Archive | A gauche du PS

21 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Tenir la rue, montreuil le 30 mai (al)

jeune-garde-socialiste

Matthias Bouchenot présente son livre sur les groupes d’autodéfense antifascistes dans les années 1930.

Quand, dans les années 1930, les bandes fascistes cherchaient à terroriser et à faire taire les militantes et les militants ouvriers, certaines organisations ont mis sur pieds des groupes d’auto- défense, y compris le Parti socialiste — qui avait peu à voir avec le parti de droite actuel (qui a inexplicablement conservé le même nom).

Matthias Bouchenot, jeune historien orléanais, s’est penché sur deux groupes d’autodéfense : les Jeunes Gardes socialistes (JGS) et les Toujours prêts pour servir (TPPS). Ouverts aux tendances les plus à gauche du socialisme, ils ont parfois été plus que de simples « services d’ordre » à usage des meetings, et certains les voyaient comme un embryon de milices révolutionnaires. Quels enseignements tirer de leur existence ?

Matthias Bouchenot présentera son livre :

Tenir la rue, montreuil le 30 mai (al) dans A gauche du PS arton5867-84e14

Vendredi 30 mai, de 20h à 22h, à Montreuil, au Casa Poblano, 15, rue Lavoisier (métro Robespierre).

http://alternativelibertaire.org/?Tenir-la-rue-a-Orleans-le-17-mai-a

Commentaire: « Trotskiste » est un vilain gros mot pour les « anars », mais c’est bien sous l’influence de ceux-ci que les jeunes socialistes ce sont radicalisés!

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue_communiste_%28France%29

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20 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Le front de gauche a du mal à séduire les déçus de françois hollande

bagarre

 Pour en finir avec cette Europe. 

(…) Dans ces élections, le Front de gauche (FG) joue gros. En effet, pour la coalition née des suites de la campagne pour le « non » au référendum de 2005, il s’agit d’un scrutin fondateur. En 2009, le tout jeune rassemblement du Parti de gauche et du Parti communiste français (PCF) avait réussi à obtenir 6,05 % des voix et envoyé quatre parlementaires à Strasbourg.

Au lendemain de la présidentielle, M. Mélenchon avait clamé que son but était de passer devant le PS aux européennes de 2014. Depuis, il a été contraint de revoir ses ambitions à la baisse. « On aimerait doubler notre score, passer la barre des 10 % », déclarait-il récemment. Mais même cet objectif pourrait être difficile à atteindre. Car cinq ans après sa création, si le FG est toujours debout, il est bien mal en point. Dans les sondages, il est donné entre 7 % et 8 %. Le 14 mai, l’institut TNS-Sofres lui prédisait même 6 % des intentions de vote.

Jusqu’à présent, la coalition de la gauche radicale n’est pas parvenue à s’imposer comme une alternative crédible. Le soufflet de la présidentielle est retombé et la dynamique n’est pas au rendez-vous. En deuxième position derrière M. Mélenchon, Marie-Pierre Vieu a beau vanter les salles bien remplies de leurs meetings, la dirigeante communiste lâche cependant : « Encore faut-il qu’ils aillent voter. » D’où la nécessité de mobiliser les électeurs. « Les nôtres sont les grands blessés du scrutin européen, reconnaît Raquel Garrido, une proche de M. Mélenchon, en deuxième position en Ile-de-France. Il y a énormément de méfiance depuis la trahison de 2005. »

DÉBATS « COMPLIQUÉS »

Les municipales ont également laissé des traces. Pendant de long mois, PCF et PG se sont entredéchirés sur l’attitude à avoir vis-à-vis du PS. Les premiers, désireux de sauver leurs élus, ont adopté une stratégie à géométrie variable quand les seconds ont refusé toute alliance. Conséquence directe pour les européennes : l’accord entre les deux formations a été arraché dans la douleur.

Bien conscient des dégâts occasionnés, M. Mélenchon s’est posé, vendredi soir, en pacifica- teur. Sur l’estrade de Villenave-d’Ornon, devant un public très majoritairement communiste, il a débuté son discours par quelques mots d’apaisement. Reconnaissant que le Front de gau- che a été « rudement secoué », il a jugé que ces débats n’étaient pas « indignes » mais « compliqués ».

Reste que ces dernières semaines, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, et M. Mélen- chon ne se sont guère affichés ensemble. Ils étaient à Nancy cette semaine et se retrouveront mardi à Toulouse. Chacun sait que le bilan de cette double séquence électorale devra être rapidement tiré. Le résultat qu’obtiendra le Front de gauche le 25 mai sera déterminant : en cas de bon score, les tensions passées seront plus faciles à dépasser. Dans le cas contraire, elles ressurgiront avec d’autant plus de force.

Certains n’ont pas attendu l’après-européennes pour régler leurs comptes. Mardi, André Chassaigne, président communiste du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale, ne s’est pas gêné pour critiquer « l’hyper-personnalisation de la poli- tique que porte », selon lui, M. Melenchon. Et de conclure : « Est-ce que la stratégie, c’est front contre front contre le Parti socialiste en considérant que, nous, on est la gauche vertueuse, la bonne gauche, et que le Parti socialiste est perdu pour toujours ou est-ce qu’on considère que l’on peut faire bouger l’ensemble de la gauche ? » A coup sûr, là non plus, les débats ne manqueront pas de piquant.

Raphaelle Besse Desmoulières (Villenave-d’Ornon, 17 mai 2014)

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31944

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19 mai 2014 ~ 0 Commentaire

La gauche et l’oubli de la question démocratique

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Essai 

Dans sa préface, Olivier Besancenot résume dans une formule percutante la situation actuelle : « cadenassée par les chaînes d’un État qui protège les accapareurs du capital, la démocratie finit vitrifiée  ». Le point de départ, volontiers provocateur, de l’auteur, c’est que nous ne vivons pas, en France et dans les sociétés bourgeoises en général, en démocratie, mais en oligarchie…

Celle-ci est une forme de pouvoir distincte aussi bien des dictatures totalitaires que d’une vraie démocratie. Il s’agit d’un système où le pouvoir est monopolisé par une petite clique de politiciens professionnels, une élite de prétendus « représentants du peuple » qui ne repré- sentent qu’eux-mêmes.

À cela il faut ajouter qu’un ensemble de questions primordiales – que produire ? com- ment sont réparties les richesses ? – échappe entièrement au pouvoir politique, les décisions étant prises par une clique d’exploiteurs et de privilégiés. Cette question, la transformation de la démocratie, dans le cadre du capitalisme – notamment néolibéral – en coquille vide, est essentielle. Contrairement à l’auteur, elle me semble plus importante que celle de la professionnalisation des élus…

« Droit à l’insurrection » Pour Cervera-Marzal, l’alternative est la démocratie directe, ce qui implique une relocalisation du pouvoir dans des lieux de vie, de travail ou d’étude, selon le principe de subsidiarité. Certes, des formes de délégation, à l’échelle nationale ou conti- nentale, sont inévitables, mais il faut éviter l’autonomisation des délégués par des procédures comme le tirage au sort, la rotation des charges, la révocabilité. L’exemple à suivre est celui de la Commune de Paris, de la Barcelone libertaire de 1935-37 et les zones auto-gérées du Chiapas zapatiste.

L’argument le plus intéressant de cette sympathique brochure me semble être celui qui insiste sur la dimension « insurgente », désobéissante, contestataire, d’une démocratie véri- table, reconnue, sous la forme de « droit à l’insurrection », par la Constitution de 1793.

Contrairement à une certaine gauche qui croit à la « fin de l’histoire », la révolte garde sa place aussi  « après la révolution ». La démocratie est par principe en excès sur elle-même, elle ne peut exister que dans une tension dialectique permanente entre révolte et Constitution. Comme le rappelait le grand historien américain Howard Zinn, « les événements les plus atro- ces de l’histoire – guerres, génocides et esclavage – doivent plus à l’obéissance aveugle qu’à la désobéissance ».

Impitoyable avec le Parti socialiste, devenu le fer de lance de la réaction néolibérale, l’auteur porte ses espérances sur la gauche radicale représentée par les libertaires, les marxistes révolutionnaires (NPA, LO) et les mouvement sociaux contestataires.

Michael Löwy Hebdo L’Anticapitaliste – 242 (16/05/2014)

De Manuel Cervera-Marzal, préfacé par Olivier Besancenot, Éditions d’ores et déjà, 2014, 6 euros.

 

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19 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Tremblay-sevran (93): étrange compromission politique

Gauche-droite

L’opportunisme électoral peut atteindre des degrés et des responsables politiques inattendus, et la course aux places semble exercer une force d’attraction irrésistible sur certains.

C’est le cas de François Asensi, député et récemment réélu maire Front de gauche de Tremblay. Au lendemain des municipales, il a obtenu sa réélection à la tête de la communauté d’agglomération « Terres de France » (regroupant Tremblay, Sevran et Villepinte) grâce à un accord FdG… et UMP, contre le candidat PS/EÉLV de Sevran. La première vice-présidente est donc Martine Valleton, maire UMP de Villepinte.

« L’objectif est de travailler avec tous dans le consensus et surtout dans l’intérêt des populations[...]au-delà des clivages partisans » avance Asensi comme justification. Un consensus politique avec l’UMP ? On voit là l’importance que peuvent accorder Asensi et ses amis du Front de gauche à leur propre programme, dont Clémentine Autain, candidate malheureuse à Sevran et aujourd’hui vice-présidente de cette communauté d’agglomération.

Rien ne peut justifier cette opération qui est, de fait, une alliance FdG/UMP, une compromission politique au mépris de celles et ceux qui ont voté pour le FdG, comme nous l’avons souligné dans une lettre interpellant le FdG et ses militantEs.

Hebdo L’Anticapitaliste – 242 (16/05/2014)

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17 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Front de gauche: la forme et le fond

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On se souvient des tensions internes au Front de gauche pendant les municipales, notamment entre le PCF et le PG à propos des rapports avec le PS. Durant cette période, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon ne se parlaient plus, à tel point qu’il nous fut impossible d’ouvrir un débat NPA-Front de gauche sur les européennes…

Puis, les municipales terminées, les deux principaux partenaires du Front se ren- contrèrent rapidement pendant plusieurs jours pour arriver à un accord sur les têtes de liste pour les Européennes : deux sortants pour le PCF plus une « sympathisante », trois pour le seul PG, une pour Ensemble. Un accord tellement laborieux qu’à notre demande de discussion, on nous répondit que « c’était trop tard »…

En fait, l’accord était fragile mais indispensable pour les deux partis qui s’inscrivent dans le cadre de la liste du Parti de gauche européenne. Ce regroupement international est dirigé par Pierre Laurent et Alexis Tsipras de Syriza. On y trouve aussi le parti allemand Die Linke… qui dirige des régions avec le SPD, comme à Berlin.

L’unité est un vrai combat ! L’accord signé pour les Européennes entre le PCF et le PG est jugé acceptable mais « non satisfaisant » par le PCF et Pierre Laurent qui regrette la place trop faible laissée au PCF. Et depuis, le débat a repris et s’est même envenimé… Furieuse d’avoir été évincé des « éligibles », la direction de Gauche unitaire hurle à l’exclusion : «Trop c’est trop!» s’indigne Christian Piquet dans une longue lettre adressée à ses partenaires du Front de gauche:   »Comme vous le savez, celles et ceux qui ont fondé Gauche unitaire ont rompu avec le NPA en 2009. Ce n’est pas pour reprendre à présent le discours de cette der- nière organisation et d’une extrême gauche se complaisant dans son impuissance» et d’an- noncer que la direction de la GU suspendait sa participation à la direction du FdG. Cela alors que sa minorité dirigée par Francis Sitel annonçait, elle, sa rupture avec la GU et son adhésion à Ensemble.

Effets de tribunes Du côté du PCF, le débat s’envenime. L’Humanité a notamment publié récemment trois tribunes, qui ont en commun de critiquer la direction actuelle du PCF et Mé- lenchon… mais sous des angles opposés. Le premier texte, signé par des économistes et par l’ex-proche de Georges Marchais, Nicolas Marchand, estime qu’il faut arrêter d’être « contre », être « pour » une alternative en positif, ce qui passe par un rassemblement… où le PCF joue un rôle central.

Le deuxième texte rassemble de nombreux dirigeant fédéraux dont celui de Paris, des dirigeants nationaux comme André Chassaigne, des syndicalistes comme l’ex-cheminot Didier Le Reste. Il s’oppose à l’« autonomie » prônée par Mélenchon et souhaite un large rassem- blement « à la base », sans forcément la médiation d’un Front de gauche mais avec un PCF « ouvert ».

Enfin un troisième texte est signé par le responsable à la culture du PCF, André Hayot, qui trouve que, « dans sa forme actuelle, le Front de gauche ne fait pas envie »… Historien de ce courant politique, ex-PCF et actuellement membre d’Ensemble, Roger Martelli en conclut : « Le Front de gauche a besoin de vivre et donc de bouger. Du côté « plus et mieux », pas du côté « moins  »…

Derrière les bagarres d’appareils Et pendant ce temps, Mélenchon se paye les journalistes du Monde et de Libération avec une violence et une virulence qui fait grincer des dents au sein du FdG… En fait, dans toute cette confusion, il y a d’abord des jeux d’appareil et des bagarres pour les postes, dont les petites formations se trouvent de fait exclues : ainsi, Piquet, même élu conseiller régional de Midi-Pyrénées en 2010 grâce au PCF, ne pèse rien avec ses quelques dizaines de militantEs.

Il y a ensuite un débat politique, plus ou moins caché, mais sur des questions de fond essentielles : quel rapport avec les institutions ? Avec le mouvement social ? Avec l’interna-tionalisme ? Par exemple, sur cette dernière question, il y a vraiment de quoi débattre, surtout quand on voit la tête de liste de l’Est, Gabriel Amard (PG), titrer un tract en vue d’une réunion publique à Besançon : « Non à l’Europe allemande » !

Avec le Front de gauche, le PCF avait réussi provisoirement à stopper son hémorragie électorale et militante, Mélenchon à se refaire une virginité après avoir quitté le PS, et des petits groupes, pour la plupart issus de la LCR ou du NPA, à faire semblant de jouer dans la cour des grands. Mais dans cette situation de crise exceptionnelle, l’heure des choix a sonné.

Alain Krivine Hebdo L’Anticapitaliste – 242 (16/05/2014)

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16 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Les anticapitalistes et l’indépendance écossaise (1)

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Un peu d’histoire (de 1707 au présent)

Vue de l’hexagone, la perspective de l’indépendance de l’Ecosse – comme aussi de la Cata- logne ou du Pays basque de l’Etat espagnol – semble à beaucoup de militants hors de propos, si ce n’est une incongruité à l’heure où le prolétariat européen et international a par-dessus tout besoin d’unir ses forces. Raison de plus pour écouter les arguments des révolutionnaires anticapitalistes de ce pays.

Au matin du 6 mai 2011, les Ecossais ont découvert un paysage politique radicalement modifié. Pour la première fois, les élections au parlement écossais avaient donné une majorité au Scottish National Party (SNP, Parti national écossais). Le parlement et le gouvernement écossais sont des institutions décentralisées [1] disposant de prérogatives fiscales limitées et exerçant les pouvoirs d’état dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la justice, de l’agriculture et de l’organisation des pouvoirs locaux. Le SNP était déjà au gouvernement mais ne disposait au parlement que d’une majorité relative, ce qui limitait ses capacités législatives. à présent, sa nette victoire, avec une progression de 13 %, lui donnait la majorité absolue de 69 sièges sur 129. Le grand perdant était le Labour Party (Parti travailliste) qui avait dominé la vie politique écossaise pendant des décennies.

Le SNP s’était présenté comme un parti de centre-gauche ayant pris des mesures progressistes, dont certaines, comme la gratuité totale des médicaments [2], étaient reprises du programme du Scottish Socialist Party (SSP). Il avait également pris position contre les mesures d’austérité exigées par la coalition conservatrice-libérale au pouvoir à Londres, en déclarant par exemple qu’il n’y aurait pas de licenciements dans les services publics dont il avait le contrôle. De nombreux travailleurs, notamment dans la santé, ont voté SNP pour sauver leurs emplois. La position du SNP contrastait avec les claudications du Labour Party, vu comme prenant ses ordres de Londres, la branche locale d’un parti britannique proposant lui-même des coupes sévères dans les services publics. Le Labour était en outre perçu comme va-t-en-guerre, le parti qui avait envoyé les troupes en Irak et en Afghanistan, quand le SNP s’était opposé à ces interventions comme à celles menées précédemment dans les Balkans.

Cette fois, la majorité des électeurs mit donc de côté sa loyauté envers le Labour Party. Et maintenant, le SNP promet un référendum sur l’indépendance. Prévu en 2014, il pourrait mettre un terme à l’état britannique. Ce vote opposera les partis anti-indépendantistes, conservateurs, libéraux et travaillistes, au SNP ainsi qu’aux Verts et à la majeure partie de la gauche écossaise, dont le SSP.

Qu’est-ce que l’Ecosse  ? L’histoire de l’Ecosse, comme celle de toutes les nations, montre l’opposition existant entre les intérêts des masses et ceux de la classe dominante. Au centre d’Edimbourg se trouve une pizzeria dont les toilettes en sous-sol ont été construites à l’endroit précis où, en 1707, a été signé l’Acte d’union entre l’Ecosse et l’Angleterre. Ce traité a été signé dans une cave parce que la fureur de la foule rendait très dangereux de le faire ailleurs. Jusqu’en 1707, l’Écosse avait été une nation indépendante, même sous l’influence politique et parfois l’occupation militaire de son voisin du sud.

Au début de ce siècle, les nobles écossais et la classe dirigeante étaient menacés de ruine suite à l’échec d’une tentative très mal préparée de colonisation en Amérique centrale – l’expédition « Darien ». La perspective d’un sauvetage financier et les pots-de-vin de l’Angle- terre menèrent à la création du nouvel état, la Grande-Bretagne. Le grand poète et radical écossais Robert Burns écrivit à ce sujet : «Nous sommes achetés et vendus pour l’or anglais – Quelle bande de canailles dans cette nation ! » [3]

Les tentatives de partisans de la dynastie catholique des Stuart, les «  jacobites  », pour prendre le pouvoir en 1715 et en 1745 furent défaites et débouchèrent sur une répression violente de l’état britannique dans les Highlands («  hautes terres  ») qui avaient soutenu la cause jacobite. La culture des Highlands fut alors attaquée, le kilt et la cornemuse interdits, la langue gaélique réprimée. De nombreux Ecossais des basses terres, parlant l’anglais et pro- testants presbytériens convaincus, avaient également combattu les jacobites. L’écrasement de ces derniers ouvrit la voie à la création des régiments écossais qui combattirent pour l’empire britannique, tandis que les nobles écossais s’enrichissaient dans la construction de cet empire.

L’Ecosse conserva toutefois des institutions séparées de celles d’Angleterre. L’église presbytérienne «église d’Écosse» demeura religion d’Etat, le système éducatif resta différent et l’Écosse conserva son propre système juridique, la «  loi écossaise  »,  ainsi que ses propres institutions financières.

La classe dirigeante écossaise préserva ces institutions tout en participant allègrement à la construction de l’empire britannique. De nombreux bourgeois écossais firent fortune dans les plantations esclavagistes de Jamaïque ou dans les ports indiens, soutenus par les baïon-nettes de l’armée britannique. Pour les travailleurs écossais, il y eut de nouvelles industries. Glasgow devint un centre de la construction navale destinée à répondre aux besoins de l’empire. La force de travail se renforça d’immigrants venus d’Irlande, principalement des catholiques fuyant les discriminations. De toutes les confessions, les travailleurs vivaient dans des conditions de logement déplorables, toujours au bord de la misère.

L’Écosse développa une fière tradition de lutte radicale. On peut en trouver des origines dans les mouvements démocratiques radicaux presbytériens, tel celui des conventionnaires [Covenanters] qui menèrent une guerre civile à la fin du 17e siècle. Des démocrates tels que Thomas Muir furent influencés par la Révolution française. Les premières manifestations d’une action ouvrière autonome se 
produisirent avec la grève des tisserands de Calton, en 1787, qui fut noyée dans le sang.

Les syndicats et la tradition socialiste s’enracinèrent durant les 19e et 20e siècles. A l’époque de la Première Guerre mondiale, Glasgow en vint à être connue comme « la Rouge » [Red Clydeside] après des combats de masse tels que la grève des loyers et la grève pour les 40 heures. Les femmes jouèrent dans ces luttes, particulièrement la grève des loyers, un rôle important quoique jamais mentionné dans les livres d’histoire. En 1919, confronté aux grèves et craignant une insurrection d’inspiration bolchevique, le gouvernement envoya l’armée occuper la ville.

Les leaders socialistes les plus connus de l’époque, comme le dirigeant gréviste Willie Gallacher (devenu ensuite un député communiste) et John Maclean, se mirent alors en évidence. Maclean fut nommé par Lénine consul de Russie à Glasgow, ce qui ne le protégea pas de la répression. Il fut l’un des premiers à lier la lutte ouvrière à la question nationale écossaise, en appelant à former une République écossaise des travailleurs.

La montée de la question nationale Malgré la position de Maclean, la question nationale resta secondaire en Écosse jusqu’aux années 1970. Le soutien à l’union britannique avait également une composante de classe. Certains voyaient l’unité nationale au sein de l’Etat britannique comme ayant permis de défaire l’Allemagne nazie, de créer l’état social sous le gouvernement travailliste de 1945 et de construire des syndicats puissants.

Mais cette perception commença à changer dans les années 1970 avec la crise éco- nomique. Celle-ci coïncida avec la découverte d’importants gisements de pétrole dans les eaux écossaises de la Mer du Nord. Le SNP (Parti national écossais) adopta le slogan «Le pétrole est à nous» et obtint pour la première fois quelques succès électoraux. A l’époque, le parti travailliste comme la gauche révolutionnaire ironisaient sur lui en le décrivant comme «un parti 
conservateur en tartan» – avec une base rurale et des politiques de droite. La lutte de classes en Écosse atteint des sommets avec l’occupation des Chantiers navals de la Haute-Clyde, dirigée en 1971 par Jimmy Reid, alors un membre connu du PC, ainsi qu’avec les grèves des mineurs victorieuses de 1974 et d’autres luttes significatives.

C’est l’élection de Margaret Thatcher, en 1979, et les attaques de son gouvernement qui produisirent un tournant majeur sur la question nationale. Si importante en Écosse et dans le nord de l’Angleterre, l’industrie lourde rétrécit dramatiquement, dans le cadre d’un processus général de destruction. Les syndicats firent l’objet de dures attaques, à travers des lois anti- grèves et anti- syndicales permettant à l’état de les faire disparaître en s’emparant de leurs avoirs. Le test fut la grande grève des mineurs, en 1984-85. Sa défaite après un combat héroï- que constitua pour la classe ouvrière un énorme revers. Il y eut au même moment un mécon- tentement grandissant envers le gouvernement britannique conservateur, qui disposait d’un soutien très faible en Écosse où il n’avait qu’une poignée de députés. Cette situation était vue comme un «déficit démocratique»: l’Écosse vote travailliste mais récolte les conservateurs, elle vote à gauche mais est gouvernée par la droite.

Lorsque le gouvernement Thatcher introduisit la «poll tax» – une taxe d’habitation à taux fixe par tête, qui frappait avant tout et très durement les travailleurs et les pauvres –, il le fit d’abord en Écosse, un an avant le reste de la Grande-Bretagne. Le ressentiment atteint alors des sommets. L’Écosse, qui avait rejeté les conservateurs par une majorité écrasante, était l’endroit choisi par eux pour expérimenter leurs politiques de droite dure. C’est en Écosse que fut lancée une campagne de masse pour le non paiement de cette taxe (qui posa des bases de la création ultérieure du SSP). Le SNP adopta une ligne de soutien passif à cette campagne, et commença à gagner un soutien électoral dans des fiefs travaillistes. C’est désormais dans la classe ouvrière, parmi les pauvres et les jeunes que le soutien à l’indépendance devenait le plus fort.

L’exigence de l’au- togouvernement «home rule»; d’un parlement écossais, auparavant noyée en petites lettres au milieu des programmes travaillistes, prit de la force et gagna le soutien de syndicats. Lorsque le conservateur John Major remporta en 1992 une victoire surprise, il y eut des rassemblements et manifestations de masse appelant à un vote en faveur de l’auto-gouvernement. Le parti travailliste s’engagea en faveur d’un référendum sur la création d’un parlement décentralisé. Cette revendication fut finalement satisfaite après l’élection de Tony Blair en 1997, et le premier parlement écossais s’installa en 1999.

BLACK Alistair 1er novembre 2012

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16 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Les anticapitalistes et l’indépendance écossaise (2)

SSP scot

 Le nationalisme écossais au 21e siècle

La mise en place de ce parlement avait été largement contrôlée par la direction travailliste écossaise, qui élabora un système électoral censé empêcher qu’un seul parti n’obtienne une majorité absolue, et par conséquent garantir que le SNP ne puisse jamais réunir assez de votes pour proposer un référendum d’indépendance. C’est le parti travailliste, allié aux libéraux, qui domina les deux premiers parlements écossais. La gauche obtint également un bon résultat en 2003, avec 
6 députés pour le SSP, 7 pour les Verts et 
4 indépendants pour l’essentiel de gauche. Le SNP avait alors été affaibli et semblait égaré suite à la décision de son dirigeant, Alex Salmond, de se mettre en retrait.

Mais cela ne devait pas durer. Les travaillistes perdaient de leur influence à mesure qu’ils évoluaient à droite et les électeurs étaient de plus en plus déçus de leur gouvernement, tant à Londres qu’à Edimbourg. Le SNP se positionna alors à gauche du parti travailliste, replaça Salmond à sa tête et commença à postuler au pouvoir. En 2007, il constitua un gouvernement minoritaire, après avoir aspiré la plupart des voix des anticapitalistes et des Verts. Le SSP, qui avait subi une scission amère, perdit sa représentation au parlement. En 2011, le SNP devint encore plus dominant et obtint ce qui était supposé impossible, à savoir une majorité absolue.

Le SNP se présente comme étant à la gauche du parti travailliste. Dans les quartiers ouvriers, ses militants se disent anticapitalistes et certains sont des syndicalistes. Il est notable que l’on trouve parmi eux d’anciens dirigeants syndicaux des Chantiers navals de la Haute-Clyde, comme cela avait aussi été le cas de Jimmy Reid jusqu’à son décès. Le SNP a effec-tivement mis en œuvre, dans un cadre populiste, des mesures de gauche telles que la sup- pression du ticket modérateur ou celle des droits d’inscription universitaires.

Il reste que ses conceptions fondamentales sont néolibérales et qu’il est incondition-nellement du côté du système capitaliste. Il est en faveur de réduire les impôts des entreprises et d’attirer les capitaux sur le modèle irlandais. Il a ainsi fait de grandes concessions à des grou- pes tels Amazon, qui ne proposent que bas salaires, précarité et mauvaises conditions de travail. Dans l’un de ses discours, Alex Salmond revendiquait «l’arc de prospérité» englo- bant des pays tels que l’Irlande et l’Islande. S’il ne les décrit plus aujourd’hui comme des modèles, il maintient les mêmes positions économiques pro-patronales néolibérales.

Le SNP était autrefois un grand avocat de l’Europe et se proposait de rejoindre l’euro. Il reste pro-Union européenne mais suggère désormais que l’Écosse pourrait peut-être conserver la livre sterling. Cela signifierait que la Banque d’Angleterre garderait la haute main sur la politique monétaire du pays. L’idée d’une monnaie propre, avec un véritable contrôle sur les taux d’intérêt, ne lui est apparemment pas venue à l’esprit. A cela s’ajoute le fait que le SNP semble peu à peu abandonner son engagement de sortir de l’OTAN, et affirme maintenant que la reine resterait le chef de l’état d’une Écosse indépendante. Il veut changer le drapeau, mais pas beaucoup plus.

 La gauche et l’indépendance La gauche écossaise, en particulier le SSP, a une vision opposée. Le SSP défend une Écosse socialiste indépendante – une véritable indépendance des banques, des grandes entreprises et des compagnies pétrolières. Nous voulons la natio- nalisation des entreprises pétrolières et gazières. Comme des nations d’Amérique du Sud en montrent la voie, nous devrions contrôler nos ressources naturelles dans l’intérêt de la popu- lation. Nous voulons une véritable nationalisation des banques et des compagnies financières, si importantes dans l’économie écossaise et qui ont causé tant de misère. Nous voulons voir la fin de l’état impérialiste britannique, la sortie de l’Écosse de l’OTAN et le départ des troupes écossaises de pays tels que l’Afghanistan. Nous voulons la fin des institutions antidémo-cratiques de l’état britannique, la monarchie et la Chambre des lords non élue, et la création d’une République écossaise.

Les sondages indiquent que l’indépendance est soutenue par les jeunes et par les franges les plus pauvres de la société. Ce sont les secteurs qui ont le plus souffert des gou- vernements de Londres dominés par le parti conservateur. En 2012, près d’un jeune écossais sur quatre est au chômage. L’austérité massive imposée par les conservateurs signifie qu’il y a peu d’espoirs d’amélioration. Les plus pauvres ont été particulièrement ciblés par David Cameron, avec notamment des coupes dans les allocations aux handicapés. L’indépendance offre un espoir de changement.

Des millions de personnes ont manifesté dans toute la Grande-Bretagne contre la guerre en Irak, mais les forces britanniques ont continué à être envoyées pour soutenir l’invasion US. Une Écosse indépendante affaiblirait l’impérialisme britannique et pourrait signifier la perte de son siège au conseil de sécurité de l’ONU. Si un gouvernement écossais décidait le retrait de l’OTAN et l’interdiction des armes nucléaires, cela démontrerait que des alternatives au militarisme sont possibles.

Une conférence radicale pour l’indépendance La gauche écossaise a un rôle important à jouer dans le débat sur l’indépendance. Nous devons la défendre de manière non nationaliste mais internationaliste, comme un élan dans l’intérêt des travailleurs et non des profits patro- naux. Une conférence radicale pour l’indépendance doit se tenir en novembre 2012. Elle rassemblera un large spectre d’organisations de gauche et comptera sur le soutien de mem- bres du Parti vert écossais, de dirigeants syndicaux et de militants des luttes, de la solidarité avec le peuple palestinien aux mouvements pour la paix et pour la défense de l’environnement. La conférence est également soutenue par des personnalités significatives du monde de la culture, comme l’écrivain Iain Banks.

Son but est de formuler un programme large pour une Écosse indépendante 
pro- gressiste. Elle s’organise dans les villes du pays et développe une activité de rue. Elle a la possibilité de construire un 
mouvement de base qui porte les exigences anticapitalistes, éco- logistes et internationalistes sur le devant de la campagne pour l’indépendance.

De son côté, le SNP craint comme la peste tout type de mouvement populaire pour l’indépendance. Il veut mener sa campagne sur un mode totalement verticaliste et ne pas s’aliéner le soutien de la classe moyenne, ce qui se traduit politiquement par une évolution à droite. La conférence doit construire une campagne qui le contrecarre.

Bien que le référendum ne soit prévu que dans deux ans, la campagne a déjà com- mencé. Tant le récent mariage royal que les Jeux olympiques ont été utilisés par les «  unio- nistes  » britanniques pour défendre l’idée que l’Écosse bénéficie de l’union et pour enflammer le sentiment nationaliste britannique. Des figures de premier plan du parti travailliste, tels l’an– cien Premier ministre Gordon Brown et l’ex-ministre de l’économie Alistair Darling, ont attaqué la politique économique du SNP. Le soutien à l’indépendance semble s’être affaibli ces derniers temps du fait de cette campagne et de la crise de la zone euro, qui a suscité d’autant plus de craintes que le SNP avait placé beaucoup d’espoirs dans la perspective de rejoindre l’euro. L’état britannique utilisera tous les moyens à sa disposition pour saboter la campagne pro-indépendance.

La conférence radicale pour l’indépendance a pour responsabilité d’organiser une campagne de masse et de proposer un programme qui offre un horizon de changement, pas seulement de drapeau ou de passeport, mais au sein-même de la société dans l’intérêt du monde du travail. Alistair Black

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article31890

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15 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Marseillaise et abolition de l’esclavage: un chant qui sonne faux (lo)

tardi drapeau

Ce n’est pas toujours facile d’être de droite.

Comment en effet attaquer un gouvernement qui mène une politique tellement conforme aux intérêts patronaux que la droite ne saurait mieux faire ? Il ne reste plus aux ténors de l’UMP que de sales petits os à ronger, en général trouvés dans les poubelles renversées par le Front national. C’est ce qui arrive avec la dernière polémique en date.

La ministre de la Justice Taubira n’ayant pas chanté la Marseillaise lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai, le FN a exigé sa démission, immédiatement suivi par l’UMP. Et tous les politiciens de droite d’entonner « L’amour sacré de la patrie ».

Les ministres socialistes se sont donné le ridicule de répondre, recherchant des présidents de la République qui ne chantaient pas, invoquant le recueillement silencieux, voire l’inutilité d’ajouter sa voix à celle de la garde républicaine. Mais tous sont bien d’accord sur une chose : l’hymne national est sacré, inscrit dans la Constitution, et il avait toute sa place aux commémorations de l’abolition de l’esclavage.

Pourtant, s’il est vrai que la traite des Noirs a commencé avant que La Marseillaise ne soit écrite, elle a bien su prendre la suite des chants de l’armée royale pour accompagner la répression des esclaves dans les colonies, les massacres de la colonisation en Algérie et dans le reste de l’Afrique.

On ne sait ce que pensait Taubira lors de cette cérémonie, mais une chose est certaine, ce chant y était en effet plutôt mal venu. Paul GALOIS

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2389&id=13

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15 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Le PS contre l’austérité… le temps d’une campagne (lo)

socialislme

« L’austérité de Bruxelles est une erreur » :

c’est ainsi qu’en France, où il est au pouvoir et impose l’austérité au monde du travail depuis l’Élysée et Matignon, le Parti socialiste fait campagne pour l’élection européenne.

Tâchant de faire oublier leurs propres responsabilités, le PS et le gouvernement, quand ils interviennent dans la campagne, mettent en avant le social-démocrate allemand Martin Schulz, présenté comme un possible « président progressiste » de la Commission européenne. D’après le PS, son élection à ce poste permettrait de réorienter la politique européenne et de desserrer les contraintes budgétaires pesant sur l’État français.

C’est une façon de désigner Manuel Barroso à Bruxelles comme Angela Merkel à Berlin comme responsables des décisions anti-ouvrières que prennent François Hollande et Manuel Valls à Paris. Mais comment croire que le gouvernement PS ne mène pas la politique de son choix ?

Car si, dans la logique budgétaire des institutions bourgeoises, il faut faire des économies sur les deniers publics pour payer sans délai les intérêts des banques, c’est le choix du gouver-nement que de faire ces économies en bloquant les retraites et les salaires des fonctionnaires, en augmentant la TVA, etc. C’est faire payer le déficit budgétaire par les classes populaires, alors que les riches s’enrichissent toujours plus.

De plus Schulz n’est « progressiste » que sous la plume d’un PS qui ne voit pas de problème à ce que Valls déverse des insanités racistes à propos des Roms et mène la chasse aux sans- papiers. Après bien d’autres, Valls et le PS en campagne tentent de se glisser dans le courant de ceux qui désignent Bruxelles comme responsable de la crise et de l’austérité afin de faire oublier leurs responsabilités propres. Mais ce n’est pas le vague camouflage de gauche que Martin Schulz offre au PS qui fera illusion sur sa politique au gouvernement, entièrement au service du patronat. Lucien DÉTROIT

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2389&id=7

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15 mai 2014 ~ 0 Commentaire

Avril 1984: contre le plan acier de mitterrand (lo)

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Les sidérurgistes dans la rue

Le 13 avril 1984, entre 40 000 et 60 000 sidérurgistes manifestaient à Paris contre le gouvernement d’Union de la gauche de François Mitterrand et son deuxième « plan Acier », qui prévoyait une nouvelle saignée dans leurs effectifs.

Quelques jours auparavant, le 4 avril, on dénombrait 150 000 manifestants dans les villes de Lorraine, des ouvriers sidérurgistes, mais aussi d’autres salariés et des petits commerçants. La colère dominait parmi les manifestants, ainsi que le sentiment d’une immense trahison de la part de ce gouvernement de gauche pour lequel la grande majorité d’entre eux avait voté en 1981.

Mitterrand n’avait en effet pas été avare de promesses vis-à-vis des sidérurgistes lorrains. En octobre 1981, lors d’une tournée dans la région quelques mois après son élec- tion, il déclarait : « Il n’y aura pas de secteur condamné, qu’il s’agisse, dans votre région, de la sidérurgie qu’il nous faut sauvegarder, développer, ou des mines de fer, dont l’exploitation doit être poursuivie (…). »

La réalité allait être tout autre. En février 1982, le gouvernement Mitterrand-Mauroy, com- prenant quatre ministres communistes, achevait la nationalisation de la sidérurgie qui avait été entamée quatre ans auparavant, sous un gouvernement de droite. Cette nationalisation, pré- sentée par le PCF comme une panacée, était en fait surtout un beau cadeau fait à la famille de Wendel et aux autres grands patrons de l’acier. L’État prenait à son compte les dettes du sec- teur et permettait à ces capitalistes de se retirer sans pertes et de placer leurs milliards dans des secteurs plus rentables.

Pour les ouvriers, une catastrophe se préparait. Dès juin 1982, le gouvernement pré- sentait son « plan Acier » comportant 12 000 suppressions d’emplois. Moins de deux ans plus tard, le 29 mars 1984, il révisait ce plan et supprimait 21 000 emplois supplémentaires. Les usines sidérurgiques de Longwy, Denain et Pompey, près de Nancy, étaient condamnées à la fermeture. Celles de Neuves-Maisons et de Gandrange perdaient une bonne partie de leurs effectifs. En Lorraine, un sidérurgiste sur quatre était concerné, à Longwy, un sur deux ! Cette nouvelle saignée survenait après une succession de plans dits de reconversion ou de moder- nisation, qui avaient déjà fait des coupes claires dans les effectifs depuis les années 1960.

PCF et CGT au secours de Mitterrand Georges Marchais, alors secrétaire général du PCF, fit une apparition dans la manifestation parisienne du 13 avril et critiqua le plan Acier. Les diri- geants lorrains du PCF, de leur côté, affirmaient à qui voulait l’entendre que les ministres com- munistes n’accepteraient jamais ce plan et démissionneraient s’il était appliqué… Non seule- ment les ministres communistes ne partirent pas, mais un mois plus tard, en mai 1984, les députés communistes votèrent même la confiance au gouvernement Mitterrand-Mauroy. En revanche, les ministres communistes quittèrent le gouvernement en juillet, après les résultats catastrophiques du PCF aux élections européennes de juin, où il passa de 20,5 % à 11,28 %, alors que le FN dépassait les 10 %.

Au-delà du PCF, c’est aussi la CGT qui aida le gouvernement en canalisant la colère des « métallos ». Quelques années auparavant, début 1979, celle-ci avait déjà éclaté en riposte à un plan similaire, cette fois pris par un gouvernement de droite. Les manifestations avaient alors été massives à Longwy et à Denain, puis à Paris. Les sidérurgistes avaient orga- nisé plusieurs séquestrations, la mise à sac de locaux patronaux ou publics, le blocage des routes. Ils s’étaient affrontés violemment avec la police, allant jusqu’à attaquer le commissariat de Longwy à plusieurs reprises. Mais pour la CGT et les autres syndicats, il n’était pas ques- tion de répondre de la même façon à un gouvernement de gauche.

Les débrayages furent donc limités, les manifestations soigneusement encadrées. Les dirigeants syndicaux donnèrent un caractère régional à la manifestation parisienne, avec une grande croix de Lorraine et des majorettes en costume traditionnel placées en tête. Ils récla- mèrent une solution industrielle pour la Lorraine, ne cherchant nullement à faire le lien avec les autres secteurs attaqués et à préparer une riposte d’ensemble aux licenciements, contre le patronat et le gouvernement qui en portaient la responsabilité. (…)

Un beau cadeau pour le patronat La casse de la sidérurgie allait continuer les années sui- vantes et la région entière allait en rester sinistrée, alors que les patrons du secteur tiraient toujours leur épingle du jeu. Après avoir pris à sa charge la fermeture des usines et la moder- nisation de celles qui restaient – les différents plans de sauvetage coûtèrent 110 milliards de francs – l’État privatisa de nouveau le secteur quand celui-ci renoua avec les bénéfices. En effet, les effectifs fondirent, divisés par 3,4 entre 1980 et 1999, mais la production, elle, ne baissa que de 13 %. En 1994, le gouvernement de cohabitation Balladur-Mitterrand commença à revendre des parts d’Usinor-Sacilor, le groupe issu de la fusion en 1986 des deux entreprises nationalisées, Usinor et Sacilor. La privatisation fut achevée en 1997, cette fois sous le gouvernement de cohabitation Jospin-Chirac.

Usinor-Sacilor, devenu Arcelor en 2002 par fusion avec deux autres groupes sidérur-gistes européens, tomba dans l’escarcelle du capitaliste Lakshmi Mittal en 2006. Depuis, les restructurations, les fermetures et la baisse des effectifs ont continué. Après la fermeture de l’aciérie de Gandrange en 2008, ce fut le tour des hauts fourneaux de Florange en avril 2013. Les gouvernements, de droite comme de gauche, laissèrent faire tout en lanternant les ouvriers.

Les usines sidérurgiques de Lorraine, qui représentaient 130 000 emplois en 1960, ont maintenant presque toutes fermé, laissant une région dévastée. Les plans de suppressions d’emplois successifs ont provoqué bien des réactions chez les ouvriers, qui permirent tout au plus d’en atténuer quelque peu les effets. Ainsi ils bénéficièrent de dispenses d’activité à partir de 50 ans ou de l’augmentation des primes de départ, obtenues lors du coup de colère de 1979, mais supprimées dans les années 1990. Mais face à eux, les grands patrons de la sidérurgie d’aujourd’hui et d’hier, les de Wendel et les Mittal, continuent à faire partie des plus grandes fortunes mondiales. Valérie FONTAINE

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2389&id=56

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