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16 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

pcf (lutte ouvrière)

pcf

PCF : l’union de la gauche comme seule politique

La Fête de l’Humanité s’est tenue les 10, 11 et 12 septembre au parc de La Courneuve, et malgré les contraintes imposées par la situation sanitaire, qui avaient conduit à l’annulation de la précédente édition, elle a réuni plusieurs dizaines de milliers de participants.

Le PCF fait ainsi la démonstration qu’il regroupe encore des milliers de femmes et d’hommes suffisamment dévoués à leur parti pour lui consacrer le temps et l’énergie sans lesquels un tel rassemblement est impossible. Pour un large milieu populaire qui demeure lié au Parti communiste et à ses militants, la Fête de l’Huma, comme disent les habitués, demeure un rendez-vous important de la rentrée de septembre.

Cette année, la Fête de l’Humanité a donné l’occasion à Fabien Roussel, candidat du parti à l’élection présidentielle, de lancer sa campagne. « Il y a un candidat communiste », proclame-t-il fièrement, contrairement à 2012 et 2017 où le PC avait fait le choix de s’effacer derrière Mélenchon. Mais pour défendre quelle politique ?

« Le défi des jours heureux » est le slogan de campagne de Roussel, faisant clairement référence au programme du Conseil national de la Résistance de 1944. Les mesures développées par le dirigeant du PC lors de son meeting sur la grande scène de la fête n’ont rien de particulièrement radicales : le smic à 1800 euros, la lutte contre l’évasion fiscale, le tout accompagné d’une dénonciation très générale du capitalisme…

Il se dit partisan d’une réduction du temps de travail pour que tout le monde puisse travailler, mais la seule mesure à prendre immédiatement, selon lui, serait un moratoire des délocalisations. Mettre en avant la défense de la souveraineté nationale permet à Roussel de ne rien proposer sur le terrain de la lutte contre le capitalisme et de la lutte de classe contre la bourgeoisie, bien française, qui accumule les profits.

Et pour obtenir l’application de ces mesures, Roussel n’a qu’une seule réponse : il faut l’envoyer à l’Elysée car, quand il sera président, c’est promis, tout changera !

Le candidat du PCF y croit si peu lui-même qu’il propose à toutes les forces de gauche « de travailler à un pacte d’engagement commun aux élections législatives », avec pour objectif : « Bâtir une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale, avec le plus possible de députés de gauche et écologistes, et bien sûr un grand nombre de députés communistes. »

En d’autres termes, Roussel n’a rien d’autre à proposer que de rééditer une nouvelle mouture d’union de la gauche. Mais les travailleurs n’ont pas la mémoire si courte qu’ils aient oublié comment le socialiste Hollande s’était proclamé l’ennemi de la finance lors de sa campagne présidentielle et de quelle façon il s’était empressé de la servir, une fois élu.

Mais quel que soit le nom qu’on lui donne, une nouvelle union de la gauche, si tant est qu’elle soit possible et parvienne au gouvernement, ne ferait que conduire les travailleurs à une nouvelle impasse, source de déceptions.

La tâche de militants qui se réclament du communisme et du mouvement ouvrier ne consiste certainement pas à tenter de remettre en selle des politiciens qui, à juste titre, n’inspirent plus confiance au monde du travail.

Leur tâche est de tout faire pour redonner confiance aux travailleurs dans leur capacité à changer la société par leurs propres mobilisations et en menant la lutte de classe contre leurs exploiteurs.

Marc RÉMY 15 Septembre 2021

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14 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

jet skis (swp)

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Des « jet-skis » pour lutter contre les réfugiés dans la Manche

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13 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

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À la Fête de l’Huma, ces communistes tirent un trait sur Mélenchon

Le retour d’une candidature communiste à la présidentielle, à travers le député Fabien Roussel, fait le bonheur des militants rencontrés près de Paris.

Il était impossible de la rater. Dans les méandres de la Fête de l’Humanité, organisée samedi 11 septembre au Bourget (93), l’affiche multicolore du candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel était partout. En avril 2022, le député du Nord représentera le Parti communiste français (PCF), qui fera ainsi un retour en solo après s’est rangé derrière Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017.

Comme vous pouvez le voir dans notre vidéo , les militants communistes que nous avons rencontrés avaient hâte de retrouver les valeurs de leur parti incarnées dans une candidature à la présidentielle. ”Ça faisait deux élections présidentielles que le parti s’était affaibli. Là, je pense qu’on a besoin de candidats de gauche avec des positions plus radicales et moins de concessions”, affirme Camille à notre micro.

L’effacement du parti derrière la personne de Jean-Luc Mélenchon semble aussi une époque révolue pour plusieurs militants. Jean-Luc Mélenchon, c’est un mégalomane. « Moi d’abord et les autres on s’en fout ».Jean-Louis, militant communiste

En mai dernier, Fabien Roussel a été officiellement investi candidat du PCF à la présidentielle de 2022 par plus de 82% des adhérents communistes. Plus de 30.000 des quelque 43.000 adhérents à jour de cotisation ont voté. Il succédera ainsi à Marie-George Buffet, qui avait récolté 1,9% des voix au premier tour en 2007.

Selon le député, la crise sanitaire “nous impose de nous unir, de reprendre en main notre destin, de reprendre le pouvoir aux multinationales, aux banques et assurances. Il est là, l’enjeu de cette élection. Et ce doit être la priorité de la gauche. C’est la mienne”.

L’élu nordiste a choisi la jeunesse, le pouvoir d’achat et la lutte contre l’évasion fiscale comme principaux thèmes de campagne. Il propose notamment de nommer un ministre en charge de cette lutte s’il parvient à l’Élysée.

Pierre Tremblay 12/09/2021

https://www.huffingtonpost.fr

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11 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

11 septembre (à l’encontre)

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11 septembre: comment les Etats-Unis – et le Royaume-Uni – ont récolté ce qu’ils ont semé

Il y a vingt ans, dix-neuf hommes, remplis de haine envers les Etats-Unis et de foi dans la promesse du paradis, se faisaient exploser, tuant des milliers de personnes et provoquant l’un des plus grands chocs politiques de l’histoire mondiale. Ils étaient tous originaires du Moyen-Orient; quinze d’entre eux étaient des citoyens du plus ancien et plus proche allié de Washington dans cette région: le royaume saoudien. Les Etats-Unis récoltaient ainsi ce qu’ils avaient semé.

Pendant des décennies, le gouvernement américain a manigancé au Moyen-Orient, soutenant des régimes despotiques et encourageant l’intégrisme islamique comme antidote à tout ce qu’il pouvait considérer comme étant de gauche. En 1990, l’agonie de l’URSS sembla ouvrir la voie à un «nouvel ordre mondial» dominé par Washington–- ce qu’un chroniqueur américain appela judicieusement le «moment unipolaire».

L’empire étatsunien, qui était jusqu’alors encore sous le coup du «syndrome vietnamien», parvint à le surmonter – du moins c’est ce que crut Bush père – en lançant une attaque dévastatrice contre l’Irak en 1991. Bush père avait été incité par Margaret Thatcher à refouler les troupes irakiennes hors du Koweït voisin, qu’elles avaient envahi en août 1990. L’Irak fut ensuite étranglé par un embargo cruel qui a causé un excès de mortalité estimé à 90 000 par an par les Nations unies.

C’est la première fois que les Etats-Unis menaient une guerre de grande envergure au Moyen-Orient. Jusqu’alors, ils avaient mené des guerres par procuration, notamment par le biais de leur allié israélien. Les attentats du 11 septembre ont été le résultat direct de ce changement: une réponse «asymétrique» spectaculaire, sur le sol même des Etats-Unis, au déploiement massif de ces derniers au Moyen-Orient.

Et pourtant, plutôt que de prendre du recul et de reconsidérer une ingérence qui s’était retournée contre eux de façon si spectaculaire, George W. Bush et la horde sauvage de néoconservateurs qui peuplaient son administration virent dans le 11  septembre leur Pearl Harbor [7 décembre 1941, l’attaque japonaise qui entraîna la participation des Etats-Unis à la Deuxième Guerre mondiale]. C’était une nouvelle occasion de pousser plus loin l’expansionnisme des Etats-Unis dans ce qu’ils appelaient le Grand Moyen-Orient, une vaste zone s’étendant de l’Asie occidentale à l’Asie centrale et à l’«AfPak» (Afghanistan et Pakistan), sans autre caractéristique commune que l’Islam.

Bush fils et son équipe ont porté l’arrogance (hubris) des Etats-Unis de l’après-guerre froide à son paroxysme. Ils sont entrés en Afghanistan, avec l’OTAN et d’autres alliés, dans le but de transformer le pays en une plate-forme pour la pénétration étatsunienne dans une région stratégiquement située entre le cœur de la Russie et la Chine, les deux rivaux potentiels de l’hégémonie unipolaire de Washington.

Dix-huit mois plus tard, ils envahissaient l’Irak, leur prise la plus convoitée en raison de ses propres réserves de pétrole et de sa situation dans le Golfe, une région vitale pour des raisons stratégiques et économiques liées au pétrole. Cette expédition néocoloniale fut beaucoup plus contestée dans le monde que celle d’Afghanistan, malgré le soutien enthousiaste de Tony Blair et la participation peu glorieuse du Royaume-Uni.

L’invasion de l’Irak avait été le leitmotiv du Projet pour le Nouveau siècle américain (Project for the New American Century), le think tank dont le nom même incarnait l’arrogance des Etats-Unis. Les principaux personnages de l’administration de George W. Bush en avaient été membres. Ils avaient la conviction illusoire que les Etats-Unis pouvaient refaire l’Irak à leur image et que les Irakiens adhéreraient massivement à cette perspective.

Ils se faisaient beaucoup moins d’illusions sur l’Afghanistan, à en juger par les effectifs américains qui y furent déployées – bien moindres qu’en Irak. Mais là-bas aussi, ils s’engagèrent dans un projet irréfléchi d’édification d’Etat, après avoir réalisé qu’il y avait, en fait, plus de collaborateurs volontaires de l’occupation menée par les Etats-Unis en Afghanistan qu’en Irak même.

Ils dédaignèrent ainsi la leçon principale du Vietnam, à savoir qu’il ne faut jamais s’enliser dans une aventure militaire prolongée dont le succès est incertain. L’Irak se transforma rapidement en bourbier. En 2006, l’occupation avait clairement tourné au désastre. Alors que les troupes étatsuniennes étaient occupées à combattre une insurrection arabe sunnite dirigée par la même Al-Qaida que Washington avait extirpé d’Afghanistan, l’Iran s’assurait le contrôle de l’Irak par le biais de forces arabes chiites alliées, parvenues en position de force grâce à l’occupation américano-britannique elle-même.

La classe dirigeante des Etats-Unis tira la sonnette d’alarme et contraignit le principal architecte de l’occupation, le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, à démissionner. Une commission bipartisane du Congrès élabora une stratégie de sortie, impliquant une «montée en force» (surge) temporaire des troupes étatsuniennes et l’achat de l’allégeance de tribus arabes sunnites afin de vaincre l’insurrection. Bush conclut ensuite un accord avec le gouvernement de Bagdad, soutenu par l’Iran, pour le retrait des troupes avant la fin de 2011. Son successeur, Barack Obama, supervisa l’achèvement du retrait.

Obama essaya de répéter le «surge» en Afghanistan. Il échoua lamentablement, car les chefs de guerre corrompus alliés des Etats-Unis n’ont jamais été très crédibles (les Talibans avaient pris le pouvoir en 1996 après les avoir vaincus). Obama enclencha alors un programme de sortie, que son successeur Donald Trump suspendit pendant un temps pour tenter un nouveau «surge» – non plus contre les seuls Talibans, mais aussi contre le nouvel avatar d’Al-Qaida, l’Etat islamique (EI).

Ce dernier était passé d’Irak en Syrie en 2012. Il y avait reconstruit ses forces en profitant de la guerre civile, puis était repassé en Irak en envahissant les zones arabes sunnites à l’été 2014. Cela provoqua une débâcle infamante des forces gouvernementales irakiennes, mises en place, entraînées et armées par Washington.

Les Etats-Unis combattirent l’EI au moyen de bombardements massifs en soutien à des combattants locaux, agissant sur le terrain. Paradoxalement, ces derniers ont inclus des forces kurdes de gauche en Syrie et des milices pro-Iran en Irak. L’EI fut réduit derechef à l’état de guérilla clandestine, mais il avait déjà commencé à se propager dans le monde entier, notamment en Afrique et en Asie. Des dissidents extrémistes des Talibans ont même créé une branche locale de l’EI en Afghanistan. En se débarrassant d’Oussama ben Laden en 2011, Obama n’avait achevé de défaire Al-Qaida que pour assister peu après à l’émergence de son avatar, plus violent encore.

Trump finit par jeter l’éponge. Il réduisit le nombre de troupes étatsuniennes au strict minimum et conclut un accord avec les Talibans pour le retrait des troupes étrangères restantes en 2021. Joe Biden présida à la fin de ce retrait de la manière tragiquement bâclée dont le monde entier a été témoin au mois d’août. L’armée du gouvernement de Kaboul s’est effondrée dans une débâcle identique à celle des troupes du gouvernement de Bagdad. Comme dans la mythologie grecque, l’hubris (arrogance) des Etats-Unis (et du Royaume-Uni) a une fois de plus déclenché l’ire de la déesse Némésis et a été puni en conséquence.

Les défaites en Irak et en Afghanistan ont provoqué une rechute des Etats-Unis dans le «syndrome vietnamien». Cela ne signifie pas pour autant que Washington va dorénavant s’abstenir de toute agression impériale: cela signifie seulement qu’il ne s’engagera pas de sitôt dans des déploiements à long terme et à grande échelle dans d’autres pays en vue de reconstruire leur Etat.

Washington utilisera plutôt plus intensivement ses «capacités de frappe à distance», comme l’a promis Joe Biden dans son allocution du 31 août. Obama, qui s’était opposé au Sénat à l’invasion de l’Irak en 2003, a eu recours aux drones de manière beaucoup plus intensive que son prédécesseur. Cette pratique a été poursuivie par Trump, avec frappes de missiles en sus, et de même par Biden.

Elle va sans doute s’intensifier encore. Ces frappes sont de la guerre à petites doses, non moins mortelles à la longue que des injections massives occasionnelles, et plus pernicieuses en ce qu’elles échappent à l’examen public. Elles doivent être stoppées.

(Article publié sur le site Labour Hub le 10 septembre 2021; traduction rédaction A l’Encontre)

Gilbert Achcar est professeur d’études du développement et de relations internationales à la SOAS, Université de Londres.

11 septembre 2021 Gilbert Achcar

https://alencontre.org/

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11 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

brésil (à l’encontre)

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Brésil. Apothéose fasciste

«La bourgeoisie décadente n’est pas capable de se maintenir au pouvoir par les méthodes et les moyens de l’Etat parlementaire qu’elle a construit… Mais la bourgeoisie bien établie n’aime pas la manière fasciste de résoudre ses problèmes, car les secousses, même dans les intérêts de la société bourgeoise, ne sont pas sans risques pour elle. D’où l’antagonisme entre le fascisme et les partis traditionnels de la bourgeoisie.» (Léon Trotsky, Œuvres, octobre 1932, «La seule voie»)

1 – Le cri de la Paulista [ce 7 septembre, sur la principale avenue de São Paulo], le jour du «cri de l’Ipiranga» [référence à la petite rivière de la ville de São Paulo sur les rives de laquelle a été prononcée l’indépendance du Brésil le 7 septembre 1822] était la victoire ou la mort [1]. En annonçant sa stratégie, Bolsonaro [qui a organisé lors de la fête nationale le rassemblement massif de ses partisans, ce 7 septembre] a clairement indiqué qu’il ne renoncera pas à la lutte acharnée pour le pouvoir, quel qu’en soit le prix. Il a opéré un moment d’accumulation de forces. Les deux objectifs tactiques immédiats de la mobilisation contre-révolutionnaire étaient un avertissement à l’opposition libérale qu’il mettra le pays à feu et à sang en cas de danger de destitution, et la polarisation contre les ministres du STF (Tribunal suprême fédérale) Alexandre de Moraes et Luis Roberto Barroso qui encerclent son réseau et sa famille par des enquêtes et des arrestations.

Mais c’est beaucoup plus grave. Il laisse planer dans l’air – à l’intention de la fraction de la classe dirigeante qui s’est déplacée vers l’opposition au cours des quarante derniers jours – la menace qu’il n’acceptera pas le résultat des élections [en octobre 2022] s’il perd. Il ne respectera pas les règles du régime libéral-démocratique. Il n’y aura pas de transmission pacifique de la bannière à Brasilia en janvier 2023 [début du mandat présidentiel]. Le chef des néo-fascistes cherche à se repositionner pour les élections de 2022. Mais il promet qu’il est prêt à tout, et mobilise donc sa base sociale, elle aussi, dans la perspective d’une possible rupture institutionnelle, intervenant à un moment donné. En d’autres termes, tout ou rien, ou une menace de guerre civile.

2 – La contre-offensive de Bolsonaro s’est déroulée dans le cadre d’un affaiblissement ininterrompu, depuis le mois de mai, avec le pic de la deuxième vague de la pandémie. Mais Bolsonaro a démontré qu’il n’est pas battu. La plus grande erreur de la gauche au cours des trois dernières années a été de sous-estimer le bolsonarisme. La position de Lula dans les sondages, à l’heure actuelle, n’est une garantie de rien du tout. Considérer uniquement les degrés d’approbation et de rejet révélés par les sondages est insuffisant pour évaluer le rapport des forces sociales et politiques. Devant des centaines de milliers de personnes très motivées, Bolsonaro s’est renforcé. C’était tout sauf un fiasco. Bolsonaro n’a toujours pas de liste électorale, mais il a prouvé qu’il contrôle un «parti de combat», c’est-à-dire l’organisation d’un mouvement contre-révolutionnaire qui possède une idéologie néo-fasciste, une stratégie politique, un pouvoir social, une capacité financière autosuffisante, une capacité d’initiative dans les rues et dans les réseaux sociaux, des relations internationales, une forte influence au sein des militaires et des policiers et un leadership avec un profil d’autorité messianique.

3 – La tactique de Bolsonaro pour l’instant est de gagner du temps. Il mord et souffle. Il occupe les centres-villes, mais n’autorise pas les blocages. Il encourage les barrages routiers des chauffeurs de camions, mais leur demande ensuite de se retirer. Il fait des menaces de coup d’Etat, mais publie une lettre d’apaisement. Ni la pression pour un contrôle militaire, ni Sergio Moro [ex-ministre de la Justice qui a démissionné en avril 2020, mais qui avait mené la campagne d’incrimination de Lula] ou Paulo Guedes [ministre de l’Economie et artisan des privatisations, lié au grand capital], ni l’accord avec le Centrão [coalition de partis qui vivent de leurs relations avec les institutions étatiques], et encore moins Michel Temer [ex-président qui a remplacé Dilma Rousseff en août 2016], un cadavre politique sans vie, ne pourront arrêter Bolsonaro.

Mais quelle est sa stratégie? Est-ce pour garantir un meilleur repositionnement en vue de l’échéance électorale, et assurer sa réélection? Oui, mais ce n’est pas tout. Le gouvernement d’extrême-droite dirigé par un néo-fasciste n’est pas un gouvernement «normal» avec un programme de contre-réformes néolibérales. La stratégie de Bolsonaro est une nouvelle réinsertion du capitalisme brésilien dans le monde, dans le contexte d’une alliance stratégique avec une fraction de l’impérialisme des Etats-Unis contre la Chine. Le plan qui a des traits de recolonisation repose sur l’espoir que les investissements impérialistes sont la clé de la reprise de la croissance économique. Mais pour cela, il est nécessaire d’imposer une défaite historique à la classe ouvrière, aux pauvres et aux opprimés. Un tel changement qualitatif dans les rapports des forces sociaux n’est possible qu’avec la subversion du régime afin qu’il puisse garantir la concentration maximale du pouvoir. Le projet est un coup d’Etat, bonapartiste, contre-révolutionnaire. Les formes, les moments, les conceptions des initiatives insurrectionnelles sont tactiques. Mais ils sont incontournables.

4 – La politique de l’opposition libérale a changé avec le virage, pour l’instant individuel, de João Doria [gouverneur de l’Etat de São Paulo depuis janvier 2019] et Gilberto Kassab [ancien ministre de Temer et ancien maire de São Paulo] pour la destitution de Bolsonaro. La classe dirigeante est divisée. Bolsonaro est, de plus en plus, dysfonctionnel et perturbateur. La fraction bourgeoise qu’il a poussée dans l’opposition est très puissante. Elle a tenté d’exercer une pression institutionnelle. Mais elle hésite à s’engager dans la voie de la destitution (impeachment). La droite libérale est beaucoup plus préoccupée par la position des Forces armées que par le Centrão. Et il y a une immense incertitude quant au rôle d’ex-général Hamilton Mourão, le vice-président.

En tout cas, face à ce nouveau moment dans la conjoncture, un changement de tactique s’impose à gauche. La tactique de l’unité d’action est devenue plus importante parce qu’un secteur de l’opposition libérale s’est finalement déclaré favorable à l’impeachment. Il est incertain et délicat, mais nécessaire de lutter, sérieusement, pour des mobilisations unitaires dans la perspective de «Fora Bolsonaro». Mais nous devons préparer ce type d’initiative en respectant les espaces construits du Front unique de gauche, et l’indépendance politique dans la défense des revendications des travailleurs.

5 – La décision du Frente Brasil Popular et de Povo sem Medo [Peuple sans peur], de la Coalizão Negra por direitos de maintenir l’objectif la Journée nationale de lutte du 7 septembre s’est avérée correcte. Les rassemblements n’étaient pas grands, mais ils étaient dignes. Et ils ont reçu les éloges, le même soir du 7 septembre, de regroupements à l’échelle nationale. Leur décision était correcte parce que le danger de division et par conséquent de démoralisation d’une partie de l’énergie militante de tous les mouvements et partis était réel. Il est nécessaire de préserver la fermeté, la capacité de calcul tactique et la lucidité stratégique. Cinq années de défaites accumulées ont laissé des blessures. Il y a de l’instabilité dans nos rangs. Les oscillations «bipolaires» dans l’évaluation de la situation, passant en quelques jours du découragement à l’euphorie, même dans les milieux sérieux de gauche, nous laissent perplexes. Il est absurde que pendant une semaine ait prévalu une vision apocalyptique du «danger réel et immédiat» d’un auto-golpe immédiat et, par la suite, d’émettre la conclusion que le bolsonarisme aurait «fait un flop» [le 7 septembre].

Nous sommes sous pression, dès lors nous devons nous mouvoir politiquement de manière responsable. Nous retournerons dans les rues et nous serons majoritaires, mais il est nécessaire de construire des mobilisations à un niveau plus solide et ample qu’en mai, juin et juillet. Ce ne sera pas facile, mais il est possible d’aller plus loin. L’impact des manifestations bolsonaristes ne doit pas diviser la gauche. Nous avons déjà vu que la fragmentation des positions lors de la journée du 7 septembre a été un désastre, et que les prises de position intempestives se sont désintégrées. Un changement de tactique ne doit pas diviser la gauche. La fragmentation est un réel danger. Le Front unique a été le plus grand pas en avant en 2021. La question centrale est que la capacité de la gauche à mettre en mouvement la base sociale où elle est implantée s’est révélée pour l’instant insuffisante pour ouvrir la voie à l’impeachment.

La tragédie sanitaire [en relation avec la pandémie], économique, sociale et politique n’a pas réussi à imposer l’amertume. Six cent mille morts, un chômage supérieur à 14 millions de personnes sans ressources, 20 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, une inflation de 10%, le risque d’un black-out électrique, des incendies dans le Pantanal et en Amazonie, l’invasion des terres indigènes, la réduction de 30% des inscriptions à l’Enem, n’ont pas encore suffi. Le dilemme central de la stratégie de la gauche est que la tactique attentiste consistant à simplement accepter l’échéance des élections de 2022 est moralement, politiquement et stratégiquement mauvaise. Bolsonaro n’est pas l’ennemi idéal en 2022 [au sens où pourrait être «facilement battu»]. Il est temps de se battre actuellement pour l’impeachment et d’aller de l’avant. Le défi est de transformer la majorité sociale qui est dans l’opposition en une force sociale de choc pour renverser Bolsonaro.

(Article publié sur le site Esquerda Online, le 9 septembre 2021; traduction rédaction A l’Encontre)

11 septembre 2021  Valerio Arcary

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[1] Selon Le Monde du 8 septembre, «des dizaines de milliers de manifestants ont envahi les rues de Brasilia, Sao Paulo ou Rio, mardi 7 septembre, à l’appel de Jair Bolsonaro». La presse brésilienne, avec certaines nuances, souligne l’ampleur des manifestations. (Réd.)

Lire aussi:

Le Brésil après le 7 septembre et les défis de la gauche

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09 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

theodorakis (npa , presse de gauche)

Hommage au musicien

Mikis Theodorakis, une grande voix populaire… avec de fausses notes politiques

Avec la mort du compositeur Mikis Theodorakis, « Mikis » pour toute la population, c’est une légende qui s’éteint, qui a consisté à parer Mikis de toutes les valeurs de gauche, comme l’a fait depuis très longtemps la gauche réformiste française.

Ce qui serait à retenir du parcours de Mikis Theodorakis, c’est, à la différence du militant exemplaire que fut le résistant Manolis Glezos, toute sa vie fidèle à la gauche (réformiste et radicale), des engagements et des positionnements que lui-même revendiquait comme ceux d’un homme contradictoire.

À ce titre, le siècle de vie de Mikis renvoie surtout aux tragédies de l’histoire grecque moderne (à part le Pasok en 1981 et Syriza en 2015, le pays n’a connu que des gouvernements fascistes ou de droite extrême, au mieux très réactionnaires) et aux impasses dans lesquelles la gauche communiste, stalinienne ou « rénovatrice », a plongé le « peuple de gauche ». Reste l’œuvre du compositeur, magnifique et plus que jamais stimulante pour les combats actuels et à venir !

Un parcours politique sans cohérence malgré une dynamique de gauche

Dans sa jeunesse, Mikis adhère à EON : mouvement d’embrigadement des jeunes mis en place par le dictateur fasciste Metaxas. Mais, en 1943, Mikis rejoint, comme des dizaines de milliers de militantEs, la résistance anti-nazie, intégrant l’organisation armée ELAS et le KKE (PC grec).

Une fois le pays libéré par la Résistance, Churchill obtient de Staline la reddition des armes de ELAS et lance ses soldats et les fascistes impunis dans une guerre civile : Mikis se bat, tout en critiquant la ligne du KKE, et il est arrêté et déporté.

Plus tard, il obtient la permission de partir à Paris étudier la musique. À son retour en 1960, il est actif dans EDA (Gauche démocratique unie, sorte d’union de la gauche) puis, après l’assassinat du député (centre gauche) Lambrakis (voir le film Z), il fonde avec succès les Jeunesses Lambrakis, reprenant notamment les « marathons de la paix ».

Face au risque de voir le centre-gauche gagner les élections, les USA provoquent le coup d’État militaire des colonels en 1967. Mikis est vite arrêté, mais une campagne internationale obtient sa libération en 1970.

Revenu à Paris, il est une figure de la gauche anti-junte, organisant des tournées mondiales artistiques et anti­fascistes. Ces années sont aussi celles de la grande scission du KKE entre orthodoxes et eurocommunistes (noyau du futur Syriza), Mikis penchant pour les eurocommunistes. Après la chute de la junte en 1974 et un retour émouvant et triomphal en Grèce, il milite entre EDA et le KKE, devenant député de celui-ci en 1981 et 1985.

À partir de 1989, son parcours devient très chaotique : il va devenir ministre (sans portefeuille) … de la droite (Nouvelle Démocratie) ! À vrai dire, rien de surprenant : centrés sur une ligne anti-Pasok, le KKE et le noyau du futur Syriza s’allient avec la droite en 1989…

Dès lors, les positionnements deviennent de plus en plus contradictoires, entre soutien à la droite et soutien à Syriza, surtout avec un cours de plus en plus nationaliste, en contradiction avec ses positions de soutien aux peuples palestinien ou turc ! Cette contradiction permanente fait de Mikis la figure la plus emblématique des dangers pour la gauche (pas seulement réformiste) et la classe ouvrière d’un nationalisme qui gangrène la Grèce depuis 20 ans en particulier.

Ses dernières contradictions :

– La dernière apparition politique de Mikis, en février 2018, a été la participation comme orateur à un rassemblement appelé par la fange nationaliste et y compris par les nazis contre les projets de reconnaissance de l’État de Macédoine du Nord, Mikis y saluant la présence de l’extrême droite « patriotique »…

– Pourtant, la dernière volonté politique de Mikis, c’est de mourir en étant considéré comme communiste, comme l’a révélé le secrétaire du KKE, la droite extrême au pouvoir ne pouvant ainsi en faire « son » héros.

La voix musicale d’une conscience de gauche en Grèce

Si Mikis a été reconnu comme un grand compositeur de musique de chambre ou symphonique, ce qui va faire de lui le musicien enthousiasmant ses auditoires en Grèce et dans le monde. (Souvenir impérissable de ses concerts enflammés en France au début des années 70 !), c’est son talent unique de lier les musiques populaires redécouvertes – en particulier le rébétiko, « blues grec » des banlieues populaires et maudit jusqu’à Mikis – aux textes des plus grands poètes grecs contemporains, faisant chanter par toutes les générations les poèmes d’amour et de résistance des Ritsos, Séféris et autres Anagnostakis.

Alors, si Mikis peut être retenu comme une grande figure de la gauche, c’est avant tout pour son œuvre musicale, la force et l’espoir qui s’en dégagent et permettent de résister dans les pires périodes.

Le mot de la fin ? Vendredi, face aux flics les chargeant sauvagement, les étudiantEs en manif contre la casse de l’université ont entonné « Lorsqu’ils serrent les poings », célèbre poème de Ritsos mis en musique par Mikis !

 Athènes Vendredi 10 septembre 2021

https://lanticapitaliste.org/

Lire aussi:

Mikis Théodorakis : Génie musical et militant indomptable

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09 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

édito (npa)

ssp

En finir avec la barbarie de la « guerre contre le terrorisme »

Il est des télescopages de calendrier qui dépassent le simple symbole et semblent cristalliser toute une période historique à l’échelle mondiale. Ainsi, et à quelques jours de distance seulement, le retrait calamiteux de l’armée US d’Afghanistan, le 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 et l’ouverture, en France, du procès fleuve des attentats du 13 novembre 2015, apparaissent comme un concentré de bien des phénomènes — et bien des drames — qui ont cours depuis deux décennies.

Deux décennies de guerre et de chaos

Le bilan des 20 ans de la « guerre contre le terrorisme » est aussi catastrophique que ses conséquences sont incommensurables. Et la leçon, connue depuis le début mais désormais indéniable par le fait du temps, est cuisante : la guerre n’apporte pas la démocratie, ni le bonheur des peuples, et le recours à la force brutale et la violence militaire ne fait qu’engendrer toujours plus de violences et de chaos.

On trouvera difficilement une facette de la vie (inter)nationale de cette planète qui n’ait pas été, à un titre ou un autre, largement déterminée par la « guerre contre le terrorisme » depuis 20 ans :

une interminable guerre en Afghanistan, sanctionnée par un retour des Talibans au pouvoir ;

un chaos absolu et inédit dans la zone irako-syrienne, culminant dans l’effondrement de l’Irak et l’émergence du monstre Daech ;

des dépenses militaires qui se comptent en milliers de milliards de dollars, pour le plus grand bonheur des complexes militaro-industriels ;

l’instrumentalisation jusqu’à l’absurde de la rhétorique anti-terroriste à des fins internes et externes par la quasi-totalité des régimes du globe, niant progressivement toute forme d’opposition politique légitime ; 

le développement de la société de surveillance et sa militarisation à coup d’état d’urgence devenu norme quotidienne, en réalité destinée à mater toute résistance sociale contre le néo-libéralisme décadent ;

l’avènement de l’islamophobie comme nouvelle forme dominante du racisme et ciment du suprématisme blanc par delà des différences nationales ;

la recrudescence en boomerang d’attentats dans les pays « occidentaux », commis avant tout par des jeunes des pays concernés, symptôme d’un désespoir et d’une marginalisation extrêmes, dont les racines sont à trouver dans des décennies de racisme structurel…

Leurs guerres, nos morts

« Leurs guerres, nos morts », avions-nous affirmé lors des attentats du 13 Novembre, parce que nous n’étions pas de ceux qui refusaient de faire le lien entre ces attentats et les politiques racistes, coloniales et impérialistes de la France et de ses alliés. 

Des politiques menées au nom de prétentions civilisationnelles, synonymes de guerres, de misère, de chaos, et véritable carburant pour les groupes jihadistes, au premier rang desquels, à l’époque, le sinistre « État islamique ».

Six ans plus tard, nous navons rien oublié, et nous ne céderons pas plus aujourdhui que nous navions alors cédé aux sirènes du chauvinisme, de « l’union nationale » et de la fuite en avant liberticide et islamophobe.

Le procès des attentats perpétrés par des fanatiques de Daech est donc l’occasion tout à la fois de rappeler notre soutien aux familles et aux proches des victimes, ainsi qu’aux survivantEs traumatisés, mais aussi de réitérer notre refus de dédouaner la France et ses dirigeants de leurs responsabilités dans la tragédie du 13 Novembre et dans les futures tragédies qui pourraient survenir. 

À l’heure où les infâmes talibans sont revenus au pouvoir à Kaboul avec la complicité des USA, démonstration éclatante du cynisme des artisans de la « guerre contre le terrorisme » et des dangers que celle-ci continue de faire peser sur les peuples, nous le réaffirmons, a fortiori à l’aune d’une crise climatique qui renforce encore notre conviction :

les politiques racistes et impérialistes n’ont apporté, aux quatre coins du monde, que davantage de guerres, d’oppression, de misère, de discriminations et de violences. Plus que jamais : écosocialisme ou barbarie !

Mercredi 8 septembre 2021

https://lanticapitaliste.org/

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07 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

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pass

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02 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

gauche (lutte ouvrière)

lutte de classe

À gauche : candidatures multiples pour une même impasse

En cette fin d’été, le PCF se met sous le signe des « jours heureux », LFI sous celui de l’ « Union populaire » et le PS affirme qu’« il est temps de vivre mieux »

Par « jours heureux », le PCF promet des salaires dignes, la retraite à 60 ans avec de meilleures pensions, des vacances. Mélenchon ne promet guère autre chose, et cela ne coûte pas grand-chose au PS de faire les mêmes promesses.

Tout cela était déjà dans le Programme commun signé en 1972 par les dirigeants du PS et du PCF de l’époque. La gauche promettait alors de changer la vie des classes populaires si elle parvenait au pouvoir. Ensuite, entre 1981 et 2017, la gauche a été aux affaires pendant vingt ans, sans que cela change quoi que ce soit pour les ouvriers, si ce n’est en pire.

Aussi bien Fabien ­Roussel que Mélenchon et Hidalgo parlent de reconquérir les classes populaires. Mais qui a poussé les électeurs des classes populaires à s’abstenir, voire à voter pour Le Pen, si ce n’est les trahisons et les mensonges de la gauche ? Cela n’empêche pourtant pas PCF, LFI et PS de reproposer la même chose, sans même se donner la peine de changer de vocabulaire.

Pour l’instant, les « jours heureux » et le « vivre mieux » sont réservés aux capitalistes et aux actionnaires des sociétés du CAC 40. Et, pour changer cela, il faudra tout autre chose que les partis faillis et déconsidérés de la gauche de gouvernement.

Denis Aler 01 Septembre 2021

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01 septembre 2021 ~ 0 Commentaire

jlm (the conversation)

jlm

Jean-Luc Mélenchon : l’arme du charisme en politique

Du 26 au 29 août 2021 a lieu l’université d’été de la France insoumise (LFI) à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme). Comme chaque année, les députés insoumis débattent au cours d’ateliers où ils préparent la rentrée politique. Jean-Luc Mélenchon ne participe que rarement à ces tribunes collégiales, préférant assurer le meeting de clôture seul sur scène : une manière de montrer qu’il est au-dessus de la mêlée et qu’il n’est pas un député insoumis tout à fait comme les autres.

La France insoumise est en effet un mouvement qui a entièrement été créé et conçu pour soutenir sa candidature présidentielle en 2017 et c’est à nouveau son objectif pour celle de 2022.

Après des mois de confinement de la politique, ce retour de la saison des estrades de campagne représente un enjeu crucial pour le « tribun » insoumis.

En 2017, la tournée des zéniths avait été un élément décisif de sa campagne présidentielle : ses discours avaient passionné des dizaines de milliers de personnes, rassemblées dans des formes de communion, d’émotion et d’espoir partagés qui avaient été relevés par plusieurs politistes à l’époque.

Cet art d’incarner la politique sera-t-il de nature à convaincre les électeurs en 2022 ou plutôt à les effrayer ? Est-il propre au candidat des « insoumis » ou s’inscrit-il dans une forme d’autorité politique que l’on retrouve plus généralement à travers l’histoire ?

Le charisme en politique

Jean-Luc Mélenchon a souvent été décrit comme un chef « charismatique », ce qui lui a valu de nombreuses critiques au sein de son mouvement mais surtout de la part de différents représentants des autres forces politiques de la gauche. En 2015 le député communiste André Chassaigne a ainsi remis en cause une « personnalisation trop forte » au sein du Front de gauche. En 2017 l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot a quant à lui critiqué « l’ego » du candidat insoumis et la conviction qui était la sienne d’avoir un grand rôle à jouer dans « l’histoire de France ».

Le poids des traumatismes politiques du 20è siècle tend à donner à l’idée de charisme une connotation négative : charisme et politique sont perçus comme les ingrédients d’un cocktail explosif qui pourrait conduire au « pire ». Comme l’écrit le philosophe Jean-Claude Monod, « les totalitarismes ont défiguré l’idée d’un chef charismatique et l’idée même de “chef” ».

La démocratie représentative elle-même repose paradoxalement sur un principe aristocratique (le choix des meilleurs porte-parole), comme l’avait démontré Bernard Manin. La gauche doit donc gérer la tension entre l’égalité, qui est sa valeur cardinale, et son besoin paradoxal de se doter de dirigeants pour exister dans la sphère publique.

Cette tension est présente chez Mélenchon lui-même qui disserte volontiers sur la souveraineté du « peuple » mais qui se montre parfois plus discret concernant l’importance décisive qu’il accorde à son propre rôle de leader pour orienter le mouvement.

Il n’y a pourtant aucun jugement de valeur dans le concept de « charisme », tel qu’il a été forgé par le grand sociologue allemand Max Weber. Il est selon lui l’une des trois grandes sources d’autorité qui existent dans la société et il est impossible de le faire disparaître du monde social.

Le charisme est selon Weber l’autorité, paradoxale et un peu énigmatique, de celui ou de celle qui n’a aucun titre ni aucun droit statutaire à diriger les autres : ni en vertu de la tradition, ni au regard de la loi. C’est la raison pour laquelle un dirigeant révolutionnaire est un parfait exemple et un cas typique (un « idéal-type ») de leader charismatique.

Le grand dirigeant et l’appel à un nouveau « peuple révolutionnaire »

Jean-Luc Mélenchon considère que l’abstention électorale massive est au cœur de la situation politique actuelle en France : le peuple serait en « grève civique » et le dirigeant se donne pour priorité la reconquête de celles et ceux qui seraient « exclus » et « dégoûtés » par le jeu politique, une stratégie qui a parfois été qualifiée de « populiste ».

Le candidat insoumis, appelant à une remobilisation populaire, propose de mettre en place une assemblée constituante, afin de réinstituer les Français « comme peuple, c’est-à-dire acteur collectif conscient de lui-même comme tel ».

Dans ce processus, Jean-Luc Mélenchon accorde une place fondamentale non seulement à la souveraineté du « peuple » mais aussi aux minorités agissantes, les militants politiques qui constituent selon lui une véritable « élite humaine ».

Il considère par exemple François Mitterrand, parce qu’il aurait su entraîner la France et le peuple de gauche derrière lui, comme un « grand premier de cordée » !

Le dirigeant insoumis a également nourri une grande admiration pour l’ancien président vénézuélien Hugo Chávez parce que, selon lui, « il soulevait et transformait un peuple révolté en un peuple révolutionnaire ».

Ainsi, même si c’est une idée qui apparaît rarement en ces termes, Jean-Luc Mélenchon croit bien à l’importance du rôle historique de ces grands personnages, comme il l’explique à propos de Gaulle : « Je crois en effet au rôle des “grands hommes” ou des “grandes femmes” dans l’Histoire. »

Être celui qui donnera l’impulsion

Dans ce processus d’émergence d’un nouveau « peuple révolutionnaire », il y a deux principes qui agissent et qui sont en tension dans l’esprit de Mélenchon : l’autonomie des mouvements populaires d’un côté, et le rôle des militants et du leader révolutionnaire de l’autre côté.

D’une part, Mélenchon est convaincu que le mouvement social est inévitablement autonome et qu’il est illusoire de chercher à le contrôler ou le récupérer :

« Dans la crue du Nil, le plus important ce n’est pas de contrôler l’eau qui monte, mais de savoir utiliser les alluvions qui se déposent. Tout mouvement social féconde notre champ d’existence politique. »

D’autre part, pourtant, Mélenchon ne se contente pas d’observer les mouvements populaires, il veut être, lui aussi, à la suite de ses inspirateurs, Robespierre, Mitterrand, ou encore Chávez, celui qui donnera l’impulsion nécessaire à la bifurcation : « J’aimerais bien être celui qui déclenche l’émergence de cette nouvelle France. Et que celle-ci rayonne de tous ses feux. »

Ces deux dimensions conduisent Jean-Luc Mélenchon à produire une sorte de « bricolage théorique » parfois contradictoire : d’un côté, il peut défendre l’idée que l’avènement de la « révolution citoyenne » serait inéluctable (dans une vision « déterministe » héritée du marxisme) ; mais d’un autre côté, il se fait le penseur de la souveraineté et de l’entière liberté humaine qu’auraient chaque individu et chaque société de choisir leur chemin.

Jean-Luc Mélenchon considère donc que l’histoire humaine est « objectivement » entrée dans « l’ère du peuple » et des révolutions citoyennes mais il veut être celui qui lance l’appel à ce nouveau peuple constituant, il aspire à être l’instituteur de cette « nouvelle France », son héros fondateur.

« La saison des tempêtes »

L’importance du rôle de cette « élite humaine » serait d’autant plus importante aujourd’hui que, selon Mélenchon, « la saison des tempêtes est revenue dans l’histoire ».

Catastrophe climatique, crises financières, pandémie de la Covid-19 sont invoquées pour décrire un contexte qui appellerait à l’action les « cœurs fermes et déterminés » car « dans la crise, c’est l’heure des personnes qui ont du caractère ».

Ainsi, à l’instar de la « Dame de fer » britannique Margaret Thatcher dans le camp adverse, Jean-Luc Mélenchon met en valeur l’image d’un leader qui se définirait par force de caractère et volonté, ce qui l’éloignerait autant de François Hollande raillé en « capitaine de pédalo » que d’Aléxis Tsípras dénoncé pour la faiblesse personnelle qui l’aurait poussé à abdiquer devant la Troïka et les marchés financiers.

Et quand on lui demande en vertu de quoi l’issue pourrait être différente si lui, Jean-Luc Mélenchon, arrivait au pouvoir en France, il répond : « Il faut admettre que l’Histoire est faite par les êtres humains, et qu’il y en a qui n’ont rien dans le ventre et d’autres si. »

La quête illusoire de « l’homme providentiel »

De nombreux auteurs nous mettent en garde contre le péril que peut représenter l’imaginaire d’un « homme providentiel » dont la société attendrait son salut politique.

Sur un plan plus théorique, dans une perspective bourdieusienne, certains politistes ont entrepris de « démystifier » de tels discours héroïques et les prétentions de certains individus à jouer des rôles exceptionnels dans l’histoire.

Brigitte Gaïti critique par exemple le « récit mythique » qui s’organise autour du général de Gaulle. Selon elle, la sociologie ne doit pas relier la « force » du fondateur de la Ve République « au charme d’un personnage extraordinaire, ni à la magie de son verbe » mais au fait que certains groupes sociaux influents aient décidé de l’investir et de lui conférer une autorité, parce qu’ils y avaient fondamentalement intérêt.

Pourtant, la valorisation de Jean-Luc Mélenchon comme « un homme de crise » (par son camarade à l’Assemblée nationale Alexis Corbière) peut aussi être interprétée différemment, à l’aune de la conception wébérienne de l’autorité charismatique. Le sociologue allemand Max Weber explique en effet que :

« Les meneurs “naturels” dans les situations de détresse psychique, physique, économique, éthique, religieuse, politique […] [sont] les porteurs de dons spécifiques du corps et de l’esprit pensés comme surnaturels (au sens où ils n’étaient pas accessibles à tout un chacun). »

Max Weber ne prend pas parti concernant l’objectivité de tels « dons » exceptionnels, il se contente de montrer que dans les moments où les institutions sont délégitimées et incapables de permettre aux individus de donner un sens à leur existence, ces individus ont tendance à être réceptifs à des leaders dissidents qui incarnent une rupture et qui sont perçus comme spécialement qualifiés pour cette tâche.

« Les échecs éclatants et répétés d’un gouvernement, quel qu’il soit, contribuent à la perte de celui-ci, brisent son prestige et font mûrir le temps des révolutions charismatiques. »

La « metanoia » : convertir et révolutionner

Le dirigeant charismatique produit ce que Weber appelle une « metanoia » c’est-à-dire qu’il convertit à sa cause et qu’il « révolutionne » ses partisans « de l’intérieur ».

Dans cette perspective wébérienne, d’un côté, Robespierre, Lénine ou de Gaulle ne peuvent être compris sans analyser les groupes mobilisés qui les ont choisi comme leur dirigeant et qui ont adhéré à leur cause.

Mais d’un autre côté, ces dirigeants ne sauraient pas non plus être considérés comme de simples objets rationnellement investis et soutenus par des groupes d’intérêts, car l’action du leader charismatique n’est pas neutre. Elle contribue à transformer ces groupes en retour et peut révolutionner les croyances de leurs membres.

Comme le souligne la philosophe belge Chantal Mouffe, en mobilisant les affects, le chef charismatique joue souvent un rôle clé dans les expériences politiques du populisme de gauche.

Une telle prise en compte des affects et de l’incarnation humaine des idées par un tribun est au cœur de la construction du personnage Jean-Luc Mélenchon, comme il l’explique : « Nous avons besoin de héros. » pour pouvoir « nous identifier à des mythes collectifs. »

Des citoyens pleinement responsables de leurs dirigeants charismatiques

Tandis que les sociologues bourdieusiens ont souvent insisté sur la « violence symbolique » exercée par les chefs, le philosophe Jean-Claude Monod, à la suite de Weber, souligne les fonctions proprement démocratiques que n’en remplissent pas moins les chefs charismatiques, notamment dans la mobilisation et la politisation des citoyens.

Se doter d’un tel chef, capable d’enthousiasmer les individus et de cristalliser leurs désirs, pourrait alors être considéré comme une nécessité stratégique et comme un objectif légitime pour chaque « camp » politique.

En revanche, se doter de dirigeants (charismatiques ou non) n’affranchit aucunement les citoyens de leur pleine responsabilité dans ce choix.

En effet, quand ils choisissent et qu’ils reconnaissent leurs dirigeants, c’est en définitive toujours eux-mêmes qu’ils reconnaissent et qu’ils admirent dans le miroir de leur chef charismatique, comme l’explique l’historien Georges Minois :

« C’est la société qui fabrique le grand homme, comme elle invente ses dieux. Elle le modèle à son image, projette sur lui ses aspirations, ses désirs, ses peurs, ses fantasmes. Elle crée ses héros et, par mimétisme, cherche ensuite à les imiter. »

On peut alors prendre conscience des mécanismes charismatiques et ainsi reprendre sa pleine responsabilité de citoyen. Par quels dirigeants veut-on être enthousiasmés et mobilisés et surtout par et pour quelle politique ?

Max Weber nous met en garde : le dirigeant « authentiquement charismatique » est dévoué à une cause et ne peut être soutenu que dans la mesure où ce combat apparaît comme désirable aux yeux de celles et ceux qui le soutiennent : le leader ne devient jamais une fin en soi.

27 août 2021

Valentin Soubise Doctorant en science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

https://theconversation.com/

Commentaire:

Pour « L’Internationale » : « Ni dieu, ni César, ni tribun » est une bonne réponse. Mais il faut bien reconnaître que l’extrême gauche aussi a ses propres « leaders charismatiques ». 

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