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30 avril 2014 ~ 0 Commentaire

A la veille du 1er mai: c’est nous le droit, c’est nous le nombre

bengla

Aujourd’hui la classe ouvrière n’a jamais été aussi nombreuse à l’échelle planétaire : « c’est nous le droit, c’est nous le nombre », disait ainsi un passage oublié de la toute première version de l’Internationale. Elle représente la moitié des personnes actives, et durant ces 20 dernières années, ses effectifs (spécialement ceux des femmes salariées) ont crû de 20% dans les pays « avancés », et de 80% dans les pays émergents.

En particulier, « la force de travail mondialisée » des secteurs d’exportation, « direc- tement intégrée dans les chaînes de valeur globales », a augmenté de 46% au Nord, et de 190% au Sud. Enfin, l’idée que les emplois manufacturiers reculent n’est vraie que pour les pays de vieille industrialisation, où ils ont diminué de 20% entre 1980 et 2005, et sans doute plus depuis ; mais ils ont en même temps spectaculairement explosé (+120%) dans les pays émergents [1].

Les ouvriers du Sud Ce poids objectif du prolétariat représente une force sociale croissante, en particulier dans les pays émergents qui comptent plus de 1,1 milliard de salarié-e-s. En témoignent, les puissants mouvements de grève de ces dernières années en Chine, en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud, etc. On se souvient de la grève générale historique qui a paralysé l’Inde en février 2013. Aujourd’hui, un combat de titans oppose près de 100 000 ouvrier-e-s de Chine du Sud, producteurs de chaussures de sport, au groupe taïwanais Yue Yuen, qui emploie près d’une demi million de personnes dans le monde et fournit les marques Adidas, Nike, Reebok, Puma, etc.

Ils-elles exigent la signature de véritables contrats de travail, le versement d’arriérés de prestations sociales et des adaptations de salaires… En Afrique du Sud, la radicalisation politique est aussi au rendez-vous : le récent congrès du syndicat de la métallurgie (NUMSA) n’a-t-il pas dénoncé la politique néolibérale de l’ANC au pouvoir, et appelé à construire un parti ouvrier anticapitaliste ?

Pourtant, cette classe ouvrière est de plus en plus concentrée dans des pays à bas salaires, où le sous-emploi des travailleurs-euses ruraux sans terre est massif ; où les coûts d’entretien et de reproduction de la force de travail sont largement portés par la communauté (spécia-lement par les femmes) ; où l’histoire de la colonisation a favorisé les divisions religieuses, na- tionales, ethniques, qui font obstacle à une conscience de classe unifiée ; où les droits syndi- caux sont bafoués ; où la soupape de l’émigration ne joue que pour une petite minorité…En réalité, la globalisation a libéré la circulation des capitaux et des marchandises, mais pas celle de la force de travail, organisant ainsi la mise en concurrence des salarié-e-s à l’échelle pla- nétaire. C’est pourquoi, la part des salaires dans le revenu mondial a reculé en 20 ans, de 66% à 59% [2].

Diviser pour régner Au sein de chaque pays, la bourgeoisie s’efforce aussi de segmenter le monde du travail en catégories salariales étanches, sur lesquelles pèsent le poids toujours croissant de l’emploi précaire, du sous-emploi et du chômage. La discrimination des femmes, dont les salaires sont inférieurs de 15 à 30% à celui des hommes (dans les pays où des statis- tiques plus ou moins crédibles existent), a été dénoncée depuis longtemps. Désormais, les jeunes sont aussi voués à des petits boulots sous-payés, en dérogation des conventions collectives ou des lois, soi-disant pour leur donner « la chance » d’entrer sur le marché du travail… Les immigré-e-s, surtout « non blancs », voire sans papiers, etc., sont réduits à un statut inférieur toujours plus dur, justifié par un racisme montant, comparable à celui des intou- chables en Inde, des Afro-Américains aux USA ou des Burakumin (issus des parias de l’époque féodale) au Japon.

Cela permet le développement de larges secteurs de la population à très bas sa- laires, dans les pays du Nord aussi, dont les couches les plus jeunes connaissent des taux de chômage beaucoup plus élevés que la moyenne, et les retraité-e-s voient leurs revenus tom- ber en-dessous du seuil de pauvreté, sans parler des chômeurs-euses de longue durée ré- duits à la soupe populaire, des handicapé-e-s laissés pour compte, et des malades qui ne sont plus décemment soignés. Cette explosion de la pauvreté s’accompagne d’une marginalisation spatiale des plus démunis, qui favorise à son tour la spéculation immobilière en ouvrant la porte à la gentrification des vieux quartiers populaires urbains.

La Suisse n’est pas en reste En Suisse, la victoire de la droite nationaliste (UDC) du 9 février dernier – référendum d’initiative populaire « contre l’immigration de masse » –, malgré l’opposition du patronat (dans sa majorité), de la droite traditionnelle, des églises, de la social-démocratie et des syndicats réunis, va dans le même sens. Elle soumet désormais l’embauche des salarié-e-s étrangers aux seuls besoins du patronat, supprimant les quelques droits acquis au titre d’une libre-circulation partielle (à l’égard des ressortissant-e-s de l’UE seulement), rouvrant la porte à des statuts très précaires, comme celui de saisonnier, et tablant sur les « clandestin-e-s » pour les branches à bas salaires.

Si la majorité des patrons se sont opposés à cette proposition, c’est qu’ils craignaient la riposte de l’Union européenne, son premier marché d’exportation. Aujourd’hui, ils s’efforcent d’en tirer parti en misant sur la flexibilisation accrue du marché du travail (salaires, temps de travail, horaires d’ouverture des magasins, etc.), la réduction massive des charges patronales (accélération de la prochaine Réforme de l’imposition des entreprises III) et la suppression des « mesures d’accompagnement » très limitées, introduites avec la libre-circulation, afin de revenir même sur ce geste symbolique contre les cas les plus scandaleux de sous-enchère salariale.

Dans de telles conditions, les mobilisations pour l’inscription du salaire minimum dans la loi – on votera sur ce point, le 22 mai – et les conventions collectives, pour une inspection renforcée des conditions de travail, notamment par les organisations de salarié-e-s, et pour une protection légale contre les licenciements, sont aujourd’hui d’une importance capitale pour le monde du travail. Dans le même sens, la lutte contre la spéculation immobilière et pour les droits des locataires doit être liée plus étroitement à la défense des intérêts des salarié-e-s, qui font face aux mêmes adversaires capitalistes.

Enfin, le développement d’un système de retraites sûre et solidaire, servant de modèle à la mise en place d’une véritable sécurité sociale en Suisse, doit être revendiqué. Il ne repré- sente qu’un salaire différé auquel les travailleurs-euses ont droit, qui doit donc être financé par le relèvement des cotisations patronales et une fiscalité directe fortement progressive.

A la veille du 1er Mai, il serait grand temps de rappeler qu’un tel combat ne pourra être mené résolument sans faire cause commune avec l’ensemble des travailleurs-euses de cette vieille terre, à commencer par les immigré-e-s en Suisse. En effet, comme le disait la communarde Louise Michel, dans L’Ère nouvelle (1887), ils « sont le nombre, le nombre immense qui n’a jamais su sa force ». Jean Batou 29 avril 2014

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31738

 

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29 avril 2014 ~ 0 Commentaire

C’est quoi le partenariat transatlantique? (regards)

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Dix réponses pour mesurer le danger

TAFTA, TTIP, PTCI… Ce qui se trame derrière ces sigles et dans les négociations secrètes entre l’Union européenne et les États-Unis, c’est la liquidation progressive du pouvoir des États et des citoyens face aux multinationales. Il est urgent de n’en rien ignorer.

Comment ça s’appelle ? APT (Accord de partenariat transatlantique), TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), PTCI (Partenariat transatlantique sur le commerce et l’Investissement) TAFTA (Trans Atlantic Free Trade Agreement) tout à la fois. Le diable se loge dans les acronymes et la confusion sert les promoteurs de l’opération. Certains opposants réfutent la notion de partenariat et préconisent l’appellation Grand marché transatlantique (GMT), qui a le mérite d’être explicite.

Qu’est-ce que c’est ? Un traité de libre-échange actuellement en négociation (depuis juillet 2013) entre l’Union européenne et les États-Unis, qui vise en principe à abaisser les droits douaniers, mais cherche surtout à unifier un grand marché transatlantique. C’est le dernier épisode en date d’un processus d’intégration mis à l’agenda depuis l’éclatement du bloc de l’Est, ayant pour objectif l’harmonisation des législations, des règlementations et des normes – avec des arrière-pensées géopolitiques, comme le souci de contrecarrer l’expansion économique de la Chine.

Est-ce qu’on nous cache tout ? Presque tout. C’est en secret qu’en juin 2013, le Conseil de l’UE (chefs d’État et de gouvernement) a confié un mandat de négociation à la Commission européenne. Et c’est aussi sans aucun contrôle possible de la part des parlementaires euro- péens, ni aucune consultation des citoyens. Sans grande mobilisation médiatique non plus, le débat est donc largement escamoté, ce qui arrange grandement les promoteurs du GMT.

C’est grave ? Oui, très grave.

D’accord, mais plus précisément ? En résumé, le GMT aboutirait à un dramatique abandon de souveraineté de la part des États, au profit d’un pouvoir accru des entreprises multina- tionales. Le gigantesque marché unique attendu d’un futur traité serait aussi défini comme une instance supranationale dont les règles auront vocation à s’aligner (par le bas) en faveur d’un maximum de libéralisation et de dérégulation, et à se substituer aux législations et aux instan- ces nationales, privant celles-ci de leur pouvoir de décision et les populations de tout moyen de contrôle démocratique.

L’abaissement des droits de douane est-il un prétexte? Pour une large part, dans la mesure où ils sont d’ores et déjà très réduits entre les deux zones (2% en moyenne)… sauf pour certains secteurs comme l’agriculture, dans lesquels les États-Unis ont tout intérêt à voir s’effacer les absurdes réticences européennes à l’encontre de la viande aux hormones, des poulets désinfectés au chlore, des OGM ou des pesticides. Dans ce domaine, l’abandon des législations de l’UE, protectrices pour les consommateurs, conduirait à la généralisation du modèle intensif d’agriculture et d’élevage, avec des conséquences sanitaires et environnementale incalculables.

D’ailleurs, s’agit-il seulement de droits de douane ? Non, bien sûr : les « obstacles » à la « liberté » du commerce désignent aussi les barrières réglementaires (ou « barrières non- tarifaires »). Justement, le mandat de la Commission se donne pour objectif « d’éliminer les obstacles inutiles au commerce et à l’investissement y compris les obstacles non tarifaires existants ». L’harmonisation attendue pourra ainsi affecter, au-delà des biens marchands, le secteur des services et par extension les législations du travail jugées trop protectrices, mais aussi s’étendre au champ de la propriété intellectuelle, de la protection des données per- sonnelles et à des domaines comme l’éducation et les autres services publics. Seule la culture, après intervention du gouvernement français, est exclue du périmètre – et encore par- tiellement, puisque cette exclusion ne concerne que l’audiovisuel, et temporairement puisqu’il s’agit d’une simple suspension.

L’objectif global est-il donc d’inféoder les États et les citoyens aux intérêts privés du commerce international ? Bingo. En plaçant les traités internationaux au-dessus des légis- lations nationales, le commerce international se livre à une vaste opération de destruction de la souveraineté juridique des États, qui permet déjà aux grandes entreprises d’attaquer ces der- niers. C’est ainsi que la société américaine Lone Pine Resources réclame 250 millions de dol- lars d’indemnité au gouvernement canadien, dont le moratoire sur la fracturation hydraulique pour l’exploitation des gaz de schiste contreviendrait à la liberté d’entreprendre garantie par l’ALENA (accord de libre-échange entre la Canada, les États-Unis et le Mexique). Les exemples de ce genre abondent, comme celui de cette société suédoise qui demande près de 4 milliards d’euros à l’Allemagne pour avoir décidé de sortir du nucléaire. Les litiges de ce genre se règlent devant des tribunaux arbitraux indépendants des justices nationales, et le mandat de la Commission européenne vise à établir un mécanisme arbitral « investisseur-État » qui se substituerait aux juridictions démocratiques.

Heureusement, le Parti socialiste au pouvoir ne peut cautionner un tel processus de dumping social, fiscal et environnemental, conduisant à aggraver les délocalisations, le démantèlement de la protection sociale et des services publics, l’abandon de la souveraineté démocratique des peuples au profit des intérêts privés, n’est-ce pas ? Ah ah ah. Au nom de la lutte contre le protectionnisme et des dogmes libéraux en vigueur, l’an- cienne ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq s’est faite l’ardente défenseure des négo- ciations, et le PS ne craint de se ranger aux côtés de l’UMP dans ce combat. François Hollande a même déclaré à Barack Obama que rien ne s’opposait à « aller vite » dans ce dossier.

Le combat est-il perdu d’avance ? Bien sûr que non. Le texte final devra être adopté, à l’horizon 2016, par le Parlement européen et le Conseil de l’UE, avant d’être ratifié dans cha- que pays. Il faut se souvenir de la mise en échec de l’AMI (Accord multilatéral sur l’inves- tissement) à la fin des années 90, et de l’Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) à la fin de la décennie suivante. Un vaste front d’organisations et de partis s’oppose au projet, no- tamment au travers du collectif Stop TAFTA, plusieurs collectivités se sont déclarées « zones hors Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement ». La prise de conscience s’étend et laisse une chance de ne pas abandonner le dossier aux lobbies. Ah, et puis des élections européennes ont bientôt lieu, donnant une occasion de se mobiliser, aussi bien au cours de la campagne qu’au moment du vote. Par Jérôme Latta| 24 avril 2014

http://www.regards.fr/web/c-est-quoi-le-partenariat,7683

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27 avril 2014 ~ 0 Commentaire

La plus grande grève, pour «fêter» le 1er mai en chine (essf)

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Depuis 12 jours, des travailleuses et travailleurs chinois du grand groupe Yue Yen sont en grève, dans deux de ses principales usines en Chine. Le 25 avril 2014, ils étaient au nombre de 40 000 à suivre ce mouvement, selon divers comptes rendus crédibles.

Yue Yen a son origine à Taïwan. Il a été créé en 1969 par la famille Tsai. Dès le début, il s’est concentré, pour l’essentiel, sur les chaussures de sport. Le groupe se spécialise, dès les années 1970, sur les chaussures d’athlétisme. En 1988, la famille Tsai s’implante à Hong Kong et établit ses premières usines en République populaire de Chine (RPC), à Zhu Hai et Zhong Shan, dans la province du Guangdong. C’est l’heure des réformes de Deng Xiaoping et des négociations avec Margaret Thatcher pour la rétrocession de Hong Kong. Le groupe est d’ailleurs coté, depuis cette date, à la Bourse de Hong Kong.

En même temps, les Tsai disposent d’une participation significative dans la firme de distribution de chaussures de sport et produits similaires du nom de Pou Chen Corporation. Elle est cotée à la Bourse de Taipei. Dans les années 2000, Yue Yen va prendre le contrôle complet de Pou Chen. Il va acheter Pro Kingtex qui a des usines en Chine et au Mexique, puis Eagle Nice, en 2005. Son extension par acquisitions et réorganisations de la production a continué.

Actuellement, c’est le plus grand groupe mondial dans les divers segments de chaus- sures de sport. Selon le rapport annuel de 2013, publié le 26 mars 2014 par le holding basé à Hong Kong, Yue Yen met au travail 423 000 salarié·e·s dans le monde. Il se qualifie de Manu- facturer for the Global Market. Yue Yen possède des usines et « centres de recherches » en Chine – au nombre de cinq – ainsi qu’au Cambodge, au Vietnam, à Hong Kong, au Bangla- desh, en Indonésie, au Mexique et aux Etats-Unis.

Simultanément à sa production, Yue Yen produit divers types de chaussures « sportives » pour des grandes enseignes telles que Nike, Adidas, Reebok, ASCIS, New Balance, Puma, Under Amour, Salomon et Timberland. Par le biais de Pou Chen, il est aussi un distributeur de premier plan en RPC pour ses produits et ceux de certaines marques (Limited Nike, Addidas et Converse) dont il assure, au moins en partie, la production.

En 2013, 313,4 millions de paires de chaussures ont été confectionnées à l’échelle interna- tionale, pour un chiffre d’affaires de 5,8 milliards de dollars. Ces deux chiffres permettent d’es- timer la marge obtenue par les grandes marques et leurs distributeurs sur chaque paire ven- due, souvent à plus de 100 dollars l’unité. Les principaux marchés de Yue Yen sont : l’Asie (42,3%), les Etats-Unis (29,3%), l’Europe (19,8%), l’Amérique du Sud (4,6%) et le Canada (1,5%).

Les prix imposés par les grandes marques – face à la grève, Addidas vient de changer de fournisseur en Chine – compressent la marge. Yue Yen indique que la riposte à cette pression s’est faite, en 2013, d’une part, en localisant des volumes de production dans des sites qui permettent de jouer sur la dépréciation de la monnaie, et, d’autre part, sur une hausse de la productivité (dans le sens de production « rationalisée » techniquement) et sur une intensi- fication du travail (durée du travail, cadences plus élevées, avec une journée de travail sans porosité, c’est-à-dire sans « temps morts »). D’ailleurs de 2012 à 2013, le groupe a réduit le total de ses employés de 460 000 à 423 000 ; alors que la production de 2013, sur 12 mois, a légèrement augmenté par rapport à 2012.

La grève a démarré à Dongguan, ville du sud-est de la Chine. C’est la grève engagée par le plus grand nombre de travailleuses et travailleurs dans l’histoire de la RPC. Les reven- dications portent d’abord sur un constat très important pour des salarié·e·s qui travaillent, souvent, depuis des années dans la même usine : Yue Yen ne s’est pas acquitté des « coti- sations » pour la retraite et pour le fonds d’acquisition d’un logement. Et cela depuis 10 ou 20 ans, selon les salarié·e·s concernées. Un grand nombre d’entre eux continuent d’avoir des contrats à durée déterminée (CDD), après des années de travail, ce qui participe d’une politi- que d’intensification du travail et d’une technique éprouvée pour ne pas verser de cotisations sociales.

L’autre procédé pour « réduire le coût du travail » est le suivant : sur un salaire de 480 dollars, Yue Yen s’acquitte de « ses » cotisations en prenant comme salaire de référence 288 dollars. Tout cela aboutit à ce que les retraites perçues seront au-dessous du niveau de la retraite dite légale, qui est misérable. A ces revendications s’ajoute une exigence de réajus- tement salarial lié à la hausse des prix. Elle est de 37 dollars. Selon un reportage de NBC News et des informations de la China Labour Watch des salaires de 1,70 dollar par heure sont cou- rants. Pour atteindre les 400 dollars par mois, la semaine de travail de 60 heures est donc obligatoire.

Le 15 avril 2014, la police intervient devant les portes de l’usine de Yue Yen à Dongguan. La grève a commencé le 13-14 avril. Afin de ne pas subir une répression trop brutale, les sa- larié·e·s pointent le matin, puis, soit manifestent un certain temps devant l’usine, soit retour- nent dans leur logement. Face à l’absence de syndicat indépendant, les structures d’aide aux travailleurs et travailleuses migrants jouent, en partie, un rôle d’instrument de substitution. Dès le 22 avril, alors que la grève s’étendait à la deuxième plus importante usine du groupe, la police arrête deux représentants de l’organisme d’aide, fouille leurs locaux, saisit leurs ordinateurs.

En date du 25 avril, l’un est libéré. Il a toutefois refusé de signer un ordre lui intimant de ne plus s’approcher de l’usine et de ne plus appuyer la grève. L’autre militant est encore prison- nier dans un « endroit inconnu ». La police, depuis la même date, « visite » les logements des grévistes pour les intimider. Le résultat semble, pour l’heure, peu efficace.

Les grévistes ont refusé l’accord proposé par la direction. Cette dernière s’engageait à payer les cotisations depuis le 1er mai 2014. La crainte que les cotisations jamais versées le restent a motivé le refus. En effet, les sommes dues par Yue Yen s’élèvent à hauteur de 3200 et 4800 dollars pour une grande partie des salarié·e·s, soit souvent plus d’une année de salaire.

Dans cette situation, les travailleurs et travailleuses ont décidé de continuer la grève jusqu’au 1er mai 2014. En RPC, le 1er mai est aussi « une fête du travail ». Cette date semble devoir être commémorée de manière radicalement différente par les travailleurs et travailleuses des usines de la famille Tsai, dans le Guandong, et par le Parti-Etat du camarade président Xi Jinping, qui est aussi Secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et se situe, dès lors, à la tête de « l’atelier du monde » !

Charles-André Udry 25 avril 2014* Publié par A l’encontre le 25 avril 2014 : http://alencontre.org/asie/chine/ch…

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31717

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24 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Bangladesh, manifestations de colère sur le site du rana plaza (of)

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Des milliers de personnes, portant parfois un linceul, ont exprimé leur colère jeudi sur le site du Rana Plaza, un an après l’effondrement du complexe textile.

140 ouvrier(e)s toujours disparus « Nous voulons une indemnisation », « la mort pour les coupables », ont crié les manifestants parmi lesquels des blessés et des proches d’ouvriers tués qui transportaient des fleurs et des couronnes en se dirigeant vers les ruines du site. Les familles de 140 ouvriers toujours portés disparus se sont jointes au mouvement, demandant l’aide du gouvernement pour retrouver les corps. Des enfants se trouvaient dans le cortège, tenant des photos de leur mère disparue. « Je veux le corps de ma fille. J’aurai ainsi une petite consolation », déclare Minu Begum en pleurs, tenant la photo de sa fille Sumi qui travaillait dans l’un des ateliers du site.

« Ils abandonnent les survivants » Les ONG et syndicats ont commémoré l’événement en dénonçant l’attitude des 29 chaînes de distribution, dont l’espagnol Mango et l’italien Benetton, soupçonnées d’avoir sous-traité leur production à un moment ou à un autre aux fabricants du Rana Plaza. « Ces marques abandonnent les ouvriers une deuxième fois », a écrit Ineke Zel- denrust, de l’organisation Clean Clothes Campaign dans un communiqué. « Ils ne se sont pas préoccupés de la sécurité des ateliers dans lesquels ils s’approvisionnaient et maintenant ils abandonnent les survivants et les familles de ceux qui ont perdu leurs proches », ajoute-t-elle.

La pire catastrophe industrielle du Bangladesh L’effondrement du Rana Plaza a tué 1 138 ouvriers et blessé plus de 2 000 personnes, mettant en lumière les conditions de sécurité dé- plorables dans les ateliers textiles et les salaires et conditions de travail misérables des sala- riés. La catastrophe a contraint les distributeurs occidentaux à lancer des inspections de sécu- rité et le gouvernement à relever le salaire minimum. Mais pour la coordination de syndicats IndustriALL, les distributeurs n’ont apporté que des contributions « tristement insuffisantes » au fond de 40 millions de dollars pour aider les blessés et les proches des personnes tuées.

Seulement 15 millions de dollars ont été apportés et les premiers paiements de 640 dollars à chaque victime ou proche n’ont été versés que cette semaine. Bangladesh – 07h51

http://www.ouest-france.fr/bangladesh-manifestations-de-colere-sur-le-site-du-rana-plaza-2337889

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22 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Un an après le drame du rana plaza (basta)

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Les grandes marques d’habillement ont-elles changé leurs pratiques ? Ils fabriquaient des tee-shirts, polos ou pantalons pour de grandes marques occidentales. 1138 ouvriers et ouvrières du textile ont été tués dans le drame du Rana Plaza, il y a un an au Bangladesh. Suite à l’indignation, un accord sur la sécurité des usines textiles a été signé, notamment par les Français Auchan, Carrefour, Camaïeu, Casino et Leclerc.

Les grandes entreprises ont-elles respecté leurs engagements? La situation des ouvrières du textile s’est-elle améliorée ? Les victimes du drame et leurs familles ont-elles été indemnisées ? Enquête. Le 24 avril 2013, s’effondre à Dhaka, capitale du Bangladesh, l’im- meuble du Rana Plaza. 5 000 ouvriers et ouvrières du textiles y travaillent. Bilan : 1 138 morts et plus de 2 000 blessés, dont certains resteront handicapés à vie. Le bâtiment de neuf étages – alors qu’il est conçu pour n’en posséder que cinq – comprend cinq ateliers de confection, travaillant pour des marques aussi diverses que Benetton, Walmart ou Mango. Mais probable- ment aussi pour Camaïeu et Auchan – qui ne reconnaît qu’une possible sous-traitance « sau- vage » – et peut-être pour Carrefour, qui nie cependant tout lien avec le Rana Plaza. Le jour précédent, les ouvrières remarquent des fissures dans les murs. Les patrons les contraignent à reprendre leurs postes, en les menaçant de ne pas verser leurs salaires.

L’événement mobilise comme jamais les médias et l’opinion publique internationale, mettant en lumière les conditions de travail et de vie des ouvrières – majoritairement de très jeunes femmes – qui fabriquent les vêtements commercialisés en Europe et en Amérique du Nord. Au Bangladesh même, la catastrophe entraîne des manifestations de masse des travailleurs du textile, qui se sont poursuivies pendant plusieurs mois et n’ont pas encore vraiment cessé à ce jour (lire « Depuis la catastrophe du Rana Plaza, les ouvrières du textile se sont radicalisées. »). La pression conjuguée des ouvrières et de la communauté internationale a forcé les élites du Bangladesh et les multinationales du textile à des concessions. Les pa- trons des ateliers, malgré leur proximité avec les dirigeants du pays, sont aujourd’hui derrière les barreaux.

Du côté des donneurs d’ordres, plus de 150 marques ont signé un Accord sur la sécu- rité des usines textiles au Bangladesh, en association avec les syndicats nationaux et interna- tionaux, et sous l’égide de l’Organisation internationale du travail (OIT). En France, Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino et Camaïeu en sont signataires. Cet accord social novateur prévoit notamment un programme d’inspection des usines et un suivi transparent de ces inspections. Sur le papier, le texte constitue une avancée significative, justifiant les espoirs de nombreux observateurs que le drame du Rana Plaza représentera un tournant décisif en matière de droits humains et de conditions de travail dans l’industrie textile au Bangladesh, voire dans d’autres pays. «Nous avons tout fait pour que cet accord voit le jour», assurait, à l’époque, le négociateur de Carrefour, premier signataire français du texte. «Nous attendons des syndicats un échéancier de ce qu’il y a à faire, et nous sommes impatients!». Si elles affichent fièrement leur participation au processus, les marques françaises – à l’exception de Camaïeu – refusent cependant catégoriquement de participer à l’indemnisation des victimes.

« Pas de responsabilité dans l’effondrement du bâtiment » Les organisations non gou- vernementales françaises, emmenées par Peuples Solidaires et le collectif Éthique sur l’éti- quette, ont lancé un appel (déjà signé par plus de 100 000 personnes) à Auchan et Carrefour, ainsi qu’à l’Italien Benetton, à contribuer au fonds d’indemnisation des victimes et à assumer effectivement leurs responsabilités vis-à-vis des conditions de travail des ouvrières de leurs sous-traitants. Les ONG espèrent profiter de l’anniversaire du Rana Plaza pour faire avancer la proposition de loi sur le « devoir de vigilance » des multinationales françaises vis-à-vis des atteintes aux droits de l’homme dans leurs filiales et leur chaîne d’approvisionnement à l’étran- ger. Déposée par trois députés socialistes et écologistes, la proposition est pour l’instant au point mort, confrontée à l’opposition des lobbies économiques et du gouvernement. Une pétition en ligne vient d’être lancée.

De son côté, Carrefour n’a pas reconnu de lien avec le Rana Plaza, bien que des syn- dicalistes bangladais aient retrouvé une étiquette de sa marque Tex dans les décombres de l’immeuble après la catastrophe. Des anciens ouvriers de l’immeuble affirment également avoir produit des T-shirts de marque Tex, mais il pourrait y avoir confusion avec une marque danoi- se [1]. Le cas Auchan est plus problématique. L’entreprise admet initialement que des panta- lons de sa marque In Extenso sont fabriqués au Rana Plaza, mais explique qu’il s’agit d’une production sous-traitée « en cascade » par l’un de ses fournisseurs officiels, sans que l’ensei- gne n’en soit informé.

Accord international: Auchan tiendra-t-il ses engagements? Réponse des ONG : « Le fait qu’Auchan n’ait pas été capable de maîtriser sa production tout au long de sa chaîne d’ap- provisionnement ne la dédouane en aucun cas de sa responsabilité envers les victimes. » Le groupe semble avoir choisi de durcir le ton. Dans un communiqué récemment diffusé, Auchan affirme désormais que son enquête approfondie « n’a permis d’apporter aucune preuve for- melle ». Ce qui n’a pas empêché Auchan de « mettre fin de manière unilatérale à [ses] rela- tions commerciales avec [le fournisseur en question] ». Conclusion de la multinationale: «Auchan (…) n’a pas de responsabilité dans l’effondrement du bâtiment. »

La responsabilité du groupe français est cependant bel et bien engagée dans la mise en œuvre de l’accord qu’il a paraphé. Le programme d’inspection prévu concerne environ 1 700 usines textiles sur les 4 500 que compte le Bangladesh [2]. Ces inspections ont commencé fin 2013. Les dix premiers rapports – qui relèvent des problèmes importants de sécurité – ont été rendus public. Selon les dispositions de l’accord, les donneurs d’ordre – Carrefour, Auchan et consorts – s’engagent à aider leurs fournisseurs à réaliser les travaux nécessaires, à main- tenir des relations d’affaires pendant au moins deux ans, et à rémunérer pendant au moins six mois les ouvriers et ouvrières mis au chômage pendant la durée des travaux. Pourtant, au moins deux usines viennent d’être fermées suite aux inspections, dont un fournisseur d’Auchan employant 3 500 ouvrières, Softex. Les ouvrières ont été congédiées sans compensation, les patrons de l’usine se défaussant sur Auchan : « Nous fermons des usines à leur demande. Aussi c’est à eux de financer le chômage des ouvriers. » [3]. Dans son récent communiqué, le groupe français reconnaît les faits, mais garde le silence sur le sort réservé au fournisseur et aux ouvrières. Toujours pas responsable ?

200 ouvrières toujours portées disparues Suite aux manifestations et aux mouvements de grève, le gouvernement bangladais a été obligé d’augmenter le salaire minimal du secteur textile. Celui-ci a été porté à 50 dollars mensuels (36 euros), contre 28 dollars auparavant. Les ouvriers réclamaient cependant le double (100 dollars). Encore loin du salaire vital au Bangla- desh [4], qui prend en compte le prix de besoins essentiels – logement, énergie, eau, habil- lement, protection sociale, alimentation, transport, éducation santé, petite épargne – et estimé à 260 euros au Bangladesh. H&M, principal donneur d’ordre au Bangladesh, a ainsi proposé de payer directement les ouvriers et de leur assurer un «salaire vital» au moins, pour commen- cer, dans quelques usines pilotes. « Nous saluons ces annonces, mais nous n’avons pas connaissance d’initiatives concrètes à ce stade », nuance cependant un autre syndicaliste bangladais.

L’attitude d’Auchan et de Carrefour n’est certes pas exceptionnelle : seulement dix entreprises se sont engagées formellement dans le dispositif d’indemnisation (dit « Arran-gement »), contre plus de 150 pour l’accord! Les besoins financiers pour assurer une com- pensation « juste, complète et transparente » aux victimes du Rana Plaza – couvrant les frais médicaux et la perte de revenus, en conformité avec les conventions de l’OIT – ont été estimés à 40 millions de dollars (54 millions d’euros). Un peu moins de la moitié doit être abondée par les donneurs d’ordres internationaux. Une somme extrêmement modeste comparée aux béné- fices des entreprises concernées en 2013, comme le signalent Peuples solidaires et Éthique sur l’étiquette : « 2,4 milliards [d’euros] pour Inditex (Zara), 1,26 milliard pour Carrefour, 767 millions pour Auchan ». Pourtant, à ce jour, 7 millions de dollars ont été promis selon l’OIT…

En attendant, grâce aux contributions d’ONG et de quelques entreprises comme l’irlandaise Primark, des aides d’urgences ont été versées, mais de manière aléatoire et insuffisante au regard des besoins. Pire : près de 200 ouvrières seraient encore portées disparues, leurs corps n’ayant pas été officiellement retrouvés dans les décombres [5]. Leurs familles n’ont donc pas droit à des indemnités.

Carrefour et Auchan, une « conduite exemplaire » ? Pourquoi refuser de participer au fonds d’indemnisation, au risque de se donner une mauvaise image ? Probablement parce que ces entreprises considèrent un tel geste comme un aveu implicite de relation commerciale avec les entreprises du Rana Plaza, pouvant engager leur responsabilité juridique [6]. La mise en place du fonds d’indemnisation – fruit d’une laborieuse négociation entre entreprises et syn- dicats sous l’égide de l’OIT – s’est pourtant entourée de bien des précautions. Soin a été pris de dissocier contribution financière au fonds et responsabilité directe dans le drame, en pré- cisant que les contributions pouvaient très bien être volontaires. Nombre d’entreprises y ont d’ailleurs participé par le biais d’organisations caritatives internes, comme la « Fondation C&A », ou externes, via des ONG.

Cela n’a visiblement pas suffi à apaiser les craintes dans les directions de Carrefour et Auchan. Leur attitude contraste avec celle d’autres groupes européens, comme l’irlandaise Primark, qui a contribué au fonds en plus de mettre en place son propre programme d’indem-nisation. Ou encore C&A ou Inditex (Zara), qui y ont abondé sans pour autant reconnaître avoir des sous-traitants dans le Rana Plaza. Même les géants américains Gap et Walmart – pourtant très critiqués par la société civile internationale pour avoir refusé de signer l’accord – ont par- ticipé à l’indemnisation! Si le groupe Carrefour a pu se présenter comme un « artisan de l’Accord », et vante sa «conduite exemplaire», la réalité paraît donc beaucoup moins reluisante.

La mise en cause de la sous-traitance sauvage et le risque juridique paraissent des ex- cuses bien commodes pour ne rien changer fondamentalement au système établi, et se dé- fausser de toute responsabilité sur leurs fournisseurs. « Les grandes marques occidentales sont celles qui ont le plus profité de la sueur et du sang des ouvrières. Elles doivent donc prendre leurs responsabilités et s’occuper des victimes et des autres ouvrières, au même titre que les propriétaires bangladais des usines », estime Shahidul Islam Shahid, de l’un des principaux syndicats du secteur textile bangladais, le National Garment Worker’s Federation (lire notre entretien). Sera-t-il écouté ?

Ouvrière bangladeshie et new-yorkaise : un destin commun? Dans la foulée du Rana Plaza, Auchan s’est empressé d’annoncer un «plan de lutte contre la sous-traitance sauva- ge». Pourtant, ce sont bien les pratiques d’achat des groupes de grande distribution et de leurs concurrents qui créent, en imposant des délais très courts pour des volumes excessifs à des coûts ultra compétitifs, le problème de la sous-traitance sauvage. «Auchan a bien entendu été bouleversé par cet événement, mais la responsabilité de la catastrophe est celle de ceux qui ont obligé les salariés à travailler dans un immeuble ne respectant pas les normes d’urba- nisme locales et présentant des risques visibles d’effondrement», déclare aujourd’hui le groupe.

Qui a contribué à placer les ouvrières dans cette situation et quels sont les différents degrés de responsabilité ? Plutôt que de répondre à cette question, Auchan choisit d’adop- ter un ton martial : en cas de violation par les fournisseurs des « contrats commerciaux » et des « modes de relations habituels », la sanction sera immédiate et les sous-traitants ne seront plus référencés parmi les fournisseurs. Une logique similaire à celle de Disney, très critiqué pour avoir décidé unilatéralement de se retirer totalement du Bangladesh après le drame. Et laissant les ouvrières à leur sort après avoir exploité leur travail, en les privant, du même coup, des opportunités économiques et sociales offertes malgré tout par l’emploi textile [7].

Un précédent souvent invoqué à propos du Rana Plaza est celui de l’incendie de la Trian- gle Wistshirt Factory, une usine textile située en plein New York, en 1911. Cette catastrophe industrielle avait fait 146 victimes : des jeunes femmes qui n’avaient pu s’enfuir de l’immeuble parce que leurs patrons avaient fermé les portes à clé. Le scandale qui a suivi a entraîné la mise en place de régulations pionnières visant à améliorer la sécurité des usines et les condi- tions de travail des ouvriers aux États-Unis. L’une des artisans de ses réformes, Frances Perkins, est ensuite devenue secrétaire d’État sous Roosevelt, puis l’une des fondatrices de l’Organisation internationale du travail. Suite au Rana Plaza, nous en sommes encore loin.

Olivier Petitjean par Olivier Petitjean 22 avril 2014

http://www.bastamag.net/Rana-Plaza

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17 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Les amérindiens, premières victimes dans les luttes pour l’environnement (les inrocks)

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Selon un rapport publié par l’ONG Global Witness, les conflits liés à l’environnement et aux droits du sol sont de plus en plus violents.

Entre 2002 et 2013, 908 activistes ont été tués, dans 35 pays différents. Les communautés indigènes d’Amérique latine sont particulièrement touchées.

Il ne fait pas bon défendre l’environnement. Selon un rapport publié le 15 avril par l’ONG Global Witness, basée à Londres, en dix ans le nombre de personnes assassinées pour avoir défendu leurs droits territoriaux et environnementaux a quasiment triplé, passant de 51 en 2002 à 147 en 2012. Au total, dans cet intervalle, ce sont 908 personnes qui ont payé de leur vie pour défendre leur terre, leur forêt ou leur environnement contre l’exploitation productiviste.

Les causes des décès sont multiples. Depuis 2002, 46 personnes ont été tuées par la police au Pérou alors qu’elles manifestaient contre l’exploitation minière de leur pays. En mai 2011 les écologistes brésiliens José Cláudio Ribeiro da Silva et Maria do Espírito Santo, qui s’opposaient à la déforestation de l’Amazonie, ont été assassinés par balles dans une embus- cade. Au Honduras, 93 paysans qui luttaient contre les plantations de palmiers dans la région très militarisée de Bajo Aguán ont été assassinés en toute impunité par des mercenaires employés par les industries de l’huile de palme, des militaires ou des policiers depuis 2010.

Les Amérindiens face aux bulldozers En Amérique latine, le nombre de victimes de ce type de conflits est particulièrement élevé : plus de 80 % des crimes comptabilisés dans le rapport de l’ONG (qui n’est pas exhaustif) y ont été perpétrés. Le Brésil détient le record funeste de 448 morts en dix ans, suivi du Honduras (109 morts), du Pérou (58 morts) et de la Colombie (52 morts). La violence de ces conflits est alarmante. Ce ne sont pourtant pas des extrémistes écologistes à la “Unabomber”, ni même des militants de Greenpeace qui tombent. Il s’agit en fait bien souvent de membres des communautés indigènes qui défendent leur territoire, comme le met en évidence l’ONG dans un communiqué :

“Dans beaucoup de cas, leurs droits territoriaux ne sont pas reconnus par la loi ou en pratique, laissant leurs terres à la merci de l’exploitation menée par des intérêts économiques puissants, qui les disent ‘opposés au développement’. Souvent, ils apprennent qu’un accord allant à l’encontre de leurs intérêts a été conclu lorsque des bulldozers arrivent dans leurs fermes et leurs forêts.”

Les deux tiers des assassinats répertoriés par Global Witness ont en effet eu lieu dans le contexte de conflits liés à la propriété, au contrôle et à l’usage de la terre. Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation de la violence dont sont victimes ces populations. D’abord, les entreprises qui exploitent les ressources naturelles empiètent de plus en plus sur leurs terres.

“Plus on va à l’intérieur de l’Amazonie, plus on construit de barrages, plus il y a un affrontement avec les indigènes: c’est cet affrontement qui est source de violence, explique Jean-Baptiste Mouttet, co-auteur de La Grande Revanche. Les Amérindiens à la reconquête de leur destin (éd. Autrement). Les exploitations tendent à pénétrer de plus en plus au cœur de territoires habités par des peuples qui étaient jusqu’à présent éloignés de la civilisation telle qu’on la connaît.”

Selon la journaliste Anna Bednik, engagée dans le collectif ALDEAH (Alternatives au Développement Extractiviste et Anthropocentré), l’expansion des zones touchées par l’exploitation des ressources naturelles a atteint un seuil critique: “84% de l’Amazonie péruvienne et 75% de l’Amazonie équatorienne sont concernés par l’exploitation pétrolière, et 15% des terres du Pérou sont possédées par des compagnies minières”.

“Les grandes entreprises internationales ont l’habitude de faire leur loi” Les peuples autochtones n’entendent pas se laisser déposséder de leur environnement sans réagir. “Il y a davantage d’affrontements car les Amérindiens ont pris conscience de leurs droits, et reven- diquent plus facilement leur territoire qu’auparavant. Or les grands propriétaires terriens et les grandes entreprises internationales ont l’habitude de faire leur loi dans ces lieux reculés, d’où le clash”, explique Jean-Baptiste Mouttet.

Le mouvement social qui s’est levé au Pérou, dans la région de Cajamarca, contre le projet minier Conga, est emblématique de ces nouveaux conflits territoriaux et indigènes. Les paysans des hauts plateaux andins s’opposent depuis 2011 à ce projet d’exploitation d’une mine de cuivre et d’or par la multinationale Yanacocha, qui mettrait en péril les ressources hydriques et l’agriculture de l’ensemble de la région. En juillet 2012 cinq personnes sont mortes dans ce conflit.

“C’est une réponse sociale à l’extractivisme, c’est-à-dire l’exploitation massive des ressources naturelles, qui a connu une accélération importante ces dernières années, explique Anna Bednik. Le prix des matières premières produites en Amérique Latine a considérablement augmenté, ce qui pousse les gouvernements de ces régions, de droite comme de gauche, à les exploiter. Il y a une intensification des exploitations pétrolières, gazières, de charbon, de métaux, du soja, et de la palme africaine. Tous ces centres d’extraction sont reliés par des projets routiers et des barrages hydrauliques qui endommagent l’environnement naturel, et entrent en concurrence avec les populations pour les ressources qui sont sur ces territoires ancestraux des peuples autochtones”.

La relation particulière qu’entretiennent les peuples autochtones avec la nature les rend également plus vulnérables, comme l’explique Jean-Baptiste Mouttet :

“En Colombie, dans la croyance des Amérindiens Kogi, Kankuamos et Arhuacos, qui vivent dans la Sierra Nevada, la montagne et la mer doivent être connectés par la nature, par la forêt. C’est pourquoi ils essayent de racheter leur terre pour que la nature reprenne ses droits sur ces territoires. Ce faisant, ils entrent en conflit avec les Farc, avec les paramilitaires, et avec les grands propriétaires terriens. Ce sont des peuples en position de victime car ils ne peuvent s’appuyer sur aucune aide extérieure. Ils ne prennent pas parti entre Farc et paramilitaires: ils sont pris en tenaille par ces deux groupes-là.”

Dans certains pays, les peuples autochtones sont même considérés comme des terroristes tombant sous le coup de lois répressives, comme les Mapuches au Chili. En comparaison, l’impunité des coupables de crimes dans ces conflits laisse pantois: 1 % d’entre eux seulement ont été condamnés selon le rapport de Global Witness. Dans le communiqué publié par l’ONG, son représentant Andrew Simms conclut : “La protection de l’environnement est désormais un champ de bataille stratégique pour les droits de l’homme.” 17/04/2014 | 10h27

http://www.lesinrocks.com/2014/04/17/actualite/de-plus-en-plus-damerindiens-se-font-tuer-en-defendant-lenvironnement-11498634/

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17 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Génocide au rwanda: l’état français, le déni et la triche

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Vingt ans après, la polémique sur les responsabilités de l’État français dans le géno- cide au Rwanda ne désarme pas. Du côté de l’accusation, des témoignages précis, graves et concordants. De l’autre, la langue de bois la plus abrupte… Monté en première ligne, notre nouveau Premier ministre déclare sans ambages, à l’occasion du débat de politique générale à l’Assemblée  : «  Je n’accepte pas les accusations injustes, indignes, qui pourraient laisser penser que la France ait pu être complice d’un génocide au Rwanda, alors que son honneur c’est toujours de séparer les belligérants  ». Ben voyons  ! Il «  n’accepte pas  ».

 «  Honneur  » et continuité Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de cohabitation au moment des faits, appelle François Hollande «  à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates  ». Ce mot, «  honneur  », revient ainsi en une inlassable litanie, comme s’il suffisait à couper court à tout questionnement, à réfuter tous les témoignages. C’est aussi celui qu’on retrouve dans un récent message aux armées du ministre de la Défense, qui retournant l’histoire comme un gant, explique que «l’honneur de la France et de ses armées», est d’avoir réagi «en étant la première… à reconnaître dans ces tueries un génocide et à réclamer un sursaut de la communauté internationale» et «en incarnant elle-même ce sursaut».

Cela pour mieux boucler la boucle par une conclusion sans appel, marque de la cohé- rence de la politique française  : «L’armée qui est courageusement intervenue il y a vingt ans, c’est celle-là même qui a délivré le peuple malien de la violence terroriste, et qui s’engage aujourd’hui, aux côtés des Africains, et notamment de soldats rwandais, pour prévenir une nouvelle tragédie en Centrafrique». Continuité à tous les étages  ! Voilà qui est faire bon marché des responsabilités de la France, à trois niveaux au moins  : par les choix effectués dans les années qui ont précédé le génocide  ; au moment des faits, par l’engagement direct des troupes françaises au côté des génocidaires; au cours des années qui ont suivi, par l’occultation délibérée et obstinée de la vérité qui perdure encore aujourd’hui.

 Les faits sont têtus La France est intervenue, de façon particulièrement active dès 1990, en tant qu’alliée sans faille du Président hutu Habyarimana sous l’égide, notamment, du socialiste Hubert Védrine, alors secrétaire général de l’Élysée. La politique de la Françafrique consiste alors à prendre le contre-pied de celle du colonisateur belge qui s’appuyait sur une «élite» tutsi minoritaire. Le pouvoir ayant changé de mains, il s’agit de rectifier le tir en se rangeant active- ment et sans réserve au côté de la majorité hutue pour s’inscrire pleinement dans le jeu des rivalités des grandes puissances et établir solidement la position de la France.

Dans ces conditions, dès que le régime en place se sent menacé par les troupes tutsies du FPR, la France décide d’intervenir militairement : c’est, en 1990, l’opération Noroît, présentée comme «  temporaire  » comme il se doit… et qui durera jusqu’en 1993. Quand à l’opération «Turquoise» de 1994, celle-ci s’annoncera comme une opération humanitaire, uniquement destinée à «mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éven- tuellement en utilisant la force.»

La responsabilité français classée «  secret défense  » C’est autour des tenants et abou- tissants de cette dernière que la polémique est la plus vive. De la responsabilité dans les mas- sacres à la participation directe de certains membres des forces armées en passant par la complicité qu’induirait la formation des milices hutues, il y a place pour nombre de thèses qui s’affrontent encore. Il n’est pas possible ici de les lister et de les mettre en regard.

En 1998, une mission d’information parlementaire sous la présidence Paul Quilès produira un rapport de 1 800 pages, au fil desquelles elle sera conduite à reconnaître rien moins, par exemple, que la «sous-estimation du caractère autoritaire, ethnique et raciste du régime rwandais»… dont la France assurait la protection et formait les milices. Pourtant, le président de la mission s’évertue à la dédouaner en indiquant en préambule de la présentation de ce document  : «Ce sont bien des Rwandais qui, pendant plusieurs semaines, ont tué d’autres Rwandais dans les conditions que l’on sait. Au moment où il se produit, la France, n’est nullement impliquée dans ce déchaînement de violence».

Nous en sommes toujours là. Quilès a beau se targuer d’avoir obtenu, dans le cadre de la mission d’information, la déclassification de 7 500 documents, il reste que la levée du «  secret défense  » sur nombre de documents est toujours refusée. On peut gager que ce ne sont pas les moins intéressants. Mais une fois de plus, «  l’État comprime et la loi triche  »  !

François Brun  Hebdo L’Anticapitaliste – 238 (17/04/2014). http://npa2009.org/

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16 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Bill Gates, un philanthrope qui veut aussi contrôler le marché des semences (cetri.be)

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En Afrique, la Fondation Gates cherche à imposer de nouvelles variétés de semen- ces à haut rendement. Une fausse bonne idée qui pourrait ouvrir la porte aux cultures OGM.

Le second cheval de bataille de Bill Gates, c’est l’alimentation, un autre besoin fondamental pour l’humanité. La Fondation y consacre un tiers de ses fonds, principalement en finançant l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Agra), qu’elle a fondée en 2006 en partenariat avec la Fondation Rockefeller, et dans laquelle elle a déjà investi 264 millions de dollars. Implantée à Nairobi, au Kenya, l’Agra affiche des intentions louables. Elle appuie la lutte des petits paysans pour la reconnaissance de leurs droits coutumiers sur leurs terres et leur adaptation aux changements climatiques. Ses investissements visent essentiellement des régions pauvres d’Afrique et particulièrement les groupes de femmes qui représentent la grande majorité des agriculteurs.

L’Alliance ne cache pas ses ambitions: bouleverser l’agriculture africaine à l’image de la « révolution verte » qui avait transformé l’agriculture asiatique dans les années 50. Cette révo- lution, plus technologique que verte d’ailleurs, reposait sur l’introduction de variétés de blé et de riz à haut rendement. L’opération a effectivement rendu l’agriculture beaucoup plus produc- tive, mais également totalement dépendante des engrais et des pesticides, devenus néces- saires afin de répondre aux exigences de ces nouvelles variétés.

L’Agra prétend cependant avoir tiré toutes les conclusions de la révolution précé- dente. Sa révolution à elle sera « soft », basée sur une centaine de produits de base tels que le maïs, le manioc, le sorgho ou le millet, avec une recherche confiée aux pays africains eux- mêmes et pilotée par une personnalité reconnue, Kofi Annan, l’ex-secrétaire général de l’ONU qui a pris la présidence de l’Agra en 2007. Par François Polet , Jean-François Pollet 13 mars 2014

- Lire la suite de cet article et l’interview de François Polet dans la magazine Imagine

http://www.cetri.be/spip.php?article3403&lang=fr

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10 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Pérou, le pétrolier français perenco étend ses forages en amazonie (basta)

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De nouvelles réserves à exploiter, malgré la présence d’indiens en isolement volontaire ? Perenco, l’entreprise pétrolière franco-britannique, serait sur le point d’acquérir 55% des parts d’une nouvelle concession, dans le nord du Pérou. Probablement une des réserves en pétrole les plus importantes du Pays, le lot 39 représente 700 000 hectares de forêt tropicale. Un lieu où vivraient des indiens en isolement volontaire- ces populations autochtones qui préfèrent ne pas entrer en contact avec le monde extérieur « civilisé » !

Jusqu’à maintenant, c’est la société espagnole Repsol qui dirigeait les opérations. Mais cette dernière a décidé de se retirer du projet, certainement sous la pression du ministère norvégien des finances ! La Norvège est en effet actionnaire de l’entreprise espagnole. En 2010, après la réalisation d’une étude, le conseil d’éthique du ministère des finances a recommandé le retrait des fonds engagés auprès de Repsol. En cause : la violation des droits de l’homme des Indiens vivant dans cette région.

Une fuite reconnue un mois plus tard

Perenco, elle, ne semble pas gênée par ces Indiens en isolement volontaire. Elle affirme d’ailleurs ne pas avoir d’indices confirmant leur présence, tout en éditant un cahier de consignes en cas de rencontres fortuites (Lire notre enquête). Par cette acquisition, Perenco renforcerait sa présence dans la région. En décembre dernier, elle a extrait le premier baril de pétrole de son exploitation du lot 67, à côté de la nouvelle concession. Une inauguration à laquelle a assisté Ollanta Humala, président du Pérou, qui a salué « la très bonne relation que Perenco entretient avec les communautés » et le début d’une « nouvelle ère pour le développement de l’Amazonie » grâce aux soucis sociaux et environnementaux portés par l’entreprise.

Pas sûr que les Indiens touchés par la première fuite de pétrole de l’entreprise soient du même avis. Le 5 décembre 2013, environ 230 litres de pétrole ont été déversés dans une communauté où la société opère. Les villageois seraient intervenus assez rapidement pour éviter les dégâts environnementaux. Mais ce n’est qu’un mois après que Perenco a reconnu la fuite. De quoi faire douter les paroles du président péruvien ! Des critiques s’élèvent également en Colombie contre l’entreprise franco-britannique. Dans la région de Casanare, des milliers d’animaux ont été retrouvés morts, sous l’effet d’une forte sécheresse. D’après les communautés locales, la pollution engendrée par l’exploitation pétrolière de Perenco en serait aussi à l’origine. Selon elles, les techniques de fracturation de la société provoqueraient également l’asséchement des ruisseaux… ce qui accroitrait les effets de la sécheresse ! par Simon Gouin 10 avril 2014

A lire sur Basta ! :
- Une nouvelle menace pèse sur l’Amazonie : l’industrie pétrolière française
- Perenco, l’entreprise pétrolière qui renvoie les Indiens au musée

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http://www.bastamag.net/Perenco-etend-son-exploitation

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10 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Bangladesh, catastrophe du rana plaza (lo)

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Le combat des ouvrières pour se faire indemniser

Lundi 7 avril, Shila Begum, une jeune ouvrière rescapée de la catastrophe du Rana Plaza, est venue en France pour dénoncer le refus de certains donneurs d’ordres, comme Auchan et Carrefour, de verser les indemnités dues.

Il y a un an, dans la banlieue de Dacca au Bangladesh, un immeuble abritant des ateliers textiles, s’effondrait littéralement sur les milliers d’ouvrières qui y travaillaient. On a recensé plus de mille morts, auxquels s’ajoutent les nombreux disparus, estimés à 300, 500, voire 600, et environ 2 000 blessés.

Aujourd’hui, bien des ouvrières du Rana Plaza sont devenues invalides, ayant perdu l’usage d’un bras ou de leurs jambes. Elles n’ont pas pu retrouver de travail alors qu’elles sont, pour beaucoup d’entre elles, unique soutien de famille en tant que veuves ou divorcées. Certaines sont aujourd’hui expulsées de leur logement, qu’elles ne peuvent plus payer.

Le gouvernement a commencé à verser des indemnités à celles qui réclamaient, de l’ordre de 500 euros, en particulier pour payer les soins dont elles ont eu besoin après l’accident. Mais le fonds d’indemnisation auquel les fabricants et les multinationales donneuses d’ordres devaient contribuer est resté quasiment vide : il n’a rassemblé à ce jour que 7 millions de dollars, alors que les besoins sont estimés à 40 millions, pour dédommager les victimes de leurs pertes de revenus et de leurs frais médicaux.

Les témoignages des ouvrières et l’inspection des décombres par des militants syndicalistes ou des membres d’ONG ont pu recenser une quarantaine de grandes marques dont les vêtements étaient fabriqués dans cet immeuble. De nombreuses multinationales du prêt-à-porter et de la grande distribution des pays occidentaux sont impliquées, mais certaines d’entre elles, comme Auchan ou Carrefour, nient toujours l’évidence, affirment qu’elles n’étaient pas au courant et, par conséquent, refusent de contribuer au fonds d’indemnisation.

Pourtant, si ces trusts se sont détournés de la Chine et ont choisi le Bangladesh depuis une trentaine d’années pour la production de leurs vêtements, c’est avant tout pour la surexploitation des ouvriers et les bas salaires qui y sont pratiqués : les ouvrières du Rana Plaza touchaient environ 40 euros par mois pour 10 heures de travail quotidien à une cadence infernale, sept jours sur sept, et parfois de nuit.

Aujourd’hui, suite au mouvement d’indignation que la catastrophe a suscité dans le pays, suite aux grèves et aux manifestations de centaines de milliers d’ouvriers du textile, quelques usines parmi les plus dangereuses ont été fermées et le salaire minimum a été un peu augmenté. Du coup, les grandes marques du prêt-à-porter occidental commencent à quitter le Bangladesh pour l’Éthiopie aux salaires plus bas encore ! Les capitalistes du secteur comptent ainsi maintenir les 40, 50, voire 70 % de marge qu’ils réalisent sur la vente de leurs vêtements.

Dans leur lutte contre les fabricants assassins et leurs donneurs d’ordres, les ouvrières bangladaises n’ont rien à attendre de leur gouvernement, corrompu et étroitement lié au patronat local. Elles n’ont rien à attendre non plus des gouvernements du monde occidental qui, au pire, ferment les yeux et, au mieux, ont adopté une loi contraignant les multinationales impliquées à un devoir de « vigilance », sous peine d’amendes et de poursuites pénales. En France, une proposition de loi de cette nature est rejetée par le Medef et le gouvernement, et est toujours en attente d’une date de délibération à l’Assemblée.

L’ouvrière Shila Begum, accompagnée de la militante syndicaliste Safia Parveen, réclame aujourd’hui justice aux capitalistes responsables de la catastrophe, au nom de toutes les victimes. Elles ont droit à la solidarité de tous les travailleurs et de toutes les organisations ouvrières en France et en Europe. Valérie FONTAINE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2384&id=48

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