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11 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

11 septembre (à l’encontre)

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11 septembre: comment les Etats-Unis – et le Royaume-Uni – ont récolté ce qu’ils ont semé

Il y a vingt ans, dix-neuf hommes, remplis de haine envers les Etats-Unis et de foi dans la promesse du paradis, se faisaient exploser, tuant des milliers de personnes et provoquant l’un des plus grands chocs politiques de l’histoire mondiale. Ils étaient tous originaires du Moyen-Orient; quinze d’entre eux étaient des citoyens du plus ancien et plus proche allié de Washington dans cette région: le royaume saoudien. Les Etats-Unis récoltaient ainsi ce qu’ils avaient semé.

Pendant des décennies, le gouvernement américain a manigancé au Moyen-Orient, soutenant des régimes despotiques et encourageant l’intégrisme islamique comme antidote à tout ce qu’il pouvait considérer comme étant de gauche. En 1990, l’agonie de l’URSS sembla ouvrir la voie à un «nouvel ordre mondial» dominé par Washington–- ce qu’un chroniqueur américain appela judicieusement le «moment unipolaire».

L’empire étatsunien, qui était jusqu’alors encore sous le coup du «syndrome vietnamien», parvint à le surmonter – du moins c’est ce que crut Bush père – en lançant une attaque dévastatrice contre l’Irak en 1991. Bush père avait été incité par Margaret Thatcher à refouler les troupes irakiennes hors du Koweït voisin, qu’elles avaient envahi en août 1990. L’Irak fut ensuite étranglé par un embargo cruel qui a causé un excès de mortalité estimé à 90 000 par an par les Nations unies.

C’est la première fois que les Etats-Unis menaient une guerre de grande envergure au Moyen-Orient. Jusqu’alors, ils avaient mené des guerres par procuration, notamment par le biais de leur allié israélien. Les attentats du 11 septembre ont été le résultat direct de ce changement: une réponse «asymétrique» spectaculaire, sur le sol même des Etats-Unis, au déploiement massif de ces derniers au Moyen-Orient.

Et pourtant, plutôt que de prendre du recul et de reconsidérer une ingérence qui s’était retournée contre eux de façon si spectaculaire, George W. Bush et la horde sauvage de néoconservateurs qui peuplaient son administration virent dans le 11  septembre leur Pearl Harbor [7 décembre 1941, l’attaque japonaise qui entraîna la participation des Etats-Unis à la Deuxième Guerre mondiale]. C’était une nouvelle occasion de pousser plus loin l’expansionnisme des Etats-Unis dans ce qu’ils appelaient le Grand Moyen-Orient, une vaste zone s’étendant de l’Asie occidentale à l’Asie centrale et à l’«AfPak» (Afghanistan et Pakistan), sans autre caractéristique commune que l’Islam.

Bush fils et son équipe ont porté l’arrogance (hubris) des Etats-Unis de l’après-guerre froide à son paroxysme. Ils sont entrés en Afghanistan, avec l’OTAN et d’autres alliés, dans le but de transformer le pays en une plate-forme pour la pénétration étatsunienne dans une région stratégiquement située entre le cœur de la Russie et la Chine, les deux rivaux potentiels de l’hégémonie unipolaire de Washington.

Dix-huit mois plus tard, ils envahissaient l’Irak, leur prise la plus convoitée en raison de ses propres réserves de pétrole et de sa situation dans le Golfe, une région vitale pour des raisons stratégiques et économiques liées au pétrole. Cette expédition néocoloniale fut beaucoup plus contestée dans le monde que celle d’Afghanistan, malgré le soutien enthousiaste de Tony Blair et la participation peu glorieuse du Royaume-Uni.

L’invasion de l’Irak avait été le leitmotiv du Projet pour le Nouveau siècle américain (Project for the New American Century), le think tank dont le nom même incarnait l’arrogance des Etats-Unis. Les principaux personnages de l’administration de George W. Bush en avaient été membres. Ils avaient la conviction illusoire que les Etats-Unis pouvaient refaire l’Irak à leur image et que les Irakiens adhéreraient massivement à cette perspective.

Ils se faisaient beaucoup moins d’illusions sur l’Afghanistan, à en juger par les effectifs américains qui y furent déployées – bien moindres qu’en Irak. Mais là-bas aussi, ils s’engagèrent dans un projet irréfléchi d’édification d’Etat, après avoir réalisé qu’il y avait, en fait, plus de collaborateurs volontaires de l’occupation menée par les Etats-Unis en Afghanistan qu’en Irak même.

Ils dédaignèrent ainsi la leçon principale du Vietnam, à savoir qu’il ne faut jamais s’enliser dans une aventure militaire prolongée dont le succès est incertain. L’Irak se transforma rapidement en bourbier. En 2006, l’occupation avait clairement tourné au désastre. Alors que les troupes étatsuniennes étaient occupées à combattre une insurrection arabe sunnite dirigée par la même Al-Qaida que Washington avait extirpé d’Afghanistan, l’Iran s’assurait le contrôle de l’Irak par le biais de forces arabes chiites alliées, parvenues en position de force grâce à l’occupation américano-britannique elle-même.

La classe dirigeante des Etats-Unis tira la sonnette d’alarme et contraignit le principal architecte de l’occupation, le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, à démissionner. Une commission bipartisane du Congrès élabora une stratégie de sortie, impliquant une «montée en force» (surge) temporaire des troupes étatsuniennes et l’achat de l’allégeance de tribus arabes sunnites afin de vaincre l’insurrection. Bush conclut ensuite un accord avec le gouvernement de Bagdad, soutenu par l’Iran, pour le retrait des troupes avant la fin de 2011. Son successeur, Barack Obama, supervisa l’achèvement du retrait.

Obama essaya de répéter le «surge» en Afghanistan. Il échoua lamentablement, car les chefs de guerre corrompus alliés des Etats-Unis n’ont jamais été très crédibles (les Talibans avaient pris le pouvoir en 1996 après les avoir vaincus). Obama enclencha alors un programme de sortie, que son successeur Donald Trump suspendit pendant un temps pour tenter un nouveau «surge» – non plus contre les seuls Talibans, mais aussi contre le nouvel avatar d’Al-Qaida, l’Etat islamique (EI).

Ce dernier était passé d’Irak en Syrie en 2012. Il y avait reconstruit ses forces en profitant de la guerre civile, puis était repassé en Irak en envahissant les zones arabes sunnites à l’été 2014. Cela provoqua une débâcle infamante des forces gouvernementales irakiennes, mises en place, entraînées et armées par Washington.

Les Etats-Unis combattirent l’EI au moyen de bombardements massifs en soutien à des combattants locaux, agissant sur le terrain. Paradoxalement, ces derniers ont inclus des forces kurdes de gauche en Syrie et des milices pro-Iran en Irak. L’EI fut réduit derechef à l’état de guérilla clandestine, mais il avait déjà commencé à se propager dans le monde entier, notamment en Afrique et en Asie. Des dissidents extrémistes des Talibans ont même créé une branche locale de l’EI en Afghanistan. En se débarrassant d’Oussama ben Laden en 2011, Obama n’avait achevé de défaire Al-Qaida que pour assister peu après à l’émergence de son avatar, plus violent encore.

Trump finit par jeter l’éponge. Il réduisit le nombre de troupes étatsuniennes au strict minimum et conclut un accord avec les Talibans pour le retrait des troupes étrangères restantes en 2021. Joe Biden présida à la fin de ce retrait de la manière tragiquement bâclée dont le monde entier a été témoin au mois d’août. L’armée du gouvernement de Kaboul s’est effondrée dans une débâcle identique à celle des troupes du gouvernement de Bagdad. Comme dans la mythologie grecque, l’hubris (arrogance) des Etats-Unis (et du Royaume-Uni) a une fois de plus déclenché l’ire de la déesse Némésis et a été puni en conséquence.

Les défaites en Irak et en Afghanistan ont provoqué une rechute des Etats-Unis dans le «syndrome vietnamien». Cela ne signifie pas pour autant que Washington va dorénavant s’abstenir de toute agression impériale: cela signifie seulement qu’il ne s’engagera pas de sitôt dans des déploiements à long terme et à grande échelle dans d’autres pays en vue de reconstruire leur Etat.

Washington utilisera plutôt plus intensivement ses «capacités de frappe à distance», comme l’a promis Joe Biden dans son allocution du 31 août. Obama, qui s’était opposé au Sénat à l’invasion de l’Irak en 2003, a eu recours aux drones de manière beaucoup plus intensive que son prédécesseur. Cette pratique a été poursuivie par Trump, avec frappes de missiles en sus, et de même par Biden.

Elle va sans doute s’intensifier encore. Ces frappes sont de la guerre à petites doses, non moins mortelles à la longue que des injections massives occasionnelles, et plus pernicieuses en ce qu’elles échappent à l’examen public. Elles doivent être stoppées.

(Article publié sur le site Labour Hub le 10 septembre 2021; traduction rédaction A l’Encontre)

Gilbert Achcar est professeur d’études du développement et de relations internationales à la SOAS, Université de Londres.

11 septembre 2021 Gilbert Achcar

https://alencontre.org/

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10 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

fedayin (korrigans gwengamp)

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Le 14 octobre  20h à Guingamp au cinéma des Korrigans.
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Le nom de Georges Abdallah apparaît régulièrement dans les manifestations, des articles de presse ou dans des courriers de parlementaires au ministère de la Justice. Mais qui est-il réellement ?
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Pourquoi un communiste libanais d’origine chrétienne est-il emprisonné en France depuis plus de 35 ans ? Pourquoi est-il considéré par les Palestinien·ne·s comme un des leurs ?
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À bien des égards, l’histoire de Georges Abdallah est à la fois celle d’une époque mais aussi celle d’une gauche arabe aussi riche que méconnue.
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Fedayin, le combat de Georges Abdallah retrace le parcours d’un Libanais, engagé auprès de la lutte palestinienne en plein cœur de la guerre civile libanaise.
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Des camps de réfugié·e·s palestinien·ne·s qui ont forgé sa conscience à la mobilisation internationale pour sa libération en passant par une véritable affaire politico-médiatique, nous allons à la découverte de celui qui est devenu l’un des plus anciens prisonniers politiques d’Europe.
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fedayin (korrigans gwengamp) dans Altermondialisme cleardot

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09 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

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En finir avec la barbarie de la « guerre contre le terrorisme »

Il est des télescopages de calendrier qui dépassent le simple symbole et semblent cristalliser toute une période historique à l’échelle mondiale. Ainsi, et à quelques jours de distance seulement, le retrait calamiteux de l’armée US d’Afghanistan, le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 et l’ouverture, en France, du procès fleuve des attentats du 13 novembre 2015, apparaissent comme un concentré de bien des phénomènes — et bien des drames — qui ont cours depuis deux décennies.

Deux décennies de guerre et de chaos

Le bilan des 20 ans de la « guerre contre le terrorisme » est aussi catastrophique que ses conséquences sont incommensurables. Et la leçon, connue depuis le début mais désormais indéniable par le fait du temps, est cuisante : la guerre n’apporte pas la démocratie, ni le bonheur des peuples, et le recours à la force brutale et la violence militaire ne fait qu’engendrer toujours plus de violences et de chaos.

On trouvera difficilement une facette de la vie (inter)nationale de cette planète qui n’ait pas été, à un titre ou un autre, largement déterminée par la « guerre contre le terrorisme » depuis 20 ans :

une interminable guerre en Afghanistan, sanctionnée par un retour des Talibans au pouvoir ;

un chaos absolu et inédit dans la zone irako-syrienne, culminant dans l’effondrement de l’Irak et l’émergence du monstre Daech ;

des dépenses militaires qui se comptent en milliers de milliards de dollars, pour le plus grand bonheur des complexes militaro-industriels ;

l’instrumentalisation jusqu’à l’absurde de la rhétorique anti-terroriste à des fins internes et externes par la quasi-totalité des régimes du globe, niant progressivement toute forme d’opposition politique légitime ; 

le développement de la société de surveillance et sa militarisation à coup d’état d’urgence devenu norme quotidienne, en réalité destinée à mater toute résistance sociale contre le néo-libéralisme décadent ;

l’avènement de l’islamophobie comme nouvelle forme dominante du racisme et ciment du suprématisme blanc par delà des différences nationales ;

la recrudescence en boomerang d’attentats dans les pays « occidentaux », commis avant tout par des jeunes des pays concernés, symptôme d’un désespoir et d’une marginalisation extrêmes, dont les racines sont à trouver dans des décennies de racisme structurel…

Leurs guerres, nos morts

« Leurs guerres, nos morts », avions-nous affirmé lors des attentats du 13 Novembre, parce que nous n’étions pas de ceux qui refusaient de faire le lien entre ces attentats et les politiques racistes, coloniales et impérialistes de la France et de ses alliés. 

Des politiques menées au nom de prétentions civilisationnelles, synonymes de guerres, de misère, de chaos, et véritable carburant pour les groupes jihadistes, au premier rang desquels, à l’époque, le sinistre « État islamique ».

Six ans plus tard, nous navons rien oublié, et nous ne céderons pas plus aujourdhui que nous navions alors cédé aux sirènes du chauvinisme, de « l’union nationale » et de la fuite en avant liberticide et islamophobe.

Le procès des attentats perpétrés par des fanatiques de Daech est donc l’occasion tout à la fois de rappeler notre soutien aux familles et aux proches des victimes, ainsi qu’aux survivantEs traumatisés, mais aussi de réitérer notre refus de dédouaner la France et ses dirigeants de leurs responsabilités dans la tragédie du 13 Novembre et dans les futures tragédies qui pourraient survenir. 

À l’heure où les infâmes talibans sont revenus au pouvoir à Kaboul avec la complicité des USA, démonstration éclatante du cynisme des artisans de la « guerre contre le terrorisme » et des dangers que celle-ci continue de faire peser sur les peuples, nous le réaffirmons, a fortiori à l’aune d’une crise climatique qui renforce encore notre conviction :

les politiques racistes et impérialistes n’ont apporté, aux quatre coins du monde, que davantage de guerres, d’oppression, de misère, de discriminations et de violences. Plus que jamais : écosocialisme ou barbarie !

Mercredi 8 septembre 2021

https://lanticapitaliste.org/

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27 août 2021 ~ 0 Commentaire

morgan large (france info)

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Ils ont fait l’actu. Morgan Large, journaliste bretonne menacée depuis son enquète sur l’agro-industrie

Sébastien Baer revient sur les événements marquants de l’année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui les racontent. Jeudi 26 août, Morgan Large, après avoir vécu plusieurs actes de malveillance et des menaces, persiste à savoir la vérité sur ce qu’est l’agro-alimentaire en Bretagne.

31 mars 2021. Une nouvelle fois, Morgan Large, journaliste à Radio Kreiz Breizh, une radio du centre-Bretagne, est victime de malveillance. Alors qu’elle enquête sur l’agro-industrie, la journaliste de 49 ans s’aperçoit que sa voiture a été sabotée : il manque plusieurs boulons à l’une de ses roues arrières. « Ça pose complètement question sur la légitimité et le droit à exercer son métier de manière normale. Est-ce que la Bretagne, au regard de l’hégémonie du secteur agroalimentaire, c’est une zone de non-droit dans laquelle les journalistes ne sont pas les bienvenus ? » interroge la journaliste.

Les pressions se sont intensifiées contre la journaliste après son témoignage dans un documentaire sur l’impact de l’agriculture intensive. Morgan Large a subi toute une série de menaces : appels anonymes la nuit, empoisonnement de son chien et dégradation du local qui abrite sa radio.

Après le sabotage de la voiture, le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une information judiciaire et plusieurs centaines de personnes ont manifesté pour défendre la liberté d’informer. La journaliste a aussi reçu de nombreux soutiens mais elle reste encore très marquée.

Les moments les plus compliqués, c’est de quitter sa maison et de se dire ‘mince, je laisse mes enfants seuls, qu’est-ce qui va se passer ?’ Morgan Largeà franceinfo

« Je ne supportais pas cette idée de me dire que je partais loin en reportage – ‘Est-ce que je laisse ma fille une nuit toute seule à la maison ?’ – alors qu’avant ça ne posait pas trop de problèmes… Mais heureusement, j’ai des voisins qui sont exceptionnels et je pouvais leur dire que je partais pour la journée et de jeter un oeil sur les voitures qui vont descendre à la maison et regarder », raconte Morgan Large.

« J’ai eu énormément de soutien aussi des gens que je croise tous les jours, des gens que je ne connaissais pas du tout, des gens de la France entière. Il y a même des gens qui m’ont proposé de m’héberger, qui m’ont dit de prendre mes enfants sous le bras et d’aller chez eux pendant un moment pour me reposer et être tranquille », poursuit-elle. 

Un rapport de force « disproportionné »

Morgan Large est inquiète.« Au tout début, je me suis dit qu’ils allaient mettre le feu à la maison pendant qu’on dort, parce que les premières atteintes qu’il y a eues, c’était pour ouvrir les entrées de mes champs et faire échapper mes animaux, j’ai des vaches et aussi des chevaux. Et c’est vrai que je n’avais pas mesuré qu’on puisse en venir jusqu’à venir chez moi, s’en prendre à ma famille, c’est extrêmement dérangeant. » 

J’habite très loin de tout, j’habite dans un cadre bucolique, j’ai envie d’entendre le chant des oiseaux, je n’ai pas envie d’avoir des caméras partout et s’il faut que je vive dans un bunker, ça va vraiment être un sacrifice énorme pour moi. Morgan Large sur franceinfo

Jamais la journaliste bretonne ne se serait imaginée déranger au point de devenir une cible « parce que j’ai l’impression que j’ai une toute petite voix, je suis une toute petite journaliste sur un tout petit média. C’est vrai que j’ai enquêté par exemple sur les subventions de la région Bretagne sur la filière avicole en Bretagne », explique-t-elle.

Comment je pourrais menacer avec un micro un monde aussi énorme que ça, une puissance aussi énorme que ça ? Rien que de savoir ça c’est extrêmement intimidant parce que le rapport de force est disproportionné entre ce monde énorme de l’agroalimentaire et moi, toute petite journaliste. Morgan Large à franceinfo

Pour autant, la journaliste ne changera rien à ses habitudes de travail. « Je vais être d’autant plus pugnace. Il y a énormément de choses qui se passent dans le domaine agricole, qui est très violent pour les exploitants agricoles. On voit bien que c’est un monde qui est en crise permanente et il y a une souffrance, un malaise agricole que personne ne peut nier aujourd’hui au regard du nombre de suicides, au regard du plan social du monde agricole. Combien de faillites interviennent dans les fermes ? Je lis la presse agricole, je vois les petites annonces avec du matériel agricole, du matériel d’élevage à vendre à la pelle », constate-t-elle.

Donc oui, j’ai envie de me pencher sur les tenants et les aboutissants et essayer de trouver des explications à ces multiples crises. Mais c’est vrai que ça dérange.

Morgan Large à franceinfo

Je ne suis pas du tout une héroïne. Non, mais je pense que je ne vais peut-être plus travailler autant toute seule, je vais peut-être écrire des articles ou parler de mes enquêtes avec d’autres journalistes pour qu’on puisse, quand c’est trop dur, faire un tandem. C’est peut-être par le collectif qu’on est moins fragile », conclut la journaliste.

Sébastien Baer 26/08/2021

https://www.francetvinfo.fr/

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19 août 2021 ~ 0 Commentaire

talibans (lmd)

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Quand les djihadistes étaient nos amis

Héroïques hier, barbares aujourd’hui

Pendant une période comprise entre la défaite cinglante des Etats-Unis en Indochine (avril-mai 1975) et les craquements en chaîne dans les pays européens satellites de l’Union soviétique (notamment en Pologne, où l’état d’urgence est proclamé en décembre 1981), les Etats-Unis et l’Europe occidentale imaginent — ou font croire — que Moscou a lancé une grande offensive mondiale.

En Afrique, l’Angola et le Mozambique, nouvellement indépendants, semblent lui tendre les bras ; en Amérique centrale, des guérilleros marxistes font tomber une dictature proaméricaine au Nicaragua ; en Europe occidentale, un parti communiste prosoviétique oriente pendant quelques mois la politique du Portugal, membre fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.

L’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge, en décembre 1979, semble marquer une fuite en avant de Moscou. Elle ouvre une nouvelle étape de la guerre froide entre les deux blocs. Le combat des moudjahidins (« combattants de la foi engagés dans le djihad ») afghans va apparaître comme providentiel pour contrer les ambitions hégémoniques prêtées à l’Union soviétique. Et, souvent, être célébré à la façon d’une épopée.

Peu importe que la quasi-totalité de ces combattants héroïsés soient des musulmans traditionalistes, intégristes, même. A cette époque, la religion n’est pas nécessairement perçue comme un facteur de régression, à moins qu’elle s’oppose, comme en Iran au même moment, aux intérêts stratégiques occidentaux. Mais ce n’est le cas ni dans la Pologne catholique couvée par le pape Jean Paul II, ancien évêque de Cracovie, ni, bien sûr, en Afghanistan. Par conséquent, puisque la priorité géopolitique est que ce pays devienne pour l’Union soviétique ce que le Vietnam a été pour les Etats-Unis, un récit médiatique quasi unique va, pendant des années, exalter les moudjahidins, présentant leur révolte comme une chouannerie sympathique, attachée à sa foi. Il dépeindra en particulier la place et la vie des femmes afghanes à travers le prisme essentialiste, naïf (et parfois enchanté) des traditions populaires.

Revenir trente-cinq ans plus tard sur ce discours général et sur ses images d’Epinal, pléthoriques dans la presse française — du Figaro Magazine au Nouvel Observateur —, permet de mesurer à quel point presque tout ce qui suscitait hier l’admiration quand il s’agissait de populariser le combat contre l’« empire du Mal » (l’Union soviétique selon Ronald Reagan) est devenu depuis source d’exécration et d’effroi. Entre 1980 et 1988, on applaudissait les exploits des « combattants de la foi » contre l’Armée rouge. A partir de la décennie suivante, leurs cousins idéologiques en Algérie (Groupe islamique armé, GIA), puis en Afghanistan (talibans), et plus récemment au Proche-Orient avec Al-Qaida et l’Organisation de l’Etat islamique (OEI), ont été dépeints sous les traits de « fanatiques », de « fous de Dieu », de « barbares ».

Assurément, les moudjahidins des années 1980, qui ne commettaient pas d’attentats à l’étranger, se distinguent par plusieurs aspects importants des militants du GIA algérien ou des membres de l’OEI. Il n’en est pas moins vrai que l’Afghanistan a souvent servi de creuset et d’incubateur à leurs successeurs.

Le Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, considéré comme le « père » de l’OEI, y a débarqué au moment où l’Armée rouge s’en retirait et y est demeuré jusqu’en 1993. Oussama Ben Laden, fondateur d’Al-Qaida, a été dépêché par les services secrets saoudiens à Peshawar, au Pakistan, afin d’appuyer la lutte des moudjahidins.

L’Algérien Mokhtar Belmokhtar, dont le groupe, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), vient de revendiquer l’attaque contre l’hôtel Le Splendid à Ouagadougou, au Burkina Faso, est parti lui aussi pourchasser les alliés afghans de l’Union soviétique à la fin des années 1980 ; il est ensuite revenu en Algérie pendant la guerre civile et a combattu avec le GIA (les Algériens ayant le même parcours étaient appelés les « Afghans ») avant de rejoindre Al-Qaida. Ceux-là, et beaucoup d’autres, ont été accueillis favorablement par l’Occident tant qu’ils servaient ses desseins stratégiques. Puis ils se sont retournés contre lui. L’image que la presse européenne ou américaine donna de leurs motivations, de leur extrémisme religieux, de leur férocité changea alors du tout au tout… (Extrait voir lien)

Denis Souchon  Février 2016

https://www.monde-diplomatique.fr/

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18 août 2021 ~ 0 Commentaire

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RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN AU PEUPLE AFGHAN MERCREDI 18 AOÛT À 18 H PLACE DE LA LIBERTÉ À BREST
SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE AFGHAN !
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Nous avons le devoir d’accueillir ces réfugiés qui fuient les talibans. Certains ont qui plus est travaillé pour la France et d’autres pays occidentaux. Ne pas les accueillir serait les abandonner alors qu’eux, nous ont aidé.
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Globalement nous avons le devoir de faire preuve de solidarité internationale avec les réfugiés issus de peuples martyrisés. Les traiter à priori comme des terroristes ou futurs délinquants est une faute morale.
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Macron dans son discours du 16 août s’est empressé d’instiller la peur de l’immigration à des fins électoralistes, pour déjà chasser sur les terres du Rassemblement National pour 2022. Ne tombons pas dans ce piège grossier. Nous avons un devoir d’accueil et d’humanisme élémentaire !
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Gilets Jaunes Brest

Ouverture des frontières pour les réfugiés afghans !

Une fuite dans la presse belge a révélé une lettre secrète adressée début août à la Commission européenne par six gouvernements des États membres de l’Union européenne. Ils soulignaient le « besoin urgent » de procéder à des retours volontaires et forcés vers l’Afghanistan.

Cette lettre est d’autant plus révoltante qu’elle était écrite au moment où les pays de l’UE conseillaient à leurs ressortissants de quitter l’Afghanistan de toute urgence.

Des millions d’Afghans ont été contraints à l’exil du fait que depuis plus de quarante ans, depuis l’invasion soviétique en 1979, l’Afghanistan n’a rien connu d’autre que la guerre. L’Iran a accueilli 3,5 millions de réfugiés, le Pakistan 1,4 million. En comparaison l’Union européenne n’en a accueilli que quelques dizaines de milliers qu’elle a toujours incités à retourner dans leur pays. La France n’est pas en reste. En 2019 encore, Amnesty international l’accusait de « continuer de renvoyer les personnes vers l’enfer. »

Les puissances occidentales portent une responsabilité écrasante dans le chaos qu’est devenu l’Afghanistan. Abandonner les Afghans à leur sort est criminel. Non seulement les retours forcés doivent cesser mais l’Europe doit ouvrir ses frontières à tous les Afghans qui veulent fuir le régime des talibans.

Denis Aler  18 Août 2021
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18 août 2021 ~ 0 Commentaire

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L’Afghanistan assis sur un trésor

Selon le New York Times, les terres afghanes recèlent de gisements de minerai inexploités, dont du lithium, du cuivre et même de l’or. Une découverte qui pourrait faire de ce pays en guerre l’un des principaux centres miniers du monde. Mais à quel prix? Pour l’heure, l’Afghanistan ne dispose d’aucune infrastructure pour exploiter ces ressources.

L’Afghanistan serait assis sur une richesse inestimable. C’est en tout cas ce que pensent des responsables du Pentagone et des géologues américains. Dans son édition dominicale, le New York Times a dévoilé les conclusions de l’enquête qu’ils ont menée sur la composition du sous-sol afghan. Celui-ci renferme des gisements de minerai inexploités, dont du lithium, du fer, du cuivre, du cobalt et de l’or. Selon les estimations des experts, une fois exploités, ces gisements pourraient valoir près de 1.000 milliards de dollars!

Cette information – et le chiffre de 1.000 milliards de dollars – avaient déjà été révélés fin janvier par le président afghan, Hamid Karzaï, mais ces données n’avaient pas encore été scientifique-ment validées. Selon l’enquête menée par les spécialistes américains, ces richesses sont réparties dans l’ensemble du pays, y compris dans le sud et l’est, le long de la frontière pakistanaise, là où l’insurrection des talibans est la plus forte.

« Il y a là un potentiel incroyable. Il y a beaucoup de ‘si’ évidemment, mais je pense que le potentiel est incroyablement important », commente dans les colonnes du journal le général David Petraeus, chef du commandement central américain.

Cuivre, fer et lithium

Si ces découvertes – basées sur l’étude de cartes et de données collectées par les experts miniers soviétiques durant l’occupation russe des années 1980 – sont confirmées, l’Afghanistan, dont l’histoire récente n’a été qu’une succession de guerres, pourrait devenir l’un des principaux centres miniers du monde.

Dans une note interne révélée par le New York Times, le Pentagone estime même que le pays pourrait devenir « l’Arabie saoudite du lithium ». Ce métal est très utilisé dans les nouvelles technologies, notamment pour la fabrication de batteries d’ordinateurs, de téléphones portables et de voitures électriques. Selon le quotidien américain, ses réserves seraient comparables à celles de la Bolivie, première réserve mondiale de lithium. Kaboul pourrait par ailleurs devenir l’un des principaux producteurs mondiaux de fer et de cuivre, aux côtés du Brésil pour le premier, du Chili et des Etats-Unis pour le second.

Interrogé sur ces informations, le porte-parole du Quai d’Orsay s’est contenté de confirmer que les autorités afghanes avaient entrepris « de recenser les ressources naturelles présentes dans le sous-sol afghan et le potentiel qu’elles représentent pour permettre au pays d’assurer à terme son développement ». Et de préciser qu’un « premier état des lieux devrait être présenté à l’occasion de la conférence de Kaboul le 20 juillet ». Une politique d’exploration des sous-sols afghans devra alors être définie, estime Paris.

La Chine, l’Inde et la Russie sur les rangs

Mais pour l’heure, l’Afghanistan ne dispose pas d’industrie ou d’infrastructures minières. Une seule véritable route relie le nord au sud du pays. Par ailleurs, le sous-sol afghan regorge de nombreuses mines artisanales, prêtes à exploser à tout moment.

Selon les responsables américains, il faudrait ainsi des décennies avant que le pays ne puisse réellement exploiter ces ressources. La guerre – et la fragilité des institutions afghanes – rendent par ailleurs difficile toute politique minière sur le long terme. Mais cette découverte pourrait toutefois avoir des conséquences sur le conflit: les puissances régionales voisines de l’Afghanistan – Chine, Inde, Russie -, jusqu’ici peu engagées dans le pays, pourraient subitement y voir un intérêt stratégique.

Pour preuve, deux entreprises chinoises se sont d’ores et déjà engagées à investir quatre milliards de dollars dans la mine de cuivre d’Aynak, au sud de Kaboul, soit le plus important investissement étranger civil à ce jour dans le pays.

Un appel d’offres international est par ailleurs attendu cette année pour l’exploitation d’une mine contenant 1,8 milliard de tonnes de fer de haute qualité dans la région montagneuse isolée de Hajigak.

Selon le ministère afghan des Mines, il s’agirait du plus grand gisement de fer inexploité de toute l’Asie. L’Inde et la Chine sont sur les rangs. Mais ces ressources pourraient être à l’origine de nouvelles tensions, dans un pays déjà très instable. D’autres pays avant l’Afghanistan l’ont expérimenté: les diamants du Liberia et de la Sierra Leone, le coltan de la République démocratique du Congo ou encore le pétrole de l’Irak et du Koweït ont davantage été sources de conflit que gages de paix.

  19 juin 2017 M.E

https://www.lejdd.fr/

Lire aussi:

Comment les talibans ont pris le contrôle du marché de la drogue

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17 août 2021 ~ 0 Commentaire

brest kaboul (ldh)

liban1
Dans l’urgence de l’actualité en Afghanistan, nous proposons  aux organisations brestoises un appel un dénonçant la politique française en Afghanistan
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Appel à rassemblement pour demain soir, mercredi, 18h place de la Liberté
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La France ne peut bafouer le droit d’asile
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« Protéger l’Hexagone de flux migratoires irréguliers venus d’un pays déstabilisé ». Emmanuel Macron, allocution TV du 16 août.
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Kaboul est tombée. Alors que les femmes se préparent à la terreur, le Président de la République française ferme la porte à ceux et surtout à celles qui tenteraient de fuir le régime des Talibans. Ce ne sont pas des « flux migratoires », ce sont des êtres humains qui cherchent à échapper à l’horreur. Les propos de Macron sont un reniement du principe même du droit d’asile. C’est ignoble.
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Entre 1996 et 2001, les Talibans avaient imposé leur version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier. Le port de la burka était obligatoire en public et elles ne pouvaient sortir de leur domicile qu’accompagnées d’un “mahram”, un chaperon masculin de leur famille.
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Les flagellations et les exécutions, y compris les lapidations pour adultère, étaient pratiquées sur les places des villes et dans les stades.
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Face au sort terrible qui attend les femmes afghanes, nos organisations exigent que la France réserve à tous ceux et à toutes celles qui arriveront à fuir le régime taliban un accueil digne et inconditionnel.
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 kaboul
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Rassemblement mercredi 18 août, 18h, place de la Liberté
1er signataires : LDH, Solidaires, NPA, PCF, MRAP, UDB, FI …

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12 août 2021 ~ 0 Commentaire

gilbert achcar (à l’encontre)

achcar

«Réflexions d’un anti-impérialiste après dix ans de débat»

New Politics: Gilbert, tu as récemment publié un article très discuté dans The Nation sur l’anti-impérialisme [1]. Je me demande si, pour commencer, tu pourrais nous dire pourquoi tu as écrit cet article et nous résumer brièvement ton argumentation.

Gilbert Achcar: Merci, Steve. J’ai écrit cet article à cause de la grande confusion qui existe aujourd’hui à gauche sur le sens de l’«anti-impérialisme». A mon sens, cette confusion est principalement le résultat du changement radical de la situation mondiale qui a suivi l’effondrement de l’URSS. Il y a également eu un changement du type de guerres menées dans le Sud mondial. Les guerres impérialistes contre des mouvements ou des régimes de libération nationale ne sont plus le type dominant, comme elles l’étaient dans les premières décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1990, nous avons assisté à des guerres impérialistes contre des régimes oppressifs, comme en Irak, dans les Balkans ou en Afghanistan. La situation s’est encore compliquée avec ce que l’on a appelé le Printemps arabe en 2011. Les puissances impérialistes occidentales – les Etats-Unis de Barack Obama en premier lieu – ont donné l’impression de soutenir les soulèvements populaires contre les régimes dictatoriaux.

Alors, que signifie être un anti-impérialiste dans ce nouvel environnement international? C’est la question que j’aborde dans l’article, par suite de ma longue implication personnelle dans de tels débats – surtout à partir de 2011, sur la Libye d’abord, puis sur la Syrie. Le titre original de mon article était «Leur anti-impérialisme et le nôtre» [2].

J’ai formulé trois principes de base de ce qui constitue à mes yeux un anti-impérialisme véritablement progressiste, des principes qui devraient être plutôt élémentaires pour toute personne de gauche, quelle que soit son orientation idéologique, marxiste, anarchiste ou autre, du moment que cette personne adhère au principe le plus élémentaire d’une vraie gauche, qui est la démocratie.

Les personnes qui sont d’accord sur ces principes peuvent discuter des tactiques anti-impérialistes. D’autres les rejettent, cependant. J’appelle ces personnes des «néo-campistes» parce qu’elles ne sont plus systématiquement alignées derrière un Etat spécifique ou derrière le «camp socialiste» comme l’étaient les campistes du temps de l’URSS, mais elles déterminent leurs positions de manière négative, par opposition systématique à tout ce que font les gouvernements américain ou britannique accompagnée de sympathie non moins systématique pour ceux auxquels ces deux gouvernements s’opposent, y compris des régimes despotiques et l’impérialisme rival de la Russie. Les néo-campistes sont le plus souvent incapables d’engager une discussion sans recourir à l’invective et à la calomnie. J’ai conclu mon article par cette observation, et en effet, à peine était-il publié que divers néo-campistes se sont empressés de la confirmer.

Maintenant, quels sont ces trois principes?

Le premier se rapporte au principe démocratique le plus élémentaire que j’ai déjà mentionné. En politique internationale, être de gauche, c’est d’abord soutenir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela devrait être le point de départ de toute définition d’un anti-impérialisme véritablement progressiste. Ce qui est crucial ici, c’est que ce point de départ n’est pas l’opposition en soi à tel ou tel Etat impérialiste, mais plutôt la défense du droit des peuples à l’autodétermination: c’est bien parce que les Etats impérialistes, par définition, bafouent ce droit qu’il faut les contrer.

Le deuxième principe est que l’anti-impérialisme exige que l’on s’oppose à l’ensemble des Etats impérialistes, plutôt que de soutenir l’un contre les autres ou d’ignorer l’un d’entre eux, ainsi que ses victimes, afin de s’opposer uniquement à l’autre, quel qu’il soit.

A gauche, dans les pays occidentaux, on trouve des néo-campistes qui s’opposent uniquement aux impérialismes américain et britannique, ou à l’impérialisme occidental en général, et ignorent au mieux, voire soutiennent, d’autres Etats impérialistes, comme la Russie.

On peut trouver l’inverse en Russie: des progressistes qui sont très hostiles à ce que leur gouvernement fait à l’étranger et restent silencieux sur ce que font les gouvernements occidentaux, voire les soutiennent. Une fois que l’on s’élève au-dessus de l’occidentalo-centrisme d’une grande partie de la gauche occidentale, on comprend qu’une perspective anti-impérialiste véritablement internationaliste est une perspective qui s’oppose à l’impérialisme quelle que soit sa nationalité ou sa position géographique, à l’Ouest ou à l’Est.

Le troisième principe concerne les cas exceptionnels.

Il peut y avoir, en effet, des circonstances exceptionnelles où l’intervention d’une puissance impérialiste est cruciale pour empêcher un massacre ou un génocide, ou pour empêcher qu’un soulèvement démocratique populaire soit réprimé dans le sang par une dictature. Nous avons vu de tels cas surgir ces dernières années. Mais même alors, les anti-impérialistes doivent combattre toute illusion et prôner une défiance absolue à l’égard du pays impérialiste. Ils doivent également exiger que son intervention reste limitée à des formes – et encadrée par des contraintes juridiques, si elles existent – qui ne permettent pas à la puissance impérialiste d’imposer sa volonté ou de déterminer le cours de l’action.

Ce troisième principe explique pourquoi, dans les cas de la Libye et de la Syrie, même si les gouvernements occidentaux prétendaient soutenir le changement démocratique contre le régime réactionnaire dictatorial, je me suis opposé à une intervention directe.

La seule exception a été au tout début de l’imposition de la zone d’exclusion aérienne autorisée par l’ONU au-dessus de la Libye, lorsque j’ai expliqué que, pour éviter un massacre annoncé, je ne pouvais pas m’opposer à l’intervention dans sa phase initiale. J’ai expliqué mille fois que je n’ai jamais dit que je soutenais l’intervention – mais, comme nous le savons, il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Tout ce que j’ai dit, c’est que je ne pouvais pas m’opposer à cette intervention, ce qui n’est pas la même chose que de dire que je la soutenais, sauf pour ceux qui ne savent pas la différence entre s’abstenir et soutenir, ou qui préfèrent l’ignorer délibérément parce que leur seule façon d’argumenter consiste à déformer les opinions des personnes avec lesquelles ils ne sont pas d’accord.

La population de la deuxième ville de Libye, Benghazi – craignant légitimement d’être massacrée, au moment où le régime libyen dépêchait ses forces très supérieures vers la ville et où le dictateur Kadhafi jurait de les écraser – avait imploré la protection de l’ONU. Même Moscou et Pékin n’ont pu s’y opposer: ils se sont tous deux abstenus au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais une fois le danger immédiat écarté, je me suis opposé à la poursuite des bombardements de l’OTAN, qui allaient bien au-delà du mandat de l’ONU.

Mon attitude est devenue identique à celle que j’ai adoptée sur la Syrie depuis le début, à savoir soutenir la livraison d’armes défensives aux insurgés afin de protéger la population. Pas la livraison d’armes à une organisation comme Daech, bien entendu, car elle est aussi oppressive que le régime, sinon plus, mais certainement la livraison d’armes aux forces kurdes en Syrie ou à ce que fut l’Armée syrienne libre avant qu’elle ne tombe sous le contrôle total de la Turquie à partir de 2016.

Je suis opposé à la présence de troupes des Etats-Unis sur le terrain, même dans le nord-est de la Syrie dominé par les Kurdes où elles sont actuellement stationnées. Je suis d’ailleurs opposé aux cinq occupations que subit la Syrie, qui sont par ordre chronologique: Israël, l’Iran et ses auxiliaires, la Russie, la Turquie et les Etats-Unis.

Ces cinq Etats ont des troupes sur le sol syrien. Je m’oppose à toutes ces occupations et soutiens le droit du peuple syrien à l’autodétermination démocratique, et non le droit du régime assassin à faire appel à des complices pour l’aider à massacrer son propre peuple, ce que soutiennent certains néo-campistes. (Pour la suite voir lien)

12 août 2021  Entretien avec Gilbert Achcar Gilbert Achcar a grandi au Liban et a vécu et enseigné à Paris, Berlin et Londres. Il est actuellement professeur d’études du développement et de relations internationales à la SOAS, Université de Londres. Parmi ses nombreux ouvrages figurent Le choc des barbaries. Terrorisme et désordre mondial (10/18, 2004); La poudrière du Moyen-Orient, coécrit avec Noam Chomsky (Fayard, 2007); Les Arabes et la Shoah. La guerre israélo-arabe des récits (Actes Sud, 2009); Marxisme, orientalisme, cosmopolitisme (Actes Sud/Sindbad, 2015); Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe (Actes Sud/Sindbad, 2013); et Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabe (Actes Sud/Sindbad, 2017). Il a été interviewé par Stephen R. Shalom (professeur de sciences politiques à l’Université William Paterson, New Jersey) pour New Politics le 5 mai 2021.

https://alencontre.org/

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02 août 2021 ~ 0 Commentaire

france afrique (montpellier)

Appel à un contre-sommet Afrique-France à Montpellier les 7, 8 et 9 octobre

par le Collectif du contre-sommet Afrique-France à Montpellier

Du 7 au 9 Octobre doit se tenir à Montpellier un Sommet Afrique-France, qui, sous l’affichage de la culture, de l’enseignement supérieur, de la jeunesse et du sport, annonce la « refondation des relations entre la France et l’Afrique ».

Cependant, malgré les effets d’annonce du président Emmanuel Macron, l’esprit néo-colonial est toujours présent. Sur le continent africain, la France exerce toujours une domination monétaire, économique, diplomatique et culturelle, poursuit des interventions militaires, et soutient des régimes qui bafouent les droits humains et empêchent l’émancipation des peuples. Le soutien au coup d’État militaire au Tchad en avril 2021 est un triste exemple de cette politique.

La Méditerranée est une frontière coloniale qui a déjà tué cette année plus de 1200 de nos sœurs et nos frères. Cette frontière poursuit celles et ceux qui parviennent à traverser, celles et ceux qui deviennent sans papiers en les privant de tout droit.

Ainsi, ce sommet arrive dans un contexte géopolitique extrêmement tendu, où le sentiment anti-français, qui est surtout un sentiment anti-françafrique, c’est à dire un rejet de ces politiques, grandit dans l’ensemble des pays d’Afrique francophone. Un fort rejet salutaire de l’impérialisme français a embrasé les populations dans les rues de Dakar, de Bamako, et d’ailleurs.

Nous demandons :

- l’arrêt de la présence militaire de la France en Afrique,
- la fin de la politique commerciale néo-libérale de la France et de l’UE en Afrique, (Accords de partenariat économique -APE- et autres accords de libre-échange) qui profite avant tout aux multinationales.
- l’arrêt du soutien aux présidents qui se maintiennent au pouvoir de manière non démocratique (changements de constitution, coups d’Etat, etc.).
- la fin de l’ingérence française dans les affaires intérieures des pays africains
- la véritable fin du Franc CFA en revenant sur la décision unilatérale prise en décembre 2019 par A. Ouattara et E. Macron, de la réforme remplaçant le franc CFA par l’ECO. Cette monnaie, trop forte, qui dépossède les pays africains de leur souveraineté monétaire, nuit aux exportations africaines et favorise les importations, ruinant toute politique industrielle et agricole dans ces pays.
- l’annulation des dettes odieuses et illégitimes des pays africains dont les conséquences sont connues : baisse des investissements dans l’éducation, la santé et les services publics, accroissement de la pauvreté, de la malnutrition, entrave à tout développement, etc.
- la liberté de circulation et d’installation,
- la fin des expulsions depuis la France.

Pour porter ces demandes :
- nous organiserons des rencontres, débats, événements alternatifs pendant les 3 jours du sommet,
- nous proposerons, en septembre-octobre 2021, des temps d’explications et de débats, des temps d’éducation populaire pour s’approprier collectivement les enjeux des relations entre la France et les pays d’Afrique,
- nous exprimerons dans les médias, avant et pendant le sommet, la solidarité de lutte entre les peuples d’Afrique et de France pour en finir avec les rapports de domination, d’exploitation et d’oppression.

Dès aujourd’hui, nous proposons à tous les syndicats, les collectifs de sans-papiers, les associations, les organisations politiques ainsi qu’à chacune et chacun, à titre individuel, de rejoindre le Collectif du Contre-sommet Afrique-France à Montpellier.

Premiers signataires : Amis du Monde Diplo 34 ; ATTAC 33 ; ATTAC34 ; ATTAC France ; CADTM France ; La Carmagnole de Montpellier ; CDTM Montpellier – Centre de Documentation Tiers Monde ; CNNR Hérault ; Collectif Ni Guerre Ni État de Guerre ; Comité Thomas Sankara de Montpellier (CTSM ) ; Fasti (Fédération des associations de solidarité avec tou-te-s les immigré-e-s) ; Forum du Tiers Monde / Forum Mondial des Alternatives ; Ingénieurs sans frontières France ; Marche des Solidarités ; Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC (NDSCI) ; Réseau Rapport Alternatif sur l’Afrique (RASA) ; Ritimo ; Survie ; UJFP

Associations et collectifs : ASTI de Chalon sur Saône ; Centre Dihiya, pour les droits de l’homme, la démocratie et le développement (Rabat, Maroc) ; CIE Noir Couleur ; Collectif Chabatz Dentrar (Haute-Vienne 87) ; Collectif Diasporique camerounais ; Dynamique unitaire panafricaine (DUP) ; Forum du Tiers Monde (Dakar, Sénégal) ; IRPAD/Afrique ; L’âme immortelle de l’Afrique ; Organisation pour la Démocratie, la Transparence et le Patriotisme (Niger) ; Solidarité Asie-France ; Sortir du Franc CFA ; Toulouse Anti-CRA

Syndicats et partis politiques en soutien : ENSEMBLE !-Mouvement pour une Alternative de Gauche Écologiste et Solidaire ; Ensemble ! 34 ; NPA 34 ; Parti Communiste des Ouvriers de France ; Parti de Gauche 34 ; Parti des Indigènes de la République (PIR) ; Union syndicale Solidaires ; Union syndicale Solidaires 34 ; UPC MANIDEM (Cameroun)

Contact : contresommetfrancafrique@protonmail.com

https://survie.org/themes/

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