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11 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Restauration? (ESSF)

iran

Restauration monarchique en Iran ?

Qui est donc Reza Pahlavi ?

Ces derniers mois, parallèlement aux informations concernant la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, les grands médias occidentaux — y compris les chaînes de télévision françaises et la BBC britannique — ont largement évoqué, dans le cadre des spéculations sur la chute de la République islamique et son alternative possible, le nom de Reza Pahlavi, fils du Shah renversé lors de la révolution de 1979.

Examinons brièvement qui est Reza Pahlavi, pourquoi il est mis en avant dans les circonstances actuelles, quelles sont ses stratégies et tactiques, quelles sont ses chances de retour en Iran, et si une éventuelle restauration de la monarchie en Iran apporterait liberté, démocratie et prospérité au peuple iranien.

 Qui est Reza Pahlavi ?

Son père, Mohammad Reza Shah, un patriarche, refusait de faire de sa fille « Shahnaz » (née de son premier mariage avec l’Égyptienne Fawzia, sœur du roi d’Égypte) son héritière. Comme sa seconde épouse, Soraya, était stérile, il divorça d’elle et épousa Farah Diba. Leur fils aîné, Reza, devint héritier du trône.

Au moment de la révolution de 1979 et de la fuite de sa famille hors d’Iran, Reza Pahlavi avait 18 ans. Les États-Unis, qui avaient ramené au pouvoir le Shah par le coup d’État de 1953 [1], refusèrent de l’accueillir sur leur sol et de lui accorder l’asile. Après une période d’errance avec sa famille au Maroc, aux Bahamas, etc., Après la mort du Shah en Égypte, son fils Reza s’installa aux États-Unis.

Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, il n’a exercé aucun emploi. Il a mené une vie luxueuse grâce à la fortune astronomique volée par ses parents et à des investissements lucratifs. Contrairement à de nombreux exilés politiques dans le monde, qui consacrent leur vie à la libération de leur pays et possèdent expérience et compétences, son seul « curriculum vitæ(CV) » est d’être le fils du Shah, ce qu’il considère suffisant pour revendiquer le trône.

Base sociale des monarchistes

Parmi les près de trois millions d’Iranien-nes ayant fui ou émigré après la révolution de 1979, une grande partie appartenait à la classe dirigeante. Les oligarques et les ultra riches de l’ancien régime, rêvaient du retour de la monarchie et de la récupération de leurs pouvoirs et privilèges. Ils soutiennent Reza Pahlavi depuis l’étranger.

À l’intérieur du pays, la répression des libertés civiles et individuelles par la République islamique et l’imposition de lois religieuses ont nourri une certaine nostalgie de l’ancien régime chez une partie de la population. De plus, les puissantes chaînes de télévision pro-Pahlavi, qui présentent depuis des années l’époque du Shah comme un paradis de liberté et de prospérité, influencent une jeunesse qui n’a pas connu la dictature monarchique.

Enfin, une partie de la bourgeoisie à l’intérieur de l’Iran — soumise à la pression de l’oligarchie dominante privilégiée, partisane de l’économie néolibérale et de l’intégration au marché mondial — se compose également de républicain.es et de partisan.nes du rétablissement du régime monarchique.

Une crédibilité née de la répression !

On dit que l’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie et l’autre comme une farce. La dictature du Shah, en réprimant les forces progressistes et de gauche tout en laissant le clergé agir librement, a conduit à l’absence d’alternative lors de la révolution de 1979, ouvrant la voie à Khomeiny.

De même, 47 ans de répression sous la République islamique, interdisant toute organisation indépendante, ont conduit à une situation où la lutte contre le régime manque d’alternative structurée. Dans ce vide, les monarchistes à l’étranger, disposant de ressources financières importantes et d’appareils médiatiques puissants soutenus notamment par l’Arabie saoudite et Israël, apparaissent comme les seuls visibles dans les médias occidentaux.

Comme le dit le proverbe : « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. »

 Stratégie et tactiques

Face à l’absence de partis politiques en Iran et à la fragmentation de l’opposition à l’étranger, Reza Pahlavi a tenté de se poser en unificateur. Il a même déclaré préférer personnellement la république à la monarchie, affirmant vouloir seulement instaurer une démocratie permettant au peuple de choisir via référendum.

Ces déclarations visaient à rallier les républicains sous son influence. Mais ces alliances ont rapidement échoué en raison de son autoritarisme et de celui de son entourage.

Reza Pahlavi, de par sa nature de classe et son caractère chauvin, ne pouvait pas être un facteur d’unité. Il ne con naissait rien de la pauvreté, l’exploitation et les inégalités de classe ; il ne tenait absolument pas compte des classes ouvrières et laborieuses ; il utilisait la question des femmes, à l’instar de son père, comme un instrument de propagande, et son éloignement du féminisme ainsi que de l’émancipation des femmes face au patriarcat et à la domination masculine ne laissait aucune possibilité de susciter le soutien des femmes.

En résumé, loin d’unifier l’opposition, il a contribué à accroître divisions et méfiance.

 Sa stratégie de retour>

La stratégie principale de Reza Pahlavi repose sur une intervention extérieure, notamment des États-Unis et d’Israël. Sans base organisée en Iran, il mise sur les sanctions économiques et une intervention militaire des États-Unis et d’Israël pour renverser le régime. Il soutient ouvertement la guerre contre l’Iran, allant jusqu’à s’opposer à des cessez-le-feu. Cette position lui vaut une forte hostilité parmi les Iranien.nes, notamment celles et ceux qui subissent les conséquences directes des bombardements.

« Reza Pahlavi en train de supplier Benjamin Netanyahu d’attaquer l’Iran »

Un épisode marquant fut son appel au soulèvement des 8 et 9 janvier 2026, alors que le régime avait complètement coupé Internet et les communications téléphoniques en Iran afin de mener la répression dans le silence et l’obscurité. A la suite de Donald Trump, Il a, via la chaîne de télévision par satellite « Iran International », lancé un appel à la population : « ne quittez pas les rues, de l’aide est en route ». Les gens ont été trompés ; aucune aide n’est arrivée, et en l’espace de deux jours, plusieurs milliers de personnes non armées ont été massacrées par le régime.

 Quelles chances de retour de Reza Pahlavi ?

Contrairement à Netanyahu et Reza Pahlavi, Donald Trump semble privilégier une transformation du régime plutôt qu’un renversement total. Cela revient, pour Reza Pahlavi, à l’effondrement du château de sable qu’il a construit dans son imaginaire. Encore plus décevant pour lui est l’échec de ses tentatives de rencontre avec Donald Trump, ainsi que la déclaration explicite de ce dernier affirmant qu’il ne prend pas Reza Pahlavi au sérieux, faute de soutien suffisant à l’intérieur du pays. Netanyahou l’utilise comme un levier de pression, et même le régime islamique lui-même s’en sert comme d’un instrument de sabotage et déstabilisation au sein de l’opposition. La stratégie à long terme et maximale de Netanyahu consiste à morceler l’Iran, à provoquer des guerres civiles d’usure et à transformer le pays en miettes et dépourvu de puissance, dans le but d’assurer la suprématie et l’hégémonie d’Israël au « Nouvel Moyen-Orient ».

Même si Israël, dans une optique à court terme et minimale, souhaitait le rétablissement de la monarchie de Reza Pahlavi, sans la volonté des États-Unis et sans des conditions internes favorables en Iran, il ne pourrait pas imposer cet objectif. Aucune de ces conditions n’est, pour l’instant, favorable à Reza Pahlavi.

Même si cette guerre devait conduire au renversement de la République islamique, les restes organisés et armés des vastes forces de résistance du régime à travers le pays, d’une part, ainsi que les opposants au système monarchique — notamment les travailleurs/euses, les forces de gauche, et en particulier des groupes ethniques tels que les Kurdes, les Turcs et les Arabes — ne permettraient pas à Reza Pahlavi, chauvin et farouchement opposé aux droits des minorités ethniques et à un système fédéral, de descendre de l’avion à l’aéroport de Téhéran et de faire ne serait-ce que deux pas en direction de l’ancien palais de son père !

 Marcher sur les œufs !

Reza Pahlavi a lié son destin à des contradictions profondes : s’appuyer sur les ennemis du peuple iranien et soutenir les sanctions économiques ainsi que la guerre, au prix de la haine du peuple iranien à son égard ; revendiquer le patriotisme tout en trahissant, en pratique, la patrie ; nourrir le rêve de retourner en Iran, ce qui ne serait possible que si l’Iran était réduit à une situation comparable à celle de Gaza ; conditionner les alliances politiques à l’adhésion au principe sacré de « l’intégrité territoriale », tout en soutenant la guerre de Benjamin Netanyahu dont l’objectif serait de morceler l’Iran !

Porteur de démocratie ?

Ce pour quoi le peuple iranien se bat aujourd’hui n’est pas le retour à la monarchie, qu’il a reléguée à la poubelle de l’histoire lors de la révolution de 1979. A la place du régime fasciste islamique, il veut la mise en place d’une république démocratique sociale, fédérale, laïque et féministe, car l’écrasante majorité du peuple iranien a besoin de liberté, de démocratie, égalité, de protection sociale et de bien-être.

Reza Pahlavi, son entourage et tous ces voleurs, les grands capitalistes, les anciens diplomates et les militaires, les tortionnaires ayant fui lors de la révolution, ainsi que leurs enfants et petits-enfants, ne partagent pas la souffrance de ce peuple. Ceux qui aujourd’hui, dans les rues des États-Unis, d’Europe, du Canada et d’Australie, insultent et agressent physiquement les opposant.es à la monarchie, constituent des groupes fascistes qui manifestent avec le drapeau d’Israël et celui de la SAVAK (organisation de torture sous le Shah) dans les rues de Berlin, Paris, Londres, Toronto, Los Angeles, etc. Ils veulent revenir pour récupérer leurs pouvoirs et privilèges perdus et compenser les opportunités manquées durant près de 50 ans d’exploitation et de pillage ; ils veulent revenir pour s’approprier tout ce que la classe dirigeante actuelle a accaparé et pillé, avant que le peuple ne le leur arrache. Ils déclarent ouvertement vouloir revenir pour se venger de la révolution de 1979 et exécuter les forces de gauche.

Le peuple iranien n’a besoin d’aucun roi, même s’il était le plus démocratique, le plus intègre, le plus honnête et le plus purement cérémoniel — à plus forte raison pas de Reza Pahlavi, qui est à l’opposé absolu de toutes ces qualités.

Shahb BORHAN lundi 6 avril 2026 


•« Restauration monarchique en Iran ? ». Écho d’Iran N° 29, 6 avril 2026.

Notes

[1] Organisé par la CIA et les services secrets britanniques (MI6), suite à la nationalisation du pétrole par le Premier ministre iranien Mossadegh.

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10 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Esclavage (AEL)

morts

Résolution de l’ONU sur l’esclavage africain 

Des élus des Antilles et de Guyane dénoncent l’abstention de la France

L’Assemblée générale des Nations unies a qualifié la traite transatlantique des esclaves africains de  » crime le plus grave contre l’humanité « , une décision saluée par les défenseurs de cette cause comme un pas vers la guérison et d’éventuelles réparations.

L’abstention de la France lors du vote à l’ONU le 25 mars d’une résolution qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique de « plus grave crime contre l’humanité » suscite une vive polémique. Des élus de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane dénoncent un choix jugé incompréhensible et en rupture avec l’histoire mémorielle française.

« Un signal profondément incompréhensible » : plusieurs parlementaires des territoires français d’outre-mer de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane ont critiqué vendredi 27 mars l’abstention de la France lors du vote aux Nations unies, mercredi, d’une résolution reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique comme « le plus grave crime contre l’humanité ».

La France a envoyé « un signal profondément incompréhensible » en contradiction avec « son histoire législative », a dénoncé dans un communiqué Béatrice Bellay, députée socialiste de la Martinique, rappelant que la France avait été pourtant « le premier » pays à faire un pas vers cette reconnaissance, par la loi Taubira du 21 mai 2001.

Le texte adopté mercredi ne crée pas d’obligation juridique contraignante mais constitue « un acte politique et mémoriel majeur » qui permettra d’ »ouvrir un dialogue international sur [les] conséquences durables » de l’esclavage, a de son côté estimé le député apparenté socialiste guadeloupéen Christian Baptiste, qualifiant de « recul » la position française.

« Faute morale »

La France « a encore affaibli sa crédibilité auprès des peuples des dits outre-mer », a pour sa part fustigé son homologue martiniquais Marcellin Nadeau (GDR, gauche), dénonçant « un nouveau refus de reconnaissance pleine et entière » à l’égard des Ultramarins.

Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron jeudi, le sénateur guadeloupéen et ex-ministre des Outre-mer Victorin Lurel avait déploré « une faute morale, historique, diplomatique et politique » contribuant à « ternir un peu plus » l’image de la France et à « fragiliser » les efforts de réconciliation mémorielle entre les pays occidentaux et leurs anciennes colonies.

Le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale de Guyane, auquel appartient le député Jean-Victor Castor, a lui aussi dénoncé l’abstention de la France, ajoutant que « l’esclavage n’est pas seulement un crime du passé » car « ses conséquences structurent encore les inégalités actuelles ».

Le parti a par ailleurs appelé l’ONU à « permettre à la Guyane de réintégrer la liste des territoires non autonomes et forcer la puissance administrante à accepter un plan de décolonisation ».

« Mettre en concurrence des tragédies historiques »

La résolution, soutenue par l’Union africaine et présentée par le Ghana, a été adoptée mercredi par 123 voix pour, 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont le Royaume-Uni et les États membres de l’Union européenne).

Elle déclare « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains » comme « les plus graves crimes contre l’humanité », condamnant cette « injustice la plus inhumaine et la plus persistante commise contre l’humanité ».

https://www.afriquesenlutte.org/

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10 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Gilbert Achcar (ESSF)

israel

Expansionnisme israélien au Liban

Le Hezbollah comme prétexte

Le Hezbollah libanais entre répudiation majoritaire pour sa subordination à l’Iran et regain de légitimité face à une nouvelle occupation du Sud-Liban, manifestement prévue pour le long terme.

Jamais une initiative militaire du Hezbollah libanais (littéralement, Parti de Dieu) n’avait été aussi répudiée au Liban que sa décision, le 2 mars, de lancer des roquettes par-dessus la frontière sud du pays avec l’État israélien, en représailles au meurtre du Guide suprême iranien Ali Khamenei. Cette salve d’ouverture fut immédiatement saisie par l’État sioniste comme prétexte pour lancer une invasion longtemps préméditée du Sud-Liban.

Le peuple libanais a toutes les raisons d’être massivement en colère contre ce qu’il a perçu comme l’implication de son pays dans une confrontation dépassant ses capacités, à travers une décision unilatérale prise par une organisation militaire opérant pour le compte d’un État étranger, en parallèle aux institutions officielles du pays. Cela est particulièrement compré-hensible du fait que la légitimité de ces institutions du point de vue de la démocratie électorale est indiscutable, surtout comparée au contexte politique régional.

Ce qui a exacerbé la colère publique, c’est que la cause pour laquelle le Hezbollah a ravivé la guerre avec l’État sioniste n’est pas une cause sur laquelle une grande partie de la population pourrait s’accorder – contrairement à la solidarité avec le peuple palestinien en général, et avec le peuple de Gaza en particulier, face à la guerre génocidaire qu’ils ont endurée.

En effet, la cause pour laquelle le Hezbollah est entré dans la mêlée cette fois-ci n’est même pas un objet de consensus parmi les chiites libanais eux-mêmes, la base sociale religieuse confessionnelle autour de laquelle le parti a construit sa base. L’initiative du parti de lancer des missiles sur Israël était ostensiblement en représailles à l’assassinat du chef de l’État iranien, le Juriste-Théologien tutélaire (Vali-ye Faqih en farsi), selon la constitution théocratique du pays.

Le Hezbollah n’a jamais caché son affiliation à l’État iranien. Son défunt Secrétaire général, Hassan Nasrallah – lui-même un clerc selon la règle théocratique qui préside à l’organisation du parti en vertu du modèle iranien – a un jour fameusement déclaré : « Nous sommes le Parti de la Tutelle du Juriste-Théologien » (Wilayat al-Faqih en arabe).

Il s’agit d’une doctrine théocratique intégriste élaborée par le père fondateur de la République islamique d’Iran, Rouhollah Khomeini, Grand Ayatollah (Grand Signe de Dieu), l’un des plus hauts dignitaires du chiisme duodécimain (la branche dominante du chiisme) et l’un des millions de prétendus descendants du Prophète de l’Islam, reconnaissables parmi les clercs – comme son successeur Khamenei, ou Nasrallah lui-même par ailleurs – par le turban noir qu’ils portent, qui les distingue du reste des clercs portant un turban blanc, et par le titre de Sayyid (maître ou seigneur).

La doctrine de Khomeini n’a jamais été consensuelle parmi les clercs chiites. Son interprétation politique intégriste s’écartait considérablement de la compréhension strictement religieuse originale des attributs du Juriste-Théologien tutélaire. Cela devint encore plus évident lorsque le même poste, à la mort de Khomeini en 1989 et à la suite de manœuvres politiques au sein du nouveau régime, fut confié à Ali Khamenei, qui n’avait atteint que le rang inférieur de Hodjatoleslam (Argument de l’Islam).

Cette mesure nécessita un changement constitutionnel, supprimant l’exigence du titre théologique suprême pour le Juriste-Théologien tutélaire, élu par l’Assemblée des Experts – une assemblée composée de 88 clercs élus après sélection par les douze membres du Conseil des Gardiens, dont la moitié sont nommés par le Juriste-Théologien tutélaire lui-même.

Le même type de nomination d’un clerc de rang inférieur à la fonction suprême s’est répété avec le fils de Khamenei, Mojtaba, qui, comme son père au moment de son accession au pouvoir, n’a pas dépassé le rang de Hodjatoleslam. Ainsi, la Tutelle du Juriste-Théologien, telle qu’inter-prétée en République islamique d’Iran, est devenue une simple façade idéologique pour un régime théocratique dans sa forme, mais dépourvu des exigences spirituelles et reposant plutôt sur des institutions et intérêts très temporels.

Au cœur de ces institutions se trouve le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), qui constitue la principale composante idéologique des forces armées iraniennes et contrôle un empire économique – un complexe militaro-industriel-social financé par les revenus pétroliers de l’Iran.

Le Hezbollah libanais a été fondé en pleine résistance contre l’occupation israélienne de la moitié du Liban en 1982, avec une implication iranienne directe. Il combinait ainsi les caractéristiques d’une organisation de résistance à l’occupation avec celles d’un bras armé local du régime iranien.

Cette dualité est devenue particulièrement évidente lorsque le parti est intervenu massivement dans la guerre civile syrienne à partir de 2013, pour soutenir un régime qui n’avait aucun lien avec l’idéologie khomeiniste, mais se revendiquait plutôt d’une idéologie opposée à celle-ci (nationalisme arabe et « socialisme »). Cette intervention a constitué l’élément principal du soutien iranien au régime baasiste syrien des Assad, un soutien guidé par les intérêts de l’État iranien et qui n’a pris fin qu’avec l’effondrement du régime à la fin de 2024.

Dans cette optique, l’initiative du Hezbollah visant à déclencher une nouvelle guerre contre l’État sioniste, dans le cadre de la stratégie du régime iranien visant à étendre régionalement sa résistance à l’agression américano-israélienne lancée le 28 février, constitue le deuxième acte majeur qui a confirmé, aux yeux de la plupart des Libanais, la priorité accordée par le parti aux intérêts du régime iranien au détriment de ceux de son propre pays et de son peuple, y compris les intérêts de sa propre base populaire déjà épuisée par la guerre de deux ans que le parti a menée en solidarité avec Gaza depuis octobre 2023 – plus précisément en soutien au Hamas, un autre allié de Téhéran, mais qui est aussi une force engagée dans le combat antisioniste, contrairement au régime des Assad.

Cependant, il existe un dénominateur commun évident entre l’offensive sioniste en cours au Liban et l’offensive à Gaza après l’opération Déluge d’Al-Aqsa d’il y a deux ans et demi. Comme pour cette dernière opération, le lancement par le Hezbollah de ses roquettes a été saisi comme prétexte par le gouvernement sioniste actuel – le gouvernement le plus à l’extrême droite de l’histoire de l’État d’Israël – pour poursuivre des ambitions expansionnistes de longue date, qui sont au cœur de l’idéologie sioniste originelle et sont farouchement revendiquées par l’extrême droite israélienne, dominante dans le cabinet israélien actuel. En effet, le parallèle est frappant entre la manière dont Israël a envahi la bande de Gaza, ordonnant un déplacement progressif de sa population du nord au sud, et ce qu’il fait actuellement au Sud-Liban.

Et comme pour Gaza, les membres les plus extrémistes du cabinet sioniste révèlent le véritable objectif que poursuit leur gouvernement. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré le 24 mars que « le fleuve Litani doit être notre nouvelle frontière » avec le Liban (le Litani coule 15 à 30 km au nord de la frontière actuelle, délimitant une région qui constitue plus de 10 % de la surface du Liban). Smotrich a plaidé pour la mainmise permanente de l’État israélien sur cette partie du Liban, tout comme il occupe une partie de la bande de Gaza dans l’intention d’en perpétuer l’occupation et de l’annexer plus tard. Le même jour, le ministre de la guerre Israel Katz, membre du parti Likoud de Netanyahou, a déclaré que la région convoitée constitue la « zone de sécurité » d’Israël.

Dans ces guerres, le gouvernement israélien exploite la présence à la Maison-Blanche d’un président qui est certainement le plus indulgent envers les ambitions sionistes de tous les présidents américains, un Donald Trump qui, lors de son premier mandat, avait déjà été le premier président américain à reconnaître l’annexion de Jérusalem-Est et du plateau du Golan syrien, occupés par Israël depuis 1967.

Il était également prêt à soutenir l’annexion de la majeure partie de la Cisjordanie, n’avait-ce été le veto des monarchies du Golfe, y compris la « ligne rouge » fixée par la plus proche de Trump parmi elles, les dirigeants des Émirats arabes unis. Benyamin Netanyahou et son cabinet espèrent que le président américain fermera les yeux sur leur invasion du Sud-Liban, voire la soutiendra ouvertement. Ils ont conservé le contrôle de plus de la moitié de la bande de Gaza, dans l’espoir que Trump, ou l’échec de son « plan de paix », leur permettrait de prolonger l’occupation en vue d’annexer plus tard la majeure partie de l’enclave. Ils envisagent également d’annexer la majeure partie de la Cisjordanie, qui subit une appropriation progressive et un déplacement de population violents de la part de colons juifs avec le soutien du gouvernement.

Le gouvernement sioniste d’extrême droite espère reproduire cette situation dans le sud du Liban, dont il est actuellement en train d’occuper le territoire après l’avoir vidé de la plupart de ses habitants. Tout comme il utilise la persistance du Hamas et la menace qu’il représente pour l’État d’Israël comme prétexte à la perpétuation de son occupation de Gaza, il entend utiliser l’existence du Hezbollah et la menace qu’il représente pour son État comme prétexte à une occupation à long terme du Sud-Liban. Dans cette optique, la résistance du Hezbollah à l’occupation, tout comme celle du Hamas, devient un argument pour la mise en œuvre et la perpétuation de l’occupation.

Mais une occupation israélienne renouvelée du Sud-Liban ne peut que renforcer la légitimité nationale de la résistance menée par le Hezbollah. Elle confère un regain de justice à sa lutte contre l’occupation, dans l’espoir que son harcèlement de l’armée israélienne puisse finalement forcer le retrait de celle-ci, tout comme la résistance menée par le Hezbollah dans les années 1990 y était parvenue en 2000. Certes, ce retrait fut mené par un gouvernement dirigé par les travaillistes sionistes, et il est peu probable que le gouvernement israélien actuel le répète. Mais le gouvernement israélien pourrait changer de mains dans un avenir proche.

Dans ces circonstances, le mieux que le gouvernement libanais puisse faire est de démarcher énergiquement les États arabes, en particulier ceux qui ont la plus grande influence sur la Maison-Blanche, c’est-à-dire les monarchies du Golfe, afin qu’ils exercent des pressions sur Trump pour empêcher une occupation prolongée du Sud-Liban.

Ces monarchies comprennent sûrement que l’occupation israélienne d’une partie du Liban durant les deux dernières décennies du 20e siècle a conduit à la montée du Hezbollah et à l’expansion régionale de l’influence iranienne. Elles ont donc un intérêt direct à empêcher une répétition de ce scénario. C’est sur cela que le gouvernement libanais devrait concentrer ses efforts face à l’agression israélienne – et non sur le désarmement du Hezbollah sous pression des États-Unis, une tâche qui dépasse ses capacités.

Pire encore, le gouvernement libanais a clairement constaté que, malgré le retrait des forces du Hezbollah de la région au sud du fleuve Litani et le déploiement des troupes gouvernementales des Forces armées libanaises (FAL) sur place, conformément à l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, Israël n’a pas cessé ses frappes aériennes et ses incursions dans cette région. Et pourtant, la réaction du gouvernement libanais à cette nouvelle invasion israélienne a été de retirer ses troupes du sud et d’élever la voix contre le Hezbollah, déclarant son action militaire illégale au moment le plus inapproprié.

Les intérêts supérieurs du pays exigent de viser à un accord pacifique pour l’intégration des forces armées du Hezbollah au sein des FAL – une mesure qui ne deviendra possible que lorsque l’équation régionale connaîtra un changement fondamental. Toute tentative de désarmer le Hezbollah par la force n’est qu’une recette pour une reprise de la guerre civile dans un pays déjà dévasté par quinze ans de pareil conflit, entre 1975 et 1990.

Gilbert Achcar jeudi 9 avril 2026,


• Gilbert Achcar. Billet de blog 9 avril 2026
https://blogs.mediapart.fr/
Professeur émérite, SOAS, Université de Londres
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

* Dernier ouvrage paru Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l’histoire mondiale (La Dispute, 2025).

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10 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Présidentielle (ESSF)

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Quelles sont les chances de Jean‑Luc Mélenchon?

Après les victoires de La France insoumise dans plusieurs villes importantes aux dernières municipales, notamment autour de figures de personnalités issues de l’immigration, le parti de Jean-Luc Mélenchon semble en position favorable pour aborder l’élection présidentielle. Mais son futur candidat a-t-il des chances de se qualifier au second tour ? Et dans ce cas, pourrait-il s’imposer face au candidat du Rassemblement national ? Entretien avec le politiste Rémi Lefebvre.

The Conversation : La France insoumise (LFI) a-t-elle progressé de façon significative avec les élections municipales 2026 ?

Rémi Lefebvre : Le bilan de LFI peut apparaître modeste au regard du nombre de villes conquises : une dizaine de villes sur 35 000 communes, c’est beaucoup moins que le Parti socialiste ou que le Parti communiste français qui ont des maires dans des centaines de villes. Mais il y a incontestablement une percée puisque LFI partait de zéro. Ils revendiquent environ 1 000 conseillers municipaux, une ville de 150 000 habitants, une autre de 100 000. Les villes gagnées peuvent devenir des laboratoires pour les années qui viennent, renforcer l’armature militante et territoriale du parti. Autant d’atouts en vue de l’élection présidentielle.

Autre élément majeur : LFI envoie un signal aux populations issues de l’immigration. Plusieurs maires noirs ont été élus : symboliquement, c’est très important car, de fait, il y a peu de maires noirs en France. Il faut savoir que le profil des députés LFI est très différent de ces nouveaux édiles : les députés sont issus des classes moyennes supérieures, urbains et diplômés. Il y avait bien eu Rachel Kéké, mais elle a été battue en 2024. Là, on voit apparaître un nouveau profil d’élus.

Les quartiers populaires, notamment les Français issus de l’immigration, ont-ils voté LFI ?

R. L. : La France insoumise n’a pas le monopole de cet électorat, qui demeure très abstentionniste. Mais il y a très clairement un phénomène de cristallisation autour de LFI. À Lille, Lahouaria Addouche, qui était la tête de liste LFI, a suscité un véritable engouement. Elle est ouvrière, d’origine maghrébine, cela a beaucoup plu dans les quartiers. Mes étudiants lillois ou certains cadres ont également été sensibles à son profil et à une proposition de renouvellement du personnel politique. LFI joue la carte du dégagisme face aux notables en place à travers la promotion de candidats issus de l’immigration. Cette approche a fonctionné localement dans de nombreux endroits.

Rappelons, avec le sociologue Olivier Masclet, qui travaillé sur la gauche et les quartiers, que le PS ou le PCF n’ont pas beaucoup promu ce type de profils. Balli Bagayoko est d’abord passé par le Parti Communiste, sans succès, et La France insoumise l’a finalement récupéré.

LFI a théorisé son approche en parlant de « nouvelle France »…

R. L. : Je suis frappé par la capacité de Jean-Luc Mélenchon à alimenter le débat public et à structurer l’agenda médiatique et politique. Ses saillies, souvent violentes et volontairement polémiques, contribuent à son exposition, mais ses idées également, comme celle de « nouvelle France ».

Ce concept désigne les jeunes, les quartiers, les diplômés : il évoque à la fois le métissage et le renouvellement générationnel. Il s’agit de se positionner par rapport au prétendu « grand remplacement » et d’installer un duel avec l’extrême droite en s’opposant à sa vision de la France. C’est un prolongement de l’idée de créolisation, défendue par Jean-Luc Mélenchon en 2020 (le terme est emprunté à Édouard Glissant, et désigne le brassage des cultures), mais cela va plus loin avec la construction d’un récit national, d’une conception de la communauté nationale.

Quels sont les atouts de La France insoumise pour la présidentielle de 2027 ?

R. L. : La France insoumise a trois forces : elle a un leader incontesté, un programme quasiment immuable, et une machine électorale très performante pour une élection présidentielle. La force militante est d’environ 100 000 personnes, avec 400 000 soutiens inscrits sur la plateforme.

LFI, c’est aussi une armée numérique très importante : les abonnés YouTube de Mélenchon sont plus d’un million, et LFI développe sans cesse de nouveaux outils numériques. Au moment où les autres partis de gauche sont englués dans leurs divisions internes, LFI est en ordre de marche pour 2027 : tout est organisé, planifié, rationalisé. La capacité d’organisation et de mobilisation du parti est certainement renforcée par la dynamique des municipales. On peut donc s’attendre à une montée en puissance de LFI dans les mois qui viennent : la machine est déjà en marche.

Quelle est la vision stratégique de LFI en vue de la présidentielle et des législatives qui suivront probablement en 2027 ?

R. L. : LFI propose une fédération à gauche, avec une volonté de répartir les investitures aux élections législatives. C’est clairement orienté en direction des écologistes. Vu l’attentisme du PS et ses hésitations à s’engager dans une primaire, LFI va essayer de détacher les verts du PS. On peut s’attendre à ce que l’aile gauche des écologistes soit tentée de rallier LFI, ce fut déjà le cas pendant les municipales.

L’objectif de Mélenchon, c’est de tout faire pour empêcher la gauche non mélenchoniste de se structurer. Il s’agit de neutraliser le pôle unioniste de gauche (Faure, Tondelier, Ruffin, Autain) pour installer un duel avec le pôle social-démocrate (Hollande, Glucksmann, Guedj, Vallaud).

Quelles sont les chances de Jean-Luc Mélenchon, futur candidat à l’élection présidentielle ?

R. L. : Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est à 12 % ou 13 % d’intentions de vote dans les sondages. C’est plutôt un bon niveau pour un début de campagne. Il a un socle solide qui ne varie pas, malgré ses outrances verbales répétées.

C’est un atout majeur, incontestablement. Mais peut-il élargir à partir de ce socle ? Peut-il reproduire l’extraordinaire siphonnage de voix liées au vote utile comme en 2022 ? L’idéal pour Jean-Luc Mélenchon serait que la gauche non mélenchoniste et le bloc central demeurent divisés et morcelés.

Mais si le bloc central désigne un candidat unique ou si un candidat se détache, la donne change et le seuil d’accès au second tour s’élève. Par ailleurs, on peut imaginer un vote utile d’électeurs modérés dès le premier tour – y compris d’électeurs de gauche – pour un candidat comme Édouard Philippe qui, pour l’instant, semble le mieux placé pour battre le candidat RN au second tour.

L’un des enjeux majeurs de cette présidentielle sera de savoir qui réussira à capter le vote de centre gauche. Au soir de son élection au Havre, Édouard Philippe a envoyé des signaux en direction de l’électorat centriste modéré. Or, Boris Vallaud, François Hollande, Raphaël  Glucksmann visent le même espace. Aujourd’hui, il est trop tôt pour anticiper les dynamiques de tous ces concurrents dans les mois à venir.

Et si Mélenchon arrive au second tour ?

R. L. : Jean-Luc Mélenchon est un solide candidat de premier tour, mais on ne perçoit pas de stratégie crédible pour le deuxième tour. Certains politistes ont imaginé que les abstentionnistes pourraient voter Mélenchon face à Bardella ou à Le Pen, lui permettant de l’emporter au second tour. J’ai du mal à y croire.

En revanche, les municipales ont montré que la mobilisation à droite était très forte contre LFI. À Clermont-Ferrand, à Toulouse, à Brest, la perspective d’une victoire de LFI a surmobilisé l’électorat de droite, celui qui vote LR ou RN au premier tour. Le caractère répulsif de LFI est incontestable et devrait se confirmer dans le cadre d’un deuxième tour de présidentielle. Aujourd’hui, dans l’hypothèse d’un duel Bardella-Mélenchon au second tour, les hypothèses donnent 70 contre 30 environ. On ne peut anticiper des résultats un an avant le scrutin, mais l’issue d’un second tour Bardella-Le Pen face à Mélenchon ne laisse pas beaucoup de doutes.

L’élection présidentielle va se jouer sur le choix du candidat qui fera face à l’extrême droite au second tour, ce qui est très handicapant pour Jean-Luc Mélenchon.

Propos recueillis par David Bornstein.

Rémi Lefebvre, Professeur de science politique université Lille 2, Université de Lille

http://theconversation.com/republishing-guidelines 

lundi 9 mars 2026, LEFEBVRE Rémi

https://www.europe-solidaire.org/

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10 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Brest Cuba

cuba

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09 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Pétrole (NPA)

mazoutes

Coût du carburant, quelles réponses écosocialistes ?

La guerre alimente les profits des groupes fossiles tout en aggravant la crise écologique et sociale. Face à l’explosion des prix et à la dépendance organisée au tout-pétrole, il est urgent d’imposer des mesures immédiates tout en engageant une rupture avec le capitalisme fossile.

Pour aller travailler, accompagner les enfants, se soigner, faire ses courses… pour beaucoup, aujourd’hui, la voiture n’est pas un luxe mais une contrainte, et chaque hausse du carburant rogne un peu plus des budgets déjà serrés.

La guerre, un jackpot pour les criminels climatiques

L’instabilité inhérente à l’économie fossile offre de magnifiques opportunités de surprofits aux groupes pétroliers. Quand, comme c’est le cas aujourd’hui, les approvisionnements sont fortement perturbés, voire interrompus, les prix s’envolent. Mais les réserves préexistantes, acquises avant l’augmentation, sont vendues au prix fort. Une occasion en or (en dollars !) pour les capitalistes fossiles ! Dans le même temps, l’augmentation des prix des carburants frappe durement les budgets, surtout ceux des plus modestes. Pour échapper à ce piège, il y a urgence à imposer des mesures immédiates pour alléger les conséquences, qui sont d’autant plus lourdes que les revenus sont faibles, que les salaires n’augmentent quasiment pas et ont même diminué en termes réels depuis 2020.

Le meilleur carburant est celui qu’on ne brûle pas

D’abord, une évidence, mais toujours bonne à rappeler, le carburant le moins cher et le moins polluant est celui qu’on ne brûle pas. Dans l’immédiat, il faut exiger partout la gratuité des transports publics, comme au moment des pics de pollution. Imposer, dans les entreprises et les administrations, des mesures, comme l’extension du télétravail, des navettes d’entreprises… décidées et mises en place avec et sous le contrôle des salariéEs pour répondre à leurs besoins.

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D’autres mesures peuvent réduire les transports routiers qui occupent une place croissante : la réduction de la vitesse, en particulier sur les autoroutes, des interdictions ciblées de la circulation des camions…

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Au-delà de ces mesures d’urgence immédiates, il est indispensable de réorienter la politique des transports, qui vise la réduction drastique de la circulation des voitures et des camions : arrêt de tout nouveau projet de routes, le réseau routier est suffisant, priorité aux transports collectifs utiles aux déplacements quotidiens et au fret ferroviaire et fluvial, relocalisation des productions au plus près des lieux de ­consommation.

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Bloquer les prix en prenant sur les profits

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Mais nombreux sont celleux qui ne peuvent échapper à la pompe à essence, quel que soit le prix affiché, aussi élevé soit-il. Le modelage et l’organisation du territoire par le tout-automobile et le manque de transports collectifs contraignent à utiliser la voiture individuelle ­quotidiennement. Si le blocage des prix, en prenant sur les profits des groupes pétroliers, s’impose comme mesure immédiate, il doit être associé à l’exigence de transparence sur leurs comptes et du contrôle de la distribution et des stocks par les salariéEs et les usagerEs.

.Criminels climatiques, criminels impérialistes

Le capitalisme fossile, qui est le principal responsable de la crise écologique, est au cœur des guerres d’agression impérialistes, du Venezuela à l’Iran. Contre les pétroliers Total et autres… plus que jamais, ce qui est à l’ordre du jour, c’est de les désarmer, de leur retirer leur pouvoir de vie et de mort, de les exproprier. Tant qu’ils en auront le pouvoir, ils extrairont jusqu’à la dernière goutte de pétrole, miette de charbon, molécule de gaz, en semant la guerre aux peuples et au vivant ! Seule la socialisation de ce secteur permettra de reprendre la main, de laisser les fossiles dans le sol.

Commission nationale écologie du NPA


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09 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Ecosse Sondage

scot

Le SNP est indépendantiste et « de gauche », les Green sont plus à gauche que nos « Verts », Reform ce sont les fachos, Labour c’est le PS et Cons c’est l’ancienne droite.

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08 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Collaboration (BCD)

resistance en bretagne

La collaboration en Bretagne

Sous l’occupation allemande, il faut distinguer deux types de collaboration avec l’occupant : la collaboration d’État mise en place volontairement par le maréchal Pétain et le régime de Vichy à la suite de la rencontre de Montoire (24 octobre 1940), et le collaborationnisme, le choix par une toute petite partie des Français de se mettre au service de l’Allemagne nazie pour des raisons politiques, idéologiques ou bassement matérielles. La Bretagne, occupée du 18 juin 1940 à l’été 1944, et même mai 1945 pour les poches de Lorient et de Saint-Nazaire, n’échappe pas à ces deux phénomènes.

La collaboration d’État

Soumis à la tutelle directe des Allemands (censure de la presse, exigences de répression des dissidents et résistants) et à celle plus lointaine de Vichy, les représentants de l’État français – le nom du régime –, les préfets et l’administration (police, gendarmerie, ravitaillement, Éducation nationale), appliquent les politiques de Pétain et de ses gouvernements.

S’efforçant de répondre aux exigences allemandes, elles sont de plus en plus impossibles à atteindre (prélèvements de main-d’œuvre, impositions agricoles). Ces politiques de collaboration sont appliquées sur le terrain par les préfets – dont certains militent pour la Révolution nationale –, les préfets régionaux de Rennes (après la création en juin 1941 de la région Bretagne à quatre départements) et d’Angers (incluant la Loire-Inférieure), et les intendants de police.

Afin de compenser la déception de ceux qui avaient cru aux proclamations de provincialisme, le préfet de région Quenette met en place en octobre 1942 un Comité consultatif de Bretagne (CCB) chargé des questions culturelles et linguistiques, composé de 22 membres, des notables avec Yann Fouéré mais sans les ultras du Parti national breton (PNB).

En Bretagne comme ailleurs, signe d’une collaboration politique, administrative et policière avec l’occupant et de la volonté d’instaurer un nouveau régime, les politiques d’épuration (des municipalités, en général de gauche) et d’exclusion (des fonctionnaires juifs, communistes ou francs-maçons) sont appliquées.

Dès 1940, à la demande des Allemands, c’est Vichy qui recense les Juifs français et étrangers dont certains réfugiés lors de la débâcle ; en 1942, l’administration française les surveille (port de l’étoile jaune) et procède aux rafles.

De même, de 1940 à 1942, la police et la gendarmerie internent dans des camps des communistes fichés et traquent les premiers résistants (PCF, Front national, FTP). La presse régionale (L’Ouest-Éclair, Le Phare de la Loire, La Dépêche de Brest) soutient la politique vichyste, tout comme La Bretagne, créée en mars 1941 par le « régionaliste » Yann Fouéré (en réalité en contact étroit avec les ultras du mouvement breton) qui met aussi la main sur La Dépêche de Brest (mars 1942).

Mais la société bretonne qui a rejeté immédiatement l’occupant allemand réagit : on oppose de plus en plus l’inertie et le refus à la collaboration d’État ; certains cadres s’engagent dans la Résistance, obligeant les polices nazies et la Wehrmacht à prendre en charge la répression (deux préfets sont arrêtés dans les Côtes-du-Nord en 1943 et 1944) et le maintien de l’ordre.

Le collaborationnisme

Intellectuel, politique, policier (agents travaillant pour l’ennemi dans la traque des résistants) ou militaire (milices armées des partis), le collaborationnisme, très minoritaire, a choisi de se mettre au service de « l’ordre nouveau » nazi pour des raisons idéologiques (le fascisme français et sa variante bretonne) et parfois pécuniaires.

Plusieurs organisations et partis nationaux, autorisés en 1941 et financés par l’occupant, se livrent à une rude concurrence pour attirer une population qui se dérobe puis les rejette. Face aux très faibles effectifs, tous les coups sont permis : entrisme, noyautage, double ou triple appartenance.

Organisation pétainiste dirigée par l’écrivain Alphonse de Châteaubriant, responsable du journal La Gerbe, le groupe Collaboration se veut le fer de lance de la Révolution nationale tout en voulant servir de pont avec les partis les plus ultras. Il organise dans les villes des conférences à vocation culturelle ou artistique et attire en 1942 et 1943 bon nombre de notables de droite séduits plus ou moins longuement par le régime (un millier en Loire-Inférieure, 250 à 300 dans les Côtes-du-Nord).

Deux partis fascistes français dominent la dizaine de groupuscules collaborationnistes qui s’agite : le très anticommuniste Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot (exclu du PCF en 1934) et le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat (qui a quitté la SFIO en 1933).

Le MSR et le Parti franciste de Marcel Bucard n’ont qu’une existence épisodique très limitée, sauf dans le Morbihan et en Loire-Inférieure pour les francistes, même si leur activisme fait grand bruit à Rennes et à Nantes. Ces partis ne comptent que quelques dizaines d’adhérents dans les départements bretons, sauf en Loire-Inférieure où leur recrutement est plus conséquent (environ 2 000 avec le groupe Collaboration, dont 80 % à Nantes).

Le PPF compte 140 adhérents dans le Finistère en 1942, 150 à 300 en Loire-Inférieure, des chiffres comparables à ceux du RNP dans ces deux départements. Les permanences urbaines de ces groupuscules deviennent des cibles des résistants, notamment communistes. Leurs chefs sont visés par des attentats (Doriot à Rennes) et quelques-uns sont exécutés à la fin 1943 et en 1944. En 1944, les Jeunesses des partis collaborationnistes forment des milices qui, comme auxiliaires des Allemands, traquent les résistants, mais l’engagement dans la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) pour aller se battre sur le front russe n’a pas fait recette (environ 300 dont 170 en Loire-Inférieure).

Les nationalistes bretons

Les chefs du PNB dissous en 1939, dont Olier Mordrel et Fransez Debauvais, réfugiés à Berlin, profitent de la débâcle française pour rentrer en Bretagne dans les fourgons de l’occupant. Ils tentent de mettre en œuvre leur projet d’indépendance de la région, ce dont les Allemands ne veulent pas pour d’évidentes raisons stratégiques.

À Pontivy, le 3 juillet 1940, ils créent un Conseil national breton, embryon d’un « gouvernement ». Mais le 29 juillet, des milliers d’habitants (6 000 ?) de Pontivy manifestent contre la présence de Célestin Lainé et de ses hommes dans le château des Rohan qu’ils ont réquisitionné.

Les séparatistes lancent L’Heure bretonne, l’hebdomadaire du nouveau PNB, qui prend la suite de Breiz Atao. C’est un journal antisémite, anticommuniste et raciste qui critique Vichy, de Gaulle et les Anglais, exalte « l’Europe nouvelle » nazie et prône la collaboration. Instrumentalisé et financé par l’occupant, le PNB, très hiérarchisé, se dote début 1941 d’un service d’ordre, les Bagadoù Stourm, dirigé par le sculpteur Yann Goulet.

Conscients du rejet des séparatistes bretons par la population, les Allemands suscitent en décembre 1940 « une révolution de palais » qui écarte les deux leaders et place à la tête du PNB les frères Delaporte, venus de la mouvance catholique de l’abbé Perrot. Ils poursuivent la politique de collaboration. À son apogée en 1942-1943, le PNB delaportien compte 1 200 à 1 500 adhérents, dont 300 très actifs, ainsi que des sympathisants, ce qui en fait de loin le principal parti collaborationniste en Bretagne.

Pourtant, dès ses débuts, ce parti s’est heurté partout à l’hostilité des Bretons (insultes lors de la vente de L’Heure bretonne). Issus du PNB, quelques agents rémunérés par les polices allemandes font des ravages contre la Résistance bretonne, de même que le Kommando de Landerneau dirigé par l’Allemand Herbert Schaad.

Outre l’appui au PNB contre les autorités françaises, les cercles allemands celtophiles exploitent la revendication linguistique, notamment à travers le linguiste brestois Louis Némo-Roparz Hemon, qui anime sur Radio Rennes-Bretagne, dirigée par le professeur Weisgerber, des émissions en breton, d’ailleurs peu audibles en Basse-Bretagne pour des raisons techniques.

En octobre 1941, Weisgerber organise à Rennes un Institut celtique de Bretagne (ICB), dirigé par Roparz Hemon, qui doit attirer vers le Reich les élites bretonnes. En 1942, l’ICB compterait « 350 personnalités marquantes ». La porosité est grande entre le Comité consultatif de Bretagne (CCB) et l’ICB dans la mesure où certains se retrouvent dans les deux institutions.

À partir de 1943, le PNB delaportien tente de prendre ses distances avec ses protecteurs, ce qui provoque à la fin de l’année la scission de l’aile dure et militarisée de Célestin Lainé qui veut former une « armée bretonne » (Lu Brezhon). De fait, Lainé crée à Rennes le groupe Cadoudal, rebaptisé Bezen Perrot après l’exécution de l’abbé Perrot à Scrignac par des FTP. Intégrés dans la Waffen SS, sous uniforme allemand, 70 à 80 hommes du Bezen vont jusqu’au bout de la collaboration militaire, participant à la destruction des maquis à l’été 1944, s’enfuyant en Alsace et en Allemagne, puis se réfugiant en Irlande.

Les autres formes de collaboration

La délation, fort répandue pour diverses raisons, facilite la tâche de Vichy et de l’occupant vis-à-vis des dissidents et des résistants. La collaboration économique est aussi une réalité importante : parfois, pour la survie de l’entreprise, il faut accepter les commandes allemandes. Mais pour certains c’est une aubaine, en profitant du pillage de l’économie française par le Reich.

En ces temps de pénurie, le marché noir (à distinguer du marché gris qui permet aux producteurs et commerçants de gagner de l’argent mais sans trop d’abus) est source d’enrichissements rapides. Les plus gros trafiquants travaillent pour l’occupant et sont protégés par eux. Le secteur de la restauration (cafés, auberges) et de l’hôtellerie, le plus visible, tire profit de la forte présence de soldats allemands.

De même, les grands chantiers militaires (terrains d’aviation, bases sous-marines puis Mur de l’Atlantique à partir de 1942) voient l’essor fulgurant de PME bretonnes du bâtiment et des travaux publics qui travaillent pour l’Organisation Todt. Mais les chantiers importants dans la région sont effectués par des entreprises extérieures, en association avec des entreprises allemandes. Tous ces secteurs seront sanctionnés lors de l’épuration économique à la Libération. Si des travailleurs locaux, au chômage ou attirés par de hauts salaires, vont s’embaucher sur ces chantiers en 1940-1941, ils sont de plus en plus remplacés par une main-d’œuvre venue d’autres régions ou d’autres pays européens.

Occupée pendant quatre ans, la Bretagne a été confrontée aux politiques de collaboration mises en œuvre au quotidien par le régime de Vichy. En dehors d’une fraction engagée de l’Emsav, qui a discrédité le mouvement breton pour longtemps, la collaboration politique, policière et militaire n’a concerné qu’une toute petite minorité d’habitants, la collaboration économique étant plus difficile à évaluer. La visibilité du PNB, notamment par son journal L’Heure bretonne, sa permanence tout au long de l’Occupation en comparaison avec les groupes collaborationnistes français plus ou moins éphémères, et l’engagement sous l’uniforme de la Waffen SS du Bezen Perrot de Célestin Lainé ont marqué la mémoire de la guerre. Il ne faudrait toutefois pas oublier le rejet de l’occupant, l’anglophilie et le gaullisme des Bretons, ainsi que les nombreux engagements dans les Forces françaises libres, dans les réseaux et les mouvements de résistance.

Auteur : Christian Bougeard

 Christian Bougeard est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Bretagne occidentale à Brest et membre du Centre de Recherche Bretonne et Celtique (CRBC). Spécialiste de l’histoire de la Bretagne au XXe siècle et de la Seconde Guerre mondiale, il est l’auteur d’une douzaine de livres  et a contribué à de nombreux ouvrages collectifs, colloques et dictionnaires.

https://bcd.bzh/becedia/fr/

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08 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Sondages Andalousie (El Pais)

anda

sond

Commentaire:

L’Andalousie a longtemps été « socialiste », cette option ne regroupe plus que 22% des électeurs. Le Parti Populaire « radicalisé à droite »  a pris sa place. La gauche de gauche dans toutes ses variantes issues du PCE (Izquiera Unida, Sumar) comme de « Podemos » a disparu (Por Andalucia). Il ne reste que nos camarades d’Adelante Andalucia pour s’opposer à « Vox » l’extrême droite fasciste

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07 avril 2026 ~ 0 Commentaire

Cadmium (LO)

macron chasseurs

Cadmium

Les capitalistes responsables et coupables

L’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, vient de lancer un cri d’alarme sur une pollution alimentaire massive par le cadmium. Il s’agit d’un métal lourd contenu dans les roches phosphatées utilisées pour fabriquer les engrais, et qui contamine massivement les végétaux environnants.

La campagne médiatique associée à cette alerte est toutefois particulièrement surprenante puisque, ne proposant pas de supprimer simplement la source du problème, elle invite la population… à ne plus manger toute une liste de produits contaminés d’usage très courants, parmi lesquels les pâtes et les céréales du petit-déjeuner !

On est en droit de se demander quelle autorité publique tire les ficelles d’une présentation aussi biaisée de la dénonciation du danger majeur que pose l’utilisation du cadmium, un danger pourtant repéré depuis très longtemps.

Sa toxicité est bien connue depuis le début du 20e siècle et l’apparition, dès 1910, de ce qu’on a appelé la maladie d’itaï-itaï (« aïe, aïe » en japonais), une grave pathologie osseuse et rénale déclenchée le long de la rivière Jinzù par le déversement de déchets d’une mine de zinc auquel le cadmium est naturellement associé. Dès le milieu du siècle, les analyses avaient conclu à la responsabilité du cadmium dans cette pathologie, car il diffusait dans les rizières et était consommé avec le riz.

Cela n’a pas empêché l’industrie d’en développer massivement l’utilisation, entre autre parce qu’il présente une résistance exceptionnelle à la corrosion tout en conservant une bonne souplesse. On se souvient aussi des batteries cadmium-nickel qui prédominaient dans les années 1990-2000, avant d’être peu à peu remplacées du fait de la toxicité du cadmium. L’industrie aéronautique et spatiale, mais aussi l’industrie nucléaire ou les cellules photovoltaïques ont été jusqu’à récemment de très grosses consommatrices de cadmium, et pour beaucoup le sont encore.

Or les dégâts sanitaires liés au cadmium chez les travailleurs qui y sont exposés sont absolument certains. Le cadmium est un des rares produits classés par les spécialistes internationaux comme cancérigène avéré du fait qu’il provoque notamment des cancers du poumon, mais aussi du sein, de la prostate, du rein. Une mention spéciale concerne les cancers du pancréas dont l’incidence, jusque-là rare, est en forte hausse depuis les années 2000, ce que les scientifiques attribuent en grande partie au cadmium qui s’accumule particulièrement dans cet organe.

Si des « taux maximaux » ont été établis par des institutions comme l’Union européenne, par exemple pour les engrais phosphatés, rien ne dit que cela aura le moindre impact sur le danger du cadmium. En effet, en l’absence de tout système physiologique d’élimination, ce métal s’accumule dans les organismes pollués sans jamais les quitter. Des petites quantités de cadmium ingérées de façon continue – dans une mine de phosphate, un champ ou sur une chaîne de galvanoplastie – vont évidemment faire exploser tous les seuils.

Le cadmium fait partie, au même titre que l’amiante, des scandales sanitaires liés au mépris des capitalistes pour les conséquences de leur course au profit, sur les travailleurs comme sur la population. Ce n’est pas en supprimant aux enfants les céréales du matin qu’on s’en affranchira, c’est en se débarrassant une fois pour toute de ce système capitaliste insensé et mortifère.

Hugues Jackson 1/04/2026
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