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09 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Vietnam ( LCR )

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Vietnam Vo Nguyen Giap (1911-2013) : un enfant de l’Oncle Ho

Si l’on devait résumer d’une formule la vie et la personnalité de Vo Nguyen Giap, celui qu’Ho Chi Minh considérait comme un de ses « fils préférés », avec Pham Van Dong, on pourrait, on devrait dire : cet homme a toujours eu un mal fou à dire « je ».

Il riait lui-même beaucoup des formules lues sous la plume d’observateurs occidentaux, du type « Le vainqueur de Dien Bien Phu », « L’ennemi le plus redoutable des Français, puis des Américains ». Giap n’aimait pas personnaliser les événements, comme toujours les Vietnamiens, comme souvent les communistes.

Ce n’était pas de la fausse modestie : quand il affirmait que « c’étaient les masses » qui « faisaient l’histoire », il croyait ce qu’il disait. Précisons pourtant : il ne fut pas « le père de l’armée populaire vietnamienne » ? il ne fut pas « le vainqueur de Dien Bien Phu » ? il ne fut pas « le stratège de la guerre contre les Etats-Unis » ?

Certes, si on prend à la lettre ces formules réductrices. Mais il y fut bien pour quelque chose… En bon marxiste, Giap aurait dû reconnaître que les grands bouleversements de l’histoire du monde naissent de la rencontre entre des « éléments objectifs » et la capacité de grands hommes d’exploiter des situations. Mais, décidément, sa modestie et, je dirais, son « hochiminisme » l’en empêchaient.

J’ai eu l’insigne honneur de le rencontrer dix, vingt, trente fois, rencontres échelonnées sur une trentaine d’années et de devenir, j’ose dire, un proche. La première fois, c’était en mars 1979, à Hanoi. Le Vietnam traversait alors l’un des pires moments de son histoire.

Son économie était vacillante, ses relations internationales disloquées (blocus américain, hostilité allant jusqu’à la guerre avec la Chine et les Khmers rouges), la France giscardienne n’était pas la dernière à vitupérer son ancienne colonie, le Vietnam se retrouvait dans un tête-à-tête, qu’il aurait probablement préféré éviter, avec l’URSS et le Comecon – lesquels, affaiblis, entamaient alors leur dernière décennie d’existence. Et cet homme, qui n’avait jamais douté, qui ne doutait pas, transmettait sa confiance.

Vo Nguyen Giap, né le 25 août 1911, aura consacré son siècle d’existence à la défense de deux idéaux : l’indépendance nationale de son peuple et le communisme. Dissocier les deux, tenter de choisir entre le patriote Giap et le « camarade Van » (c’était son nom dans la résistance), comme il est parfois procédé en Occident, paraît un exercice infructueux.

Né au centre du pays, tout près de ce 17 è parallèle qui avait si longtemps, trop longtemps, déchiré son pays, mais aussi dans une région connue pour ses traditions de lutte, il s’est engagé très tôt dans le mouvement national.

À quinze ans, il est exclu du lycée de Hué pour participation à une manifestation nationaliste. Vers cette époque, il est déjà en contact avec le Tan Viet, Parti nationaliste aux options nettement progressistes, socialistes.

Il y a déjà, alors, des noyaux communistes, qui vont progressivement s’imposer. On peut dire que, dès 1930 et la fondation d’un Parti communiste « Indochinois », le bras de fer est commencé, les deux principaux protagonistes d’une lutte titanesque sont en présence.

Le jeune Vo Nguyen Giap a entendu parler dès sa jeunesse d’un certain Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh, alors éloigné du Vietnam, mais terriblement efficace dans sa lutte au sein de la III è Internationale. Dans le pays, la réputation de ce patriote hors normes grandit.

Aussi est-ce tout naturellement qu’avec un autre jeune militant, Pham Van Dong, il prend contact avec ce Nguyen Ai Quoc. Nous sommes en 1940, la guerre vient de prendre une dimension mondiale. C’est ce noyau d’hommes déterminés, appuyé sur une mobilisation populaire croissante, qui va donner naissance au mouvement dit Viet Minh (1941), puis qui va proclamer l’indépendance du pays (1945), enfin entamer une lutte de trente années contre les envahisseurs étrangers, qu’ils aient l’étiquette colonialiste (Français) ou impérialiste (Américains).

Dans sa longue vie, Vo Nguyen Giap n’a pas eu souvent l’occasion de faire des pauses, de prendre le temps de mesurer le chemin parcouru. Et pourtant ! Quelle disproportion apparente entre sa poignée de premiers guérilleros, mal armés, peu formés, et une France colonialiste bien décidée à maintenir à tout prix le joug !

Et, plus tard, contre les USA, quel fossé entre ce qui était toujours présenté comme un « petit peuple » et la formidable armada du complexe militaro-industriel qui déversa une décennie durant, par millions de tonnes, bombes à fragmentation, napalm et dioxine !

Mais le Vietnam a vaincu, même si, hélas, Ho Chi Minh, décédé en 1969, n’a pu voir ce jour. Le 30 avril 1975, l’armée populaire mettait à bas les derniers pans de l’édifice bâti pierre à pierre par les puissances occidentales durant cent vingt années.

« Dans la vie d’un peuple, m’a dit Vo Nguyen Giap, il y a parfois des rêves, des rêves tellement beaux que l’on pourrait croire leur réalisation impossible. Eh bien ! En cet instant, nous avons pu réaliser un rêve chéri : voir enfin le pays réunifié et libre. Le pays indépendant, en paix et en marche vers le socialisme. Nous n’avons jamais eu une minute d’émotion comparable à celle-là. Et, tous, nous étions très émus, parce que nous pensions à notre Président Ho Chi Minh ».

Adieu, camarade Van. En pensant à vous, nous aurons toujours en tête, désormais, ces vers de votre grand poète national, Nguyen Trai :

« Notre pays a connu grandeur et décadence
Il n’a jamais manqué d’enfanter des héros ».

*Alain Ruscio est historien et président du CID Vietnam 7 octobre 2013

Cet article a été publié sur www.europe-solidaire.org

https://www.lcr-lagauche.org/

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08 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Gaza (NPA)

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05 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Yémen (NPA)

Crédit Photo Lancement d’un missile à partir d’un navire de la marine américaine, avant les frappes aériennes de 2024 au Yémen. © U.S. Navy / domaine public.  Édouard Soulier
Revue L’Anticapitaliste n° 155 (avril 2024)

Yémen : de la guerre civile au soutien actif à Gaza

Depuis le 7 octobre, se déclarant solidaires des Palestiniens, les rebelles Houthis du Yémen ont multiplié les attaques en mer Rouge contre des navires considérés comme liés à Israël. Ainsi, le 19 novembre, ils se sont emparés d’un navire marchand appartenant à un homme d’affaires israélien, le Galaxy Leader, avec ses vingt-cinq membres d’équipage.

Les Houthis ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils ne cesseraient ces attaques qu’avec la fin de la guerre israélienne contre les Palestinien·nes dans la bande de Gaza. Entre le 18 novembre et le 13 janvier, plus de vingt-sept bateaux commerciaux naviguant dans le sud de la mer Rouge et dans le golfe d’Aden ont été attaqués. Face à cette situation, Washington a mis en place début décembre une force navale multinationale pour protéger les navires marchands en mer Rouge, par laquelle transite 12 % du commerce mondial. L’objectif principal est de garantir l’un des couloirs maritimes les plus essentiels pour le commerce international. Quelques jours plus tard, les États-Unis et le Royaume-Uni ont mené une nouvelle série de frappes aériennes contre les Houthis. En outre, Washington a imposé des sanctions visant les circuits de financement des Houthis, en ciblant plusieurs personnes et entités au Yémen et en Turquie. Tout au long du mois de janvier et au début du mois de février, les forces militaires américaines et britanniques ont lancé de nouvelles attaques.

Malgré ces frappes, les Houthis ont poursuivi leurs attaques en mer Rouge et dans le golfe d’Aden contre des navires liés à Israël en solidarité avec Gaza, et ont déclaré qu’ils ne s’arrêteraient pas avant la fin de la guerre. L’impact sur le commerce mondial est extrêmement significatif, déroutant le trafic par le sud de l’Afrique, augmentant les délais et les coûts, créant ainsi un manque à gagner significatif pour l’Égypte et le canal de Suez.

Les États-Unis et l’Angleterre bombardent donc à nouveau ce pays de trente millions d’habitant·es du sud de la péninsule arabique, après avoir soutenu militairement une coalition comprenant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis contre la rébellion houthiste. Cette « guerre civile » a fait en dix ans plusieurs centaines de milliers de mort·es et réintroduit des épisodes de famine aiguë dans certaines régions de ce pays. Pourtant, la situation et la ligne de front s’étaient stabilisées avec une victoire houthiste sur la moitié du pays depuis début 2023.

Le Yémen, une histoire coloniale

La situation au Yémen est assez compliquée à suivre car elle puise ses racines dans la division coloniale de ce pays, les hétérogénéités religieuses, ethniques et politiques, et l’ingérence de voisins comme l’Arabie saoudite. L’histoire coloniale a été structurante pour déterminer la configuration politique, économique et religieuse de la région. Le Yémen est historiquement un regroupement de deux Yémen : le Nord et le Sud. Au sud Yémen, colonie britannique depuis 1864, le port d’Aden était considéré comme un atout stratégique vital pour l’Empire britannique. Tandis que le nord du Yémen actuel, qui faisait autrefois partie de l’Empire ottoman, a été gouverné par une famille royale locale après 1918. La réunification a eu lieu en 1990, mais le pays reste profondément divisé.

Vu le passif avec le Royaume-Uni, reprendre les bombardements sur le Yémen a quelque chose de nostalgique. En effet, les habitant·es du Yémen ont été bombardé·es par les Britanniques pendant près d’un siècle. Dans les années 1920, la doctrine militaire évolue, et l’aviation commence à remplacer l’utilisation des troupes dans l’ensemble de l’Empire britannique au Moyen-Orient. Ainsi, les villages et les tribus qui refusaient d’obéir à leurs maîtres coloniaux étaient bombardés pour obtenir leur soumission. Cette méthode, beaucoup moins coûteuse que l’utilisation de troupes, n’entraîne pratiquement aucune perte militaire pour les Britanniques.

En outre, les Britanniques ne se sont pas contentés de bombarder des cibles dans le sud du Yémen, ils ont régulièrement bombardé le Nord, partout où leurs intérêts étaient en jeu. En 1928, par exemple, l’aviation anglaise attaque des cibles des deux côtés de la frontière des deux Yémen : elle largue près de 70 tonnes de bombes, 1 200 engins incendiaires et tire 33 000 obus de mitrailleuses, dont la plupart visent des villes et des villages, tuant des dizaines de personnes. En mars 1934, pendant une semaine, la tribu des Queteibis a été punie par les attaques de l’aviation anglaise, qui a cette fois largué plus de 28 tonnes de bombes sur les villages habités, avec une moyenne de 166 bombes par heure visant des personnes totalement sans défense. Cette méthode de répression coloniale s’est poursuivie dans les années 1950 et 1960 dans l’indifférence quasi générale.

Pourtant, dans les années cinquante, les Britanniques sont confrontés à un puissant mouvement syndical dirigé par l’Aden Trade Union Congress et le Parti Socialiste du Peuple. Malgré les grèves générales, une grève de quarante-huit jours dans les docks à Aden, une série de manifestations et de protestations, les Britanniques sont déterminés à tenir bon. Les rebelles vont donc se tourner vers l’insurrection armée et la guérilla dans les montagnes. Au cours des années soixante, un mouvement de guérilla nationaliste se développe, qui confronte les Britanniques à une insurrection dans les montagnes de Radfan (au Sud-Est). Une fois de plus, l’Empire bombarde pour vaincre le Front national de libération (FLN) nouvellement créé. En mai et juin 1964, des bombardements sur les positions rebelles brisent l’insurrection Radfane. Mais le FLN étend son influence : lors de l’année 64, une guérilla éclate dans le port d’Aden et le mouvement de résistance s’étend alors à une grande partie du reste du Yémen sud. À ce moment-là, le Yémen nord est contrôlé par un mouvement nationaliste laïc qui a pris le pouvoir et créé la République arabe du Yémen. Cette république arabe soutient les rebelles du Sud contre l’entité coloniale. Les Britanniques réagissent en déclenchant une répression brutale dans les rues d’Aden, avec notamment la mise en place d’un centre d’interrogatoire connu sous le nom charmant « d’usine à ongles ». La torture, les passages à tabac et les exécutions sommaires étaient devenus tellement monnaie courante qu’une vague d’indignation internationale a vu le jour. En parallèle, de l’autre côté de la frontière, dans la République arabe du Yémen, les Britanniques, les Saoudiens et les Israéliens soutiennent une révolte islamiste contre le gouvernement nationaliste laïc. Des mercenaires britanniques – les anciennes forces spéciales du SAS – aident à former les groupes islamistes et se battent parfois à leurs côtés. Les Israéliens ont fourni des armes à ces rebelles et les Saoudiens ont tout payé. Cette période marque le début d’une longue ingérence de ces pays dans les affaires politiques et militaires du Yémen. Au bout du compte, le niveau de résistance a clairement montré que la position britannique au Yémen du Sud n’était plus tenable, le coût du maintien à Aden étant tout simplement trop élevé. Les Britanniques ont donc été contraints d’évacuer la ville à la fin du mois de novembre 1967. Le Sud Yémen devient par la suite la République populaire du Yémen, proche de l’URSS.

De la réunification à la révolution de 2011 : naissance et développement du mouvement Houthi

La réunification des deux Yémen, en 1991, n’a cependant pas réellement permis de rassembler le pays. Et finalement, le pouvoir passe entièrement dans les mains du Yémen Nord et de son dictateur Saleh. Originaire du Nord, il était réputé pour jouer sur les divisions nombreuses au sein de la société yéménite afin de se maintenir au pouvoir. La chute du mur de Berlin et le réalignement vis-à-vis des puissances impérialistes ont eu une importance capitale sur la politique yéménite.

Les Houthis – du nom de leur ancien dirigeant Hussein al-Houthi, tué en 2004 – est une organisation militaire et politique qui est née au début des années 2000 en représentation de la minorité zaydiste du Yémen. Son développement a été favorisé par la montée de nouveaux courants religieux au sein de l’islam sunnite, et en particulier par l’émergence du salafisme, courant conservateur promu de manière agressive par les autorités saoudiennes.

C’est d’abord dans le but de concurrencer la popularité des prédicateurs salafistes que les membres de la famille Houthi ont organisé un mouvement religieux de jeunes dans les années 1990, marqué par le dénigrement des coutumes et des croyances zaydistes, qualifiées de « non islamiques ». Mais la politique du mouvement houthiste est complexe : leurs idées religieuses sont issues de la branche zaydiste de l’Islam chiite, présente au Yémen depuis la fin du 9e siècle. À bien des égards, les pratiques religieuses et les croyances des zaydistes du Yémen sont très semblables à celles des musulmans sunnites, qui forment une légère majorité de la population yéménite. Les deux groupes religieux coexistent au Yémen depuis des siècles, utilisant les mêmes mosquées pour la prière.

La Jeunesse croyante a organisé des camps d’été combinant des conférences religieuses et des activités sportives, attirant des milliers d’adolescents et de jeunes hommes. Le renouveau des croyances religieuses zaydistes a eu lieu dans un contexte marqué par des contradictions sociales croissantes dans une région du Yémen qui était relativement isolée jusqu’au début des années 1980. Par exemple, jusqu’à la construction de la première route goudronnée en 1979, la ville de Saada (lieu historique du houthisme située dans le nord du Yémen) se trouvait à dix heures de route de la capitale Sanaa.

Initié par la famille Houthi, le mouvement s’est transformé en un groupe d’insurgés armés, engagés dans une confrontation avec l’État. Au début des années 2000, la « guerre contre le terrorisme » menée par le gouvernement américain a fourni aux dictateurs comme Saleh de nombreuses occasions d’acquérir de nouvelles armes et d’habiller leurs sales guerres et leur répression interne en croisade mondiale contre les « terroristes islamistes ». Pendant ce temps, de nombreux Yéménites étaient horrifié·es de voir les bombes américaines pleuvoir sur l’Afghanistan et l’Irak, et scandalisé·es par le soutien des États-Unis aux attaques israéliennes contre les Palestinien·nes.

En 2004, lorsque Hussein al-Houthi commence à canaliser une partie de cette colère dans des sermons et des discours, Saleh réagit en envoyant des troupes à Saada, déclenchant alors une rébellion armée qui s’est poursuivie durant les sept années suivantes. Le mouvement houthiste s’est également appuyé sur des griefs économiques pour se constituer une base, en ralliant des soutiens derrière des accusations de corruption bien fondées à l’encontre de Saleh et de son régime. De fait, l’alliance de Saleh avec les États-Unis a joué un rôle crucial dans la transformation de ce mouvement apolitique de renouveau religieux.

En 2011, le régime de Saleh vacille. L’insurrection des Houthis a joué un rôle dans cette situation, mais elle n’est qu’un élément d’un tableau beaucoup plus large de mécontentement croissant. Dans l’ensemble du Yémen, au Nord comme au Sud, la majorité de la population est confrontée à une aggravation de la pauvreté. Les communautés rurales sont touchées par l’effondrement de l’agriculture, tandis que les travailleurs urbains luttent pour joindre les deux bouts face à la hausse des prix. La révolution de 2011 a été une lutte pour la dignité contre une élite autocratique: elle a rassemblé les populations rurales et urbaines dans un mouvement de masse pour le changement. Mais les espoirs de dignité et de justice ne se sont pas concrétisés. Les Yéménites se sont doté·es d’un nouveau gouvernement qui, soutenu par l’Occident et l’Arabie saoudite, est rapidement devenu très impopulaire, même s’il s’était débarrassé de Saleh. Suite à l’échec de la révolution de 2011, le pays restait divisé et la rébellion houtiste contredisait les plans initiés par les Occidentaux et l’Arabie saoudite. La guerre civile yéménite commençait.

La guerre civile

Les dirigeants du mouvement houthiste se sont alliés à leur ancien ennemi, Saleh, qui bénéficiait encore d’un grand soutien au sein de l’armée. Malgré leurs revendications radicales de lutte contre l’injustice, ils étaient heureux de conclure un accord avec l’ancien dictateur. Leur objectif : lancer une attaque militaire contre le gouvernement soutenu par l’Arabie saoudite à la fin de l’année 2014.

La coalition saoudienne s’est d’abord tournée vers sa puissance aérienne – fournie et soutenue par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France – pour pilonner les infrastructures civiles, massacrer les personnes en deuil lors des funérailles et les invité·es lors des mariages. Le prix payé par les civil·es yéménites fut extrêmement élevé : les Nations unies estiment qu’entre 2015 et 2021, la guerre a tué 377 000 personnes, dont au moins 150 000 sont mortes des suites directes du conflit armé. Les armes fabriquées et fournies par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France sont responsables d’une grande partie de ces destructions.

Cela n’a pourtant pas permis de déloger les Houthis de la capitale yéménite, Sanaa, dont ils avaient pris le contrôle en 2015. L’alliance des Houthis avec Saleh n’était pas un accident, mais elle a mis en évidence le fait que la vision du mouvement en matière de changement se limitait à un processus du haut vers le bas, consistant à remplacer une élite par une autre.

De leur côté, les généraux saoudiens et émiratis se sont alors tournés vers leurs alliés soudanais pour fournir les troupes manquantes. En 2016, jusqu’à 40 000 soldats soudanais combattaient au Yémen, recrutés comme mercenaires dans des régions telles que le Darfour, dans l’ouest du Soudan, grâce à un mélange d’intimidation et de coercition économique. Le président « officiel » yéménite a passé la majeure partie de la guerre en exil en Arabie saoudite, tandis que ses protecteurs saoudiens rivalisaient avec leurs alliés émiratis pour exercer une influence sur l’ensemble fracturé des milices progouvernementales, qui dominaient les zones échappant au contrôle des Houthis. Ainsi, les Émirats arabes unis ont soutenu Aidarous al-Zubaidi, un puissant dirigeant du Mouvement sudiste qui milite depuis 2007 pour la sécession du sud du Yémen par rapport au nord. Al-Zubaidi a pris le contrôle d’Aden en 2017, accentuant encore les divisions au sein de la société yéménite.

La division entre leurs opposants a certainement aidé les Houthis à survivre, mais ce n’est pas tout. La plus grande erreur commise par les responsables saoudiens et émiratis a peut-être été de croire leur propagande selon laquelle les Houthis n’étaient que des marionnettes de l’Iran. En fait, les dirigeants du mouvement ont mobilisé de profonds griefs religieux et sociaux derrière leurs campagnes militaires, en s’appuyant sur une décennie d’expérience de contestation de l’État yéménite avant leur prise du pouvoir en 2015.

Cela dit, le mouvement houtiste n’est pas réellement en mesure d’aider les populations. Les actions contre Israël témoignent du soutien de la société yéménite au peuple palestinien, mais il est clair que le régime houthiste s’en sert pour masquer la perte de légitimité et la colère des populations dans les zones qu’il contrôle. Régulièrement accusé d’être un pantin de l’Iran, il a pourtant sa propre dynamique : la déstabilisation de la zone maritime en soutien à Gaza est de sa propre initiative et, même s’ils reçoivent des équipements du régime iranien, les houthistes ont montré qu’ils étaient capables de déployer leurs propres moyens militaires.

Sans se faire d’illusion sur ce régime qui allie un anti-impérialisme anti-américain à une détestation très antisémite d’Israël, il reste néanmoins que l’action de la coalition validée par l’ONU sous l’égide des États-Unis pour bombarder – encore – ce pays est inadmissible. Les alternatives proposées par les puissances occidentales sont inacceptables pour les Yéménites, qui doivent pouvoir vivre en paix sans ingérence étrangère, sans bombardement et sans guerre civile.

La révolution de 2011 a montré une autre voie possible – démocratique, inclusive et libératrice. Elle a montré aussi que les puissances locales (Arabie saoudite, Émirats) et occidentales (États-Unis, Royaume-Uni et France en tête) n’ont aucun intérêt à l’émancipation des peuples, et ce même au prix de l’une des plus horribles guerres civiles de ce début de siècle.

Dimanche 5 mai 2024

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30 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Frantz Fanon (L’Humanité)

Frantz Fanon (L'Humanité) dans Altermondialisme

Le psychiatre et militant et révolutionnaire Frantz Fanon (1925 – 1961). Photo © DR

Adam Shatz : « Frantz Fanon portait le projet d’un universalisme radical »

Le journaliste new-yorkais consacre au psychiatre, révolutionnaire martiniquais, héros de l’indépendance algérienne, une vibrante biographie, publiée en France à La Découverte. Une fresque qui embrasse, avec la vie d’un homme, tout un siècle de décolonisation et de bouleversements intellectuels et politiques.

Adam Shatz est le rédacteur en chef pour les États-Unis de la London Review of Books. Il collabore régulièrement à la New York Review of Books, au New Yorker et au New York Times Magazine. Il est aussi professeur invité au Bard College et à l’Université de New York. La biographie qu’il consacre à Frantz Fanon, « Une vie en révolutions » (La Découverte, 2024), se lit comme le roman d’une vie, d’un engagement, comme la traversée d’un siècle qui a vu se libérer, avec le soulèvement des peuples colonisés, la moitié de l’humanité.

*L’Humanité.* La biographie intellectuelle que vous consacrez à Fanon tient de la fresque, elle s’inscrit dans l’histoire longue des luttes dont la mémoire a forgé le révolutionnaire ; elle embrasse une vaste géographie transatlantique. Que disent de Fanon ces coordonnées spatiales et temporelles ?

*Adam Shatz.* J’y insiste sur l’aspect pluriel de son trajet. Le titre en anglais est The Rebel’s Clinic ; The Revolutionary Lives of Frantz Fanon et en français, Frantz Fanon, une vie en révolutions. Parce qu’il a pris part à de multiples révolutions, intellectuelles, politiques, philosophiques, telles que la négritude, l’existentialisme, la phénoménologie, l’anticolonialisme, la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, le combat en Afrique.

Je voulais souligner cet aspect multiple de sa vie, de sa recherche de soi-même, son projet de s’ancrer dans des appartenances tout en s’engageant dans les révolutions des autres (1). Cette multiplicité revêt un aspect géographique, parce que Fanon était un nomade et sa pensée en porte la marque. J’y vois un contraste avec son mentor, Aimé Césaire, le poète martiniquais qui est devenu un homme d’État (2), et qui a présidé à la départementalisation de la Martinique.

L’histoire de Césaire est une histoire d’aller et de retour (3) : il vient en France pour poursuivre ses études, il fonde ce mouvement de la négritude avec Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas (4), et il écrit son fameux poème, Cahier d’un retour au pays natal, pendant un séjour en Croatie. Et puis il rentre. Et il ne quitte jamais la Martinique. C’est l’homme qui fait retour vers son propre pays, qui se dédie à l’avenir de son pays. Contrairement à Fanon, l’homme qui quitte son pays pour ne jamais revenir.

*Vous revenez longuement sur les rapports contradictoires de Fanon avec la négritude, sur sa lecture de la revue Tropiques, sur l’admiration qu’il vouait à Léon Gontran Damas. Comment ce mouvement a-t-il contribué à le forger intellectuellement, politiquement ?*

On a tendance à ne retenir de Fanon que sa critique de la négritude. Mais il devait beaucoup à ce mouvement et il est presque impossible de comprendre sa pensée sans comprendre la négritude, un mouvement qui l’a formé. On peut même dire que la négritude l’a sauvé.

C’est un mouvement qu’il découvre en France, au moment où il poursuit à Lyon des études de médecine – pendant la guerre, il avait fait le choix de rejoindre la France libre, or la revue Tropiques a été fondée à peu près au moment où il quittait le pays, il ne se trouvait pas en Martinique lorsque cette révolution intellectuelle a pris corps. Mais c’est dans les pages de Tropiques qu’il découvre les écrivains engagés dans ce mouvement : René Depestre (5), Jacques Roumain (6), René Ménil (7), et bien sûr Damas et Césaire.

Il est alors en France et c’est en France qu’il se rend compte qu’il est noir. Il a grandi à Fort-de-France, dans une famille de la petite bourgeoisie, élevé par des parents socialistes qui cultivaient une certaine révérence pour la République française, pour ses principes d’égalité, de liberté, de fraternité.« Je suis français » : voilà les premiers mots que Fanon a appris à écrire à l’école, où ses professeurs lui enseignaient que les Gaulois étaient ses ancêtres.

Il avait déjà rencontré des tirailleurs sénégalais (8), que son père avait invités un soir à dîner : ils avaient suscité en lui un sentiment de peur mêlée de fascination. Un jour, dans un train, en France – il ne situe pas exactement le lieu de cette scène – un petit garçon l’a regardé avec la même peur, la même fascination en s’exclamant : « Maman, un nègre ! » Cette réaction a provoqué en lui un choc. Jusque-là, il ne s’était jamais pensé comme Noir. Être ainsi regardé comme un objet l’a terrifié, paralysé.

*Il confie en racontant cette scène avoir senti son corps se « disloquer »…*

Exactement. Son corps est alors disloqué, fragmenté, il ne peut pas le recomposer. Dans « L’expérience vécue du Noir », le cinquième chapitre de Peau noire, masques blancs, ce familier de Merleau-Ponty décrit avec les termes de la phénoménologie cette expérience du corps, ce sentiment d’être étranger à soi. Et il se rend compte qu’il lui manque l’anonymat – l’anonymat du corps dont parle Merleau-Ponty – qui est le privilège des personnes non racisées.

C’est là qu’il commence à lire les poètes de la négritude. Il lit d’abord le Sénégalais Léopold Sédar Senghor : c’est de lui qu’il apprend qu’il a un passé, un passé noir glorieux, qu’il y aurait une essence noire éternelle, mystique. Fanon a même baigné un temps dans ce qu’il appellera, en moquerie, l’irrationalité, croyant jouir de pouvoirs poétiques uniques en raison de sa négritude. (…)

www.humanite.fr Par Rosa Moussaoui

 

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29 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Israel ( A l’Encontre )

Israel ( A l'Encontre ) dans A gauche du PS NourShams21mars24
Funérailles de quatre Palestiniens tués par des frappes de drones israéliens dans le camp de réfugiés de Nour Shams, à Tulkarem, en Cisjordanie occupée, le 21 mars 2024. (Wahaj Bani Moufleh/Activestills)

«De la rivière à la mer, Israël mène la même guerre»

Lors d’un entretien à propos de l’économie israélienne avec le journal économique The Marker [membre du groupe Haaretz] en 2012, Benyamin Netanyahou s’est vanté, dans ce qui est devenu depuis une sorte d’expression idiomatique, que «si vous excluez les Arabes et les ultra-orthodoxes, [Israël est] en pleine forme».

Aujourd’hui, le Premier ministre semble affiner encore ce slogan: si l’on exclut tous les peuples, nous sommes en pleine forme.

Netanyahou n’est pas le seul à le penser. Depuis l’attaque du 7 octobre et la guerre d’anéantissement qui s’en est suivie à Gaza, la droite israélienne est euphorique. L’attaque de missiles iraniens il y a deux semaines a encore réussi à détourner notre regard de Gaza, à limiter les critiques internationales sur les crimes d’Israël et même à susciter un regain de sympathie pour l’Etat.

Pendant un moment, les Israéliens ont pu à nouveau se regarder dans le miroir et faire semblant de voir le reflet d’une victime chérie, au lieu d’une brute indisciplinée, vengeresse et meurtrière. Pourtant, la catastrophe qu’Israël inflige à Gaza n’a pas disparu, et une intervention dans la ville de Rafah, si elle était menée à bien, ramènerait probablement les scènes d’apocalypse de Gaza à la une des journaux.

Et lorsque l’attention mondiale reviendra, il est essentiel de ne pas tomber dans la fausse croyance, comme celle épousée par le premier ministre il y a dix ans, selon laquelle Gaza existe dans un univers parallèle, sa destruction se produisant dans le vide. Au contraire, l’assaut contre la bande de Gaza fait partie intégrante de la logique organisationnelle du régime d’apartheid israélien entre le fleuve et la mer – un régime dont de nombreux Israéliens espèrent qu’il restera en «grande forme» après la fin de la guerre.

La classification des Palestiniens en différentes catégories – citoyens d’Israël, résidents permanents de Jérusalem-Est, sujets occupés en Cisjordanie, prisonniers du ghetto de Gaza et réfugiés en exil – est au cœur de la politique israélienne visant à diviser pour mieux régner. Elle nie effectivement l’existence des Palestiniens en tant que peuple unique et constituant un ensemble, tout en les maintenant tous sous la domination suprématiste juive.

Si les Israéliens considèrent ces catégories comme des entités sans lien entre elles, cette démarche ne s’est jamais imposée aux Palestiniens eux-mêmes, dont l’identité nationale ne reconnaît pas ces frontières artificielles, alors même que celles-ci leur imposent des droits et des expériences différents. Ainsi, la catastrophe de Gaza n’est pas perçue à Jaffa, à Naplouse ou dans le camp de réfugiés de Shu’fat [situé à Jérusalem-Est] comme un événement extérieur, mais plutôt comme une blessure directe et intime à un membre du corps politique palestinien. L’inverse est également vrai: les réalités du camp de réfugiés de Jénine, de Jérusalem-Est et d’Umm al-Fahem [ville du district d’Haïfa] ne peuvent être comprises indépendamment de ce qui se passe à Gaza.

Depuis le 7 octobre, Israël mène une guerre totale non seulement contre les habitants de Gaza, mais aussi contre l’ensemble du peuple palestinien. Certes, à Gaza, cette guerre est menée avec une cruauté sans précédent, au point d’être qualifiée de génocide. Mais si nous considérons le régime israélien comme une main à cinq doigts, chacun saisissant une partie différente du peuple palestinien, il devient clair que cette main s’est refermée en une seule poigne de fer.

Alors qu’Israël réduit la bande de Gaza en poussière, il a accéléré le nettoyage ethnique en Cisjordanie à un degré effrayant grâce à la violence systématique de ses soldats en uniforme et de ses combattants officieux, les colons. Les récents pogroms dans des villages comme Douma et Khirbet al-Tawil ne sont pas des aberrations [voir sur ce site notamment l’article d’Oren Zuv publié de 23 avril]. Alors que tous les regards sont tournés vers Gaza, les Palestiniens de Cisjordanie sont soumis à des blocus, à des checkpoints renforcés et à de sévères restrictions de mouvement. Des communautés entières sont expulsées par la terreur des colons qui – avec le soutien de l’armée – se déchaînent sans être retenue en aucune mesure par le gouvernement. En effet, Israël saisit l’occasion de modifier radicalement la réalité démographique de la Cisjordanie. Cela aussi fait partie intégrante de la guerre contre Gaza.

A Jérusalem-Est occupée, Israël a avancé des plans de construction de quelque 7000 unités de logement dans les colonies existantes ou futures de la ville, tandis que la municipalité a accéléré le rythme des démolitions d’habitations palestiniennes. Les checkpoints, qui étranglaient les quartiers palestiniens de la ville au-delà du mur de séparation, ont resserré leur étau. Il en va de même pour la répression violente des résidents palestiniens de la ville, dont des centaines ont été arrêtés depuis le mois d’octobre, certains d’entre eux étant des femmes et des enfants. Des dizaines d’autres ont été placés en détention administrative et beaucoup d’autres encore ont reçu des injonctions les empêchant de se rendre sur le Mont du Temple/Haram al-Sharif, dans la Vieille Ville ou à Jérusalem même.

Les citoyens palestiniens à l’intérieur d’Israël s’affrontent également à une escalade extrême des politiques d’oppression. La hasbara (propagande) israélienne cite souvent ces citoyens comme preuve de l’impossibilité d’un régime d’apartheid, affirmant que les «Arabes israéliens» jouissent de droits égaux et peuvent voter et être élus au parlement. Outre des décennies de discrimination en droit et en pratique, les citoyens et citoyennes palestiniens ont également fait face, depuis le 7 octobre: à des arrestations massives qui ont frappé les personnes exprimant une quelconque solidarité avec leur peuple à Gaza, à la détention de dirigeants politiques pour avoir organisé une manifestation contre la guerre, à la persécution d’étudiant·e·s et de professeurs d’université, au harcèlement de médecins, d’infirmières et d’autres travailleurs du système de santé, et même à des détentions administratives.

Compte tenu de tous ces éléments, il est plus que jamais essentiel de ne pas tomber dans le piège tendu par la politique israélienne qui consiste à diviser pour mieux régner. Il faut voir cette guerre dans son ensemble et dans tous les territoires entre le fleuve et la mer, car tous ces territoires sont marqués par l’apartheid. Si l’on continue à chercher des solutions fragmentées pour chacune des catégories qu’Israël a créées pour les Palestiniens – au lieu de se concentrer sur le régime unique qui les considère tous comme des ennemis – demain, le retour aux bains de sang et à la mort ne sera qu’une question de temps. (Article publié sur le site +972 le 26 avril 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre)

Orly Noy est rédactrice à Local Call, militante politique et traductrice de poésie et de prose en farsi  (Perse, Iranien). Elle est présidente du conseil d’administration de B’Tselem.

Par Orly Noy

https://alencontre.org/

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29 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Gaza (Reporterre)

À Gaza, des activistes dénoncent un crime d'écocide

Agriculture détruite en grande partie, pollution, déchets… À Gaza, des voix s’élèvent pour dénoncer un écocide et demander des poursuites pénales contre Israël.

Beyrouth (Liban), correspondance

À Gaza, des activistes dénoncent un crime d’écocide

Des champs retournés, des arbres déracinés, une terre contaminée au phosphore blanc : à Gaza, l’environnement est la victime silencieuse de la guerre.

À la place des vergers, des plages de sable et des champs de fraise, qui faisaient la fierté des Gazaouis, se dresse un paysage dystopique fait de bases militaires, de cratères et de ruines. « Nous vivons actuellement une catastrophe environnementale qui engendrera d’autres catastrophes à l’avenir », dit Samar Abou Saffia, activiste écologiste gazaouie.

Ses notes vocales, envoyées par WhatsApp à Reporterre, brossent un portrait sombre de la situation sur place. « Plus de 80 000 tonnes de bombes israéliennes n’ont épargné ni les champs, ni les oliviers, ni les citronniers. Ces destructions environnementales accompagnent les massacres et le génocide, dit celle qui vit maintenant sous une tente à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Lorsque les chars d’assaut pénètrent sur nos terres, ils en détruisent également la fertilité. »

Après l’attaque du Hamas du 7 octobre dernier, l’offensive israélienne à Gaza entre dans son huitième mois, tuant plus de 34 000 Gazaouis et faisant 77 000 blessés. Alors que plus de la moitié de la population de Gaza est au bord de la famine, des voix s’élèvent pour critiquer la destruction de l’environnement et de la production alimentaire à Gaza.

Une guerre contre l’environnement

« L’environnement n’est pas juste un dommage collatéral, mais bien une cible de l’armée israélienne », affirme Lucia Rebolino, coautrice d’une étude de Forensic Architecture, un collectif qui travaille avec des données satellites en open source.

« Des bulldozers rasent des champs et vergers pour dégager une zone tampon de plus de 300 mètres de profondeur » le long de la frontière au nord entre Israël et la bande de Gaza, explique-t-elle à Reporterre. « L’armée y construit des digues, des monts en terre, afin de protéger ses tanks et de dégager la vue. »

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À gauche, les terres cultivées à Gaza en 2023 ; à droite, les zones ciblées par Israël au 19 février 2024. © Forensic Architecture

Les chiffres de son étude parlent d’eux-mêmes : sur les 170 km2 de terres agricoles que comptait Gaza avant la guerre — soit la moitié du territoire —, 40 % auraient été détruites. 2 000 sites agricoles, dont des fermes et des serres, ont été bombardés. Le nord de Gaza étant le plus touché, avec 90 % de ses serres disparues.

Une étude conjointe menée par l’Organisation des Nations unies (ONU), la Banque mondiale et l’Union européenne estime à plus de 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) les dommages causés à l’agriculture, aux aires naturelles et aux infrastructures de traitement des déchets — sans même compter la restauration et la reconstruction de l’environnement.

« Guerre herbicide »

Ces destructions sont partie intégrante d’une stratégie israélienne affirmée depuis une dizaine d’années, explique Lucia Rebolino. Lors des guerres de 2014 et 2021, Israël avait également pris des installations agricoles pour cibles, mais à moindre échelle.

« Nous avons régulièrement observé des avions israéliens larguer des herbicides sur des zones agricoles frontalières au début et à la fin des saisons de récolte de 2014 à 2019, profitant de vents favorables pour toucher le maximum de surface », témoigne-t-elle. Forensic Architecture a publié plusieurs rapports sur cette « guerre des herbicides », qui aurait ainsi détruit les moyens de subsistance de nombreux agriculteurs.

Un autre exemple frappant, plus au sud, est la réserve naturelle de Wadi Gaza, rivière dont les berges ont été nettoyées à grands frais par des ONG internationales quelques mois avant la guerre. « C’était redevenu une région pleine de vie et d’agriculture, dotée de bonnes infrastructures, dit Samar Abou Saffia dans une note vocale. Maintenant, tout est détruit et il est interdit aux Palestiniens d’y entrer, c’est très dangereux. » La zone est traversée par une route militaire qui sépare Gaza en deux, un no man’s land de terre déblayé à coups de bulldozers et devenu un champ de bataille.

Pollution de l’eau, de l’air, des sols

Outre les objectifs militaires israéliens, la guerre génère une pollution importante. Les émissions de gaz à effet de serre générées au cours des deux premiers mois de la guerre à Gaza ont été plus importantes que l’empreinte carbone annuelle de plus de vingt des nations les plus vulnérables au climat dans le monde, selon une étude anglo-américaine. Elle équivaudrait ainsi à la combustion d’au moins 150 000 tonnes de charbon. De quoi enfoncer la région encore plus profondément dans la crise climatique.

L’ONU estime en outre que les bombardements ont créé 37 millions de tonnes de débris. « C’est plus que toute l’Ukraine en deux ans », souligne Wim Zwijnenburg, chercheur sur les effets des conflits sur l’environnement à PAX, une organisation néerlandaise. Or, les dangers sont multiples : contamination à l’amiante et aux métaux lourds, poussières et particules fines, déchets toxiques des hôpitaux et industries, les maladies propagées par les corps en décomposition… « Comment va-t-on disposer de tous ces débris, alors qu’il n’y a aucune infrastructure de tri des déchets encore debout ? »

Alors que la majeure partie des infrastructures publiques sont détruites, des décharges improvisées ont vu le jour un peu partout dans la bande de Gaza. « Grâce aux images satellites, on peut observer comment des milliers de polluants infiltrent les sols et les eaux souterraines, et même comment des fumées toxiques rendent l’air irrespirable », explique-t-il. En parallèle, plus de 130 000 m3 d’eaux usées seraient déversés chaque jour dans la mer Méditerranée, causant d’importants dégâts pour la faune et flore sous-marine, avertit l’ONU.

Accusations d’écocide

Des organisations accusent Israël de commettre un génocide doublé d’un écocide. « La destruction de la terre est une pratique génocidaire systématique au même titre que la destruction de la production alimentaire, des écoles, des hôpitaux », affirme ainsi Lucia Rebolino, de Forensic Architecture.

Pour Saeed Bagheri, conférencier en droit international humanitaire à l’université de Reading, en Angleterre, la réponse est moins tranchée. « Du point de vue juridique, l’écocide n’a pas de définition claire. La Convention de Genève et le Statut de Rome listent des crimes de guerre contre l’environnement et les civils, mais encore faut-il pouvoir remplir leurs critères », explique-t-il à Reporterre. La discussion entre juristes porte sur la notion de proportionnalité. « En vertu du droit international, même si l’on admet qu’Israël a le droit de se défendre en attaquant le Hamas, l’environnement naturel ne peut être pris pour cible, sauf nécessité militaire impérative ».

« Récupérer nos terres et rétablir nos sols, nos nappes phréatiques et notre mer »

C’est donc ainsi que l’armée israélienne tente de se justifier. « Le Hamas opère souvent à partir de vergers, de champs et de terres agricoles, explique ainsi un porte-parole, cité par le Guardian. L’armée ne porte pas intentionnellement atteinte aux terres agricoles et s’efforce d’éviter tout impact sur l’environnement en l’absence de nécessité opérationnelle. »

Mais, pour Saeed Bagheri, « le principe d’humanité prime sur tout le reste, c’est-à-dire l’obligation de ne pas causer de souffrances inhumaines et évitables » aux civils et à l’environnement. Et c’est là qu’Israël pourrait être poursuivi devant la Cour pénale internationale ou la Cour internationale de justice. « Dans tous les cas, il doit y avoir une enquête », affirme le juriste.

Signe de la gravité de la situation, l’ONU a ouvert une enquête sur la destruction de l’environnement. Ces démarches prendront du temps, et il faudra attendre la fin de la guerre pour en connaître les conclusions.

C’est aussi ce qu’attendent les Gazaouis, piégés dans une dystopie sanglante. « Je souhaite seulement que la guerre prenne fin pour que nous puissions récupérer nos terres et rétablir nos sols, nos nappes phréatiques et notre mer, qui ont été détruits par les Israéliens », soupire Samar Abou Saffia.

Philippe Pernot 29 avril 2024

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28 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Gilbert Achcar (Le Monde Diplo)

Gilbert Achcar (Le Monde Diplo) dans Altermondialisme achcar

Cette nouvelle guerre froide, pour ne pas la nommer

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27 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Palestine (Médiapart)

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18 avril 2024 ~ 0 Commentaire

Australie ( The Conversation)

Australie ( The Conversation) dans Altermondialisme

« Trop de bébés aborigènes » : l’histoire secrète du contrôle de la population aborigène en Australie dans les années 1960-1970

En 1967, lors d’un référendum, les Australiens ont répondu oui à la question de savoir si les individus appartenant aux peuples aborigènes (également connus sous l’expression « Premières Nations ») devaient être pris en compte lors des recensements.

Ce référendum reste célébré à ce jour comme une date clé pour la reconnaissance de ces personnes et leur accession à une citoyenneté pleine et entière. Mais lorsque ces décomptes ont été effectués, de nombreux experts blancs ont estimé que la population aborigène augmentait trop rapidement et ont pris des mesures pour stopper cette croissance. En cette deuxième moitié de 20e siècle, des pratiques relevant de l’eugénisme allaient être mises en œuvre en Australie.

Les femmes autochtones ont alors été visées par des programmes gouvernementaux secrets de planification familiale, officiellement conçus pour promouvoir le « choix » d’avoir ou non des enfants, mais destinés en réalité à réduire leur fécondité.

Pendant des décennies, les communautés indigènes ont dénoncé les pratiques coercitives mises en œuvre par des fonctionnaires et des experts médicaux en matière de contrôle des naissances et de stérilisation. Aujourd’hui, les historiens trouvent des preuves de ces pratiques en examinant les archives du gouvernement datant des années 1960 et 1970.

L’histoire du contrôle des naissances n’est pas seulement celle de l’émancipation des femmes. Elle est aussi l’histoire de la façon dont les autorités ont employé le contrôle des naissances afin de façonner la population en favorisant le « bon type » de bébés. La naissance d’enfants de couleur, d’enfants handicapés ou d’enfants nés dans des familles pauvres a, à divers moments de l’histoire, été considérée comme un problème qu’il fallait juguler.

Le combat pour le droit à avoir des enfants et à les élever

Des universitaires spécialistes des Premières Nations comme Jackie Huggins et Aileen Moreton-Robinson ont montré à quel point il était erroné et partiel de considérer l’histoire du contrôle des naissances exclusivement du point de vue de l’émancipation féminine. Toutes deux ont démontré que, tandis que les femmes blanches étaient nombreuses à exiger d’avoir accès à la contraception et à l’avortement, les femmes autochtones étaient tout aussi nombreuses à se battre pour leur droit d’avoir et d’élever leurs enfants.

Ce combat a commencé dès le début de la colonisation. La population aborigène s’est effondrée au cours du 19e siècle, sous l’effet des maladies et des violences dont elle était l’objet : à cette époque, l’existence même des peuples autochtones était en danger.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, l’Australie blanche considérait globalement que les Aborigènes étaient une « race en voie d’extinction » et que la seule attitude à adopter à cet égard était de faire en sorte que, au moins, « le mourant dispose d’un oreiller confortable » – d’où la mise en place de missions et de politiques « protectionnistes ». Plus tard, ces tentatives ont évalué : il s’agissait désormais, dans la mesure du possible, d’assimiler les survivants au sein de l’Australie blanche.

Dans les années 1920 et 1930, en particulier, de nombreux Australiens blancs étaient préoccupés par la naissance d’enfants dits « métis », craignant que ceux-ci ne compromettent l’émergence de l’Australie blanche qu’ils appelaient de leurs vœux. Des politiques eugénistes interdisant le mariage entre les représentants des Premières Nations et les non-Indigènes ont tenté d’empêcher la naissance de ces enfants.

La plupart des Australiens connaissent aujourd’hui les ravages causés par les politiques génocidaires d’enlèvement d’enfants qui ont créé les fameuses générations volées. Mais ils sont moins nombreux à savoir que les pratiques eugénistes visant à limiter les populations aborigènes se sont poursuivies dans la seconde moitié du 20e siècle.

L’augmentation de la population autochtone

Lorsque les résultats du recensement de 1966 ont été publiés en novembre 1967, ils ont révélé que la population aborigène connaissait une augmentation rapide. D’autres rapports attestant de la croissance de cette population n’ont pas tardé à être produits.

En août 1968, le Canberra Times a rapporté que le taux de natalité des Aborigènes était « deux fois supérieur à la moyenne australienne » et que le taux de natalité des « Aborigènes pur sang » allait bientôt « égaler ou dépasser celui des « partiellement aborigènes ».

 dans Anticolonialisme
École maternelle de Bamyili, 1969. Tschirner Collection, Libraries and Archives NT.

L’ethnopsychiatre de l’université de Nouvelle-Galles du Sud John Cawte a alors prévenu que la population aborigène était « en augmentation dans certains endroits et en explosion dans d’autres ». De son côté, dans une lettre envoyée en 1969 au Courier Mail, John Francis, professeur de médecine préventive à l’université du Queensland, a prédit que la population aborigène s’élèverait à 360 millions de personnes en 2200 si les taux de natalité constatés à la fin des années 1960 se maintenaient au cours des générations suivantes.

De même, Jarvis Nye, co-fondateur de la prestigieuse Brisbane Clinic, a décrit la « situation alarmante de la qualité de nos jeunes Australiens ». Constatant que les Aborigènes ont « des familles beaucoup plus nombreuses que nos citoyens européens et asiatiques, lesquels sont intelligents et prévoyants », Nye préconisait de donner aux Aborigènes « des instructions en matière de contraception » et de leur fournir gratuitement des dispositifs intra-utérins (stérilets), et aussi de faciliter leur stérilisation.

En 1969, l’inquiétude suscitée par le taux de natalité des Aborigènes a pris une dimension politique nationale. Douglas Everingham, député de Capricornia (et plus tard, de 1972 à 1976, ministre de la Santé du gouvernement Whitlam), a estimé que le taux de natalité des Aborigènes était « excessif », suggérant la « solution » de la stérilisation gratuite.

Ces préoccupations portaient en particulier sur la mortalité infantile des Aborigènes, souvent attribuée à un taux de natalité élevé. Les universitaires Leonard Broom et F. Lancaster Jones ont constaté que la mortalité infantile des Aborigènes était en moyenne deux fois plus élevée que celle des enfants blancs. Dans le centre de l’Australie, elle était même « dix fois supérieure à celle des Australiens blancs »“.

Pourtant, ont-ils souligné, malgré cette mortalité infantile élevée, la population autochtone continuait d’augmenter. Préoccupé par la croissance globale de la population autochtone (et pas seulement par la mortalité infantile), Francis a déploré la fourniture aux communautés autochtones de services qui réduisaient la mortalité infantile sans s’accompagner dans le même temps de mesures parallèles visant à réduire la fécondité.

Le « planning familial » dans les communautés isolées

En juillet 1968, la Direction de la protection sociale de l’administration du Territoire du Nord et le ministère de la Santé ont présenté leurs plans pour les femmes aborigènes.

Des projets pilotes s’attaqueraient aux « problèmes particuliers » supposés de l’éducation en matière de planning familial « chez les Aborigènes non sophistiqués vivant dans des régions reculées ». Le ministre a prévenu qu’il s’agirait d’un sujet « sensible ». Il n’ignorait pas que les communautés aborigènes affirmaient que le planning familial était, selon les termes qu’il a employés, « un complot des Blancs visant à éliminer la race aborigène ».

Les projets de « planning familial » se sont donc poursuivis tranquillement sous l’égide du ministère de la Santé et de l’administration du Territoire du Nord, avec des projets pilotes dans les colonies et les missions.

L’un de ces projets a débuté à Bagot en janvier 1968, avec les premiers rendez-vous pour la pose de stérilets. En 1968, un « projet pilote » de planification familiale a été mis en place à la colonie de Warrabri. Un autre a été lancé en 1969 à l’hôpital de Bagot. Le responsable de l’aide sociale du district a indiqué qu’à Bamyili (aujourd’hui Burunga), « dans deux de ces cas sociomédicaux seulement, une forme de persuasion directe a été employée ».

On ignore ce que recouvre exactement l’expression « persuasion directe », mais elle indique que les femmes autochtones étaient directement encouragées à contrôler leur fécondité si elles ne faisaient pas le « choix » que les fonctionnaires blancs voulaient qu’elles fassent.

En ce qui concerne la méthode de contraception, les praticiens et les bureaucrates préféraient de loin les stérilets. Un stérilet est durable et, surtout, il ne dépend pas d’une utilisation quotidienne correcte. Le personnel a reconnu les difficultés logistiques des procédures de pose de stérilets dans les régions isolées. La préférence des professionnels de la santé pour les stérilets s’explique par leurs hypothèses sur la capacité et la volonté des femmes autochtones, plutôt que par les préférences exprimées par les femmes elles-mêmes.

Le directeur de l’aide sociale dans le Territoire du Nord, Harry Giese, a évalué le succès des projets de « planning familial » en fonction du pourcentage de femmes aborigènes qui avaient adopté la contraception – et non en comptant la proportion de celles qui avaient eu la possibilité de faire un choix en connaissance de cause. En 1972, environ 250 femmes sur 4 500 (5,5 %) participaient à un programme de planification familiale.

Quel « choix », au juste ?

Ces femmes avaient-elles donc le « choix » de leur fertilité ? Les archives du gouvernement nous donnent peu d’informations sur ce qu’elles comprenaient des procédures médicales qui leur étaient « recommandées ». Mais ces « recommandations » et « encouragements » ont été présentés aux femmes à une époque où le directeur de l’aide sociale contrôlait encore les détails intimes de leur vie quotidienne.

C’est lui qui décidait où elles travaillaient, si elles pouvaient voyager, qui elles épousaient, où leurs enfants étaient éduqués et – ce qui est peut-être le plus important – si elles conservaient la garde de leurs enfants. Toutes ces décisions relevaient de l’autorité du directeur de l’aide sociale.

Le « choix » des femmes autochtones en matière de fécondité s’inscrivait donc, de fait, dans un contexte où elles n’étaient pas libres d’élever leurs enfants, où la maternité autochtone était régulièrement dénigrée et où des « experts » blancs affirmaient ouvertement qu’il y avait « trop de bébés autochtones ».

Les politiques de planning familial étaient, on le voit, coercitives. Mais il y a un autre aspect, plus encourageant, dans cette histoire.

À cette époque, les autochtones ont été de plus en plus nombreux à s’installer dans les villes. Ils y ont trouvé des occasions de créer des réseaux, de s’organiser et de devenir des activistes.

Dans les années 1970, la dirigeante aborigène Shirley Smith a plaidé pour que le financement gouvernemental du planning familial soit géré par le Aboriginal Medical Service. Les financements ont été progressivement transférés à l’Aboriginal Medical Service tout au long des années 1970. Les dirigeants des Premières Nations, comme Marcia Langton, ont travaillé par l’intermédiaire de ce Service, pour redonner aux femmes autochtones leur pouvoir et leur dignité.

Et aujourd’hui ?

Mais où en est aujourd’hui le droit des femmes des Premières Nations à materner leurs enfants ?

Aujourd’hui encore, la proportion d’enfants issus des Premières Nations placés hors du foyer familial est choquante : 43 % des enfants placés hors du foyer familial sont indigènes. Si bien qu’il est possible de dire que nous sommes témoins d’une nouvelle « génération volée ».

Les femmes des Premières Nations continuent de prendre leurs décisions en matière de fécondité dans un contexte où le retrait d’enfants, ainsi que la violence domestique, demeurent élevés ; dès lors, nous devons nous demander à quel point le « choix » dont elles disposent est réel.

Compte tenu de la longue histoire des politiques eugénistes et discriminatoires en Australie, il est particulièrement important que les membres des Premières Nations puissent accéder à des soins de santé contrôlés par leur communauté et reflétant les approches holistiques des Premières Nations en matière de santé – en particulier lorsqu’il s’agit de la santé des femmes.

Les soins de santé pour les femmes des Premières Nations, gérés par et pour les Premières Nations, constituent le meilleur contexte pour que ces femmes puissent prendre leurs propres décisions en matière de fertilité. En tout état de cause, et malgré les efforts que le gouvernement a longtemps consacrés à réduire la population autochtone, nous constatons aujourd’hui que plus de personnes que jamais s’identifient comme indigènes – et la population des Premières Nations continue de croître.

17 avril 2024

https://theconversation.com/

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18 avril 2024 ~ 0 Commentaire

LFI ( Ouest France)

How did a Palestine poster become a symbol of resistance?

Commentaire: Effectivement les pro-palestiniens n’écrivent pas « Israel » sur les posters de Palestine, comme ici « Visit Palestine »

Conférence sur la Palestine : on vous résume la polémique qui touche la France insoumise

Mercredi 17 avril 2024, l’université de Lille a décidé d’annuler une conférence contestée sur la Palestine animée notamment par Jean-Luc Mélenchon. L’événement dénoncé par plusieurs opposants, se tiendra finalement dans un autre lieu ce jeudi. On vous résume l’affaire en trois questions.

La France insoumise et son fondateur Jean-Luc Mélenchon sont au cœur d’une polémique depuis ce mercredi 17 avril. En cause, l’annulation d’une conférence que devaient donner le leader du parti d’extrême gauche ( La LFI rejette cette qualification, c’est pas comme nous Blog) et la candidate LFI aux élections européenne Rima Hassan sur la Palestine à l’université de Lille (Nord), un jour avant sa tenue.

La France insoumise a annoncé maintenir cette conférence mais dans un autre lieu de la ville, et sera diffusée sur Youtube à partir de 19 h, a annoncé Jean-Luc Mélenchon sur X (ex-Twitter). Raisons de cette annulation, réactions de la France insoumise et positions de leurs opposants… On vous résume cette polémique en trois questions.

Qu’est-ce qui a déclenché la polémique ?

Mercredi 17 avril, l’université de Lille annonce l’annulation d’une conférence qui devait se tenir en son sein. L’ancien candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon et la militante franco palestinienne et candidate sur la liste LFI aux européennes Rima Hassan devaient s’y exprimer.

« Les conditions ne sont plus réunies pour garantir la sérénité des débats » en raison de la montée « préoccupante » des tensions internationales après « l’escalade militaire intervenue les 13 et 14 avril au Moyen-Orient », explique l’université dans un communiqué.

Cette annulation fait suite à celles d’autres conférences où les membres du parti d’extrême gauche étaient invités. Mercredi 10 avril 2024, Jean-Luc Mélenchon devait animer une réunion publique à l’université de Rennes-II avec Emma Fourreau, 9e sur la liste de la France insoumise aux européennes. Mais après la réception d’un e-mail « islamiste » menaçant, la direction de l’université décide d’annuler l’événement. En octobre dernier, l’université de Bordeaux avait elle aussi annulé une conférence pour des « risques de troubles à l’ordre public ».

Pourquoi cette conférence était-elle contestée ?

Plusieurs élus réclamaient déjà l’interdiction de l’événement. Au centre des reproches, une association étudiante, Libre Palestine, à l’initiative de la conférence et dont le logo montre un territoire englobant Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Pour Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste et de Place publique aux élections européennes, c’est une manière de « nier l’existence de l’État d’Israël ».

Pour Xavier Bertrand président de la région Hauts-de-France (Les républicains), « ce meeting politique, déguisé en conférence aux relents antisionistes, n’avait pas sa place dans une université française ». Éric Ciotti, patron du parti LR, a salué une annulation devenue « indispensable » car cette conférence « attise un conflit et l’importe sur le territoire national ».

Comment a réagi la France insoumise ?

La France insoumise a rapidement annoncé que la conférence serait déplacée dans « un autre lieu » de Lille, communiqué aux inscrits. Ce jeudi, Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan ont confirmé sur X le maintien de cette conférence dans un autre lieu de la ville, et sa diffusion en direct sur Youtube à partir de 19 h.

« Nous ne nous tairons pas », a affirmé le parti dans un communiqué, dénonçant « l’instrumentalisation de cette conférence par des partisans du soutien inconditionnel au gouvernement Netanyahou ». « La présidence de l’université qui se montre incapable de résister aux pressions qui s’attaquent à la liberté d’expression », ajoute le communiqué.

Jean-Luc Mélenchon s’est indigné sur le réseau social X (ex-Twitter), partageant sa « tristesse de voir à Lille une université se dire victime de pressions et y céder ». « Il aura suffi que le PS Jérôme Guedj dénonce le logo de l’association étudiante et qu’une députée macroniste appelle à créer des désordres pour anéantir la liberté universitaire et ses garants se coucher sans résistance. »

18/04/2024

https://www.ouest-france.fr/

 

 

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