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14 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Édito: colère et solidarité pour les Philippines

Édito: colère et solidarité pour les Philippines dans Altermondialisme 3510610_5_7af5_trajet-du-typhon-haiyan-qui-a-touche-les_930715070f9c5823ea056c62347bb356-300x227

Le super typhon Haiyan vient de dévaster le centre de l’archipel philippin alors que s’ouvre à Varsovie la 19e conférence internationale sur le climat.

L’an dernier, un autre cyclone meurtrier avait endeuillé les Philippines alors que ladite conférence se tenait à Doha. Les délégués gouvernementaux avaient salué la mémoire des victimes, avant de conclure qu’il était urgent de ne rien faire. Gageons que cette année, il en sera de même… Haiyan est le plus puissant typhon ayant touché terre jamais enregistré dans le monde.

Pour son malheur, l’archipel philippin subit de plein fouet les phénomènes météorologiques exceptionnels qui se forment dans l’océan Pacifique. Les typhons se multiplient, leurs trajectoires se modifient. Le « message » d’Haiyan est clair : voici ce que signifie pour les populations victimes un chaos climatique. La ville portuaire de Tacloban a été littéralement rasée et on craint qu’en ce seul lieu le nombre de morts se monte à dix mille. Les survivants errent dans les ruines pour trouver de l’eau, de la nourriture… et le président Benigno Aquino dénonce les « pillages », se donnant pour objectif de « rétablir l’ordre » !
Impossible de ne pas être en colère face à une telle situation, mais l’heure est à la soli- darité. L’aide internationale commence à affluer, tant mieux. L’expérience montre cependant ses limites et les effets pervers (voir la situation en Haïti). Pour y remédier, secours d’urgence, réha- bilitation et reconstruction doivent faciliter l’auto-organisation des populations sinistrées afin qu’elles soient à même de défendre leurs intérêts en un moment de grande faiblesse et de grand désarroi. Sinon, elles risquent d’être deux fois victimes : de la catastrophe naturelle, puis d’une reconstruction inégalitaire au profit des plus puissants.
C’est dans cet esprit que l’association Europe solidaire sans frontières a lancé un appel à la solidarité financière, pour aider nos partenaires philippins à secourir des victimes là où le gros de l’aide internationale n’ira pas et pour les accompagner dans toutes les étapes allant du secours d’urgence à la reconstruction. Mercredi 13 novembre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 217 (14/11/2013)

Pierre Rousset Appel sur : http ://www.europe-solidaire.org/spip.php ?article30296

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12 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Nouvel esclavage, l’incroyable histoire des ouvriers népalais de Flextronics et de l’iPhone 5 (dndf)

Nouvel esclavage, l’incroyable histoire des ouvriers népalais de Flextronics et de l’iPhone 5 (dndf) dans Altermondialisme 1211024703-esclave

Les sous-traitants asiatiques d’Apple sont souvent pointés du doigt pour les conditions de travail dans leurs usines, et les conditions de vie et de sécurité de leurs employés.

Et si Apple tente de faire bonne figure dans ce domaine, conduisant des audits annuels d’une partie de ses fabricants et rédigeant un rapport sur les conditions de travail dans les usines, certaines consé-quences des exigences de l’entreprise font froid dans le dos. Certes, cette histoire est celle de la mondia-lisation économique, et les griefs à faire à la Pomme sont souvent opposables à nombre de ses con- currents, mais l’ampleur des lancements des nouveaux produits Apple rendent le cas de l’entreprise presque unique. Quand Apple lance un nouveau produit, c’est une véritable migration qui se déroule dans de nombreux pays d’Asie, pour alimenter des chaines de production qui ont besoin de centaines de milliers de salariés.

Bloomberg publie un reportage absolument édifiant qui permet de mesurer ce qu’implique « l’optimisation des chaines d’approvisionnement », domaine où Tim Cook, le patron d’Apple excelle. L’idée est toujours la même : parvenir, le plus tard possible, à lancer des productions aussi massives que possible pour disposer d’assez d’iPhone, ou d’iPad, pour la mise en vente, tout en préservant au maximum le secret industriel, effectivement éventé dès que les produits commer- cialisables sont assemblés.

Pour parvenir à un niveau de production aussi élevé sur un temps aussi court, les fabri- cants asiatiques procèdent à des recrutements massifs, cet adjectif recoupant une réalité que nous avons, en Europe, du mal à nous figurer. Songez plutôt, Foxconn, le principal partenaire d’Apple, pos- sède plusieurs usines gigantesques, employant jusqu’à 300 000 salariés, plus qu’un ville moyenne française. Lors des semaines précédant les phases de lancement, les recrutements s’opèrent, dans ces unités, à des rythmes de l’ordre de 10 000 employés par semaine.

Derrière ces chiffres, un peu abscons, il y a les réalités humaines. Les recruteurs de Foxconn vont chercher des salariés dans les provinces les plus reculées du pays, et dans certains cas sollicitent même les écoles, pour que des classes entières viennent « faire des stages » dans les unités de pro- duction…

Par sa taille, Foxconn est l’arbre qui cache la forêt. Des dizaines d’autres fabricants sont mo- bilisés pour fabriquer les iPhone. Flextronics International, fabricant installé à Singapour, s’est, par exemple, occupé de la partie optique de l’iPhone 5. L’entreprise opère sur 4 continents, où elle possède 2,6 millions de m2 d’unités de production, une bonne partie étant localisée en Malaisie, dans la région de Kuala Lumpur. Et pour fabriquer ces blocs optiques, l’entreprise a recruté dans toute l’Asie, y com- pris au Népal – les ouvriers népalais sont actuellement parmi les ouvriers les moins payés au monde, et ils travaillent jusque dans les pays du moyen orient. C’est là, à Kathmandu, à plus de 4000 km de Kuala Lumpur, que Flextronics va faire recruter 1 500 ouvriers pour s’occuper d’une partie de cette pro- duction.

Parmi eux, Bibek Dhong, un jeune népalais de 27 ans, marié et père d’une petite fille. Il vivote avec sa famille, enchainant les petits boulots, gagnant moins de 100 $ par mois. L’homme est recruté par un intermédiaire, qui, en échange de 250 $, lui a promis de lui trouver un bon boulot à l’étranger. Cet intermédiaire travaille lui-même pour un « broker », chargé de dénicher des masses d’ouvriers pour Flextronics, lui aussi rémunéré par les futurs employés. Dhong doit s’acquitter de près de 1000 $ auprès de 3 intermédiaires, près de 10 mois de ses revenus au Népal. Simplement pour aller travailler. Dhong emprunte, 350 $, et s’endette aussi sur ses salaires à venir. À peine pris en charge par le réseau de recruteurs, il se fait confisquer son passeport.

Le nouvel esclavage. Les recruteurs ont d’ailleurs les coudées franches : c’est sous la pression de certains d’entre-deux que le gouvernement népalais fait diligence pour donner les passeports aux ouvriers en partance pour la Malaisie. Le 15 octobre, après avoir pris l’avion pour la première fois de son existence, Dhong arrive à Kuala Lumpur, où il est rapidement envoyé sur le site de production de Flextronics. Il rejoint l’une des lignes de production des optiques, lignes désignées sur place par des noms d’États américains. Là, il travaille 12 heures par jour à tester les blocs optiques sur un système informatisé. Il examine 4 optiques à la minute, et reçoit 178 $ par mois, le minimum exigé par le gouvernement népalais pour ses nationaux expatriés.

En novembre, le taux de succès des lignes d’assemblage se dégrade. Le 19 décembre, Flex- tronics indique à ses cadres qu’Apple rejette 7 blocs optiques sur 10 que lui envoie l’usine. Les chaines de fabrication sont arrêtées. Dhong et ses collègues sont renvoyés dans leur l’hôtel où ils sont hébergés. Il n’entendent plus parler de Flextronics pendant 20 jours, avant qu’un cadre vienne leur expliquer qu’en raison « de la mauvaise situation économique » leur boulot a été supprimé et qu’ils vont être renvoyés chez eux.

Pendant des semaines, rien ne se passe, les employés restent dans leurs chambres, d’autant que leur titre de séjour ayant, pour certains, expiré, ils sont désormais des illégaux sur le territoire malaisien. Début février, les anciens employés, toujours bloqués dans leur hôtel, arrivent à la fin de leur argent, et de leur nourriture. L’ambiance est digne de « vol au dessus d’un nid de coucou » dans les chambrées, où certaines personnes, affamées, perdent à moitié la raison. À la fin de la première semaine de février, les ouvriers népalais se rebellent, cassent des vitres de l’hôtel, jettent des téléviseurs par la fenêtre. La police appelée sur place, découvre le spectacle de ces dizaines de personnes affamées, é- chouées, bloquées. Au lieu de réprimer les mouvements des népalais, les policiers exigent que Flex- tronics leur envoie… à manger.

Ce qu’elle fait, s’occupant enfin de rapatrier les employés népalais. Dhong quitte la Malaisie le 21 février, un peu plus de 4 mois après être arrivé, deux mois après avoir cessé de travailler pour Flextronics. Il doit toujours de l’argent pour ses deux mois de travail. Et acceptera à nouveau de s’endetter pour trouver un boulot à l’étranger, mieux payé qu’au Népal.

09/11/2013 http://dndf.org/?p=12919

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09 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

uranium : areva, otages, petites magouilles et grandes manoeuvres…(odn)

uranium : areva, otages, petites magouilles et grandes manoeuvres...(odn) dans Altermondialisme mine-uranium

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Areva a payé pour ses salariés… et seulement pour eux
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Sauf si vous étiez sur Mars, vous n’avez pas échappé le 29 octobre à la grande hystérie médiatique qui a accompagné la libération des 4 otages d’Areva et Vinci enlevés il y a 3 ans au Niger, près des mines d’uranium où ils gagnaient (grassement) leurs salaires. Un mauvais Sarkozy (nommé Hollande) est venu mentir autant que faire se peut, assurant sans rire qu’aucune rançon n’avait été versée, et que les 4 ex-otages étaient de « grands citoyens français » .
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Seul l’Observatoire du nucléaire a signalé (sans bien sûr justifier pour autant leur captivité) que ces gens étaient avant tout des « expats » venus tripler leurs salaires en participant au pillage et à la contamination du Niger par les mines d’uranium exploitées par Areva (avec l’aide de Vinci),  Un peu comme les otages du Liban libérés comme par hasard entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1988, les otages d’Areva ont bénéficié (tant mieux pour eux) d’un contexte favorable. On notera ainsi les manouvres d’un chef touareg, islamiste quand ça l’arrange… et libérateur d’otages le cas échéant .
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Mais aussi l’intérêt du Président du Niger, en pleine renégociations avec Areva
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(son ancien employeur) sur le prix de l’uranium. Candidat à sa réélection en 2016, il a probablement pensé marquer des points en faisant libérer les otages. Et en s’appuyant sur des manifestations « anti-Areva » dont on aimerait qu’elles soient spontanées (il y a de quoi !) et non dirigées par Niamey.
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Mais voilà : Areva sous-paye (pille) l’uranium du Niger depuis 50 ans et n’a pas l’intention que ça change.
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Comme par hasard, deux jours avant la libération des otages, Areva signait avec la Mongolie un partenariat pour exploiter l’uranium du désert de Gobi. Voilà de quoi dire aux Nigériens :  « Si vous voulez nous faire payer plus cher votre uranium, nous irons nous approvisionner ailleurs ». Le ministre des Affaires étrangères, le grand écologiste Laurent Fabius, a accompagné en Mongolie le petit Luc (Oursel, Pdg d’Areva, celui qui attaque de peur qu’il ne confonde Strauss-Khan et Gengis Khan, Oulan-Bator et Albator.
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Gobi soit qui mal y pense : si des mines d’uranium sont réellement mises en exploitation, il conviendra de déplacer les populations autochtones,
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assécher les nappes phréatiques, contaminer l’environnement comme Areva sait le faire de longue date en Afrique. Notons au passage que l’inénarrable Fillon, pronucléaire (pour « sauver le climat ») et fan de courses automobiles (tant pis pour le climat !), est allé se faire corrompre en donnant une conférence pronucléaire grassement rémunérée au Kazakhstan, joli pays dont le régime totalitaire deale lui aussi de l’uranium avec Areva…
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Autre enseignement : malgré des milliers d’articles et de reportages, pratiquement personne n’a noté que l’enlèvement au Niger de salariés d’Areva prouve (si cela est encore nécessaire) que le nucléaire ne relève en aucun cas de l’ « indépendance énergétique » puisque 100% de l’uranium « français » est importé…
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Quand il s’agit d’uranium, les citoyens sont pris pour des crétins,
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les journalistes sommés de rediffuser la parole officielle, les droits de l’Homme (et de Lhomme) remis en cause. Le nucléaire dans toute sa splendeur…
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07 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Industrie chimique, sociétés de biotechnologies et géants du trading contrôlent la chaîne alimentaire mondiale (basta)

Industrie chimique, sociétés de biotechnologies et géants du trading contrôlent la chaîne alimentaire mondiale (basta) dans Altermondialisme

Des champs aux hypermarchés, en passant par l’élevage, quelques géants de l’agrobusiness se partagent le marché alimentaire mondial.

Les semences sont la propriété de quelques grands groupes de l’industrie chimique. Une poignée d’entreprises de biotechnologies conçoivent la grande majorité des volailles et poissons d’élevage. D’autres, parfois les mêmes, maîtrisent le commerce international de céréales… Une concentration sans précédent.

En cas de faillite, les filières alimentaires risquent-elles de s’effondrer comme les marchés financiers ? Certes, vous êtes libres d’acheter le produit que vous souhaitez, généralement dans un supermarché. Mais savez-vous vraiment qui élabore vos menus ? Que le poulet en train de rôtir a toutes les chances d’avoir été conçu par le groupe franco-néerlandais Hendrix Genetics ou la firme allemande EW Gruppe ? Que le pain qui servira à accompagner le fromage a été pétri avec de la farine appartenant très probablement à l’une des dix firmes qui contrôlent le marché des céréales ? Et que le blé a été négocié par le groupe français Louis Dreyfus ou l’états-unien Cargill ?

Commençons par les semences, source de toute agriculture, qu’elle soit destinée à l’alimen-tation humaine ou animale. 75 % du marché mondial de semences est contrôlé par seulement… dix multinationales ! Leurs noms ? Monsanto (États-Unis, 26 % du marché mondial), DuPont (États-Unis, 18 %), Syngenta (Suisse, 9 %), Limagrain (France, 5 %), suivis d’une poignée d’autres firmes allemandes, états-uniennes ou japonaises.

Paradoxe de l’actuel modèle agricole : ce sont de grosses firmes de l’industrie chimique qui possèdent, de fait, une grande partie des semences échangées sur la planète ! Tels Monsanto, Syngenta, BASF, Bayer, DuPont et Dow Chemical. Ces six entreprises se partagent aussi les trois quarts du marché mondial de pesticides, estimé à 44 milliards de dollars en 2011. Car il faut bien accompagner la vente des semences de blé, de maïs, de riz ou de soja par des herbicides, insecticides et autres fongicides adaptés.

Les semences aux mains de l’industrie chimique Cet oligopole de six entreprises agrochimiques possèdent également 75 % des budgets privés de recherche sur les croisements végétaux et… 100 % du marché des semences transgéniques, les OGM. « Avec leur entrée dans l’industrie des semences, les géants de la chimie ont commencé à produire des graines qui dépendent des produits chimiques », rappelle l’organisation indépendante britannique Econexus, qui regroupe des scientifiques et des citoyens [1]. D’un côté les semences, synonymes dans les esprits de biodiversité, de terroirs et de multiples variétés. De l’autre, une concentration sans précédent aux mains d’une poignée de firmes !

Car ces semences ne sont pas libres. Bien au contraire. En Europe, cinq de ces firmes – Monsanto, DuPont, Syngenta, BASF et Bayer – détiennent la moitié des brevets sur les plantes, rapporte Econexus. Et désormais, la production et la vente des semences sont interdites sans l’accord de leur propriétaire (lire nos précédents articles). Ce qui entraîne une perte énorme de biodiversité cultivée. Et pas seulement en Europe. 3 000 variétés de riz étaient cultivées aux Philippines dans les années 1960. Il n’en reste plus que deux, sur 98 % de la superficie totale plantée ! Même la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation) s’en est inquiété : les trois-quarts de la biodiversité cultivée auraient disparu au cours du 20e siècle, alertait-elle [2].

Quatre « traders » détiennent les clés du placard à provisions planétaire Voilà pour les semences, dont une partie sert à nourrir les animaux d’élevage. Car produire un kilogramme de viande nécessite trois kg de céréales et de soja. Dans l’alimentation animale, la concentration semble un peu moins marquée. Les dix plus gros fabricants de denrées pour bestiaux – dont le thaïlandais Charoen Pokphand suivi de l’états-unien Cargill – contrôlent 16 % du marché mondial. Mais tout dépend du type d’élevage. 90 % de la nourriture donnée au saumon (99 % du saumon consommé provient de l’élevage) est par exemple produite par seulement trois sociétés [3]

Il faut bien que céréales et soja voyagent sur les océans, que le blé européen alimente l’Amé- rique ou que le riz asiatique atteigne l’Afrique. Et là, une petite oligopole de quatre compagnies de « trading » se partagent 75 % du négoce mondial de céréales : les états-uniens Cargill, ADM (Archer Daniels Midland) et Bunge ainsi que le groupe français Louis Dreyfus, spécialisé dans le riz, le coton, le blé, le maïs, le sucre et le jus d’orange. En 2004, ces quatre sociétés ont ainsi acheté 80 % de la récolte mondiale de soja, les trois quarts de la récolte de maïs, 62 % du blé… Elles détiennent de fait les clés du placard à provisions planétaire.

Une poignée de géants influence la génétique animale Une fois les animaux bien engraissés, il faut bien qu’ils se reproduisent, avant d’être emmenés à l’abattoir. Une autre industrie a vu le jour, celle de « la génétique de l’élevage ». Après avoir développé un maïs hybride qui oblige l’agriculteur à racheter chaque année sa semence, la société américaine Pioneer s’est ainsi lancée dans le « poulet hybride » dès 1942. Des lignées de poulets sont développées, et les plus performantes sont croisées. Objectif : produire des poules pondeuses qui donnent beaucoup d’œufs ou des poulets à rôtir qui grossissent rapidement… L’éleveur devient dépendant de ces productives lignées de volailles. Pour chaque nouvelle génération de poulets ou de dindes, il doit s’approvisionner chez le sélectionneur.

Il ne reste aujourd’hui que quatre sélectionneurs dans le secteur du poulet, alors qu’ils étaient onze il y a vingt ans. Le groupe allemand Eric Wesjohann (EW Gruppe) est le leader mondial de la génétique dans le domaine des pondeuses, des poulets et des dindes avec le franco-néerlandais Hendrix Genetics (dont Sofipotréol, le groupe dirigé par Xavier Beulin, président de la FNSEA, est actionnaire). Un autre groupe français, Grimaud, s’est engouffré dans le secteur et est aujourd’hui le deuxième sélectionneur de poulets et le premier en canard. Après vingt ans de rachat des plus petites firmes par les moyennes puis des moyennes par les plus grosses, en matière de génétique animale, la concen-tration est sans précédent : deux entreprises dans le secteur des poules pondeuses, quatre dans les poulets et trois dans les dindes ont la mainmise sur l’offre mondiale de volailles hybrides.

Qui contrôle les usines agroalimentaires ? Autre problème : avec la concentration des entreprises de sélection, la variété des lignes d’élevage s’est considérablement réduite. Les animaux sont de plus en plus semblables génétiquement. Chez les bovins, il n’existe pas encore de lignées hybrides mais l’insémination artificielle, introduite dans les années 40, est très utilisée. Selon l’organisation non gouvernementale ETC Group, un seul taureau d’élevage peut ainsi avoir jusqu’à un million de descendants ! La génétique animale a également attiré Monsanto qui possède une licence sur le génome porcin et a déposé de nombreuses demandes de brevets sur une méthode de sélection porcine assistée par marqueurs. En 2009, sa tentative de breveter des gènes d’une race allemande de porcs, lui permettant de toucher des royalties lors de toute utilisation de cette espèce dans des croisements, avait provoqué un tollé.

A l’autre bout de la filière, la transformation des viandes et céréales en produits de consommation. Ils seront ensuite distribués en grande surface. Le contrôle des usines agroalimentaires est un peu plus diversifié. Dix entreprises se partagent 30 % du marché mondial. On retrouve le suisse Nestlé, les états-unien PepsiCo ou Kraft, le néerlandais Unilever et… Cargill, déjà présent dans l’alimentation animale et le négoce de céréales. Enfin, dans la grande distribution, Walmart et Carrefour se disputent le leadership mondial. Mais les dix premières enseignes de supermarchés ne détiennent « que » 10 % du marché mondial, estimé cependant à 7 180 milliards de dollars, presque trois fois le PIB de la France.

Les petits paysans, plus efficaces que l’agrobusiness Des semences aux hypermarchés, quelques géants de la bouffe imposent, de fait, leur loi sur l’alimentation mondiale. Avec le risque, comme pour les concentrations des marchés financiers aux mains d’une trentaine de banque « systémiques », que le secteur agro-alimentaire s’écroule en cas de faillite ou de krach ? Ces multinationales, et leurs stratégies de privatisation du vivant (OGM, animaux hybrides, productivité basée sur la chimie…), sont-elles vraiment indispensables pour nourrir le monde ?« L’argument« trop gros pour faire faillite » repose sur un mythe puissant : l’idée que, si on n’intensifie pas la production de semences génétiquement mo- difiées, de pesticides ou d’engrais de synthèse, la population mondiale n’aura rien à manger », pointe Kathy Jo Wetter d’ETC Group. Mais ce n’est qu’un mythe : les quelque 3 milliards de producteurs et paysans locaux nourrissent la majorité des habitants de la planète, rappelle ETC Group [4].

Au contraire, la chaîne alimentaire industrielle, tout en utilisant environ 70 % des ressources agricoles mondiales, produit seulement 30 % de l’approvisionnement alimentaire mon- dial… Malgré leurs gigantismes, les leaders du marché sont donc loin d’être incontournables. D’autant que leur impact négatif est considérable : la filière alimentaire industrielle, est gourmande en énergie fossile et en eau. Et implique la déforestation de 13 millions d’hectares chaque année. Un modèle pas vraiment efficace. « Si nous voulons survivre aux changements climatiques, nous devons adopter des politiques qui permettront aux fermiers de diversifier les variétés végétales et animales qui se retrouvent sur nos menus », souligne Pat Mooney d’ETC Group.

Un changement fondamental dans les mécanismes de régulation se révèle nécessaire… et urgent! Selon la FAO, seules douze espèces végétales et quatorze espèces animales assurent désormais l’essentiel de l’alimentation de la planète. par Ivan du Roy, Sophie Chapelle 7 novembre 2013

http://www.bastamag.net/article3488.html

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05 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Mali: un combat déterminé et solidaire contre l’accaparement des terres et les injustices (essf)

Mali: un combat déterminé et solidaire contre l’accaparement des terres et les injustices (essf) dans Altermondialisme thomas-sankara

Fanny Métrat Comment est gérée la terre au Mali ?

Massa Koné Au Mali, 80% de la population est paysanne et, même si le gouvernement refuse de la prendre en compte, l’agriculture paysanne représente 45% du PIB* et nourrit à 65% le pays. Aujour- d’hui, la terre est à 85 % administrée par le droit coutumier, via les chefs de terre et de village. Plus une famille est grande, plus elle a de terres. La surface correspond aux besoins et à la capacité de la famille à l’exploiter. La terre n’est pas un moyen de spéculation : il est impossible de la vendre ou de la louer. Dans un fonctionnement traditionnel, tout le monde y a normalement accès. Son usage est collectif, partagé entre l’agriculteur qui la cultive pendant les cinq à six mois de la saison des pluies, l’éleveur qui vient ensuite avec son troupeau manger les tiges et fumer le sol, et les femmes du village qui récoltent pendant la saison sèche les fruits des arbres, noix de karité ou autres.

Comment est-il possible alors que les paysans se fassent expulser de leurs terres ?

Il faut revenir à l’histoire du pays. Le droit coutumier perdure dans le temps mais n’a pas été matéria- lisé. Il a été respecté par l’administration coloniale, alors même qu’elle avait apporté et imposé son droit moderne et sa conception de la propriété privée. A l’indépendance, le régime communiste a banni la propriété privée et mis en place une législation domaniale, qui, tout en reconnaissant le droit coutu- mier, a rendu l’État seul « propriétaire » du foncier. A l’époque, nos parents ont applaudi, parce qu’ils pensaient encore que l’État, c’était le peuple.

Mais en 1968, le régime a été renversé. Quand, dans les années 80, il y a eu de grandes sécheresses, le Mali s’est engouffré dans la politique néolibérale imposée par la Banque mondiale et le FMI à travers son programme d’ajustement structurel. Nous sommes alors devenus ultra-dépendants, les entreprises d’État ont été bradées et ça a été le début de la montée d’une « petite bourgeoisie » [1].

Après les grèves et la révolution de 1991, la 3e République a mis en place la décentralisation, avec la création des communes et le développement des territoires. Des nouvelles lois sont apparues, favo- risant l’entreprenariat. Les maires ont créé des agences immobilières avec l’instauration de titres fonciers. En s’octroyant ou vendant des titres, ils volaient la terre aux paysans, transformée en hypothèques auprès des banques afin que les nouveaux « petits bourgeois » puissent emprunter. En 2002, un décret donnant la possibilité aux maires d’expulser des paysans a même été voté pour ratifier le phénomène. Et ceci, malgré une loi toujours en vigueur qui reconnaît le droit coutumier. C’est dans ce contexte de contradictions terribles et d’urbanisation galopante que les « déguerpissements » (expulsions) ont commencé, en particulier en périphérie des villes.

Aujourd’hui, on parle de plus de 800 000 hectares accaparés au Mali par des investisseurs. Comment a évolué le phénomène et quelles ont été les conséquences pour les paysans ?

Une zone immense de terres fertiles et irrigables existe dans le delta du Niger. Datant de la colonisation, le barrage de Markala permet d’irriguer deux millions d’hectares. A l’indépendance, ces terres ont été nationalisées et l’Office du Niger a été créé, véritable « grenier à riz » du pays. Or, dans les années 2000, sous l’incitation de la Banque Mondiale, le Mali a sauté sur cette l’occasion pour mettre les terres de l’Office du Niger sur le marché international.

En signant des baux emphytéotiques auprès du gouvernement malien, des gouvernements ou multi- nationales déguisés en opérateurs économiques investissent les terres maliennes pour mettre en place des cultures d’exportations : agrocarburant, blé, pomme de terre….

Du jour au lendemain, les terres sont bornées et on vient dire aux paysans qu’ils n’ont plus accès à leurs champs. Des engins débarquent et commencent à aménager la zone, détruisant les maisons et villages qui gênent… Et à part quelques rares cas, il n’y a ni relogement, ni dédommagement, ni rétribution de terres.

Comment les paysans se sont-ils organisés pour faire face ?

Les paysans n’ont pas renoncé. Pour eux, la terre, c’est leur identité, leur vie et la survie de leurs enfants. Mais faire face aux investisseurs, c’est aussi faire face aux forces de l’ordre. On a vécu des moments extrêmes. Des hommes ont été battus à mort, des femmes ont avorté sous les coups des gendarmes, et des centaines de paysans ont été emprisonnés. Ces événements n’étant pas médiatisés, nous avions l’impression d’être isolés dans notre détresse. Nos premières actions ont été de saboter les machines, ça nous donnait l’impression d’agir concrètement et nous aidait à décharger notre colère. Mais très vite, on a compris qu’il fallait s’organiser et monter manifester au cœur de la capitale, parce que les décisions sont prises à Bamako. Les paysans des campagnes se sont constitués en groupements et ont convergé vers les associations de victimes d’expulsion des zones urbaines et péri-urbaines. Nous avons alors créé l’Union pour amplifier la lutte.

Nous avons organisé des forums pour connaître les problèmes de chacun, construit des revendications communes et organisé des grandes marches à Bamako pour montrer la force de notre résistance. Le gouvernement a vite compris qu’il fallait négocier avec nous. Sous la pression, il a mis en place une commission interministérielle spécifique au foncier, et l’Union a soumis un mémorandum dressant l’inventaire de tous les litiges rencontrés. Plus tard, avec des associations de la société civile et des organisations paysannes, nous avons lancé la Convergence malienne contre les accaparements de terre, afin de peser plus fort encore. Fin 2011, avec les menaces qui s’accentuaient au Nord, ne pouvant pas se permettre de laisser éclater une révolution issue des paysans, le gouvernement a commencé à régler certains de nos problèmes, ce qui a fait fuir des multinationales chinoises et sud africaines. Certaines ont même porté plainte contre l’État.

Gonflés d’espoir par ces victoires, nous sommes les derniers à avoir manifesté à Bamako avant le coup d’état de mars 2013. Ces événements sont venus bouleverser notre combat, mais quel que soit le gouvernement en place, la stratégie est la même et on continue de leur mettre la pression en créant un vrai rapport de force.

Comment faites-vous face aux emprisonnements, aux procès, à la justice ?

Actuellement, au sein de l’Union, nous avons plus de 150 dossiers en justice ! On a bien été obligés d’être confrontés aux tribunaux, comment faire autrement ? La lutte politique s’accompagne forcément de la lutte juridique. Bien sûr, ça n’a pas été facile, surtout dans un milieu traditionnel et majoritairement analphabète, où la tradition orale pèse fort. On s’est formés au droit sur le terrain de la lutte, il a fallu apprendre à ne plus avoir peur des « papiers », à les conserver et à les utiliser comme preuves. Apprendre aussi à démystifier l’appareil judiciaire. Nous sommes obligés aussi de se défendre par nous-mêmes parce que nous n’avons pas les moyens de payer les services des avocats et juristes. Un avocat proche de notre cause nous aide bénévolement, mais aujourd’hui, il est submergé par nos demandes.

Quels sont les objectifs et les projets de l’Union ?

Les objectifs sont de récupérer les terres accaparées, de se faire dédommager des préjudices subis, et de faire en sorte que nos terres soient immatriculées tout en continuant à être régies par le droit coutumier. Parce qu’on sait maintenant qu’il ne faut pas se laisser leurrer par le piège que constitue la propriété privée.

Grâce aux amis paysans de la Conf’, j’ai entrepris des études de droit pour devenir juriste, parce que nous devons être capables de nous défendre sur tous les fronts. La découverte du Comité d’action juridique en Ardèche a aussi été décisive [2]. Au sein de l’Union, nous souhaitons mettre en place un CAJ parce que son fonctionnement et l’esprit dans lequel il a été pensé correspondent à nos besoins et attentes. Nous ne pouvons pas laisser nos droits aux seules mains des universitaires qui ne connaissent pas nos réalités, ni cautionner le fait que les plus démunis deviennent victimes à cause de leur ignorance. Nous devons les former, les accompagner à revendiquer leurs droits et à en acquérir de nouveaux. Et pour cela, nous devons réveiller les consciences. Propos recueillis par Fanny Métrat, paysanne en Ardèche 31 octobre 2013

L’Union des associations et coordinations d’associations pour le développement et la défense des droits des démunis au Mali

Plus communément appelée « l’Union », l’organisation représente à ce jour le plus grand mouvement de lutte du pays, elle est membre du réseau international No Vox, les Sans Voix.

Depuis notre rencontre en novembre 2011 à Nyéléni lors du forum organisé par la Via campesina pour dire non aux accaparements de terres, nous sommes restés en lien. Nous avons organisé sa venue cet été en France afin de faire connaître son combat, de lui faire découvrir le nôtre et de réfléchir ensemble à la construction de projets communs. Massa a participé aux journées d’été des Amis de la Conf’ sur le Larzac, au festival Africajarc dans le Lot et à diverses rencontres en Ardèche avec les paysans de la Confédération paysanne et les représentants du Comité d’action juridique.

Massa Koné est un des responsables de l’Union, organisation luttant au Mali pour la convergence, la reconnaissance et la défense des droits des victimes d’injustices, dont de nombreux paysans expulsés de leurs terres (cf. encadré). De passage dans le Sud de la France cet été, il a témoigné de son combat.

Notes

[1] dixit Thomas Sankara, président du Burkina Faso, assassiné en 1987.

[2] Un Comité d’action juridique est une association de bénévoles et de permanents qui apporte un appui juridique et humain aux ruraux dans une démarche participative et militante – Cf dossier CS n° 237 – www.comite-action-juridique.fr

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article30234

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04 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Pérou, Hugo Blanco, un militant légendaire, pour la terre, pour la Terre-mère (inprecor)

Pérou, Hugo Blanco, un militant légendaire, pour la terre, pour la Terre-mère (inprecor) dans Altermondialisme hugoblancoavion

À bientôt 80 ans, Hugo Blanco, ex-dirigeant paysan, ex-syndicaliste, ex-guérillero, continue à lutter pour la terre.

« Ce n’est plus seulement pour la réforme agraire », déclare-t-il, « il s’agit maintenant de la défense de notre planète. Être de gauche aujourd’hui, être révolutionnaire, c’est défendre notre milieu naturel, l’accès à l’eau, s’opposer à l’extraction minière, aux centrales hydroélectriques, aux causes du changement climatique. » Et il n’a pas renoncé à ses rêves. Je ne savais pas et ne pouvais pas imaginer que Bartolomé Paz, un propriétaire terrien qui n’avait rien de pacifique, en marquant au feu ses initiales sur la cuisse d’un misérable peon du nom de Francisco Zamata, allait aussi marquer la vie de l’enfant Hugo Blanco, et contribuer ainsi à en faire le plus important dirigeant paysan de l’histoire du Pérou. Né Blanco, doublement, par son nom et par sa couleur de peau, il s’est donné comme ligne de vie le destin cuivré de l’indien.

« Au Cuzco, la révolution mexicaine a eu un impact profond avec sa charge d’indi- génisme. Des musiciens s’en sont inspirés pour dénoncer l’injustice ; des peintres, tel Sabogal, l’ont représentée ; nos maîtres d’école nous apprenaient des chansons qui parlaient de la complainte de l’indien ; mon frère me faisait connaître la littérature sociale avec des auteurs comme Jorge Icaza, Ciro Alegría, Rómulo Gallegos ; la guitare de mon père chantait la tristesse de l’indien… tout cela a contribué à ma formation », se souvient Hugo Blanco. « J’étais élève au Collège de sciences. Manuel Odria, un dictateur qui avait pris le pouvoir en 1948, avait placé des petits dictateurs aux postes de directeur des collèges nationaux. Nous sommes partis en grève contre notre tyran local et nous avons obtenu son départ. C’était une première expérience où j’ai appris quelque chose de très important : faire marcher une ronéo. »

À 20 ans Hugo Blanco part en Argentine avec une grande soif de découverte. « J’ai terminé le lycée et je suis allé faire des études d’agronomie à La Plata. J’y ai rejoint mon frère Óscar, qui était secrétaire général de la section locale de l’APRA (1). J’y ai poursuivi mon apprentissage à l’écoute de personnes comme Armando Villanueva, Carlos Enrique Melgar, en lisant José Carlos Mariátegui, Manuel González Prada, Haya de la Torre. C’est là que j’ai découvert que la Bolivie avait connu une révolution en 1952.(2) » « L’APRA connaissait une évolution droitière et mon frère me disait beaucoup de mal du Parti communiste. Je cherchais ma voie et j’ai finalement adhéré au POR (Parti ouvrier révolutionnaire). J’ai su plus tard qu’il était trotskiste. À l’époque se préparait un coup d’État en Argentine, avec l’appui des classes moyennes et des étudiants. À l’université l’atmosphère devenait irrespirable et j’ai choisi d’aller travailler en usine : je m’y sentais bien. »

L’idée était de gagner un peu d’argent pour pouvoir rentrer à Lima. Il a travaillé comme ouvrier dans l’industrie textile, la construction, la métallurgie avant de se retrouver dans une entre- prise importante où existait un syndicat. À cette époque, Richard Nixon, alors vice-président des États-Unis, est venu au Pérou et les petites formations de gauche se sont organisées pour dénoncer sa visite : « Cette manifestation a été impressionnante, beaucoup plus importante que ce que nous avions imaginé. »(3)

« Tierra o muerte » Jeune militant qui n’avait pas froid aux yeux, il s’est trouvé exposé et pour assurer sa sécurité son parti a décidé de le renvoyer dans son Cuzco natal. Il s’est tout de suite engagé dans l’action syndicale. Avec l’aide de sa sœur qui travaillait dans un quotidien, il a commencé à organiser les petits vendeurs de journaux, des gamins de 12 ou 13 ans. Il a recueilli quelques fonds pour pouvoir leur procurer un titre de travail et leur éviter les persécutions de la police. « Un gamin va-nu-pied était considéré comme un délinquant. Le patron du journal m’a fait jeter en prison, mais les gamins ont fait grève et nous avons finalement obtenu bien plus que ce qu’on espérait. »

En prison il s’est retrouvé avec trois paysans de la vallée de La Convención qui lui ont expliqué leur situation. « Le féodalisme a été instauré par les Espagnols sous la forme de l’hacienda, une exploitation agricole dont le maître, el hacendado, était tout à la fois Dieu, le Pouvoir et la Justice. Il châtiait, violait, humiliait et concédait une modeste parcelle au paysan qui, en contrepartie, devait travailler ses terres. Toute la famille, jusqu’aux enfants, devait participer à la récolte. La femme était souvent employée comme domestique. Le hacendado fixait le nombre de jours de travail que lui devait le paysan. En cas d’absence, il se payait en envoyant le contremaître chez le fautif pour prendre ses maigres biens, des vêtements, des outils… C’est ce système qui a été étendu à la vallée de La Convención. »

Il n’y avait plus de terre disponible dans la sierra et au nom de la colonisation le gouvernement en a offert à des prix dérisoires dans la selva (forêt vierge) où se sont formés de gigantesques latifundia. Mais rendre cultivable la terre de la selva est un travail épuisant. « Les indiens de la selva ne compre-naient pas pourquoi il fallait travaillait pour d’autres et ils sont partis vivre sur des terres reculées. Il a fallu faire venir des gens de la sierra mais ils n’étaient pas habitués à ce climat, ils ne connaissaient pas ces maladies ni les médicaments pour les soigner et le taux de mortalité était très élevé. »

Les premières organisations syndicales se sont formées dans la lutte pour réduire le nombre de journées de travail pour le patron, qui variait entre 12 et 20 jours par mois. Les hacendados « distingués » négociaient avec les paysans par l’entremise de leurs avocats. Les « brutes » ne dialoguaient pas et négociaient encore moins. « Si vous croyez que je vais palabrer avec mes indiens pour savoir comment ils doivent me servir… Je fais emprisonner les meneurs et l’affaire est réglée. » Voilà ce qu’ils pensaient et ce qu’ils disaient. « C’est trois de ces meneurs que j’ai connus en prison », se souvient Hugo.

D’abord tenu à l’écart par la Confédération paysanne de Cuzco du fait de son affiliation trotskiste, ridiculement accusé d’être au service de l’impérialisme et des patrons par ceux qui n’arrivaient pas à le faire rentrer dans le rang, Hugo a gagné sa place en affrontant la police dans la rue, en résistant aux tentatives d’interpellation, en organisant des grèves de la faim en prison. Il a enfin été reconnu par la Confédération et cet « agitateur » dont se démarquaient certains dirigeants s’est vu confier la mission d’organiser des syndicats dans tout le pays.

Les grèves ont commencé. « Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite mais avec le début de la réforme agraire les hacendados ont commencé à paniquer. Ils se déplaçaient armés, menaçaient, terrorisaient. Si le paysan faisait appel à la police, c’était pire, ils criaient : “Indiens insensés qui veulent porter plainte, votre patron a le droit de vous tuer comme des chiens.” Il devenait nécessaire d’orga- niser l’auto-défense et on m’a chargé de le faire. »

Le sang n’allait pas tarder à couler. Un hacendado, Pillco, et un garde civil sont venus pour arrêter un syndicaliste, Tiburcio Bolaños. Mais comme ils ne l’ont pas trouvé ils ont tiré sur un pauvre gamin de 11 ans en larmes qui ne pouvait pas leur indiquer où s’était réfugié son parrain. Le syndicat a décidé de demander des comptes au hacendado et c’est Hugo qui a pris la tête de la délégation. Avec des armes de fortune, ils ont passé le premier contrôle policier mais au deuxième les gardes étaient alertés. « On est entré dans le poste de garde, on a expliqué au policier pourquoi nous étions là et je lui ai dit de se rendre. Il a voulu prendre son revolver mais j’ai tiré le premier. Plus tard, j’ai appris que c’était lui qui avait fourni son arme au hacendado qui avait abattu le gamin. »

Deux autres policiers ont été tués dans des affrontements ultérieurs. Quelques mois plus tard Hugo a été arrêté. En tant que dirigeant du groupe, il a assumé la responsabilité de ces morts. Il a été détenu pendant trois ans avant de comparaître devant le tribunal militaire de Tacna, loin de Cuzco. Tout s’est déroulé d’une façon totalement illégale.

C’est au cri de « tierra o muerte » (la terre ou la mort) qu’il est entré dans la salle du tribunal et des voix sourdes dans le public lui ont répondu « venceremos » (nous vaincrons). Ses camarades comparaissaient également. Ils avaient refusé de déclarer, comme on le leur soufflait, qu’ils étaient analphabètes et qu’ils avaient été abusés par le « communiste » Blanco. Les réquisitions du procureur allaient de 25 ans de prison à la peine de mort. On lui a proposé l’exil. « Si j’avais accepté, cela m’aurait interdit de continuer à dénoncer les agissements des patrons et le rôle de la police. Les faits n’étaient pas connus et l’audience était publique. Et je n’allais pas trahir mes camarades qui eux resteraient en prison. » Grâce à une campagne internationale soutenue par des personnalités très connues, comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, il a échappé à la peine de mort : ils l’ont condamné à 25 ans de prison.

Coup d’État nationaliste du général Velasco L’exemple de Cuzco s’est propagé dans tout le Pérou. Aux occupations de terre, le gouvernement a répondu par des fusillades. C’est alors que s’est produit le coup d’État nationaliste du général Juan Velasco Alvarado qui a proclamé une réforme agraire générale. En 1970, on a proposé à Hugo de le libérer.

Mais en intraitable rebelle, cet homme qui a donné des maux de tête aux gouvernements de droite comme aux communistes et aux apristes n’a pas fait d’exception avec Velasco. « Tu peux sortir demain, cela ne dépend que de toi, m’a dit une émissaire. Comment ? ai-je demandé. Il faut que tu t’engages à participer à la réforme agraire avec le gouvernement. Non merci, je me suis habitué à la prison, ai-je répondu. Un député ou un mandataire élu d’une instance quelconque garde sa liberté d’expression, mais pas un fonctionnaire public. Pourtant d’autres détenus ont accepté le marché et il y a eu une amnistie générale qui m’a permis de retrouver la liberté. »

Ses camarades insistaient pour qu’il collabore avec le gouvernement . « Tu ne peux pas rester en marge de l’histoire » me disaient-ils et j’ai fini par leur concéder : « Bon, je vais m’engager mais à une condition, c’est qu’on ne fasse pas la réforme agraire que je réclame, ni celle que veut le gouvernement, mais qu’on demande à chaque communauté si elle préfère l’attribution de parcelles, un fonctionnement communautaire ou des coopératives. » Mais rapidement on lui a interdit de quitter Lima avant de le forcer à l’exil. Il reconnaît que des mesures prises par le général Velasco étaient positives. « Il a détruit le latifundium, aussi bien le régime semi-féodal de la sierra que les exploitations industrialisées de la région côtière. Mais le processus n’était pas démocratique et beaucoup de coopératives ont été submergées par la bureaucratie. C’est vrai aussi qu’il a nationalisé l’industrie pétrolière, les mines et la banque. »

Prison et exil Après un court séjour au Mexique, Hugo retourne en Argentine. C’est en 1971, à l’époque du général Lanusse, la dernière dictature militaire avant le retour de Juan Perón. Au bout d’un mois à peine il est arrêté. Il est d’abord emprisonné avec des détenus de droit commun, puis à Villa Devoto, et ensuite dans la prison où se trouvaient les militants de l’ERP (Armée révolutionnaire du peuple, d’origine trotskyste comme lui) dans des conditions très dures. « À nouveau, grâce à la pression internationale j’ai été libéré et j’ai rejoint le seul pays où on pouvait m’accueillir bien : le Chili de Salvador Allende. »

Mais la tranquillité n’est pas dans la nature de notre homme profondément andin. Le coup d’État d’Augusto Pinochet le contraint une fois de plus à la clandestinité. À nouveau la chance l’accompagne en la personne de l’ambassadeur de Suède, Harald Edestam. « Il m’a fait raser, m’a passé le costume de son frère, une cravate noire, des lunettes, il m’a pris en photo et m’a fait faire un passe- port. Je suis devenu Hans Blum, conseiller à l’ambassade de Suède. Et j’ai pu quitter le Chili. » Je me suis installé en Suède et j’ai fait une tournée en Europe pour dénoncer la dictature de Pinochet. Je suis ensuite allé au Canada et aux États-Unis pour dénoncer les violations des droits humains en Amérique latine et la complicité des gouvernements étatsuniens. » C’était en 1977 et au Pérou une grève générale faisait vaciller le gouvernement de Francisco Morales Bermúdez qui avait succédé au général Velasco Alvarado renversé par un nouveau coup d’État.

« Les exilés ont pu revenir et je me suis présenté aux élections à l’assemblée constituante comme candidat du FOCEP (Front ouvrier, paysan, étudiant et populaire). Les candidats bénéficiaient d’un créneau gratuit à la télévision pour présenter leur programme et mon tour est arrivé alors que le gouvernement venait d’annoncer des mesures d’austérité draconiennes. Plutôt que de présenter mon programme j’ai appelé à rejoindre la grève organisée par la centrale syndicale CGTP. J’ai été arrêté en quelques heures, tout comme Javier Diez Canseco et Genaro Ledesma, et nous avons été transférés à Jujuy, dans le cadre du plan Condor qui organisait la coopération des dictatures de la région.

Ce que Morales Bermúdez n’osait pas faire, assassiner Hugo Blanco, était confié à la dictature argentine de Jorge Videla. « Par chance un journaliste nous a pris en photo à la descente de l’avion et cela nous a sauvé la vie. Je me suis retrouvé dans un cachot de Buenos Aires avant d’être à nouveau expulsé vers la Suède. » « Au Pérou j’ai pu me présenter à nouveau comme candidat aux élections. C’est moi qui ai recueilli le plus de votes à gauche et j’ai été élu député en 1980. ». En 1985 Hugo ne s’est pas représenté et il a repris ce qu’il sait faire le mieux, le travail sur le terrain, au sens propre.

« J’étais dirigeant de la CCP (Confédération paysanne du Pérou) et j’ai demandé qu’on m’envoie à Puno. Les « super-coopératives », une des erreurs de la réforme agraire de Velasco, étaient aux mains des bureaucates et les communautés réclamaient ces terres. On parlait d’occupations de terre et j’y suis allé. 1 250 000 hectares ont été récupérés.

En 1989 le gouvernement d’Alan García a tenté de le supprimer. « Les communautés de la région de Pucallpa réclamaient de l’argent à l’État pour la vente de leur récolte de maïs. Après le blocage des routes et des rivières on n’a pas obtenu grand chose mais on a fêté cette modeste victoire en organisant un meeting. Au moment où nous avons entonné l’hymne, la police a ouvert le feu. 23 paysans ont été tués et 28 portés disparus. Je me suis réfugié dans le local de la Confédération et c’est là qu’ils m’ont arrêté. Ils m’ont frappé et mis la tête dans un sac. Heureusement un paysan m’a vu au moment où ils me faisaient monter dans un véhicule, il a appelé la CCP et la CCP a averti Amnesty International. En quelques heures on réclamait ma libération dans le monde entier. » Un an après avoir échappé à la mort, il est élu sénateur sur les listes d’Izquierda Unida (Gauche unie). Puis survient le coup d’État de Fujimori en 1992. Menacé aussi bien par les services secrets que par la guérilla du Sentier lumineux, il se résout une nouvelle fois à l’exil. « Je suis retourné au Mexique et j’ai eu la chance de m’y trouver au moment du soulèvement zapatiste. »

La Terre, avec une majuscule À 78 ans Hugo poursuit la lutte. La terre et ses avatars, dit-il, ne lui laissent pas de repos. Sa lutte pour la terre a pris un autre chemin. Si des années en arrière il se battait pour que le paysan soit maître de ce que le dictionnaire de langue espagnole définit comme « un terrain dédié ou propice à la culture », il lutte maintenant pour la défense de la « troisième planète du système solaire, habitée par des êtres humains ». Mais les deux définitions s’entrecroisent et ne désignent qu’une seule et même chose en langue quechua : la Pachama, la Terre-mère. « L’objectif de la lutte est différent mais il implique toujours la terre et l’homme : réchauffement global, mines à ciel ouvert, agro-industries qui polluent, barrages hydroélectriques qui noient des terrains immenses. » Et toujours aussi radical il mène une action pacifique en publiant un journal, Lucha indigena, avec le même enthousiasme que quand il tirait les fameux tracts sur une ronéo il y a plus de 60 ans au Cuzco.

Tu t’opposes à toute forme d’extraction minière ?  Oui, à toutes. L’extraction minière respon- sable est un conte. Dans le temps, à l’époque des Incas, il y avait des filons. Ils en extrayaient l’or qu’ils fondaient et cela ne portait préjudice à personne. Aujourd’hui il n’y a plus de filons et il faut faire exploser 4 tonnes de roche pour extraire 1 gramme d’or. Dans quelque pays que ce soit, c’est destructeur.

Que signifie être de gauche aujourd’hui au Pérou, Hugo ?  Pour moi, l’avant-garde politique ici est dans le mouvement anti-Conga, dans la lutte contre l’extraction minière à Cañaris ou Celendín. Aujourd’hui, est de gauche celui qui est dans la lutte, et la lutte actuelle au Pérou est, pas seulement mais essentiellement, pour la défense de l’environnement. Et ceux qui se disent de gauche, je ne les y vois pas. Il n’y a pas d’organisation nationale, seulement des associations locales. Je pense qu’elles doivent se rencontrer et s’unir. C’est notre rôle que d’aider à cette unification et c’est ce que j’essaie de faire.

Quand tu avais 30 ans, tu espérais que l’avenir serait différent de ce que nous vivons aujourd’hui, non ?  Oui, je croyais en la révolution. Aujourd’hui je suis plus inquiet : il ne s’agit plus seulement de construire une société plus juste mais de sauver l’humanité. Je garde quand même des raisons d’être optimiste, comme la mobilisation des populations en Grèce, en Espagne et même aux États-Unis. Mais je crois que le temps nous est compté. Regarde — il me montre le short qu’il porte — pourquoi est-ce que je suis habillé comme ça alors que nous ne sommes pas en été ? « Hugo Blanco est toujours vivant ? », m’a-t-on demandé à Montevideo en janvier dernier. Je l’avais vu quelque temps auparavant dans à une manifestation pour l’eau et contre l’extraction minière. « Je crois que oui », ai-je répondu.

Oui, il est vivant, plus vivant que bien d’autres. Et même un peu courbé il continue à marcher. En défense de l’eau, de la terre, de l’humanité, même avec le vent contraire, même quand il faut défendre l’être humain contre soi-même. ■ Sengo Pérez

http://orta.dynalias.org/inprecor/article-inprecor?id=1527

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30 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Les otages d’Areva au Niger et la rançon payée pour leur libération prouvent que le nucléaire ne relève pas de l’indépendance énergétique (odn)


 Les otages d'Areva au Niger et la rançon payée pour leur libération prouvent que le nucléaire ne relève pas de l'indépendance énergétique (odn) dans Altermondialisme vive-la-f
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Depuis des décennies, les autorités françaises prétendent que le nucléaire relève de l’ « indépendance énergétique », ce qui est totalement faux.
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En effet, depuis 2001, ce sont 100% du combustible nucléaire, l’uranium, qui sont extraits à l’étranger, et en particulier au Niger où la France maintient une présence quasi-coloniale par l’intermédiaire de son entreprise d’Etat Areva (*).
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Or, si des salariés d’Areva ont été pris en otage au Niger, y sont restés captifs pendant 3 ans, et si la France a payé de 20 à 25 millions d’euros pour obtenir leur libération, c’est bien parce que l’uranium n’est pas extrait en France : le nucléaire relève encore moins de l’indépendance énergétique que le pétrole et le gaz (dont de petites quantités sont exploitées en France).
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Sachant que les réserves d’uranium s’amenuisent dans le monde et que d’autres pays, en particulier la Chine, ont aussi besoin de ce minerai, il n’est pas difficile de comprendre que la France nucléaire est menacée de pénurie d’uranium à plus ou moins brève échéance. Ce sont donc 80% de la production électrique française qui sont en sursis. C’est d’ailleurs pour cela que la France et Areva font ami-ami avec les pires dictateurs d’Asie centrale (en particulier au Kazakhstan et en Ouzbékistan) pour tenter de diversifier leurs approvisionnements en uranium au détriment des populations locales, de l’environnement, et des Droits de l’Homme.
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On s’étonnera aussi, a minima, que la France verse de lourdes sommes à des groupes terroristes et qu’elle se préoccupe de faire libérer en priorité les salariés d’Areva, délaissant claire- ment les autres otages.
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Au lieu d’investir massivement dans les énergies renouvelables, les seules à être garantes d’une véritable indépendance énergétique, la France s’enfonce depuis 50 ans dans l’impasse nucléaire. Or, c’est bien connu, au bout de chaque impasse se trouve un mur…
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Après avoir tant vanté la supposée « indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire », les « élites » françaises pourraient bien être rapidement obligées de rassurer les citoyens en leur rappelant qu’il est possible d’importer de l’électricité de chez nos voisins… car ils n’ont pas ou peu de nucléaire. D’ores et déjà, et depuis près de dix ans, l’Allemagne est exportatrice nette d’électricité vers la France…
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(*) C’est si vrai que l’Observatoire du nucléaire est attaqué par Areva en justice le 20 décembre 2013 à 13h30 au Tribunal de grande instance de Paris pour avoir osé dénoncer les pratiques d’Areva « relevant de la corruption » au Niger. Cf http://observ.nucleaire.free.fr/accueil-proces-areva.htm

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30 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

La guerre de l’olive en Palestine (rfi)

La guerre de l’olive en Palestine (rfi) dans Altermondialisme oliveoil-palestine

Chaque année, c’est le même scé­nario : des champs brûlés, des arbres arrachés. Des colons israé­liens mènent des raids sur les oli­viers des agri­cul­teurs pales­ti­niens  en  Cisjordanie.

Des photos mon­trant des hommes masqués pris en fla­grant délit cir­culent sur internet. Ces actes de van­da­lisme sont le fait d’une poignée d’extrémistes qui se vengent ainsi d’attaques de Pales­ti­niens contre les colonies ou qui cherchent sim­plement à faire régner la terreur.

Mais ces raids contre les oli­viers sont quasi quo­ti­diens depuis le début de la cueillette il y a un mois et ils se conjuguent avec les dif­fi­cultés pour les agri­cul­teurs pales­ti­niens d’accéder à leurs terres. Israël impose en effet des res­tric­tions aux ter­ri­toires sous son contrôle, et les colons, encore eux, s’accaparent de plus en plus de terres en Cisjordanie.

Le ministère pales­tinien de l’Agriculture n’est pas très opti­miste. Il s’attend à une pro­duction d’huile d’olive en baisse, 15 000 tonnes cette année, la moitié par rapport à l’an dernier. En cause, selon lui : des fac­teurs envi­ron­ne­mentaux bien sûr, mais aussi ces obs­tacles dressés par les Israéliens.

Pourtant, l’huile d’olive est impor­tante pour les Pales­ti­niens. C’est un produit de base de l’alimentation et si la pro­duction baisse, les prix vont aug­menter. Cette huile est aussi consi­dérée comme pro­met­teuse pour les expor­ta­tions. Son caractère serait unique, les oli­viers gran­dissent à l’ancienne, sans irri­gation, et la cueillette se fait à la main. Du coup, elle séduit de plus en plus les pays étrangers, notamment ceux qui veulent du bio, comme les Etats-​​Unis et l’Europe.

L’huile d’olive pales­ti­nienne n’est pour l’instant qu’un tout petit marché, qui n’a rien à avoir avec celui de l’huile d’olive euro­péenne qui repré­sente 80% de la pro­duction mon­diale, mais à l’échelle pales­ti­nienne ce n’est pas négligeable.

Dans un récent rapport, la Banque mon­diale estime que la moitié des terres agri­coles en Cis­jor­danie est inac­ces­sible aux Pales­ti­niens et que si les obs­tacles dressés par Israël étaient levés, l’économie pales­ti­nienne en général pourrait croître de 35%. En attendant la levée de ces obs­tacles, les oli­viers, sym­boles de la paix, conti­nuent de faire l’objet d’une guerre en Palestine. Murielle Paradon, RFI, mardi 29 octobre 2013

 http://www.france-palestine.org/La-guerre-de-l-olive-en-Palestine

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28 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Pérou :« Renverser le système capitaliste » (Npa)

Pérou :« Renverser le système capitaliste » (Npa) dans Altermondialisme conga

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L’Anticapitaliste était lundi 14 à la conférence de presse organisée par France Libertés, France Amérique latine, et le Comité de solidarité avec Cajamarca, avec Edy Benavídes.

Edy est le président du Front de défense des intérêts de l’environnement et les droits de l’homme de Hualgayoc-Bambamarca et le porte-parole du commandement de lutte de Cajamarca. Depuis plus de 20 ans, Yanacocha, une multinationale minière qui extrait de l’or au prix de la destruction des fleuves et des lagunes de la région, n’avait pas rencontré d’opposition. Mais, depuis deux ans, les paysans de Cajamarca combattent la déprédation de leurs ressources naturelles.

La résistance paysanne a été à l’initiative de deux grèves générales régionales et d’une Marche nationale en défense de l’eau et de la vie. Les « Rondas campesinas », comités d’auto- défense paysans, se sont établis autour des lagunes pour empêcher Yanacocha de leur voler leur eau. La réponse du gouvernement a été la criminalisation de la protestation et la militarisation de la région. Il y a au moins 40 procédures judiciaires contre les dirigeants du mouvement, et cinq morts et des dizaines de blessés, en conséquence de la répression de l’armée, de la police et des milices privées payées par Yanacocha.

Les paysans de Cajamarca refusent le faux développement proposé par le gouvernement de Humala et par l’entreprise minière. Ils proposent un modèle de développement non extrac-tiviste et respectueux de l’environnement basé sur la pisciculture, l’élevage du bétail et l’agriculture, tel qu’il existait avant le début de l’exploitation minière. « On ne peut pas continuer comme ça » nous dit Edy. « Notre planète est au bord de l’autodestruction. Il faut que surgisse un mouvement mondial pour la défense de la vie, de l’eau et du travail honnête. Une lutte qui renverse l’ennemi de la vie : le système capitaliste. »

Virginia de la Siega Lundi 28 octobre 2013 Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 214 (24/10/2013)

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27 octobre 2013 ~ 0 Commentaire

Centrafrique : la France responsable (Npa)

Centrafrique : la France responsable (Npa) dans Altermondialisme tintin

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Depuis que Michel Djotodia s’est emparé du pouvoir par les armes en renversant la dictature de Bozizé en mars 2013, la situation du pays au fil des jours devient de plus en plus effroyable.

Depuis son indépendance en 1960, la Centrafrique n’a connu que coups d’État et dictatures, dont la plupart furent soutenues par la France qui voit dans ce pays un intérêt militaire stratégique lui permettant de projeter les troupes française rapidement sur n’importe quel point du continent.

Mais deux faits inédits aggravent une situation déjà catastrophique. Michel Djotodia s’est appuyé sur une force militaire hétéroclite, la Seleka, qui en langue Sango signifie l’alliance. La grande majorité de ces éléments ne sont pas centrafricains mais tchadiens ou soudanais, seigneurs de guerre plus intéressés par les mines de diamant que par un agenda politique.

Le nouveau maître du pays, Djotodia, s’il a bien prononcé la dissolution de la Seleka, reste dans l’impossibilité de désarmer ces milices. On assiste ainsi à une décomposition de cette Seleka qui s’est éparpillée le long du territoire et dont les soudards terrorisent la population en commettant les pires exactions. Ils conditionnent leur départ du pays au versement de sommes d’argent importantes que le gouvernement centrafricain n’a pas la possibilité de payer.

Le deuxième fait préoccupant est que les conflits dégénèrent progressivement en conflits religieux et ethniques. Des maux pourtant totalement inconnus en Centrafrique malgré les vicissitudes que le pays a connues, démontrant une nouvelle fois que les conflits ethniques ne prospèrent que sur des crises sociales aiguës.

En soutien aux dictateurs La France a une responsabilité historique dans cette situation. Depuis l’indépendance, elle n’a eu de cesse de soutenir les dictatures parfois les plus ubuesques comme celle de Bokassa. Ces dictateurs qui ont détourné les fonctions de l’État à leur profit, réprimé les oppositions politiques et la société civile, ne laissant comme seule possibilité d’alternance que l’option militaire.

Une fois de plus la France est à la manœuvre pour tenter de stabiliser le pays et éviter qu’une partie du territoire ne devienne un nouveau sanctuaire pour des djihadistes qui pourraient prospérer facilement. Le Quai d’Orsay a fait voter en Conseil de sécurité de l’ONU au mois d’octobre la résolution 2121 qui soutient les troupes de la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) envoyées par l’Union africaine, avec une possibilité de la transformer en mission onusienne. Mais beaucoup de Centrafricains ne font pas confiance en cette mission composée en grande partie par les tchadiens qui ont soutenu le coup de force de Djotodia.

La Centrafrique est un exemple significatif des conséquences du soutien de la France à des dictatures africaines qui se maintiennent au pouvoir grâce à la corruption, aux élections truquées et aux manipulations, en attisant les haines ethniques qui détruisent progressivement des pays dont les populations paient seules un lourd tribut. Une crise alimentaire extrême va frapper le pays du fait de l’impossibilité pour les paysans de travailler dans leur champ, et ce sont des centaines de milliers de personnes qui vont se retrouver sans nourriture et sans aucun moyen de subsistance…

Paul Martial Dimanche 27 octobre 2013

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste – 214 (24/10/2013)

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