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11 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Morbihan ( Reporterre )

Fake ecologist

Ploërmel (Morbihan)

Une bâtisse écolo menacée de démolition par Burger King

Depuis l’annonce du chantier début 2023, habitants et architecte luttent pour empêcher la démolition de l’ancienne CAF écoconçue il y a trente ans pour y construire un fast-food.

Les herbes hautes ont repris leurs droits. Dans leur sillage, encadré d’arbres majestueux, un édifice aux murs blancs et aux étonnantes courbures se dessine. Les voitures ont déserté le parking. Les volets sont fermés. Ne reste que quelques souvenirs de la vie d’avant comme ce logo bleu et défraîchi des Allocations familiales. Deux panneaux ont enrichi ce décor de friche depuis 2023 : l’un présente le permis de démolir du bâtiment, l’autre annonce la construction d’un Burger King par un promoteur. Selon eux, l’antenne singulière de la Caisse d’allocations familiales (CAF) à Ploërmel, ville morbihannaise de près de 10 000 habitants dans le centre de la Bretagne, est amenée à disparaître.

Du moins était. Une table, quelques chaises, des gobelets… Face au terrain qui héberge le site, six copains discutent de l’avenir de la bâtisse à l’air d’église, imaginée par l’architecte breton Bernard Menguy et inaugurée en 1998. « On ne veut pas qu’elle soit démolie comme un vulgaire abri de jardin », critique avec fougue Nicolas, de l’association locale de défense de l’environnement et du patrimoine RBH 56a. À ses côtés, Flavie, la trentaine et membre du collectif Déambulateurs 56, abonde : « C’est tout un symbole de remplacer un lieu qui sert l’intérêt général par un restaurant signe de malbouffe. »

Les deux organisations mènent depuis l’annonce du projet dans la presse en mars 2023 une bataille pour l’arrêter. Leur combat, à coup de tracts et de pique-nique géant, a essaimé. Il pourrait bien changer la donne quant au futur de l’ancienne CAF, un cas devenu « emblème de la dématérialisation et image d’une précarisation de la société, où l’on doit manger vite, pas forcément bien, peu cher », analyse le docteur en urbanisme et conseiller en mobilité Iwan Le Clec’h.

L’heure de la rationalisation

Ces préoccupations n’ont pas inquiété Anne Bastien outre mesure lorsqu’elle a mis le bâtiment en vente en décembre 2022. La directrice de la CAF du Morbihan, dans son bureau vannetais très rose, explique sa décision : « Mon obligation, c’est de m’engager à optimiser le patrimoine et le parc immobilier. » Le foncier ? L’opérateur de l’État, délégation de services publics, « en a beaucoup » dans le département et une partie « n’est plus utile », selon sa représentante, qui évoque la baisse de fréquentation des antennes de la CAF et la pratique importante du télétravail chez ses salariés.

Des sept agents dans 500 m² aux coûts de fonctionnement de 25 000 euros par an, le bâtiment ploërmelais, « atypique » selon ses mots avec ses 8 000 m² de parc, lui donnait toutes les raisons pour s’en séparer à un prix qu’elle ne souhaite pas communiquer. « Quant au projet que veut faire l’acheteur avec le bien, je dirais que ça ne me regarde pas », ajoute-t-elle, en précisant que des permanences subsistent à Ploërmel.

Une pensée architecturale menacée

La directrice départementale ne se doutait pas que la nouvelle de destruction alerterait des habitants, mais également l’architecte qui a imaginé les lieux il y a près de trente ans, au point de bloquer la vente depuis deux ans et demi. À plus de 70 ans, Bernard Menguy œuvre encore en Bretagne à une architecture qu’il qualifie « d’organique », vigilante sur la qualité et la provenance des matériaux, leur aspect sanitaire aussi.

La CAF de Ploërmel, « c’est un moment de mon parcours d’architecte qui est militant sur la démarche environnementale et écologique, une matrice », explique ce précurseur dans le domaine, à l’origine du premier écolotissement dans la région, à Plouray. Son travail avec plusieurs maires bretons a également inspiré la création du réseau d’échanges et de conseils entre communes, Bretagne rurale et urbaine pour un développement durable (Bruded).

Alors, quand une inconnue l’a informé de la prochaine démolition des lieux, Bernard Menguy n’a pas souhaité laisser faire. Il ne mâche pas ses mots : « Détruire ce bâtiment, c’est s’attaquer à une forme de pensée qui a permis de générer un certain nombre de projets. Je trouve cela extrêmement violent. » L’architecte a déposé un recours pour faire reconnaître ses droits d’auteur sur son ouvrage. La discussion est toujours en cours entre ses avocats et ceux du porteur de projet.

La spécificité structurale de la CAF de Ploërmel mobilise également les Déambulateurs 56 et RBH 56a. Le collectif et l’association ont en effet remis une pétition signée par 2 000 personnes à la Direction des affaires culturelles (Drac) de Bretagne début avril, pour que l’édifice soit labellisé « Architecture contemporaine remarquable », en plus du dépôt d’un recours contre la démolition de celui-ci. « Ce label permet de protéger le patrimoine récent proposant des visions originales », précise Simon, maraîcher et membre des Déambulateurs 56.

Question de goût ? Le premier édile de Ploërmel, Patrick Le Diffon (Les Républicains), ne partage pas les vues des partisans de la non-destruction. Celui qui n’avait pas hésité à décrire le bâtiment comme « horrible » lors du conseil municipal de février 2023, avance « la loi Climat et Résilience qui impose la densification de la ville sans laisser un espace vide  » pour défendre son accord du permis de démolition de l’ex-CAF.

Peu importe que la zone commerciale dense de la cité ducale accueille déjà un fast-food, le maire libéral insiste : « Je n’ai pas à m’opposer. La demande était recevable au titre du Plan local d’urbanisme et le terrain est constructible. » Le docteur en urbanisme Iwan Le Clec’h, qui a étudié une dynamique similaire dans la ville moyenne de Redon (Ille-et-Vilaine), indique qu’un nouveau venu « renforcera l’attractivité de la périphérie sur la ville centre et les bourgs alentour ».

Imaginer ensemble

Depuis leur maison de lotissement soignée, qui fait face au lieu verdoyant de la discorde, Susie et Bernard Roussel n’acceptent pas ce scénario de bétonisation. Le couple de retraités, membres de l’association de riverains Les Diligences, qui s’est inquiétée du passage des poids lourds avec l’arrivée du Burger King, a même hésité à vendre sa propriété.

« Et dire qu’ils songent à éradiquer les jolis arbres ! Le bâtiment est beau lui aussi. Il y a tellement de choses dont on aurait besoin ici, comme un centre médical, un parc pour les familles », énumère Suzanne, septuagénaire aux petits soins de son jardin. Un peu plus loin dans la rue, une autre voisine, Françoise Grenier, fait preuve d’un certain fatalisme : « Je ne vous cache pas qu’on aurait bien aimé une crèche pour les enfants. Maintenant, on ne peut pas empêcher le projet de se faire. »

Autour de la table installée à l’improviste à quelques mètres de là, les opposants à la démolition partagent le souhait de réfléchir ensemble à une future activité pour le bâtiment de Bernard Menguy. Maison du patrimoine, centre social… « On a récolté des idées, mais on ne veut pas choisir pour les gens », insiste Flavie dans un sourire. Les recours ont pour l’instant gelé l’acte de vente. L’écho court que la destruction serait annulée, ce que le promoteur à l’origine du projet a refusé de nous confirmer.

En attendant, devant les locaux rénovés de la Maison France Service, où sont réunies les antennes des différents services publics dans le centre de Ploërmel, Patricia s’inquiète. La mère de famille a rendez-vous avec la CAF dans quelques jours et cherche leur nouvelle permanence en ville. « Je suis allée du côté de la Mutuelle sociale agricole (MSA), où on me disait que je les trouverais, mais je n’ai rien vu d’indiqué », explique la presque quadragénaire, qui doit travailler sur son dossier, car son ex-mari violent ne lui verse pas de pension alimentaire. Les agentes à l’accueil ont peine à la renseigner : « Leurs locaux doivent être la MSA, car on ne les voit pas ici. » Patricia repart en quête de la CAF de Ploërmel.

Manon Boquen

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Saint Brévin (Basta)

Saint Brévin (Basta) dans Altermondialisme

En photo : Marche en soutien a Yannick Morez, maire de Saint-Brévin (Loire-Atlantique) le 24 mai 2023. Le domicile du maire avait été ciblé par un cocktail Molotov et un incendie détruisant une partie de sa maison. Il a démissionné de son poste suite aux menaces de militants d’extrême-droite, hostiles à l’aménagement d’un centre d’accueil pour personnes réfugiées / © Estelle Ruiz (Hans Lucas).

 Cette Bretagne « ouverte et solidaire » qui livre bataille contre les suprémacistes blancs

Ils revendiquent ouvertement leur racisme et leur suprémacisme « blanc », y compris en usant de la violence physique. Face à ces exactions d’extrême droite qui se répandent en Bretagne, syndicats et associations préparent « la bataille culturelle ».

« La Serre, c’est un repaire d’extrême gauche, de partisans d’une idéologie mortifère, leurs idées gangrènent la société. » A la barre du tribunal de Saint-Brieuc, jeudi 16 mai dernier, Noël B., 20 ans, assume pleinement ses actes. Il comparait, avec deux autres personnes dont son frère aîné, Lucas, pour violences en réunion avec arme et avec le visage dissimulé suite à l’intrusion violente dans le local associatif briochin La Serre, le 17 novembre 2023. L’agression a fait plusieurs blessés, dont l’un d’entre eux s’est vu prescrire une Interruption Temporaire de Travail (ITT) de 3 jours. Les personnes présentes participaient ce soir-là à une réunion d’une association d’éducation populaire.

Noël B., colleur d’affiches occasionnel du Parti national breton (PNB, autonomiste d’extrême droite), reconnaît avoir participé à cette action violente, visant à « récupérer le matos antifa » (autocollants, affiches et banderoles), muni d’une « barre de fer car c’est utile contre les antifa » mais indique ne pas avoir « frappé les personnes âgées par respect du code d’honneur ». Le militant d’extrême droite, qui considère « la démocratie comme un régime mortifère », dit avoir agi pour notamment « défendre le droit des Blancs à vivre », comme si celui-ci était menacé.

Sticker Ku Klux Klan et bulletin Jordan Bardella

Son frère, Lucas B., sympathisant d’Éric Zemmour, a déclaré qu’il allait « voter pour Jordan Bardella aux élections européennes » au cours d’une audition devant les gendarmes. La présidente du tribunal égraine le contenu du stock de stickers retrouvé par les forces de l’ordre au cours d’une perquisition chez lui : « « White lives matter », « La Bretagne aux Bretons », « Ku Klux Klan » et autres croix celtiques… ». « Entre nous, ça s’échange comme des cartes Pokemon », rétorque tranquillement le militant.

Carte recensant la multiplication des violences d'extrême droite en Bretagne et Loire-Atlantique.
Violences d’extrême droite
Basta! a recensé une cinquantaine d’exactions de janvier 2023 à mai 2024 commises en Bretagne et Loire-Atlantique. Elles sont classées en quatre catégories, par ordre de gravité, des tags racistes ou néo-nazis aux violences physiques, en passant par les menaces et les incendies (contre la maison d’un élu) et tentatives d’incendie (contre des mosquées notamment).
© Christophe Andrieu

Au terme de l’audience, le tribunal condamne Lucas B. à 12 mois d’emprisonnement avec deux ans de sursis probatoire et Noël à 18 mois d’emprisonnement, dont 12 mois de sursis. Le lendemain du procès, des inscriptions sont découvertes sur les murs de la Serre : à côté d’une croix gammée et d’une croix celtique, un « Fuck antifa » accompagné d’une menace : « On a pas dit notre dernier mots (sic). »

A Saint-Brieuc, ce n’est pas la première fois que la Serre, lieu de débats et de projections abritant également une cantine populaire, est prise pour cible. En octobre 2023, quelques semaines avant cette agression, des inscriptions nazies ont été taguées sur la devanture du local. En septembre, c’est la permanence du Parti communiste (PCF) qui était visée par des tags nazis et suprémacistes. En juillet, un groupe d’une vingtaine de militants fascistes cagoulés et armés attaquait les participants au festival « Pour une Bretagne ouverte et solidaire ».

Menaces par armes à feu

Une violence d’extrême droite qui s’est déployée ces derniers mois non seulement à Saint-Brieuc, mais également dans toute la région Bretagne ainsi que dans le département des Pays-de-la-Loire. Basta! a ainsi recensé de manière non exhaustive plus d’une cinquantaine d’actes violents perpétrés par différents groupes d’extrême droite sur ce territoire depuis début 2023.

« C’est la première fois qu’on subit ce niveau de violence, indique Winston* [1] du Collectif vigilance antifasciste (CVA), à l’origine avec d’autres organisations du festival « Pour une Bretagne ouverte et solidaire » à Saint Brieuc. « Jusqu’à présent, on était plutôt épargné dans la région. » A Lorient, les syndicalistes étudiants de l’Union pirate ont également vu se multiplier les autocollants fascistes, croix celtiques et autres tags nazis sur les murs de l’université ces derniers mois. « Une vidéo a même circulé dans laquelle on voyait des personnes tirer avec une arme à feu sur une de nos affiches syndicales », relate Amélie*, de l’Union pirate Lorient, « c’est choquant ». La syndicaliste fait le lien entre la multiplication des intimidations et la création récente sur le campus d’une section du syndicat d’extrême droite Union nationale inter-universitaire (UNI).

A Lorient, les agissements de l’extrême droite ne restent pas cantonnés à l’université. « En mars 2023, à la fin d’une manifestation contre le projet de réforme des retraites, plusieurs camarades portant des chasubles Solidaires ont été agressés et menacés avec une arme à feu », note Gwenn* du syndicat Sud Éducation Morbihan. Amélie, à Lorient, continue la liste : « Pendant les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel, on a aussi vu se constituer une milice privée qui interpellait les protestataires aux côtés des forces de l’ordre, on sait que certains membres de l’UNI y ont participé. »

Cibler l’accueil des migrants…

« Ces deux dernières années, nos locaux de Brest ont été ciblés à cinq reprises par de la peinture ou des tags avec notamment des croix gammées ou des croix celtiques », rappelle de son côté Ismaël Dupond, secrétaire départemental du PCF pour le Finistère. Le militant précise que les plaintes déposées après ces dégradations n’ont cependant pas donné de suites judiciaires à ce jour. Ce qui inquiète encore plus Ismaël Dupond, ce sont « les intimidations autour des questions d’accueil des migrants », évoquant ainsi les menaces de mort dont a été la cible Laure-Line Inderbitzin, membre du PCF, ex-adjointe à la mairie de Callac (mais toujours membre du conseil municipal).

Callac est une petite ville d’environ 2000 habitants dans les Côtes d’Armor. Un projet d’accueil de réfugiés porté par la municipalité y a été abandonné début 2023 suite à un virulent mouvement d’opposition orchestré par l’extrême droite. « L’offensive violente de Reconquête ! à Callac, les manifestations qui y ont été organisées et le fait qu’on ait vu débarquer dans ces rassemblements des militants appartenant à des groupuscules violents, cela a déclenché quelque chose », analyse Marie* du syndicat Solidaires des Côtes d’Armor, qui ajoute : « Le fait qu’ensuite la mairie de Callac abandonne le projet d’accueil de réfugiés, ça a été interprété comme une victoire par l’extrême droite. »

Face à la recrudescence des violences de l’extrême droite, les organisations syndicales et militantes tentent de construire une riposte. « Avec la Confédération générale du travail (CGT) et la Fédération syndicale unitaire (FSU), nous avons créé en juin 2023 le collectif Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA) pour les Côtes d’Armor », explique Marie de Solidaires. Cette dynamique intersyndicale contre l’extrême droite, née en 1996 au niveau national, n’existait pas localement. « On informe et on organise des formations, précise la syndicaliste, l’objectif, c’est d’outiller les militants et les syndiqués pour qu’ils puissent agir sur leur lieu de travail contre l’extrême droite et ses idées ».

Ou des artistes drag-queen

« Il y a une bataille culturelle qui se joue, complète Gwenn de Sud Éducation Morbihan, pas seulement en Bretagne, mais aussi au niveau national, tant dans les médias que dans le champ professionnel ». Organiser des ateliers de formation, décrypter les programmes défendus par les partis d’extrême droite, mieux comprendre comment fonctionne « la fachosphère » et ses réseaux, recenser les actes perpétrés par les groupes violents : contrer l’influence de l’extrême droite implique un travail militant conséquent.

Au-delà du champ syndical, Marie juge pour sa part qu’il était « urgent d’élargir le front contre l’extrême droite et de reprendre la rue », raison pour laquelle son syndicat, Solidaires Côtes d’Armor, a rejoint l’initiative locale du Front commun. « Avec le Collectif Vigilance Antifasciste (CVA), nous souhaitions ne pas nous cantonner aux syndicats et partis politiques mais impliquer plein d’autres personnes et organisations qui pouvaient soutenir ce genre de combat, précise Winston. « Nous nous sommes donc tournés vers des commerçants, des musiciens ou des lieux culturels, dont certains avaient fait face à l’extrême droite, comme à Lamballe au cours d’un atelier de lecture organisé par des artistes drag-queen. »

Le Front commun contre l’extrême droite prend forme fin 2023 et a d’organisé une manifestation régionale le 21 avril dernier, à Saint Brieuc, 23 ans jour pour jour après l’arrivée de Jean-Marie Le Pen, le candidat du Front national (FN), au second tour de l’élection présidentielle. Environ 1500 personnes étaient présentes pour cette manifestation. Winston du CVA se dit « satisfait » du niveau de mobilisation mais souligne que « c’est le résultat d’un important travail d’information de terrain auprès d’un large public afin de mobiliser contre toute cette violence d’extrême droite ».

L’enjeu ? Gagner « la bataille culturelle » et faire que la Bretagne reste une terre « ouverte et solidaire ». Un défi colossal au lendemain d’élections européennes marquées par des scores conséquents de l’extrême droite, tant au niveau européen que nationalement et localement. Et suite à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, qui prend le risque de permettre l’arrivée de l’extrême droite à Matignon.

10 juin 2024  Maël Galisson

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Montpellier (Reporterre)

Montpellier (Reporterre) dans A gauche du PS rid2405-39_resized

Dans un bar associatif montpelliérain, la sidération face à la dissolution de l’Assemblée nationale a laissé la place à l’action. Pour faire s’unir les partis progressistes et écologistes, les idées ont fusé toute la soirée. Montpellier (Hérault), reportage

À Montpellier, l’effroi des électeurs de gauche se transforme en action

Stupeur et tremblements. Devant un Emmanuel Macron projeté sur le mur blanc du bar associatif, Aude cherche ses mots. Quelques minutes plus tôt, cette électrice de gauche assurait pourtant être « fatiguée que toutes les soirées électorales se passent de la même manière ». Mais c’était avant. Avant l’annonce par le président de la République de la dissolution de l’Assemblée nationale.

Dans la petite salle du café militant Le Quartier généreux à Montpellier, les cris ont vite couvert le discours du chef de l’État. « C’est la merde… » ; « Mais il est fou ! » ; « Quel enfoiré. » Sur les visages, la sidération se mêle à la colère. Quelques embrassades, « câlins et double whisky pour tout le monde » ironise une barmaid bénévole. Après le choc du score de l’extrême droite au scrutin européen, le peuple de gauche montpelliérain accuse ce mauvais coup. Jordan Bardella a en effet réalisé un score historique en recueillant 31,5 % des suffrages.

Mais déjà, sur la terrasse, on échange les analyses. « Macron tente le coup en vue de la présidentielle de 2027, glisse Claude, en ajustant ses lunettes bleutées. Si le Rassemblement national se retrouve au gouvernement, ça va l’user, et peut-être lui faire perdre des voix. » Un pari risqué mais astucieux de la part du président ? « Ah non, c’est super dangereux de jouer avec le feu, poursuit le quinquagénaire. Les fachos vont se sentir pousser des ailes, ça va les désinhiber. »

« Je m’inquiète surtout pour mes enfants »

À ses côtés, Hassane opine. « C’est le jeu démocratique, mais ça me fait peur, souffle le père de famille. Je m’inquiète surtout pour mes enfants, car on sait comment ça commence, mais jamais jusqu’où ça peut aller… » Dans le bar, la voix de la rappeuse Diam’s chantant J’emmerde le Front national couvre le discours de Marine Le Pen.

« Macron était en grande difficulté pour gouverner, alors, plutôt que de subir une nouvelle motion de censure contre son gouvernement, il tente le tout pour le tout, estime Rémi, conseiller municipal socialiste dans la commune de Castries, où 36 % des suffrages se sont portés sur la liste de Jordan Bardella. Maintenant, à nous, à gauche, de réagir ! »

À gauche, l’heure doit être à l’action

Oui mais comment ? Entre deux verres, le mot commence à circuler parmi la trentaine de présents : « La gauche vient de faire la démonstration que quand elle n’est pas unie, elle ne pèse pas dans le débat public, observe un militant qui se dit « tendance La France insoumise ». Il n’y a qu’une seule voie : l’union de la gauche. »

Après la stupéfaction, l’heure est donc à l’action. Et vite. À l’intérieur du café, l’écran géant qui projetait la soirée électorale de France TV a été éteint. Tables disposées en cercle, et pizzas commandées. « Macron aurait pu nous prévenir, on se serait mieux organisés, commente, sarcastique, une trentenaire. On va y passer la nuit, et j’ai pas sorti mon chien. »

Sur la petite estrade, Rémi résume la situation à ses camarades : « Nous vivons un séisme politique partout en France, nous sommes à trois semaines de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Est-ce qu’on est tous d’accord pour dire qu’il faut un rassemblement de la gauche ? » Dans la petite assemblée, les mains s’agitent en l’air en signe d’approbation.

Militante aux Écologistes, Julia enchérit : « On est partis divisés aux européennes, et on voit le résultat, admet-elle. La Nupes a été un mouvement d’espoir : il faut mettre la pression sur les partis pour faire renaître ça. » À ses côtés, Rhany, membre de La France insoumise, soupire : « Pour le moment, c’est le chaos, la Nupes n’existe pas », rappelle-t-il.

Appeler à un « sursaut citoyen »

Pour lui, « c’est l’heure de vérité pour le Parti socialiste, ils vont devoir faire un choix très clair ». En ligne de mire, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et Mickaël Delafosse, maire de Montpellier, tous deux membres du PS opposés à la Nouvelle union populaire écologique et sociale.

« Ok pour le rassemblement, mais on fait comment ? » Regards hésitants et silence parmi les présents. On sort des post-it pour noter les idées. « On pourrait faire une manif lundi soir pour l’union, propose une militante. Et appeler à un sursaut citoyen ». « Et si on politisait la fête de la musique ? », souffle une autre. « Pourquoi pas écrire un appel citoyen ? »

En quelques minutes, des pistes s’esquissent. Rassemblement prévu lundi à 19 heures, place de la préfecture – « J’amène des cartons, on fera des pancartes ! » – avec un appel au rassemblement des partis de gauche. « Il faut leur dire de se sortir les doigts du cul », lance une femme du fond de la salle bouillonnante. « Il faut s’unir sur un projet politique de rupture radicale », précise un autre. Les idées fusent, on note.

Peu avant 1 heure du matin, un petit groupe éreinté est parvenu à un texte intitulé « Unissons-nous pour un sursaut populaire » : « L’heure est à la mobilisation pour faire tout ce qui est possible, qui que nous soyons, habitant·es, électeur·ices, élu·es, pour ne pas permettre à l’extrême droite d’accéder au pouvoir, peut-on lire dans le texte — lisible en ligne. Notre force est collective. »

Lorène Lavocat et David Richard (photographies) 10 juin 2024

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Edito (Reporterre)

sondages
Une seule solution, l’union

L’oligarchie place l’extrême droite au seuil du pouvoir. La gauche et les écologistes doivent être à la hauteur de ce danger, et s’unir sans barguigner, affirmons-nous dans cet éditorial.

S’unir, se regrouper, s’allier, faire front, faire face, se rassembler, arrêter de barguigner, de tergiverser, de palabrer, de s’invectiver, de se quereller : cette injonction que des millions de personnes disent depuis des semestres à des partis divisés et fragmentés, il faut aujourd’hui même, face au danger, que Les Écologistes, que la France insoumise, que le Parti socialiste, que le Parti communiste, que d’autres, l’entendent et agissent.

Car le panorama politique n’a jamais été aussi clair : après des années de politique ultralibérale et de matraquage orchestré par des médias aux mains des milliardaires, l’oligarchie a placé l’extrême droite au seuil du pouvoir.

Tout, y compris le fascisme — un fascisme accommodé à la sauce du XXIᵉ siècle et de l’intelligence artificielle —, plutôt que le partage des richesses. Et par un fantastique renversement opéré par une bourgeoisie recroquevillée sur son égoïsme, les descendants de Pétain et des collaborateurs de Hitler, les successeurs des colons et de l’Algérie française, les promoteurs de la xénophobie institutionnalisée sont présentés comme dignes d’assurer le pouvoir.

Est-il besoin d’évoquer ce que signifierait en France l’arrivée du Rassemblement national à la tête de l’État ? Du macronisme taille XXL ! Encore plus de chasse aux étrangers, de répression des écologistes et des mouvements sociaux, une liberté totale à une police raciste et brutale, le déni climatique, et la confortation d’un ordre social aux mains des milliardaires.

Que la gauche et les écologistes s’unissent, c’est tout.

Qu’elles partent à la bataille ensemble, pour préserver la liberté, et projeter enfin la vision forte d’une société juste et populaire, d’un avenir qui ne serait pas voué au désastre écologique, mais s’éclaire au contraire de nouveaux modes de vie inspirés par la sobriété et la coopération. Une gauche unie sur des mots d’ordre clairs : taxer les riches, poser la justice comme condition de la paix sociale, et replacer la santé, l’éducation, les transports au cœur de la politique.

Soyons réalistes : il est peu probable qu’une gauche unie obtienne le 7 juillet la majorité. Il serait donc vain, pire, criminel, de s’écharper maintenant sur qui serait le ou la Première ministre. Mais il est vital à l’heure du danger de recréer une dynamique conquérante et joyeuse, pour au minimum constituer un bloc puissant à l’Assemblée nationale et rouvrir les portes d’un avenir désirable.

Hervé Kempf

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09 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Vers de terre (Basta!)

Vers de terre (Basta!) dans Altermondialisme

Ils créent une Ligue de protection pour sauver les vers de terre

«Ils sont au cœur de l’alimentation du futur et de la préservation des sols », défend l’agronome Christophe Gatineau, président de la toute nouvelle Ligue de protection des vers de terre. Les défendre suppose de préserver les sols agricoles.

Une Ligue de protection des vers de terre a vu le jour le 20 avril dernier. La bonne blague ! Ils ne savent plus quoi inventer… Sauf qu’une partie de notre alimentation transite par l’intestin des vers de terre avant de nourrir les plantes qui nous nourrissent. De la même manière qu’un insecte sur quatre en France est à l’origine de la plupart des fruits et graines que nous consommons, et qu’une bouchée sur trois passe avant entre les « mains » des abeilles. Quatre cultures sur cinq ont besoin d’elles, et toutes ont besoin des vers de terre et des microbes souterrains.

Les associations pour protéger les animaux sont légion. Entre la Fondation Brigitte Bardot (FBB), la Fondation 30 Millions d’Amis, la Société Protectrice des Animaux (SPA), la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), qui a élargi ses actions à tous les animaux sauvages, ou l’Aspas, l’Association pour la protection des animaux sauvages, aucune ne se préoccupait jusqu’alors du petit animal qui avait fait dire en 2018 au célèbre astrophysicien Hubert Reeves : « La disparition des vers de terre est un phénomène aussi inquiétant que la fonte des glaces. » Et d’ajouter : « Le ver de terre est un bon exemple du fait qu’une toute petite chose à peine visible peut prendre une importance majeure. »

Réduit à être moche et gluant

Il y a des vers de terre, des vers de compost, des vers aquatiques, des vers marins, il y a même des vers de glaciers, finalement, les Annélides ont colonisé tous les milieux, sauf les airs… Mais il y a aussi ce paradoxe où, d’un côté, on dit que c’est l’animal le plus important sur la terre, l’ingénieur des sols, et de l’autre, il est vu comme insignifiant.

Un ver de terre, fût-il lombric terrestre, ne fera jamais le poids face à une abeille à miel. Réduit à être moche et gluant, alors qu’il est le premier animal sauvage dont le comportement a été étudié. De plus, il est le seul animal non social à cultiver pour nourrir ses vermisseaux ! Un jour, il faudra avoir le courage d’arrêter de l’assimiler à un stupide ver de compost.

Personne ne se préoccupait jusqu’alors de leur avenir, des laissés-pour-compte comme le souligne le ministère de l’Agriculture : « Étrange et injuste destin, pourtant, que celui de cet être minuscule, regardé à tort avec un peu de répulsion, ou, au mieux, d’indifférence. »

Néanmoins, l’État refuse de les préserver pour ne pas compromettre l’agriculture intensive, tout en reconnaissant officiellement leur rôle dans la bonne santé des sols : « Garants de la bonne santé du sol, leur rôle est considérable : ils assurent le cycle des nutriments, la transformation du carbone ou encore la régulation des ravageurs et des maladies. (…) Plus l’abondance et la richesse lombriciennes sont élevées, meilleur est l’état biologique du milieu considéré. ».

La moitié des sols agricoles dégradés

Soyons lucides, l’État dit tout et son contraire. Et dire aujourd’hui, comme le soutient la Ligue de protection des vers de terre, qu’ils sont au cœur de l’alimentation du futur et de la préservation des sols, lui paraît trop simple, simpliste, surtout lorsque le ministre de l’Agriculture déclare que « c’est par l’innovation qu’on s’en sortira ». C’était le 26 avril 2024. Et ce jour-là, il a placé le génie humain au dessus du génie de la nature.

Quant au génie des vers de terre, il est relégué aux oubliettes… quand plus de la moitié des sols agricoles sont dégradés à des degrés divers à cause du génie humain. Un mauvais génie qui a entraîné la dégradation de l’habitat des vers de terre, entraînant par ruissellement l’érosion des sols vers les cours d’eau. Mais pour le ministre, la solution, c’est le génie humain !

Un mois plus tard, il déclarait à l’occasion des discussions sur le nouveau projet loi d’orientation agricole à l’Assemblée nationale : « L’élevage industriel n’existe pas en France ». No comment quand plus de 200 millions d’animaux domestiques sont ainsi élevés en France, selon l’ONG Greenpeace. La France compte plus de 3 000 élevages industriels, et cet agrosystème exclut les vers de terre et les animaux élevés de leur habitat.

Réhabiliter leur habitat

En résumé, si 95 à 100 % de notre alimentation provient de l’habitat des vers de terre, une partie de nos vêtements et chaussures en provient aussi, tout comme une partie de notre chauffage, essence, gaz, électricité et matériaux de construction… et sans oublier le papier, le carton, le vin, le tabac et les huiles ! C’est bien la preuve parfaite que la viabilité de l’humanité dépend de la salubrité de leur logement. Franchement, avons-nous conscience de cela ? Je ne le crois pas !

D’ailleurs, depuis le regain d’intérêt pour les vers de terre en 2018, ultime paradoxe, il devient quasiment impossible d’en parler sans être renvoyé à la lombriculture ! C’est-à-dire l’élevage intensif d’une espèce qui ne vit pas dans la terre. De même qu’il est impossible d’évoquer le monde riche et diversifié des abeilles sans être renvoyé à l’apiculture. C’est-à-dire l’élevage intensif d’une espèce !

Pour ne pas les oublier, et parce que la loi française nie toujours leur existence, la Ligue de protection des vers de terre œuvrera à les préserver et à contribuer à leur protection juridique, ainsi qu’à réhabiliter leur habitat dans le modèle agricole. Elle est la deuxième association dans le monde, avec la Société britannique des vers de terre, à « parler » au nom des vers de terre.

Christophe Gatineau, agronome, auteur de Éloge du ver de terre (Flammarion, 2018) et président de La Ligue de protection des vers de terre.

7 juin 2024  Christophe Gatineau

https://basta.media/

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09 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Vélo (Ploermel)

Vélo (Ploermel) dans Altermondialisme IMG-20210607-WA0006-1210x765-2-1024x647

13 juin 2024 à 18h30 :« Électrifier son vélo pour une mobilité durable »

Le prochain “Jeudi du Galais” aura lieu le 13 juin 2024 à 18h30 à la Fourmilière à Ploërmel, autour du thème “Électrifier son vélo pour une mobilité durable”, avec Thierry, Arthur et Jean-Luc Dumas.

Dans un territoire rural comme le nôtre, la mobilité est un enjeu citoyen, économique et écologique. Chacun.e l’aborde selon ses contraintes personnelles, ses moyens financiers et ses convictions.

De leur côté, les collectivités locales mettent en œuvre différentes solutions qui répondent plus ou moins aux besoins des habitants. La communauté de communes a mis en place un Réseau intercommunal de voyage (RIV) qui regroupe des services de bus, de transport à la demande et de location de vélos électriques.

Toutes ces initiatives n’empêchent pas qu’un nombre important d’habitants du Pays de Ploërmel subissent une “non mobilité” contrainte, pour des raisons financières, d’isolement ou de handicap.

Pour Thierry, Arthur et Jean-Luc Dumas, habitants du Pays de Ploërmel, la question de la mobilité en campagne est aussi une affaire d’écologie, d’énergie collective et de solidarité.
Ingénieurs de formation, ils ne cessent de concevoir de nouvelles façons d’électrifier un vélo et/ou une remorque à vélo. Dans le cadre d’ateliers collectifs, ils accompagnent depuis plu-sieurs années des habitants dans l’électrification de leur vélo pour un budget inférieur à 100 €.

Jeudi 13 juin 2024 à 18h30 à La Fourmilière à Ploërmel, ils présenteront différents modèles de vélos électrifiés par leurs soins et proposeront d’animer de nouveaux ateliers, et de former des personnes volontaires à l’animation de tels ateliers.

Nous échangerons également sur les complémentarités possibles et perfectibles entre ces différents modes de mobilité existant dans le Pays de Ploërmel : vélo, RIV, covoiturage, transport à la demande…

Et pourquoi ne pas imaginer un projet plus ambitieux d’électrification de vélos qui seraient récupérés dans les déchetteries de la communauté de communes ?

L’accès à cette rencontre est libre et gratuit. Une soupe à prix libre sera proposée.
Cette soirée clôturera le cycle 2023-2024 des “Jeudis du Galais”. Rendez-vous à la rentrée !

Contact : galais@monnaie-locale-ploermel.org ou 0613287674

https://www.monnaie-locale-ploermel.org/

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08 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Et l’Océan? (Bloom)

bloom

Programmes électoraux européens : quid de l’océan ?

À quelques jours du scrutin européen du 9 juin, BLOOM publie son analyse des programmes électoraux des principaux partis français afin d’identifier ceux qui inscrivent la protection de l’océan et la défense des petits pêcheurs artisans dans leurs priorités pour le prochain mandat.

Les listes de la gauche sociale et écologique se distinguent par leur ambition, Renaissance par son greenwashing, la droite conservatrice et l’extrême-droite par leurs mesures antiécologiques et leur mépris total de l’urgence environnementale.

Nous avons utilisé comme baromètre d’analyse les “15 points pour sauver l’océan, le climat et les emplois” portés par les 130 ONG, 120 personnalités et 45 000 citoyens réunis au sein de la “coalition citoyenne pour la protection de l’océan”. Ces quinze points, fondés sur les recommandations scientifiques internationales, devront absolument être mis en œuvre pour que l’Union européenne se dote d’un cadre juridique réellement efficace en faveur de l’océan, du climat et de la justice sociale.

Qui fait des promesses vagues et intentionnelles ? Qui définit clairement ses objectifs pour les années à venir ? Et qui, finalement, veut faire reculer l’Union européenne et nous rapprocher du gouffre climatique et environnemental ?

BLOOM a examiné en détail les professions de foi des listes aux élections européennes qui dépassent le seuil des 5% d’intentions de vote dans les derniers sondages1. Voici notre analyse, présentée selon le classement de la performance écologique des délégations françaises au Parlement européen présenté publié sur notre outil iPolitics.

  • Greens / Les Écologistes : 19,9/20
  • The Left / La France insoumise : 19,7/20
  • S&D/Place Publique – PS : 19,0/20
  • Renew Europe / Renaissance : 14,6/20
  • EPP/Les Républicains : 5,5/20
  • ID/Rassemblement national : 3,8/20

Les Écologistes

Le parti dirigé par Marie Toussaint fait de la convergence des questions sociales et environnementales le pivot de son programme électoral. Une attention particulière est portée au monde de la pêche et à la protection des océans et de leur biodiversité. Suite à la publication des 15 points défendus par BLOOM, Marie Toussaint a été la première tête de liste à s’engager, sans délai, à les porter au cours des cinq prochaines années avec l’ensemble des futurs députés de son parti.

C’est ainsi que l’on retrouve dans le programme des Écologistes toutes les mesures phares que nous défendons : l’attribution prioritaire des quotas de pêche aux pêcheurs artisans qui créent de l’emploi et ont un impact moindre sur l’environnement, le soutien à la protection stricte de 10% des aires marines européennes, l’interdiction des méga-chalutiers dans la bande côtière, la fin des plastiques d’ici 2050, l’adoption d’un traité de non-prolifération des énergies fossiles et des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre..

Les Écologistes veulent ainsi consolider les objectifs du “Pacte vert” européen avec un ensemble de mesures extrêmement ambitieuses, détaillées et quantifiées. C’est donc un programme de très grande qualité, à la hauteur de l’urgence environnementale, que porte Marie Toussaint en matière de protection de l’océan, du climat, et de justice sociale.

Un point de vigilance : pour défendre ce programme au sein du Parlement européen, la liste des Écologistes doit absolument dépasser le seuil fatidique des 5% de votes ce dimanche 9 juin. En dessous de ce seuil, les Écologistes seraient exclus du Parlement européen pour la prochaine législature, et les cinq sièges pouvant être obtenus en dépassant ce seuil seraient automatiquement redistribués entre les autres partis en fonction des voix obtenues, bénéficiant largement aux partis d’extrême droite et de la droite conservatrice et libérale. Si les Écologistes ne franchissent pas ce seuil des 5%, ce serait une catastrophe pour la construction du droit environnemental et la justice sociale au sein de l’Union européenne, tant leur expertise sur les dossiers est précieuse, et tant certains votes sont serrés au Parlement européen.

La France Insoumise

La liste conduite par Manon Aubry aux élections européennes montre qu’elle entend continuer à faire de la défense de l’environnement l’un des piliers de la prochaine mandature, dans la continuité du travail accompli lors de la dernière législature.

Son programme électoral est extrêmement fourni et détaillé, et met particulièrement l’accent sur la convergence entre justice sociale et justice environnementale, y compris sur les questions liées à la pêche et à la protection de l’océan.

Manon Aubry et tous les candidats de La France Insoumise se sont engagés à porter les 15 points défendus par BLOOM, engagement qui se retrouve d’ailleurs dans leur programme. Qu’il s’agisse des accords de pêche que l’Union européenne conclut avec des pays tiers (notamment avec les pays d’Afrique de l’Ouest et de l’océan Indien) et qui conduisent au pillage des ressources halieutiques des pays du Sud, de la réorientation des subventions publiques, de la réallocation des quotas de pêche en faveur de la pêche artisanale, de la lutte contre les lobbies industriels ou de l’aquaculture durable : tous ces points sont présents dans leur programme.

Le programme de La France Insoumise ne se limite pas à l’océan, mais couvre toutes les questions écologiques. On y trouve ainsi un large chapitre consacré à la planification écologique européenne, où sont évoqués entre autres l’arrêt des subventions aux énergies fossiles, l’interdiction de développer de nouveaux projets fossiles, la défense de la Loi sur la Restauration de la Nature.

En bref, un très bon programme pour les cinq prochaines années de travail parlementaire.

Place Publique – Parti Socialiste

Le programme de la coalition Place Publique et Parti Socialiste mené par Raphaël Glucksmann présente lui aussi un éventail très complet sur les enjeux écologiques. Sur les 338 mesures proposées pour les cinq prochaines années, 91 concernent l’écologie, en allant de la lutte contre le changement climatique au bien-être animal, en passant par la mobilité, l’eau et la protection des écosystèmes.

Entre autres, le texte fait clairement référence à la fin des subventions néfastes pour la planète, en premier lieu les énergies fossiles. Il s’agit de l’un des 15 points défendus par BLOOM, et un enjeu crucial dans la transition énergétique.

La liste socialiste propose également un « Pacte bleu pour l’Europe » qui reprend en grande partie les 15 points défendus par BLOOM.  Y sont abordés la protection de 30% des espaces marins d’ici 2030, conformément aux recommandations des scientifiques et de la Commission européenne, l’interdiction des méga-chalutiers dans la bande côtière, un moratoire sur l’exploitation minière en eaux profondes et la transition socio-écologique du secteur de la pêche. Le programme évoque également la promotion d’accords de pêche internationaux respectueux des écosystèmes et ne favorisant pas le pillage des ressources africaines, contrairement à la plupart des accords de pêche établis aujourd’hui par l’UE avec des pays tiers.

Enfin, Raphaël Glucksmann, tête de liste Place publique – PS, s’est publiquement engagé, à titre personnel, sur les 15 points portés par la coalition citoyenne pour la protection de l’océan. À l’heure où nous publions cette analyse, aucun autre candidat de la liste a confirmé son soutien à ces 15 points. Charge à Raphaël Glucksmann de s’assurer que ses colistiers s’engagent également de manière résolue en faveur de l’océan, du climat, et de la justice sociale.

07 juin 2024

https://bloomassociation.org/

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08 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Epouvantail ( Orient 21 )

migrants

Élections européennes. Autopsie de l’épouvantail migratoire

Alors que les intentions de vote pour les Européennes prédisent une montée des courants de l’extrême droite sur tout le continent, la question migratoire continue à être agitée comme une menace par un spectre politique de plus en plus large. L’Europe forteresse se barricade davantage, renvoyant à la mort celles et ceux qui fuient les guerres, la répression, les changements climatiques ou la précarité économique. Deux livres déconstruisent cette approche, tant d’un point de vue théorique que de celui du terrain.

C’est la tristement célèbre phrase de Michel Rocard qui sert de fil rouge au petit livre « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

En finir avec une sentence de mort. Lors du grand oral des élections européennes sur BFM TV, Marion Maréchal n’a pas manqué d’y faire référence ; s’adressant à Marie Toussaint, elle lui dit : « Vous aurez tout le temps d’expliquer comment vous allez accueillir toute la misère du monde sur le dos des Français ». Répondant du tac au tac, la tête de liste d’Europe Écologie – les Verts a affirmé quant à elle que c’est « la grandeur de la France d’accueillir une partie de la misère du monde ». Ainsi, les détracteurs les plus audacieux de cette formule mettent jusque-là un point d’honneur à la compléter – « mais on doit y prendre sa part » ; dans tous les cas, il s’agit de reprendre à son compte ou de se contenter de relativiser une sentence — dans les deux sens du terme, comme le montre l’essai — qui n’est guère remise en question. On ne sort pas du piège de ses mots.

À contre-courant du discours dominant sur la politique migratoire française comme européenne, les deux auteurs Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens se donnent pour mission quant à eux de contredire mot par mot — littéralement — cette formule quasi incantatoire, devenue l’alpha et l’oméga de politiques toujours plus répressives.

On peut dire de cet essai qu’il s’agit presque d’un manuel, mettant à disposition des lecteurs et lectrices un arsenal d’arguments rhétoriques, politiques et juridiques pour contrecarrer des affirmations fallacieuses sur ce sujet, qui, à la faveur de la bataille culturelle gagnée par l’extrême droite, ont cessé d’être questionnées. De manière incisive, en s’appuyant à la fois sur l’analyse du discours, les chiffres et les études disponibles (dont certaines publiées par des organismes très officiels comme l’ONU, l’OCDE ou l’Assemblée nationale), c’est tout le discours migratoire de la forteresse Europe qui est ici déconstruit, pierre par pierre. L’essai est ainsi le résultat salutaire de l’analyse d’un philosophe et enseignant français, Pierre Tevanian, dont les écrits témoignent depuis plusieurs années de son engagement antiraciste, et de Jean-Charles Stevens, expert juriste belge, qui a travaillé pendant une dizaine d’années dans plusieurs associations de défense du droit des étrangers.

De qui parle-t-on ?

Comme Louis Witter (lire plus bas le compte-rendu de son livre La Battue), Tevanian et Stevens ont le souci du choix des termes, et adoptent pour désigner les étrangers arrivés sur le sol européen celui de « réfugié », et ce

quel que soit le statut légal des personnes concernées […], pour souligner le motif d’une bonne part des migrations : trouver un refuge, autrement dit une protection contre un péril, une menace, qu’elle soit « politique », « économique » ou (bien souvent) les deux ensembles.

Ce choix politique et le pendant de celui, implicite, de la phrase de l’ancien premier ministre socialiste : en usant de ce « on » ou de ce « nous » trop englobant, les détenteurs de l’autorité politique entraînent avec eux toute une société – française, belge, européenne -, pour l’opposer à un Autre réduit à n’être ni des personnes, ni des individualités fuyant la guerre, la répression, la précarité ou le dérèglement climatique, « mais simplement de « la misère » : une « misère » sans nom, sans sexe, sans visage », qui constituerait par son statut même de réfugié⸱e un fléau à garder loin de ses frontières. Ce faisant, c’est bel et bien une sentence xénophobe qu’il faut d’abord dénoncer et déconstruire en tant que telle.

Mais quelle est l’ampleur de cette « misère du monde » qui risque de dévaler sur le vieux continent, menaçant ainsi le bien-être et le vivre ensemble de ses populations ? Tevanian et Stevens reviennent aux chiffres pour montrer le décalage entre le discours politique catastrophiste et la réalité. Selon ceux du rapport du Haut-commissariat pour les Réfugiés de l’ONU paru en 20211 – et qui se confirment encore dans celui de juin 2023 -, ce sont les pays du Sud qui, à l’échelle mondiale, accueillent le plus grand nombre de réfugié⸱es. Ainsi, le top 10 des pays qui, jusqu’en 2020, comptent sur leur territoire le sixième des réfugiés du monde sont dans l’ordre : la Turquie, la Colombie, le Pakistan, l’Ouganda, l’Allemagne, le Soudan, le Liban, le Bengladesh, l’Éthiopie et l’Iran. Rien d’étonnant quand on sait qu’« une grande majorité des réfugié⸱es (73 %) est accueillie dans un pays voisin du pays d’origine », ce qui exclut de fait les pays européens. On est donc loin d’un « raz-de-marée » ou autres « appels d’air » sans cesse agités par des partis qui vont bien au-delà de l’extrême droite classique. Ce classement montre également que ce ne sont pas les pays les plus riches, qui « peuvent » pourtant « accueillir » les réfugié⸱es, qui portent l’essentiel du « fardeau ». Une capacité qui s’est d’ailleurs avérée de l’ordre du « possible » pour les réfugiés ukrainiens fuyant la guerre.

Entre répression et rentabilité

Mais que signifie déjà « accueillir » ? L’axiome implante dans les esprits de l’existence d’une politique de prise en charge qui comprend déjà tous les réfugié⸱es arrivé.es sur le sol français. Or, ce qui est mis sous silence dans cette dichotomie discursive de l’accueil et de la fermeture des frontières, c’est qu’il s’agit d’abord et avant tout de « laisser tranquille des gens qui arrivent dans ces pays, de ne pas les traquer comme des bandits, de ne pas les enfermer, de ne pas les expulser – de les laisser, déjà, « s’aider eux-mêmes » ». Pourquoi en effet s’acharner à empêcher par la loi ou par l’intervention de forces de l’ordre la solidarité avec les réfugié⸱es et leur intégration professionnelle dans le tissu social, si cet accueil dépasse de fait nos moyens économiques ?

À l’heure où la seule immigration acceptable pour la majorité présidentielle, comme le rappelle la tête de liste aux élections européennes Valérie Hayer, est celle qui concerne les « métiers sous tension », conditionnant la mobilité des individus à une valeur marchande de rentabilité, il n’est pas inutile de rappeler le coût abyssal des politiques migratoires répressives européennes, chiffrées par le sociologue Damien de Blic, comme le rappelle l’ouvrage, à plus de 700 millions d’euros annuels.

Le petit livret de poche de Tévanian et Stevens est un condensé sans fioritures. Chaque paragraphe vient torpiller des phrases répétées comme des mantras par des personnalités dont il devient de plus en plus difficile de distinguer la couleur politique, tant les éléments de langage de l’extrême droite, tabous il y a 20 ans, sont désormais adoptés par ceux-là mêmes qui prétendaient « faire barrage » contre la vague brune. Un essai à mettre entre toutes les mains, à la veille d’un risque de déferlante qui souillera le continent européen.

« zéro point de fixation »

Dans La Battue – L’État, la police et les étrangers, le photojournaliste Louis Witter met en évidence la chasse que subissent de manière continue les personnes exilées de Calais à Dunkerque. L’auteur explicite d’ailleurs le choix à contre-courant qu’il fait de ce terme, au détriment de celui de « migrants » : « Ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté les leurs, qui se sont arrachés à leurs racines. En exil. »

Cette gestion policière porte le nom de « zéro point de fixation », dont le but est de dissuader les exilé⸱es de s’installer et de se regrouper. Depuis 2016 et le démantèlement du plus grand bidonville d’Europe — surnommé « la jungle » de Calais — par le ministre de l’intérieur du gouvernement socialiste, Bernard Cazeneuve, la stratégie des autorités est claire : les effets de la frontière franco-britannique doivent être invisibles. Aucun nouveau bidonville ne doit émerger.

Traques au petit matin, lacérations de tentes, confiscations des effets personnels, interdictions de distributions de nourriture et d’eau sont autant de stratégies mises en place pour assurer ce « zéro point de fixation ». C’est en documentant la régularité des expulsions — toutes les 48 heures — que l’auteur prouve que celles-ci sont le fruit d’une politique pensée et élaborée :

la stratégie du « zéro point de fixation » est entrée dans l’arsenal légitime des gouvernements successifs contre les exilés, de Ouistreham à Dunkerque en passant par Boulogne-sur-Mer et Calais. Son aspect méthodique et rituel a transformé cette stratégie en ligne politique tolérable et admise, du bureau du ministre de l’intérieur à Paris au fourgon de CRS mobilisé le matin »

Des choix qui n’en sont pas

Empêchés de traverser la Manche (la France sous-traitant la frontière du Royaume-Uni), mais interdits de rester : les autorités n’offrent ainsi comme possibilité à ces exilé⸱es que l’errance perpétuelle ou — volet « humanitaire » oblige — des « propositions d’hébergement, à destination de différentes villes », toutes situées hors de Calais, alors que la France n’a jamais été leur destination. « Humanité et fermeté » comme le martèle les différents politiques, de Bernard Cazeneuve à Gérald Darmanin. Mais Witter constate : « à l’échelle de Calais, 85 % des moyens sont alloués à la fermeté, 15 % seulement à l’humanité. »

À quelques kilomètres à peine du but, face à ces choix qui n’en sont pas, les exilé⸱es multiplient les risques pour atteindre les côtes britanniques. Depuis 2016 le nombre de décès s’est accentué. L’ouvrage commence avec les noms des 300 personnes qui ont perdu la vie à la frontière franco-britannique depuis 1999. Les années 2021-2022 comptabilisent à elles seules 30 de ces décès, dont 27 lors du terrible naufrage du 24 novembre 2021. Pour rappel, les investigations en 2022 sur les conditions de ce naufrage révèlent que les migrant⸱es ont appelé à l’aide à de nombreuses reprises, mais les secours français ont attendu qu’ils passent dans les eaux anglaises, sans leur envoyer de moyens de sauvetage.

En France comme en Europe

Si le « zéro point de fixation » est français, des stratégies semblables sont mises en place dans plusieurs pays de l’Union européenne (UE) ou frontaliers, comme le Maroc, la Tunisie ou la Libye, « pour tenter de contenir l’arrivée d’exilé⸱es sur leurs territoires ou leur éviter de passer vers d’autres territoires européens ». Une des similarités avec la frontière franco-britannique est celle de « l’usage de la police en principale réaction à des situations exceptionnelles, au détriment d’une réponse plus humanitaire ». Louis Witter constate : « la police vient d’abord, la loi ensuite ». La sous-traitance des frontières est aussi devenue une spécialité de l’UE, malgré « les dénonciations par les ONG des mauvais traitements infligés aux exilé⸱es aux portes de l’Europe ». Depuis 2019, le Maroc est devenu la première porte d’entrée vers l’Europe. Les subventions du vieux continent allouées au royaume pour empêcher l’immigration illégale sont en constante augmentation. Aux 270 millions d’euros déjà touchés par le Maroc depuis 2007, l’UE a accordé « 500 millions d’euros supplémentaires […] sur la période 2021-2027 », qui se rajoutent aux « 30 millions d’euros » de l’Espagne.

L’UE est aussi dotée d’une force européenne chargée de contrôler et réprimer les flux migratoires : l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, plus connue sous le nom de Frontex. Preuve d’un changement de paradigme concernant la politique migratoire, cette agence se nommait auparavant « Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures ». En 2015, avec l’afflux des réfugiés syriens et irakiens fuyant la guerre, ses mandats sont renforcés et ses pouvoirs élargis. Elle devient aussi une des agences les mieux dotées avec un budget alloué de près de 500 millions d’euros. Comme à Calais, la « fermeté » prime sur l’« humanité ». En 2022, un rapport confidentiel de l’Office européen de lutte contre la fraude faisant état de « graves manquements de la part de Frontex » fuite dans les médias : au lieu d’empêcher les pushbacks (le renvoi d’exilés en pleine mer) en mer Égée, l’agence les a non seulement dissimulés au Parlement européen, mais aussi soutenus. En effet, les avions de Frontex ont été peu à peu retirés du survol des eaux — pour ne pas avoir à intervenir en cas de refoulement —, et les embarcations de la marine grecque servant aux renvois ont été achetés avec des financements européens.

Si Fabrice Leggeri, ex-patron de Frontex, est poussé vers la sortie suite à ce scandale, l’agence va continuer à monter en puissance. D’ici à 2027, elle sera constituée de « 10 000 garde-côtes et gardes-frontières armés », contre 2 100 agents actuellement, et son budget annuel moyen devrait atteindre 900 millions d’euros. Quant à son ancien directeur, il est aujourd’hui en troisième position sur la liste du Rassemblement national pour les élections européennes. CQFD.

Des politiques mortifères

En 2019, Amnesty International déclarait dans un rapport que « les politiques migratoires européennes ont mis en danger la vie de milliers de personnes ». Le surinvestissement technologique — drones et capteurs de CO₂, par exemple —, l’utilisation massive de la police et les durcissements des politiques sur l’immigration dans les différents pays de l’Union, montrent surtout « l’incapacité des gouvernements à gérer [les frontières] autrement que par l’outil coercitif ». Au détriment des exilé⸱es, de l’État de droit, de la convention de 1951 sur le statut des réfugiés, de la Convention européenne des droits de l’homme, de notre humanité commune.

Face à ces politiques mortifères, l’ouvrage de Louis Witter rend hommage aux calaisien⸱nes, aux associations locales et plus largement à tous celles et ceux qui, à travers l’Europe, luttent pour faire respecter les droits et la dignité des personnes exilé⸱es.

Calais, ville symbole de ce que le pays peut faire de pire à sa frontière, mais aussi de ce que ses citoyens peuvent faire de meilleur. D’un côté, un État autoritaire et maltraitant, de l’autre, des milliers d’individus prêts à agir au quotidien pour aider des étrangers en demande d’un refuge

Epouvantail ( Orient 21 ) dans A gauche du PS

Sarra Grira

Journaliste, rédactrice en chef d’Orient XXI.

 dans Altermondialisme

Marine Bequet

Membre du comité éditorial d’Orient XXI.

https://orientxxi.info/

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07 juin 2024 ~ 0 Commentaire

ANC (RSA)

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Militant de l’ANC, assassiné par Winnie Mandela

Afrique du Sud, le désir de changement


En perdant sa majorité absolue, l’ANC va devoir s’allier à d’autres partis pour former un gouvernement mais rien n’indique qu’il y aura un abandon de la politique libérale menée depuis la fin de l’apartheid.

Les résultats provisoires des élections générales de 2024 en Afrique du Sud pour élire les 400 députés montrent participation électorale en recule de 8 % soit 58 %. Comme le prévoyaient les sondages, l’ANC n’obtient que 40,26 % soit une perte de plus de 16 points.

Le retour de Jacob Zuma

Le principal parti de l’opposition Democratic Alliance (DA) issu du parti conservateur gagne un peu plus de 1 point avec 22 % des voix. L’organisation de Julius Malema, les Economic Freedom Fighters – scission populiste de gauche de l’ANC – régresse légèrement avec un score à 10 %. Quant au parti de Jacob Zuma, ancien président d’Afrique du Sud qui a dû démissionner en raison de ses condamnations pour corruption, il recueille, avec son nouveau parti uMkhonto We Sizwe (il a repris le nom de l’organisation militaire de l’ANC à l’époque de l’apartheid), 15 % des voix, avec un fort taux dans son bastion le KwaZulu-Natal.

Au vu des résultats, il est très probable que l’ANC conserve son pouvoir. Le parti de Mandela refuse d’envisager la démission de Cyril Ramaphosa de la présidence. Même en tissant des alliances larges, DA ne pourra obtenir une majorité à l’Assemblée. Néanmoins, pour la première fois, l’ANC va être obligé dans un délai de deux semaines comme le prévoit la Constitution de composer un gouvernement avec d’autres forces. Ce ne sera certainement pas un gage d’efficacité dans la lutte contre la corruption mais plutôt des nouvelles modalités de partage dans l’économie de captations de l’État.

Un libéralisme qui mine la société

L’érosion constante de l’ANC depuis 2004 est la conséquence de ses choix politiques. En refusant d’entreprendre une transformation radicale de l’économie, l’ANC n’a pu répondre réellement aux besoins sociaux des populations. Si les adductions d’eau potable ont progressé, c’est au détriment de la qualité de cette eau. Idem pour l’électricité avec les délestages quotidiens. Les logements sociaux ont bien été construits mais la plupart sont situés très loin des centres villes, empêchant les habitantEs d’y accéder du fait du coût élevé des transports. Quant à l’offre de soins, elle est dans un état déplorable dans le secteur public. Pour les plus riches, il est facile de pallier à ces carences, en achetant un groupe électrogène et en faisant appel aux cliniques ou aux écoles privées. Mais la grande majorité de la population doit vivre au jour le jour ces difficultés. Dans le même temps, les affaires de corruption dans lesquelles les principaux dirigeants de l’ANC sont impliqués sapent les investissements dans les infrastructures nécessaires pour le pays.

Une des leçons que l’on peut tirer de cet épisode électoral est la nécessité de construire une organisation de la gauche radicale ouverte et démocratique capable de répondre à la volonté de changement des populations d’Afrique du Sud.

Paul Martial

https://www.afriquesenlutte.org/

Stompie

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07 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Ho Duy Hai (ACAT)

 

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Ho Duy Hai. © Photo DR – Modification ACAT-France
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Le 05 / 06 / 2024
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N’oublions pas Ho Duy Hai, innocent, dans le couloir de la mort depuis seize ans
Prononcée il y a seize ans, la peine de mort de Ho Duy Hai avait malheureusement été confirmée par la Cour populaire suprême de Hanoï. Il a toujours clamé son innocence, en vain. Ne l’oublions pas.
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Mobilisons-nous pour demander la libération de Ho Duy Hai !

Retournez par voie postale ou par voie électronique à l’Ambassadeur auprès de la Mission permanente du Viêtnam aux Nations unies.

Qui est Ho Duy Hai ?

Ho Duy Hai est la victime d’une erreur judiciaire : il a été condamné à mort pour un double meurtre qu’il n’a pas commis suite à une confession obtenue sous la torture. En outre, l’enquête a été bâclée, truffée d’erreurs et irrégularités. Preuve en est, en novembre 2019, lors du dernier réexamen de son dossier, le Parquet populaire suprême vietnamien avait reconnu que la procédure à son encontre avait souffert d’importants vices. L’un des bureaux chargé de l’enquête avait notamment admis avoir acheté un couteau et une planche à découper qu’ils ont présenté comme preuves lors du procès. Le Parquet avait par conséquent requis l’annulation de sa condamnation. Mais cela n’a pas suffi : en mai 2020, sa peine a finalement été confirmée par les juges de la Cour suprême à Hanoï.

https://www.acatfrance.fr/Ho

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