Archive | A gauche du PS

18 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Gattaz donne une leçon de lutte de classe aux chefs syndicaux (lo)

bonnet d'ane

Tous les dirigeants syndicaux ont réagi aux propositions patronales.

Mailly, le leader de FO, s’est demandé «si c’était le 1er avril». Lepaon de la CGT s’est dit «stupéfait du culot du patronat». Quant à Berger, de la CFDT, grand défenseur du «dialogue social», il se sent trahi et se demande s’il peut encore faire confiance au patronat!

La trahison n’est pas dans ce que dit et fait le Medef. La trahison, c’est de ne pas dire que la bourgeoisie mène la lutte de classe et qu’elle ne s’arrêtera que si les travailleurs l’y contraignent. La trahison est du côté de ces dirigeants des confédérations syndicales qui laissent croire aux travailleurs qu’il y aurait quelque chose de favorable à attendre du patronat.

Pourquoi s’étonner des propositions du Medef? Au patronat, il lui en faut toujours plus. Et dans une période de crise, ce «toujours plus» au patronat signifie forcément toujours moins pour les travailleurs. Lila VERMER

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2407&id=7

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18 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Petites retraites, pas d’inflation? mais ils ne font jamais les courses! (lo)

Impôts. Douche froide pour de nombreux retraités --

Après s’être engagé à ne pas geler les retraites de moins de 1 200 euros, somme que touche la moitié des 15 millions de retraités de ce pays, puis après avoir renoncé à les augmenter comme prévu au 1er octobre, Valls a fini par annoncer deux mesurettes ridicules qui ne changeront pas la vie des retraités concernés.

C’est prétendument en raison de la «très faible inflation» prévue pour 2014 que les petites retraites restent bloquées. Seul le minimum vieillesse augmentera de 8 eu- ros,  passant de 792 à 800 euros par mois. Et c’est pour «compenser l’effet néga- tif de l’inflation sur les petites retraites», que Valls accorde à la moitié des retraités de ce pays, ceux qui touchent moins de 1 200 euros par mois, une «prime excep- tionnelle» de 40 euros qui tombera en janvier-février 2015.

Il est évidemment injuste de ne pas revaloriser les retraites. Il est en outre particulièrement choquant d’invoquer à l’appui la faible inflation. Le gouvernement, s’appuyant sur des indices concoctés par ses services, estime que l’inflation sera cette année de 0,5 %.

Mais dans quel monde vivent ces champions de la calculette? Dans celui des salaires à cinq chiffres, des voitures de fonction, des hôtels de luxe et des grands restaurants.

Derrière le mot d’ordre «stopper la baisse du pouvoir d’achat» des retraités, les syndicats appellent à des manifestations dans de nombreuses villes du pays, mardi 30 septembre. C’est le moins que l’on puisse faire que de descendre dans la rue pour faire entendre la colère des retraités des classes populaires.

Vincent GELAS

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2407&id=4

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17 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Vers un patriot act à la française (regards)

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Nouvelle loi antiterroriste:

Au prétexte de la lutte contre le terrorisme, l’arsenal législatif français va être encore renforcé par des dispositions qui étendent dangereusement le pouvoir de surveillance des autorités et accentuent les restrictions des libertés individuelles.

Dix-huit mois après le précèdent texte antiterroriste, une nouvelle loi est en discussion à l’Assemblée nationale pour lutter contre les candidats au djihad. Par- mi les nouveautés du texte, la création d’une incrimination, l’entreprise individuelle à visée terroriste. Le délit, qui vise l’intention indépendamment de tout début de réalisation, participe d’une intervention judiciaire toujours plus hâtive, où le droit pénal ne sert plus la répression à posteriori, mais la neutralisation préventive.

Sécurité collective contre libertés individuelles Autre innovation: l’apologie de terrorisme et de provocation au terrorisme ne relève plus de la liberté de la presse et n’est donc plus protégée à ce titre. L’autorité administrative aura le pouvoir, en ordonnant le blocage de sites, de déterminer ce qui relève de l’apologie du terro- risme et ce qui relève de la contestation politique.

L’autorité administrative se voit également dotée du pouvoir d’interdire à un citoyen français de quitter le territoire national, «à l’issue d’une procédure en trompe-l’œil dans laquelle l’audition est postérieure à la décision, en présence d’un avocat alibi qui ne pourra pas consulter les pièces, d’évidence classées secret défense», note le Syndicat de la magistrature.

L’examen de cette loi intervient dans un contexte dominé par les atroces assassinats d’otages par l’État islamique, par l’enrôlement de la France dans la coalition pour intervenir en Irak et par la publication de chiffres faisant ressortir que plusieurs centaines de jeunes seraient partis de France pour le Jihad. Diffi- cile, dans ces conditions, de garder la tête froide et d’oser contester le contenu d’une loi qui, au nom de la préservation de la sécurité collective, s’attaque à de nombreuses libertés individuelles.

Le Syndicat de la magistrature tente de faire entendre sa voix. Saisi en urgence cet été par la commission des lois, il a rendu un avis très critique. Dans une tribune publiée par Médiapart, Françoise Martres, sa présidente, et Laurence Blisson, secrétaire nationale, rappellent l’avertissement rendu en 1978 par la Cour européenne des droits de l’Homme,CEDH: «Consciente du danger inhérent à pareille loi de surveillance, de saper, voire de détruire la démocratie au motif de la défendre, la Cour affirme que les États ne sauraient prendre, au nom de la lutte contre l’espionnage et le terrorisme, n’importe quelle mesure jugée appro- priée.» Le syndicat y dénonce «l’érosion continue des libertés qui ne se can- tonne pas à la lutte anti-terroriste mais contamine le droit pénal».

Extension du domaine de la surveillance « Les poches d’exceptionnalisme nées de l’invocation de menaces successives n’ont jamais disparu de notre droit, note le SM. Au contraire, elles se sont accumulées, à tel point que l’exception est devenue permanente. »

Et le syndicat de rappeler la présence militaire permanente dans l’espace public, le recours à la biométrie à grande échelle…Les magistrats poursuivent: «Nombre de ces mesures servent en réalité d’autres fins: l’exten- sion des possibilités de contrôle (contrôles d’identité aux frontières [1], fouilles de véhicules, votées au nom de la protection de la société contre le terrorisme, a plus contribué à la poursuite de délits mineurs et la reconduite à la frontière de pères de famille qu’à la découverte de desseins criminels!»

«Ce nouveau projet de loi anti-terroriste s’articule autour de trois axes en matière terroriste: le parachèvement d’un arsenal pénal toujours plus englobant, les atteintes à la liberté d’expression notamment par l’accroissement du contrôle du Net et la reconnaissance à l’administration de pouvoirs sans cesse plus exorbitants sur les citoyensOn choisit d’étendre le pouvoir de police adminis- trative: on écarte autant de garanties procédurales, on retarde un contrôle juri- dictionnel par ailleurs retiré des mains du juge judiciaire.»

Et ce n’est pas tout. Le syndicat lève un lièvre. En fait, ce texte ne concerne pas seulement la lutte antiterroriste. Il «sort innocemment de son champ».

«Les articles 10 à 15 du projet de loi ne concernent pas le terrorisme: ils vi- sent à étendre des pouvoirs d’enquête aux infractions relevant de la criminalité organisée, enquête sous pseudonyme, infléchir le travail policier en ne sou- mettant plus certains actes à une autorisation judiciaire: déchiffrage des don- nées, modalités nouvelles des perquisitions informatiques, donner à l’adminis- tration pénitentiaire des pouvoirs supplémentaires de surveillance des détenus, prolonger la durée de conservation des écoutes administratives, soumises au seul contrôle de la CNCIS et non d’un juge.

Ils aggravent enfin la répression des atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données, auxquelles le régime de la criminalité organisée pourra être appliqué. Évolution qui est loin d’être anodine, cette infraction recouvrant tant les hacking malveillants que les formes nouvelles, et pacifistes, de contes- tation de l’ordre social par certains mouvements sociaux.»

Par Catherine Tricot| 16 septembre 2014

http://www.regards.fr/web/nouvelle-loi-antiterroriste-vers,7930

Notes

[1] La loi du 23 janvier 2006 relative au terrorisme autorise de nouveaux contrôles d’identité frontaliers.

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15 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Bosnie: entendre les voix du peuple (npa)

 tuzla

Après plus de deux décennies de divisions ethniques imposées

Militante du mouvement social et de la gauche bosnienne, Tijana Okic enseigne à la faculté de philosophie de Sarajevo. Elle a participé à la dernière université d’été du NPA.

Les médias occidentaux ne décrivent pas souvent la réalité de la situation dans ton pays. Quelles en sont les principales caractéristiques ?

La Bosnie-Herzégovine (B&H) est essentiellement un protectorat de la commu- nauté internationale, l’un des pays les plus pauvres en Europe et dans les Balkans. Le taux de chômage dépasse 40 % depuis 20 ans, avec de plus un fort pourcen- tage d’«économie grise».

La situation sociale et économique est le produit de plusieurs choses. Tout d’abord les dévastations et la division totale causées par la guerre. Ensuite, la désindus- trialisation du pays, la dévastation du système économique, éducatif et sanitaire et, surtout, les conséquences des privatisations illégales permises par la transfor- mation du statut de la propriété après la dissolution de la Yougoslavie. Enfin, les gouvernements corrompus qui ont été systématiquement pris en charge et soute- nus par les politiques et officiels européens. Le pays a été divisé en fonction des lignes ethniques.

Ces éléments sont systémiques et ne doivent pas être considérés comme des pro- blèmes ou des processus distincts, attendu que la Bosnie-Herzégovine, comme la périphérie capitaliste, est un exemple parfait de la domination néo-coloniale et des politiques occidentales néo­-impériales. Cela nous montre une fois de plus com- ment les réformes et l’intrusion du marché néolibéral détruisent systématiquement un pays et une société. Le pays est totalement dépendant des capitaux étrangers, des prêts et des crédits du FMI et de la Banque mondiale. Les citoyens de B&H sont des serfs contemporains de ces institutions et des politiques qu’ils imposent, dont résulte une dette illégitime.

Que peut-on dire des institutions politiques ?

La B&H a été dans un «état de crise permanente» durant les 20 dernières années. Les politiques nationalistes croates et serbes, qui voulaient diviser le territoire de la B&H à leur profit pendant la guerre, ont encore des répercussions institutionnelles aujourd’hui. La crise de la légitimité et de la représentation politique n’a rien de nouveau. Dans le contexte spécifique de la B&H, cela veut dire que les institutions politiques/publiques sont subordonnées aux règles, lois et restrictions imposées par l’accord de paix de Dayton (1).

Cet accord a entraîné la constitution d’un appareil bureaucratique et administratif énorme créé pour diviser le pays. Il faut aussi continuer à être «bien vu» des insti- tutions internationales et des grandes puissances, de manière à ce que le flux de capital: prêts, aide, investissements se perpétue. Pour cela, il faut maintenir les gouvernements des partis nationalistes, d’une bourgeoisie compradore et des «élites» nouvellement créées dans ce cadre.

Il y a donc une délégitimation totale de la représentation politique et d’une pseudo-démocratie où les citoyens et leurs voix et leurs besoins ont été systématiquement ignorés et réduits au silence afin de restaurer le capitalisme et ses rapports de production.

La guerre a eu des conséquences toujours importantes. Aujourd’hui les dif- férents peuples de Bosnie sont tous confrontés aux politiques néolibérales. Est-ce que les questions nationales conditionnent encore tout le reste ou est-ce que certaines formes d’action communes existent, même de façon très limitée ?

Malheureusement, les questions nationales restent centrales en B&H telle qu’elle est actuellement, divisée par la «paix de Dayton», avec toutes ses règles et les lois imposées. On a vu que ce fut également le cas à la fin de la Yougoslavie, avec les différences respectives bien sûr. Cependant, des changements significatifs ont commencé depuis la grande vague de manifestations de février de cette année, qui ont confirmé que les élites ethno-nationalistes n’ont plus le pouvoir qu’elles avaient. La rhétorique nationaliste est lentement en train de perdre sa position privilégiée dans la société. Certaines formes de solidarité et de lutte commune sont apparues. Comme disait Mao, «enfin quelque chose sous le ciel»… Il est crucial d’entendre les voix du peuple après plus de deux décennies de divisions ethniques imposées, et c’est certainement l’un des événements les plus importants dans l’histoire de la B&H d’après-guerre.

Une chose est certaine : même si les événements de février n’ont pas changé beaucoup la politique officielle, les gens, le peuple, ont commencé à s’organiser autour d’idées et de questions communes. De nouvelles initiatives, tendances et mouvements sont apparus et on va voir où tout cela mène, puisque c’est aussi une année électorale en B&H. Je pense que nous allons voir une nouvelle vague de protestations et de nouveaux mouvements et tendances dans l’action, mais il est impossible de prévoir le futur aujourd’hui. La lutte continuera jusqu’au moment où tout le monde se rendra compte que les partis politiques qui nous régissent main- tenant ne sont pas nos représentants légitimes, jusqu’à ce que nous atteignions une compréhension de la politique comme effort collectif afin de prendre des décisions communes.

Tu participes aux tentatives de construction d’une vraie organisation de gauche en Bosnie. D’après toi, quels sont les principaux obstacles ? Quelles perspectives ?

En ce qui concerne la construction d’une organisation de gauche importante, le problème principal réside dans le manque d’éducation politique, de personnes prêes à s’engager et très certainement dans le fait que les vingt dernières années ont été marquées par la désignation de tout ce qui a à voir avec la gauche comme «restes» du socialisme…

Le socialisme a été réputé comme un donjon sombre, comme quelque chose qui appartient à notre passé lointain, que l’on doit oublier et rejeter comme si ça n’était jamais arrivé. La politique officielle, c’est-à-dire les élites nationalistes, a fait un excellent travail concernant la révision de notre histoire et la suppression de notre passé commun socialiste. Il est donc nécessaire que l’on rompe avec ce révisionnisme historique.

Il faudrait aussi que que la gauche sorte de sa position défensive face à l’intrusion des politiques néolibérales, aux réformes marchandes et à la réforme du marché du travail. Il faut rassembler autant de personnes que possible autour d’idées com- munes et de la lutte; lutte qui viserait à la fois les tendances impérialistes: USA, Russie, UE, l’intrusion des capitaux arabes et turcs, et l’imposition des réformes néolibérales, qui ne sont rien d’autre que les conséquences directes de cette emprise capitaliste.

Les problèmes auxquels nous sommes confrontés renvoient à plusieurs questions : comment reconstruire le tissu social ? Comment s’organiser pour la lutte avec cer- tains procédés de démocratie directe dans la prise de décision politique? Afin d’être en mesure d’organiser la gauche de manière significative, nous aurons à revenir résolument sur la question de notre passé socialiste et commun, et à examiner les bons exemples à en tirer.

Il faut commencer à élever notre conscience commune, à ouvrir l’espace de l’es- poir en en terminant avec l’espace de désespoir que nous avons eu au cours des vingt dernières années. Il faut ouvrir l’espace public, en prenant en charge les problèmes locaux, les initiatives locales, en travaillant dans et avec la communauté, dans toutes les formes de l’organisation commune, et en organisant des luttes qui pourraient renforcer la conscience que nous partageons tous les mêmes problè- mes, les mêmes conditions matérielles de la vie. Que nous sommes la seule force capable d’agir directement et de commencer à faire «notre propre histoire».

Hebdo L’Anticapitaliste – 255 (11/09/2014) Vendredi 12 Septembre 2014

Propos recueillis par Henri Wilno


1  – Les accords de Dayton, signés le 14 décembre 1995, ont mis fin aux combats en B&H. Ils prévoient une partition à peu près égale entre une Fédération de Bosnie-et-Herzégovine (croato-bosniaque) et une République serbe de Bosnie . Le système de gouvernement mis en place réserve de fait le pouvoir aux trois partis nationalistes et place le pays sous tutelle internationale.

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14 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Histoire d’un label politique 1 (le monde diplo)

greve

Classer un parti, un député ou une série de mesures «à gauche» ne va pas de soi. Cette catégorie a une histoire, et son sens est en permanence redéfini par les luttes politiques.

Qu’est-ce qu’être «de gauche»?

La question peut paraître naïve, tant ce label structure les identités des organisa- tions politiques: «la gauche parlementaire», «une mairie de gauche» et les valeurs des individus, de «l’intellectuel de gauche» au «peuple de gauche». Pourtant, la partition entre la gauche et la droite n’a rien de naturel, d’immuable, ni même de nécessaire.

Au 18è siècle, en France, le clivage principal confronte une aristocratie fon- cière dotée de pouvoir politique et une bourgeoisie marchande réduite à un rôle de bailleur de fonds. Le monopole du vote que cette dernière conquiert après la Révolution française mobilisera contre lui les républicains du 19è siècle, qui éten- dront le droit de suffrage. A l’autorité sociale personnelle des notables, les nou- veaux venus opposent une forme collective d’organisation, le parti. Aux distribu- tions d’argent, de boisson ou de nourriture qui accompagnent le vote, ils répon- dent par l’élaboration de programmes et la valorisation de l’idéologie. Peu à peu, ces règles du jeu s’imposent à tous.

Mais elles ne suffisent pas à isoler une «identité» de gauche. L’histoire est en effet riche de déplacements sur l’échiquier politique. Parvenus au pouvoir, les républicains, rebaptisés «opportunistes», subissent les foudres des «intransi- geants» et des radicaux. Puis, ces derniers deviennent la cible des socialistes après que Georges Clemenceau, alors ministre de l’intérieur, eut fait réprimer les grèves de 1906.

«Le critique d’hier, dira de lui Jean Jaurès en 1906, placé devant le néant de ses conceptions d’avenir, est inévitablement gagné par un mouvement de mau- vaise humeur qui se traduit par l’abondance de l’emploi militaire et policier.» A son tour, la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) subira les atta- ques des communistes, au point d’exploser au congrès de Tours en 1920. Ces luttes sur la définition de la gauche remodèlent en permanence les valeurs dont elle peut se revendiquer: l’affaire Dreyfus interdit par exemple immédiatement aux nationalistes et aux antisémites, dont certains appartenaient pourtant à l’Union socialiste de la Chambre des députés, de se dire de gauche.

S’il s’agit davantage d’une position relative dans le jeu politique que d’une identité fixe, pourquoi parler de «partis de gauche»? Les formations qui se récla- ment de ce label ont en commun d’être apparues dans une période marquée par la révolution industrielle et la parlementarisation des régimes. L’essor de l’industrie pose de manière nouvelle la question de la répartition de la richesse issue de la production (la valeur ajoutée), autrement dit des relations entre le travail et le capi- tal.

Et la gauche se place alors résolument du côté des travailleurs particuliè- rement des ouvriers, d’où les noms des partis qui se créent alors: Parti travailliste au Royaume-Uni et dans ses colonies; Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) ; Parti ouvrier socialiste, Sozialistische Arbeiterpartei, l’ancêtre du Parti social-démocrate en Allemagne; Parti des travailleurs italiens, etc.

Les objectifs poursuivis vont en ce sens, même s’ils connaissent des variations nationales, en fonction notamment de l’intensité de la lutte anticléricale. Le «règle- ment» adopté en janvier 1905 annonce par exemple que la SFIO est «un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est -à-dire de transformer la société capitaliste en société collectiviste ou commu- niste, et pour moyen l’organisation économique et politique du prolétariat». Le Labour britannique est à l’origine un comité représentatif des travailleurs, qui doit porter les revendications des syndicats dans l’arène parlementaire.

La stratégie vis-à-vis des institutions politiques existantes varie. Pour les plus révolutionnaires, les régimes parlementaires représentent les possédants et doivent être combattus sans relâche. Pour d’autres, ils peuvent aider à résoudre la question sociale(1). L’accession de mouvements de gauche au pouvoir accentue cette tension.

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/BONELLI/46902

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14 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Histoire d’un label politique 2 (le monde diplo)

fanch mit

Les gouvernements issus de la révolution russe ont bouleversé le régime de la propriété et déconnecté le revenu de l’activité salariée. Ils ont fondé une écono- mie extérieure aux règles du marché et se réclamant de l’égalité. Ailleurs, des expériences réformistes ont tenté de diminuer l’antagonisme entre le capital et le travail, par une répartition moins injuste de la richesse. C’est le chemin emprunté par la plupart des social-démocraties. Sous la pression organique ou conjonc- turelle de mouvements ouvriers, syndicaux ou sociaux, elles ont étendu les protec- tions des travailleurs: retraites, assurance-maladie, congés payés et mené des réformes fiscales redistributives.

La question des régimes de propriété a presque disparu des projets et pro- grammes. A l’heure où tous les indicateurs convergent pour signaler la part «inhabituellement élevée» des profits par rapport aux salaires dans la plupart des économies développées, il est surprenant que la question du partage des riches- ses occupe une part si modeste dans les réflexions et projets de la gauche, et que celle des régimes de propriété ait presque disparu.

L’effondrement du bloc communiste a pratiquement anéanti l’idée d’une autre voie que celle de l’économie de marché. Les transformations du capita- lisme: financiarisation, transnationalisation et celles du salariat ont également compliqué la question.

Mais la professionnalisation de l’activité politique a également joué un rôle(2). Au départ, celle-ci représentait, paradoxalement, une condition néces- saire de la démocratisation. Vivre pour la politique était simple pour les notables, car leurs revenus les mettaient à l’abri du besoin. En revanche, les nouveaux venus devaient pouvoir vivre de la politique.

Peu à peu, la fin s’est confondue avec les moyens. Les partis ont besoin d’élus pour fonctionner et les élus besoin du parti pour poursuivre l’activité dans laquelle ils se sont spécialisés. Très tôt, ce mécanisme de professionnalisation va se dou- bler d’une sélection sociale. En l’absence de politique volontariste de promotion comme celle du Parti communiste français pendant des décennies, les plus dému- nis sont exclus des postes les plus élevés: en France, à l’Assemblée nationale, 7% des élus appartiennent aujourd’hui aux groupes ouvriers, employés et personnels de service, lesquels représentent plus de 60 % de la population active…

Le champ politique tend donc à exclure ceux qui ne sont pas des profes-sionnels. Des militants, on n’attend plus qu’une mobilisation lors des joutes élec- torales. Quant aux électeurs, ils assistent à des jeux politiques qui leur paraissent de plus en plus abstraits et ésotériques. Ainsi, lors des récentes primaires socia- listes, il fallait une bonne dose de connaissances pour comprendre le ralliement de M. Arnaud Montebourg à M. François Hollande, avec lequel il était en désaccord sur presque tout, alors que M. Benoît Hamon, largement d’accord avec M. Monte- bourg, soutenait, lui, Mme Martine Aubry, avec laquelle il ne partageait quasiment rien… La désaffection électorale des milieux populaires vient peut-être aussi de cela.

Le sociologue Robert Michels, étudiant le Parti social-démocrate allemand au début du XXe siècle, constatait déjà que la victoire des partis de gauche débouchait davantage sur le pouvoir d’une oligarchie politique, gouvernant en fonction de ses intérêts propres, que sur celui du peuple qui les avait élus. Il con- trebalançait néanmoins ce constat un peu amer en concluant: «Contre la traîtres- se, se dressent sans cesse de nouveaux accusateurs qui, après une ère de combats glorieux et de pouvoir sans honneur, finissent par se mêler à la vieille classe dominante, cédant la place à des opposants nouveaux qui, à leur tour, les attaquent au nom de la démocratie (3). » Laurent Bonelli, novembre 2011

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/BONELLI/46902

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12 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Contre la gauche de renoncement (le monde)

ps cons

Revenons aux slogans de mai 68

Entre 1970 et 1972, Gébé publiait dans Politique Hebdo, puis dans Charlie, L’An 01, dont l’exergue: «On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste!» gagnerait à être remise au goût du jour en cette rentrée marquée du sceau du renoncement de la gauche qui se dit «socialiste».

Il est bien loin le sentiment d’ouverture du champ des possibles du «soyez réalis- tes: demandez l’impossible»; celui de pouvoir agir sur le cours des choses et de sa propre existence, du «tout pouvoir abuse», du «jouissez sans entraves» et des avancées sociales obtenues lors des accords de Grenelle, suite à la plus grande grève générale du 20ème siècle…

Aujourd’hui, à les écouter, c’est le champ des possibles de l’investissement qu’il faudrait étendre (avec le traité transatlantique), et la «liberté à sécuriser» n’est plus celle des citoyens mais des investisseurs et des marchés qui, au-dessus et au mépris de la démocratie, voudraient désormais jouir sans entraves… Comment en est-on arrivés là?

UNE HYPOTHÉTIQUE RELANCE

Et comment expliquer l’atonie générale, et le sentiment d’impuissance qui semble paralyser le plus grand nombre? Plutôt que d’accuser, comme d’habitude et parce que ça arrange tout le monde, un peuple inculte qui «ne voterait plus» ou «voterait FN», qui serait devenu de plus en plus individualiste, et là aussi Mai 68 fait figure de coupable (trop) facile, il est temps de poser la question de la responsabilité des hommes et des femmes politiques, notamment «socialistes».

A qui doit-on la confusion de plus en plus grande entre la «droite  et la «gauche», et le projet de dépassement d’un clivage historique fondateur de notre Histoire? Au Front National, bien sûr, mais pas uniquement… Depuis deux ans, ce sont les «socialistes» qui nous enjoignent, au nom d’une hypothétique «relance de la croissance», du «réalisme» ou de la «responsabilité», à renoncer à nos acquis sociaux, culturels, environnementaux les plus fondamentaux (l’emploi, le logement, la retraite, les services publics, l’éducation et la recherche, le régime d’intermittence…

Cette politique d’austérité, qui voudrait se passer de tout contrôle démocrati- que:  tribunaux privés prévus pour le traité transatlantique, remise en cause de la séparation des pouvoirs, connivence malsaine, voire obscène, entre journalistes et professionnels de la politique, ne répond pas à la crise systémique du capitalisme et nous mène droit dans le mur.

OUVRIR UNE VOIE ALTERNATIVE

Face à la dégradation de la situation économique, et pris en otages par le capital, il faudrait se taire, surtout ne pas débattre au sein de la gauche! A force de tout faire pour «ne pas faire de vagues» et après avoir écarté du gouvernement tous ses éléments (un tant soit peu) «critiques», le gouvernement Valls 2 ne se cache plus d’opérer un virage à droite.

Au mépris, là aussi, du suffrage universel et sous la pression des lobbys et des actionnaires (renoncement à l’encadrement des loyers, pourtant voté à l’unanimité de la gauche, renoncement aux ABCD de l’égalité, renoncement au droit de vote des étrangers aux municipales, renoncement à renégocier le traité européen…

Dans ce climat de décomposition politique et de crise de légitimité démocra- tique, n’y a-t-il pas urgence à ouvrir une voie alternative à celle que nous impose un ultralibéralisme qui n’offre aucun avenir?  N’est-il pas temps de redonner à ce terme galvaudé de «peuple» un nouveau souffle, de se réapproprier certains fon- damentaux que nos ardents défenseurs du «progrès» jugent «archaïques» ou «poussiéreux»: émancipation, libération, révolution démocratique, utopie, édu- cation populaire et de «mettre l’imagination au pouvoir» pour inventer une VIème République?

«LIBÉRAL-LIBERTARISME»

«La vérité est révolutionnaire», «enragez-vous», «l’ennemi du mouvement, c’est le scepticisme», «nous avons une gauche préhistorique», «le masochisme aujour- d’hui prend la forme du réformisme», « vous finirez tous par crever du confort», écrivaient-ils sur les murs en Mai-juin 68.

Et à l’encontre de ce que d’aucuns voudraient nous faire croire, celles et ceux qui ont vécu et fait Mai 68 n’occupent pas tous aujourd’hui des postes de pouvoir dans les champs politique, médiatique ou littéraire. Ce n’est qu’une petite minorité, convertie au «libéral-libertarisme», qui a (re)construit une histoire à son image et enseveli, au fil des célébrations décennales des événements, le souffle de révolte, le sentiment que tout est possible, qui coule encore dans bien des veines.

Ainsi de Pierre, fils d’ouvriers communistes né en 1947, rencontré au cours de ma thèse, qui disait ainsi: «Après avoir eu ce sentiment que tout se débloquait et que tout devenait possible, on n’accepte pas que la porte se referme, on ne peut pas revenir comme avant, alors on met le pied dans l’entrebâillement, pour qu’elle ne se referme pas»; et Mathilde, née en 1946 dans une famille d’artisans royalistes: «Je peux dire que je suis née en 68…intellectuellement, je me suis réveillée d’une espèce de sommeil où je n’étais que mon éducation, que toutes mes contraintes, toute la culpabilisation qu’on m’avait mis dans la tête… pour moi, c’est, ça restera les événements les plus importants de ma vie (…) c’est la vie quoi, c’est là où ça commence…»

Et si on arrêtait tout et qu’on réfléchissait ? Ça serait pas triste. Julie Pagis (chercheur en sociologie politique au CNRS)

Julie Pagis est est également l’auteure de Mai 68, un pavé dans leur histoire. Evénements et socialisation politique, Presses de Sciences Po, 340 pages, 22 euros.

Le Monde.fr | 11.09.2014 à 14h01 | Par Julie Pagis (chercheur en sociologie politique au CNRS)

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/09/11/contre-la-gauche-de-renoncement-revenons-aux-slogans-de-mai-68_4486082_3232.html

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11 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Front national: mlp fait ses offres de services (lo)

LE-PEN

Marine Le Pen répète à satiété qu’elle est prête pour le pouvoir et qu’elle se verrait bien Premier ministre de Hollande.

Ce simple fait confirme que le Front national, loin d’être un parti «antisystème» comme il le proclame, piaffe d’impatience pour gérer les affaires de la bour- geoisie.

La dirigeante du FN se vante, si elle était Premier ministre, d’obliger Hollande à se soumettre ou à se démettre. En revanche, elle ne promet pas, et pour cause, d’im- poser la même chose à ceux qui pillent le budget de l’État, licencient et font suer le profit aux travailleurs qui continuent à avoir un emploi.

Ce n’est pas du tout son objectif: au contraire, avec Le Pen au gouvernement, le grand capital resterait à l’abri, tandis que le radicalisme du FN s’exercerait con- tre les travailleurs immigrés, avec ou sans papiers. Il s’en prendrait aussi à ceux — toutes origines confondues, qui ont des opinions de gauche ou osent encore se syndiquer.

Marine Le Pen parle de «rendre le pouvoir au peuple». C’est une parole creu- se, de la même eau que celles utilisées par la droite et par la gauche avant les élections, et Le Pen, elle, est en campagne. Mais elle est aussi peu crédible que Hollande quand il jure, la main sur le cœur, «servir les plus pauvres».

Le FN a eu droit jusqu’à présent à une petite mangeoire, celle des munici- palités où il a emporté la mairie. Mais il ne s’agit que de petites villes, qui permet- tent tout de même d’entrer en relations d’affaires avec des patrons du BTP par exemple ou avec la succursale régionale des banques.

Mais par rapport à ce qu’offrirait au FN un poste de Premier ministre, ce ne sont encore que des peccadilles. Si Le Pen veut que «le peuple» lui donne le pouvoir, c’est pour partager les mêmes avantages que les autres partis bourgeois. Jean SANDAY

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11 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Le chantage de valls: c’est moi ou le fn (lo)

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«L’extrême droite est aux portes du pouvoir» s’est empressé de déclarer Valls sur la base d’un sondage donnant Marine Le Pen en tête au premier tour de la présidentielle de 2017. À la veille du vote de confiance à l’Assemblée, Valls veut faire pression sur les frondeurs du Parti socialiste sur le thème «l’heure est grave, il faut se serrer les coudes».

C’est aussi le début d’une campagne à plus long terme visant l’électorat socia- liste. Faute de pouvoir le convaincre par les résultats de sa politique, Valls se posi- tionne devant ses électeurs en rempart contre le FN. Et on peut prévoir que plus on se rapprochera de la présidentielle, plus le chantage pour ne pas critiquer et diviser «la gauche» sera pressant. C’est un piège dangereux.

Il n’est pas trop tard pour combattre la popularité croissante du Front natio- nal au sein de la classe ouvrière. Mais on ne peut le faire sans combattre la politi- que du gouvernement. L’influence du FN dans les classes populaires est un des pires produits de la politique du PS. Il est le fruit de sa politique pro-patronale, le fruit d’une suite de trahisons qui, de Mitterrand à Jospin et à Hollande, ont déso- rienté la classe ouvrière et discrédité toute perspective de changement de société.

À l’opposé du FN, il faut avancer une politique de classe, celle de la défense des intérêts des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes. Il faut faire renaître une véritable opposition ouvrière, seule capable de contester la politique propa-tronale défendue par tous les partis, du PS au FN. Le problème n’est pas seule- ment de changer de gouvernement, de président de la République voire même d’institutions, mais de changer les bases de la société, de mettre fin à ce système d’exploitation, dont Le Pen n’est finalement qu’un sinistre produit.

Lila VERMER

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10 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Quand avez-vous voté pour la dernière fois avec espoir? (rue 89)

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Dans cet assemblage de maisons des collines de Galice, non loin de la cité romaine de Lugo, le temps semble s’être arrêté il y a quarante ans. Les poules errent librement dans les rues, pendant que les paysans discutent à loisir de tracteurs au bord de la route. Pourtant, dans ce coin endormi de la province nord-ouest de l’Espagne, un nouveau modèle politique prend forme.

Jago, un professeur de langues de 48 ans, est en train de monter dans le village un «cercle», une sorte d’assemblée de base informelle, démocratique et pluraliste, qui fonctionnera comme l’incarnation locale du nouveau parti politique Podemos. «Nous pouvons» en espagnol, Podemos espère attirer ceux qui désespèrent des approches politiques conventionnelles et contrer le ras-le-bol des mesures d’aus- térité en impliquant les citoyens pour modeler les réformes à partir de la base.

Nombreux sont les partis à travers l’Europe qui, voyant fondre les effectifs de leurs militants, partagent les mêmes ambitions.

Podemos, lui, a des résultats à afficher sur l’intention de mettre la politique plus en phase avec le public. Depuis ses débuts en mars avec une campagne entièrement financée par crowdfunding et un manifeste créé à partir des propositions du pu- blic, le parti s’est adjugé 8 % du vote espagnol aux élections pour le Parlement Européen. Beaucoup de ses sympathisants n’avaient probablement pas voté de- puis des années. Un récent sondage a laissé entendre que Podemos serait en troisième place si des élections générales avaient lieu demain, et pourrait même se placer deuxième.

Les Cercles: des espaces politiques inclusifs Un des facteurs des débuts pro- metteurs de Podemos est le système d’organisation communautaire en «cercles.» Tel est l’objectif de Jago. Les cercles sont des groupes sans dirigeants ni cotisa- tions, qui fonctionnent en assemblées publiques ouvertes où les présents débattent de tout ce qui leur paraît s’appliquer à leur situation. Oscar Gonzalez, un porte-parole du cercle de Podemos dans la cité portuaire galicienne de Vigo, explique: «Les assemblées permettent aux personnes qui ne participent pas au mouvement de s’exprimer et de voir qu’il y en a d’autres qui pensent comme eux.»

Les cercles ont une focale locale marquée, à l’échelle d’une ville entière ou d’un arrondissement, ou se constituent autour d’un domaine particulier, par exemple, il existe actuellement des cercles sur la psychanalyse, la musique et le métier d’in- firmier.

Les cercles se multiplient rapidement. Au moment d’écrire cet article, ils étaient plus de 700 dans toute l’Espagne, un accroissement de presque 80 % par rapport à leur nombre deux mois avant. L’assistance aux assemblées monte en flèche: de 20 à 30 personnes en moyenne avant les élections, Podemos Vigo en revendique désormais au moins 300 à chaque fois.

Le concept des cercles peut fonctionner même dans les petites villes, mais il n’en va pas de même dans la Galice rurale. Les hameaux comme celui de Jago se vident rapidement, la Galice seule en compte au moins 1.400 déjà complètement déserts. Il y a peu de chances qu’ils se régénèrent spontanément: une naissance fait un article dans le journal local, tandis que le gouvernement régional de Galice va dépenser 70 millions d’euros sur les trois années qui viennent pour essayer de renverser le déclin de la natalité dans la région, dont le taux est le plus bas d’Es- pagne. Un terreau qui paraît peu fertile pour un jeune mouvement dont le slogan électoral était: «Quand avez-vous voté pour la dernière fois avec espoir?»

On a du mal à imaginer un cercle prospérer dans les confins ruraux de cette partie conservatrice de l’Espagne. Le dictateur Francisco Franco était Galicien, et le Parti Populaire de centre-droit qui gouverne au niveau national enregistre tou- jours dans la région certains de ses meilleurs résultats. Dans l’unique bar du pate- lin, qui fait aussi office de boucherie et d’épicerie, Jago montre l’un des habitués, un homme d’une cinquantaine d’années aux tempes dégarnies: «Nos relations sont bonnes, évidemment. Mais un jour que je lui ai demandé du feu, j’ai vu qu’il avait encore un briquet à l’effigie de Franco.» Jago ne se décourage pas pour autant. «Je suis un individu ordinaire, mais je sais parfaitement ce qu’est la dis- crimination et la corruption.»

Il cite ses propres difficultés à monter une entreprise et évoque une série d’affaires récentes de dessous-de-table en Galice. Comme beaucoup d’Espa- gnols, Jago peine à rembourser son crédit immobilier, contracté à la banque juste avant la crise, une décision qu’il décrit comme la «plus grosse erreur de sa vie». Ce qui ne l’a pas empêché de donner cinq euros au fonds de campagne de Pode- mos pour les élections européennes. Considérant que Podemos n’a dépensé que 12 centimes d’euro pour chacune des 1,25 million de voix obtenues en mai, sa contribution vaut en fait 40 électeurs. Si aucun de ces 40 n’est probablement venu du village de Jago, il reste à l’affût: «Je crois que Podemos peut être un havre pour beaucoup de gens ici qui ne sont jamais sentis chez eux dans aucun autre parti politique. Petit à petit, j’espère que nous pourrons arriver quelque part.»

Et c’est ce qu’a déjà fait Podemos à Navia, une circonscription au sud-ouest du centre de Vigo. Le parti a recueilli 20 % des voix ici, son meilleur résultat dans la ville. Navia est composé de logements sociaux construits ces huit dernières an- nées pour loger une population jeune de quelque 8.000 âmes.

Le succès de Podemos est d’autant plus remarquable ici qu’au milieu de l’austérité générale, de l’argent public a réellement été dépensé à Navia: la muni- cipalité a investi dans l’amélioration de la voirie, les transports en commun, les jardins ouvriers et les installations sportives, tandis que l’administration régionale construit un centre de santé et un vaste espace vert. Antonio Saá, de la commu- nauté en ligne Navia Merece, explique: «Il est vrai que les pouvoirs publics ont dépensé un tas d’argent pour notre quartier, mais la façon dont ils l’ont fait, les montants adjugés pour les travaux et les modifications, et l’absence d’entretien ou de planification, nous font voir ces investissements comme des tombeaux plantés dans notre environnement.»

Navia est aussi l’un des secteurs où Podemos Vigo a mené une campagne de mailing d’un nouveau genre, en distribuant à la main un message d’une page: «Cette lettre ne vous a pas atteint par la poste, parce qu’expédier une lettre com- me celle-ci dans tout le pays coûte plus de 2 millions d’euros. Demandez aux par- tis qui vous ont envoyé un courrier électoral par la poste où ils ont trouvé l’argent pour le faire et en échange de quoi.» A Navia, où plusieurs projets publics de pre- mier plan restent inachevés et d’autres sont parés de soupçons de corruption, ce genre d’argument peut faire mouche.

Un travail à parfaire Ces succès ne peuvent dissimuler le fait que Podemos est un travail toujours en cours, qui doit s’ajuster à la montée d’attention reçue depuis quelques mois. Les sympathisants locaux le reconnaissent ouvertement. Manuel Villot, un membre du cercle de Vigo, souligne: «C’était bien plus facile de tenir des assemblées avant les élections, quand les groupes étaient plus petits et qu’on pou- vait voter à main levée. Maintenant c’est devenu impossible. Tout le temps passe à compter et à vérifier que personne ne vote deux fois.»

Le cercle a aussi dû récemment instaurer un modérateur pour éviter que les discussions ne se dispersent dans les assemblées, restées jusque là assez peu structurées. Podemos mise sur la technologie pour conserver son éthique colla- borative tout en absorbant des nombres croissants, et tente en ce moment d’intro- duire et généraliser Appgree et Loomio, des outils en ligne permettant de proposer des idées et de voter dessus.

Le parti a édifié une bonne partie de son profil par la télévision, avec notam- ment les apparitions dans les émissions-débats de l’universitaire et tête de proue du parti Pablo Iglesias, mais c’est l’Internet qui semble maintenant en première ligne au niveau local. Beaucoup de cercles n’ont pas de site web et se reposent sur la page Facebook de Podemos Vigo pour communiquer avec les partisans actuels et en attirer de nouveaux. Mayka Arias, la coordinatrice de la page Pode- mos Vigo, explique: «Podemos serait impensable sans Facebook et Twitter.»

Conscient que cette orientation technique pourrait en laisser certains hors du parti, Podemos Vigo organise des cours gratuits d’informatique pour expliquer les nouveaux outils et recrute des cybercafés fournissant un accès gratuit à ceux qui en sont dépourvus. Les prochains mois seront déterminants pour Podemos, qui doit annoncer à l’automne une nouvelle structure d’organisation pour le parti. Saá prévoit: «Je suis sûr qu’il va continuer à grandir, il n’y a pas de plafond pour le moment. Nous allons voir si Podemos peut faire des choix qui soient réellement différents plutôt que de rajouter à la même chose.»

Tom Walker, traduit par Suzanne Lehn

Publié initialement sur Global Voices

http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/09/espagne-quand-avez-vote-derniere-fois-espoir-254748

 

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