Archive | Altermondialisme

19 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

nelson mandela: l’hommage du vice à la vertu

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« Des dirigeants qui se disent solidaires du combat de Mandela pour la liberté mais ne tolèrent pas l’opposition de leur propre peuple »

La critique est violente mais contrairement à ce qu’on aurait pu croire, elle n’est pas venue du dirigeant cubain Raoul Castro mais de celui qui venait justement de lui serrer la main, à savoir le Président étatsunien Barack Obama. Ce même Obama avait serré un peu plus tôt celle de Hollande qui venait lui de serrer celle de Sarkozy, à l’occasion des obsèques de Mandela qui se sont tenues dans le stade de Soweto mardi 10 décembre.

Une pluie d’hypocrisie Il pleuvait à torrent sur un stade à peine rempli, et cette météo rafraîchissante, cette pluie sur ce prestigieux parterre des puissants du monde, cachait bien mal le nuage d’hypocrisie qui règne sur ce monde de politiciens. Mais cet hommage mondialement retransmis a bien été une opération politique, une véritable comédie œcuménique associant les larmes des dictateurs avec celles des peuples qu’ils oppriment, les anciens soutiens de l’Apartheid avec celles et ceux qui l’ont combattu.

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Aujourd’hui au bord de l’explosion, l’Afrique du Sud est en pleine crise, et l’hommage à Mandela sert de diversion pour tous ceux qui, au nom d’un prétendu héritage, dirigent un système libéral qui a certes permis l’éclosion d’une bourgeoisie noire mais continue l’oppression et la répression contre tout un peuple.

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Le peuple se manifeste Le seul véritable moment de vérité fut le tonnerre de sifflets populaires accompagnant l’arrivée de Jakob Zuma, actuel Président de l’Afrique du Sud et nouveau chef de l’ANC. Dernier représentant politique à s’exprimer à la tribune, le successeur de Mandela a vu le stade se vider pendant son intervention. Après avoir rendu hommage à Mandela, Zuma a déclaré : «  laissons la tolérance s’établir, pour créer les bases de la paix. Et par-dessus tout, œuvrons pour lutter contre la faim, la maladie et d’autres maux dont souffre l’humanité ».

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Le peuple sud-africain a apprécié, tant Zuma est connu pour être devenu le chef de la corruption, des magouilles et de la répression qui dominent aujourd’hui le pays. Il aurait pu aisément faire parti des dirigeants vilipendés, le temps d’un discours, par Obama…

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Ne manquait à l’appel de tout ce beau monde que le dirigeant actuel du sionisme israélien qui fut l’un des plus grand défenseur de l’esclavage des noirs, à savoir Benjamin Netanyahou, retenu, dit-on, pour des « raisons de sécurité » et des « frais de voyage » jugés trop onéreux… Peut-être que la véritable raison de cette absence est surtout que Netanyahou n’a pas besoin de faire des milliers de kilomètres pour entendre parler d’un peuple opprimé, il a déjà ça « à la maison » : le peuple palestinien…

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Obama prend la pose Dans le stade de Saweto, Obama a pu s’offrir aux yeux du monde un moment « progressiste », ses « fifteen minutes » de gauche. « Madiba est le dernier grand libérateur du XXe siècle » a-t-il ainsi déclaré. Bien loin de la politique des USA pourrait-on ajouter… Difficile de faire oublier le rôle toujours décisif de l’impérialisme étatsunien dans le monde, sans oublier bien entendu la situation misérable des minorités ethniques aux USA, de la grande majorité des noirs américains en particulier, même si ceux-ci ont le droit de s’asseoir à coté des blancs dans les bus.

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« Inoubliable  » a dit le sénateur ex-PCF Robert Hue, un des cinq invités de Hollande qui ne représente plus que lui-même (et encore)… Finalement, la seule image importante de cet hommage fut bien cette poignée de main oh combien significative échangée par Hollande et Sarkozy, l’un poursuivant en effet le (sale) travail de l’autre. Effectivement inoubliable !
Non décidément, ce monde là n’est pas le nôtre.

Alain Krivine Jeudi 19 décembre 2013

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 222 (19/12/2013)

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19 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

OGM: un autodafé ?

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Coup de tonnerre fin novembre : la revue Food and Chemical Toxicology décide de retirer, un an après sa publication, l’article de Gilles-Eric Séralini sur l’étude des effets à long terme (deux ans) du maïs transgénique NK603 et de son herbicide associé (le Roundup).

Cet article avait provoqué une tempête médiatique, en affirmant que la consommation par le rat provoquait l’apparition de tumeurs, de troubles hépatiques et rénaux (cf. l’Anticapitaliste la revue n°49, Dominique Cellier « OGM : la preuve du doute ? »). Confirmé par l’éditeur Elsevier, ce retrait revient à effacer de la littérature scientifique l’ensemble des résultats et des données issus de ces travaux.

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La raison invoquée est qu’il est « inconclusif » en raison de la trop petite taille des groupes (témoin et traités) et de la nature de la souche de rats utilisée. L’éditeur maintient cependant les précédents articles, publiés dans le même journal, sur des études réalisées par Monsanto ayant servi à l’autorisation du maïs incriminé (NK603), études pourtant plus courtes, avec les mêmes effectifs de groupes et sur la même souche de rats. Deux poids deux mesures…

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Par ailleurs, cette décision est en flagrante opposition avec les normes éthiques inter- nationales COPE (Commitee on Publication Ethics) auxquelles adhère la revue et pour lesquelles les seuls motifs de retrait sont la non-fiabilité prouvée des résultats, le plagiat ou la publication redondante, ou une recherche contraire à l’éthique. La revue a pourtant reconnu que l’article de Séralini ne contenait aucun de ces défauts.

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Mainmise et lobby des multinationales capitalistes Comment ne pas lier cette censure à l’arrivée dans le comité éditorial de la revue début 2013 de M. Goodman, ancien employé de Monsanto de 1997 à 2004 ? S’agit-il pour la revue de juger incompétents ou mal informés ses propres experts qui ont évalué l’article il y a un an ou reconnaître les pressions et la mise sous contrôle de la revue par la firme Monsanto ?

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Ce retrait est un véritable scandale et doit être condamné quelles que soient les réserves qui ont pu être exprimées sur les travaux du Professeur Séralini, leurs limites et faiblesses. Il met en lumière la mainmise des lobbys des multinationales capitalistes sur l’orientation de la recherche scientifique, son financement et maintenant sur les publications scientifiques. Quand on sait le rôle que jouent ces dernières dans les critères et indices de notation pour l’évaluation des chercheurs et des laboratoires, on ne peut qu’être inquiets sur l’indépendance et l’avenir de la recherche scientifique.

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Mais le plus grave est que pendant ce temps, on continue à prendre la planète comme paillasse de laboratoire et l’humanité comme cobaye en n’évaluant pas les impacts sanitaires, environnementaux, sociaux et humains des plantes génétiquement modifiées (PGM), des pesticides associés et du modèle d’agriculture qu’impose la mondialisation capitaliste.

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Alors que ces impacts n’ont pas été évalués pour une seule modification génétique, les industriels, confrontés à l’adaptabilité des insectes et des plantes sauvages, ne peuvent que pratiquer la fuite en avant et multiplier les modifications. Ainsi, le mercredi 6 novembre, la Commission européenne a autorisé, pour l’alimentation animale et/ou humaine, dix PGM dites empilées, contenant plusieurs événements de transformation. La plus emblématique est le maïs SmartStax, élaboré par Dow Agrosciences et Monsanto, contenant huit transgènes lui conférant une résistance à plusieurs insectes et une tolérance à plusieurs herbicides.

CorrespondantEs de la commission nationale écologie

Jeudi 19 décembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 222 (19/12/2013)

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18 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

que va faire la france en centrafrique? (essf)

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Le 8 décembre, moins d’un an après l’opération Serval au Mali, voici l’opération Sangaris, menée par l’armée française, à nouveau sous la houlette d’un gouvernement « socialiste ». Bien entendu, il s’agirait encore une fois, pour la République des droits de l’homme, de sauver des milliers de vies humaines contre un risque d’emballement génocidaire. Mais en réalité, l’objectif de l’ancienne puissance coloniale est moins reluisant.

C’est au Sommet franco-africain de l’Elysée, le 6 décembre, placé sous le signe de la paix et de la sécurité, que François Hollande annonce cette opération « désintéressée » pour venir en aide à « un peuple qui souffre et nous appelle ». Ce sommet, destiné à la promotion des intérêts français en Afrique, notamment face à la concurrence internationale, a réuni 26 chefs d’Etat africains. Le jour précédent, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 2127, autorisant l’intervention de la MISCA (une force africaine de 3600 hommes), mais aussi de 1600 parachutistes et membres des forces spéciales françaises, pour « rétablir la sécurité » en République centrafricaine (RCA).

Lourd héritage colonial

La République centrafricaine est peuplée de 5 millions d’habitant.e.s sur 623 000 km2, dont plus de 70% vivent de l’agriculture de subsistance. L’ancienne colonie de l’Oubangui-Chari est l’un des quatre territoires de l’Afrique équatoriale française, devenu indépendant en 1960, dans un cadre néo-colonial. En 1966, Bokassa s’empare du pouvoir par un coup d’Etat, et le nouveau potentat, qui deviendra empereur dix ans plus tard avec la bénédiction de l’Elysée, permet à la France de garder la haute main sur le pays. Depuis lors, tous les chefs d’Etat de RCA sont arrivés au pouvoir par un putsch, agréé par l’ancienne métropole.

Pendant la guerre froide, la RCA est érigée en bastion de la présence française en Afrique, en particulier face à l’intervention libyenne au Tchad, durant les années 80. Elle perd cependant cet intérêt au tournant des années 90, suscitant une réduction importante du dispositif militaire français.

Bois précieux et diamants

La RCA exporte surtout des bois tropicaux et des diamants. L’exploitation de près de 4 millions d’hectares de forêts, aux frontières du Congo et du Cameroun, est aux mains de compagnies privées étrangères, dont les françaises Bolloré et Thanry, qui s’acquittent de redevances, mais ont peu de considération pour la préservation des ressources naturelles dont dépendent les populations. Compte tenu des coûts de transport, seuls les bois nobles sont coupés, provoquant pourtant des dégâts collatéraux importants.

L’extraction d’un diamant de haute qualité repose sur les épaules de près de 100 000 petits prospecteurs, qui vendent le carat au tiers de sa valeur à des « collecteurs ». Ils ne bénéficient pourtant que d’une fraction de ce prix pour assurer la survie de leur famille (10% de la population du pays en vit partiellement), compte tenu des ponctions opérées par un Etat prédateur et ses agents (licences d’exploitation et corruption de la police des mines), par les « collecteurs » urbains et le racket des groupes armés. Pour couronner le tout, ces pierres sont écoulées sur le marché mondial par quelques exportateurs autorisés, dont le suisse Adamas, basé à Zoug.

L’épouvantail chinois Dans la seconde moitié des années 2000, François Bozizé, qui préside le pays depuis 2003 au profit de son clan familial, développe ses liens avec la Chine, qui lui accorde des crédits : le 10 septembre 2009, il est même reçu par Hu Jintao à Pékin, à qui il cède le site d’explo- ration pétrolier de Boromata. Les exportations de la RCA vers l’Empire du milieu s’envolent (12% en 2008, 14% en 2009, 19% en 2010… 28% en 2012) ; de même, des partenariats se développent dans les domaines de l’énergie (hydraulique et solaire), de la construction et des communications, sans parler du militaire (40 officiers centre-africains formés chaque année en Chine). Même les USA s’en inquiètent…

Par ailleurs l’exploitation des gisements d’uranium de Bakouma (S-E), découverts en 1960 (production potentielle de 2000 à 3000 t. par an), a été constamment repoussée avant d’être mise en stand by par Areva, en octobre 2011, en raison semble-t-il de la baisse des cours. Le géant français avait forcé la main du gouvernement de RCA pour en obtenir le monopole, si bien que sa non exploitation fait lors l’objet d’un contentieux. Bangui songeait-elle à en céder les droits à d’autres ?

Vers l’intervention française

C’est dans ce contexte qu’éclate la guerre civile en RCA, en décembre 2012, entre le gouvernement de Bozizé, lâché par une partie de ses partisans, et la Seleka (« coalition » en langue sango), réunissant cinq mouvements rebelles, dirigée par Michel Djotodia, un leader musulman qui s’empare de la capitale en mars 2013. Entre-temps, le Tchad et l’Afrique du Sud, cette dernière sans doute en contrepartie d’avantages miniers, ont apporté une aide comptée au régime de Bozizé, tandis que Paris et Washington refusaient de le soutenir, escomptant le pourrissement de la situation pour jouer leur carte ultérieurement.

Après la victoire de la Selaka, les groupes armés rebelles n’acceptent pas tous de rentrer dans le rang en se soumettant à l’autorité de Djotodia. Les dissidents s’engagent alors dans des exactions envers les populations civiles, auxquelles les anciens partisans de Bozizé répondent aussi par la violence. Il n’en faut pas plus pour agiter le spectre de massacres interconfessionnels, puisque les premiers sont musulmans et les seconds chrétiens, justifiant l’intervention de la France. Comme le note un chroniqueur du Guardian, François Hollande a développé « une nouvelle formule » pour intervenir dans ses anciennes colonies « avec doigté ». Mais quels peut être le but de cet activisme françafricain, si ce n’est le sauvetage de cette zone d’influence, fût-elle réduite ?

Jean Batou 17 décembre 2013

* Article écrit pour « solidaritéS (n° 240) (Suisse). Un article plus développé suivra.

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article30634

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16 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

afrique du Sud: pas d’arc-en-ciel à marikana (jdd)

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Nelson Mandela a été enterré dimanche dans son village natal de Qunu. Bien loin des mines de platine de Marikana, où l’an dernier la police avait tué 34 ouvriers noirs sur des terres confisquées aux Blancs.

Une ville du Far West, voilà ce que pourrait être Marikana. Avec une ligne de chemin de fer qui la traverse, le train qui siffle à chaque passage, des boutiques de vente d’alcool en pagaille en guise de saloons, et des Pakistanais, Nigérians et autres étrangers qui tiennent les commerces non plus de quincaillerie générale mais d’écrans plats ou de tablettes tactiles. Et d’énormes 4 x 4 ou pick-up à la place des chariots tirés par des chevaux. Marikana fut, il y a longtemps, une terre de fermes agricoles. Puis elle est devenue une ville minière.

Un eldorado pour certains, une ville de malheur pour d’autres.

Marikana est entrée dans l’Histoire l’année dernière, lorsque la police sud-africaine a tiré et tué 34 mineurs, lors d’une grève sauvage. Rappelant ainsi aux gens du pays le terrible massacre de ­Sharpeville de 1960. À 112 km au nord-ouest de Johannesburg, les mines de Marikana arrivent au troisième rang mondial de la production de platine. Le secteur minier représentait 38% des exportations du pays en 2012. Mais Marikana et d’autres mines moins connues ont fragilisé le secteur. Désormais, les investisseurs étrangers, rendus frileux par ces poussées de violence très médiatisées, préfèrent aller investir dans des pays où l’exploitation du sous-sol n’entraîne aucun mouvement social. La richesse aurait dû frapper aux portes de la ville. En réalité, Marikana est devenue l’envers de la carte postale, l’envers du décor économique rêvé par le « père de la nation arc-en-ciel », Nelson Mandela.

Les Blancs frappés au portefeuille

Et pour une fois, Blancs et Noirs sont quasi à égalité. À Marikana, près de la moitié de la population noire est au chômage, les mineurs employés localement venant du Mozambique, du Lesotho ou d’autres régions du pays. Les Blancs ont été frappés là où ça fait mal, au portefeuille.

On a pris leurs terres. Alors, il s’est passé quelque chose de très curieux à Marikana, où la mort de Nelson Mandela ne fait pas lever un cil. Malgré une méfiance ancestrale, des Blancs et des Noirs ont tenté de s’unir, face aux géants tentaculaires que sont les mines et le gouvernement.

Prenez Nina Barnar et Alet Swanpoel, toutes deux la quarantaine bien passée. La première est née à Marikana, la deuxième s’y est installée il y a des années. Ce sont deux Sud- Africaines blanches typiques, émaillant leurs discours de réflexions qui datent encore de l’apartheid. Mais la guerre qui les oppose aux mines a fait trembler leurs convictions, bousculer leurs habitudes comportementales. Désormais, elles franchissent cette barrière invisible et visible de la race. Elles parlent, pactisent même avec les Noirs pour les soutenir dans leur combat. « Vous m’imaginez, moi? » dit Nina, la coupe de cheveux impeccable, la peau laiteuse d’une femme qui se protège constamment du soleil meurtrier de la région. « Il y a un mois, j’ai défilé auprès d’eux afin de protester contre la mine. » On le sent bien, elle-même n’en revient pas.

Parce qu’un matin de 2008, le destin de cette femme aux rondeurs toutes maternelles s’est fracassé sur l’autel du capitalisme. Propriétaire d’un terrain de 8 ha qui regorge de platine, elle est désormais persona non grata, chez elle. « Je ne suis même plus autorisée à pénétrer les lieux. Je dois demander une autorisation au gardien! » Des barbelés clôturent sa propriété et la barrière a même été enlevée, et remplacée par d’autres barbelés sur lesquels on a posé une pancarte : « Mine Property ». « Au début de l’année 2013, le gouvernement a changé la loi et décrété que les terres regorgeant de minéraux appartenaient au gouvernement. » Nina contemple cette étendue désormais hors d’atteinte et soupire : « C’était de la bonne terre, on pouvait y faire pousser beaucoup de choses, il y a le soleil et suffisamment de pluie mais maintenant, quel désastre! »

La drogue a envahi la ville

Marikana aurait dû représenter le rêve de cette nouvelle Afrique du Sud. Des créations d’emplois, de l’argent qui entre dans les caisses du gouvernement, mais l’affaire a tourné au fiasco. Les « étrangers » ont fait exploser cette bourgade rurale en petite ville où le taux de criminalité affole les compteurs. On dit que la drogue a envahi la ville dont le marché serait tenu par les Pakistanais et les Nigérians. Les Blancs et les Noirs se barricadent chez eux. Marikana découvre la misère et la violence urbaine avec stupeur.

Au pied de la mine de platine, voici le bidonville de Madiclowe. Un ensemble de shacks, des cabanons, qui appartient au groupe Lonmin. Madiclowe, devait être temporaire, de solides maisons devaient suivre. C’était il y a plusieurs années. Il n’y a toujours pas d’électricité, les murs et les toits de tôle s’envolent au premier gros coup de vent, les points d’eau sont à l’extérieur des shacks, et les propriétaires des mines ont bitumé partout, rendant toute plantation impossible. Des Somaliens tiennent le magasin d’alimentation. Ce qui augmente le mécontentement local.

Le combat d’Alet contre les mines l’a un peu aidée. Comparée à la population locale noire, elle fut une femme riche. Elle et son mari possédaient un magasin et des terres. Et puis en 2010, les patrons des mines lui ont pris ses terres. Depuis, elle vit à la sortie de Marikana, dans une sorte de campement à la Robinson Crusoé. Ce qui lui fait dire, non sans humour : « Je suis la seule squatteuse blanche de la région. » Résultat, un bric-à-brac d’objets récupérés, pour une vie de sauvageonne pas prévue du tout dans le destin de cette Afrikaner, endurcie par la vie et les coups du sort. Nina, c’est un peu le pot de terre contre le pot de fer. Elle se présente comme une militante écolo, une whistle-blower (« lanceur d’alerte ») qui passe son temps à récolter des tas de données prouvant que les mines sont dans l’illégalité permanente.

Elle a monté Marikana Ekeforum, une association pour mener la vie dure aux dirigeants des mines de Lonmin, Tharisa et Aquarius. « Les mines ont offert de l’espoir aux gens, dit-elle. Ils y ont cru, mais la population noire locale n’est pas employée. Et nous les Blancs, on nous prend nos terres avec la complicité du gouvernement. » Alors pour espérer gagner, elle a compris qu’il fallait unir les forces. Elle avait organisé un meeting mais la mort de ­Nelson ­Mandela a chamboulé tous ses plans. Pas grave pour cette acharnée qui a repoussé la réunion à la semaine prochaine. Avec ses nouveaux compagnons de lutte. « Ici, les gens sont au bord du précipice. Une autre révolution est en marche. » samedi 14 décembre 2013

Karen Lajon, envoyée spéciale à Marikana (Afrique du Sud) – Le Journal du Dimanche

http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Afrique-du-Sud-pas-d-arc-en-ciel-a-Marikana-643869

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16 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

afrique du sud: steve biko, l’autre mandela (lm)

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 Il avait été, selon Nelson Mandela, le « premier clou dans le cercueil de l’apartheid ».
Steve Biko, mort en martyr le 12 septembre 1977 entre les mains de la police du régime raciste de Pretoria, repose dans le petit cimetière de sa ville natale, King William’s Town, dans la province du Cap-Oriental. Le souvenir de l’homme, mort en 1977 en prison, que tous jugent exceptionnel, est encore vif en Afrique du Sud.

Il a fallu vingt ans pour qu’à l’anniversaire de sa mort, où plus de 20 000 personnes s’étaient réunies, soit érigé un mur autour du cimetière pour empêcher les vaches du coin de venir brouter l’herbe sur les tombes. L’idée avait été lancée d’ériger aussi un mausolée. La famille s’y était refusée, considérant que Steve Biko n’aimerait pas qu’on l’extirpe du groupe des camarades enterrés comme lui dans leur modeste carré de terre.

Stephen Bantu Biko, dit Steve Biko, immense personnalité, beau gosse aux idées fulgu- rantes, est l’autre grande icône des années de lutte de l’Afrique du Sud (un pays qui n’en manque pas). Comme il se doit, il est mort pur, et il est mort trop tôt. Sur sa pierre tombale, donc, modeste parmi les modestes dans ce « jardin du souvenir » inauguré par Mandela, en 1997, figurent un poing levé et ces mots : « One Azania, one nation » (Azania, terme de l’Antiquité pour désigner une partie de l’Afrique, est utilisé comme synonyme d’Afrique du Sud dans les mouvements inspirés par le Black Consciousness).

« UN HOMME SENSIBLE AUX ARTS, À L’ÉDUCATION, AU DÉVELOPPEMENT »

Les idées de Steve Biko n’ont jamais cessé de circuler en Afrique du Sud, désormais relayées par une fondation qui œuvre dans de multiples secteurs, allant de l’appui à la lecture dans le township à l’organisation de dialogues entre groupes, couleurs, religions ou toutes autres entités à travers le monde, mais aussi en menant une réflexion approfondie sur des questions liées au destin des Africains à travers la planète.

Un bâtiment tout neuf a été érigé pour abriter ces activités, à quelques centaines de mètres à peine de sa maison, où trône encore le joli bureau avec son sous-main en cuir, où Steve Biko a travaillé à certains de ses écrits. A King William’s Town, au premier étage de la fondation qui porte son nom, des visiteurs parcourent un musée qui retrace la vie du martyr, pendant que des ado- lescents du coin répètent en xhosa un spectacle sur le mariage et ses déboires. Ses cliniques existent et fonctionnent encore, comme sa crèche.

« On pense à son combat politique, mais c’était aussi un homme qui s’intéressait à la fois aux arts, à l’éducation, au développement économique », rappelle Obenewa Amponsah, de la fondation.

Steve Biko est né – le 18 décembre 1946 – et a vécu une partie de sa vie à Ginsberg, le township de King William’s Town, qui doit son nom au patron de la fabrique de bougies installée ici au début du XXe siècle. M. Ginsberg n’aimait pas que ses employés s’en aillent trop loin quand ils n’étaient pas à l’usine. Il avait obtenu que la municipalité fasse construire les premières bicoques de ce quartier devenu, au fil des ans, un foyer de contestation.

C’est dans une de ces maisonnettes que Steve Biko a grandi, après avoir perdu son père préma-turément, aux côtés de sa mère, prénommée Alice, qui travaillait comme cuisinière à l’hôpital voisin, élevant ses enfants la tête haute malgré l’adversité. Une modestie qui jamais n’a fléchi, encore un exemple de ces héros anonymes produits par l’Afrique du Sud, ce pays impossible où l’horrible et le sublime se mélangent sans prévenir.

Critique des progressistes blancs adeptes de la protestation prudente plus que de la contestation à risque, qui auraient laissé survivre l’apartheid si on leur avait confié les clefs de la lutte, Steve Biko va à la fois forger une pensée, s’investir dans sa communauté et inspirer une grande partie de la jeunesse noire du pays.

SAUVAGEMENT BATTU, VISAGE DÉJÀ MÉCONNAISSABLE

L’insurrection de Soweto, en 1976, alors que le mouvement anti-apartheid semblait marquer le pas, est à la base un mouvement de jeunes lycéens dressés contre l’éducation au rabais en afrikaans, mais aussi fortement influencés par les idées du Black Consciousness. Dans la foulée, les townships s’enflamment et l’ANC (Congrès national africain) reprend le contrôle du mouvement. Dix-neuf organisations sont interdites (en plus de celles qui l’étaient déjà, comme l’ANC), et Steve Biko est assigné à résidence à Ginsberg.

Le 18 août 1977, il est arrêté à un barrage près de King William’s Town, alors qu’il circule dans un véhicule. L’assignation à résidence inclut l’interdiction de se trouver dans une pièce avec plus d’une personne à la fois, et plus encore de voyager à travers le pays. Steve Biko est transféré à Port Elizabeth. Il va y subir toute la violence des forces de sécurité.

Peut-être les services de renseignement ont-ils été informés de la préparation d’un voyage secret qu’il doit entreprendre (avec atterrissage clandestin d’avion) au Botswana voisin pour y rencontrer le chef de l’ANC en exil, Oliver Tambo, et étudier les possibilités de collaboration entre les organisations.

Quoi qu’il en soit, après avoir été sauvagement battu, le visage déjà méconnaissable, Steve Biko est jeté, nu, sans doute inconscient, à l’arrière d’une Land Rover et transporté à 1 200 km de là, à Pretoria, dans une autre prison abjecte, où sa mort est annoncée le 12 septembre.

La photo que Donald Woods, rédacteur en chef du journal local, The Daily Dispatch, prend de sa dépouille à la morgue, et publie en première page avec cette légende : « Nous saluons un héros de la nation », fera le tour du monde. Donald Woods sera obligé de fuir l’Afrique du Sud. Et Steve Biko devient l’une des grandes figures du mouvement anti-apartheid.

Et si Steve Biko était vivant, l’Afrique du Sud serait-elle différente ? « Si Steve Biko était encore en vie, il serait mort », répond Samdille Ziralala, qui fait visiter sa petite maison de Ginsberg. Le paradoxe, comme souvent en Afrique du Sud, n’est qu’apparent. « Vu ce qu’est devenu l’ANC, que nous, nous appelons “la mafia”, avec son enrichissement et sa corruption, et sachant que Steve Biko ne serait pas resté silencieux face à cela, on l’aurait fait disparaître. »

Jean-Philippe Rémy (King William’s Town, Cap-Oriental, envoyé spécial )

LE MONDE | 13.12.2013 à 14h15 • Mis à jour le 13.12.2013 à 19h22

Christy Moore en l’honneur de Steve Biko:

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15 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Le président sud-africain perd le soutien de ses électeurs (of)

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Les révélations sur l’usage de fonds publics pour rénover sa résidence privée portent atteinte à son image.

 Le président sud-africain Jacob Zuma a perdu le soutien de ses électeurs après les révélations sur l’usage de fonds publics pour rénover sa résidence privée, selon un sondage publié dimanche alors que le pays enterre son illustre prédécesseur Nelson Mandela. 51% des électeurs du Congrès national africain (ANC), le parti de Mandela et de Zuma, estiment que le chef de l’Etat devrait démissionner en raison de ce scandale, selon ce sondage Ipsos. Un tiers se dit moins prêt à voter pour l’ANC à cause de cela et 42% des sondés estiment que le président a abusé des fonds publics.

Enquête menée auprès de 1000 électeurs de l’ANC Plus de 200 millions de rands (14,5 millions d’euros) ont été dépensés par le ministère des Travaux publics, officiellement pour amé- liorer la sécurité de la propriété familiale de M. Zuma à Nkandla, dans la province du KwaZulu- Natal (est). L’enquête d’opinion, qui avait été commandée auparavant, a été menée après la mort, le 5 décembre, du premier président noir du pays, Nelson Mandela, auprès de 1.000 électeurs de l’ANC.

Alors que le défunt jouit d’un prestige inégalé en Afrique du Sud et dans le monde, ses successeurs ont eu du mal à soutenir la comparaison.

Plusieurs fois mis en cause Jacob Zuma, au pouvoir depuis 2009, a de son côté été mis en cause dans plusieurs affaires de corruption. Il avait d’ailleurs été élu juste après un non-lieu pour une question de forme dans une enquête pour détournement de fonds lors d’un énorme contrat d’armement. L’impopularité croissante du chef de l’Etat s’était exprimée mardi lors d’un hommage international à Nelson Mandela à Soweto, où la foule l’avait hué.

Malgré ce mécontentement, l’ANC reste le grand favori du scrutin de l’an prochain, en raison de son rôle dans le démantèlement du régime raciste d’apartheid dont le mouvement était le principal adversaire. Afrique du Sud – 09h36

http://www.ouest-france.fr/sondage-le-president-sud-africain-perd-le-soutien-de-ses-electeurs-1792268

Commentaire: La mort de Mandela aura mis en lumière les inégalités dans ce pays et activé la chute des corrompus …

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14 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Cuba: il est encore possible d’éviter le capitalisme (avanti.be)

cuba

Le communiste et ex-diplomate cubain Pedro Campos a raison quand il dit que le sens profond de la politique économico-sociale cubaine actuelle s’exprime dans le projet de Code du Travail, présenté par la direction de la Centrale Ouvrière comme une imposition, sans discussion préalable avec la base, et dont le contenu augmente le pouvoir des patrons, des gérants et des administrateurs et annule toute possibilité de contrôle ouvrier sur leurs décisions.

Comme on s’en souviendra, c’est également la direction de cette centrale syndicale – qui est une courroie de transmission du gouvernement vers les salariés – qui, au lieu de défendre les travailleurs, leur a communiqué la décision des autorités de licencier 2 millions d’entre eux.

A Cuba, comme au Vietnam, la constitution rapide d’une classe capitaliste nationale associée au capital étranger se combine à un contrôle bureaucratique de l’économie et de toute la vie nationale par un parti unique ultra-centralisé et dirigé d’en haut, ainsi qu’avec le libre dévelop-pement de l’action du marché capitaliste. Tout cela reçoit le qualificatif immérité de « socialisme », alors que ce système mène à une aggravation rapide des différences sociales et à l’exclusion de toute intervention démocratique et protagoniste des travailleurs (les sujets supposés d’un changement socialiste réel).

Cela démoralise et dépolitise de vastes couches de la population, surtout urbaines, de la jeunesse et des salariés qui peuvent constater les inégalités croissantes, la brutale contradiction entre les déclarations et les actions des dirigeants « socialistes » et l’augmentation de la corruption.

Ceux qui, durant plus d’un demi-siècle, ont consacré leurs efforts et leur vie au service de la défense et du développement de Cuba et de la construction du socialisme et d’une plus grande égalité sociale se sentent aujourd’hui frustrés. Par contre, ceux qui ont grandi et mûri pendant ces presque trente dernières années de profonde crise économique, mais aussi de crise de l’idéologie officielle, et qui ont dû « se débrouiller » individuellement en dépit de tout et de tous, ne croient en rien, ni en personne. Le gouvernement « gouverne » ainsi sur un vide terrible et son unique carte est la force profondément enracinée du sentiment national des Cubains qui fait que l’immense majorité d’entre eux refusent de voir leur pays redevenir une colonie des Etats-Unis.

Le blocus étatsunien est criminel : il viole la légalité internationale et provoque de très graves difficultés pour Cuba. Mais la responsabilité de la crise économique, politique et morale actuelle retombe principalement sur le paternalisme et le bureaucratisme du Parti-Etat, dans son éducation stalinienne, antidémocratique et dans le volontarisme et le « velléitarisme » de la direction du processus révolutionnaire, coupables de tant d’erreurs et de gaspillages.

Les travailleurs ont été et sont toujours traités comme des mineurs d’âge par les « éclairés », qui les excluent des processus de prise de décision sur leur propre vie et sur l’avenir du pays. C’est cela qu’il faut changer si on veut que Cuba sorte de sa crise. Non pas par la voie russe, chinoise ou vietnamienne, mais bien par la voie d’une démocratie radicale audacieuse, s’appuyant sur l’intervention massive des travailleurs de toutes conditions et qui, par leur exemple, seront capables de ressusciter le soutien politique qu’a connu la Révolution cubaine au début des années 1960 dans toute l’Amérique latine.

Il ne reste pas beaucoup de temps pour ce changement car le mécontentement social se généralise, comme le reflète, entre autres symptômes, le succès de Léonardo Padura, dont l’auda- cieux et excellent roman « L’Homme qui aimait les chiens » a ouvert la voie à son nouveau livre, « Hérétiques ». Un ouvrage profondément sceptique et critique qui, en gardant toutes les distances, le place dans le rôle d’un nouveau Beaumarchais, autrement dit d’un intellectuel intégré dans un régime mais qui s’en fait le critique populaire en dénonçant ses insuffisances et ses faussetés qui risquent probablement de provoquer sa chute.

Il existe actuellement une intense discussion dans les secteurs très minoritaires mais courageux et révolutionnaires qui, comme Pedro Campos, continuent d’être socialistes et veulent stopper la marche en avant vers la transformation des apparatchiks en néocapitalistes, comme cela est arrivé en Russie, ou vers la naissance d’une classe de millionnaires capitalistes « communistes  » et membres du parti, comme en Chine. Ils mettent en avant la nécessité impérieuse d’étudier sérieusement l’histoire du stalinisme à Cuba, depuis la participation des communistes au gou- vernement de Batista (le dictateur renversé par la révolution de 1959, NdT), jusqu’à ses positions face au mouvement dirigé par Fidel Castro peu avant la révolution et leur agissement au cours des premières années du régime révolutionnaire.

Ils posent également la nécessité de faire un bilan des relations entre la Révolution cubaine d’une part et l’Union Soviétique et les partis communistes du monde entier d’autre part. En effet, ce n’est qu’après l’explosion du navire « Le Coubre » dans le port de La Havane et le débarquement de mercenaires dans la Baie des Cochons en 1961 que le gouvernement révolutionnaire fut poussé par les attaques des Etats-Unis à conclure une alliance avec l’Union Soviétique. Cette dernière l’avait d’ailleurs reconnu très tardivement puisque, jusqu’alors, c’était un gouvernement nationaliste anti-impérialiste non aligné sur Moscou, et encore moins socialiste.

L’option pragmatique prise à partir de 1961 d’appliquer la fausse théorie selon laquelle « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » et de rétribuer l’achat de sucre et les fournitures d’armes par l’URSS en se déclarant « marxiste-léniniste », autrement dit en adoptant les positions de l’URSS, n’était pas la seule voie possible et le peuple cubain n’a pas été consulté sur ce point. Il a été placé devant le fait accompli par Fidel Castro quand ce dernier a soudainement déclaré à la radio que Cuba était « socialiste », sans définir de quel socialisme il s’agissait pour l’île. Aucune des politiques ultérieures n’étaient elles non plus les seules options possibles, parce qu’il n’existe jamais une option unique et parce qu’à Cuba, les révolutionnaires anti-impérialistes au pouvoir n’ont jamais recourus à l’intervention démocratique pleine et entière des travailleurs.

Or, c’est cette intervention démocratique sur les décisions politiques, sur base de toute l’information nécessaire, qui constitue la base même de la construction du socialisme. C’est donc bien cela qu’il faut changer aujourd’hui avant qu’il ne soit trop tard. Guillermo Almeyra 14 décembre 2013

Source :
http://www.jornada.unam.mx/archivo_opinion/autor/front/13/38586
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Sur Cuba lire aussi

• Dossier : Cuba à la croisée des chemins (I)

• Dossier : Cuba à la croisée des chemins (II)

• Entretien avec Leonardo Padura, auteur de « L’Homme qui aimait les chiens ».

• Cuba : 54 ans de Révolution

http://www.avanti4.be/actualite/article/il-est-encore-possible-d-eviter-le-capitalisme

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11 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Un menu avec des aliments kilométriques pour Noël (esther vivas)

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Noël approche ainsi que les réveillons en famille ou avec des amis…

Noël est une fête éminemment gastronomique. A côté des grands classiques culinaires, on trouve de plus en plus de plats comme les langoustes, la salade d’ananas et le foie gras, parmi d’autres. Mais d’où viennent ces aliments ? Combien de kilomètres ont-ils parcouru avant d’atterrir dans nos assiettes ? Comment ont-ils été élaborés ?

Un rapport des Amis de la Terre indique que la distance moyenne que fait un aliment du champ à la table est de plus de 5.000 Km, avec tout ce que cela entraîne pour l’envi-ronnement. Si l’on tient compte du fait que certains de ces produits sont de proximité, cela signifie que d’autres viennent vraiment de très loin. Mais ce qui est le plus paradoxal, c’est qu’on peut également trouver une partie importante de ces derniers au niveau local. Pourquoi donc viennent-ils de si loin ?

La réponse se trouve dans les bas salaires, la persécution syndicale et la législation environnementale flexible en vigueur dans de nombreux pays du sud et qui offrent des profits importants au secteur agro-alimentaire. Que ce modèle génère des gaz à effet de serre, l’exploitation du travail et une alimentation de qualité médiocre, cela ne semble pas important. Si on analyse le menu de Noël, on se rend compte qu’un bon nombre des produits que nous consommons a voyagé sur des milliers de Km avant d’arriver chez nous.

Les langoustes, que l’on consomme fréquemment à cette période de l’année, constituent un bon exemple. La majorité provient d’Amérique latine ou d’Asie. Outre le long voyage jusqu’à nos tables, leur production a un impact très négatif du point de vue social (des salaires de misère et l’utilisation systématique d’agents chimiques et antibiotiques pour les conserver) et écologique (dévastation des fonds marins par le chalutage en eaux profondes et destruction des forêts de mangroves pour construire des fabriques piscicoles). L’Etat espagnol est le principal importateur de langoustes de l’Union européenne.

Ces derniers temps, l’ananas est devenu un autre classique des fêtes de Noël, mais les trois quart de ceux qui sont commercialisés en Europe proviennent du Costa Rica. Une poignée de plantations et de multinationales monopolisent sa production et imposent des conditions de travail extrêmement précaires. Un rapport de Consumers International indique que les travailleurs de ce secteur souffrent de graves problèmes de santé à cause de l’utilisation massive d’agro-chimiques, et leur droit à l’organisation est quasiment inexistant du fait de la politique anti-syndicale des entreprises.

Même un aliment typique de fin d’année comme le raisin provient majoritairement du Chili. S’il y avait auparavant des variétés locales avec une maturation lente, comme le raisin de Noël, aujourd’hui la majeure partie du raisin consommé lors des fêtes provient de l’autre bout de la planète. Si nous optons pour le melon au jambon, il ne s’agit plus de la variété du melon de Noël, nous achetons des produits qui ont été conservés pendant des mois dans des chambres frigorifiques, où bon nombre de ses propriétés ont été perdues, ou qui viennent de lieux aussi éloignés que l’Amérique du Sud.

Le poulet rôti, farci ou le chapon rôti sont d’autres plats typiques. La consommation de viande, nous dit-on, est indispensable dans ces fêtes. Une chanson populaire catalane le dit ainsi ; «  Arave Nadal, matarem el gall i a la tia Pepa li donarem un tall » (Noël arrive, on tuera le coq et on donnera un morceau à la tante Pepa). Mon grand-père faisait ainsi chaque 25 décembre, mais au lieu d’un coq il tuait une poule de son poulailler. Aujourd’hui, néanmoins, nous consommons des animaux engraissés avec des aliments transgéniques, qui ont parcouru des milliers de Km, à qui on a injecté préventivement de fortes doses de médicaments et qui sont issus d’élevages intensifs où ils ont été traités sans aucun égard pour leurs droits comme des « choses ». Et ne parlons pas du foie gras, servi comme entrée, ni de comment il s’élabore.

Les aliments kilométriques constituent désormais une partie importante de notre alimentation quotidienne. Une nourriture chargée d’injustice envers les personnes, les animaux et l’environnement. L’alternative réside dans la consommation locale, écologique, sans exploitation animale. Une agriculture paysanne, de proximité, à petite échelle. Optons pour une consommation critique, tant à Noël que les 365 jours de l’année !

Esther Vivas 11 décembre 2013

http://www.avanti4.be/actualite/article/un-menu-avec-des-aliments-kilometriques-pour

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09 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Comment la poupée Barbie exploite les ouvrières chinoises (basta)

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Dans les usines chinoises qui fabriquent des poupées Barbie ou des jouets Fisher Price pour le groupe états-unien Mattel, « l’exploitation des ouvriers et des ouvrières continue », accusent les organisations China Labor Watch et Peuples Solidaires/Action Aid dans un rapport publié en octobre 2013.

Pas moins de 152 poupées Barbie sont vendues chaque minute dans le monde. Les ouvriers qui les produisent ne touchent qu’une proportion ridicule des revenus amassés par Mattel. Les salaires qui leur sont versés représentent en moyenne seulement 0,8% du prix d’achat d’une poupée, soit 0,12 euro pour une blonde platine en plastique vendue à 15 euros. La rémunération des actionnaires, la vente, la distribution et le marketing représentent à eux seuls 12 euros. Le solde correspond aux matière premières, aux droits de douane, à la rémunération des cadres chinois et au transport en Chine [1]. Chaque minute, actionnaires, commerciaux et vendeurs empochent donc 1 824 euros, contre 18 euros pour les ouvrières qui ont fabriqué les 152 poupées.

Cet impressionnant déséquilibre risque de s’aggraver. Car Mattel exerce une pression constante pour réduire ses coûts de production en Chine. Résultat ? Les directeurs des usines sous- traitantes recourent désormais à divers artifices illégaux (tricherie sur les horaires, non paiement de cotisations et d’heures supplémentaires…) pour escamoter une partie du salaire de leurs ouvrières.

Selon Peuples Solidaires et China Labor Watch, rien que dans les six usines étudiées dans leur rapport, ce seraient entre 6 et 8 millions d’euros qui auraient ainsi été détournés des fiches de paie des travailleurs. L’industriel du jouet se fournit dans une centaine d’usines en Chine. Pour dénoncer l’exploitation des ouvriers de Mattel, Peuples Solidaires /ActionAid et ses partenaires ont lancé un « Appel urgent », ainsi qu’une pétition en ligne, « Libérons Barbie ouvrière », qui a déjà recueilli plus de 60 000 signatures. Une action de rue est prévue le mardi 10 décembre à Paris, à l’occasion de la Journée mondiale des droits de l’homme [2]. D’autres initiatives auront lieu en région.

Le groupe américain, leader mondial du secteur du jouet avec 6,4 milliards de dollars de chiffres d’affaires et 777 millions de bénéfices en 2012, avait pourtant mis en place en 1997 un « code de conduite » censé garantir des conditions de travail décentes chez ses fournisseurs. Dès l’année suivante, des enquêteurs de China Labor Watch s’étaient fait passer pour des ouvriers pour observer la situation dans les usines concernées. Ils avaient constaté de multiples violations des droits des travailleurs, au mépris aussi bien du code de conduite de Mattel que de la législation chinoise. Depuis, les enquêtes se sont succédé, et la situation des ouvrières ne s’est pas améliorée [3]. Mattel se contente aujourd’hui d’annoncer par voie de presse une enquête sur les faits allégués. Tout comme les années précédentes, depuis plus de quinze ans… par Olivier Petitjean 9 décembre 2013

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04 décembre 2013 ~ 0 Commentaire

Stopper l’extension des politiques de libre-échange (attac)

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Une neuvième conférence ministérielle de l’OMC débute ce mardi 3 décembre à Bali (Indonésie), comme une énième tentative de faire aboutir le cycle de Doha, lancé au Qatar en 2001. Les importantes mobilisations de la société civile, notamment à Cancun en 2003, et les désaccords intervenus entre les pays membres, notamment sur l’agriculture, ont pour l’instant limité une nouvelle expansion des politiques de libre-échange et d’investissement au sein de l’OMC.

Le nouveau directeur général de l’OMC, le brésilien Roberto Azevedo, avait fixé pour objectif d’arriver à Bali avec une proposition d’accord clef en main que les ministres des 159 pays membres n’auraient eu qu’à signer. Après d’ultimes négociations à Genève la semaine dernière, il a du reconnaître qu’aucun accord n’avait été trouvé sur les dix textes en préparation, portant sur « la facilitation des échanges », « l’agriculture » et le « développement », et que c’était désormais aux ministres « de décider quel sera l’avenir de tous les problèmes mis sur la table, et aussi quel sera l’avenir de l’OMC ».

Après l’annonce de l’échec des négociations de Genève, les observateurs craignent que le directeur de l’OMC et les pays qui ont le plus à gagner d’un éventuel accord, adoptent à Bali une stratégie « à prendre ou à laisser », au détriment de ceux qui ont le plus à perdre. Les pays du Nord font valoir qu’un accord sur la facilitation des échanges, visant à simplifier les procédures douanières, pourrait diminuer de 10 % les coûts des échanges commerciaux. Comprenant des exigences de libéralisation et d’accès facilités aux marchés, les mesures de « facilitation des échanges » seraient extrêmement coûteuses à mettre en œuvre pour les « pays en voie de développement » et profiteraient surtout aux entreprises multinationales, sans que les pays industrialisés ne fournissent une assistance technique et financière pour leur mise en œuvre.

Par ailleurs, le point dur des négociations reste l’agriculture. Alors que les États-Unis et l’Union européenne soutiennent leur agriculture avec des subventions publiques d’un montant respectif de 130 milliards de dollars et de 79 milliards d’euros par an, ils refusent que des pays en développement, tels que l’Inde, puissent en faire de même dans la perspective d’assurer leur « sécurité alimentaire ». Ainsi, les pays du Nord s’opposent à une proposition provenant du G33, un groupe de 46 pays « en développement », visant à leur permettre de soutenir les paysans et leur agriculture, réduire les risques de famine et atteindre leurs objectifs du millénaire en termes d’alimentation.

Les négociations se sont déplacées autour d’une « clause de paix » qui engagerait les pays à ne pas se poursuivre devant l’Organisme des Règlements des Différends (ORD) de l’OMC sur ces questions. Pour les pays pauvres, un tel compromis serait acceptable si cette clause était valable le temps que les règles de l’OMC soient modifiées dans un sens qui leur soit plus favorable. Les pays du Nord et le directeur de l’OMC ne veulent pas en entendre parler et proposent que cette clause ne soit valable que quatre ans, d’une application restreinte et sans aucun engagement sur une modification permanente des règles de l’OMC.

Le réseau d’organisations de la société civile Our World Is Not For Sale (OWINFS), dont Attac France est membre, a publié une lettre exigeant des gouvernements qu’ils rejettent une « clause de paix » limitée dans le temps et qu’ils trouvent «  des solutions permanentes qui permettent aux pays pauvres de mettre en œuvre des politiques de sécurité alimentaire » [1]. Si de telles propositions, limitées mais légitimes et nécessaires, ne devaient pas voir le jour, cela démontrerait une fois de plus que l’OMC et le régime de libre-échange et d’investissement qu’elle a généré directement ou indirectement, à travers les dizaines accords bilatéraux signés ou en cours de négociations, sont au seul service des multinationales et d’un agenda néolibéral qui condamne les petits paysans, les économies vivrières et la survie des populations les plus pauvres.

Avec le réseau #EndWTO [2], et dans le cadre des multiples activités des mouvements sociaux et paysans qui vont avoir lieu à Bali et à travers le monde, nous appelons à stopper l’expansion des politiques de libre-échange et de libéralisation des investissements. Au contraire, par notre présence à Bali et notre mobilisation contre les accords de libre-échange signés, en cours de négociation (UE-États-Unis, UE-Canada etc.) et en cours de ratification (UE-Pérou-Colombie) nous appelons à renforcer le mouvement global exigeant que ces politiques soient démantelées au profit de règles commerciales justes et démocratiques, centrées sur les droits des êtres humains et de la nature.

Attac France, le 2 décembre 2013

[1] Voir sur ESSF (article 30514), Global civil society calls for a Permanent Solution to G 33 Food Security Proposal in WTO.

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