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27 avril 2016 ~ 0 Commentaire

les six choses à savoir (jdd)

beef hormones

Pour comprendre le Tafta

Les déclarations des responsables politiques français sur le Tafta se multiplient à l’heure où s’ouvre un énième cycle de négociations. Alors que les opposants sont mobilisés depuis le début contre ce projet d’accord, Barack Obama argumente en faveur de ce traité transatlan- tique entre les Etats-Unis et l’Europe.

Résumé des principaux arguments.

Le gouvernement français durcit le ton contre le Tafta. Ce projet d’accord vise à supprimer les barrières douanières, uniformiser les normes et ainsi créer un vaste marché unique des deux côtés de l’Atlantique. Alors qu’un treizième cycle de négociations a débuté lundi à New York, Manuel Valls a déclaré mardi que le traité « ne pourra pas aboutir » faute de garanties sur la santé et l’environnement. Barack Obama a de son côté appelé, lors de sa tournée europé- enne, à un accord d’ici la fin de l’année. Avant l’élection présidentielle américaine donc.

1 Des négociations opaques

Si une chose est certaine, c’est que rien ne l’est concernant le Tafta. Le contenu des négocia- tions n’étant pas public, il est difficile de savoir où en est le rapport de force et l’état des discussions. Cette opacité a été justifiée en 2014 par la nécessité de garder sa stratégie secrète. « La communication autour des négociations a vraiment évolué depuis 2014 du côté européen », tempère Jean Fouré, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). En effet, tous les documents officiels sont à la disposition des eurodé- putés.

2 Des normes revues à la hausse ou à la baisse

Les barrières douanières étant déjà faibles entre l’Union européenne et les Etats-Unis, la négociation porte principalement sur ces fameuses normes et leur harmonisation. C’est toute la philosophie de l’accord : une harmonisation des normes vers un mieux ou un moins disant. Barack Obama a été catégorique dimanche : « Le TTIP [autre nom pour le Tafta, NDLR] ne va pas abaisser les normes. Cela va même les relever. » « Les forces en présence ne laissent pas à penser que nous allons vers le haut, répond Thomas Porcher,  au vu des comptes rendus les normes environnementales sont, par exemple, plutôt absentes. » Jean Fouré tempère : « Ce qui est en train de se préparer n’est pas un gros changement de réglementation, mais un cadre pour une convergence des normes. »

3 Du poulet au chlore et du bœuf aux hormones dans nos assiettes

« Aujourd’hui, le poulet au chlore et le bœuf aux hormones sont de réels dangers et non un fantasme », tranche Thomas Porcher, professeur à Paris School of Business. « Le mode de production de la viande aux Etats-Unis est 40% moins cher qu’en Europe, les multinationales américaines, très puissantes, ont un intérêt d’un nivellement par le bas des normes », poursuit l’économiste. Les négociateurs ont cependant répété à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de modifications « en matière sanitaire et phytosanitaire ».

4 Des Etats traînés devant les tribunaux par des multinationales

« Il s’agit d’une épée de Damoclès au-dessus du législateur » Autre point de blocage, des tribunaux arbitraux qui auraient pour fonction de trancher les différends entre investisseurs et Etats ne plaît pas à tous. Ce mécanisme permettrait à une entreprise étrangère ayant investi dans un Etat de réclamer une amende si le règlement a changé et que ce changement a porté atteinte à l’investissement. L’Etat pourrait ainsi payer une amende. « C’est une procédure qui existe déjà », précise l’économiste au Jean Fouré. « Il s’agit d’une épée de Damoclès au-dessus du législateur », estime Thomas Porcher. Les opposants au dispositif craignent que les Etats se retrouvent contraints de ne pas pourvoir faire évoluer certaines législations sous peine d’amendes. « Les législateurs sont libres et souverains, ce mécanisme incite uniquement  les Etats à ne pas trop réglementer », nuance toutefois Jean Fouré. La Commission européenne a avancé récemment une proposition où les tribunaux ne seraient plus arbitraux mais publics avec un mécanisme d’appel. Les Etats-Unis doivent désormais se prononcer sur cette proposition.

5 La fin des labels européens?

Les AOC et AOP seraient en danger selon les opposants au traité. La crainte de voir certains produits régionaux produits de l’autre côté de l’Atlantique, inquiète les consommateurs. « L’U- nion européenne a fait une proposition protégeant 201 labels de l’agroalimentaire et 22 con- cernant les vins et spiritueux », précise l’économiste Jean Fouré. « Les labels sont une distorsion à la concurrence, les vignobles américains n’ont, par exemple, aucun intérêt à ce que la production du champagne soit limitée à une seule région française », note Thomas Porcher.

6 Retombée économique des deux côtés de l’Atlantique

La Commission évoquent souvent les bonnes retombées de création d’emploi d’un tel accord, mais Jean Fouré comme Thomas Porcher jugent toute prospection difficile à établir. « La plupart des études mettent en avant des gains économiques, mais qui restent modestes », précise Jean Fouré. L’économiste avance le chiffre d’un gain de croissance de 0,3% pour l’Union europé- enne. Les retombés en termes d’emploi sont, elles, variables selon les secteurs.  « Mais il y a un coût : c’est celui de l’ajustement du secteur et, par exemple, pour l’agriculture européenne, c’est en terme négatif », ajoute l’économiste Jean Fouré. Justin Delépine – leJDD.fr

http://www.lejdd.fr/Les-six-choses-a-savoir-pour-comprendre-le-Tafta

Lire aussi:

Site national:

https://www.collectifstoptafta.org/

Site bigouden:

https://taftaquoi.wordpress.com/

Prochaine réunion:

le guil

Commentaire: « Le marché ne grandissant pas, c’est la part de marché des acteurs européens qui augmente ou diminue dans le sens inverse de celle des Américains ». En gros, il s’agit de laisser les USA plumer l’Europe! ( Et avec le sourire d’Obama en prime!)

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26 avril 2016 ~ 0 Commentaire

de nouveaux ogm (basta)

ogm_logo

Sans évaluation ni étiquetage, bientôt dans les assiettes ?

Les consommateurs européens sont majoritairement opposés à la consommation d’OGM.

 Une réticence qui a contribué à limiter l’importation et la commercialisation de plan- tes et semences génétiquement modifiées. Mais l’apparition sur le marché de nouvelles techniques de modification du génome pourrait changer la donne. La Commission européenne doit prochainement rendre un avis pour savoir si les organismes issus de ces techniques doivent être ou non couverts par la réglementation OGM. S’ils y échappent, ils pourront être cultivés sans évaluation ni étiquetage.

Des organisations paysannes et environnementales lancent l’alerte. Pour la première fois depuis vingt ans, la culture de plantes transgéniques diminue légèrement dans le mon- de[1]. Pas de quoi inquiéter pour autant les pro-OGM. L’Isaaa, organisation qui compte parmi ses contributeurs les grandes firmes agrochimiques mondiales (Monsanto, Syngenta, DuPont, Novartis,…), se réjouit de l’arrivée sur le marché de nouvelles biotechnologies végétales, regroupées sous le terme d’«édition du génome» [2].

Sept de ces techniques de modifications génétiques sont actuellement à l’étude par la Commission européenne, qui doit déterminer si les produits qui en sont issus sont ou non des OGM. Et donc s’ils doivent être couverts par la réglementation OGM. Si ce n’est pas le cas, ils échapperont aux procédures d’évaluation des risques, d’autorisation, d’étiquetage ou de suivi [3].

Pas simple pour le grand public de s’emparer de ce débat. Même les acronymes choisis pour qualifier ces techniques sont complexes et opaques: «NPBT» ou «NBT», pour New Plant Breeding Techniques, « Nouvelles techniques de sélection des plantes ». «C’est l’appellation des industriels, relève Daniel Evain de la Fédération nationale de l’agriculture biologique. Mais il ne s’agit en aucun cas de sélection». Car ces nouvelles techniques vont bien au-delà : elles modifient le génome de la plante.

Les techniques utilisées jusqu’à présent pour fabriquer des OGM prennent le gène d’une plante pour le mettre dans une autre, c’est la transgénèse. Mais ces nouvelles techniques à l’étude ne font pas intervenir un gène extérieur : il est désormais possible de modifier les gènes à l’intérieur même des cellules des embryons de plantes. Ces techniques peuvent permettre d’éteindre des gènes, de les activer, de les muter ou de les répliquer.

Sophie Chapelle 26 avril 2016

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25 avril 2016 ~ 0 Commentaire

urgence migrants (le tregor)

Beg Leger Lannuon / Beg Léguer Lannion

Lannion Un clip en soutien aux migrants

Un clip réalisé à Beg Léguer Lannion entend alerter sur la situation des migrants actuellement. Quelque 130 personnes s’étaient retrouvées dimanche 20 mars sur la plage de Beg Léguer afin d’exprimer leur soutien aux migrants.

Cette action symbolique, programmée à l’initiative des collectifs de soutien aux sans-papiers de Bégard et Lannion et d’un collectif de citoyens, a été filmée en vue de la réalisation d’un clip qui vient d’être finalisé. Son titre : “Comme une bouteille à la mer : Urgence migrants”.

Les participants s’étaient allongés sur le sable afin de former les lettres du mot Fraternité, suivi de trois points d’exclamation. 25/04/2016 Philippe Gestin

http://www.letregor.fr/un-clip-en-soutien-aux-migrants/

http://www.letregor.fr/ils-s-allongent-sur-la-plage-en-soutien-aux-migrants

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23 avril 2016 ~ 0 Commentaire

paul jorion sur tv5 monde

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22 avril 2016 ~ 0 Commentaire

éric toussaint (cadtm)

dette

Si les gouvernements ne veulent pas d’audits citoyens de la dette, c’est qu’ils cachent quelque chose 

Éric Toussaint est le porte-parole du CADTM, un réseau international présent dans plus de 30 pays, et il est l’auteur entre autres du livre Bancocratie.

Quelle est la part légitime de la dette publique de l’État espagnol ?

Sans réaliser d’audit, il est impossible de le savoir. C’est pour cette raison qu’il me paraît fondamental que les citoyens, avec l’aide de la Plateforme pour l’Audit Citoyen de la Dette (PACD) et des gouvernements locaux disposés à opérer un changement, tant au niveau des municipalités que des communautés autonomes ou de l’État, analysent le processus d’accu-mulation de la dette dans lequel l’Espagne s’est engagée afin de déterminer la part illégitime, illégale et insoutenable.

Quelle est la différence entre ces termes ?

On entend par dette illégitime une dette contractée à l’encontre de l’intérêt général et en faveur de l’intérêt particulier d’une minorité privilégiée. Un exemple est la dette qui provient du sauvetage des banques privées responsables de la crise. Cette dette n’a pas été contractée pour «sauver» le peuple. Avant la crise bancaire, la dette publique de l’Espagne était de l’ordre de 60% du PIB ; aujourd’hui elle atteint 100% du PIB.

Quand parle-t-on de dette illégale ?

Il s’agit de dette accumulée en toute illégalité, comme lorsqu’une municipalité construit une infrastructure en ayant recours à la corruption, à la surfacturation des entreprises de cons- truction ou à des commissions exagérées.

Et la dette insoutenable ?

C’est le cas de municipalités très endettées qui, à la suite de l’accumulation de dettes illégiti- mes et illégales, se retrouvent incapables de garantir aux citoyens des services publics de qualité. Je ne sais pas s’il existe des localités avec des dettes insoutenables dans la commu- nauté autonome basque mais c’est par exemple le cas de municipalités comme Puerto Real, près de Cadix.

On nous a inculqué l’idée qu’il fallait obligatoirement rembourser la dette publique. Êtes-vous du même avis ?

Il n’y a aucune obligation de rembourser une dette publique si elle est illégale, illégitime et insoutenable. Les créanciers et les gouvernements traditionnels prétendent qu’il faut toujours rembourser une dette. Pourtant, il n’y a pas de quoi s’étonner quand les défenseurs de cette idée sont ceux qui ont profité de ce processus d’endettement, comme Mariano Rajoy, Rodrigo Rato ou encore Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne et l’ancien diri- geant de Goldman Sachs Europe qui a falsifié les comptes de la Grèce pour gagner de l’argent.

Que se passerait-il si l’on ne remboursait pas la dette publique ?

Une dette illégale est nulle et ne pas la rembourser est un droit. Un exemple récent est celui de l’Islande où les banques privées ont fait faillite en 2008. Les gouvernements britanniques et néerlandais ont alors exigé du gouvernement islandais qu’il leur verse des compensations dans le cadre du sauvetage bancaire. Cependant, sous la pression des mobilisations citoyen- nes, l’Islande a refusé de rembourser une dette engendrée par une crise bancaire privée dont le gouvernement n’était pas responsable. La situation était particulièrement conflictuelle, à tel point que le Royaume-Uni a placé l’Islande dans sa liste d’organisations terroristes aux côtés d’Al Qaida, mais l’Islande ne s’est pas laissée faire. En fin de compte, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont poursuivi l’Islande devant un tribunal d’arbitrage qui, trois plus tard, a donné raison à cette dernière. Cet exemple est peu connu car les grands médias de communication et les créanciers ne veulent pas que ce type d’information circule. L’exemple de l’Islande montre bien qu’il est possible de refuser de rembourser.

De quels mécanismes disposent les citoyens pour se coordonner et faire que leur opinion pèse sur la balance ?

Cela dépend des capacités de chaque mouvement à mobiliser une partie significative de la population pour qu’elle s’organise et entame un processus d’audit de la dette. Cela suppose en premier lieu d’exiger des gouvernements toute l’information sur la façon dont la dette a été accumulée, d’obtenir les copies des contrats et des paiements versés aux créanciers, et d’adopter des critères rigoureux pour identifier la dette illégitime, illégale ou insoutenable. Cela peut se faire à tous les niveaux. Ainsi, dans le sillage du 15M, la Plateforme pour l’audit citoyen de la dette a été créée avec des groupes de différentes régions d’Espagne. De la même façon, après les changements électoraux de mai 2015, certaines municipalités ont voulu organiser des processus d’audit avec participation des citoyens, comme c’est le cas à Madrid, avec laquelle j’ai eu des contacts car la municipalité envisage actuellement des mécanismes de participation citoyenne dans le but de donner de la transparence aux politiques publiques et à la contraction de dettes, en plus de réaliser l’audit des dettes accumulées dans le passé.

La collaboration des gouvernements est-elle nécessaire ?

Cela aide, mais ce n’est pas indispensable. Il ne faut pas rester les bras croisés si les gouver- nements ne veulent pas faire d’audit, c’est une raison de plus pour le faire parce que cela signifie qu’ils ont des choses à cacher. Dans tous les cas, s’il y a une volonté de la part des gouvernements d’appuyer l’audit, c’est encore mieux.

Que recherche le mouvement en fin de compte à travers la mise en place d’audits citoyens ?

Convaincre la majorité de la population qu’il est nécessaire de prendre des mesures fortes de suspension des paiements et de renégociation de la dette avec les créanciers.

Quels sont les résultats attendus ?

L’un d’eux est de susciter des prises de décisions, dans le cas où une dette illégitime, illégale ou insoutenable est identifiée, ou les trois choses à la fois, et que celle-ci ne reste pas impunie. On pourrait ainsi parvenir à une réduction drastique de la dette, car ces mesures visent à per- mettre une suspension des paiements et à obliger ainsi les créanciers à négocier et à faire des concessions. Un autre objectif est d’engager, à travers les mécanismes existants, des pour- suites judiciaires à l’encontre des responsables d’un endettement illégal ou illégitime, en cas de corruption, prévarication, etc. Ces procès pourraient être intentés soit aux gouvernements, soit aux fonctionnaires corrompus. Ou encore aux entreprises responsables des travaux ou aux banques qui ont tiré profit de l’endettement en corrompant les fonctionnaires ou en payant des pots de vin pour remporter les contrats.

Est-possible d’intenter un procès à partir d’instances citoyennes ?

C’est le pouvoir public qui doit agir, mais le contrôle citoyen et la pression sur le gouvernement local pour qu’il dise à la justice qu’il faut inculper les responsables sont des éléments très importants. Par ailleurs, et l’expérience le montre, on peut adopter des mécanismes perma- nents de transparence des processus d’endettement et éviter ainsi que se produisent des cas de corruption ou d’accumulation de dettes pour des raisons non justifiées ou sous des conditions inacceptables par exemple.

22 avril par Eric Toussaint , Maialen Mariscal Ruben Plaza

http://cadtm.org/Eric-Toussaint-Si-les

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22 avril 2016 ~ 0 Commentaire

nuit debout: quelles perspectives? (basta + npa)

poing

Assemblée Générale de Fakir à la Bourse du travail…

Le grand bon en avant !

De mémoire de syndicaliste, il y a fort longtemps que la Bourse du travail n’avait accueilli autant de monde. Une demie heure avant le début de l’AG la salle Ambroise Croizat était pleine, et le service de sécurité contraint de fermer les portes aux nouveaux arrivants. Les retardataires purent néanmoins suivre les débats retransmis en direct sur la place de la République. Les vacances ne semble avoir aucune influence sur la mobilisation. Partout sur la place, des groupes de discussion, des réunions de commissions, l’assemblée générale quotidienne …et en prime un concert de musique classique…L’art est dans la rue !

Ouverture de l’AG en fanfare

C’est aux accents de « l’Estaque » que la fanfare invisible ouvrait la séance, suivie par une introduction pêchue de François Ruffin . D’entrée un constat s’impose : celui du succès croissant de Nuit debout au bout du vingt deuxième jour d’occupation. Aucun essoufflement, un niveau d’organisation très efficace, multiplication des actions …chaque soir, tel le sphinx renaissant de ses cendres, la place de la République se transforme en vaste forum de débats et de créativité. La pérennité du lieu est assurée. Pour autant les problèmes stratégiques sont loin d’être réglés, et les questions essentielles doivent être débattues  maintenant: convergence des luttes, grève reconductible, rapport aux organisations syndicales, élargissement du mouvement…Il faut que le mouvement Nuit debout adopte un plan de bataille sous peine d’être devancé par tous ceux qui veulent sa mort. En premier lieu, le gouvernement qui compte sur une rupture entre Nuit debout et le mouvement syndical. Proposition est faite d’un « gros 1er Mai » avec une manifestation qui se terminerait par un meeting unitaire géant place de la République.

Grève reconductible….vers la grève générale ?

La tenue d’une grande manifestation le 1er Mai est loin d’être prioritaire dans l’agenda des équipes syndicales combatives. La tentation serait forte pour les directions confédérales de mettre sous coupe réglée, d’étouffer le mouvement de contestation actuel qui va bien au delà des cadres convenus et des manifestations sans lendemains. La préoccupation immédiate est de construire les conditions d’une grève reconductible dans les secteurs où cela est possible. Les intermittents et précaires qui multiplient les actions ont cette perspective en tête. Ils ont décidé la grève reconductible à partir du 28 avril et ne limitent pas leurs revendications à leurs seules professions. En pointe dés le premier jour contre la loi travail, ils doivent également faire face aux menaces de remise en cause de leur statut que le pouvoir et la CFDT veulent voir disparaît

re. Intervention sauvage à l’émission « on n’est pas couchés » dont Gattaz était l’invité…blocage des enseignes de la restauration rapide hier à Gare du Nord….De nouvelles actions vont partir dans les prochains jours de la place de la République pour populariser la lutte et amener les précaires à se joindre au mouvement. Un camarade cheminot de SUD rail s’exprimait lui aussi sur la question centrale de la reconduction de la grève du 26 avril à partir des AG de personnel dans chaque gare, dénonçait les journées de mobilisation sans lendemain, ou à saute mouton ne permettant pas la convergence. Il expliquait que la convergence pouvait se manifester par des blocages des voies comme il y a deux ans, et remerciait les étudiants et lycéens qui avaient manifesté leur soutien aux cheminots en manifestant dans la gare St Lazare. D’autre secteurs comme les raffineries et les dockers sont également chauds bouillants pour démarrer un conflit inter professionnel.

Le retrait de la loi travail comme revendication unifiante

Frédéric Lordon revenait sur ses propos incompris dans lesquels il avait affirmé que la question du l retrait de la loi travail n’était pas une priorité. Il dénonçait la volonté du pouvoir et des médias de vouloir contenir le mouvement de fond qui se développe dans le cadre étriqué des institutions et du « dialogue social ». « Nous pouvons défiler tant qu’on veut…Ils (le pouvoir) s’en foutent…Il nous faut faire dérailler le train normal des choses »

Quant au psychodrame médiatique orchestré par Finkelkraut, il rappelait que le mouvement « n’est pas amis avec tout le monde », « nous ne voulons pas la paix » et nous donnons le droit de ne pas accepter les discours racistes et islamophobes.

Enfin, un intervenant issu des quartiers populaires rappelait qu’il n’y aurait de vraie convergence des luttes sans leurs habitants… C’est tout le sens des tentatives d’organiser des Nuit debout dans les banlieues populaires… Alain Pojolat Jeudi 21 avril 2016

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Dans la grande salle de la Bourse du Travail à Paris, plus de 500 personnes écoutent les intervenants, dans une ambiance surchauffée.

A l’appel du journal Fakir et du collectif Convergence des luttes était organisé le 20 avril un débat sur les perspectives du mouvement Nuit Debout, intitulé « L’étape d’après ». Quelles propositions concrètes, quelle stratégie, quel plan de bataille, pour amplifier le mouvement ?

Au cœur de la discussion, la question, difficile et récurrente, de la jonction entre toutes les luttes sociales ; entre les syndicats opposés au projet de Loi Travail et les participants aux événements Nuit Debout dans toute la France ; entre les ouvriers des raffineries, les cheminots de la SNCF, les étudiants et lycéens, les chômeurs, les intermittents du spectacle, les doc- kers… Comment passer d’une bienveillance réciproque, voire d’un soutien, à une implication, à des combats communs ?

Pendant trois heures, il est question de mettre des grains de sable dans les rouages du système capitaliste, de faire reculer le gouvernement, de bloquer la production d’essence ou les ports, de lancer la grève générale. Des représentants de la commission « Grève géné- rale » de Nuit Debout expliquent comment ils vont à la rencontre des cheminots à la Gare St Lazare. « La prochaine étape, c’est de transposer Nuit Debout sur les lieux de travail », lance Gabriel du syndicat Sud Rail. « Certains secteurs sont en train de faire chauffer les moteurs, affirme un intervenant. La question du blocage se pose dans des raffineries. »

« Nos adversaires ne gagnent pas quand nous perdons, mais quand nous renonçons », poursuit un autre. Pour Almamy Kanouté, militant des quartiers et porte-parole du mouvement Émergence, «Si on arrive à faire la fusion entre Paris et la banlieue, ils vont trembler». Mais la convergence des luttes, leitmotiv de la soirée, semble encore bien lointaine. Pour certains res- ponsables de commissions Nuit Debout, toute parole collective semble être perçue comme une menace. La défiance vis-à-vis de des organisations collectives: syndicats, partis politiques ou associations, est très présente. Avec le risque pourtant, sans structuration, d’une dispersion du mouvement, noyé dans la profusion des mots d’ordre qui s’enchainent, sans cristallisation.

Projet politique versus « citoyennisme » ?

Au-delà de la jonction de toutes ces luttes sociales se pose la question du débouché politique du mouvement. Pour l’économiste Frédéric Lordon, le risque est que le mouvement soit pous- sé, notamment par les médias, « dans un sens qu’ils croient contrôlable, vers le « citoyennisme intransitif », c’est-à-dire le débat pour le débat, qui ne tranche rien, ne décide rien, et surtout ne clive rien. Une sorte de rêve démocratique cotonneux et inoffensif ».

Qui fasse même oublier la raison première de ce rassemblement, « renverser la loi El Khomri et son monde ». Or « ce pays est ravagé par deux violences à grande échelle : la violence du capital et la violence identitaire raciste, poursuit l’économiste. Nous ne sommes pas ici pour faire de l’animation citoyenne « All inclusive » [incluant tout le monde] comme le vou- draient Laurent Joffrin et Najat Vallaud-Belkacem. Nous sommes ici pour faire de la politique, nous ne sommes pas amis avec tout le monde, nous n’apportons pas la paix. Nous n’avons pas pour objectif l’unanimité démocratique, nous avons même comme projet de contrarier quelques personnes. Refaire le monde, c’est prendre le risque de déplaire à ceux qui ne veulent pas du tout que le monde soit refait. »

Pour dépasser ces limites, comment concilier horizontalité des discussions et effica- cité politique ? La question, posée à plusieurs reprises, reste sans réponse. «La volonté de ne pas s’organiser» est «presque élevée au rang de religion» par le mouvement Nuit Debout, déplore l’historien et anthropologue Emmanuel Todd dans une interview publiée par le journal Fakir. « C’est terrible parce que s’ils savaient, s’ils savaient à quel point les mecs en face d’eux, les patrons, l’État, le Parti socialiste, les banques, sont organisés. Ce sont des machines. Et moi qui suis plutôt modéré, keynésien, pour un capitalisme apprivoisé, je me souviens de la leçon de Lénine: « Pas de révolution sans organisation »!».

Nuit Debout vient combler «un grand vide» Emmanuel Todd reste pourtant positif sur le mouvement. Nuit Debout « est peut-être une petite chose mais au milieu de rien. Et ça, le fait que les médias s’intéressent à cette petite chose, c’est aussi un signe du grand vide, analyse- t-il. Ce qui se dit, ce qui se passe place de la République, et sur les places de province, parce qu’il faut regarder l’ouest de la France, Rennes, Nantes, Toulouse, la jeunesse des villes universitaires, ce qui se dit sur ces places, pour aussi farfelus que ce soit, ça vaut toujours mieux que ce grand vide. »

A la Bourse du Travail, le débat continue. «Il faut choisir un petit nombre de priorités, com- me la loi El Khomri et les traités de libre-échange, et construire le combat autour d’elles », propose Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique. François Ruffin, de Fakir, défend l’idée d’organiser une manifestation commune le Premier Mai, où se rejoindraient syndicats et Nuit Debout. La rencontre se termine dans le brouhaha, sans que les questions ne soient tranchées, mais sur un serment collectif : «Nous ne voterons plus jamais PS!», clament quel- ques centaines de participants, le poing levé.

Une pétition circule concernant cette proposition de convergence du 1er mai : «Nous en appelons à la CGT, à Solidaires, à Force Ouvrière, pour que le parcours soit prolongé de Nation à République et que nous partagions ensemble un moment d’unité, de combativité et de fraternité. Il s’agit là d’un geste symbolique, voire historique. Seule cette jonction est en mesu- re, aujourd’hui, de faire peur à l’oligarchie, et de faire reculer le pouvoir.» Une délégation décide de porter la proposition à l’assemblée populaire de Nuit Debout.

Quelques centaines de personnes, n’ayant pu entrer dans la Bourse du travail faute de place, suivent dehors la retransmission des échanges, diffusés par un camion du syndicat Solidaires, sur la place de la République. Un peu plus tard, au même endroit, plusieurs milliers de personnes écoutent avec ferveur 350 musiciens qui entonnent la Symphonie du Nouveau monde de Dvorak.

Plus loin, la commission « vocabulaire » propose de discuter de l’aliénation du lan- gage. D’autres parlent du droit des animaux. Au bout de la place, plusieurs centaines de personnes sont réunies pour l’assemblée quotidienne. Les tours de parole: 2 minutes maximum pour chaque orateur, s’enchainent. Il est question de droit au logement, de crise agricole, de grève générale ou de méfiance vis-à-vis des organisations syndicales. Chacun y va de son coup de gueule, témoignant d’un besoin de parler, d’échanger, de se réapproprier l’espace public et le débat. Reste une question : ces révoltes personnelles et collectives, ces réflexions, discussions, émotions partagées, déboucheront-elles sur un projet commun ?

Agnès Rousseaux 21 avril 2016

http://www.bastamag.net/Nuit-Debout-quelles-perspectives

Lire aussi:

Occupations, blocages, désobéissance civile, grève : que peut réellement Nuit Debout ?

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21 avril 2016 ~ 0 Commentaire

usa, des propriétaires d’esclaves à bernie sanders 2 (inprecor)

Bruce Plante Cartoon: The Donald

Lorsque le Parti Communiste, principale force radicale chez les travailleurs, a abandonné l’indépendance politique en faveur de l’alliance avec les libéraux de la classe dominante au nom du Front populaire dicté par Moscou, il ne restait qu’une poignée de militants favorables à la création d’un parti des travailleurs.

David Dubinsky et Sidney Hillman, deux dirigeants du Syndicat international des tra- vailleurs du vêtement féminin (ILGWU), qui avaient milité dans le Bund en Russie, ont formé le Parti du Travail américain, conçu comme une station de transition pour les socialistes et les syndicalistes favorables au New Deal, mais pas encore prêts à rejoindre le Parti Démo- crate. Ce parti n’a eu une réalité qu’à New York et, après une série de scissions, a disparu au cours des années 1950.

Faire tourner les Démocrates à gauche ? Deux grandes tentatives

La transformation des Démocrates, parti des conservateurs blancs du Sud, en représentation apparente des travailleurs organisés, des Noirs, des femmes, de la communauté LGBT et d’au- tres intérêts progressistes fut un grand tournant dans la politique étatsunienne. De ce fait, un bon nombre de militants de la gauche, ainsi que certains groupes luttant pour les droits civi- ques, ont tiré la conclusion que la récente évolution à droite du Parti démocrate représentait une rupture de la continuité et que le parti devait être «récupéré» par les intérêts populaires qu’il est censé représenter.

Cependant, le Parti démocrate n’a jamais été un réellement  parti du peuple». Son rôle dans la politique étatsunienne est celui d’un parti de la classe dominante typique, qui a déve- loppé la fonction d’un amortisseur efficace des mouvements sociaux menaçant la domination du capital. L’histoire du Parti depuis Roosevelt met justement cela en valeur. Je vais brièvement rappeler deux histoires qui montrent comment les Démocrates ont réussi à coopter et à neutra- liser les mouvements progressistes. Les deux commencent au cours des années 1960 et se terminent dans les années 1980. La tentative de la gauche social-démocrate en son sein de « réaligner » le parti et celle des dirigeants Noirs de pousser ce parti à gauche, les deux pro- fondément entrelacées et poursuivant des objectifs similaires, ont subi un échec et n’ont pas modifié les priorités de la classe dirigeante. Toute tentative future de transformer ce parti risque de reproduire ce résultat.

Paul Heideman (13) raconte l’histoire des premières tentatives de «réalignement» au cours des années 1960. Lorsqu’il a fait entrer son groupe dans le Parti socialiste en déclin à la fin des années 1950, l’ex-trotskiste Max Shachtman est arrivé à la conclusion qu’il était possible de transformer les Démocrates en un parti de masse des travailleurs. Ce réalignement fut éga- lement soutenu par Bayard Rustin, un ex-communiste noir, conseiller de Martin Luther King. Ils ont conclu qu’une alliance entre la gauche, la coalition émergente autour des droits civiques des Noirs et la centrale syndicale AFL-CIO, dont les Démocrates étaient dépendants pour le soutien populaire électoral, pouvait parvenir à écarter du parti l’aile « Dixiecrat » (14), conser- vatrice et raciste.

Les Dixiecrats opposés aux droits civiques ont fini par quitter le Parti démocrate au cours des années 1960. Mais alors, au lieu de poursuivre la lutte pour un nouveau tournant à gauche du parti, Shachtman et Rustin ont maintenu une alliance pragmatique avec la bureau-cratie syndicale, fermement favorable à la poursuite de la guerre au Vietnam sous la direction de George Meany. Au lieu de transformer le Parti démocrate, ils se sont eux-mêmes transfor- més en devenant les défenseurs de l’aile conservatrice de la direction de ce parti.

Michael Harrington, qui avait suivi Shachtman durant une période, a poursuivi la lutte stratégique contre la bureaucratie syndicale et pour l’indépendance du parti. Son Comité d’or- ganisation socialiste démocratique (DSOC) a joué un rôle dans le renouveau des tentatives de réalignement du parti, sous la forme de la coalition New Politics (NP, Nouvelle politique). New Politics a remporté un certain nombre de succès rendant le parti plus progressiste. Il a réussi à mettre fin au monopole des « smoke-filled rooms » (pièces enfumées), où les élus du parti et les bureaucrates syndicaux désignaient les candidats à la présidence, au Congrès et à tous les postes étatiques importants. Grâce à ce travail audacieux, un grand nombre de délégués sélectionnés par la vieille garde du parti ont été remplacés en 1972 par des délégués progres- sistes et opposés à la guerre, dont de nombreuses femmes, des Noirs et des membres d’au- tres groupes opprimés. Le plus grand succès de NP a été la désignation comme candidat à l’élection présidentielle de 1972 du sénateur George McGovern, sur une plateforme antiguerre.

À ce moment, la vieille garde a tourné le dos au choix de son parti. Meany a été capa- ble de bloquer le soutien de l’AFL-CIO, laissant McGovern sans troupes électorales. Les machines étatiques du Parti démocrate ont pris tranquillement en charge la campagne de réélection du Républicain Richard Nixon, qui est arrivé en tête dans tous les États à l’exception du Massachusetts.

Mais les tentatives de réalignement ont néanmoins continué. Les Socialistes démocra- tiques d’Amérique (DSA) ont été formés au début des années 1980 par la fusion entre le DSOC de Harrington et une partie du Nouveau mouvement américain, un ancien groupe de la nouvelle gauche regroupant diverses tendances. Le principal objectif de DSA était et est encore, de faire tourner à gauche le Parti démocrate en travaillant au sein de ses structures et de ses campagnes. Harrington a appelé les socialistes à être «la gauche du possible». Cet appel a été repris par beaucoup au sein des organisations de la nouvelle gauche en déclin au cours des années 1980, car ils cherchaient à être efficaces dans la période de réaction de Ronald Reagan.

Comme Mike Davis (15) le démontre, au lieu d’être un premier pas dans un processus tirant à gauche la majorité des Démocrates, la formation de DSA s’est avérée être la conclusion d’un processus d’évolution à droite des sociaux-démocrates et des anciens révolutionnaires. À la recherche d’une alliance avec la bureaucratie syndicale d’AFL-CIO, les dirigeants de DSA ont soutenu la candidature de Walter Mondale, ancien vice-président de Carter lors des primaires de 1984. Mondale, qui porte une part des responsabilités du tournant néolibéral des Démo- crates lors de la présidence de Carter, a fait campagne pour une réduction de la protection sociale au-delà de ce qu’avait déjà fait Reagan, cherchant ainsi le soutien du grand capital.

Les tentatives chimériques de DSA visant à tirer les Démocrates vers la gauche se sont poursuivies après l’épisode Mondale et encore au 21è siècle. Néanmoins l’évolution à droite du Parti démocrate a continué sous la présidence de Bill Clinton, qui, avec le très néo- libéral Conseil du leadership démocrate (DLC), a mis au rebut les engagements du parti en faveur des pauvres ainsi que l’État-providence et a jeté les bases de la destruction des bas- tions syndicaux par le biais de l’Accord de libre échange nord-américain (Aléna – Nafta en anglais).

Les campagnes électorales ainsi que les administrations démocrates ultérieures ont poursuivi les attaques réactionnaires contre les acquis des travailleurs et des opprimés, tout en ouvrant la voie à un reformatage de l’impérialisme américain pour l’ère nouvelle. L’engagement de DSA en tant que «l’aile gauche du possible» a conduit ses dirigeants à fournir une couver- ture socialiste à un parti néolibéral de la classe dominante.

La campagne de Jesse Jackson et de Rainbow-PUSH pour la primaire démocrate en 1984 (et de nouveau en 1988) semblait être beaucoup plus prometteuse. Jackson était un ancien collaborateur de Martin Luther King au sein de la Southern Christian Leadership Conference (Conférence des dirigeants chrétiens du Sud). Après l’assassinat de Martin Luther, il a ouvert la voie pour que la direction noire rejoigne le Parti démocrate et le capitalisme (contrairement à l’avis de Martin Luther King à la fin de sa vie).

La campagne de Jackson en 1984 a été lancée avec des engagements sociaux-démo- crates de principe : faire reculer les attaques de Reagan contre l’État-providence, s’opposer aux interventions militaires au Proche-Orient et en Amérique centrale ainsi qu’à l’apartheid en Afrique du Sud, soutenir la libération de la Palestine.

La campagne de Jackson a provoqué l’enthousiasme et a réveillé l’énergie de milliers de Noirs militants ainsi que de nombreux militants des organisations maoïstes déclinantes du Nouveau Mouvement Communiste. Durant un certain temps il a été perçu comme ayant vrai- ment une chance d’emporter l’investiture face à Mondale et au sénateur néolibéral du Colo- rado, Gary Hart. Mais, lorsqu’il est arrivé à la Convention, les principes de Jackson s’étaient évanouis. Non seulement il n’a pas obtenu la nomination, mais les objectifs de Jackson concer- nant un mode de Convention plus démocratique, comme ses engagements pour faire reculer les attaques de Reagan contre les pauvres et les salariés, avaient été progressivement réduits jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.

Jackson aurait pu maintenir ses principes et préserver ainsi la coalition qui l’avait propulsé vers la nomination s’il avait rompu avec le Parti démocrate et décidé de conduire une campa- gne indépendante pour la présidence. Mais Jackson et la direction politique des Noirs qu’il représentait avaient trop investi dans le succès des Démocrates «lorsque vous avez de l’argent à la banque, vous ne vous en éloignez pas trop» a expliqué Jackson en 1986. Malheureuse- ment, cela signifiait que les activistes progressistes de Rainbow-PUSH étaient devenus seule- ment un groupe de pression dans un Parti démocrate dégringolant à droite et que Jackson lui-même s’était transformé en porte-parole noir ramassant les suffrages pour les Démocrates néolibéraux, un rôle qu’il continue de jouer.

Ainsi les deux grandes tentatives visant à «assurer à la gauche le contrôle des Démo- crates» celle des sociaux-démocrates et celle du leadership Noir, ont échoué. Cela a eu lieu en dépit de circonstances largement favorables : d’une part, le départ des Dixiecrats conserva- teurs du parti et leur remplacement par les syndicats au sein de la coalition du New Deal, d’au- tre part, la résurgence des revendications des Noirs dans une campagne populaire à l’allure social-démocrate.

Aujourd’hui de telles circonstances n’existent pas. Les syndicats et le mouvement social des Noirs (ainsi que les groupes féministes et LGBT) n’ont jamais été aussi faibles et éloignés des allées du pouvoir depuis l’époque de Roosevelt. Le « réalignement » a réalisé certains de ses objectifs fondamentaux, tels que la réforme des élections primaires en forçant la direction du Parti Démocrate à y inclure plus de femmes, de Noirs et de défenseurs des causes progres- sistes. Pourtant, et cela avant même la contre-révolution interne du Conseil du leadership démocrate (DLC), un fossé énorme a toujours séparé ce parti des partis sociaux-démocrates comme le Parti Travailliste: les syndicats y disposent bien d’un siège à la table, mais ils n’ont aucune voix structurelle dans l’élaboration de la politique des Démocrates et sous le néolibé-ralisme leur rôle s’est encore réduit. Le parti reste l’outil de la fraction centriste du capital.

En outre, et contrairement aux partis militants de la vieille gauche social-démocrate, le Parti démocrate est resté ce qu’il était : une machine électorale sans réelle base militante, ce qui assure très largement son contrôle par la bureaucratie et les élus. Si dans le Parti Travail- liste des structures équivalentes posent d’énormes défis à un socialiste comme Corbyn, dans le Parti Démocrate elles sont probablement insurmontables.

La question de Bernie J’écris ce qui suit juste après la primaire du New Hampshire, le second tour de la campagne qui aboutira au cours de l’été prochain à la sélection des candidats du Parti Démocrate et du Parti Républicain. Le succès de Sanders dans l’Iowa, où il a presque gagné, et sa victoire écrasante dans le New Hampshire, un État du nord bordant celui du Vermont qu’il représente, ont mis à mal les plans de l’élite démocrate visant un rapide couron- nement de Hillary Clinton en tant que candidate du parti.

La campagne de Bernie Sanders pour l’investiture démocrate semble ainsi plus promet- teuse que toute campagne de gauche, sans doute au moins depuis celle de Jackson en 1984. Sa revendication du «socialisme démocratique» et le fait qu’un nombre croissant de ses partisans ainsi que des électeurs démocrates s’avèrent généralement disposés à s’identifier comme socialistes indiquent l’apparition aux États-Unis d’un public de masse pour nos idées, comme il n’y en a pas eu depuis longtemps. Son appel à renouveler l’État-providence et briser le monopole des intérêts économiques du grand capital sur la politique américaine reflète l’aspiration à des changements progressistes dans ce qui est sans doute la société la plus inégalitaire et antidémocratique dans le monde du capitalisme développé.

Sanders lui-même a eu un cheminement intéressant jusqu’aujourd’hui. Membre de la Ligue socialiste de la jeunesse (YPSL) et militant pour les droits civiques lors de ses premières années universitaires, en tant que politicien il a d’abord dirigé une coalition progressiste et socialiste dans le Vermont en tant que maire de ce qui a été appelé la « République populaire de Burlington». Durant ses sept mandats au Congrès, puis en tant que sénateur depuis 2006, il a maintenu son indépendance formelle du Parti Démocrate, étant élu en tant qu’indépendant, même s’il y travaille avec des Démocrates.

Sanders soutient la poursuite des opérations américaines en Irak et en Syrie dans le cadre du modèle libéral de la «construction d’une coalition internationale», qu’il a également soutenue en Afghanistan. Sa position sur la Palestine est à peine à gauche de celle de Hillary Clinton, il appelle à une solution à deux États et à la poursuite des négociations avec Israël sur la base du droit de ce dernier «à se défendre». Il a également adopté une position conserva- trice sur l’immigration clandestine, en dénonçant l’ouverture des frontières comme étant «une proposition des frères Koch» (16).

Pour tout socialiste, il serait insensé de ne pas se sentir concerné par de telles posi- tions réactionnaires de Sanders. Si on devait faire une comparaison, elles le situent beau- coup plus à droite de Jeremy Corbyn, qui a pris des positions de principe : anti-impérialistes sur l’Irak, la Syrie et la Palestine ainsi que sur la solidarité avec les migrants. Cependant les positions de Sanders sont aisément explicables par le fait que sa politique est essentiellement social-démocrate.

Roosevelt, que Sanders valorise en tant que «socialiste démocratique», a fait entrer les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale impérialiste et a fait interner des milliers d’Américains d’origine japonaise. La gauche social-démocrate américaine, dont Sanders pro- vient, avait choisi le camp de l’impérialisme américain contre le mouvement de libération natio- nale au Vietnam. Michael Harrington, tout en étant politiquement un antiguerre, n’a pas été capable de soutenir le mouvement contre la guerre du Vietnam, alors que son soutien à Israël fut un fossé important entre les Socialistes Démocratiques d’Amérique (DSA) et la campagne de Jackson en 1984. Par ailleurs, la position de Sanders à propos de l’ouverture des frontières correspond au chauvinisme de la direction de l’AFL-CIO, pour laquelle les sans-papiers sont une menace pour la prospérité (très relative et déclinante) des ouvriers américains.

La gauche révolutionnaire des États-Unis a dans le passé apporté son soutien à des candidats sociaux-démocrates. Récemment, le plus grand succès fut celui du défenseur des consommateurs, Ralph Nader, dont la campagne du Parti vert pour la présidentielle en 2000 a remporté plus de 3 millions de suffrages. Nader avait également des positions douteu- ses, par exemple une hostilité similaire en ce qui concerne l’ouverture des frontières ainsi qu’une histoire problématique de suppression de l’organisation syndicale dans sa propre entreprise.

Néanmoins, la campagne de Nader était conduite autour d’une plateforme par princi- pe indépendante du Parti démocrate. C’est pourquoi les Démocrates l’attaquaient au vitriol en 2000, lui reprochant alors la défaite d’Al Gore au lieu de s’en prendre au dépouillement et au recomptage frauduleux des votes. Ils ont poursuivi ces attaques en 2004, réussissant à convaincre le Parti vert de lui retirer son soutien au nom d’une plateforme «tous contre Bush ».

La décision de Sanders de faire campagne en tant que Démocrate, malgré son statut de sénateur indépendant, le confronte immédiatement, ainsi que ceux qui le soutiennent, à un certain nombre de problèmes. Tous les réseaux du Parti démocrate, depuis le Comité national jusqu’aux représentants élus au niveau fédéral et dans les États, en passant par les groupes de pression de partis comme le DLC, les principaux contributeurs et les solliciteurs qui collec- tent les fonds et démarchent les syndicats, les organisations des femmes, des Noirs, des LGBTQ, sont massivement derrière Hillary Clinton.

S’il gagnait la nomination, Sanders risquerait de faire face à une «révolution de palais» comme ce qui s’est passé avec Hubert Humphrey en 1968, lorsqu’il a obtenu la nomination sans se présenter à une seule élection primaire. Et même si sa victoire dans les primaires s’avérait être trop convaincante pour un coup de force, il pourrait bien faire face à la situation vécue par McGovern en 1972, lorsque la machine Démocrate s’est pour l’essentiel séparée de son propre candidat.

Pourtant, il s’agit là du meilleur scénario. Malgré son succès dans l’Iowa et sa victoire dans le New Hampshire, Sanders n’a pas un réel espoir d’emporter l’investiture démocrate. Lors de la convention démocrate, seulement deux tiers des délégués sont choisis lors des primaires. Le tiers restant, les soi-disant « super délégués », sont des dirigeants non élus, mis en place pour contrecarrer le succès de la réforme de la machine du parti imposée par le New Politics dans les années 1970. Hillary Clinton a déjà reçu le soutien écrasant de ce groupe, composé pour l’essentiel des élus et des fonctionnaires du parti, car elle-même en est issue. Au stade actuel, il lui suffirait de remporter seulement 35 % des délégués élus pour être couronnée.

La principale question, c’est comment Sanders et ceux qui le soutiennent vont réagir à la victoire de Hillary Clinton. À plusieurs reprises Sanders a promis de faire campagne pour le candidat ou la candidate démocrate investi. «Je ne vais pas jouer le mouton noir» disait-il en août dernier (17). «Je ne veux pas être responsable de l’élection à la présidence des États-Unis d’un quelconque républicain de droite». Dans un récent débat électoral, il a rajouté: «Je veux voir des changements majeurs dans le Parti démocrate. Je veux voir des travailleurs et des jeunes rejoindre le parti d’une manière qui n’existe pas maintenant. Et je veux une stratégie dans les 50 États, pour que le Parti démocrate ne soit pas seulement un parti de 25 États» (18).

Les socialistes révolutionnaires qui partagent un grand nombre d’objectifs soutenus par Sanders tels le salaire horaire minimum de 15 dollars, une sécurité sociale prenant en charge tous les soins de santé, l’enseignement supérieur gratuit garanti par l’État, devraient s’adresser à lui et à sa campagne pour qu’ils rompent dès maintenant avec les Démocrates, même si cela devait l’empêcher de remporter la nomination. Cependant, nous sommes obligés de concéder, même si c’est difficile, que sa campagne de Démocrate a un certain sens dans un pays où la domination des deux partis capitalistes a été incontestable jusque-là. S’il avait fait le choix de mener une campagne indépendante, Sanders n’aurait certainement pas pu faire entendre à autant de personnes ses appels à une «révolution politique».

Plus qu’un scénario à la McGovern, c’est à une répétition du scénario Jackson que nous risquons d’assister. Lors de la convention du Parti démocrate, Sanders devra faire face à une écrasante pression de l’establishment démocrate pour qu’il abandonne toutes ses positions de principe s’il veut faire partie de la campagne de Clinton. Le fait que Sanders a déjà renoncé à la force d’une potentielle menace de poursuivre en tant que candidat indépen- dant laisse peu d’indications qu’il ne suivra pas le même cours que Jackson en 1984.

Les socialistes révolutionnaires qui cherchent à influencer de l’intérieur la campagne de Sanders font face à une tâche impossible : tant l’establishment démocrate que leur propre candidat sont totalement opposés à leurs efforts. Les socialistes, comme tout militant de base pour qui ces questions sont importantes, disposent de peu d’espace pour poursuivre leurs efforts. «Dans le Parti démocrate, tout projet parallèle à celui réalisé par Corbyn dans le Parti travailliste est inconcevable», écrit Adam Hilton. «Ce parti, contrairement au Parti Travail- liste même très affaibli, n’a ni présence organisationnelle ni aucune réelle signification au ni- veau local. Dans le cas le plus probable où Sanders ne parvient pas à dépasser Clinton dans les primaires, il y a très peu d’espace institutionnel permettant de poursuivre l’élan popu- laire.» (19) ■ Bill Crane 10 février 2016

* Bill Crane est un militant socialiste qui a été actif dans le mouvement Occupy et dans les campagnes contre la peine de mort, le racisme et l’endettement des étudiants. Ses écrits sur la littérature et la politique ont été publiés par Socialist Worker, ZNet et ailleurs. Cet article a été d’abord publié par le site web du trimestriel britannique RS21 (Traduit de l’anglais par JM)

http://www.inprecor.fr/

Synthèse et articles Inprecor

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21 avril 2016 ~ 0 Commentaire

le sommet mondial des pétroliers (basta)

Bloqué par une centaine de militants pour le climat

«S’ils veulent rentrer, ils devront nous passer sur le corps!». C’est le mot d’ordre lancé par plusieurs organisations de la société civile [1], alors que se tient ce 21 avril dans le 17ème arrondissement de Paris le Sommet international sur le pétrole [2].

Vers 8h30, une centaine de militants se sont allongés devant l’entrée du bâtiment où débute le sommet, entourés d’une banderole «scène de crime climatique». Une manière de représenter symboliquement les victimes passées et futures du dérèglement climatique.

Parmi les invités pressentis pour ce sommet, le directeur général de Total, dont le groupe développe un énorme projet gazier en Arctique (notre enquête), le PDG de la compa- gnie nationale algérienne Sonatrach, contrainte pour l’heure de renoncer à l’exploitation des gaz de schiste [3], mais aussi des représentants d’Engie (ex-GDF Suez), qui contribue à appro- visionner les réseaux de gaz et chaudières de France et d’Europe en gaz de schiste améri- cain [4].

Pour les 300 militants qui sont parvenus ce matin à bloquer partiellement l’entrée du sommet, dont une vingtaine se sont immiscés à l’intérieur, la seule préoccupation de l’industrie fossile est de «garantir leurs profits, abaisser leurs coûts, conserver la main-mise sur les poli- tiques énergétiques malgré les engagements internationaux. Pourtant, après la COP21, l’heure doit être au désinvestissement et à la reconversion totale vers les énergies renouvelables.»

Ce sommet international sur le pétrole se déroule à la veille de la signature officielle de l’accord sur le climat, négocié lors de la COP21 à Paris en décembre dernier (tous nos articles à ce sujet). La cérémonie officielle qui se tient le 22 avril à New York va ouvrir la porte à un long processus de ratification. Or, appliquer l’Accord de Paris et rester en-deçà de l’augmen- tation des 2°C de température, revient à laisser 80 % des réserves fossiles dans le sol [5].

Plusieurs organisations appellent à multiplier les actions cette année contre les éner- gies fossiles et les pollutions industrielles. Après le blocage du Sommet mondial des pétroliers et gaziers à Pau début avril par 600 militants, des actions de terrain seront menées du 13 au 16 mai, notamment en Allemagne contre une mine de charbon. Sophie Chapelle 21 avril 2016

Plus d’informations sur: http://fr.breakfree2016.org/

Nos dossiers :
Le défi du réchauffement climatique
L’enjeu de la transition énergétique

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21 avril 2016 ~ 0 Commentaire

barcelone (stop tafta)

tafta

Les collectivités territoriales européennes s’opposent aux TAFTA, CETA et TiSA

Des maires et conseillers municipaux de toute l’Europe se réunissent à Barcelone les 21 et 22 avril à l’invitation de la Maire Ada Colau pour exprimer leur opposition aux traités transat-lantiques de commerce et d’investissement qui menacent directement les compétences des collectivités territoriales.

Réunis à Barcelone le 21 et le 22 avril prochains, les élus et représentants locaux inaugu-reront le réseau international de résistance des collectivités locales à la nouvelle génération de «traités commerciaux toxiques» : TAFTA, CETA et TiSA. Plus de 1 500 municipalités, villes, arrondissement et régions d’Europe ont d’ores et déjà adopté des résolutions soulignant leurs inquiétudes à l’égard du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (commu-nément désigné en France par le signe anglophone TAFTA), de l’accord UE-Canada qui de- vrait être discuté à Bruxelles à l’automne, ou de la négociation plurilatérale sur les services (TiSA).

Plus de trois millions de citoyennes et de citoyens à travers l’Europe ont signé l’Ini- tiative citoyenne européenne auto-organisée contre le TAFTA et les traités semblables, dont ils estiment qu’ils menacent le droit du travail, les services publics et la protection des consom-mateurs. En plus de ces préoccupations, les élus locaux s’inquiètent du fait que ces traités pourraient :

  • Remettre en cause leurs politiques de marchés publics, souvent conçues pour soutenir les PME et l’économie locale ;
  • Bloquer toute possibilité d’évolution législative qui permettrait aux collectivités territoriales de mener des politiques « d’achat local » ;
  • Limiter leur capacité à interdire des pratiques telles que la fracturation hydraulique (utilisée dans l’extraction de gaz de schistes) ou encore l’utilisation de fertilisants, de désherbants et de pesticides nocifs ;
  • Accroître le contrôle et l’influence du pouvoir national sur les pratiques et politiques des collectivités locales.

« Le CETA sur lequel l’UE et le Canada se sont accordés a été publié récemment. Ce traité rendra beaucoup plus difficile les politiques de remunicipalisation de la fourniture d’eau, d’énergie ou d’autres services publics, explique Amélie Canonne, Présidente de l’AITEC et animatrice de la Campagne Stop TAFTA en France. Les villes et collectivités seront poussées à basculer une plus grande part de leurs services publics dans le domaine marchand. »

https://www.collectifstoptafta.org/l-actu/article/barcelone

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http://www.inprecor.fr/article-Mondialisation

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20 avril 2016 ~ 0 Commentaire

les travailleurs étrangers (basta)

lepensation

Mais ils vont tout lui piquer!

Pourraient ne plus être indemnisés en cas d’accident du travail

Quand un travailleur se casse la jambe en tombant d’un échafaudage, ou quand il se brûle avec de l’huile de friture dans la cuisine d’un fast-food, il peut être indemnisé comme victime d’un accident du travail. Et s’il contracte un cancer à force d’être exposé à des produits chimi- ques, il a la possibilité d’avoir accès à une indemnisation à cause de sa maladie profession- nelle. Qu’il ait des papiers ou non.

Le fait de travailler «au noir» n’empêche pas d’avoir accès à ces indemnisations. Une personne est considérée en situation de travail salarié en France dès lors qu’elle exerce une activité pour le compte d’un employeur moyennant rémunération, y compris si ce travail n’est pas déclaré par l’employeur [1].

Le gouvernement de Manuel Valls pourrait bientôt mettre fin à cette égalité de traitement entre travailleurs nationaux et travailleurs étrangers.

« Le ministère en charge des textes d’application de la loi « Protection universelle maladie » (PUMa) s’apprête à durcir spécifiquement les conditions d’ouverture des droits et de maintien des droits des ressortissants étrangers », s’alarme l’observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE). Entrée en vigueur le 1er janvier 2016, la protection universelle maladie vient remplacer la couverture universelle maladie (CMU), qui avait été mise en place par le gouvernement de Lionel Jospin.

« À rebours des excellentes intentions de la réforme PUMa visant à simplifier les formalités administratives pour la majorité des assurés, les projets de décrets font le choix de durcir les conditions pour les personnes étrangères », s’inquiète l’observatoire.

« Une mesure gravissime »

Comment ce durcissement va-t-il s’opérer ? La durée des droits à être indemnisé pourrait dépendre de la durée des titres de séjour, lesquels ne durent parfois qu’un mois… « Cette logique va conduire à de nombreuses ruptures de droits à l’échéance des titres, conduisant à des problèmes dans la continuité des soins, et nécessitant ensuite des démarches de réou- verture, coûteuses pour les intéressés et pour les caisses », déplore l’observatoire du droit à la santé des étrangers.

« Il s’agit d’une mesure gravissime, qui octroie aux employeurs le droit d’exposer des salariés sans papiers à des dangers graves ou mortels, en sachant que ces travailleurs n’auront plus aucun recours pour obtenir la réparation des préjudices subis », estime de son côté l’associa- tion Henri Pézérat, qui soutient les luttes sociales concernant la santé des personnes en lien avec leur travail.

Selon l’observatoire du droit à la santé des étrangers, 700 000 ressortissants étrangers pourtant en séjour parfaitement légal en France pourraient être concernés. «Cette disposition donne aux employeurs toute latitude – en toute impunité – pour accroître le recrutement de travailleurs sans papiers tout en réduisant de façon drastique toute démarche de sécurité dans les «sales boulots» qui leur sont réservés, dans le nettoyage, mais aussi le BTP, la restauration rapide, la manutention, etc…. », ajoute l’association Henri Pézérat.

«Même la loi «Pasqua» sur l’immigration, votée en 1993, avait conservé le droit d’être indemnisé en cas d’accident du travail et de maladie professionnelle pour les sans-papiers. En outre, de nombreuses règles internationales dont la convention n°19 de l’organisation inter- nationale du travail (OIT) exigent l’égalité de traitement avec les nationaux et prohibent toute exclusion de travailleurs salariés, au motif de la régularité de leur séjour. »

Nolwenn Weiler 20 avril 2016

http://www.bastamag.net/Les-travailleurs-etrangers-pourraient-ne-plus-etre-indemnises

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