La Fondation Daniel Singer a désigné Marwan Barghouti comme lauréat de son Prix du prisonnier de conscience 2025. Nous publions ci-après l’annonce de cette récompense.
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Nickel (Reporterre)
« Le nickel indonésien de nos batteries mène un peuple à l’anéantissement »
En Indonésie, l’exploitation du nickel par un consortium, dont fait partie l’entreprise française Eramet, risque de conduire à l’anéantissement d’un peuple, avertit notre chroniqueuse. Deux membres de ce peuple sont venus protester jusqu’à Paris.
Celia Izoard est autrice et journaliste. Elle est l’autrice de La ruée minière au XXIe siècle — Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (éd. Seuil, 2024) et d’un recueil sur les usines du numérique (La Machine est ton seigneur et ton maître, Xu Lizhi, Yang, Jenny Chan, éd. Agone, 2022). Dans ces nouvelles chroniques, elle explore et divulgue les bas-fonds du capital.
L’extermination d’un peuple n’est pas toujours faite de sang et de hurlements.
Elle peut cohabiter discrètement avec la vie de tous les jours. Se présenter sous une forme assez anodine. Elle peut se manifester par la présence de quelques individus hirsutes mendiant de la nourriture. Ou prendre la forme d’un programme de gestion des milieux naturels, établi par un bureau d’études pour le compte d’une entreprise basée dans le 15e arrondissement de Paris.
En 2019, le groupe français Eramet a commencé à extraire du nickel sur l’île d’Halmahera, en Indonésie, avec des entreprises chinoise (Tsingshan) et indonésienne (Antam). Dans une forêt primaire qu’il est en train d’abattre, le consortium Weda Bay Nickel exploite une concession grande comme quatre fois la ville de Paris.
Des dizaines de kilos de nickel par voiture électrique
Chaque batterie de voiture électrique contient entre 20 et 50 kg de nickel, selon la taille du véhicule. Pour électrifier le parc automobile du seul continent européen, il en faudrait environ 10 millions de tonnes [1], trois fois la production annuelle mondiale de ce métal qui sert aussi à faire de l’inox, des avions et des tanks.
Les principaux gisements de nickel de la planète se trouvent dans la latérite, une roche rouge typique des régions tropicales. Avec la ruée sur les batteries, la production de nickel d’Indonésie a été multipliée par dix en dix ans.
Depuis quelque temps, sur le camp minier d’Eramet, des silhouettes décharnées ont fait leur apparition. Des hommes et femmes, hagards, affamés, surgissent entre les arbres, demandent à manger. Ce sont des Hongana Manyawa, le peuple de chasseurs-cueilleurs qui vit dans la forêt de Tobelo qu’Eramet a commencé à détruire. L’exploitation minière a pollué les cours d’eau où ils buvaient et pêchaient et fait fuir le gibier. La quasi-totalité de la concession d’Eramet (85 %) est sur leur territoire ancestral.
Décalage glaçant
Ces jours-ci, Ngigoro et Dewi, un homme et une femme des communautés de la forêt de Tobelo sont venus à Paris, accompagnés par les associations Survival International et Canopée. Ngigoro et Dewi ont manifesté devant le siège d’Eramet, portant la voix des 3 500 Hongana Manyawa de l’île d’Halmahera, dont environ 500 sont non contactés. Les anthropologues ont appelé ainsi les peuples autochtones qui vivent volontairement isolés de la population majoritaire.
Le fait est tristement connu depuis l’ère des conquistadors en Amazonie : si des membres de ces communautés se retrouvent subitement au milieu d’un camp minier, faute d’être immunisés à des virus dont les nouveaux venus peuvent être porteurs, ils risquent de mourir et de propager la mort parmi les leurs.
Ngigoro et Dewi ont été reçus le 26 novembre par des représentants d’Eramet qui se sont dit « ravis » de les rencontrer. Ngigoro les a suppliés d’arrêter de creuser sur leur territoire : « Si vous continuez à détruire la forêt, dans un an, trois ans tout au plus, mon peuple disparaîtra. » Les représentants d’Eramet ont répondu qu’ils allaient étudier la question.
« J’ai été glacée par le décalage entre la gravité des faits et les dérobades de l’entreprise et des services de l’État », a raconté après l’entrevue Klervi Le Guenic, chargée de campagne de l’association Canopée. D’après la Déclaration des Nations unies sur le droit des peuples autochtones, toute activité sur leurs terres doit recueillir le « consentement libre, informé et préalable » de ses habitants.
Droit de veto
C’est un droit de veto : pas de consentement, pas de mine. Eramet fait valoir que les chasseurs-cueilleurs Hongana Manyawa ne figurent pas sur la liste des peuples autochtones du gouvernement indonésien. Quant aux peuples non contactés, le droit international est clair : « Pas de contact. Toute intervention doit respecter la décision d’isolement des peuples autochtones non contactés ou récemment contactés. »
C’est ce qu’a rappelé en 2025 le groupe d’experts de l’ONU dans un rapport sur les droits des peuples autochtones confrontés à l’extraction de métaux critiques. Il réaffirme le principe « d’interdiction de toute activité minière sur les territoires de peuples non contactés ».
Ces règles sont bien connues d’Eramet, simplement, « l’entreprise nie l’existence de peuples non contactés dans la forêt de Tobelo », rapporte Sophie Grig, directrice de campagne de Survival International pour l’Asie et le Pacifique. Pourtant, leur présence est signalée par plusieurs vidéos tournées sur le site minier.
« L’entreprise a rédigé un protocole de conduite à tenir en cas de rencontre avec ces habitants de la forêt », ajoute Sophie Grig. Enfin, Eramet a commandité et payé une étude à un cabinet étasunien d’anthropologues, Cross Cultural Consulting Services, qui constate leur existence. Un lanceur d’alerte a divulgué ce document qui a été transmis à Reporterre.
En 2013, le cabinet étasunien a rédigé un « Plan de gestion de la forêt de Tobelo » dans le but d’aider Eramet à « obtenir le consentement préalable libre et éclairé des communautés de la forêt de Tobelo ». Les anthropologues y constatent « la difficulté à appliquer ce principe dès lors qu’une proportion importante de la population autochtone refuse d’être contactée. »
Les groupes de l’intérieur de la forêt, écrivent-ils, « semblent vivre en isolement volontaire et éviter tout contact ». Comment faire ? La stratégie proposée par le cabinet est d’acculturer progressivement les Hongana Manyawa : « Weda Bay Nickel devrait promouvoir des formes d’échanges permettant d’enseigner l’économie de marché aux autochtones de la forêt Tobelo. » On se croirait dans un mauvais scénario de film d’explorateurs.
En 2023, une nouvelle expertise de sciences humaines commandée par Eramet préconisait : « Weda Bay Nickel devrait créer une École de la Jungle » pour « enseigner l’économie de marché à la communauté Hongana Manyawa et s’assurer qu’elle interagisse avec le reste du monde ».
Au fond, Eramet n’a pas besoin d’investir dans une école de la jungle. Perdre l’immense forêt de Tobelo qui est leur monde, leur foyer et leur subsistance, venir mendier de la nourriture distribuée dans des petits sachets plastiques, en attendant d’être déplacés ou anéantis : les Hongana Manyawa sont en train d’apprendre l’essentiel des valeurs du marché. La loi de la jungle — la nôtre.
Ngigoro, Dewi, et les porte-parole de Survival International et de Canopée ont été reçus par des représentants de différents ministères et de l’Agence des participations de l’État. Ils ont demandé l’arrêt immédiat des activités minières sur le territoire de ce peuple et sa transformation en sanctuaire (« no go zone ») en application des principes des Nations unies.
Contacté par courriel, le groupe Eramet n’a pas dit à Reporterre comment il comptait empêcher la disparition des Hongana Manyawa, mais assure que « le protocole » mis en place il y a quelques années permet d’entretenir « des relations respectueuses avec les quelques individus contactés qui peuvent vivre ou passer sur ou à proximité de la concession minière ». Eramet a ajouté que Weda Bay Nickel adhère depuis 2022 aux bonnes pratiques de la mine responsable Irma, « le standard reconnu comme étant le plus exigeant du secteur minier à l’échelle internationale ».
Lire aussi :
À cause des voitures électriques, un peuple indonésien risque l’extermination
Honduras (OF)
Présidentielle au Honduras : son candidat ne gagne pas, Donald Trump se fâche
Le président américain Donald Trump a accusé lundi les autorités électorales du Honduras d’« essayer de changer » le résultat de la présidentielle dans ce pays d’Amérique centrale. Deux candidats de droite sont à quasi-égalité, l’entrepreneur Nasry Asfura qu’il soutient, et un présentateur de télévision Salvador Nasralla.
Tel un enfant capricieux, Donald Trump s’est agacé publiquement des résultats de l’élection présidentielle (un seul tour) au Honduras (11 millions d’habitants). Trois jours avant le scrutin de dimanche, le président américain avait appelé à voter pour le candidat de droite, l’homme d’affaires Nasry Asfura, 67 ans.
Mais après le décompte numérique de 57 % des bulletins, la présidente du Conseil national électoral (CNE) a annoncé lundi une « égalité technique » entre le favori de Donald Trump et le présentateur de télévision Salvador Nasralla, de droite aussi. 515 voix les sépareraient. Ana Paola Halla a demandé « de la patience » aux électeurs. Donald Trump, pas réputé pour cette qualité, a fulminé sur son réseau Truth Social : « On dirait que le Honduras est en train d’essayer de changer le résultat de son élection présidentielle. S’ils le font, ils le paieront cher ! ». Avant d’accuser la CNE d’avoir « abruptement cessé de compter » les voix, sans étayer cette affirmation.
L’ingérence de Donald Trump en Amérique Latine
Une certitude cependant, les Honduriens ont clairement sanctionné la gauche qui gouverne depuis 2021 ce pays parmi les plus pauvres d’Amérique latine, miné par la violence des gangs, le trafic de drogue et la corruption. Sa candidate, l’avocate Rixi Moncada, 60 ans, est 20 points derrière ceux de la droite. Elle a dénoncé l’irruption de Donald Trump dans la campagne, déclarant lundi que son soutien à l’ancien maire de Tegucigalpa «a été perçu par la population comme une forme de coercition».
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump, qui a adopté une position interventionniste dans toute l’Amérique latine, n’hésite pas à conditionner l’aide américaine à la bonne volonté des gouvernements et à ses affinités avec leurs dirigeants : les gouvernements conservateurs ont donc le droit à des investissements et des aides (Argentine, Salvador, Equateur…). Pour ceux de gauche (Brésil, Colombie), des sanctions économiques. S’agissant du Honduras, il a assuré que si Asfura « ne remporte pas les élections, les États-Unis ne gaspilleront pas leur argent ».
Raphaël LAURENT
Trump asfixia a Maduro y va un paso más allá en su política intervencionista en Latinoamérica
- Donald Trump advirtió este martes que cualquier país que produzca y trafique droga con destino a EEUU « está sujeto a ataques » y sugiere que podría incluir a Colombia en las operaciones terrestres con las que amenaza a Venezuela.
De Grâce (Le Canard)
Du Liban à Gaza en passant par la Cisjordanie et la Syrie, Tsahal enchaîne raids meurtriers et violations de trêves tandis que le bilan humain explose. Au milieu du fracas, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a une obsession : se faire gracier pour éviter d’être condamné pour corruption.
Semaine ordinaire pour Tsahal, « l’armée la plus morale du monde », comme elle aime à se présenter.
23 novembre au Liban : l’aviation israélienne élimine un des chefs d’état-major du Hezbollah au sud de Beyrouth lors d’un bombardement massif qui fait quatre autres morts et des dizaines de disparus et de blessés sous les décombres. Détail : un cessez-le-feu est théoriquement en vigueur depuis près d’un an.
27 novembre en Cisjordanie : les forces d’occupation mènent un raid à Jénine. Comme le montrent des images de l’AFP, deux Palestiniens sortent d’une maison, soulèvent leurs vêtements pour montrer qu’ils ne portent pas d’explosifs, s’agenouillent, les bras en l’air. Et sont tués par des agents de la police des frontières. Lesquels, brièvement arrêtés, sont remis en liberté. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, applaudit bruyamment sur X. (…)
(Suite sur papier)
2 décembre 2025
Eau (Inprecor)
L’eau est souvent considérée comme allant de soi, lorsque l’on a la chance de la voir couler au robinet. Pourtant, elle est au cœur de la sécurité nationale. Contrôler l’eau signifie contrôler une ressource essentielle qui permet à l’économie de fonctionner et de rester stable. L’eau soutient l’emploi, les entreprises et les moyens de subsistance. Lorsqu’elle est bien gérée, l’économie des pays est plus forte et plus sûre.
Je suis un universitaire spécialisé dans l’étude des fleuves transfrontaliers et les questions de sécurité nationale. Ce domaine de recherche étudie le conflit entre le concept juridique d’égalité souveraine (selon lequel tous les pays sont égaux en droit international) et les droits associés aux cours d’eau et aux délimitations frontalières.
Les conflits autour des fleuves, du Chobe et de l’Orange en Afrique australe au Nil dans le nord, montrent que l’accès à l’eau et le contrôle des sources d’eau peuvent déterminer la stabilité sociale, les migrations, les investissements et même les relations internationales.
Comment les changements fluviaux créent des conflits frontaliers
Un bon exemple est celui de la petite île située sur le fleuve Chobe, entre le Botswana et la Namibie. Cette île est appelée Kasikili au Botswana et Sedudu en Namibie. La question de la propriété de l’île est devenue importante après l’indépendance de la Namibie, qui a porté l’affaire devant la Cour internationale de justice en 1996, affirmant que l’île était son territoire depuis toujours.
La Cour a statué contre la Namibie, invoquant la norme internationale qui reconnaît le thalweg du fleuve comme véritable frontière.
Le thalweg est la partie la plus profonde du lit d’un fleuve. Mais dans les cours d’eau qui évoluent rapidement, ce point le plus profond peut se déplacer au fil du temps, parfois après une seule grande crue. Dans ce cas, l’île se trouvait du côté botswanais du thalweg et appartenait donc au Botswana.
Cette délimitation juridique peut être très contestée, en particulier lorsqu’il s’agit de déterminer quel pays a accès aux ressources minérales des fleuves et de la mer (la délimitation des frontières s’étend jusqu’aux océans au niveau des estuaires).
Un autre exemple est le fleuve Orange, long de 2 200 kilomètres, et plus grand fleuve d’Afrique du Sud. Il traverse quatre pays – le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie – et en 1890, la frontière entre la Namibie et l’Afrique du Sud a été définie comme suivant la rive namibienne du fleuve (la ligne des hautes eaux) plutôt que le thalweg (ligne médiane).
La raison pour laquelle cette délimitation frontalière particulière ignore la norme juridique internationale consistant à utiliser le thalweg remonte à l’époque coloniale. À cette époque, des hostilités existaient entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Les autorités britanniques de la colonie du Cap estimaient qu’il était possible d’empêcher l’installation permanente des Allemands en refusant à l’Afrique du Sud-Ouest allemande l’accès à l’approvisionnement fiable en eau du fleuve Orange.
Cette décision était motivée par la sécurité nationale et la perception d’une menace. Dans mes recherches, j’ai souvent observé ce type de situation.
Comment les frontières hydrauliques affectent la sécurité d’un pays
Le contrôle de l’eau est source de sécurité, qui peut prendre de nombreuses formes. Le contrôle des eaux de crue permet de se prémunir contre les inondations et les noyades. La lutte contre les inondations implique généralement la construction d’un ou plusieurs barrages afin de réduire l’ampleur des crues les plus importantes.
Contrôler l’eau stockée dans les barrages signifie que pendant les périodes de sécheresse, la société disposera toujours d’un approvisionnement en eau et pourra continuer à fonctionner normalement. Le contrôle de l’eau génère donc une sécurité qui permet à la société de prospérer.
C’est également une question très controversée, comme on le voit dans le cas du fleuve Nil. Long de 6 650 km, c’est l’un des plus longs fleuves du monde, qui draine 10 % de l’ensemble du continent africain. Onze États riverains – Burundi, République démocratique du Congo, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Soudan du Sud, Soudan, Tanzanie et Ouganda – se partagent le Nil. Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne est le dernier en date des nombreux points de discorde.
L’Égypte revendique des droits souverains sur le Nil. Mais cela entre en conflit avec les droits souverains de l’Éthiopie, qui a construit le barrage. L’Égypte a accusé l’Éthiopie d’avoir accaparécette ressource. La question est complexe sur le plan juridique et délicate sur le plan politique.
L’eau peut également renforcer la sécurité d’un pays, d’une ville ou d’une village. En 2018, Le Cap, en Afrique du Sud, a frôlé une crise du Day Zero (Jour Zéro) qui a fait la une des journaux internationaux. La ville faisait face à la perspective de se retrouver littéralement à court d’eau. Cela s’est produit parce que l’eau de plusieurs cours d’eaux locaux avait été détournée grâce à des transferts entre bassins versants. Ce qui, combiné à la sécheresse, a rendu la ville vulnérable.
Aujourd’hui, la ville a adopté une stratégie durable qui repose sur deux piliers : le recyclage des eaux usées et le développement d’unités de dessalement de l’eau de mer à l’échelle industrielle.
La sécurité nationale dépend de la sécurité de l’approvisionnement en eau
Les êtres humains sont des migrants par nature, ils se déplaceront donc naturellement des zones peu sûres vers des zones plus sûres. Les migrants apportent avec eux du capital : des compétences humaines et des ressources financières.
La gestion de l’eau doit être basée sur les flux naturels des populations. Les mouvements internes de population en Afrique du Sud étaient autrefois contrôlés par une politique appelée « contrôle des flux migratoires ». Cette politique, considérée comme une violation des droits humains, a été rejetée. Elle était au cœur de la lutte armée pour la libération.
Au cours des quarante dernières années, la population a presque triplé, entraînant une migration incontrôlée des zones rurales vers les villes. Ces migrations ont submergé les infrastructures. L’approvisionnement en eau et l’assainissement n’ont pas suivi le rythme, créant une nouvelle forme de crise de sécurité nationale.
Des capitaux sont nécessaires pour créer des emplois et assurer la stabilité sociale d’une population marquée par les migrations. Mais les investisseurs sont de moins en moins disposés à s’implanter dans des régions submergées par des migrations qui dépassent les capacités des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement.
Nous pouvons ainsi constater que la sécurité nationale dépend de la sécurité de l’approvisionnement en eau, car la stabilité sociale et le bien-être économique sont directement liés aux flux de personnes possédant des compétences et des capitaux. Il est essentiel de considérer l’eau comme un risque pour la sécurité nationale afin de mettre en place les réformes politiques nécessaires pour créer les conditions propices à l’épanouissement des êtres humains. Les capitaux affluent toujours vers les endroits où les gens peuvent s’épanouir. La politique de l’eau soit s’aligner sur cette simple réalité.
2 décembre 2025 Anthony Turton
Marwan Barghouti (L’Huma)
« La Fondation Daniel Singer a désigné Marwan Barghouti comme lauréat de son Prix du prisonnier de conscience 2025. Ce prix est doté de 5 000 dollars.
Marwan Barghouti, surnommé le « Mandela palestinien », a été emprisonné il y a 23 ans sur la base de fausses accusations. Ce leader palestinien a toujours soutenu que la résistance à l’occupation ne saurait justifier des attaques terroristes contre des civils israéliens. Il fut l’un des chefs de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à plaider pour une solution à deux États.
Il est de loin le dirigeant palestinien le plus populaire, et les sondages indiquent qu’il serait élu à la tête de l’Autorité palestinienne s’il était libre. Lors du récent échange de prisonniers avec le Hamas, Benyamin Netanyahou – à la demande de son ministre d’extrême droite, Ben Gvir – a refusé d’inclure Barghouti parmi les 2 000 prisonniers palestiniens libérés. Ils veulent éviter à tout prix la présence d’un dirigeant palestinien qui défend une approche raisonnable du conflit.
Barghouti est l’une des rares, sinon la seule, figure palestinienne capable d’unir le peuple palestinien autour d’une perspective anticoloniale et d’une solution à deux États. C’est pourquoi les ennemis jurés de la paix qui gouvernent Israël refusent aujourd’hui de le libérer.
La Fondation Daniel Singer, créée en mémoire de Daniel Singer, célèbre journaliste et écrivain juif polonais engagé pour un socialisme humaniste et démocratique, exige la libération immédiate de Marwan Barghouti. La Fondation lui décerne son Prix du Prisonnier d’opinion pour protester contre les traitements inhumains qu’il subit et dans l’espoir que son leadership puisse contribuer à faire progresser la cause du peuple palestinien. »
Bouffe (Reporterre)
Le gouvernement efface la limitation des produits ultratransformés de sa stratégie alimentaire
Malgré leurs dangers pour la santé, récemment mis en lumière par 43 chercheurs dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, le gouvernement laisse la voie libre aux produits ultratransformés.
D’après les informations de la cellule investigation de Radio France, la mention « limiter les produits ultratransformés » a été effacée de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), plan censé déterminer « les orientations de la politique de l’alimentation durable ».
Une précédente version du texte, adopté début septembre par le gouvernement de François Bayrou mais jamais publié, contenait cette formule. D’après les informations du média, elle été retirée dans la version finale, publiée le 28 novembre, à la demande du ministère de l’Agricul-ture, avec le soutien du Premier ministre Sébastien Lecornu. Ceux de la Santé et de la Transition écologique auraient tenté de s’opposer en vain.
Un « renoncement politique »
La SNANC ne propose désormais plus, sur ce sujet, que d’aboutir à une « définition opérationnelle » de l’ultratransformation. Il s’agit d’une demande récurrente de l’Association nationale des industries alimentaires (le principal lobby du secteur en France), précise Radio France. L’Ania considère en effet la notion « arbitraire », ce que contestent les spécialistes de la nutrition.
Ces aliments, produits via des processus et des ingrédients industriels, comptent pour environ 80 % de l’offre de la grande distribution. Et la recherche montre que leur consommation est liée à un risque accru de développer des maladies chroniques : obésité, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, dépression… Aux États-Unis, elle serait responsable de 14 % des morts prématurées, toutes causes confondues, souligne la récente analyse de The Lancet.
La suppression de cette mention est « un renoncement politique et un signal inquiétant sur l’emprise des lobbies agroalimentaires sur les politiques de santé », estime une source proche du dossier interrogée par Radio France. Le directeur de la communication de l’Ania, Benjamin Le Sant, a été nommé le 17 novembre conseiller technique en charge de la presse au sein du cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu.
En septembre, déjà, l’objectif de « réduction de la consommation » de viande, présent dans une première version de la SNANC, avait été remplacé par un objectif de « consommation de viande équilibrée ».
Brésil (ESSF)
Lula et Bolsonaro (Lula a tourné à la COP!)
Bolsonaro enfin derrière les barreaux
Le bolsonarisme ne peut être vaincu que par une lutte « à chaud »
Grand jour. Le matin du 22 novembre, la police fédérale a arrêté chez lui l’ancien président génocidaire Jair Bolsonaro, après avoir constaté une tentative de violation de son bracelet électronique.
Un nouveau chapitre s’ouvre dans une conjoncture nationale brésilienne agitée, avec des implications importantes pour l’immédiat et la préparation de la campagne électorale de 2026.
Un revers pour les putschistes
Après les manifestations du 21 septembre [1], Bolsonaro et les putschistes les plus radicaux se sont retrouvés sur la défensive.
L’extrême droite s’est orientée vers un nouveau programme à la suite du massacre perpétré par la police sous l’administration du gouverneur de Rio, Claudio Castro, et de son appel à lutter contre les prétendus « gangs ». La semaine dernière, le Congrès a adopté le projet de loi dit « anti-crime organisé », rédigé par Guilherme Derrite (député de droite et secrétaire à la Sécurité publique de São Paulo), qui a attiré l’attention du pouvoir législatif et tenté de proposer de nouvelles orientations pour le programme national.
Un autre élément a été le recul relatif de Trump, après sa rencontre avec Lula, et la suspension d’une partie des sanctions tarifaires et, pour l’instant, son éloignement du clan Bolsonaro.
L’arrestation de Bolsonaro a affaibli le secteur le plus dur du coup d’État. La tendance est à l’isolement de Bolsonaro et de ses fils, tendance renforcée par la fuite de Ramagem [2] ; l’extrême droite devra accélérer une « sortie du bolsonarisme » pour préserver une chance dans la course à présidentielle de 2026.
D’autre part, un secteur va tenter de s’appuyer sur les contradictions entre Motta et Alcolumbre [respectivement Présidents du l’Assemblée et du Sénat] et le gouvernement fédéral pour relancer le débat sur l’amnistie [des putchistes], ce qui pourrait à nouveau polariser l’agenda de la Chambre.
Une dispute politique
Pour faire face à la situation, il faut immédiatement se polariser sur deux axes :
• Poursuivre le démantèlement du bolsonarisme, sans relâcher la pression après l’emprisonnement de Jair Bolsonaro, mais aussi en avançant sur toute la chaîne des putschistes (financiers, articulateurs économiques et politiques) et en luttant contre toute tentative d’amnistie
• Affronter la discussion sur le problème des « factions ». La solution, contrairement à la caricature du projet de Derrite, ne consiste pas à criminaliser les territoires, mais à lutter contre le crime organisé en costume-cravate, comme l’ont clairement montré l’opération Carbono Oculto et l’emprisonnement du propriétaire de la banque Master.
Affronter l’extrême droite sur tous les terrains
Il faut s’appuyer sur le sentiment de célébration que de nombreux militants ont éprouvé après l’annonce de l’arrestation de Bolsonaro pour poursuivre la lutte politique, sur les réseaux sociaux, dans les rues, dans les structures de la société.
Les exemples ne manquent pas. La lutte des indigènes et des jeunes à la COP-30, dénonçant le capitalisme vert, l’hypocrisie du gouvernement lui-même et la privatisation des fleuves ; l’action de la négritude lors du novembre noir, avec l’acte du 20, la marche des femmes noires à Brasilia et le lancement de la collatérale de la négritude du MES, la Maré Negra.
Seule la lutte « à chaud » peut vaincre le bolsonarisme et préparer le terrain pour la bataille qui suivra, sur le terrain électoral, en 2026.
Israel Dutra mardi 25 novembre 2025
Notes
[1] Alors que la droite et l’extrême droite venaient d’approuver la PEC de l’impunité et ouvrait la voie au vote de l’amnistie aux putschistes de janvier 2023, le 1 septembre, une mobilisation d’ampleur nationale, réunissant des millions dans les principales villes du Brésil, obligeait le Sénat à enterrer le projet [NdT]..
[2] Alexandre Ramagem faisait partie du noyau central de préparation de la tentative de coup d’Etat. Ami personnel de la famille Bolsonaro, il dirigeait jusqu’en 2022 l’ABIN (Agence Brésilienne d’Information, les services secrets brésiliens). En septembre il franchit clandestinement la frontière terrestre entre l’État de Roraima et la Guyane avant de se réfugier à Miami [NdT].
HIV Sida (Le Figaro)
La lutte mondiale subit son «revers le plus important depuis des décennies», selon l’ONU
Dans un rapport publié en amont de la Journée mondiale, l’Onusida alerte sur les conséquences d’une baisse « brutale » des financements internationaux aux programmes de lutte contre le Sida.
Des médicaments moins accessibles, des dispensaires contraints de fermer, des programmes de prévention et de dépistage arrêtés… La riposte mondiale contre le VIH subit « son revers le plus important depuis des décennies », a annoncé mardi l’Onusida dans son rapport 2025, publié en amont de la Journée mondiale de lutte contre le sida le 1er décembre. La crise de l’aide internationale a provoqué une « onde de choc » dans les pays fortement touchés par la maladie et a « plongé la riposte au sida dans la tourmente », avec «des perturbations massives de la prévention du VIH et des services communautaires, en particulier pour les plus vulnérables».
« Derrière chaque donnée de ce rapport se trouvent des personnes – des bébés et des enfants manqués par le dépistage ou le diagnostic précoce du VIH, des jeunes femmes coupées du soutien à la prévention, et des communautés soudainement laissées sans services ni soins. Nous ne pouvons pas les abandonner », plaide dans un communiqué Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida.
« Les coupes sont dramatiques et généralisées »
En cause, les « coupes budgétaires internationales brutales de nombreux donateurs », à commencer par l’arrêt des financements américains en février. Ce désengagement international a « provoqué une onde de choc dans les pays à revenu faible et intermédiaire fortement touchés par le VIH », avec « des conséquences dévastatrices », a déclaré à Genève Winnie Byanyima.
L’Amérique de Donald Trump n’est pas seule en cause, a-t-elle souligné : d’autres grands donateurs ont également considérablement réduit leur aide publique au développement, et l’OCDE estime que l’aide sanitaire extérieure devrait chuter de 30 à 40 % en 2025 par rapport à 2023. « Les coupes sont dramatiques et généralisées », a déploré Winnie Byanyima.
En outre, le nombre de pays criminalisant les relations sexuelles entre personnes de même sexe et l’expression de genre a augmenté en 2025, pour la première fois depuis que l’Onusida a commencé à surveiller les lois punitives en 2008, perturbant encore l’accès aux services liés au VIH.
Nous savons ce qui fonctionne – nous disposons de la science, des outils et des stratégies éprouvées. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de courage politique. Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida
Winnie Byanyima a estimé que, faute de mesures adéquates, on pouvait redouter « 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires » d’ici 2030, loin des objectifs fixés par la Stratégie mondiale contre le sida. Une menace particulièrement regrettable alors que des innovations médicales permettraient d’éviter des dizaines de milliers de nouvelles infections, à condition qu’elles soient rendues accessibles. « Nous savons ce qui fonctionne – nous disposons de la science, des outils et des stratégies éprouvées, a déclaré Winnie Byanyima. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de courage politique. »
Accords bilatéraux
Face à ces difficultés, certains pays ont néanmoins pris des mesures pour compenser la baisse des financements internationaux. Ainsi, le Nigeria, l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud et la Tanzanie, cite l’Onusida, se sont engagés à accroître les investissements nationaux dans les services liés au VIH. Par ailleurs, de nouveaux partenariats ont été noués pour « assurer un accès généralisé à des formulations génériques abordables de médicaments vitaux », indique l’Onusida. Les États-Unis ont établi des accords bilatéraux avec environ 70 pays pour continuer le financement tout en assurant un transfert progressif vers des ripostes nationales autonomes.
Quant à la Huitième Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, organisée vendredi à Johannesburg en marge du G20, elle a généré des promesses de dons de 11,34 milliards de dollars. Loin cependant « des 18 milliards visés », regrettaient vendredi plusieurs associations de lutte contre le Sida dans un communiqué commun (Action Santé Mondiale, Aides, Coalition PLUS, ONE et le Sidaction).
Le communiqué note que « la France s’affiche en grande absente de la lutte contre les pandémies en ne contribuant pas à la reconstitution des ressources du Fonds mondial ». « Jusqu’ici deuxième contributeur du Fonds, dont elle avait même largement participé à la création », la France n’a cette fois-ci pris aucun engagement. Le Fonds mondial a toutefois précisé que Paris s’était engagé à maintenir en l’état sa contribution (1,6 milliard de dollars en 2022), mais ne sera « en position de confirmer cet engagement que le mois prochain ».


























