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30 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

résistance (cqfd)

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« À l’été 1940, la Résistance, on ne sait pas comment la pratiquer, même pas comment la nommer »

La bande dessinée Des vivants revient sur les premières heures de la Résistance française, avec l’évocation des hommes et femmes ayant animé le réseau du musée de l’Homme (1940-1942). Entretien avec le trio à l’œuvre, par le mensuel CQFD.

« Un peu de conscience s’éveillait çà et là, une minuscule et vacillante protestation qui ne savait pas quelle forme elle pourrait bien prendre. On se cherchait à tâtons, dans l’obscurité. » L’homme qui s’exprime ainsi  [1] s’appelle Jean Cassou. Romancier, poète, critique d’art, il fait partie des quelques rares personnalités françaises à avoir choisi la voie de la résistance dès l’été 1940, quand dans le vent brun de l’histoire tout était à bâtir. Pas d’expé-rience concrète, pas de véritable structure clandestine, pas d’aide extérieure, simplement l’expression d’un non viscéral proclamé par quelques hommes et femmes regroupés au sein d’un petit cercle, le réseau dit du musée de l’Homme (en référence à ce lieu consacré à l’ethnographie où travaillaient celles et ceux qui ont posé les premiers jalons du réseau).

D’abord centré sur Paris avant de lancer des ramifications là où d’autres non s’élevaient, comptant dès octobre 1940 une centaine de membres plus ou moins impliqués, le réseau plante sur le vif les premières graines de sédition : propagande clandestine (notamment via le journal Résistance), évasion de prisonniers, renseignement à destination des Anglais…

Mais ces vivants jouent gros : leur vie. Dès janvier 1941 et suite à une trahison, les premières arrestations frappent le groupe, vite décimé. Un procès tenu en janvier 1942 viendra sceller le sort de ses principaux organisateurs et organisatrices : dix peines capitales (les trois femmes condamnées seront finalement déportées). Et le 23 février 1942, à 17 heures, sept hommes sont fusillés au Mont-Valérien : Jules Andrieu, Georges Ithier, Anatole Lewitsky, Léon-Maurice Nordmann, René Sénéchal, Boris Vildé et Pierre Walter.

C’est sur une terrible évocation de cette macabre scène que se clôt Des vivants (éditions 2024, octobre 2021), magistrale mise en scène graphique et orale d’une histoire trop peu connue. Au scénario, les auteurs Raphaël Meltz et Louise Moaty, qui ont écumé les bibliothèques et les archives pour réaliser ce tour de force : tous les dialogues structurant le long récit correspondent à des paroles ou à des écrits de feu les acteurs de cette histoire.

Quant au dessin, signé Simon Roussin, il offre une atmosphère onirique au déploiement des voix, peignant un Paris aux couleurs vives et au ciel strié de lourdes menaces. Les nuages s’accumulent, les vivants les défient. Formulé par l’une des pionnières du réseau, Sylvette Leleu  [2] : « C’était ça, la Résistance, tout simplement : le refus des choses que l’on ne pouvait pas admettre sur le plan moral. Le refus d’une certaine forme de vie inadmissible pour des gens libres. Le refus, et après : beaucoup d’actes. »

Pour cet entretien, les trois auteurs de Des vivants ont choisi de mêler leurs voix en une seule. Sans doute par souci de cohérence avec leur démarche : laisser toute la place à ces autres voix, humbles et si puissantes, qu’ils et elle ont entrepris de sortir de l’oubli.

Ces premières heures de la Résistance, 1940-1942, ne sont pas les plus connues. Or c’est un moment très fort, car il s’agit alors de tout inventer, d’improviser les premières esquisses de réseau et d’action…

C’est en partie pour ça que ce sujet s’est imposé à nous. Il faut s’imaginer l’été 1940 : la résistance, on ne sait pas comment la pratiquer, on ne sait même pas comment la nommer. C’est d’abord une simple impulsion, une « douleur physique », comme dit Boris Vildé quand il voit des soldats allemands, une réaction au « spectacle irréel » qu’est Paris occupé (Jean Cassou).

De ces réactions primaires naît l’invention du passage à l’acte, et c’est ce qui nous a tout de suite semblé passionnant, quand nous avons plongé dans les souvenirs des différents personnages. C’est pour ça que la notion d’« invention de la Résistance » est si présente dans le livre : les rencontres, les discussions, les premiers actes un peu maladroits parfois, le futur aussi (ils commençaient déjà à programmer des actions armées). On a voulu faire partager au lecteur ce mouvement allant de la conviction intime au projet collectif, de la notion au geste – mais aussi de la prise de risque à la condamnation finale.

En parallèle, il y a aussi une forme de maladresse, de naïveté. Comme le dit Germaine Tillion : « En se reliant les unes aux autres, les équipes accroissaient leur part de danger. Ce manque d’étanchéité constituait une grande faiblesse. On recrutait trop pour vivre longtemps. » Par moments, il y a même cette impression de sacrifice, bien représentée par Boris Vildé. Comme s’il avait fallu une première génération non professionnelle de la Résistance pour qu’ensuite viennent d’autres vagues, plus aguerries…

Le côté sacrificiel est en effet important chez Boris Vildé – mais dans son cas, c’est plus une histoire de caractère personnel (on retrouve cette étonnante relation à la mort dans son très beau journal, écrit en prison  [3]). Ce qu’on peut dire plutôt, c’est que certains des premiers résistants n’avaient pas vraiment conscience du danger – lequel était moindre, de fait, au tout début.

Dans une lettre de 1942, Yvonne Oddon rappelle que pour un même acte (en l’occurrence, publier un journal clandestin), on est passé en quelques temps d’une peine de six mois de prison à la peine de mort. L’enthousiasme des débuts, qui était une sorte d’instinct vital et qui parfois en effet se traduisait par une forme de naïveté, s’est transformé petit à petit en une sorte de professionnalisation (choix de pseudos, cloisonnement, etc.).

C’est par exemple notable lorsque Pierre Brossolette entre dans le réseau (un des passages qu’on n’a pas pu garder dans le livre, on l’évoque seulement dans les notes). Malheureusement, pour beaucoup de nos personnages, ça arrivera trop tard. Et la génération suivante, à partir de 1941, sera beaucoup plus attentive aux menaces. (Extraits)

26 septembre 2022 par Émilien Bernard (CQFD)

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30 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

pêche (reporterre)

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« Une trahison » : l’Europe renonce à interdire une technique de pêche destructrice

Les autorités européennes ont renoncé, le 29 septembre, à interdire la senne démersale, une technique cruelle. Un échec dû, selon plusieurs défenseurs de l’océan, à l’abandon de la pêche artisanale par le gouvernement français.

La colère des défenseurs de l’océan et de la pêche artisanale est immense, depuis jeudi 29 septembre au soir. Alors que le Parlement européen avait voté, en juillet, en faveur de l’interdiction de la senne démersale dans les eaux côtières françaises, cette décision a été rejetée en trilogue. Les représentants du Parlement, du Conseil et de la Commission européenne ont décidé de laisser libre cours à cette technique de pêche « ultra-efficace » prisée des industriels néerlandais. « C’est une trahison aux intérêts de la nation », a réagi l’association Bloom dans un communiqué.

Apparue dans les eaux du nord de la France au début des années 2010, la senne démersale consiste à déployer des câbles vibrants, rattachés à un chalut, sur le fond de la mer. Leurs vibrations provoquent la formation d’un mur de sédiments, ce qui dissuade les poissons de fuir. Un « senneur » ratisse en moyenne 3 km² de fonds marins par action de pêche. En une journée, cinq bateaux de ce type peuvent rabattre l’équivalent de Paris dans leurs filets. « Les animaux marins n’ont aucune chance de s’en sortir », expliquait Claire Nouvian lors d’une conférence de presse, le 28 septembre. Selon les chiffres de l’association Pleine mer, on compte aujourd’hui 75 senneurs autorisés à pêcher en Manche.

La France, « premier lobbyiste des industriels »

À ses débuts, la senne démersale a conquis plusieurs pêcheurs français, qui n’ont pas hésité à investir plusieurs millions d’euros pour convertir leurs bateaux à la senne. Confrontés aux conséquences dramatiques de cette technique, la plupart sont aujourd’hui repentis. « Si l’on continue ces pratiques, dans cinq ans, il n’y aura plus personne. Il n’y aura plus assez de poissons », nous expliquait en mai dernier Alexandre Fournier, ancien senneur de Boulogne-sur-Mer.

Depuis l’apparition de la senne démersale dans les eaux françaises, les pêcheurs locaux ont vu les populations de rouget barbet, de grondin perlon, de carrelet, de sole, de limande, de barbue et turbot dégringoler. Dans le cadre d’un sondage organisé mi-septembre par le comité régional des pêches de Normandie et l’Organisation des pêcheurs normands, 205 d’entre eux (soit 98 % des sondés) [1] ont assuré être « favorables à l’interdiction de la senne démersale dans les 12 milles [des côtes, soit 22 km] pour tous les pavillons », français ou non.

« Conséquences économiques désastreuses »

Selon l’association Bloom, le gouvernement français n’aurait pas suffisamment défendu les intérêts des pêcheurs artisanaux français à Bruxelles, et serait responsable de l’échec des négociations en trilogue. « Le gouvernement est devenu le premier lobbyiste des industriels », déplorait Claire Nouvian le 28 septembre.

Malgré les nombreuses lettres envoyées par des pêcheurs artisanaux au secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville, le gouvernement se serait aligné sur la position du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM). Ce dernier serait « trusté », selon Bloom, « par les intérêts industriels et notamment néerlandais, déterminés à éliminer la pêche artisanale et les pêcheurs côtiers ». « On s’est retrouvés face à un mur, a témoigné l’eurodéputée écologiste Caroline Roose sur Twitter. La pêche industrielle a gagné parce que le gouvernement [...] a fait en sorte que cet amendement ne passe pas. »

Lætitia Bisiaux, chargée de projet à Bloom, est pessimiste quant aux conséquences de cette prolongation du statu quo : « Ce scandale aura des conséquences économiques désastreuses pour les pêcheurs, qui avaient déjà payé un lourd tribut avec la pêche électrique qui a dévasté le port de Dunkerque ».

En mai dernier, plusieurs pêcheurs nous confiaient avec angoisse être sur le point de mettre la clé sous la porte : « J’ai une maison à rembourser, trois enfants à nourrir. Je ne sais rien faire d’autre. Je vais faire quoi, aller au McDo pour gagner 800 euros par mois ? » se demandait l’un d’entre eux.

Hortense Chauvin  30 septembre 2022

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28 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

salinisation (ci)

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La salinisation des terres et des eaux, un fléau méconnu

L’élévation du niveau des mers, l’augmentation de la température qui accélère l’évaporation et accentue les sécheresses, mais aussi certaines activités humaines entraînent un accroissement des concentrations en sel dans les sols et les eaux douces de la planète. Une menace pour les cultures, l’eau potable et la santé humaine.

Le delta du Mékong subit une menace chimique qui, à long terme, pourrait se révéler plus meurtrière que les épandages d’agent orange effectués lors de la guerre du Vietnam. D’ici au milieu du siècle, il pourrait être envahi par un ennemi toxique contre lequel on n’est guère armés : le sel.

En effet, à mesure que le niveau de la mer s’élève, les eaux salées remontent toujours plus loin dans le delta, l’une des régions rizicoles les plus productives et densément peuplées d’Asie du Sud-Est. Pendant la saison sèche de cette année, la limite [d’extension] des eaux saumâtres — là où la salinité dépasse 4 grammes par litre — se situait à 64 kilomètres en amont, soit 17 kilomètres plus haut que sa maximale historique.

Cet afflux de sel s’explique en partie par la diminution des apports d’eau douce depuis le Mékong vers le delta, baisse liée à la présence d’immenses barrages hydroélectriques chinois aménagés très en amont du fleuve [appelé Lancang en Chine].

Mais, selon une modélisation novatrice, d’ici à 2050 environ, l’élévation du niveau de la mer dans la mer de Chine méridionale sera le principal facteur de salinisation du delta, où vivent plus de 20 millions de personnes. De vastes zones deviendront de ce fait inhabitables pour les riziculteurs, bien avant qu’elles ne soient inondées par l’océan lui-même.

Des concentrations délétères pour les cultures

Le Mékong fait partie de la dizaine de grands deltas fertiles – souvent des piliers de l’économie locale – à être confrontés à de telles invasions de sel. Or, avec le dérèglement climatique, ce fléau du sel va aussi survenir loin des océans, notamment dans les régions arides, où les spécialistes du climat estiment que les hautes températures vont entraîner des taux d’évaporation bien plus élevés.

Ce phénomène, s’ajoutant aux saisons sèches plus longues et à la fréquence accrue des épisodes de sécheresse, va contribuer à assécher l’intérieur des continents. Résultat, le sel, aujourd’hui naturellement présent à l’état de traces, va atteindre des concentrations telles que les cultures vont dépérir et que les écosystèmes fondés sur l’eau douce vont s’effondrer.

Parmi les zones vulnérables, on trouve les pays méditerranéens d’Europe du Sud, où les températures augmentent déjà plus rapidement que la moyenne planétaire et pour lesquels les modèles climatiques prévoient une diminution de 25 à 30 % des précipitations d’ici à 2080. L’écologue Erik Jeppesen, de l’université Aarhus (Danemark), a récemment fait valoir que l’accumulation de sel à venir dans les lacs, les zones humides et les fleuves de cette région “représente une menace importante pour le fonctionnement et la biodiversité des écosystèmes aquatiques de l’intérieur des terres”. Les cultures n’y survivront pas.

Et de nombreuses réserves d’eau souterraines dont dépendent le demi-milliard d’habitants de la région pourraient devenir non potables, assure Micol Mastrocicco, spécialiste de la pollution de l’eau à l’université de Campanie Luigi Vanvitelli.

On observe actuellement une forte hausse de la salinité sur tous les continents habités. Et le dérèglement climatique est loin d’en être la seule cause. L’eau de mer pénètre largement dans les deltas, du fait de la présence de barrages en amont ou de pompes qui puisent l’eau douce souterraine pour les robinets et l’irrigation. (Extrait)

29 août 2022

https://www.courrierinternati

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28 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

hindous (socialist worker)

cpi inde

Qui est responsable de la violence de l’Hindutva en GB?

Les nationalistes hindous de droite ont longtemps terrorisé les musulmans en Inde, et aujourd’hui, leur politique empoisonnée se manifeste dans les rues de Grande-Bretagne. Mais, écrit Yuri Prasad, cela n’aurait pas pu se produire sans l’encouragement du gouvernement tory et la complicité de la droite travailliste.

Comment la politique chauvine de l’Hindutva est-elle apparue dans les rues de Leicester ?

Un nouveau poison est entré dans le sang de certains des centres-villes les plus multiculturels de Grande-Bretagne. Il peut provoquer la haine et la division – et peut même tuer. Nous l’avons vu à l’œuvre lors de troubles récents à Leicester et dans la banlieue de Birmingham.

Il porte de nombreux noms, mais en Inde, d’où il est originaire, il est connu sous le nom d’Hindutva. Il s’agit d’une forme de nationalisme qui proclame la supériorité des hindous sur tous les autres en Inde.

Les adeptes de l’Hindutva insistent sur le fait que l’Inde est aujourd’hui, et a toujours été, une nation exclusivement hindoue. Mais, disent-ils, ce rêve a été continuellement frustré par les envahisseurs et les interférences étrangères.

Le champion de cette idéologie est aujourd’hui le premier ministre indien de droite dure, Narendra Modi, et son parti, le BJP. Dans l’ombre, on trouve des groupes fascistes tels que le RSS, une organisation paramilitaire de rue.

Modi et ses nombreux partisans voient des ennemis de l’Inde partout, de ceux qui s’élèvent contre l’oppression des castes aux femmes qui demandent justice pour les victimes de crimes sexuels. Mais pour ceux qui sont infectés par l’Hindutva, il n’y a pas de pire ennemi que les musulmans.

Historiquement, les musulmans sont accusés d’avoir envahi et occupé l’Inde sous l’empire moghol qui s’est étendu du 16e au 19e siècle. Aujourd’hui, on dit d’eux qu’ils sont « l’ennemi intérieur » et qu’ils travaillent à saper la nation sur l’ordre de l’ennemi juré de l’Inde, le Pakistan.

Cette idée empoisonnée s’est récemment rendue en Grande-Bretagne grâce à la technologie moderne. La télévision indienne par satellite bombarde les téléspectateurs du monde entier de bile chauvine.

Et même de nombreux groupes familiaux indiens sur Whatsapp sont contaminés par des histoires abjectes sur les méchants musulmans et les gloires des défenseurs hindous de l’Inde. Mais cela n’aurait pas suffi pour que l’Hindutva s’implante ici.

Elle a été aidée par l’État britannique et sa politique ouverte d’islamophobie – et par l’assentiment des partis conservateur et travailliste. L’Hindutva en Grande-Bretagne est une mutation qui mélange la politique réactionnaire indienne avec la haine anti-musulmane propre à la Grande-Bretagne.

Riaz Khan est un éducateur et un activiste communautaire de Leicester. Célèbre comme l’auteur de Memoirs of an Asian Football Casual, il connaît bien la ville et ses habitants.

Il a expliqué au Socialist Worker comment les hindous de droite étaient à l’origine des troubles récents dans la ville des East Midlands.  « Les tensions entre les jeunes hindous et musulmans de Leicester durent depuis environ quatre mois », a-t-il déclaré.

« Mais elle a atteint un tournant au début du mois lorsqu’une bande d’environ 25 personnes a attaqué un jeune musulman et l’a battu. Avant cela, il y avait eu toutes sortes d’événements – des personnes intimidant des foyers musulmans et refusant de se disperser. Pendant tout ce temps, la police n’a pratiquement rien fait ».

Riaz affirme que, malgré la montée de la colère, lui et d’autres personnes ont réussi à calmer les jeunes musulmans qui voulaient réagir aux provocations.  « Mais il y a ensuite eu la marche des hindous de droite de la semaine dernière », dit-il.

« Ils étaient quelques centaines à défiler de Loughborough Road à Green Lane Road. Au moment où ils sont arrivés à North Evington, ils étaient masqués et scandaient des slogans anti-musulmans.

« Et pendant toute la durée de cette marche de 3,5 km, qui était totalement illégale, la police n’a rien fait. Six officiers marchaient aux côtés des marcheurs, mais plus tard, des officiers de police de haut rang ont affirmé qu’ils n’étaient au courant de rien.

« Si cela avait été des supporters de l’équipe nationale qui défilaient lors d’un match de football à Leicester, la police aurait été présente par centaines. Au lieu de cela, les policiers ont laissé la marche se poursuivre. »

Lorsqu’il est arrivé dans le quartier à majorité musulmane de North Evington, Riaz raconte qu’une quarantaine d’hommes, principalement musulmans, sont descendus dans la rue pour protéger leur localité. Un petit nombre d’hindous locaux les ont rejoints, affirmant que les marcheurs ne les représentaient pas.

« Nous devons nous demander pourquoi cela se produit maintenant », a déclaré Riaz. « Lorsque la mosquée Babri en Inde a été détruite par des foules hindoues en 1992, rien ne s’est passé à Leicester. Lorsque les émeutes anti-musulmanes du Gujarat ont eu lieu en 2002, rien ne s’est produit à Leicester.

« Mais en 2022, la droite hindoue en Grande-Bretagne s’est sentie enhardie. C’est parce qu’ils ont maintenant des partisans, notamment les politiciens conservateurs Priti Patel et Rishi Sunak, de leur côté. »

Le parti conservateur a joué un rôle crucial pour l’Hindutva en Grande-Bretagne. En tant que premier ministre, Boris Johnson a invité cette année Modi en Grande-Bretagne pour une visite d’État.

Modi avait jusqu’en 2012 été interdit pour son rôle dans les émeutes du Gujarat. L’ancienne ministre de l’intérieur Priti Patel appelle Modi « notre cher ami » et déclare que les Tories et le BJP sont des « partis frères ».

Mais les dirigeants du parti laissent le travail vraiment sale de diffusion de l’Hindutva à des députés d’arrière-ban comme Bob Blackman. En 2017, il a invité le défunt et très emprisonné Tapan Ghosh à s’exprimer au Parlement.

Activiste vicieusement anti-musulman du Bengale occidental, Ghosh et son groupe ont été impliqués dans des attaques physiques contre des opposants. Les réactionnaires britanniques de l’Hindutva n’étaient que trop heureux de leur rendre la pareille.

Lors des élections générales de 2019, l’association Overseas Friends of the BJP UK a affirmé avoir mené une campagne de vote Tory dans 48 sièges marginaux à fort électorat hindou. « Nous avons une équipe dans chaque circonscription qui fait le tour avec le candidat conservateur pour distribuer des tracts, parler aux gens et les persuader de voter conservateur », a déclaré Kuldeep Singh Shekhawat au journal Times of India.

Un certain nombre de temples hindous sont allés plus loin, invitant des orateurs racistes, dont parfois le nazi britannique Tommy Robinson, à s’adresser aux fidèles. Le prix de cette agitation est déjà payé à Leicester et Smethwick, mais pourrait bientôt se propager plus loin.

Néanmoins, Riaz a bon espoir que les connexions organiques entre jeunes hindous et musul-mans puissent faire tomber les tensions. « Le problème ne sera pas résolu par les « anciens de la communauté » qui, en ce moment, sont assis autour d’un thé et de biscuits entre eux », a-t-il déclaré.

« Mais la solution pourrait venir des jeunes eux-mêmes. Les enfants hindous, musulmans et sikhs grandissent ensemble ici. Ils vont à l’école et au collège ensemble et se rendent les uns chez les autres.

« Pour l’instant, beaucoup de gens ont trop peur pour s’exprimer, mais nous devons trouver un moyen de faire passer la communication. Personnellement, je veux simplement que les choses redeviennent ce qu’elles étaient. Je préfère de loin l’époque où nous nous sommes tous unis pour combattre les fascistes du Front national dans les rues à ce qui se passe maintenant. »

Au sein du parti travailliste de Leicester, si vous contestez la politique d’un conseiller hindou, vous êtes accusé de racisme  » – Un membre du parti travailliste de la ville.

Ce n’est pas seulement au sein du parti Tory que les chauvins hindous contribuent à définir l’agenda. Ils sont également profondément ancrés dans le parti travailliste, et nulle part ailleurs autant qu’à Leicester.

Tirant les leçons de la façon dont les partisans de droite d’Israël se sont mobilisés contre le leadership de Jeremy Corbyn, ils prétendent que toute réaction négative au gouvernement indien est un racisme anti-hindou. À la veille de l’élection générale de 2019, six conseillers travaillistes ont publié une lettre adressée au leader de l’époque. Ils y affirmaient que le parti avait traité la communauté hindoue britannique avec « dédain et manque de respect ».

Ils y dénonçaient la conférence du Labour qui avait adopté une motion sur le Cachemire. Cette motion condamne le gouvernement indien pour sa répression dans le territoire contesté et demande que des observateurs internationaux soient autorisés à surveiller la situation.

Lorsqu’il est devenu évident que la droite travailliste et les nationalistes hindous se mobilisaient tous deux autour de cette question, Corbyn a fait marche arrière à tort, et le Labour a changé de position.

Désormais, le parti a déclaré que le Cachemire était une « question interne » pour les gouvernements indien et pakistanais. Mais, tout comme pour l’antisémitisme, ce repli n’a fait qu’alimenter l’appétit des chauvins.

Beaucoup d’affaires sales sont conclues derrière des portes fermées. Les dirigeants locaux veulent faire en sorte que les différentes communautés religieuses s’équilibrent.

Alan est un membre travailliste de gauche de longue date dans la circonscription de Leicester East. Il a déclaré au Socialist Worker que le parti est un « nid de vipères ».

« L’abandon de la position sur le Cachemire était terrible, et cela vient de moi en tant que partisan de Corbyn », a-t-il déclaré. « Cela a donné à la droite ici la chance qu’elle recherchait.

« Les conseillers qui ont signé cette lettre sont des partisans ouverts de Modi et du BJP. Certains d’entre eux ont même soutenu Trump et l’interprétation la plus droitière du Brexit. Comment ils sont autorisés dans le parti, et encore moins à des postes d’autorité, je ne le sais tout simplement pas. »

La logique du parti est imprégnée de communautarisme, a déclaré Alan. « Beaucoup d’affaires sales se font derrière des portes closes. Les dirigeants locaux veulent faire en sorte que les différentes communautés religieuses s’équilibrent », dit-il.

« Ils permettent aux zones musulmanes d’élire des conseillers musulmans, et de même pour les zones hindoues. C’est censé apaiser tout le monde.

« Mais cela permet à des travaillistes médiocres et de droite, issus d’un groupe ethnique particulier, de remporter des postes importants, ce qui légitime ensuite leur politique. C’est ainsi que les partisans de droite du BJP ont construit leur base ici. »

Alan affirme qu’une main de fer sur les réunions du parti signifie qu’il y a peu de place pour la dissidence, et que les plaintes auprès de la machine du parti sont inutiles.  « Si vous contestez la politique d’un conseiller hindou, vous êtes accusé de racisme », dit Alan.

« Cela signifie que le communalisme n’est pas remis en question, malgré la menace qu’il représente pour le parti et le mouvement syndical. » La tragédie, selon Alan, est qu’aucune des divisions religieuses actuelles n’est inévitable.

« Beaucoup de gens ici, issus de milieux différents – hindous, musulmans et blancs – se connaissent depuis longtemps. La plupart des Asiatiques qui sont venus d’Ouganda à Leicester en 1972, et ceux qui ont suivi, ont grandi ici ensemble. Ils ont dû affronter les mêmes batailles ensemble.

« Mais ce calme a été brisé par la politique indienne. Dans le passé, la plupart des hindous d’ici auraient soutenu le Parti du Congrès indien avec sa politique apparemment laïque.

« Aujourd’hui, ils pensent que Modi est bon et qu’il a fait de l’Inde une superpuissance. Cela doit changer la nature de leur relation avec leurs voisins musulmans, n’est-ce pas ? ».

Comme Riaz, Alan pense qu’il peut y avoir une solution, mais qu’elle doit venir d’en bas.  « Le conseil municipal ne peut rien faire car il est enfermé dans ce système sectaire », dit-il. « Mais j’espère que les batailles sur les salaires et le coût de la vie vont rapprocher les gens.

« Nous avons besoin d’unité dans l’action pour nos moyens de subsistance. Mais nous devons prendre les divisions qui existent à bras le corps sans éluder la question de la droite hindoue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Labour ».

Yuri Prasad Saturday 24 September 2022

https://socialistworker.co.uk/

Lire aussi:

Leicester: the global spread of the Indian far right

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27 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

nucléaire (cqfd)

futur nukl
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Le nucléaire à l’agonie… mais à l’offensive
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La moitié des réacteurs français ont passé l’été à l’arrêt mais le gouvernement voit toujours l’atome comme une filière d’avenir. Vanté comme une solution miracle au dérèglement climatique, le nucléaire y est surtout très vulnérable.

Sale temps pour le nucléaire civil français. Plombée par d’indispensables opérations de maintenance et un problème de corrosion sur plusieurs de ses centrales les plus récentes, EDF a dû mettre plus de la moitié de ses 56 réacteurs en pause forcée.

Le 25 août, 32 étaient toujours à l’arrêt. La baisse de production a été telle que l’Hexagone, habituellement exportateur, a dû acheter de l’électricité à ses voisins pour subvenir à ses besoins. Sur fond de pénurie de gaz russe, l’hiver s’annonce incertain pour le réseau électrique européen.

Y aura-t-il de l’électricité à Noël ?

Figure de proue du secteur, EDF traîne une dette qui dépassera bientôt les 50 milliards d’euros. Et, symbole des errances de la filière, le tout nouveau réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville (Manche) ne rentrera en production que fin 2023 au mieux – avec onze ans de retard et un surcoût de près 16 milliards d’euros selon la Cour des comptes (19,1 milliards contre 3,3 prévus initialement).

C’est pourtant sur cette filière à l’agonie que le gouvernement parie pour assurer, aux côtés des énergies renouvelables, l’essentiel de la production électrique du siècle à venir. Le 10 février dernier, Emmanuel Macron a annoncé la mise en chantier prochaine de six nouveaux EPR et le lancement des études préparatoires pour huit autres.

Un milliard d’euros vont par ailleurs être investis dans le développement d’un nouveau type de réacteurs, moins puissants mais en principe plus aisés à construire et gérer : les petits réacteurs modulaires (SMR).

L’argument du bilan carbone

Pour justifier ce retour en arrière (aucune centrale n’a été mise en service depuis 2002), le président a eu recours à un classique du storytelling atomique français : l’« indépendance énergétique » du pays – alors même que l’uranium qui fait tourner les centrales est intégralement importé. Mais il a surtout vanté le faible bilan carbone du nucléaire.

Depuis que le dérèglement climatique fait la une des journaux, tout ce que le secteur atomique compte de communicants et de lobbyistes reprend cet argument ad nauseam. Ça a fini par payer : au sein même des familles de pensée écologistes et décroissantes, la doctrine pronucléaire se répand peu à peu, sous l’influence notamment de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici.

Mêlant un discours convaincant sur l’urgence climatique et les limites de la croissance à un solutionnisme nucléaire aveugle, cette « star du climat » a l’oreille des puissants comme du grand public.

Avec ses vidéos qui font un tabac sur internet et sa bande dessinée Le Monde sans fin (Dargaud, 2021) qui s’est déjà vendue à plus de 300 000 exemplaires, Jean-Marc Jancovici a sensibilisé des foules entières au risque d’effondrement qui guette nos sociétés.

Or, « prendre conscience de l’urgence climatique, c’est très déstabilisant émotionnellement. Pour amortir le choc, on a besoin d’une solution. Avec le nucléaire, Jancovici en apporte une sur un plateau », analyse Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.

Au sein même des familles de pensée écologistes et décroissantes, la doctrine pronucléaire se répand peu à peu, sous l’influence notamment de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici.

Aux yeux de cette militante, l’atome est surtout « une fausse solution qui empêche de voir les problèmes en face ». Une option « ni efficace pour les décennies à venir, ni résiliente dans un monde marqué par le réchauffement climatique », mais qui va capter des centaines de milliards d’euros, au détriment des énergies renouvelables et des efforts de sobriété énergétique.

Des centrales déjà touchées par la sécheresse

Parlons efficacité à moyen terme : quand les centrales actuelles auront fini par fermer, les nouvelles seront-elles prêtes ? Au vu du fiasco de Flamanville, il est permis d’en douter. Alors que les deux premiers des six nouveaux EPR annoncés par Emmanuel Macron sont censés être mis en service « à l’horizon 2035 », cette échéance est jugée illusoire… par l’État lui-même.

Dans une version de travail d’un rapport gouvernemental dénichée par le média Contexte 1, on apprend que l’administration vise plutôt une mise en service en 2040. En cas de « scénario fortement dégradé », le démarrage serait même repoussé au-delà de 2045…

Le comble, c’est qu’alors que le nucléaire se pose en solution miracle au dérèglement climatique, il y est lui-même extrêmement vulnérable. Ces dernières années, les réacteurs français commencent déjà à souffrir de la sécheresse.

En août 2018, les centrales du Bugey (Ain) et de Saint-Alban (Isère) ont dû être partiellement arrêtées afin de préserver la faune et la flore du Rhône : recrachée dans la nature, l’eau réchauffée par le refroidissement des centrales aurait dangereusement augmenté la température du fleuve, déjà impactée par une vague de chaleur.

Cette année, c’est dès le mois de mai que le problème s’est posé à la centrale du Blayais (Gironde). Pire : durant l’été, cinq centrales ont été autorisées à rejeter leurs eaux chaudes dans les rivières pour cause de risque de pénurie électrique, en dépit des potentiels dégâts sur la biodiversité aquatique.

« Le comble, c’est qu’alors que le nucléaire se pose en solution miracle au dérèglement climatique, il y est lui-même extrêmement vulnérable. »

À long terme, ce sont surtout des enjeux de sûreté qui vont se poser. Conséquence du réchauffement global, les paysages vont se modifier durablement (montée des eaux marines, par exemple) et les catastrophes climatiques (séismes, tsunamis, inondations, sécheresses, tempêtes, etc.) risquent de se multiplier au cours des prochaines décennies.

Les centrales ont donc des chances de se retrouver confrontées à des situations extrêmes non anticipées au moment de leur conception 2. « Le nucléaire est une industrie dangereuse et complexe, qui nécessite une prévisibilité très forte », pointe Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire. Or, le réchauffement climatique, c’est l’inconnu…

Et les déchets ?

Reste la sempiternelle question des déchets, que Jean-Marc Jancovici balaye d’un revers de la main, arguant sur le site d’Orano (ex-Areva) qu’ils « n’ont jamais fait un seul mort ». Les plus dangereux de ces déchets resteront tout de même radioactifs pendant près d’un million d’années…

Sur ce front-là aussi, l’État avance. Début juillet, la future poubelle nucléaire de Bure (Meuse) a été déclarée d’utilité publique. Une étape importante : si le recours que les opposants au projet s’apprêtent à déposer n’aboutit pas, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pourra recourir à l’expropriation pour récupérer le foncier qui lui manque encore.

« Rien ne doit arrêter la relance du nucléaire en France », grimace Charlotte Mijeon, qui dénonce entre autres un projet « pas mûr » technologiquement. Sur place, la résistance continue de s’organiser.

Clair Rivière 16.09.2022

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

chine (lutte ouvrière)

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L’État chinois et la bourgeoisie chinoise aujourd’hui

Aujourd’hui, alors que l’importance du marché s’est considérablement accrue, l’État a conservé une très forte participation dans l’économie, en contrôlant les plus grandes entreprises, notamment les 117 dites stratégiques de la SASAC, (l’agence chargée de la supervision des entreprises publiques), en contrôlant les banques et les marchés financiers, en pilotant la montée en puissance des nouveaux secteurs comme l’aéronautique.

De ce point de vue, il ne se distingue pas des États occidentaux. Comme eux, il défend les intérêts généraux de sa classe dominante. C’est ainsi l’État chinois qui a relancé l’économie chinoise et mondiale en 2008, en investissant dans les infrastructures et l’immobilier. C’est lui qui garantit aujourd’hui que la crise immobilière ne se transforme pas en déroute complète.

L’État chinois protège aussi la classe dominante des réactions des travailleurs, dont l’exploitation s’est bien aggravée en 30 ans, et des paysans, régulièrement spoliés de leurs terres que les autorités locales revendent aux promoteurs immobiliers.

Enfin, tout en se faisant l’intermédiaire des capitalistes occidentaux, l’État chinois protège de l’impérialisme les intérêts de sa classe dominante.

Ainsi, c’est l’État qui cherche des marchés à l’exportation, comme les « nouvelles routes de la soie », pour tenter de sortir l’économie chinoise de ses limites internes.

C’est l’État qui pilote les entreprises sur les Bourses occidentales afin que les plus grandes ou les plus précieuses ne lui échappent pas. Mais depuis que les capitalistes occidentaux ont choisi dans les années 1990 et 2000 d’investir en Chine, c’est aussi l’État chinois qui leur garantit leurs profits en leur permettant d’exploiter une classe ouvrière faite maintenant de centaines de millions de travailleurs qu’il faut tenir en respect.

Les capitalistes chinois profitent eux aussi de ces investissements occidentaux, en se plaçant comme sous-traitants ou fournisseurs, ou en acquérant des compétences et des technologies nouvelles.

La classe dominante chinoise doit donc tout à l’État. Elle en est consciente et, si elle l’oubliait, les dirigeants comme Xi Jinping se chargent de le lui rappeler régulièrement. C’est pourquoi les clans au pouvoir peuvent se permettre de mettre un Jack Ma ou une Whitney Duan sous séquestre, de sacrifier de temps en temps un Bo Xilai au nom de la lutte contre la corruption, ou d’imposer une politique particulière à telle ou telle entreprise, à tel ou tel secteur.

L’État chinois est un État bourgeois qui a réussi à développer une économie et une bourgeoisie chinoises dans un environnement impérialiste.

Une telle réussite ne se comprend que parce que l’État s’est mis au service de l’impérialisme, en lui offrant une partie de son marché et de ses travailleurs, et parce que l’État a lui-même dirigé l’économie à une époque où le capitalisme occidental était, et demeure, embourbé dans une crise sans fin et où les bas salaires chinois étaient une opportunité.

Les tensions permanentes mais grandissantes entre la Chine et les États-Unis sont là pour rappeler les limites de ce que tolère l’impérialisme dans l’émergence d’une puissance concurrente.

Quant au développement de la Chine, il reste tout relatif.

Il ne concerne que les zones côtières et les grandes villes, excluant les campagnes où des centaines de millions de personnes vivent toujours dans des conditions arriérées.

Il est aussi relatif si on adopte un point de vue global.

Le retour de la bourgeoisie des pays impérialistes en Chine pour exploiter une main-d’œuvre sous-payée, et qui a pris le relais des investissements de la diaspora chinoise au début des années 2000, s’est fait au détriment des économies occidentales.

Leurs capitaux se sont localisés là où c’était le plus profitable, accélérant le ralentissement des vieilles économies capitalistes.

Reste de ce processus l’émergence d’une classe ouvrière maintenant forte de plusieurs centaines de millions de membres, une classe ouvrière qui n’aura pas d’autre choix que de se battre pour ses propres intérêts et de renouer avec les idées révolutionnaires.

 23 juin 2022

https://mensuel.lutte-ouvriere.org/

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

climat (fr3)

pluie

L’été 2022, un marqueur du réchauffement ? « On assiste à une méditerranéisation de la Bretagne »

Sécheresse, incendies, orages violents… En Bretagne, l’été 2022 a été marqué par des phénomènes météo exceptionnels. Des signaux qui alertent sur un changement climatique inexorable ? Eléments de réponse avec Anne-Marie Treguier et Vincent Dubreuil, co-présidents du Haut Conseil breton pour le climat.

De plus en plus de journées chaudes, voire très chaudes, en été, de moins en moins de jours de gel en hiver, des printemps plus doux, des automnes plus chauds sont autant de paramètres qui permettent de constater le changement climatique en Bretagne.

Une progression lente marquée par des épisodes extrêmes comme celui de la sécheresse de l’été 2022. « Dans un climat qui se réchauffe, explique Anne-Marie Treguier, co-présidente du Haut Conseil breton pour le climat,  les extrêmes, rares dans le passé, vont devenir de plus en plus fréquents ».

Cette océanographe, également directrice de recherche CNRS à Brest et co-auteur du 6e rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), rappelle que l’observation des changements ne s’opère pas en comparant une année à la précédente, « mais selon une perspective de plusieurs décennies« . Une précision importante si l’on veut prendre la juste mesure de ce qui est en train de se produire à l’échelle de la planète.

Un manque crucial d’eau…

Qui aurait pu affirmer que la Bretagne connaîtrait, un jour, un déficit pluviométrique. C’est pourtant une réalité. Les nappes d’eau souterraine affichent un niveau bas selon un bulletin publié par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) fin août 2022. Cette diminution de la ressource s’explique en partie par un hiver 2021-2022 très peu pluvieux.

Comparer les niveaux d’urgence des arrêtés sécheresse encore en vigueur en Bretagne fin septembre 2021 et 2022, permet de constater que les mesures de restrictions prises par les départements bretons n’ont rien à voir avec celles de l’année dernière.

Ainsi, à la date du 20 septembre 2022, la totalité de la région Bretagne demeure en alerte « crise sécheresse », alors qu’en 2021, seuls deux départements, le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine, étaient encore en alerte et au plus bas des seuils, celui de la « vigilance ».

A noter également que les restrictions sur l’usage de l’eau imposées par ces arrêtés ont été pris dès le début du mois de mai où le Morbihan a été  placé en alerte « vigilance ».
Cette comparaison flagrante sur une année ne peut être considérée que comme l’un des indices de la multiplication à venir de périodes de sécheresse annoncées par les climatologues.

…. Et des incendies à répétition

Les incendies ont ravagé cet été 2022 de nombreuses forêts, principalement en Gironde. Fin août, plus de 62.000 hectares avaient brûlé sur l’ensemble de l’Hexagone.

Et la Bretagne, en pleine période de sécheresse, n’a pas été épargnée par les incendies. En particulier le Finistère où 2.588 hectares ont été détruits dans les Monts-d’Arrée cet été. Auxquels s’ajoutent plusieurs incendies dans le Morbihan, notamment en forêt de Brocéliande.
« Sur 20 ans, la surface brûlée en Bretagne est assez exceptionnelle,
relate Anne-Marie Treguier. La région n’est plus à l’abri de ces phénomènes qui, autrefois, touchaient davantage le sud de la France ».

Un climat méditerranéen en Bretagne ?

Selon Vincent Dubreuil, géographe et climatologue, on assiste à ce qu’il appelle « la méditerranéisation » du climat en Bretagne. Tout comme Anne-Marie Tréguier, il co-préside le Haut Conseil breton pour le climat. Cette instance indépendante, mise en place au mois de mai dernier, a pour mission d’apporter son expertise scientifique dans les politiques publiques en matière de lutte contre le dérèglement climatique.

Dérèglement, un terme que Vincent Dubreuil emploie peu. Lui, il préfère parler de changement « dont on a une manifestation concrète en Bretagne dit-il. Par exemple, le nombre de journées chaudes à Brest, à savoir plus de 25 degrés, est passé en moyenne de 6 jours par an après la Seconde guerre mondiale à 12 jours par an ces trente dernières années. A Rennes, on est passé de 28 jours à 45 jours par an ».

Rennes, c’est La Rochelle ou Bordeaux il y a cinquante ans en termes de température

Vincent Dubreuil Climatologue et co-président du Haut Conseil breton pour le climat

Les jours de gel ont diminué dans les deux villes sur la même période. A Brest, après la guerre, il gelait en moyenne 18 jours par an, contre 14 jours ces trente dernières années. A Rennes, même scénario : le nombre de jours de gel est passé de 43 à 30 par an. « Rennes, c’est La Rochelle ou Bordeaux il y a cinquante ans en termes de température » analyse Vincent Dubreuil.

Quand la mer monte

Une planète qui se réchauffe sous le coup des émissions de gaz à effet de serre produites par l’activité humaine, des épisodes de sécheresse plus intenses et prolongés, des pluies plus violentes et soudaines… et le niveau de la mer qui monte, lentement mais sûrement, se traduisant, sur le littoral breton, par un recul du trait de côte et des risques de submersion.

« C’est un problème identifié comme majeur en Bretagne, note Anne-Marie Treguier. Evidemment, la montée du niveau de l’océan n’est pas perceptible comme ça. Ce que nous allons percevoir, par exemple, c’est un quai, inondé une fois tous les 3 ou 4 ans au moment d’une grande marée, qui va l’être systématiquement désormais. C’est ce genre d’épisodes remarquables qui donne la tendance ».

Pour limiter et stabiliser le réchauffement de la planète d’ici 2100, « il faut passer des beaux discours aux actes » affirme Vincent Dubreuil. Selon le climatologue, « toutes les années perdues nécessiteront encore plus d’efforts pour les rattraper. Plus on agit vite, moins la transition sera brutale ».

 23/09/2022  Carole Collinet-Appéré, Thierry Peigné

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

gasteiz 1976 (ballast)

espagne

Les drapeaux des nationalités pendant la guerre

Se souvenir du massacre de Vitoria-Gazteiz

En Espagne, si l’année 1975 est marquée par la mort du dictateur Franco, le régime autoritaire et répressif franquiste ne s’éteint pas avec lui. Jusqu’aux premières élections législatives, en 1977, les manifestations se multiplient dans le pays.
L’une d’elles se tient le 3 mars 1976 à Vitoria-Gasteiz, au Pays Basque. L’intervention de la police conduit à un massacre : cinq manifestants sont tués par balle, une centaine blessés. Depuis, le souvenir de l’événement fait l’objet d’un combat permanent. L’auteur du présent texte revient sur l’histoire récente d’un processus mémoriel qui, dans l’Espagne contemporaine, doit composer avec le déni des crimes perpétrés sous le régime franquiste.  Par Arnaud Dolidier

3 mars 1976. 18 000 personnes sont en grève à Vitoria-Gasteiz au Pays Basque. 80 usines sont fermées ou occupées par les travailleurs. Après la tenue de plusieurs assemblées dans ces dernières, des manifestations partent de façon simultanée des différents quartiers ouvriers de la ville. 12 000 personnes arrivent devant l’église San Francisco où une assemblée est prévue à 17 heures.

Parmi elles, 5 000 parviennent à rentrer dans l’édifice tandis que les 7 000 autres restent aux alentours, bloquées par la police qui encercle l’église. Elle procède à son évacuation en jetant des gaz lacrymogènes à l’intérieur, ce qui provoque la panique des grévistes qui se ruent hors du bâtiment. La police, comme en témoigne les enregistrements de leurs communications radio1 se sent acculée et menacée.

Au moment où les grévistes sortent de l’édifice, elle tire à balles réelles, provoquant une centaine de blessés, dont vingt graves, et la mort de cinq personnes. Deux jours plus tard, environ 70 000 travailleurs assistent aux funérailles des ouvriers tués. Puis le lundi 8 mars, une grève générale réunit 600 000 personnes dans la rue pour exiger la dissolution des corps de police armée et un procès pour les responsables du massacre du 3 mars. Ce jours-là, deux autres personnes meurent sous les balles.

1er juin 2021. Le roi d’Espagne Felipe VI et le chef du gouvernement Pedro Sánchez inaugurent à Vitoria-Gasteiz le Centre-mémorial des victimes du terrorisme. Il s’agit d’un musée dont l’accès est gratuit, où le public peut s’informer et rendre hommage aux 1 453 victimes du terrorisme comptabilisées depuis 1960, date de l’assassinat d’une enfant, Begoña Uñoz, par le DRIL2 jusqu’aux deux reporters espagnols David Beriain et Roberto Fraile, exécutés par Al-Qaeda en avril dernier. Si le mémorial englobe l’ensemble des actions terroristes des dernières décennies — de l’attentat de l’Hypercor par l’ETA le 19 juin 1987 en passant par celui de la gare d’Atocha de Madrid le 11 mars 2004 — il n’intègre pas les victimes de la répression franquiste et notamment celles du franquisme tardif, c’est-à-dire celles situées entre le 20 novembre 1975, date de la mort du dictateur, et juin 1977, moment des premières élections législatives depuis 1936. Bien qu’un nouveau régime mémoriel se soit consolidé durant les années 2000, accompagné de nouveaux termes comme « violations des droits de l’homme », « impunité », « crimes contre l’humanité », pour caractériser le passé franquiste, ce dernier n’est pas considéré comme un régime politique dont l’appareil répressif pourrait être qualifié de terrorisme d’État. Les victimes de la violence d’État franquiste, et notamment du second franquisme (1960–1977), ne sont donc pas reconnues officiellement comme telles.

Le pacte de silence érigé pendant la période dite de transition démocratique — un pacte d’oubli autant que d’amnésie —, scellé par la loi d’amnistie d’octobre 19773, a permis la libération des prisonniers politiques, mais a également garanti l’impunité aux criminels franquistes4.

La légitimité de cette loi a été remise en question par le mouvement citoyen de « récupération de la mémoire historique » qui a abouti en 2007 à la loi dite de « mémoire historique ». Cependant, le texte comporte de nombreux écueils. Si la loi de 2007 condamne officiellement le franquisme et déclare illégitimes les sentences prononcées par la dictature franquiste, elle ne les annule pas et n’affirme pas l’illégalité des tribunaux franquistes5.

Faisant face à ces manquements, les associations mémorielles se sont tournées vers la justice internationale pour les combattre. Elles ont aussi construit des instruments de lutte au service de la vérité, de la justice et de la réparation6.

Dans leur sillage, d’autres acteurs, comme l’association des victimes du massacre du 3 mars 1976, ont également entrepris des recours devant les tribunaux tout en déployant d’autres ressources afin d’être reconnus par l’État comme victimes du terrorisme et demander justice. Cette mobilisation s’articule à la volonté de combattre l’oubli de l’événement, un oubli qui s’explique en partie parce que la transition apparait, aujourd’hui encore, comme une période mythifiée, fondée sur un imaginaire politique où le processus de démocratisation aurait été pacifique et modérée. Pourtant, les travaux scientifiques de ces dernières années ont montré qu’après la mort du dictateur, le régime a employé la violence et la terreur pour mettre un terme aux mobilisations populaires d’une ampleur inédite, comme cela fut le cas à Vitoria7

(Extrait)

21 septembre 2022
Note:
Gasteiz est la capitale de l’Alava, une communauté basque avec le Guipuzcoa (San Sebastian-Donosti), la Biskaia (Bilbao). La Navarre ( Pampelune-Iruña) est à part.

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26 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

dauphin (jdd)

fi

« Il est cassé » : à La France insoumise, la chute du dauphin Quatennens

La fulgurante ascension du député Adrien Quatennens, auteur de violences conjugales, connaît un brutal coup d’arrêt. Protégé de Jean-Luc Mélenchon, il figurait parmi ses possibles successeurs.

Bien sûr qu’ils n’ont pas tourné la page. Mais ils aimeraient tellement… Posez une question à un Insoumis sur l’avenir d’Adrien Quatennens, et la réponse oscillera entre un épais silence, un refus poli, ou encore un doigt pointé vers la marche du 16 octobre contre la vie chère organisée par le mouvement, qui, espèrent-ils, devrait leur permettre d’enfin reprendre une bouffée d’oxygène. Mais tous les membres de La France insoumise (LFI) en sont conscients : si l’ascension du député de 32 ans a été fulgurante, la chute qui se dessine l’est plus encore. « Il est cassé », confirme un de ses interlocuteurs récents.

L’absent que l’on remarque

Mardi dernier, lors de la conférence de presse de rentrée du groupe LFI à l’Assemblée nationale, le grand roux à la coiffure en brosse a été l’absent que l’on remarque. Jeudi et vendredi, le député du Nord se faisait à nouveau porter pâle lors des journées parlementaires du mouvement. Le voilà désormais « en retrait » de son poste de coordinateur du parti, et de son mandat de député, après avoir reconnu, entre autres, avoir giflé sa femme.

Mélenchon ne comprend pas que c’est une question de société

« Adrien décide de tout prendre sur lui, avait alors tweeté Jean-Luc Mélenchon. Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection. » De quoi s’attirer les foudres des féministes et, chose rare, d’une partie de son camp. « Mélenchon ne comprend pas que c’est une question de société, regrette la députée ­écologiste ­Sandrine Rousseau. Il est comme un animal acculé, il devient agressif. »

Comme une petite poignée d’autres, Quatennens figurait en bonne place sur la liste des successeurs possibles au tribun Insoumis. « Jean-Luc Mélenchon a permis de former une très bonne deuxième ligne, souligne le député Manuel Bompard. Adrien Quatennens en faisait partie, c’est une évidence. » Même si un autre député LFI relativise : « Il est interprète, il répète la ligne, mais on ne voit pas ­l’originalité de sa parole. »

La définition de son « retrait » reste floue

Il y a dix jours, au moment des révélations du Canard enchaîné sur le dépôt d’une main courante par la compagne de Quatennens, un député de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), interdit, relayait le sentiment général : « Nous sommes tous tombés de notre chaise, même si nous avions vu à nos journées d’été qu’il n’était pas bien. Ça va le mettre à plat moralement. » Et de déceler, sur ces questions, une forme de dualité chez les Insoumis : « Nous avons une culture un peu viriliste, avec un vieux fond lambertiste [un courant trotskiste dont est issu Mélenchon], et une vraie culture féministe. »

Mercredi, lors de la réunion de l’intergroupe de la Nupes, les partenaires des Insoumis ont bien sûr abordé le sujet. Interrogeant leurs alliés sur la signification exacte du terme « retrait », ils n’en ont obtenu qu’une définition floue, et une durée indéfinie. « À ce stade, nous n’avons pas d’éléments précis sur Adrien Quatennens ni sur la suite », relève un participant.

Aujourd’hui, de nombreuses féministes, comme l’élue écologiste de Paris Raphaëlle Rémy-Leleu, demandent plus : sa démission. Ses camarades Insoumis, eux, ne l’exigent pas.« Il n’est pas interdit d’hémicycle », relève la députée LFI Danièle Obono. « En tant que femme politique, féministe, de gauche, j’ai toujours souhaité des sanctions politiques à la mesure des actes commis, pointe l’eurodéputée Manon Aubry.

Son retrait était nécessaire. Maintenant, nul ne sait ce qui va advenir de l’information judiciaire » ouverte par le parquet de Lille. Rousseau, qui a eu Quatennens au téléphone, aimerait « que son suppléant le remplace le temps de l’instruction », mais il faudrait pour cela changer la loi.

Pour l’heure, nul ne sait s’il sera présent à la reprise des travaux au Palais-Bourbon, le 3 octobre.​ Mélenchon, lui, a déclaré samedi soir sur France 2 dans l’émission Quelle époque ! souhaiter que son protégé revienne dans le combat politique une fois cette affaire apurée.

Ascension éclair

Jusqu’ici, son parcours politique avait ressemblé à un sans-faute. En juin 2018, dans une interview à Libération consacrée à son jeune poulain, Jean-Luc Mélenchon multipliait les éloges : « Il représente beaucoup pour moi […] Il m’inspire une confiance totale. À 28 ans, il est plus fort que tous ces poulets d’élevage. »

Un an plus tard, Quatennens était bombardé « coordinateur » de LFI, prenant de vitesse toute une génération arrimée à Mélenchon depuis des années, et qui guignait sa ­succession. « À un moment où tout le monde voyait arriver l’affrontement entre Clémentine Autain, Éric Coquerel et Alexis Corbière, Jean-Luc leur a coupé l’herbe sous le pied : nommer Quatennens, c’était le moyen d’éviter ça », note François Cocq, qui fut longtemps, lui aussi, un compagnon de route.

Rien ne promettait au Lillois une telle trajectoire. « Je ne me souviens pas avoir assisté à la moindre discussion politique à la maison », confessait-il en 2021 dans son livre Génération Mélenchon (Seuil), évoquant des parents électeurs de droite.

Jeune, il étanche sa soif de politique en passant des heures à lire des argumentaires sur le site Internet de la Ligue communiste révolutionnaire, avant de rejoindre l’association altermondialiste Attac. Il décroche à la fac, s’inscrit en BTS commercial, en alternance chez EDF. Au printemps 2012, il se rend à un meeting de Mélenchon, qui semble le transporter, et adhère peu après au Parti de gauche, l’ancêtre de LFI. « ­Militant bénévole, j’y consacrais autant d’heures que si j’avais été permanent du parti », écrit dans son livre l’ancien conseiller clientèle chez EDF. C’est le début de l’ascension de celui que les siens décrivent comme « humble » et « gros ­bosseur ».

De la course à la succession à la quête de la rédemption

En 2017, à moins de 30 ans, il conquiert son premier mandat à l’Assemblée nationale. L’arène aurait pu se révéler intimidante : il n’en est rien. Il aime le spectacle, la mise en scène et le public. Petit, n’avait-il pas passé, « pour le plaisir, le casting de Graines de star sur la plage de [s]on lieu de vacances avec une reprise a cappella de Vivre pour le meilleur, de Johnny Hallyday », comme il le raconte dans son livre.

Tout juste élu, le député se porte volontaire pour croiser le fer avec la ministre du Travail d’alors, Muriel Pénicaud, qui veut réformer le droit du travail par ordonnances. Il peaufine son intervention tout un week-end, transformant la table à repasser en pupitre pour mieux répéter la scène dans son salon.

À la tribune, Quatennens dénonce un « meurtre avec préméditation du Code du travail » et lance aux macronistes : « Voulez-vous que l’Histoire retienne que votre marche est d’abord un piétinement d’un siècle de lutte sociale ? » Son aisance et ses formules, sa capacité à débattre lui assurent un décollage fulgurant.

Aujourd’hui écarté des lumières, il passe de la course à la succession à la quête de la rédemption. Non sans dommages collatéraux : pour avoir déclaré qu’« une gifle n’est jamais acceptable, mais elle n’est pas égale à un homme qui bat sa femme tous les jours », semblant ainsi minimiser le geste de son camarade, c’est au tour de Manuel ­Bompard, autre dauphin potentiel de Mélenchon, de subir les répliques du séisme Quatennens.

26 septembre 2022

  • Anne-Charlotte Dusseaulx Arthur Nazaret

https://www.lejdd.fr/

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