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11 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Macron-RN ( La relève)

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Mettre le RN au pouvoir, Macron avait tout prévu

« Quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet… mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles. » Albert Camus

Avait-il tout prévu ? A force de désigner le Rassemblement National comme le seul camp politique d’opposition, Emmanuel Macron a énormément contribué à la banalisation de l’extrême-droite en France. Après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, des experts politiques dénoncent une stratégie savamment calculée pour ses trois dernières années au pouvoir, décryptage.

Dissolution de l’Assemblée nationale, 20 ans après

Le Rassemblement national est arrivé en tête en France aux Européennes avec 31,5 % des voix. Il devient ainsi le parti avec le plus de sièges au Parlement européen, tous pays confondus. Moins d’un quart d’heure après cette victoire écrasante de l’extrême-droite, le président Emmanuel Macron a annoncé ce 9 juin la dissolution de l’Assemblée nationale.

Ce dimanche soir, il n’y a donc plus de député·es en France et le palais Bourbon suspend ses activités jusqu’au 8 juillet. Cela termine les discussions sur les lois en cours comme celle sur la fin de vie ou la cruciale Loi d’Orientation Agricole, ajourne la réforme de l’audiovisuel public, etc. De nouvelles élections législatives auront lieu les dimanches 30 juin et 7 juillet, laissant à peine 20 jours, le strict minimum légal requis, aux partis politiques pour s’organiser.

C’est la sixième dissolution de l’Assemblée nationale depuis le début de la Vème République. La dernière remonte 20 ans en arrière, lorsque Jacques Chirac a cédé aux revendications du peuple français dans la rue. En 1997, cette dissolution a abouti à une cohabitation entre Lionel Jospin, qui avait réussi à unir les partis de gauches, et la majorité présidentielle de droite. La gauche plurielle avait alors obtenu 312 sièges de députés contre 251 pour le camp de l’exécutif.

20 ans plus tard, ce n’est pas la colère du peuple contre la réforme des retraites, ayant pourtant mis des millions de français sur le pavé, mais le résultat des élections européennes qui a décidé le président à rebattre les cartes législatives.

A première vue, Emmanuel Macron aurait répondu à la provocation du Rassemblement National qui, par la figure de Jordan Bardella suite à sa victoire aux Européennes, a demandé la dissolution de l’Assemblée. De là à dire que le Rassemblement National donne désormais le « la » de l’agenda politique, alors que de nombreux partis de droite renchérissent sur sa ligne xénophobe comme le projet de loi Asile et Immigration l’a montré, il n’y a qu’un pas.

Marine Le Pen et Jordan Bardella ont d’ailleurs accueilli la nouvelle de la dissolution avec un plaisir évident, en se déclarant « prêts » depuis longtemps à cette nouvelle bataille législative. Les listes de leurs députés et suppléants sont d’ailleurs déjà rédigées, leur donnant une belle longueur d’avance sur les autres partis politiques.

Une dissolution prévue dans l’ombre

Si l’annonce a été perçue comme un coup d’éclat pour la majorité des français.es, de nombreux acteurs de la vie publique l’avait pressentie. Depuis quelques jours, face à l’annonce de la victoire du RN dans les sondages, plusieurs hypothèses alimentaient les pronostics : remaniement gouvernemental, référendum, accord avec la droite d’opposition, et même dissolution.

Seule différence : la plupart estimait que le Président attendrait tout de même la fin des Jeux Olympiques, voire de l’été, afin de ne pas laisser au RN la possibilité de profiter de cette victoire récente pour agrandir son nombre de soutiens, et encore plus son nombre d’aspirant.e.s élu.e.s.

Les politiques faisant avant tout carrière, c’était notamment l’ouverture du RN aux jeunes qui briguaient des postes-clés, à l’image de Jordan Bardella encore aujourd’hui seulement âgé de 28 ans, qui avait attiré de nouveaux membres au RN avant la présidentielle de 2022.

En réalité, la dissolution de l’Assemblée nationale était en gestation depuis quelques mois, ainsi que le révèle une enquête de LeMonde. Une petite cellule de moins de dix personnes, principalement des conseillers d’Emmanuel Macron, planchait sur le sujet dans l’ombre.

Et pour cause, voilà deux ans que le président de la République doit souvent imposer ses réformes à coups de 49.3 au Palais-Bourbon, en l’absence de majorité absolue (239 sièges pour le camp macroniste sur 577 députés). Ses opposants prévoyaient d’ailleurs déjà d’opposer une mention de censure au prochain vote du budget de la France à l’automne. Motion qui aurait été même lancée par le groupe politique autour duquel tout se cristallise : Les Républicains.

En effet, les 61 députés de la droite LR sont devenus la variable d’ajustement dans les votes faits à l’Assemblée, pesant par leur décision en faveur ou non des textes. Ce 3 juin, c’est leur absence de soutien aux motions de censure respectivement déposées par la gauche et le RN qui a validé la sulfureuse politique budgétaire du gouvernement. Mais le groupe LR s’est déclaré prêt à déposer sa propre motion de censure cet automne, lors de la présentation du budget 2025, s’il n’était pas écouté.

« Il est hors de question d’augmenter les impôts et de raboter les retraites, avait ainsi prévenu la semaine dernière le président du groupe LR, Olivier Marleix, lors de son passage à la tribune de l’Assemblée nationale. Une motion de censure de LR ne serait pas un pétard mouillé. Elle ouvrirait une grave crise politique ».

Une stratégie politique hasardeuse

Ce serait notamment pour forcer les Républicains à conclure un accord avec son camp pour empêcher le RN d’accéder au pouvoir que Macron aurait précipité cette dissolution. Mais, une autre théorie circule au sein du pouvoir, que le média Politis révélait il y a plus d’un an déjà.

« Ce qui nous arrangerait, c’est une dissolution et un score suffisamment haut pour le RN, pour qu’on puisse mettre Le Pen à Matignon. Qu’on montre qu’elle est incompétente, comme ça on la décrédibilise pour 2027. Et elle devient inopérante. Donc plus de problème. » confiait anonymement un conseiller national du parti présidentiel

Une idée tellement folle qu’elle paraîtrait sortie du tout droit du Gorafi, et pourtant. Cette théorie est reconnue comme hautement probable par le RN lui-même, ainsi que l’a lâché un cadre du parti lors des résultats des élections européennes devant un de nos confrères de LeMonde :

« C’est chaud, c’est très, très chaud. Il veut montrer qu’on ne peut pas gérer, pour nous couper les jambes avant 2027. »

Même la presse internationale, comme TheTimes, dénonce cette stratégie selon laquelle « Macron fait peut-être le pari que le RN, en remportant les élections et en dirigeant le pays en temps de crise, verra sa popularité chuter avant 2027, lorsque la France devra choisir son nouveau président ».

Or, le coup politique est plus qu’hasardeux, au moment où des pans entiers de la population française sont prêts, pour la première fois de son Histoire, à voter RN. Les enquêtes d’opinion ont notamment montré la progression de l’extrême-droite au sein de catégories de la population jusque-là plutôt fermées à l’héritage pétainiste, poujadiste et néo-nazi : les plus âgés, certains dans la fonction publique et d’autres parmi les cadres. Une tendance qui s’est traduite dans les urnes avec l’arrivée en tête du RN dans toutes les régions, y compris en Bretagne et en Ile-de-France, deux territoires normalement opposés à l’extrême droite.

A l’heure où il n’y a plus aucun cordon sanitaire, la faute entre autres aux médias mainstream déroulant le tapis rouge aux idées d’extrême-droite et participant à leur banalisation, la perspective que la France ait un Premier ministre d’extrême-droite à Matignon cet été est désormais réelle.

Reste à savoir si la gauche parviendra à s’unir pour lutter contre ce raz-de-marée électoral brun, et si les abstentionnistes, dégoûtés par les scandales politiques récurrents dans le pays, se rendront le 30 juin aux urnes pour faire la différence. Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles.

Laurie Debove  10 juin 2024

https://lareleveetlapeste.fr

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11 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Front Populaire ( France Info)

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Législatives anticipées : PS, PCF, EELV et LFI appellent à « la constitution d’un nouveau front populaire » et à « des candidatures uniques dès le premier tour »

Cet appel fait suite à la réunion des partis de gauche lundi au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale et à la convocation d’élections législatives anticipées « pour faire face à la situation historique du pays ».

Plusieurs partis de gauche appellent lundi 10 juin à « la constitution d’un nouveau front populaire » et à « des candidatures uniques dès le premier tour », a appris franceinfo auprès des Ecologistes. « Nous appelons à la constitution d’un nouveau front populaire rassemblant dans une forme inédite toutes les forces de gauche humanistes, syndicales, associatives et citoyennes », écrivent les Écologistes-EELV, La France Insoumise, le Parti communiste français, le Parti socialiste, Place publique, Génération⸱s, et la gauche républicaine et socialiste (GRS) dans un appel commun.

« Dans chaque circonscription, nous voulons soutenir des candidatures uniques dès le premier tour », indiquent les signataires de cet appel à un front populaire. Les candidatures « porteront un programme de rupture détaillant les mesures à engager dans les 100 premiers jours du gouvernement du nouveau front populaire ».

Les signataires appellent par ailleurs, « en écho à l’appel des syndicats et de la jeunesse » ce lundi soir, à « rejoindre les cortèges et à manifester largement ». « À la manière dont nous gouvernerons, sur un cap clair, nous voulons bâtir ce nouveau front populaire avec toutes les forces qui partagent cette ambition et cet espoir. »

« Nous voulons prendre devant vous le serment d’être unis jusqu’à la victoire »

Les patrons des différents partis de gauche, réunis au pied du siège du parti des Ecologistes dans le 10e arrondissement à Paris, ont pris la parole chacun à leur tour devant la foule, quelques minutes après avoir annoncé leur union pour les législatives. « On a encore beaucoup de travail, tout reste à faire, on va avoir besoin de vous », a déclaré Marine Tondelier secrétaire nationale des Ecologistes, devant la foule réunie pour l’occasion, scandant « Front Populaire ! » et « Ne nous trahissez pas ! ».

« Nous exprimons notre volonté de partir ensemble dans cette bataille pour proposer une alternative à la politique d’Emmanuel Macron et pour combattre l’extrême droite raciste », a déclaré Manuel Bompard coordinateur national de la LFI. Il a dit sa volonté de se rassembler « autour de candidatures communes des élections législatives qui défendront un programme de rupture ».

« Nous voulons prendre devant vous le serment d’être unis jusqu’à la victoire », a dit Fabien Roussel le secrétaire national du PCF. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a souhaité se réunir « avec toutes celles et ceux qui ne se résolvent pas à faire de la France un pays qui succombe à l’extrême droite ». « Nous sommes un pays métissé, fier de ses différentes origines, un pays qui ne trie pas entre ses enfants. Nous sommes un pays qui se lève pour dire ‘non’ à l’extrême droite et ‘oui’ à la démocratie », a-t-il déclaré, mégaphone à la main.

Victoria Koussa  10/06/2024

https://www.francetvinfo.fr/

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11 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Front Populaire (ESSF)

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France : Après la dissolution de l’Assemblée Nationale, une union de la gauche aux élections législatives est-elle possible ?

La dissolution de l’Assemblée nationale met la gauche face au défi de l’union avant le premier tour prévu le 30 juin, alors que l’extrême droite a largement remporté les élections européennes et semble aux portes du pouvoir. La France insoumise a repartagé le programme de la Nupes de 2022 « pour se regrouper ».

Un rassemblement de la gauche aux élections législatives anticipées ? Tous est possible à entendre ses potentiels artisans ce lundi 10 juin. Qui serait prêt à se prononcer ouvertement contre après la percée de l’extrême droite aux élections européennes ce dimanche, suivie d’une dissolution de l’Assemblée nationale ? Personne ne souhaite endosser une telle responsabilité.

En revanche, tout le monde veut faire l’unité à ses conditions, ce qui met le doute sur sa réalisation ou la forme qu’elle prendrait, sans qu’aucun scénario ne soit écarté pour l’heure. Les uns veulent bousculer le rapport de force issu de la Nupes, elle-même créée lors des législatives 2022, après que Jean-Luc Mélenchon a largement devancé ses concurrents de gauche à la présidentielle. Les autres souhaitent conserver les acquis de cette alliance.

Un rapport de force « qui a évolué »

Parmi les premiers, on compte surtout les socialistes, qui disposent d’un argument de poids : Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique aux élections européennes, a terminé le scrutin à 13,83% des voix, devant LFI portée par Manon Aubry (9,89%), Les Écologistes de Marie Toussaint (5,50%) et la liste communiste de Léon Deffontaines (2,36%).

« Il y a un rapport de force qui ce soir, je crois, a évolué et qui devrait permettre à chacun de réfléchir aux meilleures conditions pour un rassemblement », a déclaré le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, ce dimanche sur France 2.

Comprendre : les roses ne veulent pas ressortir du placard la Nupes, après qu’elle a volé en éclats à la suite des attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre, qui ont été le désaccord de trop entre les insoumis et le reste de leurs collègues.

« Voyons-nous rapidemment »

Les socialistes, rejoints par les communistes et les écologistes, avaient notamment dénoncé la « méthode Mélenchon », lui reprochant un poids trop important dans l’orientation des décisions de la Nupes. Olivier Faure ne ferme pas pour autant la porte à une alliance avec les Insoumis, d’autant que certains appellent clairement à l’unité.

Raphaël Glucksmann, lui, souhaite « tendre la main à tous les électeurs de gauche, à tous les démocrates de combat. » « Mais ce sera sur une ligne sociale écologique, démocratique et proeuropéenne » et « sans outrances, ni violences », a-t-il ajouté sur France 2, après une campagne marquée par les tensions avec les insoumis.

Écologistes et communistes veulent eux aussi prendre leur part. La secrétaire nationale des écolos, Marine Tondelier, a appelé ce dimanche « tous les chefs de parti progressistes à se réunir » lundi matin, sans que l’on sache si les insoumis font partie des concernés.

« Voyons-nous rapidement, travaillons ensemble », a également plaidé Fabien Roussel – connu pour ne pas être le premier fan de la Nupes- sur France 2, prônant un « pacte pour la France ». L’union « ne se fera pas derrière Jean-Luc Mélenchon, elle se fera autour d’un programme et d’un projet », a ensuite jugé la tête de liste Léon Deffontaines sur CNews.

LFI appelle à l’union sur la base du programme de 2022

Ce dernier, justement, a un avis bien arrêté sur la question. « Sur quelle base ? Pour quoi faire ? », a fait mine de s’interroger le leader de LFI depuis Stalingrad à Paris où il avait réuni ses partisans après l’annonce des résultats. L’ancien candidat à la présidentielle a ensuite demandé « maintenant l’Union. Urgente, forte, claire », ce lundi matin sur X.

LFI a également repartagé dans la nuit son programme commun, celui de la Nupes, qui reprend surtout des propositions insoumises : comme la retraite à 60 ans ou la sortie du nucléaire, sujets sur lesquels les socialistes ou les communistes ne sont pas parfaitement alignés avec leurs collègues insoumis.

Les insoumis poussent pour que le programme partagé de 2022 serve de base à un éventuel accord pour mieux s’assurer que la ligne politique soit de gauche radicale. « Nous n’avons pas le temps de tout reprendre à partir d’une feuille blanche. Nous avons eu une stratégie, un programme qui a fonctionné. Au premier tour, nous étions devant le Rassemblement national », a souligné Manon Aubry sur BFMTV ce lundi. Jean-Luc Mélenchon, lui, a averti : « Malheur à nous si nous recommencions à dissimuler la moitié du programme pour ne pas faire peur. »

LFI conteste donc tout changement de rapport de force, du moins sur le fond, pour l’instant. Ils ne considèrent pas leur score de dimanche comme une défaite, après avoir fait évoluer leur de 6,31% aux européennes de 2019 à 9,89%. « Nous avons consolidé notre socle », considère auprès de l’AFP le député Paul Vannier, responsable des élections au sein de la machine insoumise.

Par ailleurs, les insoumis se gardent bien de porter toute responsabilité dans un éventuel échec d’union de la gauche. Ses élus rappellent à l’envie leur proposition d’une liste unie aux européennes avec à sa tête une personnalité issue des rangs écologistes.

Ils pourraient faire entendre leurs arguments à leurs partenaires de gauche ce lundi après-midi, si ces derniers acceptent la proposition de rencontre formulée par Mathilde Panot, cheffe des députés LFI et Manuel Bompard, coordinateur du mouvement.

« Front populaire »

Reste un dernier élément dans l’équation : les « frondeurs » de LFI, qui appellent clairement à l’unité face au danger de l’extrême droite. Parmi eux, François Ruffin a plaidé ce dimanche pour un « front populaire », en référence à la coalition qui avait permis à la gauche de l’emporter en 1936.

D’autres Insoumis « frondeurs » comme Clémentine Autain ou Raquel Garrido ont lancé des appels similaires. Ces personnalités insoumises sont jugées plus compatibles que la direction du mouvement par les autres partis de gauche. Que feront-elles si la direction de LFI et les autres partis de gauche ne parviennent pas à un accord ?

Baptiste Farge  10 juin 2024 | tiré du site Europe solidaire sans frontière |

P.-S.
• « Dissolution de l’Assemblée Nationale, une union de la gauche aux élections législatives est-elle possible ? ».

https://www.pressegauche.org/
https://www.bfmtv.com/

mardi 11 juin 2024 Baptiste Farge

 

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Europe (Inprecor)

Europe (Inprecor) dans A gauche du PS
Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas

Qui sème des politiques d’extrême droite… récolte des politiques d’extrême droite

Ce dimanche, les élections européennes se sont achevées et ont permis d’élire les députés européens qui composeront la dixième législature. Il n’est jamais inutile de rappeler que ces élections sont l’occasion de renouveler la structure de gouvernance de l’UE (Parlement et Commission européenne). Pour tenter d’éviter l’image d’un appareil bureaucratique hiérarchisé et peu contrôlé démocratiquement, répondant à un équilibre des pouvoirs étatiques fondé sur l’hégémonie de l’axe Berlin-Paris. Ce processus s’achèvera, quelques mois plus tard, par la ratification par le Parlement du président de la Commission européenne et du collège des commissaires préalablement négociés par les États membres.

Les progrès de l’extrême droite

Le fait le plus marquant de cette élection est peut-être la progression de l’extrême droite, qui consolide une droitisation de l’UE qui couvait depuis longtemps. La dispersion actuelle de l’extrême droite, en trois groupes au Parlement européen, brouille l’image de son résultat électoral, mais on ne peut ignorer qu’elle a été la deuxième force ayant obtenu le plus de voix en Europe, avec un peu plus de 20 % des suffrages, devant les sociaux-démocrates. Ainsi, l’extrême droite a réussi à devenir la première force en : Italie, France, Hongrie, Belgique, Autriche et Pologne, et la deuxième force en Allemagne et aux Pays-Bas, tandis que le Parti socialiste européen n’a réussi à gagner qu’en Suède, en Roumanie, à Malte et à faire jeu égal avec la droite au Portugal.

Le parti de Le Pen, le Rassemblement national (RN), a réussi non seulement à remporter à nouveau les élections européennes en France pour la troisième fois consécutive, en obtenant deux fois plus de voix que le parti au pouvoir, mais aussi à devenir le parti qui compte le plus grand nombre de députés au Parlement européen, ce qui illustre bien la force de l’extrême-droite européenne. Un résultat qui a provoqué un véritable séisme en France, où Macron a été contraint de convoquer des élections législatives d’urgence.

En effet, l’extrême droite n’a cessé de progresser en Europe depuis le début du siècle, partant d’un nombre de députés à peine suffisant pour former un groupe au Parlement européen pour devenir la deuxième force lors de ces élections. En dix ans, elle a doublé son soutien et émerge comme une force qui pourrait déterminer les majorités parlementaires lors de la prochaine législature. La bureaucratie eurocrate de Bruxelles prend cette possibilité très au sérieux et, à cette fin, a entamé une campagne visant à faire la distinction entre une bonne et une mauvaise extrême droite, c’est-à-dire entre l’extrême droite qui adhère sans ambiguïté à la politique économique néolibérale, à la remilitarisation et à la subordination géostratégique aux élites européennes et à l’OTAN, et l’extrême droite qui continue à les remettre en question, bien que de plus en plus timidement.

Les tentations de relooking

Dans la campagne électorale elle-même, la candidate du PPE à la présidence du Collège des Commissaires, Ursula von der Leyen, a ouvert la porte à un pacte avec une partie de l’extrême droite, représentée par Meloni, la « bonne extrême droite ».  En ce sens, le président du Parti populaire européen (PPE) lui-même, l’Allemand Manfred Weber, s’était déjà prononcé en faveur d’un accord avec l’extrême droite lors d’une rencontre avec la présidente italienne Georgia Meloni l’année dernière. Des approches qui contribuent à normaliser l’extrême droite en tant que partenaire acceptable, légitimant non seulement son espace politique, mais aussi ses politiques et ses discours de haine qui gagnent de plus en plus d’audience auprès de l’électorat européen. C’est un bon exemple du rôle de premier plan que l’extrême droite devrait jouer dans cette nouvelle législature, où elle jouera un rôle clé dans l’obtention de majorités parlementaires.

En ce sens, il semble que Le Pen ne veuille pas être une fois de plus écartée de cette opération de relooking ; elle est consciente qu’elle doit achever son processus particulier de dédiabolisation, non seulement pour avoir son mot à dire dans le prochain Parlement européen, mais surtout pour avoir une chance lors de la prochaine élection présidentielle française. Ainsi, l’extrême droite française a frappé à la porte de Meloni pour tenter d’unir ses forces et devenir la deuxième force politique au Parlement européen. Au cours des trois prochaines semaines, période durant laquelle les groupes politiques du Parlement européen doivent être constitués, nous déchiffrerons tout le mystère du choix de Meloni. Pour le chant des sirènes du groupe Populaire ou pour diriger un grand groupe d’extrême droite. Jorge Buxadé (Vox) lui-même l’a rappelé à Alberto Núñez Feijóo lors de sa campagne : « Ne vous énervez pas parce que Giorgia Meloni est l’une des nôtres ». Il semble que des semaines intéressantes et complexes attendent la droite et l’extrême droite pour voir comment les groupes politiques du Parlement européen seront finalement configurés.

La fin du bipartisme ?

Peut-être qu’un autre des titres de ces élections est la tendance à l’érosion du bipartisme européen, si déjà en 2019, pour la première fois dans l’histoire du Parlement européen, les Populaires (PPE) et les Sociaux-démocrates (S&D) n’ont pas réussi à atteindre une majorité absolue. Lors de ces élections, cinq ans plus tard, les socialistes ne sont plus la deuxième force recueillant le plus de suffrages, pour être relégués par l’extrême droite à une troisième place historique. Les socialistes et le Parti populaire n’ont pas le vent en poupe et doivent de plus en plus élargir avec de nouvelles forces la grande coalition qui a gouverné l’Europe jusqu’à présent.

En fait, dès la dernière législature, les libéraux d’Europe Renouveau et, à certaines occasions, les Verts, ont joué un rôle fondamental dans la formation de majorités au Parlement et dans l’approbation des principales mesures de cette législature (Pacte vert, remilitarisation européenne, Pacte sur l’immigration et l’asile, etc.) Ce sont précisément ces deux groupes, Renew Europe et les Verts, qui ont subi la plus forte érosion électorale lors de ces élections, perdant respectivement 20 et 18 sièges. Si, en 2019, ils se sont imposés, dans une certaine mesure, comme des forces de renouvellement et de modernisation d’une gouvernance bipartisane dépassée, leur incapacité à répondre aux attentes les a conduits à payer un coût électoral élevé. Malgré cela, ils apparaissent comme deux forces fondamentales pour assurer les majorités de la grande coalition.

L’exemple le plus clair de l’érosion de la formule politique de Renew Europe est peut-être incarné par Emmanuel Macron en France, dont le parti n’a même pas atteint 15 % des voix. Macron représente une sorte de figure politique vide, un étendard de la sortie de la crise de représentation du bloc de pouvoir et de la corruption des grands partis, qui a été vendue comme une formule condensant l’extrême centre en un seul parti. Un politicien modèle issu du monde de la gestion d’entreprise et perçu, précisément, comme un gestionnaire de la « société civile » disparate, mais garant du (dés)ordre néolibéral. En bref : une sorte d’outsider pour maintenir le statu quo.

En fait, Macron s’inscrit dans une tendance globale d’émergence de caudillos populistes néolibéraux autoritaires issus du monde des affaires et de la finance, qui ne font plus confiance aux politiciens professionnels, mais qui dirigent plutôt leurs propres intérêts d’élite à partir de la ligne de front de la politique. Ces élections ont non seulement condamné le déclin du macronisme en tant que prince de l’européanisme néolibéral qui devait remplacer la grande coalition, mais elles ouvrent également un scénario incertain pour les élections législatives anticipées (juin) et pour les élections présidentielles françaises. En ce sens, ceux qui ont tenté de se présenter comme les représentants du macronisme hispanique, Ciudadanos, sont définitivement morts dans ces élections, perdant leurs huit eurodéputés.

Protestation et recomposition droitière

Il semble que nous ayons un nouveau groupe au Parlement européen autour des Italiens de Cinq Étoiles et des Allemands de l’Alliance Sahra Wagenknecht -Pour la Raison et la Justice-. Un espace politique mal défini construit sur des partis qui ont en commun de trouver difficile de s’intégrer dans l’un des autres groupes formés au Parlement, soit en raison de différences politiques, soit en raison du veto d’autres forces, comme cela a été le cas historiquement avec Cinq Étoiles. Un groupe similaire à ce qu’était l’Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD) lors de la législature 2014/2019. Même s’il reste à voir s’ils obtiendront des alliés pour respecter la règle parlementaire d’un minimum de 25 eurodéputés issus d’au moins sept pays différents de l’UE.

Plus de 100 eurodéputés élus n’ont pas de groupe clair au Parlement européen, ce qui montre bien le poids du vote protestataire anti-politique, étranger aux groupes établis au Parlement européen, lors de ces élections. Un bon exemple de ce phénomène est Fidias Panayiotou, un tiktoker chypriote de 24 ans, qui a été la deuxième force, remportant deux sièges au Parlement européen avec plus de 20 % des voix, et Alvise Pérez, le candidat de Se Acabó La Fiesta, l’une des surprises de la journée électorale en Espagne, qui a obtenu trois députés européens avec 800 000 voix.

Un vote de protestation mobilisé pour « récupérer la démocratie kidnappée » par l’oligarchie politique corrompue, traditionnellement qualifiée de « partidocratie » par l’ultra-droite, avec pour conséquence la défense d’une sorte d’anti-politique. Le succès électoral de cette bannière qui prétend sauver une démocratie kidnappée par les élites ne peut être compris sans évaluer le déficit démocratique des sociétés dans lesquelles elle émerge. En ce sens, ce n’est pas un hasard s’il s’exprime particulièrement lors des élections européennes, de la transformation systémique d’une société mondialisée et de la délégitimation du politique et de la politique qui s’est produite en son sein face à la dévalorisation des idéologies. A l’intérieur et à l’extérieur du système, l’extérieur continue à gagner toujours plus de poids politique au sein du Parlement européen.

Quelles perspectives à gauche ?

Si la gauche continue d’occuper la dernière place au Parlement européen en attendant la création d’un nouveau groupe, elle parvient, contrairement à 2019, à atténuer sa chute et pourrait même légèrement progresser en nombre, lorsque la répartition des nouveaux eurodéputés non inscrits à un groupe sera confirmée dans les semaines à venir. Particulièrement pertinents ont été les résultats en Finlande, où elle est deuxième force, en Italie, où la gauche a retrouvé une représentation, et avec la France Insoumise, qui a fourni le plus grand groupe de députés à la gauche.

Ces élections ont une fois de plus montré la perte croissante de légitimité de l’UE parmi les mouvements sociaux dans toute l’Europe, l’abstention l’emportant à nouveau dans presque tous les pays. L’UE a de plus en plus de mal à être associée aux « valeurs européennes » telles que la démocratie, le progrès, le bien-être ou les droits de l’homme. Une crise organique au sens gramscien du terme, résultat et approfondissement de la crise du modèle de capitalisme européen post-Maastricht qui a été une véritable camisole de force néolibérale, avec une combinaison mortelle d’austérité, de libre-échange, de dette prédatrice et de travail précaire et mal rémunéré, l’ADN du capitalisme financiarisé d’aujourd’hui.

Cette crise de légitimité des institutions ne signifie pas seulement que les décisions de l’UE tentent à tout prix de contourner les parlements nationaux, mais aussi que tout référendum ou consultation des citoyens concernant directement ou indirectement les questions européennes est considéré avec suspicion et effroi. Chaque jour, de plus en plus de personnes se réveillent du rêve européen et se retrouvent à la dérive entre un européanisme néolibéral et militariste défendu par les élites de l’UE et un nationalisme d’exclusion qui se développe au niveau des États. Une crise organique du projet européen qui génère des vides propices aux mutations, aux réajustements, aux recompositions et surtout aux monstres comme nous l’avons vu lors de ces élections.

Des élections qui confirment : le glissement de l’Europe vers la droite, où l’extrême droite n’apparaît plus comme eurosceptique mais comme euro-réformiste, se réservant un siège dans la gouvernance de l’UE ; la faillite des anciennes majorités de grande coalition ; la fin du macronisme et de sa tentative de grand centre-droit européen ; la montée des options outsiders de protestation anti-système et anti-politique ; et la croissance de l’abstention et du désenchantement européen à l’égard de la machinerie de l’UE. Le tout dans un contexte où les tambours de guerre battent dans les chancelleries, nous rapprochant dangereusement du scénario d’une nouvelle confrontation militaire mondiale, sur fond d’urgence climatique et de démantèlement de la gouvernance multilatérale et du droit international qui régissent le monde depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un cocktail dangereux qui laisse présager de nouveaux conflits, une recomposition des acteurs, un élargissement du champ de bataille et, surtout, une accélération des tendances nouvelles et anciennes. Mais une leçon se détache de ces élections européennes : quand on sème des politiques d’extrême droite – le Pacte sur les migrations en est un exemple parmi d’autres – on récolte… des politiques d’extrême droite.

Publié par Público. 10 juin 2024  Miguel Urbán Crespo

https://inprecor.fr/

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Montpellier (Reporterre)

Montpellier (Reporterre) dans A gauche du PS rid2405-39_resized

Dans un bar associatif montpelliérain, la sidération face à la dissolution de l’Assemblée nationale a laissé la place à l’action. Pour faire s’unir les partis progressistes et écologistes, les idées ont fusé toute la soirée. Montpellier (Hérault), reportage

À Montpellier, l’effroi des électeurs de gauche se transforme en action

Stupeur et tremblements. Devant un Emmanuel Macron projeté sur le mur blanc du bar associatif, Aude cherche ses mots. Quelques minutes plus tôt, cette électrice de gauche assurait pourtant être « fatiguée que toutes les soirées électorales se passent de la même manière ». Mais c’était avant. Avant l’annonce par le président de la République de la dissolution de l’Assemblée nationale.

Dans la petite salle du café militant Le Quartier généreux à Montpellier, les cris ont vite couvert le discours du chef de l’État. « C’est la merde… » ; « Mais il est fou ! » ; « Quel enfoiré. » Sur les visages, la sidération se mêle à la colère. Quelques embrassades, « câlins et double whisky pour tout le monde » ironise une barmaid bénévole. Après le choc du score de l’extrême droite au scrutin européen, le peuple de gauche montpelliérain accuse ce mauvais coup. Jordan Bardella a en effet réalisé un score historique en recueillant 31,5 % des suffrages.

Mais déjà, sur la terrasse, on échange les analyses. « Macron tente le coup en vue de la présidentielle de 2027, glisse Claude, en ajustant ses lunettes bleutées. Si le Rassemblement national se retrouve au gouvernement, ça va l’user, et peut-être lui faire perdre des voix. » Un pari risqué mais astucieux de la part du président ? « Ah non, c’est super dangereux de jouer avec le feu, poursuit le quinquagénaire. Les fachos vont se sentir pousser des ailes, ça va les désinhiber. »

« Je m’inquiète surtout pour mes enfants »

À ses côtés, Hassane opine. « C’est le jeu démocratique, mais ça me fait peur, souffle le père de famille. Je m’inquiète surtout pour mes enfants, car on sait comment ça commence, mais jamais jusqu’où ça peut aller… » Dans le bar, la voix de la rappeuse Diam’s chantant J’emmerde le Front national couvre le discours de Marine Le Pen.

« Macron était en grande difficulté pour gouverner, alors, plutôt que de subir une nouvelle motion de censure contre son gouvernement, il tente le tout pour le tout, estime Rémi, conseiller municipal socialiste dans la commune de Castries, où 36 % des suffrages se sont portés sur la liste de Jordan Bardella. Maintenant, à nous, à gauche, de réagir ! »

À gauche, l’heure doit être à l’action

Oui mais comment ? Entre deux verres, le mot commence à circuler parmi la trentaine de présents : « La gauche vient de faire la démonstration que quand elle n’est pas unie, elle ne pèse pas dans le débat public, observe un militant qui se dit « tendance La France insoumise ». Il n’y a qu’une seule voie : l’union de la gauche. »

Après la stupéfaction, l’heure est donc à l’action. Et vite. À l’intérieur du café, l’écran géant qui projetait la soirée électorale de France TV a été éteint. Tables disposées en cercle, et pizzas commandées. « Macron aurait pu nous prévenir, on se serait mieux organisés, commente, sarcastique, une trentenaire. On va y passer la nuit, et j’ai pas sorti mon chien. »

Sur la petite estrade, Rémi résume la situation à ses camarades : « Nous vivons un séisme politique partout en France, nous sommes à trois semaines de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Est-ce qu’on est tous d’accord pour dire qu’il faut un rassemblement de la gauche ? » Dans la petite assemblée, les mains s’agitent en l’air en signe d’approbation.

Militante aux Écologistes, Julia enchérit : « On est partis divisés aux européennes, et on voit le résultat, admet-elle. La Nupes a été un mouvement d’espoir : il faut mettre la pression sur les partis pour faire renaître ça. » À ses côtés, Rhany, membre de La France insoumise, soupire : « Pour le moment, c’est le chaos, la Nupes n’existe pas », rappelle-t-il.

Appeler à un « sursaut citoyen »

Pour lui, « c’est l’heure de vérité pour le Parti socialiste, ils vont devoir faire un choix très clair ». En ligne de mire, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et Mickaël Delafosse, maire de Montpellier, tous deux membres du PS opposés à la Nouvelle union populaire écologique et sociale.

« Ok pour le rassemblement, mais on fait comment ? » Regards hésitants et silence parmi les présents. On sort des post-it pour noter les idées. « On pourrait faire une manif lundi soir pour l’union, propose une militante. Et appeler à un sursaut citoyen ». « Et si on politisait la fête de la musique ? », souffle une autre. « Pourquoi pas écrire un appel citoyen ? »

En quelques minutes, des pistes s’esquissent. Rassemblement prévu lundi à 19 heures, place de la préfecture – « J’amène des cartons, on fera des pancartes ! » – avec un appel au rassemblement des partis de gauche. « Il faut leur dire de se sortir les doigts du cul », lance une femme du fond de la salle bouillonnante. « Il faut s’unir sur un projet politique de rupture radicale », précise un autre. Les idées fusent, on note.

Peu avant 1 heure du matin, un petit groupe éreinté est parvenu à un texte intitulé « Unissons-nous pour un sursaut populaire » : « L’heure est à la mobilisation pour faire tout ce qui est possible, qui que nous soyons, habitant·es, électeur·ices, élu·es, pour ne pas permettre à l’extrême droite d’accéder au pouvoir, peut-on lire dans le texte — lisible en ligne. Notre force est collective. »

Lorène Lavocat et David Richard (photographies) 10 juin 2024

https://reporterre.net/

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10 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Edito (NPA)

Edito (NPA) dans A gauche du PS

Contre Macron et l’extrême droite, unité de toute la gauche sociale et politique

Le résultat de ces élections européennes est un coup de tonnerre. Avec l’annonce par Macron de la dissolution de l’Assemblée nationale, il est capital que toute la gauche – les partis, les syndicats, et toutes les organisations du mouvement ouvrier – se rencontre et se mobilise. Nous proposons que, dans les villes, dans les quartiers comme au niveau national, des rencontres aient lieu ces prochains jours, afin de réaliser l’unité, dans la rue pour résister, et dans les urnes.

À peine plus d’un électeur/trice sur deux a voté lors de ces élections européennes, et pour autant, les résultats de ce soir sonnent comme un coup de semonce. Comme annoncé depuis des semaines, l’extrême droite remporte un très grand nombre de suffrages partout en Europe et pourra faire rentrer plusieurs dizaines d’éluEs, sans doute plus d’une centaine, au sein de l’assemblée européenne. L’extrême droite est aux portes du pouvoir dans plusieurs pays d’Europe, quand elle ne participe pas déjà à des coalitions gouvernementales.

En France, le Rassemblement national augmente son score de près de 10% par rapport aux élections précédentes, plaçant l’ensemble de l’extrême droite à près de 40% autour de listes racistes, autoritaires et homophobes. Ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, au contraire, c’est le résultat de plusieurs décennies de politiques racistes et antisociales menées par différents gouvernements de droite comme de gauche.

C’est aussi le résultat de la volonté du gouvernement Macron de légitimer le Rassemblement national, son « meilleur ennemi », tout en appliquant une partie de sa politique, pour transformer chaque élection en un duel entre le camp présidentiel et le RN. Mais ce chantage, « votez pour nous ou laissez l’extrême droite gagner », fonctionne de moins en moins car le rejet du gouvernement Macron, autoritaire, antisocial et raciste, est de plus en plus massif.

Après la défaite des législatives de 2022, le camp du président Macron subit une nouvelle fois le rejet des électeurs/trices et n’arrivent qu’à rassembler péniblement 15% des suffrages, alors que tous les moyens de l’État ont été mis au service de la liste macroniste et que le Président et le Premier ministre ont mené campagne.

Le « retour en grâce », médiatique, de la gauche de cogestion social-libérale et du hollandisme n’est pas un bon signe. Cette gauche néolibérale des lois travail, de la déchéance de nationalité, de la compromission avec l’impérialisme occidental, nous a conduit dans le mur, démoralisant et affaiblissant davantage notre camp social et a propulsé Macron au pouvoir.

Les votes pour la liste de Manon Aubry et de Rima Hassan ont été portés par la colère populaire et du monde du travail face à l’ultralibéralisme autoritaire de Macron, mais aussi face à sa complicité dans le génocide qui a lieu en ce moment même à Gaza.

L’enjeu pour notre camp social est de reprendre la main dans un contexte de crises économique, sociale, démocratique et écologique qui se combinent et s’amplifient. Toutes les forces de gauche qui refusent ce système destructeur socialement et écologiquement doivent se rencontrer pour résister dans les urnes et dans la rue à l’extrême droite et au macronisme qui le nourrit.

Dimanche 9 juin 2024

http://npa31.org/

Nouveau Parti Anticapitaliste
9, Rue Corneille 31100 Toulouse
contact@npa31.org

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09 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Camp de Jeunes

Camp de Jeunes dans A gauche du PS

Camp international de jeunes

Dans un contexte où les vents de la guerre soufflent chaque jour plus fort et où les États capitalistes entament un énorme processus de remilitarisation, un monde qui s’engage dans l’économie de guerre, et avec des taux d’inflation élevés et des coupes budgétaires dans les systèmes de protection sociale, de santé et d’éducation, il est d’une importance cruciale pour la jeunesse anticapitaliste de trouver des moments pour se rencontrer et se coordonner.

C’est en 1984 que le Camp de jeunes révolutionnaires en solidarité avec la Quatrième Internationale s’est tenu pour la première fois en Europe. Depuis, chaque été, des centaines de jeunes militant·es se retrouvent pendant une semaine pour apprendre, échanger leurs expériences et s’organiser.

Le fonctionnement du camp

Le camp de jeunes 2024 se déroulera au centre de la France, à Vieure, du 20 au 26 juillet, et rassemblera des centaines de jeunes militant·es de France, de Belgique, du Danemark, de l’État espagnol, de Suisse, d’Écosse, d’Irlande, d’Allemagne et d’Italie. Comme lors des éditions précédentes, il est probable que des participants de pays extra-européens s’y joindront également, tels que les Philippines, le Mexique, le Brésil, les États-Unis ou l’Argentine.

Les jeunes camarades essaieront de construire dans le camp la société pour laquelle elles et ils se battent tous les jours dans leurs pays respectifs : une société anticapitaliste, antiraciste, antisexiste, anti-lgbtphobe et anti-validiste, une société par tou·tes et pour tou·tes.

Chaque jour au camp, les jeunes militant·es participeront à des formations, des ateliers théoriques et pratiques, des espaces non-mixtes (espaces féministes, LGBT, trans et racisé·es), des commissions permanentes, en suivant le programme qui a été collectivement préparé à l’avance. Chaque jour sera centré sur un thème, même si les liens entre eux seront toujours mis en valeur : vivre dans un monde en guerre, l’importance stratégique des luttes féministes, LGBT et antiracistes, la montée de l’extrême droite, la solidarité avec la Palestine, la stratégie et le parti et la perspective écosocialiste : tels seront les principaux thèmes qui seront discutés, en suivant un axe général qui part de l’analyse de la situation du capitalisme et des mouvements sociaux pour organiser les ripostes et trouver des stratégies communes pour renverser cette société.

Les débats de 2024

Les formations du matin fourniront une introduction théorique au thème du jour ainsi que des perspectives concrètes, telles que « Anti-impérialisme : comment construire la solidarité face à la guerre  ? », « Entre progrès et attaques réactionnaires, comment construire une réponse féministe  ? » ou « Lénine à Sainte-Soline : stratégie et tactique pour l’écolosocialisme ». De leur côté, les ateliers présenteront une variété d’approches, des plus théoriques (comme « Le rôle de la famille dans l’oppression des personnes LGTBIQ » ou « L’impérialisme : le stade suprême du capitalisme ») à celles qui partent d’expériences spécifiques (comme « Les luttes du mouvement kurde contre l’impérialisme turc » ou « La constitutionnalisation de l’avortement en France ») et pratiques (comme « l’autodéfense féministe » ou « comment construire un trépied »).

En outre, les délégations de différents pays auront la possibilité d’échanger leurs expériences de manière plus approfondie lors des réunions inter-délégations.

Inscrivez-vous !

L’ensemble du camping sera autoorganisé, de la cuisine au bar, de la sécurité au nettoyage, avec des temps de travail répartis équitablement entre les délégations en fonction de leur taille. Et – n’oubliez pas ! – il y aura du temps pour les loisirs, les jeux sociaux et la fête, car « si je ne peux pas danser, ce n’est pas ma révolution ! ».

Il est temps de planifier un été révolutionnaire et de vivre l’expérience d’un camp de jeunes révolutionnaires. Prends contact avec ton organisation locale et inscris-toi pour participer !

Regarder le programme complet !

* Marta, Jonathan Simmel Marta et Jonathan sont responsables de l’intervention jeune de l’Internationale.

Le camp aura lieu à La Bordé, à Vieure (Allier). Il est possible de se rendre au camp en bus ou en transports en commun

Pour toute information, pour s’inscrire : rij@fourth.international

https://inprecor.fr/

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08 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Epouvantail ( Orient 21 )

migrants

Élections européennes. Autopsie de l’épouvantail migratoire

Alors que les intentions de vote pour les Européennes prédisent une montée des courants de l’extrême droite sur tout le continent, la question migratoire continue à être agitée comme une menace par un spectre politique de plus en plus large. L’Europe forteresse se barricade davantage, renvoyant à la mort celles et ceux qui fuient les guerres, la répression, les changements climatiques ou la précarité économique. Deux livres déconstruisent cette approche, tant d’un point de vue théorique que de celui du terrain.

C’est la tristement célèbre phrase de Michel Rocard qui sert de fil rouge au petit livre « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

En finir avec une sentence de mort. Lors du grand oral des élections européennes sur BFM TV, Marion Maréchal n’a pas manqué d’y faire référence ; s’adressant à Marie Toussaint, elle lui dit : « Vous aurez tout le temps d’expliquer comment vous allez accueillir toute la misère du monde sur le dos des Français ». Répondant du tac au tac, la tête de liste d’Europe Écologie – les Verts a affirmé quant à elle que c’est « la grandeur de la France d’accueillir une partie de la misère du monde ». Ainsi, les détracteurs les plus audacieux de cette formule mettent jusque-là un point d’honneur à la compléter – « mais on doit y prendre sa part » ; dans tous les cas, il s’agit de reprendre à son compte ou de se contenter de relativiser une sentence — dans les deux sens du terme, comme le montre l’essai — qui n’est guère remise en question. On ne sort pas du piège de ses mots.

À contre-courant du discours dominant sur la politique migratoire française comme européenne, les deux auteurs Pierre Tevanian et Jean-Charles Stevens se donnent pour mission quant à eux de contredire mot par mot — littéralement — cette formule quasi incantatoire, devenue l’alpha et l’oméga de politiques toujours plus répressives.

On peut dire de cet essai qu’il s’agit presque d’un manuel, mettant à disposition des lecteurs et lectrices un arsenal d’arguments rhétoriques, politiques et juridiques pour contrecarrer des affirmations fallacieuses sur ce sujet, qui, à la faveur de la bataille culturelle gagnée par l’extrême droite, ont cessé d’être questionnées. De manière incisive, en s’appuyant à la fois sur l’analyse du discours, les chiffres et les études disponibles (dont certaines publiées par des organismes très officiels comme l’ONU, l’OCDE ou l’Assemblée nationale), c’est tout le discours migratoire de la forteresse Europe qui est ici déconstruit, pierre par pierre. L’essai est ainsi le résultat salutaire de l’analyse d’un philosophe et enseignant français, Pierre Tevanian, dont les écrits témoignent depuis plusieurs années de son engagement antiraciste, et de Jean-Charles Stevens, expert juriste belge, qui a travaillé pendant une dizaine d’années dans plusieurs associations de défense du droit des étrangers.

De qui parle-t-on ?

Comme Louis Witter (lire plus bas le compte-rendu de son livre La Battue), Tevanian et Stevens ont le souci du choix des termes, et adoptent pour désigner les étrangers arrivés sur le sol européen celui de « réfugié », et ce

quel que soit le statut légal des personnes concernées […], pour souligner le motif d’une bonne part des migrations : trouver un refuge, autrement dit une protection contre un péril, une menace, qu’elle soit « politique », « économique » ou (bien souvent) les deux ensembles.

Ce choix politique et le pendant de celui, implicite, de la phrase de l’ancien premier ministre socialiste : en usant de ce « on » ou de ce « nous » trop englobant, les détenteurs de l’autorité politique entraînent avec eux toute une société – française, belge, européenne -, pour l’opposer à un Autre réduit à n’être ni des personnes, ni des individualités fuyant la guerre, la répression, la précarité ou le dérèglement climatique, « mais simplement de « la misère » : une « misère » sans nom, sans sexe, sans visage », qui constituerait par son statut même de réfugié⸱e un fléau à garder loin de ses frontières. Ce faisant, c’est bel et bien une sentence xénophobe qu’il faut d’abord dénoncer et déconstruire en tant que telle.

Mais quelle est l’ampleur de cette « misère du monde » qui risque de dévaler sur le vieux continent, menaçant ainsi le bien-être et le vivre ensemble de ses populations ? Tevanian et Stevens reviennent aux chiffres pour montrer le décalage entre le discours politique catastrophiste et la réalité. Selon ceux du rapport du Haut-commissariat pour les Réfugiés de l’ONU paru en 20211 – et qui se confirment encore dans celui de juin 2023 -, ce sont les pays du Sud qui, à l’échelle mondiale, accueillent le plus grand nombre de réfugié⸱es. Ainsi, le top 10 des pays qui, jusqu’en 2020, comptent sur leur territoire le sixième des réfugiés du monde sont dans l’ordre : la Turquie, la Colombie, le Pakistan, l’Ouganda, l’Allemagne, le Soudan, le Liban, le Bengladesh, l’Éthiopie et l’Iran. Rien d’étonnant quand on sait qu’« une grande majorité des réfugié⸱es (73 %) est accueillie dans un pays voisin du pays d’origine », ce qui exclut de fait les pays européens. On est donc loin d’un « raz-de-marée » ou autres « appels d’air » sans cesse agités par des partis qui vont bien au-delà de l’extrême droite classique. Ce classement montre également que ce ne sont pas les pays les plus riches, qui « peuvent » pourtant « accueillir » les réfugié⸱es, qui portent l’essentiel du « fardeau ». Une capacité qui s’est d’ailleurs avérée de l’ordre du « possible » pour les réfugiés ukrainiens fuyant la guerre.

Entre répression et rentabilité

Mais que signifie déjà « accueillir » ? L’axiome implante dans les esprits de l’existence d’une politique de prise en charge qui comprend déjà tous les réfugié⸱es arrivé.es sur le sol français. Or, ce qui est mis sous silence dans cette dichotomie discursive de l’accueil et de la fermeture des frontières, c’est qu’il s’agit d’abord et avant tout de « laisser tranquille des gens qui arrivent dans ces pays, de ne pas les traquer comme des bandits, de ne pas les enfermer, de ne pas les expulser – de les laisser, déjà, « s’aider eux-mêmes » ». Pourquoi en effet s’acharner à empêcher par la loi ou par l’intervention de forces de l’ordre la solidarité avec les réfugié⸱es et leur intégration professionnelle dans le tissu social, si cet accueil dépasse de fait nos moyens économiques ?

À l’heure où la seule immigration acceptable pour la majorité présidentielle, comme le rappelle la tête de liste aux élections européennes Valérie Hayer, est celle qui concerne les « métiers sous tension », conditionnant la mobilité des individus à une valeur marchande de rentabilité, il n’est pas inutile de rappeler le coût abyssal des politiques migratoires répressives européennes, chiffrées par le sociologue Damien de Blic, comme le rappelle l’ouvrage, à plus de 700 millions d’euros annuels.

Le petit livret de poche de Tévanian et Stevens est un condensé sans fioritures. Chaque paragraphe vient torpiller des phrases répétées comme des mantras par des personnalités dont il devient de plus en plus difficile de distinguer la couleur politique, tant les éléments de langage de l’extrême droite, tabous il y a 20 ans, sont désormais adoptés par ceux-là mêmes qui prétendaient « faire barrage » contre la vague brune. Un essai à mettre entre toutes les mains, à la veille d’un risque de déferlante qui souillera le continent européen.

« zéro point de fixation »

Dans La Battue – L’État, la police et les étrangers, le photojournaliste Louis Witter met en évidence la chasse que subissent de manière continue les personnes exilées de Calais à Dunkerque. L’auteur explicite d’ailleurs le choix à contre-courant qu’il fait de ce terme, au détriment de celui de « migrants » : « Ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté les leurs, qui se sont arrachés à leurs racines. En exil. »

Cette gestion policière porte le nom de « zéro point de fixation », dont le but est de dissuader les exilé⸱es de s’installer et de se regrouper. Depuis 2016 et le démantèlement du plus grand bidonville d’Europe — surnommé « la jungle » de Calais — par le ministre de l’intérieur du gouvernement socialiste, Bernard Cazeneuve, la stratégie des autorités est claire : les effets de la frontière franco-britannique doivent être invisibles. Aucun nouveau bidonville ne doit émerger.

Traques au petit matin, lacérations de tentes, confiscations des effets personnels, interdictions de distributions de nourriture et d’eau sont autant de stratégies mises en place pour assurer ce « zéro point de fixation ». C’est en documentant la régularité des expulsions — toutes les 48 heures — que l’auteur prouve que celles-ci sont le fruit d’une politique pensée et élaborée :

la stratégie du « zéro point de fixation » est entrée dans l’arsenal légitime des gouvernements successifs contre les exilés, de Ouistreham à Dunkerque en passant par Boulogne-sur-Mer et Calais. Son aspect méthodique et rituel a transformé cette stratégie en ligne politique tolérable et admise, du bureau du ministre de l’intérieur à Paris au fourgon de CRS mobilisé le matin »

Des choix qui n’en sont pas

Empêchés de traverser la Manche (la France sous-traitant la frontière du Royaume-Uni), mais interdits de rester : les autorités n’offrent ainsi comme possibilité à ces exilé⸱es que l’errance perpétuelle ou — volet « humanitaire » oblige — des « propositions d’hébergement, à destination de différentes villes », toutes situées hors de Calais, alors que la France n’a jamais été leur destination. « Humanité et fermeté » comme le martèle les différents politiques, de Bernard Cazeneuve à Gérald Darmanin. Mais Witter constate : « à l’échelle de Calais, 85 % des moyens sont alloués à la fermeté, 15 % seulement à l’humanité. »

À quelques kilomètres à peine du but, face à ces choix qui n’en sont pas, les exilé⸱es multiplient les risques pour atteindre les côtes britanniques. Depuis 2016 le nombre de décès s’est accentué. L’ouvrage commence avec les noms des 300 personnes qui ont perdu la vie à la frontière franco-britannique depuis 1999. Les années 2021-2022 comptabilisent à elles seules 30 de ces décès, dont 27 lors du terrible naufrage du 24 novembre 2021. Pour rappel, les investigations en 2022 sur les conditions de ce naufrage révèlent que les migrant⸱es ont appelé à l’aide à de nombreuses reprises, mais les secours français ont attendu qu’ils passent dans les eaux anglaises, sans leur envoyer de moyens de sauvetage.

En France comme en Europe

Si le « zéro point de fixation » est français, des stratégies semblables sont mises en place dans plusieurs pays de l’Union européenne (UE) ou frontaliers, comme le Maroc, la Tunisie ou la Libye, « pour tenter de contenir l’arrivée d’exilé⸱es sur leurs territoires ou leur éviter de passer vers d’autres territoires européens ». Une des similarités avec la frontière franco-britannique est celle de « l’usage de la police en principale réaction à des situations exceptionnelles, au détriment d’une réponse plus humanitaire ». Louis Witter constate : « la police vient d’abord, la loi ensuite ». La sous-traitance des frontières est aussi devenue une spécialité de l’UE, malgré « les dénonciations par les ONG des mauvais traitements infligés aux exilé⸱es aux portes de l’Europe ». Depuis 2019, le Maroc est devenu la première porte d’entrée vers l’Europe. Les subventions du vieux continent allouées au royaume pour empêcher l’immigration illégale sont en constante augmentation. Aux 270 millions d’euros déjà touchés par le Maroc depuis 2007, l’UE a accordé « 500 millions d’euros supplémentaires […] sur la période 2021-2027 », qui se rajoutent aux « 30 millions d’euros » de l’Espagne.

L’UE est aussi dotée d’une force européenne chargée de contrôler et réprimer les flux migratoires : l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, plus connue sous le nom de Frontex. Preuve d’un changement de paradigme concernant la politique migratoire, cette agence se nommait auparavant « Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures ». En 2015, avec l’afflux des réfugiés syriens et irakiens fuyant la guerre, ses mandats sont renforcés et ses pouvoirs élargis. Elle devient aussi une des agences les mieux dotées avec un budget alloué de près de 500 millions d’euros. Comme à Calais, la « fermeté » prime sur l’« humanité ». En 2022, un rapport confidentiel de l’Office européen de lutte contre la fraude faisant état de « graves manquements de la part de Frontex » fuite dans les médias : au lieu d’empêcher les pushbacks (le renvoi d’exilés en pleine mer) en mer Égée, l’agence les a non seulement dissimulés au Parlement européen, mais aussi soutenus. En effet, les avions de Frontex ont été peu à peu retirés du survol des eaux — pour ne pas avoir à intervenir en cas de refoulement —, et les embarcations de la marine grecque servant aux renvois ont été achetés avec des financements européens.

Si Fabrice Leggeri, ex-patron de Frontex, est poussé vers la sortie suite à ce scandale, l’agence va continuer à monter en puissance. D’ici à 2027, elle sera constituée de « 10 000 garde-côtes et gardes-frontières armés », contre 2 100 agents actuellement, et son budget annuel moyen devrait atteindre 900 millions d’euros. Quant à son ancien directeur, il est aujourd’hui en troisième position sur la liste du Rassemblement national pour les élections européennes. CQFD.

Des politiques mortifères

En 2019, Amnesty International déclarait dans un rapport que « les politiques migratoires européennes ont mis en danger la vie de milliers de personnes ». Le surinvestissement technologique — drones et capteurs de CO₂, par exemple —, l’utilisation massive de la police et les durcissements des politiques sur l’immigration dans les différents pays de l’Union, montrent surtout « l’incapacité des gouvernements à gérer [les frontières] autrement que par l’outil coercitif ». Au détriment des exilé⸱es, de l’État de droit, de la convention de 1951 sur le statut des réfugiés, de la Convention européenne des droits de l’homme, de notre humanité commune.

Face à ces politiques mortifères, l’ouvrage de Louis Witter rend hommage aux calaisien⸱nes, aux associations locales et plus largement à tous celles et ceux qui, à travers l’Europe, luttent pour faire respecter les droits et la dignité des personnes exilé⸱es.

Calais, ville symbole de ce que le pays peut faire de pire à sa frontière, mais aussi de ce que ses citoyens peuvent faire de meilleur. D’un côté, un État autoritaire et maltraitant, de l’autre, des milliers d’individus prêts à agir au quotidien pour aider des étrangers en demande d’un refuge

Epouvantail ( Orient 21 ) dans A gauche du PS

Sarra Grira

Journaliste, rédactrice en chef d’Orient XXI.

 dans Altermondialisme

Marine Bequet

Membre du comité éditorial d’Orient XXI.

https://orientxxi.info/

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05 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Edito (NPA)

Crédit Photo Photothèque rouge / Milo
 Européennes : faire entendre la gauche de combat !

Ce dimanche, les urnes devraient confirmer que la politique mise en œuvre par les macronistes a largement ouvert la voie au danger de l’extrême droite. Mais si celle-ci se rapproche un peu plus du pouvoir, ne pas s’y résigner est une nécessité, pour construire les luttes et regrouper celles et ceux qui veulent rompre avec ce système qui amène le pire.

L’Union européenne, un outil contre les travailleur.es et les peuples

L’Union européenne est un instrument de dérégulation et de mise en concurrence généralisée, que les classes dirigeantes utilisent pour promouvoir leurs intérêts. Au-delà des gesticulations d’un Parlement sans pouvoir, les institutions européennes servent aux gouvernements à mettre en place leurs politiques de mise en concurrence, de privatisation et de dérèglementation. L’Union européenne est aussi devenue une prison, qui permet aux pays dominants de mettre au pas tous les pays qui ne voudraient pas appliquer leurs politiques, comme l’a montré l’exemple de la Grèce dans les années 2010.

L’Union européenne a pris ces dernières années un visage de plus en plus inquiétant : celui d’une Europe-forteresse, qui ferme ses frontières, au prix de 2 à 3000 migrant.es mort.es chaque année en Méditerranée. Celui d’une Europe guerrière qui fait exploser ses budgets militaires tout en mégotant son soutien à l’Ukraine. Celui d’une Europe impérialiste, alignée sur les Etats-Unis, qui refuse de mettre fin à l’accord d’association avec l’Etat d’Israël qui permet à celui-ci de financer son génocide.

Des élections prises en otage par Macron et le RN

Durant cette campagne électorale, Macron n’a eu qu’un seul but : promouvoir la politique du RN pour tenter de se poser en seule alternative à l’extrême droite. Il a envoyé Attal débattre avec Bardella, avant de proposer de débattre lui-même avec Le Pen, alimentant à chaque fois la montée du RN dans les sondages.

Macron est indéniablement le meilleur agent électoral du RN. D’abord grâce à ses mesures, qui sèment le désespoir et alimentent ainsi le vote d’extrême droite. Aussi par sa politique de légitimation du RN, qu’il a par exemple invité à participer à sa manifestation « républicaine » contre l’antisémitisme. Enfin, en reprenant purement et simplement son programme raciste – de la sinistre loi asile ­immigration poussée par Darmanin en décembre au Pacte migratoire voté par le Parlement européen il y a quelques semaines – ce qui donne une crédibilité nouvelle aux idées de l’extrême droite.

Contre Macron et Bardella, votons pour Manon Aubry

Durant cette campagne, une seule liste à gauche aura porté à large échelle les couleurs de la gauche de combat. C’est celle de Manon Aubry, qui est parvenue à faire entendre une voix résolue, en particulier en ce qui concerne la nécessaire solidarité avec le peuple palestinien et contre la répression mise en place par Macron et Darmanin. Sa liste est aussi la seule à être en mesure d’envoyer des député.es capable au quotidien de contester à gauche la politique de l’Union européenne et de porter une perspective autre que celle de cette Europe des banques, de la guerre et des barbelés.

C’est pourquoi, malgré les désaccords que nous pouvons avoir avec la France insoumise sur l’Ukraine ou d’autres sujets, le NPA l’Anticapitaliste appelle à voter ce dimanche 9 juin pour la liste de l’Union populaire conduite par Manon Aubry.

Au-delà, nous avons besoin de continuer à construire les mobilisations, sur nos lieux de travail ou d’études, dans nos quartiers, afin de mettre un coup d’arrêt à Macron et à l’extrême droite, à changer d’Europe.

Mardi 4 juin 2024

https://npa-lanticapitaliste.org/

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02 juin 2024 ~ 0 Commentaire

8 juin Paris

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