Archive | Anticolonialisme

02 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

euskadi corse (fr3)

euskal herria

Pays basque :  »la victoire des nationalistes n’est pas seulement électorale. C’est une victoire des idées »

À Ciboure, Urrugne ou encore Biriatou, le vote nationaliste pour des listes de la gauche abertzale a connu une forte progression lors des élections municipales. Le résultat d’un travail de fond sur plusieurs années, et d’une stratégie de rassemblement particulièrement efficace.

Il a 32 ans, et vient de remporter l’élection municipale de Ciboure au Pays basque. Eneko  Aldanat-Douat est désormais le nouveau maire de Ciboure, commune de 6 400 habitants jouxtant Saint-Jean de Luz.
Mais la tête de liste  » Ziburu Bizi « est aussi le nouveau visage d’un mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur au Pays Basque : le vote nationaliste. Comme Ciboure, les communes de d’Urrugne, Ustaritz, ou Itxassou ont porté à leur tête des listes représentant la gauche abertzale.
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Une percée remarquée

Au premier tour, Saint-Pierre d’Irube, Biriatou à la frontière espagnole, ou encore  Baïgorry  avaient déjà opté pour ce choix. Partout sur le territoire, des listes de sensibilité abertzale ont obtenu des scores plus qu’honorables.

Une tendance qui n’a rien de surprenant, estime Eguzki Urteaga, professeur de sociologie à l’Université du Pays Basque, et auteur de L’essor du vote nationaliste basque, publié aux éditions L’Harmattan.

« Ces résultats sont cohérents avec l’évolution du vote nationaliste basque ces quinze dernières années, estime le chercheur. On a pu le voir déjà en 2014, avec des communes comme Ustaritz qui, déjà à l’époque, avaient voté pour un maire nationaliste ». Bruno Carrère, maire sortant et tête de liste Ustaritz Bai, a été largement réélu au deuxième tour de l’élection municipale ce dimanche 28 juin dans la commune de 6 800 habitants.

« Malgré la faible participation le vote nationaliste a progressé au Pays basque en pourcentage, mais également en nombre de voix, précise Eguzki Urteaga, qui estime que l’abstention a joué en la faveur des abertzale : une plus forte participation aurait sans doute été le synonyme d’une mobilisation des non nationalistes ».
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Diffusion des idées

Comment expliquer ce succès ? Selon le sociologue, la progression de ce vote est la résultante d’un travail sur du très long terme.Depuis les années soixante, les nationalistes ont toujours été très présents et actifs dans les entreprises, les syndicats, les associations…
Progressivement, leurs revendications se sont étendues à l’ensemble de la société basque et à la classe politique locale. Eguzki Urteaga, sociologue

La question basque au centre des débats

Le résultat : soixante ans plus tard, les idées et thématiques des abertzale régissent les agendas politiques. Et l’appui des nationalistes devient indispensable à quiconque souhaite être élu localement.

Soutien à la langue basque, défense de la culture, mise en place d’un processus de paix,  création de la communauté de communes du Pays basque en 2017… , autant de thématiques qui ne font plus polémique.  »C’est plus qu’une victoire électorale, c’est une victoire des idées », abonde Eguzki Urteaga.
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Des listes ouvertes, « qui brassent large »
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Si le phénomène a d’abord concerné le Pays basque intérieur et rural, il s’étend désormais. Ainsi Urrugne , près de 10 000 habitants, a voté ce dimanche pour la liste de Philippe Aramendi. Une liste rassemblant écologistes et abertzale, une association devenue des plus communes.
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« La majorité de ces listes présentent une tête de liste nationaliste, et un socle élargi, allant de la gauche à l’extrême gauche. Ecologie, Insoumis, socialistes… la plupart des listes sont ouvertes, diversifiées et brassent large », explique Eguzki Urteaga.
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Leur volonté est de dépasser les thématiques propres aux nationalistes. Leur offre ne se résume pas aux questions identitaires, de la langue basque, ou de la culture. Il y a tout un travail qui a été fait sur des thématiques essentielles : l’environnement, l’économie, la mobilité, l’urbanisme…Les nationalistes proposent une offre globale qui vise à répondre aux préoccupations des électeurs basques. C’est ce qui explique leur succès.Eguzki Urteaga, sociologue
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Le BAB ne prend pas

Seul le BAB, les communes de Bayonne-Anglet et Biarritz semblent encore résister à l’appel nationaliste. À Biarritz, la liste « Euskal Herrian, Vert et solidaire » (Euskal Herria Bai, Europe Écologie Les Verts et les Insoumis), s’est alliée avec Guillaume Barucq. Avec ses 26,3%, elle est arrivée bien loin derrière la candidate LR Maïder Arosteguy (50,2% des suffrages).  À Anglet, c’est l’élu de droite Claude Olive qui s’est imposé dès le premier tour. Il n’avait pas d’adversaire abertzale face à lui.

Aucune alliance non plus à Bayonne avec le candidat socialiste Henri Etcheto, à qui les détracteurs reprochent un manque d’engagement sur la question de la culture et de la langue basque. Et c’est sur son adversaire centriste, le maire sortant Jean-René Etchegaray, que se sont reportées une partie des voix nationalistes : Jean René Etchegaray a été réélu le 28 juin avec près de 54% des voix.

« Première force de gauche »
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Quels enseignements tirer de ces élections municipales ? Pour Eguzki Urteaga, cet engouement n’a rien de passager.  » Les idées nationalistes sont désormais diffusées dans la société, et le vote va s’implanter durablement. Ce vote progresse lentement, mais sûrement.  Historiquement, le Pays basque est dominé par le centre droit. Désormais, les partis nationalistes se substituent au PS et deviennent la première force de gauche ».
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Maïté Koda  29/06/2020
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Lire aussi:
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28 juin 2020 ~ 0 Commentaire

brest quimper (afps)

afps

Place de la Liberté (Brest)

Quimper, des Cornouaillais prêts à relancer la campagne de boycott d’Israël

« C’est l’abandon de toute idée de paix, le choix d’une guerre sans fin pour imposer la domination sur un peuple » : la nouvelle étape de l’annexion de la Cisjordanie par Israël le 1er juillet, mobilise une nouvelle fois les défenseurs des droits de l’homme dans le monde.

À Quimper, les associations organisent un rassemblement et veulent relancer les campagnes de boycott.

Les représentants des associations et partis :

PCF, EELV, NPA, Mouvement de la paix, CCFD Terre Solidaire, France Palestine Solidarité. Manque ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), ARAC (Association républicaine des anciens combattants), Attac, Ensemble !, UDB

https://www.letelegramme.fr/

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25 juin 2020 ~ 0 Commentaire

annexion stop! (afps)

afps

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25 juin 2020 ~ 0 Commentaire

palestine (npa)

palestine

“Non à l’annexion des territoires palestiniens !

Non à l’asphyxie de tout un peuple !” (tribune)

Une soixantaine d’organisations et de personnalités dont Judith Butler, Jean Ziegler, Olivier Besancenot et Isabelle Stengers appellent à manifester à Paris, le samedi 27 juin, contre l’annexion d’une grande partie (30%) des territoires palestiniens occupés de Cisjordanie.

Le gouvernement israélien de Netanyahou promet, avec le soutien de l’administration Trump et le silence complice de l’Union européenne (UE), d’engager dès le 1er juillet l’annexion pure et simple d’une grande partie des territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, en violation flagrante du droit international.

Ces déclarations annexionnistes de 30% de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 53 ans, représentent un vol flagrant des terres palestiniennes et une nouvelle vague de nettoyage ethnique qu’opère le colonisateur israélien à l’encontre du peuple palestinien depuis 1948.

Ce régime ouvertement colonialiste et raciste se sent d’autant plus encouragés dans cette voie criminelle qu’avec une actualité mondiale, marquée notamment par l’épidémie de coronavirus et ses conséquences, il espère détourner l’attention de ses propres crimes contre le peuple palestinien.

C’est pourquoi les partis, organisations et associations soussignés, engagés dans la lutte contre le colonialisme et son frère jumeau le racisme, appellent à manifester à Paris samedi 27 juin à 15H de Barbès à Châtelet pour affirmer notre solidarité avec la Palestine et sa résistance.

Personnalités signataires :

Olivier Besancenot, NPA
Jean Ziegler, Sociologue
Monseigneur Jacques Gaillot, Évêque de Partenia
Françoise Vergès, Féministe décoloniale, politologue
Olivier Le Cour Grandmaison, Historien
Georges Gumpel, Union Juive Française pour la Paix

ETC

Organisations signataires:

AFPS                                                                                                                                 Campagne BDS
Droits Devant !
Émancipation, tendance intersyndicale
Ensemble
Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture FERC-CGT
NPA
UD CGT Paris
Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
Union syndicale Solidaires

ETC

Mercredi 24 juin 2020

https://npa2009.org/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

musulmans russes (global voices)

bakou 1920

Congrès des peuples d’Orient Bakou 1920

Revisiter la vision traditionnelle des musulman·e·s russes

Les musulman·e·s constituent 10 % de la population russe, faisant de l’islam la deuxième religion du pays derrière l’Église orthodoxe russe.

Elles et ils font partie de l’histoire russe depuis des siècles, et vivent sur l’ensemble du territoire, de la Sibérie au Caucase du Nord, et dans les grandes villes telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg.

Le plus grand groupe ethnique musulman est celui des Tatars, qui constituent aussi la première minorité ethnique du pays, forte d’une population de plus 5 millions [en]. Les Tatars ont leur propre langue turcique et leur propre république à l’intérieur de la fédération de Russie, le Tatarstan.

Les Tatars ont joué un rôle spécifique dans l’expansion coloniale de la Russie tsariste en servant d’intermédiaires entre les groupes ethniques russes et les nations colonisées de Sibérie et d’Asie Centrale, qui partageaient souvent de grandes similitudes religieuses et linguistiques avec eux. Ils ont été les missionnaires, traducteur·rice·s, puis réformistes de l’islam à la fin du 19è et au début du 20è siècle.

Ils sont souvent décrits comme appartenant au courant des Jadides [en] – intellectuels, écrivains, penseurs qui ont proposé un nouveau courant islamique moderne inspiré par les réformes politiques et sociales vues dans l’Empire Ottoman et en Europe occidentale.

Cependant, ce récit montrant des hommes musulmans seuls guides de la modernisation, qui a dominé dans le milieu universitaire jusqu’à très récemment, est de plus en plus contesté par les chercheur·e·s.

Filip Noubel : Le récit dominant dans le milieu universitaire, à la fois post-soviétique et occidental, est que la modernité dans les communautés musulmanes de l’Empire tsariste a seulement été possible avec l’arrivée des Jadides — des hommes réformateurs de l’islam et de la société. Dans votre dernier livre, vous remettez en question ce récit. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Danielle Ross (DR) : L’un des principaux objectifs de ce livre est de mettre à jour l’étude de l’islam et de la réforme islamique dans la région russe de la Volga-Oural [ancien centre historique du district de la Volga, ndlt] grâce aux nouvelles tendances de la recherche historique dans d’autres parties du monde.

 

Cela signifie se séparer d’un modèle de modernité considéré comme importé ou introduit par une certaine société dans une autre, et, à la place, visualiser les années 1600 à 1910 comme une période pendant laquelle un ensemble de changements – mondialisation du commerce et des politiques, centralisation du pouvoir gouvernemen-tal, hausse du taux d’alphabétisation, démocratisation de la religion – a eu lieu dans les sociétés à travers le monde.

 

La région Volga-Oural, reliée au monde entier à travers le règne de la Russie impériale, l’islam, et les échanges commerciaux européens et asiatiques, s’est tout autant formée via ces courants que la Grande-Bretagne ou la France ont pu l’être, à ceci près que cette région a été un espace colonisé plutôt qu’un centre impérial.

 

Si l’on se positionne dans cette perspective, les Jadides ne peuvent plus être vus comme ceux qui ont importé la modernité. Le Jadidisme apparaît plutôt comme l’une des nombreuses réponses locales à un colonialisme fort, à une production de masse intégrée verticalement, et à un renouveau de la religion à travers le monde des années 1880 aux années 1910.

 

Les Jadides entretenaient un dialogue avec leurs contemporains en dehors de leurs communautés ethniques, mais devaient aussi beaucoup aux générations passées de leur propre peuple, qui avaient répondu à des changements à l’échelle mondiale à leur époque. Dans mon livre, je voulais amener l’idée d’une région Volga-Oural comme un lieu continuellement dynamique, plutôt que comme un territoire et une culture figés en 1552 qui se seraient soudainement réveillés dans les années 1860.

Vous mettez aussi en avant dans votre recherche le fait que l’édification de l’Empire tsariste, et plus tard de l’Empire soviétique, n’étaient pas le monopole des groupes ethniques russes – d’autres groupes tels que les Tatars, les Allemands, les Juifs, les Géorgiens, etc. y ont joué un rôle. Pourquoi cet aspect n’est-il guère mentionné dans l’histoire coloniale de ces deux empires ?

DR : L’étude universitaire de l’Histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui est arrivée dans le contexte d’un 19è siècle nationaliste et colonialiste. Avec une telle base, écrire l’Histoire servait deux buts : exprimer clairement un passé cohérent et unificateur pour l’État-nation moderne, et justifier la domination politique de certaines personnes sur d’autres.

 

Les historien·ne·s ont travaillé depuis les années 1960 pour déconstruire ces récits nationaux et coloniaux, mais, dans le cas de la Russie, un tel travail est difficile pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, il y a la question d’assembler un récit cohérent. Raconter le passé de la Russie comme une histoire de grands princes, de tsars et de leaders du Parti Commu-niste est très ciblé et linéaire. Mais comment peut-on conter l’histoire cohérente, attrac-tive, de centaines de groupes ethno-confessionnels dispersés sur des milliers de kilomètres carrés ? Où est le cœur du récit ?

 

Deuxièmement, l’approche intellectuelle de la Russie et de l’Union soviétique envers les non-russes, non-orthodoxes, a été de positionner ces peuples dans des territoires déterminés (nationalités, républiques unitaires, etc.), et de confiner toute discussion de leurs cultures et de leurs passés en ces lieux.

 

Les ethnographes, expert·e·s régionaux et historien·ne·s de républiques unies et autonomes pouvaient choisir d’écrire sur des groupes d’ethnie et confession spécifi-ques, mais seul un nombre restreint de ces écrits ont été inclus dans l’histoire générale de la Russie et de l’URSS. La même structure d’espaces nationaux et de différen-ciation, utilisée sous l’Empire soviétique, a été répliquée et renforcée dans l’éducation occidentale durant la Guerre Froide.

 

Dans les années 1990, les historien·ne·s ont commencé à poursuivre une recherche qui démantèle et dépasse les différenciations nationales et régionales autour des-quelles les études historiques sur la période de la Guerre Froide ont été structurées, mais cette transformation est encore en cours, et n’est toujours pas bien représentée dans les manuels scolaires et autres ouvrages généralistes auxquels peuvent s’intéresser les non-spécialistes et étudiant·e·s abordant le domaine de l’histoire russe.

 

De fait, l’intégration de sources et récits non-russes dans l’histoire russe dominante, et la décentralisation ou régionalisation de cette histoire d’un point de vue ethnique, continuent d’être un procédé lent.

Quel est le discours actuel de Moscou sur le rôle et la présence des musulman·e·s en Russie, que ces personnes soient originaires de ce territoire ou immigrées ?

DR : Depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, Moscou s’est de plus en plus tourné vers le nationalisme ethnique russe comme idéologie unificatrice. Au Tatarstan, où cohabitent plusieurs groupes ethniques, les récentes stratégies de consolidation et de rationalisation des institutions culturelles et éducatives ont eu pour conséquence la réduction des subventions qui soutiennent les langues et cultures non-russes.

La rhétorique de Moscou et la politique envers les migrants ouzbeks, tadjiks, kirghizes et azéris montrent que :

(1)  Ces musulman·e·s n’ont pas leur place en Russie malgré leur rôle indispensable dans l’économie du pays ; et

(2) Les cultures des musulman·e·s d’Asie Centrale et du Caucase sont étrangères et incompa-tibles avec la culture russe prédominante malgré l’expérience commune de soixante-dix ans de régime soviétique.

Vu la position actuelle de Moscou sur les personnes musulmanes originaires de Russie et migrantes ainsi que leurs cultures, il semble assez clair que le pays n’est pas prêt, à l’heure actuelle, à reconnaître les contributions des non-slaves, non-orthodoxes dans l’histoire russe, ou à proposer une vision du futur qui reconnaîtrait les musulman·e·s comme des membres à part entière de la société russe.

Qui sont les vecteurs de la modernité aujourd’hui dans les communautés musulmanes en Russie ?

DR : Je ne sais si le terme « vecteurs de la modernité » est utile pour parler de l’islam en Russie aujourd’hui. Contrairement à la période 1880-1920, les principaux discours au sein de l’islam de nos jours ne portent pas sur les façons d’adapter la foi, la loi et la culture islamiques au monde moderne, mais plutôt sur qui prend la parole au nom des musulman·e·s, quel islam est le plus exact et légitime, quelles sont les langues les plus appropriées pour transmettre le savoir islamique, et quelle devrait être la position de l’islam en Russie actuellement et à l’avenir.

Les différents visages de l’islam en Russie sont les personnes d’origine musulmane ainsi que les Russes (ethniques) récemment converti·e·s, les salafistes ainsi que les partisan·e·s de divers courants classiques de l’islam et des traditions intellectuelles musulmanes locales et nationales ainsi que des tendances internationales et transnationales. Cette multiplicité de voix et d’opinions confère du dynamisme aux communautés musulmanes russes.

Global Voices a interviewé Danielle Ross, qui a enseigné à l’Université de Nazarbayev au Noursoultan (Kazakhstan), et est maintenant maîtresse de conférences à l’Universi-té d’État de l’Utah où elle enseigne l’histoire asiatique et islamique. Dans son dernier livre, L’Empire Tatar : les musulmans de Kazan et la fondation de la Russie impériale [Tatar Empire: Kazan's Muslims and the Making of Imperial Russia, en, non traduit en français, ndlt], elle remet ouvertement en question [en] ce mythe et propose une autre vision de la situation. Ce qui précède est une version abrégée de cet entretien.

https://fr.globalvoices.org/

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

leopold 2 ( psl ga)

congo

Léopold 2 tombe de son piédestal

Faut-il déboulonner les statues de Léopold 2 ? Que retient-on du règne de Léopold 2 et doit-on lui rendre hommage? Comment Léopold II a géré l’État indépendant du Congo ? Comment l’État belge s’est-il comporté lorsqu’il était un État colonisateur ? Ces questions et tout un tas d’autres sont venues dans le débat public suite aux actions de solidarité contre le racisme et la violence policière.

L’enjeu politique de l’histoire

La discussion sur les statues de Léopold II a révélé qu’il y a un débat public sur l’histoire de la colonisation qui est loin d’être tranché en Belgique. Certains tentent de limiter le débat à la question de la sauvegarde et à la protection du patrimoine. D’autres veulent maintenir ces statues comme témoins de notre identité « belge ». D’autres encore veulent contextualiser ces statues pour qu’elles fassent œuvre d’éducation historique.

Alors que différentes associations appellent depuis des années à une réévaluation du discours d’État sur la colonisation, il a fallu un contexte mondial de mobilisations contre le racisme et la violence policière pour ouvrir ce débat.

Ce n’est pas un hasard, car la colonisation a toujours utilisé les clichés et préjugés racistes pour pouvoir se justifier. À cette occasion, il est apparu aux yeux de tous que la propagande coloniale est encore présente. Ceci n’est pas étonnant, la société dont on raconte l’histoire est traversé par des forces sociales antagonistes. L’étude de l’histoire éclaire le passé mais la manière dont celle-ci est racontée à beaucoup à voir avec le présent.

L’historien américain Howard Zinn mettait en avant que « tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera raconté par les chasseurs ». C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la résurgence de la « propagande coloniale ».

Comme par le passé, elle vise à masquer sous les draps de l’honorable cause de la « mission civilisatrice » des meurtres de masses et sévices commis dans un but d’enrichissement personnel. Le prince Laurent a fait une sortie dans la presse pour nier les atrocités que Léopold 2 a commises.

L’écrivain Pierre Vidal Naquet parlait « d’assassins de la mémoire » pour qualifier les négationnistes. Des déclarations comme celle du Prince Laurent sont réalisées au mépris de la vérité historique établie scientifiquement. Ce genre de déclarations à peu à voir avec la recherche de la vérité et tout à voir avec la recherche de la défense de son intérêt personnel et de celui de sa classe sociale.

L’histoire vue par les chasseurs

La révolution de 1830 est le moment fondateur de l’État belge.

C’est pourtant un événement qui n’est pas largement connu dans son déroulement. Si à l’époque on avait demandé les causes et les objectifs de la révolution à Guillaume d’Orange Nassau, roi des Provinces-Unies ; au Major Vander Smissen de la garde bourgeoise ;à un ouvrier ou à un paysan du nouvel État, les réponses auraient été fort dissemblable.

Cela ne veut pas dire que la réalité se situe un peu au milieu de tout ça, ou alors que toute réalité est relative. Cela veut dire que les forces sociales à l’œuvre dans une révolution n’apparaissent pas à leur acteurs de manière consciente immédiatement.

Pour faire apparaître ces forces, il faut analyser en profondeur les développements historiques. La révolution belge de 1830 a été un soulèvement populaire qui a été récupéré par une classe sociale, la bourgeoisie.

Au lieu du suffrage universel, demandé par les masses révolutionnaires et vu comme le moyen d’aboutir à une amélioration de leurs conditions de vie, nous avons hérité du suffrage censitaire et d’une monarchie constitutionnelle.

C’est le résultat de l’affrontement des différentes forces sociales en Belgique d’une part mais aussi des rapports de forces internationaux d’autre part.

C’est ainsi que Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld est arrivé sur le trône de Belgique, sous le nom de Léopold Ier. Cela aurait pu être la Grèce, ce fut la Belgique. Karl Marx décrivait la Belgique en 1869 comme un « paradis pour les capitalistes ». Il mettait en avant la violence avec laquelle les luttes ouvrières étaient réprimées dans le sang au bénéfice des capitalistes. Certains traits liés à la fondation de la Belgique sont similaires à la manière dont Léopold II a pu acquérir une part du « gâteau africain ».

Léopold 2 et le partage du « gâteau africain »

À partir des années 1870, Léopold 2 est à la recherche d’une colonie. Dès le départ, il ne s’agissait pas de trouver un peuple à civiliser ou des esclaves à affranchir. Il s’agissait de répondre directement à la nécessité capitaliste.

Les forces productives étaient trop à l’étroit dans les frontières nationales. Elles avaient besoin de terre et de nouvelles forces de travail pour continuer la circulation de capital. C’est dans ce sens que Léopold tenta de racheter des zones aux grandes puissances impérialistes.

Il investit dans le chemin de fer en Chine, il tenta de racheter les Philippines à l’Empire espagnol, mais sur ce terrain la concurrence avec les grandes puissances était trop forte et personne ne voulait vendre. Il lui faudra se rabattre sur l’Afrique. Le seul continent qui n’avait pas été entièrement réparti par les puissances impérialistes.

La bourgeoisie belge est une bourgeoisie paresseuse et peu aventureuse. Lors de la révolution belge, elle avait tenté de maintenir le régime Orangiste pour ne pas perdre le marché des colonies néerlandaises.

C’est le risque de perdre le contrôle sur le processus révolutionnaire qui l’a amené à en prendre la tête et à revendiquer l’indépendance. Ces traits de caractères vont se retrouver lors de la guerre de conquête coloniale.

De 1874 à 1895, le roi Léopold 2 a investi toute la fortune que lui a légué son père pour établir une monarchie absolue dans l’État Indépendant du Congo (EIC), une dictature personnelle.

Lors de la conférence de Berlin de 1885, Léopold II a joué sur les antagonismes entre les grands puissances pour s’assurer le contrôle de l’ensemble du territoire que constituait l’EIC. À la conférence, il exhiba plus de 500 traités de cessions de terres signés avec les chefs locaux.

En fait, ceux qui refusaient de signer étaient détruits militairement et la plupart de ceux qui signaient ne comprenait pas que le fait d’apposer une croix sur ce document était un acte de cession de propriété.

Par ce biais, il s’est approprié un immense territoire, le domaine de la couronne. Alors qu’auparavant les villageois quittaient leurs terres une fois que celles-ci étaient épuisées, les terres dites « vacantes » appropriés par Léopold 2 ont créé une tension sur la question agraire qui était la base pour des luttes entre communautés.

Ce processus est une formidable démonstration que les riches accumulent des richesses en dépossédant les plus pauvres et, ce faisant, ils créent des problèmes sociaux et environnementaux.

Pour mettre en valeur son investissement, il a fallu construire le chemin de fer. Afin de limiter les dépenses en capital, c’est du travail humain forcé qui a été utilisé dans le cadre des corvées et des impôts en nature dus à l’État.

Les habitants étaient interdits de quitter leurs villages afin que les hommes de main de Léopold 2 aient toujours de la main d’œuvre disponible. Une véritable économie de rapine s’est mise en place. Il s’agit pas de hasard ou de méchanceté de la part de l’un ou l’autre administrateur du roi. C’est bien un système étudié pour être le plus rentable qui a occasionné des massacres de masses et une dépopulation de 1 à 5 millions de personnes selon les estimations des historiens.

Le Roi savait, tout le monde savait !

Ces atrocités ont soulevés une campagne internationale. La « propagande coloniale » parle de la ‘campagne anglaise’ car elle était portée par des personnalités comme l’anglais Edmund Moreel, Joseph Conrad ou l’écrivain américain Mark Twain.

C’est la preuve qu’à l’époque non seulement le Roi mais tous les politiciens et bourgeois savaient. Il y a eu aussi une commission d’enquête qui a recueilli des témoignages de locaux qui ont décrit les sévices réalisés par les troupes de Léopold 2.

Suite à cela, celui-ci a brûlé plusieurs archives, antidaté des documents afin qu’on ne puisse pas mettre au clair sa comptabilité et remonter jusqu’à lui. Dans une lettre du 3 juin 1906, Léopold 2 déclarait : « mes droits sur le Congo sont sans partages : ils sont le produit de mes peines et de mes dépenses ». Pour diverses raisons, l’État belge reprendra à son compte la gestion de la colonie en 1908.

À côté de cette campagne, il y a eu des campagnes menées par le mouvement ouvrier.

Emile Vandervelde, un libéral-radical passé au Parti ouvrier belge (POB) à sa fondation a écrit plusieurs ouvrages sur les crimes de la colonisation capitaliste. Une fois élu, il a fait plusieurs interpellations (1895-1900-1903-1905) au parlement suite aux luttes qui ont brisé le suffrage censitaire et ont amené le suffrage universel tempéré par le vote plural.

Malheureusement, l’orientation parlementariste de la direction du POB l’a amenée uniquement à orienter la critique sur le terrain parlementaire au lieu de la faire vivre dans la rue et parmi les masses dans le cadre de la revendication de la grève générale pour le suffrage universel.

Imaginons la force qui se serait dégagée du mouvement si la direction du POB avait appelé la classe ouvrière belge, qui combattait pour ses droits démocratiques économiques et sociaux, à se solidariser avec la lutte des peuples colonisés pour leur droits.

Mais il n’en fut rien et les appels d’Emile Vandervelde se sont limités à la couche progressiste du Parti Catholique du Parti Libéral. Il a même été plus loin lors de la Première Guerre mondiale en acceptant d’être ministre d’État d’un gouvernement qui avait repris la gestion de la colonie depuis 1908.

C’est avec la montée en puissance de l’industrie automobile et la découverte du caoutchouc qui est produit par l’Hévéa que l’EIC a commencé à être rentable pour le roi. C’est à ce moment-là aussi que la bourgeoisie belge a commencé à investir de manière massive avec des sociétés comme l’Union Minière ou la Société Générale.

Avec l’argent dégagé, Léopold II n’a pas investi pour développer les infrastructures du Congo, mais pour lancer une politique de grands travaux afin de s’assurer, à lui et à sa classe, une base sociale en Belgique.

L’histoire racontée par les lapins

Si Léopold II avait une qualité, c’est d’être l’un des meilleurs défenseurs de sa classe sociale, la bourgeoisie belge. Afin de fournir à lui-même et au capital belge ensuite un débouché pour ses forces productives, il a dû avancer masqué afin de se frayer un passage entre les grandes puissances.

C’est cela qui explique tout le discours sur la lutte contre l’esclavage arabe. Pour justifier moralement sa quête d’enrichissement personnel, il a dû se draper dans la toge du roi humanitaire alors que c’était un dictateur de la pire espèce dans les territoires qu’il avait conquis.

C’est la lutte de masse du mouvement ouvrier qui l’a empêché lui et la bourgeoisie de se conduire de la même manière en Belgique. Il a fallu aussi dépeindre le colonisé comme un sauvage à civiliser pour justifier la guerre de conquête. Ce sont ces préjugés qui ont été recyclés une fois que l’État belge a repris la gestion du Congo.

Dans le débat actuel, certains tentent de préserver l’institution monarchique qui est mise à mal par un énième thème.

Léopold Ier a hérité de la Belgique malgré lui, comme résultat du rapport de forces entre grandes puissances ; Léopold III a dû abdiquer suite à la lutte de masse de 1950 à cause de sa collaboration avec le Reich allemand nazi ; Baudouin a démontré qu’il était l’ennemi des droits des femmes et sa glorification a été mise à mal à cause de sa participation dans l’assassinat de Lumumba et de l’amitié de son couple avec le dictateur espagnol Franco.

L’autorité d’Albert II a été minée par la non-reconnaissance de sa fille. Les affaires des Saxe-Cobourg Gotha suintent de puanteur par tous leurs pores.

En rendant hommage à Léopold ou à « l’œuvre coloniale », on ne rend pas hommage à notre histoire mais seulement à une partie de celle-ci. L’histoire de l’exploitation de ‘l’Homme par l’Homme’ ou, pour être plus précis, l’histoire de l’exploitation d’une minorité sociale sur la majorité sociale.

Pour maintenir son règne, la minorité a toujours utilisé le développement inégal des forces productives, le sexisme, le racisme et les discriminations. Déboulonner les statues ne veut pas dire qu’on oublie l’histoire, au contraire cela veut dire qu’on l’a bien apprise.

Pour notre part, nous préférerons toujours célébrer ceux qui sont tombés pour la liberté et l’émancipation de la majorité sociale, que ce soit au Congo dans les luttes pour l’indépendance, devant le mur des Fédérés lors de la Commune de Paris, ou ceux qui sont tombés lors des révoltes de Roux en Belgique en 1886.

Ce sont ces expériences qui ont permis à la majorité sociale de jouir de droits économiques sociaux et démocratiques et c’est sur base de ces luttes que nous pourrons élargir ces droits et jeter l’exploitation dans les poubelles de l’histoire.

mardi 23/06/20 Alain (Namur)

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24 juin 2020 ~ 0 Commentaire

macron (essf)

tintin

Indifférence et hostilité

« Emmanuel Macron engage le combat non pas contre le racisme, mais contre l’antiracisme »

Au « désordre » associé aux mobilisations antiracistes, le président de la République oppose « l’ordre républicain » représenté par la police, s’alarment quatorze intellectuels dans une tribune au « Monde ».

Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis, le 25 mai, un mouvement international relance le combat antiraciste. Black Lives Matter résonne dans le monde entier. On aurait pu craindre que la pandémie, qui incite au repli domestique, n’étouffe tout désir de politique ; c’est le contraire. Il est vrai que les populations les plus touchées par le virus, y compris parmi le personnel soignant, recoupent celles qui sont le plus frappées par les violences policières : les classes populaires, en particulier noires ou arabes.

De façon inattendue, le comité Adama réussit à mobiliser le 2 juin devant le tribunal judiciaire de Paris, puis le 13 juin, place de la République. Des années de militantisme dans les quartiers populaires débouchent aujourd’hui sur un véritable mouvement social : la jeunesse se mobilise pour l’égalité des droits et la démocratie. Il faudrait s’en réjouir : en donnant à la colère une forme politique, la mobilisation épargne au pays les révoltes que peuvent déclencher les violences policières.

 Indifférence et hostilité

Or le président de la République n’a jamais eu un mot pour George Floyd, ni prononcé publique-ment le nom d’Adama Traoré. Et il s’agit d’hostilité, pas seulement d’indifférence. A l’en croire, la jeunesse serait détournée du droit chemin républicain. Il avait commencé par tenir « en privé » des propos relayés dans Le Monde contre « l’intersectionnalité » et les « discours racisés » (sic) : « Le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux. »

Bref, la jeunesse serait corrompue par ses professeurs. Que nos travaux portent sur ces questions ou pas, l’honnêteté nous oblige à le déclarer : nous ne sommes pas à l’instigation de ce mouvement social ; en revanche, il est pour nous une inspiration.

« Le président de la République a semblé n’avoir rien vu, rien entendu, rien compris de ce qui est en train de se passer »

C’est qu’il donne l’espoir d’un renouveau démocratique. Alors que les discours qu’on entend dans l’espace public semblent si souvent déconnectés de la réalité, le mouvement actuel est né de l’expérience des quartiers populaires : le travail militant de terrain redonne sens à l’action politique en ouvrant des espaces pour celles et ceux qui habitent les quartiers populaires, et pour toute cette jeunesse, qu’elle soit liée ou pas à l’histoire de l’immigration.

Pourtant, dans son allocution du 14 juin, le président de la République a semblé n’avoir rien vu, rien entendu, rien compris de ce qui est en train de se passer. Sans doute annonce-t-il : « Nous serons intraitables face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations, et de nouvelles décisions fortes seront prises. » Mais l’adjectif sonne creux.

 « La Marseillaise » place de la République

En fait de lutter contre le racisme, le chef de l’Etat juge « dévoyée » la mobilisation antiraciste actuelle et la taxe de « communautarisme ». « Ce combat est inacceptable lorsqu’il est récupéré par les séparatistes. » Il ne parle pas ici des provocations des suprémacistes blancs identitaires, mais des antiracistes ! Pourtant, place de la République, la foule chantait La Marseillaise à tue-tête et toutes les couleurs se mêlaient. Assa Traoré le soulignait pendant la manifestation : « On est tous chrétiens, on est tous juifs, on est tous musulmans, on est tous toutes les religions, on est tous français. »

Quand le président s’en prend à la « réécriture haineuse ou fausse du passé », ce n’est pas une attaque contre ceux qui, tel Eric Zemmour, osent dire que « Pétain a sauvé les juifs français ». Et qu’importent les massacres du gouverneur général Gallieni à Madagascar [à la fin du XIXe siècle] ou les « enfumades » du général Bugeaud en Algérie [dans les années 1840, les militaires français enfumaient les grottes où se cachaient les résistants indépendantistes algériens] ! Refuser de « revisiter » l’histoire revient à éviter qu’en retour le passé colonial n’éclaire notre actualité post-coloniale. Les contrôles d’identité à répétition, réservés aux personnes racisées, ne gardent-ils pas la trace du code de l’Indigénat ?

 La responsabilité des pouvoirs publics

C’est précisément ce que le président refuse d’admettre. Il est prêt à reconnaître des discrimi-nations dans la société (les diplômes et les emplois), mais il n’est pas question pour lui de reconnaître la responsabilité des pouvoirs publics.

Rien n’a été fait après la condamnation de l’Etat par la justice française pour « faute lourde » en matière de contrôles au faciès (vingt fois plus nombreux pour les jeunes hommes arabes ou noirs), et le gouvernement ignore les avis réitérés du Défenseur des droits sur les violences policières, en particulier contre les lanceurs de balles de défense.

Au contraire, le chef de l’Etat garantit aux policiers et aux gendarmes, de manière incondition-nelle, « le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la nation ». Mais pourquoi opposer « l’ordre républicain », identifié à la police, au « désordre », associé aux mobilisations antiracistes pour la défense de l’égalité des droits ?

La plus grande cause de désordre républicain, aujourd’hui, ne sont-ce pas, avec la ségrégation et les discriminations ordinaires, les abus policiers qui rendent illégitime, aux yeux d’une part croissante de la population, le monopole de la violence exercée par l’Etat ?

Le président engage le combat, non pas contre le racisme, mais contre l’antiracisme. Il ne suffit pas d’invoquer la République comme un mantra pour mener une politique républicaine.

On pourrait pasticher le général de Gaulle en 1965 : « On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant : “la République, la République”, mais ça n’aboutit à rien, et ça ne signifie rien. »

Si la République est vivante aujourd’hui, c’est dans la rue, pour réclamer « justice et vérité » ; elle se mobilise au nom de l’égalité, sans distinction de race. Telle est la place de la République, aux couleurs de l’antiracisme : le cœur vibrant de la démocratie.

lundi 22 juin 2020

https://www.europe-solidaire.org/

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22 juin 2020 ~ 0 Commentaire

statues (global-voices psl)

Colonisation

Déboulonnage de statues

La France face à son passé colonial et esclavagiste

Depuis plusieurs semaines, alors que la mobilisation contre le racisme connaît une ampleur nouvelle à travers le monde, la France reste divisée sur le sort à réserver aux statues représentant des figures historiques liées à l’esclavagisme ou au colonialisme.

Un mouvement global de prise de conscience sur le racisme dans nos sociétés 

La mort de George Floyd aux États-Unis le 25 mai dernier et le renouveau du mouvement Black Lives Matter à l’échelle mondiale ont ravivé le débat sur le racisme systémique à l’égard des personnes noires au sein de plusieurs sociétés occidentales. La France n’est pas épargnée par ce débat, qui a gagné en ampleur depuis la mort d’Adama Traoré, un Français d’origine malienne, suite à son interpellation par des gendarmes en 2016. Sa famille continue depuis à demander justice.

Une facette de ce débat occupe depuis peu le devant de la scène : la question des statues de figures historiques controversées. Dans le port anglais de Bristol, haut-lieu de la traite des Noirs aux XVIIe et XVIIIe siècles, la statue du marchand d’esclaves Edward Colston a été déboulon-née le 7 juin 2020 par des militants Black Lives Matter.

En Belgique, plusieurs statues du roi Léopold II — architecte de la colonisation du Congo et responsable d’atrocités à l’encontre du peuple congolais entre 1885 et 1908 — ont été vandalisées au cours du mois de juin et font l’objet d’une pétition réclamant leur retrait.

En France métropolitaine et outre-mer, différentes figures contestées

En France, ce débat bénéficiait jusqu’alors de peu d’attention médiatique. Les figures à l’héritage contesté sont pourtant nombreuses dans cette ancienne puissance coloniale, dont l’empire constitué entre le XVIe et le XXe siècle s’étendait sur l’ensemble des continents, atteignant à son apogée une superficie de 12 millions de km2.

A Lille, c’est la figure du général Louis Faidherbe, natif de cette ville du Nord, qui pose problème. Selon le collectif Faidherbe doit tomber, ce militaire célébré pour ses exploits lors de la guerre franco-prussienne de 1870 était également un “acteur clé de la conquête du Sénégal” responsable de campagnes “pacificatrices” sanglantes au milieu du XIXe siècle.

A Paris, Jean-Baptiste Colbert, ministre sous Louis XIV (XVIIe siècle) et dont le buste siège devant l’Assemblée nationale est aussi visé. Il fut en effet l’auteur du Code noir pour les Antilles françaises, paru en 1685 et définissant les droits des propriétaires sur leurs esclaves, qualifiant ces derniers d’“êtres meubles”.

L’esclavage était alors interdit en métropole mais pratiqué dans les colonies. En 2017, Louis-George Tin, président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) déclarait à propos de Colbert : “Colbert était l’ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité” [devise de la République française]. Plus récemment, l’ancien premier ministre Jean Marc Ayrault a appelé à ce que les lieux portant son nom soient rebaptisés.

Autre figure controversée : Georges Cuvier, naturaliste et anatomiste du début du XIXe siècle dont la statue orne plusieurs villes de France. Représentant des théories scientifiques racistes de l’époque, il entreprit de disséquer le corps de Saartjie Baartman (alors surnommée la Vénus hottentote) après sa mort. Il est notamment dénoncé par le groupe Coordination Action Autonome Noire.

Outre-mer, dans les territoires issus de l’empire colonial français et aujourd’hui rattachés à la République, la question est encore plus prégnante. En Martinique, deux statues de Victor Schoelcher (1804-1893), figure abolitionniste favorable à l’indemnisation des colons proprié-taires d’esclaves, ont été détruites le 22 mai dernier. En Guyane, sa statue a été placée sous protection policière par les autorités locales.

A la Réunion, département français d’outre-mer situé dans l’océan Indien, des habitants appellent au remplacement de la statue de Mahé de La Bourdonnais, ancien gouverneur de l’île qui profitait du commerce d’esclaves et les utilisait pour des travaux publics.

Entre retrait de l’espace public et nécessité de contextualisation : un équilibre à trouver

Si certains appellent au déboulonnage pur et simple des statues liées à la colonisation et de l’esclavagisme, d’autres estiment que des panneaux d’explications historiques remettant en contexte la figure historique sont à privilégier.

Karfa Diallo, directeur de l’association Mémoires et partages, promeut depuis longtemps la contextualisation des noms de rues comme des statues appartenant au passé colonial ou esclavagiste de la France. Il déclarait à France Inter :

Nous demandons] que quelques symboles tombent et que le reste des rues soit accompagné d’un dispositif explicatif qui permette de sauvegarder la mémoire que nous avons de ce crime contre l’humanité.

Pour le collectif Faidherbe doit tomber, tout dépend de la façon de contextualiser :

Si c’est pour raconter que le colonialisme a des aspects « positifs », […] pas sûr que cela soit la solution. S’il s’agit en revanche d’indiquer clairement, sur ces statues elles-mêmes, ce qu’est fondamentalement le colonialisme, à savoir un crime abominable dans son principe même, alors une telle solution pourrait se défendre.

Les statues : histoire ou mémoire ?

Face à ces revendications, d’autres défendent la présence de ces statues au sein de l’espace public et invoquent la nécessité de ne pas censurer l’histoire. Pour l’historien Dimitri Casali, retirer les statues n’est pas une solution. En 2017, il écrivait dans une tribune du Huffington Post :

On ne réécrit pas l’Histoire. Déboulonner les statues de nos Grands Hommes c’est ouvrir la boîte de Pandore du révisionnisme historique. […] L’Histoire, on doit l’assumer. C’est autant glorieux qu’honteux.

D’aucuns questionnent néanmoins l’utilité des statues en tant que support de l’histoire.

Pour Françoise Vergès, politologue, historienne et militante féministe décoloniale interviewée par la chaîne Youtube Histoires Crépues, le retrait de ces statues est une question de “justice mémorielle” qui n’a “rien à voir avec l’effacement de l’histoire”. Les personnages représentés dans les villes françaises seraient le résultat de “choix politiques”.

20 Juin 2020

https://fr.globalvoices.org/

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Léopold II tombe de son piédestal (PSL)

 

 

 

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22 juin 2020 ~ 0 Commentaire

sionisme 5 (ujfp)

palestine

Que faire ?

Les chances de voir un jour le « deal du siècle » réalisé sont inexistantes. Mais qu’il le soit ou pas, toute idée de négociation entre Israéliens et Palestiniens, en permanence rappelée par exemple par le gouvernement français, est désormais exclue. Il n’y a d’ailleurs pas eu de vraies négociations politiques entre eux depuis 2007, et encore.

Il est donc urgent pour les Occidentaux non seulement de continuer à prôner la solution à deux États, mais à agir en reconnaissant sans plus tarder l’État de Palestine. Dans l’U.E., dont notre pays, les sociétés civiles, les associations, les personnalités laïcs ou religieuses, soucieuses de la paix au Proche-Orient, doivent par des manifestations, des articles, des lettres, montrer leur solidarité avec la résistance des Palestiniens et faire pression sur les gouvernements – comme, en France, le CRIF n’hésite pas à le faire en sens inverse.

Il y a une action importante à mener : s’associer à la campagne « Boycott, Désinvestissement, Sanction », suite à l’appel lancé, le 9 juillet 2005, aux sociétés civiles internationales et aux gens de conscience du monde entier, par 172 organisations et syndicats, représentant la société palestinienne.

BDS a essentiellement pour but de faire respecter par l’État d’Israël le droit international qu’il ignore depuis sa création, plus que jamais aidé par les États-Unis de Trump, qui, je l’ai déjà dit, ignorent tout autant ce droit.

Cette campagne s’appuie sur une longue tradition de résistance populaire dans le monde entier, du boycott des bus à Montgoméry en Alabama jusqu’à la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Cette campagne est si importante que le 11 juillet 2011, la Knesset a voté une loi permettant de poursuivre au civil toute personne ou organisation qui appellerait au boycott économique, culturel ou académique d’Israël.

Et, en décembre 2017, le gouvernement israélien a approuvé un plan anti-BDS de 72 millions de dollars – qui représente le plus grand investissement jamais adopté par le pays – financé par lui-même et des dons juifs récoltés dans le monde entier. Dans ce cadre, Israël a décidé d’empê-cher les militants des droits de l’homme, les critiques d’Israël (les soi- disant anti-sémites !) et les partisans de la campagne BDS d’entrer en Israël et dans la Palestine occupée.

Quoi qu’il en soit, Historiquement, les boycotts finissent toujours par l’emporter.

Les Palestiniens, qui résistent étonnamment depuis près d’un siècle, savent qu’ils sont de plus en plus aidés par les opinions publiques internationales, malgré l’hypocrisie des dirigeants des États arabes, étasuniens ou européens. Cette solidarité qui chaque jour s’accroit dans le monde, y compris aux États-Unis, était loin d’être vrai en 1967.

Comme l’a dit un jour le cinéaste Eyal Sivan : « La société israélienne se sentira dans l’obligation de changer de paradigme à partir du moment où les moyens par lesquels elle se maintient dans sa supériorité ne seront plus en place. (…) Lorsque le monde leur renverra d’une manière suffisamment forte au visage l’horreur de l’entreprise sioniste, ils se résigneront peu à peu à renoncer à leurs privilèges, comme les Blancs de l’Afrique du Sud, l’ont fait ».

Un constat : la fin du projet sioniste

La solution à deux États, où tous les ressortissants auraient les mêmes droits, mettrait le sionis-me au rancart. Le rejet massif par les Palestiniens du « deal du siècle », le développement de l’occupation et de la colonisation, conduisant inéluctablement à l’annexion, après celle de Jérusalem, de toute la Palestine – sauf peut-être de Gaza – laissent poindre la solution à un État.

(Ce que réclament d’ailleurs aujourd’hui nombre de Palestiniens, en particulier parmi la jeunesse). Les Palestiniens seraient maintenus dans une condition de citoyens de seconde zone. Mais pour combien de temps ?

À plus ou moins long terme, on assisterait à un retour au plan britannique de 1939, à l’État binational. Le Président de l’État d’Israël, qui soutient le Grand Eretz Israël, est lui-même partisan d’un État unique, mais où tous les citoyens, juifs et arabes, bénéficieraient des mêmes droits, des mêmes libertés…

Il est l’un des rares juifs israéliens, avec quelques associations, proposant pareil État, la population palestinienne, hors les « réfugiés », est égale en nombre aujourd’hui à la population israélienne. Demain, elle la dépassera. Qui sera maître du pays, que certains rêveurs palestiniens appellent déjà « Israestine » ?

Feu Uri Avnery, critiquant dans son site, déjà cité, le 28 mai 2018, l’orgueil démesuré et l’appétit du pouvoir de Netanyahou et de ses thuriféraires, écrivait : « Ils mènent le pays à un État d’apartheid. Il n’y a aucune autre possibilité.

L’État-Nation juif de la mer Méditerranée au désert, avec une majorité arabe, qui augmentera inexorablement jusqu’à ce que l’équilibre du pouvoir au sein de l’État bascule, que la situation internationale change, et que la volonté du « peuple élu » faiblisse. C’est arrivé dans l’Histoire à maintes reprises et cela nous arrivera. L’État juif se transformera en un Etat binational, avec une minorité juive, qui se réduira du fait que les Juifs ne voudront pas vivre dans un tel pays ».

Quoi qu’il en soit, jamais à travers l’Histoire une occupation n’a été éternelle. Elle n’a qu’un temps, sauf à éliminer les populations indigènes, comme l’ont fait les Étasuniens, ou les Australiens, lors de la construction de leur État, ou comme a tenté de le faire le mouvement colonial de peuplement sioniste, en expulsant 90 % de la population palestinienne en 1948/49. Mais aujourd’hui les Palestiniens d’Israël représentent plus de 21 % de la population d’Israël. Et les deux États ont chacun environ 5 millions d’habitants.

Aux dernières élections du 2 mars, la « Liste unifiée » a eu 13 élus. Plus de 20 000 juifs ont voté pour elle. Mais son caractère arabe est pour la très grande majorité des Israéliens juifs moins préoccupant que son caractère non-sioniste. La « Liste » a pour programme l’égalité des droits en Israël et la réalisation de deux Etats à pleine souveraineté.

Le sionisme depuis 1917, pour ne pas dire 1897, s’est transformé peu à peu en un système politique, minant les valeurs démocratiques et privilégiant une définition très étroite du sionisme, celle d’une idéologie nationaliste – même si ses thuriféraires vantent en permanence la « démocratie » israélienne. Pour les Juifs, oui. Mais pas pour les non Juifs.

En fait, de David Ben Gourion, fondateur de l’État d’Israël sans frontières – y compris lorsque la guerre pris fin au début 1969 par des accords d’armistice – à Netanyahou, partisan de l’annexion de toute la Palestine du mandat, les dirigeants israéliens, n’ont jamais eu l’idée de partager la terre de Palestine avec les Palestiniens.

Ils ont « oublié » qu’il existe un peuple arabe palestinien, musulman et chrétien, aussi attaché que les juifs à sa terre ; que cette question de la terre, celle de Jérusalem et du retour des « réfugiés » est centrale pour lui.

Ainsi, du fait de son existence même, ce peuple empêche à tout jamais la réalisation du projet sioniste. Celui-ci est clair. Yosef Weitz, chef du Service de colonisation de l’Agence juive, déclarait dès 1940 :

« Nous n’atteindrons pas notre but s’il y des Arabes dans ce petit pays. Il n’y a pas d’autre issue que de transférer les Palestiniens d’ici dans les pays avoisinants, de les transférer tous ». Comme le déclarait au quotidien Haaretz, Ariel Sharon, Premier ministre en 2001 – fondateur du Likoud en 1973 – « La guerre d’indépendance d’Israël n’est pas terminée » !

Le journaliste Gidéon Lévy écrit lui dans Haaretz, du 5 mars 2020 : « Le sionisme n’est pas sûr de lui. Il sait qu’il a provoqué une catastrophe pour un autre peuple et il sait que le feu du mal et de l’injustice brûle sous le tapis qu’il foule (…). Une véritable gauche ne naîtra ici que lorsque nous nous serons sevrés de l’addiction au sionisme et que nous serons libérés de ses chaînes ».

Yitzahk Epstein, le porte-parole de ceux qui refusaient l’égoïsme national écrivait dès 1913 : « Méfions-nous de cette cendre qui recouvre des braises ardentes ; une flamme s’en échapperait et ce serait un incendie que rien ne pourra plus éteindre ».

La critique la plus forte de l’idéologie sioniste actuelle me parait être celle, prémonitoire, d’Avraham Burg, ancien président de la Knesset, membre alors du Parti travailliste, dans Le Monde du 11 septembre 2003 :

« La révolution sioniste reposait sur deux piliers : la soif de justice et une équipe dirigeante soumise à la morale civique. L’une et l’autre ont disparu. La nation israélienne n’est plus aujourd’hui qu’un amas informe de corruption, d’oppression et d’injustice. La fin de l’aventure sioniste est à notre porte ».

Alors, un État ou deux États ? Nous sommes bien à la veille du « commencement de la fin du sionisme ».

Avec la loi fondamentale du 19 juillet 2018, le national-sionisme est devenu officiellement le fondement de la politique d’Israël. Il est appuyé de plus en plus par un extrémisme religieux fondé sur des « théories apocalyptiques ».

Ce national-sionisme disparaîtra, comme avant lui, le fascisme, le national- socialisme, ou le communisme ; voire la colonisation française (l’Algérie est devenue indépendante après 130 années de colonisation) ou britannique, en Afrique et en Asie. Tout est une question de rapport de force. L’immunité des dirigeants israéliens ne sera pas éternelle.

Je conclurai en soulignant la prise de position, le 16 mars 2020, d’Angela Davis, la dirigeante du Mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis, :

« Il est stimulant de voir qu’en cette sinistre période, où le fascisme et les partis politiques d’extrême droite progressent dans beaucoup de pays, de nombreuses personnes en prennent conscience (…) Et pour ceux et celles, qui partout luttent contre le racisme et la liberté, le peuple palestinien demeure une inspiration parce qu’il a souffert en restant inébranlable depuis si longtemps, refusant d’abandonner et d’accepter un assujettissement et une injustice permanente ».

Me Maurice Buttin, président d’honneur du Comité de Vigilance pour une Paix réelle au Proche-Orient (CVPR PO) dimanche 21 juin 2020

https://www.ujfp.org/

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22 juin 2020 ~ 0 Commentaire

sionisme 4 (ujfp)

trump jef

Le « deal du siècle » !

Cela n’a pas manqué. Le 28 janvier 2020, Donald Trump, avec à ses côtés le seul Premier ministre israélien aux anges, devant un public acquis d’avance, dévoile son plan de paix, officiellement appelé : « De la Paix à la Prospérité, une vision pour améliorer la vie des Palestiniens et des Israéliens ».

Le « deal du siècle » ! Nous ne sommes plus aux « Accords d’Oslo » : aucun Palestinien n’a été invité à la cérémonie ; ce plan a été préparé sans les consulter et il est censé décider de leur sort ! En fait, un plan de guerre contre les Palestiniens. Un plan surtout électoral pour aider Netanyahou à gagner les élections à venir du 2 mars, et la réélection de Trump en novembre 2020 par ce cadeau fait à ses électeurs, les chrétiens sionistes évangéliques.

Le plan entérine l’annexion de toutes les colonies et la vallée du Jourdain. Il prévoit bien un État palestinien – un archipel d’une demi-douzaine de cantons, séparés par des zones de territoires israéliens et reliés entre eux par des routes, des tunnels ou des ponts, avec une seule « fron-tière » directe avec un autre État, l’Égypte, à Gaza, mais sous contrôle israélien – dans ce qu’il reste de la Cisjordanie et Gaza (moins de 12 % de la Palestine mandataire), et bien évidemment cet État est privé du moindre attribut de souveraineté.

Pas question, bien sûr de Jérusalem-Est comme capitale de cet État ; aucune souveraineté n’est reconnue aux Palestiniens sur les lieux saints musulmans ou chrétiens de la vieille ville, mieux « les fidèles de toutes les religions doivent pouvoir prier sur le Mont du Temple/Haram al Sharif ».

Ce qui met fin au consensus concernant ce lieu depuis1967 (ce qui pourrait entrainer des conséquences politiques très graves dans l’avenir). La capitale palestinienne pourra se trouver « dans la partie de Jérusalem-Est située dans les zones à l’est et au nord de l’actuelle barrière de sécurité » à Abu Diss et, comble d’humiliation  » pourra être nommée al-Qods ou un autre nom choisi par l’État de Palestine ».

Pas question du retour des « réfugiés » (expulsés) ou de leurs descendants, rejet donc de la Résolution 194 de l’Assemblée général de l’ONU, sinon une infime minorité autorisée à s’installer dans les enclaves palestiniennes. Possibilité de transférer administrativement (les limites pas la population) des 300 à 400 000 Palestiniens du Triangle.

Le plan Trump se veut la base d’un accord définitif entre les protagonistes. C’est bien pourquoi, à la différence des « Accord d’Oslo », il entend régler tous les problèmes, toutefois seulement au bout de quatre ans, à la condition que les Palestiniens acceptent les conditions fixées par le plan:

La reconnaissance d’Israël, comme l’État juif ; la démilitarisation de la Bande de Gaza ; la maîtrise de l’espace aérien réservé aux Israéliens ; l’interdiction par l’Autorité palestinienne de verser de l’argent « aux terroristes détenus en Israël », ainsi qu’aux familles « des terroristes morts » ; l’interdiction de toute démarche devant les instances internationales, comme la Cour pénale internationale…

En bref, le plan musèle les Palestiniens et institutionnalise à tout jamais l’apartheid dans la Palestine occupée.

En observant la carte jointe au plan, on retrouve grosso modo le plan Allon, rédigé en 1967, à l’issue de la Guerre des six jours, par le vice-premier ministre travailliste Ygal Alllon : le plus de territoire et le moins de Palestiniens possible sous juridiction israélienne, après le constat que les Palestiniens n’abandonneraient plus le pays, comme en 1947/48, où ils avaient été expulsés. Cette carte ressemble clairement aux Bantoustans d’Afrique du Sud – enclaves non alignées, de personnes sous domination, confinées derrière des murs dans leur propre patrie…

La déclaration du 28 janvier, devant une assemblée réjouie a été humiliante pour les Palesti-niens. Pour être encore plus humiliant, Trump a offert en échange au peuple palestinien un don de 50 milliards de dollars ! Lui, le milliardaire, pense ainsi acheter ce peuple, qui résiste à l’occupation israélienne depuis des décades !

Pour B. Netanyahou, qui a lui-même détaillé le contenu du plan, de son plan, le 28 janvier, celui-ci marque un « tournant historique ». « Il efface à jamais les dangereuses lignes de 1967 » – Son plan est bien validé par les États-Unis, Mais Trump lui demande qu’il soit mis de côté jusqu’aux élections israéliennes du 2 mars. Cela veut-il dire sine die ? Pour l’instant, on en parle plus …

Quoi qu’il en soit, si des effets à court terme sont espérés, en particulier par Netanyahou et Trump pour leur réélection, le « plan de paix » constitue bien une entreprise de mise bas de tous les paramètres respectés par les administrations étasuniennes précédentes, républicaines comme démocrates.

Trump, le Président de la plus grande puissance du monde, n’hésite pas ainsi à montrer que, pour lui, le droit international n’a aucune valeur, que seuls comptent les rapports de force, les faits accomplis ; voire que l’ONU et son Assemblée générale ne sont d’aucune utilité quant à la recherche d’une solution de paix au Proche et Moyen- Orient, peut-être même d’une manière générale pour la paix dans le monde…

Le Général De Gaulle prévoyait lui-même ce risque dans sa fameuse prise de position du 22 novembre 1967 : « A moins que les Nations Unis ne déchirent elles-mêmes leur propre charte, un règlement doit avoir pour base l’évacuation des territoires et la reconnaissance réciproque de chacun des Etats en cause par tous les autres ».

Les condamnations et les silences

Le plan est condamné le soir même par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, entouré des représentants des partis palestiniens, Fatah, Hamas, et Jihad islamique. Il menace un éventuel retrait de l’accord intérimaire d’Oslo, mais il ne le fera pas.

Il ne peut le faire : l’Autorité palestinienne scierait la branche sur laquelle elle est assise. La Cisjordanie, comme Gaza, deviendrait une « prison à ciel ouvert » – si ce n’est déjà le cas de facto – avec toutes les conséquences dramatiques pour le peuple palestinien. Cela dit, tous les Palestiniens sont, bien sûr, unis contre.

Pour Ziad Medoukh, professeur de français à l’université Al Qods de Gaza : « Ce plan, loin de chercher à ouvrir un chemin vers la paix, est un plan qui enterre la paix. Il est synonyme de scandale du siècle, voir l’arnaque du siècle qui vise à liquider la cause palestinienne, celle de tout un peuple sous occupation et sous blocus, peuple courageux et digne qui a choisi de résister et de rester attaché à sa terre de Palestine ».

De Mgr. Sabbah, l’ancien patriarche de Jérusalem, du Conseil œcuménique des Églises, des Patriarches et des Chefs des Églises de Terre sainte, au Mouvement Kairos Palestine, tous affirment l’iniquité profonde du plan proposé, et rappellent que la Paix, qu’ils sollicitent, est la fin de l’occupation et la reconnaissance, en toute justice, des droits du peuple palestinien.

Les réactions internationales n’ont pas tardé. Si la Jordanie, le Liban et la Syrie condamnent le plan, il n’a pas soulevé d’indignation générale chez les leaders arabes du Moyen-Orient, qui l’ont salué.

Trois ambassadeurs arabes étaient même présents à la présentation du plan : ceux des Émirats arabes unis, de Bahrein et d’Oman ! La Ligue arabe et la Ligue islamique l’ont rejeté finalement, ce à quoi ne s’attendait pas Trump, ni surtout à la déclaration du roi Salmane Ben Abdelaziz qui a fait savoir à son allié étasunien « qu’il rejetterait tout processus de paix qui ne reconnaîtrait pas Jérusalem-Est comme capitale du futur État palestinien et n’aborderait pas la question des réfugiés palestiniens ».

Les États occidentaux le saluent et le contestent plus ou moins – en laissant entendre qu’il est contraire au droit international et aux Résolutions des Nations Unies -, mais sans pour autant le condamner. C’est l’anesthésie la plus totale.

Les Résolutions 181, 194, 242 et 338 et tant d’autres, en particulier sur Jérusalem ; la Décla-ration européenne de Venise de 1980, sont passées à la trappe. Certes, la France a maintenu les paramètres habituels, mais le gouvernement se cache derrière la nécessité d’une action commune des Etats européens – qu’elle sait impossible en l’état – pour ne rien faire de concret pour la reconnaissance des droits du peuple palestinien.

Elle est ainsi complice de la poursuite de l’occupation de la Palestine. Le Saint-Siège (le Vatican), la Suède en dernier lieu, et 136 autres États ont eu plus de courage en reconnaissant l’Etat de Palestine, depuis sa proclamation en 1988.

Il faut tout de même noter, dès le 28 janvier, la déclaration du Haut représentant de l’Union Européenne, Joseph Borrel, qui souligne l’engagement constant de l’U.E. en faveur d’une solution à deux États, fondée sur les frontières de 1967, conformément aux principes internationaux.

Mais, des mots, toujours des mots. Également, le 12 février, la diffusion par le Bureau des droits de l’Homme de l’ONU, de la liste des entreprises actives en Palestine occupée, dont les activités sont illégales au regard du droit international et des Résolutions de l’ONU.

Aussi, la réaffirmation du Conseil de Sécurité, le 25 février 2020, dans un rare moment d’unité, de « leur soutien à une solution négociée en faveur de deux États démocratiques, Israël et la Palestine » s’appuyant « sur les Résolutions pertinentes et précédentes de l’ONU, en accord avec le droit international ». Fait étonnant les États-Unis ont signé ce texte ! Ils font donc peu cas de leur propre plan, il est vrai le plan de Netanyahou.

Et aussi, la réaction d’une cinquantaine d’anciens ministres des Affaires étrangères ou ambassadeurs européens, comme Willy Classe (Belge), Massimo d’Allema (Italie), Dominique de Villepin (France), Ruth Dreifuss (Suisse), Mary Robinson (Irlande), Hubert Védrine (France) et bien d’autres :

« En tant qu’Européens soucieux de défendre le droit international, la paix et la sécurité dans le monde, nous exprimons notre profonde inquiétude face au plan du président Trump pour le Moyen-Orient (…). Ce plan entre en contradiction avec les principes convenus au niveau international concernant le processus de paix au Moyen-Orient, les Résolutions des Nations Unies, notamment la Résolution 2334 du Conseil de Sécurité et les principes les plus fondamentaux du droit international. (…) « De la paix à la prospérité » n’est pas une feuille de route pour une solution viable à deux États, ni pour une solution légitime du conflit ».

Celle du journaliste Bruno Frappat dans sa chronique de La Croix du 31 janvier : « Si l’on veut entretenir à l’infini la guerre des mémoires entre le peuple juif et les Arabes, on ne saurait mieux s’y prendre qu’avec ce « plan » provocateur, imaginé par la famille Trump et acclamé par l’extrême droite israélienne qu’incarne aujourd’hui Netanyahou ».

Il y a lieu aussi de relever que des Israéliens eux-mêmes contestent le plan étasunien. J’en prendrai pour exemple une lettre reçue du Directeur exécutif de B’Tselem, Hagaï El-Ad, qui m’écrit le 29 janvier 2020 :

« Ce que les Palestiniens se voient offrir en ce moment ce n’est pas des droits ou un État, mais un Etat permanent d’apartheid. Aucun marketing ne peut effacer cette honte ou brouiller les faits. Mais les faits douloureux d’aujourd’hui font naître l’espoir de l’avenir, le seul qui puisse véritablement offrir la paix. Un avenir non fondé sur la suprématie pour certains et l’oppression pour d’autres, mais sur la pleine égalité, la liberté, la dignité et les droits pour tous. Ce jour viendra ».

Des analystes israéliens sont tout de même inquiets : « le plan de paix de Trump peut nous mener à la guerre ».

https://www.ujfp.org/

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