Archive | A gauche du PS

05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

cadeau (l’humanité)

patrons

L’Assemblée entérine 40 milliards d’euros de cadeau fiscal au patronat

Adoptée en lecture définitive hier par les députés, la transformation du CICE en allégement de cotisations sociales apparaît comme un nouveau signe d’une politique aux antipodes des exigences des gilets jaunes.

Complètement à rebours des revendications sociales qui montent dans le pays depuis quelques semaines, l’Assemblée nationale entérinait, hier, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019, dont le contenu ne fait que confirmer l’orientation austéritaire et pro-patronale poursuivie par le gouvernement.

À côté des restrictions posées aux budgets des hôpitaux, la majorité LREM ne bouge pas d’un cheveu sur sa politique de cadeaux aux grandes entreprises en adoptant en lecture définitive le versement de 20 milliards d’euros de CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et de CITS (crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires) au titre de l’année 2018.

Mais également la transformation de ces avantages en allégements pérennes de cotisations patronales d’assurance maladie de 6 points pour les rémunérations allant jusqu’à 2,5 Smic au 1er janvier 2019.

Puis dans un second temps, à compter du 1er octobre 2019, un allégement supplémentaire de 4 points imputés sur l’assurance chômage et les retraites complémentaires pour les salaires au niveau du Smic et de manière dégressive jusqu’à 1,6 Smic.

Une facture salée pour les caisses de l’État et disproportionnée par rapport aux effets de ce dispositif observés sur l’emploi.

« La transformation du CICE en réductions de cotisations sociales se traduit en 2019 par un quasi-doublement du coût budgétaire.

D’un côté, la créance de CICE au titre des années précédentes et, de l’autre, la dépense fiscale due à la réduction des cotisations sociales équivalentes pour les salaires de 2019 », soulignaient, en octobre, des économistes de l’Institut des politiques publiques (IPP).

Ils chiffraient par ailleurs à 0,8 point de PIB l’impact d’une telle mesure sur le déficit public.

La transformation de cette aide en allégement de cotisation devrait, par ailleurs, bénéficier aux secteurs intensifs en main-d’œuvre peu qualifiée comme l’hôtellerie et la restauration, les services administratifs ou encore la santé et l’action sociale, d’après l’IPP.

Créé fin 2012 par le gouvernement de François Hollande pour « alléger le coût du travail » et relancer la création d’emplois, le CICE n’a eu de cesse de monter en puissance, passant de 4 % à 6 % de la masse salariale en 2014, sans pourtant jamais faire la preuve de son efficacité macroéconomique.

« Les évaluations de l’impact du CICE ont été plutôt mitigées, avec des effets positifs sur les marges des entreprises, mais des effets modestes sur l’emploi, et quasi nuls sur l’investissement », rappelait l’IPP.

Vu son mode de calcul, le dispositif a essentiellement profité aux grands groupes. Chez Carre-four, premier employeur privé de France, la CGT estime à 744 millions d’euros le montant du CICE versé ces cinq dernières années au poids lourd de la grande distribution.

La Poste et la SNCF touchent chacune environ 300 millions d’euros annuels au titre de ce cadeau fiscal.

Le groupe Banque Populaire-Caisse d’Épargne en tire, de son côté, environ 100 millions d’euros par an. Mais plutôt que d’utiliser cette manne pour créer des emplois, ces groupes ont en grande partie favorisé la restauration de leurs marges et le gonflement de leurs bénéfices. Un pur « effet d’aubaine », pour la CGT.

Ironie cruelle de l’affaire, à l’heure où les taxes sur les carburants augmentent pour le commun des consommateurs au nom de la transition écologique, c’est justement ces recettes issues de la fiscalité écologique qui seront censées compenser en partie les trous budgétaires laissés par la transformation du CICE en baisse de cotisations. De quoi jeter encore de l’huile sur le feu.

Loan Nguyen Mardi, 4 Décembre, 2018
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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

urgence (attac)

L’exécutif refuse de changer de cap 

Il ne prend pas la mesure de l’urgence sociale et écologique

Depuis plusieurs semaines, un profond sentiment d’injustice s’exprime dans tout le pays à travers le mouvement des « gilets jaunes ». Là où un changement de cap était attendu, l’exé-cutif ne propose que des suspensions temporaires de mesures impopulaires qui ne résoudront ni la situation des plus fragiles ni n’agiront efficacement face à l’urgence climatique.

Là où des décisions fortes et courageuses étaient nécessaires pour réduire les inégalités, améliorer la situation des plus pauvres et plus précaires tout en donnant plus d’ambition à une politique écologique qui en manque cruellement, l’exécutif se limite à reporter toutes les déci-sions importantes après les élections européennes, comme s’il était possible d’enjamber la situation présente et ignorer la réalité du quotidien de nos concitoyens.

Le refus de donner un coup de pouce au SMIC ou d’augmenter les minima sociaux est une gifle assénée à toutes celles et tous ceux qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois.

La majorité En Marche a fait de même envers les retraités ce lundi en votant sans sourciller le projet de loi de financement de la sécurité sociale et donc en écartant toute possibilité d’indexer à nouveau les pensions de retraite sur l’inflation. L’exécutif n’a clairement pas pris la mesure de la colère sociale qui s’exprime dans le pays.

Que Bruno Le Maire et Edouard Philippe essaient de réduire la mobilisation des gilets jaunes à une aspiration poujadiste à « moins d’impôts » indique le peu de considération qu’ils peuvent avoir envers ces centaines de milliers de personnes qui se mobilisent contre la politique fiscale inégalitaire, injuste et inefficace du gouvernement.

N’ont-ils pas entendu les appels à supprimer les cadeaux fiscaux faits aux plus riches (ISF), aux détenteurs de capitaux (Flat tax) ou aux multinationales (CICE) afin d’améliorer la situation des plus précaires et de financer les services publics toujours plus éloignés des lieux de vie ? Croient-ils que saborder le projet de taxe européenne sur les transactions financières et qu’entériner une taxation des GAFA bien moins ambitieuse que prévue est de nature à « calmer » le sentiment d’injustice fiscale qui parcourt le pays ?

Une telle surdité et une telle intransigeance confinent à la provocation.

On ne dirige pas un pays comme on dirige une start-up, où l’on pourrait suspendre une mobilisation sociale d’ampleur avec quelques mesures temporaires et une concertation dont les contours n’ont pas été précisés. Obligé de concéder quelques mesurettes sous la pression des mobilisations en cours, le gouvernement tente d’éteindre un incendie avec des arrosoirs percés : il est peu probable qu’il y parvienne ainsi.

Emmanuel Macron et son gouvernement ne répondent ni à la colère sociale ni à l’urgence climatique.

Alors que la COP24 s’est ouverte en Pologne, le gouvernement vient en effet de réduire son ambition en matière de lutte contre les dérèglements climatiques, prévoyant d’augmenter les émissions de CO2 de 6% de plus que les objectifs annoncés sur les cinq prochaines années. Où est donc l’ambition climatique, pourtant assénée régulièrement ces dernières semaines pour justifier une fiscalité carbone inefficace et injuste ? Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de basculer les hausses de la taxe carbone sur les sites industriels les plus polluants du pays et qui en sont aujourd’hui largement exonérés [1] ?

Pour Attac, ces politiques injustes socialement et écologiquement doivent être combattues avec la même détermination. Face à l’intransigeance d’Emmanuel Macron et de son gouverne-ment qui refusent de changer de politique, Attac appelle ses sympathisant·s, ses adhé-rent·e·s et ses comités locaux à renforcer les mobilisations actuelles, à faire connaître ses ana-lyses et ses propositions et à être dans la rue massivement le 8 décembre, journée de mobilisation internationale pour la justice climatique et quatrième journée de mobilisation des gilets jaunes.

mardi 4 décembre 2018

https://france.attac.org/

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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

grève générale 2 (tendance claire)

Itineraire ouvrier breton 1

Pour chasser Macron et imposer nos revendications

Grève générale !

Le Premier Ministre, Edouard Philippe a annoncé un moratoire de 6 mois sur les hausses de taxes sur le gazole et l’essence, sur les hausses de prix du gaz et de l’électricité, et sur le durcissement du contrôle technique. Quant à la hausse du SMIC de 3% dont il a osé se vanter, c’est la hausse mécanique pour annuler l’effet de l’inflation et des baisses de cotisations salariales. Bref, une aumône pour gueux !

En plus, bien évidemment, l’objectif du gouvernement, derrière ce moratoire, c’est de maintenir toutes ces hausses de taxes et de tarifs, en décalant seulement l’application de six mois… d’ici les élections européennes. Il fait mine de reculer aujourd’hui seulement parce qu’il est pris à la gorge par notre mobilisation. Il sait toute l’énergie que demande pour nous une bagarre de cette ampleur. Alors il calcule que dans six mois nous n’aurons pas la force de tout recommencer de zéro. En outre, le gouvernement indique que la contrepartie des 2 milliards de recettes fiscales en moins devra être une réduction des dépenses publiques ! Autrement dit ce qui est « donné » d’un côté serait repris de l’autre par la baisse des moyens pour les services publics. Mais ce n’est pas tout.

Un pseudo-recul pour essayer de briser la lame de fond qui le menace

Il est urgent pour lui de couper notre élan. Car les patrons et leur gouvernement comprennent que la puissance, la profondeur et la détermination de notre mobilisation pourraient les contraindre à céder beaucoup plus qu’un simple report des hausses de prix. Dès que les salarié.e.s, privé.e.s d’emploi, retraité.e.s modestes cessent de subir, redressent la tête et ne laissent plus les seuls bourgeois faire de la politique les rapports de force s’inversent.

C’est avec rage que le mouvement porte des revendications ressenties comme nécessités 

Hausse du SMIC, hausse générale des bas salaires, fin de la TVA, retour de l’ISF, fin du CICE, amélioration des services publics, la fin des institutions pourries de la Ve République. Et ce n’est qu’un début, car les assemblées de gilets jaunes qui commencent à s’organiser pourraient en faire naître bien d’autres.

Or, malgré tous les efforts des chefs des syndicats pour protéger le gouvernement, la menace de l’entrée en lutte d’autres secteurs du prolétariat menace. La pression des travailleur-se-s, des militant-e-s syndicaux combatifs, des syndicats les plus avancés s’exerce chaque jour un peu plus fort, avec des appels locaux à manifester avec les gilets jaunes et des interpellations aux directions pour qu’elles fassent de même.

Martinez, après avoir accusé le mouvement d’être inspiré et dirigé par l’extrême-droite, a dit le comprendre tout en refusant d’appeler à se mobiliser le même jour, au même endroit avec les gilets jaunes. Mais la vapeur monte et il a bien fallu qu’il donne le change en appelant à une journée d’action le 14 décembre, donc dans plus de 10 jours. But de l’opération : freiner la jonction en fixant une échéance aux syndicats et syndiqué.e.s hésitant.e.s, donner des gages de combativité aux un.e.s, tout en mettant un peu de pression sur Macron pour qu’il le réintègre dans le jeu en lui donnant plus d’égard qu’auparavant.

Enfin, nouvelle source d’inquiétude, une mobilisation lycéenne d’ampleur démarre, en relation avec la mobilisation des gilets jaunes et à l’appel de l’UNL, avec des centaines d’établissements touchés et des milliers de lycéen.ne.s dans la rue. Les mots d’ordre sont clairs : abrogation de Parcoursup, abrogation de la réforme du bac et des lycées (général-technologique, et professionnel), abrogation du service civique universel. (Et les frais des étudiants étrangers, blog)

Un moratoire et une concertation pour que tout continue comme avant ?

D’où l’urgence pour les patrons et le gouvernement de nous faire rentrer chez nous pour que tout continue comme avant. Salaires de misère, précarité, chômage, vie chère, délabrement des services publics, d’abord. Arrogance et mépris, ensuite. Pseudo-démocratie avec ses députés aux ordres, dont pas un ne connaît nos boulots, nos factures, nos souffrances. Certain.e.s député.e.s ne connaissent même pas le montant du SMIC !Bref, permettre aux patrons, avec l’appui de leur gouvernement, de leurs députés et sénateurs, de leurs préfets et de leur police, de nous exploiter comme avant.

Ce n’est pas pour rien que Philippe a annoncé en même temps que sa pseudo-reculade une « concertation ». Il s’agit aussi de s’efforcer d’affaiblir notre mobilisation en trouvant des pseudo-paroles qui, ensuite, sous pression dans les salons ministériels, vendraient notre lutte.

Ce n’est pas pour rien non plus que les tribunaux aux ordres du pouvoir infligent des peines brutales suites à la vagues d’interpellation sans précédent du week-end dernier. Ce n’est pas pour rien enfin que la police a manifestement ordre d’attaquer véritablement physiquement la mobilisation lycéenne. Des lycéen.ne.s sont gazé.e.s à bout portant, une lycéenne a été blessée gravement à Grenoble, etc. Le pouvoir croit qu’il va nous faire peur et nous décourager.

Le gouvernement est sonné, il faut le mettre KO :

Poursuivre et étendre la mobilisation, la structurer et pousser vers la grève générale

Tous ces éléments nous montrent sans ambiguïté la voie à suivre :

  • Le gouvernement est sonné, mais pas encore KO ; il ne faut pas lui laisser reprendre son souffle, il faut continuer à cogner, pour le faire tomber
  • Pour cela, il faut continuer à structurer démocratiquement la mobilisation, avec un contrôle total de la base, en constituant partout des AG et des comités, définissant les revendications et des délégués mandatés et révocables, sur l’exemple de Commercy (cf. https://tendanceclaire.org/article.php?id=1484)
  • Il faut chercher un maximum de points de contact avec les lycéen.ne.s, les étudiant.e.s et les travailleur-se-s qui ne sont pas encore dans la lutte, en allant sur leurs entreprises et les lieux d’études, en les invitant aux assemblées de gilets jaunes, en organisant des fêtes de solidarité, etc.
  • Il faut aussi se tourner vers les délégué-e-s syndicaux et les syndicats de base, comme cela a déjà été fait à plusieurs endroits. Ce n’est pas une question d’étiquette : syndiqué-e-s ou pas, nous sommes tou-t-e-s des travailleur-se-s. Nous avons intérêt à agir tou.te.s ensemble pour avoir plus de force face aux patrons et à leur gouvernement.
  • Dans le mouvement syndical, il faut suivre la voie ouverte par toute une série de syndicats qui se sont engagés les uns après les autres dans la mobilisation, dont la CGT Total, l’UD CGT 43, la FSU 03, Sud Aérien, etc. L’UD CGT 31 est intervenu pour protéger les lycéen.ne.s et les syndicats de l’éducation du 31 ont appelé à les soutenir aujourd’hui. Pour samedi 8 décembre, Sud-Rail Paris-Est appelle à la grève. FO et CGT Transport appellent à leur tour à la grève à partir de dimanche 9 décembre au soir.
  • Partout, il faut réunir des assemblées générales, définir les revendications et s’efforcer de voter la grève dès qu’il semble possible d’entraîner une quantité significative de collègues ; puis aller d’entreprises en entreprises pour étendre la grève. Il serait illusoire d’attendre les appels de Martinez, Veyrier ou Berger.
  • Cela ne doit nullement empêcher à tous les syndicats de base, UD, fédérations, etc. de demander aux directions confédérales de faire ce qui est de leur devoir : appeler sans plus tarder à la grève générale sur les revendications définies par les prolétaires eux-mêmes.

Macron-Philippe dehors, à bas les gouvernement des patrons !

Ne les laissons plus gérer nos affaires : occupons-en nous nous-mêmes !

Suivons l’exemple de gilets jaunes de Commercy et de Saint-Nazaire !

Pour le gouvernement des salarié-s, privé-e-s d’emploi, retraité-e-s modestes,  lycéen.nes et étudiant-e-s mobilisé-e-s elles-mêmes et eux-mêmes !

Tonio Álvarez 5 décembre 2018

https://tendanceclaire.org/

Commentaire: La « Tendance Claire » est une fraction du NPA. Ceci est donc une « contribution pour info » et pas une position du NPA.

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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

grève générale 1 (révolution permanente)

de gaulle

Contre la 5ème République et ses politiques

Grève générale pour dégager Macron et instaurer une Assemblée unique !

Depuis « l’acte III » du soulèvement contre Macron et son monde, la situation a radicalement changé. Au cri de ralliement « Macron démission ! » est venu s’ajouter, un peu partout en France, «Tous ensemble!», posant ainsi à la fois le problème des moyens pour y arriver et celui de par quoi remplace-t-on Jupiter déchu. 

Ceux d’en haut ne peuvent plus

Jamais on n’aura vu, sur un temps si court, un président aussi affaibli et impopulaire. Le pouvoir, aujourd’hui, est de plus en plus isolé. Il ne l’est pas seulement socialement, au niveau de sa base de soutien, de plus en plus restreinte à mesure où l’appui aux Gilets jaunes ne fléchit pas dans l’opinion.

Il est également très déstabilisé, politiquement, pour preuve on songera à la façon dont les rendez-vous d’Edouard Philippe avec les dirigeants des forces politiques présentes au parle-ment a tourné court ce lundi. Chacun essayant de se dégager le plus possible de l’étreinte de Matignon. Enfin, l’exécutif est très affaibli comme en témoigne sa difficulté à maintenir l’ordre samedi, non seulement à Paris mais également dans une dizaine de petites et moyennes villes en région, peu coutumières des mobilisations mais où les affrontements ont été extrêmement rudes et les actions très radicales.

C’est la combinaison de ces trois ingrédients, couplée à l’entrée en mouvement, ce lundi, de la jeunesse qui représente les facteurs qui permettent de parler de tendances pré-révolutionnai-res de la situation. Ces dernières inquiètent d’ailleurs suffisamment les dominants pour que les journalistes en perdent leur latin et parlent de « situation insurrectionnelle ». Cette façon de noircir le tableau pour effrayer la fraction de la population qui serait encore en balance est aussi une façon de reconnaître ce qu’il y a « d’extra-ordinaire », au sens littéral du terme, dans cette situation.

Les autres partis lâchent Macron

Ayant senti le vent tourner, il est compliqué de trouver, aujourd’hui des politiques, au-delà du premier cercle macronien, qui osent encore soutenir avec enthousiasme l’exécutif. Qu’il est loin le temps où le gouvernement Philippe était acclamé par l’Hémicycle, le jour de son élection avec le soutien plus ou moins tacite d’un arc allant du PS à la droite. Et pourtant, dix-huit mois, à peine, sont passés.

Même les « constructifs », issus de l’UMP ou du centre, réclament un élargissement du gouver-nement, pour donner du temps à Macron. En plus radical, il y a le Rassemblement National de Marine Le Pen, le pire ennemi des travailleurs (et de l’augmentation du SMIC, soit dit au passa-ge) ou, à l’opposé, la France Insoumise, qui enjoignent Macron de dissoudre l’Assemblée, et ce lorsque Benoît Hamon appelle de ses vœux à une « 6è République ».

Contre les manœuvres et la récupération

Il est désormais clair que l’annonce d’un moratoire des augmentations de certaines taxes n’aura pas du tout suffi à éteindre le mouvement. Le risque, chez les politiciens de droite comme de gauche qui se sont succédés au pouvoir depuis maintenant quarante ans ou presque, c’est que pousser Philippe vers la sortie ne pourra jamais être qu’une manœuvre en dernière instance, pour nous resservir ensuite la même soupe, en plus ou moins pire.

Retourner aux urnes et changer un peu pour que rien ne change.

Quant à pousser Macron dehors, personne n’y pense sérieusement. C’est pourtant l’objectif qu’affiche de plus en plus le mouvement des gilets jeunes, au travers le slogan « Macron démission ! ». C’est ici où le mouvement actuel se heurte à ses principales limites mais pose, également, un certain nombre de questions.

D’un côté, même si, localement, nombre de secteurs organisés du mouvement ouvrier, syndi-cats locaux, UL voire UD convergent avec les Gilets jaunes et vice-versa, il s’agit d’une tendan-ce encore trop inégale à échelle territoriale. Les directions nationales, à commencer par la CGT qui appelle aujourd’hui à une journée sans grève le 14 décembre, ne fait rien pour aller dans le sens d’une jonction, d’une extension et d’une coordination du mouvement.

Pourtant, le seul moyen pour dégager réellement Macron ce serait un réel blocage de l’écono-mie du pays, qui ne peut pas se faire seulement de l’extérieur mais nécessite l’entrée en mouvement par la grève de millions de travailleurs, une véritable grève générale comme celle qui a eu lieu en 1968. Les syndicats combatifs et les Gilets Jaunes devraient en ce sens exiger, voire imposer, cette perspective aux directions syndicales nationales, en commençant par l’ap-pel d’une vraie journée de grève générale en lien avec le mouvement des Gilets jaunes le 14.

« Macron démission ! » … mais et après ?

Une des caractéristiques marquantes du mouvement des Gilets jaunes, c’est précisément qu’à côté de la volonté de dégager le Président il ouvre une réflexion sur le fonctionnement même des institutions de la 5è République. C’est ainsi que nous avons vu émerger des revendica-tions telles que la suppression du Sénat, la réduction du nombre de députés et de leurs salaires, l’organisation de référendums populaires, etc.

Certains cherchent à répondre à ces aspirations démocratiques par des manœuvres parlementaires, telles que la demande d’une simple dissolution de l’Assemblée par Le Pen ou Mélenchon ou l’évocation d’une 6è République aux contours flous.

En tant que marxistes révolutionnaires, nous aspirons au contraire à tout renverser pour remplacer l’Etat actuel par un gouvernement des travailleurs, appuyé sur leurs propres orga-nismes de lutte et d’auto-organisation. C’est en ce sens que nous cherchons à construire des comités d’action qui puissent assurer le contrôle de la base sur le mouvement actuel mais aussi devenir un embryon de pouvoir alternatif à celui des capitalistes.

Cette perspective n’étant néanmoins pas posée de façon globale dans l’immédiat, nous sérions prêts à défendre aux côtés du mouvement des gilets jaunes une transformation démocratique radicale des institutions, inspirée par ce qui a été fait par la Convention de 1793 ou par les Communards.

En plus de la suppression de ces instances réactionnaires que sont le Sénat et la Présidence, il faudrait en finir avec la séparation entre les pouvoirs législatif et exécutif qui ne servent qu’à donner des pouvoirs bonapartistes, voici ce que les révolutionnaires proposaient en France en 1934 : « Une Assemblée unique concentrant le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Les membres en seraient élus pour deux ans, au suffrage universel depuis l’âge de dix-huit ans, sans distinction de sexe, ni de nationalité. Les députés seraient élus sur la base d’assemblées locales, constamment révocables par leurs mandants et recevraient pendant le temps de leur mandat le traitement d’un ouvrier qualifié ».

Une telle mesure permettrait de donner un véritable débouché aux aspirations démocratiques du mouvement, en même temps que cette démocratie plus large faciliterait la lutte pour un gouvernement des travailleurs qui ouvre la voie à une autre société, sans aucune forme d’exploitation ni d’oppression.

Aujourd’hui, en tout cas, les Gilets jaunes et celles et ceux qui sont à leurs côtés, avec leur gilet syndical ou leur engagement politique, pourraient avoir la force de renverser l’échiquier. Pour cela, il faut s’en donner les moyens et s’assurer qu’une fois renversé, nous soyons nous-mêmes en mesure d’imposer les règles du jeu.

mercredi 5 décembre

http://www.revolutionpermanente.fr

Commentaire: Les CCR « Révolution Permanente » sont une « fraction » du NPA, ce texte constitue donc « une contribution pour info » non signée « NPA ».

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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

ludivine bantigny (regards)

ludivine

Gilets jaunes

La grève pour accroître le souffle de la colère

Ayons à ce sujet une certaine lucidité : devant la densité de la situation, chacune et chacun voit midi à sa porte. On a beau être là, discuter, manifester, lire tous azimuts et recueillir des témoignages et des récits, il est encore impossible d’agripper avec certitude ce qui se noue et se joue.

Le mouvement en cours est tout aussi enthousiasmant qu’insaisissable, aussi surprenant qu’exaltant. C’est un moment historique, assurément, et sa complexité y participe : l’histoire n’est jamais linéaire, elle n’est jamais simple non plus. La mobilisation est d’ampleur, comme l’est sa popularité. Et puis, tout le pays est touché, bien que les regards médiatiques soient focalisés sur les Champs-Elysées : le soulèvement prend aussi bien à Auch qu’au Puy-en-Velay, à Tours qu’à Charleville-Mézières, à Avignon qu’à Marseille.

Une crise politique s’ouvre là, de toute évidence, qui est peut-être même une crise du régime avec la grande aspiration au « Macron démission ».

Une politisation accélérée s’y dessine : la parole se libère, comme dans tous les moments où l’on se retrouve enfin pour discuter et lorsqu’on occupe des lieux, ici et pour l’instant essentiellement des ronds-points : on prend le temps de réfléchir à la manière de changer ce qui ne va pas et qui pourtant jusqu’à présent pouvait paraître aller de soi.

Des cahiers de revendications, parfois appelés cahiers de doléances, sont un peu partout rédigés. Dès lors, la question initiale de la taxe reste forte mais aussi dépassée par l’expres-sion d’une contestation plus vaste : contre l’injustice fiscale en général, les bas salaires, la précarité, la fragilité économique et sociale.

Désormais, on l’entend et on le lit : c’est la répartition des richesses qui est posée.

Mais ce qui frappe aussi, c’est une grande interrogation sur la démocratie. Des textes se multiplient, qui invitent à la repenser, évoquent une démocratie directe ainsi remise sur le métier. C’est le cas, par exemple, dans un texte des gilets jaunes à Commercy, qui insiste sur les assemblées et comités populaires. C’est le cas encore pour des « gilets jaunes gascons », dans un communiqué qui rappelle des expériences historiques comme la Révolution française, la Commune de Paris, les conseils russes à partir de 1905, la révolution espagnole de 1936, l’insurrection hongroise de 1956, le Chiapas et le Rojava aujourd’hui.

Reste que pour l’instant, seuls des ronds-points et des péages sont bloqués. L’enjeu majeur des jours à venir se posera en termes de grève.

L’indignation est immense face à l’arrogance du pouvoir et au mépris de classe exprimé chaque jour davantage par Emmanuel Macron. Reste que pour l’instant, on l’a dit, seuls des ronds-points et des péages sont bloqués. Ce n’est pas le cas des lieux de travail, à quelques exceptions près : raffineries et dépôts pétroliers. L’enjeu majeur des jours à venir se posera en termes de grève, manière de voir s’amplifier considérablement la mobilisation et d’accroître le souffle de sa colère.

Près d’un mois après le début du mouvement des « gilets jaunes », intellectuels, artistes, politiques, syndicalistes et personnalités de la société civile donnent à Regards leur lecture de ce soulèvement populaire.

Ludivine Bantigny, historienne

http://www.regards.fr/

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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

julia cagé (jdd)

macron-president-fric

Julia Cagé : « Emmanuel Macron a mis en place une politique qui correspond aux intérêts de ceux qui l’ont financé »

Le JDD a révélé dimanche que la campagne d’Emmanuel Macron avait été financée essentiellement par de riches donateurs. Est-ce un phénomène isolé?

Les partis politiques font campagne auprès de ceux qui les financent. J’ai montré dans mon livre Le prix de la démocratie (Fayard) que plus un parti a de moyens plus il a de chances d’emporter une élection. Le financement des partis politiques a toujours été un phénomène de classe : ce sont principalement les plus riches qui financent les campagnes politiques et très souvent à la hauteur du plafond légal (7.500 euros par an et par personne pour les dons aux partis, 4.600 euros pour les dons aux campagnes).

Ce n’est pas propre à Emmanuel Macron, ni à la France. Les plus modestes donnent moins par manque de ressources. Mais le financement de la campagne d’En Marche est tout de même un cas particulier. Macron a été candidat pour un nouveau parti et ne pouvait donc pas toucher d’argent public. Il a fait encore plus d’efforts que les autres partis pour lever des fonds privés. Il n’a  pas arrêté de dire qu’il n’utilisait pas l’argent des contribuables mais c’est faux. Depuis le début de sa création, En Marche a perçu 13 millions d’euros mais 8,6 millions proviennent de l’argent de l’ensemble des contribuables suite aux exonérations d’impôts sur les dons qui sont mises en place par l’Etat. Au total, seuls 4,5 millions d’euros ont été véritablement à la charge des donateurs.

Les partis de droite bénéficient-ils d’autant de dons privés que les partis de gauche?

Il existe une constante quels que soient les pays et les différences de plafond : les partis les plus à droite et les plus conservateurs économiquement reçoivent systématiquement plus de dons privés que les partis les plus à gauche. De ce point de vue, en France, c’est assez frappant à quel point En Marche apparaît comme un parti de droite.

Vous établissez une corrélation entre la politique mise en place par Emmanuel Macron et l’origine du financement de sa campagne

Oui, Emmanuel Macron a principalement fait campagne auprès des Français les plus riches et tout particulièrement des Parisiens. Et ce sont les mêmes qui l’ont financé. Il a mis en place une politique qui correspond à leurs intérêts. Ce qui a eu un impact direct sur les décisions qu’il a prises, notamment fiscales. Il a fait des cadeaux fiscaux aux personnes les plus aisées et a instauré le prélèvement forfaitaire unique sur le capital. Des mesures qui coûtent près de 8 milliards d’euros par an à l’Etat. Or après avoir dépensé de tels montants pour les plus favo-risés, l’Etat n’en a plus pour la majorité des citoyens, il a donc diminué les APL, gelé un certain nombre de prestations sociales, reporté l’exonération de la taxe d’habitation, etc.

Dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, il n’y a pas de somme maxi-mum légale pour les dons aux candidats. Pour que les campagnes soient plus équitables, vous avez théorisé la mise en place d’un plafond de versement aux partis à 200 euros par personne contre 7.500 euros actuellement. Pourquoi?

7.500 euros, c’est la moitié du salaire annuel d’une personne qui gagne le SMIC. Il faut limiter le plafond des dons pour ré-égaliser les citoyens devant le financement des partis. 7500 euros, c’est une somme tellement élevée que cela créé une réelle inégalité politique, entre la minorité qui peut contribuer avec un montant élevé et la grande majorité des Français qui ne peut pas  participer.

Ce n’est pas parce qu’on a un système qui marche sur la tête aux Etats-Unis qu’on peut ne pas instaurer un plafond moins élevé en France. Les élections présidentielles américaines en 2016 étaient les premières financées sans aucun argent public depuis 1974. On ne peut pas établir un rapport de cause à effet direct entre ces financements et l’élection de Trump mais c’est néanmoins symptomatique ; toute la vie démocratique américaine est désormais capturée par l’argent privée.

Vous souhaitez également la mise en place de « bons pour l’égalité démo-cratique ». En quoi cela consiste-t-il?

Tous les ans, en cochant une case sur sa feuille d’imposition, chaque personne aura la possibilité d’allouer 7 euros d’argent public au mouvement politique de son choix. Il ne s’agit pas d’un apport personnel mais d’argent public. Si le citoyen ne souhaite pas financer un parti, la somme sera répartie entre les différents partis en fonction des résultats obtenus aux derniè-res législatives. Ce système permettrait à tout le monde de participer.

Actuellement moins d’ 1% des ménages financent un parti chaque année. Or, parmi les 0,01% des Français aux revenus les plus élevés, ils sont 10%. Rendre égaux les citoyens devant le financement de la démocratie, c’est le seul moyen de résoudre la crise de la représentation des Français, que l’on retrouve actuellement dans le mouvement des gilets jaunes. Aujourd’hui nous ne sommes plus dans un système 1 personne = 1 voix mais dans un système 1 euros = 1 voix. Il est temps de rétablir un peu de démocratie.

Après les révélations du JDD sur les donateurs d’En Marche entre 2016 et 2017, l’économiste Julia Cagé analyse les ressorts de cette campagne, en déduit des conséquences sur la politique du Président et fait ses propositions pour réinventer le financement de la démocratie. Dimanche, le JDD a révélé les détails des dons reçus par En marche, le parti d’Emmanuel Macron, lors de la campagne de 2017. Cet inventaire dessine une carte des réseaux macro-nistes de la première heure aux disparités significatives, qui ne dissipe pas – c’est peu dire – l’impression d’un président choisi par la « France d’en haut ». Si des milliers de petits dons (moins de 50 euros) ont été récoltés, le montant total qu’ils ont constitué (1,7 million) apparaît marginal au regard des sommes versées par quelques centaines de mécènes fortunés.

Dans son dernier ouvrage (Le prix de la démocratie, Fayard, 2018), Julia Cagé, économiste et professeur à Sciences Po Paris, a démontré que le financement des partis jouait un rôle déterminant dans le résultat d’une élection. Selon elle, qui fut responsable du pôle économie de la campagne de Benoît Hamon, la politique d’Emmanuel Macron est étroitement liée aux intérêts de ceux qui l’ont financé. Dans son livre, elle propose notamment l’instauration d’un plafond de dons à 200 euros par personne contre les 7.500 euros actuels ou encore la mise en place de “bons pour l’égalité démocratiques”,  afin de rendre égaux les citoyens dans le financement des partis.

5 décembre 2018

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05 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

immigration (jdd)

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« La France insoumise veut rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration »

La France insoumise est accusée d’ »ambiguïtés » sur les questions migratoires par les autres mouvements de gauche. Son positionnement est-il si différent du Parti Socialiste, du Parti Communiste ou d’Europe-Ecologie Les Verts, etc.?

Il y a deux enjeux qui ne se confondent pas totalement. D’une part, les positions de LFI sur le fond du sujet ; d’autre part, l’opportunité, la stratégie, d’en faire ou pas un thème central de propagande politique, ce qu’on appelle la saillance de cet enjeu dans la vie politique. Sur ce second point, LFI refuse assez clairement de faire de l’immigration un thème central de son discours et de la campagne pour l’élection européenne. Alors que Génération.s ou Europe-Ecologie Les Verts, d’après les dernières universités d’été par exemple, assument d’en faire une sorte d’étendard.

Et sur le fond?

Sur l’idéologie, c’est là que ça se brouille. Certaines déclarations de dirigeants insoumis sur la concurrence entre travailleurs [français et immigrés, NDLR] ont mis le feu aux poudres. Mais on exagère souvent la distance existante entre les positions de LFI et le reste de la gauche. Il y a aussi beaucoup d’oppositions construites de toutes pièces. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de différences, mais le programme insoumis reste quand même dans le champ de la gauche. Selon L’Avenir en commun [le programme de la campagne présidentielle, NDLR], les Insoumis sont très clairs : ils considèrent qu’il faut garantir et améliorer le droit d’asile. Ils veulent rétablir la carte de séjour de 10 ans comme titre de séjour de référence pour les étrangers. Et ils disent vouloir la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers.

Pourquoi ces propositions ne sont-elles pas plus mises en avant par les représentants des Insoumis? 

Leur réponse consiste souvent à résumer la position insoumise à, d’une part, l’accueil digne des immigrés, et d’autre part, à la lutte contre les causes de ces migrations (guerres, misère, changement climatique). Il y a deux éléments de réponse. D’abord, comme ils ne veulent pas faire de l’immigration un élément central de leur discours, ils veulent montrer qu’on ne peut pas déconnecter ce sujet d’autres aspects de leur programme.

Par exemple, ils relient l’enjeu de l’immigration à leurs combats contre le libre-échange ou l’impérialisme militaire. Il y a donc une recherche de cohérence. L’autre raison, la plus impor-tante à mon avis, c’est qu’ils sont convaincus, à tort ou à raison, qu’une position trop favorable à l’immigration les renverrait aux yeux du grand public à ce que le Rassemblement National appelle les « immigrationnistes ». Ils ont peur de ça.

Alors pour désamorcer ce risque, ils essaient, d’un côté, de pencher vers leur gauche, vers les militants des droits humains en disant « Ne vous inquiétez pas, nous on tient bon sur ce qui nous unit à gauche » (tout ce que j’ai rappelé plus tôt). Et d’autre part, ils envoient le signal que l’avenir de la France n’est pas dans l’accueil de plusieurs milliers de personnes chaque année, et donc ils veulent aider les gens à rester dans leur pays. L’idée, c’est de rassurer un peu ceux qui sont contre l’immigration, sans vendre le programme xénophobe du FN. Et ils habillent ça sous quelque chose qui peut apparaître aussi de gauche, parce que l’idée est de permettre aux gens de vivre et travailler chez eux. Et donc il faut combattre les traités inégaux de libre-échange, et arrêter les guerres.

Est-ce qu’il y a une évolution du discours des mélenchonistes sur cette question?

Je suis certain que Mélenchon n’a jamais été pour la liberté d’installation. Il a toujours eu ce discours qui consiste à dire que les frontières, pour lui, signifient quelque chose. La position, sur le respect des droits humains tout en s’opposant à la liberté d’installation, n’a pas varié. Ce qui est nouveau, ce sont les déclarations sur la concurrence entre travailleurs [français et étrangers, NDLR] qui ont instauré de l’ambiguïté. A mon sens, c’est plus une évolution sur la façon d’exprimer le positionnement, de le communiquer au grand public.

A quelles déclarations pensez-vous?

Quand Jean-Luc Mélenchon a sa phrase au Parlement européen, ça a beaucoup choqué [en juillet 2016, celui qui était encore eurodéputé évoquait le "travailleur détaché, qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place", NDLR]. Là, il y avait une opposition entre étrangers et Français, ça déviait totalement de sa position jusque-là équilibrée, car il y avait une mise en cause des travailleurs, au lieu du système, la mise en concurrence des travailleurs.

En interne, ça a beaucoup tangué, ça avait un peu alerté. Et on voit qu’il y a des oscillations : on n’a plus du tout eu, depuis, ce genre de formulation. C’était une embardée qui aurait pu représenter un changement assez choquant pour les gens de gauche, mais ça n’a jamais été reproduit.

Fabien Escalona, docteur en sciences politiques spécialiste des gauches radicales, explique au JDD la position de La France Insoumise sur les questions migratoires. Il est également jour-naliste à Mediapart. La France insoumise, ambiguë sur les questions migratoires? La critique est régulière, venue notamment d’autres forces de gauche. Fabien Escalona, docteur en scien-ces politiques spécialiste des gauches radicales*, analyse dans une interview au JDD le dis-cours et la position de La France insoumise (LFI) sur ce sujet. Le chercheur juge exagérés les dissensus sur le fond entre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et les autres partis de cette famille politique. Mais il constate une évolution, sur la forme, de l’expression des mélenchonistes.

 4 décembre 2018

https://www.lejdd.fr/

 

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04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

gael quirante (npa)

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Communiqué:

150 postiers des Hauts-de-Seine sont en grève depuis 8 mois et font face au mépris de la direction de La Poste.

Gaël Quirante, délégué départemental SUD Poste 92, l’un des animateurs de cette longue lutte, sera à Run ar puns le Jeudi 13 Décembre à 20h00 à l’invitation du NPA.

Il exposera les motifs et le déroulement de cette grève ainsi que la répression que lui et ses camarades subissent.Des syndicalistes CGT et Solidaires ayant été réprimés pour leurs actions seront également présents.Ensuite un débat s’engagera avec les participants où il sera probablement question des Gilets jaunes.

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04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

unl (regards)

Louis Boyard : « Si les jeunes rejoignent les gilets jaunes, on peut gagner »

Depuis vendredi dernier, des lycéens sont entrés dans la danse pour accompagner et participer aux mouvements des gilets jaunes. Louis Boyard, président de l’Union nationale lycéenne (UNL), était l’invité de #LaMidinale.

 Sur le contexte de la mobilisation des lycéens 

« Notre mobilisation s’inscrit dans le contexte social des gilets jaunes. »
« Le gouvernement ne nous écoute pas : on a eu la sélection à l’université, la réforme du baccalauréat, la réforme de la voie professionnelle, le service national universel, des suppressions de postes de professeurs. » « Nous aussi, on a un quotidien difficile et des attentes auxquelles personne ne répond. »

 Sur le mouvement des gilets jaunes 

« Les gilets jaunes sont en colère parce qu’ils ont un quotidien difficile et un gouvernement qui ne répond pas à leurs attentes et nous les lycéens, on a aussi ce même ressenti. »
« Les gilets jaunes, c’est la colère populaire. » « On a cela en commun avec les gilets jaunes : on souffre de la politique libérale. » « Il y a un ras-le-bol général de toutes les politiques qu’on a toujours menées. » « Si aujourd’hui le quotidien est difficile, c’est que les services publics sont en difficulté. » « Si on est obligé d’autant taxer les gens, c’est parce que l’on taxe moins les riches. » « On l’attend toujours le ruissellement. »

 Sur le fait que les lycéens n’ont rejoint les gilets jaunes que 3 semaines après le début du mouvement 

« Ca a posé des questions les gilets jaunes : on ne savait pas trop ce que c’était. »
« Beaucoup d’organisations, notamment lycéennes, sont restées dans l’immobilisme par peur de ce qu’étaient les gilets jaunes. »
« Aujourd’hui, les gilets jaunes, c’est une occasion en or de pouvoir gagner des avancées sociales. »
« Le problème quand on est jeune et qu’on s’inscrit dans un mouvement qui est plus large, souvent, les revendications des jeunes sont effacées. »
« Notre appel, c’est que les jeunes se mobilisent avec des mobilisations propres. »
« Il y a des lycéens qui portent des gilets jaunes. »
« On n’a pas de consignes à donner sur la couleur du gilet ou sur l’étiquette à avoir ; juste à sortir dans la rue et à porter sa colère. »

 Sur l’importance de la convergence des luttes 

« Les gilets jaunes sont dans la rue et ils sont en train de gagner des choses. »
« On est reçu par le gouvernement pour discuter : on ne cédera pas sur nos revendications. Pour nous, c’est tout ou rien. »
« Les gilets jaunes ont compris que si les jeunes les rejoignent, leur rapport de force sera d’autant plus puissant pour pouvoir gagner. »
« Aujourd’hui, on a un gouvernement qui a peur et qui comprend que tous les week-ends, il manque la révolution. »
« La légitimité du gouvernement à être au pouvoir est remise en question. »

 Sur l’avenir du mouvement des lycéens et des gilets jaunes 

« Notre mobilisation est toute naissante mais elle prend extrêmement bien. »
« Il ne faudra pas commettre à nouveau les erreurs commises à l’époque de la loi Travail : il faudra être très durs sur la ligne à porter. »
« Emmanuel Macron ne cède pas à la marche dans la rue mais au blocage du pays. »
« Il n’y a pas de lutte plus importante qu’une autre. »
« On a un ennemi commun qui est Emmanuel Macron. »
« Il n’y a qu’en ayant un mouvement de masse que l’on réussira à gagner. »
« Nous, on appelle à bloquer les moyens de production. »
« Plus la mobilisation durera, plus les violences s’accentueront. »
« Aujourd’hui, on est en capacité de canaliser les violences mais on ne le sera pas toujours. »

http://www.regards.fr/

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04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

dominique vidal (npa)

vidal doom

Antisionisme-antisémitisme 

Enjeux d’un amalgame

Mon dernier livre, intitulé Antisionisme = Antisémitisme ?, est sous-titré Réponse à Emmanuel Macron1. Rien là d’un effet de style. J’ai en effet décidé de l’écrire le 16 juillet dernier, après avoir entendu le discours du président de la République à la commémoration du 75e anni-versaire de la rafle du Vel d’Hiv. Non seulement il avait invité, pour la première fois, le Premier ministre israélien à cette cérémonie, non seulement il lui avait donné du « cher Bibi », mais, à la fin de son (excellent) discours, il avait lâché : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »

Jamais un président de la République, même pas Nicolas Sarkozy ni François Hollande, n’avait jusqu’ici repris à son compte cet étrange amalgame entre antisionisme et antisémitisme. Étran-ge, en effet, puisqu’il confond dans une même réprobation un délit, le racisme anti-Juifs, condamné par la loi comme toutes les autres formes de racisme et une opinion, qui conteste l’impossibilité de l’assimilation des Juifs et donc la nécessité d’un État où ils se retrouveraient tous et, au-delà, la politique de cet État.

Un antisémitisme en recul

L’antijudaïsme, puis l’antisémitisme traversent l’histoire de l’Europe, plus, d’ailleurs, que celle du monde arabe. Ils s’y sont traduits, des siècles durant, par des discriminations, des expul-sions et des massacres, ainsi lors des Croisades, mais aussi, au 19è siècle notamment, lors des « pogromes » de l’Empire tsariste. Ces persécutions ont atteint leur apogée avec le géno-cide nazi, qui visait certes d’autres cibles (Tsiganes, malades mentaux, Slaves…), mais dans lequel les Juifs formaient le seul groupe destiné à être tué jusqu’au dernier : il exterminera de fait la moitié des Juifs d’Europe, un tiers de la population juive mondiale.

En France, où le régime de Vichy et sa police ont collaboré activement à la déportation de 75 000 Juifs (sur 330 000, français et étrangers, une proportion qui souligne la solidarité dont ils ont bénéficié), l’antisémitisme n’a cessé de reculer depuis la guerre. Selon toutes les enquê-tes, il représente aujourd’hui une idéologie marginale, alors que l’islamophobie bénéficie d’un quasi consensus.

La meilleure preuve, c’est, premier élément, la réponse de nos compatriotes à la question « Les Juifs sont-ils des “Français comme les autres” ? ». En 1946, seul un tiers répond par l’affirmative. Soixante-dix ans plus tard, selon une enquête d’IPSOS2, la proportion atteint… 92 % ! Ajoutons que 93 % estiment que « Rien ne peut excuser un acte ou une parole antisémite ». Ces résultats sont d’autant plus significatifs qu’ils s’inscrivent dans un contexte de rejet accru des musulmans. Non seulement 36 % des sondés (+12 en un an) les estiment « mal intégrés », mais 83 % les en rendent responsables, ils seraient « repliés sur eux-mêmes » et refuseraient de « s’ouvrir sur la société », contre 17 % qui pointent la responsabilité de la société…

En revanche, second élément, les chercheurs observent la persistance de certains préjugés vis-à-vis des Juifs, bien qu’ils soient en recul : 52 % des Français pensent que « les Juifs sont plus attachés à Israël qu’à la France », 52 % que « les Juifs ont beaucoup de pouvoir », 51 % que « Les Juifs sont plus riches que la moyenne des Français » et 38 % que « Les Juifs sont un peu trop présents dans les médias ». Mais il existe aussi des préjugés et combien !, contre les Corses, les Bretons ou les Auvergnats : parlera-t-on pour autant de racisme anti-corse, anti-breton ou anti-auvergnat ?

Reste que la France a connu, troisième élément, une flambée de violences anti-juives au début des années 2 000. Chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie un rapport intitulé la Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, qui suit notamment l’évolution des actes et menaces racistes. Cette catégorie de « menace » incluant aussi bien un courriel d’insulte qu’une lettre anonyme ou un graffiti sur la voie publi-que, nous préférons nous référer aux « actes ». En 2002, par rapport à 2001, le nombre de ces derniers est multiplié par quatre, et, en leur sein, le nombre d’actes antisémites par six. Toutefois, dès 2003, on observe un net reflux des violences antisémites (- 36 %) et des autres violences racistes (- 23 %).

Ce recul se poursuit, irrégulièrement, tout au long des années suivantes s’agissant des violences antijuives. En revanche, les violences racistes, et notamment islamophobes, se maintiennent à un niveau élevé, avec une véritable explosion en 2015, dans le contexte des attentats terroristes : elles triplent cette année-là. Mais elles connaîtront un recul de près de 60 % en 2016. L’année 2017 marque une nouvelle décrue : 121 faits antimusulmans (- 34,5 %), 311 faits antijuifs (- 7,2 %) et 518 autres faits racistes (- 14,8 %). Notons cependant une poussée des violences proprement dites : 72 contre des musulmans (67 en 2016) et 97 contre des Juifs (77 en 2016).

Une nécessaire vigilance de tous les instants

Certains intellectuels parlent, depuis une quinzaine d’années, d’« antisémitisme musulman ». Cette thèse a même fait l’objet d’un procès, l’historien Georges Bensoussan ayant attribué, à tort, au sociologue Smaïn Laacher, lors de l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut, l’idée que « dans les familles arabes, […] l’antisémitisme [se] tète avec le lait de la mère ». Blanchi par la justice de l’accusation d’« incitation au racisme », le responsable du Mémorial de la Shoah n’en a pas moins fait l’objet d’une mise en garde du Conseil supérieur de l’audio-visuel (CSA), considérant que « certains propos tenus par M. Bensoussan […] étaient susceptibles d’encourager des comportements discriminatoires ». 

Au-delà des dérapages, ce débat a été alimenté par un sondage réalisé en 2014 par la Fondation pour l’innovation politique3, qui a suscité de vives réactions. Ainsi la sociologue et politologue Nonna Mayer a-t-elle appelé, dans le Monde, à « parler d’antisémitisme avec rigueur »4. À ses sévères critiques d’ordre méthodologique, la chercheuse ajoutait « une interrogation plus générale sur la pertinence du concept de “nouvel antisémitisme” » défini notamment par rapport aux « travaux de Pierre-André Taguieff ». Or ce dernier, souligne Nonna Mayer, « voit un antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël et du sionisme, au nom de l’antiracisme et des droits de l’homme, et porté tant par l’islamisme radical que par les idéologies tiers-mondistes d’extrême gauche ».

Toutes ces données quantitatives ne sauraient dissimuler les réalités qualitatives : le vécu des catégories concernées. D’autant que, pour la première fois depuis 1945, des Juifs, en ce début de siècle, ont été assassinés en tant que tels : les quatre victimes juives de Mohammed Merah, les quatre martyrs de l’Hyper Casher, mais aussi Ilan Halimi, Lucie Attal-Halimi et Mireille Knoll. La complexité des autres motivations des tueurs, meurtres crapuleux, voire acte de folie, n’empêche pas qu’ils soient d’abord perçus comme antisémites.

C’est dire que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme reste plus que jamais nécessaire. Et qu’il suppose une vigilance de tous les instants. Toute incitation à la haine raciale, toute propa-gande négationniste doivent être combattues et sanctionnées. De ce point de vue, la loi anti-raciste de 1881, celle de 1972, la loi Gayssot de 1990 et le Code pénal constituent un arsenal efficace.

Encore faut-il que celui-ci soit appliqué. Or, pendant des années, un Dieudonné ou un Soral ont pu jouer impunément avec l’antisémitisme et le négationnisme. Outre les provocations de ces hommes de gauche passés à l’extrême droite, il faut évoquer les dérapages que font ou tolèrent certains défenseurs auto-proclamés de la Palestine. Je veux le dire clairement : compte- =tenu des accusations dont ils font l’objet, les militants qui professent des idées anti-sionistes doivent être les plus vigilants. Toute « bavure » leur coûtera désormais très cher et, au-delà de leur personne, à la cause qu’ils entendent défendre…

Voilà pour le premier terme de la comparaison d’Emmanuel Macron.

La naissance du sionisme… et de l’antisionisme

Et pour le second ? Historiquement, la poussée de l’antisémitisme à la fin du XIXe siècle a aussi suscité la naissance du sionisme. Confronté aux pogromes de 1881-1882 en Russie, puis témoin à Paris de la dégradation du capitaine Dreyfus en 1895, Theodor Herzl en tire la conclusion que les Juifs sont inassimilables, même dans le pays qui, le premier, les a éman-cipés, et qu’ils doivent donc disposer d’un État à eux.

En 1896, il publie l’État des Juifs et, l’année suivante, réunit le Premier Congrès sioniste mondial : « Le sionisme, précise son programme, s’efforce d’obtenir pour le peuple juif en Palestine un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement. »5 Le fondateur du mouve-ment fait l’impasse sur l’existence, dans ce pays, d’un peuple arabe autochtone, qui représente alors les neuf dixièmes de sa population, et que le sionisme va progressivement priver de tous ses droits.

Vingt ans après le Congrès de Bâle, le Royaume-Uni, avec la Déclaration Balfour, fait sien le projet de Foyer national juif en Palestine, sur laquelle il obtient en 1922 le mandat. Pourtant, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et malgré Londres, les héritiers de Herzl ne rencontrent guère d’écho parmi les Juifs : l’essentiel des mouvements politiques juifs s’oppose à leur ambition.

Pour les communistes juifs, la solution de la question juive réside dans la révolution socialiste. Lénine, dès 1903, dénonce le nationalisme juif : « Absolument inconsistante au point de vue scientifique, l’idée d’un peuple juif spécial est, par sa portée politique, réactionnaire. » Pour le leader bolchevique, « dans toute l’Europe, la chute de la féodalité et le développement de la liberté politique ont marché de pair avec l’émancipation politique des Juifs, qui abandonnent le “yiddish” pour adopter la langue du peuple parmi lequel ils vivent et, d’une manière générale, leur assimilation progresse à l’époque ».

C’est pourquoi Lénine, à l’époque, polémique aussi avec le Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie, pourtant également hostile au projet d’État juif. Pour ce mouvement social-démocrate, la solution de la « question juive » suppose la réalisation d’une autonomie culturelle des Juifs dans les pays où ils vivent. Les bundistes estiment en effet que la culture doit agir comme ciment des Juifs, davantage que ne le ferait un État ou un terri-toire. Ils considèrent le sionisme « comme une réaction de la classe bourgeoise contre l’anti-sémitisme et la situation anormale du peuple juif. Le sionisme politique érigeant pour but la création d’un territoire pour le peuple juif ne peut prétendre résoudre la question juive, [...] ni satisfaire le peuple dans son ensemble ».

Quant aux religieux orthodoxes, leur opposition au sionisme est radicale. Imaginer un État juif avant l’arrivée du Messie est purement et simplement blasphématoire. Seul le mouvement religieux Mizrahi ne voit pas de contradiction entre sa foi et la vision de Herzl. Il faudra attendre 1949 pour qu’une partie plus substantielle des religieux accepte de passer un compromis avec le jeune État d’Israël, qu’on appelle le « statu quo » et qui définit les devoirs réciproques de l’État et de la religion. De pressions en concessions, le premier cèdera de plus en plus de terrain à la seconde. Si bien qu’aujourd’hui seule une minorité d’ultra-orthodoxes conteste encore l’existence de l’État d’Israël.

Il faut dire que, de leur côté, Herzl et ses successeurs ne manquaient pas de griefs contre les religieux : pour eux, la religion a fait du peuple juif une entité passive, attendant son salut et son émancipation de la venue du Messie, qui permettrait le retour du peuple juif dans sa patrie historique, mais dans le cadre d’un projet divin et pas dans celui d’un projet politique conçu par des hommes.

Le bouleversement du génocide nazi

Les faits sont têtus : l’immense majorité des Juifs quittant l’Europe centrale et orientale se rend en Europe occidentale et surtout aux États-Unis, environ 3,5 millions de 1881 à 1924. En revanche, au début de la Seconde Guerre mondiale, la Palestine mandataire ne compte que 460 000 Juifs, soit 2,9 % de la population juive mondiale.

Une bonne partie de l’immigration est venue à l’époque d’Allemagne. La montée du nazisme a provoqué une accélération de l’émigration juive vers la Palestine : celle-ci passe de 1932 à 1939 à 247 000 arrivants, soit 30 000 par an, quatre fois plus que depuis la fin de la Première Guerre mondiale ! Il s’agit déjà moins d’un « choix sioniste » que d’une fuite face aux persécu-tions.

Fuite facilitée par l’accord dit Haavara (transfert), conclu par l’Organisation sioniste mondiale avec le gouvernement nazi, le 25 août 1933 : contrairement aux autres qui partent sans un mark en poche, les Juifs allemands allant en Palestine peuvent récupérer là-bas une partie de leurs biens sous la forme de produits exportés par le Reich là-bas. Plusieurs dizaines de milliers de Juifs allemands sauveront ainsi leur vie. Cet accord coûtera en revanche la sienne à son négociateur sioniste, Haïm Arlosoroff, assassiné sur la plage de Tel Aviv le 16 juin 1933.

Qu’on n’imagine pas Hitler converti au sionisme. Durant ses premières années, le régime nazi n’a pas encore conçu la « solution finale de la question juive ». Il s’attache d’abord à exclure les Juifs de la société allemande et à les pousser à l’émigration. Dans un second temps, il pensera en termes de déportation massive : vers Madagascar d’abord, puis vers la Pologne et enfin vers la Sibérie. Le projet génocidaire proprement dit se radicalisera à partir de l’invasion de l’URSS, le 22 juin 1941.

Le génocide nazi bouleverse tout. Six millions de Juifs ont été exterminés et des centaines de milliers de survivants ne peuvent pas retourner chez eux. Or Washington leur refuse tout visa. Bon nombre émigrent alors vers la Palestine, puis vers Israël, d’où la guerre de 1947-1949 a chassé 800 000 Arabes. Comme durant l’entre-deux guerres, les juifs se rendant là-bas le font moins par « choix sioniste » que par obligation ou calcul, qu’il s’agisse des vagues de Juifs arabes ou de celle des Soviétiques…

Dans un cas comme dans l’autre, l’aliya procède des circonstances. S’agissant des Juifs arabes, les raisons de l’émigration varient d’un pays à l’autre. Certains ont été expulsés, comme en Égypte. D’autres ont été « importés » par les autorités israéliennes : ainsi au Maroc, au Yémen, en Éthiopie et, en majorité, en Irak.

D’Algérie, la plupart des Juifs se sont retrouvés en France, dont ils possédaient la citoyenneté. Rares sont, parmi tous ces immigrants des années 1940 à 1970, ceux qui rejoignent Israël par choix idéologique. Il en va de même des Juifs soviétiques, dont une forte proportion, d’ailleurs, ne l’était pas : la répression de leur culte juif rendait difficile l’identification des Juifs. La plupart de ces arrivants ont profité de l’accord passé par Mikhaïl Gorbatchev avec Itzhak Shamir pour pouvoir quitter l’URSS, sans savoir que le Premier ministre israélien avait fait en sorte qu’ils ne puissent pas poursuivre leur voyage vers l’Europe ou les États-Unis, comme un grand nombre l’espérait.

Soixante-dix ans et plusieurs vagues d’immigrations après sa création, Israël compte 6,5 millions de Juifs et, avec les territoires occupés, le même nombre de Palestiniens. C’est dire que la majorité des 16 millions de Juifs du monde vit encore ailleurs. De surcroît, en Occident, leur assimilation s’accompagne d’une majorité de mariages avec des non-Juifs. Et des centaines de milliers d’Israéliens ont quitté leur pays, où ils ne vivent plus, rien qu’à Berlin, ils seraient plus de 100 000. Même parmi les Juifs de notre pays qui, ces dernières années, ont effectué leur alya en réaction aux violences antisémites, une forte proportion repart vers la France.

Dégradation de l’image d’Israël

Faut-il considérer tous ces Juifs qui, de génération en génération, ont résisté aux sirènes du sionisme comme des antisémites ? Ou bien, tout simplement, comme des citoyens ayant préfé-ré poursuivre leur vie dans leur patrie de longue date ou d’adoption ? Historiquement, la petite phrase du président de la République est donc absurde.

Les Français ne s’y trompent d’ailleurs pas. Selon la dernière enquête de l’IFOP6, 57 % ont une « mauvaise image d’Israël » (68 % chez les moins de 35 ans), 69 % une « mauvaise image du sionisme » (74 % chez les moins de 35 ans) et 71 % pensent qu’« Israël porte une lourde responsabilité dans l’absence de négociation avec les Palestiniens » (68 % chez les moins de 35 ans).

Selon une enquête toujours de l’IFOP, mais plus récente, 67 % des sondés voulaient que « le président Macron évoque explicitement la perspective de sanctions lors de sa rencontre avec Benyamin Netanyahou ». Sont-ils pour autant antisémites ? Évidemment non. Sous le titre « Un antisionisme qui ne se transforme pas en antisémitisme », l’enquête IPSOS déjà citée montre que les sympathisants de la France Insoumise et du Parti Communiste sont à la fois les plus critiques vis-à-vis de la politique d’Israël et les plus empathiques envers les Juifs de France.

« Au niveau individuel, conclut l’enquête sur ce point, il n’y a pas de relation évidente entre l’antisémitisme et l’antisionisme » Et d’ajouter que l’un comme l’autre « sont des attitudes cohérentes entre elles, mais qui concernent le plus souvent des individus différents ». Con-clusion de Brice Teinturier, qui présente l’enquête sur le site Akadem7 : « On ne peut pas, rapidement et un peu caricaturalement, dire que l’un dissimulerait l’autre. »

Au-delà du contresens qu’elle implique, la petite phrase du Vel d’Hiv comporte surtout, politi-quement un grave danger pour la liberté de pensée et d’expression. La manœuvre des dirigeants israéliens et de leurs inconditionnels français est cousue de fil blanc : ils tentent de criminaliser toute critique de leur politique parce qu’ils se savent isolés. À preuve la reconnais-sance croissante de l’État de Palestine, entré successivement à l’Unesco (2011), puis à l’Assemblée générale des Nations unies (2012) et même à la Cour pénale internationale (2015).

Il y a quelques semaines, l’Assemblée générale de l’ONU a voté en faveur de l’autodétermina-tion du peuple palestinien par 176 voix pour, 7 contre (Canada, États-Unis, Israël, Îles Marshall, États fédérés de Micronésie, Nauru et Palaos) et 4 abstentions (Cameroun, Honduras, Togo, Tonga).

Et cet isolement ne risque pas de se réduire. La droite et l’extrême droite au pouvoir à Tel-Aviv sont en effet engagées dans un inquiétant processus de radicalisation. Profitant du soutien de l’administration Trump et de leur alliance avec l’Arabie saoudite contre l’Iran, elles veulent passer de la colonisation, qu’elles accélèrent, à l’annexion. Plusieurs lois ont été ou vont être votées par la Knesset en ce sens. À terme, Tel Aviv enterrera la solution dite des deux États au profit d’un seul État, où les Palestiniens annexés avec leurs terres ne jouiraient pas du droit de vote : un État d’apartheid.

La nouvelle loi fondamentale en cours d’adoption à la Knesset symbolise ce tournant. Celle de 1992 définissait Israël comme un « État juif et démocratique » : le projet voté en première lectu-re parle d’« État-nation du peuple juif ». Et il précise : « Le droit à exercer l’autodétermination nationale au sein de l’État d’Israël appartient au seul peuple juif. » De surcroît, il prive l’arabe de son statut de « langue de l’État » réservé à l’hébreu. Bref, il renie explicitement la Déclara-tion d’indépendance qui, le 14 mai 1948, promettait que le nouvel État « développera le pays au bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix enseignés par les prophètes d’Israël ; il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture ».

Il ne s’agit hélas pas seulement de la fuite en avant de dirigeants hors sol : selon les sondages, la moitié des sondés n’estiment « pas sage » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie, et 53 % s’opposent à son annexion8. Mais seuls 24 % estiment que les Palestiniens devraient,  en cas d’annexion, jouir du droit de vote, 30 % envisageant un statut de « résident ». Ce passage de la colonisation à l’annexion n’améliorera évidemment pas l’image d’Israël dans l’opinion mondiale.

Voilà pourquoi l’extrême droite israélienne et ses relais français voudraient interdire toute contestation. Premier objectif de l’opération : la condamnation de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS). Aucune loi ne l’interdisant, ses censeurs s’appuient sur une circulaire ministérielle, signée Michèle Alliot-Marie, que de rares parquets ont suivis. Et sur un arrêt de la Cour de Cassation, que la Cour européenne des droits de l’Homme peut néan-moins encore retoquer.

D’autant que la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, ne cesse de répéter : « L’Union européenne se positionne ferme-ment pour la protection de la liberté d’expression et de la liberté d’association, en cohérence avec la Charte des droits fondamentaux, qui est applicable au territoire des États membres, y compris en ce qui concerne les actions BDS menées sur ce territoire. »9

Vers l’interdiction de l’antisionisme ?

D’où un second objectif, auquel le propos d’Emmanuel Macron risquerait d’ouvrir la voie : l’interdiction de l’antisionisme proprement dit. En novembre dernier, Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), demandait ainsi au Premier ministre que la « définition (de l’International Holocaust Remembrance Alliance – IHRA), qui prend en compte l’antisionisme comme forme nouvelle de l’antisémitisme, soit transposée dans l’arsenal législatif français »…

Élaborée par l’IHRA le 26 mai 2016 à Budapest, elle présente l’antisémitisme comme « une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer comme de la haine à leur égard. Les mani-festations rhétoriques et physiques d’antisémitisme visent des individus juifs ou non juifs ou/et leurs biens, des institutions et des lieux de culte juifs ». À ce texte s’ajoute une sorte de « mode d’emploi » l’explicitant, ajoutant notamment : « Ces manifestations peuvent inclure le fait de cibler l’État d’Israël, conçu comme collectivité juive. » Mais l’annexe ajoute : « Toutefois, la critique d’Israël similaire à celle émise contre tout autre pays, ne peut être considérée comme antisémite. » 

Cette notion de similarité pose un problème évident : comment traiter également des États qui ne violent ni le droit international ni les droits humains et ceux qui, comme Israël, violent ouvertement les uns et les autres ? L’occupation et la colonisation des territoires palestiniens depuis un demi-siècle bafouent en effet les Conventions de Genève comme les résolutions de l’ONU… Reste que le Parlement européen a adopté ladite résolution le 1er juin 2017.

Si la proposition de loi visant à interdire l’antisionisme ne constituait pas une manœuvre aussi grave, on pourrait presque en rire. Imagine-t-on les communistes demander l’interdiction de l’anticommunisme, les gaullistes celle de l’antigaullisme, les néolibéraux celle de l’altermo-ndialisme ? La prétention des ultra-sionistes relève ici d’une pensée qu’il faut bien qualifier de totalitaire.

Si ce projet prenait corps, le Conseil constitutionnel le bloquerait sans doute en route. Sinon, ce serait la première fois, depuis la guerre d’Algérie, que la France réinstaurerait le délit d’opinion. Je suis malheureusement assez âgé pour me souvenir des pages de journaux parsemées de blanc, car caviardées par la censure…

Or l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » Quant à la Constitution de la Ve République, son article premier assure que la France « respecte toutes les croyances ». Et, pour sa part, la Convention européenne des droits de l’homme stipule dans son article 9 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé. »

Ce débat, on le voit, dépasse donc les questions liées au conflit israélo-palestinien. Il pourrait même menacer nos libertés. Sans doute est-ce la raison pour laquelle l’Exécutif semble reculer. Au dîner du CRIF, le 7 mars, Emmanuel Macron n’a pas repris son amalgame entre antisionisme et antisémitisme. De même son Premier ministre, Édouard Philippe, qui l’avait fait sien en octobre 2017, l’a abandonné, le 19 mars 2018, en présentant le plan annuel du gouvernement contre le racisme et l’antisémitisme.

Faut-il en conclure que la lutte paie ? Pour l’affirmer et supprimer le point d’interrogation, il faudra sans doute encore poursuivre cette bataille avec détermination et sang froid.

Nous publions, avec l’aimable accord de son auteur, la version écrite de l’intervention de l’historien Dominique Vidal lors de notre dernière université d’été.

Mardi 4 décembre 2018

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Lire aussi:

Israël est intouchable… dans les médias américains (A l’Encontre.ch)

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