Archive | Altermondialisme

21 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Comment l’aide au développement se privatise au profit des grandes multinationales (basta)

crise ff

Un réseau d’ONG s’alarme de la montée en puissance des « institutions financières de développement » (IFD), mandatées pour soutenir les investissements du secteur privé dans les pays émergents. Ces banques dépendent de l’argent que leur versent États ou organisations internationales. Mais, peu contrôlées, elles auraient une fâcheuse tendance à favoriser les multinationales des pays riches, voire à financer des projet privilégiant la renta- bilité économique plutôt que l’utilité sociale des investissements. Quitte à solliciter, si néces- saire, des fonds implantés dans les paradis fiscaux…

L’aide publique au développement (APD), en direction des pays pauvres, connaît-elle une privatisation silencieuse, déconnectée des besoins des populations mais conduite au plus grand bénéfice des entreprises multinationales? Tandis que les parlementaires français entendent réduire le budget national consacré à cette aide publique, un rapport publié ven- dredi 11 juillet par le Réseau européen sur la dette et le développement (Eurodad) s’inquiète de la montée en puissance et de l’opacité de fonctionnement des institutions financières de développement (IFD). Celles-ci sont en charge des aides orientées vers le secteur privé des pays émergents. Et pour elles, entreprises et marchés sont désormais considérés comme les principaux leviers de leur développement.

100 milliards pour  « favoriser les investissements privés » Qui sont ces «IFD»? Banque européenne d’investissement (BEI), Société financière internationale (SFI) rattachée à la Banque mondiale, ou encore, en France, la société Proparco [1], une filiale de l’Agence fran- çaise de développement (AFD). Elles mobilisent des capitaux en augmentation constante depuis le début des années 2000. Selon Eurodad, ces montants devraient atteindre, à l’échelle mondiale, les 100 milliards de dollars en 2015, soit l’équivalent des deux tiers de l’aide publique au développement. Fournie directement par les États pour, par exemple, sou- tenir l’accès à l’éducation ou la lutte contre le paludisme, l’aide publique tend à diminuer dans la plupart des pays européens. Au contraire des financements destinés, via les «IFD», à investir sur des projets portés par les entreprises dans les pays pauvres, en leur apportant des prêts, des garanties, voire une participation directe à leur capital.

Illustration de ce dispositif, la BEI et Proparco vont avancer respectivement 200 mil- lions et 50 millions d’euros, sous forme de prêts, pour le financement du «plus grand parc éolien d’Afrique subsaharienne», qui doit s’implanter près du lac Turkana dans le Nord du Kenya [2]. Le projet prévoit l’installation de 350 turbines, qui seront exploitées par un consor- tium réunissant des entreprises privées et des agences d’investissement européennes, tandis que «les français Siemens et Bolloré assureront respectivement la partie électrique et le transport des éoliennes». «Les investissements réalisés par le secteur privé européen offrent d’immenses perspectives au Kenya ainsi que pour le développement de l’ensemble de la région», a commenté Lodewijk Briet, ambassadeur de l’Union européenne.

Lire la suite

Par Thomas Clerget 21 juillet 2014

Lire la suite

19 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Visite de françois hollande au niger (odn)

1120-15-tignous-Niger1

L’Observatoire du nucléaire dénonce une véritable rafle à l’encontre de la société civile nigérienne

C’est une visite bien tranquille que s’offre François Hollande au Niger à l’invitation de son homologue et ami de longue date Mahamadou Issoufou: en effet, la plupart des animateurs de la société civile nigérienne, et en particulier ceux qui critiquent le business de l’uranium par lequel la France nucléaire pille littéralement le Niger, ont été arrêtés dans le cadre d’une véritable rafle (*).

Pour mémoire, M. Issoufou est un ancien cadre d’Areva, multinationale radioactive par laquelle la France s’accapare l’uranium du Niger depuis des décennies afin d’alimenter à bas prix les réacteurs nucléaires français. Dernièrement, de nouveaux accords ont été signés entre Areva et les dirigeants du Niger qui, tout en faisant mine de défendre les intérêts du pays, ont à nouveau offert à la France des tarifs dérisoires pour l’enlèvement de l’uranium du Niger.

Pour sa part, après avoir dénoncé un curieux versement de 35 millions d’euros d’Areva au Niger, en partie pré-affecté à l’achat d’un nouvel avion pour le Président Issoufou, l’Observatoire du nucléaire est poursuivi en justice par Areva sous prétexte d’une prétendue « diffamation » (**).

C’est d’ailleurs par la biais d’un jugement entaché de fautes grossières que l’Observatoire du nucléaire a été condamné en première instance, le procès en appel étant fixé au 19 novembre 2014 à la Cour d’appel de Paris.

Une fois de plus, il est démontré que le nucléaire ne nuit pas seulement à l’environnement et aux êtres vivants, mais aussi à la démocratie. Et ce n’est de toute évidence pas avec les « socialistes », Hollande et Issoufou que ces pratiques abjectes cesseront…

1120-15-Tignous-Niger3

 

Observatoire du nucléaire – http://www.observatoire-du-nucleaire.org

 

Communiqué - Samedi 19 juillet 2014

(*) http://bit.ly/1u08NDG

(**) http://observ.nucleaire.free.fr/accueil-proces-areva.htm

Lire la suite

17 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

François hollande et l’armée française continuent de défiler en afrique (survie)

empire

*

Alors que certaines armées africaines étaient à l’honneur le 14 juillet sur les Champs Elysées en hommage à l’implication des troupes coloniales dans la Grande Guerre, François Hollande s’envole 48 heures après pour une tournée françafricaine. Ce voyage, initialement axé sur les intérêts économiques en Côte d’Ivoire, consacre finalement l’ingérence militaire française au Sahel, incarnée par la nouvelle opération « Barkhane ».

Selon l’Élysée, le 14 juillet est « une vitrine pour montrer la puissance militaire française ». Cette puissance est surtout au cœur du déplacement du président en Afrique de l’Ouest : derrière la vitrine, l’Exécutif va œuvrer dès le 16 juillet à son fonds de commerce, en allant de symbole en symbole.

Au départ de cette tournée présidentielle en Afrique, il y a le voyage officiel prévu de longue date en Côte d’Ivoire, et son traditionnel panel de patrons venus dans le sillage de François Hollande. Ceux-ci vont négocier la sécurisation ou le renforcement des positions économiques françaises, y compris grâce aux opportunités offertes par les dispositifs d’aide publique française tels que le gigantesque « contrat de désendettement et développement » signé avec ce pays. Mais c’est aussi l’occasion pour François Hollande, sur les pas de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, d’officialiser la pérennisation d’une base militaire permanente, « les forces françaises de Côte d’Ivoire » se substituant à l’opération Licorne dont le bilan est pourtant catastrophique.

Déployée en 2002 au motif d’éviter un affrontement sanglant entre forces loyalistes et rebelles, elle a en effet permis à ces derniers de s’imposer par la force avec Alassane Ouattara, au terme d’une parodie d’élection présidentielle. Conséquence logique, on assiste aujourd’hui, derrière le discours trompeur d’une réconciliation, à une justice des vainqueurs qui assure l’impunité et même la promotion sociale des criminels pro-Ouattara et à la répression continue des partisans de Laurent Gbagbo (censure, détention arbitraire, tortures) |1|. Mais, comme l’illustre la suite de la tournée de François Hollande, les droits humains comptent toujours aussi peu face à la realpolitik françafricaine.

L’étape suivante est prévue au Niger, où le président Issoufou, en proie à une dérive autoritaire pour contenir la poussée de son opposition, vient de céder à une partie des prétentions du géant nucléaire français Areva, au terme d’un bras de fer pour la renégo- ciation des conditions fiscales d’exploitation de l’uranium. Mais ce pays est aussi, selon le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, un « maillon clé » du dispositif militaire au Sahel, où l’armée française a vocation à s’implanter « dans la durée » |2|.

Dans la plus grande opacité, des forces spéciales s’y sont installées au titre de l’opération secrète « Sabre ». Elles ont été suivies, lors du déclenchement de l’opération Serval au Mali, par des forces conventionnelles mettant en œuvre des moyens de rensei- gnement aérien (notamment des drones). Mais comme elles n’ont jamais été déclarées comme relevant d’une opération extérieure, aucun vote n’a eu lieu au Parlement à leur sujet. On apprend pourtant à la faveur d’une mission d’information qu’il existerait un accord militaire donnant « à la France le droit de mener seule des opérations sur le territoire nigérien, y compris en y pratiquant des frappes » |3|.

Mais la principale étape de la tournée présidentielle, aux yeux des militaires français, est le Tchad, où devrait prochainement être installé le commandement opérationnel de la nouvelle opération extérieure française, « Barkhane » : un nom de dunes mobiles symbo- lique de la liberté de circulation et d’intervention que l’armée française entend s’arroger au Sahel, sans même chercher, désormais, la caution mystificatrice d’une résolution onu- sienne.

En permettant à son pays de devenir l’épicentre d’un interventionnisme français décomplexé dans la région, François Hollande offre un nouveau soutien à la dictature d’Idriss Déby, marquée depuis 1990 par la répression, les arrestations arbitraires et les dispa- ritions |4|. Une illustration, parmi tant d’autres, des aberrations de la « guerre » que la France entend mener contre un terrorisme dont sa politique africaine est depuis toujours un terreau fertile.

Le lancement de cette nouvelle « opex », qui se substitue aux opérations « tempo- raires » Serval, Sabre et Epervier, en prétendant qu’elles sont arrivées à leur terme, vient clore une année marquée par un fort interventionnisme de la France en Afrique et un impor- tant lobbying des militaires qui, s’appuyant particulièrement sur leur démonstration de force au Mali, cherchent à préserver leur budget.

Surtout, la Loi de programmation militaire adoptée en décembre dernier a introduit des dispositions qui interdisent désormais à des parties civiles de porter devant la justice des crimes commis par des militaires français en opération extérieure |5|. En complément des « nouveaux » accords de Défense avec les pays africains, cette loi posait les bases d’un redéploiement militaire français sur le continent par un usage accru des forces spéciales, prépositionnées dans différents pays et capables d’être « projetées » rapidement suivant le bon vouloir de l’exécutif français |6|.

L’accord de Défense qui doit être signé à Bamako ce 16 juillet est lui aussi emblé- matique de ce redéploiement et ne manque pas de susciter de virulentes réactions au Mali : cet accord institutionnalisera la présence de l’armée française dans ce pays dont elle avait été chassée par Modibo Keita en 1961, et entérinera probablement les dispositions scan- daleuses qui encadraient l’opération Serval, notamment en termes d’immunité pour les militaires français |7|.

Derrière des prétextes toujours généreux (intervention humanitaire, interposition dans une guerre civile, lutte contre le terrorisme, etc.), et malgré un bilan catastrophique sur le plan politique, l’armée française continue donc d’intervenir en Afrique et cherche à sanctuariser son « pré carré ». Elle n’hésite pas pour cela à promouvoir, à l’instar des rapporteurs de la mission d’information parlementaire sur l’évolution du dispositif militaire français en Afrique, « un continuum très clair entre toutes les formes d’influence », assumant qu’« il n’y a pas de raison que la France, par une pudeur que ses rivaux n’ont pas, s’interdise de les exploiter dans une optique de partenariat » |8|.

L’association Survie, qui milite depuis 30 ans pour d’autres relations entre la France et l’Afrique, dénonce cet interventionnisme décomplexé et exige à nouveau le retrait des troupes françaises d’Afrique, vecteur privilégié du néocolonialisme.16 juillet par Survie

http://cadtm.org/Francois-Hollande-et-l-armee

Lire la suite

17 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Bolivie: le travail des enfants autorisé dès 10 ans (lo)

Bolivie: le travail des enfants autorisé dès 10 ans (lo) dans A gauche du PS Cartel-El-trabajo-Mollegt

L’âge légal du travail va tomber à 10 ans en Bolivie.

La mesure en dit long sur la réalité sociale d’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine. En effet, selon une convention des Nations-unies, le travail des enfants est aujourd’hui interdit en dessous de 14 ans. La Bolivie serait donc le premier pays au monde à l’autoriser à partir de 10 ans.

Pour se justifier, le gouvernement bolivien prétend tout à la fois légaliser ce qui est une situa- tion de fait, et faire reculer l’extrême pauvreté d’ici 2025. La loi est censée encadrer le travail de ces enfants : il ne faut pas qu’il nuise à leur scolarisation, le travail ne doit pas être dan- gereux, et les enfants doivent être consentants et fournir une autorisation de leurs parents.

Mais elle est d’abord l’aveu que le gouvernement Morales est impuissant à combattre le travail des enfants. Et comment ces règles légales pourraient-elles être contrôlées et donc appliquées alors qu’aujourd’hui le travail des enfants est généralisé en dehors de toute légalité ?

Quoi qu’il en soit, le principal problème reste l’extrême pauvreté d’une grande majorité de la population bolivienne. Aujourd’hui, 35 % des Boliviens vivent avec moins de 2 dollars par jour, et le revenu national brut annuel par habitant de 2 550 dollars classe le pays parmi les plus pauvres d’Amérique latine. Selon l’Unicef, 850 000 enfants de 7 à 15 ans travaille- raient d’ores et déjà dans des conditions précaires. Légaliser ce travail ne changera pas la situation, ni le fait que les parents aient besoin du travail de leurs enfants pour pouvoir survivre.

Or la Bolivie est un pays qui a des richesses. L’exploitation des mines d’argent de Potosi a fait la fortune de l’aristocratie espagnols au moment de la conquête grâce à l’esclavage de la population indienne. Depuis cette époque, le pays n’a jamais cessé d’être saigné à blanc : gaz naturel, mines de cuivre, forêts de bois précieux… autant de ces richesses qui n’ont jamais profité aux travailleurs boliviens. Alors que cette région était l’une des plus peuplées d’Amérique latine, la Bolivie est aujourd’hui le pays le plus pauvre et le moins peuplé, avec 10,5 millions d’habitants pour une superficie de deux fois celle de la France.

Certains de ces enfants travailleurs se sont réjouis de cette loi qui revient à les recon- naître. «Nous ne sommes pas des voleurs, nous sommes des travailleurs et devons avoir les mêmes droits que les autres», a déclaré la sœur de l’un d’entre eux. Mais le droit des enfants, ce serait d’abord de bénéficier d’une éducation et d’une vraie jeunesse. C. P.

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/

Commentaire: Encore un fois: à Cuba les enfants vont à l’école, c’est possible!

Lire la suite

16 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Brésil, l’extrême gauche brise les tabous de la campagne présidentielle (lm)

alim

Le Parti socialisme et liberté (PSOL) tente de se faire une place à gauche de la gauche de gouvernement.

Depuis l’arrivée au pouvoir du Parti des travailleurs (PT), avec l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), ancien dirigeant du syndicat de la métallurgie, l’extrême gauche rencontre des difficultés pour percer. Pendant un quart de siècle, elle a vécu à l’ombre du PT, abritée par le jeu de tendances qui pouvaient s’exprimer librement à l’intérieur du parti.

L’épreuve du pouvoir a brisé ce modus vivendi et a produit les premières scissions. Né il y a dix ans, le PSOL est justement le produit de l’une de ces ruptures, provoquées à la fois par les alliances opportunistes du PT pour disposer d’une majorité parlementaire et par son renoncement aux réformes. Il partage l’espace réduit de l’extrême gauche avec le Parti socialiste des travailleurs unifié (PSTU) et des groupes moins consistants. La fronde sociale de juin 2013 a donné des ailes à cette frange critique à l’égard de Lula et de sa dauphine, la présidente Dilma Rousseff, qui briguera un second mandat le 5 octobre.

Le PSOL espère élargir son audience au cours de la campagne électorale qui s’ouvre après la défaite du Brésil au Mondial. Sa candidate à la présidence de la République, l’an- cienne députée Luciana Genro, 43 ans, veut se faire l’écho des revendications des mani- festants pour de meilleurs transports publics, une éducation de qualité et une santé publique performante. Les gouvernants brésiliens n’ont pas satisfait ces demandes, assure-t-elle.

Luciana Genro veut aussi bousculer la campagne en défendant des sujets polémiques, évités par la gauche de gouvernement par crainte de perdre des voix d’électeurs conser- vateurs. Il s’agit de la légalisation de l’avortement, de la dépénalisation du cannabis, des droits LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) et de l’impôt sur les grandes fortunes.

Marihuana et avortement : l’hypocrisie de la gauche de gouvernement « Il y a une gran- de hypocrisie électorale, affirme Luciana Genro, dans une interview accordée à l’hebdo- madaire Carta Capital. Depuis quelque temps, l’ancien président Fernando Henrique Cardo- so défend la dépénalisation de la marihuana, mais le candidat de son Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), Aécio Neves, dit le contraire. Le PT a toujours été favorable à l’avortement, mais Dilma Rousseff évite le débat, même en sachant que des milliers de femmes meurent à la suite d’avortements clandestins, sans assistance médicale. »

Le PSOL propose un audit de la dette publique, qui grève le budget fédéral. Son projet de réforme fiscale s’accompagne d’un impôt de 5 % sur les fortunes supérieures à 50 millions de reais (16,6 millions d’euros). Selon une étude, les 5 000 familles les plus riches du Brésil concentrent 42 % du produit intérieur brut. (…)

http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/07/15/au-bresil-lextreme-gauche-brise-les-tabous-de-la-campagne-presidentielle/

Lire la suite

11 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Lobbying, comment l’industrie du tabac reprend l’offensive (basta)

  photo skeleton.gif
Grâce aux traités de libre-échange!

Les Etats membres de l’Union européenne pourront-ils continuer à développer leurs politiques de santé publique, notamment en matière de lutte anti-tabac?

Le Traité transatlantique, actuellement négocié avec les Etats Unis, inquiète: il permettrait aux entreprises de poursuivre un pays si elles estiment que leur activité commerciale est malmenée par une législation. Cette perspective intéresse particulièrement les industriels du tabac, qui redoublent de pression et n’hésitent pas à porter plainte devant des tribunaux privés au nom de la liberté de commerce.

Les emballages d’un vert olivâtre sombre sont couverts de photos et d’avertissements. « Ne laissez pas vos enfants respirer votre fumée », « Fumer rend aveugle ». Tous les paquets de cigarettes australiens se ressemblent depuis 2012. Seul élément distinctif : la marque et le nom du produit, tous inscrits avec les mêmes caractères pour éviter design attractif et effet marketing. Faisant front commun, les cigarettiers, dont British American Tobacco, Japan Tobacco International, Imperial Tobacco (qui possède en France l’ex-SEITA) et Philip Morris, ont dénoncé là une atteinte à la propriété intellectuelle et à la liberté de commerce ainsi que le risque de contrefaçon, les paquets étant plus faciles à copier.

Ils ont porté plainte devant la Haute Cour d’Australie, pour obtenir la suspension de la loi et des compensations de plusieurs milliards de dollars [1]. La plainte a été rejetée. Le leader mondial du secteur avec la marque Marlboro, Philip Morris, a alors eu une autre idée. Passant par sa filiale basée à Hong-Kong, le fabricant a attaqué le gouvernement australien, au motif cette fois que la législation viole le contrat bilatéral passé entre l’Australie et Hong Kong. Ce n’est donc pas la justice australienne qui doit se prononcer, mais un tribunal arbitral privé international. Le jugement devrait intervenir début 2015. (…)

En 2009, l’Uruguay décide que 80% de la surface des paquets de cigarettes sera allouée à des mises en garde contre les dangers du tabac. D’abord débouté par un tribunal uruguayen, Philip Morris International saisit aussitôt un tribunal arbitral de la Banque mon- diale qui devrait statuer à la fin de l’année 2014. Le fabricant fonde cette fois sa plainte sur un traité de promotion et de protection des investissements en vigueur entre la Suisse et l’Uru- guay. Problème : l’Uruguay a peu de moyen pour se défendre. Ce type de procédures coûte en moyenne 8 millions de dollars en frais juridiques ! Heureusement, un étrange sauveur s’est présenté : l’ancien maire de New-York, Michael Bloomberg, via sa fondation (qui intervient notamment en matière de santé publique), a pris en charge les frais. Autant dire que la menace d’avoir à débourser de telles sommes est dissuasive pour de nombreux pays.

Ce mécanisme de règlement des différends entre les investisseurs et les États, investor- state dispute settlement en anglais, ou ISDS – n’est pas nouveau. Il est inclus dans des traités bilatéraux depuis les années 50. Mais c’est depuis les années 90 qu’il s’y trouve massivement. On compte aujourd’hui 3 000 accords le proposant, selon le New York Times. Les entreprises comme Philip Morris pratiquent désormais du treaty shopping : elles font leur marché pour trouver le traité de libre-échange qui leur permettent de poursuivre le pays visé. Et pour ce shopping des multinationales, l’Union européenne constitue un véritable supermarché !

Garanties aux investisseurs C’est ce type de dispositif que l’Union européenne entend mettre en place à grande échelle. (…)

Protéger les industriels du tabac ou la santé ?

Des tribunaux sous l’égide de la Banque mondiale

Faire fumer les Africains par tous les moyens

Elsa Fayner  10 juillet 2014
Pour aller plus loin :
- Tobacco Tactics, site de veille sur le lobbying des industriels du tabac.

- Mapping the tobacco lobby in Brussels, article de Corporate Europe Observatory.

- Profiting from injustice, rapport sur l’arbitrage, de Corporate Europe Observatory.

Lire la suite

11 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Rocard, alevêque, charb… poutou (lp)

 TAFTA

100 personnalités disent «non» au traité Transatlantique

Une centaine de personnalités ont rejoint l’ appel lancé par le collectif «Stop Tafta», contre le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe. 

Devinette : quel sujet peut réunir à la fois la comédienne Mathilda May, le politique Michel Rocard, le dessinateur de Charlie Hebdo Charb ou encore l’humoriste Christophe Alevêque? Le traité dit «de libre-échange» négocié actuellement très discrètement entre Bruxelles et les Américains et ce, depuis l’été 2013.

Dans un appel commun à l’initiative du collectif «Stop Tafta», 100 personnalités du monde du spectacle, de la politique, de l’université et des médias se prononcent ce jeudi «contre le traité de libre-échange» dit Tafta (pour Trans-Atlantic Free Trade Agreement ).

Parmi eux, de nombreux politiques comme le leader du Front de Gauche Jean-Luc Mélen- chon, les députés (EELV) Yannick Jadot et Karima Delli, le fondateur du parti Nouvelle donne Pierre Larrouturou, mais aussi les actrices Marianne Denicourt, Marina Vlady, l’écrivain Gé- rard Mordillat, l’architecte Roland Castro ou les sociologues Dominique Méda, Monique Pinçon-Charlot et Pierre Pinçon.

«Ces négociations opaques se déroulent dans le dos des peuples d’Europe et d’Amé- rique du Nord», dénoncent notamment les signataires de l’appel. «Cet accord de libre-é- change menace de mettre en péril ce qui rend nos sociétés encore vivables. C’est la raison pour laquelle nous appelons les parlementaires français et européens nouvellement élus à faire pression sur les Etats-membres et la Commission européenne afin d’interrompre les négociations du TAFTA.» (…)

«Aujourd’hui, un mouvement d’opinion est en train de naître contre le traité mais iI faut aujourd’hui amplifier le mouvement de contestation, assure Thomas Coutrot, porte-parole d’Attac. De plus en plus de collectivités territoriales, des villes mais aussi des con- seils généraux se déclarent actuellement hors-Tafta. Nous souhaitons aussi cet été que des festivals, comme celui d ‘Avignon, se déclarent hors-Tafta», poursuit-il.

Alevêque: «Tout ça se fait sur notre dos» Parmi les signataires, l’humoriste français Christophe Alevêque, que nous avons joint, joue ce mois de juillet un spectacle «Little boy» au festival d’Avignon. Il prendra la parole sur le Tafta. «Tout ça se fait sur notre dos, dans notre dos, sans aucun débat démocratique. On va être mis devant le fait accompli, ce n’était pas dans le programme de François Hollande», dénonce l’humoriste engagé. «On a l’im- pression que le marché tout-puissant est évangélique. Tout ça pour une croissance qui n’arrivera jamais!».

«Le problème, c’est que l’humain, l’environnement, la culture, la protection sociale passent derrière le marché tout-puissant, fulmine aussi Christophe Alevêque qui a monté au prin- temps un spectacle intitulé «la dette». Ce sont les marchands à qui on a donné les clés de la maison. On rajoute des clés au trousseau. Nous, on n’en a plus du tout. Il faut des gardes-barrières. Un peu de contrôle. Que l’être humain soit davantage au centre des préoc- cupations. Pour l’instant, on lui dit juste de passer à la caisse et fermer sa gueule».

Toutes et tous hors Tafta! (pétition)

L’Union européenne et les États-Unis négocient un accord de libre-échange, dit PTCI* ou Tafta*. Au-delà des États-Unis et de l’UE, cet « OTAN de l’économie » impacterait toute la planète. De nombreux autres accords sont également en cours de négociation, dont l’AECG* ou le Ceta*, entre l’Union européenne et le Canada, en passe d’être conclu.

Ces négociations opaques se déroulent dans le dos des peuples d’Europe et d’Amérique du Nord. Elles visent à établir un grand marché transatlantique qui consacrerait la domination des multinationales européennes et américaines au détriment des citoyens de part et d’autre de l’Atlantique. Sous couvert d’une hypothétique relance de la croissance, ces négociations risquent de niveler par le bas les normes sociales, économiques, sanitaires, culturelles et environnementales. Ces nouvelles normes seraient placées sous le contrôle de tribunaux supranationaux d’arbitrage privés, hors de tout contrôle démocratique.

Cet accord de libre-échange menace de mettre en péril ce qui rend nos sociétés encore vivables. C’est la raison pour laquelle nous appelons les parlementaires français et européens nouvellement élus à faire pression sur les États membres et la Commission européenne afin d’interrompre les négociations du Tafta.

Nous exigeons la mise en place d’un cadre de coopération alternatif qui permette des échanges commerciaux équitables, l’extension des droits civiques et sociaux, une alimentation saine, une santé accessible à toutes et tous, le respect de la diversité culturelle et des réponses à l’urgence écologique.

De plus en plus de collectivités locales se déclarent « hors Tafta ». Nous demandons aux élus, aux organisateurs de manifestations culturelles et aux acteurs des secteurs d’activité concernés de faire entendre leur voix en se déclarant eux aussi « hors Tafta ».

Nous appelons à une large mobilisation de la population pour faire vivre ce débat partout dans nos villages et nos quartiers, sur nos lieux de travail et d’étude et créer des collectifs locaux partout en France pour enrayer le Tafta, le Ceta, et sortir du piège des accords de libre-échange.

* Le projet de partenariat transatlantique entre l’Union européenne et les États-Unis est appelé Tafta (Transatlantic Free Trade Agreement), PTCI (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership ) ou encore grand marché transatlantique. L’accord entre l’Union européenne et le Canada est appelé AECG (Accord économique et commercial global) ou Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement).

La liste des 100 premiers signataires
Christophe Alévêque, humoriste; Geneviève Ancel, Dialogues en humanité; Mariano Andor, collectif Rosia Montana; Isabelle Attard, co-présidente Nouvelle Donne; Clémentine Autain, Ensemble; Geneviève Azam, porte-parole Attac; Etienne Balibar, philosophe; Alexandra Baudelot, Laboratoires d’Aubervilliers; René Becker, président Terre de Liens ; Eric Beynel, Union syndicale Solidaires; Martine Billard, co-présidente PG; Pascal Blanchard, historien; Nicolas Bouchaud, acteur; Mona Bras, porte-parole UDB; Dominique Cabrera, cinéaste; Matthieu Calame, ingénieur agronome FPH; Amélie Canonne, Aitec-Ipam; Jean-Michel Carré, réalisateur/producteur Films Grain de Sable; Bernard Cassen, Mémoire des luttes; Roland Castro, architecte; Charb, dessinateur Charlie hebdo; Laura Chatel, secrétaire fédérale Jeunes Écologistes; Eve Chiapello, sociologue; Patricia Coler, déléguée générale UFISC; Florent Compain, président Amis de la Terre; Nathalie Coutinet, économiste les économistes atterrés; Céline Curt, avocate; Fanny Darbus, sociologue; Jean-Marc De Boni, président du directoire La Nef ; Christian De Montlibert, sociologue; ?Karima Delli, députée européenne EELV; Marianne Denicourt, actrice; Florence Denier-Pasquier, vice-présidente FNE; Jean-Pierre Dubois, président d’honneur de la LDH; Marc Dufumier, ingénieur agronome; Eric Fassin, sociologue; Gérard Filoche, ex inspecteur du travail; Bruno Gaccio, scénariste et producteur; Marcel Gauchet, historien, philosophe EHESS; Susan George, écrivain; François Gèze, éditeur; Gaël Giraud, économiste, jésuite; Pierre-William Glenn, réalisateur; Vincent Glenn, réalisateur; Cécile Gondard-Lalanne, Union syndicale Solidaires; Roland Gori, psychanaliste appel des appels; Bernadette Groison, secrétaire générale FSU; Claude Gruffat, président Biocoop; Jeannette Habel, co-présidente Copernic; Kadour Haddadi, chanteur de HK et Les Saltimbanks; Yannick Jadot, député européen EELV; Béatrice et Jean-Paul Jaud, réalisateurs; Esther Jeffers, économiste les économistes atterrés; Raoul-Marc Jennar, essayiste; Paul Jorion, anthropologue; Pierre Khalfa, co-président Copernic; Denez L’Hostis, président FNE; Thomas Lacoste, cinéaste et éditeur La Bande Passante; Laetitia Lafforgue, présidente Fédération nationale des arts de la rue; Bernard Lahire, sociologue; Bruno Lamour, président Collectif Roosevelt; Pierre Larrouturou, co-président Nouvelle Donne; Pierre Laurent, secrétaire national PCF; Patrick Le Hyaric, député européen PCF; Renée Le Mignot, MRAP; Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris; Annick Manteaux, Collectif stop-petrole-de-schiste-sud-77; Myriam Martin, Ensemble; Françoise Martres, présidente Syndicat de la magistrature; Margaret Maruani, sociologue; Gustave Massiah, Aitec-Ipam; Mathilda May, actrice; Dominique Méda, philosophe et sociologue; Jean-Luc Mélenchon, député européen, co-président PG; Annie-Thebaud Mony, directrice de recherche Inserm; Gérard Mordillat, réalisateur; Antonio Negri, philosophe; Frédéric Neyrat, philosophe; Julien Noé, Enercoop; Birthe Pedersen, vice-présidente Peuples Solidaires; Henri Pena-Ruiz, philosophe; Laurent Pinatel, porte-parole Confédération paysanne; Michel Pinçon, sociologue; Monique Pinçon-Charlot, sociologue; Christine Poupin, NPA; Philippe Poutou, NPA; Ignacio Ramonet, journaliste Mémoire des luttes; Frédérique Rigal, Collectif Roosevelt; Marie-Monique Robin, réalisatrice; Michel Rocard, ancien premier ministre; Christian Salmon, écrivain; Chloé Sécher, coordinatrice réseau culturel Actes if; Laura Slimani, présidente MJS; Bernard Stiegler, philosophe Ars Industrialis; Jean-Pierre Thorn, cinéaste; Louis-Georges Tin, maître de conférences; Philippe Torreton, acteur; Aurélie Trouvé, Attac; François Veillerette, porte-parole Générations Futures; Marie-Christine Vergiat, députée européenne; Patrick Viveret, philosophe; Marina Vlady, actrice; Sophie Wahnich, historienne CNRS.

Bérangère Lepetit | Publié le 09.07.2014, 18h54 | Mise à jour : 10.07.2014, 11h45

http://www.leparisien.fr/economie/rocard-aleveque-charb-100-personnalites-disent-non-au-traite-transatlantique-09-07-2014-3989219.php

Commentaire:  Faut-il avoir peur du traité de libre-échange transatlantique?

Lire la suite

09 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Virer une multinationale est un challenge extraordinaire! (basta)

bin

Blocage: Méga décharge en Normandie 

(…) 245. Les chiffres sont marqués sur une palissade, à l’entrée de la décharge de Nonant-le-Pin, dans l’Orne. En cette journée de la fin du mois de juin, cela fait 245 jours que l’entrée principale du site est bloquée. 8 mois que des citoyens de cette terre dédiée à l’élevage des chevaux, de renommée mondiale, refusent de laisser passer les camions de l’entreprise Guy Dauphin Environnement (GDE). Cette décharge accueilleraient chaque année 150 000 tonnes de déchets issus de l’industrie automobile pendant 17 ans.

Le 22 octobre 2013, les premiers déchets sont déversés, alors même que le Tribunal de grande instance d’Argentan exige des expertises avant le début des opérations. Le 24 octobre, les opposants décident de bloquer le site pour faire respecter la décision de droit. Depuis, ils sont une centaine à se relayer, jour et nuit. A dormir dans le camion de course. A jouer aux cartes sous le chapiteau et à regarder les matchs de la coupe du monde de football.

Parmi eux, Émilie, une robe noire et un chapeau de paille. «Après avoir vécu 8 ans à Paris, je n’en pouvais plus de la pollution, du bruit, raconte-t-elle. J’ai décidé de revenir habi- ter là où j’avais grandi. Peu de temps après, j’entendais parler de cette décharge. Ma maison familiale est à 5km. Je ne suis pas revenue vivre ici pour avoir ça en face de chez moi! Mon air va être pollué.» Émilie vient tous les jours, avant et après sa journée de travail, pour par- ticiper au blocage. La jeune femme fait partie du FRO, le Front de résistance ornais, qui rassemble des habitants de la région. «On est tous voisins, à 20 km à la ronde, explique-t-elle. On ne se connaissait pas. Les préjugés tombent. On se rend compte qu’on a tous des points communs. C’est une belle expérience humaine.»

Trafigura, au cœur des inquiétudes (…) Aux côtés de Marc, on trouve André, un ancien agriculteur qui vit à 10 kilomètres. Il a découvert l’existence du projet il y a deux ans, au cours de réunions d’informations. Dans sa vie professionnelle, André avait un peu milité pour la FDSEA, «mais jamais à fond, comme ça, pendant huit mois, presque 24h/24», dit-il. «Je participe au blocus en mémoire des Ivoiriens morts à cause de nos déchets déversés par Trafigura.» La référence à cette entreprise de négoce de matières premières basée en Suis- se, gérée par Claude Dauphin, le fils du créateur de GDE, est sur les lèvres de nombreux opposants. Trafigura est accusée de s’être débarrassée de produits chimiques toxi- ques – des résidus de pétrole et de soufre, dans le port d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2004. Les fûts s’étaient retrouvés dans une décharge sauvage, intoxiquant plusieurs milliers d’ha- bitants (lire notre article). «Il est malheureux de payer de sa vie à cause des négligences d’un escroc», ajoute André.  (…) Par Simon Gouin 9 juillet 2014

Notre article sur Trafigura et Nonant-le-Pin : Dans l’ombre d’un projet polémique de méga-décharge en Normandie, une multinationale à la réputation sulfureuse

Lire la suite

07 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Ambitions chinoises, un impérialisme en constitution (Essf)

dragon

La Chine n’est pas un «pays émergent», mais une puissance émergée.

Elle n’est pas un «sous-impérialisme» assurant l’ordre dans sa région, mais un impérialisme «en constitution». La nouvelle bourgeoisie chinoise vise à jouer dans la cour des plus grands. Le succès de son entreprise est encore loin d’être assuré, mais cette ambition commande sa politique internationale et régionale, économique comme militaire.

Les nouvelles «puissances émergentes» sont souvent regroupées sous l’acronyme de BRICS ; à savoir le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud [1]. Ces États tentent effectivement de faire bloc dans l’arène internationale, en organisant des «sommets», le 5e à Durban (Afrique du Sud) en 2013, le suivant étant prévu prochainement à Fortaleza (Brésil). Ils annoncent la création d’une banque internationale de développement sous leur contrôle, alternative à la Banque mondiale. Ils s’engagent dans la compétition avec les impérialismes traditionnels pour l’accès aux richesses, en particulier sur le continent africain.(…)

L’actuel régime chinois a (…) contribué à étendre (massivement !) la sphère d’accu- mulation du capital international, il s’est intégré à la mondialisation et à la financiarisation économique, il a légitimé l’ordre dominant en adhérant à l’OMC combattue par tous les mouvements sociaux progressistes, il a fourni aux transnationales une main d’œuvre sans droit et corvéable à merci (les migrants de l’intérieur) – toutes choses qui font partie du rôle traditionnellement assigné aux sous-impérialismes. Ce faisant, la Chine aurait pu redevenir un pays dominé comme les autres, sous la coupe des puissances impérialistes traditionnelles.

Cette possibilité était perceptible au tournant des années 2000, mais la direction du PCC et le nouveau capitalisme bureaucratique chinois en ont décidé autrement. Ils avaient la capacité de le faire grâce à l’héritage de la révolution maoïste: les liens de dépendance vis- à-vis de l’impérialisme avaient été rompus, ce qui n’est vrai d’aucun autre membre du BRICS à part la Russie – et à la différence de cette dernière, le parti au pouvoir a su piloter en continuité le processus de transition capitaliste, bouleversant profondément la structure de classe du pays [5].

Ce n’est pas pour dire que les autres États plus ou moins qualifiés de sous-impérialisme (du Brésil à l’Arabie saoudite, de l’Afrique du Sud à Israël) ne sont que des pions dans les mains de Washington. Mais la logique dans laquelle la politique internationale de Pékin s’ins- crit est qualitativement différente. Quand le Brésil envoie des troupes en Haïti, ou l’Inde au Sri Lanka, ils jouent leur rôle de gendarmes régionaux de l’ordre mondial. En Asie orientale, la Chine a engagé un bras de fer avec le Japon – ce qui n’est pas du tout la même chose – et lance ce faisant un défi aux États-Unis: déjà membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et détentrice officielle de l’arme nucléaire, elle postule à un plein statut de puissance.

Économie et stratégie Pour servir ses ambitions nouvelles, Pékin bénéficie d’une base économique bien supérieure à celle de la Russie qui dépend plus exclusivement de ses capacités militaires. La place de la Chine dans l’économie globale a cru de façon rapide, impressionnante. Jusqu’où ira cette montée puissance ? Pour Bruno Jetin, il reste en ce domaine beaucoup d’incertitudes [6].

En termes absolus, la Chine possède depuis 2010 le deuxième produit intérieur brut du monde, derrière celui des États-Unis, mais devant ceux du Japon ou de l’Allemagne. Si les tendances actuelles se prolongeaient, elle pourrait sur ce plan prendre la première place dans quelques années [7]. L’important ici n’est pas l’exactitude des calculs ou des pronostiques, mais la tendance.

La Chine représente aussi le second marché, l’un des principaux prêteurs et le premier «atelier» dans le monde; une position que la concurrence d’autres pays asiatiques à très bas coût de main-d’œuvre ne peut pas aisément entamer, car le pays possède aussi nombre d’avantages extra-salariaux. Il est plus difficile d’estimer la montée en gamme de l’économie chinoise dans le domaine de l’innovation technologique. Du fait, encore une fois, de sa posi- tion d’indépendance, vis-à-vis des impérialismes traditionnels, le régime peut négocier d’im- portants transferts technologiques, mais n’a pas encore fait un bond en avant en matière d’innovations autochtones radicales [8]. (…)

La question demeure: est-ce que le «modèle chinois» de développement capitaliste est durable? (…) Il a donné naissance à une formation sociale particulièrement inégalitaire, similaire à des pays d’Amérique latine et éloignée de celles des pays occidentaux – encore que les États-Unis sont aussi très inégalitaires et que des pays européens sont en voie de «tiers-mondisation». La corruption gangrène le pays au point de mettre en cause la mise en œuvre des orientations économiques. De plus en plus de familles très fortunées – y compris appartenant aux hautes sphères du régime – se lancent dans la spéculation et utilisent les paradis fiscaux pour échapper aux contrôles officiels. (…)

Ceci dit, pour l’heure, la politique économique internationale chinoise n’a pas pour seul but d’engranger des profits: elle vise aussi à assurer les bases d’une superpuis- sance. En terme de matières premières, la Chine manque ou va manquer de presque tout ; elle achète massivement des terres agricoles ou minières (pétrole, gaz, métaux rares…) dans le monde entier et prend le contrôle de multinationales [10]; elle s’assure une main mise directe sur la production en trustant le management de ses entreprises, mais aussi en exportant de la main d’œuvre chinoise (Afrique…) ou en recrutant de façon privilégiée des nationaux parlant le chinois (Vietnam…). Corrélativement, elle cherche à sécuriser les voies de communication intercontinentales en achetant des ports [11] ou des aéroports, en inves- tissant dans la marine marchande et en déployant progressivement sa flotte militaire à l’occasion, notamment, d’opérations contre la piraterie en haute mer. (…)

Certes, pour l’ensemble des transactions financières internationales, le yuan n’est toujours que la septième monnaie dans le monde (loin derrière l’euro) et la suprématie du dollar n’est pas prête d’être remise en cause, mais Pékin peut bénéficier des inquiétudes provoquées par la façon dont les Etats-Unis exigent un droit de regard sur les comptes en dollars dans le monde entier et imposent leur loi hors de leurs frontières sur toute transaction commerciale libellée dans leur monnaie, comme l’illustre l’affaire BNP Paribas, littéralement placée sous leur tutelle [13]. Dans ces conditions, la recherche de devises alternatives va se renforcer.

La Chine gagne aussi en galon sur un autre secteur dominé par les impérialismes traditionnels. Selon le dernier rapport du Sipri (Stockholm International Peace Research Institute), pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, la Chine se classe parmi les cinq plus grands exportateurs d’armes, un «top 5» qui n’avait compté que les États-Unis et des Européens [14]. Avec 6 % des ventes, elle se place en quatrième place tout juste der- rière l’Allemagne (7%), dépassant la France (5%) et le Royaume uni (4%) qui glisse à la sixième place [15].

Le conflit maritime en Asie orientale C’est en Asie orientale que les tensions entre la Chine, les États voisins et les USA sont les plus vives. Ce n’est pas chose nouvelle. Washington a déployé d’énormes moyens pour endiguer la vague de révolutions amorcées dans la région autour de la Seconde Guerre mondiale. Après la conquête du pouvoir par les forces maoïste en 1949, tout un réseau de bases militaires a été constitué en arc de cercle, de la Corée du Sud à la Thaïlande en passant par le Japon (Okinawa) et les Philippines. L’éclatement du conflit sino-soviétique, quand Moscou a passé un accord nucléaire avec Washington mettant la Chine devant le fait accompli, a renforcé le syndrome de l’encer- clement à Pékin. (…)

Pékin fait miroiter l’offre d’une pax sinica qui viendrait sanctionner ces rapports de dépendance économique – mais cette politique suscite aussi des résistances sociales et nationales croissantes là où les populations sont victime du dumping commercial et de com- merce transfrontalier inégalitaire (Thaïlande), sont menacées par de gigantesques travaux d’infrastructures tels des barrages géants (projet avorté au Vietnam, suspendu en Birmanie), subissent des conditions de travail trop éprouvantes dans des entreprises chinoises (Vietnam…) ou sont chassé de leurs terres acquises par la Chine (Philippines…). (…)

Cette politique régional tous azimuts a de même un volet militaire et territorial très agressif qui souligne à quel point cette pax sinica serait inégalitaire. Pour nourrir un nationa- lisme de puissance qui remplit le vide idéologique laissé par la crise du maoïsme, pour don- ner une légitimité au régime, pour s’approprier les richesses marines, mais aussi pour ga- rantir l’accès de sa flotte à l’océan Pacifique et aux détroits du Sud-est asiatique, Pékin a déclaré sien la quasi-totalité de la mer de Chine (une appellation évidemment rejetée par les autres pays riverains). Il s’accorde des droits qui ne s’appliquent en principe qu’à une mer intérieure et non pas à un axe international de navigation. (…)

Contre le Vietnam, la Malaisie, Brunei et les Philippines, Taïwan et le Japon, Pékin prend possession ou exige l’entièreté des îles Paracel et Spratleys, de l’atoll de Scarbo- rough, des iles Senkaku/Diaoyu et étends ses propres eaux territoriales au point de ne lais- ser aux autres pays du Sud-est asiatique qu’une portion infiniment congrue. Des points de friction militaire se sont constitués à l’ouest avec le Vietnam et à l’est avec le Japon. Si dans le premier cas, des incidents très violents se sont produits, c’est dans le second qu’une escalade «contrôlée» fait monter très haut les enchères depuis que Tokyo à «nationalisé» en septembre 2012 les Senkaku/Diaoyu [17] – au point qu’en novembre dernier, la Chine a proclamé une zone d’identification aérienne englobant ce petit archipel.

Aucune puissance ne veut ouvrir aujourd’hui une véritable guerre en Asie orientale, mais de provocation en contre-provocation, de dangereux dérapages ne peuvent être exclus. Or, nous sommes dans la région la plus nucléarisée de la planète où – comme l’illustre la crise coréenne – se trouvent nez à nez la Chine, la Russie, les États-Unis et le Japon. (…)

La fin des blocs provoquée par l’implosion de l’URSS et la mondialisation capitaliste ont créé une situation de grande instabilité, et pas seulement d’interdépendance (les États unis dépendant des capitaux chinois et la Chine du marché états-unien). Washington ne peut seul gendarmer le monde et quelques «sous-impérialismes» régionaux ne suffisent pas à l’y aider: il aurait besoin d’impérialismes alliés, furent-ils «secondaires» ; mais l’Union euro- péenne brille par son impotence et le Japon ne peut encore voler de ses propres ailes. Pékin profite pour l’heure de cette situation, tant sur le plan militaire qu’économique. Mais si (si !) la constitution du nouvel impérialisme chinois se poursuit, sans crise majeure de régime, elle s’accompagnera d’une montée des tensions géopolitiques.

L’Asie orientale n’est certes pas la seule région du monde marquée par l’instabilité et une montée des conflits armés – le Moyen-Orient reste de ce point de vue la région de loin la plus «chaude» ! Mais c’est en Asie que le face-à-face entre toutes les grandes puissances s’avère le plus direct. Pierre Rousset 6 juillet 2014

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article32424

Lire la suite

07 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

La bolivie autorise le travail des enfants dès 10 ans (le monde)

La bolivie autorise le travail des enfants dès 10 ans (le monde) dans A gauche du PS ob_f7526c_19-2

Travailler dès l’âge de 10 ans sera désormais autorisé en Bolivie.

Après le Sénat, le Parlement bolivien a approuvé, mercredi 2 juillet, le nouveau code de l’enfant et de l’adolescent qui prévoit de baisser, dans certains cas, l’âge minimum légal en deçà des 14 ans requis pour travailler. « Exceptionnellement, les services de défense de l’enfance « Ensorias de la Ninez » pourront autoriser les enfants et adolescents de 10 à 14 ans à travailler à leur compte et les adolescents de 12 à 14 ans à travailler pour une tierce personne, à la condition que cette activité ne nuise pas à leur droit à l’éducation et qu’elle ne soit pas dangereuse », indique le texte de loi adopté par les parlementaires, au grand dam des nombreuses institutions opposées au travail des enfants.

Dans une lettre ouverte adressée au chef de l’Etat bolivien, Evo Morales, des ONG dont Anti-Slavery International (contre l’esclavage) et Human Rights Watch ont ainsi averti, fin janvier, des dangers que représente à leurs yeux la baisse de l’âge légal du travail. « Si les enfants de 10 ou 12 ans sont autorisés à travailler, ils vont manquer l’école et entreront sans s’en rendre compte dans le cercle vicieux de la pauvreté et de l’analphabétisme auquel il n’est pas facile de mettre fin », estiment ces organisations, qui rappellent que la Bolivie est signataire depuis 1997 de la Convention 138 de l’Organisation internationale du travail, qui fixe l’âge minimal pour travailler à 14 ans, « exceptionnellement » pour les pays en développement (15 ans sinon).

« ON NE DEVRAIT PAS LIMITER L’ÂGE DES ENFANTS TRAVAILLEURS »

(…) La version initiale du nouveau code de l’enfant était en effet bien différente. « La première version suivait de près les traités internationaux en maintenant de manière stricte l’âge minimum de 14 ans », explique le psychologue social de la Fondation La Paz, Jorge Domic, qui agit auprès des enfants travailleurs depuis plus de trente-cinq ans.

Insatisfaits, les jeunes de l’Unatsbo ont alors entamé en décembre 2013 un grand mouve- ment de contestation. Durement réprimé, celui-ci a toutefois attiré l’attention du président Morales, qui a reçu une délégation. « Cela a été un moment très important car, pour la pre- mière fois dans l’histoire du pays, ces enfants qui vivent un processus d’exclusion sociale et de marginalisation permanente ont pu être écoutés au plus haut niveau de l’Etat », salue Jorge Domic.

« CE CODE CONSTITUE UNE GRANDE AVANCÉE » 

Un nouveau texte de loi a depuis été élaboré de manière consensuelle, avec la participation de l’Unatsbo. « Ce code constitue une grande avancée », juge M. Domic, pour qui la loi doit s’adapter aux réalités nationales. En Bolivie, selon des données officielles datant de 2012, plus de 850 000 enfants travaillent, soit 17,5 % des 7 à 17 ans, la majorité (72 %) en zone rurale. (…)  « Ils veulent nous protéger mais, s’ils ne nous laissent pas travailler, comment va-t-on faire pour survivre ? », s’interroge-t-elle.

« Ces gens ne connaissent pas notre réalité. Qu’ils viennent et voient les conditions dans lesquelles on vit », s’énerve Rodrigo Medrano. Le nouveau code lui redonne cependant le sourire. « Il reconnaît notre existence », salue le jeune délégué de l’Unatsbo, qui réclame le droit des enfants à travailler dans la dignité et exige que la loi protège les plus jeunes de toute exploitation. Un dernier souci qu’il partage avec l’Organisation internationale du travail.

Chrystelle Barbier (Lima, correspondance) LE MONDE | 05.07.2014 à 10h11 • Mis à jour le 07.07.2014 à 08h20 |

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/07/05/la-bolivie-autorise-le-travail-des-enfants-des-10-ans_4451592_3244.html

Commentaire: Et qui oserait empêcher ces braves enfants de vendre librement leurs organes si çà peut aider leurs familles?

Lire la suite

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin