Archive | Anticolonialisme

03 décembre 2025 ~ 0 Commentaire

Nickel (Reporterre)

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« Le nickel indonésien de nos batteries mène un peuple à l’anéantissement »

En Indonésie, l’exploitation du nickel par un consortium, dont fait partie l’entreprise française Eramet, risque de conduire à l’anéantissement d’un peuple, avertit notre chroniqueuse. Deux membres de ce peuple sont venus protester jusqu’à Paris.

Celia Izoard est autrice et journaliste. Elle est l’autrice de La ruée minière au XXIe siècle — Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (éd. Seuil, 2024) et d’un recueil sur les usines du numérique (La Machine est ton seigneur et ton maître, Xu Lizhi, Yang, Jenny Chan, éd. Agone, 2022). Dans ces nouvelles chroniques, elle explore et divulgue les bas-fonds du capital.

L’extermination d’un peuple n’est pas toujours faite de sang et de hurlements.

Elle peut cohabiter discrètement avec la vie de tous les jours. Se présenter sous une forme assez anodine. Elle peut se manifester par la présence de quelques individus hirsutes mendiant de la nourriture. Ou prendre la forme d’un programme de gestion des milieux naturels, établi par un bureau d’études pour le compte d’une entreprise basée dans le 15e arrondissement de Paris.

En 2019, le groupe français Eramet a commencé à extraire du nickel sur l’île d’Halmahera, en Indonésie, avec des entreprises chinoise (Tsingshan) et indonésienne (Antam). Dans une forêt primaire qu’il est en train d’abattre, le consortium Weda Bay Nickel exploite une concession grande comme quatre fois la ville de Paris.

Des dizaines de kilos de nickel par voiture électrique

Chaque batterie de voiture électrique contient entre 20 et 50 kg de nickel, selon la taille du véhicule. Pour électrifier le parc automobile du seul continent européen, il en faudrait environ 10 millions de tonnes [1], trois fois la production annuelle mondiale de ce métal qui sert aussi à faire de l’inox, des avions et des tanks.

Les principaux gisements de nickel de la planète se trouvent dans la latérite, une roche rouge typique des régions tropicales. Avec la ruée sur les batteries, la production de nickel d’Indonésie a été multipliée par dix en dix ans.

Depuis quelque temps, sur le camp minier d’Eramet, des silhouettes décharnées ont fait leur apparition. Des hommes et femmes, hagards, affamés, surgissent entre les arbres, demandent à manger. Ce sont des Hongana Manyawa, le peuple de chasseurs-cueilleurs qui vit dans la forêt de Tobelo qu’Eramet a commencé à détruire. L’exploitation minière a pollué les cours d’eau où ils buvaient et pêchaient et fait fuir le gibier. La quasi-totalité de la concession d’Eramet (85 %) est sur leur territoire ancestral.

Décalage glaçant

Ces jours-ci, Ngigoro et Dewi, un homme et une femme des communautés de la forêt de Tobelo sont venus à Paris, accompagnés par les associations Survival International et Canopée. Ngigoro et Dewi ont manifesté devant le siège d’Eramet, portant la voix des 3 500 Hongana Manyawa de l’île d’Halmahera, dont environ 500 sont non contactés. Les anthropologues ont appelé ainsi les peuples autochtones qui vivent volontairement isolés de la population majoritaire.

Le fait est tristement connu depuis l’ère des conquistadors en Amazonie : si des membres de ces communautés se retrouvent subitement au milieu d’un camp minier, faute d’être immunisés à des virus dont les nouveaux venus peuvent être porteurs, ils risquent de mourir et de propager la mort parmi les leurs.

Ngigoro et Dewi ont été reçus le 26 novembre par des représentants d’Eramet qui se sont dit « ravis » de les rencontrer. Ngigoro les a suppliés d’arrêter de creuser sur leur territoire : « Si vous continuez à détruire la forêt, dans un an, trois ans tout au plus, mon peuple disparaîtra. » Les représentants d’Eramet ont répondu qu’ils allaient étudier la question.

« J’ai été glacée par le décalage entre la gravité des faits et les dérobades de l’entreprise et des services de l’État », a raconté après l’entrevue Klervi Le Guenic, chargée de campagne de l’association Canopée. D’après la Déclaration des Nations unies sur le droit des peuples autochtones, toute activité sur leurs terres doit recueillir le « consentement libre, informé et préalable » de ses habitants.

Droit de veto

C’est un droit de veto : pas de consentement, pas de mine. Eramet fait valoir que les chasseurs-cueilleurs Hongana Manyawa ne figurent pas sur la liste des peuples autochtones du gouvernement indonésien. Quant aux peuples non contactés, le droit international est clair : « Pas de contact. Toute intervention doit respecter la décision d’isolement des peuples autochtones non contactés ou récemment contactés. »

C’est ce qu’a rappelé en 2025 le groupe d’experts de l’ONU dans un rapport sur les droits des peuples autochtones confrontés à l’extraction de métaux critiques. Il réaffirme le principe « d’interdiction de toute activité minière sur les territoires de peuples non contactés ».

Ces règles sont bien connues d’Eramet, simplement, « l’entreprise nie l’existence de peuples non contactés dans la forêt de Tobelo », rapporte Sophie Grig, directrice de campagne de Survival International pour l’Asie et le Pacifique. Pourtant, leur présence est signalée par plusieurs vidéos tournées sur le site minier.

« L’entreprise a rédigé un protocole de conduite à tenir en cas de rencontre avec ces habitants de la forêt », ajoute Sophie Grig. Enfin, Eramet a commandité et payé une étude à un cabinet étasunien d’anthropologues, Cross Cultural Consulting Services, qui constate leur existence. Un lanceur d’alerte a divulgué ce document qui a été transmis à Reporterre.

En 2013, le cabinet étasunien a rédigé un « Plan de gestion de la forêt de Tobelo » dans le but d’aider Eramet à « obtenir le consentement préalable libre et éclairé des communautés de la forêt de Tobelo ». Les anthropologues y constatent « la difficulté à appliquer ce principe dès lors qu’une proportion importante de la population autochtone refuse d’être contactée. »

Les groupes de l’intérieur de la forêt, écrivent-ils, « semblent vivre en isolement volontaire et éviter tout contact ». Comment faire ? La stratégie proposée par le cabinet est d’acculturer progressivement les Hongana Manyawa : « Weda Bay Nickel devrait promouvoir des formes d’échanges permettant d’enseigner l’économie de marché aux autochtones de la forêt Tobelo. » On se croirait dans un mauvais scénario de film d’explorateurs.

En 2023, une nouvelle expertise de sciences humaines commandée par Eramet préconisait : « Weda Bay Nickel devrait créer une École de la Jungle » pour « enseigner l’économie de marché à la communauté Hongana Manyawa et s’assurer qu’elle interagisse avec le reste du monde ».

Au fond, Eramet n’a pas besoin d’investir dans une école de la jungle. Perdre l’immense forêt de Tobelo qui est leur monde, leur foyer et leur subsistance, venir mendier de la nourriture distribuée dans des petits sachets plastiques, en attendant d’être déplacés ou anéantis : les Hongana Manyawa sont en train d’apprendre l’essentiel des valeurs du marché. La loi de la jungle — la nôtre.

Ngigoro, Dewi, et les porte-parole de Survival International et de Canopée ont été reçus par des représentants de différents ministères et de l’Agence des participations de l’État. Ils ont demandé l’arrêt immédiat des activités minières sur le territoire de ce peuple et sa transformation en sanctuaire (« no go zone ») en application des principes des Nations unies.


Contacté par courriel, le groupe Eramet n’a pas dit à Reporterre comment il comptait empêcher la disparition des Hongana Manyawa, mais assure que « le protocole » mis en place il y a quelques années permet d’entretenir « des relations respectueuses avec les quelques individus contactés qui peuvent vivre ou passer sur ou à proximité de la concession minière ». Eramet a ajouté que Weda Bay Nickel adhère depuis 2022 aux bonnes pratiques de la mine responsable Irma, « le standard reconnu comme étant le plus exigeant du secteur minier à l’échelle internationale ».

Lire aussi :

À cause des voitures électriques, un peuple indonésien risque l’extermination

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03 décembre 2025 ~ 0 Commentaire

De Grâce (Le Canard)

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De grâce, laissez « Bibi » en paix !

Du Liban à Gaza en passant par la Cisjordanie et la Syrie, Tsahal enchaîne raids meurtriers et violations de trêves tandis que le bilan humain explose. Au milieu du fracas, le Premier ministre israélien, Benyamin  Netanyahou,  a une obsession : se faire gracier pour éviter d’être condamné pour corruption.

Semaine ordinaire pour Tsahal, « l’armée la plus morale du monde », comme elle aime à se présenter.

23 novembre au Liban : l’aviation israélienne élimine un des chefs d’état-major du Hezbollah au sud de Beyrouth lors d’un bombardement massif qui fait quatre autres morts et des dizaines de disparus et de blessés sous les décombres. Détail : un cessez-le-feu est théoriquement en vigueur depuis près d’un an.

27 novembre en Cisjordanie : les forces d’occupation mènent un raid à ­Jénine. Comme le montrent des images de l’AFP, deux Palestiniens sortent d’une maison, soulèvent leurs vêtements pour montrer qu’ils ne portent pas d’explosifs, s’agenouillent, les bras en l’air. Et sont tués par des agents de la police des frontières. Lesquels, brièvement arrêtés, sont remis en liberté. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, applaudit bruyamment sur X. (…)

(Suite sur papier)

2 décembre 2025

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02 décembre 2025 ~ 0 Commentaire

Eau (Inprecor)

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Pourquoi l’eau est devenue un enjeu de pouvoir et de sécurité en Afrique

L’eau est souvent considérée comme allant de soi, lorsque l’on a la chance de la voir couler au robinet. Pourtant, elle est au cœur de la sécurité nationale. Contrôler l’eau signifie contrôler une ressource essentielle qui permet à l’économie de fonctionner et de rester stable. L’eau soutient l’emploi, les entreprises et les moyens de subsistance. Lorsqu’elle est bien gérée, l’économie des pays est plus forte et plus sûre.

Je suis un universitaire spécialisé dans l’étude des fleuves transfrontaliers et les questions de sécurité nationale. Ce domaine de recherche étudie le conflit entre le concept juridique d’égalité souveraine (selon lequel tous les pays sont égaux en droit international) et les droits associés aux cours d’eau et aux délimitations frontalières.

Les conflits autour des fleuves, du Chobe et de l’Orange en Afrique australe au Nil dans le nord, montrent que l’accès à l’eau et le contrôle des sources d’eau peuvent déterminer la stabilité sociale, les migrations, les investissements et même les relations internationales.

Comment les changements fluviaux créent des conflits frontaliers

Un bon exemple est celui de la petite île située sur le fleuve Chobe, entre le Botswana et la Namibie. Cette île est appelée Kasikili au Botswana et Sedudu en Namibie. La question de la propriété de l’île est devenue importante après l’indépendance de la Namibie, qui a porté l’affaire devant la Cour internationale de justice en 1996, affirmant que l’île était son territoire depuis toujours.

La Cour a statué contre la Namibie, invoquant la norme internationale qui reconnaît le thalweg du fleuve comme véritable frontière.

Le thalweg est la partie la plus profonde du lit d’un fleuve. Mais dans les cours d’eau qui évoluent rapidement, ce point le plus profond peut se déplacer au fil du temps, parfois après une seule grande crue. Dans ce cas, l’île se trouvait du côté botswanais du thalweg et appartenait donc au Botswana.

Cette délimitation juridique peut être très contestée, en particulier lorsqu’il s’agit de déterminer quel pays a accès aux ressources minérales des fleuves et de la mer (la délimitation des frontières s’étend jusqu’aux océans au niveau des estuaires).

Un autre exemple est le fleuve Orange, long de 2 200 kilomètres, et plus grand fleuve d’Afrique du Sud. Il traverse quatre pays – le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie – et en 1890, la frontière entre la Namibie et l’Afrique du Sud a été définie comme suivant la rive namibienne du fleuve (la ligne des hautes eaux) plutôt que le thalweg (ligne médiane).

La raison pour laquelle cette délimitation frontalière particulière ignore la norme juridique internationale consistant à utiliser le thalweg remonte à l’époque coloniale. À cette époque, des hostilités existaient entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Les autorités britanniques de la colonie du Cap estimaient qu’il était possible d’empêcher l’installation permanente des Allemands en refusant à l’Afrique du Sud-Ouest allemande l’accès à l’approvisionnement fiable en eau du fleuve Orange.

Cette décision était motivée par la sécurité nationale et la perception d’une menace. Dans mes recherches, j’ai souvent observé ce type de situation.

Comment les frontières hydrauliques affectent la sécurité d’un pays

Le contrôle de l’eau est source de sécurité, qui peut prendre de nombreuses formes. Le contrôle des eaux de crue permet de se prémunir contre les inondations et les noyades. La lutte contre les inondations implique généralement la construction d’un ou plusieurs barrages afin de réduire l’ampleur des crues les plus importantes.

Contrôler l’eau stockée dans les barrages signifie que pendant les périodes de sécheresse, la société disposera toujours d’un approvisionnement en eau et pourra continuer à fonctionner normalement. Le contrôle de l’eau génère donc une sécurité qui permet à la société de prospérer.

C’est également une question très controversée, comme on le voit dans le cas du fleuve Nil. Long de 6 650 km, c’est l’un des plus longs fleuves du monde, qui draine 10 % de l’ensemble du continent africain. Onze États riverains – Burundi, République démocratique du Congo, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Soudan du Sud, Soudan, Tanzanie et Ouganda – se partagent le Nil. Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne est le dernier en date des nombreux points de discorde.

L’Égypte revendique des droits souverains sur le Nil. Mais cela entre en conflit avec les droits souverains de l’Éthiopie, qui a construit le barrage. L’Égypte a accusé l’Éthiopie d’avoir accaparécette ressource. La question est complexe sur le plan juridique et délicate sur le plan politique.

L’eau peut également renforcer la sécurité d’un pays, d’une ville ou d’une village. En 2018, Le Cap, en Afrique du Sud, a frôlé une crise du Day Zero (Jour Zéro) qui a fait la une des journaux internationaux. La ville faisait face à la perspective de se retrouver littéralement à court d’eau. Cela s’est produit parce que l’eau de plusieurs cours d’eaux locaux avait été détournée grâce à des transferts entre bassins versants. Ce qui, combiné à la sécheresse, a rendu la ville vulnérable.

Aujourd’hui, la ville a adopté une stratégie durable qui repose sur deux piliers : le recyclage des eaux usées et le développement d’unités de dessalement de l’eau de mer à l’échelle industrielle.

La sécurité nationale dépend de la sécurité de l’approvisionnement en eau

Les êtres humains sont des migrants par nature, ils se déplaceront donc naturellement des zones peu sûres vers des zones plus sûres. Les migrants apportent avec eux du capital : des compétences humaines et des ressources financières.

La gestion de l’eau doit être basée sur les flux naturels des populations. Les mouvements internes de population en Afrique du Sud étaient autrefois contrôlés par une politique appelée « contrôle des flux migratoires ». Cette politique, considérée comme une violation des droits humains, a été rejetée. Elle était au cœur de la lutte armée pour la libération.

Au cours des quarante dernières années, la population a presque triplé, entraînant une migration incontrôlée des zones rurales vers les villes. Ces migrations ont submergé les infrastructures. L’approvisionnement en eau et l’assainissement n’ont pas suivi le rythme, créant une nouvelle forme de crise de sécurité nationale.

Des capitaux sont nécessaires pour créer des emplois et assurer la stabilité sociale d’une population marquée par les migrations. Mais les investisseurs sont de moins en moins disposés à s’implanter dans des régions submergées par des migrations qui dépassent les capacités des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement.

Nous pouvons ainsi constater que la sécurité nationale dépend de la sécurité de l’approvisionnement en eau, car la stabilité sociale et le bien-être économique sont directement liés aux flux de personnes possédant des compétences et des capitaux. Il est essentiel de considérer l’eau comme un risque pour la sécurité nationale afin de mettre en place les réformes politiques nécessaires pour créer les conditions propices à l’épanouissement des êtres humains. Les capitaux affluent toujours vers les endroits où les gens peuvent s’épanouir. La politique de l’eau soit s’aligner sur cette simple réalité.

 The Conversation

2 décembre 2025 Anthony Turton

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01 décembre 2025 ~ 0 Commentaire

Jénine (OF)

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Cisjordanie : deux Palestiniens tués par des soldats israéliens, un « crime de guerre » pour l’Autorité palestinienne

Une vidéo montrant des soldats israéliens tirant à bout portant sur deux hommes en train de se rendre à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, a indigné l’Autorité palestinienne qui accuse, ce jeudi 27 novembre, Israël de « crime de guerre ». Tsahal annonce examiner cet « incident ».

Des vidéos ayant circulé sur les réseaux sociaux, et reprises par des télévisions israéliennes ce jeudi 27 novembre 2025, montrent deux hommes avancer vers les forces israéliennes de Tsahal à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, les mains en l’air, avant que ne retentissent des tirs – visiblement à bout portant – et qu’ils s’écroulent à terre.

Une « exécution sommaire » et «un crime de guerre»

« Le ministère des Affaires étrangères et des Expatriés condamne avec la plus grande fermeté le crime odieux d’exécution sommaire perpétré par l’armée d’occupation israélienne contre deux jeunes Palestiniens […] près du camp [de réfugiés] de Jénine », indique un communiqué officiel publié ce jeudi 27 novembre l’Autorité palestinienne

«Soutien total» du ministre israélien de la Sécurité nationale

L’armée israélienne a répondu ce jeudi en affirmant examiner cet « incident ». Dans un communiqué militaire, Tsahal explique que les forces israéliennes ont encerclé un bâtiment où se trouvaient « des individus recherchés », et « lancé une procédure de reddition ». « Les deux suspects sont sortis. Après leur sortie, des tirs ont été dirigés vers les suspects », ajoute l’armée, précisant que « l’incident est en cours d’examen ».

Le ministre israélien de la Sécurité nationale a apporté ce jeudi son «soutien total» aux policiers et aux soldats «qui ont tiré sur des terroristes recherchés qui sont sortis d’un bâtiment à Jénine», a écrit Itamar Ben Gvir sur son compte X. «Les combattants ont agi exactement comme on l’attend : les terroristes doivent mourir !»

Ouest-France  27/11/2025 

Lire aussi :

REPORTAGE. Entre la Cisjordanie et Israël, des Palestiniens franchissent le mur au péril de leur vie

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01 décembre 2025 ~ 1 Commentaire

Marwan Barghouti (L’Huma)

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Marwan Barghouti, Prix du prisonnier de conscience 2025

La Fondation Daniel Singer a désigné Marwan Barghouti comme lauréat de son Prix du prisonnier de conscience 2025. Nous publions ci-après l’annonce de cette récompense.

« La Fondation Daniel Singer a désigné Marwan Barghouti comme lauréat de son Prix du prisonnier de conscience 2025. Ce prix est doté de 5 000 dollars.

Marwan Barghouti, surnommé le « Mandela palestinien », a été emprisonné il y a 23 ans sur la base de fausses accusations. Ce leader palestinien a toujours soutenu que la résistance à l’occupation ne saurait justifier des attaques terroristes contre des civils israéliens. Il fut l’un des chefs de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à plaider pour une solution à deux États.

Il est de loin le dirigeant palestinien le plus populaire, et les sondages indiquent qu’il serait élu à la tête de l’Autorité palestinienne s’il était libre. Lors du récent échange de prisonniers avec le Hamas, Benyamin Netanyahou – à la demande de son ministre d’extrême droite, Ben Gvir – a refusé d’inclure Barghouti parmi les 2 000 prisonniers palestiniens libérés. Ils veulent éviter à tout prix la présence d’un dirigeant palestinien qui défend une approche raisonnable du conflit.

Barghouti est l’une des rares, sinon la seule, figure palestinienne capable d’unir le peuple palestinien autour d’une perspective anticoloniale et d’une solution à deux États. C’est pourquoi les ennemis jurés de la paix qui gouvernent Israël refusent aujourd’hui de le libérer.

La Fondation Daniel Singer, créée en mémoire de Daniel Singer, célèbre journaliste et écrivain juif polonais engagé pour un socialisme humaniste et démocratique, exige la libération immédiate de Marwan Barghouti. La Fondation lui décerne son Prix du Prisonnier d’opinion pour protester contre les traitements inhumains qu’il subit et dans l’espoir que son leadership puisse contribuer à faire progresser la cause du peuple palestinien. »

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01 décembre 2025 ~ 0 Commentaire

Campus (l’Huma)

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Sur les campus français, la mobilisation s’organise contre les partenariats avec les universités israéliennes impliquées dans le génocide à Gaza

Au nom du respect du droit international, plusieurs associations d’étudiants et de défense des droits humains réclament la résiliation des partenariats liant des établissements français d’enseignement supérieur à leurs homologues israéliens, piliers de la politique génocidaire en cours.

Résilier, au nom du droit international, les partenariats passés avec les universités israéliennes : cette mise en demeure émanant de plusieurs associations vise ce matin huit des plus prestigieuses universités françaises. Outre Paris-1, Sorbonne Université, ENS PSL, Sciences-Po Paris, Aix-Marseille Université, ENS Lyon, UGA Grenoble et l’université de Strasbourg, le courrier s’adresse aussi à deux ministères, celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et celui des Affaires étrangères.

Une démarche inédite. « On a fait des occupations, voté des motions, présenté des demandes dans le cadre d’assemblées générales. Mais, jusqu’à présent, jamais nous n’avions saisi la justice », indique Thomas, de l’association Nidal, qui figure parmi les requérants au côté de Solidaires Étudiant.e.s, Syndicats de luttes Paris-1, Syndicat alternatif Paris-1 ainsi que Sud éducation Paris.

Faute de réponse satisfaisante dans les deux mois, leurs avocats…

30 novembre 2025   Elisabeth Fleury

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Katharina Galor, chercheuse : « Un lien structurel unit l’armée et les universités israéliennes »

Les institutions académique et militaire entretiennent une relation organique. La chercheuse Katharina Galor détaille ses effets sur le monde universitaire et dit comprendre les appels au boycott, en raison d’une « forme de soutien indirect à la politique génocidaire de l’État ».

Pour Katharina Galor, le lien structurel entre universités et armée entraîne une militarisation croissante du milieu académique israélien. 

Historienne de l’art et archéologue, Katharina Galor enseigne dans le programme d’études juives et au Center for Middle East Studies de l’université Brown (États-Unis). Elle est l’autrice d’Out of Gaza : A Tale of Love, Exile, and Friendship (Potomac Books, 2025), et ses recherches portent sur la culture visuelle, le patrimoine culturel et le conflit israélo-palestinien.

Quelle est la nature du lien entre les universités israéliennes et l’armée ?

Il s’agit d’un lien structurel très profond, qui existe depuis la création d’Israël, et qui se manifeste aussi bien dans l’organisation administrative des établissements que dans leurs relations avec les gouvernements successifs.

Plusieurs universités accueillent des programmes conjoints avec l’armée, comme celui de Talpiot, d’Havatzalot ou les cursus intégrés de l’Atuda et de l’armée de l’air, où les étudiantes et étudiants suivent un cursus universitaire tout en étant formés comme officiers ou spécialistes du renseignement. Ces collaborations incluent également des domaines stratégiques comme l’ingénierie, l’informatique, la cybersécurité…

30 novembre 2025  Diego Chauvet

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28 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Palestine 1936 (SWP)

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Rassemblement d’Arabes palestiniens à Abou Ghosh pendant la grève de 1936
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1936 : La Palestine en révolte
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Le nouveau film Palestine 36 raconte l’histoire de la Révolte arabe de 1936-1939.
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Ce soulèvement a vu les Palestiniens lutter contre l’occupation britannique et les forces sionistes. Arthur Townend s’est entretenu avec l’auteur Phil Marfleet sur la manière dont cette révolte a créé un précédent en matière de résistance et de répression.
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.Quel était le contexte de la Révolte arabe ?

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.Tout d’abord, les Palestiniens subissaient une importante occupation militaire britannique. Les Britanniques étaient également présents en Égypte et en Irak. Les Français étaient en Syrie. Il existait une présence impériale européenne dans toute la région – partout, la résistance s’organisait. En Égypte, par exemple, une révolution avait débuté en 1919. Il y avait donc une très forte prise de conscience de la signification de l’impérialisme – et les Palestiniens faisaient partie intégrante de cette résistance. .Dans les années 1920, le mouvement de colonisation sioniste prend rapidement de l’ampleur. Des expulsions massives de Palestiniens, principalement des paysans, ont lieu. Des milliers de familles n’ont d’autre choix que de se réfugier dans des villes palestiniennes comme Jaffa et Haïfa.

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La population arabe palestinienne urbaine a augmenté de 40 % entre la Première Guerre mondiale et le milieu des années 1930. .Ces populations sont contraintes de vivre en périphérie de ces villes. Face à la résistance des Palestiniens, ils doivent affronter non seulement les Britanniques, mais aussi les milices sionistes qui protègent les nouvelles colonies et qui bénéficient, bien entendu, du soutien britannique. Les Britanniques ont constitué des caches d’armes à destination des colons. Dès les années 1930, les Britanniques fournissent directement des armes aux milices sionistes et dispensent divers entraînements. .Parallèlement, des organisations populaires se développent. L’Association des jeunes musulmans, active dans toute la Palestine, joue un rôle essentiel. Bien que la classe ouvrière palestinienne soit très réduite, elle est bien réelle et principalement organisée par la Société des travailleurs arabes palestiniens. Au début des années 1930, les premiers signes de résistance armée apparaissent. Une organisation appelée la Main Verte se forme et commence à attaquer les forces britanniques et les colonies sionistes. .

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Quelle forme a pris cette résistance ? .

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Quel a été, en particulier, le rôle de la classe ouvrière ? En avril 1936, l’Intifada débute par une grève générale. Je la qualifierais de l’un des plus grands mouvements de masse du XXe siècle, précisément parce qu’elle mobilise véritablement toute la Palestine. Bien sûr, une classe de propriétaires terriens palestiniens domine la direction du mouvement national. Conservatrice, elle recherche des compromis avec les Britanniques. Mais le mouvement populaire est très puissant. Il repose sur ce que les Palestiniens appellent les « comités nationaux », c’est-à-dire des comités locaux et une démocratie directe. .Ainsi, la forme de la résistance est dictée par l’organisation de la base. C’est ce qui la distingue des autres mouvements de libération nationale : l’absence de coordination nationale globale. Il ne faut pas surestimer le rôle de la classe ouvrière : elle était réduite et marginalisée par le mouvement des colons sionistes. Ce mouvement exigeait une main-d’œuvre hébraïque. En réalité, il souhaitait une économie entièrement peuplée de migrants sionistes. Des campagnes furent donc menées à différentes époques pour exclure la main-d’œuvre arabe. De ce fait, la classe ouvrière palestinienne est peu nombreuse..On trouve des ouvriers dans les chemins de fer, les carrières, le bâtiment et une importante industrie oléicole fabriquant du savon. Il s’agit d’une classe ouvrière sous pression, mais pas suffisamment importante pour influencer profondément le mouvement national. Le fait marquant est que la révolte était un mouvement de tous les Arabes palestiniens. Ce sont là les caractéristiques essentielles de l’Intifada, qui expliquent sa longévité. Les Britanniques ne parvinrent pas à réprimer l’Intifada pendant trois ans, car il s’agissait d’un mouvement anticolonial organisé par la base. .

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Quel rôle les femmes ont-elles joué ?

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.Une caractéristique essentielle de la révolte est le dynamisme du mouvement populaire, auquel les femmes ont pleinement participé. Certaines ont pris les armes et ont été tuées. D’autres se sont investies activement dans les groupes d’autodéfense villageois et de quartier. Elles jouaient un rôle de guetteuses, donnant l’alerte en cas d’attaques imminentes. En ce sens, elles étaient une composante intégrante de la résistance. Des jeunes femmes organisaient également des grèves scolaires. Ce phénomène est d’ailleurs commun aux trois grandes Intifadas palestinien-nes : 1936, 1987 et 2000. On allait à l’école normalement, puis on mobilisait l’établissement pour faire grève. Ce fut notamment le fait de jeunes femmes. Les Britanniques ont éprouvé d’énormes difficultés à gérer la résistance féminine. Les archives militaires britanniques font de nombreuses références à ces « femmes rebelles » et à la question : « Que diable allons-nous faire d’elles ? ».

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Comment s’est déroulée la répression ?
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Les Britanniques ont des siècles d’expérience dans la gestion des mouvements anticoloniaux à travers le monde, notamment en Inde. Toute une série d’officiers britanniques ayant servi en Inde ont été mobilisés. De fait, les Britanniques ont pratiqué la subordination des peuples colonisés pendant des générations, et ils l’appliquent désormais au peuple palestinien. En Palestine, ils ont non seulement constitué une force de police en recrutant parmi les Black and Tans – une force paramilitaire britannique – mais aussi parmi les communautés de colons.
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Les Britanniques disposaient de forces considérables, de l’ordre de 30 000 hommes. Et ils utilisent les méthodes les plus brutales pour réprimer la résistance. Un auteur, Matthew Hughes, estime que les forces britanniques ont arrêté environ 550 000 Palestiniens pendant l’Intifada. Dans une société de seulement 1,3 million d’habitants, c’est tout à fait extraordinaire. Les Britanniques ont également construit 13 camps de concentration – c’est ainsi qu’ils les appelaient.
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La Grande-Bretagne a « formé » les dirigeants du mouvement sioniste à réprimer la résistance palestinienne. Il est faux de prétendre que les Britanniques et les sionistes étaient d’accord sur tout. Et les dirigeants sionistes cherchaient constamment à obtenir davantage de la Grande-Bretagne. Mais face à une résistance palestinienne massive, les Britanniques collaborent de plus en plus avec les milices sionistes.
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Dès les années 1930, celles-ci étaient très bien implantées. La plus importante est la Haganah – la Défense. Il ne s’agit pas seulement de camps de concentration. Il s’agit de la destruction de villages, du pillage des terres, de la destruction des arbres et des récoltes, du dynamitage de quartiers entiers. Ce sont précisément les techniques qui ont ensuite été utilisées par les gouvernements israéliens : couvre-feux, exil et bannissement, occupation de villages, arrestations arbitraires, détention sans procès, assassinats, torture, camps de concentration, opérations secrètes, recours à des collaborateurs, construction de murs, application du droit militaire contre les civils… la liste est interminable.
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Les Britanniques ont inventé la technique du largage de tracts par avion, avec la mention « Ordre d’évacuation », avant de bombarder le village. Nous l’avons vu des milliers de fois lors du génocide à Gaza. Les escadrons spéciaux de nuit, commandés par l’officier britannique Orde Wingate, sont sans doute les plus tristement célèbres. Ils attaquent les villages palestiniens et les quartiers urbains sans avertissement. Il recrute des figures importantes des milices sionistes, dont Moshe Dayan, qui deviendra plus tard une figure majeure de la politique israélienne.
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L’Intifada prend donc fin sous le poids de la répression acharnée des Britanniques et des milices sionistes. Les Palestiniens finissent par être épuisés par l’ampleur de la violence. L’État d’Israël, né en mai 1948, serait impensable sans des années de répression britannique de la résistance.
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Y a-t-il des leçons à tirer pour la lutte de libération actuelle ?
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L’enseignement principal est que les luttes palestiniennes s’inscrivent dans une très longue histoire. L’Intifada a démontré la vigueur de la résistance populaire et l’importance cruciale du mouvement populaire. Elle a également créé des précédents pour la résistance palestinienne, qui se perpétuent aujourd’hui. Les Intifadas de 1987 et 2000 sont incompréhensibles sans la perspective de la lutte de 1936. Le terme arabe « sumud » désigne la constance, la force d’âme. Les Palestiniens ont fait preuve de cette force d’âme depuis les années 1930. Malgré une situation extrêmement défavorable, la résistance se poursuit.
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Malgré tout, malgré les alliances d’Israël avec les nations les plus puissantes du monde, et notamment les États-Unis, les Israéliens ne sont pas parvenus à expulser les Palestiniens. Pourquoi ? En un sens, les Palestiniens ne sont pas un cas isolé. Ils sont comme tous les peuples du monde qui résistent au colonialisme. Il a fallu 300 ans de lutte en Irlande pour chasser les Britanniques de la majeure partie du pays. En Algérie, il a fallu 150 ans de résistance. Dans le cas de la Palestine, cela fait maintenant plus d’un siècle que la résistance existe. Et ni les Britanniques ni les Israéliens n’ont réussi à l’anéantir, car le peuple se défend – et parfois, il recourt à des moyens révolutionnaires.
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Ce film ne se contente pas de relater l’histoire.
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Le nouveau film Palestine 36 se déroule pendant la Révolte arabe de 1936-1939, le soulèvement palestinien, trop souvent oublié, contre la domination britannique et l’accélération de la colonisation sioniste de la Palestine.
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Le film a été présenté en avant-première mondiale au Festival international du film de Toronto, où il a reçu une ovation de vingt minutes. L’histoire se déroule sur fond de grève générale palestinienne qui dégénère rapidement en révolte générale. Les forces britanniques ont recours aux arrestations massives, aux démolitions de maisons, aux châtiments collectifs et à la répression. Autant de tactiques que l’armée israélienne utilisera plus tard.
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Des images d’archives, magnifiquement restaurées et colorisées, sont intégrées avec fluidité au récit. On y voit des immigrants juifs débarquer de bateaux, fuyant l’antisémitisme européen, mais déplaçant simultanément des Palestiniens. Le casting réunit de grands noms. Jeremy Irons livre une performance glaçante dans le rôle du haut-commissaire britannique Arthur Wauchope, incarnant à la perfection l’arrogance impériale. Mais ce sont les acteurs moins connus, interprétant les travailleurs palestiniens, qui portent le film avec une telle intensité émotionnelle.
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La société palestinienne est rarement représentée dans les récits occidentaux ; il était donc intéressant de découvrir une représentation de la bourgeoisie arabe. Le film nous montre ce que les Britanniques font de mieux : diviser pour mieux régner. Nous rencontrons de riches propriétaires terriens et des hommes d’affaires qui voient dans l’immigration sioniste une opportunité commerciale. Le film montre comment ils collaborent avec les Britanniques. Ainsi, le journal « libéral » de Jérusalem accepte des pots-de-vin pour publier de faux avis pro-sionistes arabes.
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À travers le personnage de Yusuf, un jeune ouvrier qui entre au journal, nous voyons comment la naïveté se mue en une vision révolutionnaire à mesure que la brutalité du régime britannique radicalise les individus. Le film est un récit puissant, tissé de faits réels et de l’héritage du colonialisme britannique.
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Ce film montre comment la Déclaration Balfour de 1917 – la promesse britannique d’un « foyer national pour le peuple juif » – a préparé le terrain pour les années 1930. On y voit comment les Juifs fuyant le génocide en Europe sont instrumentalisés pour soutenir le projet sioniste britannique. Le film oppose des Britanniques sirotant tranquillement leur thé à des Juifs ouvrant leurs passeports marqués de tampons nazis, tandis que des Palestiniens voient leurs maisons et leurs récoltes détruites. Palestine 36 est une fresque historique d’une grande ampleur, mais elle ne se contente pas de rappeler l’histoire : elle est à l’origine même des événements actuels. Maryam Tariq
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27 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Minorités (Orient 21)

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Israël. L’aventureuse manipulation des minorités au Proche-Orient

Depuis les origines, le mouvement sioniste a misé sur les minorités au Proche-Orient. Avec la création de l’État, il a tenté de les utiliser pour affaiblir les nouveaux États indépendants. Une politique qui s’est amplifiée depuis la guerre contre Gaza, avec des interventions directes au Liban et en Syrie.

Les responsables sionistes, futurs dirigeants d’Israël, ne se sont guère préparés aux rapports avec les Arabes qui les attendaient une fois créé l’État israélien. En revanche, ils ont accordé de l’importance aux minorités ethniques ou religieuses du Proche-Orient, perçues comme des alliés potentiels face à « l’ennemi commun » arabe.

Jusqu’à la rivière Awali

En tant que plus proche voisin, le Liban a toujours occupé une place particulière dans la réflexion des sionistes comme des Israéliens. Dès 1919, Chaim Weizmann, l’un des principaux négociateurs du projet sioniste, propose une carte dans laquelle l’État qu’il imagine remonte jusqu’à la rivière Awali, au nord de Saïda. Lors de la guerre d’octobre 2024 avec le Liban, l’armée israélienne donnera l’ordre aux populations du Sud-Liban de se déplacer au nord de cette même rivière Awali…

Bien peu soucieux de la souveraineté libanaise, Weizmann n’hésite pas à affirmer aux représentants des deux puissances coloniales britannique et française que les eaux du Litani (à quelques kilomètres au sud de la rivière Awali) n’ont « aucune utilité » pour la population libanaise résidant plus au nord et que ces eaux ne pourraient « profiter » qu’aux habitants résidant au sud, c’est-à-dire du futur « État juif ».

À la suite des pressions du patriarche maronite Elias Hoayek, qui avait représenté le Liban à la Société des Nations (SDN) et réclamé son indépendance, le mouvement sioniste repart bredouille. En 1920, le général Henri Gouraud déclare l’État du Grand Liban en donnant satisfaction au patriarche.

Compte tenu du travail de sape opéré par Londres et Paris au Proche-Orient — « « Les Français et les Anglais ont dessiné les frontières, et les Arabes ont colorié la carte », titrait L’Orient-Le Jour, le 16 mai 2016 — on peut comprendre que le mouvement sioniste ait voulu profiter de la fragmentation de toute la région selon des lignes ethniques ou confessionnelles et renforcer son influence.

Il ne peut y avoir « deux Suisses au Proche-Orient »

Ce n’est cependant qu’après la guerre de 1967 que le Liban commence à être vraiment ciblé par Israël. Il était le seul pays à ne pas avoir participé au conflit de 1948-1949. Disposant à l’époque d’un niveau de vie comparable à celui des Israéliens, les Libanais vivaient encore en bonne harmonie.

Le 1er avril 2025, sur sa page facebook personnelle, la politologue libanaise Sara El-Yafi a évoqué, dans une vidéo, des documents israéliens selon lesquels il ne peut pas y avoir « deux Suisses au Proche-Orient ». Elle a aussi montré comment l’État israélien, à partir notamment de la destruction en décembre 1968 de la flotte civile libanaise, sous un prétexte fallacieux — que dénoncera le chef de l’État français Charles de Gaulle—, a multiplié les initiatives pour fragiliser le Liban.

Maillon faible du camp arabe, Beyrouth va désormais payer au prix fort l’hubris israélien. Alimentées en partie par Damas et Tel-Aviv, favorisées par la faiblesse d’un État qui ne peut empêcher pléthore de milices plus ou moins disciplinées de circuler sur son territoire, les tensions entre la droite chrétienne et la résistance palestinienne et ses alliés libanais conduisent au début de la guerre civile en avril 1975.

Pendant une quinzaine d’années, jusqu’aux accords de Taef en 1989, le Liban vit de sombres moments : entrée des troupes syriennes à la demande de partis chrétiens, invasions israéliennes en 1978 et 1982, siège de la capitale en 1982, départ des forces palestiniennes et de Yasser Arafat, attentats meurtriers en 1983 contre les Marines étatsuniens (241 morts) et les parachutistes français (58 morts), enlèvements de journalistes et de diplomates occidentaux par des groupes chiites radicaux. Les morts se chiffrent par dizaines de milliers, les réfugiés par centaines de milliers et les destructions par milliards de dollars.

Les contacts entre Israël et la droite chrétienne conduisent à la création en 1978 de l’Armée du Liban sud (ALS), composée de supplétifs en majorité maronites, mais aussi chiites, équipés et contrôlés par Israël, dont elle fait le sale boulot : torture de combattants palestiniens et libanais dans la tristement célèbre prison de Khiam, etc. L’ALS disparaît en 2000 au moment où Israël évacue le Liban en raison de pertes très importantes : 1 000 soldats tués en 22 ans, presque tous par le mouvement chiite Hezbollah.

Autre tragédie : les massacres du camp palestinien de Sabra et Chatila en septembre 1982 (de 1 000 à 2 500 morts et blessés) par des miliciens chrétiens sous l’œil complice d’officiers supérieurs israéliens qui n’interviennent pas. L’émotion est considérable, y compris en Israël.

Ces trois dernières décennies, Israël a multiplié ingérences, incursions et liquidations de personnes, palestiniennes ou libanaises. Le Liban est à nouveau envahi en 2006 et en 2024. À chaque fois, c’est l’hécatombe et la ruine.

L’élection, le 9 janvier 2025, du général Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée, à la tête de l’État libanais et celle, quelques jours plus tard, de Nawaf Salam, comme premier ministre, ne changent pas grand-chose. Alors que les Libanais pouvaient espérer un avenir meilleur avec, pour la première fois depuis longtemps, l’arrivée au plus haut niveau de l’exécutif de deux hommes intègres, Israël ne fait aucun geste susceptible de détendre le climat.

Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou bouge d’autant moins qu’il peut compter sur le soutien ou la complaisance des États-Unis et le silence de la France, ancienne puissance mandataire. Les deux émissaires trumpistes au Liban et en Syrie, Tom Barrack et Morgan Ortagus, n’ont ainsi jamais demandé à Israël de cesser ses bombardements malgré l’instauration d’un cessez-le-feu supervisé par Washington et Paris le 27 novembre 2024. Leurs pesantes pressions visent exclusivement Beyrouth sommé de désarmer le Hezbollah..

La question druze

Aujourd’hui, les Druzes son répartis entre Syrie (500 000 à 1 million), Liban (400 000) et Israël (140 000). Très attachés à la terre qui les a vus naître, ils passent pour être fidèles à l’État dans lequel ils vivent tout en refusant toute assimilation. L’arrivée des Druzes dans le nord de la Palestine remonte à l’expansion de l’émirat druze du Liban, au début du XVIIe siècle.

Les Druzes palestiniens, dans les années 1930, sont tiraillés entre le nationalisme arabe et leur groupe ethno-national et choisissent en majorité une certaine neutralité. Mais le mouvement sioniste, comprenant son intérêt à diviser les Palestiniens, avive les dissensions préexistantes entre Druzes et sunnites et sollicite certains clans druzes.

Pendant la guerre de 1948-1949, une partie des Druzes coopère avec le mouvement sioniste si bien que la communauté n’est pas victime de la Nakba. Même si les responsables israéliens ont procuré nombre d’avantages aux Druzes et même instauré un pacte du sang matérialisé en 1963 par l’octroi d’une autonomie communautaire en matière religieuse et judiciaire. Même si les Druzes se sentent en grande majorité israéliens, des divergences persistent et se sont même développées récemment avec les massacres à Gaza et en Cisjordanie.

Outre cette situation mal vécue, le principal problème est celui de la propriété des terres. Bien que Ben Gourion ait promis en 1948 le respect de la propriété, 80 % des terres druzes de Galilée ont été confisquées. De plus, les infrastructures urbaines druzes, comme chez les autres Arabes, ne sont pas au niveau des villes juives et les permis de construire sont difficiles à obtenir. Par ailleurs, la loi sur l’État-nation de 2018, qui consacre l’inégalité entre juifs et autres communautés, est très mal ressentie par les Druzes.

En 2011, alors que la guerre civile vient de débuter en Syrie, la question d’un État druze se pose à nouveau. De nombreux Druzes israéliens demandent à leur gouvernement d’intervenir pour aider les Druzes syriens attaqués par des groupes islamistes qui les considèrent comme des hérétiques. Israël se borne à quelques avertissements, mais ne fait rien.

Mais à la mi-juillet 2025, alors que l’armée syrienne est intervenue pour tenter de ramener le calme entre combattants druzes et bédouins sunnites, Israël intervient militairement en affirmant vouloir protéger les Druzes…

Ignace Dalle

Ancien journaliste de l’Agence France presse (AFP). Il a passé de nombreuses années en poste dans le monde arabe, notamment au Liban,

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27 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Troubles (Nota Bene)

Commentaire:

Cette vidéo, très sympathique, ne répond toutefois pas à la question: « Mais pourquoi les britanniques sont-ils encore là? »

Version officielle: Ils protègent la majorité protestante de la minorité des « sauvages papistes ». Or en Irlande du Sud, protestants, juifs ou catholiques vivent sans violence et peuvent être élus à la présidence de la République.

Il faut donc chercher ailleurs! C’est en fait pour protéger le droit des « Protestants Unionistes » à opprimer les nationalistes « catholiques ».  On peut en effet s’étonner du nombre de milliards de Livres dépensés chaque année pour séparer des « furieux assoiffés de sang » au moyens de la torture et de l’infiltration de mouchards. De plus les cathos ayant plus d’enfants, ils seront bientôt majoritaires et l’excuse de défendre la majorité va tomber.

Ailleurs. D’abord, les britanniques ont sciemment créé l’idée de la « suprématie des protestants » qui leur permet tous les excès, dont le droits de s’armer avec une police « sectaire » et des circonscriptions taillées sur mesure.

Nourrir les capitalistes du « complexe militaro-industriel ».

L’emplacement stratégique: l’Irlande contrôle l’accès maritime de l’Angleterre. Il a même été évoqué de réoccuper le Sud!

Le prestige: comment rester une grande nation si l’on n’est pas capable de mater 500 « terroristes ».

L’économie. L’Irlande nourrit l’Angleterre en viande et produits laitiers. Sécuriser les approvisionnements voilà un bon motif de guerre.

Enfin, le capital anglais a conquis l’Irlande, ils sont partout: presse, grande distribution…

On est loin de sauver les rêves de « colons  » attardés!

 

 

 

 

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26 novembre 2025 ~ 0 Commentaire

Hind Rajab (AFPS)

-LA-VOIX-DE-HIND-RAJAB

LA VOIX DE HIND RAJAB
(ṢAWT HIND RAJAB)
Écrit et réalisé par
Kaouther BEN HANIA Tunisie / France / Palestine
2025 1h29 VOSTF

LION D’ARGENT, GRAND PRIX DU JURY
FESTIVAL DE VENISE 2025

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Présences palestiniennes a pour but de faire connaître la culture et la société palestiniennes et de favoriser les échanges franco-palestiniens. Contact : presences.palestiniennes@laposte.net

Mardi 2/12 à 20h aux Studios en collaboration avec Amnesty International avec la projection du film « La Voix de Hind Rajab »

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