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29 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Eric Toussain 1 (Inprecor)

Eric Toussain 1 (Inprecor) dans A gauche du PS
Photo : Gregor Fischer, Flickr, CC

Une Europe qui vire au noir et au brun

Dans cet entretien, Éric Toussaint réalise un tour d’horizon du bilan des élections européennes, de la montée de l’extrême droite et des possibilités à gauche.

Comment interpréter les résultats des élections européennes ?

Première observation, lors des élections européennes qui se sont déroulées dans les 27 pays membres de l’UE entre le 6 et le 9 juin 2024, le taux de participation a de nouveau été très faible. En moyenne, pour l’Union européenne, il s’est élevé à 51%.

Il faut prendre en compte que des pays où le vote est obligatoire rentrent dans le calcul de cette moyenne, comme c’est le cas pour la Belgique, ou le taux de participation s’est élevé à 90%1 . Sans eux, le pourcentage de participation passerait en dessous de la barre des 50%.

Sur les 27 pays membres de l’UE, 15 pays affichent un taux de participation inférieur à 50%. Et des pays récemment entrés dans l’UE ont connu des taux extrêmement faibles. En Italie on constate 6 points de pourcentage de moins qu’en 2019. En Croatie le taux de participation n’a atteint que 21,35%. A noter que la Croatie n’est rentrée dans l’UE qu’en 2013 et seulement en 2023 dans la zone Euro et l’espace Schengen.

En Lituanie, qui a adhéré à l’UE en 2004, le taux de participation s’est élevé à 28,35%. Pour les deux autres républiques baltes, le taux s’élève pour la Lettonie à 34% et pour l’Estonie à 37,6%. Les autres pays où la participation a été faible : la Tchéquie avec 36,45%, la Slovaquie avec 34,40%, le Portugal avec 36,5%, la Finlande avec 40,4, la Bulgarie avec 33,8% et la Grèce avec 41,4% (alors que dans ces deux pays le vote est obligatoire !).

Parmi les grands pays de l’Union européenne, seule l’Allemagne dépasse les 50% de participation en atteignant 65%.

Conclusion : La majorité des citoyens et des citoyennes de l’Union européenne n’ont aucun engouement pour les institutions de l’UE et n’ont pas confiance dans l’utilité d’utiliser leur droit de vote.

Les citoyens et les citoyennes des pays de l’ancien bloc de l’Est ou du Sud de l’Europe qui avaient beaucoup d’espoir au moment où leur pays à adhérer à l’UE ou plus tard à la zone euro ou à l’espace Schengen sont clairement déçu·es par les promesses non tenues d’amélioration des conditions de vie.

La progression des droits sociaux ne s’est pas concrétisées, au contraire. S’il adopte quelques fois des résolutions relativement positives, le Parlement européen n’a pas de véritable pouvoir. C’est la Commission et le Conseil qui, au sein de l’UE, prennent véritablement les décisions et les grands pays comme l’Allemagne et la France y exercent une influence décisive.

Il ne faut pas non plus oublier le rôle coercitif de la Banque centrale européenne qui a montré à plusieurs occasions, comme dans le cas de la Grèce en 2015, qu’elle voulait et pouvait déstabiliser un gouvernement qui ne suivait pas docilement la politique voulue par les dirigeant·es de l’UE.

Une politique exigée par les gouvernements des pays qui dominent économiquement et politiquement l’Union et par les grandes entreprises privées, en particulier les grandes banques privées et les fonds d’investissement.

Les citoyens et citoyennes se sont aussi rendus compte que pendant la pandémie du coronavirus (2020-2021), les dirigeant·es de l’UE étaient incapables d’adopter des politiques sanitaires pour les protéger efficacement. Et depuis lors, l’UE n’a rien fait pour améliorer structurellement la situation, refusant de se doter d’une industrie pharmaceutique capable de répondre à une prochaine pandémie, refusant de soutenir la proposition avancée par 135 pays du sud Global de suspendre l’application des brevets, empêchant l’accès universel aux vaccins et préférant par contre soutenir l’industrie européenne d’armement et accroître les dépenses militaires.

Deuxième observation, il y a un renforcement très important des forces conservatrices de droite et des forces d’extrême droite. Les forces politiques qui se présentaient comme centristes, ou centre-droit, tout en menant une politique de droite dure par rapport aux migrant·es, aux candidat·es au droit d’asile, à la remilitarisation accélérée de l’Europe, ont souffert dans certains cas de lourdes pertes.

C’est en particulier le cas du regroupement autour du parti d’Emmanuel Macron, Renaissance, qui a perdu 10 sièges, passant de 23 à 13. Autre exemple, l’Open VLD du premier ministre belge Alexander De Croo, qui a perdu la moitié de ses sièges. Les électeur·ices préfèrent l’original (d’extrême-droite ou de droite conservatrice dure) à la copie.

Les autres grands perdants sont les Verts européens qui ont payé leur compromission en matière de politique pour faire face au changement climatique, à la crise écologique, ou pour gérer les flux migratoires et la politique du droit d’asile. Ils ont également payé leur appui à la politique de remilitarisation de l’Europe et l’alignement sur l’OTAN.

En effet, à certaines occasions, les Verts, ont joué un rôle fondamental dans la formation de majorités au Parlement et dans l’approbation des principales mesures de la législature 2019-2024 (Pacte vert, remilitarisation européenne, Pacte sur l’immigration et l’asile, etc.). Dans leurs pays respectifs, ils ont accompagné des politiques de droite comme en Allemagne et en Belgique.

Comme l’écrit Miguel Urban : « Si, en 2019, ils se sont imposés, dans une certaine mesure, comme des forces de renouvellement et de modernisation d’une gouvernance bipartisane dépassée, leur incapacité à répondre aux attentes les a conduits à payer un coût électoral élevé. »2  Le groupe des Verts européens perd 19 sièges, passant de 71 sièges à 52 sièges. De 4e groupe au sein du Parlement européen, ou il devançait les deux groupes parlementaires de l’extrême droite – ECR et ID (voir plus loin), il passe à la sixième place. Il est donc dorénavant devancé par ces deux groupes.

Troisième observation, la coalition de 3 groupes parlementaires qui gouvernent les institutions européennes, c’est-à-dire, le groupe du Parti Populaire européen, le groupe social-démocrate des partis socialistes et Renew Europe (qui inclut notamment Renaissance d’Emmanuel Macron, l’Open VLD d’Alexander de Croo – qui a démissionné le soir des élections suite à la défaite de son parti – et le VVD de Mark Rutte, ex-premier ministre hollandais), conserve une majorité même si elle est amoindrie, car elle passe de 417 sièges à 406 et peut continuer de gouverner l’UE.

Mais le groupe dominant au sein de cette coalition, à savoir le groupe du Parti populaire européen, dans lequel prédomine la CDU-CSU de Ursula Vander Leyen et le Parti populaire espagnol est clairement tenté de tendre la main à Giorgia Meloni et à son parti d’extrême droite, les Fratellis d’Italie (membre du groupe parlementaire européen ECR) afin d’inclure l’Italie dans la gouvernance européenne.

De son côté, Giorgia Meloni, s’appuie sur son succès électoral le 9 juin et sur la progression du groupe parlementaire d’extrême droite, sur lequel elle exerce un leadership, qui passe de 69 eurodéputé·es à 83. Elle exige un poste parmi ceux des principaux dirigeant·es de l’UE en arguant que Renew Europe est passé de 102 europarlementaires à 81. On verra fin juin, si elle obtient satisfaction.

Quatrième observation, le groupe de la « gauche radicale » – qui constitue le plus petit groupe au sein du parlement européen – malgré des pertes dans certains pays comme le Portugal où tant le Bloc de Gauche que le PCP perdent près de la moitié des voix et des sièges, se renforce globalement, passant de 37 sièges à 39.

Il pourrait encore croître vu que des non-inscrit·es et des indépendant·es, qui représentent plus de 80 eurodéputé·es, pourraient le rejoindre. Au-delà de la composition et du nombre du groupe de la gauche radicale The Left, il faut relever certains succès.

C’est le cas du bon résultat de la France Insoumise par rapport aux résultats de 2019, qui passe de 7 à 9 parlementaires, et qui atteint près de 10% des voix. Il faut ajouter également le résultat de la gauche radicale en Belgique, avec le progrès du PTB, qui double son score et sa représentation au Parlement européen (voir plus loin). Notons aussi le cas de l’Italie où l’alliance verte et de gauche atteint près de 7% des voix et obtient deux europarlementaires (voir plus loin).

Cinquième observation, la crise des régimes politiques continue à se traduire, outre le renforcement de l’extrême droite, par l’apparition et le succès de listes éphémères tirant avantage de leur impact sur les réseaux sociaux et de la recherche d’alternatives hors des partis politiques traditionnels ou même d’extrême-droite « classique ».

Deux exemples de ce phénomène : la liste de Fidias Panayiotou, un tiktoker chypriote de 24 ans, qui a été la troisième force remportant un siège au Parlement européen avec près de 20 % des voix, et Alvise Pérez, le candidat de Se Acabó La Fiesta (La fête est finie), l’une des nouveautés électorales en Espagne qui a obtenu trois députés européens avec 800 000 voix.

Alvise Pérez est très actif sur les réseaux sociaux Telegram et Twiter / X sur lesquels ils diffusent des fakenews clairement orientées à droite. Dernièrement, X lui a retiré l’accès au réseau. Il fait l’objet de plusieurs poursuites pénales pour diffamation et espère bien profiter du statut d’eurodéputé pour y échapper durant la durée de son mandat.

Quelle est l’ampleur du renforcement de l’extrême-droite ?

Les deux groupes parlementaires d’extrême droite, qui ensemble regroupaient 118 député·es en 2019, sortent renforcés des élections de 2024. Ils comptent 134 député·es européen-nes. Cela monte à 149 parlementaires si on y ajoute les 15 parlementaires de l’extrême droite allemande Alternative für Deutschland AFD (qui, suite à des prises de positions pro nazie de son candidat principal pendant la campagne européenne, a été exclu en mai 2024 du groupe Identité et Démocratie -ID- dominé par le RN de Marine Le Pen).

A noter que l’AFD est devenue le 9 juin 2024, avec 15 europarlementaires, la deuxième force politique en Allemagne alors qu’aux élections européennes de 2019, elle occupait la cinquième place avec 9 europarlementaires. Si on y ajoute le parti Fidesz-Union civique hongroise de Viktor Orban qui est venu en tête des élections hongroises et qui a remporté 10 sièges, cela donnerait 159 parlementaires.

Il faut noter effectivement qu’un certain nombre de non-inscrit·es et d’indépendant·es risquent aussi de rejoindre un des deux groupes parlementaires de l’extrême droite. L’extrême droite a réussi à devenir la première force politique en Italie (Frères d’Italie), en France (RN), en Hongrie (Fidesz-Union civique hongroise), aux Pays-Bas (PVV Partij voor de Vrijheid de Geert Wilders) et en Autriche (FPÖ).

Et la deuxième force en Allemagne (AFD) et en Belgique (grâce au succès de Vlaams Belang dans la partie flamande du pays où il occupe la deuxième place derrière la NVA, un parti de droite radical). L’extrême droite n’a cessé de progresser en Europe depuis le début du siècle.

Comme le souligne Miguel Urban, eurodéputé sortant d’Anticapitalistas, il y a 20 ans, les parlementaires de l’extrême droite peinaient à constituer un groupe parlementaire dans le Parlement européen car cela impliquait d’avoir des élu·es dans 7 pays et d’atteindre au moins 23 sièges.

Aujourd’hui, ils disposent de deux grands groupes parlementaires qui, s’ils s’unissaient, constitueraient la deuxième force politique dans le Parlement européen. Au cours des dix dernières années, l’extrême droite a fait son apparition dans certains pays où elle n’avait jusque-là aucun siège. C’est le cas du Portugal avec l’organisation d’extrême droite Chega, qui aux dernières élections parlementaires de mars 2024, a obtenu 18% des voix et pour la première fois fait son entrée dans le Parlement européen avec 2 sièges, après avoir recueilli 9,8% des voix le 9 juin.

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29 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Sud Liban (Inprecor)

Sud Liban (Inprecor) dans A gauche du PS

Les battements de tambour au Sud-Liban préludent-ils à une guerre totale ?

Ces dernières semaines ont été marquées par une forte escalade de l’échange de tirs entre la résistance libanaise et les forces israéliennes au Sud-Liban/Nord de l’État sioniste. Cette escalade s’est accompagnée d’une escalade des déclarations et menaces entre les deux parties, avec une menace israélienne croissante de lancer une guerre totale sur toutes les zones où le Hezbollah est déployé afin de leur infliger un sort similaire à celui de la bande de Gaza quant à l’intensité de la destruction.

Cependant, alors que des sources de l’armée israélienne affirment qu’elle est tout à fait prête à mener cette guerre, ces affirmations sont contredites par les efforts en cours pour augmenter le nombre de réservistes mobilisés de 300 000 à 350 000 en relevant l’âge de sortie de la réserve (de 40 à 41 ans pour les soldats, 45 à 46 ans pour les officiers et 49 à 50 ans pour les spécialistes tels que les médecins et les membres du personnel navigant).

De plus, ces efforts continuent de se heurter à l’insistance du commandement militaire sioniste sur la nécessité de mettre fin à l’exemption de conscription pour les élèves des yeshivas ultra-orthodoxes, ce qui augmenterait le nombre de soldats sans accroître le fardeau pour les familles et les emplois des recrues actuelles et donc pour l’économie du pays.

Ainsi, alors que les efforts pour augmenter la mobilisation indiquent certainement la détermination des dirigeants militaires à achever les préparatifs d’une guerre totale contre le Liban, ils indiquent en même temps que l’escalade des menaces du côté israélien ne reflète pas une intention réelle de lancer une guerre à grande échelle contre le Liban dans les circonstances actuelles,

D’autant plus que tout le monde sait que le coût d’une telle guerre pour l’État sioniste serait beaucoup plus élevé que le coût de l’invasion de Gaza, à la fois en termes de coût humain (même si l’armée sioniste s’abstient d’envahir le territoire libanais et se limite à des bombardements intensifs, comme c’est probable, le nombre de victimes des bombardements à l’intérieur de l’État d’Israël sera inévitablement plus important que dans la guerre contre Gaza), militaire (le type d’équipement que l’armée sioniste devra utiliser contre le Hezbollah), et économique.

Cette réalité crée un sérieux problème pour Israël, car il ne peut pas mener une guerre totale contre le Liban sans une forte augmentation de l’aide des États-Unis par rapport à l’aide déjà importante fournie par Washington dans la guerre génocidaire menée contre Gaza.

De plus, puisque le Hezbollah est organiquement lié à Téhéran, une guerre totale des forces sionistes contre le Liban pourrait s’étendre à l’Iran, qui pourrait tirer des roquettes et des drones sur l’État d’Israël, comme il l’a fait en avril dernier.

À la lumière de cette dépendance de l’attaque israélienne envers l’aide américaine, l’escalade soudaine de la rhétorique de Netanyahu contre l’administration Biden ces derniers jours est une preuve supplémentaire du fait que le gouvernement sioniste n’est pas disposé à lancer une guerre totale contre le Liban dans les circonstances actuelles, le comportement de Netanyahu envers Washington étant en contradiction avec le besoin de son armée d’obtenir encore plus de soutien américain qu’elle n’en a reçu jusqu’à présent.

Il est ainsi devenu clair que Netanyahu parie sur la victoire de Donald Trump pour un second mandat aux élections américaines prévues début novembre. Il agit comme un joueur qui a décidé de jeter tout ce qu’il avait sur la table pour un quitte ou double. En outre, Netanyahu bénéficie politiquement de l’escalade des tensions entre lui et l’administration Biden, qui augmente sa popularité en le faisant apparaître comme un dirigeant sioniste qui résiste aux pressions extérieures, même dans les circonstances les plus difficiles.

Il se prépare à un nouveau tour de ce jeu politique en faisant la démonstration du soutien politique important dont il bénéficie au Congrès américain contre l’administration Biden lorsqu’il se rendra à Washington pour prononcer son quatrième discours devant une session conjointe de la Chambre des représentants et du Sénat le 24 juillet.

Si Trump remporte les élections, Netanyahu s’attendra à un soutien libre du genre de limitation et de pression que l’administration Biden a récemment tenté de lui imposer. Si Trump perd, Netanyahu négociera probablement avec l’administration Biden et l’opposition sioniste pour obtenir des garanties lui permettant de mettre un terme à sa dépendance à l’égard de l’extrême droite sioniste dans son gouvernement et former un cabinet d’« unité nationale » qu’il dirigerait jusqu’aux prochaines élections en 2026.

L’opposition, pour sa part, tentera certainement de se débarrasser de lui, en divisant la coalition sur laquelle s’appuie son gouvernement actuel à la Knesset et en forçant des élections anticipées.

Ne pensez cependant pas que la lutte politique au sein de l’élite politique sioniste est entre faucons et colombes : c’est plutôt entre faucons et vautours qu’elle se déroule.

Les deux parties, Netanyahu et l’opposition, estiment qu’il n’y a pas de troisième option sur leur front nord : soit le Hezbollah accepte de se retirer vers le nord en application de la résolution 1701 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU après la guerre des 33 jours en 2006, soit ils mèneront une guerre dévastatrice contre le Hezbollah à un coût élevé qu’ils jugent tous nécessaire pour rétablir la capacité de dissuasion de leur État, considérablement diminuée sur le front libanais depuis le 7 octobre.

26 juin 2024 Gilbert Achcar

https://inprecor.fr/

Traduction de ma tribune hebdomadaire dans le quotidien de langue arabe, Al-Quds al-Arabi, basé à Londres. Cet article est paru le 25 juin en ligne et dans le numéro imprimé du 26 juin. Vous pouvez librement le reproduire en indiquant la source avec le lien correspondant.

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28 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Finlande (Contretemps)

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Finlande : l’Alliance de gauche vient de battre l’extrême droite. Entretien avec Li Andersson

Les élections européennes ont vu les partis d’extrême droite gagner du terrain, mais en Finlande c’est l’Alliance de gauche [gauche radicale] qui a réussi une percée, en réalisant un score de 17 %, tandis que l’extrême droite (le Parti des Finlandais) régressait de 13,8% à 7,6%. La dirigeante de l’Alliance de gauche, Li Andersson, explique dans cet entretien les raisons de son succès et comment son parti a fait reculer l’extrême droite.

Les forces politiques xénophobes et racistes ont progressé dans une grande partie de l’Union européenne, notamment en France et en Autriche. Ces partis contrôlent désormais collectivement près d’un quart des sièges, y compris ceux qui ont des liens avec les néo-nazis, comme l’Alternative für Deutschland (AfD) en Allemagne et le Front National Populaire (ELAM) à Chypre.

L’Europe du Nord s’est démarquée de cette sinistre tendance, et les nouvelles en provenance de Finlande ont été particulièrement intéressantes. Alors que le Parti des Finlandais d’extrême droite est une composante du gouvernement depuis un an, le grand vainqueur du scrutin de dimanche se situe à l’autre extrémité de l’échiquier politique. L’Alliance de Gauche socialiste a obtenu 17,3 % des voix et a envoyé trois député.es au Parlement européens, ce qui la place en deuxième position derrière le Parti de la Coalition Nationale de centre-droit. Le Parti des Finlandais a perdu un siège, passant de 13,8 à 7,6 % des voix.

La dirigeante de l’Alliance de Gauche, Li Andersson, a obtenu 247 600 voix, soit une voix sur sept de tous les suffrages exprimés en Finlande. C’est le plus grand nombre de voix qu’un.e candidat.e aux législatives finlandaises ait jamais obtenu, et le meilleur score de la gauche radicale finlandaise depuis 1979. Sans surprise pour une candidate de gauche, elle a fermement rejeté les attaques incessantes contre les travailleurs.ses et les immigré.es en Finlande et dans toute l’Europe.

Mais sa campagne victorieuse a également appelé à des sanctions contre Israël pour sa guerre contre Gaza, à des restrictions sur les armes nucléaires et à l’apaisement des relations entre la Finlande et la Chine. Bien qu’elle ait lancé des appels qui ont mis en colère la presse de droite – comme le fait d’autoriser les député.es de l’Alliance de Gauche à voter librement au Parlement sur l’adhésion de la Finlande à l’OTAN – 25 % des électeurs et des électrices de Finlande la considèrent comme la dirigeante de parti la plus compétente du pays.

Chris Dite, de Jacobin, s’est entretenu avec Li Andersson au sujet du défi lancé par l’Alliance de Gauche à l’extrême droite, de la menace de guerre et de la construction d’une alternative internationale de gauche.

CHRIS DITE : Beaucoup de gens en Europe vont regarder vos résultats [en Finlande] avec envie. Comment avez-vous fait ?

LI ANDERSSON : Tous les partis rouges et verts ont obtenu de très bons résultats en Finlande, au Danemark et en Suède. Beaucoup de travail a été fait dans les pays nordiques pour créer et construire des partis modernes qui combinent une politique environnementale et climatique ambitieuse avec les thèmes traditionnels de la gauche : les droits des travailleurs.ses, l’investissement dans les services sociaux, l’égalité de la répartition des revenus, etc.

On peut vraiment voir que la gauche est en train de changer. Ces partis s’affirment comme de véritables acteurs de pouvoir à part entière, et non comme de simples partis de soutien aux sociaux-démocrates. En Finlande et au Danemark, les partis rouge-vert ont obtenu plus de voix que les partis sociaux-démocrates traditionnels. Cela montre qu’ils deviennent pour de nombreux électeurs une sorte de « première alternative » à gauche.

CHRIS DITE : Le vote pour l’extrême droite finlandaise s’est effondré lors de ces élections. Les électeurs punissent-ils le Parti des Finlandais pour les mesures d’austérité qu’il a prises depuis qu’il est au pouvoir ?

LI ANDERSSON : Les partis d’extrême droite sont actuellement au pouvoir en Finlande et en Suède, ils travaillent avec la droite traditionnelle et influencent la politique. Les électeurs ont vu ce qu’ils font lorsqu’ils sont au pouvoir.

En Finlande, ils ont trahi presque toutes les promesses électorales sur lesquelles ils avaient fait campagne. Les politiques économiques qu’ils mettent en œuvre sont exactement les mêmes, voire pires, que celles des partis de droite traditionnels. Nous avons assisté à des réductions historiques des revenus et de la sécurité sociale pour de nombreux travailleurs et travailleuses à faibles revenus, ainsi qu’à des attaques historiques contre les syndicats et les droits des travailleurs et des travailleuses.

Tout au long de notre campagne, le message que nous avons adressé aux électeurs et aux électrices était que nous devions nous assurer que ce même type de changement politique ne se produise pas au niveau européen. Ainsi, parce que les électeurs set les électrices savent ce que signifie la collaboration entre l’extrême droite et la droite traditionnelle, ils et elles ont abandonné l’extrême droite. Le Parti des Finlandais a connu de très mauvais résultats à ces élections, et les Démocrates de Suède, d’extrême-droite, ont également perdu gros.

CHRIS DITE : Certains des partis avec lesquels vous serez en contact au Parlement européen ont à peine caché leurs liens avec les néonazis. Votre expérience avec le Parti des Finlandais vous a-t-elle préparé à cela ? Quelle est la meilleure façon de contrer l’attrait de l’extrême droite ?

LI ANDERSSON : Ces partis peuvent se dire « nationalistes », mais l’expérience finlandaise montre que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite a des conséquences terribles pour les gens ordinaires. Le Parti des Finlandais a trahi tous les citoyens ordinaires qui ont voté pour lui, sur toutes les questions liées à leurs droits et à leur vie quotidienne.

Au sein du gouvernement, la seule question qui préoccupait le Parti des Finlandais lorsqu’il négociait avec ses partenaires de coalition était celle de l’immigration. Ils voulaient que la politique migratoire finlandaise, déjà très restrictive, le devienne encore plus. Ils étaient prêts à sacrifier tout le reste : les travailleurs et les travailleuses, les personnes à faible revenu, les personnes qui ont besoin de services sociaux et de soins de santé. Une partie importante de la stratégie de lutte contre l’extrême droite consiste à mettre en avant cette expérience finlandaise.

L’extrême droite tire un grand profit du cynisme à l’égard de l’avenir. Elle entraîne l’atmosphère politique dans une direction où elle est si terrible que beaucoup de gens ne veulent plus se lancer dans la politique. Cela a un effet négatif et réel sur la démocratie, en particulier pour les personnes appartenant aux minorités.

L’autre enseignement que je tire des résultats des élections dans les pays nordiques est que pour contrer l’extrême droite, nous avons besoin d’une orientation politique rouge-verte qui crée de l’espoir. Nous devons montrer aux gens que nous sommes capables de répondre à la grande crise écologique qui affecte notre avenir à tous et à toutes, que nous n’avons pas perdu cette course, qu’il est possible de changer la situation.

L’autre élément crucial est la partie « rouge ». Aux niveaux européen et national, nous pouvons détourner l’attention des partis d’extrême droite en prenant au sérieux les questions sociales et en adoptant un programme progressiste pour s’attaquer au coût de la vie, au logement, aux droits des travailleurs, aux services sociaux et aux soins de santé. Nous devons montrer que lorsque la gauche est au pouvoir, nous pouvons apporter des changements qui ont un impact sur la vie quotidienne des gens ordinaires.

CHRIS DITE : Les jeunes qui s’organisent en Finlande contre la guerre à Gaza ont récemment gagné sur certaines de leurs revendications. L’Alliance de Gauche a été une voix cohérente contre la guerre à Gaza et les profits que le Parti des Finlandais tire de la violence israélienne. Pensez-vous que la jeune génération est en train de faire évoluer le débat sur la Palestine ?

LI ANDERSSON : Absolument. Pour de nombreux jeunes électeurs et électrices en Finlande, Gaza est l’une des questions les plus importantes. D’après ce que j’ai compris, il en va de même dans les autres pays nordiques. Beaucoup de jeunes ont été choqué.es par le fait que le monde soit incapable d’arrêter la souffrance humaine à l’échelle de ce que nous avons vu à Gaza. Pour beaucoup de jeunes, le double standard est incompréhensible.

L’Alliance de Gauche a beaucoup parlé des implications que cela aura pour le soi-disant « bloc occidental » dans ses relations avec le Sud et le reste du monde. C’est une façon d’agir tellement illogique : d’abord exiger que tout le monde se joigne à la condamnation de la Russie, mais ensuite refuser de faire de même lorsqu’il s’agit d’Israël. De la même manière que nous devrions tous et toutes condamner l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie, nous devrions être en mesure de condamner les actions d’Israël à Gaza, qui constituent également une violation flagrante du droit international.

L’Alliance de Gauche a appelé à des sanctions contre Israël, ainsi qu’au gel de l’accord de libre-échange entre l’UE et Israël, afin de faire pression sur Israël pour qu’il cesse ses agissements.

CHRIS DITE : Au cours de votre campagne, vous avez plaidé en faveur d’une relance du débat sur les armes nucléaires en Finlande. L’année dernière, en tant que cheffe de parti, vous avez autorisé vos député.es à voter librement sur la question de l’adhésion à l’OTAN. Quelles sont les complexités du débat finlandais sur la guerre et la paix en Europe ?

LI ANDERSSON : Pour les Finlandais, où ils se trouvent, la guerre et la paix ne sont pas quelque chose de théorique. Dans toutes les familles, les gens ont connu la guerre il y a quelques générations. Nous avons également une armée de conscription générale, ce qui signifie que les citoyens ordinaires font leur service militaire. Ils savent que s’il devait y avoir une guerre, cela signifierait un engagement pour tout le monde. Ce n’est pas comme aux États-Unis, où seule la classe travailleuse paie le prix.

Pour ces raisons, la politique de sécurité mobilise un large éventail d’électeurs et d’électrices en Finlande. On peut le voir dans le soutien que la Finlande a apporté à l’Ukraine : beaucoup de Finlandais et Finlandaises s’identifient à la situation de ce pays sur la base de nos propres expériences historiques.

On peut également le voir dans l’évolution des attitudes vis-à-vis de l’adhésion à l’OTAN. Pour les Finlandais.es, le fait que notre voisin soit prêt à lancer une invasion à grande échelle d’un autre pays indépendant a vraiment frappé les esprits. L’opinion commune était que nous devions faire partie de quelque chose de plus grand que nous, afin de réduire la probabilité qu’une telle chose arrive à notre propre pays. C’est ce qui a amené nombre d’électeurs et électrices de gauche à changer d’attitude vis-à-vis de l’adhésion à l’OTAN. J’aurais aimé qu’il y ait une option européenne pour la Finlande afin d’obtenir cette garantie de sécurité, mais il n’y en avait pas vraiment.

Dans le même temps, l’opinion publique soutient fermement la lutte contre les armes nucléaires. La loi actuelle en Finlande interdit l’importation et le stockage d’armes nucléaires sur le territoire finlandais. Ne pas changer cette loi reste notre ligne de parti. En ce qui concerne la décision d’autoriser un vote libre sur l’adhésion à l’OTAN, nous avons vu à l’époque que les opinions étaient divisées au sein du parti, du groupe parlementaire et de notre base électorale. S’il existe réellement des divergences d’opinion au sein du parti, il est parfois plus judicieux de créer une atmosphère propice à un désaccord constructif, plutôt que d’obliger tout le monde à voter à l’unanimité.

CHRIS DITE : Vous êtes actuellement la personnalité politique la plus populaire de Finlande, mais vous avez démissionné de la direction du parti pour assumer votre rôle au Parlement européen. Cela place-t-il l’Alliance de Gauche dans une position délicate en vue des prochaines élections municipales ?

LI ANDERSSON : Non, je ne pense pas. Il est bon de changer de direction lorsque le parti est en bonne position. C’est toujours pire si vous devez partir parce qu’il y a eu une crise, ou que vous avez perdu une élection ou quelque chose comme ça.

Le nombre de membres de l’Alliance de Gauche n’a jamais été aussi élevé depuis quinze ans, et de nombreuses nouvelles personnes nous ont rejoints depuis le jour de l’élection. Dans les sondages nationaux, nous sommes toujours plus haut que lors des dernières élections législatives. Nous avons beaucoup de très bons nouveaux parlementaires, mais nous avons aussi des parlementaires expérimenté.es qui siègent pour leur troisième ou quatrième mandat.

Nous avons été en mesure de maintenir notre soutien à ce niveau très élevé, et maintenant nous avons trois membres au Parlement européen. Nous avons la possibilité de participer aux débats au niveau européen, à une échelle beaucoup plus large que celle que nous avons connue jusqu’à présent. Bien entendu, nous pouvons également utiliser cette influence et ces ressources au niveau national en Finlande. Tout cela nous place en bonne position pour l’avenir.

Li Andersson est présidente de l’Alliance de Gauche finlandaise et membre du Parlement pour Finland Proper. Chris Dite est enseignant et libraire à Melbourne. Il est membre du syndicat Independent Education Union of Australia (IEU) et du syndicat des travailleurs du commerce de détail et de la restauration rapide (RAFFWU).

Initialement publié par Jacobin.

https://www.contretemps.eu/

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28 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Jeunes (Yonne L’Autre )

jeunes

Jeunesse présumée délinquante : les contre-vérités d’Attal et de Bardella

La jeunesse serait plus violente qu’avant et la délinquance des mineurs augmenterait. Autant de contre-vérités assénées par Bardella (RN) comme par Attal (Renaissance) qui font craindre un avenir de coercition pour la jeunesse du pays.

Le premier ministre Gabriel Attal utilisait déjà des mots extrêmement durs à l’encontre de la jeunesse, qu’il accusait, il y a deux mois, d’être à l’origine d’un « déchaînement de violence » et face à laquelle il fallait « contre-attaquer ».

Autrement dit acter une « sanction immédiate », détricoter l’excuse de minorité (un enfant ou un adolescent n’est pas jugé de la même manière qu’un adulte), envisager une mesure de composition pénale (sans juge donc) pour les mineurs dès 13 ans, penser la comparution immédiate pour les jeunes à partir de 16 ans, créer des mesures d’intérêt éducatif (l’équivalent de travaux d’intérêt général, mais pour des mineurs) [1], envoyer certains « pour 15 jours » dans des foyers de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).

Une logorrhée qui fleure bon la fameuse autorité, mantra de la majorité actuelle, que ce soit pour l’école ou pour la jeunesse présumée délinquante. Ce discours faisait suite à une semaine particulièrement difficile de rixes entre adolescents, et dans lequel Gabriel Attal faisait tout reposer sur les épaules d’une jeunesse soi-disant de plus en plus violente, faisant fi au passage de réalités sociales complexes, des chiffres de ses propres ministères, des retours des professionnels de la justice, ainsi que de la recherche universitaire.

« Cette habitude qui consiste à prendre des faits divers dramatiques pour en faire des phénomènes de société date de l’époque de Nicolas Sarkozy, explique Christian Mouhanna, sociologue et chercheur au CNRS, spécialiste de la justice pénale. Or là on est carrément sur de la fake news car on relève plutôt une baisse des jeunes mis en cause par la police ou poursuivis par les instances judiciaires. Gabriel Attal n’a même pas regardé le site du ministère de la Justice ou de l’Intérieur ! »

La délinquance des mineurs en baisse

Un constat également fait par le Syndicat de la magistrature, qui dénonce une consultation de façade et s’est fendu d’un courrier explicatif et détaillé à la suite des mesures énumérées par le Premier ministre. Les magistrats y rappellent effectivement que la délinquance des mineurs est en baisse depuis une dizaine d’années, mais que les différentes réformes du code de la justice pénale des mineurs (CJPM) a en revanche conduit à une augmentation significative du nombre de mineurs envoyés en prison (+19 % entre les 1er janvier 2023 et 2024, soit 732 mineurs placés en détention), résultat d’une justice punitive plutôt qu’éducative.

« La délinquance augmente, dit-il, mais c’est faux ! il y a les chiffres du ministère de la Justice qui nous disent qu’il y a -20 % de mineurs impliqués entre 2019 et 2022 », détaille Kim Reuflet, présidente du Syndicat de la magistrature.

En 2019, 218 100 mineurs avaient été mis en cause dans des affaires de délinquance, 168 900 en 2022, soit moins de 3 % de la population âgée de 10 à 17 ans. Les vols et recels simples ou aggravés sont les deux catégories de contentieux les plus fréquentes chez les personnes mineures. Viennent ensuite les coups et violences volontaires puis les dégradations.

« Les mesures du gouvernement visent à montrer un visage de fermeté, mais l’objectif ne semble en aucun cas être la lutte contre la délinquance et la récidive, car si on s’intéresse aux pratiques judiciaires, on sait que tout ce qui est proposé par Gabriel Attal ne marche pas. Une justice plus rapide n’est en rien plus efficace. Ce qu’on sait en revanche c’est que la comparution immédiate amène à la prison. Ces annonces se fondent donc sur des contre-vérités ! », poursuit Kim Reuflet.

Illustration de l’inanité de cette pente uniquement répressive, le taux de re-condamnation dans les cinq ans qui suivent une sortie de détention est encore plus importante pour les jeunes que pour les adultes : de l’ordre de 70 % selon une ancienne étude de 2012. À nature, type d’infraction et peine prononcée donnés, les jeunes délinquants récidivent davantage et plus vite que les condamnés plus âgés. Qu’importe que cette politique qui ne se donne plus les moyens de mesures éducatives, d’insertion et d’alternatives à la détention soit un cuisant échec, RN et macronistes poursuivent la fuite en avant.

Pour ce qui est de l’excuse de minorité, il est déjà légalement possible de l’écarter pour les 16-18 ans en fonction du profil de l’adolescent, rappelle la juriste, qui ajoute que les magistrats ne réclament aucune de ces mesures. Quant à la composition pénale sans juge, si elle existe déjà pour les majeurs, elle semble compliquée à mettre en œuvre pour les mineurs par son principe même de faire disparaître le juge (la peine est prononcée par un procureur).

« Cela pourrait poser un problème constitutionnel car la Convention Internationale des Droits de l’Enfant prévoit des acteurs spécialisés pour rendre la justice à l’encontre des mineurs », explique la magistrate.

Justice laxiste ?

Dans ce fatras de propositions contre-productives, la question de la délinquance des mineurs est par ailleurs complètement décorrélée des enjeux environnementaux et sociétaux. Il n’y est pas question de prévention, ni de mesures éducatives, ni de réinsertion, ni de moyens supplémentaires pour les juges des enfants, la pédopsychiatrie, le travail social ou le milieu scolaire, ni d’aides éducatives.

Or, comme le rappelle Mathieu Moreau, membre du bureau du SNPES-PJJ-FSU, syndicat majoritaire de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), « un jeune qui commet une infraction est le signal que quelque chose ne va pas. Il n’y a pas d’un côté des jeunes fragiles et de l’autre des délinquants fauteurs de troubles, non, il n’y a qu’une seule jeunesse en difficulté. C’est la manière d’exprimer cette difficulté qui diffère ».

L’état catastrophique de la protection de l’enfance en France accentue cette tendance à poser une réponse pénale rapide, faute de suivis solides établis en amont. Le syndicaliste rappelle lui aussi qu’il n’y a rien, à ce jour, qui démontre une explosion de la délinquance. Au contraire. « On essaye de nous faire croire que la justice des mineurs est laxiste, alors qu’au niveau de la PJJ nous on voit bien qu’il y a un durcissement de la réponse pénale. On est très loin d’une justice des enfants émancipatrice ! »

Dans ce contexte répressif qui envoie de plus en plus de mineurs derrière les barreaux, que penser alors des propositions du président du Rassemblement national, Jordan Bardella, qui souhaite mettre fin à l’atténuation de la responsabilité pénale des mineurs (communément appelée « excuse de minorité »), abaisser la majorité pénale à 16 ans et supprimer les allocations familiales des parents de mineurs délinquants ?

« Il y a dans cette vision autoritaire et sécuritaire une forme de continuum avec les mesures proposées par Gabriel Attal, constate Kim Reuflet. Mais il n’y a quand même pas d’amalgame possible tant les questions de justice et de sécurité sont les matrices du RN… en pire. » Si la magistrate s’inquiétait déjà d’une atteinte conséquente aux fondements de la justice pénale des mineurs, la possible arrivée au pouvoir du parti d’extrême droite lui fait craindre qu’un certain nombre de mesures « ne soient encore durcies ».

Une jeunesse plus violente qu’avant ?

D’autant que si l’actuel gouvernement ciblait déjà une certaine jeunesse, celle des quartiers populaires, il est évident que le discours (et peut-être les actes) du RN accentueront cette tendance à l’individualisation, en déroulant ad nauseam les poncifs d’une jeunesse plus violente qu’avant. Un discours erroné vieux comme le monde qui semble pourtant fonctionner auprès d’un électorat conservateur, ce qu’Emmanuel Macron a très bien compris, « lui qui a donné, sous l’influence de Gérald Darmanin, un tournant de plus en plus sécuritaire à son deuxième mandat », analyse Christian Mouhanna.

Et pour cause, ces dernières années, le gouvernement a élargi l’arsenal législatif, donnant la possibilité à l’extrême droite de – peut-être – s’en servir à sa guise. « Le RN pourrait mettre de l’huile sur le feu, notamment dans la police. Que va t-il alors advenir du « jeune », a fortiori du jeune racisé de quartier populaire ? », s’inquiète le sociologue, au vu de ce qu’il nomme un discours « néo-colonial, déjà en vogue à l’époque de Manuel Valls ». Car la jeunesse délinquante n’est, aux yeux de ces politiques, pas n’importe quelle jeunesse.

D’après le sociologue Ugo Palheta, maitre de conférence à l’université de Lille et spécialiste des extrêmes droites, la catégorie des « jeunes » a été largement déterminée par les révoltes successives des quartiers populaires – lesdits jeunes sont, implicitement, ceux qui posent problème. « Ce discours public sur la jeunesse est saturé de stéréotypes racistes depuis les années 80. Il est clair que cela pèse sur les cerveaux aujourd’hui. »

Lorsqu’il s’adresse à la jeunesse non délinquante et hors mesures répressives, le parti d’extrême droite n’en cible qu’une seule, celle qui vote en partie pour lui, à savoir la jeunesse rurale ou semi-rurale, principalement blanche. « Cette dernière est une zone de force pour le RN, même si son discours très libéral en matière économique s’adresse aussi à cette jeunesse, sur le mode « il faut travailler dur ». C’est un discours anti-assistanat, qui dresse, sans réellement le dire, une opposition binaire entre la jeunesse post-coloniale des quartiers et la jeunesse des campagnes. C’est une forme d’urbaphobie. »

Alors que les politiques sécuritaires ont prouvé leur inefficacité depuis le début des années 2000, il est à parier que la jeunesse des quartiers populaires sera très probablement la plus violemment réprimée simplement parce qu’elle est cette jeunesse racisée.

Pour Mathieu Moreau, du SNPES-PJJ-FSU, la question de la constitutionnalité de l’excuse de minorité soulevée par Gabriel Attal, a en soi déjà ouvert grand les portes de « la négation de l’enfant ». « Nier la problématique spécifique de l’enfance et de l’adolescence va à l’encontre de toutes les sciences de l’éducation. Si la digue de la constitution tombe, je ne donne pas cher de la PJJ. » « On est dans une forme de criminalisation de la jeunesse, conclut Christian Mouhanna. Bientôt le fait même d’être jeune va être criminalisé. »

Elsa Gambin 27 juin 2024

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27 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Urgence ( Basta )

Urgence ( Basta ) dans A gauche du PS
Novembre 2020, trois semaines après le passage de la tempête Alex qui a tout dévasté sur son passage

Urgence climatique : « Le programme du Nouveau Front populaire est le plus progressiste »

Le climatoscepticisme du Rassemblement national nous mène tout droit vers le chaos, alors que « nous n’avons que quelques années devant nous pour opérer la transition », alerte Aurélien Boutaud, chercheur spécialiste des limites planétaires.

Dans votre dernier ouvrage Déclarer l’état d’urgence climatique, « comme si la réalité que nous dépeignent les climatologues était une fiction ». Dans quelle mesure le Rassemblement national participe t-il de ce climato-relativisme ?

Aurélien Boutaud : Le RN ne s’est jamais vraiment intéressé à l’écologie, encore moins au climat. Certains élus RN sont climatosceptiques, d’autres considèrent que les membres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) « exagèrent » alors que c’est exactement le contraire. Ce qu’on peut reprocher au Giec, c’est sans doute d’avoir été trop prudent et précautionneux dans ses messages par le passé.

Le discours du RN consiste à dire : « même s’il y a un problème, ce n’est pas si grave ni si urgent que ça ». Cela participe à relativiser l’urgence en prétendant qu’« on a le temps ». C’est ce que j’appelle le gradualisme climatique, qui est très fort au sein du RN. C’est une manière pour ce parti de détourner l’attention vers d’autres sujets, alors que ce qui devrait occuper toute notre attention, c’est l’urgence climatique et la transition écologique.

Au niveau actuel du réchauffement climatique, à +1,1 °C environ par rapport à l’ère préindustrielle, la planète est susceptible de passer cinq « points de bascule », c’est-à-dire un seuil critique au-delà duquel un système peut changer de manière abrupte et irréversible, comme la disparition de la calotte glaciaire du Groenland et de celle de l’Antarctique de l’Ouest ; le dégel des sols gelés en permanence ; la disparition des coraux ; et la perturbation de la circulation océanique dans l’Atlantique Nord. Sur quelle trajectoire nous mènerait l’attentisme du Rassemblement national ?

L’application du programme du RN se traduirait très probablement par une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de la France à court terme. La France ne tiendrait pas ses engagements de limiter le réchauffement à 1,5°C ou 2°C. Or, en l’état, un réchauffement de +1,5°C au niveau mondial pourrait suffire à déclencher de nouveaux « points de bascule », avec des risques d’emballement qui risqueraient de nous faire changer de régime climatique d’ici à la fin du siècle.

Un réchauffement +2 ou +3°C nous conduirait vers des changements irréversibles qui nous feraient potentiellement sortir du régime climatique de l’holocène – cette période climatique au cours de laquelle sont nées les civilisations. Les conditions de fonctionnement des démocraties ne seraient plus du tout garanties.

Avec +4°C de réchauffement mondial, des centaines de millions de personnes seraient obligées de migrer car leurs territoires ne seraient plus vivables, en raison de l’effondrement des rendements agricoles, ou à cause des températures et des taux d’humidité qui régneraient. C’est d’ailleurs une nouvelle injustice puisque les gens qui ont la plus faible responsabilité historique dans le changement climatique vont être les premières victimes.

Les écologistes sont clairs sur le sujet : ils veulent établir un statut de réfugié climatique pour être en capacité d’accueillir celles et ceux qui n’ont plus de territoires pour vivre. Quelle est la position du Rassemblement national ?

La question des migrants climatiques va s’imposer à nous dans les années et décennies à venir. Regarder toujours, comme le fait le RN, à court terme et à l’intérieur des frontières nationales est complètement irresponsable. C’est refuser de prendre nos responsabilités.

Le RN n’a pas envie d’aborder ces questions car ça l’obligerait à assumer des positions sur la justice intergénérationnelle et la justice internationale qui sont tout bonnement intenables sur le plan éthique. Si, en tant que Français ou Européen, vous êtes en partie responsable de la destruction des conditions de vie de millions d’êtres humains, comment imaginer ne pas les accueillir s’ils doivent quitter leurs lieux de vie ? D’autant plus si vous n’avez rien fait pour éviter ou ralentir cette destruction ?

De combien de temps disposons-nous pour éviter le chaos climatique ?

Atteindre les objectifs qu’on s’est fixés d’un point de vue politique – se maintenir en-deçà d’un réchauffement de +1,5 à +2°C – implique de diviser par deux les émissions mondiales en quelques années. Or, nous n’avons toujours pas même commencé à réduire les émissions mondiales. Il faut donc un changement radical et rapide dans notre organisation sociétale pour aller vers la neutralité carbone.

C’est la raison pour laquelle il est pertinent de parler d’urgence climatique d’un point de vue scientifique. Nous n’avons pas 30 ans devant nous pour faire cette transition. On a tout au plus 5 ou 6 ans. Après, ce sera trop tard pour atteindre les objectifs fixés dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015. C’est pour cela qu’il faut d’emblée mettre en place des politiques climatiques extrêmement ambitieuses. Tout cela ne pourra pas se faire qu’à l’échelle de la France, mais elle peut jouer un rôle pionnier.

Que répondre à ceux comme Eric Zemmour du parti Reconquête qui avancent qu’il ne sert à rien d’agir à l’échelle de la France ou de l’Europe « car le problème est mondial », que nous ne serions responsables que d’une minorité des émissions mondiales ?

La France représente environ 1 % de la population mondiale et 2 % des émissions lorsque l’on prend en compte notre empreinte carbone. Si l’on ajoute la responsabilité historique de la France dans le réchauffement climatique global – le fait qu’on soit dans un pays industrialisé depuis longtemps, et qu’on ait un niveau de vie élevé –, nous représentons probablement 3 à 4 % des émissions historiques.

On ne va pas changer tout, à nous tous seuls. En revanche, nous sommes une partie de la solution et nous pouvons à ce titre devenir un exemple. Nous avons les moyens de le faire.

Mieux vaut être pionnier en matière de climat qu’être attentiste. Il s’agit de transformer notre société, notre économie, de changer complètement nos modes de vie, de production et de consommation. Et bien entendu nous avons aussi besoin d’embarquer les autres pays, en s’assurant qu’ils sont sur la même trajectoire que nous. D’où l’importance des discussions et engagements internationaux sur le climat.

Le Haut Conseil pour le climat, dans son rapport publié le 20 juin dernier, relève une baisse d’environ 6% des émissions de gaz à effet de serre de la France en 2023. Que retenez-vous de cette tendance ?

2022-2023 sont des années où on a commencé à parler de sobriété, un peu sous la contrainte, notamment du fait de l’augmentation forte des prix de l’énergie. Cela a amené à se poser la bonne question : comment consomme-t-on moins d’énergie ? Les gens se sont mobilisés pour mieux isoler leur logement, moins chauffer… Outre ces gestes, le climat relativement doux a conduit à moins consommer d’énergie. Des éléments conjoncturels ont donc accompagné des politiques un peu plus structurelles qui commencent à porter leurs fruits, avec une baisse encore trop modeste des émissions.

Si l’on veut atteindre l’objectif de 1,5°C, il faudrait plutôt baisser de 10 à 15 % tous les ans, voire davantage. C’est ça une politique d’urgence climatique : une action qui permettrait d’éviter d’être confrontés aux points de bascule. Mais avec les politiques aujourd’hui proposées par le RN, on n’est même pas sûr de baisser nos émissions dans les années à venir.

Le RN promet par exemple une baisse des prix de l’énergie par la TVA, ce qui va se traduire par un effet rebond à savoir une augmentation des consommations d’énergie à court terme, notamment de la part des plus riches, et une baisse d’entrée d’argent dans les caisses de l’État pour financer la transition écologique. La baisse de la TVA sur les énergies fossiles serait une catastrophe d’un point de vue climatique, mais aussi social, puisqu’elle est indifférenciée : elle profiterait avant tout aux plus riches.

La situation climatique est d’une gravité inédite et exige des réponses radicales, écrivez-vous. Le programme du Nouveau Front populaire est-il à la hauteur ?

 dans Ecologie & climat
Extrait du programme du Nouveau Front populaire

Le Nouveau Front populaire a pris le parti d’avoir des engagements qui sont encore gradualistes. Ils vont dans le sens d’une atteinte des objectifs qu’on s’est engagés à tenir dans le cadre des négociations internationales, à savoir la neutralité carbone en 2050. Ces propositions s’inscrivent dans la continuité et l’accélération de ce qu’il s’est fait au cours des dernières années.

Ça s’explique aussi par le fait qu’on a un conglomérat de partis plus ou moins en accord sur les questions environnementales. Entre le parti communiste qui est resté quand même dans une approche très productiviste et les Verts, les consensus ne sont pas toujours faciles à obtenir. Mais dans ce qui est sur la table aujourd’hui, c’est clairement le programme le plus progressiste en matière d’environnement.

C’est durant les périodes de confinement que nous avons été sur une trajectoire conforme à nos objectifs de neutralité carbone. Atteindre cette neutralité suppose t-il de mettre en suspens nos vies ?

C’est tout le contraire en réalité ! Nos émissions au niveau mondial ont baissé fortement en 2020 à cause de la chute d’activité économique associée aux différents confinements. Mais ce qu’il s’agit de faire, c’est exactement l’inverse. Dans une situation d’urgence climatique, on ne va pas demander aux gens de se confiner : on va au contraire leur demander de se surmobiliser au service du climat.

Un plan d’urgence climatique supposerait de réorienter toute une partie de l’économie pour la décarboner très rapidement. Il faudrait par exemple arrêter de produire des véhicules à moteur thermique et produire davantage d’éoliennes, de trains… ou encore accélérer considérablement le rythme d’isolation des logements : ça suppose non pas de faire moins mais de faire plus, en réorientant les activités. Une économie d’urgence climatique supposerait probablement plus d’activités qu’on en a aujourd’hui, et pendant plusieurs années, mais en se concentrant sur l’objectif de neutralité carbone.

Dans le paysage politique français, la seule personnalité que j’aie entendu parler d’urgence climatique avec une référence à l’idée de planification comparable à celle d’une économie de guerre, c’est François Ruffin. C’est du côté de ce spectre politique-là, avec les écologistes évidemment, qu’on pourrait probablement engager le type de transformation qui s’impose.

Certains aspects de la transition nécessitent « d’imposer des choses », « d’aller à l’encontre d’une supposée liberté de polluer » dites-vous. Comment susciter dans ces conditions l’adhésion de la population, quand le RN promet lui de ne rien changer aux modes de vie ?

Les mouvements populistes comme le RN sont effectivement tournés sur des promesses de très court terme, et ne parlent jamais du long terme. Or, la question est de savoir si la démocratie sera encore possible demain si nous ne menons pas une politique d’urgence climatique aujourd’hui. Or, il me semble évident qu’on n’arrivera pas à maintenir des formes d’organisation sociale démocratique dans un climat à +4°C. C’est paradoxal, mais si on n’agit pas fortement aujourd’hui, les capacités d’action des générations futures seront considérablement amoindries.

Il y a quand même une bonne nouvelle du côté des démocraties : ce sont les régimes qui sont les mieux équipés pour faire face aux situations de crise ou d’urgence. Et l’avantage d’une situation de crise comme l’urgence climatique, par rapport à une urgence sanitaire comme le Covid, c’est qu’on a un peu plus de temps pour organiser le débat démocratique.

On peut imaginer plusieurs plans d’urgence climatique, plus ou moins technologiques, plus ou moins tournés vers le nucléaire, les énergies renouvelables ou la sobriété, et avec plus ou moins d’innovation sociale, politique, économique ou technologique. Ces choix peuvent encore être arbitrés démocratiquement, en mettant par exemple en œuvre des conventions citoyennes pour débattre du plan d’urgence climatique qui nous semble le plus souhaitable. Il ne s’agit pas d’imposer des solutions, comme on l’a fait en situation d’urgence sanitaire, mais de choisir parmi plusieurs.

Que dites-vous à celles et ceux qui désespèrent et se demandent si nous avons encore une chance d’éviter l’effondrement écologique ?

Il est encore possible de l’éviter mais c’est de plus en plus difficile. Il y a 30 ans, les voies possibles pour limiter le réchauffement climatique à 1,5° ou 2°C étaient extrêmement diverses. Aujourd’hui les chemins possibles pour atteindre cet objectif sont de plus en plus restreints.

Plus on attend, moins on aura de chemins qui nous permettront d’éviter ce risque d’effondrement. Moins de chemins, ça veut dire aussi moins de démocratie, malheureusement. Jusqu’à ce qu’on arrive à une situation où il n’y aura plus du tout de choix autre que de mettre en œuvre des solutions démiurges comme la géoingénierie.

Heureusement, quelques cas dans l’histoire de l’humanité nous montrent que l’humanité est parfois capable de soulever des montagnes, et d’atteindre des objectifs qui paraissent complètement fous.

L’exemple le plus documenté est sans doute celui de l’entrée en guerre des USA en 1941. Suite à Pearl Harbor, l’État américain a pris en main son économie et réorienté la production pour faire de ce pays la première puissance mondiale. En quelques mois, les objectifs de production qui paraissaient irréalistes ont été dépassés, et cela a changé la face du monde. Alors qu’on vient de fêter les 80 ans du Débarquement, cela devrait nous inspirer : le défi de notre génération, c’est de sauver le climat !

Techniquement et politiquement, éviter le chaos climatique est encore faisable. Mais il faut une mobilisation totale de la société. C’est là-dessus que repose aujourd’hui l’espoir.

Photo de Une : Reportage réalisé dans la Vallée de la Roya en novembre 2020, trois semaines après le passage de la tempête Alex qui a tout dévasté sur son passage/©Jean de Peña

Aurélien Boutaud
est docteur en sciences de la terre et de l’environnement. Consultant indépendant, il est l’auteur de Déclarer l’état d’urgence climatique, Et s’il était trop tard pour la transition ? (éditions rue de l’Échiquier, mai 2024). Il a aussi publié précédemment aux éditions La Découverte deux ouvrages sur les enjeux environnementaux planétaires avec Natacha Gondran : L’Empreinte écologique et Les limites planétaires.

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25 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Italie (Inprecor)

Partigiani_a_Pola

Partisans italiens et yougoslaves

Italie : L’alliance des droites conforté

Les résultats électoraux des européennes illustrent, bien que de manière déformée, la grave crise sociale et politique qui fait suite à des décennies de mesures libérales austéritaires. C’est avant tout l’extrême droite qui récolte les voix des plus désenchantéEs qui croient de façon illusoire pouvoir éviter le déclassement en écrasant celles et ceux d’en bas, en embrassant l’idéologie dangereuse de la « préférence nationale » et du racisme.

LItalie est devenue un cas d’école en la matière : sous l’effet de l’abstention, la droite de Meloni reste hégémonique ; elle se montre « respectable », institutionnelle, atlantiste, philolibérale et européiste. Elle rassure de plus en plus la bourgeoisie et le monde de la finance, prêts à de nouvelles alliances avec les postfascistes pour répondre à la crise du capital et augmenter l’exploitation.

Abstention record, inaction climatique et climat de guerre

L’Italie sort en outre des urnes avec une abstention record : 6 points de participation en moins par rapport à 2019 avec des pics dans le Sud et dans les îles où seulement 37 % des électeurEs se sont rendus aux urnes. Comme les autres pays européens, l’Italie est totalement démunie pour répondre aux conflits et aux multiples crises qui traversent le continent. Les gouvernants italiens sont dans le déni du désastre écologique, tournent les dos aux nouvelles générations et s’enfoncent dans un climat de guerre et de refoulement des valeurs humanistes les plus essentielles.

Le vote conforte l’extrême droite de Meloni

L’autre élément essentiel est la cristallisation du vote autour de deux pôles : celui de Meloni qui reste stable (28,8 %) et celui du Parti démocrate d’Elly Schlein qui, avec 24 % des suffrages, se présente comme l’opposition la plus structurée et arrive à polariser le vote de la gauche molle anti-Meloni. Le PD est le premier parti dans les grandes villes comme Turin et Milan et sort renforcé par rapport au vote des dernières élections politiques. Avec un faible 10 %, le Mouvement Cinq Étoiles, désormais normalisé, s’écroule. Ses ambiguïtés et faiblesses politiques ne lui permettent plus en effet d’incarner le vote contestataire du système des partis italiens. La Ligue de Matteo Salvini reste au-dessous de 10 % tandis que la droite berlusconienne de Forza Italia, avec 9,6 %, se refait une petite santé.

Construire une opposition sociale forte

Un résultat assez positif (6,8 %) est également remporté par l’alliance Verts et Gauche (Alleanza Verdi e Sinistra) grâce notamment à deux candidatures symboliques : celle portant la lutte antifasciste d’Ilaria Salis, l’enseignante emprisonnée en Hongrie pour avoir participé à une manifestation contre l’extrême droite, et celle de Mimmo Lucano, connu pour son engagement favorable à l’accueil des personnes exilées, qui est reconfirmé également en tant que maire de la ville de Riace. Les têtes pensantes de la liste, le duo Bonelli-Fratoainni, ont déjà montré une ouverture à une collaboration avec le PD.

La première tâche est certainement de créer les conditions pour construire une opposition sociale forte contre le gouvernement de droite en favorisant simultanément l’agrégation de forces anticapitalistes, issues des mouvements sociaux et de la jeunesse, en rupture avec le système économique actuel. Dans cette perspective, se limiter à construire une nouvelle alliance avec les sociaux-démocrates n’est ni suffisant ni souhaitable.

24 juin 2024  Hélène Marra Christophe Licoppe

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25 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Philippe POUTOU (Médiapart)

Philippe POUTOU (Médiapart) dans A gauche du PS
Mediapart

À Carcassonne, le parachutage de Philippe Poutou dynamise une campagne polarisée (Mediapart)

Le candidat du Nouveau Front populaire devra faire le plein de voix pour gagner face au RN, dominant dans l’Aude, et à une partie du PS qui soutient une candidature dissidente. Mais l’accueil est bon dans les quartiers populaires d’une ville où la situation politique est très polarisée.

Carcassonne (Aude).– Les bras croisés dans le dos, jean bleu, chemise blanche et lunettes de soleil, Christophe Barthès, à la haute silhouette massive, serre les lèvres. « Mediapart ? J’ai pas l’habitude de vous parler trop, non… » Et il tourne les talons. Samedi 22 juin, le député Rassemblement national (RN) sortant de la première circonscription de l’Aude, candidat à sa réélection, est avec son équipe sur le grand marché hebdomadaire de Carcassonne. Devant la Brasserie des platanes, une dizaine de militants distribuent des tracts aux passant·es entre les étals de la partie alimentaire du marché.

À une dizaine de mètres, l’équipe de Philippe Poutou en fait autant. On se toise, on reste à distance sanitaire. Seuls les plus jeunes des deux équipes s’échangent un bref et ironique « Allez, salut les gars » en se croisant. Barthès et Poutou, eux, s’ignorent.

Vendredi 14 juin, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a appris que La France insoumise (LFI) lui lâchait une seule « circo » dans le cadre du Nouveau Front populaire (NFP) pour les législatives des 30 juin et 7 juillet. À 340 kilomètres de Bordeaux, où Philippe Poutou réside et est élu dans l’opposition municipale. « On s’est dit que la priorité était d’être dans la bataille et on a accepté. Avec quand même une vraie inquiétude sur l’accueil qu’allaient nous réserver les militants », raconte l’ancien candidat aux présidentielles. « Mais c’est une réussite, se félicite-t-il. On a une équipe dynamique, beaucoup de rencontres, de discussions, des militants qui reviennent. »

Un peu avant le départ de la manifestation contre l’extrême droite à l’appel d’organisations politiques et syndicales, l’ambiance dans ses troupes semble lui donner raison. « On salue chaleureusement la venue de Philippe Poutou sur notre circonscription », résume Olivier, 58 ans, militant LFI, qui voit une « dynamique exceptionnelle autour de cette candidature ».

Militant « chez les écolos », Yassine, lycéen de 15 ans qui tracte avec sérieux, ajoute : « Le fait que Poutou arrive, on l’a vu comme un espoir parce que c’est une personnalité importante. » En une semaine de campagne, presque 45 000 tracts ont été distribués dans la circonscription. Béatrice, militante du NPA, constate : « L’avantage, ici, c’est qu’il y a des vieux militants hyper implantés. Ça nous permet d’avoir un bon maillage, avec des gens qui font le boulot sur le terrain. »

Un candidat socialiste dissident face à Poutou

Du « boulot », il y en a si Philippe Poutou veut arracher sa place au second tour dimanche prochain. Lors des législatives de 2022, Christophe Barthès a été élu avec plus de 3 000 voix d’écart, recueillant 53,5 %, contre 46,5 % pour Sophie Courrière Calmon (PS-Nupes). Lors du scrutin européen du 9 juin, à Carcassonne, le RN est arrivé en tête avec 37 %, le PS-Place publique deuxième avec 14,4 % et LFI quatrième avec 11,5 %.

Dans ce champ dominé par l’extrême droite, une partie du PS a tout de même choisi de soutenir un candidat dissident du NFP dans la première circonscription. Aurélien Turchetto, largement battu en 2022, se présente sous l’étiquette « divers gauche » avec le soutien de la présidente socialiste du département, Hélène Sandragné, et celui de la présidente de la région Occitanie, Carole Delga. En 2022, cette dernière avait assumé ne pas soutenir la Nupes. Cette fois, elle s’est prononcée en faveur du NFP. Mais l’arrivée du « parachuté » Poutou a suffi à justifier une première entorse à ce positionnement. Que tout le monde ne valide pas dans son camp.

« On est à un moment de l’histoire de France qui peut basculer dans quelque chose d’abject, souligne Tamara Rivel, vice-présidente socialiste du département et soutien de la candidature NFP. Il n’est plus temps de faire les fines bouches. Mon grand-père était résistant et il aurait eu la même réponse que moi aujourd’hui, je le sais. L’histoire nous regarde, on doit prendre nos responsabilités. » Fustigeant « cette gauche alimentaire qui essaie de [leur] mettre des bâtons dans les roues », Olivier, présent dans la manifestation, épingle Carole Delga mais reste concentré : « Je ne veux pas taper sur les socialistes. Notre principale cible politique, c’est le RN et la Macronie. »

Une Macronie qui, comme les socialistes dissidents, est absente des rangs de la manifestation. Le camp présidentiel a investi Jean-Claude Perez, ancien député socialiste élu en 1997, réélu en 2002, 2007 et 2012. Mais le nom de cette figure locale, comme celui du dissident Aurélien Turchetto, est peu évoqué. « Il y a une grande polarisation entre nous et le RN, observe Thomas, l’une des chevilles ouvrières de la campagne du NFP. On le voit sur les marchés : il y a celles et ceux qui ne prennent pas le tract en disant que, de toute façon, ils vont voter pour nous, et puis les autres qui nous gueulent dessus et disent qu’ils préfèrent Barthès… » Poutou vs. Barthès : de fait, ces deux figures incarnent à merveille la polarisation politique à l’œuvre au sein de la société française.

Christophe Barthès est réputé pour ses propos brutaux, souvent homophobes et sexistes. En janvier, durant le mouvement des paysans, il s’est illustré en posant avec ses deux collègues RN de l’Aude, Frédéric Falcon et Julien Rancoule, devant une pancarte « Va faire la soupe, salope » destinée aux écologistes Sandrine Rousseau et Marine Tondelier. Récemment, le 17 juin, les trois députés d’extrême droite ont refait parler d’eux en tentant d’intimider un journaliste de L’Indépendant.

Capter le vote des quartiers populaires

Philippe Poutou, lui, s’est construit un autre genre de notoriété médiatique en passant François Fillon ou Marine Le Pen à la sulfateuse anticapitaliste lors de débats télévisés au moment des présidentielles. « Ça fait toujours plaisir de voir quelqu’un de populaire. Poutou, sur les interventions qu’il a faites à la télé, il n’y allait pas par quatre chemins, hein ! », s’exclame Abdelwahed, 47 ans, qui échange quelques mots avec le candidat, entouré de femmes voilées se pressant dans les étals de vêtements bon marché.

Ici, aucun militant du RN ne diffuse. « Le RN ne dit pas que des mauvaises choses, poursuit Abdelwahed, mais moi je pense à l’avenir. Mon fils, il ne s’appelle pas Jérôme, il aura les mêmes chances que tout le monde ? Et je pense aussi à mon père qui a travaillé cinquante ans ici. Maintenant, il est à la retraite, et il n’a pas le droit de passer plus de trois mois au Maroc. Mais ça, c’est pas le RN qui l’a fait, c’est Macron. »

Les mêmes défiances affleurent à Ozanam, où Philippe Poutou et une partie de son équipe se rendent dans l’après-midi. C’est dans ce petit quartier, sous la cité médiévale, qu’a grandi Radouane Lakdim, auteur de l’attentat ayant coûté la vie à quatre personnes le 23 mars 2018 à Carcassonne et à Trèbes, ville de Christophe Barthès.

Rassemblé·es autour d’un atelier de boxe éducative proposé aux enfants par une association locale, beaucoup d’habitant·es viennent saluer le candidat. Mohamed, 57 ans, fonctionnaire au ministère des finances, a le sourire aux lèvres. « Je bats le pavé ici depuis 1983, assure-t-il, j’ai fait toutes les élections, les mobilisations. Mais c’est la première fois que je vois un candidat être interpellé pour des selfies. Il va les bluffer, vous allez voir… » Pour lui, aucun doute, le NFP va faire le plein dans les quartiers populaires de la ville : « Aux européennes, on est à peine à 20 % de votants, il y a une réserve de voix importante. Il est connu et puis c’est clair qu’ici, ses positions sur la Palestine sont appréciées. »

Un positionnement contre les massacres à Gaza dont l’interprétation est radicalement différente dans le camp d’en face. « Le fait qu’il y ait Poutou, c’est un avantage pour nous, explique un militant local du RN. Le personnage qu’il représente, c’est bien… On sait ce qu’il pense et vous le savez aussi. Il est derrière le Hamas, derrière tout, vous voyez bien, quoi… »

Pour l’instant, à Ozanam, Philippe Poutou est derrière un verre d’eau servi à la buvette tenue par les parents du quartier. « L’argument de l’antisémitisme, comme celui selon lequel on veut la mort des policiers, c’est tellement outrancier, et toujours repris en boucle et sans preuve, que c’est difficile d’y répondre », note-t-il.

Selon lui, « la diabolisation de la gauche présentée comme une extrême gauche et la dédiabolisation de l’extrême droite », qui se sont opérées en parallèle ces dernières années, montrent « que les classes possédantes ont peur de la dynamique qui pourrait avoir lieu » « Nous, on espère que cette élection va revitaliser le mouvement social. La Macronie s’effondre, on va vers un duel entre l’extrême droite et le bloc de gauche, c’est évident. Si on arrive un tout petit peu devant, on sera en meilleure position pour que les forces militantes de gauche retrouvent l’espoir. »

Pour Moncef, 60 ans, militant associatif impliqué dans la campagne du NFP, « le premier tour est abordable. Et au second tour, tout le monde doit s’y mettre ».

Emmanuel Riondé Article publié sur Mediapart (24/06/24)

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25 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Antisémitisme (NPA)

Crédit Photo Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas

Lutter contre l’antisémitisme et son instrumentalisation

Un festival d’accusations et calomnies sont déversées depuis plusieurs jours contre LFI et contre notre organisation, dans le but de discréditer le Nouveau Front populaire (NFP). Par tous les moyens, « responsables politiques », porte-paroles associatifs ou éditorialistes, peuvent lancer n’importe quelle accusation sans s’appuyer sur aucune justification matérielle.

Notre histoire, nos principes et nos combats, de la LCR au NPA, sont ceux du courant politique et des militant.es les plus intransigeants face au fascisme, au racisme et en particulier à l’antisémitisme, à tous les régimes d’oppression.

La campagne immonde de la droite et de l’extrême droite s’appuie sur l’accumulation de déclarations politiques et médiatiques concordantes qui visent à construire un discours infamant, un véritable contre-récit qui cherche à discréditer LFI et le NPA-L’Anticapitaliste pour éclabousser le Nouveau Front populaire… et qui par contraste rend plus respectable l’extrême droite ! Le but est à la fois d’exercer toutes les pressions possibles sur les autres composantes du NFP et de sidérer les électrices et les électeurs à quelques jours du scrutin.

Cette campagne est aussi le symptôme d’une panique de la part des défenseurs de Macron et de son gouvernement, de la perte de boussole de la droite (et même d’une partie de la gauche) qui, dans sa crise morale, travaille depuis des années à renverser le sens des mots.

En mettant en œuvre une partie du programme de l’extrême droite (avec notamment la loi asile immigration de Darmanin), la macronie a légitimé le RN. Elle a même intronisé celui-ci dans « l’arc républicain » à l’occasion de la marche contre l’antisémitisme du 12 novembre. C’est pourtant bien à l’extrême droite qu’on retrouve les plus grands partisans de l’antisémitisme, de l’islamophobie, de tous les racismes, comme le montre encore le profil d’une bonne partie de ses candidatEs à ces élections législatives.

C’est au RN et chez ses alliés que l’on trouve encore les nostalgiques du régime de Vichy et de Pétain (auquel Macron a aussi rendu hommage). Ce pouvoir n’a décidément aucune leçon à donner.

L’exposition permanente des Juifs et Juives, mis.es au centre de toutes les discussions politiques et instrumentalisé.es par ces jeux politiciens, est à la fois source d’une angoisse terrible pour les concerné.es, et très inquiétante pour ce qui est en train de se développer dans notre société.

L’instrumentalisation de l’antisémitisme et la confusion criminelle qui assimile Israël à l’ensemble des Juifs et Juives sont au cœur de la campagne réactionnaire menée actuellement par la droite et l’extrême droite. Elle a pour but d’affaiblir nos combats antiracistes et constitue une menace pour toutes les Juives et Juifs, comme pour tous les racisé.es. La droite et l’extrême droite les mettent en danger en vidant de leur sens les mots et les luttes nécessaires contre tous les racismes.

L’antisémitisme ne doit être ni minimisé, ni réduit à l’extrême droite ou même à la droite. Venu d’une longue tradition française, il est inscrit dans la culture de cette nation, et se reconfigure sans cesse comme réponse complotiste à la domination capitaliste.

Cependant, il reste structurellement d’extrême droite dans sa mise en œuvre comme projet politique. La droite l’embrasse également en instrumentalisant les Juifs et Juives pour ses intérêts, pour légitimer en particulier les politiques islamophobes. Une instrumentalisation qui désigne les Juifs et Juives comme des cibles et affaiblit la lutte contre l’antisémitisme. Au contraire, c’est la gauche qui, même avec certaines limites, porte la lutte antiraciste.

La campagne de ces derniers jours montre que l’émergence du Nouveau Front populaire effraie la droite, l’extrême droite et tous les tenants de cet ordre injuste et inégalitaire. Raison de plus de ne pas laisser passer les mensonges et calomnies. Raison de plus aussi de faire entendre au cœur du programme du NFP la lutte contre toutes les oppressions et tous les racismes.

Lundi 24 juin 2024

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25 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Edito (NPA)

Edito (NPA) dans A gauche du PS

Mobilisation générale pour le Nouveau Front populaire

L’union de la gauche a produit une dynamique importante : des dizaines de milliers de personnes, des partis, syndicats ou associations, ont recommencé à se parler et à agir ensemble, dans les quartiers populaires, avec l’objectif de dégager Macron et sa politique, et de faire barrage à l’extrême droite.

Un RN compatible avec la bourgeoisie

Le grand patronat et le Medef discutent programme avec le Rassemblement national : ils lui demandent de maintenir la réforme des retraites et la TVA sur les produits énergétiques et de ne pas remettre en place l’impôt sur la fortune, ce que l’extrême droite est prêt à accepter. Ils cherchent aussi un compromis avec le RN sur le rapport à l’Union européenne. Les grands milieux d’affaires, le grand patronat, sont prêts à s’entendre avec Le Pen et Bardella.

En revanche, le président du Medef et le CAC40 ont peur du programme du Nouveau Front populaire (NFP) et des mesures sociales qu’il contient. Aussi les grands médias essaient de faire croire que le programme du NFP ne serait pas réalisable.

Une campagne diffamatoire contre la gauche sur l’antisémitisme

La macronie et l’extrême droite veulent faire croire que la gauche est antisémite. La campagne immonde de la droite et de l’extrême droite construit un discours infamant, un véritable contre-récit qui cherche à discréditer LFI et le NPA-L’Anticapitaliste pour éclabousser le Nouveau Front populaire… et qui par contraste rend plus respectable l’extrême droite !

Des mesures d’urgence et de rupture

La gauche unie met en avant des mesures d’urgence : le blocage des prix des biens de première nécessité dans l’alimentation, l’énergie et le carburant, l’augmentation du SMIC à 1600 euros, l’abrogation de la réforme des retraites, aller vers une réduction du temps de travail à 32 heures, taxer les plus riches et les gros héritages, faciliter l’accès au visas pour les étranger·es et créer une agence de sauvetage en mer et sur terre pour les migrant·es, garantir la reprise du processus de décolonisation en Kanaky/Nouvelle Calédonie, sanctionner le gouvernement israélien…

Ces mesures sont une première étape, un point d’appui face au déluge d’attaques contre les classes populaires orchestrées par la macronie et annoncées par le RN.

Un énorme enjeu à obtenir une victoire du Nouveau Front populaire

Gagner nécessite l’action de tout·es celles et ceux qui sont attaché·es à la protection sociale, à la solidarité et à la démocratie. Notre meilleur outil est l’action collective. C’est pourquoi le NPA-L’Anticapitaliste invite toutes et tous à participer à la campagne et à construire les collectifs locaux du Nouveau Front populaire. Pour gagner et aussi pour rester mobilisé·es. Car, que l’on gagne l’élection ou pas, il faudra de toute façon construire un rapport de force, que ce soit contre le grand patronat, la droite ou l’extrême droite, pour imposer notre programme.

Face aux crises multiples que génère ce système, il est nécessaire de faire face au danger néofasciste, aux capitalistes et au personnel politique à leur service, pour construire une autre société, écosocialiste, débarrassée de l’exploitation et des oppressions. C’est cette perspective radicale et militante que nous entendons porter au sein du Nouveau Front populaire.

Lundi 24 juin 2024

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24 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Allemagne (NPA)

Allemagne (NPA) dans A gauche du PS

Allemagne : un coup de gueule pour le gouvernement

Comme dans d’autres pays de l’Union européenne, l’extrême droite a progressé en Allemagne. L’AfD (Alternative für Deutschland) a obtenu 15,9 % des voix alors que la coalition au gouvernement n’a obtenu que 31 % (SPD 13,9 %, Verts 11,9 %, FDP 5,2 %). Les chrétiens-démocrates ont obtenu 30 %, le BSW (la scission de droite du parti Die Linke) 6,2 % et la Linke seulement 2,7 %. 

Pourquoi les partis au gouvernement ont-ils perdu autant de voix et pourquoi l’AfD a-t-elle pu améliorer sa part de voix alors qu’elle a été récemment impliquée dans différents scandales ? La montée des partis de droite est l’expression d’une crise sociale profonde et de l’absence d’une force de gauche crédible, capable de mener des luttes et d’obtenir des victoires au moins partielles. En Allemagne, nous assistons depuis des années à un décalage flagrant entre la politique officielle et les grands médias qui la défendent, d’une part, et la situation de vie de larges couches de la population, d’autre part.

Politique d’austérité

Depuis plus de dix ans, des mesures sont prises pour protéger le climat. Bien qu’elles ne soient pas très efficaces, elles doivent avant tout être financées par la population. La coalition gouvernementale actuelle avait décidé de compenser ailleurs l’augmentation des taxes sur les énergies fossiles pour la ­population. Pour ce faire, le troisième « paquet d’allègement » a été annoncé en 2022, afin de soulager les citoyenEs de 65 milliards d’euros au total, mais rien de tout cela ne se produit. Cela ne discrédite évidemment pas seulement une politique écologique, mais fournit aussi des munitions précisément aux partis qui nient le changement climatique, l’AfD en tête.

À cela s’ajoute le fait que le démantèlement social est pratiqué à de nombreux endroits, que l’infrastructure se dégrade de plus en plus, que les soins aux patientEs se détériorent, que les écoles sont en ruine, que la prise en charge des enfants est limitée en raison du manque d’éducateurs/éducatrices, que les chemins de fer sont dans un tel état que seuls 60 % des trains sont encore à l’heure. Il y a donc désormais un énorme retard d’investissement auquel le gouvernement remédie par une politique d’austérité renforcée au détriment des gens.

Augmentation du budget de la guerre

Il n’y a qu’un seul endroit où l’on ne fait pas de coupes : immédiatement après le début de la guerre en Ukraine, le chancelier Scholz a annoncé le « changement d’époque » et a ainsi justifié des dépenses supplémentaires pour l’armée entre 2022 et 2027, pour un total de 100 milliards d’euros. Aux 51,95 milliards d’euros initialement prévus pour le budget militaire en 2024 s’ajoutent désormais 19,8 milliards d’euros. À ces dépenses colossales s’ajoutent les aides importantes accordées à l’Ukraine, qui consistent en grande partie en des livraisons d’armes, estimées cette année à 7,1 milliards d’euros.

L’AfD est le parti le plus fort en Allemagne

Si l’on additionne ces facteurs — l’augmentation des dépenses militaires et les coupes simultanées dans le domaine social ainsi que le manque d’infra­structures — il est clair que l’AfD a beau jeu de se positionner contre la politique du gouvernement fédéral.

L’AfD s’oppose à la politique climatique (parce qu’elle pèse sur la population) et elle est contre l’aide militaire à l’Ukraine et plaide pour des négociations.

L’AfD apparaît ainsi comme la seule véritable opposition au système et associe avec succès cela à sa politique raciste de fermeture aux réfugiéEs.

Il faut donc s’attendre à un nouveau renforcement de l’AfD. Aujourd’hui déjà, elle est le parti le plus fort en Allemagne de l’Est (devant la CDU). Les élections de l’automne dans trois Länder d’Allemagne de l’Est confirmeront certainement cette tendance.

 L’Anticapitaliste le 20 juin 2024.

24 juin 2024  Jakob Schäfer

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