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08 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Inde, élections législatives (lo)

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Le miroir d’une société barbare

Commencées le lundi 7 avril les élections législatives indiennes se termineront le 12 mai et leurs résultats orienteront la composition du gouvernement central. Ce serait « le plus grand scrutin du monde pour la plus grande démocratie de la planète » a-t-on entendu. Mais il y a beaucoup à dire de cette « démocratie ».

En bon représentant de commerce en avions Rafale et autres centrales nucléaires, le prési- dent Hollande, en visite dans le pays en février 2013, avait salué « la plus grande démocratie du monde ». Mais s’il avait amené dans ses bagages une soixantaine de grands patrons, il avait demandé à la ministre des Droits des femmes de rester en France. Ce simple fait en dit plus long sur la réalité des libertés en Inde que tous les ébahissements hypocrites devant les 814 millions d’électeurs appelés à se rendre aux urnes.

Misère et violence contre les classes pauvres L’Inde est un pays où la concentration extrême des richesses – avec plus de milliardaires qu’au Japon ou en Grande-Bretagne – côtoie un océan de misère. Plus des deux tiers des habitants survivent avec moins de deux dollars par jour. La faim touche une bonne partie de la population, en particulier les enfants, dont plus de 40 % ont un poids insuffisant. L’illettrisme d’un tiers de la population, l’absence d’électricité ou d’eau courante dans la majorité des habitations, tout témoigne d’une immense misère sociale qui pousse chaque année des dizaines de milliers de paysans au suicide.

La violence fait partie du quotidien des masses pauvres : celle à l’encontre des mino- rités religieuses victimes de pogroms sanglants ; celle à l’encontre des membres des basses castes traités comme des sous-hommes; celle à l’encontre des femmes réduites au servage, vendues lors de mariages arrangés, abusées par tous et le plus souvent en toute impunité par les propriétaires terriens ou les fils de bonne famille ; celle à l’encontre des travailleurs soumis à une exploitation féroce qui s’apparente à de l’esclavagisme dans les milliers d’ateliers des bidonvilles et des campagnes ; celle à l’encontre des grévistes bastonnés par la police ou les milices patronales, des syndicalistes condamnés à de longues peines de prison sous les prétextes les plus futiles par une justice aux ordres.

Les masses pauvres paient chèrement le ralentissement de l’activité économique en Inde depuis l’aggravation de la crise en 2008. Elle s’est traduite par une dégradation brutale des conditions de vie: reprise de l’inflation, en particulier des produits alimentaires de base ; suppression des aides les plus indispensables à la population ; licenciements massifs dans l’automobile ou le textile ; baisses de salaires déjà misérables. La précarité touche désormais les deux tiers des salariés, même dans les plus grandes entreprises du pays, et l’immense masse des pauvres ne connaît aucun travail régulier. Voilà quels sont les « droits » dont jouissent, au quotidien, la grande majorité des Indiens.

 

Le règne de la corruption  Même vis-à-vis du pouvoir et de l’administration, les droits réels de la population se réduisent à peu de choses. Le moindre papier administratif ne s’obtient qu’à l’aide de pot-de-vin. Les scandales éclaboussent jusqu’au Premier ministre accusé d’avoir touché de l’argent en échange de concessions minières. Il n’y a pas un programme étatique: de la construction d’infrastructures, jusqu’aux aux aides alimentaires destinées à nourrir les paysans affamés, qui n’ait fait l’objet de détournements massifs.

Du côté des candidats à la députation, le spectacle est à l’avenant. En moyenne, la fortune d’un parlementaire triple lors d’une législature. Le tiers des députés sortants est accu- sé de crimes allant de la fraude électorale au meurtre. Parmi les candidats en lice, un dixième est accusé de crimes comme des viols ou des meurtres. La corruption des électeurs est mas- sive, systématique et organisée par les partis pratiquement au grand jour. Pour bien des misé- reux, l’élection est l’occasion de recevoir un repas chaud, un peu de whisky ou un petit billet en échange du vote voulu. Depuis l’annonce du calendrier électoral début mars, la commission électorale a déjà saisi 32,5 millions de dollars en petites coupures et 2,7 millions de litres d’alcool dans le cadre de perquisitions dans les locaux des partis.

Les deux grands partis qui se disputent les suffrages des électeurs assument depuis long- temps une part du pouvoir. C’est le cas à l’heure actuelle au niveau de certaines régions pour le BJP, le parti de l’extrême droite hindoue, et au niveau de l’État central pour le parti du Con- grès qui tient l’essentiel des rênes du pays depuis l’indépendance. Les résultats des élections législatives changeront sans doute pour leurs dirigeants la vitesse et l’ampleur des richesses qu’ils mettront de côté. Mais ils ne sont en rien susceptibles d’améliorer le sort des masses indiennes. Gilles BOTI

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2388&id=51

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07 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Afrique du sud: zuma, ramaphosa et le «capitalisme des copains» (al’e)

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Cyril Ramaphosa a été lui-même dans le passé un dirigeant des mineurs (il conduisit une grève pionnière en 1987 s’étendant à tout le secteur). Au début des années 1990, il a été secrétaire général de l’ANC (African National Congress) ainsi que le principal auteur de la Constitution de 1996 de l’Afrique du Sud.

Le capitalisme des copains de l’ANC

Après avoir accumulé plus d’un milliard – 1000 millions – de dollars de fortune personnelle au cours des seize années suivantes à la tête de diverses entreprises, Ramaphosa a manifesté dans ses courriels du 15 août 2012 – lors de la grève réprimée par la police (34 morts) à Marikana – des propos qui le condamnent. Il affirma que le conflit de travail à Lonmin (société dans laquelle il siégeait au Conseil d’administration) était «lâchement criminel». Il fit appel à ses alliés au gouvernement, y compris les ministres de la police et des mines, pour réprimer les mineurs. Le massacre se déroula un jour plus tard.

Ramaphosa est un personnage assez complexe. Des partisans de l’ANC, d’orientation libérale, sont convaincus qu’il fera revivre le parti au pouvoir. Par exemple, Richard Calland, commentateur influent et professeur de droit à l’Université de Cape Town, qualifie Ramaphosa de «dirigeant modéré, celui de toute la nation, bien dans sa peau et avec un curriculum vitae vraiment extraordinaire, talentueux au plus haut point». C’est un homme qui tente de «donner une nouvelle base centrale au sein de l’ANC, celle la “gauche raisonnable”.» D’une manière optimiste, Calland souhaite que «les connaissances désormais étendues»  de Ramaphosa «des salles de direction des entreprises d’Afrique du Sud soient déployées en vue de mettre une pression réelle sur le grand capital [sous-entendu blanc], de s’assurer qu’il joue son rôle en créant des emplois et qu’il soit disposé à opérer les changements nécessaires en vue de bâtir une économie faiblement consommatrice en énergies fossiles et employant une main-d’œuvre importante qui corresponde aux objectifs de compétitivité mondiale et qui, en outre, traite ses travailleurs de manière juste et décente.»[1]

Un tel enthousiasme en faveur de Ramaphosa, particulièrement commun dans la presse financière, implique de passer par-dessus les évidences de son parcours depuis 1994 qui contredisent cette image construite. «Mettre une pression réelle sur le grand capital»? Ramaphosa, depuis le début, a présidé un processus d’élaboration de la Constitution dont la Déclaration des droits offre d’une manière unique aux grandes entreprises – définies comme des «personnalités juridiques» – les mêmes droits humains dont nous jouissons en tant que mortels; ce qui signifie que les profits dominent l’intérêt public [2]. Ensuite, Ramaphosa se fit publiquement le partisan de la libéralisation du contrôle des changes, une politique qui contribua à ce que l’Afrique du Sud devienne, selon le quotidien de la City londonienne, The Economist, le marché émergent le plus risqué du monde à partir du crash de 2008-2009 [3].

De vastes sommes du butin des riches blancs, sans même parler des sièges des plus grandes entreprises d’Afrique du Sud, cherchèrent refuge, rapidement, dans les paradis fiscaux. En 2007, la fuite de capitaux atteignit un sommet jusqu’ici jamais atteint: à hauteur de 23% du PIB [4]. C’est l’une des raisons qui fait que la dette extérieure de 150 milliards de dollars est actuellement six fois plus importante qu’en 1994, ce qui exerce une «pression réelle» bien plus importante sur le projet social et démocratique que sur le grand capital, car son paiement implique des restrictions budgétaires drastiques.

Une «économie employant une main-d’œuvre importante» qui «traite ses travailleurs de manière juste et décente»? Le plaidoyer de Ramaphosa, en tant que vice-président du Plan national de développement, en faveur de nouvelles infrastructures d’une valeur d’au moins 100 milliards de dollars, penche fortement en direction de subventions supplémentaires aux investissements intensifs en capital dans les secteurs des mines et des transports, donc réduisant la main-d’œuvre [patronat face aux grévistes des mines de platine].

La plupart de ces infrastrucutures seront privatisées, à l’exemple de la plus grande partie du projet d’un complexe portuaire-pétrochimique, devisé à 25 milliards de dollars, à Durban sur le site du plus grand port d’Afrique. Un projet contre lequel les activistes locaux sont fortement opposés [5]. Pour ce qui a trait à l’exigence de traiter les travailleurs d’une manière juste, Marikana a dévoilé le véritable Ramaphosa, lorsqu’il est mis sous pression.

Une «économie faiblement consommatrice en énergies fossiles»? En novembre 2012, dans un autre cas de connivence, un groupe d’enquête du Mail&Guardian a cité une source gouvernementale fiable. Elle révélant à quel point Edna Molewa craignait de perdre son poste de ministre des Eaux et de l’environnement dans le cas où Ramaphosa serait poursuivi pour faire fonctionner des mines à haute teneur en carbone sans licence pour l’utilisation de l’eau. Molewa a apparemment organisé la conclusion d’un accord en dehors des tribunaux. Les experts craignent qu’une telle entreprise hâte la dégradation de plans d’eau essentiels à l’irrigation de l’agriculture, de zones habitées et du parc Kruger, de renommée mondiale, ainsi que le Mozambique lorsque les rivières franchissent la frontière [6].

Dès le début, l’accumulation de la richesse douteuse par Ramaphosa a été liée à la destruction économique de deux entreprises majeures possédées par des Noirs (Sam Molope Bakery et Johnnic). Puis, il a accumulé une fortune personnelle de 1 milliard de dollars réalisée principalement via sa compagnie Shanduka, dont les ramifications atteignent toute l’économie de l’Afrique du Sud: les industries lourdes (Macsteel et Scaw Metals), les mines (Lonmin, Kangra Coal, Lace Diamonds, Pan African Resources), la finance (Standard Bank, Alexander Forbes, Investment Solutions et Liberty Group), la malbouffe (McDonald’s et Coca-Cola), ainsi que les transports (Bidvest).

Ramaphosa préside également le groupe de fabrication de pâte à papier Mondi et l’entreprise de téléphones portables MTN. Il était membre du conseil d’administration des bières SABMiller (qui est actuellement le second brasseur dans le monde). Il en a été président. Il a rejoint la direction de l’ANC en tant que deuxième dans la hiérarchie du parti en décembre 2012, se plaçant en position pour être le président adjoint d’Afrique du Sud lors des élections de 2014. Il plaça progressivement, par conséquent, certaines parties de son portefeuille d’actions aux mains d’organismes «indépendants» de gestion d’actifs. Il se débarrassa d’autres afin d’éviter des accusations en raison de conflits d’intérêts manifestes.

Le tournant de Marikana: Ramaphosa et la police

Mais le point d’inflexion le plus critique fut la manière dont Ramaphosa fit appel à la police pour servir le capital transnational dominé par des blancs en tuant des dizaines de travailleurs noirs afin de mettre un terme à une grève brève, celle de Marikana en août 2012. Au-delà des questions évidentes de droits de l’homme et de la nature des rapports entre employeurs et salariés, cet «événement» a créé la possibilité d’un renouvellement profond de la réflexion politique, dévoilant l’intensité extrême du désespoir. (…)

http://alencontre.org/afrique/afrique-du-sud/afrique-du-sud-zuma-ramaphosa-et-le-capitalisme-des-copains-ii.html

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Nigeria, boko haram ou la faillite d’un système

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Nous voulons la fin de la corruption, pas des subventions!

Au début sous-estimée, la secte islamiste Boko Haram prospère dangereusement sur le terreau de la misère sociale et de la corruption de l’équipe dirigeante.

En 2009, l’armée dut venir en aide à la police qui, au bout de cinq jours, n’arrivait pas à prendre le dessus dans le conflit qui l’opposait aux militants de Boko Haram. Mohammed Yusuf, son leader, fut fait prisonnier par les soldats puis confié à la police qui l’exécutera quelques heures plus tard avec des dizaines d’autres prisonniers. Cet épisode sanglant va façonner la seconde vie de Boko Haram.

Islam rigoriste Auparavant, cette organisation dont le nom signifie « interdiction de la culture occidentale » (Boko venant de « Book », qui signifie livre en anglais, et « Haram » veut dire interdiction en arabe) était une organisation musulmane parmi tant d’autres. Née à Maiduguri dans l’État de Borno, elle se distingue par ses affrontements avec les forces de police.

Son fondateur prône un islam rigoriste qui s’accompagne d’un discours contre la corruption des élites, la culture décadente et l’éducation occidentale qui pervertit le pays…
Elle recrute largement parmi la jeunesse déclassée, mais aussi parmi les diplômés sans travail et sans espoir d’en trouver.

L’essentiel de ses forces militantes se trouve dans le nord du pays, région largement négligée par le pouvoir central en continuité de la politique colonialiste des Anglais. Cepen- dant, les frontières de cette organisation sont loin d’être étanches avec une partie des élites dirigeantes du nord du pays. Le Nigeria, premier pays africain producteur de pétrole qui vient de surpasser l’Afrique du Sud par son poids économique, reste une terre de profondes iné- galités qui ne cessent de s’accroître. En effet, à côté de ses 455 millionnaires, les deux tiers de la population vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

De la rébellion au terrorisme Les événements de 2009 vont plonger cette organisation dans une spirale de violence sans fin dont les victimes peuvent être les fonctionnaires, les chrétiens, mais aussi les musulmans qui ne respectent pas les préceptes de la secte.

Face à Boko Haram, l’État nigérian va répondre avec le même degré de violence : massacre de populations soupçonnées de soutenir les rebelles, villages brûlés, exécutions extrajudiciaires en masse, détentions arbitraires et tortures dans les prisons qui constituent autant de crimes contre l’humanité. Ainsi les civils sont pris en otage entre le déferlement de violence des deux parties.

Par ses actions meurtrières, Boko Haram tente de dissuader les parents d’envoyer leurs enfants dans les écoles publiques. Leurs militants déjà avaient incendié le dortoir d’un lycée de Buni Yadi faisant une quarantaine de morts parmi les élèves âgés de 11 à 18 ans. Il y a quelques jours, ils viennent d’enlever une centaine de collégiennes.

Cette descente aux enfers n’est pas inéluctable. Le Nigeria est un pays qui a une tradi- tion ouvrière avec une forte implantation syndicale, même si ces syndicats sont dirigés, comme dans de nombreux pays, par des bureaucrates. La récente grève générale de plusieurs jours contre la suppression des subventions au carburant a démontré la capacité d’union dans la lutte, entre chrétiens et musulmans, contre les manœuvres partagées des gouvernants et de Boko Haram pour diviser la population. Le signe de l’espoir est là.

Paul Martial Hebdo L’Anticapitaliste – 240 (01/05/2014)

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Rwanda 1994: un génocide français

Rwanda 1994: un génocide français dans Altermondialisme

D’avril à juin 1994, 800 000 Rwandais tutsis étaient massacrés par le régime au pouvoir, allié de la France.

Vingt ans après, Hollande décidait de boycotter les commémorations à Kigali. Il s’indignait des propos du président rwandais Paul Kagamé dans Jeune Afrique,  invoquant « le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même. » Les faits sont pourtant accablants.

Avant le génocide

Depuis 1975 la France soutenait la dictature, ouvertement raciste contre la minorité tutsie, de Juvénal Habyaramana. En 1990, pour sauver le régime, le président Mitterrand décidait « l’opé-ration Noroît » et envoyait un contingent militaire français, des fournitures d’armes massives et 80 conseillers militaires pour encadrer l’armée rwandaise. Le régime intensifiait alors sa pro- pagande anti-tutsie haineuse et commençait la planification d’un massacre de masse.

En octobre 1990 des milliers de personnes, tutsis ou liées à des tutsis, étaient arrêtées, torturées, exécutées. Le 13 octobre l’ambassadeur Georges Martres informait l’Elysée que « les paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés dans la région de Kibilira. » En 1993, l’ambassadeur écrira que le chef de l’État rwandais a intimé « l’ordre de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le concours de l’armée et en impliquant la population locale dans les assassinats. »

Le 18 février 1993, la DGSE note à propos de « véritables massacres ethniques » en cours : « il s’agirait d’un élément d’un vaste programme de purification ethnique dirigé contre les Tutsis. »

Pourtant l’aide militaire, financière et diplomatique française s’est accentuée. La France n’est pas « aveugle » ou « piégée » par un allié vicieux et dissimulateur. Ses dirigeants sont informés. Les soudards français sont en contact permanent et fraternel avec les assassins. Avec quel degré de complicité ?

Pendant le génocide En mai 1994 Mitterrand et Balladur lancent l’opération, dite « huma- nitaire », Turquoise. L’armée française ne sauve à peu près personne, mais crée une « zone tampon » au sud-ouest du pays qui bloque l’avancée des forces rebelles et sauve les derniers débris du régime génocidaire.

Après le génocide La France a-t-elle vraiment changé sa politique africaine ? L’a-t-elle moralisée, civilisée ? De 1995 à 1997, elle barbouze dans la guerre qui déchire le Zaïre, elle est la dernière à lâcher Mobutu, puis elle prend sa revanche en 1998, au Congo-Brazzaville : Elf et le gouvernement français (président Chirac, premier ministre Jospin) aident le dictateur Sassou Nguesso à reprendre le pouvoir au prix d’une guerre civile sanglante. L’ami de la France « nettoie » les zones peuplées par des ethnies supposées favorables à ses adversaires. Des dizaines de milliers de morts…

Alors certes, l’Etat français n’a pas décidé de massacrer près d’un million de personnes au Rwanda. Mais il a toujours réagi, en réadaptant ses moyens, pour défendre sa zone d’in- fluence africaine. Mitterrand a osé le dire : « dans ces pays-là, un génocide ça n’a pas trop d’importance  ». Le vieux politicien socialiste raciné dans l’extrême-droite nous dit tout à la fois que « les Noirs on s’en fout » et qu’après tout, là-bas, on peut bien tremper dans toute sorte de crimes.

Pour la juste cause de l’impérialisme français. Le génocide rwandais est secret défense en France, dans la classe politique, dans les médias. On sacrifie au mythe d’une France innocente, qui aurait eu la grandeur d’intervenir, hélas un peu tard, mais la première. On accepte à la rigueur d’entendre que la France fut un peu cynique, ou très aveugle. On  peut alors revenir, tranquillement, à la bonne conscience coloniale et raciste, et se désoler de l’incompréhensible sauvagerie des Africains-qui-se-massacrent-entre-eux. La politique de la France, l’impérialisme, peut continuer avec le même cynisme.

Que veut dire alors cet acharnement des actuels dirigeants socialistes de la France à nier et donc à endosser ces crimes ?  Ce fanatisme de Valls, qui aboie dans son discours d’investiture à l’assemblée : « Je n’accepte pas les accusations injustes, indignes, qui pour- raient laisser penser que la France ait pu être complice d’un génocide au Rwanda, alors que son honneur c’est toujours de séparer les belligérants » ?

Leur fidélité à la tradition coloniale de la France. Leur stricte identité avec la droite en matière d’impérialisme. Leur volonté commune de défendre encore et toujours les intérêts de la bourgeoisie française à travers le monde.  Le génocide rwandais n’est donc pas un « tra- gique accident ». C’est un révélateur terrifiant de la nature de l’appareil d’Etat français et de la classe politique qui s’y identifie.

Yann Cézard Revue L’Anticapitaliste n°54 (mai 2014)

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Cuba sur la voie de la Chine

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Le 29 mars dernier, le Parlement cubain a adopté une nouvelle loi sur les investissements étrangers qui prévoit « un recours accru à l’investissement étranger » pour contribuer «effica- cement au développement durable du pays et à la reprise de l’économie nationale».

Les travailleurs de pratiquement tous les secteurs seront désormais livrés à l’exploitation du capital étranger. La loi énumère en effet 11 secteurs prioritaires: agricole et forestier, alimen- taire, énergie et mines, sucre, métallurgique et mécanique, industrie légère et électronique, pharmaceutique et biotechnologique, commerce en gros, santé, construction, tourisme et transport.

Elle fait un pont d’or au capital : exonération d’impôts sur les bénéfices durant les huit premières années, et à discrétion pour des périodes plus longues, garantie contre l’expro-priation, liberté de transférer à l’étranger, dans la monnaie de leur choix, profit et capital. Demeure une restriction : c’est une agence publique qui recrutera et paiera les travailleurs.

Dans le même temps, le ministre du Commerce a rappelé que les investisseurs étrangers bénéficieraient de la promotion de « zones spéciales de développement », équi- valent des paradis du capital nommés Zones économiques spéciales en Chine. Celle de Mariel, de 450 km2, adossée au port du même nom, à 50 km à l’ouest de la Havane, est en voie de construction par une entreprise brésilienne. Le terminal à conteneurs de Mariel remplacera le port de La Havane comme principale porte d’entrée des marchandises à Cuba, en plaçant l’île à la pointe de plates-formes logistiques qui tentent de profiter de l’élargissement du canal de Panama.

Un nouveau pas dans la soumission au capital, mais qui ne résoudra pas les problèmes économiques de Cuba, et encore moins les problèmes politiques.

Hebdo L’Anticapitaliste – 240 (01/05/2014)

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Taxe tobin: l’europe d’accord pour une version ultra-light (le huff’)

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Vraie avancée ou coup de com’ à quelques jours des élections européennes?

Mardi, 11 pays de l’Union européenne sont tombés d’accord pour instaurer une taxe sur les transactions financières (TTF). Parmi eux, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche ou encore l’Espagne… mais surtout pas le Royaume-Uni, principale place financière en Europe. Cette taxe verra le jour au 1er janvier 2016, au plus tard, et concernera les actions et « quelques » produits dérivés, sans aucune précision sur ces derniers.

De quoi faire douter les défenseurs du projet. Le ministre français des Finances, Michel Sapin, a évoqué un « pas décisif et ambitieux ». Plus mesuré, le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble, ne s’est pas laissé entraîner par l’allégresse de son homologue. « Les possibilités, les intérêts, la situation de chacun des pays participants sont si différents que, dans un premier temps, nous ne pourrons instaurer qu’une taxation limitée aux actions et à quelques dérivés d’actions », a-t-il regretté à son arrivée à Bruxelles.

« Trois semaines avant les élections européennes, cette déclaration permet de faire beaucoup de bruit à peu de frais », explique Alexandre Neulot d’Oxfam. Un des problèmes, selon lui, c’est que « les négociations sur les produits financiers les plus spéculatifs sont une nouvelle fois repoussées ». « On nous rassure en affirmant que ‘certains’ dérivés vont être taxés, mais on ne dit pas lesquels. On nous parle d’un accord décisif, alors qu’il s’agit uniquement d’une première phase, pour 2016, sans aucune information sur la suite ».

Pourquoi les 11 pays ont joué « petits bras »?

La Commission européenne avait initialement placé le curseur sur une taxe de 0,1% (actions et obligations) et 0,01% (produits dérivés). Appliquée stricto sensu cette mesure était censée rapporter 34 milliards d’euros par an dans les 11 pays signataires. Problème: le secteur bancaire pousse très fort et appelle à empêcher la taxation des produits dérivés. Ces derniers représentent 85% des échanges financiers en Europe, et la France en est le 2ème plus gros utilisateur (derrière le Royaume-Uni). Résultat, les négociations vont se poursuivre sur les modalités qui leur seront appliquées. En attendant, le projet va commencer en s’appliquant aux seuls marchés actions. Ce qui ne rapportera que de 4,6 milliards d’euros, selon les prévisions, soit bien loin du projet initial.

Une version a minima déjà adoptée en France par Sarkozy

Qu’est-ce que ça changera en France? Absolument rien, car Paris s’était doté de sa propre version dès l’été 2012, grâce à une loi votée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Cette dernière prélève 0,2% sur les échanges d’actions et d’obligations des sociétés dont le siège social est en France (si la capitalisation boursière dépasse 1 milliards d’euros). Elle taxe également 0,01% sur les produits dérivés, comme les Crédit Default Swaps (sortes de paris sur des mauvaises nouvelles), accusés de favoriser la spéculation. Cet ensemble a rapporté 250 millions d’euros en 2012 (contre 550 million escomptés), puis 600 à 800 millions d’euros en 2013 (contre une prévision de 1,6 milliards).

Interrogé sur le sujet mardi sur BFMTV, François Hollande s’est attribué la paternité de la mesure. Questionné sur son impact a minima, le président a justifié qu’elle n’existait pas avant, « elle est là maintenant » (à partir de 20 min).

Le HuffPost  |  Par Grégory Raymond Publication: 06/05/2014 14h02 CEST  |  Mis à jour: 06/05/2014 14h27 CEST

http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/06/taxe-tobin-europe-transactions-financieres_n_5272217.html?utm_hp_ref=france

Commentaire: Selon France Info, c’est la France « socialiste »,  « Bercy » travaillé par les lobbies, des banques, qui était contre, et l’Allemagne libérale travaillée par son opinion publique qui était pour. Et surprise le but a changé! D’une « aide au tiers monde » on est passé à « financer des grands travaux européens ». Or ces grand travaux inutiles, pour la plupart, nous n’en voulons pas!

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06 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Pourquoi les citoyens allemands s’opposent massivement au traité de libre-échange transatlantique (basta)

Pourquoi les citoyens allemands s’opposent massivement au traité de libre-échange transatlantique (basta) dans Altermondialisme arton4057-cc1a6

Négocié dans l’opacité, le projet d’accord commercial entre l’Union Européenne et les États-Unis inquiète.

Pour mieux comprendre les enjeux, Basta ! ouvre ses colonnes aux représentants de la société civile qui, de l’Allemagne aux Etats-Unis, en passant par la France, l’Espagne ou l’Italie, se mobilisent. Pia Eberhardt est chargée de campagne à Corporate Europe Observatory (CEO), un observatoire indépendant des pratiques de lobbying en Europe. Elle explique comment ce projet d’accord de libre-échange « cristallise en Allemagne le malaise face à la politique autoritaire et antisociale de l’Union Européenne ». Sur place, la mobilisation ne cesse de s’amplifier.

Il y a encore un an, presque personne en Allemagne ne s’intéressait à cet accord de libre-échange. Le thème de la politique commerciale avait presque disparu du radar militant depuis le mouvement contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au début des années 2000. Les choses ont complètement changé depuis. Dans aucun autre pays européen, le projet d’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis (TTIP) [1] n’est autant débattu qu’en Allemagne. Près d’un demi-million de personnes ont ainsi signé l’appel anti-TTIP de l’organisation Campact. C’est un succès. Les réunions d’informations, débats, actions et manifestations se multiplient.

Une large alliance Que s’est-il passé ? Une large alliance s’est constituée très tôt en Allemagne contre l’accord. À l’été 2013, une coalition est née autour d’une cinquantaine d’organisations : associations environnementales, initiatives contre le fracking et les privatisations, Attac, des organisations d’agriculteurs et des groupes anti-OGM.

En parallèle, les télévisions publiques allemandes ont rapidement commencé à parler du sujet de manière critique, en partie à cause de l’action en justice en cours menée par le groupe énergétique suédois Vattenfall contre la sortie allemande du nucléaire [2]. Car cette plainte met en lumière les dangers que représente un droit des entreprises à contester devant une juridiction arbitrale les décisions des États, comme le prévoit le TTIP.

Enfin, des députés, entre autres Verts, ont commencé assez tôt à attirer l’attention sur le traité autour de thèmes comme les poulets au chlore et les OGM. Le TTIP est ainsi devenu en Allemagne « un paratonnerre politique ». Il a cristallisé le malaise que provoque la politique de crise autoritaire et antisociale de l’UE, qui ne s’était pas traduit sous forme de protestations jusqu’ici.

« Une chance historique pour les multinationales de se débarrasser des régulations encombrantes »

Les thèmes qui suscitent l’opposition au TTIP en Allemagne sont divers. D’abord, l’opacité des négociations. Ensuite, le mécanisme de règlement des différends entre États et investisseurs qui donnerait aux multinationales la possibilité de contester des décisions des États (voir notre enquête). Ce droit spécial pourrait conduire à ce qu’à l’avenir, les gouvernements devront payer cher s’ils mettent en place des réglementations qui vont dans l’intérêt des citoyens et de l’environnement. La menace d’un démantèlement des standards en matière de protection du consommateur, de l’environnement et des travailleurs inquiète également.

Les multinationales voient dans le TTIP une chance historique de se débarrasser des régulations encombrantes qu’ils n’ont pas pu empêcher en amont dans le processus législatif public. Et la procédure de coopération règlementaire pourrait encore donner beaucoup plus de pouvoirs aux grandes entreprises pour affaiblir, reporter ou même faire complètement passer à la trappe des règlementations pourtant nécessaires. Ces aspects critiques sont aussi mis en rapport avec l’accord de libre échange déjà presque conclu entre l’Union européenne et le Canada. Ce dernier constitue un modèle pour le TTIP. L’action en cours de l’Alliance allemande contre le TTIP demande donc au Parlement européen de refuser les deux accords.

Gouvernement allemand et Commission européenne, forces motrices de l’accord

Est-ce que la résistance au TTIP met l’accord commercial « sur la corde raide », comme l’écrivait un magazine allemand il y a peu ? Non, nous n’y sommes pas encore. En accord avec l’industrie allemande, le gouvernement d’Angela Merkel reste l’une des forces motrices derrière les négociations pour le TTIP. La chancelière a encore déclaré récemment que l’accord était « de loin l’un des projets d’avenir les plus importants » pour le pays.

La Commission européenne est elle aussi fermée à la pression politique qui monte contre le TTIP. Cela apparait entre autres sur la consultation publique qu’elle a initiée au sujet du mécanisme de traitement des différends entre investisseurs et États. Malgré le tollé public, cette consultation ne se demande pas si et pourquoi un accord UE-USA doit inclure ou pas un tel mécanisme, mais seulement comment ce mécanisme doit être organisé. La Commission ne veut pas de discussion publique au résultat ouvert. La consultation est plus une habile opération de communication de la Commission pour vendre son propre agenda tout en donnant l’impression d’un débat public.

Les résistances au TTIP exacerbent les conflits existants

Comment peut-on alors stopper le TTIP ? Il n’existe certainement pas de recette miracle. Mais dans l’histoire de la résistance aux traités de libre échange et d’investissements, il y a eu des succès à partir du moment où on est arrivé à rendre publics les textes négociés en secret, et à les politiser. Ainsi, dans les années 90, l’accord AMI, un accord d’investissement de l’OCDE, a échoué. De la même manière, les négociations de l’ACGS, accord relatif à la libéralisation des services au sein de l’OMC, ont été bloquées. Et l’accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) sur la propriété intellectuelle a aussi été renversé.

Dans tous les cas, la résistance a exacerbé les conflits existants au niveau des négociations. Et des conflits, il y en a beaucoup dans les domaines de négociations du TTIP : entre l’UE et les USA, entre la Commission européenne et les États membres, et à l’intérieur même de la Commission.

Pour accentuer ces conflits de manière décisive, la résistance au TTIP doit continuer et s’élargir, par exemple à des pays de l’UE dans lesquels le TTIP n’a pas ou presque pas été discuté jusqu’ici, entre autres en Europe de l’Est ou du Sud. La critique doit aussi être élargie au-delà du cercle des activistes habituels, organisations et partis de gauche. Le mécanisme de règlement des différends investisseurs-États peut par exemple aussi embarrasser des Européens de droite ou conservateurs. Car ce mécanisme met à mal le droit européen, désavantage les entreprises qui ont leur siège au sein de l’UE et rompt avec des principes essentiels de l’État de droit, comme celui de l’indépendance des juges.

Les opposants au TTIP ont donc encore beaucoup à faire. Mais le bilan des actions de l’an I de la résistance à l’accord est encourageant. 6 mai 2014 Pia Eberhardt

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01 mai 2014 ~ 0 Commentaire

La liberté de cultiver entravée par les futurs traités de libre-échange (basta)

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Des centaines de tonnes de semences détruites au prétexte qu’elles n’ont pas été brevetées par des multinationales.

C’est ce qui arrive aux paysans colombiens, et c’est bien ce qui pourrait se produire aussi en France et en Europe à cause du traité de libre-échange discuté entre l’Union européenne et le Canada. Cet accord commercial « brade les droits des agriculteurs au profit de l’industrie semencière », alertent de nombreuses organisations de la société civile. Alors que ce traité doit être ratifié par le Parlement européen, les candidats se positionneront-ils d’ici les élections ? Décryptage.

Les traités de libre-échange constituent-ils une menace pour la liberté de ressemer ses semences ? C’est l’alerte lancée par plusieurs organisations associatives et syndicales après avoir analysé une version confidentielle du projet d’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada (AECG), datée du 20 décembre 2013 [1]. « Nous avons notamment eu connaissance du chapitre sur la propriété intellectuelle, raconte Birgit Muller du Réseau semences paysannes. A sa lecture, « il apparaît clairement que ce traité de libre échange, comme les précédents, brade les droits des agriculteurs au profit de l’industrie semencière ».

L’article 18.3 du traité mentionne ainsi qu’un agriculteur en possession de semences d’une variété contenant un caractère breveté pourrait voir ses « biens saisis » et ses «com- ptes bancaires gelés» ! «S’il n’est pas en mesure de fournir des preuves formelles de la pro- venance des semences utilisées, l’agriculteur peut être soupçonné de « recel de contrefaçon » », explique Birgit Muller. L’article 16.2 précise également que cette saisie peut se faire sur simple présomption de contrefaçon. En clair, un paysan qui continuerait de faire ce qu’il a toujours fait, garder une partie de sa récolte pour ensemencer ses champs, se verrait donc menacer d’amendes et de poursuites judiciaires.

Des réglementations européennes et nationales contournées Si l’accord entre l’Union européenne et le Canada est ratifié en l’état, « il annulerait les avancées que nous avons obtenues en France dans le cadre de la loi sur les contrefaçons », souligne Roxanne Mitralias de la Confédération paysanne. Pour rappel, ce projet de loi discuté au Sénat en novembre 2013 a suscité de vives réactions en France (nos articles sur ce sujet). C’est à la suite de menaces de grèves de la faim par des paysans, que les députés ont finalement adopté en février 2014 un amendement stipulant qu’un agriculteur qui multiplie et ressème des graines récoltées à partir de variétés sélectionnées par l’industrie semencière ne peut pas être poursuivi pour contrefaçon.

Selon Birgit Muller, le projet d’accord commercial contient des dispositions qui ont également été refusées par le Parlement européen en juillet 2012 dans le cadre de l’ACTA, l’Accord commercial anti-contrefaçon. Ce dernier visait à renforcer l’application des droits de propriété intellectuelle et la collaboration des États dans la lutte contre les contrefaçons, en les mettant directement au service des entreprises. La mobilisation citoyenne contre cet accord, au-travers de nombreuses manifestations et d’une pétition ayant recueilli 2,8 millions de signatures, a finalement conduit au rejet massif de l’ACTA par les eurodéputés (478 contre, 39 pour, 165 abstentions). La ratification de l’accord commercial entre l’UE et le Canada permettrait donc de contourner la réglementation européenne et française.

Monsanto et Syngenta s’imposent en Colombie Ce type d’accord commercial bilatéral favorise les prérogatives des entreprises et s’impose au droit national. Les paysans colom- biens l’ont découvert à leurs dépens : en 2011, 1167 tonnes de semences, principalement de riz, mais aussi de pommes de terre, de maïs, de blé, de plantes fourragères et de haricots rouges, sont retirées de la circulation. L’année suivante, l’Institut agroalimentaire colombien (ICA) confisque ou détruit près de 2800 tonnes de semences. Motif : l’accord signé avec les États-Unis contient une clause qui oblige les paysans à cultiver des « semences certifiées », c’est-à-dire produites par les sélectionneurs industriels comme Monsanto ou Syngenta.

Pour se mettre en conformité avec cet accord, l’ICA publie un texte en 2010 – la réso- lution 9.70 – qui rend illégale la vente de semences issues de la sélection paysanne, au motif que leurs qualités sanitaires ne sont pas garanties. La mobilisation de dizaines de milliers de Colombiens dans les rues de Bogotá à l’été 2013 conduit le gouvernement à annoncer le 6 septembre la suspension de la résolution pendant deux ans. Toutefois, « l’ICA continue à aller de ferme en ferme pour demander si les semences utilisées sont certifiées » témoigne Victoria Solano, auteure du documentaire « 9.70 ». La pression étatique sur l’autonomie des petits agriculteurs se poursuit.

Droits des peuples à une alimentation locale « Les accords de libre-échange ont des effets importants sur la vie sociale et économique de pays qui devraient vraiment être discutés avec les citoyens », estime Birgit Muller. Outre les enjeux autour des semences se pose aussi la question du droit des municipalités à se fournir auprès d’un producteur local. « Ce droit aussi va être limité par l’accord économique entre l’Union européenne et le Canada, illustre t-elle. Au-dessus d’une certaine somme, les municipalités devront ouvrir leurs marchés publics à tous les fournisseurs européens. L’université de Toronto par exemple a un partenariat avec les producteurs locaux et biologiques. Mais si l’accord est adopté, elle devra se fournir auprès de producteurs européens si leurs produits sont moins chers. »

La position du prochain Parlement Européen sur ces accords de libre-échange sera donc décisive pour l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire. Dans un appel publié le 29 avril, 23 organisations, dont des producteurs bio, des syndicalistes des douanes, des organisations de commerce équitable [2], alertent sur les conséquences de ce traité qui sera ratifié par les futurs eurodéputés. Ce texte « comprend un important volet sur les droits de propriété intellectuelle et impacte par conséquent le droit des paysans à utiliser leurs propres semences », écrivent les organisations signataires. « Ce modèle d’accord est reproduit de traité en traité, tant qu’aucun frein n’y est mis. Vous avez le pouvoir de le stopper. » Les signa- taires demandent aux candidats d’annoncer, avant le premier tour des élections européennes le 25 mai, le rejet de l’accord entre l’Union européenne et le Canada. Les critiques des can- didats seront-elles aussi vives que celles exprimées contre TAFTA, le projet d’accord commercial entre l’UE et les États-Unis [3] ? Sophie Chapelle  29 avril 2014

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30 avril 2014 ~ 0 Commentaire

 La colère est toujours en train de bouillir 

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La grève de l’usine de chaussures Yue Yuen de Dongguan dans le sud-est de la Chine (qui fabrique pour Nike, Adidas, etc.) a concerné plus de 30 000 ouvrières et ouvriers (les femmes y sont majoritaires). Commencée les 13 et 14 avril, c’est le plus important mou- vement intervenu en Chine depuis longtemps.

Sa raison essentielle ? La firme ne s’acquitte pas des cotisations sociales pour la retraite et pour le fonds d’acquisition d’un logement : les retraites des ouvrierEs seront donc misérables. S’y est ajouté l’exigence d’un réajustement salarial.

Après trois jours de grève, la direction a cédé sur une prime salariale et a annoncé qu’elle paierait désormais les cotisations sociales. Les grévistes ont refusé de reprendre le travail car ils craignent que les cotisations non versées dans le passé le restent.

La répression policière s’est déchaînée, des militants arrêtés, et la police a « visité » les logements des grévistes. Lundi 28 avril, après deux semaines de lutte, des milliers de travailleurEs (les quatre cinquièmes de l’effectif de l’usine selon certaines informations) ont cessé la grève.

Les travailleurs et travailleuses se sont donc heurtés au Parti-État au service de leur employeur privé. Mais la grève de Yue Yuen est loin d’être la seule. Un important mouvement a eu lieu, par exemple, en avril dans les transports publics de Shenzen. À travers ces actions, se dégage progressivement une nouvelle génération militante, telle cette jeune conductrice de bus de 19 ans interviewée après que, le matin du 21 avril, elle a été tirée de son dortoir par les cadres de la compagnie de bus et forcée de reprendre le travail : « La grève est finie pour l’instant, aucune de nos revendications n’a été satisfaite mais la colère est toujours en train de bouillir ».

En août 2011, un économiste phare du camp altermondialiste, Frédéric Lordon, écrivait que salariés français et chinois étaient placés dans un « rapport d’antagonisme » et qu’« en appeler à la solidarité de classe franco-chinoise procédait d’un universalisme abstrait ignorant des données structurelles concrètes ». C’est Lordon qui ignore les « données structurelles concrètes » qui font que les luttes des travailleurs sont en train de changer la Chine. Pour reprendre un titre des Échos du 22 avril, « la fin du modèle low cost » s’annonce.

Notre internationalisme n’est pas une lubie: il s’appuie sur des faits et une nécessité objective. Vive la lutte des travailleurs chinois !

Henri Wilno Hebdo L’Anticapitaliste – 240 (01/05/2014)

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30 avril 2014 ~ 0 Commentaire

A la veille du 1er mai: c’est nous le droit, c’est nous le nombre

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Aujourd’hui la classe ouvrière n’a jamais été aussi nombreuse à l’échelle planétaire : « c’est nous le droit, c’est nous le nombre », disait ainsi un passage oublié de la toute première version de l’Internationale. Elle représente la moitié des personnes actives, et durant ces 20 dernières années, ses effectifs (spécialement ceux des femmes salariées) ont crû de 20% dans les pays « avancés », et de 80% dans les pays émergents.

En particulier, « la force de travail mondialisée » des secteurs d’exportation, « direc- tement intégrée dans les chaînes de valeur globales », a augmenté de 46% au Nord, et de 190% au Sud. Enfin, l’idée que les emplois manufacturiers reculent n’est vraie que pour les pays de vieille industrialisation, où ils ont diminué de 20% entre 1980 et 2005, et sans doute plus depuis ; mais ils ont en même temps spectaculairement explosé (+120%) dans les pays émergents [1].

Les ouvriers du Sud Ce poids objectif du prolétariat représente une force sociale croissante, en particulier dans les pays émergents qui comptent plus de 1,1 milliard de salarié-e-s. En témoignent, les puissants mouvements de grève de ces dernières années en Chine, en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud, etc. On se souvient de la grève générale historique qui a paralysé l’Inde en février 2013. Aujourd’hui, un combat de titans oppose près de 100 000 ouvrier-e-s de Chine du Sud, producteurs de chaussures de sport, au groupe taïwanais Yue Yuen, qui emploie près d’une demi million de personnes dans le monde et fournit les marques Adidas, Nike, Reebok, Puma, etc.

Ils-elles exigent la signature de véritables contrats de travail, le versement d’arriérés de prestations sociales et des adaptations de salaires… En Afrique du Sud, la radicalisation politique est aussi au rendez-vous : le récent congrès du syndicat de la métallurgie (NUMSA) n’a-t-il pas dénoncé la politique néolibérale de l’ANC au pouvoir, et appelé à construire un parti ouvrier anticapitaliste ?

Pourtant, cette classe ouvrière est de plus en plus concentrée dans des pays à bas salaires, où le sous-emploi des travailleurs-euses ruraux sans terre est massif ; où les coûts d’entretien et de reproduction de la force de travail sont largement portés par la communauté (spécia-lement par les femmes) ; où l’histoire de la colonisation a favorisé les divisions religieuses, na- tionales, ethniques, qui font obstacle à une conscience de classe unifiée ; où les droits syndi- caux sont bafoués ; où la soupape de l’émigration ne joue que pour une petite minorité…En réalité, la globalisation a libéré la circulation des capitaux et des marchandises, mais pas celle de la force de travail, organisant ainsi la mise en concurrence des salarié-e-s à l’échelle pla- nétaire. C’est pourquoi, la part des salaires dans le revenu mondial a reculé en 20 ans, de 66% à 59% [2].

Diviser pour régner Au sein de chaque pays, la bourgeoisie s’efforce aussi de segmenter le monde du travail en catégories salariales étanches, sur lesquelles pèsent le poids toujours croissant de l’emploi précaire, du sous-emploi et du chômage. La discrimination des femmes, dont les salaires sont inférieurs de 15 à 30% à celui des hommes (dans les pays où des statis- tiques plus ou moins crédibles existent), a été dénoncée depuis longtemps. Désormais, les jeunes sont aussi voués à des petits boulots sous-payés, en dérogation des conventions collectives ou des lois, soi-disant pour leur donner « la chance » d’entrer sur le marché du travail… Les immigré-e-s, surtout « non blancs », voire sans papiers, etc., sont réduits à un statut inférieur toujours plus dur, justifié par un racisme montant, comparable à celui des intou- chables en Inde, des Afro-Américains aux USA ou des Burakumin (issus des parias de l’époque féodale) au Japon.

Cela permet le développement de larges secteurs de la population à très bas sa- laires, dans les pays du Nord aussi, dont les couches les plus jeunes connaissent des taux de chômage beaucoup plus élevés que la moyenne, et les retraité-e-s voient leurs revenus tom- ber en-dessous du seuil de pauvreté, sans parler des chômeurs-euses de longue durée ré- duits à la soupe populaire, des handicapé-e-s laissés pour compte, et des malades qui ne sont plus décemment soignés. Cette explosion de la pauvreté s’accompagne d’une marginalisation spatiale des plus démunis, qui favorise à son tour la spéculation immobilière en ouvrant la porte à la gentrification des vieux quartiers populaires urbains.

La Suisse n’est pas en reste En Suisse, la victoire de la droite nationaliste (UDC) du 9 février dernier – référendum d’initiative populaire « contre l’immigration de masse » –, malgré l’opposition du patronat (dans sa majorité), de la droite traditionnelle, des églises, de la social-démocratie et des syndicats réunis, va dans le même sens. Elle soumet désormais l’embauche des salarié-e-s étrangers aux seuls besoins du patronat, supprimant les quelques droits acquis au titre d’une libre-circulation partielle (à l’égard des ressortissant-e-s de l’UE seulement), rouvrant la porte à des statuts très précaires, comme celui de saisonnier, et tablant sur les « clandestin-e-s » pour les branches à bas salaires.

Si la majorité des patrons se sont opposés à cette proposition, c’est qu’ils craignaient la riposte de l’Union européenne, son premier marché d’exportation. Aujourd’hui, ils s’efforcent d’en tirer parti en misant sur la flexibilisation accrue du marché du travail (salaires, temps de travail, horaires d’ouverture des magasins, etc.), la réduction massive des charges patronales (accélération de la prochaine Réforme de l’imposition des entreprises III) et la suppression des « mesures d’accompagnement » très limitées, introduites avec la libre-circulation, afin de revenir même sur ce geste symbolique contre les cas les plus scandaleux de sous-enchère salariale.

Dans de telles conditions, les mobilisations pour l’inscription du salaire minimum dans la loi – on votera sur ce point, le 22 mai – et les conventions collectives, pour une inspection renforcée des conditions de travail, notamment par les organisations de salarié-e-s, et pour une protection légale contre les licenciements, sont aujourd’hui d’une importance capitale pour le monde du travail. Dans le même sens, la lutte contre la spéculation immobilière et pour les droits des locataires doit être liée plus étroitement à la défense des intérêts des salarié-e-s, qui font face aux mêmes adversaires capitalistes.

Enfin, le développement d’un système de retraites sûre et solidaire, servant de modèle à la mise en place d’une véritable sécurité sociale en Suisse, doit être revendiqué. Il ne repré- sente qu’un salaire différé auquel les travailleurs-euses ont droit, qui doit donc être financé par le relèvement des cotisations patronales et une fiscalité directe fortement progressive.

A la veille du 1er Mai, il serait grand temps de rappeler qu’un tel combat ne pourra être mené résolument sans faire cause commune avec l’ensemble des travailleurs-euses de cette vieille terre, à commencer par les immigré-e-s en Suisse. En effet, comme le disait la communarde Louise Michel, dans L’Ère nouvelle (1887), ils « sont le nombre, le nombre immense qui n’a jamais su sa force ». Jean Batou 29 avril 2014

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31738

 

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