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16 mars 2023 ~ 0 Commentaire

retraites (côté brest)

brest

Réforme des retraites : la mobilisation se poursuit à Brest

À Brest, l’intersyndicale maintient la pression pour voir le projet de réforme des retraites abandonné. Des salariés bloquent aussi le port. Et l’AG des luttes est en action.

À Brest, l’intersyndicale maintient la pression sur le gouvernement, après le huitième acte de la mobilisation contre le projet de réforme des retraites qui, mercredi 15 mars 2023, a rassemblé 18 000 personnes dans la rue (7 000 selon la police).

Pique-nique à la gare

Ce jeudi 16 mars, alors que le projet adopté par la commission paritaire mixte, dans la soirée de mercredi, voté ce matin par le Sénat, est présenté à l’Assemblée nationale depuis 15 h cet après-midi, l’intersyndicale de Brest a organisé une nouvelle action au rond-point Henri-Rol-Tanguy, devant la gare.

De 11 h 30 à 14 h, une centaine de manifestants se sont rassemblés pour partager un pique-nique, au rythme de la musique revendicative diffusée. Bloquant la circulation sur ledit rond-point, notamment pour descendre vers le port de commerce. Générant des difficultés pour les automobilistes dans tout ce secteur du centre-ville.

La suite ? Les leaders syndicaux attendaient le résultat du vote (ou non vote) du projet de réforme des retraites cet après-midi. Une intersyndicale nationale doit se réunir dans la soirée afin de déterminer la position à adopter. Mais nous ne lâchons rien et ne lâcherons rien.

À Brest, les syndicats CGT, CNT, FSU, Union Pirate et Solidaires ont immédiatement dégainé, appelant à un nouveau rassemblement, ce jeudi à 18 h, place de la Liberté. Qu’ils justifient par ces propos : « Depuis le 19 janvier, lors de huit journées de grève et de manifestations, les salarié·es, jeunes, retraité·es, et plus largement toute la population, ont massivement exprimé leur rejet du projet de réforme des retraites porté par le gouvernement.

Le gouvernement a usé de tous les artifices constitutionnels pour que les débats parlementaires soient limités. Cette attitude relève du mépris de l’expression très majoritaire de la population et de la démocratie sociale, elle est aussi indigne que dangereuse.

Le recours au 49.3 ce soir est un nouveau déni de démocratie.

Blocage du port

La journée avait débuté avec le blocage du port de commerce dès ce matin, 6 h, par des salariés du port (de la CCI, des dockers, de Damen), à l’appel de la CGT. Il est difficile de se déplacer dans le secteur, l’accès aux rues Trischler et de Kiel étant interdit par des conteneurs et donc entièrement fermée à la circulation. Le blocage devait être levé vers 16 h.

Actions de l’AG des luttes

Dès 7 h 30, la place Albert-Ier, de l’autre côté de Brest, était également bloquée. À la manœuvre, des manifestants de l’AG des luttes de Brest (qui ouvraient d’ailleurs le cortège, la veille à Brest, lors du huitième acte de mobilisation contre le projet de réforme des retraites) qui avaient allumé des feux et installé des barricades de fortune durant une bonne partie de la matinée. Avant de se rendre également au port où le blocage est prévu pour toute la journée.

Et les manifestants de l’AG des luttes d’expliquer, dans un tract distribué aux automobilistes, pourquoi ils préconisent un blocage économique. Ils veulent, par leurs actions, « augmenter la pression sur le gouvernement afin qu’il retire sa réforme des retraites », disent que « 90% des Français sont contre cette réforme et que la majorité des Français pensent qu’il faut bloquer le pays pour enfin se faire entendre ».

Ajoutant « qu’un blocage économique fait perdre jusqu’à deux milliards d’euros par jour au patronat, qui pourrait alors faire pression sur le gouvernement afin qu’il se plie aux revendications du mouvement social ».

L’AG des luttes veut aussi « rendre concrète et visible notre ferme opposition, car manifester ne suffit plus : le gouvernement joue au sourd et fait tout pour court-circuiter la démocratie. Nous nous inscrivons dans une dynamique nationale de blocage généralisé de l’économie et de grève reconductible à l’appel de certains syndicats. »

L’AG des luttes de Brest entend aussi « rendre le débat incontournable et sensibiliser. Pour étendre le mouvement, nous entendons lier la lutte contre la réforme des retraites avec des revendications offensives telles qu’une hausse des salaires et prise en compte de la précarité étudiante. »

Yann Guénégou  16 Mars 2023

https://actu.fr/

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14 mars 2023 ~ 0 Commentaire

staline (lutte ouvrière)

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5 mars 1953 : la mort de Staline, pas du stalinisme

Il y a 70 ans mourait Staline. De Hitler à Franco, de Horthy à Salazar, Mussolini et tant d’autres, le 20e siècle abonda en dictateurs écrasant les peuples. Il faut pourtant faire une place à part à Staline car il dirigea un régime se disant socialiste alors que sa dictature porta, plus qu’aucune autre, des coups terribles au mouvement ouvrier et à son avant-garde révolutionnaire, en URSS et partout dans le monde.

Sous Staline, ce fut « minuit dans le siècle » : la trahison des révolutions dans les autres pays, la liquidation du Parti bolchevique, la terreur à grande échelle comme moyen de gouverner. Comment cela a-t-il pu arriver quelques années à peine après la révolution d’Octobre qui, en instaurant la démocratie des soviets, voulait ouvrir la voie au socialisme mondial ?

Le « socialisme dans un seul pays » ?

Si le jeune État soviétique finit par triompher de quatre ans d’une guerre civile effroyable imposée par les Blancs et les armées impérialistes, le pays en sortit exsangue, son économie ravagée et sa population épuisée. Le reflux de la vague révolutionnaire en Europe laissait l’URSS isolée, handicapée par son immense arriération sociale héritée du tsarisme. Pire : alors que les ouvriers les plus conscients, survivants de la guerre civile, étaient absorbés par les besoins du nouveau pouvoir, la classe ouvrière, déjà très minoritaire avant-guerre, n’était plus en mesure de diriger son État.

Cela renforça une couche sociale spécialisée dans la gestion de l’État, une bureaucratie que la classe ouvrière n’avait plus la force de se soumettre. Lénine avait tenté d’enrayer ce phénomène qui prenait des proportions monstrueuses, mais la mort mit fin à ses efforts. Des dirigeants et militants bolcheviques, qui s’étaient regroupés autour de Trotsky fin 1923, allaient mener ce combat contre la dégénérescence de l’État ouvrier et du Parti communiste lui-même.

Dans la lutte que certains dirigeants avaient engagée pour succéder à Lénine, la fraction du Parti communiste que Staline représentait au sommet du pouvoir s’appuyait sur les bureaucrates contre les révolutionnaires. Et une foule de cadres petits et grands de l’appareil dirigeant finirent par se reconnaître dans la fraction stalinienne. Prônant le « socialisme dans un seul pays », une aberration pour tout marxiste, Staline levait un drapeau contre Trotsky, resté fidèle à la théorie de la révolution permanente, qui avait été au cœur de la politique de Lénine et des bolcheviks. Il indiquait aussi aux bureaucrates et à la bourgeoisie mondiale qu’avec lui c’en serait fini de la révolution dans tous les pays.

Sous Staline, les camps de concentration se remplirent de millions de travailleurs forcés : des opposants, réels ou prétendus tels, mais surtout un nombre effroyable d’ouvriers et de kolkhoziens condamnés pour des peccadilles, voire sans raison.

En même temps, le régime vantait sa Constitution de 1936 comme « la plus démocratique du monde ». Alors que la politique stalinienne avait permis à Hitler d’accéder au pouvoir en ­Allemagne et qu’ensuite elle avait étranglé la révolution en Espagne, la propagande chantait Staline comme « le défenseur des travailleurs », « l’ami des peuples ». Les Partis de l’Internationale communiste, dont le parti français, applaudissaient aux procès de Moscou, présentant l’URSS comme le paradis des travailleurs.

Terreur bureaucratique et ordre impérialiste

La Deuxième Guerre mondiale fut une tragédie pour l’URSS et son peuple. La bureaucratie n’aspirant qu’à profiter en paix de sa position privilégiée, Staline avait cru échapper à la guerre en faisant les yeux doux aux démocraties occidentales, puis à l’Allemagne nazie. Confiant dans son pacte avec Hitler, Staline avait laissé l’Armée rouge sans préparation, après avoir décimé ses officiers. L’armée allemande atteignit Moscou et Leningrad en quelques semaines. Finalement, l’URSS put résister à Hitler, et à l’incapacité de la bureaucratie à assurer sa défense, grâce à l’héroïsme de sa population, au front comme à l’arrière. Elle le paya de 20 millions de morts et d’immenses destructions.

Churchill et Roosevelt ayant associé Staline à leur repartage du monde, celui-ci se chargea de défendre l’ordre mondial, d’empêcher que les peuples se lancent à l’assaut du pouvoir comme en 1917-1923. Il le fit dans l’Europe de l’Est que son armée occupait, et dans les autres pays en mettant les Partis communistes au service de la bourgeoisie, au nom de la « reconstruction nationale ».

Cela accompli, l’impérialisme n’avait plus autant besoin de Staline. La guerre froide s’engagea, marquée par la constitution de l’OTAN, une alliance militaire occidentale dirigée contre l’URSS. Face à cette menace, Staline chercha à s’assurer la loyauté des « pays de l’Est » en affermissant son contrôle militaro-­policier, et par une série de procès contre leurs dirigeants.

En URSS, Staline, qui craignait que la population relève la tête, accentua la répression. Il fit envoyer en camps un million de soldats, ex-prisonniers en Allemagne, qu’il accusa de s’être laissé capturer. Il fit déporter des peuples entiers, sous l’accusation d’avoir trahi. Puis, il lança une affaire aux relents antisémites, un prétendu complot des « blouses blanches », prélude à une nouvelle purge des milieux dirigeants.

Le stalinisme après Staline

Aucun membre du Bureau politique ne pouvait se croire à l’abri. Aussi le 28 février 1953, quand Staline eut une attaque, ses lieutenants le laissèrent agoniser, le temps d’organiser des obsèques grandioses, et surtout sa succession. Béria, chef de la police politique, donc le plus dangereux des prétendants, fit l’unanimité à ses dépens : il fut arrêté, puis exécuté, avec ses adjoints. Khrouchtchev, chef du parti, fut le plus habile. Devenu successeur en titre de Staline, il l’accusa en 1956, au 20e congrès du parti, sinon de toutes les tares du régime, en tout cas d’avoir fait exécuter de nombreux « bons staliniens », disait-il en s’adressant aux bureaucrates.

Ce que l’on qualifia de « déstalinisation » n’était guère plus que la promesse faite aux bureaucrates qu’ils pourraient jouir de leurs privilèges sans plus craindre pour leur vie.

Le régime souleva un peu le couvercle de la censure, surtout littéraire, un « dégel » qui permit à l’intelligentsia de voir en Khrouchtchev un libéral. Mais le régime n’avait, sur le fond, rien perdu de son caractère parasitaire, réactionnaire, policier et violemment antiouvrier.

Il le prouva dès juin 1953, en lançant ses tanks contre les ouvriers de Berlin-Est en grève. Puis il réprima dans la foulée les soulèvements des ouvriers tchèques de ­Plzen, polonais de Poznan et, en octobre-décembre 1956, Khrouchtchev dut s’y reprendre à deux fois pour faire écraser par ses chars la révolution des conseils ouvriers de Hongrie.

Pierre LAFFITTE 08 Mars 2023

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14 mars 2023 ~ 0 Commentaire

bretagne (lutte ouvrière)

bretagne

Saint-Nazaire et Lorient

À Saint-Nazaire, la manifestation a été la plus grosse de toutes les manifestations de ces dernières semaines sur les retraites. Même la police a dû le reconnaître, qui a compté 15 000 manifestants dans cette ville de 70 000 habitants.

Les cortèges des grosses entreprises industrielles de la région, Airbus ou les Chantiers de l’Atlantique, comptaient aussi de nombreux salariés de la sous-traitance comme ceux et celles d’ISS qui font du nettoyage industriel et étaient particulièrement dynamiques.

À Lorient, avec plus de 18 000 personnes dans la rue, on a battu tous les records, avec les travailleurs de la fonderie de Bretagne, Guerbert, de la santé, de l’agroalimentaire… et un autre cortège partant du port de Lorient, avec les travailleurs de l’arsenal, des magasins de marée, etc.

08 Mars 2023

https://journal.lutte-ouvriere.org/

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14 mars 2023 ~ 0 Commentaire

à l’ouest (socialist worker)

all-quiet-on-the-western-front

« All Quiet on the Western Front » : le livre que les nazis détestaient

Adaptation primée du puissant roman anti-guerre de Remarque, « All Quiet on the Western Front ».

Alors qu’All Quiet on the Western Front a été salué par les Oscars et les Baftas, John Newsinger se souvient de la persécution dont son auteur a fait l’objet.
Le soldat allemand Paul Baumer est assis, sale et hébété, dans le no man’s land, tandis que d’autres soldats passent devant lui en courant, dans une scène d’All Quiet on the Western Front (A l’Ouest rien de nouveau).

Erich Maria Remarque a publié son puissant roman anti-guerre « Tout est calme sur le front occidental » en janvier 1929.  À la fin de l’année, il s’était vendu à plus d’un million d’exemplaires en Allemagne, à 600 000 exemplaires en Grande-Bretagne et à 200 000 exemplaires aux États-Unis.

Le livre indigne à la fois l’armée et la droite allemandes, les nazis en particulier condamnant à la fois le livre et son auteur. Le livre a connu un succès international et a fait l’objet d’un film hollywoodien l’année suivante.

La première du film à Berlin a eu lieu le 4 décembre sans incident, mais la représentation du lendemain a été bloquée par les Chemises Brunes, l’armée de rue des nazis. Un important contingent nazi présent dans le public organise une manifestation violente. Ils dénoncent le film comme un « Judenfilm » et s’en prennent à tous ceux qui, dans le public, leur paraissent juifs. La projection est abandonnée.

Les nazis ont poursuivi leurs violentes protestations pendant les quatre jours suivants, culminant avec une marche au cours de laquelle Hitler lui-même a fait le salut. Au lieu de s’opposer aux nazis, le parlement allemand vota l’interdiction du film.

Le succès du livre permet à Remarque de quitter le pays et de s’installer d’abord en Suisse, puis aux États-Unis. S’il ne l’avait pas fait, il aurait certainement été arrêté lorsque les nazis sont arrivés au pouvoir et jeté dans un camp de concentration.

Quelques semaines après l’installation d’Hitler comme chancelier en 1933, les nazis ont commencé à brûler des livres. La possession d’un exemplaire d’All Quiet on the Western Front est considérée comme un délit.

La police secrète Gestapo rédige un rapport sur Remarque, le condamnant pour son attachement aux « idées judéo-marxistes » et pour n’avoir fréquenté que des « émigrés, des juifs et des communistes ». Peu après, il est déchu de sa nationalité allemande.

Mais Remarque ne riposte pas à ce moment-là dans ses écrits. Il laisse un autre exilé, Bertolt Brecht, indifférent. Et la chanteuse et actrice Marlene Dietrich, férocement antinazie, avec qui il a eu une relation, a critiqué sa réticence à prendre position publiquement. Pour elle, « il n’a pas suffisamment lutté contre le nazisme ». Remarque se décrit alors comme un « pacifiste militant ».

Cela a commencé à changer pendant la Seconde Guerre mondiale. Au début de l’année 1945, il a commencé à écrire A Time to Love and A Time to Die (Un temps pour aimer et un temps pour mourir). Il s’agit d’une puissante mise à jour d’All Quiet, qui explore les horreurs du militarisme et du fascisme allemands sur le front de l’Est.

Mais ce n’est qu’en 1952 qu’il publie son formidable Spark of Life (Étincelle de vie), un roman de survie et de résistance qui se déroule dans un camp de concentration nazi en 1945. Il y fait la chronique du massacre des prisonniers par la faim, le surmenage et les meurtres occasionnels.

Le livre expose sans relâche la brutalité et la cruauté de l’élite paramilitaire SS. Et pourtant, malgré la façon dont ils ont été écrasés, les prisonniers se révoltent.

Il a dédié Spark of Life à sa sœur Elfriede Scholz. Elle avait été arrêtée pour avoir tenu des propos défaitistes en septembre 1943 et condamnée à mort. Le président du tribunal a précisé qu’elle était exécutée à la place de son frère, et elle a été décapitée le 16 décembre 1943.

Monday 13 March 2023

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13 mars 2023 ~ 0 Commentaire

sud rail (à l’encontre.ch)

sud rail (à l'encontre.ch) dans A gauche du PS Manifestation-du-7-mars-2023-a-Saint-Gaudens-Coll.-CM
Manifestation du 7 mars 2023 à Saint-Gaudens

Ce texte prolonge la contribution du 21 février 2023. Pour tout ce qui est du contexte, des réflexions sur la construction d’un rapport de force, des premiers enseignements à tirer du mouvement en cours, il convient de s’y reporter, l’idée étant de ne pas répéter les mêmes choses à quelques semaines d’écart. Cela dit, une actualisation n’est pas utile.

Le projet de loi va être adopté

Le Sénat a approuvé une version du projet de loi. Mercredi 15 mars, la commission mixte paritaire réunissant des membres du Sénat et de l’Assemblée nationale se réunit pour adopter une version commune qui pourra alors être soumise aux député·e·s, pour adoption définitive dès jeudi 16 mars. Le gouvernement s’appuie sur sa majorité relative et sur la droite de l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas une surprise. Durant quelques semaines, la «représentation nationale» a fait… de la représentation, du théâtre; sans surprise, là non plus. L’opposition a agi pour retarder l’adoption du texte, le gouvernement a fait de même pour en accélérer la validation. Chaque groupe a fait mine de s’offusquer des moyens utilisés par l’autre camp: multiplication d’amendements d’un côté, vote bloqué de l’autre. Il ne s’agit que du jeu institutionnel normal, tel que prévu par la Constitution de la 5è République française; cette république au service de la bourgeoisie, bâtie sur le massacre des Communards et Communades de 1871.

La principale leçon a tiré de la séquence parlementaire est qu’elle marque, une nouvelle fois, le fossé qui existe entre les «représentantes et représentants du peuple» et… le peuple. En toute légalité, dans le plus grand respect des règles de la démocratie dite représentative, le Parlement va adopter un projet de loi rejeté par l’immense majorité de la population. Les mouvements, organisations et collectifs se réclamant de l’émancipation sociale doivent prendre l’offensive sur cette question.

Il faut assumer la remise en cause du jeu dit démocratique, qui renie les bases mêmes de la démocratie. Le système en place est fait pour protéger les intérêts du patronat, des actionnaires, des profiteurs, des capitalistes; il est illusoire de penser que les outils mis en place pour le pérenniser permettront de le dépasser!

Il ne sert à rien de répéter «en agissant comme ça, Macron fait le lit du Rassemblement national». Oui, l’extrême droite en profitera… s’il n’y a pas d’alternatives portées publiquement. Notre camp social, celui de celles et ceux qui ne vivent pas de l’exploitation d’autrui, doit reprendre l’offensive en termes de propositions d’organisation d’une société autogestionnaire, égalitaire, écologique… démocratique, si on en revient au vrai sens du mot.

Les manifestations demeurent très fortes

Depuis le 19 janvier, les journées nationales de manifestation se sont succédé: 19 janvier, 31 janvier, 7 février, 11 février, 16 février, 7 mars, 8 mars, 11 mars. La compétition entre «chiffres de la police et du gouvernement» et «chiffres de la CGT et des organisations syndicales» n’a aucun intérêt. Ce qui compte, c’est qu’elles rassemblent énormément de monde, alors même que cela va faire deux mois que ça dure. C’est la traduction, dans la rue, du rejet massif du projet de loi par la masse de la population.

Elles ne suffisent pas

Le niveau du rapport de force nécessaire à la victoire ne peut s’apprécier qu’au cas par cas, à un instant donné. Aussi importants que soient le débat et la lutte à propos du projet de loi sur les retraites, nous sommes confronté·e·s à une offensive des capitalistes et de leurs représentant·e·s qui dépassent ce cadre. Il y a une volonté de laminer le mouvement syndical; sans distinction.

D’où ce mépris gouvernemental envers l’intersyndicale prise dans sa globalité, mais aussi dans sa diversité. Que le gouvernement ignore Solidaires est habituel, qu’il s’oppose à la CGT aussi; qu’il méprise la CFDT l’est beaucoup moins. Quelle que soit l’issue du mouvement en cours, il y a un grand intérêt à ce que l’unité d’action syndicale, mais aussi des cadres de réflexion intersyndicaux, demeurent. Ce sera nécessaire face à la volonté de destruction du syndicalisme.

Par rapport à de précédentes luttes d’ampleur qu’a connues le pays, il est une évolution qu’il faut prendre en compte: celle de la caste politique au pouvoir. Pour les technocrates comme Macron et ses ministres, le gouvernement n’est qu’un moment dans une vie professionnelle faite de cabinets de conseil pour entreprises, de conseils d’administration, de directions d’entreprises publiques, etc. Ils et elles se moquent du coup d’arrêt à la «carrière politique» qui peut résulter d’une défaite sociale. D’où leur cynisme face au rejet massif de leur projet de loi. Qui plus est, Macron lui-même en est à son second mandat et n’est pas rééligible.

La grève

L’enjeu était de construire la grève entre mi-février et le 7 mars, date retenue par l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC, UNSA, Solidaires, FSU pour «mettre la France à l’arrêt». Sur ce point, aussi, on pourra se reporter à l’article du 21 février.

A l’orée de cette nouvelle semaine, près de deux mois après la première journée nationale interprofessionnelle organisée par l’intersyndicale, la situation est celle-ci: il y a un mouvement de grève reconductible depuis le 7 mars à la SNCF, les raffineries, une partie des secteurs de l’énergie et de celui des déchets. Il ne s’agit pas ici d’invisibiliser ce qui existe localement dans telle ou telle entreprise, ni de nier que dans certains secteurs des militantes et militants poursuivent la grève [1].

Il faut que tous ces éléments soient collectivisés par les équipes syndicales interprofes-sionnelles, localement et nationalement. Mais cela n’est pas suffisant. Surtout, les quelques secteurs où la grève a un caractère de masse sur le plan national ne doivent pas être la solution à mettre en avant, faute de généralisation de la grève. C’est le sens de l’appel lancé ce week-end par la fédération des syndicats SUD-Rail.

«Les cheminotes et cheminots s’adressent à vous»:

«Inutile de réexpliquer tous les méfais du projet de loi sur les retraites. Les énormes manifestations dans tout le pays montrent son rejet par l’immense majorité de la population. Mais le patronat, les actionnaires et donc le gouvernement ont décidé l’épreuve de force, les manifestations ne suffisent pas. Il faut une grève interprofessionnelle.

Au lendemain du 7 mars, l’intersyndicale rassemblant CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC, UNSA, Solidaires, FSU et organisations de jeunesse l’a clairement dit: elle “soutient et encourage tous les secteurs professionnels à poursuivre et amplifier le mouvement”. Vous voulez nous soutenir? Alors il faut rejoindre la grève. Vite, pour gagner vite.

Nous, cheminotes et cheminots, sommes en grève reconductible depuis une semaine. Il en est de même dans quelques autres secteurs. Nous ne voulons pas d’une grève par procuration: pour nous aider à tenir, il faut que les autres secteurs s’engagent dans la grève et le blocage du pays! Le meilleur moyen de soutenir celles et ceux qui sont en grève, c’est d’organiser la grève là où vous travaillez. Le meilleur moyen de gagner vite, c’est d’agir ensemble.» [2]

Et maintenant?

La priorité est de renforcer la grève dans les secteurs où elle existe déjà à une échelle de masse, de la généraliser par la mise dans le coup d’autres entreprises et services. C’est là, entreprise par entreprise, service par service, que ça se gagne et se construit. Les Assemblées générales au plus près des lieux de travail permettent que le maximum de grévistes prennent leur grève en main. Elles sont moins spectaculaires mais plus efficaces que les «AG» interprofessionnelles de villes quand celles-ci ne reposent pas sur des grèves de masse dans les entreprises et services.

L’intersyndicale devrait appeler à la grève générale? Certes, mais si l’objectif est de construire la grève générale, pas seulement de dire qu’on y a appelé, qu’est-ce qui est le plus utile: un appel avec les deux mots souhaités, d’une ou deux organisations seulement? Ou un appel à «mettre à l’arrêt le pays» immédiatement suivi d’un autre à «poursuivre et amplifier le mouvement» comme l’ont fait, ensemble, CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC, UNSA, Solidaires, FSU?

Y compris dans les secteurs en grève reconductible, on note un recul de l’auto-organisation, un affaiblissement de la pratique des Assemblées générales de grévistes. Il ne s’agit ni de le cacher ni de s’en satisfaire. C’est un problème auquel est confronté le syndicalisme prônant l’éman-cipation sociale, la rupture avec le capitalisme, l’autogestion, la socialisation des moyens de production et d’échanges. La faiblesse des outils interprofessionnels locaux revient aussi à la surface, comme lors de chaque mouvement social d’ampleur; il faudra essayer d’en tirer les enseignements, en cohérence avec les constats, si on veut que les choses changent.

Mais pour l’heure, nous n’en sommes pas au bilan: la lutte se poursuit! (Article reçu le 13 mars, au matin)

Christian Mahieux: Cheminot retraité, syndicaliste SUD-Rail [Union syndicale Solidaires], actif dans le Réseau syndical international de solidarité et de luttes, membre des collectifs de rédaction de Cerises la coopérative, La Révolution prolétarienne, Les utopiques, coopérateur des éditions Syllepse;

13 mars 2023 Alencontre

https://alencontre.org/

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[1] Rappelons aussi, encore une fois, la grève des postiers sans-papiers de Chronopost et DPD en région parisienne, qui dure depuis… novembre 2021.

[2] Appel de la fédération des syndicats SUD-Rail, du 10 mars 2023.

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12 mars 2023 ~ 0 Commentaire

staline (npa)

1953, la mort de Staline ouvre une nouvelle ère

« Toute la Russie pleurait : à partir de ce jour-là nous avons su que personne ne pensait plus pour nous. » Ces mots du poète khrouchtchévien Evtoutchenko témoigne du choc, mais aussi de la rupture, que la mort de Staline, le 5 mars 1953, constitua pour tous les Soviétiques et le mouvement communiste international.

Dans ses dernières années, Staline craignait tellement d’être assassiné qu’il avait choisi de ne plus dormir au Kremlin où il laissait toute la nuit la lumière allumée dans son bureau, afin de faire croire qu’il veillait en permanence sur le bien-être du peuple soviétique.

Soirée fatale à Kountsevo

Toutefois, lorsqu’il ne séjournait pas dans l’une de ses résidences luxueuses du Caucase, où il résidait la moitié de l’année, le dictateur passait ses nuits dans la datcha ultra ­sécurisée qu’il avait fait aménager à Kountsevo, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Moscou.

C’est là que le 28 février, après avoir passé, selon son habitude, la nuit à boire et à manger avec Beria, Boulganine, Khrouchtchev et Malenkov, il se retira peu avant 6 heures du matin dans ses appartements privés, où il ne dormait jamais dans la même pièce — pour des raisons de sécurité.

Khrouchtchev qui, dans les souvenirs qu’il a publiés en 1970, a laissé le récit le plus détaillé des événements, affirme que la maisonnée attendit en vain vers midi, l’heure habituelle du réveil de Staline, que le dictateur sorte de ses appartements.

Le personnel et les gardes du corps passèrent l’après-midi derrière les portes, tout aussi inquiets de l’absence de réaction de Staline que terrorisés à l’idée d’entrer sans autorisation dans ses appartements. Il fallut attendre 22 heures pour que les chefs de la sécurité décident courageusement d’envoyer une vieille femme de chambre dans les appartements de Staline. Elle le trouva par terre dans sa bibliothèque : baignant dans son urine, Staline avait tout le côté droit paralysé et gisait sans doute depuis de longues heures dans un état de semi-conscience.

Une lente agonie

Après avoir installé Staline sur un lit, le personnel de Kountsevo prévint Beria, qui leur défendit d’appeler des médecins. D’après Khrouchtchev, Beria, qui en tant que chef de la police savait que Staline avait prévu de le faire prochainement arrêter, avait tout intérêt à ne pas le faire soigner.

Il est toutefois possible que Beria ait simplement voulu respecter la phobie que Staline éprouvait envers les médecins, qui l’avait amené à faire arrêter les siens quelques mois auparavant. Au bout d’une dizaine d’heures, il fut toutefois décidé de faire venir des docteurs qui ne surent que faire, si ce n’est prescrire de poser des sangsues au mourant pour réduire sa tension. Beria envoya aussi ses agents interroger dans les prisons les médecins que Staline avait fait arrêter : sur la base de la description clinique qui leur fut faite, ils expliquèrent qu’il n’y avait plus d’espoir et que la mort était inéluctable.

Toujours posé sur son lit, Staline s’asphyxiait lentement, sans recevoir aucun véritable soin. Le 4 mars, Malenkov décida qu’il fallait préparer la population au décès de son dirigeant suprême et la radio annonça à toute la population que l’état du camarade Staline était inquiétant.

Le patriarche de Moscou et le grand rabbin appelèrent aussitôt les fidèles à une veillée de prière, avant que le 6 mars, à 4 heures du matin, la radio soviétique n’annonce que « le cœur du compagnon d’armes de Lénine, le porte-drapeau de son génie et de sa cause, le sage éducateur et guide du parti communiste et de l’Union soviétique, a cessé de battre le 5 mars 1953 à 21 h 50 ».

Tragiques funérailles

De nombreux témoignages attestent que l’annonce de la mort de Staline fut accueillie avec des cris de joie dans les camps de travail, qui regroupaient alors 2,5 millions de Soviétiques. Les archives soviétiques conservent aussi les procédures intentées contre plusieurs citoyens, qui furent condamnés à 10 ans de camp pour avoir accueilli avec enthousiasme la nouvelle du décès de Staline. Toutefois, la grande majorité de la population s’attacha à manifester, par prudence ou par sincérité, la très grande douleur que lui inspirait ce deuil.

Le corps de Staline fut déposé dans la salle des Colonnes de la Maison des syndicats, à l’endroit même où le corps de Lénine avait été exposé en 1924. Très vite, se forma une immense queue, longue de 16 km, permettant aux Moscovites en larmes de se recueillir devant le cadavre de Staline.

Le 9 mars, les autorités organisèrent des funérailles, pour conduire le corps jusqu’au mausolée construit sur la Place Rouge, où il devait reposer auprès de Lénine, embaumé pour l’éternité. La foule était si nombreuse que la cérémonie tourna au drame, puisque 1 500 personnes moururent étouffées ou piétinées dans les épouvantables bousculades que suscita l’incurie habituelle de l’administration, qui n’avait pris aucune mesure pour contenir les millions de Soviétiques qu’elle avait fait venir pour les funérailles.

Un écho international

Tous les témoignages attestent que les militants et dirigeants communistes furent profondément choqués par l’annonce du décès de Staline. Des dirigeants aussi expérimentés que Mao et Zhou Enlai se mirent à pleurer lorsqu’ils apprirent la nouvelle.

En Italie, le secrétaire général du PCI, Togliatti, était terriblement ému lorsqu’il vint annoncer le décès de Staline à la chambre des députés. Avec l’accord des autres parlementaires, il expliqua que les députés ne pouvaient pas continuer dans ce contexte leurs travaux, car un tel décès « étreint le cœur de toute l’humanité civilisée, puisqu’il n’est pas nécessaire d’avoir partagé les idées de Joseph Staline, d’avoir exalté ses œuvres, pour être frappé, étonné, au moment où cette vie prodigieuse prend fin ».

En France, où le gouvernement fit ordonner trois jours de deuil officiel, Jacques Duclos, qui dirigeait le PCF depuis le départ en 1950 de Thorez à Moscou (Waldeck Rochet?), ne put lui non plus retenir ses sanglots lorsqu’il vint devant le comité central annoncer la mort de Staline. Le PCF fit recouvrir les sièges de ses locaux par d’immenses crêpes noirs, chargés des portraits de Staline, devant lesquels militantEs et travailleurEs vinrent effondrés se recueillir, déposer des fleurs et signer des registres de condoléances.

Le culte de Staline se poursuivait jusque dans sa mort. Pour avoir publié un portrait non réaliste de Staline dans le numéro spécial que les Lettres françaises lui avait consacré, Picasso subit les foudres de la direction du PCF, et Aragon dut faire son autocritique, pour avoir laissé passer un portrait aussi peu conforme aux canons du réalisme socialiste dans la revue qu’il dirigeait.

L’ouverture de la succession

Peut-être parce qu’il se sentait mourir, Staline avait dans ses derniers mois renforcé sa poigne de fer sur la société. Il venait ainsi de lancer une campagne antisémite délirante, en faisant arrêter des dizaines de milliers de juifs, au nom de la lutte contre le « cosmopolitisme ». Quatre mois avant sa mort, il avait fait publier en 20 millions d’exemplaires un ouvrage sur Les problèmes économiques du socialisme en URSS, dans lequel il annonçait son intention de supprimer les lopins individuels des kolkhosiens, autrement dit un retour à la grande terreur des années 1930. Sa paranoïa l’avait même amené à dissoudre en octobre le Politburo, avant d’annoncer que de nouvelles purges allaient frapper la direction, menaçant ouvertement Molotov et Mikoïan, dont les vies ne tenaient plus qu’à un fil.

Si Staline s’était employé à n’avoir jamais d’héritier, il fallut toutefois pourvoir à sa succession. Lors des funérailles, Malenkov, un petit bureaucrate sans aucune envergure dont Staline avait fait son numéro 2, sembla en mesure de prendre la direction, mais il lui fallut bien vite brider ses ambitions et dès le 15 mars il dut démissionner du secrétariat du comité central. Si une nouvelle direction se mettait en place, elle s’organisait sur le principe de la collégialité, en totale rupture avec l’époque stalinienne.

Un brutal changement d’époque

Très rapidement, les Soviétiques s’aperçurent que de profonds changements étaient en cours. Le 20 mars, la Pravda paraissait sans qu’une seule fois le nom de Staline n’apparaisse. Le 27 mars, Beria proclamait une amnistie et faisait libérer en quelques jours plus d’un million de prisonniers. Le 6 avril, la Pravda annonçait non seulement que les médecins de Staline avaient été libérés, mais aussi que toutes les accusations montées contre eux étaient fausses et que les policiers qui les avaient torturés avaient été arrêtés. Le 16 avril, les lecteurs de la Pravda découvrirent incrédules un article qui soulignait l’importance de la démocratie et de la collégialité dans le parti, en expliquant que la critique devait pouvoir s’y exprimer librement.

Les dirigeants occidentaux assistèrent, eux aussi médusés, à une nette rupture de la politique extérieure de l’URSS. Le 19 mars, les Soviétiques annoncèrent qu’ils souhaitaient négocier avec les Chinois une paix en Corée, ouvrant le processus qui aboutit le 27 juillet 1953 au traité d’armistice de Panmunjom. Dans le même temps, les Soviétiques démantelaient les check-points qui bloquaient Berlin-Ouest, et ses diplomates ouvraient la perspective d’une réunification de l’Allemagne, en échange de sa neutralisation.

La fin d’un monde

Le cours nouveau des Soviétiques déstabilisa les pays dominés d’Europe centrale, où les petits Staline qui dirigeaient les partis communistes voyaient leurs nouveaux maîtres prendre une orientation en tout point opposée à la leur. En mai, des grèves ouvrières secouèrent la Bulgarie, puis l’agitation se propagea à la Tchécoslovaquie, où la ville de Plzen fut le cadre d’émeutes au début du mois de juin. à la mi-juin, des grèves insurrectionnelles éclataient à Berlin-Est ; elles prirent une telle ampleur, que l’armée russe tira sur les manifestantEs, faisant plus d’une centaine de morts. La disparition de Staline posait un problème majeur à la nouvelle direction : comment maintenir le système soviétique, tout en tournant la page du délirant régime stalinien ?

La rupture était en tout cas consommée et la nouvelle direction collégiale en donna une nouvelle preuve, lorsqu’elle fit arrêter à la fin du mois de juin 1953 Beria, l’homme qui avait pendant des années dirigé la police de Staline et incarnait pour tous les Soviétiques les pires dérives de ce régime. Jugé selon les plus pures normes des procès staliniens, condamné à mort et exécuté, Beria devint ainsi la victime expiatoire du système qu’il avait mis en place, celle qui montrait que Staline avait emporté dans sa tombe le terrorisme d’État par lequel il avait écrasé la société soviétique pendant un quart de siècle.

Laurent Ripart Mercredi 1 mars 2023

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10 mars 2023 ~ 0 Commentaire

le poher (npa)

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« Reconquête et l’extrême droite entendent développer une agitation permanente à partir de l’exemple de Callac »

L’Anticapitaliste a rencontré Erwan Chartier-Le Floch, rédacteur en chef du Poher, journal du Centre-Bretagne attaqué par l’extrême droite.

Que s’est-il passé avec le journal le Poher qui couvre le Centre Bretagne ?

Le Poher couvre l’actualité du Centre-Bretagne, il a donc relaté ce qui s’était passé lors des manifestations organisées à Callac par Reconquête et différents groupuscules d’extrême droite contre un projet d’accueil de réfugiéEs, porté par le fonds de dotation Merci. À l’issue de la deuxième manifestation, le 5 novembre, le rédacteur en chef qui prenait des photos en fin de manif, a été pris à partie par des jeunes militants identitaires. Il est vrai que, pendant le rassemblement, ces derniers avaient sorti une banderole suprémaciste avec croix celtique…

Quelques jours plus tard, la rédaction du journal a reçu par voie postale et de manière anonyme un article d’un site d’extrême droite, un article d’un monsieur Bernard Germain, candidat Reconquête à Lannion qui traitait les journalistes du Poher notamment de « collabos », avec une logorrhée facho qui n’est pas vraiment passée. Le journal a donc de décidé de saisir la justice pour injures publiques et diffamation. C’est intéressant parce que c’est une procédure plus simple et rapide que le pénal et que cela permet de taper ces organisations au portefeuille…

Et ensuite ?

L’assignation a été délivrée le lundi 30 janvier. Comme par hasard, le lendemain matin, je recevais un mail anonyme avec des gentillesses comme « On va te crever et te jeter dans une fosse avec les négros que tu aimes tant »… Il y a eu d’autres messages et des appels téléphoniques, notamment une alerte à la bombe le 20 février.

Cet automne, des éluEs de Callac ont aussi reçu des menaces de mort de la part de l’extrême droite. En quelques mois, on en est à 12 plaintes à Callac, 4 à Carhaix avec le Poher et une plainte à Brest d’une journaliste de France 3 Bretagne. On vous passe les tombereaux d’insultes sur les sites Résistance républicaine et Riposte laïque…

Et maintenant ?

Pour Reconquête, le renoncement par la municipalité au projet d’accueil de réfugiéEs à Callac est une victoire symbolique. Ils veulent capitaliser. L’action en justice du Poher gâche un peu cette réussite, d’autant que l’équipe du journal a choisi de médiatiser les événements et de prendre à témoin la société bretonne. Par conséquent, le 25 février, il y avait 600 personnes (chiffre de la police) en soutien au Poher à Carhaix, alors qu’il n’y avait que 200 fachos contre un autre projet d’accueil de réfugiéEs à Saint-Brévin (44), commune où un rassemblement antifasciste a rassemblé 1 200 personnes.

Reconquête et l’extrême droite entendent développer une agitation permanente dans l’Hexagone à partir de l’exemple de Callac. Ils commencent à tracter dans d’autres communes bretonnes, comme Corlay (22). Cela montre qu’une mobilisation et une prise de conscience sont nécessaires pour ne pas leur laisser le terrain.

Propos recueillis par Matthieu Guillemot  Mercredi 8 mars 2023

https://lanticapitaliste.org/

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08 mars 2023 ~ 0 Commentaire

gilbert achcar (contretemps)

ukraine-r

Soutenir l’Ukraine sans chèque en blanc

Gilbert Achcar poursuit dans cet article sa réflexion sur l’invasion russe de l’Ukraine, la politique de l’OTAN et la solidarité avec la résistance ukrainienne. Selon lui, celle-ci ne saurait signifier un chèque en blanc au gouvernement de Volodymyr Zelensky. Elle doit s’accompagner en outre d’une critique radicale de celles et ceux qui, dans les puissances occidentales, sont lancé·es dans une surenchère militariste pouvant conduire à une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie.

***

La livraison de chars lourds à l’Ukraine a été longuement réfléchie en Allemagne ainsi qu’aux États-Unis, et pour cause. Les deux gouvernements ont tenu jusqu’à présent à ne pas donner l’impression qu’ils épousaient les objectifs de guerre proclamés par les dirigeants ukrainiens au-delà du droit légitime du pays à l’autodéfense contre l’agression russe non provoquée et ouvertement préméditée.

Ils n’ont que peu hésité à fournir des armements essentiellement défensifs, tels que des armes antichars, antiaériennes et antimissiles, ainsi que de l’artillerie à courte et moyenne portée. Et bien que les chars lourds puissent également être consacrés à des objectifs défensifs, Washington et Berlin ont sans doute hésité à les livrer parce qu’ils sont chargés d’équipements sophistiqués nécessitant un long entraînement. En outre, le risque de les voir tomber aux mains des Russes sur le champ de bataille ne saurait être pris à la légère.

La résistance de l’Ukraine à l’invasion russe a souvent été décrite comme une guerre par procuration menée par l’OTAN contre la Russie. Cette thèse est trop simpliste.

Il ne fait aucun doute, bien sûr, que l’OTAN a épousé l’objectif de repousser l’agression russe lancée le 24 février 2022 et de refouler les troupes russes vers là où elles se trouvaient avant cette date. Il n’était pas difficile de prévoir que l’Alliance soutiendrait cet objectif.

Sous-estimer le potentiel de résistance de l’Ukraine et la disposition de l’OTAN à la soutenir est en effet l’échec monumental de Vladimir Poutine. C’est ainsi qu’une guerre lancée dans le but proclamé d’empêcher l’adhésion de l’Ukraine à l’Alliance a conduit à l’intégration hautement intensifiée et précipitée de ce pays dans le système militaire otanien.

En conséquence, à défaut de bénéficier de l’article 5 de l’OTAN, l’Ukraine est devenue un membre de fait de l’OTAN à tous autres égards et à toutes fins utiles. Cela signifie que, même si l’Ukraine ne sera pas encore officiellement considérée comme faisant partie du territoire de l’OTAN de sorte qu’une agression contre elle puisse être considérée comme une agression contre tous les membres de l’Alliance, l’interopérabilité de l’armée ukrainienne avec celle de cette dernière s’est considérablement accrue.

L’OTAN renforcera certainement encore les capacités militaires de l’Ukraine après la guerre en cours, de sorte que la dissuasion future de l’Ukraine contre une éventuelle agression russe sera considérablement renforcée. Le pays deviendra ainsi de fait un précieux auxiliaire de l’OTAN face à la Russie.

Cependant, contrairement aux affirmations visant généralement à justifier l’opposition aux livraisons d’armes à l’Ukraine, l’OTAN ne mène pas une guerre totale par procuration contre la Russie proprement dite.

L’Alliance n’a même pas accepté d’aider l’Ukraine à récupérer tout le territoire qu’elle a perdu depuis 2014, qui comprend des parties de Donetsk et Louhansk ainsi que l’ensemble de la Crimée.

Rien n’indique sérieusement jusqu’à présent que cela ait été ou soit devenu l’objectif de Washington, alors qu’il existe de nombreuses indications du contraire, notamment le refus de Washington de donner son feu vert au bombardement par l’Ukraine du territoire russe ou même de la Crimée, et de doter Kiev de moyens adéquats pour cette fin. Le refus de Joe Biden de livrer les avions de chasse F-16 que le gouvernement ukrainien demande en est un exemple.

Il y a eu, bien sûr, des spéculations sur un éventuel changement de position de Washington à l’avenir, en ce qui concerne à la fois le ciblage de la Crimée et la fourniture de F-16. Et il y a ceux – comme Philip Breedlove, un général quatre étoiles à la retraite de l’armée de l’air américaine qui était le commandant suprême allié de l’OTAN pour l’Europe lorsque la Russie a envahi la Crimée en 2014 – qui ont préconisé depuis le début un soutien illimité à l’Ukraine, y compris une zone d’exclusion aérienne imposée par l’OTAN, d’une manière qui rappelle irrésistiblement le Docteur Folamour (Dr Strangelove) de Stanley Kubrick.

Personne ne sera surpris, de même, d’apprendre que Boris Johnson – qui, en tant que Premier ministre britannique et suivant un scénario semblable à celui du film Des hommes d’influence (Wag the Dog), a embrassé la cause de l’Ukraine avec beaucoup d’ardeur en plein scandale du « Partygate » dans lequel il était empêtré au moment où la Russie lançait son invasion l’année dernière – exhorte maintenant son successeur à livrer des avions de combat à l’Ukraine tout en prônant l’intégration officielle du pays dans l’OTAN.

Personne ne sera non plus surpris d’apprendre que Lockheed Martin est favorable à la fourniture à l’Ukraine des F-16 que l’entreprise fabrique. Les industries militaires se frottent en effet les mains dans tous les pays de l’OTAN, exerçant des pressions pour des augmentations massives des dépenses militaires avec des résultats remarquables déjà obtenus à cet égard, en dépit du fait que la Russie ait été très affaiblie par la guerre en cours et la « crédibilité » de sa force très dépréciée.

Une illustration récente en est l’augmentation massive des dépenses militaires annoncée par le président français Emmanuel Macron au moment même où son gouvernement est engagé dans un bras de fer avec le mouvement ouvrier et une majorité de l’opinion publique pour imposer deux années de travail supplémentaires avant la retraite. Il semble en effet que, pour le président français, ce soit « la fin de l’abondance » pour tout le monde sauf les militaires.

À l’exception du gouvernement britannique, qui se livre à une surenchère fanfaronne sur l’Ukraine dans le sillage de Johnson, et du gouvernement de la droite polonaise, qui exploite les inquiétudes légitimes de la population du pays, inquiétudes partagées par les États baltes, la plupart des gouvernements de l’OTAN sont circonspects, sinon hostiles à l’escalade de la confrontation militaire indirecte de l’Alliance avec la Russie.

Ce n’est pas parce qu’ils craignent que la Russie déclare la guerre à l’OTAN : quelle que soit l’imprudence dont Poutine a fait preuve en envahissant l’Ukraine, si cette expérience lui a montré quelque chose, c’est bien que ses forces armées sont nettement plus faibles que de pouvoir se battre contre l’OTAN. Et ce n’est pas seulement parce qu’ils craignent que Poutine n’ait recours aux armes nucléaires comme il s’est engagé à le faire pour défendre le territoire sacro-saint de la Russie, qui comprend la Crimée selon lui et apparemment selon la plupart des Russes.

C’est aussi parce que Poutine réagit à tout soutien supplémentaire de l’OTAN à l’Ukraine en intensifiant ses assauts meurtriers sur le territoire de cette dernière, comme il l’a fait à nouveau à la suite des décisions américaine et allemande de livrer des chars lourds à Kiev.

C’est une perspective très inquiétante pour les gouvernements occidentaux, notamment en raison de l’augmentation potentiellement énorme de l’exode ukrainien vers l’Europe qu’elle implique. Une escalade visant la Crimée et le territoire russe permettrait à Poutine, par ailleurs, d’attiser les sentiments nationalistes d’une population russe jusqu’ici plutôt tiède envers son « opération spéciale ». Il pourrait ainsi mobiliser à une échelle bien plus large. Il ne s’agit donc pas simplement de donner à l’Ukraine les moyens de vaincre son agresseur, comme certains le prétendent.

Poutine aime raconter comment il a été impressionné dans sa jeunesse par l’agressivité d’un rat qu’il avait coincé. Et il n’a certainement pas épuisé les moyens d’augmenter considérablement sa destruction de l’Ukraine. C’est pourquoi une escalade de l’OTAN au-delà des limites susmentionnées serait imprudente et devrait être rejetée.

L’annexion officielle par la Russie de quatre oblasts ukrainiens en septembre dernier ainsi que son annexion de la Crimée en 2014 sont à juste titre considérées comme nulles et non avenues. Mais les parties de l’est de l’Ukraine identifiées par l’accord de Minsk II de 2015 ou la péninsule de Crimée ne sauraient pour autant être considérées comme des objectifs de guerre ukrainiens qu’il convient de soutenir.

Personne, y compris l’OTAN, n’aurait soutenu une décision ukrainienne de lancer une guerre contre la Russie pour récupérer ces territoires si Kiev l’avait fait avant l’invasion russe. C’est qu’il existe, en vérité, des raisons légitimes de remettre en question le statut de ces territoires à la lumière des souhaits de leur population, et la seule solution acceptable à de tels litiges est de laisser les populations originaires des territoires contestés voter librement et démocratiquement pour leur autodétermination.

Il ne saurait y avoir de règlement pacifique mettant fin à la guerre sans un tel accord, qui en soi constituerait encore un revers évident pour Poutine. Celui-ci ne l’accepterait que s’il y était contraint par la situation militaire sur le terrain et/ou par la situation économique de la Russie. Mais à moins d’un effondrement de son régime qui changerait radicalement la donne, la seule façon d’amener Moscou à respecter définitivement les conditions d’un règlement politique est de le faire passer par l’ONU où il requerrait l’approbation de la Russie ainsi que celle de la Chine.

De véritables référendums d’autodétermination devraient être organisés par un organe mandaté par l’ONU, avec déploiement de troupes de l’ONU dans les territoires contestés. Toute autre manière de mettre fin à la guerre en cours ne serait qu’une accalmie temporaire dans une confrontation à long terme entre ambitions nationalistes.

Entretien publié initialement en anglais par The Nation le 16 février 2023.

https://www.contretemps.eu/

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07 mars 2023 ~ 0 Commentaire

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