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05 avril 2020 ~ 0 Commentaire

andré grimaldi (contretemps npa)

santé

Sauver l’hôpital public ! Entretien avec André Grimaldi

Professeur de médecine, André Grimaldi venait de publier en 2009 « L’Hôpital public malade de la rentabilité » (Fayard) quand cet entretien a été réalisé.

Contretemps : Dans votre livre, vous dites que « la mort de l’hôpital public est annoncée pour 2012 ». Le propos n’est-il pas par trop alarmiste ?

A.G.: 2012 était la date programmée pour réaliser la convergence des tarifs entre le public et le privé. Pour les mêmes pathologies, le financement des hôpitaux et des cliniques privées devait devenir identique, ce qui grosso modo signifiait une diminution de 30% des crédits de l’hôpital public. Donc le coulage de l’hôpital public.

Les conséquences en chaîne sont, en effet, évidentes: si des opérations, par exemple de la cataracte, de la prothèse de la hanche, ou relevant de tout autre geste technique, sont déficitai-res à l’hôpital, elles ne s’y feront plus et donc elles n’y seront plus enseignées, et ce sera du même coup la fin des CHU!

Le résultat positif du mouvement de mobilisation contre la loi Bachelot est le report de cette échéance à 2018. L’échéance de 2012 avait été actée par une loi parlementaire. Le directeur de cabinet de Roselyne Bachelot, après nous avoir expliqué que le ministère n’était pas accroché à cette date, nous a dit qu’il était exclu qu’elle le déclare publiquement car elle «sauterait dans les quinze jours».

Jean-Marie Roland, rapporteur UMP de la loi, nous a expliqué qu’une telle remise en cause provoquerait la «révolution au Parlement», ajoutant: «Vous ne connaissez pas les lobbys du Sud? »… Il s’agit des cliniques privées du sud de la France, dont l’influence au Parlement est telle qu’il n’était pas question de mettre en cause ce qu’elles avaient réussi à imposer. Bref, la mobilisation a permis de rendre possible ce qui était considéré impossible. (…)

La date de 2012 n’est donc pas maintenue. Reste que la mort de l’hôpital public, au sens où nous l’entendons, est programmée. Elle est portée par ce mot d’ordre de la convergence entre le public et le privé, qui amène à introduire du privé dans le public et quelques règles «publiques» dans le privé pour parvenir à un système unique.

Du fait des difficultés rencontrées et de la mobilisation, la mort de l’hôpital public a bien été retar-dée, et l’agonie en sera plus longue… Mais ne l’oublions pas: ce que la volonté présidentielle a annulé en un jour, elle peut le rétablir un autre jour avec le même arbitraire. Tout dépendra de la situation et de la capacité à privatiser le service public.

On entend beaucoup évoquer la «T2A»: que signifie ce sigle mystérieux ?

A.G.: Le cadre du budget alloué à la santé est fermé : l’enveloppe est votée par le Parlement, et elle est commune au privé et au public. La T2A [Tarification à l’Activité] est une technique de financement, une transposition à l’hôpital du paiement à l’acte.

Technique qui permet de stimuler l’activité, à condition qu’elle soit rentable : il faudrait aussi souhaiter qu’elle soit utile (voir la multiplication des césariennes, des endoscopies, des pacemakers, des angioplasties…).

En matière de santé, et au regard des réformes envisagées, les enjeux financiers apparaissent déterminants…

A.G.: On nous explique que l’application de la réforme ne créera pas de problème, dès lors que le malade est bien soigné et remboursé de la même façon. Mais le coût de la santé ne sera plus du tout le même, il variera selon les pathologies, les risques et les moyens de les financer. C’est cela l’enjeu.

Les financeurs, eux, raisonnent en termes de rentabilité, estimant qu’il y a des choses qui rapportent et d’autres non. Pour déterminer cela, il faut créer un marché, diminuer les coûts de production et créer des besoins de consommation dont la solvabilité sera fournie par le malade ou par les assureurs.

Pourtant, en médecine, il existe beaucoup d’activités rentables parfaitement inutiles! Par exemple le paiement à l’acte peut conduire le médecin, qui estime devoir défendre son niveau de revenu – la question de savoir combien un médecin doit gagner dans une société donnée reste ouverte –, à multiplier des consultations uniquement pour renouveler une ordonnance sans utilité avérée. Mais surtout s’impose un nouvel acteur : les assureurs, les actionnaires, qui exigent une part croissante de la distribution de la rente santé payée par la collectivité

La situation est différente dans les établissements privés à but non lucratif – qui, en France, sont très minoritaires – où les médecins ont un statut contractuel: ils ne prennent pas la parole, ne manifestent pas, car ils peuvent être remerciés.

A l’hôpital Saint-Joseph, avec 400 suppressions d’emplois, qui succèdent à 400 autres, et la fermeture des services, tout le monde se tait. C’est pire dans le privé à but lucratif: à la Générale de Santé, tout va bien ! Ce n’est pas encore notre cas, notre garantie de l’emploi nous permet une certaine liberté de parole et d’action. Il est vrai que l’évolution actuelle du service public tend à imposer un «devoir de réserve», une autocensure, comme dans le privé.

Face à des gestionnaires du type businessmen, les choses sont assez claires, alors que la cogestion brouillait davantage les cartes. Lorsqu’on annonce, cette année, la suppression de     1 200 emplois à l’Assistance publique de Paris, pour des raisons purement comptables, les syndicats des médecins et des chirurgiens s’y opposent, avec les syndicats des personnels, et un vote commun se fait, ce qui n’est pas habituel. Alors qu’on voit le président de la Commission médicale, investi dans la gestion, voter pour, au nom de la politique du moindre mal, tout comme certaines associations de patients.

On ne saurait sous-estimer la cohérence de la politique qu’on veut nous imposer. Elle vise à créer de force un pseudo marché, à donner tout le pouvoir à un décideur lui-même révocable. Cette loi repose sur le principe qu’il n’y a pas d’autre motivation que l’argent et le pouvoir. Un antihumanisme assumé qui va à l’encontre de l’idéologie médicale.

D’autant que, dans une première phase, le discours libéral était qu’il fallait en finir avec l’esprit de sacerdoce des médecins passant leur vie à l’hôpital. Les mêmes accusent maintenant les hospitaliers de ne pas travailler assez, d’être des fonctionnaires et donc par définition des pares-seux. D’où le choc en retour de ceux qui considèrent qu’ils travaillent beaucoup trop pour ce qu’ils sont payés. Finalement, nombre de jeunes spécialistes n’envisagent pas de rester à l’hôpital. La catastrophe, c’est-à-dire la fin du service public hospitalier, se prépare.

Quels sont les enjeux en termes de politique de santé auxquels la réforme prétend répondre ?

A.G.: L’arrière-fond de ces réformes, c’est une vision «techniciste» de la médecine, sur laquelle se greffe une marchandisation. L’exercice de la médecine est réduit à une somme de gestes techniques et de procédures, donc quantifiable, donc numérisable, donc marchandisable… Il suffit de créer un marché!

Il y a là une part de vérité, liée aux progrès techniques en médecine. Bien des actes médicaux sont proches des actes techniques, répétitifs, permettant une spécialisation de plus en plus poussée. Le médecin comme technicien supérieur ou comme ingénieur. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité, pas la globalité de la médecine.

Quelqu’un comme Claude Le Pen, économiste libéral de la santé, a, au contraire, une vision purement technique de la médecine. Pour lui, soigner un malade, c’est comme réparer une voiture. Il s’insurge contre le maintien d’un artisanat médical aléatoire. Même si les écarts de pratiques sont souvent injustifiables, penser ainsi est une folie.

Tout cela n’est conscientisé par les «décideurs» que dans le prisme du «ça coûte très cher!». Ils se plaignent que 10% des assurés consomment 60% du budget santé, ce qui est logique puisqu’il s’agit de maladies graves, évolutives, dont il s’agit de prévenir les complications. Ils veulent appliquer à ces 10% le modèle de la chirurgie ou de la médecine interventionnelle. Évidemment ça ne marche pas!

Il s’agit donc d’une partie à trois 

Face à l’attaque du néolibéralisme contre le service public et le libéralisme médical, on a retrouvé dans la rue, sur la base minimum de la défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès à des soins de qualité, les partisans du service public et les médecins libéraux qui réagissaient à l’agression.

Les syndicats des personnels, pour leur part, ont appelé à la mobilisation sur les mêmes mots d’ordre de défense de l’hôpital public et de l’égalité d’accès aux soins. D’où une mobilisation qui s’est faite sous le signe de la défense du service public et non d’une défense de la médecine libérale.

Autre dimension: l’Europe

La mise en concurrence généralisée qui se prépare. Faut-il assurer la liberté de chacun d’aller se soigner au meilleur prix n’importe où? Faut-il mettre en concurrence la Sécu française et les assurances allemandes?

Est-il normal que 10 000 médecins étrangers soient invités à venir combler le déficit de méde-cins en France, conséquence du numerus clausus, privant ainsi leur pays de leurs compétences, alors que dans le même temps on interdit à leurs concitoyens de venir se faire soigner en France?

Le chantier de la réforme est gigantesque. C’est pourquoi, face à cette réforme qui avance aujourd’hui de manière rampante, en exploitant les excès du libéralisme médical et les défauts du service public, on ne peut se contenter d’opposer un front du refus, il faut proposer une alternative: il est nécessaire de faire évoluer les structures hospitalières.

Comment expliquer que des enjeux aussi importants que ceux de la médecine donnent lieu à si peu de débats dans la société ?

A.G.: Nos hommes politiques libéraux ont acquis un grand savoir-faire: ne pas proposer de politique d’ensemble, mais avancer par petits pas au nom du pragmatisme en occultant tout débat d’orientation. C’est une grande différence avec la loi Debré de 1958 qui avait rassemblé les différents ministè-res et institutions concernés pour proposer et appliquer une réforme globale.

Aujourd’hui on a une loi qui parle de tout (de l’hôpital et des cigarettes ), et on se focalise sur une question partielle, le pouvoir du directeur, en escamotant le problème de la finalité de ce pouvoir. Un pouvoir pour quoi faire?

Pendant ce temps, une commission du ministère de la Recherche concocte un texte sur les CHU qui n’a rien à voir avec la loi Bachelot. Le gouvernement fait une petite cuisine d’amende-ments et fait adopter tout cela selon la procédure d’urgence parlementaire.

Le vrai débat oppose les courants que j’ai évoqués, mais il n’est pas mené publiquement. On entretient une cacophonie qui empêche l’opinion de se saisir des questions de la santé et de l’hôpital, perçues comme des affaires de spécialistes.

Et, pendant ce temps, le Président décide souverainement. Toujours dans le même temps, on voit qu’il introduit dans le jeu les assureurs privés, en utilisant, sous la menace, les mutuelles qui vont servir de paravents et, hélas, d’intermédiaires. (Résumé voir lien)

André Grimaldi 5 avril 2020 Propos recueillis par Francis Sitel

https://www.contretemps.eu/

Lire aussi:

La colère d’André Grimaldi

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04 avril 2020 ~ 0 Commentaire

nationalisations (révolution)

natio

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04 avril 2020 ~ 0 Commentaire

keir starmer (pùblico swp)

 sir keir
 Sir Keir: « Je ne suis pas un bobo londonien, enfant je mangeais du charbon le matin »
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L’anti Corbyn…
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Keir Starmer, centriste et pro-européen, remplace Corbyn à la tête du Parti Travailliste (Le Labour). Député depuis cinq ans et avocat spécialisé dans les droits de l’homme, Starmer (57 ans) est plus centriste, plus modéré et plus européen que son prédécesseur.
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Une nouvelle, mais pas une surprise.
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Depuis que Keir Starmer a présenté sa candidature pour succéder à Jeremy Corbyn à la tête du Parti Travailliste, les sondages l’ont désigné comme le vainqueur incontestable. Ce samedi, après trois mois d’un concours qui a débuté avec six candidats, l’attendu est confirmé.
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Starmer s’est imposé à ses deux derniers rivaux – les députées Rebecca Long-Bailey et Lisa Nandy – avec plus de 50% des voix des quelque 785 000 affiliés, syndicalistes et sympathisants qui selon le Parti Travailliste, ont participé au choix du nouveau leader. Parmi eux, 114 000 nouveaux membres depuis les élections de décembre dernier.
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Il n’y a pas eu d’applaudissements, Starmer arrive au pouvoir en période de confinement. En fait, le coronavirus a imposé l’annulation du congrès extraordinaire au cours duquel l’annonce devait être faite, de sorte que la nouvelle a été connue par l’envoi massif d’e-mails aux membres du parti et leur publication sur le site du parti.
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« Là où il faut changer, nous changerons »
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Starmer a déclaré: « Je suis conscient de la position dans laquelle nous nous trouvons, nous devons gravir une montagne, mais nous le ferons et je le ferai de mon mieux. Là où il faut repenser, nous repenserons. Là où il faudra changer, nous changerons. Nous dirigerons un grand parti dans une nouvelle ère avec confiance et espoir afin que le moment venu, nous puissions revenir pour diriger ce pays au gouvernement. « Sans aucun doute, le défi majuscule qu’il affronte est une course de fond pour Starmer. Il s’agit  de relever le Parti Travailliste après la débâcle subie lors des dernières élections de décembre,  sa plus grande défaite depuis 1935 dans certains de ses grands fiefs. « Je veux que la confiance dans le Parti travailliste soit rétablie en tant que force progressiste pour le bien ».
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Plus modéré, centriste et européaniste que Corbyn
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Avec Starmer, c’est une figure plus modérée et centriste que Jeremy Corbyn, qu’il voulait « remercier d’avoir dirigé ce parti dans des moments si difficiles » et à qu’il a défini comme « un ami plus qu’un collègue ».

Bien qu’un de ses arguments lors des primaires ait été de se définir comme le candidat le plus unitaire face aux différentes factions qui existent au sein du parti après des années de luttes internes, il y a déjà des rumeurs qui disent que Starmer envisage de limoger (de la direction du parti blog) plusieurs députés liés à Corbyn, comme Rebeca Long-Bailey et qu’il il peut y en avoir quelques uns qui envisagent de démissionner après son élection.

« Starmer est venu revendiquer la figure de Tony Blair »

Les différences entre le leader entrant et celui qui part ne s’arrêtent pas là. Starmer qui est venu pour revendiquer la figure de Tony Blair – les corbynistes préfèrent ne même pas le mentionner – est plus européen que Corbyn.

Ces derniers temps, contrairement à Corbyn, il n’a jamais hésité à se prononcer sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Starmer était partisan de la permanence et a ouvertement plaidé pour la tenue d’un second référendum.À ce stade, il ne peut pas faire grand-chose, les pourparlers entre Londres et Bruxelles pour définir leurs relations futures ont été gelés en raison de la crise des coronavirus.

C’est son premier grand défi: son attitude envers la malheureuse action du gouvernement Johnson sur la pandémie montrera dès le premier instant quel genre de leader Starmer veut être.

Bien que dans les premières semaines, il ait critiqué l’exécutif pour ne pas avoir pris de mesures de confinement draconiennes et exigé que les plus vulnérables de la société soient protégés contre la crise économique imminente, il a manqué de fermeté sur cette question.  Il n’ a plus d’excuses ce matin. Avant de connaître sa nomination, le Premier ministre britannique, qui reste confiné après avoir été testé positif, a publiquement invité les chefs des partis d’opposition à unir leurs forces avant cette situation d’urgence nationale.

Qui est Keir Starmer?

A 57 ans, ce député avec seulement cinq ans d’expérience au Parlement britannique,  a étudié à l’Université d’Oxford et détient le titre de Chevalier – récompense de 2014 pour ses « services en faveur de la loi et de la justice pénale « , mais il n’utilise pas le « Sir » devant son nom. Il a une expérience approfondie en tant qu’expert en droits de l’homme. Il a été conseiller en matière de droits de l’homme auprès du Northern Ireland Police Board.

« J’ai consacré vingt ans de ma vie à lutter contre la peine de mort », dans des pays comme Taiwan, l’Ouganda, le Kenya, le Malawi et dans les Caraïbes, contribuant à son abolition. .

Il a également été conseiller en matière de droits de l’homme auprès du Conseil de la police d’Irlande du Nord et a traité des affaires devant des tribunaux du monde entier, notamment la Cour européenne des droits de l’homme, la Cour Interaméricaine des droits de l’homme et la Commission africaine des droits de l’homme.

Dans le domaine universitaire, il est docteur Honoris Causa de quatre universités – dont la prestigieuse London School of Economics – et a écrit plusieurs livres de droit.

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04/04/2020 Cristina Casero
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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

jean-paul sénéchal (l-c-r npa)

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Nous apprenons le décès de Jean-Paul Sénéchal  qui fut membre de la LCR puis responsable Sud Santé avant de reprendre ses études et de présenter une thèse sur le Front Populaire.

Toutes nos condoléances à sa famille

Hommage à Jean Paul Sénéchal

Notre ami et camarade Jean Paul Sénéchal vient de nous quitter ce 1er avril 2020, après un dernier combat, difficile, contre le cancer.

Dans les années 80, il a été un militant très actif de la Ligue Communiste Révolutionnaire à Quimper. Au moment où celle-ci décide de s’implanter de façon volontariste dans les entre-prises, il enlèvera de son CV ses diplômes universitaires et se fait embaucher comme balayeur à l’Hôpital Laennec de Quimper (le Centre Hospitalier Intercommunal de Cornouaille).

Il entre à la CGT, et doit alors faire face au sectarisme de certains responsables forts peu démo-crates, il finit par gagner de l’audience et accède à la direction de la section CGT. En 1989, se crée le premier syndicat Sud, aux PTT, puis dans d’autres secteurs comme l’Éducation … En juin 1999, c’est à partir le l’hôpital de Quimper que les déçus de la CGT, Jean Paul en tête, créent Sud Santé Sociaux, rejoints par d’autres militant.e.s syndicaux de l’EPSM Gourmelen.

Il jouera aussi un rôle très important dans la structuration de l’interprofessionnel. Le syndicat Sud Santé Sociaux 29 deviendra l’un des plus importants syndicats de Solidaires dans le Finistère et Jean Paul participera activement à toutes les batailles du quotidien dans son hôpital, en défense de celui de Carhaix et des hôpitaux de proximité, pour les retraites ou encore contre le licenciements lors des grandes manifestations des “Bonnets Rouges”.

Passionné d’informatique, il l’était aussi d’histoire, particulièrement de celle du mouvement ouvrier. Il a travaillé avec Jacques Kergoat économiste et dirigeant de la LCR , auteur de livres sur la social-démocratie, qui l’a poussé à écrire.

En 1987, sortira aux Éditions Skol Vreizh un premier livre : « Images du Front Populaire Finistère 1934 – 1938 », livre dédié à Pierre Guéguin, maire communiste de Concarneau et à Marc Bourhis militant trotskyste, tous les deux fusillés par les nazis le 22 octobre 1941 à Châteaubriant.

En 2016, à l’occasion des 80 ans du Front Populaire, un collectif d’une dizaine d’historiens, parmi lesquels Jean Paul Sénéchal, publie un livre: « C’était 1936, le Front Populaire vu de Bretagne ». Tout en continuant à travailler à l’hôpital, tout en continuant à militer syndicalement activement, Jean Paul travaillera de longues années à une thèse de doctorat qu’il réussira avec succès.

De sa thèse de 1400 pages, sortira un livre dans la collection Histoire des Presses Universitaires de Rennes : « Finistère du Front Populaire 1934 – 1938. Lutte pour l’hégémonie et logique de blocs. » Cet ouvrage analyse l’impact du Front Populaire sur le Finistère, département rural fortement marqué par la question religieuse.

Le balayeur devient docteur en histoire et chercheur associé au Centre de Recherches Bretonne et Celtique (CRBC) spécialisé dans l’étude des crises sociales et politiques.

Jean Paul aura lutté jusqu’au bout comme syndicaliste mais aussi comme militant anticapitaliste et révolutionnaire, adhérent à la Quatrième Internationale. Très malade, il est hospitalisé dans les conditions scandaleuses dans lesquelles les politiques libérales ont réduit l’hôpital. De son brancard, dans le couloir, il trouve le courage pour contacter la presse et dénoncer la situation faite aux patients.

Jean Paul était en retraite depuis le 1er février 2020, il avait 64 ans. Nous pensons à Claude avec qui il a partagé sa vie, à ses deux enfants Marine et Tanguy que nous assurons de notre soutien. Jean Paul, nous ne t’oublierons pas et continuerons ton combat internationaliste et anticapitaliste pour la justice sociale et un monde meilleur.

NPA 29

Jean-Paul Sénéchal était un syndicaliste à Sud et militant révolutionnaire et anticapitaliste, il avait été des combats pour la défense de l’hôpital public, et actif au sein du comité de défense de l’hôpital de Concarneau.

Depuis quelques années, il s’était engagé pleinement dans sa passion de l’histoire, écrivant une thèse d’histoire contemporaine sur le Front Populaire dans notre région qu’il avait adaptée dans un ouvrage collectif d’abord à travers un article développé et très intéressant « Front contre blocs: luttes hégémoniques dans le Finistère au moment du front populaire  » (C’était 1936. Le Front populaire vu de Bretagne, sous la direction d’Erwan Le Gall et François Prigent, éditions Goater, 2016), puis dans l’adaptation pour le grand public de sa thèse: Finistère du Front populaire. 1934-1938. Lutte pour l’hégémonie et logique de blocs, PUR, 2018.

Deux ouvrages qui ont permis de faire avancer la connaissance de l’histoire de la gauche, du mouvement ouvrier, et de la fin des années 1930 dans notre région.

Jean-Paul Sénéchal était venu le 14 mai 2019 faire une conférence passionnante dans le cadre des Mardis de l’éducation populaire du PCF Morlaix. Nous lui avions été reconnaissants de son travail de passeur et de pédagogue talentueux sur l’histoire politique de notre région, un travail où, bien évidemment, ses valeurs militantes se retrouvaient aussi même si son point de vue était sérieux, distancié et objectif.

Nous sommes peinés par sa disparition et voulons exprimer toute notre sympathie à sa famille et ses amis.

Son action et sa personne laisseront une empreinte forte dans le département et le monde militant.

Ismaël Dupont

Source: Le Chiffon Rouge PCF Morlaix

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

monde d’après (le comptoir)

colapase

Coronavirus : Le monde d’après ne sera pas décroissant

En analysants les actions du gouvernement et de l’Union Européenne, à l’issue de la pandémie  aucun doute : les affres du néolibéralisme ont encore de beaux jours devant eux. L’épisode du Coronavirus a été une nouvelle occasion de souligner les croyances obtuses de ce gouverne-ment (et tant d’autres avant lui) envers les bienfaits de l’initiative individuelle, de la libre concurrence, et du marché.

La solidarité oui mais pas pour les plus aisés

Historiquement, en temps de guerre les nations n’avaient pas hésité à mettre en place des contributions exceptionnelles pour financer l’effort de guerre :  la dîme saladine visant à financer les croisades au Moyen Âge 1 ;  le gouvernement Daladier, plutôt sensible aux thèses libérales, avait imposé une majoration de 30 % de l’impôt sur le revenu ainsi qu’un prélèvement de 2 % sur les revenus professionnels et mobilisé le « devoir fiscal » en vue du futur conflit avec les Allemands 2 ; Roosevelt à partir de 1935 n’hésita pas une seconde à relever le taux marginal d’impôt sur le revenu jusqu’à 91 % afin de mettre à contribution les plus aisés dans l’effort de redressement des États-Unis suite à la crise de 1929.

L’effort collectif était requis et il concernait bien souvent les plus favorisés 3. Pour le « président des riches » il était évidemment hors de question de faire porter la moindre solidarité supplé-mentaire aux plus aisés, tellement ces derniers lui semblent indispensables. En tout cas davantage que les vrais utiles de la société notamment les infirmières, médecins, caissières, travailleurs du secteur de l’énergie, de la livraison et tant d’autres habituellement invisibles.

L’écart entre le taux marginal d’imposition des plus hauts revenus par rapport au reste de la population n’a cessé de baisser depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Le cynisme atteint son comble lorsque le samedi 21 mars, France Télévision ose en appeler aux dons des Français lors d’une grande soirée en soutien pour les hôpitaux et le personnel hospitalier.

On oublierait presque que la solidarité à l’échelle d’un pays a un nom qui s’appelle « l’impôt ». On pourrait faire une liste à la Prévert du manque à gagner permis par les réformes en faveur des 1 % au début du quinquennat de Macron.

Mais rappelons juste que le rétablissement des patrimoines financiers dans l’assiette de l’ISF, et l’imposition des revenus du capital au barème progressif de l’impôt sur le revenu 4 permettrait de faire rentrer dans les caisses de l’État plusieurs milliards d’euros.

Malheureusement l’aveuglement idéologique de nos dirigeants est incompatible avec la mise en œuvre d’une véritable solidarité nationale. En janvier 2019, Gérald Darmanin, le ministre des finances affirmait « l’ISF est un impôt idiot » alors qu’il excluait de son calcul tout ce qui est nécessaire à l’économie.

Depuis sa suppression aucune étude n’a permis de démontrer que les capitaux seraient revenus par magie. Le 31 mars 2020, le même ministre souhaite mettre en place une grande plateforme de dons en ligne pour que tous ceux qui peuvent puisse apporter leur contribution. On rêve éveillé.

Épargner ceux qui vivent du travail des autres

Le gouvernement, qui s’est jusque-là caractérisé par son manque d’anticipation et ses messa-ges contradictoires, profite du désastre pour continuer de taper sur le dos des travailleurs. La loi sanitaire d’urgence a permis de faire passer sur ordonnances le casse social du siècle : semaine de 48 heures autorisée, totale souplesse donnée aux patrons pour flexibiliser, précariser, intensi-fier le travail. Terminées les vacances et les dimanches en famille, les jours de RTT ou de repos pourront être décidés unilatéralement par l’employeur sans accord collectif préalable jusqu’à fin 2020.

Une véritable illustration de la stratégie du choc pour reprendre le titre de l’ouvrage célèbre de Naomi Klein 5. Cette loi votée sur commande du MEDEF, permet donc de déroger à la durée légale du travail.

Une mesure d’apparence de bon sens, sauf que la durée légale du travail n’est pas la durée effective, au sens où la durée légale correspond au seuil de déclenchement du paiement des heures supplémentaires. La loi proclame donc de réduire le salaire des petites mains qui sont au front dans les supermarchés et autres magasins d’alimentation. La solidarité à la sauce Macron existe, mais elle concerne avant tout les actionnaires.

C’est à se demander où sont les 20 milliards de CICE et les autres 20 milliards d’exonérations de cotisations sociales, vous savez toutes ces « charges » qui « plombent » notre économie. Malheureusement par leur baisse, les gouvernements successifs ont réduit comme une peau de chagrin le montant du salaire différé (prestations chômage, retraite, invalidité et maintenant chômage partiel)  un amortisseur bien utile en temps de crise.

« Le gouvernement profite du désastre pour continuer de taper sur le dos des travailleurs. Tant que nous ne ferons pas table rase de ce système économique mortifère, la seule transition écologique qui prévaudra sera celle dirigée par le secteur privé à coups d’incitations et autres cadeaux fiscaux. »

La décroissance attendra

Est-ce la naïveté ou le désespoir qui peut faire croire à nombre d’entre nous que le monde de demain sera plus écologique et solidaire ?

Les semaines qui ont suivi l’allocution présidentielle ainsi que les signaux envoyés par son équipe gouvernemental devraient nous faire comprendre que le logiciel de nos élites dirigeantes n’a pas bougé d’un iota.

Si une transition écologique devait advenir, elle ne pourra pas se faire grâce à la puissance publique, engluée dans une dette abyssale et managée par les caprices des marchés financiers.

Beaucoup craignent les conséquences économiques de cette crise. Tout au contraire, il serait au contraire temps d’y voir une bénédiction : arrêtons de vouloir à tout prix protéger la croissance de notre sacro-saint PIB (qu’il soit plus vert ou non) qui « mesure tout sauf ce qui vaut d’être vécu 8 « . Arrêtons de consommer toujours plus de biens inutiles ou superflus. Redonnons sens à notre travail et à nos activités. À quoi bon continuer dans cette voie qui sacrifie le vivre ensemble sur l’autel de l’individualisme.

Tant que nous ne ferons pas table rase de ce système économique mortifère, la seule transition écologique qui prévaudra sera celle dirigée par le secteur privé à coups d’incitations et autres cadeaux fiscaux. La société décroissante que l’on appelle de nos vœux risque d’attendre car elle représente autant une révolution anthropologique qu’économique.

Cette crise sanitaire aura eu le mérite de démontrer que les moins payés sont les plus utiles à la société et que ce sont les travailleurs ordinaires qui font tenir le pays. Elle démontre que les services publics sont un trésor et que l’effort collectif doit prévaloir sur le déchaînement individuel. Encore un effort et peut être il adviendra un socialisme décroissant. (Extrait voir lien)

3 avril 2020

https://comptoir.org/

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

transports (solidaires)

 salaire

Il est urgent de limiter les transports aux seuls besoins essentiels!

Depuis le début de la crise sanitaire, le matériel de protection indispensable fait défaut. Le personnel soignant, en première ligne, est le plus touché par cette situation.

Les salarié.es des entreprises appartenant aux secteurs essentiels le sont aussi car le patronat, avec l’appui des pouvoirs publics, refuse de prendre en compte le danger grave et immédiat et combat les droits de retrait.

Le patronat, toujours avec l’appui de l’Etat, ridiculise la notion de «service essentiel» en l’utilisant pour obliger des centaines de milliers de personnes à continuer un travail qui pourrait être différé.

L’avidité des actionnaires prime sur la santé et la vie des travailleurs et travailleuses: c’est le capitalisme.

Casse des services de santé – en lutte depuis des années pour avoir des moyens satisfaisants – et plus globalement de la sécurité sociale, absence d’anticipation, de réactivité, mais aussi délocalisations des industries produisant des masques et des respirateurs, sont autant d’explications à la situation catastrophique que nous connaissons.

Certes, les capitalistes et leurs gestionnaires ne sont pas à l’origine de ce coronavirus; mais ils portent la responsabilité de l’absence de protection, d’anticipation, d’infrastructures et de personnel pour y faire face, et donc de sa diffusion massive et mortelle.

Mi-mars, nous avons interpellé Mme Pannier-Runacher du ministère de l’Economie et M. Salomon, le directeur général de la Santé, pour leur dire qu’il était urgent d’organiser une réunion tripartite État-entreprises/organisations patronales-Organisations syndicales, pour travailler sur les filières productives de matériel médical indispensable.

Aucune réponse. Il y a là une mise en danger délibérée de la population.

Au-delà des discours martiaux et des hommages aux «héros», la réalité est que la santé des travailleurs et des travailleuses n’est pas le souci majeur – loin de là – des pouvoirs publics et directions d’entreprise.

En témoigne, l’injonction contradictoire consistant à ressasser l’impérieux besoin de confinement (bien réel !), mais en l’accompagnement de mesures visant à envoyer au travail un grand nombre de salarié·e·s dont l’activité ne relève pas des services absolument indispensables aux besoins essentiels de la collectivité. Le droit de retrait est une mesure de salubrité publique: les directions d’entreprise en contestent l’application et les pouvoirs publics les appuient!

C’est une décision dont les responsables assumeront les conséquences…

Le patronat s’attache à faire en sorte de pénaliser celles et ceux qui sont effectivement confiné.es (chômage partiel, garde d’enfants, télétravail, etc.) en rognant sur des droits, avec l’aval et l’appui des pouvoirs publics. Celles et ceux dont la présence sur le lieu de travail est suspendue à cause de la crise sanitaire doivent bénéficier de 100% de leur salaire, quelle que soit leur situation administrative !

Les seules entreprises du CAC 40, pour 2019, ont versé 60 milliards à leurs actionnaires…

Les transports doivent se limiter aux besoins réels de la population. Ce devrait être la règle tout le temps. En réalité, ils sont au service des intérêts capitalistes, avec les conséquences en matière d’écologie, de sureté …

Dans la période, continuer ainsi c’est une autre forme de mise en danger de la vie d’autrui! Les transports doivent être strictement limités aux besoins des secteurs vitaux (agroalimentaire, santé, etc.). N’en déplaise au MEDEF !

  • Qui a décidé de faire rouler des trains de fret pour ravitailler les chantiers du grand projet inutile Ligne à grande vitesse Lyon/Turin? Est-ce indispensable dans la période?
  • Qui a décidé de relancer les travaux pour la création du Roissy express, en vue des Jeux olympiques de 2024? Est-ce une activité indispensable dans la période?
  • Qui a décidé de continuer à faire travailler les chauffeurs routiers dans des conditions encore plus scandaleuses qu’habituellement, et pour certains trafics qui n’ont rien de vitaux pour la collectivité?

La direction SNCF invente la catégorie des « trains de continuité industrielle permettant de faire fonctionner des usines stratégiques […] et accélérer la remontée en puissance de l’économie.»

C’est l’Etat qui gère la SNCF et la met au service, non de la collectivité, mais des industriels !

Donnons tous les moyens aux secteurs vitaux. Protégeons-nous !

Arrêts des transports ferroviaires et routiers inutiles!

Arrêt total de production de toutes les entreprises sauf celles indispensables dans la période.

Dans ces dernières, c’est à celles et ceux qui travaillent de définir l’organisation à mettre en place; pas aux directions qui ne sont pas sur le terrain, là où est le danger de mort!

Par Sud-rail, Sud-industrie, Sud-chimie, Union syndicale Solidaires-transport

Alencontre 3 avril 2020

https://alencontre.org/

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

racisme (ucl)

Bandeau-UCL-merle

Confinement, entre mépris de classe et racisme d’Etat

Depuis le début du confinement, un véritable mépris de classe s’affiche partout. Dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les déclarations des hommes politiques, les responsables semblent tout désignés : es habitant·es des quartiers populaires.

C’est dans ces quartiers que les contrôles sont plus intenses : 10% des verbalisations et des mises en garde à vue concernent la Seine-Saint-Denis pour la première journée de confinement.

Les zones de contrôle sont « ciblées » d’après la police, nombreux sont les signalements des racistes et de multiples agressions policières envers des personnes racisées lors des contrôles ont d’ores et déjà été signalées.

La validité ou non du motif de déplacement laissé à l’appréciation de la police tend à favoriser les inégalités de traitement du non confinement entre les quartiers favorisés ou populaires.

Si les médias semblent faire preuve d’une certaine bienveillance vis-à-vis des personnes appartenant à la classe moyenne et à la bourgeoisie, il n’en est rien concernant les personnes vivant dans la précarité.

Comme toujours, et de manière encore plus visible dans la période, ce sont les personnes racisé·es et habitant.es des quartiers populaires sur lesquels s’abattent le plus la répression. Si les contrôles, amendes et violences policières étaient déjà la norme avant l’apparition de la pandémie, désormais, le coronavirus donne une justification de plus à ces pratiques, poussant le vice jusqu’à placer en garde à vue des personnes sur simple suspicion de défiance et augmentant encore plus les risques sanitaires pour les personnes enfermées.

Le romantisme du confinement, un privilège de classe

Si le confinement se vit sans trop de difficulté pour les plus aisé·es, ayant pu quitter leurs appartements pour des résidences secondaires (transportant potentiellement le virus à des endroits où il n’était pas encore), c’est une tout autre affaire pour celles et ceux qui vivaient déjà dans la précarité.

En effet, comment ne pas s’émouvoir de la vie enfermée pour des familles vivant à plusieurs dans des logements insalubres et/ou de petites tailles, sans balcon ni jardin, quand d’autres nous expliquent la « chance » que peut représenter une telle période pour faire le point sur leur vie ?

Ainsi, il n’est pas étonnant de croiser des personnes dans les rues. L’État, par ses injonctions contradictoires, ne fait que renforcer cet état de fait. D’un côté, on impose le confinement et de l’autre, le gouvernement multiplie les appels à ne pas stopper l’activité économique et encourage à maintenir la production dans des secteurs non essentiels en période de crise.

Dans les quartiers populaires, parmi les populations issues de l’immigration et de la colonisation, nombreuses et nombreux sont les travailleurs précaires, smicard·es, qui continuent de travailler et de mettre leur santé et celle de leurs familles en danger, sacrifié·es sur l’autel du capitalisme (sans oublier ceux ou celles qui ont été mis au chômage et qui vont perdre une partie de leur revenu dégradant encore plus les conditions d’existences).

Les boucs émissaires changent, mais la logique reste la même.

Si nous avons pu observer une explosion du racisme anti-asiatique dans les premiers temps de la crise, c’est aujourd’hui toutes les personnes considérées comme extérieures au consensus national et républicain qui sont touchées par ces logiques.

L’État inscrit sa gestion de l’épidémie dans les quartiers « de reconquête républicaine » dans une logique postcoloniale. En effet, l’actualité nous renvoie à des épisodes de l’histoire coloniale où les populations « indigènes » étaient considérées comme « indisciplinées » et pour qui le confinement était plus sévère.

Aussi, médias et personnalités politiques, de la LREM à l’extrême-droite construisent et diffusent un discours qui vise à culpabiliser et à désigner comme responsables une partie de la popula-tion, racisée et appartenant aux classes populaires, décrite comme « indisciplinée » et « inconsciente ».

Pour eux, il s’agit d’opposer les populations racisées – suspectées de répandre le virus – aux « vrais français·es » susceptibles d’être contaminé·es, malades ou en deuil. Cette rhétorique est d’autant plus abjecte qu’elle cherche à déshumaniser une partie de la population en niant la réalité de leur vécu durant cette crise, et au passage la réalité des difficultés sanitaires encore plus criantes des hôpitaux de certaines villes pauvres, comme en Seine-Saint-Denis.

Des violences policières toujours plus fortes

La multiplication des pratiques coercitives, des discours guerriers et de retour à l’ordre (voir les déclarations du préfet Lallement) sont un prétexte à davantage de répressions et ouvrent la voie à l’arbitraire et aux violences policières sur des personnes lors des contrôles d’attestation dans nos quartiers.

Cette violence raciste sert à masquer les manquements du pouvoir, tant du point de vue de l’échec des politiques urbaines et antisociales passées, que sa gestion catastrophique de la crise sanitaire. C’est aussi dans un contexte de tensions anciennes et d’une certaine défiance des populations envers un pouvoir et une police qui les méprisent, les excluent et les brutalisent depuis des années, que les violences policières s’exacerbent.

Cette situation ne fait que mettre encore plus en lumière les faillites successives de l’État et des communes avant cela.

Alors que nous connaissons une crise sanitaire inédite et violente, l’UCL dénonce la double peine subie par les populations des quartiers populaires : aux risques encourus pour leur santé, s’ajoute les violences de classe, sexiste et raciste, accompagné d’un discours idéologique méprisant et disciplinaire.

Aucune situation, même exceptionnelle, ne justifiera la répression et la désignation d’une catégorie de la population, en raison de sa classe ou de ses origines, comme responsables. Face à cela, ne nous trompons pas d’ennemis, seule l’auto-organisation et la solidarité entre précaires nous permettront de nous en sortir, que ce soit face à la répression ou à l’isolement.

Union communiste libertaire 2 avril 2020

https://www.unioncommunistelibertaire.org/

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03 avril 2020 ~ 0 Commentaire

france inter (acrimed)

 france inter

Matinale de France Inter

Parlez, parlez, mais de grâce, parlez dans les clous !

Le 27 mars, dans le grand entretien de France Inter, Ali Baddou recevait Frédéric Worms, professeur de philosophie contemporaine à l’ENS et membre du Comité national d’éthique. Parmi d’autres thématiques, il sera question de la continuité du débat politique en temps de crise. Un sujet dont on peut visiblement discuter à l’antenne… mais uniquement sur un plan théorique ! Car lorsqu’un auditeur choisit de mettre les pieds dans le plat et de critiquer la réponse du gouvernement avec des exemples concrets, Ali Baddou n’oublie pas le rappel à l’ordre.

En milieu d’entretien avec Frédéric Worms, Ali Baddou s’interroge :

On ne pense qu’à ça, on ne pense qu’à nos vies confinées. On ne pense qu’au virus. Que deviennent les autres problèmes qui se posent et qui n’ont pas disparu ? Ils ont disparu de l’espace médiatique, ils ont disparu de la conversation générale, mais ils sont toujours là les grands sujets politiques dont on a arrêté de parler. Comment est-ce qu’ils vont ressortir de cette crise ?

« On » se demande d’emblée qui est ce « on »… dont Ali Baddou se fait le porte-parole. « On » se questionne sur ce que l’animateur entend par la « conversation générale », d’où auraient « disparu » « les autres problèmes ». « On » se demande si, comme souvent, Ali Baddou ne projetterait pas arbitrairement sur la population les réflexes et réflexions propres à « l’espace médiatique »… et à ses têtes d’affiche.

Car le moins qu’on puisse dire actuellement, c’est que les « sujets politiques », les questionne-ments et la colère sont loin d’être sous le tapis dans de très nombreux secteurs (confinés ou non) de la population. Encore moins parmi les travailleurs, qui, de l’hôpital à la grande distribu-tion en passant par La Poste, les entreprises du BTP, de l’automobile, etc. ont largement de quoi « parler »…

Ce que son invité lui fait d’ailleurs remarquer en répondant que non, « on » n’a pas « arrêté de parler »… et que ce ne serait d’ailleurs pas souhaitable :

- Frédéric Worms : Heureusement, ils sont encore là. Les gens discutent, ils ont en tête leur situation sociale, leur situation économique, la question de l’éducation, de l’avenir des enfants, du soin. […] Tous ces sujets sont là, et moi mon souci justement, c’est de ne pas attendre la sortie de la crise pour en parler, pour mobiliser autour, pour construire un débat citoyen mais qui ait des effets réels. Si on attend la sortie, ce sera très dangereux.

- Ali Baddou : Mais pendant la crise ? Pendant la crise il faut penser l’après, Frédéric Worms ? Il faut dès maintenant essayer de penser l’après ?

- Frédéric Worms : Exactement. Et y participer dès maintenant.

Seulement voilà : Ali Baddou ne semble pas convaincu. Car à peine cinq minutes plus tard (soit « dès maintenant »), et alors qu’il est question du concept de « guerre » employé par Emmanuel Macron, un auditeur va mettre les pieds dans le plat. Et s’il parvient à s’exprimer, il est interrom-pu puis définitivement coupé, avant que son intervention soit littéralement aseptisée par l’animateur :

- Ali Baddou : Justement, c’est une question que veut vous poser Marc, qui est auditeur d’Inter, et qui est avec nous ce matin. Bonjour Marc, et bienvenue dans la matinale !

- Marc : Bonjour, merci. Moi, je ne supporte pas les discours martiaux de monsieur Macron. C’est pas la guerre, c’est une crise sanitaire comme vous l’avez dit. Et à mon avis, il ferait mieux de dire la vérité, à savoir qu’il a choisi la stratégie de l’immunité collective, puisqu’il n’y a pas de masques, pas de tests, pas de moyens !

 

À moins qu’il considère que c’est la guerre, et que les salariés sont de la chair à canon, puisqu’il veut les faire travailler jusqu’à 60 heures par semaine, sans moyens de protection, et au moins jusqu’à la fin de l’année ! Et moi j’ai l’impression que le gouvernement est plus préoccupé de sauver les marchés financiers que la population… [Coupé]

- Ali Baddou : C’est votre point de vue Marc ! [1]

- Marc : … puisqu’il annonce des centaines de milliards pour eux alors que pour les hôpitaux et les EHPAD, on fait appel à la générosité du public, avec la Fondation de France. Il y a urgence à faire le contraire ! Par exemple, par exemple… [Coupé].

Ciao Marc ! Car non seulement la parole ne lui sera pas rendue, mais Ali Baddou va prendre grand soin de recadrer les choses : « reformuler » complètement l’intervention de l’auditeur pour son invité, tout en feignant d’accorder du crédit au premier. On ne sait jamais… Frédéric Worms aurait pu vouloir embrayer sur le cadrage de Marc. Et c’est bien là tout le savoir-faire de l’édito-crate : avec beaucoup d’eau tiède, des propos vigoureux deviennent… insipides :

Ali Baddou : Il y a malgré tout, il y a malgré tout Marc, un grand effort collectif, et c’est vrai que c’est le temps du débat alors même qu’on est en pleine crise. Mais votre question était forte justement sur les mots qu’employait le Président de la République et ce mot de « guerre » Frédéric Worms, qui gêne et qui irrite Marc. Pourquoi ce besoin d’employer ce mot-là en particulier ?
« Que deviennent les autres problèmes qui se posent et qui n’ont pas disparu ? » se demandait Ali Baddou avant cet épisode. Il aura donc répondu, en actes, à sa propre question, en refoulant quelques-uns de ces « autres problèmes » dès leur énonciation.

 

Cette mise en veilleuse nous rappelle combien les garants autoproclamés de la parole médiatique ne renoncent jamais – avant, pendant et probablement après la crise – à veiller au bon respect du pré-carré politique : parlez, parlez ! mais de grâce, parlez dans les clous !

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 Pauline Perrenot, mardi 31 mars 2020

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https://www.acrimed.org

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02 avril 2020 ~ 0 Commentaire

christophe prudhomme (bfm)

Source: LCR Le Chiffon Rouge PCF Morlaix

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02 avril 2020 ~ 0 Commentaire

pandémies 3 (contretemps)

stop virus

Pour une lecture anticapitaliste des pandémies

Affirmer que le Covid-19 est une pandémie capitaliste pourrait paraître absurde.

Après tout, les virus sont des corps naturels qui existent indépendamment de toutes structures sociales et qui ont d’ailleurs frappé l’humanité bien avant que celle-ci ne soit dominée par les systèmes capitalistes.

Des épidémies de « peste » frappant la Grèce antique à la Peste Noire touchant les sociétés précapitalistes eurasiatiques, les preuves ne manquent pas : le capitalisme n’a pas inventé les pandémies.

Prétendre qu’il pourrait être responsable du covid-19 semble donc soit insensé soit « complotiste » (pour reprendre l’adjectif utilisé généralement pour disqualifier toute pensée critique qui cherche à remonter la chaîne des responsabilités sociales d’un phénomène).

Soit, et il faut l’admettre d’entrée, le SARS-CoV-2 (nom du virus qui transmet la maladie covid-19) existe indépendamment des structures capitalistes. Dès lors, l’anticapitalisme n’aurait plus qu’à se concentrer sur la gestion capitaliste de la pandémie et n’aurait rien à dire sur l’apparition de l’épidémie en elle-même, réduite à un strict phénomène « naturel ».

Pourtant, les faits sont là et ils sont troublants : nous assistons, depuis quelques années, à une multiplication des maladies infectieuses. Et parmi celles-ci, les maladies liées à un coronavirus ont connu une actualité particulièrement mouvementée.

Du SRAS (Syndrome Respiratoire aigu sévère) qui a frappé la Chine en 2002-2003 au MERS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) qui a frappé la péninsule Arabique en 2012 en passant donc par l’actuel SARS-CoV-2, les virus de la famille des coronavirus semblent être, avec les différentes pandémies grippales, un des grands dangers sanitaires du 21è siècle.

Comment l’expliquer ? Pourquoi le capitalisme, qui fait des crises sanitaires un phénomène strictement extérieur à lui-même, peut-il être tenu pour responsable de cette inflation pandémi-que ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre pour contourner le piège de la « naturalisation » excessive du phénomène pandémique et pour faire apparaître, encore une fois, le capitalisme pour ce qu’il est : une organisation sociale mortifère.

La double étrangeté ou l’innocence proclamée du capitalisme  

Soit une chauve-souris porteuse d’un virus quelconque parcourant, de nuit, une jungle qu’on devine en voie accélérée de déforestation. Elle saisit, dans sa bouche, une baie pour s’alimenter mais, face à la progression rapide des engins, s’envole pour se réfugier dans un bâtiment d’élevage.

Elle laisse tomber l’aliment jalousement conservé sur le sol de cette bâtisse, un porc en profite et l’avale. À son tour contaminé, il est tué puis mangé dans un restaurant de Macao. On devine alors que le virus a opéré ce qu’on appelle un « saut d’espèce », passant, par l’intermédiaire du porc, de la chauve-souris à l’homme. Commence alors une pandémie mondiale particulièrement virulente. Cette scène, fictive, est la séquence finale du film Contagion (sorti en 2011), revenant pour finir sur les origines de la maladie dont il a auparavant raconté la diffusion.

Si la scène de ce film nous semble familière, c’est qu’elle fait directement écho à la situation actuelle. Remplacez le porc par le pangolin et le restaurant de Macao par le marché de Wuhan et vous avez l’hypothèse la plus vraisemblable du circuit de transmission du Covid-19 – de la chauve-souris vers l’homme.

Si Steven Soderbergh, le réalisateur de Contagion, a imaginé cette scène dès 2011, ce n’est nullement parce qu’il est un visionnaire. Il restitue, en réalité, un schéma virologique déjà connu à l’époque.

En 2003, l’épidémie de SRAS avait une généalogie relativement similaire : la chauve-souris, encore elle, aurait transmis ce coronavirus en passant, cette fois, par la civette. Plus récemment encore, l’épidémie liée au virus Ébola (qui aura fait, entre 2013 et 2016, plus de 11 000 morts avec un taux de mortalité compris entre 57 et 59% des malades) viendrait elle aussi de chauve-souris originaires d’Afrique centrales ayant transmis le virus à l’homme soit directement soit en passant par des singes [1].

Le récit de ces maladies zoonotiques (c’est-à-dire circulant, au cours d’un processus appelé la « zoonose », des animaux vers les humains) mobilise donc une liste impressionnante d’animaux qu’on aurait spontanément envie de qualifier de « sauvages ».

La chauve-souris, le pangolin, le singe ou encore la civette nous plongent instantanément dans un paysage qui nous est peu familier et que l’on se représente instinctivement comme étant celui d’une forêt vierge lointaine restée imperméable aux activités humaines [2]. On imagine alors volontiers les virus inconnus qui pourraient, en toute quiétude, s’y propager. Et même lorsque des humains s’y aventurent, tout nous semble, encore une fois, étrange : quelles sont donc ces sociétés où l’on se nourrit de pangolin ?

Se construit alors une double et radicale étrangeté. Étrangeté biologique, d’abord : pensées comme catastrophes naturelles, ces pandémies auraient pour origine une nature sauvage incontrôlable dont les sentences, voire les vengeances, laisseraient les sociétés humaines impuissantes, condamnées au fatalisme.

Étrangeté culturelle ensuite : ces épidémies apparaîtraient dans des cultures « exotiques », voire « arriérées » qui, en échappant à la rationalité occidentale capitaliste, produiraient des modes de vie (alimentaires notamment) qui favoriseraient les zoonoses. Se construit donc une double opposition (monde sauvage contre espace maîtrisé et traditions arriérées contre rationalité occidentale) à travers laquelle les capitalistes décrètent leur propre innocence : ces pandémies sont un fléau inéluctable et parfaitement étranger à nos modes de production.

Cette mise à distance du virus vis-à-vis du mode de production capitaliste peut aussi s’opérer à travers une rhétorique raciste permettant de souligner, encore une fois, le caractère « étranger » de l’épidémie.

Ainsi de Donald Trump parlant du SARS-CoV-2 comme d’un « virus chinois » ou des nombreu-ses agressions dont ont été victimes les populations chinoises en Europe (et notamment en France) au début de l’épidémie. Se construit alors une équivalence entre les animaux jugés « responsables » de l’épidémie et ceux qui les mangent – tous deux pouvant être qualifiés de « sauvages » [3].

Évidemment, la première réponse possible à cette rhétorique est d’affirmer que « les virus n’ont pas de passeport » (ce qui, ici, n’est pas tant un principe politique qu’une vérité épidémiologi-que). Elle permet de déjouer les discours xénophobes affirmant qu’une fermeture des frontières aurait pu constituer une politique efficace contre la pandémie. Cependant, cette réponse, si elle est indispensable, est insuffisante.

Pour déjouer le piège de l’attribution d’une nationalité à un virus, le plus efficace reste encore de s’intéresser aux causes de sa production. C’est ici qu’apparaît le plus clairement l’absurdité du caractère national de tel ou tel virus puisque celle-ci est incontestablement liée aux dynamiques du capitalisme mondial.

Paul Sebillotte 2 avril 2020

https://www.contretemps.eu/

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