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25 mai 2017 ~ 0 Commentaire

mouvements (street press)

mouvements
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Pourquoi les mouvements sociaux se radicalisent-t-ils?

Comment percevez-vous la dynamique contestataire en France ?

Comme plus incertaine que jamais. Je suis aussi convaincu que le monde que l’on connaît est en train de s’effondrer. 8% de votes blancs et 25% d’abstention au second tour des présiden- tielles, c’est un record ! On n’assiste plus à une simple méfiance vis-à-vis des institutions de la Ve République, mais à leur rejet massif. On a beaucoup à craindre ou à rêver de l’avenir. Ce qui est sûr, c’est que cela ne va pas rester en l’état.

Dans votre bouquin, vous dites que les mobilisations s’orientent de plus en plus vers des modes d’action « extra-légaux », c’est-à-dire ?

C’est une autre dynamique que l’on observe. Les plus déterminés agissent de plus en plus en dehors de la loi. Je préfère parler d’« extra-légalité » plutôt que d’« illégalité », car ils ne sont pas majoritairement contre la loi, mais contre le légalisme : ils refusent d’obéir de manière aveugle ou inconditionnelle aux lois. Quand ils désobéissent, c’est pour remplacer une loi par une autre plus juste, plus équitable. Je fais cette différence car ce ne sont pas des « hors-la-loi » selon moi, ou de mauvais citoyens. Au contraire, ils désobéissent et prennent des risques face à des situations qu’ils jugent anti-démocratiques.

Qui sont ces « nouveaux désobéissants » ?

Les combats se multiplient et se diversifient. J’en distingue trois types.

1 Les Zad d’abord, les « zones à défendre » contre les grands projets inutiles. Il y a bien sûr les cas emblématiques de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), du barrage de Sivens, mais aussi le grand stade de Lyon, Europacity à Garges-lès-Gonesse, les déchets nucléaires à Bure, la ligne Lyon-Turin, etc. Ça foisonne ! Il y a toujours eu des mouvements que l’on appelle « nimby » pour « Not in my backyard » [pas dans mon jardin], refusant le projet d’une centrale ou d’une décharge pour ses propres intérêts. Mais ces nouvelles mobilisations territoriales ont une dimension publique et politique forte. On ne se bat pas seulement contre l’aéroport à NDDL, mais aussi contre le monde qui va avec.

2 Émergent aussi de plus en plus d’actions de désobéissance civile, comme les mouve- ments anti-pubs qui barbouillent ou déchirent des affiches dans l’espace public ou encore les actions spontanées de collectifs féministes comme les Femen, pour ne citer que les plus connues.

3 Il ne faut pas non plus oublier que certains contestataires se retrouvent extra-légaux, sans l’avoir choisi. Le droit de grève est remis en question depuis la mise en place du service minimum. En 2015 ou 2016, des manifestations ont été interdites, comme lors de la Cop 21 ou au printemps dernier. Sous prétexte d’État d’urgence, nous vivons dans un monde de plus en plus sécuritaire. Ces actions deviennent extra-légales, non pas parce que les contestataires se radicalisent, mais parce que l’État est de plus en plus autoritaire. On vit en réalité une période de radicalisation des différentes forces politiques et sociales. D’un côté, le racisme d’État, les violences policières, la criminalisation des mouvements sociaux ; de l’autre, des militants de plus en plus déterminés.

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’un des gros dossiers du gouvernement, est à l’arrêt. La mobilisation a marché ?

L’échec cuisant du quinquennat Hollande, c’est bien NDDL. On ne le souligne peut-être pas assez. L’ancien Président voulait à tout prix que le dossier aboutisse, tout comme son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes. Pourtant, 300 irréductibles et tous leurs soutiens en France, ont réussi à faire échec au gouvernement, malgré un préfet de Bretagne, Patrick Strzoda [de 2013 à 2016] particulièrement déterminé. L’homme est surnommé « Monsieur Flashball » depuis sa gestion des manifs contre la loi travail à Rennes (un étudiant a été éborgné par un tir de lanceur de balle de défense le 28 avril 2016.

Patrick Strzoda est ensuite devenu préfet de la région Île-de-France, en charge de la manif du 1er mai à Paris. De bonne augure pour les futures manifestations ?

Cette nomination est un signe fort. D’ailleurs, au lendemain du 1er mai, les médias ont relayé la photo du policier en train de brûler, mais n’ont pas cherché à en savoir plus sur le bilan des équipes de street medic. Ils ont pourtant relevé près de 130 manifestants blessés ce jour-là. Et puis quelques jours plus tard, lors du débat contre Marine Le Pen, le candidat a dit qu’il allait démanteler « toutes les associations qui invitent à la haine et à la violence . Il a dit ça, oui ! L’expression est terriblement vague. On peut imaginer qu’il va dissoudre une ou deux sectes djihadistes, mais il annonce aussi qu’il peut s’en prendre aux assos militantes pas assez «  Charlie», et donc aux opposants politiques. Je pense qu’on a toutes les raisons de le craindre.

De craindre Emmanuel Macron ?

Le plus inquiétant, c’est justement l’image plutôt libérale de cet homme sur le plan des mœurs et dans la sphère sociale, même au sein de la gauche radicale. On sait qu’il va détricoter le droit des salariés, mais on se dit que pour les musulmans ça va aller, que dans la rue, il ne sera pas trop vénère. Rappelons qu’il a soutenu les maires et leurs arrêtés anti-burkinis l’été dernier. Son défilé d’intronisation sur les Champs-Élysées était particulièrement militaire. Le front social sera aussi un front anti-répression. D’ailleurs, on a vu le 8 mai à Paris les CRS fendre en deux le défilé, de façon complètement arbitraire, pour isoler le cortège de tête. Il n’y avait pourtant pas eu de débordement avant.

Le front social a manifesté le 8 mai à Paris contre son élection. 70 unions syn- dicales ou collectifs (CGT, SUD, DAL, Urgence notre police assassin), mais à peine 7 000 personnes dans la rue, selon les organisateurs. Pourquoi cette manifestation a été peu suivie ?

À ma connaissance, c’est la première fois qu’une manifestation appelle le Président à démis- sionner dès le lendemain de son élection. C’est un rejet symbolique fort de Macron. En même temps, il vient d’être élu et de nombreuses personnes attendent de voir. Les énergies ont été canalisées dans les urnes cette année. Les élections ne sont jamais propices aux actions directes. C’est une forme de délégation, de dépossession : tant mieux si notre candidat gagne et si ce n’est pas lui, tant pis, c’est le jeu démocratique, se dit-on.

Printemps 2016. La mobilisation dure plusieurs mois contre la loi travail. On observait déjà une baisse du nombre de manifestants. Pourquoi ?

Il y a eu une vingtaine de manifs nationales en 2016, mais on n’a pas dépassé le million de manifestants sur une même journée en France. Contre la réforme des retraites en 2010 ou en 2006 contre le CPE, les cortèges étaient beaucoup plus massifs. On atteignait souvent les 3-4 millions de personnes. Ce seul critère numérique fausse la vue.

Au printemps 2016, les personnes mobilisées étaient beaucoup plus déterminées. Certaines ont passé trois mois, nuits et jours sur une place. C’est un tout autre engagement que de marcher deux heures en manif. Des raisons plus profondes expliquent aussi la baisse du nombre de manifestants d’année en année. Les plus combatifs, à savoir les collégiens, les lycéens ou les étudiants, sont de plus en plus précaires et inquiets pour leur avenir. La jeunes- se est plus divisée géographiquement, entre centres villes, banlieues et campagnes. Tous ces facteurs structurels, liés à la société capitaliste dans son ensemble, a pour effet de casser les collectifs. Une société fragmentée ne favorise pas les luttes.

Les syndicats contestataires perdent du poids en France, au profit de la CFDT, réformiste. Comment l’expliquez-vous ?

Les difficultés du syndicalisme français sont très anciennes. Du lendemain de la seconde guerre mondiale, où il y avait 50% de syndiqués en France, jusqu’aux 8% recensés aujour-d’hui, ils n’ont cessé de perdre en représentativité. Il existe de nombreuses raisons pour expli- quer ce déclin. L’une d’elles est très forte : ils sont passés à côté d’un certain nombre de thématiques, comme l’écologie ou le chômage. Dans de nombreuses entreprises, il est aussi risqué d’être syndiqué. Donc la contestation s’exprime de plus en plus en dehors des structures syndicales.

Parallèlement, on observe une radicalisation de leaders de terrain, comme Mickaël Wamen de la CGT Goodyear pour ne citer que lui. Ils appellent au front social et prennent la main dans certaines fédérations. Fermement anticapitalistes, trotskystes ou anarchistes-libertaires, ces militants sont désormais plus proches de partis comme le NPA ou LO que du PCF, leur parti d’antan. D’ailleurs, l’élection de Philippe Martinez marque un tournant. Il a durci le discours de la CGT et tenu tête au gouvernement pendant le mouvement contre la loi travail.

Le Black Bloc mobilise-t-il plus qu’avant ?

Les Black Blocs existent depuis les années 90. On les a toujours vus en queue de manifesta-tions, mais ils étaient peu nombreux. L’année dernière, ils sont passés devant les cortèges syndicaux et le mouvement s’est densifié. On a dénombré jusqu’à un millier d’autonomes sur certains rassemblements. Quelque chose de nouveau émerge. Ces idées prennent dans les mouvements lycéens. Le Mili, constitué au moment de l’affaire Leonarda, est très présent lors des blocages de lycée ou en manifestation. À en croire l’inventivité des slogans sur les murs, cette dynamique n’est pas prête de s’arrêter: «Une pensée pour les familles des vitrines», «Nous sommes un peuple de casseurs-cueilleurs», « La France bout à 49.3 ». Je crois que la créativité artistique va de pair avec la créativité politique. Je pense que les moments de grande invention littéraire, picturale – on peut penser au dadaïsme, au surréalisme – sont aussi des mouvements d’ébullition politique. Tout ça est circulaire.

Comment ces nouveaux désobéissants justifient l’usage de la violence ?

Certains ne la justifient pas. Et il faut faire la différence entre jeter un cocktail molotov – ils sont peu nombreux en réalité à le faire – et donner un coup d’épaule à un policier, casser une vitrine de concessionnaire ou taguer la vitrine de HSBC. Beaucoup d’entre eux ne considèrent pas ces actes comme violents. Au contraire, lorsqu’une banque aide ses clients à planquer deux milliards d’euros dans les paradis fiscaux, alors c’est violent, selon eux. Parle-t-on de violence physique ou de violence structurelle, de violence directe ou indirecte ? Pour les autonomes, la violence est économique, institutionnelle et sociale.

D’autres admettent qu’ils pratiquent une forme de violence. Au moins trois justifica- tions existent.

La première, c’est la légitime défense, contre l’État et le capitalisme.

La deuxième, celle de l’efficacité : l’affrontement physique direct permet de remettre en cause la substantifique moelle de l’État. Max Weber, qui citait Trotski, disait : « l’État, c’est le monopole de la violence physique légitime ». Donc, si l’État c’est la violence, il faut utiliser la violence pour le faire tomber.

Le troisième argument affirme que cette violence va permettre de révéler la vraie nature de l’État que nous avons en face de nous. Cet État n’est pas démocratique, mais autoritaire ; en l’obligeant à nous réprimer, il dévoilera sa vraie nature.

Ces arguments sont des classiques des mouvements anarchistes, ils sont utilitaristes. Il existe une autre réalité, plus existentielle, presque indicible : faire partie du cortège de tête procure une montée d’adrénaline, un sentiment d’être soi, d’être là où je dois être, d’être vivant ! On retrouve une densité, on sent le moment. Le capitalisme, au contraire, c’est la mort, l’assèche- ment. C’est pour cette raison que les textes du Comité Invisible trouvent un tel écho au sein du cortège de tête : ils posent des mots justes sur une expérience singulière, c’est « Maintenant » et avec « nos amis » aussi. Quand on court au milieu des lacrymos, on perd un peu les potes, mais on se retrouve ensuite, on débriefe. On est liés par une expérience, dont on se souvien- dra. On fonctionne par petits groupes affinitaires, avec des personnes que l’on connaît ou qui deviendront nos amis.

« Tout le monde déteste la police » est sans doute le slogan le plus scandé en manifestation. Avec lui, la rue porte une critique très forte de la démocratie et des institutions…

Oui et il faut être prudent. Il existe plusieurs critiques de la démocratie. Celle portée par Nuit debout qui consiste à dire que la Ve République est un régime quasi monarchique, qui se prétend démocratique, mais qui ne l’est pas. Il faut donc remplacer cette oligarchie par une vraie démocratie participative, délibérative, horizontale. Le deuxième discours, porté de maniè- re limpide par le Comité invisible, vient compliquer ce tableau : la Ve République est un leurre, tout comme le sont les assemblées étudiantes, les grèves ou Nuit debout. Tous ces « démo- crates des AG » prétendent prôner la vraie démocratie, mais s’enferment dans un formalisme démocratique, fait de prises de parole minutées qui nuisent à la spontanéité de la politique. Remplacer les vieilles institutions par de nouvelles, n’a aucun sens, car dès lors qu’il y a institution, la verticalité et la rigidité portent atteinte à la liberté.

Que pensez-vous de cette critique ?

Je ne suis pas d’accord. Dire que toute institution est nuisible pour la liberté semble avoir une conséquence pratique dommageable. Un certain nombre d’adeptes de l’insurrection que j’ai rencontrés et vus intervenir lors de rassemblements étaient souvent des personnes blanches, des hommes qui coupaient la parole à des femmes, par exemple. Au nom d’une idéologie réfractaire à toute verticalité, on réintroduit des rapports de domination. Je ne suis pas sûr que le mouvement soit aussi émancipateur qu’il prétend l’être. C’est une discussion que j’aimerais lancer. Il y a aussi une faiblesse théorique selon moi, celle de dire que toute institution est forcément étatique et autoritaire. Le seul moment émancipateur est celui de l’insurrection, de la destitution, selon le Comité invisible. C’est LA liberté. Or, la boulangerie de Tarnac est une institution. Les éditions de La Fabrique, dirigées depuis 20 ans par Éric Hazan ? Une institution. Lundi matin, le site internet et la revue : une autre institution.

Il peut donc exister des institutions démocratiques selon vous ?

Au Chiapas au Mexique, les zapatistes mènent une expérience de démocratie réelle, avec ses imperfections certes, mais le pouvoir est aux mains des communautés locales. Des assemblées se réunissent régulièrement. Les délégués ont des mandats révocables à tout moment. Ils touchent une indemnité faible, semblable au salaire du reste de la population. Ce mécanisme politique institue une égalité forte de revenus et de modes de vie. C’est une démocratie au sens social, pas juste politique et institutionnelle. Il me semble que ce que recherchent les zadistes est très proche en France, même s’il ne s’agit pas de transposer ces modèles, mais certains militants de NDDL sont allés au Chiapas. Ils discutent entre eux.

On aspire à quoi chez ces nouveaux désobéissants ?

C’est pas juste une quête d’alternance, mais d’alternative. L’aspiration est révolutionnaire. Le mot peut paraître usé, mais il est irremplaçable pour décrire le changement fondamental des structures économiques, sociales, politiques, éducatives, familiales, sexuelles et j’en oublie ! La grande absente, c’est l’utopie. Au XXe siècle, il y avait le capitalisme et le communisme. Ces deux-là ne tiennent plus. Pour se mobiliser, il ne suffit pas d’avoir des affects négatifs, il faut aussi une adhésion, un enchantement vers quelque chose qui donne envie d’aller au-delà de l’existant. Ce quelque chose, je ne le vois pas aujourd’hui.

L’écologie peut-être ? Rappelons-nous de ce mot d’ordre des manifestants de la Cop 21 : « Il faut changer le système, pas le climat ». Peut-être que ce changement est profond. Il y aura toujours des gens pour défendre le vieux monde, mais dans la mesure où l’on a tous un vécu ou des rapports concrets, bon ou mauvais, avec l’environnement, on peut imaginer que cette expérience serve de socle à la construction d’une utopie commune.

Dans nos sociétés occidentales, on ne réfléchit plus les territoires, où l’on vit. On y passe. On ne prend plus le temps d’y être. Pour de nombreux mouvements contestataires, la nature n’est pas une toile de fond que l’on viendrait gouverner ou exploiter. Au contraire, on l’habite au sens premier du verbe, on est en affinité avec.

Propos recueillis par Sarah Lefèvre 23 Mai 2017
Manuel Cervera-Marzal, chercheur en sociologie et philosophie politique, s’intéresse de près aux mouvements sociaux et aux différentes formes contemporaines de contestations : désobéissance civile, zad, occupation de places. L’enseignant à l’EHESS est l’auteur de l’essai Les Nouveaux désobéissants : citoyens ou hors-la-loi ?, paru en 2016 aux éditions Le Bord de l’Eau. On a causé manif, ZAD, black bloc, syndicats et utopies avec le sociologue Manuel Cervera-Marzal. Il nous explique pourquoi « on vit une période de radicalisation des forces politiques et sociales en France ».

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25 mai 2017 ~ 0 Commentaire

état espagnol (alternative libertaire)

 Cartel 27-Mayo-animacion

Tod@s à la calle, tous et toutes dans la rue !

Malgré l’effet délétère de Podemos sur le mouvement social ibérique, le Bloc syndical combatif (CGT, Intersindical Aragon, CO.BAS, Solidaridad Obrera …) montre la voie avec des Marches de la dignité le samedi 27 mai, qui convergeront sur Madrid).

De premières Marches de la dignité, décentralisées, s’étaient tenues le dimanche 25 février, dans plusieurs villes de la Péninsule. Le mouvement social ibérique, en retrait depuis deux ans, reprend l’initiative et le chemin de la résistance.

Un réveil qui constitue une vraie bonne nouvelle, tant « l’effet » Podemos a fait du mal, au point de faire oublier que la lutte des classes se situait dans la rue et dans les entreprises, et non dans les urnes. Ce poison du « débouché politique » a, hélas, pénétré de nombreux cercles militants sincères (y compris dans les rangs du mouvement libertaire). Ce poison a eu des conséquences évidentes sur le niveau de combativité, alors que le mouvement social outre-Pyrénées a toujours été caractérisé par sa créativité, son caractère de masse (entre autres le mouvement des Indignad@s) et sa radicalité.

Un recul confirmé et résumé par Irène de La Cuerda, du secrétariat à l’action sociale de la centrale anarcho-syndicaliste espagnole CGT : « L’irruption de Podemos et ses prises de position ont largement contribué à la démobilisation en faisant croire que l’on pouvait changer les choses de l’intérieur du système. Que pénétrer les rouages des institutions pouvait changer la donne. » Cette journée des Marches de la dignité du 25 février entrouvre une nouvelle ère de mobilisations. C’est qu’elle a été couronnée de succès, avec plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la rue, et ce dans plusieurs villes.

Taux de chômage largement supérieur aux 20%

Comme pour les marches antérieures, celles-ci ont des revendications propres au contexte du moment. Assuré d’une majorité parlementaire, le président du gouvernement Mariano Rajoy (Parti populaire, droite) entend approfondir la contre-réforme des retraites initiée par les socialistes du PSOE en 2011. Une telle attaque contre les droits sociaux aura des conséquences gravissimes pour la population tout entière.

Dans un pays où le taux de chômage est largement supérieur aux 20% et atteint les 40 % chez les moins de 30 ans, dans bien des ménages la pension des retraité.es est la seule ressource fixe des familles.

De premières marches, décentralisées, ont eu lieu le 25 février.

D’autres revendications étaient mises en avant dans les cortèges des manifestations : la fin de l’impunité des politiques et de la corruption, l’abrogation de la loi Mordaza (loi Bâillon) [1] qui entend criminaliser le mouvement social ou encore l’exigence de l’amnistie des militantes et militants emprisonnés ou poursuivis par la justice. « De nouvelles marches sont prévues pour le 27 mai, avec l’idée qu’elles convergent toutes vers Madrid », conclut Irène de la Cuerda. Le mouvement social ibérique n’a donc pas dit son dernier mot…

Jérémie Berthuin (AL Gard) 25 mai 2017

http://alternativelibertaire.org/

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25 mai 2017 ~ 0 Commentaire

législatives (jdd)

solferino

Le PS va essayer de ne pas disparaître (50 sièges)

Nombre actuel de députés dans le groupe PS et alliés : 284

Si l’on se fie uniquement au score de Benoît Hamon au premier tour de la présidentielle 6,36%, le PS n’aurait plus aucun député à l’Assemblée nationale le mois prochain. C’est bien sûr ne pas tenir compte de la popularité de candidats locaux et surtout des configurations politiques. Une dizaine d’élus de gauche n’auront en effet pas de « marcheur » face à eux, avec donc des chances de succès plus élevées…  Pour le reste, Solférino se prépare à la Bérézina. Les esti- mations officieuses des cadres du parti vont bon train dans la presse : le seuil des 80 députés semble le plus optimiste, celui des 20 serait synonyme de déroute totale. Entre les deux, la barre des 50 ferait figure de moindre mal. Ce serait en tout cas au niveau de la plus grosse déroute du PS jusqu’à présent, lorsque seulement 52 députés avaient survécu aux législatives de 1993.

La France insoumise peut capitaliser (15 à 30 sièges)

Nombre actuel de députés FI : officiellement 0, mais 2 députés sortants investis

Officiellement, Jean-Luc Mélenchon veut toujours être le Premier ministre de cohabitation d’Emmanuel Macron. Le quatrième homme de la présidentielle (19,58%), qui s’est installé à Marseille, espère amplifier la dynamique de La France insoumise pour les législatives en se posant comme la seule alternative crédible à La République en marche. Dans le détail, Mélen- chon était arrivé en tête du premier tour dans 67 circonscriptions et avait dépassé les 30% des voix dans 30 d’entre elles. Ce dernier chiffre est une bonne base de départ pour pouvoir l’em- porter à l’issue du second tour des législatives car, sur le papier, les éventuels duels face à des candidats LREM ou LR ne l’avantageraient pas. Il faudra en tout cas trouver des reports de voix chez les communistes, dans les cas où des candidats PCF se présentent face à eux, et les socialistes.

Le PCF espère résister (5 à 10 sièges)

Nombre actuel de députés PCF et alliés : 9

Le patron des communistes, Pierre Laurent, a dit lundi espérer « une vingtaine de députés » de son parti. Mais sans accord national avec la France insoumise, les candidats PCF ont une redoutable concurrence de la part de Jean-Luc Mélenchon. Seuls quatre députés sortants n’ont rien à craindre de ce point de vue, dont Marie-George Buffet en Seine-Saint-Denis. Dans 25 autres circonscriptions, LFI ne présente pas non plus de candidats face au PCF, sans que ce soit gagnable pour autant. Les autres bastions communistes sont menacés.

EELV en danger (1 à 3 sièges)

Nombre actuel de députés EELV : 9

Leur groupe, divisé entre pro et anti-gouvernement, avait éclaté au cours de la dernière légis- lature. Les députés EELV sortants ont beau être protégés par un accord avec le PS, cela risque de ne pas suffire. La plus connue d’entre eux, Cécile Duflot, est ainsi menacée dans sa circonscription à Paris. Avec son investiture La France insoumise, Sergio Coronado est davantage protégé chez les Français d’Amérique latine.

http://www.lejdd.fr/

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25 mai 2017 ~ 0 Commentaire

mélenchon (lutte ouvrière)

cleopatre

Mélenchon : être fort, mais dans quel but ?

Le 21 mai, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’émission Dimanche en politique, sur France 3. Interrogé sur ses intentions de mobiliser les travailleurs en cas de nouvelles attaques contre le Code du travail, il a répondu qu’il espérait que ce ne serait pas nécessaire.

En effet, selon Mélenchon, il suffirait de bien voter aux élections législatives – entendez : pour les candidats de la France insoumise – afin qu’une majorité parlementaire fasse échec aux plans du gouvernement. « Si nous sommes assez forts, nous sommes capables d’entraîner ce qu’il reste du PS et faire une majorité à l’Assemblée », a-t-il aussi déclaré.

En quoi cette majorité pourrait-elle changer quoi que ce soit à l’application des lois, alors que Macron a déjà annoncé que le gouvernement imposerait ses mesures antiouvrières par ordonnances ? En outre, sans remonter loin dans le passé, la mandature de Hollande a largement montré que, même lorsque le Parlement avait une majorité dite de gauche, cela n’avait pas été un frein aux attaques du patronat contre les travailleurs.

Mais le problème de Mélenchon n’est pas tant le vote de bonnes ou de mauvaises lois que son avenir personnel. S’appuyant sur son bon résultat à l’élection présidentielle face à celui du PS, il se voit déjà en leader incontesté d’une nouvelle gauche, capable de faire le balancier avec la droite dans le jeu traditionnel de l’alternance politicienne, même si les acteurs ont changé.

Dans cette comptabilité mesquine du nombre de députés élus, les préoccupations de l’ensemble des travailleurs, emploi, salaire, logement, santé, éducation, sont bien oubliées.

Marianne LAMIRAL 23 Mai 2017

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24 mai 2017 ~ 0 Commentaire

législatives (essf)

cleopatre

Le Parti Communiste tente de sauver ses meubles

Confronté à son inexorable déclin, la formation politique tente de se trouver un espace que Jean-Luc Mélenchon lui refuse.

Réussir à exister quand on est donné pour mort. Voilà le défi du Parti communiste pour les législatives des 11 et 18 juin. Entre une alliance avortée avec La France insoumise et des élections qui s’annoncent compliquées pour la gauche, le PCF tente de se frayer un chemin. Lundi 22 mai, Pierre Laurent, secrétaire national, a tenu une conférence de presse pour marteler qu’il faudra encore compter avec sa formation.

Cette dernière aborde pourtant cette échéance en difficulté. En 2012, le Front de Gauche n’avait pas réussi à transformer le bon résultat de Jean-Luc Mélenchon à la présiden- tielle (11,1 % des voix) et seuls dix députés, dont sept PCF, sur les dix-neuf sortants avaient pu être sauvés. Cinq ans plus tard, la situation est encore plus délicate.

L’excellent score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle (19,6 % des suffrages), soutenu par les communistes, pouvait faire espérer de nombreuses conquêtes mais la rupture est consommée avec l’ex-socialiste. M. Laurent a donc dû revoir ses ambitions à la baisse et espère désormais « une vingtaine de députés ». Dans son viseur, les circonscriptions de ses sortants mais aussi des fiefs perdus en 2012, le plus souvent au profit du PS, notamment dans l’ex-ceinture rouge de Paris.

Pour y parvenir, le PCF compte se poser en opposant au nouveau président de la République et à ses ordonnances faites, affirme M. Laurent, « pour casser le code du travail ». « Nous voulons mettre en débat un choix de société : ou l’asservissement au travail et à la précarité à vie ou une vie digne faite d’un travail reconnu, correctement payé avec un bon salaire, permet- tant le droit au repos pour tous », a expliqué le sénateur de Paris, dénonçant le « coup de force du gouvernement ».

De rares accords locaux

Parmi les 524 candidatures présentées ou soutenues par le PCF, 452 communistes porteront ce message. Quatre députés sortants souhaitent rempiler : André Chassaigne (Puy-de-Dôme), Marie-George Buffet (Seine-Saint-Denis), Nicolas Sansu (Cher) et Patrice Carvalho (Oise). Le parti soutient également 72 candidatures, dont celles du journaliste François Ruffin dans la Somme, de la féministe Caroline De Haas à Paris ou de la sociologue Monique Pinçon-Charlot dans les Hauts-de-Seine.

Des accords locaux ont également été noués avec d’autres forces de gauche. Ainsi, le PCF ne présente personne face à 16 candidats d’Europe Ecologie-Les Verts, 11 d’Ensemble, dont Clémentine Autain, qui espère prendre la relève de François Asensi en Seine-Saint-Denis, et 12 « hamonistes », comme Barbara Romagnan dans le Doubs. Après avoir annoncé le contraire, le PCF a rétropédalé en indiquant au Monde qu’il y a bien un communiste face à Benoît Hamon dans les Yvelines.

Dix-huit candidats de La France insoumise n’ont pas non plus de candidat PCF face à eux, dont M. Mélenchon à Marseille. A l’inverse, 11 communistes ne subissent pas de concurrence de leur ex-partenaire. C’est le cas dans trois circonscriptions de députés commu-nistes sortants qui ont parrainé le député européen pour la présidentielle. Outre Mme Buffet, il s’agit de M. Sansu et de Pierre Dharréville, qui tentera de succéder à Gaby Charroux, qui sera son suppléant (Bouches-du-Rhône). Hormis ces quelques exceptions, les deux formations seront en concurrence partout ailleurs – l’enjeu financier lié à ces élections n’étant pas étranger à ces choix.

La « faute » de La France insoumise

M. Laurent n’a cependant toujours pas digéré l’échec des négociations nationales avec le mouvement de M. Mélenchon qui pourrait très sérieusement contrecarrer ses prétentions. Pour le numéro un communiste, son parti a essuyé « un refus de principe » de la part de La France insoumise, ce qui constitue à ses yeux « une faute ». « Nous regrettons très profondément le maintien de candidatures La France insoumise dans près d’une vingtaine de circonscriptions où se joue l’élection possible d’un ou d’une député(e) communiste sans que La France insou- mise ait en revanche une chance de l’emporter », a déclaré le patron du PCF, invitant les électeurs à réfléchir « pour éviter d’offrir (…) un député supplémentaire à En marche !, la droite ou le FN ».

Plusieurs proches de M. Mélenchon se présentent en effet dans des bastions histo-riques du PCF comme à Ivry (Val-de-Marne), Grigny (Essonne) ou Montreuil (Seine-Saint-Denis), où la bataille sera rude. M. Laurent a également cité le cas de Mme De Haas, à l’origine de la pétition contre la loi travail qui avait récolté plus d’un million de signatures en 2016. Elle affrontera, dans la 18e circonscription de la capitale, l’ex-ministre chargée de cette réforme, Myriam El Khomri, candidate officielle du PS mais officieuse de La République en marche.

« Caroline De Haas est soutenue par tout le monde, le PCF, les forces sociales, EELV, le NPA, des militants de Benoît Hamon mais pas par La France insoumise, s’est-il désolé. Ça n’a aucun sens ! » Cela n’avait en revanche pas l’air de chagriner M. Mélenchon venu encourager, lundi en fin de journée, son candidat dans la circonscription, Paul Vannier, un cadre du Parti de Gauche.

Raphaëlle Besse Desmoulières* LE MONDE | 23.05.2017

http://www.lemonde.fr/

http://www.europe-solidaire.org/

Commentaire: Tout le monde semble avoir compris que les députés de gauche seront rares et les groupes (PS, PC, Verts) encore plus. Résultat, on se tourne vers l’argent de l’état: 1euros 60 par voix (seulement aux législatives) pendant 5 ans, qui ont rapporté des dizaines de millions au PS et aux Républicains. maintenant chaque voix, chaque euro compte: chacun pour soi!

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23 mai 2017 ~ 0 Commentaire

brésil (bastamag + révolution)

psol-amanha

Le président accusé de corruption, la rue demande de nouvelles élections

Cela fait à peine plus d’un an que la Câmara brésilienne, la chambre basse du Parlement, a voté la destitution de l’ancienne présidente élue, du parti des travailleurs (PT), Dilma Roussef. Aujourd’hui, c’est le président intérimaire, Michel Temer, qui est sur un siège éjectable.

Issu d’un parti de droite (PMDB) et ancien vice-président de Roussef, il a pris la place de président, sans élection, après le coup d’État parlementaire, orchestré par la droite et l’extrême droite en 2016. De nouvelles révélations divulguées ce 17 mai mettent aujourd’hui directement en cause Michel Temer dans l’immense scandale de corruption qui ébranle le pays. Il pourrait même être accusé d’obstruction à la justice.

Directement mis en cause, Temer refuse de démissionner

Dans les nouveaux enregistrements rendus publics, Michel Temer est en conversation avec le chef d’une grande entreprise agroalimentaire brésilienne, JBS. Ce grand producteur de viande est aussi mis en cause dans une vaste affaire de vente et d’exportation de viande avariée qui a éclaté au Brésil ce printemps. Le patron de l’entreprise explique au président comment il soudoie l’ancien député (de droite) Eduardo Cunha, pour éviter qu’il ne fasse des révélations aux enquêteurs. C’est Cunha, alors qu’il était Président de la chambre des députés, qui avait initié la procédure de destitution contre Dilma Rousseff. Il a été condamné en mars à 15 ans de prison pour corruption.

Le 18 mai, le témoignage filmé du même entrepreneur à la justice a été rendu public. Il y raconte les discussions avec un proche du président Temer pour négocier le paiement d’une commission au chef de l’État en échange d’une décision favorable de la part de l’administration de règlementation de la concurrence.

Suite à ces révélations, une enquête a été ouverte contre le président intérimaire. Même si ces éléments l’impliquent directement, Temer a dénoncé un prétendu complot, refusé de démis- sionner, demandé la levée de l’enquête et attaqué la véracité des enregistrements. Sa position est toutefois de plus en plus fragile. Il a déjà perdu le soutien d’un des partis politiques représentés au Parlement. Et les Brésiliens descendent dans la rue pour exiger sa démission et l’organisation de nouvelles élections.

Temer sera peut-être contraint de quitter ses fonctions très prochainement. Plusieurs demandes de procédures de destitution à son encontre ont été déposées par des parle- mentaires ces derniers jours. Le 6 juin, le tribunal suprême fédéral doit décider de son sort dans l’affaire de financement occulte de sa campagne électorale de 2014, ainsi que de celle de Dilma Roussef.

Si le tribunal le contraint à renoncer à la présidence, s’il est destitué, ou s’il démissionne finalement, une nouvelle élection du président de la République devrait avoir lieu. Mais celle-ci pourrait se faire sans recourir au suffrage universel, par simple vote des députés du Parlement brésilien.

Des manifestations pour demander des nouvelles élections par le peuple

C’est pour demander une élection directe, par le peuple, que les Brésiliens descendent dans la rue depuis jeudi avec le slogan « Diretas já » (« des élections directes, maintenant »), inspiré du mouvement populaire qui a contribué à la chute de la junte militaire brésilienne au pouvoir de 1964, après un putsch, à 1984. De nouvelles manifestations se sont déroulées dans tout le pays dimanche 21 mai. Les prochaines élections présidentielles sont, en théorie, prévues à l’automne 2018. Mais cette échéance semble bien éloignée au vue de l’instabilité politique actuelle et de l’illégitimité qui frappe le pouvoir, après deux ans d’un scandale de corruption qui a éclaboussé une très grande partie de la classe politique et du monde des affaires.

Si une élection présidentielle directe avait lieu aujourd’hui, l’ancien président de gauche Luiz Inacio « Lula » Da Silva aurait des chances de l’emporter, selon les sondages. Mais il est lui aussi poursuivi, avec un zèle particulier, par le juge Sergio Moro dans le cadre de l’opération anti-corruption Lava Jato.

Ces nouveaux enregistrements, qui mettent en cause Michel Temer pour complicité de corruption et obstruction à la justice, sont dévoilés alors que le gouvernement intérimaire mène des réformes très brutales en dérégulant le code du travail et en durcissant les conditions pour pouvoir bénéficier d’une pension retraite. Les lois en préparation attaquent violemment les avancées sociales mises en œuvre au Brésil depuis quinze ans (voir notre article).

Auparavant, le gouvernement de Michel Temer avait déjà adopté un amendement constitutionnel qui gelait les dépenses publiques (santé, éducation)… pendant 20 ans.

Rachel Knaebel 23 mai 2017

https://www.bastamag.net/

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21 mai 2017 ~ 2 Commentaires

idée reçue (lmd)

totalit
Affiches des films « Ilsa, la Tigresse du goulag », de Jean Lafleur, 1977 et « Ilsa, la Louve des SS », de Don Edmonds, 1975.
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Tous les totalitarismes se valent

Entrés en vigueur en septembre 2011, les nouveaux programmes de première se décomposent en cinq thématiques. L’une d’elles est consacrée au «siècle des totalitarismes » et mêle l’URSS de Staline, l’Allemagne de Hitler et l’Italie de Musso- lini. Cet amalgame, fréquent depuis un quart de siècle, vise à mettre sur le même plan communisme et nazisme.

Depuis quarante ans, les films de série Z – œuvres à petit budget généralement de mauvaise qualité – proposent des scénarios extravagants qui exploitent jusqu’à l’absurde la paranoïa des temps de guerre froide, entretenant parfois la confusion entre nazisme et communisme. Ainsi, l’héroïne-nymphomane de la saga Ilsa se retrouve tour à tour gardienne de goulag et de camp de concentration.

A première vue, la France de François Hollande, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, le Venezuela de Nicolás Maduro et l’Union européenne ont peu en commun. Pourtant, en 2014, ils ont tous les quatre été affublés de l’adjectif « totalitaire » : la France parce que son ministre de l’intérieur a interdit les spectacles de Dieudonné Mbala Mbala, la Turquie en raison du blocage du réseau social Twitter, le Venezuela à cause de la répression de certaines manifes- tations et l’Union européenne car elle briderait la souveraineté des nations.

Le concept de totalitarisme a toujours eu un sens fluctuant. Il apparaît dans l’Italie du début des années 1920 sous la plume d’opposants au Duce, pour qualifier le régime fasciste. Mais Benito Mussolini récupère le mot et le charge d’une connotation positive. En 1925, il exalte la « farouche volonté totalitaire » unifiant le peuple italien : le totalitarisme, c’est la grandeur de l’Etat.

Au même moment, les adversaires de Joseph Staline utilisent ce concept pour décrire l’URSS. L’écrivain anarchiste Victor Serge, qui a soutenu la révolution de 1917, parle du régime soviétique comme d’un « Etat totalitaire, castocratique, absolu, grisé de puissance, pour lequel l’homme ne compte pas ». En août 1939, la signature du pacte germano-soviétique popularise, au Royaume-Uni et aux États-Unis, la thématique de l’alliance des totalitarismes.

Mais c’est surtout après la seconde guerre mondiale que la notion se charge d’un lourd poids idéologique : elle devient un mot d’ordre anticommuniste et sert à justifier le combat contre le bolchevisme. En 1944, dans La Route de la servitude, le théoricien ultralibéral Friedrich Hayek soutient que l’intervention de l’État produit inévitablement un contrôle des libertés individuelles, le refus du marché libre constituant ainsi la matrice de « l’avènement du totalitarisme ». Trois ans plus tard, le président des Etats-Unis Harry S. Truman renvoie lui aussi Hitler et Staline dos à dos : « Il n’y a aucune différence entre les Etats totalitaires », affirme-t-il en 1947.

Cette superposition discutable entre les expériences allemande et soviétique prend un caractère scientifique avec la publication des travaux de Hannah Arendt en 1951 puis de Carl Friedrich et Zbigniew Brzezinski. En 1956, ces deux chercheurs identifient six critères permettant d’identifier un régime totalitaire : un parti de masse dirigé par un chef charismatique, la banalisation de la terreur, la centralisation de l’économie, la mainmise des pouvoirs publics sur les moyens de communication, etc.

Parce qu’elle privilégie ce qui rapproche Hitler et Staline au détriment de ce qui les sépare, cette grille de lecture remporte un vif succès pendant la guerre froide. Loin de disparaître avec l’effondrement de l’URSS, elle connaît une seconde jeunesse au début des années 1990. En Allemagne, l’historien Ernst Nolte fait alors du nazisme une réponse extrême à la vague bolchevique ; en France, son homologue François Furet explique que le volonta- risme transformateur pousse à la limitation des libertés, à la violence et donc à la « mécanique totalitaire » : « Le bolchevisme stalinisé et le national-socialisme constituent les deux exemples des régimes totalitaires du XXe siècle, écrit-il dans Le Passé d’une illusion (1995). Non seulement ils sont comparables, mais ils forment en quelque sorte à eux deux une catégorie politique. »

Ce postulat ideologique a récemment pris corps dans les programmes scolaires : depuis 2011, il est demandé aux lycéens français d’étudier l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique dans un seul et même chapitre, baptisé « Le siècle des totalitarismes ». Une telle présentation efface les différences entre ces trois idéologies ; elle néglige la nature du nazisme, dont la quête d’un « espace vital » pour l’Allemagne implique une volonté raciste d’extermination des « sous-hommes » : Juifs, Tziganes, Slaves…

Devenu, selon les mots de l’historien Enzo Traverso, « outil de légitimation de l’Occident triom- phant », le concept de totalitarisme est aujourd’hui utilisé à tort et à travers, par les uns pour décrire les limitations des libertés, par les autres pour disqualifier les projets de transformation sociale. Aussi certains auteurs proposent-ils, à l’instar de Slavoj Žižek, de s’en débarrasser purement et simplement.

Benoît Bréville  Rédacteur en chef adjoint au Monde diplomatique.

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Commentaire: Un mot quand même pour dire que si le communisme « réel »  n’a pas été volontairement génocidaire (sauf le Cambodge) il a quand même dégoûté les masses de la planète du socialisme et du communisme. Si on peut se dire « anticapitaliste » , se définir
pour un régime « socialiste » ou « communiste » n’entraîne pas l’enthousiasme!

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20 mai 2017 ~ 0 Commentaire

accords (marianne)

the last selfie

Une brouille nationale mais quelques accords de terrain entre Insoumis et communistes

Si au niveau national, le PCF et la France Insoumise n’ont pas réussi à s’entendre, localement, les militants, dans des dizaines de circonscriptions, ont réussi, eux, à passer des accords.

Ils se sont tant aimés et se sont déchirés. Entre communistes et Insoumis, la rupture est consommée, les états-majors militants n’ayant pas réussi à s’entendre sur un accord national pour les élections législatives. Chacun se renvoyant à la figure des procès en intransigeance, matérialisant au passage la fulgurance de Jean-Paul Sartre : « L’enfer c’est les autres ».

Une bataille des législatives pourtant décisive, menée en ordre dispersé, qui diminue arithmétiquement les chances de la gauche alternative à faire élire des députés.

Mais sur le terrain, les forces militantes tentent de dépasser ces clivages pour nouer des accords. C’est le cas dans les Bouches-du-Rhône par exemple, où le conseil départemental du PCF a annoncé son retrait dans la 3e, la 4e, la 9e et la 16e circonscription, laissant le champ libre à Jean-Luc Mélenchon notamment. « Malgré l’absence d’accord national, que nous conti- nuons de proposer, en particulier à la France insoumise, nous avons décidé de retirer sans attendre quatre de nos candidats dans quatre circonscriptions pour faire la preuve que notre volonté ne se paye pas de mots« , expliquent les responsables communistes locaux dans un communiqué rapporté par le site Marsactu.fr

Nous avons décidé de retirer sans attendre quatre de nos candidats dans quatre circonscrip- tions pour faire la preuve que notre volonté ne se paye pas de mots Extrait d’un communiqué du PCF des Bouches-du-Rhônes

En Normandie, dans la 5e circonscription du Calvados, la députée sortante Isabelle Attard a su pacifier les âmes et rassembler derrière son nom le PCF, les Insoumis mais aussi EELV et le PS! Un exploit suffisamment rare pour être souligné.

En Ile-de-France également, les discussions ont porté leurs fruits. Sur la 11ème circonscription des Hauts-de-Seine qui recouvre les villes de Bagneux, Malakoff et Montrouge, communistes et Insoumis sont tombés d’accord pour former un binôme qui les représentera pour ne pas laisser « les pleins pouvoirs à Emmanuel Macron ».

Dans la 4ème circonscription du Loiret, le maire PCF de Chalette, se présentera lui avec le soutien de la France Insoumise et d’Ensemble. En 2012, il était déjà candidat du feu Front de Gauche. Même chose en Seine-Maritime où dans deux circonscriptions, la 6ème et la 3ème, France Insoumise et PCF partiront ensemble.

Mais pour constituer un groupe à l’Assemblée nationale, communistes et Insoumis devront faire élire au moins 15 députés. Or, malgré ces unions locales, dans des centaines de circonscriptions encore, les deux anciens alliés se retrouvent actuellement en compétition. De quoi hypothéquer fortement les chances d’avoir une représentation au Parlement malgré le très bon score de Jean-Luc Mélenchon au 1er tour de la présidentielle.

La politique a ses raisons que la raison n’a pas…

19 mai 2017

https://www.marianne.net/

Lire aussi:

Sondage législatives : la France insoumise progresse à 16% (Louis Harris)

Quel est le sens de la « division à gauche » ? (La Sociale)

Législatives : Mélenchon donné nettement en tête à Marseille (JDD)

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19 mai 2017 ~ 0 Commentaire

fi, pcf (npa)

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Législatives : Un contre tous, tous contre un !

La France Insoumise vient de lancer sa campagne législatives avec plusieurs objectifs : obtenir une majorité pour imposer une cohabitation à Macron, écraser le PS et… son ex-allié le PCF.

La France insoumise (FI) a réuni samedi 13 mai à Villejuif ses candidatEs, titulaires et suppléantEs, pour la deux­ième convention nationale du mouvement consacrée au lancement de la campagne des législatives. Selon La France insoumise, plus de 88 % ne sont pas élus, 63 % n’ont aucune carte de parti et la moyenne d’âge est de 41 ans. Parmi ces candidatEs, nous trouvons quelques « personnalités », des syndicalistes, des militants contre le nucléaire et des sportifs… mais aussi la garde rapprochée de Mélenchon.

Une majorité insoumise ?

L’objectif de cette campagne a été clairement énoncé par Mélenchon lors d’un discours d’une heure : « Nous sommes candidats partout avec un objectif : gouverner le pays, constituer une nouvelle majorité ». Si on en croit son démarrage, la campagne de La France insoumise se concentrera sur le nouveau président. Selon Mélenchon, Macron serait leur seul « interlo- cuteur » car « la plupart de nos concurrents ne servent à rien ».

En effet, pour Mélenchon et La France insoumise, les législatives représentent « le moment ou jamais » pour renverser la situation qui annonce, selon lui, une « violence sociale inouïe », ajoutant même de façon très paternaliste : « Il faut montrer qu’il faut que ce jeune homme soit tempéré dans ses folies par la main avisée d’un sage qui connaît de quel côté est le bonheur du peuple ». Le sage étant Mélenchon lui-même bien évidemment…

Pour défendre la future cohabitation dont il serait le Premier ministre, Mélenchon s’appuie sur une prétendue « cohabitation fructueuse », celle entre 1997 et 2002 entre Chirac et Jospin. En effet, pour Mélenchon, ce fut « un des moments les plus positifs de la vie de l’économie française » avec des créations d’emplois records dus aux 35 heures et des comptes sociaux dans le vert. C’était en effet une période faste… pour Mélenchon qui, de 2000 à 2002 fut ministre délégué à l’Enseignement professionnel dans un gouvernement qui, entre autres, privatisa plus que la droite. Et tout cela fut soldé avec l’extrême droite au second tour de la présidentielle. Chacun son bilan.

Opposition à Macron et liquidation du PS

En se positionnant comme possible « premier ministrable » dans une improbable majorité insoumise, Mélenchon se positionne en fait, comme le leader à gauche de l’opposition à Macron. Et c’est bien pour cela qu’à la suite de la nomination d’Édouard Philippe comme Premier ministre, il a déclaré : « La droite vient d’être annexée. Le Parti socialiste a été déjà absorbé puisque ses élus et ses candidats par dizaines ont demandé l’investiture de Macron et nombre d’entre eux attendent d’être élus pour le rejoindre. Enfin, les électeurs du Front natio- nal, après que ce parti a rempli le rôle d’épouvantail qui était attendu de lui, sont abandonnés, leurs chefs ont tous déserté. Il ne reste qu’une force cohérente, unie autour d’un programme, c’est La France insoumise ».

C’est aussi pour cela qu’il se présente contre un candidat PS à Marseille, tout comme l’ensemble de sa garde rapprochée, car désormais l’objectif n’est plus d’« affaiblir le PS » mais de « le remplacer ». Entre lui et Macron, plus rien ne doit rester après le 18 juin. Et surtout par le PS et ces « crevards » qui ont sollicité l’investiture d’En marche ! et qui « nous ont trahi pendant cinq ans »

Du passé faisons table rase…

Mais le PS n’est pas sa seule cible : Mélenchon vise également la disparition du PCF en tant que parti indépendant. Misant sur la dynamique de sa campagne présidentielle, il entend impo- ser à tous les candidats investis par La France insoumise de signer une charte dans laquelle ils s’engagent à dépendre de son association de financement et à accepter une discipline de vote dans le futur groupe parlementaire.

Au niveau national, le PCF a refusé ces conditions qui équivaudraient sans aucun doute à un suicide organisationnel… Mais certains dirigeants du PCF sont individuellement prêts à l’accepter, comme c’est le cas de Stéphane Peu, candidat dans la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, ou de Robert Injey, candidat dans la 1re circonscription des Alpes-Maritimes.

À la veille de la fin du dépôt des candidatures, les négociations ayant échoué, le PCF et La France insoumise présenteront des candidats concurrents dans la plupart des circonscrip- tions.  Les uns et les autres se renvoient la responsabilité de la division qui risque de priver le PCF de ses derniers députés et La France insoumise du groupe parlementaire espéré.

L’unité n’est plus un combat, c’est une véritable guerre !

L’Anticapitaliste hebdo  18/05/2017 Sandra Demarcq

http://www.anti-k.org/

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19 mai 2017 ~ 0 Commentaire

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Brésil : le président Temer refuse de démissionner et plaide son innocence

Malgré les soupçons d’obstruction à la justice, le chef de l’Etat assure qu’il n’a « rien à cacher ». Les pressions pour qu’il renonce se multiplient.

Pugnace, déterminé, un brin rageur, le président brésilien Michel Temer a affirmé, jeudi 18 mai, à 16 heures, heure de Brasilia, à « la presse » et « au Brésil », qu’il ne démissionnerait pas. « Je ne démissionnerai pas. Je répète, je ne démissionnerai pas », a-t-il martelé, comme pour mieux s’en convaincre.

Moins de vingt-quatre heures après le séisme provoqué par les révélations compromettantes de la télévision, du journal et du site d’information de Globo, groupe de médias le plus puissant du pays, le chef d’Etat s’accroche, plaidant son innocence. « Je n’ai acheté le silence de personne, je n’ai rien à cacher », a-t-il dit, défendant les réformes structurelles qu’il comptait mettre en place pour redresser un pays moribond : « On ne peut mettre dans la poubelle de l’histoire tant de travail. » Quelques heures avant sa prise de parole, l’ex-président Fernando Henrique Cardoso (1995-2003), figure respectée dans le pays, appelait pourtant son successeur à renoncer à son titre au nom de la « moralité ».

« Cadavre politique »

En fonctions depuis mai 2016, à la suite de l’enclenchement d’une procédure de destitution visant la présidente de gauche, Dilma Rousseff, dont il était le vice-président, Michel Temer a été confondu par des écoutes que posséderait Globo. On l’entendrait avaliser le versement d’argent sale, par un député de son parti, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre), afin de faire taire Eduardo Cunha (PMDB), l’ancien président de la Chambre des députés, condamné à quinze ans de prison en mars pour corruption et blanchiment d’ar- gent. «Tem que manter isso, viu?» («il faut garder ça, ok ? »), aurait-il glissé au député véreux.

Le scoop de Globo démolit également la réputation d’Aecio Neves, sénateur et chef du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, historiquement centre gauche, devenu centre droit) récipiendaire d’une mallette de 2 millions de reais (530 000 euros). Désormais qualifié de «cadavre politique», par le site de la revue Piaui, Aecio Neves, candidat malheureux à la présidentielle de 2014, a été démis de sa fonction de chef du PSDB et suspendu de ses fonctions de sénateur par la Cour suprême.

La même Cour suprême a ouvert, jeudi, une enquête contre le président de la République. Une investigation qui, selon le chef d’Etat, doit être menée avec dextérité pour laver son honneur. Mais les preuves semblent chaque minute plus accablantes. Jeudi, le site Globo égrenait des images de caméra cachée de la police fédérale témoignant de l’échange de valises de billets en coupures de 100 ou 50 reais dans des sous-sols de parkings…

Menacé de perdre son dernier soutien

De l’aveu même de Michel Temer, ces révélations ont fait ressurgir le « fantôme de la crise politique au Brésil dont la dimension est encore inconnue ». Une période trouble rappelant les mois qui ont suivi le déclenchement de la procédure de destitution de Dilma Rousseff. Le même affolement a saisi les marchés financiers, faisant chuter la Bourse et la devise brésilienne.

La ténacité de M. Temer effraye une partie du pays. « Plus il restera à son poste, plus grave sera la crise économique et politique du pays », s’est notamment désolé le député Alessandro Molon, du parti vert REDE, auteur de l’une des demandes d’impeachment déposée contre Michel Temer (destitution également exigée par des députés du PSDB).

Impopulaire, maintes fois éclaboussé par « Lava Jato » (lavage express), opération judiciaire qui a mis au jour le plus grand scandale de corruption de l’histoire du pays, le président est désormais menacé de perdre son dernier soutien, celui du Congrès. Le PSDB a laissé enten- dre qu’il romprait l’alliance avec le PMDB, appelant à la convocation d’élections, comme le prévoit la Constitution en cas de départ anticipé d’un chef d’Etat à moins de deux ans de la fin de son mandat. Un tel scénario ferait de Michel Temer un président impotent. Et en sursis.

Ajoutant au sentiment de débâcle, le ministre de la culture, Roberto Freire, et celui de la défen- se, Raul Jungmann, du Parti populaire socialiste (PPS, gauche), ont annoncé leur démission, froissés par le discours jusqu’au-boutiste de M. Temer. « Michel Temer personnifie la médio- crité de la politique brésilienne », commente le politologue Mathias de Alencastro. Jeudi soir, le chef d’Etat semblait aussi incarner le crépuscule de la vieille élite de Brasilia, emportée par « Lava Jato ».

 Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)

 http://www.lemonde.fr/

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