil municipal de Minneapolis souhaite démanteler la police de la ville pour tout remettre à plat.

La singularité de la situation réside enfin dans le contexte. Les Etats-Unis sont plus ou moins confinés depuis deux mois et le Covid-19 y a tué plus que dans tout autre pays. L’épidémie a aussi mis fin à la lune de miel économique que vivait Donald Trump depuis son début de mandat et des millions de gens pointent au chômage.

Dans cinq mois, les Américains seront appelés aux urnes et la situation est plus politique que jamais : Joe Biden a fait le choix de l’empathie, Donald Trump celui de la fermeté. Avec un fait nouveau par rapport à 1968 (victoire du républicain Nixon) ou 1992 (victoire du démocrate Clinton) : la « géographie des protestations » a changé, écrivent Lara Putnam, Erica Chenoweth, et Jeremy Pressman.

Beaucoup d’Américains ont vraiment assisté aux manifestations, pas seulement à la télévision, comme par le passé. « C’est important, car plus une personne vit près d’une manifestation, plus elle est susceptible de changer son vote », estiment les trois spécialistes.

Thomas Liabot 9 juin 2020

https://www.lejdd.fr

Lire aussi:

.
.
.

Lire la suite

10 juin 2020 ~ 0 Commentaire

jeunes de brest (lt cb of fr3)

DSC00119

DSC00117

À Brest, près de 2 000 manifestants contre les violences policières

Les manifestants se sont rassemblés place de la Liberté, ce mercredi à 14 h.

À Brest, place de la Liberté, plusieurs centaines de personnes, dont une majorité de jeunes, sont réunies, ce mercredi. Cette manifestation est organisée afin de protester contre les violences policières et fait écho au mouvement en cours aux États-Unis, à la suite de la mort de George Floyd au cours d’une interpellation, mais aussi en France, avec le flou qui entoure la mort d’Adama Traoré en 2016. La mobilisation repond à un appel du rappeur brestois Alpha Zeleph, relayé par ELLV, le PS, le PCF, la LDH (et le NPA). Après les prises de paroles, et un hommage à Georges Floyd, le cortège devrait défiler en ville. Il doit notamment passer devant le commissariat Colbert.

https://www.letelegramme.fr/

Lire aussi:

2 000 personnes manifestent à Brest contre les violences policières (CB)

Brest. 1 500 personnes ont manifesté contre les violences policières et le racisme (OF)

Brest : 1500 manifestants contre les violences policières (FR3)

Lire la suite

10 juin 2020 ~ 0 Commentaire

euskadi (pùblico)

5ede6715f3a05

Elections en Euskadi sondage

Selon ce sondage, EH-Bildu consoliderait sa deuxième position parlementaire, en remportant un siège supplémentaire et en augmentant d’un point et demi les votes, jusqu’à  22,6 % des électeurs basques.

La montée des nationalistes et des socialistes serait due à la baisse importante (3,7 points) des votes de « Podemos », qui lui ferait perdre trois sièges, un dans chacune des circonscriptions.

Le PNV, Bildu et le PSE se renforcent dans la pandémie tandis que le PP et l’UP sont affaiblis.
Selon l’analyse de Key Data pour Público, le PNV remporterait aisément les élections régionales de juillet au Pays basque et le PNV aurait une large majorité avec le PSE, les deux partis ayant augmenté leur représentation parlementaire de deux députés chacun.

Les Basques soutiennent la gestion des nationalistes et des socialistes pendant l’état d’alerte et le 12 juillet, ils donneront au Lehendakari Íñigo Urkullu une majorité gouvernementale renforcée, car le PNV et le PSE sont tous deux renforcés lors des élections. L’EH-Bildu se développe également pendant la pandémie, tandis qu’Unidas Podemos, PP et Ciudadanos sont considérablement affaiblies au Pays basque.

Ce sont du moins les conclusions du sondage d’opinion Key Dataon. PP et Ciudadanos  auraient deux sièges de moins que le PP en 2016 et perdraient 29% de leurs électeurs

On peut voir comment l’augmentation soudaine du nombre d’électeurs de Vox – de moins de 800 à plus de 24 000 – coïncide assez étroitement avec la perte estimée des votes des PP+C (-28 000). Ainsi, si les sondages sont exacts, l’échec de la stratégie de Casado au Pays basque serait évident, ce qui dans ce cas ne profiterait pas non plus à Vox, puisqu’il resterait loin du seuil pour entrer au Parlement basque et ces votes seraient perdus pour la droite.

madrid 09/06/2020 carlos enrique bayo

https://www.publico.es/

Lire aussi:

El PNV llega al ecuador de la campaña con opciones de sumar un escaño más por territorio

Lire la suite

10 juin 2020 ~ 0 Commentaire

colonialistes (pùblico)

bristol

En période de manifestations antiracistes, la Belgique et Londres réévaluent leurs héros

La statue du roi Léopold II des Belges est enlevée à Anvers et le maire de Londres annonce une commission pour évaluer la diversité des monuments.

Une statue du roi Léopold 2 des Belges a été enlevée ce mardi du quartier d’Ekeren à Anvers pour être nettoyée et restaurée, en raison des dommages qu’elle a subis – les derniers ce week-end – du fait de l’association du souverain avec le colonialisme en Afrique. Mais sera peut être retirée définitivement, a reconnu le maire Koen Palinckx.

Tout comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni, il existe également en Belgique un mouvement de protestation visant les statues et les rues qui célèbrent des personnages historiques liés à l’esclavage ou au passé colonial de ces pays. Le roi Léopold II, qui a régné de 1865 à 1909, est resté dans les mémoires pour avoir régné sur le Congo – aujourd’hui la République démocratique du Congo – avec une grande brutalité.

Une pétition demandant le retrait de toutes les statues de Léopold II des rues belges a recueilli 53 000 signatures en quelques jours. Une autre statue du roi a été recouverte d’encre au Musée de l’Afrique à Tervuren, en Flandre, parmi d’autres attaques contre la mémoire de Léopold. Les manifestations contre le racisme ont suscité l’indignation encore bien vivante contre l’ancien souverain.

En 2019, quatre experts indépendants de l’ONU ont conseillé à la Belgique de s’excuser pour les « atrocités » de la colonisation, rappelle la RTBL. Le rôle du roi Léopold II dans la colonisation doit être reconnu afin de « clore ce sombre chapitre de l’histoire ».

L’histoire et la lecture que les différentes époques font des événements et du comportement des personnages historiques est une pente glissante, qui donne toujours lieu à des polémiques. Au Royaume-Uni, les manifestations antiracistes ont également remis en cause des monuments et même des personnalités incontournables – comme le Premier ministre Winston Churchill lui-même.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a annoncé mardi la création d’une commission chargée d’évaluer la diversité des monuments dans les espaces publics de la capitale britannique, suite au renversement de la statue d’un marchand d’esclaves à Bristol et à la controverse autour des graffitis sur la statue de Winston Churchill le qualifiant de « raciste ».

« La diversité de notre capitale est notre plus grande force, mais nos statues, nos noms de rues et nos espaces publics reflètent une époque révolue. C’est une vérité désagréable que notre nation et notre ville doivent une grande partie de leur richesse à leur rôle dans la traite des esclaves, et bien que cela se reflète dans nos espaces publics, la contribution de beaucoup de nos communautés à la vie de notre capitale a été intentionnellement ignorée. Cela ne peut pas continuer », a justifié Sadiq Khan, cité par Lusa.

La Commission pour la diversité dans les espaces publics examinera les peintures murales, les arts de la rue, les statues, les noms de rues et d’autres types de monuments et évaluera leur signification, puis formulera des recommandations.

Khan a admis que les protestations du mouvement Black Lives Matter, déclenchées par la mort de George Floyd lors d’une opération de police aux États-Unis, ont « à juste titre » attiré l’attention sur ce problème, mais a défendu l’importance de prendre les « bonnes mesures ».

Cette décision intervient après qu’une statue du marchand d’esclaves du 17è siècle Edward Colston, un monument de bronze controversé érigé en 1895 dans le centre ville, ait été abattue dimanche à Bristol, traînée dans les rues et jetée dans les eaux du port de la ville.

Le gouvernement britannique a promis de poursuivre en justice pour vandalisme les responsables du renversement de la statue de Colston, ainsi que les manifestants qui ont endommagé la statue de l’ancien Premier ministre Winston Churchill à Londres, à côté du Parlement, où il était écrit que l’oeuvre « était raciste ».

Bien qu’il soit considéré comme un héros pour avoir dirigé le pays pendant la Seconde Guerre mondiale dans la guerre contre l’Allemagne nazie, Churchill était un ardent défenseur de l’Empire britannique et exprimait des opinions racistes. « Personne n’est parfait, que ce soit Churchill, Gandhi ou Malcolm X », a admis Sadiq Khan à la BBC, en plaidant pour que la statue de Churchill reste debout.

La destruction de la statue de Colston a revigoré les militants de l’université d’Oxford qui ont aussi demandé le retrait d’une statue de Cecil Rhodes, un impérialiste victorien d’Afrique du Sud qui a fait fortune dans les mines et financé des bourses d’études à l’université. Une pétition du groupe Rhodes Must Fall pour enlever la statue a échoué en 2016, mais une nouvelle manifestation est prévue et une banderole a été placée qui dit : « Rhodes, tu es le prochain ».

À Édimbourg, en Écosse, des voix s’élèvent pour réclamer le retrait d’une statue d’Henry Dundas, un éminent homme politique du 18è siècle qui a retardé de quinze ans l’abolition de l’esclavage par les Britanniques. Le maire d’Edimbourg, Adam McVey, a déclaré qu’il « ne ressentirait aucun sentiment de perte si la statue de Dundas était enlevée et remplacée par autre chose ou laissée comme socle.

Clara Barata et Lusa 9 juin 2020

https://www.publico.pt/

Lire aussi:

Léopold II (roi des Belges)

Cecil Rhodes

Le Crime du Bengale. La part d’ombre de Winston Churchill

En 1943, les Indiens sont prêts à soutenir l’effort de guerre contre le nazisme, à condition qu’on leur accorde l’indépendance. Comment ? « Partir à la demande de quelques macaques ? », s’offusque le premier ministre britannique Winston Churchill, qui apparaît ici d’un racisme confondant — « Je hais les Indiens. C’est un peuple bestial, avec une religion bestiale. » Il les fera donc participer de force, réquisitionnant massivement denrées et moyens de transport, particulièrement au Bengale, dans l’est du pays, que le Japon menace d’envahir. Sa priorité ? Nourrir les troupes sur les champs de bataille, ainsi que ses électeurs au Royaume-Uni. Cette politique aura des conséquences terribles : la pénurie de céréales et le retard dans l’appro-visionnement promis par Churchill causeront une famine sans précédent et, selon la journaliste Madhusree Mukerjee, la mort de trois millions d’Indiens. Bien documenté, ce récit nécessaire peut être prolongé par la lecture de Poverty and Famines (Oxford University Press, 1983), de l’économiste indien Amartya Sen, qui permet de saisir pleinement les ressorts économiques de cette immense pénurie. Naïké Desquesnes. https://www.monde-diplomatique.fr/

Lire la suite

09 juin 2020 ~ 0 Commentaire

fascisme (ernest mandel)

fachos milice

A l’heure où, avec la crise capitaliste, l’extrême droite (y compris ouvertement nazie comme en Grèce) relève la tête dans plusieurs pays d’Europe, il est bon de rappeler ce que fut le nazisme.

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler était nommé Chancelier du Reich allemand. Dans la nuit du 27 au 28 février, le Reichstag brûle à Berlin [1] ; le Parti communiste est mis hors la loi. Le 5 mars, aux élections parlementaires organisées sous la terreur des nazis au pouvoir, le bloc des nationaux-socialistes et du parti national allemand obtient largement la majorité absolue des mandats.

Le 24 mars, le Reichstag vote contre la seule opposition de la social-démocratie – les mandats communistes ayant été annulés – le « Ermächtigungs-gesetz », la loi sur les pleins pouvoirs qui met hors fonction la démocratie bourgeoise.

Successivement les partis politiques et, le 2 mai, les syndicats sont « mis au pas », c’est-à-dire soumis à la direction nazie. Le 16 mai, le droit de grève est officiellement aboli. Finalement, le 28 juin, le parti social-démocrate est interdit.

La dictature nazie, ainsi consolidée, allait subsister pendant 12 ans, tuant des millions d’hommes en Allemagne et dans toute l’Europe, accumulant les souffrances et les ruines dans sa marche sanglante à travers notre continent, précipitant sa propre patrie dans un « crépuscule des dieux » sans précédent dans l’histoire moderne.

Signification historique du fascisme

Le fascisme représente le lieu de rencontre entre deux forces sociales :

La petite-bourgeoisie paupérisée, désespérée par une crise économique prolongée qui ne lui ouvre plus aucun issue d’existence « digne », déçue par l’incapacité du mouvement ouvrier à résoudre radicalement à sa façon la crise de la société

et le capital monopoleur, surtout l’industrie lourde, pour lequel, dans les mêmes conditions de crise économique et sociale prolongée, la démocratie bourgeoise (avant tout les libertés et les organisations ouvrières) devient un luxe insupportable menaçant directement le profit capitaliste.

Des organisations fascistes petites-bourgeoises, caractérisées par l’idéologie typique des classes moyennes désespérées – nationalisme exacerbé ; mystique du « chef » ; démagogie « sociale » ; attaques contre le mouvement ouvrier et le « parlementarisme pourri », etc. – existent depuis la Première guerre mondiale dans presque tous les pays d’Europe.

Recevant des subsides périodiques du capital monopoleur, elles sont utilisées comme menaces, moyens de pression ou moyens d’action plus direct contre le mouvement ouvrier.

Mais il faut le concours de nombreuses circonstances, avant tout la conviction de couches importantes du capital monopoleur que la démocratie bourgeoise est arrivée à bout de souffle et que le mouvement ouvrier est trop passif ou affaibli pour riposter avec des chances de succès, pour que se créent les conditions nécessaires à la marche au pouvoir des organisations fascistes.

Le fascisme représente également une tentative désespérée de la part du capital monopoleur pour donner à la crise économique et sociale de structure du capitalisme décadent une solution temporaire :

en comprimant par la violence les contradictions de classe à l’intérieur du pays, il cherche à créer les conditions économiques (diminution de la part du prolétariat dans le revenu national), politiques (concentration des pouvoirs) et militaires (réarmement accéléré sans égard aux conséquences sociales, le prolétariat étant paralysé dans sa capacité de résistance) pour la conquête de nouveaux marchés et champs d’investissements de capitaux, pour la conquête d’un espace vital agrandi.

Le fascisme est donc en quelque sorte la compression temporaire des contradictions «sociales», produites par la crise de déclin du capitalisme, et leur transformation en contradictions « internationales » exacerbées.

Historiquement, le fascisme apparaît ainsi comme la « contre-révolution triomphante », balayant le mouvement ouvrier organisé sur son chemin, écrasant, massacrant ou enfermant ses cadres, terrorisant et atomisant le prolétariat, se lançant finalement dans une guerre monstrueuse contre le premier Etat ouvrier.

A l’époque du déclin capitaliste, la contre-révolution triomphante signifie que la bourgeoisie jette par-dessus bord toutes les « valeurs » auxquelles elle se vouait pendant sa période ascendante (rationalisme, souveraineté populaire, démocratie, libre développement de la personnalité, etc.).

Mais cette contre-révolution ne peut modifier les « fondements de la société » : elle est au contraire une contre-révolution exécutée, réalisée, « au profit des maîtres de la société ».

Si l’immixtion de l’Etat dans l’économie s’accroît, si même le droit de propriété est violé dans des cas particuliers (pour les Juifs et pour quelques magnats brouillés avec Hitler), il s’agit, en définitive, d’une intervention tendant à sauvegarder et à garantir le droit de propriété et le profit des couches monopoleuses décisives de la bourgeoisie.

Il s’agit donc d’une « contre-révolution politique », en partie préventive, en partie tendant à éliminer les germes de démocratie ouvrière, révolutionnaire, qui existent au sein de la démocratie bourgeoise.

Pareille œuvre de « conservation sociale » ne peut réussir que dans sa partie négative, destructrice, à l’époque du déclin capitaliste.

Comme Mussolini avant lui, Hitler a pu effectivement dissoudre les partis et les syndicats ouvriers, tuer ou briser des centaines de milliers de cadres ouvriers à travers l’Europe.

La révolution prolétarienne fut rejetée vingt ans en arrière dans ces pays. Mais il n’a pu éliminer aucun des facteurs de déséquilibre et de crise structurelle de l’économie capitaliste. Ces facteurs ont joué pendant son règne. Ils sont apparus avec un relief beaucoup plus fort après sa chute.

Pourquoi les nazis ont-ils pu conquérir le pouvoir ?

Pour que le fascisme puisse prendre le pouvoir, il ne suffit pas qu’il y ait des organisations de petits-bourgeois désespérés attirant un courant de masse, et, que des milieux déterminés du capital monopoleur soient prêts à les appuyer.

Il faut encore que le mouvement ouvrier organisé s’avère incapable de faire face aux dangers qui le menacent. Cette incapacité a un double origine : l’incompréhension de la nature particulière du fascisme d’une part ; la faiblesse de la riposte d’autre part.

L’incompréhension de la nature véritable du fascisme caractérisa aussi bien la direction social-démocrate que la direction stalinienne, en Allemagne et à l’échelle internationale.

Pour les sociaux-démocrates, les fascistes apparaissaient comme des possédés frénétiques, regroupant les « extrémistes de droite pathologiques », incapables de diriger un Etat moderne. A plusieurs reprises ils prononcèrent l’idée qu’il fallait laisser Hitler s’user au pouvoir.

Après la première grande victoire électorale des nazis, le 14 septembre 1930, lorsque le nombre des voix nazie passa de 800.000 à 6,5 millions, la presse social-démocrate expliqua que c’était la suprême victoire de Hitler.

Après elle, il n’y en aurait plus d’autre ! Au lendemain du 6 novembre 1932, lorsque les nazis subirent un certain recul électoral, l’organe central de la social-démocratie allemande, le « Vörwaerts », s’écria : « Voilà dix ans que nous avons prévu la faillite du national-socialisme ; noir sur blanc nous l’avons écrit dans notre journal ».

Un autre journal social-démocrate, le « Leipziger Volkzeitung » écrivait le 21 janvier 1933, neuf jours avant la prise du pouvoir par Hitler : « Nous ne percevons plus que l’odeur de cadavre pourri : le fascisme est définitivement abattu ; il ne se relèvera plus ».

http://www.avanti4.be/

Lire la suite

09 juin 2020 ~ 0 Commentaire

dossier usa (à l’encontre)

minueapolis
.

«La police américaine agit comme une armée d’occupation. Elle a étudié leurs tactiques»

«Ils nous ont piégés»: la police a arrêté plus de 10 000 manifestant·e·s

La question de l’expulsion des syndicats policiers de l’AFL-CIO

Des protestations pacifiques massives dans des dizaines de villes

«Pour briser le pouvoir de la police, nous devons mobiliser le pouvoir du travail»

 

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin