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22 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

l’affaire (médiapart)

macron collomb

Divisions au sommet sous la pression du mouvement gréviste

Au delà de la transformation progressive du régime Macron en bande mafieuse que révèle cette affaire Benalla, elle dénote surtout la pression qu’exercent sur les autorités les grèves et luttes sociales incessantes depuis maintenant deux ans et demi au point de causer une crise au sommet.

En effet, même si cette affaire Benalla a été déclenchée en haut au vu de la rapidité et l’unani-mité de la presse des milliardaires, anciennement aux ordres, à dénoncer le système Macron, elle traduit sur le fond par ces divisions au sommet, le problème de l’incapacité du gouverne-ment à mettre fin aux luttes qui ont commencé fin février 2016 contre la loi El Khomri et qui n’ont pas cessé depuis.

L’affaire est ainsi en quelque sorte un succès des luttes.

Cette affaire traduit les effets de cette longue période de « grève générale rampante » au sens d’ambiance de grèves et luttes politico-sociales qui n’est pas prête de cesser malgré la violente répression et la désertion des directions syndicales, ce qui pourrait à tout moment se transfor-mer en grève générale ouverte et explosive.

Cela panique les bourgeois au point où certains cherchent à recadrer Macron et reprendre la main, en tous cas à donner un avertissement à Macron.

Rappelons-nous qu’il y a déjà eu début juillet le Conseil Constitutionnel qui a supprimé le délit de solidarité après que l’ONU ait condamné les violences policières en France, puis Macron qui a reculé sur le retrait de la Sécu de la constitution, tout cela dans un cadre général où Macron s’enfonce dans les sondages et n’a même pas bénéficié d’une remontée avec le succès de l’équipe de France de football.

Le mouvement social n’a certes pas gagné mais il est en train de peser par sa durée et sa détermination sur la situation politique.

Ce mouvement est passé par diverses phases successives ou simultanées, grèves ouvrières économiques émiettées, tentatives de grève syndicale politique centralisée mais saute mouton, forte lutte régionalisée ou corporatiste, émeutes, fête populaire contestataire, et maintenant par sa pression, il en arrive à susciter un scandale politique.

L’esprit de cette « grève générale » est caractérisé par le fait que tout le monde comprend que la clef de la situation sociale est le pouvoir.

Ainsi chaque mouvement social, quel qu’en soit le détail revendicatif de départ, est habité de cette conscience générale même si la convergence des luttes ne se fait pas, car elle est difficile à mettre en œuvre quand les directions syndicales et politiques ne la veulent pas.

Cette conscience générale qui traverse la période de manière diffuse est dangereuse pour le pouvoir et le Medef, parce qu’elle porte en elle que la question sociale est au fond une ques-tion politique centrale et qu’elle ne peut trouver une solution que par en bas, par la rue, tous ensemble.

On ne sait pas comment va se terminer l’affaire Benalla/Macron, même si on voit que le gouvernement étant incapable d’y mettre un terme

L‘opposition, pour sa part, fait tout pour que la crise ne débouche pas dans la rue, mais reste dans un cadre institutionnel : commission d’enquête parlementaire, projet de motion de censu-re, élections, etc… jusqu’à Ruffin qui explique que « jamais la police ne se permettrait de telles violences ».

Par contre, il est sûr que le gouvernement en sortira ébranlé

Ce qui ne peut que donner plus de courage aux grévistes, manifestants, jeunes de quartier, protestataires de toutes sortes, politiser un peu plus l’ambiance générale et rassembler le mouvement social en l’assurant de son bon droit, surtout pour les cas de répression en même temps que Macron lui-même, affaibli, sera malgré lui un d’autant plus grand facteur d’unification.

Ce mouvement social va continuer.

Il est même tout a fait possible que cette ambiance de « grève générale rampante et politique », par en bas, tous ensemble et de plus en plus politisée… ait une suite immédiate en août.

On va le voir rapidement.

Cela se fera peut-être sous la forme d’émeutes dans les quartiers comme souvent en cette période, mais du coup qui pourraient être perçues différemment à une échelle plus large, avec plus de sympathie, parce qu’avec un contenu implicite plus social ou plus politique que d’habitude par la dénonciation des violences policières par exemple.

Ce pourrait encore être le cas de grèves à caractère plus ou moins général dans les hôpitaux avec les problèmes de manque d’effectif aggravés par l’été et la chaleur, augmentées de l’indignation provoquée par l’affaire Benalla.

Ce pourrait être encore un mouvement de postiers continuant la grèves des facteurs du 92 qui dure depuis 4 mois, facilité par l’absence des directions hiérarchiques en vacances, jusqu’à y compris, pourquoi pas, un mouvement général comme août 1953…

Quoi qu’il en soit, il faut s’attendre à de multiples rebondissements dans la période à venir et les préparer ou réagir rapidement

D‘autant que sur le terrain syndical, l’absence de réponse sérieuse syndicale dans la rue au scandale Benalla où la collaboration quasi ouverte des directions syndicales avec Macron à son mini sommet social du 17 juillet, provoquent des protestations de structures par exemple celles de UD CGT 94 ou de la CGT Energie Paris.

Affaibli par l’affaire Benalla, Macron pourra-t-il continuer à multiplier les contre-réformes ?

Cela dépend de la manière dont il s’en sort, s’il arrive à s’en sortir. Pour le moment il est paralysé mais quoi qu’il en soit il en sortira fragilisé. Ce qui ne pourra que renforcer un mouvement social de résistance de plus en plus politisé et unifié.

Ce n’est qu’un début, continuons la lutte !

Jacques Chastaing, le 21 juillet 2018

https://blogs.mediapart.fr/

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22 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

virer macron! (front social)

front

fs 2

Source Médiapart

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21 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

milice? (anti-k)

syndicalisme-autrement

Mafia et État ne sont jamais en rivalité

LA MILICE DE MACRON A propos de « l’affaire Benalla »

Avec la création de mercenaires au sein même du parti gouvernemental pour aller casser des opposants, la radicalisation de la police, et les cadeaux du président systématiquement dirigés vers le clan des plus riches, la nature Mafieuse de l’État Macroniste se révèle chaque jour de plus en plus visible.

Paris, le 1er mai dernier.

La traditionnelle manifestation se disperse, après avoir été sévèrement réprimée. Au milieu des CRS, deux hommes en civil brutalisent des manifestants. Une jeune femme est violemment attrapée par le cou, un homme est étouffé, et roué de coups au sol. L’agresseur le plus virulent porte un casque appartenant à la police nationale. Pourtant, il n’est pas policier, mais membre de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron. Il intervient en tant que « volontaire », en dehors de tout cadre légal, pour casser du manifestant. Cet homme, c’est Alexandre Benalla, et il est au cœur d’une polémique depuis 24H. Il travaille directement à l’Élysée, parmi les plus proches du président. Pour le moment, le gouvernement reste muet, ou présente les faits comme un acte isolé, une erreur. En réalité, il s’agit d’un scandale d’État, avec de nombreuses ramifica-tions. Macron a couvert une milice secrète et para-légale. Quelques remarques.

1 IL N’Y A PAS UN, MAIS DEUX, VOIRE TROIS AGRESSEURS.

Sur les images du 1er mai, aux côtés d’Alexandre Benalla, son ami Vincent Crase, ancien gendarme, participe aussi aux exactions contre les opposants. Mais il y a aussi un troisième homme, lui aussi en civil, pas encore identifié, qui prend le relai de Benalla lorsqu’il exfiltre brutalement une jeune manifestante. Ces hommes semblent eux aussi se connaître, fonction-ner ensemble. Du reste, ils disposent de Talkiewalkies, et semblent porter des armes à la ceinture. Combien de « volontaires » proches de l’Élysée ont participé aux violences contre les opposants le 1er mai dernier ? La question reste ouverte. Seule certitude : l’État a autorisé, équipé et armé au moins trois membres du parti au pouvoir pour qu’ils aillent casser du mani-festant. Macron couvre donc des milices de choc, en dehors de tout cadre légal, dans la continuité des déclarations guerrières de son ministre Gérard Collomb.

2  UNE MILICE CONSTITUÉE QUI COMMANDAIT DES ARMES.

Les lanceurs d’alertes Wikileaks avaient piraté et diffusé les mails internes au parti En Marche pendant la campagne présidentielle. Dans ces archives, disponibles en ligne, on découvre un échange entre Alexandre Benalla et un magasin parisien de ventes d’armes de défense : LBDLS. L’objet ? Acheter un arsenal paramilitaire. Benalla commande notamment des armes de poing, Flash-Balls et Gomme-Cognes, des balles, des pistolets lacrymogènes, ou encore des boucliers de maintien de l’ordre. Le tout « au nom du Mouvement En Marche ». Par ailleurs, Alexandre Benalla et Vincent Crase ont fondé ensemble la « fédération française de la sécurité privée », ainsi qu’un site dédié à la sécurité, aujourd’hui effacé. Dans ces conditions, vu le degré d’organisation de ce groupe, le plus haut sommet de l’État ne pouvait évidemment pas ignorer les agissement des agresseurs. Il s’agit donc de mercenaires, de barbouzes, dont les violences étaient coutumières. D’ailleurs Alexandre Benalla est accusé d’avoir frappé un militant communiste en 2016, et arraché l’accréditation d’un journaliste en 2017.

3 UN RAPPORT AMBIGU AUX VIOLENCES POLICIÈRES.

Depuis mercredi, ce qui choque les médias et la classe politique, ce ne ne sont pas les innom-brables exactions commises contre les manifestants depuis des mois. Ces violences policières ont causé des centaines de blessures, et parfois des mutilations, et ont abondamment été fil-mées et documentées. Ce qui choque, c’est le caractère « non-règlementaire » des agres-sions commises par le milicien Benalla. Si les mêmes violences avaient été commises par les CRS ou la BAC, personne ou presque n’aurait réagi. Ce que les médias reprochent à Benalla et ses complices, c’est de ne pas avoir été officiellement policier. Ce qu’on leur reproche, c’est aussi de ne pas avoir été suffisamment discrets, de s’être laissés filmer. Combien d’actes similaires nous sont inconnus ?

4 LE 1ER MAI : UNE RÉPRESSION HORS NORMES.

Lors du défilé du 1er mai à Paris, plus de 300 manifestants ont été arrêtés. Des dizaines d’autres, blessés lors d’affrontements. Parmi les personnes arrêtées, plus d’une centaine ont été enfermées en garde à vue, souvent plus de 48, voire 72 heures en cellule, avant de passer directement devant un juge. Plusieurs manifestants étaient alors envoyés directement en prison.  D’autres sont encore poursuivis, mis en examen, et sous contrôle judiciaire, pour leur participation à la manifestation, en attendant leurs procès. Des sanctions massives, et extrê-mement lourdes, reposant souvent sur de simples présomptions. C’est donc au même moment, alors que la police arrêtait massivement, et la que justice enfermait à tour de bras, que Benalla et sa milice s’amusaient à faire la chasse au manifestants. En toute impunité.

5 ENSAUVAGEMENT RÉPRESSIF.

L’utilisation de milices en complément de la police n’est malheureusement pas nouvelle. Les attaques commises par des groupes d’extrême droite contre les étudiants mobilisés à Mont-pellier ou Dijon, ou les attaques de manifestants comme à Lyon ou Nantes font office de répression parallèle. Macron a délégué la « surveillance des campagnes » à des groupes de chasseurs, créant de facto des milices. En même temps, les fractions les plus à droite de la police se radicalisent. Le vote Front National y bat tous les records, et la création de groupes armés composés d’anciens policiers et d’anciens militaires prêts à commettre des attentats racistes, comme l’a montré l’arrestation du groupe baptisé « Action des Forces Opérationnel-les» prouvent cette radicalisation. Des réseaux d’influence poussant à l’armement accru et à l’impunité des forces de l’ordre sont au cœur du pouvoir. Et en retour, l’extrême droite organise des manifestations pour soutenir les policiers auteurs de violences, comme on l’a vu à Nantes, après la mort du jeune Aboubakar en juin, tué par le tir d’un CRS. La boucle est bouclée.

« On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en oppo-sant la Mafia à l’État : ils ne sont jamais en rivalité », écrivait Guy Debord.

Avec la création de mercenaires au sein même du parti gouvernemental pour aller casser des opposants, la radicalisation de la police, et les cadeaux du président systématiquement dirigés vers le clan des plus riches, la nature Mafieuse de l’État Macroniste se révèle chaque jour de plus en plus visible.

Source: 19 Juillet 2018 – Nantes Révoltée

Mediapart  20 JUIL. 2018 PAR  BLOG : BLOG DE J-B

https://www.anti-k.org/

manif

Pourquoi l’affaire Alexandre Benalla est explosive pour Emmanuel Macron et le gouvernement (Anti-k)

Une opération de police pour organiser du désordre sur une place auparavant calme, y commettre des violences sans justification sur une femme qui passe et un jeune homme plutôt paisible.

Avec ou sans usurpation d’uniforme, c’est déjà un scandale, que ces faits soient commis par des petits copains à Macron, pour juste s’amuser en dit long sur ce régime.

La correspondante de Libération: « …On était juste à côté, donc on a décidé d’y aller, il y avait plusieurs groupes d’étudiants assis sur la place, en train de discuter et de boire des bières. Une dizaine de CRS immobiles étaient présents. Assez vite, une trentaine de CRS sont arrivés et ont bouclé la place. A ce moment-là, ça a rapidement dégénéré, la tension est montée, avec gaz lacrymo et coups de matraques, c’est parti dans tous les sens. Je précise que personne n’était masqué, c’étaient juste des jeunes en train de boire des bières et de parler tranquillement.

Premier réflexe, je me mets à filmer. Des CRS courent, une fille se fait attraper et tirer par le cou. Au même moment, un mec chauve en sweat-shirt attrape un gars avec plusieurs CRS, ils le traînent par terre et nous gazent pour éviter qu’on filme. Là, celui qui est identifié comme Alexandre Benalla arrive en courant, il attrape par le cou le gars qui est déjà à terre entouré de CRS. Il l’étrangle et lui met plusieurs coups de poing par derrière, c’est un tabassage en règle.

La victime a du mal à respirer, se touche le ventre. On crie tous plusieurs fois d’arrêter, c’est hyper violent. Je m’approche d’Alexandre Benalla, je filme son visage et je dis : «Regardez son visage, il est en train de le tabasser par terre».

Il me regarde et il se barre de peur d’être reconnu. Je l’avais déjà aperçu plusieurs fois durant la manifestation avec un brassard de police. J’ai rapidement publié la vidéo sur Twitter, sans savoir à quel corps de police il appartenait… » LR

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20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

gael quirante (ballast)

gael quirante (ballast) dans A gauche du PS qui3

Montrer que la lutte paie

Gaël Quirante est devenu, ces dernières années, l’un des visages de la lutte syndicale en France. Vêtu de sa tenue de postier, nous retrouvons le secrétaire départemental de SUD Poste 92, également membre de la direction du NPA, dans une salle autogérée du centre de la capitale. Par un courrier en date du 20 mars 2018, Muriel Pénicaud, actuelle ministre du Travail, autorisait La Poste à le licencier, contre l’avis, par quatre fois répété, de l’inspection du travail. En cause : un mouvement de grève auquel il participa il y a huit ans ayant abouti à la retenue, durant un peu plus de deux heures, de cadres de l’entreprise. Quirante sort d’une brève sieste dans son véhicule, tout entier qu’il est mobilisé par des actions au sein de diffé-rents bureaux de poste de la région ; il nous quittera pour rejoindre une assemblée générale étudiante. « On doit s’opposer à la répression antisyndicale, repousser les restructurations qui suppriment des emplois, contrer la logique de casse du service public et de marchandisation du travail de facteur et de factrice. On fait le choix de tenir, de montrer que l’été ne nous fait pas peur et qu’on sera capables de faire la jonction avec toutes les colères accumulées », nous annonce-t-il.

Dès l’enfance, j’ai baigné entre la Fête de l’Huma, Pif le chien et le milieu de l’immigration espagnole. Mes premières réunions se font dans le salon familial, à Paris, avec les cellules du parti maoïste espagnol de mon père. Les militants ouvriers exilés en France dans les usines Renault, Citroën et ailleurs, y parlent de la place centrale de la classe ouvrière. En 1994, j’expérimente au sein de la jeunesse communiste la nécessité de me battre contre le contrat d’insertion professionnelle. Un an plus tard, j’entre à la fac et je me mobilise au sein de l’Union des étudiants communistes puis contre le plan Juppé.

Dans cette organisation, je vois une sacrée contradiction entre mon vécu à la baraque et la réalité du PCF. Je notais la difficulté qu’ils avaient à défendre le droit de vote des immigrés à toutes les élections, par exemple. Il y avait aussi le fait de mettre au second plan la nécessité de la grève générale ou encore leur slogan contre le « surarmement » comme s’il y avait un seuil légitime d’armement ! Il y a distorsion. Ça débouche sur une rupture personnelle avec le parti et sur une rencontre avec le milieu militant d’extrême gauche révolutionnaire, trotskyste en particulier : la Jeunesse communiste révolutionnaire d’Olivier Besancenot, qui était sur la fac de Nanterre. En résumé : la famille, la baraque et les luttes ont forgé mon identité politique.

Je suis rentré à La Poste parce qu’il fallait bien travailler ! Les militants de la gauche révolu-tionnaire qui deviennent professeurs, j’ai essayé deux ans comme prof d’histoire-géo vacataire, ça me questionne… Je ne voulais pas préparer des concours. C’était accepter cette logique de coupure avec la réalité pour viser un emploi. Assez naturellement, je tente la SNCF puis je fais de l’intérim pour subvenir à mes besoins. Une boîte d’intérim me propose de bosser à La Poste, où j’obtiens un CDD. Avec huit gars au bureau de Courbevoie, on nous promet un CDI ; deux jours avant la fin du CDD, on nous notifie notre licenciement. C’est le début d’une bagarre collective avec l’aide des syndicats pour obtenir, après des débrayages et des grèves, notre titularisation.

Déjà, se mettent en place les premières stratégies patronales : les huit sont ventilés pour empêcher qu’ils restent soudés. De facteur à Courbevoie, je suis devenu collecteur des entre-prises en service d’après-midi à Levallois. Je tiens à dire que les encadrants avaient déjà un vrai mépris de classe. Lors de mon premier entretien, une cadre m’a infantilisé en me parlant comme à un demeuré : « Vous savez, le travail de facteur est extrêmement compliqué : vous avez dans une enveloppe une adresse et il faut que l’adresse dessus corresponde à l’adresse de la boîte aux lettres. » Véridique !

Postier, c’est un boulot certes mal payé mais dans lequel on peut assez librement tisser des liens forts avec les collègues. Ce travail est donc devenu un vrai choix, avec l’ambition de défendre nos conditions de travail. Puis ça s’enchaîne vite : je termine ma période d’essai deux jours avant un appel à la grève sur les retraites en 2003. Un mois de grève, alors que je ne suis pas encore syndiqué ! À ce moment, nos liens sont forts et mettent en adéquation ma conception de la vie et ce que je fais : tu désertes le monde des idées pour taper dans le concret sur un licenciement, sur un contrat… Cette expérience a décuplé la force que je mettais en mes convictions. Alors qu’étudiant on décrypte l’exploitation, dans une entreprise on se bat directement contre l’exploitation en faisant confiance aux collègues. On est poussés matériellement dans ce qu’on vit et le dilemme de l’action se pose tous les jours.

À La Poste, en moyenne, la refonte de l’organisation a lieu tous les deux ans. Dans le 92, on a imposé tous les sept ans. C’est un manque à gagner pour l’entreprise en termes de restructu-ration et de suppression d’emplois, ce qu’elle appelle « formes d’organisations innovantes ». Aujourd’hui, la majorité des collègues travaille le matin et l’après-midi, avec une pause déjeu-ner non comprise dans le temps de travail, de 45 minutes à 4 heures. Le facteur, qui ne déli-vrait avant que le courrier et les recommandés, on lui fait maintenant distribuer les colis et le courrier non adressé.

La charge de travail augmente sans cesse. Tu es un mulet, pour un salaire qui ne bouge pas et un très gros mépris social. Physiquement, les inaptitudes au boulot explosent. De l’autre côté, notre cher PDG, Philippe Wahl, qui était tout fier d’appeler à voter Hollande, déclare avoir une baraque rue Madame, gagner 700 000 euros et dit avoir un ou deux millions placés. Tranquille, peinard. Il hésite entre un ou deux millions. Il ne se rend même pas compte de l’incongruité de cette déclaration : nous, on hésite au mieux entre cinq et dix balles dans notre poche. Des patrons de « gauche »…

Notre boîte est à cette image avec un DRH de Casino, le directeur national courrier, ancien DRH de PSA… C’est une boîte de main-d’œuvre avec en rétorsion le licenciement et les brimades au moindre signe de résistance. Il y a une volonté de remise au pas de l’entreprise pour qu’elle devienne une entreprise de main-d’œuvre où le fait même de prendre la parole est prohibé. En 2009, il y a eu toute une série de grèves dans plusieurs établissements : Reuil-Malmaison, Colombes… Dans mon service, notre grève a débouché sur une grève départe-mentale. Ça a permis de montrer que même dans un secteur atomisé comme le nôtre, et avec des salaires très faibles, on peut gagner. Une grève reconductible de 30 jours de salariés payés juste au-dessus du SMIC, c’est dur !

Mon expérience dans le 92, c’est la rencontre de différents militants qui partagent une compré-hension du monde, qui est clairement marxiste révolutionnaire, et une pratique de confronta-tion par l’action collective directe, qui met en avant l’auto-organisation des grèves au-delà même des structures syndicales. On insiste sur la nécessité du contrôle de la grève par les grévistes : de ne pas laisser ça aux structures syndicales, même si on est conscients qu’en dehors de ces périodes de mobilisations et de vapeur, il est nécessaire de renforcer les syndicats qui sont, finalement, comme des assemblées générales permanentes.

Cette manière de faire permet de créer d’autres rapports sociaux, d’autres rapports humains déjà perceptibles dans nos grèves. Nos collègues sont transformés par la lutte car ils touchent du bout des doigts ces nouveaux rapports possibles, en commençant à se parler. Discuter et s’organiser avec les collègues et au sein de la famille, tenir plusieurs jours, expérimenter direc-tement et concrètement la police, la justice, les patrons, ça vaut tous les cours magistraux. Ça vaut plus que plein de formations, plus que plein de lectures et d’articles, c’est une compréhen-sion directe du monde.

Il y a une critique du syndicalisme par une certaine gauche radicale, issue du milieu ensei-gnant, qui le caricature à travers la figure de l’homme blanc de 50 ans fan de mojitos. Les quartiers populaires ? Ils sont là ! Et organisés dans nos entreprises: Peugeot, Renault, l’intérim, McDo, dans nos syndicats, dans les AG, au point fixe des postiers à la manifestation du 22 mai [2018]. Oui, les directions syndicales ont du mal à leur parler mais dans les grèves d’Aulnay, de La Poste et d’ailleurs, ils sont là et se bagarrent par-delà les origines et les reli-gions. Pour réunir ton camp, qui est fait de Noirs, d’Asiatiques, d’Espagnols, de fonctionnaires, d’intérimaires, d’hommes, de femmes, d’hétérosexuels et d’homosexuels, si tu n’as pas un discours sur toutes ces questions, tu ne peux pas l’unifier. Pour mieux nous exploiter, la boîte veut créer des séparations ; nous, on ne le veut pas !

Mais, clairement, le discours pour combattre toutes ces oppressions est surdéterminé par celui de la solidarité de classe. Parfois, ça nous arrive de mener la bataille contre des chefs d’établissements qui sont noirs ou arabes : la question, c’est donc de ne jamais perdre de vue l’exploitation. C’est vrai qu’il y a un manque de prise en compte de toutes ces questions, c’est vrai que la gauche traditionnelle politique, syndicale et associative relègue ces oppressions au second plan, mais la force sociale globale, ça reste encore une fois la solidarité de classe.

Ça me rappelle l’époque du débat sur le mariage pour tous. Nous, on défendait la liberté de chacun de choisir de se marier ou non. Mais ça avait généré par mal de discussions et je trouve ça vachement offensif et fécond. Je prends un autre exemple : la grève d’Onet. Leur lutte permet de redonner confiance à notre camp social car on peut gagner même dans les secteurs les plus opprimés et précarisés, avec une prise en charge par les organisations du mouvement ouvrier. Pareil pour la lutte des chibanis à la SNCF.

Mais pourquoi on ne parle jamais des grèves où il y a de tout et qui font péter tous les carcans, comme la nôtre ou celle d’Aulnay ? Mettre en avant une bagarre de classe, c’est indissociable du combat contre les oppressions pour unifier notre camp social. Une grève ne dure que si elle est aussi l’occasion de nouveaux rapports sociaux entre les hommes et les femmes, les Blancs, les Noirs et les Arabes, les fonctionnaires et les intérimaires. Les gens tiennent car la grève est librement consentie et voulue puisque tout autour de toi te dit d’arrêter : ton patron, ta compa-gne ou ton compagnon, ta famille, la police, la justice… Si tu tiens, c’est que tu vois que tu n’as jamais expérimenté de tels rapports humains. Quand tu es un militant révolutionnaire, tu fais ça même si tu sais que ça veut dire 1 300 euros après 15 ans de boîte et avec un fort risque d’être lourdé, car c’est là où tu es utile.

Cette lutte, l’expérience de l’entreprise et l’expérience de mes collègues, est ma plus grande expérience militante. On dit souvent qu’il n’y a pas de solidarité : sur la question de mon licen-ciement, on voit que c’est l’inverse. Et là, c’est la première fois qu’ils licencient un représentant syndical du syndicat majoritaire représentatif, et contre l’avis de l’inspection du travail et des propres services de madame Pénicaud [ministre du Travail du gouvernement Philippe-Macron, ndlr] ! À cette occasion, on la voit la solidarité de classe.

L’inspection du travail a refusé mon licenciement en 2011 et en 2017. En août 2017, les servi-ces de madame Pénicaud refusent à nouveau de me licencier car l’inspection du travail consi-dère que les faits ne sont pas assez graves pour justifier un licenciement : des vigiles partout et aucune négociation après 60 jours de grève. Mais, surtout, l’inspection met au jour une discrimination syndicale d’une demande de licenciement liée au mandat syndical, ce qui est interdit par le Code du travail. L’inspection a demandé pourquoi, sur les trois inquiétés au pénal, je serais le seul à être licencié ? Les deux collègues envoient un courrier pour confirmer ce fait. Il y a des enquêtes de l’inspection du travail qui montrent que, pendant 15 ans, La Poste a fait pression sur des agents précaires (intérimaires ou en CDD) pour obtenir des faux témoignages me mettant en défaut. C’est de la discrimination syndicale. Et tous ces éléments pour ma défense sont le fruit de la solidarité de mes camarades, qui aident à trouver des infos, qui envoient des courriers de soutien, etc.

Autre exemple : un collègue malgache est en CDD, logé par La Poste. La direction conditionne son passage au CDI à un faux témoignage contre moi sur un vol de paquets. Il refuse alors que toute sa vie est suspendue à ça. Vendredi, le chef ne tremble pas et décide de ne pas le renouveler. Lundi, il nous raconte tout ça et on débraye direct pour qu’il soit réintégré avec un contrat. On a obtenu la victoire. Autre exemple : une cheffe d’équipe nous note « excellents » mais son supérieur ne valide pas ; elle ne veut pas céder sur la notation qu’elle considère juste ; on débraye, on gagne. Des cas comme ça, il y en a plein.

Je suis donc lourdé, en référé au tribunal où je gagne et, maintenant, convoqué au commis-sariat de Neuilly. Comme si entre Balkany et Sarkozy, il n’y avait pas de plus gros bonnets à s’occuper que Gaël Quirante. Ils vont inventer quoi, là ? Depuis le 26 mars [2018], on demande juste une médiation à la préfecture en présence de l’inspection du travail et des deux parties en conflit, La Poste et les grévistes, pour pouvoir prouver que La Poste ne prend pas en considération les multiples propositions écrites depuis le 27 mars.

Là, on a 150 grévistes avec des paies à 0 euro et aucune contre-proposition de La Poste. La seule modalité de négociation pour elle est de parier sur l’épuisement et le pourrissement du conflit. On est venus avec le maire de Gennevilliers, Patrice Leclerc, devant la préfecture : aucune réponse. Tu vas dans le centre de Villeneuve qui va fermer, tu as six membres de la BAC à 2 centimètres de toi qui t’intiment l’ordre d’« arrêter ton one man show ». Pareil lors du blocage du bureau de poste par des étudiants et des cheminots solidaires : 100 CRS casqués débarquent. Forcément, on fait entrer nos soutiens dans le bureau et on demande les condi-tions de traitement de ce rassemblement. Pas de réponse. On se met en chaîne devant la police à l’intérieur du bureau, au milieu des lettres ; là, la préfecture est rapide.

La police est patronale et la justice est bourgeoise : on l’expérimente directement. En plusieurs années de militantisme, j’ai jamais vu de bavures sur un patron. Ils doivent avoir un grigri. Alors que des délinquants, chez les patrons et les bourges, il y en a ! La garde à vue de Sarko, c’est « Je peux me barrer au milieu ». Au bureau de poste de La Défense, le 26 avril, le motif de l’intervention policière était qu’on n’avait pas déposé de parcours alors qu’on est sur un de nos lieux de travail en grève. Mais les policiers, quand ils manifestent cagoulés et armés sur les Champs-Élysées, il y a un parcours déposé en préfecture ? Chez les grévistes, et même chez certains flics, ça interroge.

Quand ces grèves se terminent, le retour à la normale peut revenir très vite donc il faut faire vivre les acquis avec des AG régulières. Il y a des syndicalistes qui sont gênés par leur militan-tisme politique. Ils s’en cachent et disent qu’ils ont deux casquettes : la syndicale et la politique. Moi, je suis un militant communiste révolutionnaire qui doit travailler pour manger mais qui met son syndicalisme en adéquation avec sa conception du monde. C’est malhonnête de cacher ses opinions. Dans le syndicat, il y a des communistes, des anarchistes, d’autres qui n’ont pas d’opinions. Le combat de classe unit malgré les différences. Les collègues se foutent du « isme » mais s’intéressent à ton action dans la boîte. Moi, j’ai pas de casquette mais différents outils : le syndicat, le parti et surtout l’auto-organisation par les travailleurs eux-mêmes.

Est-ce normal que, dans les entreprises, il n’y ait pas la possibilité d’une expression politique ? Les patrons font de la politique et c’est toujours positionné du côté du gourdin. Ce qu’il faut, c’est être transparent à la fois sur ses engagements et où se prennent les décisions : les décisions de la grève se prennent dans les AG de grévistes, l’exécution de ces décisions dans les comités de grève composés de syndiqués et de non syndiqués. C’est ce rapport entre organisation et mouvement de notre camp et de la classe qui se pose aussi bien dans les syndicats que les partis.

Le problème actuel n’est pas tant l’indépendance des syndicats avec les partis, ils se mettent d’accord sur l’essentiel, que les stratégies des directions syndicales, qui ont une conséquence sur mon frigo et mon porte-monnaie. L’indépendance des militants ouvriers face aux centrales syndicales est toute aussi importante. Souvent, je suis assez étonné de voir une détermination plus forte de travailleurs du rang, qui ne sont pas des militants syndicaux, au regard de l’attitu-de et des stratégies de dirigeants syndicaux… Tout ça, c’est une façon d’occulter d’où vient le pouvoir et comment décider.

Les décisions doivent venir de la libre association de tous lors des AG dans nos quartiers, dans nos lieux de travail et dans nos universités. La lutte contre loi Travail n’a pas été une défaite puisque tous les réseaux se réactivent deux ans après, directement. On a une avant-garde militante d’une dizaine de milliers de personnes qui n’hésitent plus à se confronter direc-tement à l’appareil d’État tout en tissant des liens et des expériences communes. Ces forces n’ont pas encore coagulé. Le Front social est une des expressions de cela. On est dans une période de lutte prolongée, comme en 1968, qui a été l’aboutissement des luttes de 1962 à 1967, avec un rapport de force bien plus défavorable, des organisations syndicales et politiques bien plus faibles.

Mais il y a accumulation d’expériences. L’État et la bourgeoisie l’entendent et essaient de mettre le feu là où ces liens se tissent et se renforcent. Au lieu de donner des consignes de vote, le Front Social avait proposé de se réunir le lendemain de l’élection de Macron. Ça a été un succès mais elle n’a été relayée par aucune direction syndicale et politique nationale, NPA compris, qui en a parlé la veille au soir alors que ça ne divisait pas… Pourquoi on a attendu septembre 2017 pour une première manif ?

Le Front Social a voulu déborder les centrales syndicales, mais en rassemblant. On ne peut pas tourner le dos à la CGT et ses cortèges toujours aussi conséquents à chaque manif. Pareil pour Solidaires. En ce moment, il y a plusieurs grèves dans les filiales d’EDF et GDF. Pourquoi les directions syndicales ne font pas converger cette lutte avec les cheminots ? Face à ça, les directions laissent se développer des actions propres en parlant d’instaurer un climat pour mieux s’exonérer d’amplifier la grève par une générale intersectorielle. Il y a des annonces de privatisation de la RATP : des passerelles avec les cheminots de la SNCF pourraient se faire avec un axe transport. Mais, non, rien d’offensif !

« Tout ce qui sert le bien public doit être géré par notre classe » me semble un bon mot d’ordre. Sur la question de la grève générale, on doit avant tout discuter des directions qui empêchent toute possibilité de convergence. À Paris, il y avait une manif de l’Éducation dans un coin et une des cheminots dans un autre. Le 22 mai [2018], la fonction publique a appelé à une manif en dehors du calendrier des cheminots, le 23-24… Historiquement, les cheminots se sont presque toujours mis en grève reconductible. Face à une attaque inédite par l’ampleur des saccages qu’elle entraînerait, on répond par une grève perlée ! Heureusement qu’il y a une AG inter-gares qui tente d’en sortir en débordant les centrales. L’AG inter-gares permet de reprendre la direction de la grève pour sortir du speech de chaque secrétaire afin de discuter toutes et tous des problèmes de la grève, de la stratégie, de comment la faire grandir.… L’AG reconductible est essentielle pour que chacun prenne confiance, commence à parler puis à se mobiliser.

Une AG a un intérêt quand ce que tu portes peut modifier la décision de l’intersyndicale, peut dépasser un problème que tu poses. L’appel à la grève n’est pas une forme d’émancipation si on ne donne pas les outils permettant aux travailleurs et aux travailleuses de s’en saisir autre-ment, ils et elles vont régler les problèmes chez eux. Et pour les centrales syndicales, le fait qu’elles n’appellent pas à la grève générale, ça n’aide pas à stimuler le syndicalisme de base… Arrive ensuite la question de la « résignation ». Mais de qui parle-t-on lorsqu’on pose ce sujet ?

Parce qu’il y a quand même un vrai problème dans la stratégie des directions syndicales, politiques et associatives, qui est de ne pas rendre visible la détermination et les luttes exis-tantes ! Pour ne prendre qu’un exemple : là, les cheminots sont dans une situation compliquée après trois mois de bagarre. Au même moment, depuis un mois, une grève extrêmement impor-tante, partie du bas, s’est enclenchée dans les filiales GRDF : il y a 180 sites bloqués pour lutter contre les suppressions d’emplois et pour des augmentations de salaire. Aucune orga-nisation syndicale ou associative n’en parle. Il y a quelques articles dans la presse mainstream, c’est ce qui a permis que ça soit enfin pris en compte. Quand on parle de stratégie perdante, c’est ça. Est-ce que ça serait totalement illogique que la CGT GRDF se coordonne avec la CGT cheminots pour justement imposer un rapport de force ? C’est une stratégie mortifère… Évidemment, on n’est pas dans une situation où il y a des millions de travailleurs en grève, par contre, il y a aujourd’hui des poches importantes.

Il est clair qu’on n’a pas un boulevard pour l’ensemble des mobilisations, mais la détermination existe. De même pour les cheminots. S’ils veulent gagner, soit ils se donnent les moyens de montrer au gouvernement qu’ils peuvent tenir l’été, soit ils reprennent le travail : et là, c’est un choix qui doit être clair de l’intersyndicale CGT-SUD. Y’a pas d’autre possibilité, il faut le dire. Il faut comprendre qu’une victoire ou pas des cheminots aura une influence importante sur la vision des autres secteurs quant à la possibilité de se bagarrer.

Le problème, c’est que si tu ne coordonnes pas, si t’additionnes pas, si tu ne fais pas conver-ger les luttes existantes pour mettre en difficulté le gouvernement, eh bien, tu renforces évidemment le sentiment de résignation et d’isolement ! C’est la même logique lorsqu’on ne rend pas visible les victoires qui existent. C’est le cas du CHU du Rouvray, où ils ont contraint la direction à embaucher plus dans le centre hospitalier ; de même pour les Catacombes de Paris, qui ont obtenu des embauches supplémentaires et une multiplication par trois de leurs primes. Pareil chez les éducateurs, pareil dans une crèche à Tours. Tout ça, ce n’est pas la grève générale mais si ça a été possible, c’est parce qu’il y avait une dynamique d’ensemble impulsée par des secteurs plus gros et plus forts qui ont permis de donner confiance sur la nécessité et la possibilité de gagner dans des secteurs de moindre ampleur. On doit à la fois populariser ce qui gagne et montrer que la lutte paie.

Cyrille Choupas 19 juillet 2018

https://www.revue-ballast.fr/

Texte inédit pour le site de Ballast

Caisse de grève des postiers du 92


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19 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

européennes fi (npa)

jean luc

France insoumise : les places de la discorde pour les élections européennes

La liste France insoumise pour les prochaines élections européennes n’en finit plus de créer des discordes en interne. Au-delà des luttes de places, le manque de démocratie est pointé du doigt par de nombreux militantes et militantes, et pas des moindres.

Depuis sa création, La France insoumise a parmi ses leitmotive celui de « faire de la politique autrement ».

Et ce leitmotiv était supposé être sa boussole pour la constitution de sa liste aux élections européennes de 2019 en choisissant « une méthode d’élaboration […] totalement innovante en rupture avec les mécanismes des organisations politiques traditionnelles », comme on peut le lire sur leur site internet. C’est ainsi qu’a été mis en place un comité électoral de 32 membres, dont 18 tirés au sort parmi les Insoumis, et 14 représentantEs des différents secteurs du mouvement.

Pour constituer la fameuse liste ordonnancée rendue publique début juillet, un appel à candidatures a été ouvert sur internet où 131 femmes et 506 hommes ont postulé, parmi lesquels 200 candidatures ont été retenues. Puis, en juin, une liste de 70 candidatEs non définitive et non ordonnancée a été arrêtée par le comité électoral. Enfin, une liste de 66  membres non définitive, ordonnancée, avec des candidatures femmes d’un côté et des candi-datures hommes de l’autre, a été arrêtée et rendue publique le 4 juillet dernier. À y regarder de loin, ce dispositif peut paraître attractif et démocratique mais à priori au vu de ces derniers jours, c’est un peu plus compliqué.

La liste de la discorde

En effet, depuis la publication de cette « short list », La France insoumise connaît sa première crise interne majeure. Depuis le 4 juillet, les contestations, les retraits de candidatures, les tribunes se succèdent. Les premiers à dégainer ont été les « socialistes insoumis » qui ont décidé de « suspendre » leur participation à La France Insoumise suite à la mise en position non éligible de Liêm Hoang Ngoc.

Puis ce fut le tour de Sarah Soilihi, l’une des « oratrices nationales », candidate aux législatives à Marseille, de retirer sa candidature, tout comme Corinne Morel-Darleux, cadre du Parti de Gauche. Toutes deux n’étaient pas en position éligible. Et plus récemment, c’est François Cocq, orateur national, qui n’est pas non plus en position éligible mais qui indique dans un long texte publié sur son blog qu’il s’agit pour sa part de désaccords stratégiques et quant à la « méthode ».

Face à ce mouvement de contestation, la direction fait la sourde oreille, défendant coûte que coûte sa méthode de travail, et vantant sans relâche la dynamique du mouvement. Par rapport à Liêm Hoang Ngoc et Corinne Morel-Darleux, on apprend que ces derniers n’auraient pas été placés en positions éligibles car ils étaient déjà élus localement. Or il semble que cette règle du non-cumul des mandats n’aurait pas été indiquée en ­préalable, et surtout non ­respectée lors des législatives 2017.

Pas de sauveur suprême

Au-delà des états d’âmes de toutes celles et tous ceux qui se voyaient en haut de l’affiche, la critique, venue des des militantEs, concernant la démocratie interne, devient de plus en plus importante. En ce sens, l’interview de Lilian Guelfi dans Libération du 4 juillet est symptoma-tique. Membre tiré au sort du comité électoral, il y décrit des façons de faire « malsaines », « manipulatrices » et « totalement verrouillées », loin, très loin du leitmotiv initial de faire autre-ment de la politique. Et, contrairement à ce que voudrait indiquer la direction de la FI, Lilian Guelfi n’est pas seul, comme en témoigne par exemple un long article publié sur Mediapart le 13 juillet1. Aujourd’hui de nombreux militantEs appellent les Insoumis à voter contre la liste proposée ; ils ont jusqu’au 20 juillet pour le faire.

La crise ouverte n’est pas récente.

Déjà, pendant les législatives de 2017, certains militantEs étaient montés au créneau devant des candidats imposés par le haut. À y réfléchir, la situation actuelle n’est pas une surprise quand Mélenchon indiquait que « le but du mouvement de La France Insoumise n’est pas d’être démocratique mais collectif » : tout est dit ou presque.

Joséphine Simplon  Jeudi 19 juillet 2018

https://npa2009.org/

  • 1. Pauline Graulle, « Un an après la présidentielle, des « insoumis » confient leurs doutes », Mediapart, 13 juillet 2018.

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18 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

pcf (le parisien)

faucille

Pierre Laurent de plus en plus contesté au sein du PCF

De plus en plus de cadres du parti veulent faire tomber le secrétaire national, Pierre Laurent.
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À l’approche du congrès du Parti communiste français en novembre prochain, Pierre Laurent, son patron, est sur la sellette.

Pierre Laurent passera-t-il l’automne ? Alors que le PCF doit tenir son congrès début novem-bre, les cadres du Parti communiste ne s’en cachent plus, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir faire tomber le patron du PCF. Ainsi, plusieurs députés, dont le chef de file du groupe à l’Assemblée, André Chassaigne, ont décidé de présenter un texte alternatif à celui que défen-dra Pierre Laurent. Et les mots sont durs. Chassaigne critique un mouvement « tétanisé par la présence d’autres [partis] ».

« Le PCF doit jouer son propre basket, arrêter de toujours se placer par rapport aux autres », explique le député du Puy-de-Dôme. Les signataires de ce texte critiquent vertement la déci-sion du Parti communiste, qui n’a pas présenté de candidat à la présidentielle, pour soutenir Jean-Luc Mélenchon. Actant de fait son effacement du paysage politique.

« Inaudible »

Une décision qui n’a jamais été remise en question et qui a participé à « l’affaiblissement histo-rique colossal » d’un parti, qui n’a fait que 2 % aux dernières législatives. « Il ne faut pas repro-duire les errements, le flou, l’absence de stratégie claire », tacle de son côté le député et patron de la puissante fédération PCF du Nord, Fabien Roussel.

Elsa Faucillon, jeune députée (37 ans) des Hauts-de-Seine et figure montante du parti, défend, de son côté, un second texte pour un «vrai rassemblement des forces de gauche antilibérale»,  pour la redéfinition « d’un projet communiste » moderne, plus écologiste (Sauf nucléaire civil bien sûr! Blog), engagé aussi bien dans la lutte féministe, antiraciste, que dans celle des classes. Autant de critiques en creux de la direction actuelle, qui pour ses auteurs ne promet que le « statu quo ». Une troisième liste, intitulée « Reconstruire le parti de classe », sera également présentée au congrès par la section PCF du 15è arrondissement de Paris.

« Pierre Laurent entend les critiques »

« Toutes les forces politiques sont traversées par des débats », tente de dédramatiser Ian Brossat, élu parisien, récemment désigné tête de liste du PCF aux européennes. « Pierre Laurent entend les critiques, il fait un vrai travail de fond et veut moderniser le parti », défend l’entourage du secrétaire national. Le sénateur de Paris défendait aussi il y a quelques semai-nes dans nos colonnes, la volonté de diriger une « direction renouvelée et rajeunie », assu-mant de vouloir faire « la révolution » du PCF. À moins que la révolution, ce ne soit lui qui en fasse les frais.

Quentin Laurent  12 juillet 2018

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17 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

prolétaires 2.0 (libération)

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Sarah Abdelnour : «Marx est toujours d’actualité pour comprendre les prolétaires 2.0»

Selon la sociologue Sarah Abdelnour, l’essor des travailleurs indépendants et des plateformes numériques a surtout permis de contourner le code du travail, avec l’aval de l’état. Prolétaires ubérisés de tous les pays…

Qui sont les «prolétaires 2.0» dont vous parlez ?

Ils sont nombreux dans le monde des indépendants, où de nouvelles formes de vulnérabilité économique sont apparues. Avec la promotion de la création d’entreprise, de plus en plus de travailleurs sont sortis des régulations collectives. Les formes «d’échange de travail», qui se développent sur les plateformes numériques sont devenues un véritable terreau de contourne-ment du droit du travail. Ces plateformes ont entraîné un phénomène d’externalisation des travailleurs, qui sont à leur compte, de manière plus ou moins fictive. Ces nouveaux modes de travail permettent de plus de contourner des règles des professions réglementées : vous pouvez faire appel à des amateurs (au sens de non-professionnels) pour faire des travaux chez vous ou vous faire à dîner. Et puis, il y a les nombreuses plateformes de microtravail, comme Amazon Mechanical Turk, sur lesquelles le travail n’est pas déclaré : il s’agit alors de travail dissimulé, non encadré, non rémunéré.

Marx permet-il de comprendre la situation des travailleurs «ubérisés» ?

Si la pensée de Marx est toujours d’actualité pour analyser la situation des prolétaires 2.0, c’est que tout cela ressemble d’une certaine façon à ce qui se passait au 19è siècle, avant que le droit du travail ne commence à se structurer : il y a en quelque sorte une réactualisation de ce moment que les historiens appelaient la «proto-industrialisation», quand, avant la concentra-tion industrielle, le travail était très fragmenté, avec des tâcherons qui amenaient du travail de confection à des couturières travaillant à domicile par exemple et passait sous le radar des lois sociales en train de se mettre en place.

A partir du 19è siècle et des premières lois sociales, les prolétaires en bas de la chaîne sont progressivement rentrés dans l’ordre salarial. Et, au fur et à mesure que le salariat est devenu une condition plutôt désirable, l’état et les entreprises ont abandonné le bas de l’échelle, l’ont sorti du salariat, alors que les patrons, eux, sont devenus salariés. Maintenant, de hauts fonc-tionnaires offrent l’opportunité à des dirigeants d’entreprise salariés de recourir à du faux travail indépendant.

Selon vous, l’état serait «complice de la précarisation». Pourquoi ?

Ce que fait l’etat en termes de régulation, ou plutôt de dérégulation, du travail consiste précisément à autoriser toutes ces formes d’emplois dérogatoires. C’est bien l’état qui crée la possibilité d’embaucher en CDD, qui a mis en place les contrats aidés, les stages, le statut d’auto-entrepreneur… Pourquoi ? Parce qu’on a quand même de larges pans de la machine étatique, les gouvernements et l’administration, qui se sont convertis au discours patronal selon lequel le travail est trop cher et pour qui la croissance économique viendra en dérégulant et en fragilisant l’emploi.

Ce que démentent nombre d’économistes, et ce qui néglige les enjeux de progrès et de développement social. Et au-delà de cette croyance, on peut observer les logiques d’intérêts à l’œuvre : les personnes qui ont le pouvoir de légiférer adoptent un point de vue socialement situé du côté du patronat.

C’est ce qu’observait déjà Marx 

On a les intérêts qui correspondent à la place qu’on occupe dans la société. Les objectifs d’harmonie sociale et de solidarité ne sont plus du tout au cœur des discours politiques. Depuis notamment le mandat de Nicolas Sarkozy et la création du régime d’auto-entrepreneur, il y a cette vision selon laquelle les travailleurs pauvres ou les chômeurs n’ont qu’à monter leur petit business s’ils veulent survivre, faire de tout un objet de revenu, marchandiser leur temps et ce qu’ils possèdent, et, surtout, ils ne devraient rien demander à l’Etat ou à l’entreprise pour mieux vivre. C’est, à mon sens, très dangereux en termes de solidarité et d’intégration sociale.

Employés, ouvriers, soit plus de la moitié des actifs aujourd’hui et tout particulièrement femmes et immigré(e)s : voilà les personnes les plus vulnérables en 2018. Une très large partie de la population française. Pour Sarah Abdelnour, maîtresse de conférences en sociologie à l’uni-versité Paris-Dauphine, les «nouveaux prolétaires» sont «globalement les mêmes que les anciens». L’auteure reprend la définition de Karl Marx: «toutes les personnes qui ont besoin de vendre leur force de travail pour survivre, donc d’abord celles qui n’ont pas de patrimoine» et explique comment ce terme de prolétaire«renvoie plus largement à un ensemble de positions sociales caractérisées par une faiblesse des rémunérations, de l’insécurité économique, une faible reconnaissance sociale et un éloignement par rapport aux lieux de pouvoir».

Sarah Abdelnour publie une réédition augmentée de son ouvrage les Nouveaux Prolétaires (Textuel), initialement paru en 2012, où elle défend la pertinence d’une grille d’analyse marxiste pour penser la question de la domination au travail. A l’heure du développement des inégalités et des politiques de dérégulation du travail, cette chercheuse met aussi en avant l’apparition de «nouvelles figures de prolétaires» depuis quelques années : les travailleurs «ubérisés».

Amélie Quentel 16 juillet 2018

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SARAH ABDELNOUR LES NOUVEAUX PROLÉTAIRES Ed. Textuel, 2018, 160 pp., 15,90 €

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17 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

teresa rodriguez (pùblico)

 teresa-rodriguez

Teresa Rodríguez remporte la primaire de Podemos Andalucía avec 75% des voix et son projet de confluence est renforcé

Isabel Franco, la candidate que la direction de l’Etat a vu « avec sympathie », obtient 22% des voix des plus de 11 000 inscrits qui ont participé à la primaire.

Teresa Rodriguez a gagné les primaires de Podemos Andalousie pour choisir la candidate à la présidence de la Junta de Andalucía (Gouvernement autonome)  avec 75% des voix des plus de 11.000 inscrits qui ont participé au processus. Pour sa part, Isabel Franco, la candidate que la direction de l’Etat a vu « avec sympathie »  a reçu 22% des votants. Une troisième candidate, Leticia García, a obtenu 3%. Ce résultat renforce sans aucun doute les positions de la secré-taire générale face à la direction nationale, afin de faire aboutir son projet d’alliance électorale avec Izquierda Unida et d’autres formations andalouses.

Podemos Andalousie a déclaré dans un communiqué annonçant les résultats: « Le projet politique de confluence de Teresa Rodriguez avec Izquierda Unida, Primavera Andaluza et Andalucista de gauche, a l’ambition d’associer les organisations et les personnes qui veulent un changement pour l’Andalousie, est soutenu majortairement par les militants. Rodriguez se présente comme le meilleur choix pour les militants andalous pour l’emporter l’élection face à Susana Diaz. »

Rodríguez obtient la majorité dans toutes les provinces andalouses.

La déclaration de l’adresse andalouse ajoute: «  D’une part, nous avons utilisé le système de vote Dowdall, garant des minorités et du pluralisme, où aucun des candidatures ne peut occuper plus de 60% de toutes les listes. En outre, pour la première fois les candidats ont été élus sur leur territoire dans leur circonscription provinciale, quelque chose de totalement nouveau à Podemos  » .

16/07/2018 Raúl Bocanegra

http://www.publico.es/

Lire aussi:

Izquierda Unida (Wikipédia)

Adelante Andalucía-Coalition (Wikipédia)

Commentaire: A Podemos les votes ont un côté « plébiscitaire » ou « centralisme démocratique »: le vainqueur ne laisse que des miettes à ses opposants. Le but de cette confluence est d’essayer de battre le PSOE et son leader Susana Diaz.  Teresa Rodriguez est membre d’Anticapitalistas.

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15 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

kanaky (libération)

kanak

Nouvelle-Calédonie: le Parti travailliste dit non au référendum

Le PT incarne la frange dure du mouvement indépendantiste Kanak, dissi-dente du FLNKS. Réuni en congrès, il appelle ses militants et sympathisants à la «non-participation» au référendum d’autodétermination du 4 novembre prochain, et accuse le FLNKS de faire le jeu de «l’Etat colonial».

«Ça va être un coup de tonnerre dans le pays», promet Louis Kotra Uregei, figure de proue du Parti travailliste (PT) de Nouvelle-Calédonie. En ce 14 juillet maussade, tandis que les Forces armées de Nouvelle-Calédonie défilent non loin sous le crachin, quelque 300 militantes et militants réunis à la Maison des Syndicats de Nouméa viennent d’entériner comme un seul homme l’appel du PT «à ne pas participer» à la consultation du 4 novembre sur l’avenir institutionnel du territoire,considérée comme «perdue d’avance».

«A aucun moment vous n’avez entendu parler ici de boycott», souligne l’homme fort à la tribune, orateur impeccable et, de l’avis général, l’un des politiques les plus madrés du Caillou. «On ne veut pas employer ce terme, souffle une militante, ça fait trop penser à Machoro», allusion au meneur indépendantiste qui défonça une urne à coups de hache à Canala en 1984, donnant le signal des événements qui embrasèrent pendant quatre ans la collectivité d’Outremer.

Créé en 2007, le Parti travailliste et son bras armé, le redouté syndicat USTKE, qui revendique fièrement «le plus grand nombre de jours de grève du territoire», sont les locomotives d’un mouvement plus large, le Rassemblement des indépendantistes et nationalistes (RIN). Né en 2014 d’un schisme au sein du FLNKS – l’union historique des formations indépendantistes, elle-même forgée en 1984 -, le RIN n’a eu de cesse depuis de dénoncer les «compromis» des grands partis, le Palika et l’Union calédonienne, face à la droite loyaliste et à l’Etat français. Notamment, le pacte sur la composition des listes électorales conclu lors du 16e comité des signataires de l’Accord de Nouméa, à Matignon en novembre dernier, ne passe toujours pas.

 «Message positif»

«Ce référendum doit être celui de l’autodétermination du peuple colonisé, c’est-à-dire des Ka-naks, or les conditions d’inscription des Kanaks de droit commun sur la liste référendaire  (les Kanaks de statut coutumier sont inscrits d’office ndr) leur compliquent la démarche», proteste Sylvain Pabouty, secrétaire général de la Dynamik Unitaire Sud, petit parti membre du RIN.

Autre conséquence de la faiblesse supposée du FLNKS, «l’immigration massive et continue de métropolitains», qui serait préjudiciable à l’emploi des Kanaks malgré la loi du pays qui, depuis 2012, impose aux entreprises de privilégier les candidats locaux. L’une des antiennes favorites de Louis Kotra Uregei, reprise à plusieurs voix lors du congrès d’hier. «Comment ça se fait que sur les trente ans passés, seuls 1 500 de nos jeunes ont bénéficié de programmes de forma-tion des cadres, alors que des milliers de « métro » occupent les postes importants ici ? On en a marre !», s’exaspère un militant de la base, invité à s’exprimer au micro.

En cette période préélectorale très sensible, sur une terre traumatisée par les violences des années 80, le PT s’est gardé de trop appuyer, samedi, sur un thème qui lui vaut une persis-tante réputation de xénophobie. Plus ciblée, la «franc-maçonnerie» a fait l’objet de diatribes à la tribune, sans que le rôle des «frères» dans «la disparition programmée du peuple kanak»  soit précisé. Mais avant la pause sandwich, devant l’assemblée debout, têtes baissées, le pas-teur Wakira Wakaïne a rappelé, en détachant bien les mots, que «Dieu a donné le pays» aux Kanaks «à partager avec les autres». Dans ce parti au fond religieux très présent, Louis Kotra Uregei fait référence à la «Terre promise de Kanaky» dans un récent éditorial du journal du PT, tous se plient visiblement à la consigne : le rejet du référendum doit rester un «message positif»«On ne veut pas créer d’agitation. Le jour du vote, on ira simplement à la pêche», prévoit un militant.

«Simulacre»

A l’heure de son «rendez-vous avec l’histoire», le Parti Travailliste joue gros. Louis Kotra Uregei espère surfer sur la vague de frustration qui ne cesse de monter au sein du monde kanak, en proie au chômage et à la pauvreté et dont une partie de la jeunesse erre, déboussolée, dans les rues de Nouméa. Si, en dépit de son appel, le «peuple kanak» restait fidèle à la ligne du FNLKS en se rendant aux urnes, le PT, déjà minoritaire, se retrouvera marginalisé. En atten-dant, le leader de 67 ans n’entend pas faillir à sa réputation de coriacité. «On va aller dans tout le pays, dans chaque tribu, pour expliquer notre position et dénoncer ce simulacre de référendum», martèle Louis Kotra Uregei.

Pour l’heure, le FLNKS n’a pas réagi à la déclaration du PT. Mais en avril dernier, en comité directeur de l’UC, le porte-parole du FLNKS, Daniel Goa, n’avait pas caché son peu d’estime pour les «positions pseudo révolutionnaires» du RIN. Il avait appelé les militants qui seraient à la fois au FLNKS et au RIN à «choisir».

http://www.liberation.fr/

Commentaire: L’USTKE est un syndicat combatif que la LCR soutenait déjà avant même l’existence du PT. Celui-ci en bonne logique « travailliste » n’est qu’une émanation du syndicat pour le représenter aux élections et non l’inverse!

Deux logiques s’affrontent comme dans plusieurs luttes récentes: ceux qui ont déjà perdu et qui accompagnent les vainqueurs en espérant des miettes en échange de leur attitude responsable. Et ceux qui veulent encore renverser la table, malgré le consensus pro colonialisme de droite comme de gauche.

C’est un comble de traiter le PT de raciste! On savait déjà que dans les déplacements internationaux, les occidentaux étaient des « expats » sympas et les pauvres des « réfugiés » invasifs et dangereux. On découvre que refuser de se faire déposséder de son pays est du « racisme ». Les palestiniens et les thibétains vont-ils être aussi accusés de racisme?

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11 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

c’est fini (regards)

musee

« Et en même temps », c’est fini !

Des sondages en berne, une “économie” qui peine à redémarrer, un discours devant le congrès à Versailles sans annonce aucune : rien ne va plus au royaume d’Emmanuel Macron qui a mis fin au « et en même temps ». En ce moment, les astrologues nous disent que la Lune est opposition avec Jupiter. C’est peut-être de là que vient le problème.

Depuis maintenant plus d’un an qu’Emmanuel Macron a été élu président de la République, sa majorité à l’Assemblée nationale, comme les Français d’ailleurs, commencent à se lasser du style présidentiel et des « réformes » qui s’enchaînent s’en même le temps de crier gare. Les sondages sur l’exécutif déclinent de manière significative, pour s’approcher des pires scores de son prédécesseur (détenteur de records d’impopularité) et l’on voit même certains de ses partisans commencer à faire la grimace. Il est peut-être temps de shooter la lune.

Hier, Emmanuel Macron s’est ainsi adressé aux parlementaires réunis en congrès à Versailles. Quatre-vingt onze minutes de discours.

C’est plus que François Hollande et Nicolas Sarkozy réunis en 2015 et 2009 (respectivement trente-sept et quarante-quatre minutes). Mais pour dire quoi ? Plus qu’une adresse à sa majorité, aux députés et aux sénateurs de l’opposition, c’est la plèbe que le président a tenté de convaincre en proposant, une nouvelle fois, sa vision : le macronisme. Oui mais voilà, depuis la première allocution du genre, qui s’est tenue quelques semaines après son élection, il s’est passé un an. Et l’atmosphère n’est pas exactement la même…

Prêcher tout et son contraire – mais surtout son contraire

Au-delà du fond des réformes successives qui s’enchaînent sur un rythme endiablé, c’est surtout sur la qualité du discours que le bât de Macron blesse le plus. Derrière l’hyper-médiatisation et l’hyper-présidentialisme, il ne reste souvent plus que des bribes de pensée, souvent paradoxales, parfois absconses, qui n’arrivent plus à émouvoir ni à convaincre personne. Ainsi a-t-il proposé lundi à son public de parlementaires policés, un exercice, classique pour lui, d’affirmations et de contre-affirmations, noyé dans un charabia de concepts mous et d’annonces calendaires. *

Ne voilà-t-il pas que « tout président de la République connait le doute » tout en étant « résolu », qu’« il sait qu’il ne peut pas tout »

Mais que « pour la France et pour sa mission, le président de la République a le devoir de viser haut et [qu’il] n’[a] pas l’intention de manquer à ce devoir ». Tout et son contraire donc. Dans le même discours. OKLM (Au calme de Booba NdB) comme dirait l’autre. Il faut ajouter à cela, bien sûr, les contre-vérités habituelles, que l’on justifie par une volonté irrépressible de changement, peu importe vers où ou pour quoi, tant qu’il y a du changement, tout est bon dans le cochon.

Ainsi, quand Macron affirme qu’il est « impossible de prétendre distribuer, quand on ne produit pas assez », personne n’est là pour lui répondre que c’est faux et que si, on peut redistribuer même en produisant peu.

Parce que, contrairement à ce qu’il laisse entendre lorsqu’il affirme que « si l’on veut partager le gâteau, la première condition est qu’il y ait un gâteau », le « gâteau » français existe bel et bien ! Voire, il n’a jamais été aussi gros si l’on s’en réfère à la richesse des patrons du CAC40 ! La France n’a jamais créé autant de richesses donc le « gâteau » est bien plus gros qu’autre-fois notamment quand il s’est agi de créer la Sécurité Sociale au lendemain de la guerre alors que l’économie était à la peine.

De même, lorsqu’il propose sa définition pour le moins lâche de la notion d’entreprise qui inclut les « travailleurs », les « dirigeants » mais aussi les « actionnaires »…

… aucun contradicteur ne vient lui rétorquer que c’est hautement problématique de considérer dans un même tout, les producteurs de la richesse et ceux qui en captent les fruits… D’autant qu’il ajoute qu’il veut mener « une politique pour les entreprises » et non pas pour les riches ! Enfin, que dire de sa volonté, qui a l’air sincère lorsqu’il l’énonce, de réformer la France « avec tous les acteurs » mais dont on comprend très bien, dans les phrases qui suivent, que cela va se faire selon ses propres modalités… Honnêtement, c’est à n’y rien comprendre.

Macron a court de voix

Mais ce qui agace le plus, c’est lorsque le discours est utilisé comme adoucissant pour faire passer une mesure particulièrement brutale ou injuste. Et c’est sûrement cela que les Français perçoivent de la façon la plus aiguë : il ne peut continuer à mener la politique migratoire qu’il a initiée depuis un an et affirmer qu’il souhaite « rester fidèle à la Constitution » et « protéger de manière inconditionnelle les demandeurs d’asile. » Tout comme il ne peut se faire le fer de lance d’un « Etat-providence du 21è siècle » alors même que dans son discours, on comprend très bien qu’il s’agit précisément de le détricoter car il serait aujourd’hui devenu « inadapté » et agirait comme « une barrière. »

Le problème d’Emmanuel Macron aujourd’hui, c’est que son discours ne porte plus.

Il n’étonne plus, il lasse, voire il date. Le « nouveau monde » a repris les us et coutumes de l’ancien. Jusque dans le discours : « Il faut libérer l’économie de ses contraintes ». On a parfai-tement compris qu’il parlait excellemment bien (mépris de classe excepté), qu’il avait une connaissance du système institutionnel parfaite et que lorsqu’il s’attaque à un sujet, on a toujours envie de lui mettre 20 sur 20.

Sauf que faire de la politique, diriger un pays, ce n’est pas cela

Ou plutôt pas uniquement cela. Surtout dans un cadre démocratique qui nécessite que les débats puissent être productifs et que les corps intermédiaires soient en capacité de co-construire notre société. Pour ça, il faut de l’écoute et de l’empathie, précisément ce que des Français de plus en plus nombreux semblent reprocher à Macron…

Avancer masqué, prêcher le faux pour faire ce que l’on veut, dire à tout le monde de regarder à gauche alors que l’on va à droite

Emmanuel Macron décrédibilise la parole présidentielle et En Marche, celle du politique. Dans leur refus d’assumer qu’ils mènent une politique résolument de droite, voire parfois à la droite de la droite (après tout, la loi Asile et immigration n’a-t-elle pas inspirée le programme italien de la coalition d’extrême-droite en matière d’immigration ?), à sempiternellement répéter que si, la suppression de l’impôt sur la fortune, c’est une mesure qui profite à tous, ils ont fini par telle-ment brouiller les cartes qu’ils se brouillent eux-mêmes. Et qu’à l’enthousiasme pour la chose nouvelle semble avoir succédé la méfiance… Même Ruth Elkrief commence à se poser des questions et espère que Macron saura lui « redonner espoir », c’est dire.

Les oppositions à l’offensive

Et ça, ce n’est pas bon pour un président de la République qui a fait de sa relation à l’opinion publique un gage de sa réussite. Après la séduction et la lune de miel, les Français seraient-ils en train de se rendre compte qu’ils ont été bernés ? La succession de happenings par les groupes politiques qui a eu lieu hier, en marge du congrès, illustre sans doute cette rupture.

Chacun à leur manière, ils ont fait part de leur hostilité avec la méthode Macron.

Ainsi, les Insoumis ont-ils déserté Versailles pour envahir les réseaux sociaux pour une mani-festation en ligne qui a cartonné. (…) De même que les députés communistes se sont réfugiés dans la salle du Jeu de Paume pour prêter serment et exiger un référendum sur la Constitution. Aussi, plus risible sans doute, tant ils semblent ne plus savoir où ils habitent, les parlemen-taires socialistes (de la Nouvelle Gauche) ont organisé un petit rassemblement pour dire que quand même, Emmanuel Macron pousse le bouchon un peu loin. La députée Valérie Rabault, sans blague, a même fait référence au 9 juin 1789, date à laquelle l’Assemblée nationale s’est transformée en Constituante. De là à dire qu’ils sont pour la 6è République…

Hier, Emmanuel Macron a donc mis fin au « et en même temps »… Le cap est maintenant clair. A droite toute. Mais comme le dit Alain Minc lui-même : « L’inégalité est trop forte, on risque l’insurrection ». Donc rien n’est joué. Et finalement, tout commence peut-être aujourd’hui.

Pablo Pillaud-Vivien 10 juillet 2018

http://www.regards.fr/

Commentaire: « Diriger un pays ce n’est pas cela », ben sûr que si! Il faut oser remettre en cause la fonction même de président! On est tellement conditionnés par la constitution de la 5è République qu’on n’imagine même pas pouvoir faire sans!

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