Archive | Anticolonialisme

13 mai 2019 ~ 0 Commentaire

festival de douarnenez

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12 mai 2019 ~ 0 Commentaire

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La trajectoire déplorable du stalinisme sud-africain

En décembre dernier, le syndicat de la métallurgie (Numsa) a tenu un congrès de rupture avec la centrale historique Cosatu en lui faisant procès d’appuyer la politique libérale de la coalition au pouvoir formée par l’ANC et le Parti Communiste.

Ce 11 février, la direction du Cosatu prend acte de cette rupture et met à son ordre du jour l’expulsion du syndicat dissident. Dans cette déclaration, un argument se singularise particulière-ment pour entériner la scission sans autre tentative de maintenir l’unité syndicale : le Numsa a décidé de suspendre son versement financier au profit du Cosatu … et du Parti Communiste.

Un étrange attelage

L’arrivée au pouvoir de l’ANC en 1994 se fit sous couvert d’une « coalition » avec le Parti Communiste sud-africain et la centrale syndicale majoritaire Cosatu. L’acceptation de cet assemblage par la classe dirigeante blanche et ses soutiens internationaux semblaient se justifier par le haut niveau de conflictualité sociale qu’avait connu le pays depuis la fin des années 1970.

Les longues années de négociations qui avaient précédé avaient donné le temps nécessaire aux protagonistes pour se mettre d’accord sur le fond, sur le système économique, sur le maintien de la propriété industrielle, sur un programme de « reconstruction ».

Mais il fallait donner le change aux populations noires au nom de la « révolution démocratique » et même du socialisme, terminologie massivement utilisée dans les luttes ouvrières et celles des townships. En proclamant l’existence d’une coalition tripartie dans laquelle le syndicat et le PC proclamaient haut et fort leur attachement au socialisme, l’illusion était garantie.

Toutes formes de coalition peuvent exister.

Mais celle-ci a sa singularité : le PC est financé par les syndicats. Les locaux du parti sont situés dans l’immeuble du Cosatu et payés par celui-ci. L’osmose entre directions syndicales et état-major du PC est totale, le tout sous le parapluie bienveillant de l’ANC et donc aussi du gouvernement, qui profitent de ce lien organique avec la « classe ouvrière » et « son parti ».

Le calcul se révéla très vite faisandé. En quelques mois, la corruption a englouti dirigeants syndicaux et cadres du PC. On ne comptait plus les anciens secrétaires généraux devenus businessmen, dirigeants de fonds de pension ou heureux acquéreurs d’actions minières.

Mais le souffle de la liberté et l’espoir né des luttes précédentes limitaient la lucidité du plus grand nombre. Il fallut attendre le remplacement de Mandela par Mbeki et surtout l’arrivée de Zuma à la présidence pour que les faits s’imposent à une part importante de la population. Ce qu’a reflété au demeurant la décision de rupture du Numsa.

L’affaire est en train de mal tourner et c’est une chance.

Trop c’est trop dans un pays voué aux politiques libérales. Il est de plus en plus difficile de prétendre gouverner au nom du peuple et des opprimés, notamment après l’assassinat par la police de 34 mineurs grévistes à Marikana en 2012. Tout le montage bureaucratique prend l’eau. Avec le départ du Numsa, d’autres vont suivre. Mais comment en est-on arrivé là ? L’histoire est ancienne et se confond avec celle du stalinisme.

Une longue trajectoire stalinienne

Le PC sud-africain a été fondé en 1921. Très vite, il s’attachera aux thèses politiques stalinien-nes. Durant trente ans, il est pour beaucoup composé de blancs mais pas exclusivement. Quand, après la seconde guerre mondiale, les luttes d’émancipation prennent leur essor un peu partout dans le monde, il se rapproche du mouvement nationaliste noir, l’African National Congress.

Au point de mordre sur ses rangs et d’influencer son élaboration politique. Plusieurs thèmes vont être ainsi transférés du PC vers l’ANC. D’abord, au début des années 1960, c’est la décision très discutable de la « lutte armée » (avec sa part de mimétisme du modèle algérien entre autres).

Ce choix, qui se réduisit très vite à une simple propagande armée (pose d’explosifs ici ou là essentiellement), avait deux conséquences qui intéressaient directement Moscou dans cette région (tout près des luttes armées du MPLA en Angola et du Frelimo au Mozambique) : d’une part se positionner comme pourvoyeur d’armes et d’autre part comme prestataire d’entraînement militaire et politique dans les camps situés à l’extérieur de l’Afrique du Sud et nourris par une exfiltration constante de militants venant de l’intérieur.

Le second apport, si l’on peut dire, de Moscou via le PC fut celui de la théorie du « colonialisme d’un type spécial », sorte de mouture locale de la théorie de la « révolution démocratique ».

Puisque l’Afrique du Sud n’était, selon le PC, qu’un pays colonial tardif, avec toutefois la présence d’une réelle classe dirigeante blanche locale, il fallait d’abord combattre pour un État démocratique, débarrassé de ses lois raciales, avant de poser la question sociale. La Charte de la Liberté, le programme de l’ANC, était dans cette ligne, même si elle pouvait apparaître plus radicale à certains égards en posant la revendication des nationalisations et de la réforme agraire.

Quand le mouvement de masse repartit à l’offensive au tout début des années 1980, le PC était devenu peu ou prou une sorte de poisson pilote de l’ANC principalement dans les bases extérieures en Angola, en Zambie, à Londres.

Mbeki, futur président, fut par exemple membre de son comité central.

Le PC se posait en représentant, unique évidemment, de la « classe ouvrière » au sein du futur dispositif démocratique. C’est au nom de ce monopole prolétarien qu’il monta en première ligne, entre 1982 et 1986, pour dénoncer (déjà à l’époque) les syndicalistes indépendants qui osaient défier la ligne de l’ANC en défendant une perspective socialiste et l’idée d’un parti des travail-leurs sous l’influence de l’exemple brésilien. « Économicistes », « gauchistes », « révolution-naires de salon » constituaient l’arsenal de caractérisations du PC à propos de ces syndicalistes.

Mais les choses de gâtèrent car le mouvement populaire prenait de l’ampleur.

Le syndicalisme sud-africain renaissant gagnait en influence en posant la question de l’exploita-tion sociale des Noirs. Le PC fit alors un virage radical pour se présenter comme le défenseur du socialisme. S’autoproclamant l’unique parti d’avant-garde et représentant du prolétariat, il couvrait ainsi le flanc gauche de l’ANC alors que se multipliaient les grèves dans les mines et les entreprises.

Or, l’ironie voulut que ce virage opportuniste soit pris alors que commençaient les négociations entre Mandela en prison, l’ANC en exil et les grands patrons sud-africains, dans un environnement mondial marqué par la perestroïka de Gorbatchev et les grandes négociations Est-Ouest.

Le PC joua alors un rôle peu reluisant.

À l’intérieur, une campagne de boycott scolaire était lancée avec pour mot d’ordre « pas d’éducation sans libération ». Ce mouvement, différemment encadré selon les lieux, pris très vite un cours très anarchique et de nombreux parents commencèrent à renâcler en voyant leurs jeunes enfants partir ainsi à l’assaut du système dans un très grand désordre politique et organisationnel.

Le PC lui adoptait alors une propagande totalement délirante : parlant de « zone libérées » et de double pouvoir, évoquant l’existence de tribunaux populaires dans les quartiers… Étrange positionnement, alors qu’il était investi dans des négociations au sommet visant tout bonnement à mettre en place une transition pacifiée, très éloignée même des revendications de la fameuse Charte de la Liberté.

La fin d’une histoire

C’est dans ce contexte que le PC accéda au pouvoir au côté de l’ANC, avec moult adhésions croisées entre les deux structures. Il participait d’un côté aux compromis avec le patronat et l’ancien parti au pouvoir et se prévalait, de l’autre, du souffle socialiste né du mouvement populaire des années 1980.

Et il apportait avec lui le contrôle total de la direction du Cosatu. Le PC autoproclamait le lien indéfectible et organique entre le « parti d’avant-garde » du prolétariat et le syndicat. Raison de plus, n’est-ce pas, pour se faire financer par les cotisations syndicales ! Cette posture hautement stalinienne, bureaucratique et corruptive est désormais en crise ouverte.

Mais la direction du Numsa, désormais sortie de ce piège, aurait tout intérêt à ne pas reproduire le même schéma, entre le futur parti ouvrier qu’elle appelle à construire et la recomposition syndicale en cours.

Elle doit elle-même tirer les leçons de son histoire récente, ne pas simplement l’expliquer par la trahison du PC et de la direction du Cosatu. Une évaluation poussée des phénomènes bureau-cratiques est nécessaire, ainsi que du lien soi-disant organique entre parti et syndicat. Attention aux auto-proclamations « marxistes-léninistes » quand on dirige des centaines de milliers d’ouvriers ayant peu de rapport avec l’histoire du communisme européen !

Pour l’heure, la direction du Numsa invite les forces – que nous pourrions qualifier de gauche radicale – à discuter de l’avenir et de la reconstruction d’un mouvement ouvrier. Elle le fait sans sectarisme, même si la frontière entre syndicat et parti reste très vague dans ses écrits.

Elle n’appellera donc pas à voter pour la coalition au pouvoir et cesse de financer le PC. Tout le monde s’accorde à dire que l’ANC sortira vainqueur mais d’une courte tête cette fois-ci, tant est forte la désillusion et donc l’abstention.

Cette rupture est un événement d’une grande ampleur qui se cumule avec le massacre de Marikana. Quelle que soit sa dynamique future, elle illustre la fin annoncée, lamentable et affligeante, d’un parti stalinien.

Claude Gabriel 13 février 2014

http://www.inprecor.fr/

Lire aussi:

Parti communiste sud-africain (Wikipedia)

Sur « Amandla » (Inprecor)

« Amandla » journal alternatif

NUMSA May Day Statement: South African miners union to launch socialist revolutionary party this year (ESSF)

Afrique du Sud: les permanences d’un Etat d’apartheid et la rupture (A l’Encontre)

L’Afrique du Sud après l’apartheid : les dilemmes du Parti communiste (Alter Québec)

APDUSA. Point de vue d’extrême gauche sur la situation politique en Afrique du Sud (RP)

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10 mai 2019 ~ 0 Commentaire

armements (npa)

yemen

Course aux armements, capitalisme mondialisé et montée du militarisme

L’année passée a vu les dépenses militaires mondiales augmenter de 2,6 %, pour atteindre 1 620 milliards d’euros, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), qui a publié ces chiffres la semaine dernière.

En hausse pour la deuxième année consécutive, ce budget atteint ainsi son plus haut niveau depuis 1988. Une nouvelle démonstration qu’après la chute du mur et l’effondrement de l’URSS, le triomphe, à l’échelle mondiale, du capitalisme, du marché et de la concurrence effrénées, ne pouvaient déboucher que sur une instabilité et des ­tensions exacerbées.

America first !

Avec une augmentation de 4,6 %, les États-Unis représentent à eux seuls 36 % de ces dépenses, suivis par la Chine (14 %, en hausse de 83 % depuis 2009). La France arrive en cinquième position avec un budget de 57,16 milliards d’euros. Elle passe devant la Russie (54,5 milliards)…

En 2018, les États-Unis ont dépensé plus de deux fois et demi le budget militaire de la Chine, et plus de dix fois celui de la prétendue grande menace que représenterait la Russie. 

Alors que leur poids dans l’économie mondiale diminue, les USA entendent bien rester la première puissance militaire, main dans la main avec leur allié, l’Arabie saoudite, qui occupe le troisième rang avec 60,5 milliards d’euros. Sans oublier Israël… Depuis plus de quatre ans, l’Arabie saoudite mène sa sale guerre contre le Yémen avec des armes fournies par les USA et la France contre une population sans défense, semant la mort et la famine. Les dépenses militaires au Moyen-Orient ont augmenté de 6,2 %, et représentaient 5,2 % du PIB de la région, alors que dans aucune autre région du monde elles ne dépassent 1,8 % du PIB.

Instabilité et tensions mondiales

Après le Moyen-Orient, c’est en Asie que les tensions militaires sont le plus fortes. La guerre commerciale des USA contre la Chine se double d’une compétition militaire. La Chine est désormais sur ce terrain aussi la deuxième puissance mondiale. L’Inde vient en quatrième position avec 3,1 % de hausse pour atteindre 59 milliards d’euros.

Boostés par la pression des USA par le biais de l’Otan – dont les 29 membres ont réalisé la moitié des dépenses mondiales l’an dernier – face à la Russie, plusieurs pays d’Europe ont aussi fortement augmenté leurs dépenses, comme la Pologne (+ 8,9 %) ou l’Ukraine (+ 21 %).

À l’opposé, les dépenses militaires des pays africains continuent de baisser pour la quatrième année consécutive. Elles représentent 2,2 % des dépenses militaires mondiales. Le Nigeria et l’Afrique du Sud (18 % de hausse) y sont les principales puissances militaires, mais des petits pays comme le Burkina Faso ou le Zimbabwe se trouvent entraînés dans cette dévastatrice et ruineuse escalade militariste.

Un marché sans limite

Les affaires des marchands de canons sont florissantes et ont de solides perspectives. Un tiers du marché est entre les mains d’entreprises US. La Russie reste à la deuxième place, avec 25%  des exportations mondiales. La France occupe quant à elle 5,6 % du marché.

La Chine parvient au troisième rang.

Ses exportations ont augmenté de 88 % par rapport à la période de 2006-2010, même si elle n’occupe encore qu’une faible part du marché. Les exportations militaires d’Israël, le pays le plus militarisé du monde, ont augmenté de 40 % en 2017.

Au cours des trois dernières décennies, les États ont englouti plus de 41 000 milliards de dollars dans ces arsenaux de mort et de destruction. Cette fuite en avant militariste, nourrie par la logique de crise de la valorisation du capital et par la concurrence acharnée qui oppose les nations, participe d’un état de guerre permanent dont il serait illusoire de croire qu’il ne pourrait pas déboucher sur des conflagrations majeures.

La paix est dans le camp des travailleurEs du monde…

Yvan Lemaitre  Jeudi 9 mai 2019

https://npa2009.org/

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10 mai 2019 ~ 0 Commentaire

islamophobie 1 (essf)

croisades

Islamophobie et fascisme

L’extrême droite et les nouveaux fascistes sont à leur plus haut niveau en Europe depuis la seconde guerre mondiale.

Cela constitue une grave menace pour les droits démocratiques, les communautés d’immigrés, la gauche et le mouvement ouvrier – ainsi que pour les intérêts de la classe ouvrière et des opprimés plus généralement. La montée et, dans certains cas, l’installation au pouvoir de ces forces constitue une menace terrible pour le progrès social et pour les communautés immigrées, en particulier les femmes et les communautés LGBT.

En Italie, au Danemark, en Hongrie et en Autriche, des partis fascistes ou de droite sont déjà au pouvoir. En France, le Front National et en Allemagne, l’AfD (Alliance for Germany) continuent de représenter une menace. Et en Grande-Bretagne, la Football Lads Alliance « démocratique » de Tommy Robinson est la force fasciste la plus crédible et la plus dangereuse depuis des décennies – bien plus crédible, avec beaucoup plus de soutien, que le Front National dans les années 1970.

Ces phénomènes font partie d’un virage global vers la droite, illustré par l’élection de Donald Trump aux États-Unis et le vote du Brexit en Grande-Bretagne. Cela représente l’échec complet de la social-démocratie et des autres forces de « centre gauche » à proposer des politiques crédibles pour faire face à la crise d’austérité du néolibéralisme.

En effet, bon nombre de ces partis, comme le Parti Travailliste anglais, le Parti Socialiste français, le SPD en Allemagne et la Gauche Démocratique italienne, ont constituté le gouver-nement, ou une partie du gouvernement, qui a administré l’austérité néolibérale. Cependant, si cela a provoqué une polarisation à gauche et à droite, la marée est aujourd’hui massivement à droite.

Les racines de l’islamophobie

Les cartes de visite des fascistes et de l’extrême droite sont la xénophobie et le racisme, généralement mêlés à un mélange de misogynie et d’homophobie. Mais le racisme anti-immigrés est en pointe , et l’islamophobie à un niveau comparable à celui de l’antisémitisme en Allemagne avant l’arrivée des nazis au pouvoir en janvier 1933.

En quoi cette islamophobie de masse a-t-elle renforcé par le racisme anti-Noir (et le racisme anti-Latino aux États-Unis)? Bien entendu, l’islamophobie, l’antisémitisme et d’autres formes de racisme de masse ont subsisté dans les sociétés occidentales depuis l’avènement de l’impéria-lisme européen (et dans le cas de l’antisémitisme auparavant). Mais l’islamophobie actuelle est beaucoup plus profonde et beaucoup plus répandue. Ses racines se trouvent dans l’attaque du 11 septembre et dans la « guerre contre le terrorisme » qui a suivi, lancée par l’impérialisme américain.

Il y a eu une synergie désastreuse entre les forces de la droite absolue dans la politique occi-dentale et le terrorisme d’Al-Qaïda, puis d’Isis. Les attaques terroristes perpétrées contre des populations civiles par des personnes qui professent allégeance à l’islam ont été armées par la droite politique, utilisant les puissants moyens de communication de masse pour établir une série de stéréotypes sur les musulmans. Le plus important de ceux-ci est bien sûr l’association des musulmans avec le terrorisme, alors que la grande majorité des musulmans s’opposent au terrorisme et le répudient. À cela s’ajoute une mystification des pratiques religieuses et familiales des musulmans, qui a abouti aux caricatures de femmes qui portent le hijab ou le niqab.

Guerre contre la terreur

Chaque stade du capitalisme génère un « collage » idéologique dominant, une manière de justifier le statu quo et de lier la classe ouvrière à l’ordre existant. Au cours des quarante années de « guerre froide », de 1949 à 1989 environ, l’idéologie dominante était celle de la supériorité du capitalisme de consommation et de la démocratie libérale. L’ anti-communisme politique , qui ciblait l’ennemi étranger (principalement le bloc soviétique plus la Chine), tentait d’associer les régimes de ces États à la gauche politique – l’ennemi intérieur « .

Ce cadre idéologique anticommuniste était partagé par les principaux partis procapitalistes, principalement en Europe, de centre-gauche et de centre-droit, et aux États-Unis, les démo-crates et les républicains. Une grande partie du mouvement ouvrier européen, par exemple les sociaux-démocrates en Allemagne et le Parti Travailliste en Grande-Bretagne, ont adhéré à ce cadre anticommuniste, qui a également coïncidé avec l’ère d’une croissance économique, du plein emploi et de la protection sociale. Dans la plupart des pays capitalistes avancés, les régimes démocratiques libéraux étaient obligés de tolérer des mouvements de travailleurs puissants et des droits démocratiques étendus.

Mais il y avait des exceptions à ce modèle de « capitalisme bénin », notamment le traitement des minorités ethniques, mais aussi certains régimes intérieurs hostiles à la gauche – tels que la chasse aux sorcières anti-communiste mccarthyte dans les années 1950 et le régime autocra-tique gaulliste en France après 1958. Néanmoins, les politiciens social-démocrates et de centre-droit ont été en mesure de faire état de gains réels pour la classe ouvrière et d’opposer leurs sociétés aux régimes apparemment antidémocratiques de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est. L’idéologie du capitalisme de consommation, plus l’anticommunisme sous le parapluie de la domination militaire américaine, était puissante parce qu’elle semblait coïncider avec la réalité.

Ce cadre idéologique dominant a commencé à s’effriter au cours des années 1960 et 1970

Mais a été paradoxalement frappé d’un coup décisif par sa victoire : la chute du mur de Berlin, suivie de l’effondrement de l’Union soviétique. L’anticommunisme pouvait difficilement fonction-ner comme un axe idéologique central lorsque le communisme s’était effondré. En fait, les idéologues du capitalisme occidental ont eu du mal à mettre en place une idéologie politique crédible pour intégrer la classe ouvrière et unir les dirigeants politiques de chaque classe, les élites politiques et l’intelligentsia dans un cadre globalement procapitaliste.

Francis Fukuyama a tenté d’éclairer la thèse de Hegel sur la « fin de l’histoire », affirmant que le capitalisme libéral était le point final du développement historique de l’humanité et que le monde passerait désormais à un nirvana démocratique et prospère. C’était une idée trop minoritaire pour pouvoir atteindre la masse, d’autant plus qu’elle a été immédiatement démentie par des événements tels que la première guerre du Golfe. Avec l’avènement du néolibéralisme et de la crise économique croissante, l’idée d’un développement capitaliste bénin qui profite à tous n’est pas crédible.

L’occasion pour une nouvelle idéologie qui remplace l’anticommunisme, profondément ancré dans la conscience de masse, s’est présentée avec les attentats du 11 septembre aux États-Unis, qui, comme tout le monde le sait, ont tué plus de 3 000 personnes et provoqué une énor-me vague de choc et de deuil. en Amérique.

L’équipe militariste et profondément conservatrice de George Bush Junior a rapidement déployé la « guerre contre le terrorisme ». Cinq mois après l’attaque, Bush utilisait son discours de 2002 sur l’état de l’Union pour déclarer : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Un nouvel ennemi – le « terrorisme » – avait été déclaré et utilisait commodément le pouvoir militaire américain pour renforcer la domination politique américaine en Occident.

Il ne pouvait guère échapper à l’attention de personne que le terrorisme djihadiste qui visait les États-Unis était dirigé par des musulmans et mené au nom de l’islam. Sous l’impulsion du Patriot Act et de nouvelles sources tout à fait réactionnaires comme Fox News, l’hostilité et la suspicion envers les musulmans se sont normalisées aux États-Unis. Or chaque enquête montre qu’en Europe et aux États-Unis, le terrorisme est rejeté par une majorité écrasante de musulmans.

Cela n’a pas empêché les stéréotypes et le ciblage des communautés musulmanes de la part de tous les membres de la force réactionnaire et des États capitalistes occidentaux. Le Patriot Act, qui autorisait de nouveaux droits de détention étendus sans jugement, une sécurité accrue des frontières, une surveillance intrusive et des mesures de perquisition, était principalement destiné aux musulmans et avait été adopté cinq semaines après le 11 septembre.

Selon le FBI, les attaques racistes contre les musulmans ont augmenté de 16 000% en 2002, et même 15 ans plus tard, elles étaient cinq fois plus importantes qu’avant 2001. L ‘« alternance » des musulmans, les stéréotypant comme un « ennemi potentiel » suspect et potentiel, est devenue une partie de la conscience de masse. L’anti-communisme viscéral de la période de chasse aux sorcières mccarthyites dans les années 1950 a été remplacé par une islamophobie viscérale après le 11 septembre.

Parmi les élites politiques occidentales et l’intelligentsia de la classe moyenne, une nouvelle théorie est apparue, différente de la « fin de l’histoire » fragile de Fukuyama. C’était l’idée du « choc des civilisations », popularisée par le livre de Samuel Huntington, mais déjà présentée par Bernard Lewis en 1990, dans The Roots of Muslim Rage. Lewis discute d’un éventail d’explications possibles à la question « pourquoi nous haïssent-ils » ? « Nous » dans ce cas étant l’Occident et par extension Israël. (…)

Pour Lewis, la rage musulmane vise la modernité et la laïcité. Huntington affirme qu’il existe trois principales civilisations en conflit : judéo-chrétienne, musulmane et confucéenne (lire : Chine). Si le récit de Lewis sur le ressentiment des islamistes à l’égard de l’Occident est probablement exact en ce qui concerne les organisations politiques islamistes conscientes, c’est une caricature de la conscience des masses musulmanes. Tant Lewis que Huntington font de la lutte décisive entre la civilisation musulmane et la civilisation chrétienne, un conflit qui dure depuis 1300 ans.

Edward Said a écrit ce qui suit dans sa thèse sur le choc des civilisations

Pour Said, les écrits de Lewis et Huntington font partie d’un nouvel « Orientalisme », son mot décrivant les écrits et l’art des intellectuels européens de la fin du 19e siècle qui décrivaient les cultures de l’Asie et du Moyen-Orient comme sombres, mystérieuses et barbares.

Bien sûr, Lewis et Huntington n’avaient pas d’audience de masse au début des années 90 pour leurs idées de choc des civilisations. Mais une fois que l’attaque du 11 septembre a eu lieu en 2001, le gouvernement néolibéral et militariste des États-Unis, ainsi que les leaders d’opinion de droite dans le monde entier, se sont ralliés à l’idée du choc des civilisations, qui est devenue le cadre de la ‘ guerre contre la terreur’.

Il convient de noter, par exemple, que le précurseur de l’AfD (Alliance pour l’Allemagne), qui compte maintenant 94 sièges au Bundestag, était le mouvement militant de PEGIDA. Son nom signifie littéralement les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident. Des événements comme le meurtre du néerlandais Theo van Gough en novembre 2004 par un homme d’origine marocaine, sont utilisés pour créer le stéréotype : « nous » sommes libéraux, « ils » sont violents. Plus important encore, nous devons les empêcher d’entrer.

lundi 18 mars 2019 HEARSE Phil

http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Islamophobie 2 (Essf)

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05 mai 2019 ~ 0 Commentaire

nord de l’irlande élections

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Résultats en Irlande du Nord

Cette carte monte le remplaçement des partis depuis l’Accord de Paix.

Les « catholiques » et les « protestants » se divisent chacun en deux groupes.

Chez les protestants (presque) tout le monde est « Unioniste » et participe aux marches de « L’Ordre d’Orange » le 12  juillet. Les milices qui s’attaquaient aux catholiques étaient des « Loyalistes ». (Certains se sont reconvertis contre les migrants: chinois en particulier).

Chez les catholiques, il y a les « nationalistes » pas pressés de voir partir les anglais et les « républicains » qui n’y parvenant pas: ont signé la Paix de 1998.

Au départ deux partis « modérés »

L’un le SDLP nationaliste ne demandant pas le départ des anglais, l’autre l’UUP, branche unioniste des « conservateurs britanniques ». Sinn Fein ne contrôle que le « pays des bandits » à la campagne et des « ghettos urbains.

Sinn Fein (« Républicains » lié à la France Insoumise dans la Gauche Européenne) se développe aux dépends des nationalistes modérés du SDLP.  Le DUP (ancienne milice) fait de même aux dépends de l’UUP. Il n’y a en fait plus que deux partis représentés. ( C’est bien sûr plus compliqué!) .

Avant les résultats, les élus des dernières élections:

Sur 462: DUP 172, Sinn Fein 155,  UUP 117, SDLP 85, Alliance 84. (Alliance est un parti qui se définit comme « hors sectarisme religieux » et que les républicains disent « unioniste modéré », compatible pour des catholiques).

Autres: Green Party of Northern Ireland, nos camarades de People Before Profit Alliance, The Workers Party (une espèce de PC), Progressive Unionist Party (ancienne milice protestante) Cross-Community Labour Alternative, UKIP…

Commentaire:

Nationaliste: Au Nord, désigne des catholiques « modérés » pas forcément contre la présence anglaise. Au Sud il n’y en a pas.

Au Sud: Républicain c’est l’intitulé du parti majoritaire, Fianna Fail, qui n’a fait que réprimer les « Républicains ».

Au Nord: ils ont perpétué une tradition de la « violence physique » existant depuis avant la République française qui a tenté de les aider. Sinn Fein pacifié et ses dissidents sont aussi appelés « républicains », ainsi que d’autres groupes pas forcément violents comme le PC et les anarchistes.

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Camarade élu à Derry /Doire

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Camarade élu à Derry /Doire

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Un autre élu à Belfast/ Béal Feirste

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Elue à North Belfast

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Bernadette McAliskey soutenait « People Before Profit »

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Résultat définitifs

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03 mai 2019 ~ 0 Commentaire

cuba (essf)

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Années 1990, Cuba souffrait de la crise économique causée par la chute du «socialisme réel» et la disparition de l’Union soviétique.

«Période spéciale en temps de paix» était le nom officiel de cette période de pénuries extrêmes, au cours de laquelle les coupures d’électricité dépassaient 20 heures par jour, le transport fonctionnait à un niveau minimal et obtenir la nourriture quotidienne relevait d’une odyssée.

Des temps difficiles

La «période spéciale» n’a jamais donné lieu à un déclaratio officielle. Ce qui s’en rapproche le plus, c’est un discours prononcé par Fidel Castro en janvier 1990, lors de la clôture d’un congrès syndical. A cette occasion, il a admis la possibilité que «les problèmes étaient si graves sur le terrain économique (…) que notre pays aura à faire face à une situation d’approvisionnement extrêmement difficile».

Quelques mois plus tard, le 29 août, un article publié dans les principaux journaux annonçait de sévères restrictions concernant la consommation de carburant, de nourriture et d’autres produits, et la paralysie de tous les investissements non liés au tourisme ou à la défense.

L’effondrement de l’économie a eu des conséquences sociales dramatiques, surtout depuis 1993, lorsque la «décriminalisation» du dollar a ouvert la porte à l’inégalité. Ce n’est pas par hasard que les magasins de devises étrangères (qui acceptaient les paiements en devises) ont été la cible favorite de la colère populaire lors du Maleconazo (du 5 août 1994), la manifestation de mécontentement sans précédent des habitants de la Havane à laquelle Fidel a dû faire face.

Depuis lors, la chaleur et la rareté se sont avérées être une combinaison extrêmement dangereuse, à tel point que pendant des années, le gouvernement a fait l’impossible pour éviter les pannes de courant pendant les mois les plus torrides, tout en augmentant les activités récréatives et en stabilisant l’approvisionnement en biens de consommation.

Dans ces circonstances, seule une urgence extrême justifie des décisions telles que celles annoncées au début du mois d’avril 2019 par le Président Miguel Diaz-Canel et le général Raul Castro, qui, en tant que premier secrétaire du parti, reste la principale figure du pouvoir sur l’île. Bien que dans leurs discours devant l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, tous deux aient souligné que le pays est «en bien meilleure condition pour surmonter toute difficulté», l’optimisme du public n’atteint pas des sommets aussi élevés.

Depuis des mois, les Cubains se débattent à nouveau avec de longues files d’attente pour l’acquisition de divers articles. Les plus grandes files se forment devant les magasins où est vendu le poulet congelé, la principale source de protéines à la disposition des habitants de l’île. Malgré son prix élevé (la valeur d’un kilogramme dépasse le revenu quotidien de ceux qui perçoivent le salaire moyen de l’Etat), des dizaines, voire des centaines de personnes passent des heures devant ces magasins, pas toujours avec succès.

Des tensions similaires existent dans l’économie.

Après un début d’année 2019 marqué par de fortes réductions budgétaires, le ministère de l’Économie et de la Planification a annoncé fin mars de nouvelles réductions de devises pour les achats à l’étranger (dont près des deux tiers pour l’alimentation et les carburants).

Déjà lors des sessions extraordinaires de l’Assemblée nationale, le Président Díaz-Canel avait détaillé la situation difficile des finances nationales et appelé à «l’autosuffisance territoriale», une sorte d’autarcie créole dans laquelle les municipalités devraient pouvoir produire la plupart des aliments qu’elles consomment. En outre, il a appelé à une plus grande efficacité dans le tourisme et les services professionnels, et à encourager les nouvelles exportations dans le cadre d’un programme conçu en trois étapes qui s’étendra jusqu’en 2030.

Sur le papier, ces mesures semblent être des réponses logiques face à un scénario compliqué rempli de variables indépendantes de la volonté de La Havane. Mais le fait est qu’il y a presque trente ans, des propositions très similaires ont façonné la stratégie des sommets dirigeants, avec un succès limité, comme en témoignent les circonstances actuelles.

Etat de siège

En 1989, environ 85 % du commerce extérieur de Cuba s’effectuait avec l’Union soviétique et les pays d’Europe de l’Est. Au cours de la décennie suivante, les efforts se sont concentrés sur la diversification des échanges avec les gouvernements et les sociétés étrangères.

Cependant, au début des années 2000, après la montée au pouvoir d’Hugo Chavez et d’autres dirigeants progressistes d’Amérique latine, ces efforts de renouveau ont perdu de leur vigueur. Au cours des dernières années à la tête de l’appareil d’Etat, Fidel Castro pariait à nouveau sur une alliance stratégique avec un partenaire privilégié (le Venezuela) et surtout sur des liens étroits avec un petit nombre d’Etats, la Chine et la Russie pour les plus importants.

En 2008, Caracas et Beijing représentaient plus de la moitié du commerce extérieur de l’île, la République bolivarienne du Venezuela étant le principal client pour les exportations de services professionnels (médecins, etc.) et la Chine assumait un rôle de premier plan pour la fourniture de matériel et de matières premières.

Conscient de la fragilité d’un tel schéma de développement, Raúl Castro s’est lancé, dès 2011, dans une campagne de réformes regroupée sous le nom générique d’«actualización». L’élargis-sement du champ réservé au secteur privé, l’adoption d’une loi plus libérale sur l’investissement étranger et l’abrogation d’interdictions archaïques ont donné un second souffle à l’économie qui, après le début du «dégel», a finalement pu renégocier son importante dette extérieure et repren-dre le chemin de la croissance discrète du PIB (sans mentionner que cela a été atteint sans nouveaux crédits).

On peut toujours spéculer sur le chemin qu’aurait emprunté Cuba si Donald Trump n’avait pas accédé au pouvoir, lui qui est un fervent défenseur de la politique des sanctions contre La  Havane (y compris les sanctions annoncées et pas appliquées jusqu’à maintenant). Trump récompense ainsi le soutien apporté par les principales fortunes de la communauté cubano-américaine lors des élections présidentielles de 2016.

Ce n’est que de ce point de vue que l’on peut comprendre la décision prise par l’administration Trump d’activer la loi Helms-Burton [loi entrée en vigueur en 1996, mais pas appliquée dans toutes ses dimensions], en vertu de laquelel les tribunaux américains seraient habilités à sanctionner les entreprises d’autres pays (Espagne, Canada, France, etc.) qui «font usage économique de biens appartenant à des citoyens américains à l’époque de Batista» et à accroître les limitations aux envois de devises de la disapora.

La première mesure tente de couper les flux d’investissements étrangers dont le pays a besoin (au moins 2 milliards de dollars par an, selon les estimations officielles); la seconde, de faire de cesser une source de devises qu’un «think tank» américain a récemment estimé à environ 57 milliards de dollars, de 2008 à nos jour.

Après avoir perdu les centaines de millions de dollars rapportés par la participation de ses spécialistes au programme « Plus de médecins pour le Brésil » (programme aboli par Bolsonaro), après l’écroulement des aides en provenance du Venezuela (les transferts en carburant ont parfois été interrompus, ce qui a forcé Cuba à faire des achats en Algérie et en Russie aux prix du marché) et sans pouvoir compter sur le tourisme pour les caisses de l’Etat, Diaz-Canel et Raul Castro sont conscients de la nécessité «de se préparer au pire, car la situation pourrait se dégrader dans les prochains mois».

Une telle situation provoque des troubles dans les bureaux du Palais de la Révolution et du Centre d’affaires internationales du quartier exclusif de Miramar, mais beaucoup plus parmi les citoyens.

Il y a quelques jours, un journal provincial avertissait que «si, à un certain moment de la journée, le carburant alloué pour la journée était épuisé, il serait nécessaire d’interrompre le courant dans certains circuits».

Un quart de siècle plus tard, les souvenirs de l’étape la plus difficile de la «période spéciale» reviennent avec force dans la mémoire collective. Mon père, y compris, continue d’utiliser son vieux vélo.

Amaury Valdivia  2 mai 2019

(Article publié dans l’hebdomadaire Brecha, le 27 avril 2019, depuis La Havane)

http://alencontre.org/

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01 mai 2019 ~ 0 Commentaire

communisme irak (essf)

irak

PCI le 1er mai 2018

Comment le communisme a façonné le chiisme politique irakien

Longtemps amorphe, affaibli puis muselé, le chiisme politique irakien était resté tapis dans l’ombre. C’était le communisme, très influent dans les années 1950 et jusqu’à la fin des années 1970 qui était implanté dans le sud du pays, jusqu’à devenir une religion de substitution pour une majorité de chiites en quête de réponses sociales et politiques. La famille Sadr inversera la tendance par son activisme inédit.

Au lendemain de la conférence de San Remo d’avril 1920, le Royaume-Uni obtient un mandat de la Société des Nations (SDN) sur l’Irak.

Un mois plus tard, il doit déjà faire face à une violente révolte organisée et relayée par les nationalistes, composés principalement de la bourgeoisie sunnite et des tribus chiites du sud. Les mujtahidin (hommes de religion chiite) appellent également au djihad contre la présence mandataire.

L’enjeu pour les chiites est alors capital, car il s’agit en réalité de s’opposer à la formation d’un État irakien sous tutelle britannique qui les écarte des rouages du pouvoir. Dès lors, les diri-geants religieux chiites prennent la tête de la lutte anticoloniale.

Ils appellent au boycott des élections de l’Assemblée constituante en 1924. Les Britanniques contraignent à l’exil les chefs religieux. Affaiblis par une terrible répression, les milieux cléricaux retournent à leur apolitisme premier. Ce mutisme politique a d’abord entraîné le repli du clergé dans les villes saintes de Najaf et Kerbala, puis sa chute d’influence à partir des années 1930. Le nombre d’étudiants religieux à la hawza (séminaire théologique chiite) diminue considérablement.

Face au repli et au déclin de leur clergé, les chiites irakiens se rallient massivement à des idéologies socialisantes et laïques à partir de 1940.

Ces années connaissent un exode rural des chiites du sud vers Bagdad et Bassora. « Le parti communiste a joué un rôle important dans les protestations des paysans qui demandaient des droits et qui s’opposaient aux mesures de répression de la part des propriétaires terriens », commente Raid Fahmi, secrétaire du comité central du Parti communiste irakien (PCI).

« Il était très bien structuré et très actif sous la royauté », rappelle Hamid Radhi Al-Amin, ancien militant communiste exilé au Koweït. Les paysans pauvres viennent gonfler les nouveaux quar-tiers populaires de Bagdad et s’intéressent rapidement aux idées d’égalité et de justice que prône le Parti communiste. Ils sont les premiers à y adhérer massivement. 

« À Bagdad notamment, l’exode rural a créé des concentrations d’agglomérations très pauvres avec une densité importante de population comme à Madinat Al-Thawra (renommé ensuite Saddam City, puis Sadr City). Là, les communistes étaient très implantés. À cette période, les revendications sociales primaient sur les questions religieuses et donc le parti pouvait fédérer autour de cette crise sociale », ajoute Raid Fahmi.

DEUX MOTS QUASI IDENTIQUES

Les divisions sociales, économiques et confessionnelles favorisent l’implantation du communis-me. En effet, le sud de l’Irak — principalement la région des vastes plaines du Tigre et de l’Euphrate — abrite les milieux ruraux défavorisés qui sont majoritairement chiites. Les milieux aisés se trouvent dans la région du centre, principalement à Bagdad.

Cette répartition socio-économique correspond aux héritages ottoman et britannique où les sunnites jouissaient de privilèges sociaux, économiques et politiques au détriment des chiites négligés par le pouvoir, car taxés de fanatisme. L’autre raison du succès du communisme auprès des chiites tient sans doute à la similarité doctrinale des deux idéologies. Les notions d’égalité, de lutte contre l’injustice, d’opposition au pouvoir, de défense de l’opprimé sont des idées communes au chiisme et au communisme.

« Il y a cette accroche identique entre le chiisme et le communisme de lutte contre l’exploitant », confirme Raid Fahmi.

Les communistes recrutent dans les régions du sud à Bassora, Amarah, Nassiriya, Al-Hillah et Kerbala où ils trouvent un large public. Pour convaincre cette communauté paysanne largement analphabète, les militants mettent en avant les similarités idéologiques, mais aussi la ressem-blance entre les mots « communiste » : shuyu’i et « chiite » : shi’i .

Ils utilisent également la figure de Hussein [1] pour illustrer la lutte contre l’injustice. Si le communisme s’implanta beaucoup plus dans les sociétés chiites que dans les sociétés sunnites, c’est aussi à cause de la présence d’une structure pyramidale. L’organisation cléricale chiite à la tête de laquelle se trouve un marja ayant lui-même ses propres wukala (agents) dans différentes régions fait écho au système politique communiste, construit autour d’un réseau de cellules et de sections.

CONTRE-ATTAQUE DU CLERGÉ

Il faut cependant attendre le 14 juillet 1958, la chute de la monarchie et l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire grâce au coup d’État du général Abdel Karim Kassem pour prendre la mesure de l’influence communiste, y compris chez les officiers.

Mais lorsque les communistes commencent à faire sentir leur influence dans la ville sainte de Najaf et réussissent à recruter des membres de familles de religieux, des fils de sayyid, le clergé se sent défié.

Dhia Al-Assadi, ancien militant politique sadriste et ex-leader du bloc Al-Ahrar, coalition politique islamique chiite, porte la mémoire de cette période : « Les universitaires et religieux chiites étaient inquiets et alarmés par la propagation de ces idéologies non religieuses. De plus, ils étaient presque incapables de les combattre, car ces idées étaient portées par des partis politiques puissants comme le Parti communiste, mais aussi le nationalisme arabe ou encore le baasisme. C’était un sentiment partagé entre la peur, le défi et la légitime défense. »

Les chiites irakiens se devaient de répondre, mais leur hawza est divisée.

Une partie composée des quiétistes accepte de s’impliquer dans la lutte contre le communisme, mais refuse de s’enrôler dans l’activisme politique. Ces oulémas considèrent qu’ils doivent main-tenir un certain état de passivité politique pendant la période de l’Occultation de l’imam [2]. A contrario, une autre partie de la hawzaveut s’ériger contre la propagande communiste de manière politique et lutter contre le sentiment areligieux qui grandit dans le pays.

Dans un premier temps, la réponse du clergé chiite consiste à fonder l’association des oulémas de Najaf, sous l’égide du marja Mohsen Al-Hakim. Sa première action est de promulguer une fatwa contre le communisme.

Cela affaiblit l’alliance de Kassem avec les communistes.

Les oulémas décident par ailleurs de muscler davantage leur enseignement théologique et leurs actions caritatives, convaincus que l’attrait des chiites pour l’idéologie rivale résultait de l’igno-rance de leur religion. L’action de l’association passe par la construction d’écoles et de centres médicaux.

Les oulémas chargent des étudiants de la hawza de la propagande et du travail éducatif, ainsi que de la publication du journal de l’association, Al-Adhwa. Plusieurs étudiants y contribuent alors en tant qu’éditorialistes, à l’instar de Mohamed Bakr Al-Sadr. Ces articles avaient tous pour but de montrer la supériorité de l’islam sur les courants de pensée occidentale. Ils s’adressaient aux jeunes étudiants susceptibles d’être intéressés par le communisme.

LA NAISSANCE D’UNE DYNASTIE SADR

Cette réponse de la hawza, limitée au domaine culturel et caritatif ne satisfait pas certains jeunes clercs, qui, enthousiasmés par l’effervescence de la révolution de 1958, fondent le premier parti politique chiite, Al-Daawa.

Les bases de ce parti sont établies par Mohamed Bakr Al-Sadr. Elles consistent à proposer l’islam comme solution aux problèmes de la vie sociale, à la place du communisme. C’est dans cette optique que Mohamed Bakr Al-Sadr rédige deux des ouvrages majeurs : Iqtisadouna  (Notre économie)  et Falsafatouna (Notre philosophie). Ces deux études visent à mettre en évidence la supériorité de la pensée islamique en matière d’économie et de philosophie sur la pensée matérialiste.

C’est la première fois qu’un clerc présente une vision chiite de la justice sociale et de la philo-sophie en des termes et avec un langage familier aux lecteurs de Karl Marx. La connaissance de Mohamed Bakr Al-Sadr de la pensée des philosophes occidentaux ainsi que des courants de philosophie occidentale comme le rationalisme ou l’empirisme était chose peu commune dans le milieu clérical chiite.

Là réside toute l’originalité de Mohamed Bakr Al-Sadr.

Par sa connaissance et ses études comparatives, il entend mettre le chiisme sur un pied d’égalité avec le communisme, et ainsi lui donner une portée totalisante, c’est-à-dire qu’il va traiter tous les sujets profanes jadis négligés par le clergé et leur donner une dimension religieuse, à l’instar du politique. En tant que juriste du parti, sa première mission était de légitimer religieusement l’action politique, au grand dam des conservateurs de la hawza.

Mohamed Bakr Al-Sadr va plus loin

Présentant un programme politique islamique, au lendemain de la révolution islamique d’Iran de 1979, adressé aux rédacteurs de la Constitution de la jeune République islamique. « La stratégie adoptée par Mohamed Bakr Al-Sadr comportait de multiples facettes : il encourageait ses disci-ples et ses étudiants à s’éduquer politiquement et à se tourner vers l’activisme.

Il a ouvertement défié les régimes de Saddam et des baasistes. Il a ouvertement soutenu la révolution islamique iranienne. Il a écrit des œuvres authentiques et originales qui englobaient sa théorie et sa vision du monde », se souvient Dhia Al-Assadi. Il déclencha ainsi une révolution doctrinale au sein du clergé chiite et contribua largement à sa politisation, à sa victoire sur les communistes. Aujourd’hui, tous les partis politiques chiites se réclament de sa pensée.

jeudi 25 avril 2019

QUENTIN MÜLLER Journaliste. SABRINE LAKHRAM Étudiante en histoire, université Panthéon-Sorbonne, master « Les révoltes chiites en Irak de 1977 à 1980 », 2017.

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https://orientxxi.info/

Commentaire:

Parmi les candidats en 2018 se trouve Mountazer al-Zaïdi, journaliste, connu pour avoir lancé sa paire de chaussures sur le visage de l’ancien président américain, George W. Bush, en décem-bre 2008. Il se présente sur la liste de l’Alliance des révolutionnaires réformistes de Moqtada al-Sadr et du Parti communiste irakien qu’il présente comme « une liste indépendante qui veut casser les reins au confessionnalisme » La coalition a obtenu 54 sièges (dont 3 PCI) sur 329.

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29 avril 2019 ~ 0 Commentaire

algérie (npa pst)

 

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25 avril 2019 ~ 0 Commentaire

25 avril 1974 (contretemps )

cravos

Le 25 avril et ses suites : luttes de classe dans la révolution portugaise

Le MFA est créé clandestinement en mars 1974, dans une indépendance relative à l’égard de la haute hiérarchie militaire. Composée pour l’essentiel d’officiers subalternes et traversée par l’ensemble des courants de l’opposition antifasciste (des démocrates libéraux à l’extrême-gauche en passant par la social-démocratie ou le PCP), c’est cette organisation qui va préparer puis exécuter avec succès l’initiative militaire du 25 avril.

A 0h25, la célèbre chanson « Grandôla, Vila Morena » est diffusée sur « Radio Renaissance » pour annoncer le lancement de l’action

Vers 3 heures du matin, les locaux des principales radios sont occupés, qui permettront de diffuser une série de communiqués dans les heures qui suivent, de même que les aéroports de Lisbonne et Porto. Les quartiers généraux des régions militaires des deux grandes villes, mais aussi les ministères, les bureaux de la police (PSP) et la banque du Portugal, sont assiégés par les troupes dirigées par le MFA.

Un ultimatum est adressé à Caetano qui, réfugié dans la caserne du Carmo au centre de Lisbonne, n’accepte de se démettre qu’à 16h30, exigeant de remettre la direction du pays à un officier supérieur, qui ne faisait pas partie du MFA, afin que le pouvoir « ne tombe pas dans la rue » : Antonio de Spinola, un général démis de ses fonctions deux mois auparavant en raison de son opposition, très mesurée, aux guerres menées par le régime dans les colonies.

Néanmoins, on ne saurait réduire le 25 avril ni à un simple putsch

Dans lequel certains adeptes des théories conspirationnistes virent la main de la CIA ou du groupe Bilderberg, ni même à une succession d’opérations militaires bien menées. Dès l’aube, la population portu- gaise descend spontanément dans la rue pour soutenir l’action du MFA  (offrant des œillets aux militaires), fêtant la fin de la dictature et veillant à ce que cette victoire ne leur soit pas volée, contredisant les communiqués du MFA qui l’invitaient à « garder son calme et à rentrer chez elle ».

Un capitaine du MFA, Maia de Santarem, a d’ailleurs déclaré après-coup 

« Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait faire quelque chose, parce que si nous ne le faisions pas, ce serait la population qui le ferait. Nous avions le sentiment que nous étions en train de marcher vers un abîme et que cet abîme aboutirait à une guerre civile où le peuple pren-drait les armes ». Même si cela ne reflète sans doute pas la gamme très variée des opinions au sein du MFA, il paraît clair que celui-ci n’avait ni prévu l’ampleur des manifestations de rue ni souhaité une telle irruption populaire.

Les militaires insurgés n’ont donc pas pu faire sans le peuple portugais

Qui a d’emblée manifesté un grand esprit d’initiative en cherchant à mettre à bas l’appareil répressif du régime, aussi détesté qu’imposant. Ainsi s’est affirmé un « 25 avril d’en bas » les manifestants à Lisbonne se réunissent devant la caserne de la GNR (Garde nationale républicaine) où s’était réfugié Caetano, assiègent le quartier général de la PIDE (qui tire sur la foule) et les locaux du parti unique, envahissent et mettent à sac l’immeuble de la censure, encerclent la prison de Caxias jusqu’à obtenir la libération de l’ensemble des prisonniers politiques (y compris de ceux que Spinola voulait maintenir enfermés en raison des attentats qu’ils avaient commis).

Presque partout dans le pays on retrouve ces mêmes scènes de liesse

Traduisant l’euphorie de voir enfin la dictature tomber, mais aussi la vigilance populaire contre une transition qui se contenterait de troquer un personnel dirigeant pour un autre en maintenant intacts les instruments de répression et de censure. Le peuple lisboète ne parviendra toutefois pas à éviter que Caetano s’enfuie tranquillement, escorté par les militaires du MFA dans un blindé, et laisse le pouvoir au général Spinola, sans être jugé pour ses crimes.

Celui-ci est alors le dirigeant sur lequel compte la bourgeoisie portugaise, sa trajectoire per- sonnelle rassurant tous ceux qui n’aspirent qu’à un polissage du régime et à une meilleure intégration du capital portugais au marché mondial, en somme une révolution sans révolution.

Engagé volontaire aux côtés des franquistes durant la guerre civile espagnole (1936-39) puis avec les troupes nazies sur le front est au moment de la bataille de Stalingrad, loyal serviteur de l’Estado novo dans ses guerres coloniales (ce qui lui assure le soutien des sommets de la hiérarchie militaire), proche des milieux financiers portugais pour avoir fréquenté les salons de la riche famille capitaliste Champalimaud, Spinola apparaît alors à la classe dominante comme la seule solution pour maintenir le calme dans le pays.

Et c’est effectivement à limiter la combativité populaire, qui se déploie dans les jours suivant le 25 avril (en particulier lors de la manifestation du 1er mai qui réunit entre 300 000 et 500 000 personnes), que va s’employer le « général au monocle ». Non seulement Spinola va échouer, mais ses tentatives d’accroître son pouvoir pour empêcher la décolonisation et réprimer les grèves qui se multiplient aux mois de mai-juin 1974, vont aboutir à des mouvements de masse d’ampleur croissante.

Le 16 mai 1974, le 28 septembre de la même année et le 11 mars 1975, les classes dominantes subissent des défaites retentissantes

Qui finissent par contraindre Spinola à s’enfuir en Espagne, où il fonde une organisation d’extrême-droite se donnant pour objectif d’imposer un régime autoritaire. Le 11 mars, la tentative de putsch est repoussée par la population qui forme des piquets devant les casernes, par les soldats et l’aile gauche du MFA qui s’organisent pour repousser les attaques des puts-chistes et par les travailleurs qui se mettent en grève partout dans le pays, à l’appel de l’Inter-syndicale (qui organise par ailleurs des manifestations très suivies dans la soirée).

Cette victoire populaire constitue un tournant dans la révolution 

Non seulement l’échec du spinolisme laisse la bourgeoisie sans solution politique ni perspective stratégique (au moins provisoirement), mais les travailleurs portugais prennent confiance et se politisent. D’avril 1974 à novembre 1975, les travailleurs portugais vont ainsi renouer avec les traditions combatives d’un mouvement ouvrier qui, sous la Première République (de 1910 à 1926), avait organisé pas moins de 158 grèves générales (près de 10 par an !), avant d’être brutalement réprimé après le coup d’Etat militaire de 1926.

Même si la montée d’une conscience anticapitaliste demeure très inégale d’un secteur d’activité à l’autre

Et d’une région à l’autre, l’auto-organisation progresse indéniablement. Dès le mois de mai 1974 sont organisées des occupations de maisons ou d’appartements vides par des familles pauvres, avant que des commissions d’habitants (moradores) se développent dans les villes. A la campa-gne, en particulier dans l’Alentejo, les ouvriers agricoles s’organisent pour arracher une véritable réforme agraire. Sur les lieux de travail, grèves et occupations s’accompagnent de la formation de commissions de travailleurs. Enfin, on voit émerger en août 1975 les comités SUV (« Soldats Unis Vaincront »), qui cherchent à favoriser l’auto-organisation et la politisation des soldats.

Ces initiatives demeurent minoritaires et ne sont pas structurées nationale-ment, si bien qu’on ne saurait parler d’une situation de « double pouvoir » sans prendre ses désirs pour la réalité.

Auraient-elles pu constituer un embryon de pouvoir populaire ? Sans doute, si du moins elles n’avaient été affaiblies par le sectarisme de certains mouvements maoïstes (notamment le MRPPqui voyait dans le PCP l’ennemi principal, qualifié de « social-fasciste »), et par l’hostilité des organisations réformistes, en particulier le PCP qui bénéficiait de loin de l’implantation la plus solide dans le monde du travail et dans les syndicats, n’acceptant de participer aux commissions de travailleurs que par crainte de perdre du terrain face à une extrême-gauche dont l’audience était croissante.

Reste que l’émergence et le développement des commissions de travailleurs, d’habitants et de soldats non seulement traduisent la radicalisation des mouvements de masse, en réponse aux velléités contre-révolutionnaires des classes dominantes, mais rappellent que la confrontation avec la bourgeoisie et son État ne peut s’engager favorablement que si la classe des exploités et des opprimés parvient à se doter, au cours même de la crise révolutionnaire, d’instruments unitaires et démocratiques de lutte, capables de se muer en organes d’un pouvoir alternatif à l’État capitaliste, du local au national.

« Les œillets sont coupés » les classes dominantes reprennent la main

L’hypothèque Spinola étant levée par la victoire du 11 mars, c’est en grande partie au sein du MFA, dont le prestige acquis le 25 avril reste très important tout au long de l’année 1975, que vont se nouer les contradictions sociales et politiques ayant émergé du processus révolution- naire, et que va se poser la question du pouvoir. En effet, le MFA prétend à la direction du processus et s’institutionnalise en mars à travers la création du Conseil de la Révolution.

Sous la pression des travailleurs, le Conseil des ministres décide une réforme agraire très partielle

Et décrète, de mars à août, une série de nationalisations dans des secteurs clés de l’économie portugaise (banques, assurances, électricité, transports, sidérurgie, compagnies pétrolières, tabacs, cimenteries, etc.), sans que soient toutefois posées les questions décisives, du point de vue révolutionnaire, de l’indemnisation des anciens propriétaires et du contrôle des travailleurs sur la gestion des entreprises nationalisées.

Le putsch des 25 et 26 novembre 1975, mené par les fractions de droite et d’extrême-droite de la hiérarchie militaire et du MFA, en liaison avec le PS

Le 12 novembre, une manifestation d’ouvriers du bâtiment encercle l’Assemblée nationale, séquestre les députés durant 36 heures jusqu’à ce que ces derniers accèdent à leurs reven- dications. Le 16 novembre, une manifestation appelée par les commissions et soutenue par le FUR (Front d’unité des révolutionnaires) et le PCP, réunit 100 000 personnes à Lisbonne. La bourgeoisie comprend que seul un coup de force pourrait lui permettre de modifier le rapport de forces en sa faveur, évitant préventivement une éventuelle insurrection populaire.

Sans les atermoiements de la gauche du MFA, qui bénéficiait pourtant d’une large supériorité militaire, et sans le refus du PCP de lancer une contre-offensive ouvrière, le putsch n’aurait sans doute pas abouti ou aurait conduit à une situation de confrontation militaire et politique.

Dès le 25 novembre, l’état de siège est décrété et la publication de la presse interdite, les putschistes occupent quelques points stratégiques mais ne parviennent pas à prendre la caser-ne de la police militaire (dominée par l’extrême-gauche). Plutôt que d’accepter le combat et de lancer leurs forces dans l’action, les leaders de la gauche du MFA se rendent au palais prési-dentiel pour négocier leur propre reddition. La révolution portugaise ne se relèvera pas d’un tel coup d’arrêt : la bourgeoisie reprend confiance dans ses propres forces, s’appuyant sur le PS pour assurer la normalisation et en finir avec les embryons de pouvoir populaire qui avaient émergé.

Les commissions de base (et les partis d’extrême-gauche) étaient trop faibles pour faire ce que le PCP ne voulait pas faire

A savoir résister à une offensive visant à rétablir l’autorité pleine et entière de l’État, mais trop développées pour ne pas effrayer la bourgeoisie, les partis de la gauche réformiste (PS et PCP) et la gauche du MFA, cette dernière restant attachée à la hiérarchie militaire et s’opposant frontalement à tout mouvement d’organisation des soldats.

La régression qui suivra les journées décisives de novembre 1975 sera aussi rapide que profonde.

Non seulement les acquis de la révolution sont remis en cause, mais la droite revient au pouvoir dès 1979 en la personne de Sa Carneiro, qui s’était distingué avant la révolution par son appartenance au parti unique, ce qui lui avait valu d’être élu député sous Caetano. Pire, le général Spinola est réhabilité dès 1978, élevé au titre de maréchal et nommé président de la commission chargée d’organiser la commémoration officielle du 10ème anni- versaire de la révolution des œillets.

A l’opposé, celui qui dirigea la mobilisation militaire du 25 avril 1974, Otelo de Carvalho

fut condamné en 1987 à 15 ans de prison pour sa participation supposée à une organisation clandestine armée (les Forces populaires du 25 avril). Les destins croisés de ces deux personnages marquants de la Révolution portugaise suffisent à illustrer l’ampleur de la réaction thermidorienne qui succéda au putsch du 26 novembre 1975. (Résumé)

Ugo Palheta 25 avril 2014

https://www.contretemps.eu/

Lire aussi:

25 avril 1974 : il y a 44 ans, les travailleurs portugais prenaient leurs affaires en main (RP)

Pour une histoire populaire de la Révolution portugaise. Entretien avec Raquel Varela (ESSF)

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24 avril 2019 ~ 0 Commentaire

fln dégage! (cqfd)

algggre

Aux origines d’un parti hégémonique

FLN dégage !

Partout, la foule compacte reprend le slogan «  FLN dégage ! », pouvait-on constater en déambulant dans le centre d’Alger, sous la pluie du 22 mars ou le soleil du 29 mars, où conver-geaient dans la liesse ou la colère des Algérois déterminés à en finir avec un « pouvoir assas-sin », tandis que flottaient les drapeaux algérien, amazigh et palestinien.

Aux côtés de mots d’ordre plus anciens comme « Djazaïr horra dimokratia ! » (« Algérie libre et démocratique ! ») ou plus confus tels que « Djeïch chaâb khawa khawa ! » (« Armée, peuple, frères, frères ! »), le slogan « FLN dégage ! » concentre, en deux mots et en français, le rejet d’un « système » souvent désincarné.

Il s’accorde pleinement à l’exigence formulée dès le 15 mars à travers l’expression « Trouhou gaae ! » (« Partez tous ! »), dépassant ainsi la volonté de se débarrasser du simple Président sortant. Deux semaines plus tard, une banderole tendue dans l’hypercentre de la capitale insistera sur ce point : « Goulna ga, c’est ga » (« Nous avons dit tous, c’est tous »).

Hégémonie par la violence

Mais comment comprendre ce paradoxe apparent qui consiste, pour des millions de mani-festants, à réclamer haut et fort la disparition du Front de Libération Nationale tout en bran-dissant, dans les rues, des portraits ou symboles de la lutte anticoloniale ? Pour la grande majorité de la population, cédant à une certaine idéalisation de l’histoire, il existerait une  différence fondamentale entre le premier FLN, celui de la séquence 1954-1962, et le second FLN, celui de l’Algérie indépendante et néanmoins autoritaire.

Sur le premier aspect, il convient de rappeler que cette opinion ne se démarque aucunement de la propagande du régime ainsi qu’on peut le lire dans le préambule de l’actuelle Constitution algérienne qui célèbre la date du 1er novembre 1954, à savoir celle du déclenchement de la lutte armée contre le colonialisme français par le FLN :

« Réuni dans le mouvement national puis au sein du Front de Libération Nationale, le peuple a versé son sang pour assumer son destin collectif dans la liberté et l’identité culturelle nationale retrouvées et se doter d’institutions authentiquement populaires. Couronnant la guerre populaire par une indépendance payée du sacrifice des meilleurs de ses enfants, sous la conduite du Front de Libération Nationale et de l’Armée de Libération Nationale, le peuple algérien a restauré dans toute sa plénitude, un État moderne et souverain. »

Si le FLN a prétendu monopoliser la cause indépendantiste, il n’a pu conquérir son hégémonie qu’en supplantant, dans la violence, son rival nationaliste, le Mouvement National Algérien dirigé par le pionnier Messali Hadj, et en intégrant, par la conviction ou la contrainte, des éléments issus du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD), de l’Union démocratique du Manifeste algérien, présidée par Ferhat Abbas, de l’Association des oulémas ou du Parti communiste algérien (PCA).

La sauvage répression anti-indépendantiste par les autorités coloniales, la compétition violente entre nationalistes algériens pour la direction de la révolution ainsi que l’emploi du terrorisme contre les civils tant par les ultra-colonialistes que par le FLN conduisirent à la militarisation du conflit et à la constitution d’une bureaucratie totalitaire, prélude à l’instauration d’un régime de parti unique. Le temps du pluralisme partisan – truqué et inégal en raison des règles du jeu colonial – était terminé.

Symbole de l’oppression

Après l’interdiction par les autorités algériennes du PCA en novembre 1962, du Parti de la Révolution Socialiste de Mohammed Boudiaf en août 1963 et du Front des Forces Socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed, très implanté en Kabylie, en septembre de la même année, le FLN devint le seul parti autorisé jusqu’en 1989. Durant ces deux décennies, les autorités firent toute-fois preuve d’une certaine mansuétude, selon le contexte, à l’égard du Parti de l’Avant-Garde Socialiste (PADS), héritier du PCA, engagé dans une démarche de « soutien critique » au régime.

Lors des émeutes d’octobre 1988, des sections locales du FLN – tout comme des commissariats ou des bâtiments officiels – furent saccagées ou incendiées par de jeunes Algériens. Le FLN n’était plus qu’un symbole de l’oppression et de l’injustice. Le pluralisme concédé par les autorités après ce soulèvement populaire mit temporairement un terme au règne du FLN, dépassé par le FIS (Front Islamique du Salut) et le FFS lors du premier tour des élections législatives de décembre 1991.

Or, le second tour n’eut jamais lieu en raison de l’interruption du processus électoral par l’armée, en janvier 1992. Cette intervention militaire fut suivie d’une guerre civile opposant les forces de l’ordre aux groupes islamistes. Les législatives de juin 1997 virent le triomphe du Rassemble-ment national démocratique (RND), créé par l’administration à la veille des élections. Le FLN, traversé par une crise, fut alors relégué à la troisième position, derrière les islamistes du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), de tendance « frériste ».

Avec les élections de mai 2002, le FLN redevint le premier parti politique représenté à l’Assemblée populaire nationale et reprit son rôle d’instrument docile d’un régime corrompu et corrupteur, ouvrant ses portes aux affairistes de tout poil. Il maintint sa place au sein du gouver-nement, aux côtés du RND et des islamistes issus de la matrice MSP comme Amar Ghoul, qui fonda en 2012 le parti TAJ (Rassemblement de l’espoir de l’Algérie).

Comme en Tunisie ?

Le RND et TAJ font partie d’ailleurs des organisations conspuées par les manifestants depuis le 22 février. Mais en raison de son histoire aussi longue qu’ambivalente, le FLN demeure le parti qui cimente la colère des Algériens. Ce rejet n’est cependant pas si unanime. La presse datée du 31 mars offrait d’ailleurs deux contributions permettant de saisir les opinions contrastées à ce sujet.

Ainsi, El Watan – proche des oppositions – publiait un texte de l’ancien député du Rassemble-ment pour la Culture et la Démocratie (RCD) Ali Brahimi qui, reprenant sa proposition de loi datée de juillet 2011, exigeait des autorités «  l’interdiction immédiate, inconditionnelle et définitive de l’usage partisan des dénominations et sigles du FLN et de l’ Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) » Ceci afin de « restituer tous les symboles de la Révolution algérienne à la mémoire nationale qui en est le seul propriétaire légitime ».

De son côté, L’Expression – pro-régime – publiait un article du professeur Abdelmadjid Merdaci qui accusait ceux qui souhaitaient renvoyer le FLN au musée de réaliser le rêve des « nostalgi-ques de l’Algérie française et de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) »… Il ajoutait que « ceux qui jettent allègrement le bébé avec l’eau du bain se trompent et bien plus commettent la faute terrible d’atteinte, au travers du sigle du FLN, à la mémoire de tous ceux qui, sous son emblème, ont combattu, sont morts pour l’indépendance de l’Algérie ».

C’est là un amalgame douteux commis par un chercheur qu’on a pourtant connu mieux inspiré, d’autant que le « dégagisme » actuel concerne aussi d’autres partis, y compris ceux associés à l’opposition comme le FFS ou le Parti des Travailleurs (PT). Ces injonctions anti-partis s’expri-ment aussi avec le souci de défendre la souveraineté nationale de l’Algérie, y compris sous les formes les plus nationalistes.

Reste à savoir si le FLN connaîtra le même sort que celui du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), l’ancien parti hégémonique dans la Tunisie voisine, dissout en mars 2011, au risque de voir les tenants de l’ancien régime se redéployer sous d’autres étiquettes. L’enjeu n’est plus seulement de s’attaquer aux symboles du système actuel mais, sans doute, pour les révolutionnaires les plus déterminés, d’en finir avec tous les pouvoirs.

Depuis le surgissement du 22 février, le slogan « FLN dégage ! » a été largement repris par les manifestants, au point d’être aussi populaire que « Klitou lebled ya serrakine ! » (« Vous avez mangé le pays, bande de voleurs ! ») ou « Echaâb yourid isqat ennidham ! » (« Le peuple veut la chute du régime ! »), mettant ainsi la contestation algérienne au diapason des « printemps arabes » tant décriés par le régime depuis 2011. Dans ce texte, l’historien Nedjib Sidi Moussa revient sur la confiscation du pouvoir par ce parti, antérieure même à l’indépendance du pays.

Nedjib Sidi Moussa   24/04/2019
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