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19 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Taxer les riches? (Basta)

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La gauche souhaite taxer les riches : mais qui sera considéré comme « riche » ?

La France compte 7% de riches, selon les critères définis par l’Observatoire des inégalités. Les revenus du patrimoine augmentent mais les bas salaires stagnent. Une inégalité face à l’impôt à laquelle souhaite s’attaquer la coalition de gauche.

En France, il existe un seuil de pauvreté, mais pas de seuil de richesse. C’est cette discussion qu’a souhaité ouvrir l’Observatoire des inégalités avec la publication de son troisième Rapport sur les riches en France début juin. « Ce qui nous interroge, c’est la récurrence du discours “Les riches, c’est les autres”, notamment quand on se situe à gauche de l’échiquier politique. Il faut qu’on ait un débat très large sur les revenus. Qui doit faire quel effort pour quelle forme de solidarité ? », interroge le directeur de l’Observatoire, Louis Morin.

Une question qui prend tout son sens alors que la nouvelle coalition qui réunit toute la gauche, le « Nouveau Front populaire », ambitionne de réformer la fiscalité et d’y introduire davantage de justice, donc de progressivité de l’impôt. A quel niveau de revenus devra-t-on contribuer davantage à la solidarité nationale et au financement des services publics ? L’ensemble des classes dites moyennes paieront-elles plus d’impôts ou les hausses seront-elles limitées aux très riches ? Et qui sera donc considéré comme très riche. En pleine campagne électorale, ce sujet est crucial.

Des cadres supérieurs majoritairement masculins

À l’instar de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) et du gouvernement allemand, l’association fixe un seuil de richesse au double du niveau de vie médian, le montant qui sépare la population en deux – la moitié de la population gagne plus, l’autre moitié gagne moins. Ce revenu médian disponible est actuellement de 1930 euros mensuels.

Est ainsi considérée comme riche toute personne touchant le double de ce revenu, soit plus de 3860 euros nets par mois (après impôts), plus de 5790 euros par mois pour un couple, ou encore plus de 9650 euros pour une famille avec deux enfants de moins de 14 ans.

En utilisant ce seuil, on compte 4,7 millions de riches en France. Cela représente 7,4% de la population. « 93% des Français·es gagnent donc moins », note Anne Brunner, directrice des études à l’Observatoire des inégalités.

Ces riches sont principalement des cadres supérieurs, du privé et du public. Un quart de ces cadres sont riches. « On ne trouve quasiment pas de riches parmi les ouvriers », souligne la directrice des études. Ces riches sont aussi majoritairement des hommes, ces derniers étant plus nombreux que les femmes parmi les hauts et très hauts salaires.

La part des riches dans la population augmente aussi avec l’âge. Les riches représentent seulement 1% des ménages de moins de 30 ans, contre 15% des ménages entre 60 et 64 ans. Enfin, ce sont majoritairement des Parisiens, mais pas que. Si les riches sont principalement concentrés en région parisienne, dans quelques arrondissements de l’Ouest parisien et à Neuilly-sur-Seine, on les retrouve également dans plusieurs communes proches de la frontière suisse.

Moins de riches mais encore plus riches

Le rapport offre également un aperçu détaillé de leurs conditions de vie. Il relève que leur situation leur permet de mieux maîtriser l’espace et de se déplacer comme ils le souhaitent : 97% des Français·es gagnant plus de 2500 euros nets par mois partent ainsi en vacances. Les riches peuvent aussi davantage maîtriser leur temps. 40% des ménages situés dans les 10% les plus riches ont recours à des services à la personne, contre 6% des 10% aux revenus les plus faibles. « Au travail comme à la maison, ce sont donc des personnes qui ont un rôle important de décision, un rôle de contrôle », remarque Anne Brunner.

« Être riche, où qu’on habite, c’est aussi vivre dans plus grand », ajoute Louis Morin. En plus de pouvoir choisir leur cadre de vie, les riches disposent en moyenne de 50% de surface en plus que les personnes non riches, aussi bien dans les communes rurales qu’urbaines. Par ailleurs, 87% des personnes riches sont propriétaires de leur logement, contre 58% des autres ménages. Deux tiers d’entre elles possèdent également un autre bien immobilier en plus de leur résidence principale, contre 22% des autres ménages : une résidence secondaire, un logement mis en location, un terrain, une place de parking…

En dix ans, le nombre de « riches » a baissé. Entre 2011 et 2021, date des données les plus récentes publiées par l’Insee sur les niveaux de vie en France, on en compte 800 000 en moins. Mais ceux qui demeurent riches s’enrichissent davantage. Cette progression est majoritairement portée par le sommet de l’échelle des revenus : au début des années 1980, les 1% les plus riches captaient 7,7% de l’ensemble des revenus, contre 12,8% aujourd’hui, selon le World Inequality Database.

Rétablir l’ISF

« Depuis un certain nombre d’années, les inégalités salariales augmentent », relève Louis Maurin. Les revenus du patrimoine, beaucoup plus volatiles, ont progressé beaucoup plus rapidement que les prix. « L’inflation met en jeu des rapports de force importants, au profit des catégories les plus aisées », note le directeur de l’Observatoire des inégalités. « Les plus aisés bénéficient également d’une fiscalité particulièrement avantageuse depuis 2017 », poursuit-il, prenant comme exemple la suppression de l’impôt sur la fortune en 2018.

Le Nouveau Front populaire, alliance de la gauche pour les législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet, promet dans son programme commun publié le 14 juin de rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune ; d’instaurer 14 tranches d’imposition au lieu de cinq actuellement – une faible progressivité favorisant les plus riches aux dépens des classes populaires et moyennes davantage taxées en comparaison de leurs revenus ; et de supprimer le plafond d’imposition dont profite les plus riches (et qui bloque la progressivité de l’impôt). L’alliance des gauche promet également d’augmenter le Smic. Ce dernier serait porté à 1600 euros net. Ce qui ne rendrait pas les riches moins riches, mais les pauvres un peu moins pauvres.

Daphné Brionne 19 juin 2024

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17 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Fougères (Actu BZH)

Second tour. Serré comme jamais Thierry Benoit (UDI) et Nolwenn Vahé (LREM). - Nolwenn Vahe-154 (3)
Nolwenn Vahé était arrivée au second tour des élections législatives de 2017, auxquelles elle se présentait sous la bannière du parti présidentiel, En Marche, dans la 6e circonscription d’Ille-et-Vilaine (Fougères). ©LE GUENNEC Gwen – Manuel Rodriguez

Ille-et-Vilaine : ancienne candidate macroniste, elle soutient le Nouveau Front populaire

Nolwenn Vahé, qui se présentait pour En Marche aux Législatives de 2017, appelle à voter pour le Nouveau Front populaire dans la 6e circonscription d’Ille-et-Vilaine (Fougères).

Nolwenn Vahé soutenait Emmanuel Macron en 2017. Elle avait même candidaté sous la bannière de son parti, En Marche, lors des élections législatives de cette année-là, dans la 6e circonscription d’Ille-et-Vilaine (Fougères).

Elle avait alors atteint le second tour, mais avait échoué (42 %) face à Thierry Benoît, qui était à ce moment-là le candidat de l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants). Ce dernier, réélu en 2022 et député sortant, a désormais rallié la majorité présidentielle et se présente sous l’étiquette Horizons aux élections législatives anticipées du 30 juin et 7 juillet.

« La meilleure et seule solution »

Dans ce cadre, Nolwenn Vahé a changé de positionnement politique et se dit « très inquiète par les conséquences possibles de cette dissolution ». Elle craint « l’élection d’une majorité Rassemblement National [qui] serait dramatique pour notre pays ».

Pour cette raison, elle « considère que la meilleure et la seule solution pour redonner espoir à nos concitoyens et du souffle à la démocratie française, pour rétablir plus justice sociale, est de voter pour le Nouveau Front Populaire, alliance des partis de gauche » et « appelle donc à voter Elsa Lafaye, les 30 juin et 7 juillet ».

Rémi Charrondière 17 juin 2024

https://actu.fr/bretagne/

Elsa Lafaye, 20000 maires pour Fougères.
Elsa Lafaye, élue dans l’opposition au conseil municipal de Fougères, est la candidate du Front populaire. ©Archives La Chronique Républicaine

Législatives 2024 : on connait la candidate du Front populaire dans le pays de Fougères

Le Front populaire a choisi Elsa Lafaye pour affronter Thierry Benoit et Tangi Marion dans la 6e circonscription d’Ille-et-Vilaine.

Fin du suspense. Elsa Lafaye (39 ans) est la candidate du Front populaire dans la 6e circonscription d’Ille-et-Vilaine, celle de Fougères.

Une femme de rassemblements

Elue au conseil municipal sous l’étiquette 20 000 maires pour Fougères, encartée au Parti communiste français, elle va donc mener la bataille de la gauche unie lors des Législatives anticipées face à Thierry Benoit (Horizons) et Tangi Marion (RN).

Localement, on a tous été dans l’attente. On a laissé les faire appareils pour se mettre, ensuite, au service d’un rassemblement qui va du PS au NPA et d’un programme commun inédit. Je suis fière qu’on ait pu mettre nos petites querelles de côté entre les différents partis de gauche pour s’unir face au danger, à un moment capital.

Professeure d’Histoire-Géographie au lycée Jean-Guéhenno depuis dix ans, Elsa Lafaye entend se mettre « au service des déçus du peuple de gauche et les déçus du macronisme » en espérant les mener « vers des jours meilleurs. »

Native du Finistère, installée à Fougères depuis onze ans, elle s’est déjà présentée à plusieurs élections. La plupart du temps, sur des listes de rassemblement : avec les communistes aux côtés de Louis Feuvrier lors des municipales 2014 ; pour le Front de gauche aux Départementales de 2015 ; au sein de 20000 maires pour Fougères (alliance de gauche et écologistes) aux dernières municipales. « J’ai toujours prôné le rassemblement, parfois même en étant en désaccord avec mon propre parti », prolonge Elsa Lafaye.

Retraites, santé, éduction climat et sécurité

Si le programme du Front populaire n’est pas encore complètement connu, « mais sa conception n’a posé aucune difficulté », la candidate fougeraise affiche déjà ses principaux axes de bataille.

Primo, la retraite à 60 ans, « un sujet sur lequel Thierry Benoit a reculé ». Derrière, la santé et l’éducation qui ont souffert de « déconstruction sous Macron ».

Enfin, elle va mettre le climat, « un enjeu essentiel » en avant puis la sécurité « sociale et pour tous »  « liant à la prévention sans quoi rien ne fonctionne ».

Sa suppléante se nomme Gaëlle Mestries. Elle est conseillère départementale et élue à Melesse. Des réunions publiques vont être organisées.

Manuel Rodriguez 13 juin 2024

https://actu.fr/bretagne/fougeres

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16 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Philippe POUTOU (NPA)

Crédit Photo  Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas

Pour combattre l’extrême droite, Philippe Poutou, candidat du Front Populaire dans l’Aude

Le NPA-L’Anticapitaliste prend toute sa place dans le combat du Front populaire contre l’extrême droite et contre Macron qui lui ouvre la voie. Dans tous les quartiers, les entreprises et les lieux d’études, nous construisons des comités afin de réunir dans la rue et dans les urnes toutes les énergies et les volontés de battre le RN et ses alliés, ainsi que les derniers amis de Macron.

Partout où il est présent, le NPA participera à la campagne pour faire gagner les candidatures du Front Populaire.

Parmi ces candidatEs, Le Front Populaire a choisi d’investir nos camarades Philippe Poutou et Pauline Salingue en suppléante dans la première circonscription de l’Aude. Nous nous réjouissons par avance de cette campagne que nous construirons avec l’ensemble des militantEs des différentes composantes du Front Populaire.

Face à nous, le député sortant du Rassemblement national, Christophe Barthès, sexiste, raciste et climato-sceptique, est une parfaite incarnation de son parti d’extrême droite. De son côté, Renaissance apporte son soutien à l’ex-socialiste, ex-député, ex-maire de Carcassonne, Jean-Claude Pérez.

Face au projet de destruction sociale et de haine sexiste et LGBTIphobe, islamophobe et antisémite du RN, il y a urgence à s’unir pour reprendre l’offensive contre les politiques antisociales menées ces dernières années. Il faut se battre pour défendre la planète, nos retraites, nos salaires et nos droits, sans oublier nos solidarités internationalistes avec les peuples en lutte contre la colonisation.

Vendredi 14 juin 2024

https://npa-lanticapitaliste.org/

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16 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Gauche Révolutionnaire

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14 juin 2024 ~ 0 Commentaire

L’Unité ( NPA )

L'Unité ( NPA ) dans A gauche du PS GPvd74sXAAEi0_K

L’unité est un combat. Éditorial de la revue Contretemps

Lors de la soirée électorale, la surprise n’est pas venue des résultats, du moins en France. L’annonce de la dissolution de l’Assemblée Nationale a éclipsé en partie les dynamiques sorties des urnes de ces élections européennes. Dans une situation difficile pour la gauche de transformation sociale, cette annonce peut ajouter à la démoralisation, mais aussi à la colère, et sonner une alarme salutaire. Le temps n’est pas à se lamenter mais à nous organiser. Proposons quelques pistes d’analyse pour mieux reprendre l’initiative.

Prévisible, mais gigantesque, la première donnée du scrutin est bien évidemment l’abstention : la participation s’élève à peine à plus de 51% des inscrit‧es (en France comme dans l’UE en moyenne). Se gargariser d’un taux très légèrement supérieur à celui de 2019 conduirait à omettre une coordonnée centrale de la situation : la moitié de la population en droit de voter – en particulier parmi les jeunes et les classes populaires – a choisi de ne pas le faire. C’est là une dimension durable de la crise politique et un défi central pour les forces de gauche.

Autre donnée largement annoncée à l’avance, le score du Rassemblement National constitue tout de même un événement majeur. Le RN recueille plus de 31% des suffrages exprimés, soit 7,76 millions de voix (contre 23% et 5,2 millions en 2019). L’extrême-droite rassemble au total plus de 9 millions de voix, avec notamment l’apport de la liste de Marion Maréchal-Le Pen et Eric Zemmour (5,5%, 1,3 million). C’est considérable et, malgré une participation faible, non loin du nombre de suffrages obtenus lors du premier tour de la présidentielle de 2022.

De son côté le camp présidentiel enregistre un net recul : 14,6% et 3,6 millions de voix (22% et 5 millions en 2019). Les Républicains (LR) connaissent un tassement juste en-dessous de 1,8 million de voix (7,2%). Si on compare avec les élections de 2022 l’écart est bien évidemment encore plus grand. Pour autant, la Macronie figure bien en 2e position comme en 2019.

La gauche est dans une dynamique à peu près inverse de la droite au pouvoir, avec une relative progression générale (par rapport aux européennes de 2019 et même aux législatives de 2022, mais pas la présidentielle) et des dynamiques assez différentes selon les listes. Ce qui ressort au premier regard est le résultat de la liste du Parti Socialiste conduite par Raphaël Glucksmann, talonnant la liste macroniste avec 13,8% et 3,4 millions de voix. Cependant dans le même temps la liste arrivée 3e en 2019 (Europe Ecologie-Les Verts, EELV) s’effondre, et si l’on compte ensemble le score de ces deux composantes qui constituaient l’aile droite de la NUPES, sa hausse par rapport à 2019 est modérée (+300000 voix), et trois fois moindre que celle de la France Insoumise (LFI).

En effet la liste de Manon Aubry totalise cette fois près de 2,5 millions de voix et approche des 10% (soit 1 million de voix de plus qu’en 2019). La campagne Glucksman, grâce à sa surexposition médiatique en rapport inverse de la diabolisation de LFI par les forces dominantes, politiquement et médiatiquement, grâce également au vote utile pour la liste de gauche la mieux placée, a maintenu, voire fait revenir (pour cette fois au moins) une partie de l’électorat de gauche dans le giron du social-libéralisme auquel on doit d’avoir propulsé au pouvoir… Emmanuel Macron. Dans un tel contexte, le score de LFI, même s’il révèle des difficultés, confirme malgré tout des points forts.

Dans une situation électorale peu favorable pour son camp, qu’espère Emmanuel Macron avec son coup de poker de dimanche soir ? Le plan A : en espérant une division à gauche, mettre à nouveau l’électorat au pied du mur, c’est à dire face à la (fausse) alternative macronisme / lepénisme, en espérant que ce chantage fonctionne une fois encore en sa faveur dans de nombreuses circonscriptions. Pour continuer à exister, la Macronie doit continuer à effriter ses concurrents sur ses deux flancs (LR et centre gauche) avec cette fois des promesses de désistements en faveur de candidat‧es PS ou LR en cas de triangulaires avec le RN.

Si le pari était gagné, ce serait un sérieux revers pour le RN qui apparaîtrait au moins temporairement comme désavoué dans ses ambitions d’accès au pouvoir gouvernemental. Sans pour autant remettre en cause le statut de première opposition acquis par le RN, sur lequel Macron compte bien continuer à jouer. Le pouvoir macronien n’a cessé de porter des coups toujours plus durs à la gauche et au mouvement social, pour mieux servir les riches et le capital. Son ultime manœuvre s’inscrit dans le prolongement d’une violente politique anti-LFI, et par extension anti-NUPES, brutale à l’égard des mouvements sociaux et liberticide, une politique qui a atteint son paroxysme au cours de la période qui  a succédé au 7 octobre et pendant la campagne de ces élections européennes.

Au vu des rapports de forces électoraux, Macron et ses conseillers ont nécessairement envisagé sérieusement le plan B que constituerait la victoire triomphante du RN, c’est-à-dire l’obtention d’une majorité absolue (Le Monde rapporte que les projections des sondeurs sur lesquelles s’est fondée la décision de dissoudre en font une réelle possibilité). Dans cette hypothèse, Macron espère sans doute que quelques années de cohabitation avec un gouvernement d’extrême-droite donneraient à son camp l’occasion de se rétablir, notamment en vue de la présidentielle de 2027.

C’est l’une des premières sources de démoralisation ou/et de colère et de révolte face à son geste : Macron vient de franchir un nouveau seuil dans son jeu avec le feu du néofascisme. S’il parvenait au gouvernement, le bloc lepéniste disposerait de nombreux leviers pour mener une politique violente et ravageuse. Tout en demeurant au service des riches, cette politique donnerait toute licence aux secteurs les plus brutaux de la police (BAC et BRAV-M notamment), mettrait plus que jamais l’Etat au service d’un déchaînement islamophobe, raciste, patriarcal, et d’une politique de destruction de toutes les formes de solidarité et de l’environnement, en brisant les contre-pouvoirs (dans la société civile ou au sein de l’État).

Un danger d’autant plus grand que le RN pourrait bien alors constituer une option séduisante pour une durée plus longue (comme on l’observe avec l’extrême-droite dans d’autres pays), pour des classes dirigeantes en mal d’hégémonie. En prenant possession des moyens du pouvoir d’Etat, il pourrait mener une politique clientéliste et raciste à destination des classes populaires, réactivant et approfondissant les divisions pour renforcer la domination capitaliste. L’hypothèse d’un résultat électoral intermédiaire d’où pourrait surgir une majorité hybride entre la droite (LR) et l’extrême droite, terrible parachèvement de la longue normalisation du RN et de l’extrémisation de la droite traditionnelle, n’est pas plus rassurante.

Pour nous, il y a donc urgence.

Pour repartir à l’offensive et conjurer la catastrophe, il nous faut aussi connaître les points d’appui dont nous pouvons disposer dans la situation. Comme on l’a souligné, la campagne courageuse et radicale menée par LFI dans une grande adversité n’a pas subi la défaite cuisante espérée par ses adversaires (contrairement à deux campagnes ayant incarné la division de la NUPES : celles du PCF et d’EELV). C’est remarquable non seulement au vu de la politique maccarthyste anti-LFI, qui s’est accentuée dans cette campagne, mais aussi des résultats plus faibles obtenus par notre camp politique dans d’autres pays d’Europe (à l’exception de la Finlande, de la Belgique et de la Suède).

Au regard de l’abstention beaucoup plus forte aux européennes qu’aux présidentielles, personne ne peut croire aujourd’hui que le score de la liste Glucksmann change foncièrement la donne dans les rapports de forces au sein de la gauche, ce qui pousse manifestement le PS à négocier un accord pour les législatives. La dynamique électorale de la gauche de lutte a été limitée notamment par la défaite sociale de 2023 sur les retraites, qui continue de peser sur la situation, au profit du parti du désespoir, c’est-à-dire, comme toujours, de l’extrême-droite. Mais si les résultats indiquent que notre camp n’a pas perdu toutes ses forces, c’est aussi justement parce que nous nous sommes battu‧es l’année dernière et que nous pouvons nous mobiliser à nouveau.

Aujourd’hui cette mobilisation est d’abord celle du combat pour l’unité d’une gauche de transformation sociale, pour éviter les désastres électoraux annoncés. Mais quelle unité, comment, et pour quoi faire ?

Le temps manquerait pour arriver à un accord sur un programme très détaillé… Peut-être est-ce tant mieux, car une liste limitée mais offensive de propositions suffirait à donner à cette unité un contenu fort et mobilisateur dans la rue et dans les urnes. L’histoire en donne bien des exemples, du « pain, paix, terre » au cours de la Révolution russe au « pain, paix, liberté » du Front populaire en France en 1936.

Cette unité ne doit pas se ramener à une coalition de partis. Nous avons tou‧te·s un rôle à jouer dans la bataille à mener pour le meilleur accord possible à gauche, dans cette campagne législative qui s’ouvre et au-delà. Cette bataille n’est pas seulement électorale, elle ne saurait se conclure par la simple reconstitution d’un cartel d’organisations par en haut. Si cette campagne doit renforcer notre camp social et politique, elle devra reposer sur une dynamique militante. Dans le mouvement syndical et associatif, des initiatives sont déjà en train de se concrétiser, dans ce sens. Il faut les amplifier et les multiplier pour aller vers un grand front social et politique sur un programme de rupture : rupture avec les politiques néolibérales mais aussi avec les politiques racistes et productivistes.

L’unité est un combat. La division laisserait derrière elle un champ de ruines (bien au-delà du plan électoral) autour d’un nouveau face-à-face entre partisan‧es de Macron et de Le Pen. L’unité n’aurait pas de sens sans reposer sur un projet politique porteur de changement radical. Des mesures fortes qui reflètent les aspirations des classes populaires, des exploité‧es et des opprimé‧es, et qui les appelle à la mobilisation sans laquelle rien ne sera possible. Dans la situation actuelle, c’est difficile, mais sous la pression collective, ce scénario est possible. Combattons pour résoudre cette équation et reconstruire une gauche de masse sur des bases radicales.

À ce stade, la situation reste ouverte et particulièrement incertaine. Elle est très périlleuse : que Macron remporte son pari ou, pire, que le RN accède au gouvernement, nous allons au-devant de désastres. Les accords annoncés hier entre les partis de gauche mais aussi entre les syndicats donnent l’espoir que chacun prenne ses responsabilités, mais on voit également la droite du PS regroupée derrière Glucksmann tenter de saborder l’union, appuyé par une bonne partie des éditocrates. L’urgence est donc de garantir que la volonté affirmée de candidatures uniques se concrétise, autour d’une base politique de rupture avec le macronisme. Une autre voie est encore possible, et nous devons mener ce combat.

https://www.contretemps.eu

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12 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Edito ( NPA )

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Carhaix : Pour les urgences, colère et résistance sont toujours là

Devant le commissariat de Quimper, plusieurs fois par semaine, et ce depuis le 14 mai, le scénario est toujours le même. Venues de Carhaix en car ou déjà rassemblées sur place, entre 60 et 300 personnes arrivent sur place entonnant, au milieu des drapeaux de la CGT, de la CFDT, de Solidaires SUD santé, de l’UDB, du NPA ou du PCF, leur maintenant célèbre : « Carhaix, Carhaix, Résistance ! »

Le jeudi 13 juin n’aura pas failli au rendez-vous. Cette fois-ci, c’était pour soutenir Marie, Myriam et Patricia. Avec elles trois, cela fera 18 personnes dont 17 soignantEs qui ont été convoquées, sous le régime de la garde à vue, pour avoir réclamé le maintien des urgences de leur hôpital de Centre Bretagne. Elles sont soupçonnées de « séquestration et violence en réunion » après une action menée en septembre 2023 dans les locaux du siège départemental de l’Agence régionale de santé (ARS) à Quimper, alors que les manifestants se mobilisaient pour la réouverture 24 h/ 24 du service des urgences. Action qui, du reste, avait semblé porter ses fruits : le 27 octobre un protocole pour la réouverture des urgences était signé par l’ARS, le département et la préfecture.

Le protocole d’octobre 2023 resté lettre morte

Non seulement, le protocole est pour le moment resté lettre morte (un autre protocole signé en décembre avec les médecins urgentistes de Brest ayant pris le pas sur celui concernant Carhaix), mais les mêmes qui l’avaient signé sont à l’origine des plaintes qui visent les militantEs du service public.

Outre les nombreuses manifestations-rassemblement à Quimper, les défenseurs des urgences ont multiplié les actions. Ainsi, le 24 mai, à Carhaix, quelque 600 personnes ont participé à la soirée-débat sur l’avenir de l’hôpital organisée par le Comité de défense de l’hôpital de Carhaix. ÉluEs et citoyenNEs y ont rappelé leur détermination à voir les engagements du protocole signé avec l’ARS et le CHRU de Brest, dont dépend l’hôpital de Carhaix, respectés. Bien évidemment, il n’y avait pas de représentant de l’État ni de la direction de l’hôpital.

Médailles d’honneur de la ville

Parallèlement, le 8 juin, à Carhaix toujours, Christian Troadec, maire régionaliste de la ville, a remis aux dix premiers auditionnés la médaille d’honneur de la ville. Occasion pour l’élu, entre deux « Carhaix, Carhaix, Résistance ! » repris en chœur par l’assistance, d’exiger à nouveau « le retrait des plaintes immédiatement, ainsi que la réouverture des urgences. Il est inacceptable que la direction du CHRU continue ainsi à violer le protocole d’accord signé cet automne ! »

Manifestation le 13 juin

Pour sa part, le porte-parole du Comité de vigilance, notre camarade Matthieu Guillemot, qui avait été le premier des gardés à vue, l’a rappelé : « Notre lutte est juste, ils ne nous arrêteront pas ! » Il a appelé à manifester devant l’hôpital la Cavale blanche à Brest le jeudi 13 juin. Il s’agit une nouvelle fois « d’exprimer notre colère et d’arriver à imposer la réouverture des urgences de Carhaix, sept jours sur sept et 24 heures sur 24 ».

Le comité exige par ailleurs « l’arrêt de l’acharnement judiciaire dont sont victimes les défenseuses (elles sont 14 sur les 18) et défenseurs de l’hôpital de Carhaix » et entend réclamer « les démissions immédiates de Florence Favrel-Feuillade et de Julie Cholet, directrices des sites de Brest et Carhaix, pour leur totalitarisme et leur incompétence à trouver des solutions sanitaires vitales aux Centre-Bretons ». Cette manifestation était d’ailleurs appelée par l’ensemble des organisations syndicales CGT, CFDT, SUD, présentes depuis le début du conflit. Pour le mercredi 12, le syndicat SUD-Santé avait déposé un préavis de grève et appelé à soutenir les militants convoqués à Quimper. Le cri de ralliement des défenseurs des urgences n’a pas fini de résonner tant à Carhaix, Quimper ou Brest.

Correspondant Quimper

Hebdo L’Anticapitaliste

 

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12 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Etudes Marxistes (NPA)

Etudes Marxistes (NPA) dans A gauche du PS

Paris – Journées d’études marxistes

Les cercles « Nos Vies Leurs Profits  » est un centre d’études, de présentation et de discussions stratégiques. Une occasion de prolonger les moments de l’Université d’été du NPA durant l’année.

Les cercles organisent une Journée d’Études Marxistes le dimanche 16 juin de 9h00 à 13h30 sur le thème : « Les nouvelles stratégies révolutionnaires face aux nouvelles formes de fascisme » avec Christine Poupin, Olivier Besancenot, Basile Pot et Patrick Le Moal .

Plus de renseignements et inscriptions : journeesetudesmarxistes@…

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12 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Philippe POUTOU (Lille)

Philippe POUTOU (Lille) dans A gauche du PS poutou-lilleinsta

Lille – Apéro débat avec Philippe Poutou

Après l’élection, le roi est nu 

À peine la moitié des électeurs et des électrices ont voté lors de ces élections européennes du 9 juin, et pourtant, les résultats d’hier soir sonnent comme un coup de tonnerre. En France, le Rassemblement national fait un score historique, plaçant l’ensemble de l’extrême droite à près de 40% des suffrages exprimés autour de listes racistes, autoritaires et homophobes.

C’est le résultat de plusieurs décennies de politiques antisociales menées par différents gouvernements de droite comme de gauche. C’est aussi le résultat de la volonté du gouvernement Macron de légitimer le Rassemblement national, son « meilleur ennemi », tout en appliquant une partie de sa politique, pour transformer chaque élection en un duel entre le camp présidentiel et le RN. Mais ce chantage fonctionne de moins en moins car le rejet du gouvernement Macron est de plus en plus massif.

S’organiser et se mobiliser pour faire barrage à l’extrême droite

Avec l’annonce de la dissolution de l’assemblée, Macron prend le risque de mettre le RN au pouvoir. Si la bourgeoisie pourrait bien s’accommoder de ce bloc libéral-autoritaire, celui-ci constituerait le pire des scénarios pour notre camp social.

Nous avons donc une responsabilité historique à assumer. Il faudra s’organiser rapidement pour faire face à la menace de l’extrême droite et proposer une alternative.
La mobilisation à la base, dans toutes les villes du pays, est essentielle pour construire l’unité de la gauche politique, sociale et syndicale, autour d’un programme de rupture avec les politiques antisociales, écocides et réactionnaires.

Unitaire et révolutionnaire 

C’est dans ce cadre que le NPA Lille vous invite à participer à une réunion publique avec notre porte-parole Philippe Poutou ce jeudi 13 juin à 18h au Polder (Hellemmes – Lille) Métro Square Flandres. 

Ensemble, construisons une gauche de luttes capable de faire barrage à l’extrême droite et d’offrir, au-delà du résultat des urnes, une perspective de transformation de la société.

NPA L’anticapitaliste Lille Jeudi 13 juin 2024

https://npa-lanticapitaliste.org/

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12 juin 2024 ~ 0 Commentaire

Front Populaire (LVSL)

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Ouvriers métallurgistes en grève en 1936. © Domaine public, BNF

Front populaire : l’avenir d’une victoire

Après la dissolution de l’Assemblée nationale, la gauche française s’est réunie autour de la bannière Front Populaire, un nom qui renvoie à une histoire vieille de près d’un siècle, mais dont le souvenir est toujours resté vif. En mai 1936, face à la menace fasciste, cette alliance entre les socialistes (SFIO), les communistes (PCF) et les centristes du Parti radical, remporte les élections législatives. Le nouveau gouvernement de gauche, présidé par le socialiste Léon Blum, prend alors des mesures sociales sans précédent et très vite effectives. Pourtant, ces avancées déterminantes ne sont pas le fruit d’une simple victoire électorale : revenir sur la période permet de mieux comprendre la nécessaire articulation entre un pouvoir politique volontariste et un puissant mouvement social pour le soutenir, voire pour l’obliger.

Dans l’histoire politique française, le Front populaire est inscrit au Panthéon des gauches. Depuis des décennies, la gauche, a fortiori quand elle est unie, invoque le totem sacré de 1936 en période électorale pour inciter à la mobilisation. L’idée est qu’en la portant au pouvoir, d’importantes réformes sociales suivront. Après tout, les deux semaines de congés payés, la semaine de 40 heures et l’instauration des conventions collectives, permises par le gouvernement Blum juste après sa prise en fonctions, sont autant de preuves que confier les manettes politiques à la gauche porte ses fruits.

À la suite de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, le député insoumis François Ruffin a ainsi immédiatement appelé la gauche à se réunir autour de la bannière « Front populaire » suivi dans les 24 heures par les quatre principaux partis de gauche (insoumis, écologistes, communistes et socialistes). En mai 2022, quelques jours après la formation de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES), le communiste Fabien Roussel se permettait déjà le parallèle : « Le Front populaire, c’était de grandes avancées sociales. On est aujourd’hui à un tournant aussi historique que celui-là. » Remontons plus loin. Quelques mois après la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives de 1997, la ministre du Travail Martine Aubry défend la semaine de 35 heures en se revendiquant des idées de Blum. En mai 1981, dans son discours d’investiture à la présidence de la République, François Mitterrand se réfère également l’héritage du Front populaire. Tout nouveau Premier ministre, Pierre Mauroy reprend quant à lui un slogan de 1936 : « Vive la vie ! ».

Pourtant, ce « mythe » proprement politique simplifie à outrance ce qu’a été le Front populaire : au-delà d’un accord électoral entre partis de gauche, il s’agit d’une véritable expérience culturelle et sociale, bien que de courte durée. Un simple coup d’œil au programme de campagne suffit à s’en convaincre : publié en janvier 1936, celui-ci ne contient pas les mesures phares plus tard retenues dans l’imaginaire collectif.

La « réduction de la semaine de travail sans réduction du salaire hebdomadaire » est certes mentionnée, mais sans avancer de chiffre concret (le temps de travail s’élève alors à 48 heures par semaine) ; quant aux conventions collectives et aux congés payés, ils ne figurent tout bonnement pas dans le programme. Dès lors, difficile de lire dans la séquence 1936 un enchaînement logique et purement politique : les mesures effectives à l’été ne sauraient être le simple produit de la victoire électorale du printemps sur la base du programme publié à l’hiver. En fait, celles-ci ont surtout été arrachées par un mouvement de grèves sans précédent.

« La grève, la grève, partout la grève » (Jacques Prévert)

Retraçons le fil des événements au cœur du printemps 1936. Le 3 mai, les résultats du second tour des élections législatives actent la victoire du Front populaire, avec 386 sièges sur les 608 que compte alors l’Assemblée nationale. Respectueux de la tradition républicaine, Blum attend encore un mois avant de s’installer à Matignon, résidence du président du Conseil. Mais les 11 et 13 mai, deux grèves éclatent au Havre et à Toulouse dans le secteur de l’industrie aéronautique, en réaction aux licenciements d’ouvriers grévistes le 1er mai. Victorieuses, les grèves s’étendent alors dans le même secteur ainsi qu’au sein des usines automobiles de la région parisienne à la fin du mois de mai. Le 28, c’est au tour des 30.000 ouvriers et ouvrières de Renault de rejoindre le mouvement.

Fait notable et inédit à cette échelle, les grévistes ne se contentent pas de cesser le travail, mais occupent les usines. Si les grèves semblent progressivement s’apaiser, le mouvement reprend de plus belle à partir du 2 juin et gagne la province, notamment par le biais de la presse, qui se fait le relais des événements. Partout, dans une ambiance festive, des entreprises des plus diverses sont occupées, du commerce aux banques en passant par la restauration et la culture. On compte alors 12.000 grèves, dont 9.000 avec occupation, entraînant environ 2 millions de personnes.

La victoire acquise, le mouvement social ne s’éteint pas : à la différence de la plupart des mouvements de grève, il ne s’agit pas de s’opposer à un gouvernement hostile, mais de pousser, voire d’anticiper l’action de ce nouveau pouvoir dont on attend beaucoup.

Comment expliquer cette explosion sociale ? Indéniablement, aucune force politique ou syndicale ne l’a pleinement anticipée. Le 16 juin, le secrétaire général de la CGT Léon Jouhaux admet devant le Comité confédéral national du syndicat que « le mouvement s’est déclenché sans que l’on sût exactement comment et où ». Spontanées, les grèves et occupations de mai-juin 1936 ne débarquent toutefois pas de nulle part.

Elles s’inscrivent dans une articulation entre les urnes et la rue, matrice du Front populaire depuis deux ans : le 6 février 1934, la manifestation antiparlementaire de groupes de droite et d’extrême droite devant la Chambre des députés fait craindre à la gauche une menace fasciste imminente. De vastes manifestations unitaires rassemblant des milliers de personnes sont alors organisées en réponse un peu partout en France. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le rapprochement entre forces de gauche aux élections municipales de 1935 puis aux législatives de 1936. Au cœur de la campagne, les manifestations antifascistes et populaires interpellent l’opinion et propulsent le Front populaire au pouvoir. La victoire acquise, le mouvement social ne s’éteint pas : à la différence de la plupart des mouvements de grève, il ne s’agit pas de s’opposer à un gouvernement hostile, mais de pousser ,voire d’anticiper l’action de ce nouveau pouvoir dont on attend beaucoup.

Le double rejet du taylorisme et du paternalisme

S’inscrivant positivement dans la culture du Front populaire, l’explosion sociale du printemps 1936 exprime aussi deux rejets massifs, comme l’explique l’historien Antoine Prost dans son ouvrage Autour du Front populaire (2006). Rejet d’abord de la surexploitation des travailleurs et des travailleuses, rendue possible par la taylorisation et généralisée par la crise économique qui frappe la France depuis 1931. Théorisé et mis en pratique aux États-Unis au début du siècle, le taylorisme est un mode d’organisation du travail reposant sur une double division, à la fois verticale (entre tâches de conception et d’exécution) et horizontale (la production est décomposée entre les ouvriers pour réaliser les tâches les plus simples possibles).

Cette « organisation scientifique du travail » doit alors permettre une augmentation des gains de productivité. Après 1918, le taylorisme se répand progressivement dans les usines françaises, notamment dans l’automobile ou la réparation ferroviaire, mais sans s’accompagner d’une politique salariale fordiste accommodante. En outre, la grande division des tâches contribue à l’aliénation des travailleurs et travailleuses, soumis à des gestes répétitifs, dont l’utilité leur apparaît moins clairement que quand il intervenaient sur plusieurs étapes de production à la fois. Quand survient la crise économique, la rationalisation est alors utilisée pour intensifier les cadences tout en compressant les salaires et en maintenant les ouvriers et les ouvrières les moins efficaces sous la pression du chômage. En affirmant avec force le rejet de cette cadence inhumaine, les grèves constituent alors un moment de dignité retrouvée, comme l’écrit la philosophe Simone Weil dans le journal La Révolution prolétarienne le 10 juin :

« Il s’agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d’oser enfin se redresser. Se tenir debout. Prendre la parole à son tour. Se sentir des hommes, pendant quelques jours. Indépendamment des revendications, cette grève est en elle-même une joie. Une joie pure. Une joie sans mélange. Oui, une joie. […] Joie d’entendre, au lieu du fracas impitoyable des machines, symbole si frappant de la dure nécessité sous laquelle on pliait, de la musique, des chants et des rires ».

Dès lors, pour échapper à la contrainte des cadences et à l’arbitraire des chefs qui les imposent, la question temporelle s’impose au cœur des revendications ouvrières : d’abord la semaine de 40 heures, réclamée par la CGT depuis le début des années 1930. Les congés payés s’inscrivent dans la même perspective : il s’agit cette fois-ci d’une initiative personnelle de Blum et non d’une revendication des grévistes. Reste qu’avec la semaine de 40 heures, les congés payés répondent à la surexploitation à l’œuvre depuis des années et donnent réalité et consistance au temps privé des salariés.

Les occupations d’usines prenant la forme d’une grande fête antipatronale, elles expriment un refus de ce lien personnel, affirment que le patron n’est pas chez lui dans l’usine comme il est chez lui dans sa maison avec sa famille.

De la même manière, la nécessité des conventions collectives émerge des grèves du printemps 1936 en ce qu’elles remettent en cause le pouvoir patronal tel qu’il était conçu et pratiqué jusqu’alors. Comme l’explique Antoine Prost, si la propriété en est le fondement, cela signifie que la domination exercée par le patron dans ce qu’il appelle sa « maison » est également d’ordre privé, impliquant de la part des salariés une obéissance et une forme de reconnaissance. Les occupations d’usines prenant la forme d’une grande fête antipatronale, elles expriment un refus de ce lien personnel, affirment que le patron n’est pas chez lui dans l’usine comme il est chez lui dans sa maison avec sa famille.

Au fond, le printemps 1936 acte une délégitimation profonde du paternalisme en vigueur depuis la fin du XIXe siècle. De cette rupture viennent les conventions collectives : les ouvrières et les ouvriers refusant de s’engager pour autre chose qu’un travail et un salaire déterminés à l’avance, le contrat de travail doit être d’ordre public : il ne peut être discuté personnellement entre chaque salarié et son employeur, mais doit être clairement établi à l’issue de négociations entre syndicats et patronat. La loi sur les conventions collectives, dont le rapporteur est Ambroise Croizat, député communiste dirigeant la puissante Fédération des Métaux de la CGT, (et futur ministre communiste créateur de la Sécurité sociale après-guerre) remplace le lien personnel de subordination par un lien fonctionnel de production. Le pouvoir patronal est désormais encadré, ne laissant par exemple plus le droit à l’employeur de déterminer et de modifier les salaires selon son seul bon vouloir.

Quand le patronat craignait une révolution bolchevique en France

Si ces trois mesures sociales déterminantes émergent des grèves, encore faut-il que le nouveau gouvernement et surtout le patronat y consentent. Or, au début du mois de juin, ce dernier est pris d’effroi par les événements : avec ces entreprises occupées partout, le droit de propriété ouvertement bafoué et ce nouveau gouvernement soutenu par les 72 députés communistes tout juste élus, le bolchévisme semble aux portes du pays. Certes, à gauche, la perspective révolutionnaire n’est sérieusement envisagée que par une minorité.

Dans un article publié dans Le Populaire le 27 mai, Marceau Pivert, représentant de l’aile gauche de la SFIO, incite Blum à s’appuyer sur le mouvement pour instaurer un vrai pouvoir socialiste dans le pays, clamant que « tout est possible maintenant ».

Réfugié en France, Léon Trotski assure de son côté le 9 juin que « la révolution française a commencé » : « “Les soviets partout ?“ D’accord. Mais il est temps de passer de la parole aux actes. » Reste que la majorité des grévistes, non syndiqués, envisagent surtout leur action comme temporaire, une sorte de parenthèse joyeuse propre à exprimer un idéal plus qu’à le conquérir. Les partis et syndicats, PCF compris, souhaitent quant à eux apaiser les grèves. Mais au fond, peu importe : bien qu’il ne soit pas de nature révolutionnaire, le mouvement exerce de fait une pression considérable sur le patronat. La presse bourgeoise s’en fait l’écho. Le 6 juin, Le Temps écrit :

« Devant cette grève qui se généralise, devant ces violations énormes, inouïes, de l’ordre et des libertés publiques les plus élémentaires, le président du conseil, le chef du gouvernement légal, a-t-il parlé au nom du pays tout entier, au nom du droit républicain ? S’est-il élevé contre cette dictature occulte qui pèse sur la nation ? […] Son gouvernement n’est qu’une simple délégation de cette force aveugle, dont les Chambres ne seraient qu’un instrument pour une simple législation de faits accomplis ailleurs. Mais il faut alors le dire, il faut proclamer que le gouvernement prend un caractère dictatorial et que c’en est fini du régime républicain ! »

C’est donc dans ce contexte brûlant que les représentants patronaux, réunis au sein de la Confédération générale de la production française (CGPF), sollicitent le gouvernement encore en formation pour trouver une sortie de crise. Une première négociation a lieu dans la nuit du 4 au 5 juin. En médiateur, Blum constate que le patronat est prêt à céder sans faire de l’évacuation des usines un préalable. C’est ainsi que lors de son investiture le 6 juin, Blum promet la mise en place rapide des 40 heures, des congés payés et des conventions collectives. Le lendemain dès 15 heures, les négociations s’engagent à Matignon entre la CGPF, la CGT et l’État, marquant une première dans l’histoire politique française. Le 8 au petit matin, les accords sont officialisés : le patronat accepte une augmentation des salaires et « l’établissement immédiat de contrats collectifs de travail », définis dans une loi votée quelques jours plus tard. Ne figurent pas dans le texte les 40 heures et les congés payés, qui ne sont en fait pas discutés : ces mesures relevant uniquement de la loi, les patrons devront s’y plier.

« Finie la semaine des deux dimanches » : des conquêtes précaires ?

Pourtant, tout reste encore à faire. Le mouvement atteint son paroxysme dans la semaine du 8 au 12 juin, puis se poursuit fin juin et courant juillet : les acquis obtenus à l’échelle nationale doivent désormais être arrachés localement. De nombreux patrons n’acceptent en effet pas les décisions prises par la CGPF : le 9 juin, 114 présidents et représentants des chambres de commerce s’opposent aux 40 heures. Mais parmi les conquêtes de 1936, ce sont les conventions collectives, négociées à l’échelle de chaque secteur, qui exigent la lutte la plus âpre. Ainsi, à Besançon, les grèves ne commencent que le 16 juin pour réclamer l’application des accords de Matignon, engageant au fil des jours de plus en plus de secteurs. Un accord est finalement trouvé par l’intermédiaire du préfet du Doubs le 1er juillet.

Les mesures votées par le Front populaire sont bien plus des conquêtes ouvrières que des acquis sociaux, et ne peuvent être établies et respectées que par l’accord entre le mouvement social et le pouvoir politique.

Ces cas se multiplient dans d’autres départements au même moment. Les mesures votées par le Front populaire sont donc bien plus des conquêtes ouvrières que des acquis sociaux, et ne peuvent être établies et respectées que par l’accord entre le mouvement social et le pouvoir politique. La suite des événements le montre : quand le Front populaire se délite au sommet de l’État, les mesures s’en trouvent fragilisées. Dès février 1937, Léon Blum annonce une « pause » dans la réalisation des mesures sociales. La question de l’intervention française en Espagne pour défendre le gouvernement républicain contre les franquistes, refusée par Blum contre l’avis des communistes, fragilise encore un peu plus la coalition.

En juin, Blum est contraint à la démission et en avril 1938, c’est le radical Édouard Daladier qui s’installe au pouvoir. Quelques mois plus tard, le nouveau président du Conseil affirme dans un discours radiodiffusé qu’il faut « remettre la France au travail » par un « aménagement » de la loi des 40 heures. Comprenez, permettre légalement aux entreprises de disposer des heures supplémentaires qu’elles estiment nécessaires, tout en majorant faiblement les taux de rémunération. En novembre 1938, le ministre des Finances Paul Reynaud se charge de publier les décrets-lois et déclare « finie la semaine des deux dimanches ». Les grèves qui s’ensuivent sont durement réprimées : alors que le gouvernement mobilise préfets et forces de l’ordre, le patronat licencie massivement les grévistes. La rupture est consommée, le Front populaire n’est plus.

Reste qu’en un sens, bien que précaires sur le court terme, les avancées sociales de 1936 s’enracinent dans la société française. Comme le souligne l’historien Jean Vigreux dans son ouvrage Histoire du Front populaire. L’échappée belle (2016), en élargissant la démocratie libérale à la démocratie sociale, le Front populaire ouvre en fait une séquence historique plus longue. Celle-ci trouve son aboutissement dans le programme du Conseil national de la Résistance, mis en œuvre après la Libération. « L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale », « le droit au travail et le droit au repos », « la sécurité de l’emploi » ou « la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine » sont autant de principes s’inscrivant pleinement dans l’expérience du Front populaire.

Comme au siècle passé, construire ce nouveau Front populaire nécessite la mobilisation de toutes et tous, au-delà des accords entre partis.

Une fois interrogé à la lumière des faits, le mythe électoraliste du Front populaire apparaît bien pauvre, en ce qu’il occulte souvent ce qui s’est véritablement joué au printemps 1936 : si les avancées sociales du Front populaire sont bien réelles, elles ont surtout été permises par l’articulation entre la pression du mouvement social et la capacité d’action du pouvoir politique. Le premier portant le second au pouvoir, les grèves et occupations d’usines permettent ensuite de pousser les revendications et d’assurer leur réalisation. La réussite du Front populaire tient précisément dans cette alchimie. Alors, à l’heure où l’histoire s’accélère, la gauche entend rejouer le coup de 1936 face à une extrême-droite qui n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Mais comme au siècle passé, construire ce nouveau Front populaire nécessite la mobilisation de toutes et tous, au-delà des accords entre partis. C’est en créant et en maintenant cette dynamique que le Front populaire de 2024 pourra réussir là où la NUPES de 2022 avait échoué. Porter les espoirs ne suffit plus : il s’agit désormais de porter l’histoire.

Cyrus Mohammady-Foëx 11 juin 2024

https://lvsl.fr/front-populaire

 

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11 juin 2024 ~ 0 Commentaire

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Organisé par l’Alternative mercredi 12 juin à 19h en visio sur Zoom et Facebook live

Les résultats des élections européennes confirment la montée de l’extrême droite que nous redoutions. Dans la foulée, Emmanuel Macron a fait le choix de dissoudre l’Assemblée nationale et d’organiser de nouvelles élections à haut risque dans moins de trois semaines.

Pour échanger et réfléchir à ce que nous pouvons faire ensemble pour contrer l’extrême droite et le macronisme, et porter l’espoir d’une alternative politique, nous vous invitons à un grand débat ouvert à tou·tes – militant·es du mouvement social, d’organisations politiques, d’associations, de collectifs, électeur·ices de gauche inquiet·es, habitant·es mobilisé·es…

Avec la participation de Alice Picard (ATTAC), Christine Poupin (NPA / L’Alternative), Mariano Bona (Ensemble! / L’Alternative), Fabien Marcot (Rejoignons-nous / L’Alternative).

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