Archive | Anticolonialisme

23 août 2019 ~ 0 Commentaire

gaza (afps pùblico)

Carte-de-Palestine-1946-2013-5-1

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Israël encourage l’émigration palestinienne de Gaza

Selon un haut responsable

Un député arabe israélien accuse le gouvernement de Benyamin Netanyahu de vouloir procéder à un « transfert de population » dans la bande de Gaza.

C’est une polémique qui secoue en ce moment tout le pays. En cause, la nouvelle politique que chercheraient à mettre en œuvre les autorités israéliennes dans l’enclave palestinienne, à savoir tout faire pour la vider de ses habitants, en s’efforçant de leur trouver différents pays d’accueil.

Les Israéliens seraient prêts à assumer les coûts liés à cette émigration, et seraient même disposés à permettre l’utilisation d’un aérodrome israélien situé près de Gaza pour permettre aux Palestiniens de s’envoler vers leur nouvelle destination. Le problème, à ce stade, est qu’Israël n’a trouvé aucun pays d’accueil.

Haut fonctionnaire anonyme

Cette information est reprise par l’ensemble des médias en Israël avec une même source, un haut fonctionnaire anonyme dans l’entourage du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Ce dernier est actuellement en déplacement en Ukraine. Toujours selon cette même source, il existerait une émigration spontanée de la bande de Gaza, avec des Palestiniens qui trouvent eux-mêmes des pays d’accueil.

Un « transfert de population »

Plus de 35 000 habitants de Gaza sur 2 millions ont quitté l’enclave palestinienne en 2018, affirme le haut fonctionnaire anonyme, la plupart en raison de la situation économique.

Un député arabe israélien a affirmé que cette politique n’était autre qu’une forme de « transfert de population ». Si les habitants de Gaza doivent émigrer, a renchéri un de ses collègues, c’est vers la Palestine.

RFI-Avec notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul

http://www.france-palestine.org/

Lire aussi:

Israel impulsa a la « emigración voluntaria » de los palestinos de Gaza (Pùblico)

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18 août 2019 ~ 0 Commentaire

aberdeen (socialist worker)

scotland

12 000 marchent à Aberdeen pour l’indépendance

Une ambiance confiante en marche

Les manifestants indépendantistes ont défilé à Aberdeen samedi. Selon les organisateurs, plus de 12 000 personnes ont rejoint la marche All Under One Banner (AUOB) appelant à l’indépen-dance de l’Écosse. Un porte-parole de AUOB a déclaré: «Ce fut une journée fantastique, avec une participation massive des habitants du nord-est de l’Écosse et de l’étranger.

«Les gens disent que c’est la plus grande manifestation d’indépendance jamais vue par Aberdeen.» Les transports étaient organisés depuis Edimbourg, Glasgow, Perth et l’Ecosse.

Keir Mckechnie, délégué syndical en marche, a déclaré: «De nombreux manifestants n’avaient jamais assisté à une manifestation pour l’indépendance.

« Beaucoup ont dit qu’ils avaient voté Non lors du référendum sur l’indépendance de 2014, mais Boris Johnson en tant que Premier ministre et ce qu’il entend pour l’avenir de la Grande-Bretagne les avaient transformés en partisans de l’indépendance. »

La marche a été dominée par les drapeaux écossais. Il y avait aussi des drapeaux catalans et des partisans de l’indépendance portant des pancartes sur lesquelles il était écrit: «Brisez l’Etat britannique», «Non à Trident, financez les emplois liés au climat, maintenant» et «Kick the Tories out». Les slogans les plus populaires étaient: « Hé, dis, ho, Boris Johnson doit partir » et « Nous voulons l’indépendance maintenant ».

Extinction Rebellion (XR), qui a encouragé les partisans de l’indépendance à participer à la campagne, a pris la parole lors du dernier rassemblement. XR organise un festival Rebel à Aberdeen le 1er septembre et les militants du changement climatique militent pour une action sur les lieux de travail le 20 septembre.

Tester

Hector Sierra a déclaré lors du rassemblement: « Le principal test de la nouvelle campagne pour l’indépendance consistera à déterminer si une Écosse indépendante va se débarrasser des missiles des Trident et des armes nucléaires, cesser d’investir dans les combustibles fossiles, créer des emplois pour le climat et devenir un lieu qui accueille les migrants et les réfugiés. ‘

Les anti-racistes ont été encouragés par l’annonce de la suppression d’un rassemblement du parti du Brexit prévu à Dundee en septembre. Cela faisait partie d’une grande tournée mettant en vedette Nigel Farage, mais a maintenant été annulé.

La marche d’Aberdeen faisait partie d’une série de manifestations prévues au cours des prochains mois. Il y en aura un à Perth le 7 septembre et la série se terminera à Édimbourg le 5 octobre. Le mouvement indépendantiste reprend son élan. Plus tôt ce mois-ci, un sondage d’opinion a révélé qu’une majorité d’Écossais était désormais favorable à l’indépendance.

Lorsque ceux qui ont dit qu’ils ne savaient pas ou ne voulaient pas voter, ont été supprimés, le soutien à l’indépendance était de 52% et 48% étaient contre.

Le Premier ministre Nicola Sturgeon a qualifié le scrutin de « phénoménal » pour le mouvement indépendantiste. Mais le SNP n’a montré aucun signe des mesures radicales qui seraient nécessaires pour obtenir l’indépendance.

https://socialistworker.co.uk/

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18 août 2019 ~ 0 Commentaire

catalogne (a et r)

republica-catalana
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Défendre le droit à l’autodétermination
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Mener une politique d’indépendance de classe  pour que notre camp dispute la direction du processus
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À moins de ne pas avoir vu l’ampleur du soutien au référendum du 1er octobre en Catalogne, personne ne peut nier l’existence du peuple catalan et sa volonté d’indépendance. Nous ne pouvons détourner la tête, lorsqu’on matraque des hommes et des femmes qui veulent pouvoir décider. Nous défendons bien sûr de manière inconditionnelle ce droit démocratique : « Liberté de séparation ».
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Mais défendre inconditionnellement ce droit implique tout autant de défendre inconditionnellement une politique d’indépendance de classe.
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C’est d’autant plus important qu’en Catalogne le processus est dirigé par une frange de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie. Pour autant, il serait erroné de nier son caractère populaire et de classe : 80 % de la population de Catalogne est pour le droit de décider.
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Lorsqu’on atteint ces proportions, il est difficile de dire que la classe ouvrière est en dehors du processus. Quoi qu’il en soit, il y a des manifestations de soutien très claires du mouvement ouvrier : les dockers de Barcelone se sont opposés à l’arrivée de la Guardia Civil dans le port de Barcelone.
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Des centaines d’enseignants ont occupé leurs établissements afin d’accueillir les bureaux de vote pour la consultation sur l’indépendance. Les travailleurs de la chaîne catalane TV3 ont battu en brèche, par leurs mobilisations, l’application de l’article 155 qui impliquait la mise sous tutelle de leurs conseils de rédaction à Madrid. Sans oublier les tentatives de grève générale des 3 octobre et 8 novembre.
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Une politique d’indépendance de classe : voilà notre boussole.
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Nous pourrions donner un contenu de classe à la revendication de république catalane, dans le sens d’un gouvernement des travailleurs. Par exemple, une mesure comme la réquisition des banques sous contrôle du monde du travail pourrait être reprise, et cela d’autant plus que les sièges sociaux des principales banques catalanes sont partis pour Madrid.
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Proposer l’application de ces mesures pour l’ensemble de l’État espagnol, favoriser toutes les formes d’auto-activité et défendre les moyens d’imposer ces mesures par la grève générale : voilà une politique qui s’émanciperait de la bourgeoisie catalane et de Madrid et qui pourrait unifier notre classe. (Extrait voir lien)
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17 août 2019 ~ 0 Commentaire

écosse 1 (ballast)

 scotland
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Ecosse, quelle voix pour l’indépendance ?

Dès l’origine, la relation entre les nations anglaise et écossaise s’est montrée ambiguë. Présent sur tous les bâtiments officiels, l’emblème royal illustre ô combien cette relation : un lion,  symbo-le du pouvoir royal britannique, fait face à une licorne entravée. Cet animal légendaire,  métaphore du caractère insaisissable de l’Écosse, est enchaîné à la couronne d’Angleterre.

C’est le traité d’Union de l’Écosse au Royaume britannique, en 1707, qui parvint à réaliser cette prouesse : saisir l’insaisissable Écosse. D’après le politologue écossais Tom Nairn, l’Union a, dans un premier temps, profité à cette région du nord de la Grande-Bretagne, lui permettant l’entrée dans « un système politique ouvert et un modèle économique florissant ».

Mais les années 1960 et 1970, charriant la fin de l’Empire et l’aggravation de la crise écono-mique, ont fait resurgir à la surface « les problèmes d’un État multinational archaïque¹ ». Au déclin de la puissance britannique répondait l’émergence de l’Écosse comme puissance écono-mique. La licorne écossaise, à même de rivaliser avec le vieux lion anglais, revendique à présent son indépendance.

L’indépendantisme à l’écossaise

Parvenir à traiter la question de l’indépendance d’une partie d’un pays comme la Grande-Bretagne, de surcroît de façon démocratique, c’est l’exploit qu’a réalisé le référendum écossais du 18 septembre 2014.

Curiosité politique pour les uns, rêve d’indépendance pour d’autres (à commencer par les mouvements indépendantistes du Pays basque ou de Catalogne). Si le mouvement écossais a reçu le soutien de ces deux derniers, la réciproque n’a pas eu lieu : le premier ne semble guère s’identifier à ses supposés homologues.

Des analogies sont toutefois à signaler. Des régions à l’identité culturelle forte, avec une langue propre ainsi qu’une croissance économique importante (souvent motrice pour le reste du pays), se vivant comme des nations à part entière — dans les trois cas, la revendication d’indépen-dance est vue comme un moyen d’officialiser une réalité déjà existante.

Au modèle catalan de l’indépendance comme fin en-soi répond un indépendantisme program-matique écossais : la revendication à la séparation permet, jurent ses partisans, de mener à bien un programme politique émancipateur. Perspectives de gauche et question identitaire ne font qu’un dans cette région où le Parti conservateur, honni des Écossais, ne compte que quatre représentants.

L’indépendantisme écossais serait-il incompatible avec une politique de droite ? Conserver l’université publique, défendre le service de santé, développer une économie écologique ou encore lutter contre la présence du sous-marin nucléaire anglais Trident en mer écossaise : il ne s’agit pas du programme de quelque parti de la gauche radicale, et encore moins des mots d’ordre du Parti Travailliste, mais de ce qu’on peut lire dans le Guide pour le référendum écossais. Séparation rime ici avec refus de l’austérité et renouveau politique.

Le mouvement indépendantiste se rassemble néanmoins autour d’un parti qui se présente comme « national écossais ». Une approche nationaliste de la question, sous des abords progressistes ? Donnie Macleod, un fermier écologiste que nous rencontrons à Ardersier, petit village écossais, objecte : « Le mouvement indépendantiste écossais n’est pas une revendica-tion nationaliste, mais la promesse de construire un meilleur pays, par rapport à ce qu’on nous autorise sous le contrôle de Londres. La justice sociale et écologique et une société de partage et d’écoute, c’est irréalisable si l’on est bloqué par le centralisme et le va-t-en-guerre anglais. »

La victorieuse défaite du référendum

55 % de « non » au référendum de 2014, disions-nous. La campagne d’opposition à l’indépen-dance fut féroce et organisée. Médiatique, bien sûr. Quelques jours avant les élections, le Daily Mail titra : « Les experts avertissent que l’économie britannique perdrait 17 milliards de livres d’investissement, l’indépendance écossaise pourrait conduire à une nouvelle Grande Dépres-sion. »  Les grandes entreprises mirent la main à la pâte, Marks & Spencer jura d’une importante augmentation des prix et 8 % des entreprises menacèrent de quitter l’Écosse en cas de victoire du « oui ».

Politique, aussi. Tandis que la reine Élizabeth rappelait discrètement aux Écossais de « vraiment bien penser au futur », le Parti Travailliste s’allia aux conservateurs ainsi qu’aux libéraux-démo-crates autour de la campagne « Better Together » (« Mieux ensemble »), enchaînant manifes-tations et passages télévisés afin de marteler, sur tous les tons le caractère indispensable de l’Union.

Malgré la défaite électorale, le parti écossais fut à son apogée. Soudés le temps de la campa-gne, les partis conservateur et travailliste affichèrent, malgré leurs différences, entente et conni-vences.

Deux jours avant les élections, les trois leaders David Cameron, Nick Clegg (parti libéral-démocrate) et Ed Miliband (Labour) allèrent jusqu’à publier ensemble le manifeste « The Vow », assurant aux Écossais qu’ils obtiendraient davantage de pouvoir si le « non » l’emportait.

La promesse ne sera bien sûr pas tenue ; les partis traditionnels sortirent vainqueurs mais perdi-rent en crédibilité, au profit du SNP. Ce dernier quadrupla en effet son nombre de membres ( plus de 100 000 militants), devenant la troisième force militante du pays et, dès lors, un parti de masse. À la victoire militante s’ajouta la victoire sociale : le référendum permit au parti écossais de mettre en lumière ses capacités à fédérer les différentes paroles indépendantistes.

Nicola Sturgeon

« Notre Braveheart à nous, c’est une femme : Nicola Sturgeon », s’amuse Alexandra, militante au SNP, lorsque nous la rencontrons à Inverness, la « capitale des Highlands ». Le succès du propos indépendantiste lui doit en effet beaucoup. Elle est adorée par la presse écossaise et vilipendée par celle des Anglais qui l’a rebaptisée « La femme la plus dangereuse du Royaume Uni » (Daily Mail).

Si Sturgeon s’avance sous les projecteurs, son parti est avant tout le fruit d’un long travail : né en 1934, ce n’est qu’en 2007, lorsqu’il remporta les élections parlementaires écossaises, que le SNP, parti jusqu’alors minoritaire et volontiers considéré comme folklorique, put faire ses preuves.

Sauvegarde du système de vieillesse et de l’enseignement supérieur, résistance à la privatisa-tion des services de l’eau ou du système de santé (NHS), opposition aux guerres du gouverne-ment britannique : le SNP tient bon. Manquait encore l’engouement populaire. « Le coup de maître d’Alex Salmond [dirigeant historique du SNP] a été d’avoir passé le flambeau à Nicola Sturgeon », nous explique Alexandra. À nouvelle dirigeante, nouvelle politique : le SNP de Sturgeon se veut plus proche des citoyens.

Porte-à-porte et création d’espaces de discussions.

Plus de 300 centres locaux du SNP voient le jour, ainsi que des « YES » cafés, un mouvement de jeunesse « GenerationYES », le « Collectif National de musiciens, artistes et écrivains » ou encore « Femmes pour l’indépendance ».

Le parti se veut dynamique, moderne, connecté. « Les conservateurs sont le parti des selfishs [des égoïstes]. Nous sommes le parti des selfies », va même jusqu’à confier l’une de ses militantes au Guardian.

La presse, remplie des désormais célèbres selfies de Sturgeon aux côtés d’anonymes, donne à voir une formation politique jeune, accessible et modérée, mais sous l’apparente décontraction,  Sturgeon n’en démord pas : « Nous pouvons, si nous le choisissons, faire en sorte que Westminster s’assoit et prenne note. ».

01 juillet 2015  Arthur Brault Moreau

https://www.revue-ballast.fr/

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Ecosse 2 (Ballast)

Ecosse (NPA)

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17 août 2019 ~ 0 Commentaire

écosse 2 (ballast)

scot

Les deux meilleurs ennemis

Si la récente victoire de David Cameron est incontestable, elle n’est pas confortable pour autant. Après avoir mené campagne contre le référendum écossais, le Britannique a fait de la question écossaise le centre de son argumentation pour les élections nationales : voter conservateur, c’était l’assurance de bloquer la route aux velléités indépendantistes du SNP.

L’ancien leader travailliste Gordon Brown accusa d’ailleurs les conservateurs d’avoir « monté les Écossais contre les Anglais ». Les élections terminées, les deux partis vont pourtant devoir travailler ensemble au Parlement.

L’arrivée du SNP à la Chambre des communes change cependant le jeu parlementaire : si l’Écosse possède son propre parlement (à même de légiférer sur un certain nombre de compé-tences décentralisées, du transport à l’éducation), l’Angleterre dépend de Westminster. En votant pour des lois à Westminster, les membres indépendantistes pourront donc peser sur l’Angleterre tout entière. Situation pour le moins paradoxale.

Cette situation conduit le Premier ministre à envisager un remaniement de l’ordre politique de l’union. Il s’agirait de renforcer le pouvoir des parlementaires anglais face aux écossais ; une loi devra être votée par la majorité de la Chambre des communes et par la majorité des députés anglais.

Cette idée sonne comme un aveu de la part de David Cameron : les élections n’ont rien réglé à la question écossaise, devenue, à présent, une question institutionnelle. Si les tensions s’avè-rent profondes, on serait pourtant tenté d’y voir un jeu du chat et de la souris : le chat conser-vateur gagne en s’attaquant à la souris écossaise, qui, de son côté, jouit de son image de victime de la machine conservatrice.

C’est contre l’autre, mais par l’autre, que chacun de ces deux mouvements parvient à dessiner son identité politique et à construire sa propre image. Lorsque David Cameron promet la tenue d’un référendum sur le maintien dans l’Union européenne pour 2017, Nicola Sturgeon réplique aussitôt : « Nous ne voulons pas être mis en dehors de l’UE, donc nous étudierons ça, c’est au public de décider », sous-entendant la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance en cas de sortie de l’UE. Meilleurs ennemis, les affaires de l’un font les affaires de l’autre et le jeu politique bat son plein.

Un séparatisme au secours de la gauche britannique ?

La gauche est morte, vive le SNP ? C’est ce que semble dire la presse internationale au vu des résultats électoraux. À l’extraordinaire percée du SNP (qui n’obtenait que six sièges en 2010, pour les 56 actuels) répond l’impressionnante défaite du Labour : 100 sièges, derrière les 331 conservateurs élus.

Tandis que la revue américaine Jacobin conclut sans détour à « la fin du Labour », l’économiste Tony Travers élargit la crise au reste de l’Europe, avec son article « L’échec des gauches en Europe à répondre à la crise » (Médiapart).

Quand les uns perdent pied, le SNP assume un programme de défense des services publiques et de rejet de l’austérité. La victoire de ce dernier signifierait-elle la naissance d’une nouvelle gauche ou, du moins, d’un renouveau de la gauche britannique ?

Au niveau parlementaire, force est de constater que le SNP se trouve en position d’impulser des réformes et des lois de gauche, il pourrait même, ironie du sort, devenir un rempart britannique contre les politiques d’austérité qui frappent le Royaume-Uni. « Le rôle du SNP à Westminster doit être de causer autant de problèmes que possible aux Tories [conservateurs]. La principale opposition reste le Labour, mais l’aide du SNP les rendra plus fort et leur maintiendra la pression de gauche », nous dit à ce sujet Donnie Macleod.

Le discours social, autrefois porté par le Labour, s’est déplacé vers le SNP. Bilan implacable pour les travaillistes : lancement de la campagne du « non » au référendum écossais, alliance avec les conservateurs et les libéraux-démocrates et maintien du discours néolibéral d’austérité au niveau national, des réductions budgétaires dans la santé et l’éducation au maintien de la très impopulaire « Bedrom Tax » (impôt sur le nombre de chambre par foyer) : travaillistes et conservateurs cheminent d’un même pas.

Le Labour, comme le Parti Socialiste en France, s’est lui-même coupé de ses électeurs et de son ancrage populaire en s’intégrant, sans ciller, au système d’alternance unique. Si les coupes travaillistes s’annoncent moins drastiques que celles promises par les conservateurs, l’original, électoralement, séduit toujours plus que la copie. L’absence d’une alternative politique à l’austé-rité a généré un vide politique que le SNP n’a pas eu grande difficulté à combler.  Traditionnelle-ment travaillistes de génération en génération, des zones entières ont rapidement viré aux couleurs du SNP.

Le SNP s’est mis à la tête d’un puissant mouvement de la société civile. Par ses occupations des places (comme à Glasgow) et la mise en avant de la participation citoyenne, le parti rappelle parfois, par ses méthodes inclusives, les grands mouvements citoyens d’Espagne ou de Grèce.

Les campagnes se font à présent par les citoyens, via les tournées d’affichages, et en leur nom, via les réunions de quartier où chacun est appelé à s’exprimer. La jeunesse écossaise joue ici un rôle majeur : autorisés à voter dès l’âge de seize ans, les Écossais perçoivent dans l’indépen-dance un projet plus ambitieux et stimulant que l’accablante rengaine austéritaire.

Pourtant, en dépit de l’image progressiste et émancipatrice que le parti est parvenu à se forger, ses dirigeants veillent à ne pas diviser les Écossais ; deux idées doivent à leurs yeux  prédomi-ner : la nation écossaise a vocation à se doter de son propre État et l’unité nationale supplante la division sociale.

Discours non sans ambiguïtés, on l’imagine bien. La nation et non la lutte des classes : le SNP serait « de gauche » du bout des lèvres, « de gauche » tant la gauche institutionnelle aime désormais à penser à droite (une gauche écossaise sans vision marxiste ni perspective nette de remise en cause de la répartition des richesses).

De ce point de vue, le SNP se différencie radicalement des mouvements sociaux comme Podemos et, plus encore, Syriza. Le problème se situe à l’extérieur de la nation — Westminster — et non en son sein, comme la caste vivement dénoncée par l’organisation espagnole.

Mais l’indépendantisme écossais demeure un mouvement ample et hétérogène, qui, quoique  rassemblé sous la bannière du SNP, peut se distinguer de la ligne de ses leaders. Dans le cadre du référendum comme des dernières élections, le mouvement de gauche radicale Radical Independence fut un élément incontournable de la campagne.

Animant les actions de proximité et les réunions de quartier, il tend à tirer le SNP sur sa gauche. Un rapport de force entre le mouvement radical et le parti (ou, plutôt, sa direction) s’est engagé, les élections parlementaires écossaises de 2016 maintiennent plus encore la pression.

Une chose est sûre, la victoire du mouvement indépendantiste a enclenché un nouveau temps politique en Grande-Bretagne. L’Écosse a ôté ses chaînes : bientôt son entière libération ? Les prochains scrutins écossais et le référendum sur la présence britannique dans l’UE viendront certainement y répondre.

« Difficile à arrêter, le SNP sera impossible à ignorer », s’est enthousiasmé Alex Salmond, l’ex-dirigeant du SNP (Scottish National Party : le parti national écossais) dans une interview au Guardian. De fait : 56 députés indépendantistes écossais ont fait leur entrée à la Chambre des communes. À la victoire écossaise répond la victoire des très britanniques Tories (le Parti conservateur), dont les 36,9 % de voix maintiennent David Cameron au poste de Premier ministre. Le Labour Party (Parti travailliste) a lui aussi surpris… mais par son faible nombre de voix — avec 30,5 %, il connaît ses pires résultats depuis 1987. Neuf mois ont passé depuis le référendum sur l’indépendance de l’Écosse (auquel les Écossais dirent « non » à 55 %) et la question écossaise reste pourtant au cœur du débat politique. Grand vainqueur sur le Parti travailliste en Écosse et cible politique directe de Cameron au niveau national, le SNP surgit en outre-Manche, bouleversant l’équilibre politique du pays et intriguant, à l’international, par sa ligne politique : nationaliste ou de gauche ? L’un de nous s’est rendu sur place.
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Arthur Brault Moreau 01 juillet 2015
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Commentaire:
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Ecrit avant le « tournant à gauche  » du Labour de Corbyn

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16 août 2019 ~ 0 Commentaire

bolivie (essf npa)

bolivia

Le fin du « miracle économique » de la Bolivie ?

Certains parlent de “miracle bolivien” ; d’autres, de “modèle socio-économique communautaire productif” ; d’autres encore, tout simplement, de “projet gouvernemental bolivien”. Quel que soit son nom, le programme économique qu’Evo Morales a mis en place dès son arrivée au pouvoir en 2006 est, selon tous les indicateurs, le plus réussi et le plus stable de la région.

Ces treize dernières années, le PIB a bondi de 9 milliards, à plus de 40 milliards de dollars, le salaire réel a augmenté, le PIB par habitant a triplé, les réserves de change sont à la hausse, l’inflation n’est plus un problème, et l’extrême pauvreté a chuté, passant de 38 % à 15 %, soit une baisse de 23 points. À titre de comparaison, sur la même période, l’extrême pauvreté n’a diminué en Uruguay et au Pérou que de 2,3 % et de 12 %, respectivement.

Tout le monde s’accorde à dire que le changement s’est amorcé avec la nationalisation des hydrocarbures en 2006.

“Le fonctionnement de notre modèle économique est simple : nous utilisons ce que la nature nous a donné. Sous le précédent régime néolibéral, cette richesse était aux mains des multina-tionales. Nous avons nationalisé le secteur pour pouvoir distribuer l’excédent de deux manières : nous réinjectons une partie de cette richesse dans l’économie, et nous en redistribuons une autre partie”, affirme Luis Arce Catacora, le ministre des Finances bolivien.

Avec Carlos Villegas, aujourd’hui disparu, ils furent les grands artisans du “miracle bolivien”. “Grâce à cette politique de redistribution, nous sommes le pays à plus forte croissance économique de toute l’Amérique latine.”

La tâche n’a pas été facile. Morales est arrivé au pouvoir en janvier 2006 à la suite d’un mouvement protestataire de grande ampleur. En octobre 2003, le pays avait connu ce qu’on appelle la “guerre du gaz”, un soulèvement populaire contre la décision du président Gonzalo Sánchez de Lozada d’exporter du gaz aux États-Unis en passant par le Chili.

De cette insurrection naissent les “revendications d’octobre”, structurées autour de deux volets : la nationalisation des hydrocarbures et la rédaction d’une nouvelle Constitution. C’est investi de cette mission que Morales arrive au pouvoir. Mais le pays convulsait toujours. Le conflit opposait le gouvernement de La Paz et les élites de la riche “demi-lune”,  quatre départements situés dans l’est du pays, à la frontière avec le Brésil.

Stabilité politique

Acculé, Morales convoque un référendum révocatoire en 2008, afin d’asseoir sa politique. Il obtient plus de 67 % des voix et entame les négociations avec ses adversaires. L’échiquier politi-que est alors réorganisé, notamment grâce à l’approbation d’une nouvelle Constitution pour refonder la Bolivie.

Cette “révolution démocratico-culturelle”, selon les termes du gouvernement, constituait une première étape. Par la suite, à la présidentielle de 2009, le duo Morales-Linera obtient 64 % des voix. Les réformes peuvent commencer.

Tel est en effet le deuxième élément fondamental pour comprendre l’essor de la Bolivie : le nouvel ordre politique a permis au gouvernement de contrôler les ressources nationalisées, dans un contexte où les marchandises exportées par le pays s’échangeaient à prix d’or.

Comme le décrit le sociologue Fernando Mayorga :

“C’est un système politique qui se fonde sur un régime présidentiel renforcé par la puissance hégémonique du MAS [Mouvement vers le socialisme, le parti présidentiel] : trois victoires électorales avec majorité absolue et contrôle des deux chambres du Parlement, à la majorité des deux tiers, pour les deux derniers mandats. Cela se traduit par une stabilité politique inédite.”

Prudence économique

Evo Morales a toujours eu recours à une puissante rhétorique hostile au capitalisme et à l’Améri-que du Nord. Le nom de son parti contient le mot “socialisme”, et son vice-président est le créateur d’un modèle qu’il a baptisé le “socialisme ando-amazonien”. La Bolivie incarne-t-elle donc le socialisme du 21è siècle ?

Sans nul doute, le modèle bolivien peut se targuer de sa croissance solide et de sa stabilité macroéconomique. “Contrairement à d’autres pays comme le Venezuela, la Bolivie a été plus prudente. C’est la prudence qui a rendu possible ce miracle”, affirme Juan Antonio Morales, qui a occupé le poste de directeur de la Banque centrale bolivienne entre 1995 et 2006.

Il faut également observer que la nationalisation des hydrocarbures ne s’est pas déroulée de manière classique. Car rigoureusement parlant, ce n’était pas une expropriation mais un accroissement de la part de l’État dans le capital et la prise de décision. En quelque sorte, il s’agit presque d’une simple réforme fiscale.

Mais les symboles ont toujours eu une grande importance dans la politique bolivienne. Selon Fernando Mayorga, Morales est radical dans ses discours, mais plus mesuré dans ses décisions. Le gouvernement s’est constitué des réserves pour se préparer à une baisse des prix, qui s’est produite à partir de 2014. Un exemple de la prudence qu’évoque Juan Antonio Morales.

Evo Morales est le président qui a gouverné le plus longtemps la Bolivie. Le 20 octobre, il tentera d’être réélu pour la quatrième fois, mais sa candidature est entachée de plusieurs polémiques.

Début 2016, le gouvernement a connu un violent revers après que 51 % des électeurs ont refusé par référendum une modification de la Constitution visant à éliminer le plafond du nombre de mandats consécutifs.

Mais par la suite, le Tribunal suprême électoral, se prévalant d’une déci-sion du Tribunal constitutionnel, reconnaît à Morales le droit d’être réélu indéfiniment, en vertu de l’article 23 de la Convention américaine relative aux droits de l’homme. Il pourra donc être candidat, bien que certains remettent en question les règles du processus électoral et la légitimité des élus.

Morales est en tête des sondages, suivi de Carlos Mesa, qui avait été vice-président de Gonzalo Sánchez de Lozada puis président jusqu’à mi-2005.

Matières premières

Malgré son dynamisme, l’économie bolivienne reste vulnérable aux fluctuations internationales. Le pays exporte vers l’Argentine et le Brésil. Selon les critiques, l’économie bolivienne est trop dépendante des exportations de matières premières, ce que dément le gouvernement :

“Nous sommes passés de l’exportation de gaz brut à la production nationale d’urée [utilisée comme engrais], souligne Luis Arce Catacora. Nos exploitations d’acier progressent, et notre production d’énergie électrique se diversifie. Sans oublier le lithium, un domaine dans lequel nous avons commencé à nous industrialiser.”

Ce qui est sûr, c’est que depuis la baisse des prix des produits exportés par la Bolivie, le déficit budgétaire a augmenté et stagne depuis 2015 à 7 % du PIB. L’opposition s’en inquiète, mais le gouvernement se veut rassurant, rappelant que ces ressources sont utilisées à des fins productives.

L’exécutif préfère mettre l’accent sur le renforcement du marché intérieur grâce aux dépenses publiques et aux mesures de redistribution, comme le quatorzième mois ou les allocations sociales.

Bolivianisation de l’économie

Il faut également prendre garde au taux de change. La stratégie du gouvernement à cet égard vise à conserver un boliviano stable, mais l’opposition l’estime surévalué. En conséquence, la production nationale perd en compétitivité face aux nombreuses importations nécessaires afin de satisfaire la demande des salariés qui, année après année, gagnent en pouvoir d’achat.

La force de la monnaie bolivienne a offert au MAS une autre grande victoire : la bolivianisation de l’économie. Les comptes épargne ne sont plus libellés en dollars, mais en bolivianos. À la fin des années 1990, 3 % de l’épargne étaient en bolivianos ; aujourd’hui, le chiffre s’élève à 94 %.

Malgré la bonne santé de l’économie, l’avenir ne s’annonce pas tout rose. Le pays pourrait souffrir de ses luttes politiques internes et subir le contrecoup des évolutions de la situation internationale.

Il est possible que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine ainsi que l’instabilité de l’Argentine et du Brésil se répercutent sur la Bolivie. Son économie, malgré sa diversification naissante, pourrait ne pas être capable d’y faire face.

En affrontant les urnes en octobre prochain pour briguer un quatrième mandat de président, Evo Morales présentera un bilan économique solide, marqué par la nationalisation des ressources et la redistribution des recettes de l’État. Mais c’est sur le front de la contestation interne que le candidat aura davantage à se battre. Un article de la version espagnole de la télévision allemande Deutsche Welle.

Lire l’article original

vendredi 9 août 2019  GONZÁLEZ Diego

http://www.europe-solidaire.org/

Lire aussi:

Bolivie : Vers un troisième mandat d’Evo Morales (NPA)

Bolivie : Une défaite politique pour Evo Morales (NPA)

Bolivie : la colère de la jeunesse de la ville d’El Alto (Médiapart)

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13 août 2019 ~ 0 Commentaire

cachemire (npa cetri)

Le Jammu et Cachemire mis en coupe réglée du gouvernement nationaliste hindou de New Delhi

Le gouvernement nationaliste hindou du Bharatiya Janata Party (BJP) a procédé le 6 août à un véritable coup d’état constitutionnel en révoquant l’article 370 de la Constitution qui assurait l’autonomie de l’état du Jammu et Cachemire et en présentant un projet de loi qui envisage de couper en deux la région.

Détaché de sa partie orientale, le Ladakh, à majorité bouddhiste, le Jammu et Cachemire restant, dont la vallée de Srinagar à majorité musulmane dans le nord, perdrait son statut d’état confédéré pour devenir un « territoire de l’Union », entièrement dépendant de l’administration centrale de New Delhi.

Cette annonce a été précédée d’un déploiement massif de troupes dans une région qui est déjà une des plus militarisées du monde, alors que les leaders politiques locaux étaient placés en résidence surveillée, les écoles fermées et toutes les communications, y compris internet et les lignes téléphoniques fixes, bloquées.

Même si dans les faits depuis les années 1990 l’intervention du gouvernement central dans cette région s’était accentuée, l’article 370 garantissait l’autonomie de la région, condition qui avait présidée au ralliement de cette zone frontalière avec le Pakistan à l’état indien au moment de l’Indépendance des deux pays. Le territoire reste cependant depuis lors disputé, avec la présence de mouvements séparatistes actifs.

La révocation de l’article 370 fait depuis longtemps partie des objectifs du BJP. Elle intervient au lendemain de la victoire sans appel de ce dernier lors des élections fédérales d’avril-mai dernier, qui a donné un second mandat au premier ministre Narendra Modi. Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, l’accroissement et la violence de la répression au Jammu et Cachemire ont entrainé une détérioration très sensible de la situation dans la province, donnant un nouveau souffle au mouvement de rébellion.

En cherchant à la mettre au pas de manière autoritaire, le BJP poursuit son projet de construction d’une nation hindoue, où les musulmans sont relégués au rang de citoyens de seconde zone.

Jusqu’alors les législations empêchaient notamment les personnes non-originaires de la région d’y posséder des terres. Ces dispositions vont pouvoir être modifiées, ouvrant la voie à change-ment de la composition démographique et une hindouisation de la zone.

Le gouvernement promeut ainsi sa vision d’une Inde forte, affirmée au travers d’une belligérance marquée à l’égard du Pakistan, attitude qui lui a permis de faire oublier le très mauvais bilan économique de son précédent mandat et a fortement aidé sa réélection.

Correspondante Mardi 6 août 2019

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Self-determination for Kashmir! (Socialist Action)

Au Cachemire, une jeunesse brisée en quête d’avenir (The Conversation)

Narendra Modi’s high-handed action over the disputed territory is likely to revive conflict with Pakistan (Cetri)

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10 août 2019 ~ 0 Commentaire

léonard peltier (le monde)

peltier_jan2019

Leonard Peltier, l’Indien rebelle, plus ancien prisonnier politique des Etats-Unis

En 1977, le militant de la cause indienne est condamné à la perpétuité pour le meurtre de deux policiers. Devenu le symbole de l’acharnement du FBI contre les Amérindiens, il continue de clamer son innocence.

En terre indienne, le drame n’est jamais loin des épisodes festifs. Au lendemain du 143anniversaire de la victoire de Little Big Horn, Pine Ridge commémore un événement plus sombre : la fusillade du 26 juin 1975 au cours de laquelle un militant indien a été tué, ainsi que deux agents du FBI.

Un fait d’armes pour lequel Leonard Peltier, 74 ans, le héraut de l’American Indian Movement (AIM), est toujours emprisonné. Après quarante-trois ans sous les verrous, Peltier est, selon Amnesty International, le plus ancien « prisonnier politique » des Etats-Unis.

Ce 26 juin a été proclamé « Journée de Leonard Peltier » à Pine Ridge.

Au bord du cimetière de la famille Little, où reposent les militants de l’AIM tués dans le tumulte des années 1970, quelques fidèles forment un cercle de prière : des anciens du mouvement Red Power, quoiqu’ils disparaissent inexorablement, comme Russell Means et Dennis Banks, morts en 2012 et 2017.

Des proches, vêtus du tee-shirt distribué par l’AIM. Et des enfants qui attendent sans impatience le goûter sur la propriété de la famille Jumping Bull, au bord du ruisseau où a eu lieu la fusillade. Comme chaque année, ils savent qu’ils vont recevoir des cadeaux, des ballons, des sacs à dos et des fournitures scolaires de la part de Leonard Peltier.

La loi du silence

« Nous croyons à l’innocence de Leonard, lance l’officiant, Fred Cedar Face, un ancien juge tribal. Et pourtant, il croupit en prison. »

L’atmosphère est lourde, plombée par le poids du passé. L’orateur déplore les divisions qui continuent sur la réserve, la loi du silence, la « négativité ».

Si Leonard Peltier n’est pas coupable, alors il doit se trouver quelqu’un à Pine Ridge qui sait la vérité, quelqu’un qui n’a pas témoigné. Qui a tiré à bout portant sur les deux agents du FBI ce 26 juin 1975 ?

Corine Lesnes 10 aout 2019

https://www.lemonde.fr/

Lire aussi:

Leonard Peltier : « Aux Etats-Unis, ce qui n’a pas changé, ce sont les tentatives des gouvernements d’en finir avec nous en tant que peuple indien » (Le Monde)

Leonard Peltier (Wikipédia)

American Indian Movement (Wikipédia)

Les Amérindiens et leurs luttes (TC)

 

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10 août 2019 ~ 0 Commentaire

puerto rico (pùblico)

 puerto

Porto Rico, une révolution en marche

Les portoricains ont réussi à renverser le gouverneur, Ricardo Rosselló et à créér un mouvement qui conteste le statut de l’île et réclame plus d’autonomie.

San Juan, des milliers de personnes bougent au rythme du reggaeton en criant « Ricky, démissionnez ». La musique réunit une foule qui a réussi à transformer la revendication des droits sociaux en une fête sans précédent, dans un engagement envers les corps vivants, qui contraste avec la dévastation et les plus de 4 000 morts causés par l’ouragan Maria en 2017.

Les chanteurs René Pérez (résident), Ricky Martin et Bad Bunny ont participé à des manifesta-tions qui n’ont pas permis de dissoudre les brutalités policières et les litres de gaz lacrymogène. Il y a eu des « cacerolazos », à moto, à cheval, par mer et par air, a rapporté la journaliste Victoria Leandra. Au-delà de l’anecdote, cette diversité révèle une complexité historique marquée par la résistance. Si l’avenir de l’île est incertain, ce n’est pas le cas de la capacité de combat de ses habitants, ni celle de la diaspora.

« C’est comme un autre 15M » (Indignés d’Espagne), me dit mon ami, « mais beaucoup plus mûr. » Plus d’un million de personnes, soit près du tiers de la population insulaire, ont pris part aux manifestations. C’est, comme le 15M, un mouvement sans leaders et dans lequel la critique totale des partis exprime une radicalité politique qui déborde toute institutionnalisation. Outre les parallèles, le mouvement portoricain est toutefois unique en son genre dans la « plus ancienne colonie du monde » et a acquis les formes les plus diverses.

L’histoire, les causes

J’ai demandé en 2018 à mon ami portoricain, le professeur et romancier Luis Othoniel Rosa de m’amener directement à la racine des manifestations, de revenir en arrière et de retracer le chemin parcou-ru par Porto Rico depuis 1898, depuis ce que l’on appelle en Espagne le « désastre », le moment à partir duquel l’île a cessé d’être une colonie espagnole et est passé au géant du nord. Il a une vision de l’avenir, quand il observe les rues et leurs désirs, qu’il analyse comme une « euphorie » incontrôlable, une « joie collective que les gringos ne peuvent pas comprendre ».

Nous avons parcouru San Juan où l’ouragan s’est abattu et où il y a encore des maisons effondrées et des feux de circulation qui ne fonctionnent pas. Nous avons dansé le Despacito et discuté des conséquences du démantèlement de l’université publique. Cette fête semble main-tenant la prémonition d’une rumeur qui a débuté le 13 juillet lorsque le Centre de journalisme d’investigation a mis au jour 899 pages d’une discussion au cours de laquelle le gouverneur Ricardo Rosselló et son équipe ont fait des commentaires machistes et homophobes, se sont moqués des victimes de l’ouragan Maria et ont même plaisanté de la possibilité de tuer la maire  Carmen Yulín Cruz dont l’affrontements avec Trump après la catastrophe ont fait d’elle une célébrité.

Après presque deux semaines de manifestations de masse dans les rues de la capitale, dans d’autres parties de l’île et dans plusieurs villes des États-Unis comme New York et Miami, Rosselló a officiellement annoncé sa démission le 24 juillet. Il est entré en vigueur le 2 août.

De plus, une douzaine de membres de son cabinet ont démissionné jusqu’à présent, y compris ceux impliqués dans les discussions en ligne. Quelques jours avant le début des manifestations, le FBI a arrêté la secrétaire à l’éducation, Julia Keleher, et la directrice de la Health Insurance Administration, Ángela Ávila, pour avoir offert des contrats d’une valeur supérieure à 15 millions de dollars à des entreprises amies.

Les causes de la colère populaire remontent à une crise politique et économique qui dure depuis plus d’une décennie.

En 2016, Porto Rico était sur le point de s’effondrer lorsque, incapables de se déclarer en faillite en raison de son statut d’État associé, les États-Unis ont adopté la loi dite Promise (Loi sur la supervision, la gestion et la stabilité économique de Porto Rico).

Cette loi a mis en place une commission de contrôle budgétaire qui gère le budget de l’île et qui, avec l’accord du gouvernement, a imposé des mesures d’austérité qui se sont traduites par de fortes réductions des services sociaux tels que l’éducation et la santé.

La Commission gère également une dette publique illégitime, sur un territoire où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Cette perte d’autonomie financière s’est rajoutée au sentiment général que l’île n’est qu’une colonie, une nation avec sa propre culture mais dont la souveraineté est volée par la Maison Blanche.

Les Portoricains sont, d’un point de vue juridique, citoyens américains; cependant, il leur est interdit de voter aux élections présidentielles américaines et au Congrès. Cette citoyenneté a été accordée en 1917, stratégie politique qui permettait aux Portoricains de s’enrôler dans l’armée durant la Première Guerre mondiale.

Le statut colonial de Porto Rico, la méfiance absolue à l’égard de tous les partis politiques et la nécessité pour les citoyens de gérer les finances de l’île aux cris de : « Ricky, démission et prend la junte avec toi  » ont été  les messages les plus populaires dans les manifs.

En outre, une multitude de banderoles ont circulé dans les rues du vieux San Juan, rappelant les morts de l’ouragan Maria, à la fois sur des photos et sur des histoires personnelles, sous la forme d’un nombre: 4 645. Chiffre fourni par une étude de Harvard quelques mois après que l’administration Trump et le gouvernement déchu de Rosselló ait annoncé quelques dizaines seulement.

Si les conversations interceptées peuvent être considérés comme la goutte qui a fait déborder le verre et jeté les citoyens dans la rue, les protestations sont, pour l’anthropologue et professeur à l’Université de la ville de New York (CUNY) Yarimar Bonilla, le résultat direct de l’ouragan .

Dans une récente interview publiée par Jacobin Magazine, Bonilla souligne que le « chat » se déroulait alors même que la population de l’île avait du mal à survivre après la débâcle qui a laissé des milliers de personnes sans électricité ni eau courante pendant des mois, sans accès aux services médicaux de base et sans instruction.

Non seulement la nature a joué son rôle mais une étude d’Amnesty International a souligné l’impossibilité d’accéder à l’aide fédérale. La FEMA, l’agence chargée de la fournir, a exigé de compléter les demandes en ligne et en anglais, ainsi que de prouver la possession de la maison par le biais de documents qui ne sont pas courants sur l’île.

Tandis que les Portoricains enterraient leurs morts dans des fosses communes, des membres du cabinet ministériel se moquaient de ces corps. Selon Bonilla, la capacité des citoyens à survivre grâce aux réseaux communautaires, grâce au partage de la nourriture, de l’eau, des piles ou de l’insuline, est le résultat d’une culture d’autogestion face à la passivité des représentants. Pour l’anthropologue, c’est précisément cette résilience qui a envahi les rues ces jours-ci, qui a conduit le peuple « non seulement à prendre soin de lui-même, mais aussi à changer de gouvernement ».

Un avenir incertain

Cela fait plusieurs jours que Ricardo Rosselló a démissionné de son poste de gouverneur. Il est le premier à le faire depuis 1948, année où les Portoricains ont été autorisés à voter pour leur gouverneur. Avant il était choisi par le président des États-Unis.

Les lois régissant Porto Rico ne garantissent pas la convocation d’élections si le gouverneur démissionne, c’est le secrétaire d’État qui lui succède. Ce poste est devenu vacant après la démission de Luis G. Rivera Marín, qui a participé au chat.

Rosselló a ensuite désigné Pedro Pierluisi comme successeur avec une controverse sur la constitutionnalité de la procédure, qui a mis fin à son mandat en quelques jours. En outre, Pierluisi appartient à l’élite rejetée par les manifestants et ses liens avec la Junte sont connus,  il y a travaillé comme avocat. Après le départ de Pierluisi, sur mandat de la Cour suprême, la secrétaire à la Justice, Wanda Vázquez, a assumé le poste de gouverneur dans un climat d’instabilité politique qui ne semble pas prendre fin.

Quelle est la stratégie de Washington?

Depuis le début des manifestations, Trump a tenté de capitaliser sur la fureur collective en qualifiant le gouvernement portoricain de « corrompu » et en fournissant de faux chiffres sur l’aide reçue des fonds fédéraux: 92 milliards de dollars US, selon le président. Ils ont été un peu plus de 13.

Pour beaucoup, la mauvaise gestion de ces fonds destinés à la reconstruction post-Maria fournirait une justification pour restreindre l’accès de l’île aux fonds fédéraux et des médias tels que « The Intercept » ont annoncé que la remise en cause de la légitimité du gouvernement portoricain pourraitservir au renforcement de la commission de contrôle financier, qui aurait encore plus de pouvoir sur la colonie.

Mais « Et les rues? Et les gens? »

On peut affirmer catégoriquement que ceux qui ont occupé les entrailles de San Juan risquant une charge de la police et réclamant, avec la vitalité des corps dansants, la justice pour ceux qui sont sous terre, exigent plus d’autonomie et non une perte de la souveraineté déjà précaire et soumise à la Maison Blanche.

La lassitude face à une classe politique aisée, capable de se moquer des citoyens dans les moments les plus critiques et avec un statut colonial qui ne semble pas avoir changé depuis 1493, a rassemblé les différentes classes sociales, idéologies et générations dans un cri puissant qui est toujours actif.

Comme avec le 15 M (Indignés), les gens s’organisent en assemblées pour décider de l’avenir d’une nation dans laquelle la participation des citoyens dépasse les urnes. Un éventuel audit de la dette, une meilleure gestion de l’éducation et de la santé, des restrictions au pouvoir de la junte ou son élimination totale sont débattus.

Face au bandit « Politicien qui a volé tout l’argent et se représente de nouveau », dénoncé par Tego Calderón et Don Omar, on est arrivé à  » Aiguisons les couteaux » de René Pérez et Bad Bunny, l’hymne des manifestations, annonçant l’arrivée d’un peuple disposé à décider de son avenir.

Azahara Palomeque est écrivain, journaliste et poète. Exilée par la crise, elle a vécu à Lisbonne, São Paulo et Austin Texas. Elle est titulaire d’un doctorat en études culturelles de l’Université de Princeton. Sa voix est celle du déracinement et de la protestation.

9 août 2019

https://ctxt.es/es/

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06 août 2019 ~ 0 Commentaire

nationalisme 1 (la brèche numérique)

breizxit

Internationalisme, nationalisme et anti-impérialisme

Deux cents ans après l’appel de la Révolution française à la fraternité universelle du genre humain, et soixante-dix ans après la fondation de l’Internationale communiste, que reste-t-il du grand rêve de solidarité internationale entre tous les opprimés ?

Le nationalisme ne reste-t-il pas l’une des principales forces déterminant le cours de la politique mondiale ? Et comment les socialistes et les anti-impérialistes doivent-ils se situer par rapport à lui ?

Le rôle contradictoire du nationalisme est l’un des grands paradoxes de l’histoire de ce 20è siècle.

Au service de l’impérialisme et des forces réactionnaires, l’idéologie nationaliste a engendré et légitimé quelques-uns des crimes les plus atroces de ce siècle : les deux guerres mondiales, les génocides des Arméniens, des Juifs et des Gitans, les guerres colonialistes, la montée du fascisme et des dictatures militaires, la répression brutale par des « gouvernements nationaux » des mouvements progressistes et révolutionnaires, depuis la Chine dans les années vingt, jusqu’à l’Indonésie des années soixante, et l’Argentine des années soixante-dix.

En sens inverse, c’est au nom de la libération nationale que les peuples colonisés ont gagné leur indépendance, et que certains des plus importants et des plus radicaux processus de révolution socialiste ont pu gagner le soutien populaire et triompher : en Yougoslavie, en Chine, en Indochine, à Cuba et au Nicaragua.

Autre étonnant paradoxe 

Bien que le nationalisme ait été le facteur dominant dans la configuration politique du 20è siècle, la plus grande révolution de notre temps, celle d’Octobre 1917. ne doit rien au nationalisme et était même explicitement dirigée contre la « défense nationale de la patrie » dans la guerre avec l’Allemagne impériale. Qui plus est, il n’y a jamais eu dans l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste d’organisation mondiale de masse aussi authentiquement internationaliste que laInternationale (au moins pendant ses premières années d’existence).

Comment comprendre ces paradoxes ? Le marxisme peut-il fournir des instruments théoriques pour une telle compréhension ? Quelles sont les perspectives pour le nationalisme et l’internationalisme dans les prochaines années de cette fin de siècle ?

Marxisme et nationalisme

En premier lieu, qu’est-ce qu’une nation ?

Ce problème a préoccupé plusieurs générations de penseurs et de dirigeants marxistes. Ils recherchaient des critères objectifs permettant de déterminer si une collectivité de personnes constituait ou non une nation. Pour Karl Kautsky la nation était essentiellement le produit d’une langue commune. Pour Otto Bauer, chaque nation avait un « caractère national » spécifique. Anton Pannekoek considérait la nation comme un simple « phénomène idéologique bourgeois ». D’autres avançaient des critères géographiques ou économiques.

La tentative la plus systématique pour élaborer le cadre théorique d’une telle classification est bien sûr le fameux essai de Joseph Staline de 1913 (le Marxisme et la question nationale). Combinant tous les critères « objectifs »: langue commune, territoire, vie économique, et « formation psychique » en une seule définition, il insistait sur le fait que « c’est seulement quand toutes les caractéristiques sont présentes conjointement que nous avons une nation ».

Ce cadre rigide et dogmatique fut un vrai lit de Procuste (élimination de ce qui ne rentre pas dans le moule) et devint pour de nombreuses décennies un énorme obstacle à la compré-hension de communautés nationales « hétérodoxes comme les Juifs, les Noirs des Etats-Unis, etc. Il ne permet pas d’expliquer comment l’Allemagne ne devint une nation que longtemps après son unification économique à travers l’Union douanière, ou pourquoi les Belges ou les Suisses francophones ne font pas partie de la nation française.

En opposition à une conception aussi abstraite et « fermée », Otto Bauer fit un apport tout à fait significatif à une analyse marxiste « ouverte » de la nation avec son approche historiciste : sans ignorer les différents autres critères (langue, économie, etc.) il définit la nation comme étant avant tout le produit d’un destin historique commun.

En d’autres termes : la nation est non seulement une cristallisation d’événements passés, un « morceau d’histoire solidifié » mais aussi « le produit jamais achevé d’un processus continu ». Cette méthode historique lui permit d’éviter des erreurs semblables à la théorie néo-hégélienne d’Engels sur les « nations sans histoire » (Tchèques, Roumains) condamnées à disparaître.

Il me semble que ce type d’analyse non dogmatique conduit logiquement à la conclusion selon laquelle une nation ne peut être définie seulement sur la base de critères abstraits, externes et « objectifs ».

La dimension subjective, c’est-à-dire la conscience d’une identité nationale, la vitalité de la culture nationale, l’existence d’un mouvement politique national, est tout aussi importante. Bien sûr, ces « facteurs subjectifs » ne sortent pas du néant.

Ils sont le résultat de certaines conditions historiques : persécutions, oppression, discriminations, etc. Mais ceci signifie qu’en dernière analyse ce ne sera pas quelque « expert » doctrinaire muni d’une liste de caractéristiques « objectives » qui tranchera la question de savoir si une commu-nauté constitue ou non une nation, mais la communauté elle-même (ou la partie de celle-ci qui se considère comme appartenant à une nation).

Il est important de distinguer soigneusement le sentiment d’identité nationale, l’attachement à une culture nationale, la conscience d’appartenir à une communauté nationale avec son propre passé historique — et le nationalisme.

Le nationalisme en tant qu’idéologie comprend tous ces éléments mais aussi quelque chose de plus, qui en est l’ingrédient décisif : le choix de la nation comme valeur primordiale du point de vue social et politique, valeur à laquelle toutes les autres doivent être en quelque sorte subor-données.

Hans Kohn, l’historien bien connu du nationalisme moderne, l’a ainsi défini comme « un état d’esprit, où l’on considère que la loyauté suprême de l’individu doit aller à l’Etat-nation ». On tient là une très bonne définition, à condition d’y ajouter la lutte en vue de l’établissement de l’Etat-nation, même s’il faut se rappeler l’existence de mouvements nationalistes (modérés) qui ne visent qu’à l’autonomie culturelle ou territoriale.

Il n’est pas facile d’indiquer avec précision comment et quand est né le nationalisme.

Certains auteurs pensent qu’il apparaît parallèlement à l’émergence de l’Etat-nation au 15è et 16è siècles (Machiavel). D’autres, comme Hans Kohn, renvoient aux premières grandes révolutions bourgeoises ; en Angleterre au 17è siècle et en France en 1789, l’Etat, pour la première fois, » cessa d’être l’État royal : il devint l’État du peuple, un État national, une patrie».

Plus récemment, Tom Nairn essaya de démontrer que le nationalisme a émergé au 19è siècle (comme résultat du développement inégal du capitalisme) dans les pays périphériques (Allemagne, Italie et Japon), et n’a atteint les « régions du centre » (Angleterre, France) que plus tard. Mais cette bizarre chronologie pèche par son arbitraire et semble ignorer des faits histori-ques bien connus comme la dimension patriotique de la Révolution française et des guerres napoléoniennes…

En tout cas, il est sûr que, durant de longs siècles, le réfèrant politique n’était pas la nation ou l’Etat-Nation, mais une forme autre d’organisation sociale et politique : le clan, l’Etat-cité, le seigneur féodal, l’Eglise, le royaume dynastique et l’Empire multinational. Et bien que l’on puisse trouver certains précédents dans le passé (les anciens Hébreux ou les anciens Grecs), leur nature et leur substance sont très éloignées du nationalisme moderne.

Développement inégal et solidarité internationale

Le socialisme marxiste est fondamentalement opposé au nationalisme. D’abord parce qu’il refuse de considérer la nation comme un tout indifférencié : toutes les nations sont divisées en classes sociales distinctes, avec des intérêts distincts et des conceptions distinctes de l’identité nationale.

Mais surtout, il rejette l’idéologie nationaliste et son échelle de valeurs parce que sa fidélité suprême ne va pas à une nation quelle qu’elle soit, mais à un sujet historique international (le prolétariat) et à un objectif historique international : la transformation socialiste du monde. Il est internationaliste pour des raisons à la fois éthiques et matérielles.

Les motivations éthiques sont importantes : pour un marxiste internationaliste, matérialiste et athée, la seule valeur qui puisse être considérée comme « sacrée » — c’est-à-dire absolue — est l’humanité elle-même (dont les exploités et les opprimés constituent la force d’émancipation).

En ce sens, le slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » n’est pas seulement une directive pour l’action, mais aussi la réponse éthique du socialisme à « l’Amour sacré de la patrie » de l’idéologie nationaliste.

Le socialisme est donc un mouvement internationaliste en raison du caractère universaliste et humaniste de ses valeurs et de ses objectifs. Sans cette dimension éthique, il n’est pas possible de comprendre l’engagement total et les sacrifices de générations de militants du mouvement ouvrier à travers le monde à la cause du socialisme international (ou du communisme).

Comme le vieux bolchevik Adolf Yoffé l’écrivait à Trotsky dans sa dernière lettre (avant de se suicider en 1927) : « La vie humaine n’a pas de sens si elle n’est pas placée au service d’un infini, qui pour nous est l’humanité. »

Cependant, si l’internationalisme n’était qu’un principe moral, un impératif catégorique, il serait facile de le rejeter comme une belle utopie. Si ce n’est pas le cas, c’est que l’internationalisme prolétarien tire sa force politique de conditions objectives, concrètes et matérielles, déjà analy-sées par Marx dans le Manifeste du Parti Communiste : l’unification économique du monde par le système capitaliste.

Comme toute totalité dialectique, le capitalisme mondial n’est pas la somme de ses parties, les économies nationales, de même que la lutte de classes internationale n’est pas la somme des luttes nationales..

D’ailleurs l’analyse de Marx dans le Manifeste, loin d’être anachronique, convient encore mieux à notre époque qu’à la sienne : l’impérialisme a imposé au système capitaliste mondial un degré d’intégration bien plus élevé, et le contrôle du marché par les monopoles multinationaux est incomparablement plus grand.

En un mot, l’unification de la planète par le mode de production capitaliste a atteint aujourd’hui un niveau qualitativement plus élevé qu’en 1840. Et cette unification économique trouve égale-ment une expression politique et militaire avec l’atlantisme occidental, l’interventionnisme américain, etc.

Cela signifie que l’internationalisme plonge ses racines dans la structure de l’économie et de la politique mondiales ; l’internationalisme socialiste consiste aussi en la prise de conscience de cette réalité objective. (Résumé voir lien)

dimanche 9 octobre 2016 LÖWY Michael

https://www.preavis.org/breche-numerique/

Lire aussi:

Nationalisme 2 (La Brèche Numérique)

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