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22 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Juifs et Gaza (ESSF)

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Les juifs et juives aux États-Unis à l’heure de la guerre à Gaza

Warren Montag est professeur des Humanités à Occidental College, une université de la région de Los Angeles. Ses études portent notamment sur la pensée de Spinoza et d’Althusser.

ContreTemps : Une partie de l’opinion publique française pense, soit par ignorance, soit dans la logique d’idées antisémites, que le soutien américain à Israël est dû au poids énorme de ce qu’ils appellent le « lobby juif » aux États-Unis. Or, tout le monde a remarqué que l’état d’esprit de la population juive des États-Unis à l’égard d’Israël est en pleine évolution. De quand date ce changement ?

Warren Montag : C’est une histoire compliquée, mais avant de l’aborder une clarification sur la question du « lobby juif » et du contrôle juif de la politique étrangère américaine s’impose.

L’explication de la politique étrangère américaine en tant qu’instrument d’un pouvoir juif est une conception erronée à tous points de vue. L’idée que les nations impérialistes sont dirigées par de petites entités essentiellement étrangères agissant en secret est non seulement absurde d’un point de vue empirique, mais incarne aussi une approche grossièrement réductrice de la politique, le plus souvent liée à l’une des nombreuses théories du complot qui confèrent aux juifs des pouvoirs surnaturels de tromperie et de manipulation.

Lorsque, comme cela n’est que trop prévisible, « l’entité étrangère » ou « l’ennemi de l’intérieur » se trouve être la communauté juive ou simplement « les juifs », l’erreur théorique relève de l’antisémitisme, pour la satisfaction de forces très différentes et souvent opposées.

Pour que les juifs jouent le rôle que leur assignent ces théories, ils devraient être capables de penser (élaborer des stratégies, conspirer et comploter) et d’agir comme un seul homme. Dans cette perspective, les apparentes différences politiques et culturelles internes à la communauté juive seraient expliquées comme des épiphénomènes au regard d’une communauté unie par le sang et façonnée par deux millénaires de haine implacable du monde non-juif.

L’unité supposée de la communauté juive américaine n’a jamais existé ; la population juive a toujours été extrêmement hétérogène, linguistiquement, culturellement et politiquement.

Même les formes d’observance religieuse variaient de manière significative. Par apport à cette diversité, le sionisme a consisté en une tentative d’homogénéisation, militant pour que les langues et les cultures du « ghetto », et surtout des juifs parlant le yiddish, la majorité (avant la Seconde Guerre mondiale), tout comme les diverses cultures des juifs iraniens, marocains, d’Asie centrale, soient abandonnées en faveur de l’hébreu et laisse la place à une nouvelle culture israélienne qui se présentait comme un retour à un passé mythique.

Ces efforts sionistes se sont heurtés à une forte résistance ; même la question de savoir ce qui fait d’un juif un juif, et quelles formes d’observance devaient être intégrées dans le droit civil, n’a pas été résolue.

Mais le fantasme d’un parti des juifs, secret homogène, uni et discipliné, n’est pas seulement faux et invoqué au service de la haine, il aboutit aussi à absoudre l’impérialisme américain (et tous les autres impérialismes) de toute responsabilité pour ses guerres, son pillage des ressources mondiales et la richesse qu’il a accumulée au prix de la misère de la classe ouvrière internationale, toutes choses qui sont maintenant attribuées aux juifs.

Les conséquences de cette position sont assez claires : la dernière décennie a vu un renouveau rapide et généralisé des déclarations exterminationnistes, telles que celles qui figurent sur les teeshirts portés par un certain nombre de partisans de Trump lors de l’occupation du Capitole à Washington le 6 janvier 2021 : « 6MWE », acronyme de « six millions, ce n’était pas assez ».

Aux États-Unis, la population juive n’a jamais été aussi divisée politiquement qu’aujourd’hui, et au centre de cette division se trouve non seulement la conduite d’Israël dans la guerre actuelle contre Gaza, mais plus fondamentalement la question du sionisme.

Une minorité significative de juifs (principalement ceux âgés de moins de quarante ans) constate une différence notable entre le sionisme qui leur a été enseigné et le sionisme réellement existant de l’État israélien.

Il ne s’agit plus (en fait, il ne s’est jamais agi) d’un sionisme fondé sur l’Exode et la Délivrance de la Maison de servitude, mais d’un sionisme, comme Netanyahou nous l’a récemment rappelé, dont l’inspiration est tirée de l’histoire des Amaléchites du Livre I Samuel 15 : 3 : « Maintenant, allez frapper Amalech, et détruisez tout ce qu’ils ont, sans les épargner ; tuez hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et moutons, chameaux et ânes ».

Cela a conduit une nouvelle génération de juifs à déclarer leur soutien à la cause palestinienne non pas en dépit de leur judéité, mais à cause d’elle.

lundi 13 mai 2024 BARZMAN John, MONTAG Warren (Extrait)

https://www.europe-solidaire.org/

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22 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Afrique du Sud (NPA)

Crédit Photo DR -Nosiviwe Mapisa-Nqakula Paul Martial
Hebdo L’Anticapitaliste – 709 (23/05/2024)

En Afrique du Sud, élections désenchantées

Les prochaines élections du 29 mai risquent d’être un tournant dans la vie politique de l’Afrique du Sud avec la perte pour l’ANC de sa majorité absolue, nécessitant pour la première fois de nouer des accords de gouvernement avec d’autres partis.

Trente ans après la première élection post-apartheid, l’ANC risque de passer en deçà de la barre des 50 % lors des élections générales et provinciales. L’organisation nationaliste qui gère le pays, en alliance avec le Parti communiste sud-africain (SACP) et la principale centrale syndicale la COSATU (Congress of South African Trade Unions), paie sa politique libérale.

Austérité et corruption

L’Afrique du Sud est l’un des pays les plus inégalitaires au monde, conséquence de décennies de politique libérale. Le chômage s’élève à près de 33 % de la population active et de plus de 45 % pour les jeunes. Les services de l’État assurent de moins en moins les prestations sociales, d’éducation et de santé pour les plus pauvres. Les coupures d’électricité sont en augmentation et durent plus longtemps. La société demeure violente particulièrement contre les femmes.

Dans le même temps, les gouvernements successifs de l’ANC ont été éclaboussés par de nombreuses affaires de corruption. Récemment Nosiviwe Mapisa-Nqakula, présidente de l’Assemblée nationale, a été arrêtée et accusée d’avoir touché des pots-de-vin lorsqu’elle était ministre de la Défense. Des corruptions qui ont des conséquences néfastes pour les populations. Ainsi le conseil d’administration du National Student Financial Aid Scheme, qui gère les bourses étudiantes, est dissout pour des contrats de sous-traitance douteux et pour son incapacité à remplir sa mission. Des milliers d’étudiantEs sont sans bourse depuis des mois.

Mêlée électorale

Face à cette crise sociale, l’offre politique n’est guère réjouissante. L’ANC qui détient la majorité absolue avec 230 sièges sur 400 s’est fragmenté avec l’apparition d’un nouveau parti MK (uMkhonto we Sizwe) conduit par Jacob Zuma, l’ancien président obligé de démissionner à cause de ses nombreuses implications dans des affaires de corruption. Très implanté dans le KwaZulu-Natal, il est crédité de 13 % de voix.

Les Economic Freedom Fighters de Julius Malema seraient autour de 10 % et développent une rhétorique populiste. À cela s’ajoutent d’autres petites formations dirigées par d’anciens membres de l’ANC à l’honnêteté contestable. Le principal parti d’opposition Democratic Alliance est de droite et, selon les sondages, connaîtrait une progression pour atteindre 27 %. Enfin, élément nouveau qui témoigne du délitement social, l’apparition d’organisations ouvertement xénophobes.

C’est le cas d’Action SA qui espère capitaliser sur les éruptions de violences récurrentes contre les étrangerEs. À l’issue des élections, il est probable que la question des alliances se posera, risquant d’aggraver les politiques d’austérité. La gauche radicale trop affaiblie ne participe pas à cette échéance électorale et concentre ses efforts dans un travail de recomposition en lien avec les acteurs et actrices des luttes sociales et environnementales.

Paul Martial Mardi 21 mai 2024

https://lanticapitaliste.org/

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18 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Kanaky

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17 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Kanaks (Survie)

Kanaks (Survie) dans A gauche du PS
Sur les réseaux sociaux et devant les forces de l’ordre, les miliciens s’affichent ouvertement avec les armes dont ils font usage
 Kanaky-Nouvelle Calédonie : contre la violence coloniale

Conséquence logique du sabotage méthodique du processus de décolonisation par l’État français, l’heure est à l’affrontement en Kanaky-Nouvelle Calédonie, qui a déjà fait plusieurs morts. Il est urgent de dénoncer la responsabilité première de la politique coloniale française, des colons sur place, de s’opposer à la menace qui plane sur les indépendantistes et la CCAT (Cellule de coordination des actions sur le terrain) en particulier et de soutenir la lutte légitime du peuple Kanak.

La Nouvelle Calédonie est toujours une colonie française, c’est d’abord une réalité matérielle et une continuité historique : occupation militaire, politique d’installation de colons, spoliation des terres, racisme, massacres et violences diverses qui ont jalonné ces 171 années d’occupation. L’inscription du pays sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU depuis 1986 vient rappeler cette évidence.

En 1988, les accords de Matignon puis Nouméa avaient clôturé une période d’affrontements violents et ouvert la voie à un processus de décolonisation, qui prévoyait le transfert progressif des compétences que l’État français s’était arrogées, pour aller vers « la pleine émancipation ». L’application de ces accords a été difficile et sans cesse menacée tant par les gouvernements français que par les colons sur place.

Depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, la France a mené un travail de sabotage radical de ce processus, dont la loi sur le dégel du corps électoral n’est que le dernier épisode [1]. En 2022, le choix de nommer Sonia Backès, issue des franges extrêmes des partis coloniaux locaux, au gouvernement français était un symbole fort de ce basculement.

1984-2024 : contre le retour aux années 1980 et la criminalisation de la CCAT

Il y a 40 ans, le niveau de violence avait fait plus de 90 morts, en très grande majorité Kanak. On retrouve aujourd’hui plusieurs ingrédients du pourrissement de l’époque : entêtement français autour de la question du statut et des modes de scrutin, mépris des Kanaks et de la revendication indépendantiste, militarisation de la répression, armement à outrance des colons… Faudra-t-il en arriver à un épisode comparable au massacre de la grotte d’Ouvéa pour que l’État français fasse machine arrière ?

Nous dénonçons la volonté exprimée ouvertement par le gouvernement français de criminaliser la CCAT (Cellule de coordination des actions de terrain), qualifiée par Gérald Darmanin de « groupe mafieux ». Les médias français reprennent sans distance la qualification de « frange la plus radicale du Front de libération Kanak socialiste (FLNKS) » distillée par l’État.

Cela ne correspond nullement à la réalité, et surtout, participe à une stratégie volontaire visant à isoler une partie du mouvement indépendantiste, préparant les esprit à son élimination politique ou même physique. Dans les années 1980, cette même stratégie avait été déployée par la France et avait abouti notamment à l’assassinat direct d’Éloi Machoro par le GIGN [2], présenté comme un élément radical, dissocié artificiellement du reste des indépendantistes.

Aujourd’hui, plusieurs membres actifs de la CCAT se cachent et se savent visés tant par la répression étatique que par les milices de colons. Gabriel Attal vient d’annoncer l’assignation à résidence de personnes désignées comme membres de la CCAT, dans le cadre de l’état d’urgence. Le gouvernement français serait directement responsable de toute atteinte à leur intégrité physique.

Bien nommer : exécutions arbitraires, prisonniers politiques

Car si, a priori, on peut imputer à des colons d’avoir tiré sur les jeunes Kanaks hier, la responsabilité première en incombe bien à l’État et à sa politique. C’est son entêtement et sa fermeture qui ont conduit à la situation actuelle. Il est donc responsable de l’éclatement du conflit et de toutes les morts qui en découlent. De nombreux témoignages indiquent d’ailleurs un bilan plus élevé chez les Kanaks que les 3 morts annoncés par l’État à l’heure de la rédaction de ce texte.

On constate aussi concrètement un parfait alignement entre les acteurs étatiques et les milices coloniales. Les gendarmes et policiers protégent et ouvrent la voie à ces milices que les colons se targuent d’essayer de créer « dans chaque quartier ».

Ces groupes portent ouvertement des armes, même en présence des forces de l’ordre, sans être désarmés. Le Haut-Commissaire et le commandant local de la gendarmerie ont tenu une conférence de presse conjointe avec Sonia Backès, présidente de la Province Sud. Aujourd’hui, le vice-président de cette province, s’affiche ouvertement sur les réseaux sociaux et sur le terrain, en tenue paramilitaire, pour donner des instructions à ces groupes armés.

L’assassinat de jeunes Kanak correspond pleinement à la définition d’exécutions arbitraires au sens de l’ONU, d’après la résolution 1994/67 de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, qui considère que cette définition s’applique aussi quand ces actes sont commis par « des groupes paramilitaires, des forces de défense civile ou d’autres forces privées coopérant avec le gouvernement ou tolérées par lui ». Le Haut-Commissaire, qui représente l’État français dans le pays, a eu pour première réaction de relativiser la mort d’un des jeunes Kanak, en considérant qu’il avait été tué par « quelqu’un qui a certainement voulu se défendre » [3].

Par l’utilisation de termes comme « délinquants », les autorités françaises cherchent à disqualifier les mobilisations des jeunes Kanaks en lutte contre la colonisation, qui leur impose discriminations racistes, paupérisation et exclusion.

Solidarité avec le peuple Kanak dans sa lutte légitime pour son émancipation

L’association Survie exprime toute sa solidarité aux proches des victimes de cette violence coloniale, aux personnes arrêtées pour leur activité politique.

Nous nous opposons à la répression coloniale actuellement à l’œuvre : milices paramilitaires, déploiement de l’armée, état d’urgence, coupure de réseaux sociaux, et même, selon ce qui a pu nous être remonté, des coupures du réseau 4G.

Nous dénonçons la stratégie menée par la France de dissocier et isoler la CCAT du reste du mouvement indépendantiste, qui fait planer une menace politique, judiciaire et même physique sur ses membres, et nous réitérons notre soutien à l’ensemble de la lutte d’émancipation du peuple Kanak.

16 mai 2024 – Survie

Kanaky Nouvelle Calédonie

https://survie.org/

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17 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Nickel (Reporterre)

Nouvelle-Calédonie : un accord «<small class="fine d-inline"> </small>colonialiste<small class="fine d-inline"> </small>» sur le nickel attise les tensions

Le gouvernement français espère imposer à Nouméa un accord pour bénéficier de ses ressources en nickel et fabriquer davantage de voitures électriques. Une attitude vécue par les indépendantistes comme une « recolonisation » de leur territoire.

Nouvelle-Calédonie : un accord « colonialiste » sur le nickel attise les tensions

La question est éclipsée dans les débats depuis le début des affrontements en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit pourtant d’un enjeu crucial : qui peut profiter des ressources minières de cet archipel du Pacifique ? Le territoire abrite à lui seul 20 à 30 % des ressources mondiales en nickel, un élément indispensable pour fabriquer des batteries de voitures électriques. Autrement dit, les sous-sols néo-calédoniens attirent les convoitises, et notamment celles de la France.

En novembre 2023, en visite sur l’archipel, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait présenté pour la première fois un « pacte nickel ». Son but : faire sortir de la faillite les trois usines métallurgiques du territoire, spécialisées dans le traitement du nickel. En effet, si la Nouvelle-Calédonie est riche en minerais, le secteur est en crise. Coût exorbitant de l’énergie, chute des cours du métal, baisse des ventes, concurrence avec les mines indonésiennes… La filière est en grande difficulté, alors qu’elle est la principale source de revenus pour le territoire, et qu’elle emploie 20 à 25 % de ses habitants.

Avec son « pacte nickel », Bruno Le Maire proposait de venir en aide aux usines en subventionnant les prix de l’énergie à hauteur de 200 millions d’euros, et de développer la capacité de production électrique sur le territoire. En échange, les collectivités locales devaient s’engager à faciliter l’accès aux ressources, et les usines devaient être exploitées par des industriels pour être « rentables ».

« Un pacte colonial »

Premier problème de cette proposition : c’est une ingérence qui passe mal. Dans le cadre de l’accord de Nouméa en 1998, la compétence de la gestion du nickel a été récupérée par la Nouvelle-Calédonie, pour qu’elle profite au développement du pays. Vingt-six ans après, le projet de Bruno Le Maire est donc perçu par les indépendantistes comme « un pacte colonial de reprise en main de la maîtrise des matières premières de la Nouvelle-Calédonie », écrit Ronald Frère, un proche du président de l’Union calédonienne (indépendantiste), cité par le journal Le Monde.

« Le pacte affiche clairement la couleur : la France a besoin du nickel calédonien pour produire des batteries de voitures électriques vendues en métropole, analyse pour Reporterre Christine Demmer, anthropologue au CNRS. On sort complètement du modèle consistant à ce que la rente minière profite à la Nouvelle-Calédonie, pour son propre développement. » Selon la chercheuse, le pacte est donc bien une forme de « recolonisation » du territoire.

« Il n’y a aucun retrait de souveraineté, aucun ! Il faut arrêter de dire n’importe quoi, parce qu’après les militants sur le terrain disent : “L’État veut nous voler notre nickel.” C’est lunaire », répond dans Le Monde Sonia Backès, cheffe de file des loyalistes (ceux qui ne souhaitent pas l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie) et ancienne secrétaire d’État dans le gouvernement d’Élisabeth Borne. Le député calédonien non indépendantiste Nicolas Metzdorf (Renaissance) a toutefois déposé une proposition de loi organique visant à restituer provisoirement la compétence du nickel à l’État français.

Autre difficulté de ce pacte : le ministre de l’Économie demande explicitement à la Nouvelle-Calédonie d’autoriser davantage d’exportations des minerais bruts. Les habitants de l’archipel, eux, estiment que la transformation du nickel doit se faire sur place pour conserver la valeur ajoutée — quand bien même l’extraction des mines est aussi une activité très polluante. Cerise sur le gâteau, même les loyalistes rejettent la contribution de 66,7 millions d’euros demandée par l’État à la Nouvelle-Calédonie, qu’ils jugent trop élevée au vu de la dette du territoire.

Problème de méthode

En venant dans le Pacifique, Bruno Le Maire imaginait que l’accord serait signé dans les jours suivants. Le ministre, qui affirme que les collectivités avaient été consultées en amont, avait appelé les élus à valider le texte tel quel. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Les parlementaires du congrès calédonien ont refusé à plusieurs reprises d’habiliter Louis Mapou, le président du gouvernement local, à signer l’accord avec l’État. Les discussions sont donc au point mort depuis le mois d’avril.

Ce rejet de la population n’étonne pas l’anthropologue Christine Demmer : « La méthode du gouvernement est très inhabituelle. Depuis la signature des accords de Matignon en 1988, c’est généralement la recherche de consensus qui prime, pas une décision unilatérale de l’État, et encore moins prise depuis Paris. »

Or c’est bien le même souci de méthode que dénoncent les indépendantistes depuis le 14 mai, date à laquelle les affrontements ont commencé en Nouvelle-Calédonie. À ce jour, les violences ont entraîné la mort de cinq personnes, trois civils et deux gendarmes. L’état d’urgence a été déclaré par Emmanuel Macron et l’armée a été déployée sur le territoire.

Une partie des habitants s’oppose à une réforme promue par le gouvernement français visant à élargir le corps électoral pour les élections provinciales de Nouvelle-Calédonie. C’est un enjeu clé dans l’archipel : actuellement, seules les personnes inscrites avant 1998 (et leurs descendants) peuvent y voter. La réforme propose d’ouvrir ce droit aux personnes résidant sur le Caillou depuis au moins dix ans — soit 25 000 nouvelles personnes.

Jusqu’auboutisme

Deux positions s’opposent désormais. D’un côté, celle des habitants plus récents de l’archipel, qui rappellent qu’en République française, une personne égale une voix. Et de l’autre, celle du peuple autochtone indépendantiste kanak, qui estime que cette réforme va réduire son poids électoral et le marginaliser davantage, alors que ses membres sont les seuls à avoir été colonisés, et qu’ils ne représentent plus que 40 % de la population du territoire.

Depuis le processus de décolonisation lancé en 1988, la tradition calédonienne est de trouver un compromis entre chaque position, des indépendantistes aux loyalistes en passant par l’État. Mais cette tradition a volé en éclats en 2021, lorsque le gouvernement a refusé de repousser la date du troisième référendum sur l’autodétermination du territoire, alors que le peuple kanak demandait du temps pour enterrer ses morts dus à la pandémie de Covid-19.

Depuis, considérant que la victoire du « non » au référendum — quand bien même la majorité de la population n’est pas allée voter — était un feu vert à cette réforme, l’État a poursuivi sur sa lancée. La réforme a été adoptée par le Sénat le 2 avril, puis par les députés dans la nuit du 15 au 16 mai. Il devra être voté une dernière fois par les parlementaires réunis en Congrès en juin, sauf si un accord sur un texte global entre indépendantistes et loyalistes intervient avant.

Loin de la tradition du consensus et du « vivre ensemble » de Michel Rocard en 1988, alors Premier ministre, Emmanuel Macron et ses ministres ne s’embarrassent plus du temps nécessaire pour faire émerger des compromis entre toutes les parties de l’île. Que ce soit pour la question du nickel ou du corps électoral, l’État maintient sa démarche jusqu’auboutiste. « Cela fait trois ans que tout le monde alerte le gouvernement sur le problème de sa méthode, qui consiste à passer en force au lieu de privilégier le consensus », a rappelé l’anthropologue Benoît Trépied, au micro de France Culture. Et de souligner que c’est malheureusement « ce type de passage en force sans consensus qui [avait] déclenché la guerre civile des années 80 ».

https://reporterre.net/

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17 mai 2024 ~ 0 Commentaire

BREST

pique n

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15 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Kanaky ( Aplutsoc)

Kanaky ( Aplutsoc) dans A gauche du PS

Macron vient de convoquer le « conseil de défense » et de proclamer l’ « état d’urgence » en Kanaky (Nouvelle-Calédonie). Il déplore la mort d’un gendarme français – trois manifestants ont aussi été tués. Les émeutes ont été déclenchées par le processus de révision des accords dit de Matignon (1988), repris par ceux de Nouméa, ouvrant la voie au vote des personnes installées en Nouvelle-Calédonie ces dernières années. Cette rupture est la suite logique du choix d’avoir imposé un dernier référendum en plein Covid, majoritairement boycotté à l’appel des indépendantistes.

Ce serait une erreur totale, du point de vue de la démocratie, de croire que la question est celle du droit de vote pour tous. La question est qu’il existe une nation kanake, plurielle, constituée par son combat contre le colonialisme français et issue des populations dites autochtones de l’île. Et où il apparaît que la stratégie soi-disant démocratique de « droit de vote pour tous » est une stratégie de submersion de cette nationalité.

A l’heure où sont écrites ces lignes, Macron s’oriente vers le choix de la force, tout en hésitant sur le report ou non du Congrès parlementaire qui opérerait la révision constitutionnelle pour entériner ce coup de force contre la Kanaky.

Au même moment, le choléra affecte la population mahoraise de Mayotte. Cela parce que les proclamations sur le caractère « français » de Mayotte et l’identité « française » des Mahorais, en fait traités comme une sous-caste (projet d’atteinte au droit du sol !), ce qui constitue une menace pour les droits démocratiques citoyens de toutes et de tous, ne changent rien à la réalité néocoloniale où services publics, santé et adduction d’eau sont dans un état plus que catastrophique.

Kanaky, Mayotte : la crise de l’impérialisme français et la crise de la V° République macronienne sont liées.

15 Mai 2024

https://aplutsoc.org/

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15 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Naqba (NPA)

naqba

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10 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Cholera (AEL)

comores

Mayotte : de quoi l’épidémie de choléra est-elle le nom ?

Mayotte, 101e département français, enregistrait 37 cas de choléra au 1er mai. Entre crise majeure de l’accès à l’eau potable, extrême précarité, système de santé effondré, et une police qui multiplie la chasse aux sans-papiers comoriens autour des points d’eau et des rares structures sanitaires, tout concourt à l’émergence d’une épidémie massive de choléra.

Le choléra est une maladie des eaux souillées par des selles infectées, qui causent diarrhée et déshydratation parfois mortelle. Des mesures d’hygiène simple peuvent éviter sa propagation, et un traitement rapide ses complications. Voilà pour la théorie.

Car dans la pratique c’est toujours sur fond de grande précarité économique et sanitaire, de difficultés d’accès à l’eau potable, de systèmes de solidarité effondrés par la guerre ou la misère que le choléra se développe, comme à Haïti ou au Yémen.

Sans oublier le rôle du réchauffement climatique, entre inondations qui contaminent les points d’eau et sécheresses qui concentrent les populations les plus fragiles. Un vaccin existe, mais faute d’investissements, il est partout dans le monde en pénurie alors que le nombre de cas et le nombre de pays touchés explosent dans le monde.

Crise coloniale, sociale et migratoire

À Mayotte, le développement du choléra est au croisement de la crise sociale et coloniale de l’eau et de la crise migratoire. L’épidémie est arrivée à Mayotte via des immigréEs des Comores, où le choléra a déjà fait plus de 60 morts.

Ces sans-papiers, parquéEs dans des bidonvilles sans sanitaires et sans eau potable, sont traquéEs par la police de Darmanin qui multiplie les contrôles autour des points d’eau et des structures de santé, privant les migrantEs illégaux d’accès à une eau non souillée et aux soins rapides, ce qui favorise la diffusion.

Face au refus de la puissance coloniale française d’investir dans le système de santé, une partie de la population mahoraise interdit physiquement aux ComorienNEs l’accès aux centres de santé.

Croyant défendre leur santé en excluant celle des autres, ils ne font que faciliter l’explosion du choléra. MahoraisEs ou ComorienNEs illégaux sont dans le même bateau face au choléra. Darmanin doit retirer sa police. L’État français doit garantir l’égalité des droits aux MahoraisEs et aux sans-papiers, notamment en matière de santé et d’accès à l’eau potable.

Santé et droits sociaux oubliés

À Mayotte, la crise de l’eau vient de loin. 30 % des logements sont sans eau courante, 60 % sont dépourvus du confort sanitaire de base ! Mayotte n’intéresse l’État français que parce qu’il lui permet de contrôler un large espace maritime dans l’océan Indien. Mais le colonialisme n’a que faire de la santé et des droits sociaux des populations.

Depuis septembre 2023, les 300 000 habitantEs de l’île sont privéEs d’eau du robinet deux jours sur trois, sur fond de modification du climat, avec 40 % de précipitations en moins par rapport à une année normale. Sur l’île, l’eau potable vient à 80 % de l’eau de pluie stockée dans deux retenues collinaires.

Ces deux bassins sont quasiment vides. Pourtant depuis 2009, la construction d’une troisième retenue d’eau, qui aurait doublé les capacités de stockage, est en discussion. Une enquête de Blast montre qu’elle est au point mort depuis 15 ans ! Le terrain appartient à une grande famille mahoraise, les Bamana, que l’État français veut d’autant moins exproprier que cette famille a été le fer de lance du rattachement de Mayotte à la France ! Intérêts coloniaux et des grands propriétaires se rejoignent.

Informer, isoler et traiter

Vaincre le choléra à Mayotte ne se fera pas contre les sans-­papiers et les plus pauvres, mais bien avec eux. Darmanin doit retirer sa police de l’opération « Place nette ». Elle doit être remplacée, comme à Haïti qui a vaincu l’épidémie de choléra, par des équipes mobiles d’urgence de travailleurEs de santé communautaire pour mobiliser les populations les plus fragiles, souvent sans-papiers, pour informer, dépister, isoler et traiter rapidement les cas de choléra.

Comme le soulignent l’Unicef, la Cimade, la Fondation Abbé-Pierre et Médecins du Monde, « les mesures sécuritaires sont incompatibles avec la lutte contre le choléra ». Elles exigent « liberté de circulation, droit au logement, accès à l’éducation, la santé et un environnement sain ».

Tout l’opposé de la politique néo­coloniale et policière de la France.

Frank Prouhet 10 mai 2024

https://www.afriquesenlutte.org/

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09 mai 2024 ~ 0 Commentaire

Vietnam ( LCR )

vietnam

Vietnam Vo Nguyen Giap (1911-2013) : un enfant de l’Oncle Ho

Si l’on devait résumer d’une formule la vie et la personnalité de Vo Nguyen Giap, celui qu’Ho Chi Minh considérait comme un de ses « fils préférés », avec Pham Van Dong, on pourrait, on devrait dire : cet homme a toujours eu un mal fou à dire « je ».

Il riait lui-même beaucoup des formules lues sous la plume d’observateurs occidentaux, du type « Le vainqueur de Dien Bien Phu », « L’ennemi le plus redoutable des Français, puis des Américains ». Giap n’aimait pas personnaliser les événements, comme toujours les Vietnamiens, comme souvent les communistes.

Ce n’était pas de la fausse modestie : quand il affirmait que « c’étaient les masses » qui « faisaient l’histoire », il croyait ce qu’il disait. Précisons pourtant : il ne fut pas « le père de l’armée populaire vietnamienne » ? il ne fut pas « le vainqueur de Dien Bien Phu » ? il ne fut pas « le stratège de la guerre contre les Etats-Unis » ?

Certes, si on prend à la lettre ces formules réductrices. Mais il y fut bien pour quelque chose… En bon marxiste, Giap aurait dû reconnaître que les grands bouleversements de l’histoire du monde naissent de la rencontre entre des « éléments objectifs » et la capacité de grands hommes d’exploiter des situations. Mais, décidément, sa modestie et, je dirais, son « hochiminisme » l’en empêchaient.

J’ai eu l’insigne honneur de le rencontrer dix, vingt, trente fois, rencontres échelonnées sur une trentaine d’années et de devenir, j’ose dire, un proche. La première fois, c’était en mars 1979, à Hanoi. Le Vietnam traversait alors l’un des pires moments de son histoire.

Son économie était vacillante, ses relations internationales disloquées (blocus américain, hostilité allant jusqu’à la guerre avec la Chine et les Khmers rouges), la France giscardienne n’était pas la dernière à vitupérer son ancienne colonie, le Vietnam se retrouvait dans un tête-à-tête, qu’il aurait probablement préféré éviter, avec l’URSS et le Comecon – lesquels, affaiblis, entamaient alors leur dernière décennie d’existence. Et cet homme, qui n’avait jamais douté, qui ne doutait pas, transmettait sa confiance.

Vo Nguyen Giap, né le 25 août 1911, aura consacré son siècle d’existence à la défense de deux idéaux : l’indépendance nationale de son peuple et le communisme. Dissocier les deux, tenter de choisir entre le patriote Giap et le « camarade Van » (c’était son nom dans la résistance), comme il est parfois procédé en Occident, paraît un exercice infructueux.

Né au centre du pays, tout près de ce 17 è parallèle qui avait si longtemps, trop longtemps, déchiré son pays, mais aussi dans une région connue pour ses traditions de lutte, il s’est engagé très tôt dans le mouvement national.

À quinze ans, il est exclu du lycée de Hué pour participation à une manifestation nationaliste. Vers cette époque, il est déjà en contact avec le Tan Viet, Parti nationaliste aux options nettement progressistes, socialistes.

Il y a déjà, alors, des noyaux communistes, qui vont progressivement s’imposer. On peut dire que, dès 1930 et la fondation d’un Parti communiste « Indochinois », le bras de fer est commencé, les deux principaux protagonistes d’une lutte titanesque sont en présence.

Le jeune Vo Nguyen Giap a entendu parler dès sa jeunesse d’un certain Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh, alors éloigné du Vietnam, mais terriblement efficace dans sa lutte au sein de la III è Internationale. Dans le pays, la réputation de ce patriote hors normes grandit.

Aussi est-ce tout naturellement qu’avec un autre jeune militant, Pham Van Dong, il prend contact avec ce Nguyen Ai Quoc. Nous sommes en 1940, la guerre vient de prendre une dimension mondiale. C’est ce noyau d’hommes déterminés, appuyé sur une mobilisation populaire croissante, qui va donner naissance au mouvement dit Viet Minh (1941), puis qui va proclamer l’indépendance du pays (1945), enfin entamer une lutte de trente années contre les envahisseurs étrangers, qu’ils aient l’étiquette colonialiste (Français) ou impérialiste (Américains).

Dans sa longue vie, Vo Nguyen Giap n’a pas eu souvent l’occasion de faire des pauses, de prendre le temps de mesurer le chemin parcouru. Et pourtant ! Quelle disproportion apparente entre sa poignée de premiers guérilleros, mal armés, peu formés, et une France colonialiste bien décidée à maintenir à tout prix le joug !

Et, plus tard, contre les USA, quel fossé entre ce qui était toujours présenté comme un « petit peuple » et la formidable armada du complexe militaro-industriel qui déversa une décennie durant, par millions de tonnes, bombes à fragmentation, napalm et dioxine !

Mais le Vietnam a vaincu, même si, hélas, Ho Chi Minh, décédé en 1969, n’a pu voir ce jour. Le 30 avril 1975, l’armée populaire mettait à bas les derniers pans de l’édifice bâti pierre à pierre par les puissances occidentales durant cent vingt années.

« Dans la vie d’un peuple, m’a dit Vo Nguyen Giap, il y a parfois des rêves, des rêves tellement beaux que l’on pourrait croire leur réalisation impossible. Eh bien ! En cet instant, nous avons pu réaliser un rêve chéri : voir enfin le pays réunifié et libre. Le pays indépendant, en paix et en marche vers le socialisme. Nous n’avons jamais eu une minute d’émotion comparable à celle-là. Et, tous, nous étions très émus, parce que nous pensions à notre Président Ho Chi Minh ».

Adieu, camarade Van. En pensant à vous, nous aurons toujours en tête, désormais, ces vers de votre grand poète national, Nguyen Trai :

« Notre pays a connu grandeur et décadence
Il n’a jamais manqué d’enfanter des héros ».

*Alain Ruscio est historien et président du CID Vietnam 7 octobre 2013

Cet article a été publié sur www.europe-solidaire.org

https://www.lcr-lagauche.org/

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