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23 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

pourquoi le débat sur le réchauffement climatique fait fausse route (cadtm)

climate

 

Alors que les signes d’un réchauffement global se multiplient, les débats sur le sujet sont légion et, pour beaucoup, passent complètement à côté des questions centrales, à savoir celles du monde de production, de la libéralisation à outrance ou encore des rapports de domination entre individus et régions du monde.

La majorité des intervenants « spécialistes » de la question restent pour la plupart cloisonnés dans un certain cadre, celui du capitalisme libéral. Or, force est de constater que jusqu’à maintenant, toutes les solutions envisagées au sein de ce système restent sans succès. S’il faut évidemment se méfier d’un modèle clé en main, il est nécessaire de remettre en cause un certain nombre d’idées reçues si on veut faire avancer le débat et envisager une possible sortie de l’impasse.

« Nous sommes tous dans le même bateau » Cette phrase, notamment pronon- cée par Jean Pascal Van |1|, illustre un état d’esprit largement partagé par un grand nombre de chercheurs s’intéressant à la question et pourtant passe com- plètement à côté du problème. S’il est indéniable que nous habitons tous la même planète, nous ne l’habitons pas tous de la même façon : par conséquent, nous ne sommes pas tous responsables du réchauffement global de la même manière et nous ne subirons pas tous ses conséquences de la même façon.

Pour rester dans l’analogie maritime, le syndrome du Titanic, idée chère à Nicolas Hulot |2|, ne doit pas nous faire oublier qu’existaient dans ce navire diffé- rentes classes pour qui le naufrage n’aura pas les mêmes conséquences |3|. Bien que sur du long terme, l’ensemble de l’humanité sera vraisemblablement touchée par les impacts d’un réchauffement global, il est clair que ce sont avant tout les plus pauvres qui en subiront les effets les plus rapides et les plus dramatiques.

Cela se produit déjà puisque de nombreux pays du tiers monde, de par leur climat tropical et leurs faibles moyens financiers, connaissent déjà de plus en plus d’événements climatiques extrêmes et assistent impuissants à la fonte des glaciers continentaux et à la dilatation des eaux océaniques. Une comparaison entre les Pays-Bas et le Bangladesh est éloquente puisque pour une situation semblable (tous deux en partie sous le niveau de la mer), le premier est en train de cons- truire une digue de plusieurs milliards d’euros pour faire face à une montée des eaux tandis que le second, incapable de faire de même, ne peut qu’attendre le déluge en regardant son voisin indien renforcer des murs à la frontière pour empêcher l’arrivée des millions de migrants climatiques à venir |4| .

Cette situation dépasse la fameuse grille de lecture caricaturale Nord-Sud puisque même au sein des pays riches, les populations les plus précaires figurent fréquemment parmi les plus vulnérables |5|. L’exemple de la Nouvelle Orléans est là pour nous le rappeler |6|.

Une question avant tout économique À de rares exceptions |7|, les solutions au réchauffement climatique envisagées ne remettent jamais en cause l’idéologie dominante du marché, du libre-échange et de la Croissance : on nous parle de développement des énergies renouvelables et des transports en commun, d’un soutien aux producteurs locaux et d’agroécologie, de normes et de labels sur les produits que nous achetons, d’une meilleure éducation à la consommation…

Ces éléments ne sont évidemment pas contestables en soi mais imaginer que ces mesures se développeront et se suffiront à elles-mêmes relève au mieux de la naïveté, au pire de l’hypocrisie. En effet, si tout cela n’est pas développé comme on le voudrait, c’est surtout parce que de nombreux acteurs qui détiennent un pouvoir considérable n’y ont tout simplement pas intérêt.

Parmi ces derniers figurent notamment les compagnies pétrolières, pour qui le mode de vie à l’américaine (banlieues résidentielles, voiture individuelle, sépa- ration des lieux d’activité…) constitue une partie significative de leurs profits ou encore les multinationales de l’agrobusiness accaparant des ressources considé- rables destinées à une production intensive. N’en déplaise à Pierre Rabhi, pro- mouvoir une agriculture en symbiose avec son milieu quand une majorité de pay- sans à travers le monde sont dépossédés de leur terre risque fort de rester lettre morte si on ne revendique pas en parallèle une réforme agraire et une plus juste redistribution des terres.

Dans le même ordre d’idées, la relocalisation des activités économiques ne pourra se faire tant que la libéralisation des capitaux et des marchés permettra aux grandes multinationales en tout genre d’empocher toujours plus de bénéfices en délocalisant leur production à l’autre bout de la planète, multipliant par là les trans- ports de marchandises |8| .

Plus généralement, si la surconsommation est (à juste titre) régulièrement pointée du doigt, combattre ce problème passe sans doute davantage par des mesures radicales telles que l’interdiction de la publicité dans l’espace public et médiatique ainsi que la fabrication d’objets plus solides et plus durables plutôt que par la culpabilisation de tout un chacun quant à leur mode de consommation. C’est probablement cette culpabilisation qui permet de comprendre le désintérêt pour les questions environnementales de nombreuses personnes.

Par ailleurs, il est nécessaire de questionner les politiques économiques mises en œuvre si l’on veut parvenir rapidement à une « transition énergétique ». Alors que de nombreux mouvements écologistes prônent l’abandon de la voiture individuelle, peu parmi ces derniers s’insurgent et luttent contre le démantèlement des services publics, en particulier des transports en commun; alors que de nom- breuses voix s’élèvent pour que l’Etat investisse dans des économies d’énergie et dans les énergies renouvelables, peu protestent contre le remboursement de la dette publique illégitime, en grande partie à destination du monde bancaire. On le voit bien, une posture écologiste cohérente ne pourra se faire sans s’attaquer à la racine du mal, à savoir la recherche d’un profit sans limite par des acteurs définis dans un contexte d’économie de marché libéralisée à outrance.

Reconnaître et mettre fin à la dette écologique En outre, la configuration du monde actuel empêchera clairement tout accord contraignant entre les différents pays de l’ONU. L’impasse peut-être résumée de la façon suivante : les pays pauvres aspirent légitimement au « développement » |9| mais les limites de la planète le leur refusent, tout comme les discours culpabilisants de nombreux dirigeants occidentaux (pointant la Chine comme le principal responsable). Or, ces pays rappellent, à juste titre, qu’historiquement, l’augmentation des gaz à effet de serre est en grande partie causée par l’industrialisation de l’Europe, de l’Amérique du Nord et du Japon (le fait que la Chine a récemment atteint le peloton de tête ne change fondamentalement rien à ce constat) |10|.

Par conséquent combiner la lutte contre le réchauffement climatique à ces aspirations légitimes implique de reconnaître une dette écologique |11| du Nord vis-à-vis du Sud et surtout traduire cela dans les faits, à savoir annuler purement et simplement la dette financière du tiers monde ; transférer les technologies pro- pres vers les pays qui en sont dépourvus ; envisager des réparations et des fonds pour permettre à ces pays de faire face aux conséquences du réchauffement (fonds prélevés non sur les budgets des Etats mais sur les bénéfices des multi- nationales principales responsables du désastre) ; remettre en cause les règles de libre-échange de façon à permettre de renforcer une autonomie alimentaire et économique au détriment des politiques privilégiant l’exportation…

Tout cela devra inévitablement passer par d’importantes mobilisations, nationales et transversales au Nord et au Sud, afin de trouver des convergences de lutte entre les populations victimes d’un modèle économique à la fois destruc- teur pour la nature mais également socialement inacceptable. Le système éco- nomique montre ses contradictions et nous devons en profiter pour faire converg- er les luttes écologistes et syndicales.

Si les syndicats doivent urgemment tenir compte des limites de la planète et questionner les concepts de Croissance et de pouvoir d’achat, les mouvements écologistes doivent impérativement envisager la transition énergétique en remettant en cause les rapports d’exploitation et de domination entre régions du monde et entre classes sociales. Dans le cas contraire, aucun accord international sérieux n’est envisageable et pire encore, les idées écologistes resteront des beaux prin- cipes réservés à une classe moyenne aisée, souvent urbaine et déconnectée de la réalité des classes populaires. 23 janvier par Renaud Duterme

http://cadtm.org/Pourquoi-le-debat-sur-le

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23 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

quimper, rassemblement de soutien au peuple grec, pour son droit à prendre en main son destin

grece

Samedi 24 janvier, 11h00, place Terre au Duc, Quimper.
A l’issue de presque 5 années d’austérité imposées par la Commission Européenne, la BCE et le FMI, qui ont conduit le pays dans un désastre économique et social sans précédent, les Grecs sont appelés à exprimer leur volonté dans les urnes ce dimanche 25 janvier.

Tout laisse présager le désaveu des politiques austéritaires qui ont été appliquées, et la montée électorale des forces qui les contestent. La victoire de Syriza peut ouvrir la voie à la fin de la politique néolibérale d’austérité mise en oeuvre par les gouvernements grecs sous la tutelle de Bruxelles, au rétablissement de la souve- raineté populaire et du cadre démocratique, à la sauvegarde des services publics et du patrimoine public, à la redistribution des richesses en faveur de la population.

Notre obligation en tant que citoyen est et sera de se solidariser avec le peuple grec pour la démocratie et sa volonté de changement. La victoire de Syriza sera la nôtre, mais sa défaite aussi.

Par conséquent, nous, signataires de cet appel à ce rassemblement, appelons les Quimpérois-es à se solidariser avec le peuple grec et à ne pas permettre que la démocratie soit vaincue par les marchés financiers.

 Attac, EELV, L’humain d’abord, Les Indignés, NPA,

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21 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

teresa rodriguez, l’anti-iglesias de podemos (regards)

tere podem

Teresa Rodriguez s’est fait connaître en entrant au Parlement européen, mais elle peine à se faire une place au côté du charismatique Pablo Iglesias. Briguant la région Andalousie, elle espère créer un contre-pouvoir au sein de Podemos.

Portrait d’un électron libre. Le 15 mai 2014, à trente-trois ans, Teresa Rodri- guez devenait députée européenne sous la bannière du mouvement espagnol Podemos. À l’époque, elle arborait encore fièrement sa double appartenance politique avec Izquierda anticapitalista (IA, Gauche anticapitaliste), parti d’extrême gauche proche de notre NPA, qui fut l’une des organisations fondatrices de Podemos. IA défendait avec ardeur les idéaux des Indignés, notamment l’horizon- talisme des décisions (lire aussi « Podemos, un objet politique en mutation »).

C’est cette ligne politique que Teresa Rodriguez défend, ralliée à Pablo Eche- nique, une des figures les plus influentes du mouvement, et lui aussi eurodéputé Podemos. Ils se mettent en lice dans le processus organisationnel de Podemos en tant que parti, lors de l’Assemblée citoyenne qui s’est tenu en octobre dernier. Echenique, Rodriguez et quelques autres n’arriveront pas à peser substantiel- lement, n’obtenant que 12,37% des voix, contre 80,71% pour l’équipe d’Iglesias.

Farouchement militante Depuis son élection à la tête du parti, Iglesias a fait adopter une nouvelle règle: un membre de Podemos ne peut être affilié à un autre parti. Cette règle ne vise concrètement que IA, et donc Teresa Rodriguez. Mais cette dernière n’est pas du genre à se laisser mettre hors-jeu si facilement. Grâce à un tour de passe-passe, Rodriguez réussira à demeurer membre à part entière de Podemos : le 17 et 18 janvier, IA tenait son congrès au cours duquel a été décidé que le parti serait dissout puis refondé en association. Ainsi, Teresa Rodriguez peut continuer d’être membre de l’association « Anticapitalistas » sans enfreindre le règlement d’Iglesias. Ce dernier n’en a pas fini avec l’Andalouse.

Née en 1981 à Rota, en Andalousie, Teresa Rodiguez commence sa « carrière » de militante dès l’âge de quinze ans, à l’occasion de manifestations contre les coupes budgétaires dans l’éducation. Elle fera également du droit des femmes son combat, notamment à travers la problématique de l’avortement, droit encore trop peu accordé dans la pratique. Jusqu’en 2008, Rodriguez est membre de Izquierda unida (IU, Gauche unie) qu’elle abandonne car elle considère que le parti est trop proche du PSOE. Avec d’autres de IU, elle fonde Izquierda anticapitalista dans la province de Cadiz. Parallèlement, elle enseigne l’espagnol et la littérature dans le secondaire. Toujours très critique à l’égard des différents gouvernements, du capitalisme et de la société de consommation, elle déclarait en 2011 vouloir « changer le système ».

Une alliance pour remporter l’Andalousie Il faudra attendre l’avènement de Podemos pour faire espérer aux anticapitalistes la possibilité de peser dans le paysage politique. En moins d’un an, Podemos change l’utopie de Teresa Rodri- guez en programme politique envisageable aux yeux des Espagnols. Il est loin le temps où, aux municipales de 2011, Rodriguez n’obtenait que 1,56% des suffrages à Cadiz.(…)

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http://www.regards.fr/web/article/teresa-rodriguez-l-anti-iglesias

 

 
 

 

 

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17 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

syriza, podemos: 2015 sera l’année de la nouvelle gauche (ci)

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Sur la moto: PS et PP (UMP) et Podemos…

Que nous réserve 2015 ?

L’émergence d’une nouvelle gauche, prédit Harold Meyerson, chroniqueur du Washington Post. « Une nouvelle gauche qui, malgré les peurs que cela suscite dans la bonne société, est moins marxiste que – quelle horreur ! – keynésienne ».

« Le keynésianisme est une théorie économique complexe, mais son idée cen- trale est assez simple : si toutes les institutions cessent d’investir, l’activité écono- mique va décliner », explique-t-il, observant que, même si ce principe « paraît évident », c’est pourtant tout le contraire qui a été appliqué dans les pays touchés par la crise en Europe.

N’ayant pas de devises propres, des pays comme la Grèce et l’Espagne, confrontés à la crise, n’ont pas pu dévaluer leur monnaie pour rendre leurs éco- nomies plus compétitives. L’autre option qui s’offrait alors à eux était de suivre le principe keynésien : « des investissements massifs de l’Etat pour stimuler l’éco- nomie, comme le fit le gouvernement américain au début du mandat de Barack Obama.

Mais l’Union européenne, à l’instigation de l’Allemagne, a bloqué cette option en menaçant de bloquer prêts et crédis à l’Europe du sud, à moins que ces gou- vernements ne fassent des coupes majeures dans leurs dépenses. Intimidées, la Grèce et l’Espagne se sont exécutées ».

Si, dans un premier temps, les Grecs ont cru à ces remèdes, cela n’a pas duré, observe encore Harold Meyerson. « Après trois années de désespoir, ils ne voient toujours pas le bout du tunnel : leur patience est à bout ». Comme les Es- pagnols, ils sont nombreux à s’opposer aux politiques d’austérité et aux partis qui les ont fait appliquer.

C’est à la faveur de ces mouvements qu’ont émergé de nouveaux partis de gauche qui caracolent en tête des sondages : Syriza en Grèce, Podemos en Espagne. « Alors qu’un parti néo-nazi (Aube Dorée) a émergé en Grèce, les sondages indiquent que les Grecs lui préfèrent le néo-keynésien Syriza. Voilà une réponse éminemment raisonnable à la misère complètement déraisonnée que les Allemands leur ont imposée ».

http://www.courrierinternational.com/dessin/2015/01/02/syriza-podemos-2015-sera-l-annee-de-la-nouvelle-gauche

 

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17 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

de charlie hebdo à syriza… si le prolétariat pousse à la roue (essf)

syriza

En France, près de quatre millions de personnes, 25 000 à Montréal, ont marché derrière les dirigeants, ou leurs représentants, des grandes puissances pour affirmer l’unité de la nation contre le terrorisme des « fous d’Allah », pour la liberté d’expression et de presse.

Plusieurs ont vu l’incongruité de défiler derrière des chefs d’État qui ne toléreraient pas une minute un Charlie Hebdo chez eux. Peu ont compris l’immen- se contradiction d’une manifestation monstre sous la houlette des directions du terrorisme d’État autrement plus meurtrier que celui réactif des djihadistes. Je m’en suis expliqué ailleurs [1], je n’y reviens pas.

Les conséquences de ce succès politique incontestable de la néolibérale droite guerrière, y compris de son aile dite de «gauche», sont déjà visibles en termes de renforcement sécuritaire et d’annonces de nouvelles réglementations répressives, de hausses de budget de la police et de conférences internationales anti terroriste. Seul une partie de la gauche de la gauche a su résister à la pres- sion de la « manufactured consent » (l’opinion publique fabriquée). Habilement, la droite lui a attaché au pied le boulet de l’extrême-droite écartée de la manifestation officielle malgré son intense désir d’y être. Inutile à la gauche anticapitaliste de répondre aux forces coalisées droite-gauche sur leur préféré terrain sécuritaire. Il faut quand même rappeler certaines réalités élémentaires comme l’ont fait Claude Gabriel et Étienne Ballibar :

«La liberté d’expression? Absolument! Mais ceci ne supprime pas la notion de responsabilité.[...] L’histoire chrétienne de notre pays s’est progressivement décollée de notre histoire contemporaine. Ce n’est pas le cas de l’Islam.[...] En France, l’Islam est vécu par ses adeptes comme une religion opprimée, celle des gens méprisés.[...] Alors oui on peut se moquer de toutes les religions à condition d’avoir la responsabilité de les distinguer et de ne pas prêter à la confusion entre la religion de l’oppresseur et celle(s) des opprimés. » [2] « …le sentiment d’humiliation de millions d’hommes déjà stigmatisés, qui les livre aux manipulations de fanatiques organisés. » [3]

Le peuple québécois est bien placé pour le comprendre, lui qui sait ce qu’est l’humiliation due au «Quebec bashing» tout en se rappelant de son attachement à la religion catholique, avant la «révolution tranquille», considérée alors comme un pilier de son identité au même titre que la langue française. Une réponse démo- cratique s’impose, particulièrement contre l’islamophobie et l’antisémitisme, mais reste carrément insuffisante tellement les austérités tous azimuts, quand ça ne sont pas des guerres, taraudent le bien-être le plus élémentaire des peuples qui cherchent un bouc émissaire à défaut d’alternative à gauche.

Souvenons-nous que l’islamophobie d’aujourd’hui a remplacé l’antisé- mitisme d’avant 1945 et le « communisme » de la guerre froide, sur fond de racisme généralisé contre les non-blancs, comme bouc émissaire universel. Ces boucs émissaires, à qui on fait porter tous les péchés du monde, ont de tout temps été nécessaires à bloquer la construction d’un grand front uni contre le capita- lisme. Aujourd’hui, ce docteur Folamour fait souffler le vent glacial de l’austérité tout en fomentant guerres et répressions contre ses Frankenstein hors contrôle.

Heureusement, plusieurs peuples, à tour de rôle, ont entrouvert les portes de l’espérance. Avant-hier, ce fut ceux de l’Amérique andine qui n’ont pas dit leur dernier mot, hier ceux des révolutions du monde arabe, feu qui couve toujours sous terre, aujourd’hui, en 2015, ce sont les peuples grec et espagnol/catalan qui se sont mis à l’avant-garde. La première épreuve de force qui se présente est au coin de la rue soit les élections grecques du 25 janvier pour lesquelles le parti de la gauche radicale Syriza est donné gagnant. Les anticapitalistes ont aperçu cette lumière au bout du tunnel. Ils ont compris la nécessité d’une internationaliste solidarité envers le peuple grec. La déclaration de la Quatrième Internationale sur le sujet en explicite les tenants et aboutissants [4].

Les premiers concernés par cet internationalisme sont certes les peuples européens. Ce ne justifierait en rien « le confort et l’indifférence » des peuples québécois et canadien, eux qui viennent de se mobiliser derrière le consul de France, le Premier ministre du Québec et le maire de Montréal, beaucoup plus qui ne l’ont fait lors du déclenchement du dit « printemps arabe ». Comme la solidarité dans la rue avec le peuple grec est une question éminemment politique, on s’atten- drait à ce que « Québec Solidaire » prenne les devants et convoque une mani- festation, même modeste, en appui au peuple grec. Jusqu’à ce jour (15/01/15), la direction du parti n’a même daigné émettre un humble communiqué de presse dont elle est pourtant friande.

Il s’agit non seulement d’assurer un vote fort garantissant à Syriza une ma- jorité parlementaire mais surtout d’encourager les peuples grec et européens à se remobiliser afin d’aider et de pousser Syriza, dont la direction vacille, à tenir tête au chantage des bourgeoisies de la zone euro. Pour rester crédible, il lui faudra réaliser, sans y déroger, sa plate-forme de Thessalonique laquelle reste une nette rupture avec l’austérité malgré son recul par rapport au programme du parti toujours défendu par son aile gauche.

Pour dire vrai, on ne voit pas très bien comment cette plate-forme pourra être appliquée sans un moratoire immédiat sur le remboursement de la dette ce qui nécessite une prise de contrôle publique du système financier.

Marc Bonhomme, 15 janvier 2015
www.marcbonhomme.com

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article34106

Lire aussi: http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article34102

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16 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

charlie hebdo, et maintenant? (essf)

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L’événement, sa portée, ses enjeux ROUSSET Pierre, SABADO François

«Vous ne voulez plus des classes ni de leur lutte ? Vous aurez les plèbes et les multitudes anomiques. Vous ne voulez plus des peuples ? Vous aurez les meutes et les tribus. Vous ne voulez plus des partis ? Vous aurez le despotisme de l’opinion ! » Daniel Bensaïd, Éloge de la politique profane

Il est trop tôt pour tirer toutes les conséquences des événements de ces derniers jours, mais il faut prendre la mesure de ce qui s’est passé. Nous avons vécu un moment historique. Et d’abord par la force et massivité des manifestations du samedi 10 et du dimanche 11 janvier. Près de cinq millions de personnes manifestant les mêmes jours sur tout le territoire, c’est du jamais vu.

Au-delà de toutes les confusions, ces manifestations ont été un grand moment de fraternité humaine comme en témoignent les réactions et le comportement des gens. Ils se parlaient, s’entraidaient pour avancer sous la pression de la multitude rassemblée. Des scènes – de courte durée, dans ces après-midi de samedi et dimanche – rappelaient certains moments des manifs de 1995 ou de 1968, dominés par la solidarité.

Approchant les 5 millions, ce sont des cortèges largement composés de salariés ; beaucoup de jeunes aussi. Ce sont des manifestations populaires, dans les centres-ville, mais aussi dans une très grande partie des banlieues. Sans être « sociales-syndicales » ou « sociales-de lutte », elles indiquaient que la société se mobilisait. On peut discuter le jugement suivant, mais ces rassemblements ont réuni avant tout le « peuple de gauche ». Dans cette fraternité contre la barbarie de la terreur, pour les libertés démocratiques, la liberté d’expression, notons la présence de pancartes ou de signes contre tous les racismes – le racisme antisémite comme antimusulman. De même, il ne faut pas faire de contre sens sur le « Nous sommes tous Charlie » répété à l’infini. En reprenant, ce mot d’ordre, des millions de personnes n’exprimaient pas un soutien à la ligne éditoriale du journal – la grande majorité de ceux qui scandaient « nous sommes tous Charlie » connaissait plus ou moins le journal, mais ne le lisaient pas.

« Nous sommes tous Charlie » a explosé comme un cri de solidarité humaine contre les assassinats. Il a pu être décliné de différentes façons. L’idée d’un « Charlie ouvrier » – à savoir lier la solidarité avec les journalistes assassinés à la nécessité d’une mobilisation pour les droits sociaux – a été même évoquée. On peut discuter la formule, mais, au-delà, il y a une idée juste, celle de creuser un sillon : donner des contenus démocratiques et sociaux à l’indignation et à l’émotion.

C’est ce profond mouvement de la société qui s’est exprimé depuis le 7 janvier et les anticapitalistes doivent en être, dialoguer avec ces millions de citoyens qui y participent. Ce n’étaient pas des manifestations réactionnaires ; elles n’étaient pas avant tout dominées par l’Union nationale, les politiques sécuritaires ou antisociales annoncées par le gouvernement. La société a bougé, spontanément, avec plein de confusion, mais dans un sens progressiste. C’est le point de départ de notre réflexion et c’est dans ce cadre qu’il faut examiner les problèmes qui se posent à nous.

Premier problème, l’Union nationale. Nous avons eu raison de dénoncer les opérations d’Union nationale tant avec Sarkozy que les manœuvres avec Le Pen. Nous avons encore eu plus raison de dénoncer « les satrapes internationaux » qui ont accompagné Hollande dans son opération de promotion de l’impérialisme français et des diverses coalitions impérialistes.

Quel scandale que les Netanyahou, Bongo, Orban et autres assassins des libertés aient été invités à ce défilé. Pas d’appel avec Hollande, avec le PS ou l’UMP, ni de tête de manifestation ou d’organisation commune, pas de rendez-vous « prési- dentiel ». De ce point de vue, il faut remarquer que Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche ont dans un premier temps couvert l’opération, mais qu’ils s’en sont dégagés le samedi après midi, l’affaire devenant vraiment trop compro- mettante.

Pour notre part nous devions certes exprimer ces critiques, mais nous aurions dû donner de façon plus soutenue la priorité à la solidarité avec les millions de manifestants. Car les gens n’ont pas été dupes : ils sont descendus dans la rue, mais pas pour soutenir les opérations politiques. Ce qu’ils retiennent de ces journées de manifestations, ce sont les millions de participantes et participants, pas le carré de saigneurs de ce monde.

Deuxième problème, la présence mobilisée de la jeunesse arabo-musulmane. Des dizaines de milliers de personnes franco-algériennes, marocaines ou tunisiennes étaient présentes, avec un grand nombre de drapeaux de pays du Maghreb, par exemple. Mais la majorité n’était pas là. La « ligne » éditoriale de Charlie Hebdo a joué ici un rôle de repoussoir ; ainsi que le sentiment de deux poids deux mesures dans la répression (Dieudonné condamné, mais pas Zemmour). La faible mobilisation à Marseille est une indication de cette inégalité dans la mobilisation. Le risque de césure est réel. Il faut – et c’est l’une de nos tâches prioritaires – combattre ce danger de fracture. D’abord en luttant contre les politiques d’austérité et leurs conséquences sur les plus pauvres, les plus défavorisés qui vivent dans nos banlieues.

En luttant pour l’égalité des droits, en particulier pour le vote pour les étrangers aux élections. Les révolutionnaires doivent être en pointe contre l’islamophobie ; tous les actes racistes doivent être dénoncés. Il faut défendre le droit des musulmans à pratiquer leur religion, défendre les mosquées lorsqu’elles sont attaquées. Il faut que le mouvement ouvrier et démocratique apparaisse à leurs côtés. Cela commence par des manifestations tangibles de solidarité, d’aide aux plus jeunes dans les écoles. La population arabo-musulmane doit être défendue contre toutes les agressions quand elle est attaquée parce qu’arabe, parce que musulmane.

Cet antiracisme, nous l’opposons de même à l’antisémitisme. Plus que jamais – et c’est difficile –, il faut faire la différence entre la politique sioniste de l’Etat d’Israël et la population juive que nous devons – elle aussi – défendre contre toutes les agressions, quand elle est attaquée parce que juive.

Troisième problème, la volonté du gouvernement d’utiliser ces événements pour accroitre l’arsenal juridique de « l’antiterrorisme » à coup de lois liberticides, à l’instar du Patriot Act imposé par Washington après le 11 Septembre. C’est un enjeu capital : on ne combattra pas le terrorisme en s’attaquant aux droits et libertés fondamentales. Les organisations ouvrières et démocrates doivent se dresser contre toute mesure gouvernementale allant dans ce sens. Elles doivent donc refuser de participer de près ou de loin aux réunions qui vont commencer autour d’un « pacte de sécurité » proposé par le PS.

Quatrième problème : comment éviter le « choc des barbaries » – la barbarie impérialiste et celle d’organisations comme l’Etat islamique (Daesh) et Al-Qaeda. La barbarie impérialiste et ses soutiens dictatoriaux oppriment tous les jours des millions d’êtres humains dans le monde. C’est sur ce terreau que les organisations fondamentalistes et terroristes prospèrent. Elles se nourrissent des interventions internationales – comme celles engagées par Etats-Unis et autres puissances occidentales en Afghanistan, au Moyen-Orient, en Irak – ou régionales comme avec le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie… Le développement de ces organisations fondamentalistes a souvent été initialement encouragé par Washington ou des Etats tels que le Pakistan. Mais elles mettent maintenant en œuvre leur propre politique et leur propre stratégie de confrontation.

Il faut sans cesse rappeler une évidence : la violence terroriste de ces mouvements fondamentalistes est avant tout tournée contre les populations de pays musulmans. Elles s’attaquent à toutes les libertés, aux droits fondamentaux et jouent un rôle contre-révolutionnaire majeur (à l’encontre des aspirations progressistes du « printemps arabe » par exemple). Elles imposent un degré de terreur qui évoque celui des mouvements fascistes dans les années 1930. Elles sont ennemies du genre humain. Nos camarades du Pakistan caractérisent certaines d’entre elles comme des fascismes religieux ; une caractérisation qui peut faire débat. Mais elles doivent être combattues alors que de Paris au Nord Nigéria, elles multiplient les actes barbares. Combattues dans nos pays, mais aussi par la solidarité internationale : en luttant contre les guerres impérialistes, en aidant les mouvements progressistes qui résistent aux assauts fondamentalistes à Kobanê, Alep, au Pakistan – et en défendant partout les victimes de leur intolérance.

Cinquième problème : notre faiblesse et l’affaiblissement général du mouvement ouvrier dans ses centres historiques – en particulier l’Europe. La mondialisation capitaliste plonge nos sociétés dans une spirale sans fin de crises sociales. La précarisation s’étend et prend des formes dramatiques. Ni la « gauche de la gauche » ni les syndicats ne sont à même d’offrir une réponse radicale à ces attaques radicales du capital mondialisé. Dans ces conditions, les fondamen- talismes (de toutes religions) et les nouvelles extrêmes droites (xénophobes et racistes) peuvent prétendre occuper le terrain idéologique de la radicalité. Nous avons besoin d’un front international de résistance antifasciste, anti-fonda- mentaliste large ; mais aussi d’une gauche militante capable d’offrir une alternative radicale au capitalisme. Pour se faire, cette gauche doit être enracinée au sein des populations frappées par la précarité. Ce n’est aujourd’hui pas le cas ; et c’est l’un de nos talons d’Achille.

Enfin d’autres dimensions à prendre en compte concernent la situation politique française. François Hollande arrivera-t-il à utiliser cette crise pour se hisser peu ou prou de manière bonapartiste au-dessus des partis et du PS pour assurer sa mise sur orbite pour 2017 ? Arrivera-t-il, dans la continuité de son opération d’Union nationale à poursuivre sa politique d’austérité en aggravant la situation sociale de millions de travailleurs ? Arrivera-t-il à contenir la droite et l’extrême droite qui ont été ces derniers jours été marginalisées ?

La dynamique de mobilisation de la société, ces derniers jours, ouvre aussi une autre possibilité : l’indignation et l’aspiration démocratique peuvent prendre un contenu social, au travers de luttes et de mobilisation pour les droits à la dignité, contre l’injustice sociale, contre toutes les oppressions, pour l’égalité de droits. Mener ensemble ces combats communs pour surmonter les divisions dont les pouvoirs dominants tirent leur force.

Les anticapitalistes doivent tout faire pour que ce rebond démocratique s’approfondisse. François Sabado, Pierre Rousset

* Tribune écrite pour Viento Sur

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article34100

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11 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

autres affichettes…

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11 janvier 2015 ~ 1 Commentaire

refusons cette manifestation hypocrite (médiapart)

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Trois jours après le début de l’attaque terroriste, nous sommes abreuvés d’un discours tiède et consensuel à la sauce Tartuffe. Les pires censeurs pleurent sur la liberté d’expression. Les semeurs de haine crient au rassemblement. Les véritables questions sont interdites et le seul discours toléré est celui de la guerre dans laquelle nous occuperions « le camp du bien ». La manifestation de dimanche évacuera toute question dérangeante et je ne participerai pas à ce bal des hypocrites qui, d’après le premier ministre, « montrera la puissance de la France ».

Tout d’abord, je me vois mal manifester aux côtés des pires gens de droite dont le racisme ne s’est pas dissimulé. Marcher aux côtés de Sarkozy ? De Copé et ses pains au chocolat ? Aux côtés de Horteffeux et ses remarques insultantes sur les Arabes ? Faut-il rappeler que lorsque la révolution a commencé contre le dictateur sanguinaire Ben Ali en Tunisie, Michèle Alliot-Marie alors ministre de la défense a proposé l’aide militaire de la France pour lutter contre les insurgés ? Marcher demain avec eux ? Avec les premiers ministres très droitistes d’Espagne et de Grande-Bretagne ? Benyamin Netanyahou a été invité après avoir gentiment proposé son aide à la France… Le grand démocrate président turc va envoyer son premier ministre. Cela ressemble à une plaisanterie à la Charlie…

Il est piquant de voir aujourd’hui le ministre de l’intérieur encenser la police et les gendarmes que chacun salue sur les réseaux sociaux. L’intervention des forces de l’ordre est nécessaire quand des civils sont en danger mais a t-on déjà oublié ce que nous pensions des mêmes lorsqu’ils ont assassiné un jeune manifestant pacifiste désarmé il y a quelques semaines? Ceux qui ont manifesté alors manifesteront demain dans un salmigondis politique qui s’est vidé de son sens. D’autre part, il est drôle aussi d’entendre les (anciens et actuels) responsables de France Inter et de Radio France pleurer sur la liberté d’expression. Les mêmes qui ont viré ceux qui en faisaient usage sur leurs propres antennes : Porte, Guillon, Mermet… Ou ceux qui, ailleurs, permettent la promotion des pires réactionnaires au discours violent et raciste.

Tous ces hypocrites manifesteront demain. Ne nous montrons pas parmi eux.

Après la mort des dessinateurs de Charlie, nous serions « tous Charlie », à l’unisson d’un discours totalement vide de sens que n’auraient jamais validé les victimes. Ce slogan inventé par un créatif publicitaire est bien le reflet de notre époque. Nous mettons un instant nos oppositions politiques de côté, comme si elles n’étaient le cœur de ce qui se déroule. Comme si, tout à coup, par hasard, nous étions attaqué par un ennemi extérieur avec qui nous n’entretenions aucune relation. Comme si les dessinateurs assassinés pouvaient devenir les étendards ce qu’ils ont toujours combattu.

J’ai déjà posé ici même des questions sur la manière dont notre société fabrique des monstres. Car, après tout, les terroristes sont des nôtres. Ils ont grandi ici. Comme le millier de jeunes partis en Syrie, ils étonnent aujourd’hui ceux qui les ont connus. De « braves petits gars », gentils, amicaux mais qui sont devenus des barbares. Ont-ils tous contracté la même maladie mentale ? La seule réponse qui nous est fournie est qu’ils ont été manipulés par des idéologues musulmans fondamentalistes. C’est la vérité. Mais ne faut-il s’interroger sur les raisons pour lesquelles des milliers de jeunes tombent dans de telles griffes ? Ne faut-il pas y voir le résultat d’une société où un tiers de ses membres est en train de sombrer dans le désespoir ? Racisme institutionnalisé, ségrégation à l’emploi, aux loisirs, au logement, contrôles policiers au faciès, violence policière endémique. Mais aussi chômage, misère, avec surtout un sentiment d’impasse et d’injustice implacable, totale et définitive pour des millions de femmes et d’hommes. Trois millions d’enfants vivent dans la pauvreté pauvreté en France. Peut-on espérer que quelques-uns ne deviendront pas violents ? Quelle illusion…

D’autre part, la violence terroriste islamiste, comme toutes les violences, a une histoire. Celle des Frères musulmans prend sa source dans un contexte post-colonial dans des dictatures soutenues par nos gouvernants. En Afghanistan, les Etats-Unis ont formé et financé des fous de dieu qui ne se sont pas devenus des démocrates, une fois les Russes mis en déroute. Aujourd’hui, les interventions des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France sur des terrains extérieurs répètent les mêmes erreurs en provoquant les mêmes conséquences. L’attaque délirante de la Libye par la France à l’instigation de BHL et après que Nicolas Sarkozy ait reçu en grande pompe son dictateur (et sans doute un pactole) a conduit à un chaos dans le même pays et à l’armement de milices terroristes plus au sud. Du coup, la France se sent obligée d’intervenir dans son pré carré malien quand la situation dégénère.

Enfin, les milliers de jeunes européens (une quantité effroyable en Belgique) qui partent en Syrie ne provoquent pas le début du moindre questionnement sur notre fonctionnement collectif. Comment une société dont les valeurs ultra individualistes ont permis la saine remise en question de valeurs aliénantes mais aussi l’élaboration de relations sociales fondées sur l’unique compétition, empêchant ainsi toute solidarité et donc tout sentiment de classe et d’injustice systémique. Partant, le combat politique… Le sentiment d’injustice de la jeunesse a donc trouvé un nouvel exutoire pour s’exprimer.

D’où ce robinet à l’eau tiède dont chacun se réjouit depuis quatre jours. Charb, Wolinski, Tignous et Oncle Bernard riraient jaune de voir leur nom ainsi honoré à la bourse de New-York ou dans des églises. Ils hurleraient en entendant le président américain annoncer qu’il prie pour eux. En leur rendant ainsi hommage, on piétine ce qu’ils étaient. Eux qui étaient radicalement de gauche, souvent anarchistes, athées

Car aujourd’hui, on entend chacun affirmer que les terroristes n’étaient pas de « vrais Musulmans ». Même le président de la République à qui l’on n’a rien demandé en termes de théologie, affirme que le « vrai Islam » n’est pas celui-là. Cette hypocrisie, une fois de plus, masque une réalité bien plus complexe. Les trois religions du livre portent en elles, et en leurs textes, tout et son contraire. On se force à omettre que le « tu ne tueras point » judéo-chrétien était suivi, seulement quelques pages plus loin, d’une injonction divine à commettre un génocide en tuant les hommes, femmes et enfants d’un peuple qui occupait une terre « sacrée » et donc il fallait s’emparer. Selon qu’il prendra les textes par un bout ou par un autre, le croyant développera un discours de haine ou d’amour. Ou parfois les deux selon les moments. L’inquisition s’est faite la bible à la main. Le massacre des palestiniens aussi. La religion n’est qu’un vecteur qui permet d’exprimer une spiritualité apaisée ou la haine que l’on a en soi. Selon ce que l’on vit par ailleurs.

A force de s’empêcher de réfléchir tout en hurlant à la liberté de pensée, on poursuit la même politique qui nous conduit à la catastrophe. Les cerveaux ont été parfaitement lavés et l’on va refuser de lire dans les événements le moindre symptôme d’autre chose qu’une « guerre que l’on nous fait ». Cette guerre va donc s’intensifier, d’autres événements dramatiques surviendront et nous ne pourrons pas y faire face. A ses pires heures, le dictateur égyptien Moubarak, ami des occidentaux, disposait d’un million de policiers, omniprésents à chaque coin de rue. Cela ne lui a pourtant pas suffi.

Demain des gens manifesteront aux côtés de ceux qui ont permis à des nouveaux nazis de répandre partout leurs idées nauséabondes. Les producteurs et journalistes qui ont rendu populaires ceux qui imaginent la « déportation » des Musulmans seront dans la rue. Ils se sont engraissés d’une audience bien rentable et jouent la colère contre les conséquences de ce qu’ils ont mis en place.

Demain, mes amis socialistes, écologistes, communistes et du Front de gauche iront manifester avec la droite. Je leur souhaite d’y prendre du plaisir car bientôt, ils seront réduits à voter pour elle. 10 janvier 2015 |  Par patricJEAN

Note

On me signale que Luz de Charlie Hebdo défend un point de vue proche de celui exprimé ci dessus.

http://blogs.mediapart.fr/blog/patricjean/100115/refusons-cette-manifestation-hypocrite

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10 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

après l’ignoble attentat contre charlie hebdo, l’union nationale est un piège! (al-npa)

sarko-hollande

L’attaque contre Charlie Hebdo du 7 janvier qui a fait 12 morts suscite une indignation et une colère légitime.

Alternative Libertaire Rennes et le NPA Rennes expriment leur solidarité pleine et entière avec les victimes de cette folie meurtrière.

Ceux qui ont commis ces crimes veulent terroriser, provoquer délibérément l’horreur et la peur. Le danger est immense de voir le racisme et l’islamophobie déferler. D’ores et déjà les actes contre les musulmanNEs se multiplient. Il est décisif d’y opposer une condamnation et une résistance sans concession. Plus que jamais nous devons combattre toutes stigmatisations, toutes discriminations. Il faut aussi refuser toutes les mesures sécuritaires et liberticides.

A Rennes comme à Paris les partis politiques institutionnels (PC, PG, EELV, PS, UMP, UDI) appellent à une marche d’unité nationale, auquel le FN, d’ailleurs reçu par Hollande, a demandé à être invité. C’est pourtant cette même classe politique qui tous les jours attisent les haines et le racisme, tous les jours renforcent le terrorisme par leurs actions impérialistes au Moyen Orient, tous les jours nous imposent leur ordre social qui engendre la barbarie.

Le NPA et AL ne seront jamais de leur union nationale, nous opposons à la barbarie réactionnaire (d’où quelle vienne, d’où quelle soit) la solidarité du mouvement ouvrier, le combat des travailleurs et des travailleuses pour l’émancipation.

Alternative Libertaire Rennes et le NPA Rennes Le 09/01/2015

http://www.rennes-info.org/Apres-l-ignoble-attentat-contre

Communiqué de Alternative Libertaire (AL), Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti Communiste des Ouvrier de France (PCOF)

Pour la liberté d’expression et contre l’union sacrée

Le carnage perpétré au siège de Charlie Hebdo a suscité une vague d’indignation et de colère parfaitement légitime que nous partageons. Nous condamnons sans réserve ce massacre qui vise à semer la terreur et à réduire au silence des journalistes qui défendaient la liberté d’expression.  Nos pensées vont tout d’abord aux proches des victimes et nous leur exprimons tout notre soutien.

Tout laisse à penser que cette attaque est l’œuvre de fascistes religieux qui rêvent d’imposer leurs illusions mortifères à la société. Nous devons être très clairs en dénonçant sans réserve ce fanatisme. Nous combattons tous les fascismes, qu’ils prospèrent sur fond de nationalisme ou d’obscurantisme, et quels qu’en soient les guides ou les prophètes.

Ils veulent terroriser, provoquer délibérément l’horreur et la peur, créer une situation de tension extrême. En celà ils sont parfaitement complices du FN et de l’extrême droite.

Et comme nous le redoutions, nous constatons dès à présent que cette tuerie sert de prétexte pour alimenter les discours racistes et justifier des attaques contre des lieux de culte musulmans. Nous entendons déjà les scribouillards réactionnaires et les politiciens opportunistes reprendre en boucle la théorie fumeuse du « choc des civilisations » et profiter de cet événement pour renouveler leurs charges contre les immigré-es, les étranger-es, les musulman-es.

Nous ne sommes pas moins choqués de la récupération politique en particulier par le gouvernement Hollande. L’appel à « l’unité nationale » n’est rien de moins qu’une vaste opération de confusion visant à justifier :

les interventions militaires de la France en Irak, au Mali, en Centrafrique. Le but premier de ces interventions étaient de protéger les intérêts impérialistes des entreprises françaises dans ces régions et les dictateurs en place, pas de combattre le djihadisme, que la France n’a pas hésité à armer dans d’autres situations

une nouvelle offensive liberticide. Comme après le 11 septembre 2001, les gouvernements en place vont sous couvert d’antiterrorisme imposer de nouveaux dispositifs de fichages, qui ont montré depuis qu’ils étaient majoritairement utilisés contre les militant-e-s politiques et syndicaux.

la politique antisociale du gouvernement. En surfant sur le choc émotionnel qui nous touche toutes et tous, Valls et Hollande entendent bien faire passer au second plan leur politique austéritaire, en particulier le projet de loi Macron, qui sera présenté à l’Assemblée nationale fin janvier et prévoie son nouveau lot de remises en cause des moyens de défense des salarié-e-s (prud’hommes, inspection du travail…), de facilitation des licenciements, de banalisation et de baisse de la rémunération du travail de nuit et du dimanche.

Plus généralement, parmi les forces politiques qui s’indignent aujourd’hui, bon nombre sont en grande partie responsables du climat délétère de par leur stigmatisation des travailleurs-ses immigré-e-s et de leurs enfants, en particulier lorsqu’ils sont supposés musulmans.

Cette récupération est d’autant plus indigne que les journalistes de Charlie Hebdo assassinés n’hésitaient pas à condamner les politiques des Hollande, Sarkozy ou Le Pen. S’il avait fallu écouter le PS et l’UMP, le FN aurait dû être invité à leur « marche républicaine » de dimanche. Qu’auraient pensé de tout cela les journalistes assassinés?

Nous regrettons la transformation de la manifestation de dimanche prochain, initiée par les organisations antiracistes, en une « marche républicaine » dont Valls se voudrait l’organisateur et où Sarkozy défilera. Farouches opposants de « l’unité nationale » pour les raisons décrites plus haut, nous ne participerons pas à cette marche. Il est de toute première urgence que celles et ceux qui sont révolté-e-s par cet attentat fasciste et refusent de défiler derrière Sarkozy et Valls, qui veulent résister au racisme et combattre les discriminations, qui s’opposent aux politiques sécuritaires et liberticides se regroupent et reprennent l’offensive.

Paris, le 10 janvier 2015

http://npa2009.org/communique/communique-de-alternative-libertaire-al-nouveau-parti-anticapitaliste-npa-parti

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10 janvier 2015 ~ 0 Commentaire

le poison de l’union (ruffin, fakir)

charlie-hollande

Un mot, d’abord, d’évidente compassion pour les douze victimes de cette tuerie, pour leurs proches, pour leurs familles. Mon souvenir va plus particulièrement à Charb, que je connaissais un petit peu, que j’avais rencontré à l’occasion, qui avait eu la générosité de venir à Amiens, un week-end de grisaille, pour nous offrir ses dessins, en ces années où nous n’étions qu’un petit journal local, en butte aux procès.
La peine, donc, inutile de s’étaler.

Maintenant, je voudrais vous faire part d’un malaise, qui me gagne depuis mercredi, avec ces foules qui se rassemblent dans la tristesse, avec ces « Je suis Charlie » brandis sur fond noir, avec ces minutes de silence décrétées d’en haut, avec ces drapeaux en berne, avec ces manifestations d’union nationale, avec des messes spéciales, avec ces grandes déclarations générales sur « la démocratie », « la République », avec tous les pompeux cornichons qui y vont de leur commentaire. C’est ça, cette tristesse conformiste, au garde à vous, l’hommage rendu à des satiristes ? à des polémistes ? à des emmerdeurs ? à des ricaneurs ?
Mais comment a réagi Charlie, par exemple, aux attentats du 11 septembre ?
En mettant leur drapeau rouge et noir et vert dans leur poche ?
En oubliant l’ironie et la satire ?

Depuis près de cinquante ans, depuis mon chéri Cavanna et le professeur Choron, de la Shoah aux tsunamis, en passant par les famines, les guerres, les épidémies, que les morts se comptent par centaines, par milliers, ou par millions, eux passaient au crible de leurs rires, de leurs mauvais esprits, la bêtise et la méchanceté du monde. Et voilà qu’autour de leurs dépouilles, en leur nom !, cesse nationalement le rire et le mauvais esprit. Voilà que ne résonnent plus, en boucle, autour de cette manifeste tragédie, que les mots « tragédie », « choc », « horreur », etc.

J’intervenais hier jeudi, à Grenoble, à la CGT de l’Isère, et le secrétaire a ouvert la séance par une minute de silence, puis a repris par un : « Bon, je sais bien que ce n’est pas une journée à rire… » Mais si, justement, je dirais.
Et en leur nom. Qu’avec eux ne meure pas leur mauvais esprit.

Mercredi, je me trouvais à Vénissieux à un débat dans un cinéma, et dans l’après-midi, une vingtaine de personnes ont appelé la salle, pour savoir si la soirée était annulée. De même, là, je reçois un SMS de Vincent qui se demande : « Est-ce que ça vaut le coup de maintenir lundi notre nuit ‘De l’air à France Inter’ ? » Ah bon ? Parce que les supermarchés vont fermer, peut-être ?
Les usines et les bureaux seront vidés ? Les églises, mosquées, synagogues n’accueilleront plus les fidèles ? Les médias cesseront d’émettre ? Toute la méchanceté et la bêtise, que moquaient Hara-Kiri puis Charlie, vont cesser, durant toute une semaine, ou juste une journée, ou même seulement une heure ?

C’est bizarre, toujours, comme hommage : en l’honneur de ces empêcheurs de penser en rond, voilà que devraient s’arrêter les lieux de pensée, et surtout de contre-pensée. En l’honneur de ces diviseurs – car ces dessinateurs et jour- nalistes étaient des diviseurs, qui suscitaient des désaccords, des controverses, c’est-à-dire de la vie –, il faudrait en appeler à l’union, au consensus doux. En l’honneur de « la liberté d’expression », partout proclamée, il faudrait que n’existe qu’une expression unanime de douleur, et que se taisent les dissidences. Pénible paradoxe.

De SMS en chaîne d’infos, de facebook, en twitter, la nouvelle s’est répandue comme, sans doute, il y a un siècle, les technologies en moins, avait retenti le terrible : « Ils ont tué Jaurès. » Jaurès qui avait polémiqué, Jaurès qui avait divisé, Jaurès qui jusqu’au bout avait lutté pour la paix. Et c’est autour de sa tombe, pourtant, que cessaient les polémiques et les divisions, que se proclamait l’Union sacrée pour la guerre. C’est autour de son cercueil que la pensée critique devenait interdite, censurée, gelée pour quatre ans. Sous les éloges et l’encens, ils le tuaient une seconde fois.

C’est dans ces moments de sidération, de grand glissement, au contraire, me semble-t-il, qu’on a le plus besoin de repères. De discussions. D’échanges. D’analyses. Pour comprendre, et ne pas se laisser emporter.

Par François Ruffin, 9/01/2015 , Fakir en ligne

Le journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

http://www.fakirpresse.info/Le-poison-de-l-union.html?var_mode=calcul

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