Archive | Altermondialisme

26 avril 2018 ~ 0 Commentaire

abdulla brest (le télégramme)

brest 2

brest1

Brest. Rassemblement après la mort d’un demandeur d’asile

Une centaine de personnes s’est rassemblée devant la sous-préfecture puis Place de la Liberté au nom d’Abdulla Ramadani, un demandeur d’asile mort jeudi dernier à Brest.

« Rien n’indique qu’Abdulla Ramadi soit mort de sa pathologie ». C’est ce qu’a répondu la préfecture du Finistère aux accusations de la Ligue des droits de l’Homme, après la mort d’un demandeur d’asile malade, le 19 avril à Brest.

Olivier Cuzon, de la LDH, s’est révolté de cette défense, mercredi en fin d’après midi, devant une centaine de personnes réunies devant la sous-préfecture. « Un homme est mort, et nous sommes en colère contre vous M. le préfet ! », a-t-il conclu avant d’inviter les adultes et enfants présents à faire une marche.

Le groupe s’est rendu au monument aux Morts, sous lequel ont été déposés un cercueil de bois et un drap blanc sur lequel est inscrit : « Repose en paix Adulla ».

26/04/2018

https://www.ouest-france.fr/

Lire aussi:

Rassemblement « contre une politique migratoire qui tue ! » (LT)

Abdulla Brest (NPA)

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26 avril 2018 ~ 0 Commentaire

tchernobyl (sdn)

an ankou a

La catastrophe de Tchernobyl dure depuis 32 ans,  en France aussi, un accident est possible !

À l’occasion du triste anniversaire de l’accident de Tchernobyl, des actions auront lieu partout en France pour rappeler que la catastrophe n’est pas terminée et exiger une sortie du nucléaire.

Une catastrophe sans fin

Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, répandant son panache radioactif sur toute l’Europe. 32 ans après, la catastrophe continue de se déplo- yer, comme le montre le tout récent documentaire Tchernobyl, le monde d’après. Réalisé par l’association Enfants de Tchernobyl Belarus avec le soutien de scientifiques indépendants, celui-ci donne la parole aux derniers « liquidateurs » de l’accident et à toutes celles et ceux qui tentent tant bien que mal de réduire les dommages pour la population.

En effet, une grande partie des substances rejetées resteront radioactives pendant des siècles.

Comme elles s’infiltrent progressivement dans le sol, celles-ci continueront à contaminer les produits agricoles pendant des décennies, puisqu’elles resteront mobilisables par les racines des plantes. Par ailleurs, les substances absorbées par les populations lors du passage du nuage ont démultiplié la fréquence de certaines maladies. Loin d’être épargnées, les géné- rations nées après 1986 sont de plus en plus touchées, attestant du caractère héréditaire et dégénératif de certaines pathologies. Ainsi, comme le démontre la pédiatre Galina Banda- zhevskaïa, les malformations cardiaques congénitales chez les enfants de la région de Minsk sont maintenant 10 à 20 fois supérieures à la normale [1].

Plus que jamais, il est urgent que soient publiées et diffusées largement les études sanitaires rendant compte des conséquences de cette catastrophe.

En France, une situation pré-accidentelle ?

À l’occasion de ce triste anniversaire, nous rappelons que la France n’est pas à l’abri d’un tel accident majeur aux conséquences dévastatrices (comme l’admet l’Autorité de sûreté nucléaire elle-même).

Entre vieillissement des installations, découverte de milliers d’anomalies et mainte- nance défectueuse sur de très nombreux sites, un cocktail explosif se prépare.

Pendant ce temps, le gouvernement fait l’autruche et plébiscite des scénarios énergétiques qui laisseraient fonctionner de nombreux réacteurs pendant plus de 50, voire 60 ans. L’Autorité de sûreté nucléaire, quant à elle, semble avoir pris le pli d’accorder son feu vert à des équipe- ments défectueux (cuve de l’EPR, générateur de vapeur de Fessenheim…), au mépris des règles de sûreté les plus élémentaires.

Et que dire de la fuite en avant consistant à continuer de produire des déchets impossibles à gérer ?

Et, plutôt que de tarir la production de ces déchets, d’imposer aux populations de nouvelles poubelles radioactives à hauts risques ? En plus de Cigéo, projet imposé aussi cher que dan- gereux, l’industrie nucléaire plaide maintenant pour la construction d’une piscine d’entreposage à proximité de la centrale nucléaire de Belleville, pour accueillir le combustible MOX usagé. Située en zone inondable et au beau milieu du vignoble du Sancerrois, cette nouvelle installation nucléaire constituerait une aberration de plus.

En solidarité avec les victimes de Tchernobyl et pour alerter sur le risque nucléaire en France, actions de rue, rassemblements, projections et débats se succèderont dans de nombreuses villes autour du 26 avril 2018. Faisons de ce triste anniversaire un temps de mobilisation pour exiger une sortie du nucléaire et une réelle transition énergétique !

L’association Enfants de Tchernobyl Belarus est investie dans le soutien à l’Institut indépendant de protection radiologique BELRAD, à Minsk, source précieuse d’informations chiffrées sur la situation sanitaire au Belarus. Depuis 1990, BELRAD mesure la contamination des enfants et des aliments, assiste les acteurs locaux et contribue à la protection radiologique des familles.

25 avril 2018

http://www.sortirdunucleaire.org/

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24 avril 2018 ~ 0 Commentaire

île longue (le télégramme)

nukleaire

Nucléaire. « Briser l’invisibilité des victimes »

L’association des Irradiés de l’Île Longue, avec l’Université de Bretagne occidentale de Brest et la fondation Henri Pézerat, lance une étude labellisée pour connaître les impacts des rayons ioniques sur les salariés de l’île. La première en la matière.

Environ 150 anciens salariés, qui ont travaillé en pyrotechnie de 1973 à 1996, seront consultés en entretien individuel et collectif sur la base du volontariat. « Si on veut être rigoureux, il faut une délimitation », estime Jorge Munoz, directeur de conférence à l’UBO.

La période s’arrête en 1996 parce que c’est la date des premiers dispositifs de sécurité individuelle mis en place, comme le dosimètre (instrument de mesure de radioactivité). Le panel d’environ 150 personnes a été recensé au préalable par l’association des Irradiés de l’Île Longue, essentiellement grâce au bouche-à-oreille.

« Il faut ajouter les données, quand elles sont exploitables, de 45 personnes décédées, qui ont aussi travaillé à cette période », complète Annie Thiébaud-Mony, directrice de recherche du Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers professionnels (Giscop). Les données seront collectées du mois de mai au mois d’octobre.

Un meilleur suivi post-professionnel

Cette étude doit d’abord permettre de recouper des informations précises et les impacts des rayons ioniques sur la santé des travailleurs exposés. « On sait que ça implique des leucémies, des cancers, des problèmes cardio-vasculaires, des atteintes aux systèmes immunitaires et reproductifs, livre Annie Thiébaud-Mony. Mais une étude permettra de systématiser ces impacts pour la première fois. C’est surtout le moyen de briser l’invisibilité des victimes ».

En outre, l’étude devra servir de base pour améliorer le suivi post-professionnel ionique. « Les anciens salariés ne savent pas tous qu’ils peuvent bénéficier de ce système. Et ceux qui le savent doivent presque supplier pour en bénéficier », regrette Jorge Munoz.

Le dispositif est un droit, mais, pour Annie Thiébaud-Mony, « il devrait être organisé et collectif, comme cela peut se faire pour les travailleurs qui ont été confrontés à l’amiante ».

Les premiers résultats chiffrés sont attendus au mois de décembre.

http://www.letelegramme.fr/

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24 avril 2018 ~ 0 Commentaire

brest migrants (réseau + ldh + of)

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Un homme est mort et nous sommes en colère !

Nous sommes devant des situations de non assistance à personne en danger !

Pour dénoncer cette politique migratoire meurtrière, rassemblons nous devant la sous-préfecture de Brest mercredi 25 avril à 18h (à l’appel de nombreuses organisations dont la liste n’est pas close).

Avec bien d’autres organisations, la Ligue de droits des l’Homme dénonce cette politique migratoire qui nie l’urgence médicale et conduit à des drames humains prévisibles comme celui que nous venons de vivre ce jeudi à Brest.

Abdulla Ramadani avait 56 ans et soufrait d’une maladie chronique grave.

Sa maladie nécessitait des passages réguliers à l’hôpital où il était pris en charge par le service d’hémodialyse du CHU de Brest. Mais bien que demandeur d’asile albano-bulgare, l’État français ne lui a proposé aucune solution d’hébergement quand il n’était plus hospitalisé.

Depuis le 16 mars, il passait ses nuits dehors, en totale contre indication avec son état de santé. Abdulla est décédé jeudi dernier d’insuffisance respiratoire. Il s’agit là du décès prématuré d’un malade angoissé et épuisé par ses conditions de vie.

Tous les signaux d’alarme avaient pourtant été tirés

Pourtant, depuis le 16 mars, 7 certificats médicaux ont été rédigés pour sa mise à l’abri d’urgence. Les services sociaux du Conseil départemental, le Phare, le centre accueil précarité et le service d’hémodialyse sont intervenus auprès des services de préfecture pour l’alerter sur l’urgence d’un hébergement.

Rien n’y a fait pendant un mois, et ça n’est que jeudi que l’État a enfin permis à Abdulla d’intégrer l’HUDA (Hébergement d’urgence pour les demandeurs d’asile). Il est mort dans les heures qui ont suivi. Abdulla est le premier migrant à décéder dans les rues de notre ville. Et si la politique d’accueil et de prise en charge de la préfecture du Finistère ne change pas, il y en aura fatalement d’autres.

Une négation de l’urgence médicale

En effet, on constate sur le terrain que les certificats médicaux sont de moins en moins pris en compte par les services de la préfecture. Aucun de ces certificats n’a été pris en compte pour permettre un hébergement depuis le début l’année ! Or, ces certificats de vulnérabilité établis par le corps médical sont le fondement même des mises à l’abri d’urgence. Nous sommes devant des situations de non assistance à personne en danger !

Facebook: Réseau du Pays de Brest pour l’accueil des Migrants dans la dignité

ldh

Lire aussi:

Le demandeur d’asile décédé à Brest a-t-il été bien suivi? (OF)

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24 avril 2018 ~ 0 Commentaire

« manifeste » (npa)

« Manifeste » du Parisien : le racisme n’a rien à faire dans la lutte contre l’antisémitisme

Une ignominie. Difficile de qualifier par un autre terme le « Manifeste contre le nouvel antisé- mitisme » publié dans le Parisien le dimanche 22 avril. Un texte qui réussit le sinistre exploit, au nom de la légitime lutte contre un racisme avéré, de mettre en concurrence les victimes du racisme, de stigmatiser les MusulmanEs et de recueillir, parmi les plus de 250 signatures annoncées, celles de racistes, xénophobes et/ou islamophobes patentés.

La lutte contre l’antisémitisme est une question trop importante pour être laissée aux racistes : telle pourrait être la morale, à première vue paradoxale, qu’inspire l’appel publié par le Parisien. Car si l’antisémitisme est un fléau qui, de l’attaque de l’école Ozar Hatorah à Toulouse à la prise d’otages sanglante de l’Hyper cacher de la porte de Vincennes, peut aller jusqu’à tuer, ou figurer parmi les causes de violences ou brimades commises contre des personnes identifiées comme juives, il est illusoire et même dangereux de penser qu’il pourrait être combattu par des initiatives telles que ce « manifeste ».

Hiérarchie des racismes

« La dénonciation de l’islamophobie, qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre, dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. » Par cette phrase, l’appel assume une posture de division et de mise en concurrence des racismes. Une posture à laquelle il est inutile de répondre en se lançant dans une bataille des chiffres, qui reviendrait à participer à cette mise en concurrence, et à nier cette vérité pourtant évidente : les racismes, qu’ils soient anti-rom, anti-juif, anti-noir, anti-arabe, anti-musulman, se nourrissent et se renforcent entre eux, tant ils sont partie prenante d’une même vision du monde faite de séparation, de classement, d’oppression, d’exclusion.

En hiérarchisant les racismes, au moyen de comparaisons chiffrées et de formules outrancières (« une épuration ethnique à bas bruit »), le « Manifeste » hiérarchise de facto les luttes antiracistes, en laissant entendre qu’il y aurait un racisme principal et des racismes secondaires, et que la lutte contre le premier justifierait de relativiser les seconds, voire de les nier, ou même de les justifier.

Ainsi que l’a souligné Dominique Vidal dans une réponse à l’appel, publiée sur Mediapart1, « hiérarchiser les racismes, c’est tomber dans le racisme. Et hiérarchiser le combat contre le racisme, c’est le saboter. » On comprend dès lors pourquoi on retrouve parmi les signataires, entre autres, Nicolas Sarkozy2, Manuel Valls3, Laurent Wauquiez4, Christian Estrosi5, Éric Ciotti6 ou Alain Finkielkraut7, qui auraient très probablement éprouvé les pires difficultés à signer une tribune dénonçant à égalité toutes les formes de racisme.

Stigmatisation des MusulmanEs

Et ce n’est pas tout. Le « Manifeste » a sa logique propre, qui ne se limite pas à contester le statut de victimes aux MusulmanEs, mais qui les rend en outre responsables du « nouvel antisémitisme ».

Dans la dernière partie du texte, on découvre ainsi une interpellation de « l’Islam de France », sans plus de précision, sommé d’ « ouvrir la voie » dans le combat contre l’antisémitisme. Com- me l’a relevé Claude Askolovitch dans une critique au vitriol de l’appel publiée sur Slate.fr8, « le manifeste rend [ainsi] responsable chaque musulman de la violence de quelques-uns ». Difficile en effet, devant une telle interpellation, de ne pas avoir la désagréable impression que, sous couvert de dénonciation du djihadisme, les signataires de l’appel considèrent que les MusulmanEs sont davantage comptables de l’antisémitisme que le reste de la population…

L’antisémitisme de l’extrême droite est d’ailleurs à peine évoqué, sans même parler des tentatives de réhabilitation de Maurras et Céline, ou du révisionnisme d’un Éric Zemmour défendant la thèse selon laquelle Vichy aurait protégé les Juifs français.

La gauche radicale est, en revanche, directement attaquée : elle aurait « trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société ». Un amalgame lamentable, que nous avions récemment eu l’occasion de dénoncer après les déclarations du président du CRIF lors de la « marche blanche » en hommage à Mireille Knoll9. Une confirmation que ce « Manifeste », quelles que soient les intentions de certainEs de ses signataires, s’inscrit dans des logiques instrumentales, identitaires et exclusives, celles-là même qui forment la matrice de tous les racismes, y compris l’antisémitisme, et renforce les phénomènes qu’il prétend combattre.

L’antiracisme ne se divise pas 

L’antisémitisme est une gangrène, un poison mortel qu’il est indispensable de combattre au quotidien, en ne cédant jamais le moindre pouce de terrain aux tenants de la haine des Juifs, qu’ils appartiennent à l’extrême droite « classique » ou qu’ils se revendiquent des idéologies djihadistes. Et l’on ne réaffirmera jamais assez la nécessité de lutter contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, d’où qu’elles viennent, a fortiori dans un contexte national et international où les courants ultra réactionnaires sont en pleine expansion, quand ils ne par- ticipent pas directement à l’exercice du pouvoir. L’exemple de Viktor Orban en Hongrie, qui vomit à la fois sa haine antisémite et sa haine islamophobe, est malheureusement éloquent, et inquiétant.

Ce nécessaire combat ne peut toutefois s’accommoder des tentatives de récupé- ration et d’instrumentalisation politiciennes, qui non seulement donnent souvent lieu à des amalgames scandaleux et à un racisme à rebours mais qui, par là même, dénaturent et desservent profondément la lutte contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme. Lorsque l’on sait que quelques heures après la publication du « Manifeste », l’un de ses signataires, André Bercoff, se félicitait sur Twitter10 de l’opération anti-migrantEs menée par Génération identitaire au col de l’Échelle, on mesure à quel point la tribune publiée dans le Parisien n’a rien à voir avec l’antiracisme qui, pour pouvoir réellement faire reculer les idéologies et les politiques oppressives et discriminatoires, sans évidemment nier les spécificités propres à chaque forme de racisme, ne peut se laisser diviser.

Julien Salingue Lundi 23 avril 2018

https://npa2009.org/

Lire aussi:

Nonna Mayer : « Combattre l’antisémitisme exige de cibler différemment actes et opinions » (LNML)

 

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23 avril 2018 ~ 0 Commentaire

gauche (les inrocks)

caviar
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Comment la gauche s’est embourgeoisée: “Trump a de très bonnes chances d’être réélu en 2020”

Pour l’essayiste américain Thomas Frank, collaborateur régulier au Monde diplomatique, ce “déni” est caractéristique des “faiblesses du Parti Démocrate, dont l’incapacité à aborder la question sociale n’est pas accidentelle”, nous explique-t-il dans un café parisien. C’est l’objet de son livre aujourd’hui traduit en France, Pourquoi les riches votent à gauche (éd. Agone), qui analyse comment le “parti du peuple” a sciemment rompu ses liens avec les travailleurs pour devenir un deuxième parti “pro-business”, plébiscité par les professionnels blancs de la classe moyenne supérieure. “Le Parti Démocrate doit se demander qui il est, or pour l’instant il ne fait que dénoncer constamment la présidence Trump, et prétend que l’élection a été truquée, sans jamais se remettre en cause. Si bien que selon moi, malheureusement, Trump a de très bonnes chances d’être réélu en 2020”, déplore l’essayiste.

Qu’est-ce que le Parti démocrate aujourd’hui ? Hillary Clinton est celle qui l’a peut-être le mieux résumé, bien qu’involontairement, lors d’un voyage en Inde après la présidentielle : “Je l’ai emporté dans des endroits qui représentent deux tiers du produit intérieur brut américain”. C’est cet inversement de la base électorale du parti de Franklin Roosevelt, l’instigateur du New Deal, qui travaille Thomas Frank. “Les démocrates sont toujours un parti de classe. D’ailleurs, ils témoignent d’une sollicitude admirable pour les intérêts de la classe qu’ils représentent”, souligne-t-il avec une ironie mordante.

L’adieu au peuple de la gauche

L’origine de cet abandon de la lutte contre les inégalités économiques et sociales remonte selon lui aux années post-68. “Les démocrates ont cessé d’être le parti du peuple depuis les années 60 : ils ont cru que le futur reposait entre les mains des jeunes opposants à la guerre du Vietnam, les hippies sortis des grandes universités comme Bill Clinton, et ils ont viré les syndicats du parti. A partir de là, le Parti Démocrate est devenu le parti de la classe profes-sionnelle, dont le but est la redistribution de la richesse entre les 10% les plus riches de la population”, affirme l’auteur.

Pourquoi la gauche a gouverné si peu, et déçu si vite

Les démocrates ne se sont pas cachés de ce revirement idéologique, ils l’ont même théorisé ouvertement dans “Changing Sources of Power”, publié en 1971 par le stratège démocrate Frederick Dutton. La trahison des clercs démocrates trouve conjointement sa source dans un think-tank qui a fini par imposer sa ligne, le Democratic Leadership Council (DLC), dont sont issus notamment Bill Clinton et Al Gore.

Pour ce groupe, il convenait de négliger la classe ouvrière en déclin, au bénéfice d’“une classe de la connaissance émergente” vouée à peser de plus en plus démographiquement. Toute ressemblance avec le fameux rapport de Terra Nova (think-tank proche du PS) en 2011, signant définitivement le divorce entre la gauche social-démocrate et les catégories populaires, serait purement fortuite.

Technocratie et dégoût pour la politique partisane

Le Parti Démocrate devient donc celui de l’“establishment”, des professions indépendantes, blanches, aisées et libérales sur les questions sociales, et abandonne tout volontarisme dans le domaine de l’égalité salariale. En 2008 déjà, Barack Obama lève plus de fonds pour sa campagne à Wall Street que son adversaire républicain. Et pour cause : cette coalition de technocrates méprise le conflit, a fortiori la lutte des classes, tandis qu’elle célèbre les vertus de la mondialisation et de la méritocratie, cette doctrine qui “se soucie des vainqueurs et que chacun ait une chance de devenir un vainqueur” selon Thomas Frank.

Celui-ci dénigre cet entre soi élitiste, d’autant plus qu’“un statut social élevé n’est pas néces- sairement la preuve d’une pensée créative ou originale”. Il rejoint en cela le philosophe Alain Denaut, qui décrivait dans La Médiocratie la révolution silencieuse par laquelle une élite acquise au libre-échange a imposé son hégémonie culturelle.

On reconnaît aussi dans le livre de Thomas Frank un attachement au populisme de gauche, rooseveltien et égalitaire, qui n’est pas sans rappeler la théorie de la philosophe Chantal Mouffe, appelant à conflictualiser le débat pour sauver la démocratie, dans L’Illusion du consensus. Thomas Frank voit d’ailleurs en Bernie Sanders, qu’il a rencontré, un continuateur de “la tradition populiste” et “le symbole vivant de ce que les démocrates représentaient”. Il pourfend en contrepoint le “dégoût bien connu des professionnels pour la politique partisane, et leur foi en ce qu’ils considèrent comme des solutions apolitiques”.

“Masochisme politique”

C’est bien de cette maladie du centre mou, et du séparatisme social qui en découle, que la gauche se meurt selon lui et pas seulement aux Etats-Unis. En Europe, elle nourrit le “faux populisme” de droite, qui n’a plus qu’à récolter les fruits de cette incurie politique en donnant voix à la frustration économique des classes populaires. Voilà comment la gauche s’embour- geoise, tandis que la droite se prolétarise.

L’auteur en a fait l’amer bilan dans un précédent livre, Pourquoi les pauvres votent à droite, analysant le “masochisme politique” qui poussait les ouvriers de son Kansas natal (un des Etats les plus pauvres des Etats-Unis) à voter conservateurs.

Le Brexit s’inscrit dans la même logique. Dans le Yorkshire, qui est l’équivalent du Kan- sas, les gens ont voté pour le Brexit [à 58%, ndlr], non pas parce qu’ils sont riches, mais parce qu’ils sont pauvres !”, martèle-t-il. Là encore, les dirigeants de la social-démocratie europé- enne, qui avaient largement milité contre, ont eu du mal à comprendre cette manifestation de colère populaire. Comme l’écrit Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, dans sa préface, c’est ce qui arrive quand le progressisme politique n’est plus qu’une “disposition culturelle, un charabia compassionnel” : il “devient indexé au prix du mètre carré et il ne se soucie plus du tout de loyers à bon marché”.

Dans “Pourquoi les riches votent à gauche”, l’essayiste américain Thomas Frank analyse comment le Parti Démocrate a délaissé les classes populaires au profit de populations aisées et cultivées. Un réquisitoire qui pourrait aussi bien s’appliquer à la social-démocratie française. La défaite spectaculaire d’Hillary Clinton face à Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016, conjuguée à la percée inopinée du challenger “socialiste” (le mot fait frémir les Yankees) Bernie Sanders à la primaire démocrate, auraient pu être l’occasion d’une autocritique radicale pour le Parti Démocrate. Au lieu de cela, elles n’ont suscité que les imprécations outrées de la candidate déchue contre les fake news russes (une plainte a d’ailleurs été déposée le 20 avril par le Comité national démocrate), la misogynie des hommes et les pulsions racistes du bas-peuple, ce “panier de gens pitoyables” (sic).

Mathieu Dejean 23/04/18 12h43
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Pourquoi les riches votent à gauche, de Thomas Frank, préface de Serge Halimi, éd. Agone, 456 p., 25€
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23 avril 2018 ~ 0 Commentaire

argent magique (attac)

macron

« L’argent magique » de Macron, pour les riches seulement

Mis en difficulté par une infirmière qui l’interpellait au sujet du manque de moyens dans son hôpital, Emmanuel Macron a fini par répliquer qu’il n’y avait pas d’« argent magique ».

C’est doublement faux !

Dans le budget de 2018, le premier de sa présidence, Emmanuel Macron a su trouver 17 milliards d’euros d’argent public pour baisser les impôts des entreprises et 7 milliards pour les ménages les plus fortunés, dont la moitié en supprimant l’ISF.

Maintenant que cet argent a été distribué au plus riches et aux multinationales, Emmanuel Macron et son gouvernement se servent des habituels prétextes de la dette et des déficits pour réduire les dépenses publiques, dans les hôpitaux, les écoles, les universités, les Ehpad, les prisons, alors que les besoins en personnel et investissements sont criants.

Si les déficits et la dette ont flambé ces trente derrières années, c’est que les recettes publi- ques ont été progressivement érodées par les politiques libérales, les cadeaux fiscaux, l’éva- sion et la concurrence fiscales. Derrière le sempiternel besoin de « modernisation de l’écono- mie » Emmanuel Macron veut parachever le rêve des néolibéraux en cassant ce qu’il reste de la solidarité et des services publics pour tout soumettre à la loi de la rentabilité. Emmanuel Macron est en réalité le triste héritier de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher dont les politiques désastreuses ont fini par nous apporter Trump et le Brexit.

Mobilisons-nous pour récupérer l’« argent magique » caché par Macron !

Attac a dressé une liste, non exhaustive, de l’« argent magique » [1] qu’Emmanuel Macron ignore délibérément :

  • Lutter efficacement contre l’évasion fiscale en allant bien plus loin que les timides mesures de la loi « petite fraude » qui oublie l’évasion fiscale des plus riches et des multinationales = jusqu’à 80 milliards d’euros par an ;
  • Taxer l’ensemble des transactions financières pour réduire la spéculation boursière = jusqu’à 36 milliards d’euros par an ;
  • Remettre en cause des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises prévus par le budget Macron de 2018 = 24 milliards d’euros par an ;
  • Supprimer les niches fiscales les plus injustes et inefficaces, en particulier le Pacte de responsabilité et le CICE qui ont augmenté les profits des entreprises mais n’ont jamais créé le million d’emplois promis par le Medef = 50 milliards d’euros par an ;
  • Supprimer des subventions directes et indirectes aux énergies fossiles, indispensable pour réduire les émissions de CO2 = 10 milliards d’euros par an.

Ces mesures permettraient de sauvegarder nos services publics de plus en plus menacés et d’engager la nécessaire transition sociale et écologique de nos économies. Elles pourraient être mises en œuvre par un gouvernement volontariste, poussé par les citoyen.ne.s, associations, mouvements et syndicats.

Attac France, 18 avril 2018

Notes:

[1] Pour une analyse détaillée, lisez le Rapport « rendez l’argent »

argentmagiquemacron-attacavril2018.pdf

https://www.anti-k.org/

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23 avril 2018 ~ 0 Commentaire

carhaix salah hamouri (ouest france)

salalh

Un prisonnier politique bientôt citoyen d’honneur de Carhaix ?

Jean-Pierre Jeudy a évoqué, lors du rassemblement pour la Palestine, samedi 21 avril à Carhaix, la volonté de la Ville d’octroyer un titre honorifique à l’avocat franco-palestinien, Salah Hamouri.

Samedi 21 avril, lors d’un rassemblement pour la Palestine à Carhaix (Finistère) auquel cent personnes ont participé, a été évoquée la volonté de la Ville d’octroyer un titre honorifique à l’avocat franco-palestinien, Salah Hamouri. Comme une impression de prêcher pour des convaincus. Mais parce qu’ils «ne peuvent pas renoncer», sans quoi la situation serait «pire », ils persévèrent.

Quatorze organisations politiques, syndicales et associatives ont appelé, samedi 21 avril, à Carhaix (Finistère), à un nouveau rassemblement pour la Palestine au-dessus duquel les ombres de ses prisonniers politiques n’ont cessé de planer.

Chaque représentant a tenu une allocution, brève et consensuelle, place des Droits-de-l’Hom- me. Tout un symbole pour la centaine de personnes venue réclamer « justice » pour le peuple palestinien, dont « chaque jour » les « droits fondamentaux sont bafoués », martèle Jean-Pierre Jeudy, président de l’antenne Centre-Bretagne de l’association France-Palestine Solidarité (AFPS).

Un prisonnier bientôt citoyen d’honneur de Carhaix ?

Le symbole, c’est bien ce qui caractérise ce rendez-vous devenu hebdomadaire auquel la municipalité de Carhaix s’est associée. En témoigne la présence de plusieurs édiles, dont le maire, Christian Troadec. Plus qu’une présence, il a été révélé leur intention de proposer au conseil municipal du 24 avril d’octroyer à l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, emprison- né « pour des raisons que l’on ignore », le titre de citoyen d’honneur de la Ville de Carhaix.

Un « geste fort » applaudi par tous. « On s’est battu à juste titre pour la libération de Loup Bureau en Turquie. On doit faire de même pour Salah Hamouri », appelle Jean-Pierre Jeudy, selon qui le droit international « n’est pas à géométrie variable ».

Renforcer le moral

Des initiatives symboliques à leur petite échelle, certes, mais « qui font tache d’huile », assure Claude Léostic, membre de l’AFPS. Et s’ils se réunissent pour que « le gouvernement fran- çais prenne enfin la mesure de notre colère et entende nos revendications », l’utilité est aussi pour eux. Il s’agit d’un moment galvanisant pour « garder le moral » et « renforcer notre cohésion ». Malgré « la répression du gouvernement israélien, conclut la membre de l’AFPS, avant d’entamer une marche, les Palestiniens ne fléchiront pas ». Et eux non plus.

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22 avril 2018 ~ 0 Commentaire

traon bihan chaîne (le télégramme)

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Ferme bio de Traon Bihan. Chaîne humaine sur les terres perdues

La mobilisation continue autour des terres agricoles de la ferme bio de Traon Bihan. Une chaîne humaine s’est constituée dimanche après-midi sur les terres récupérées et en cours d’aménagement depuis janvier.

Sept hectares de moins sur les 70 que comptait la ferme bio de Brest ! Et une dizaine d’autres menacés de disparition au profit d’une urbanisation décidée de longue date. Un processus de compensation a bien été ouvert mais il tarde à aboutir sur des propositions concrètes.

« Nous avons besoin de ces terres pour travailler et pour continuer à faire de l’agri- culture biologique. Même si on acceptera les terres que l’on nous proposera en compen-sation et que l’on repartira à zéro s’il le faut pour continuer à faire du bio en ville. Mais quel dommage de voir partir cette prairie où venaient brouter nos vaches ! ». Valérie Lazennec et Philippe Nicol ont accueilli avec émotion, hier midi, une grosse centaine de sympathisants portés par le collectif pour le maintien de la ferme bio de Traon Bihan.
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« La ville de Brest veut étendre le bio sur son territoire et dans les cantines et diminue en parallèle la surface exploitable d’une ferme familiale bio qui travaille et produit de manière exemplaire depuis 1998. On enlève de la terre bio exploitée pour créer un écoquartier ! Incompréhensible », entendait-on dans l’après-midi.Ironie du sort supplémentaire, le terrain récupéré et aménagé est situé entre la ferme et la cuisine centrale où sont préparés les desserts bio pour les écoles de la ville (avec les produits fournis par Traon Bihan).
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Ultra-court

Du bio, du circuit court, voire ultra-court, une exploitation à taille humaine, un fonctionnement familial… Pourquoi casser une surface de terres bio aussi précieuse en plein territoire urbain ? L’incompréhension est encore de mise autour de la ferme qui reste mobilisée et dont l’écho résonne partout en France, sans même pousser jusqu’à Notre-Dame-des-Landes où s’inventent de nouveaux rapports à la terre et du vivre ensemble.

Vague de fond

Dimanche au Vern, on ne venait pas seulement défendre la seule ferme de Traon Bihan qui veut continuer d’exploiter des terres bio en ville mais tout un modèle de production agricole pour ne pas dire un modèle de société. Alors dimanche, on a sorti les nappes pour pique-niquer, on a salué les vaches le museau dans l’herbe grasse d’avril, on s’est tenu la main, agrandi le cercle et rappelé ce qui aujourd’hui résonne comme une évidence face à d’autres « logiques » de production agricole.

  23 avril 2018 Stéphane Jézéquel
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21 avril 2018 ~ 0 Commentaire

daniel tanuro (anti-k)

 colapase

Daniel  Tanuro: L’effondrement des sociétés humaines est-il inévitable ?

La « collapsologie » et l’écosocialisme présentent certains points communs mais aussi de sérieuses différences. Il faut souhaiter que le débat permette de les aplanir, ou à défaut de les clarifier. C’est dans cet esprit que cette contribution est écrite. Nous sommes d’accord sur un point important : il ne s’agit pas d’une crise, au sens où on parle d’une crise économique ou d’une crise de foie, c’est-à-dire de phénomènes passagers. Ce à quoi nous sommes confron- tés est infiniment plus grave.

Mais l’avenir reste ouvert, malgré tout. C’est la lutte qui est à l’ordre du jour, pas la résignation endeuillée.

Selon le programme international géosphère-biosphère, la soutenabilité de la civilisation humaine dépend de neuf paramètres écologiques. On définit pour chacun une frontière de dangerosité à ne pas franchir. La reconstitution en cours de la couche d’ozone est le seul point positif. La frontière est inconnue pour deux paramètres. Elle est franchie pour trois des six autres : le déclin de la biodiversité, la perturbation du cycle de l’azote et la concentration atmosphérique en gaz à effet de serre.

Contentons-nous d’une indication concernant le changement climatique 

Les scientifiques situent entre +1°C et +4°C (par rapport à l’ère préindustrielle) le point de basculement au-delà duquel la calotte glaciaire du Groenland se disloquera, entraînant in fine une hausse de sept mètre du niveau des océans. Depuis 2016, le réchauffement est supérieur à 1°C ; nous sommes donc dans la zone dangereuse. De toute manière, sans mesures dras- tiques, une hausse de 60 à 80cm du niveau des océans est fort probable dans les prochaines décennies. Plusieurs centaines de millions de personnes seront alors contraintes de déménager.

Nous ne serions pas dans cette situation tragique si de sérieuses réductions des émissions de gaz à effet de serre avaient été décidées dans le sillage de la Conférence de Rio, en 1992.

Mais les émissions ont augmenté plus vite que jamais. Un record a même été battu en 2017 : 3,7% de hausse ! Au rythme actuel, le budget carbone donnant deux chances sur trois de ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement sera épuisé en 2030 ; celui de 2°C le sera en 2050.

Les « collapsologues » en concluent qu’un effondrement est inévitable et qu’il a déjà commencé [2]. Ils s’inscrivent dans l’analyse de Jared Diamond : la société scie la branche environnementale sur laquelle elle est assise ; elle s’effondrera par conséquent, comme se sont effondrées d’autres sociétés humaines dans le passé (l’île de Pâques, les Mayas, etc.) [3].

Qu’est-ce que cela signifie ? Il ne s’agit pas simplement de l’effondrement d’une structure politico-étatique, comme ce fut le cas avec la chute de l’empire romain, mais d’un « écocide », entraînant le dépassement de la « capacité de charge » et la disparition d’une grande partie de la population, voire de la majorité de celle-ci. Le succès de cette thèse a été assuré par la métaphore de l’île de Pâques. Selon Diamond, les Pascuans se seraient multipliés jusqu’à être 30 000. Ils auraient détruit l’écosystème en coupant les grands palmiers pour déplacer leurs statues, de sorte que 4/5e de la population aurait disparu. La planète d’aujourd’hui serait dans la même situation. Un effondrement global serait sur le point de se produire.

C’est cette vision que reprennent Pablo Servigne et Raphaël Stevens. Seulement, les choses ne se sont pas du tout passées comme ça à l’île de Pâques. Il est maintenant bien établi que les Pascuans n’ont jamais été plus de 3 500. Les grands palmiers auraient disparu suite à la prolifération de rongeurs importés par les Polynésiens. Le mystère de l’arrêt de la production des statues s’explique par des facteurs sociaux. Le coup de grâce à la civilisation pascuane a été porté par une cause extérieure : les raids esclavagistes, qui ont décimé la population.

Des spécialistes des différents cas cités par Diamond se sont associé.e.s pour produire un livre collectif tout à fait remarquable : Questioning Collapse [4]. Il s’agit d’un ouvrage scientifique, pas d’un livre grand public ; il n’a donc pas eu le retentissement de Effon- drement. Mais pourquoi des scientifiques comme Pablo Servigne et Raphaël Stevens continu- ent-ils à citer Diamond ? Pourquoi ne mentionnent-ils pas Questioning Collapse, qui conclut que la thèse de l’effondrement environnemental des sociétés du passé n’a aucun fondement ?

Ils pourraient le faire parce que, s’agissant du présent, les « collapsologues » ont tout à fait raison : la destruction environnementale fait planer une menace réelle d’effon- drement. Les écosocialistes partagent entièrement cette inquiétude. Par contre, nous sommes en profond désaccord avec la manière résignée de considérer l’effondrement comme un événement à accepter parce qu’il serait inévitable. Pablo Servigne déclare dans une interview que cette inévitabilité se base sur un « faisceau de preuves scientifiques » [5]. Cette affir-mation est extrêmement contestable.

En vérité, quand des spécialistes de la menace environnementale sortent du strict exposé des faits, deux grandes orientations apparaissent.

La première est celle de chercheur.e.s pour qui la croissance est une vache sacrée. Ils croient que des technologies miracles permettront d’éviter la catastrophe, sans rien changer au sys- tème économique. Cette orientation est nettement majoritaire. Dans le 5e rapport du GIEC (qui fait la synthèse des travaux existants), plus de 90% des scénarios visant à rester sous 2°C de réchauffement sont basés sur l’hypothèse d’un déploiement massif de la bio-énergie avec capture et séquestration du carbone (une forme de géo-ingénierie pleine de risques écologiques et sociaux).

La seconde orientation, très minoritaire, émane de chercheur.e.s pour qui la croissance est une calamité mais qui imputent la responsabilité de la catastrophe au genre humain. La technologie et la production sociale, selon eux, seraient productivistes par définition. L’idée que la société actuelle va droit dans le mur parce qu’elle a pour but le profit de capitalistes qui se battent pour des parts de marché ne les effleure même pas. Du coup, réduire la population est pour ces gens la seule solution. Certain.e.s disent carrément que la Terre est malade de l’humanité. La disparition du genre humain leur semble plus facile à imaginer que celle du capitalisme, qui n’existe pourtant que depuis deux cents ans…

D’une manière générale, ces deux orientations ont en commun de faire comme si les rapports sociaux de la société capitaliste relevaient de lois naturelles.

Or, au lieu de critiquer « la Science » sur ce point, les « collapsologues » l’imitent. Dans l’inter- view citée plus haut, Pablo Servigne explique que l’effondrement est inévitable parce que « no- tre société est basée à la fois sur les énergies fossiles et sur le système-dette » : « pour fonctionner, elle a besoin de toujours plus de croissance », or « sans énergies fossiles, il n’y a plus de croissance », « donc les dettes ne seront jamais remboursées », donc « tout notre système socio-économique va s’effondrer », dit-il. La même analyse est développée dans l’ouvrage écrit avec Stevens.

Or, on ne peut pas mélanger ainsi les pommes des combustibles fossiles et les poires de la dette ! Les entreprises fossiles et leurs actionnaires ne veulent pas arrêter d’exploiter les stocks fossiles parce que cela ferait éclater une bulle financière, OK. Mais cette bulle est composée de capitaux fictifs. C’est le produit de la spéculation. Cela n’a rien à voir avec le monde physique. Aucune loi naturelle ne dit que la facture de l’éclatement de la bulle de carbone doit être payée par le reste de la société.

Aucune loi naturelle ne dit donc que cet éclatement doit faire s’effondrer la popu- lation mondiale. Aucune loi naturelle ne dit non plus que la seule manière d’échapper à cette menace est de « faire son deuil » et de se retirer à la campagne pour fonder de petites com- munautés résilientes (des expériences intéressantes par ailleurs, ce n’est pas le débat). Que les actionnaires paient les frais de leur gabegie, et le problème de la dette sera résolu.

Plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre est attribuable aux dix pour cent les plus riches de la population mondiale. Autrement dit : plus de la moitié de l’éner- gie consommée vise à satisfaire les besoins des riches. Ajoutons l’énergie gaspillée à fabriquer des armes (pour défendre les intérêts des riches) et des produits à obsolescence programmée (pour augmenter les profits des riches), ainsi que le gaspillage de près de la moitié de la pro- duction alimentaire mondiale (dû surtout à la course au profit instituée par les riches) et l’ana- lyse change du tout au tout.

La situation est gravissime ? Oui ! Il y a une menace d’effondrement ? Oui. Mais cette issue n’est pas du tout « inévitable ». Elle risque de devenir inévitable si nous n’imposons pas des réponses anticapitalistes. Nuance ! Les pratiques communautaires alternatives, par conséquent, doivent s’articuler sur une stratégie sociale et sur des luttes anticapitalistes, notamment pour bloquer les projets d’expansion du capital fossile.

En refusant de tirer cette conclusion simple, les collapsologues se mettent sur un terrain très glissant : celui de la résignation fataliste face au risque de voir des centaines de millions d’êtres humains payer de leur vie la destruction de l’environnement par la folie de croissance du capital. Dans leur ouvrage, Servigne et Stevens évoquent sans aucune distance critique des pronostics d’effondrement de plus de la moitié de la population mondiale. Leur appel fataliste à « accepter le deuil » pourrait donc prendre une signification sinistre.

Ce risque de dérapage découle précisément du fait que la « collapsologie » naturalise les rapports sociaux à la manière des chercheurs partisans de la deuxième orientation évoquée ci-dessus, dont certain.e.s (Diamond par exemple) sont des néo-malthusiens. Les réponses hésitantes de Pablo Servigne au sujet de Malthus sont d’ailleurs significatives : sa grille de lecture « collapsologique » l’empêche de voir que l’auteur du Principe de population n’est pas un écologiste avant l’heure mais l’idéologue cynique de l’élimination des pauvres au profit de l’accumulation par les riches [6].

Dans un second ouvrage (écrit avec Gauthier Chapelle), Pablo Servigne prolonge la réflexion de Kropotkine sur l’entraide dans le monde vivant [7]. C’est un point impor- tant. En particulier, la coopération est une caractéristique d’Homo sapiens en tant qu’animal social. Le capitalisme, qui est basé sur la lutte de tou.te.s contre tou.te.s, est donc un mode de production contre-nature.

Il faut espérer que ce constat permettra aux « collapsologues » de sortir de leur résignation endeuillée. Mais il ne suffit pas d’appeler la biologie à la rescousse. Car la nature humaine n’existe concrètement qu’à travers ses formes historiques. L’entraide vraie, celle qui se manifeste spontanément mais fugitivement dans les catastrophes, ne peut se solidifier que dans l’auto-organisation de la lutte contre la destruction capitaliste.

En fin de compte, pour prendre le dessus, il lui faudra jeter les bases d’une autre société, basée sur la satisfaction des besoins humains réels, démocratiquement et prudemment déterminés dans le respect des écosystèmes. C’est cette lutte et cette forme historique que nous appelons écosocialisme.  Daniel Tanuro

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« Comment tout peut s’effondrer » est le titre d’un ouvrage paru en 2015. Pablo Servigne et Raphaël Stevens, les auteurs, reprenaient la thèse de l’effondrement des sociétés popu- larisée par l’auteur à succès Jared Diamond. Prétendant se limiter au constat d’un effondre- ment inévitable au vu des diagnostics de la science, les deux auteurs créaient le terme de « collapsologie », autrement dit la science de la catastrophe écologique entraînant l’effon-drement de la société humaine. Le terme a eu un certain succès, au point que Le Monde, dans son édition du 14 janvier 2018, a cru pouvoir distinguer la naissance d’une « nouvelle science interdisciplinaire »… Pablo Servigne a bénéficié de nombreuses possibilités médiatiques d’en exposer l’analyse. Voulant en savoir plus et favoriser un débat ouvert sur la « collapsologie » et les « collapsologues », « Moins ! » (un journal d’écologie politique de Suisse romande), a sollicité une contribution de Daniel Tanuro. Tanuro avait déjà proposé une analyse critique de « Comment tout peut s’effondrer », lors de la sortie du livre [1]. Dans le texte ci-dessous (publié avec l’aimable autorisation de la rédaction de « Moins ! »), il approfondit le débat.

Daniel Tanuro vendredi 23 mars 2018

https://www.anti-k.org/

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