Archive | A gauche du PS

04 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

brésil (à l’encontre)

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Guilhermo Boulos

Brésil. La crise du PT et la reconfiguration de la gauche

Le dimanche 29 novembre, s’est déroulé le deuxième tour des élections municipales au Brésil. Bien que les résultats locaux ne puissent pas nécessairement être extrapolés, il s’agissait d’une élection ayant une saveur nationale, qui dessine déjà certains contours de l’élection présiden-tielle de 2022. Bien qu’en termes globaux la gauche perde du terrain face au centre-droit traditionnel, il y a quelques développements intéressants au sein de l’éventail progressiste.

Numériquement, le Parti des travailleurs (PT) ne se remet pas des élections municipales de 2016, le grand moment d’antipétisme qui a signifié une forte défaite nationale pour le parti fondé en 1980, sous l’influence des luttes ouvrières de l’ABC de São Paulo [la région industrielle].

En 2016, le PT comptait 257 mairies, il n’en compte plus que 183. Ses maires gouverneront des municipalités ne totalisant plus que 2,6% des Brésiliens.

Pour la première fois depuis la période de 1985 [fin de la dictature], le PT ne gouverne aucune capitale.

En outre, le PT a été défié par une gauche nouvelle, plus juvénile et moins bureaucratisée qui a été capable d’établir une communication plus directe, naturelle et efficace avec la population.

Dans le même temps, de nouveaux leaders de gauche émergent sur la scène nationale qui ne sont pas des «pétistes». C’est le cas de Manuela D’Avila du Parti communiste du Brésil (PCdoB) qui a atteint le deuxième tour à Porto Alegre. Malgré sa défaite [face à Sebastião Melo du MDB], elle a obtenu 45,37% des voix, en ayant l’appui des diverses formations de la gauche.

Sans aucun doute, la principale star de ces élections est Guilherme Boulos du Parti du socialisme et de la liberté (PSOL), une formation fondée en 2004, suite à des ruptures avec le PT.

Ces dernières années, le PSOL a gagné en visibilité. [Guilherme Boulos s’est affirmé comme animateur du Mouvement des travailleurs sans toit – MTST– présent depuis la fin des années 1990].

Le candidat du PSOL a réalisé une performance emblématique lors de ce second tour à São Paulo, en affrontant la puissante machine traditionnelle de droite de São Paulo, le Parti brésilien de la social-démocratie (PSDB).

Bien qu’il ait perdu au deuxième tour, Boulos a obtenu 40,62% des voix [soit 2’168’109 suffrages]. Cela fait de lui un point de référence national pour la gauche.

Pour la première fois depuis des années, la principale figure du leadership progressiste n’appartient pas au camp du PT. Sa campagne a suscité des émotions et a mobilisé massivement.

Elle a provoqué un enthousiasme que l’on n’avait plus vu depuis longtemps dans la gauche brésilienne. Guilherme Boulos a reçu le soutien massif de jeunes qui ne se voient pas représentés par un «pétisme» dont la direction s’éloigne d’une base qui, elle, réclame à grands cris une refonte.

Comme illustration de ce manque de syntonie avec une base populaire, on peut citer le candidat du PT, Jilmar Tatto, à la mairie de São Paulo. Il représente cette bureaucratie du parti [il a cumu-lé depuis fort longtemps de nombreuses responsabilités dans l’exécutif de São Paulo, dans l’appareil du PT et comme élu fédéral] qui ne suscite aucun emballement parmi la base populai-re. Il n’a obtenu que 8,6% des voix, le pire résultat du PT dans la plus grande circonscription électorale du Brésil.

Toutefois, au sein du PT, certains changements semblent se dessiner. Il en va ainsi avec Marília Arraes, candidate à la mairie de Recife, dans le nord-est du Brésil, qui se distingue d’une direction du PT qui n’enchante plus.

Elle symbolise précisément le militantisme de renouveau du PT, qui communique avec les jeunes et s’intéresse à des orientations contemporaines (comme le féminisme, la lutte et la défense du camp LGBTQI et l’écologie).

Marília Arraes, 36 ans, a perdu contre son cousin João Campos du PSB (Parti socialiste brésilien) qui a obtenu 56,27% des voix. Les deux descendent du fondateur de la dynastie du Nord-Est, Miguel Arraes.

Marília Arraes a obtenu 43,73% des voix, un résultat fort remarquable. Marília Arraes n’a pas été le choix de la bureaucratie pétiste, mais de la base militante du parti. Jeune femme combative et forte, elle a réussi à s’imposer dans l’appareil du parti au Pernambuco. La candidate du Nord-Est a mené une campagne similaire à celle de Boulos, avec un langage plus naturel, plus jeune et une esthétique plus moderne.

Parallèlement au phénomène Arraes, il en existe un autre qui symbolise également cette volonté de renouveau du PT: celui des «candidatures collectives». Il y en a plus de 26 dans tout le pays, principalement composées de femmes noires et de jeunes de la périphérie, qui n’ont pas leur place dans les structures plus pyramidales du PT.

Outre cette nouvelle configuration électorale, il y a eu d’autres nouveautés comme le cas du mouvement «Representa», un courant de jeunes de l’intérieur de São Paulo qui a présenté et appuyé 138 jeunes candidats pétistes (sans l’appui de la bureaucratie du parti) dans tout le pays. Sur ces 138 candidats, 25 ont gagné. Le plus important a été donc le processus de remise en question de la direction du PT.

Il est possible d’affirmer que le pétisme a perdu sa position hégémonique dans le champ de la gauche et du progressisme. Ce champ est aujourd’hui plus hétérogène que par le passé. Le Parti socialiste brésilien (PSB) et le Parti travailliste démocratique (PDT) sont les meilleurs opposants.

Le PSB garde 252 villes [-151] et le PDT  314 [-17]. En termes de capitales, le PDT a remporté Aracajú [Sergipe] et Fortaleza [Ceará] et le PSB Maceió [Alagoas] et Recife [Pernambouc]. Dans le Nord-Est, la carte politique est donc reconfigurée et le «pétisme» perd de sa force face à ces deux forces.

Une figure se dégonfle, c’est le gouverneur du Maranhão, Flávio Dino du PCdoB. Il est également positionné comme une figure importante pour la constitution des alliances en vue des présidentielles de 2022. Le candidat soutenu par Flávio Dino a perdu la bataille électorale à São Luis (capitale du Maranhão). En outre, la base de Dino s’est divisée. Une bonne partie a soutenu le candidat de l’opposition qui a finalement gagné, Eduardo Braide de Podemos [jusqu’en 2016 il portait le nom de Partido Trabalhista Nacional-PTN].

La campagne de Guilherme Boulos à São Paulo a réussi à consolider un front de gauche assez large et symbolique en faveur de sa candidature, un front qui a réuni le PT, le PSOL, le PCdoB, le PSB, le PDT.

La candidature de Manuela D’Avila (PCB) à Porto Alegre a également reçu un soutien important de la gauche; au même titre que le vainqueur de la course à la mairie de Belém (Parà), Edmilson Rodrigues du PSOL.

À l’horizon 2022, il semble évident que chaque parti progressiste aura son propre candidat. Cependant, avec la montée de la droite traditionnelle, ils seront peut-être contraints d’engager le dialogue.

La droite classique connue sous le nom de centrão s’est développée et le Parti démocrate [le DEM dispose de 464 maires, une augmentation de 198] se profile comme l’un des grands facteurs d’alliance pour les prochaines élections présidentielles. (Résumé voir lien)

(Article publié sur le site de Nueva Sociedad; traduction rédaction A l’Encontre)

Esther Solano Gallego est professeure à l’Université fédérale de São Paulo.

3 décembre 2020 Alencontre
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Note:
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PDT et PSB sont des partis « socialistes » alliés de PT de Lula et de Dilma Youssef. Le PC do B est aussi un allié.
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Lire aussi:

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

giscard (le monde diplo)

giscard

Le Déshonneur de Valéry Giscard d’Estaing.

Avant la lecture de ce pamphlet, on ne pouvait s’empêcher d’une certaine affection pour l’ancien président de la République française.

On ne pouvait oublier ni la loi sur l’avortement, ni le regroupement familial, ni l’abaissement de la majorité à 18 ans, parmi quelques réformes importantes de son septennat (1974-1981).

Mais on avait oublié la peine de mort et l’affaire Ranucci. Au printemps dernier, la presse hexagonale célèbre avec une certaine ostentation le 30è anniversaire de l’élection à la présidence de M. Valéry Giscard d’Estaing.

Le Monde propose notamment à l’ancien chef d’Etat de commenter quelques photos emblématiques de son passage à l’Elysée. Le commentaire – trois erreurs en trois phrases – accompagnant la photo de Christian Ranucci, l’un des condamnés à mort exécutés sous Giscard, entraîne l’auteur du Pull-Over rouge à reprendre aussitôt sa plume d’irréductible abolitionniste.

La démonstration est alors implacable contre celui qui prétendait avoir une « aversion profonde » envers la peine de mort. On reste confondu par ce mélange de mauvaise foi et de prétention qui semble avoir animé l’ancien président : durant la seule année 1977, ce « pourfendeur » de la peine capitale gracia quatre condamnés et en laissa guillotiner trois, tout en versant des larmes de crocodile. En refermant cet acte d’accusation, notre nostalgie giscardienne est bien entamée.

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

présidentielle (la-dépêche lo)

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Présidentielle 2022 : Jean-Luc Mélenchon veut rétablir le service militaire

Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui a annoncé vouloir être candidat à l’élection présidentielle 2022 le 8 novembre dernier, s’est exprimé dans une interview sur de grands sujets régaliens, parmi lesquels le service militaire. Fidèle à sa ligne de conduite « historique », il s’est dit favorable à son retour.

Jean-Luc Mélenchon ne dévie pas de sa trajectoire.

Le leader de La France Insoumise s’est prononcé dans une interview publiée par nos confrères de L’Opinion ce lundi 30 novembre, en faveur d’un retour du service militaire obligatoire. En 1997, celui qui était alors encore membre du Parti Socialiste avait déjà fait part de son opposition face à la décision de Jacques Chirac de supprimer ce service militaire. Plus de 20 ans après, le candidat annoncé à la présidentielle 2022 maintient sa ligne de conduite, même s’il se dit incertain que « tous les Insoumis soient d’accord ».

« La défense populaire passive et armée reste une nécessité à mes yeux », a expliqué le leader de LFI pour justifier sa position, ajoutant que face au risque de dérèglement climatique, « d’autres menaces et dangers » pèsent aujourd’hui sur le pays.

Prenant exemple sur les récents événements dans la vallée de la Roya, totalement coupée du monde suite aux importantes inondations, Jean-Luc Mélenchon estime qu’il y aurait « besoin d’un effort collectif » de la nation dans l’hypothèse d’une succession de catastrophes comme celle-là. « Donc on sera obligé de demander la contribution des jeunes Français », prédit-il enfin.

Jean-Luc Mélenchon confère d’autres vertus au retour du service militaire. avançant que les conscrits pourraient par exemple effectuer des missions au sein de la police.

Dans une France de plus en plus divisée sur la place occupée par les forces de l’ordre, le candidat de gauche l’assure : une telle mesure « changerait le regard de la population sur sa police et changerait les pratiques internes de celle-ci ».

Pour l’ancien soutien de Laurent Fabius,  »le racisme et la violence » pourraient en sortir affaiblis. « Quand les enfants du peuple sont quelque part tout change », a-t-il conclu sur le sujet.

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

trump (essf)

fired trump

T’es viré!

Déclaration (Etats-Unis) : La défaite de Trump brise l’élan de la droite autoritaire internationalement

• Les élections américaines ont sonné la défaite pour le projet de Trump. Biden a obtenu 80 millions de voix et 306 électeurs au collège électoral, soit une avance de plus de 70 en opposition à Trump. Malgré les difficultés imposées par la pandémie, ces élections enregistrent la plus forte participation depuis 1908. Cette large marge a rendu très difficile pour Trump de continuer à contester le résultat et a ouvert la voie à l’accession de Biden. Nous nous félicitons de la défaite de Trump, qui représente un affaiblissement des forces les plus réactionnaires et autoritaires de la planète.

• Pendant trois semaines, Trump a continué à ne pas reconnaître la défaite et à porter de fausses accusations de fraude. Mais en l’absence de tout plan et de toute organisation, c’était une bataille perdue d’avance pour renverser la procédure électorale. Il a perdu tout soutien, même au sein du parti républicain, et a été forcé d’accepter à demi-mots la victoire de Biden. Cependant, les théories conspirationnistes et la mise en cause dela procédure électorale qu’il continue à répandre ont un grand écho parmi ses électeurs, et contribueront certainement à dégrader davantage la démocratie déjà faible des États-Unis.

• Cela s’inscrit dans une tendance plus large qui voient des idéologies autoritaires, antiscien-tifiques et conspirationnistes se répandre rapidement dans de nombreux pays. Ces idées qui reflètent le désespoir de la situation et la méfiance à l’égard des institutions établies, sont animées et manipulées par les forces de l’extrême droite. En l’absence de mobilisations de masse et de victoires menées par des forces progressistes, ce type d’idées pourrait continuer à se répandre. Il nous appartient de tenter d’isoler ces courants, de les combattre et de les dénoncer par tous les moyens, car ils ouvrent la voie à l’autoritarisme le plus extrême.

• Dans ce contexte, la défaite de Trump est sans aucun doute une bouffée d’air frais, un événement qui brise l’élan de l’autoritarisme qui se répand dans le monde entier en Pologne, en Hongrie, en Turquie, en Inde, aux Philippines et au Brésil, vers l’élimination des plus puissants de ces nouveaux dirigeants autoritaires.

• La nouvelle administration Biden représente le business as usual de la démocratie américaine, où le gouvernement, qu’il soit républicain ou démocrate, sert les intérêts des grandes entreprises et de l’impérialisme américain.

Les premières nominations de son gouvernement montrent qu’il n’a pas l’intention de changer de cap, et qu’il continuera à isoler et à prendre ses distances avec les éléments de gauche émergents au sein du parti démocrate.

En même temps, les luttes sociales aux États-Unis se poursuivent : les infirmières, les ensei-gnants et des travailleurs essentiels des transports, de la distribution alimentaire et d’autres secteurs mènent des grèves, des manifestations et des actions pour protéger leur santé pendant la pandémie qui se propage maintenant de manière incontrôlée dans tout le pays.

Les Noirs et les Latinos, presque toujours soutenus désormais par des Blancs et des Asiatiques, continuent de protester contre la violence policière raciste que subissent toujours leurs communautés. Les énormes manifestations antiracistes ont impliqué environ vingt millions de personnes et ont fortement touché l’opinion publique, tout en suscitant un mouvement international.

• Dans d’autres parties du globe, les mouvements sociaux de masse et certaines victoires nous donnent également des raisons d’espérer que, malgré les revers et la répression, des mouvements populaires défensifs et revendicatifs continueront à voir le jour. Nous avons vu la victoire du MAS en Bolivie, qui a réussi à renverser un coup d’État soutenu par les États-Unis grâce à un soutien et une mobilisation populaires massifs.

Au Chili, le mouvement populaire a réussi à renverser la Constitution de Pinochet, ouvrant ainsi la voie à des changements plus profonds dans la société grâce à la mobilisation de masse. En Pologne, un mouvement de masse sans précédent mené par les femmes remet en question l’hégémonie réactionnaire du pays.

Au Brésil, la gauche a réussi une percée historique lors des élections municipales. En Thaïlande, au Bélarus et à Hong Kong, nous assistons à des mobilisations de masse, qui montrent que la population est prête à s’organiser et à lutter pour un avenir meilleur, malgré les difficultés, les obstacles et la répression de l’État.

• Malgré tout cela, la situation générale reste très difficile pour les classes populaires et les luttes d’émancipation. La deuxième vague de la pandémie frappe durement dans le monde entier, augmentant le nombre de décès et de personnes nécessitant des soins intensifs.

Les mesures imposées pour tenter d’arrêter la propagation du virus sont d’autant moins acceptées par les populations qu’elles sont considérées comme la conséquence de la mauvaise gestion des gouvernements qui n’ont rien fait pour étendre et renforcer les services de santé publique lors de la première vague de la pandémie.

• Le confinement total ou partiel a également des effets profonds sur l’économie, les pires projections devenant les scénarios les plus probables. Le coût de cette crise va être payé par les classes populaires avec une aggravation de leurs conditions sociales et économiques. Comme nous l’avons déjà dénoncé, les plus touchés seront celles et ceux qui sont déjà victimes de l’injustice sociale et économique, à savoir les communautés noires et ethniques, les migrants, les femmes et les LGBT.

• En outre, les gouvernements utilisent les mesures de confinement et les couvre-feux pour limiter et restreindre les libertés démocratiques, ce qui rend l’organisation et la mobilisation plus difficiles.

Néanmoins, même là où il n’y a pas de mouvements de masse comme au Chili ou en Thaïlande, il y a des luttes localisées sur les lieux de travail, dans les quartiers et les communautés qui montrent également le rejet de ces politiques de confinement répressives, ces poliques qui tentent de compenser les échecs des gouvernements à planifier la deuxième vague prévue et prévisible et favorisent de plus en plus clairement les grandes entreprises, même si certains secteurs (notamment l’hôtellerie et les voyages touristiques de masse) ont été sacrifiés dans une certaine mesure.

Là où les dépenses publiques ont été stimulées, c’est par une explosion de la dette publique qui aggrave le problème actuel et qui, en fin de compte, fait supporter tous les coûts à la classe ouvrière.

• Les féministes ont continué à s’organiser, en particulier, mais pas seulement, sur la question des violences faites aux femmes. L’augmentation de la violence domestique pendant les périodes d’enfermement a été évidente et a poussé certains gouvernements à mettre en place des programmes permettant aux femmes de dénoncer les incidents et de quitter un foyer partagé avec un partenaire violent. Ces mesures, comme les autres mesures de lutte contre la pandémie, sont insuffisantes et trop éphémères.

• L’un des secteurs qui concentre les contradictions est celui de l’éducation :il y a d’abord les risques de contamination en rassemblant différentes générations dans des conditions où les mesures de distance et de barrière physiques sont difficiles à mettre en œuvre. C’est aussi le droit pour les jeunes à une éducation décente alors que l’enseignement en ligne est une réponse insuffisante puisque les dispositifs, un accès internet fiable, des conditions de travail appropriées ne peuvent être garantis.

Et le droit pour les enseignants de travailler dans des conditions sûres et en leur fournissant les ressources techniques adéquates pour l’enseignement en ligne. Les gouvernements se servent de l’inquiétude populaire concernant le droit à l’éducation et l’avenir des jeunes pour maintenir les établissements d’enseignement ouverts malgré le danger réel que cela peut représenter dans la propagation du Covid-19.

• Le mouvement contre le changement climatique a continué à s’organiser, en utilisant des réunions virtuelles. Très vivant dans sa radicalité et sa diversité, il est bien placé pour demander des comptes à M. Biden quant à sa promesse que les États-Unis rejoindront la COP sous sa présidence. La lutte pour la justice climatique, pour la fin des émissions de carbone et pour une transformation profonde de notre système énergétique et de production, doit revenir au premier plan pour gagner une véritable alternative au système capitaliste et extractiviste.

• La question de la démocratie est placée au premier plan dans de nombreuses luttes actuelles, qui réclament le droit de décider, contre la montée de l’autoritarisme et contre la déconnexion des classes politiques et néolibérales de la souffrance des classes populaires. Nous travaillons à développer ces luttes en poussant à l’auto-organisation et à l’autodétermination.

• Nous soutenons et luttons avec enthousiasme pour la victoire des luttes et des mouvements, qu’ils soient locaux ou à un niveau plus large, et nous cherchons constamment à montrer leur convergence objective.

Nous dénonçons l’échec de tous les gouvernements capitalistes à répondre de manière adéquate à la pandémie, leur recours croissant aux théories complotistes, à l’idéologie réactionnaire et à l’autoritarisme.

Il est donc urgent de lutter pour des mesures structurelles anticapitalistes (expropriation des banques, big pharma, énergie…) et pour une taxation exceptionnelle des riches et des grandes entreprises : pour une alternative globale basée sur la justice sociale, économique, de genre et écologique.

Le Bureau exécutif de la IVe Internationale

mardi 1 décembre 2020

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

5 décembre (lutte ouvrière)

chom

Manifestons le 5 décembre !

Comme chaque année depuis dix-huit ans, une manifestation nationale contre le chômage et la précarité a lieu samedi 5 décembre, à l’appel des organisations de chômeurs AC, APEIS, CGT chômeurs et MNCP, appel soutenu par la CGT et Solidaires.

Les organisateurs demandent l’abrogation de la réforme de l’Assurance chômage, dans cette période de crise économique et sanitaire où les licenciements explosent, où la précarité s’envole et où les chômeurs subissent de plein fouet les attaques d’un gouvernement pour qui les intérêts du grand patronat restent la priorité.

On annonce qu’il y aura bientôt dix millions de pauvres, avec au premier rang les travailleurs sans emploi et tous les précaires condamnés à des salaires de misère ou à un RSA insuffisant pour vivre.

« Un emploi c’est un droit, un revenu c’est un dû » crieront les manifestants qui exigent aussi l’arrêt des contrôles et des sanctions et une prime de Noël d’au moins 500 euros pour tous les chômeurs et précaires.

La manifestation sera rejointe par la « Marche des libertés et des justices » organisée pour protester contre la loi Sécurité globale.

En Île-de-France, la manifestation partira à 14 heures de la mairie des ­Lilas. Lutte ouvrière appelle ses amis et sympathisants à s’y joindre.

02 Décembre 2020

https://journal.lutte-ouvriere.org/

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03 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

crise (lutte ouvrière)

macron zombie

Le pouvoir et sa majorité : de crises en crise politique

Macron se félicitait, il y a peu, que 388 députés, une très large majorité donc, aient approuvé sa loi Sécurité globale, avec son article 24 qui interdit de fait de filmer les auteurs de violences policières.

Le parti macroniste LREM y avait rallié la droite et l’extrême droite lepéniste. Le Sénat, à droite, devait suivre…

Mais, face à la montée de la contestation, le Premier ministre a proposé qu’une commission réécrive l’article 24. Le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, a dénoncé ce projet comme une « atteinte aux prérogatives du Parlement, qui seul écrit et vote la loi ». Et, fort du soutien des députés LREM excédés que Macron et Castex les ignorent, il a forcé ce dernier à reculer.

Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France et possible rival de Macron à la présidentielle de 2022, avait soutenu cette loi. Mais, comme plusieurs de ses compères de droite, du centre et de LREM, il a déclaré : « Le responsable de tout cela, c’est le président de la République (…), qui avait fait cette promesse (aux policiers) en recevant leurs syndicats. »

En quelques jours, une véritable crise politique s’est donc ajoutée à toutes les autres, sanitaire, économique, sociale, etc., dont Macron aimerait persuader l’électorat que lui seul est à même de venir à bout. Il ne suffit pas de s’afficher depuis des mois en chef de guerre présidant un Conseil de défense, de célébrer de Gaulle, de multiplier les postures sécuritaires pour éviter qu’à la tête de la majorité certains ne se mettent à jouer leur propre partition.

La division des tâches pour flatter différents électorats et fractions de l’appareil étatique est orchestrée par Macron lui-même. Pour cajoler la police, indispensable pour réprimer d’inévita-bles réactions des travailleurs, et pour ne pas laisser à Marine Le Pen le monopole de l’électorat réactionnaire, il a besoin d’un Darmanin, préposé à caresser les policiers dans le sens du poil, « quoi qu’il en coûte ».

Celui-ci leur promet donc une loi qui, sur le plan juridique, ne les protège pas plus que l’attirail déjà existant. Mais cette loi, censée rapporter des voix à Macron, peut aussi lui créer des problèmes. En effet les entraves qu’elle lève chez les policiers et, à l’opposé, le rejet qu’elle suscite dans une large fraction de la population, gênent ses tentatives pour durcir les institutions et leur fonctionnement.

Alors, Macron essaie de gérer cette nouvelle crise en sortant quelques gadgets de son chapeau : en disant qu’on va améliorer la formation des policiers ; qu’on va rendre indépendante – de qui, de quoi, comment ? – l’Inspection générale de la police, censée réprimer les comportements violents ou racistes des policiers ; en remaniant au Parlement l’article 24…

Il lui faut aussi ménager les caciques de sa majorité – les Castex, Ferrand, Darmanin, Dupont-Moretti et autres Bayrou –, en prenant garde de ne pas s’aliéner les policiers, alors que ceux qu’indignent les violences des forces dites de l’ordre, autrement dit de l’ordre social des classes possédantes, sont de plus en plus nombreux.

Pierre LAFFITTE 02 Décembre 2020

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02 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

5 décembre (unitaire)

5  dec

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01 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

le pen 1 (socialist worker)

LE-PEN

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Les nombreux visages des Le Pen

Le Front national français (FN), devenu le Rassemblement national (RN), est l’un des partis d’extrême droite les plus prospères d’Europe.

Créé en 1972, ses racines et son idéologie sont fermement ancrées dans la tradition fasciste. Cependant, depuis sa création, il a tenté de se repositionner et de remodeler ses politiques afin de se présenter comme un parti dominant.

L’héritage de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste a hanté les organisations fascistes d’après-guerre dans toute l’Europe. Jean-Marie Le Pen, élu à la tête du FN en 1972, a dirigé le parti pendant 40 ans et a réussi à en faire un élément établi du système politique français.

Sa fille cadette, Marine Le Pen, est à la tête du parti depuis 2011 et a connu un succès électoral encore plus grand. Le parti bénéficie d’une base électorale fidèle, qui lui a permis d’obtenir un niveau de soutien tel que les deux Le Pen ont chacun atteint un second tour aux élections présidentielles – Jean-Marie en 2002, Marine en 2017.

Les réalisations de l’organisation en ont fait un modèle pour une grande partie de l’extrême droite au niveau international. Marine Le Pen a également été l’une des premières femmes à diriger un parti européen d’extrême droite, et d’autres femmes ont suivi ses traces pour devenir des dirigeantes d’organisations d’extrême droite.

Le thème dominant de son leadership a été son projet de dédiabolisation. Elle a cherché à débarrasser le parti des stigmates entourant ses racines fascistes, qu’elle considère comme un obstacle à de nouvelles percées électorales. Sa réinvention actuelle du parti doit être considérée dans le contexte d’une longue histoire de tels projets au sein du FN. Marine Le Pen a fait de grands progrès dans ce projet, qui a consisté à tourner ostensiblement le dos à son père et à son héritage politique de fascisme et d’antisémitisme.

L’histoire du parti est une histoire de réinvention et de reconditionnement constants.

Marine Le Pen est loin de la collection d’admirateurs d’Hitler, de collaborateurs nazis et de vétérans de la guerre d’Algérie qui formaient à l’origine le FN. Le parti a connu de réels changements, faisant preuve d’une plasticité qui lui a bien servi. Cependant, cet article critiquera ceux qui prétendent que Marine Le Pen représente une rupture fondamentale avec la « vieille » politique fasciste du FN.

Marine Le Pen a déjà déclaré son intention de se présenter à l’élection présidentielle française de 2022. Ce sera la troisième fois qu’elle se présente au poste politique le plus convoité du pays. Le Pen a annoncé qu’elle proposerait une « grande alternative pour remettre le pays sur pied » et forger « l’unité nationale ».

Le terme de fascisme est souvent utilisé de manière vague et inexacte.

- Le fascisme classique est un mouvement de masse contre-révolutionnaire basé sur la petite bourgeoisie, qui peut attirer d’autres groupes sociaux à mesure qu’il se développe.
- Le fascisme cherche à détruire la démocratie et les organisations de la classe ouvrière.
- Le fascisme se développe en période de crise profonde, lorsque des pans de la classe dirigeante capitaliste cherchent des solutions extrêmes pour résoudre leurs problèmes.
- Les organisations fascistes se construisent en utilisant à la fois des moyens parlementaires et la force paramilitaire.
- Le racisme, et surtout l’antisémitisme, a été une caractéristique essentielle de ces mouvements depuis la montée des nazis dans les années 1930.

Ceux qui cherchaient à gagner un public aux idées fascistes et d’extrême droite dans l’après-guerre en France se sont heurtés aux limites créées par les souvenirs des horreurs de l’Holocauste, de l’occupation nazie, de la collaboration et du régime de Vichy.

Le projet visant à rendre la politique du fascisme socialement acceptable a duré des décennies. L’isolement de l’extrême droite après la guerre a été aggravé par la défaite de l’impérialisme français en Algérie et au Vietnam dans les années 1950 et 1960.

Ces défaites humiliantes ont provoqué une crise politique profonde en France et des troubles au sein de l’extrême droite française. Une partie de l’extrême-droite a pris les armes aux côtés des militaires contre l’État français. Ils ont créé un groupe terroriste, l’Organisation Armée Secrète (OAS), qui a mené des campagnes de bombes et une tentative d’assassinat contre le président de Gaulle. La perte de l’Algérie française a vu plus d’un million de colons blancs revenir en France en 1962. Ces « pieds-noirs » sont devenus une section clé de la base électorale du FN.

L’autre facteur qui a façonné l’extrême droite de l’après-guerre a été l’impact des luttes de 1968. La révolte en France et dans le monde, y compris la grève générale française de mai 1968, a mis la gauche sur le devant de la scène.

Les mouvements de libération ont remis en question des décennies de domination impérialiste et les travailleurs et les étudiants sont descendus dans la rue. Cela a menacé de pousser les idées fascistes encore plus loin dans le désert, forçant l’extrême droite à réfléchir à la manière de regagner de l’influence.

Le développement de ce qui fut connu sous le nom de Nouvelle Droite (ND) fut la clé de cette évolution. La ND a été créée en 1968, réunissant des intellectuels fascistes et d’extrême droite par le biais d’un groupe de réflexion, le Groupe de recherche et d’étude pour la civilisation européenne (GRECE), et d’un certain nombre de publications théoriques, par exemple Éléments et Nouvelle École.

Dans sa phase initiale, le groupe se réclamait « ni à droite ni à gauche ». Cependant, le noyau fasciste de ce groupe était clairement identifiable. Alan De Benoist, Michael Walker et Marco Tarchi ont chacun « commencé leur carrière en tant que figures liées à l’extrémisme de droite ou même au néofascisme », et De Benoist avait dirigé la Fédération des étudiants nationalistes (FEN) d’extrême droite, qui soutenait le mouvement français en Algérie.

Maurice Bardèche, l’un des principaux auteurs fascistes de l’après-guerre: « cette realpolitik de droite… est peut-être la seule voie qui nous reste ouverte pour sortir du ghetto dans lequel la droite se trouve piégée ».

Les partisans de ce courant en sont venus à s’appeler « Gramscians de la droite », adoptant des éléments des idées du marxiste italien Antonio Gramsci, en particulier l’importance de gagner l’hégémonie idéologique et la centralité de la culture dans ce processus.

De Benoist mettait en garde contre un « vocabulaire dépassé ». La supériorité raciale était plutôt exprimée dans un langage qui dépeignait les différences entre les races et les groupes ethniques comme étant essentiellement culturelles.

Cela représentait une rupture par rapport à l’accent mis par l’extrême droite sur le racisme biologique, lui offrant un moyen de poursuivre son programme avec un visage plus acceptable. Affirmant que son idéologie n’était pas raciste, elle a présenté son approche comme défendant le « droit à la différence ».

Guillaume Faye, un autre théoricien clé de la ND, a développé un « credo ethno-différentialiste » qui parlait de maintenir l’identité culturelle et biologique en mettant fin à l’immigration, en disant que c’était cela, plutôt que les immigrants eux-mêmes, qui posait problème. Ce récit a dépeint le mélange des cultures, ce qui a été connu sous le nom de multiculturalisme, comme l’imposition de l’uniformité.

Les publications, les conférences, la présence dans les milieux universitaires et la reconnaissance par les grands médias ont tous eu un impact immense, créant un cadre intellectuel pour une génération d’organisations fascistes en France et influençant les intellectuels d’extrême droite dans toute l’Europe.

Le succès électoral a conduit de nombreux intellectuels de la ND à rejoindre le FN et à y occuper des postes de direction. Jean-Yves Le Gallou, une figure de proue de la ND dans les années 1970, a rejoint le FN et est devenu un représentant élu du FN au Parlement de l’Union européenne. Pierre Vial, un ancien secrétaire général du GRECE, a ensuite siégé au comité central du FN. La synthèse du projet intellectuel de la ND et de la mission électorale du FN a en effet ouvert une voie de sortie du « ghetto » pour les fascistes français.

Jean-Marie Le Pen

Lorsque Jean-Marie Le Pen a contribué à la fondation du FN en 1972, il avait déjà un long pedigree dans les mouvements fascistes et d’extrême droite français. Il avait été dans la Légion étrangère française,  combattu en Algérie pour écraser le mouvement d’indépendance et était un membre éminent de l’OAS.

Le FN a rassemblé différents courants du fascisme et de l’extrême droite. Des partisans des nazis de la guerre, Roland Gaucher et François Brigneau, membres du Rassemblement national populaire (RNP). Pierre Bousquet, qui avait servi dans la Waffen SS, et Paul Malaguti, plus tard conseiller du FN, étaient également impliqués dans le massacre de huit résistants à Cannes en 1944.

Ces collaborateurs nazis et défenseurs du régime de Vichy se sont mêlés à des vétérans des forces qui ont combattu en Algérie. Le FN était au cœur un parti fasciste, mais il a également su attirer d’autres courants d’extrême droite.

Le parti a été, dès le départ, centralisé et discipliné, avec Le Pen comme chef tout puissant. Ce « principe du führer » de leadership se poursuit sous Marine Le Pen. Au cours des années 1970 et 1980, le parti s’est surtout concentré sur les candidatures à la présidencielle. La fluidité idéolo-gique du parti lui permettait de changer de politique lorsque cela était jugé avantageux. Le passage significatif de la promotion des idées du monétarisme et du libre-échange à la défense d’une approche « étatiste » de l’économie dans les années 1990 est un exemple de cette adaptabilité.

Ce changement a permis au parti de s’adresser à une plus grande partie de l’électorat et a ensuite permis à Marine Le Pen de remporter les élections dans l’ancienne région minière du Pas de Calais.

Sous la direction de Jean-Marie Le Pen, la part de vote du FN est passée de 0,7 % aux élections présidentielles de 1974 à 16,9 % en 2002. Les percées électorales réalisées à partir de 1983 ont permis au FN de s’imposer sur la carte politique. En 1984, le FN a remporté dix sièges au Parlement européen avec 11 % des voix. Ce succès a conduit à un nouveau réalignement alors que d’autres factions, notamment le leader de l’extrême droite Bruno Mégret et sa Confédération des associations républicaines, ont uni leurs forces à celles du FN.

Jean-Marie Le Pen a utilisé des émissions de radio, une lettre bimensuelle aux membres et des publications, officielles et non officielles, pour construire le FN. L’hebdomadaire National Hebdo avait un lectorat de 100 000 personnes.

Afin d’attirer différentes couches de la société, la « politique du nénuphar » du parti a vu la création de groupes pour les jeunes dans les écoles et les universités, ainsi que parmi les femmes, les vétérans de l’armée, la police, les hommes d’affaires et les agriculteurs. Le parti a également lancé des initiatives culturelles et communautaires telles que la « Fête Bleu, Blanc, Rouge » et le défilé annuel du 1er mai devant une statue de Jeanne d’Arc à Paris.

Le parti est passé de 10 000 membres en 1983 à 70 000 à 80 000 en 1993, dont plus de trois fois plus de dons.  Après l’élection présidentielle de 1988, le parti est devenu plus discipliné et plus professionnel. Jean-Marie Le Pen: « Nous avons reconstruit la droite. Nous avons donné à cette famille politique quelque chose qu’elle n’avait pas, la continuité et la durabilité ».

Racisme et immigration

L’immigration a été une question centrale pour le FN, et le parti a bénéficié de l’hostilité envers les immigrants des politiciens traditionnels. Un membre fondateur du FN, l’éminent fasciste et négationniste François Duprat, a tiré les conclusions du tristement célèbre discours « Rivers of Blood » d’Enoch Powell : « Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop ».

L’immigration en est venue à être considérée comme une question « omnibus » : tout, de l’identité nationale au logement et à l’éducation, pouvait y être englobé. Les thèmes de l’ »identité » et de la « différence » ont été au cœur de la nouvelle image du racisme du FN. Le parti encourageait ses partisans à se sentir assiégés, affirmant que les citoyens français « se sentent étrangers dans leur propre pays ».

Lorsque le FN remporte des élections, c’est l’occasion de mettre en pratique sa propagande raciste. Marie-France Stirbois, conseillère municipale du FN dans la ville de Dreux, a déclaré : « Le FN est le seul parti prêt à défendre la nation française : « Si le candidat est français, il obtiendra un logement social. S’il est étranger, alors il sera mis en bas de la liste d’attente ». Le ciblage des citoyens français considérés comme « étrangers » en raison de la couleur de leur peau ou de leur religion était une extension logique de la propagande anti-immigration du FN.

La discrimination croissante à l’égard des musulmans au sein de la société française a fourni un terrain fertile au FN. Le colonialisme français a laissé un héritage de racisme profond dans le pays.

À partir de 2001, ce racisme s’est intensifié dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », qui s’est accompagnée d’une montée de l’islamophobie en France, tout comme en Grande-Bretagne et ailleurs. L’un des produits a été la législation de 2004 interdisant aux élèves musulmans de porter le foulard à l’école au motif qu’elle remettait en cause le principe de laïcité. Cette législ-ation a encouragé l’utilisation d’une rhétorique raciste et a légitimé le discours du FN, l’encou-rageant à aller encore plus loin. Cette fertilisation idéologique croisée entre la politique tradition-nelle et le FN a enraciné l’islamophobie dans la société française, un phénomène qui transcende les divisions politiques.

Stratégie

Le parti était confronté à une contradiction. Jean-Marie Le Pen savait que le succès électoral dépendait de l’acceptation du FN dans la politique générale. Mais il comprenait aussi qu’il devait s’accrocher au noyau fasciste du parti, qui avait tendance à résister à la modernisation. Il a essayé de surmonter les tensions qui en résultaient en envoyant périodiquement des signaux à sa base fasciste pour la rassurer sur le fait que ses convictions n’avaient pas changé.

Il a fait des déclarations, parfois voilées ou codées, parfois grossières et sans honte, qui indiquaient ses convictions fascistes et antisémites constantes. Ses commentaires répétés selon lesquels les chambres à gaz de l’Holocauste n’étaient qu’un « point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale » n’étaient pas un accident. De telles déclarations ont été calculées pour rallier la base dure du parti. Son adoption d’un slogan dominant du gouvernement de Vichy « Travail, Famille, Patrie » – n’était pas une coïncidence.

Ce fut l’environnement politique dans lequel Marine Le Pen a grandi. Elle est pleinement consciente des opinions de son père ainsi que de la nature et des origines du parti auquel elle a participé tout au long de sa vie politique. Elle sait que les « apartés » de son père ont été conçus pour durcir le discours, même s’ils ont rendu d’autres personnes nerveuses – les sondages d’opinion du début des années 1990 ont révélé que 73 % de l’électorat considérait le FN comme un danger pour la démocratie.

Pourtant, au fur et à mesure que le parti a remporté des succès électoraux, des arguments sont apparus au sein du parti sur la nécessité d’une modernisation plus poussée pour réaliser des percées électorales encore plus importantes.

La flexibilité idéologique du FN lui a permis d’éviter des scissions majeures pendant plus de deux décennies. Cependant, Le Pen n’était pas prêt à aller plus loin dans la modernisation, refusant de rompre complètement avec la base dure du parti. Cela a conduit à une scission en 1998 lorsque Le Pen a expulsé Mégret, qui voulait poursuivre la modernisation et préconisait de travailler avec la droite dominante.

Mégret avait critiqué l’ »isolationnisme » de Le Pen, arguant qu’il était devenu un obstacle au développement du parti. Les tensions au sein du parti et la scission qui s’en est suivie se sont produites dans un contexte de lutte des classes montante en France, qui a vu des grèves générales de masse balayer le pays en 1995.

Parallèlement à ces luttes ouvrières, de nouvelles organisations sont apparues pour s’opposer au racisme et au FN. Ces développements ont mis la pression sur le FN et ont contribué à alimenter les divisions sur la voie à suivre.

L’expulsion de Mégret a entraîné un exode des cadres et de près de la moitié des membres. Ceux qui sont partis ont ensuite formé le Mouvement National Républicain (MNR) pour contester le FN. Néanmoins, le FN a finalement conservé sa domination électorale sur le vote d’extrême droite, ce qui a conduit certains membres du FN à conclure que le parti n’avait pas besoin de nouveaux compromis pour gagner les élections.

Le FN, sous la direction de Jean-Marie Le Pen, a connu son plus grand succès lors des élections présidentielles de 2002. Le Pen a battu le candidat du Parti socialiste Lionel Jospin, atteignant le second tour contre le conservateur Jacques Chirac.

Le FN a remporté cinq millions de voix. Ce résultat a mis en évidence le déclin de la confiance dans la politique traditionnelle – le second tour avait toujours été disputé entre les partis traditionnels dans le passé.

La percée du FN a créé un énorme contrecoup, avec des protestations de masse dans les rues de Paris et d’autres villes de France. Cette révolte populaire a conduit Marine Le Pen à réévaluer la stratégie du parti. Son père avait été le principal atout du parti pendant près de quatre décennies, mais il était désormais devenu un obstacle à l’élargissement de son soutien.

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01 décembre 2020 ~ 0 Commentaire

le pen 2 (socialist worker)

fachos milice

L’ère de Marine Le Pen

La France est entrée dans le 21è siècle comme la septième économie mondiale.

Toutefois, comme en Grande-Bretagne et dans d’autres grandes puissances européennes, certaines régions souffrent de désindustrialisation et de pauvreté extrême . Il s’agit, par exemple, de pans entiers du nord de la France et des banlieues entourant les grandes villes, où vivent les plus pauvres de la société française, dont beaucoup d’origine immigrée.

Ces communautés sont confrontées à l’isolement économique et à de mauvaises conditions de logement, ainsi qu’au racisme d’État et au harcèlement policier. L’absence de moyens contre ces inégalités a entraîné un déclin du vote des partis traditionnels, ce qui a permis au FN de devenir le troisième parti le plus important.

L’élection de Marine Le Pen à la tête du parti en 2011 a marqué à la fois une rupture avec l’héritage politique de son père mais aussi une continuité avec les idées de l’ancien FN. Elle a remporté un premier siège de conseillère régionale dans le Nord-Pas de Calais en 1988. En 2017, elle a été élue à l’Assemblée nationale dans la région du Pas de Calais, une ancienne zone minière qui a souffert de la désindustrialisation et du chômage, un bastion de gauche.

Son père a facilité son ascension grâce à la direction du parti, la nommant vice-présidente du FN en 2003, alors qu’elle avait été 34e aux élections du parti. Elle a remporté le poste de leader contre Bruno Gollnisch, représentant de longue date de la vieille garde du parti, en obtenant 67,65 % des voix.

Elle a fait l’éloge de son père dans son discours d’arrivée, citant sa « fermeté, son âme noble, sa persévérance, la vision et la bravoure ». Son père qui a financé sa campagne présidentielle de 2017 avec un prêt de 6 millions d’euros, même après qu’elle l’ait expulsé du parti.

Marine Le Pen a une grande visibilité médiatique et est souvent traitée comme une célébrité de la télévision.

Elle a intitulé son programme présidentiel 2012 : « Mon projet, pour la France et pour le peuple français ». Pour la campagne présidentielle de 2017, elle a simplement utilisé son prénom sur la publicité et a changé l’emblème du parti , une flamme tricolore (à l’origine inspirée du parti fasciste italien, Movimento Sociale Italiano MSI, pour une rose.

Après avoir atteint le second tour contre le candidat du centre de gravité Emmanuel Macron, elle a annoncé, deux semaines avant le vote final, qu’elle se retirait de la présidence du FN, en disant « Ce soir, je ne suis plus la présidente du Front national. Je suis la candidate à la présidence française ». L’élection de 2017 lui a permis de remporter plus de 10,6 millions de voix.

Marine Le Pen s’est engagée depuis longtemps dans la stratégie de dédiabolisation et son leadership représente une nouvelle phase, plus profonde, dans ce processus. Sa « Génération Le Pen » s’articule autour de ses jeunes membres qui souhaitent moderniser le parti.

Dans le cadre de cette stratégie, elle a tenté de prendre ses distances avec les membres du parti qui expriment des opinions plus extrêmes et qui participent à des actes de violence dans la rue. Comme le dit Wallerand de Saint-Just, le trésorier du parti : « Toute phrase maladroite ou malheureuse peut nous tuer. Et Marine Le Pen n’en est que trop consciente ».

Elle a également été l’instigatrice de changements dans les alliances internationales du parti, en retirant le parti d’un groupement européen avec d’autres partis fascistes. Elle n’appelle plus à une sortie de l’UE, s’engageant plutôt à la changer de l’intérieur. Elle considère la Russie comme un allié, affirmant qu’elle partage ses « valeurs sociales ». Elle a proposé « un axe nationaliste Washington-Paris-Moscou » avec Donald Trump et Vladimir Poutine.

Mais elle aussi a également dû maintenir un équilibre délicat. Elle veut conserver la base que le parti a construite au cours des décennies, tout en gagnant de nouveaux partisans. Lorsqu’elle s’exprime, elle continue à donner des signaux au hardcore du RN.

Racisme et Marine Le Pen

Les récents attentats terroristes ont permis une escalade toujours plus importante du racisme à l’encontre des musulmans. Marine Le Pen a cherché à en tirer parti, en présentant les musulmans de France comme des personnes qui alimentent le terrorisme et en affirmant que la France multiculturelle était devenue « une université pour les djihadistes ».

les auteurs des attentats terroristes : « Ces monstres sont aussi les enfants de la diversité ». L’islamophobie est si profondément ancrée au sein de la classe dirigeante française, et dans toute la société française, qu’elle fausse les politiques et les pratiques des partis et des mouvements de tout l’éventail politique.

La représentation de l’islam comme une religion arriérée, intrinsèquement oppressive pour les femmes et un défi à la laïcité, est devenue une vision de bon sens. En prétendant défendre les valeurs républicaines de laïcité lorsqu’elle attaque l’Islam, Marine Le Pen gagne à la fois la légitimité de son islamophobie et positionne le FN comme un défenseur de la République française, plutôt qu’un défi contre-révolutionnaire à celle-ci.

L’absence d’une opposition soutenue à l’islamophobie lui a permis de gagner en légitimité, même parmi certaines féministes et sections de la gauche. .

Marine Le Pen n’a pas inventé le récit raciste contre les musulmans, qui fait passer le sexisme de la société pour un produit de l’Islam, de l’immigration et du multiculturalisme. Cependant, en tant que femme dirigeante politique, elle a réussi à armer cette racialisation du sexisme, en affirmant que la société multiculturelle et l’immigration « font reculer les femmes de plusieurs siècles ».

Antisémitisme

L’antisémitisme fait toujours partie intégrante de la vision du monde de Marine Le Pen. Sa défense de la laïcité a pour effet de cibler implicitement les juifs pratiquants. Lorsqu’elle dénonce la fourniture de viande halal dans les écoles, elle inclut également la nourriture casher. Pourtant, elle déclare avoir rompu avec l’antisémitisme auquel le parti a adhéré dans le passé. Son ancien partenaire, Louis Aliot, élu maire de Perpignan (RN) en 2020, affirme :

C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. C’est la seule chose… Dès que vous brisez cet étau idéologique, vous libérez le reste. C’est tout ce qu’il y a. Marine Le Pen est d’accord avec cela. Elle n’a pas compris pourquoi et comment son père et les autres n’ont pas vu qu’il y avait une erreur sur le parti.

Elle a expulsé son père du FN en août 2015 pour ses commentaires répétés qui nient l’Holocauste, bien qu’elle lui ait trouvé des excuses jusqu’en 2014, en disant « Je suis convaincue que le sens attribué à ses paroles provient d’une interprétation malveillante ».

Elle refuse cependant de condamner le gouvernement de Vichy ou les collaborateurs nazis français. Elle a déclaré que la France n’était pas responsable de la déportation notoire, en 1942, de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs du Vélodrome d’Hiver de Paris vers les camps de la mort nazis, malgré l’implication de la police française.

La prétendue défense du peuple juif est également utilisée pour légitimer les attaques contre les musulmans, qui sont supposés être antisémites. Elle a déclaré que la communauté juive « n’a rien à craindre du FN » et a affirmé qu’elle « devrait pouvoir se tourner vers nous pour obtenir un soutien » parce qu’elle a « été de plus en plus victime d’attaques de la part de radicaux islamiques ».

La théorie du « grand remplacement

Marine Le Pen a déclaré qu’elle ne souscrivait pas à la théorie du « grand remplacement », popularisée par Renaud Camus et privilégiée par l’extrême droite au niveau international. Cette théorie prétend que les populations occidentales blanches seront « remplacées » par les migrants entrants et leur progéniture.

Pourtant, les propos de Marine Le Pen sur l’immigration, par exemple lorsqu’elle parle de « submersion migratoire », découlent directement de ce point de vue. Cette position se reflète également dans son soutien à la « préférence nationale », selon laquelle les allocations familiales ne devraient être versées qu’aux familles « ayant au moins un parent français ».

Marine Le Pen utilise constamment le glissement vers la droite des politiques générales sur ces questions pour pousser l’idéologie et les politiques encore plus loin vers la droite. Lors de l’élection présidentielle de 2017, elle a fait naître des préjugés anti-immigrants en utilisant un langage similaire à celui de son père : « Il suffit de regarder les intrus du monde entier venir s’installer chez nous… Ils veulent transformer la France en un squat géant ».

Qui soutient Marine Le Pen ?

Le nombre de membres du FN a considérablement augmenté sous Marine Le Pen.

Le racisme a été la principale motivation des électeurs du FN et du RN. Les électeurs de Jean-Marie Le Pen étaient constamment plus « intolérants » que les autres électeurs sur des questions telles que l’immigration et la peine de mort. « Les recherches sur les candidats aux élections du FN révèlent que peu de choses ont changé aux niveaux local et régional, indépendamment de la volonté des dirigeants d’être respectables.

Une étude a révélé que « lors des élections départementales de 2015, 104 candidats du FN ont  été poursuivis pour des commentaires ouvertement racistes, homophobes et antisémites ». Dans un sondage auprès des partisans du FN, la moitié des personnes interrogées ont déclaré que l’expression « sale Arabe » n’était « pas condamnable ». L’expression « sale juif » ne l’était pas non plus pour 36 % d’entre eux.

Des études suggèrent que la base électorale du FN a été principalement constituée par les commerçants et les petits propriétaires agricoles ainsi que par des propriétaires de petites entreprises et des travailleurs indépendants. La base sociale de soutien du FN, ses racines historiques et sa vision idéologique du monde montrent que le FN de Jean-Marie Le Pen était au cœur un parti fasciste, mais qu’il a réussi à attirer le soutien de courants d’extrême droite plus larges.

Sous la direction de Marine Le Pen, le parti a maintenu et développé son soutien traditionnel. Par exemple, elle a obtenu le soutien de 51 % de la gendarmerie – la police militarisée de la France – lors de l’élection présidentielle de 2017.

Elle dirige un parti qui conserve son noyau de cadres fascistes, bien qu’affaibli, mais elle a également gagné des électeurs et des membres au RN sur la base qu’il n’est plus identifié avec le fascisme et la négation de l’Holocauste.

Cela a permis au parti de s’implanter dans des domaines qui n’étaient pas auparavant associés à l’extrême droite. Par exemple, des études montrent qu’il y a eu une augmentation du soutien au RN parmi les électeurs âgés de 18 à 24 ans.

Il est également prouvé que l’écart historique entre les sexes parmi les électeurs du parti a été presque entièrement comblé. Une étude a montré que l’écart entre les sexes est passé d’une différence de sept points entre les femmes et les hommes lors des élections présidentielles de 1988 et 1995 à un seul point en 2012.

Dans les années 1980, seulement 20 % des membres du parti étaient des femmes ; en 2012, les femmes représentaient 45 %. Marine Le Pen a été la première dirigeante d’un parti d’extrême droite à élargir son attrait auprès des femmes en mettant en avant le genre dans sa campagne.

Elle se présente comme une mère célibataire qui travaille, étrangère dans un monde dominé par les hommes. Cependant, les apparences peuvent être trompeuses : la direction du parti reste extrêmement dominée par les hommes. Après le congrès de 2018 du parti, elle était la seule femme au sein de l’exécutif du parti, et seuls 12 des 43 membres du bureau national étaient des femmes.

Un certain nombre de commentateurs en ont conclu que le FN a gagné des sièges dans les anciennes zones industrielles du nord, ce qui lui permet d’attirer le soutien de la classe ouvrière. Nous devons faire attention à ne pas exagérer cette évolution.

L’effondrement des industries lourdes et l’affaiblissement des syndicats et des organisations socialistes au cours des 40 dernières années ont entraîné la dislocation de nombreuses personnes de ces communautés et liens avec leurs origines de classe.

Des décennies de chômage élevé et de privations ont laissé beaucoup de personnes en marge de l’économie, et un nombre encore plus important d’entre elles sont devenues des travailleurs indépendants. Le FN peut gagner des voix parmi la petite bourgoisie et le lumpenprolétariat dans ces régions. Pourtant, malgré tous les discours sur la représentation des « Français oubliés », une étude de cas sur la base de vote du FN réalisée par l’universitaire française Christèle Marchand-Lagier montre qu’elle n’a pas changé de manière significative :

Les catégories les plus ouvertes au vote du FN restent les plus socialement stabilisées, pour la plupart des salariés, et pas nécessairement les plus précaires financièrement. Contrairement au discours diffusé par les dirigeants du FN, ce parti n’est pas le parti des marginaux, des classes populaires ou des groupes vivant dans la précarité. Ces groupes s’abstiennent dans une bien plus large mesure que de voter FN.

Le processus de modernisation des FN a également conduit à l’expulsion ou à la marginalisation des combattants de rue et des néonazis ouverts. Un processus similaire s’est déroulé au sein du Parti national britannique et des démocrates suédois mal nommés, et il se déroule actuellement au Jobbik en Hongrie.

Marine Le Pen a été heureuse d’utiliser les éléments violents du parti comme fantassins pour ses campagnes, mais elle s’en est consciemment distancée lorsqu’ils sont devenus un handicap électoral. Par exemple, au cours de sa première année à la tête du parti, elle a annoncé que les skinheads n’étaient pas les bienvenus lors de la marche du 1er mai.

Des groupes plus ouvertement fascistes sont toujours liés au FN. Par exemple, l’organisation skinhead Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires a assuré la sécurité des événements du FN.

Elle s’inscrit dans la stratégie électorale qui domine le parti depuis les années 1980. Elle a maintenant travaillé plus longtemps dans un milieu politique électoraliste qu’au sein d’une organisation qui se considérait comme contestant ouvertement le système.

La principale ligne de faille dans le RN se situe aujourd’hui entre ceux qui soutiennent la campagne électorale de Marine Le Pen et une partie du parti qui soutient toujours la stratégie adoptée par Jean-Marie Le Pen. Un exemple très visible est celui de Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen et rivale potentiel-le qui a évoqué un possible retour à l’activité politique.

Maréchal veut que le parti se batte sur un programme idéologique plus dur et est mécontente de toute concession sur le rôle traditionnel des femmes dans la famille, l’avortement et les droits des LGBT+, par exemple.

Il existe des divisions et des tensions autour de nombreuses questions dans un parti de masse de longue date comme le RN. Ses dizaines de milliers de membres ont des priorités politiques et une histoire différentes au sein de l’extrême droite. Il peut s’agir de questions moins centrales mais néanmoins controversées, comme le changement de position du parti sur l’UE et sa position sur l’intervention de l’État pour sauver des emplois.

Marine Le Pen espère contenir ces tensions à l’approche du grand test de la prochaine élection présidentielle. Il lui sera plus facile de maintenir sa domination si elle remporte des succès électoraux. C’est sous-estime à la fois l’héritage du passé du parti. En outre, d’autres forces politiques pourraient se faire remarquer au sein du parti en cas de graves défaites électorales. Il serait insensé de supposer que, dans une crise politique ou économique profonde, il est hors de question de se tourner vers la construction d’un mouvement de rue.

Conclusion

Marine Le Pen vise résolument l’élection présidentielle de 2022. La popularité du président Macron a fortement chuté depuis le début de sa présidence ; les taux d’approbation sont passés de 60 % à 38 % à la fin du mois de juillet 2020.

Le projet néolibéral de Macron visant à résoudre les problèmes du capitalisme français a fait face à des vagues successives de résistance. Le mouvement des Gilets Jaunes (Gilets jaunes) s’est d’abord développé en opposition aux taxes sur les carburants, mais il s’est ensuite attaqué à des questions plus larges concernant les politiques de Macron et les inégalités dans la société française (Le RN a tenté d’influencer les groupes locaux des Gilets Jaunes avec un succès limité).

Le projet de Macron d’attaquer les droits à pension de millions de travailleurs a provoqué des actions de masse des travailleurs à partir de décembre 2019 à un niveau jamais vu depuis des décennies. Le blocage de Covid-19 a bloqué les luttes mais la gestion de la pandémie par Macron ne fait qu’ajouter à ses problèmes, et maintenant une nouvelle crise économique se profile à l’horizon.

Marine Le Pen espère que les difficultés de Macron et l’échec de son projet politique donneront une ouverture au RN, mais elle se heurte à une contradiction en essayant d’exploiter l’opposition à Marcon. Les luttes ouvrières, les Gilets Jaunes et, plus récemment, le mouvement Black Lives Matter, qui a amené de nouvelles forces dans les rues pour contester le racisme dans la société française, la menacent également. Ces mouvements ouvrent de nouvelles possibilités pour construire une organisation de front unique à large assise* qui pourrait la  défier.

Le Covid-19 pose également des problèmes à Marine Le Pen. Sa première réaction a été de soutenir les actions de Macron, ce qui a entraîné une chute des sondages, elle s’est donc tournée vers la critique.

Elle a racialisé la crise sanitaire, blâmant l’immigration pour la propagation du virus et plaidant pour la fermeture des frontières, tout en montrant son soutien aux théories de conspiration populaires au sein de sa base. Un sondage a montré que 40 % des membres de RN pensaient que le Covid-19 était « conçu intentionnellement dans un laboratoire ». Elle a publié un livre au cours de l’été 2020 condamnant la gestion de la crise par le gouvernement, intitulé « Le livre noir du coronavirus » : Du Fiasco à l’abîme.

Les dernières élections locales et régionales ne se sont pas bien déroulées pour le RN. Bien que la victoire de l’ancien allié de Le Pen, Louis Aliot, au siège de maire de la ville de Perpignan, ait fait la une des journaux, sa campagne a pris ses distances avec le parti et son chef.

Ailleurs, le vote pour le RN a été en baisse. Les problèmes du parti sont aggravés par ses énormes dettes, qui ont conduit à un prêt controversé d’une banque russe, et par des enquêtes de longue date sur des allégations de fraude et de mauvaise utilisation des fonds européens, qui ont conduit le parti à perdre des subventions publiques.

Ces revers ont conduit certains à conclure que le RN a atteint la limite de son succès. De telles déclarations ont été faites chaque fois que la chance du parti a fondu. Néanmoins, les sondages placent toujours Marine Le Pen en deuxième position lors de l’élection présidentielle, et affirmer que le RN est fini est à la fois prématuré et dangereux.

L’histoire a montré que les crises peuvent propulser les organisations fascistes en avant lorsque les gens sont désillusionnés par les options politiques dominantes et cherchent des alternatives.

Tous les ingrédients des multiples crises politiques et économiques existent en France. Le RN a le potentiel pour tirer profit de cette situation. Une victoire de Marine Le Pen renforcerait la confiance de l’extrême droite et des fascistes dans le monde entier, tout comme une défaite constituerait un revers important. L’enjeu est de taille.

6 octobre 2020 Judith Orr

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Note:

Une organisation de front unique à large assise* fait réference aux campagnes « monstrueuses »  que savent construire les camarades anglais: telle la « Poll Tax » et celles contre les guerres impérialistes. 

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30 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

en finir! (révolution permanente)

macron flics

En finir avec l’offensive autoritaire de Macron et la 5è République qui lui donne les pleins pouvoirs !

Le tournant autoritaire de Macron inquiète jusque dans son propre camp. Le pays est dirigé depuis un conseil de défense, qui mène une « guerre » liberticide, usant de tous les leviers les plus antidémocratiques de la Vème république. Plutôt que de sa force, ces attaques témoignent des faiblesses du gouvernement et d’un pourrissement du régime.

La république en marche vers « L’État autoritaire »

Depuis le début de son quinquennat, Macron entend avancer dans les réformes néo-libérales en France. Pourtant, après 3 ans, force est de constater que son projet réactionnaire a été freiné, d’abord par la révolte des Gilets jaunes, puis par la grève historique contre la réforme des retraites, et enfin par la pandémie qui a mis en lumière les profonds problèmes de l’hôpital public causés par ces mêmes réformes. Aussi, il ne reste plus au gouvernement qu’à tenter d’imposer un saut autoritaire pour tenter de contenir tout risque d’explosion sociale. Liberté de manifester, liberté d’expression, liberté d’association, liberté religieuse, liberté de la presse, liberté académique, toutes sont ainsi remises en question.

Face à ces attaques, une large mobilisation démocratique commence cependant à se développer, rassemblant notamment étudiants, journalistes, associations de défense des droits de l’homme, collectifs, partis et syndicats. « État de Droit, libertés floutées » affichait la une de Libération du 20 novembre. Lors des deux rassemblements qui ont eu lieux à Paris les 17 et 21 novembre, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, et la police a violemment réprimé, notamment des journalistes. On pouvait alors lire sur les pancartes « La république en marche vers l’État policier », « démocratie floutée », ou encore « je n’arrêterai jamais de filmer ».

Le 23 mars dernier, la loi sur l’état d’urgence sanitaire était votée, laissant les mains libres au gouvernement pour appliquer des mesures inédites telles que le confinement de la population, justifiées par la crise sanitaire et l’état catastrophique des hôpitaux publics. Certaines de ces mesures ont souvent été uniques en Europe, comme le fait de devoir rédiger des attestations de déplacement qui n’a été mise en place qu’en France et en Italie.

Depuis, le pays est dirigé par un conseil de défense dont les échanges sont tenus secrets, réunissant le Président, quelques ministres, des experts et des responsables de l’appareil militaro-policier. Macron, chef d’état bunkerisé (au sens propre comme au figuré, les premières réunions du conseil s’étant tenues au PC Jupiter), ne s’embarrasse pas de délibérations parle-mentaires pour décider de mesures aussi graves que la contravention aux allées et venues de la population, et de la militarisation de l’espace public, la réunion du 30 octobre ayant fait passer les effectifs de l’opération sentinelle de 3 000 à 7 000 soldats.

A cette gestion autoritaire de la crise sanitaire, s’est superposé un volet sécuritaire depuis juillet dernier, renforcé par l’instrumentalisation de l’assassinat horrible de Samuel Paty, à la veille du deuxième confinement. Loi sur le « séparatisme », dissolution d’associations musulmanes luttant contre les discriminations, loi de programmation de la recherche qui promet de la prison ferme en représailles des mobilisations étudiantes, loi Sécurité Globale visant à empêcher la diffusion d’images de violences policières, tout en généralisant la surveillance vidéo de la population… un ensemble de dispositions qui semblent viser un ennemi intérieur, combattu depuis le conseil de défense… mais qui n’est clairement ni le coronavirus, ni les terroristes.

De fait, alors que le chômage et la pauvreté explosent, et que le gouvernement se voit contesté sur sa gestion catastrophique de l’épidémie, impossible de ne pas voir dans ces attaques une volonté d’anticiper de futures explosions sociales incontrôlées. Alors que le spectre des gilets jaunes continue de hanter l’exécutif, la crainte de la « gilet jaunisation » de la crise sanitaire est profonde et la presse patronale s’en fait bien souvent le relais.

Dès lors, ce renforcement autoritaire n’est pas un signe de force mais bien plutôt de faiblesse, symptôme de la décadence d’un régime incapable de susciter l’adhésion, sous les coups de la crise sanitaire et économique. Et l’élargissement des secteurs visés par la répression, des quartiers populaires aux « mouvements sociaux » et des « mouvements sociaux » à des secteurs aussi essentiels pour la stabilité du régime tels que l’université ou les médias est loin de se faire sans contradictions.

En octobre dernier, l’offensive islamophobe du gouvernement a beaucoup indigné à l’interna-tional, notamment dans les pays à majorité musulmane, mais elle a aussi suscité de vives réactions de la part de piliers médiatiques du néo-libéralisme comme le New York Times, le Washington Post et le Financial Times. Ces institutions à rayonnement international de la presse bourgeoise anglo-saxonne ont fortement critiqué les attaques faites aux musulmans suite à l’assassinat de Samuel Paty, tandis qu’en France la Conférence des Présidents d’Universités dénonçait les propos de Jean-Michel Blanquer associant les universités à l’« islamo-gauchisme ».

Plus récemment, c’est la loi Sécurité Globale qui cristallise les oppositions à ce renforcement autoritaire, en France comme à l’extérieur. Dans un récent édito du Monde, le directeur du journal demande « de suspendre l’examen de la proposition de loi » sécurité globales et note que « de l’affaire Benalla aux violences commises à l’encontre des « gilets jaunes », de la faiblesse camouflée en autoritarisme de Christophe Castaner aux démonstrations de force non maîtrisées de Gérald Darmanin, le pouvoir en place éprouve une difficulté majeure à se tenir à l’intérieur d’une conception républicaine du maintien de l’ordre », tandis que la Défenseure des Droits fustige un texte qui porte atteinte aux « droits fondamentaux ».

A l’international, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a lui aussi énergiquement critiqué le texte. Au point que dans le camp du macronisme lui-même règne un certain malaise. Au parlement, une partie des élus Modem ont défendu la suppression de l’article le plus polémique de la loi, au sujet de la diffusion d’images de la police, tandis que la majorité se tend face aux injonctions de Darmanin à durcir le projet.

Comme un révélateur à grande échelle de ce que les personnes qui se sont mobilisées ces 4 dernières années savent pertinemment, le gouvernement apparaît aujourd’hui comme un ennemi déclaré de nos droits démocratiques les plus élémentaires.

Dans sa logique de contre-révolution sociale, le macronisme est obligé de pousser jusqu’au bout les mécanismes totalement anti-démocratiques et réactionnaires de la Ve République, sur fond de scandales de corruption, à l’image de la tentative de création artificielle d’un syndicat lycéen pro-gouvernement, arrosé de plusieurs dizaines de milliers d’euros de deniers publics.

Ce rouleau-compresseur de la « nécessité » incarné aujourd’hui par Macron, l’était hier par Hollande qui usait du 49.3, légiférait par ordonnance et a gouverné de novembre 2015 à la fin de son mandat sous état d’urgence. Le sociologue Thomas Seguin rappelle ainsi dans un article du 21 novembre que :

« Ces 5 dernières années et quelques mois d’ici février, soit 1930 jours, la France a vécu sous un régime d’exception pendant 969 jours, soit près de la moitié du temps. Depuis 5 ans, nous avons plus vécu dans un état d’exception suspendant l’exercice démocratique que sous un régime normal de fonctionnement démocratique de la République. » tout en notant que « cet état d’exception permet aux autorités de restreindre les libertés, d’interdire la libre circulation des individus, de réquisitionner des locaux, et surtout d’assigner à résidence des individus jugés comme « perturbant l’ordre public » »

Quand la République tue les prétentions démocratiques de la République

Du Conseil Constitutionnel, qui acte le 28 mai 2020, la possibilité pour le gouvernement de faire passer des ordonnances sans les faire voter par le Parlement, à l’utilisation de l’article 44 de la Constitution pour évincer les amendements votés par le Parlement, en passant par le fameux article 49.3, utilisé pour passer la réforme des retraites en force, c’est bien sur les règles de la 5è République que s’appuie l’offensive du gouvernement. Interviewé par Jean-Dominique Merchet, l’historien Nicolas Roussellier décrit ainsi le fonctionnement récent de l’exécutif :

« On observe un fonctionnement “parfait” de la 5è République, parfait dans le sens de sa propre logique. (…) On observe (…) la mise au point d’une technologie de la décision qui s’éloigne des vieux principes républicains de la responsabilité et du contrôle. L’organisation des conseils de défense à l’Elysée a réglé la question de bicéphalie de l’exécutif entre le Président et le Premier ministre.

Le Conseil des ministres devient un mécanisme sans ressort, sans grande importance. Au Conseil de défense, le Président convoque qui il veut et il ne doit pas s’expliquer devant le Parlement. On tend vers ce que l’on pourrait appeler un décisionnisme parfait, en éliminant le débat parlementaire contradictoire, libre et approfondi. »

Le 10 novembre dernier, Frédéric Lordon décrivait ainsi la situation comme un « sas vers le fascisme » et notait : « On ne voit plus que la république du sas, la république qui conduit à la non-république, à la manière de Les Républicains appelant au démantèlement du droit républicain, et des Républicains En Marche vers la démolition, pièce par pièce, de la république. ».

Ce mécanisme décrit par le philosophe fait écho à la description que le révolutionnaire Léon Trotsky donnait du bonapartisme décadent en France, dans les années 1930, à un autre moment de crise sociale et politique, suite à l’arrivée de la Grande Dépression en France.

En 1934 il écrivait : « Dirigée par la grande bourgeoisie, la France sombre dans la décompo-sition du monde capitaliste. Dans les couches dirigeantes de la société, dans toutes les institu-tions du régime, les scandales pullulent, la corruption des riches s’étale. Pour les ouvriers, c’est le chômage grandissant ; pour les petits paysans, c’est la ruine ; pour tous les exploités, c’est la misère accrue.

Le capitalisme agonisant a fait faillite. Et pour essayer d’échapper à cette banqueroute historique, les classes dirigeantes n’ont qu’un plan : encore plus de misère pour les masses laborieuses ! Suppression de toutes les réformes, même les plus minimes ! Suppression du régime démocratique ! ».

Ce constat a de quoi terrifier tous les démocrates sincères : ce qui détruit la démocratie, c’est la « démocratie » elle-même, supposément incarnée dans la constitution de la 5è république. Celle-ci montre chaque jour un peu plus sa vraie nature : éloigner le plus possible les masses des mécanismes du pouvoir, de l’appareil gouvernemental.

La toute-puissance de la fonction présidentielle en est l’incarnation la plus évidente, en permettant de diriger comme un quasi-monarque sans avoir de comptes à rendre ni au parlement, ni à un quelconque organisme élu au suffrage universel. Et que dire de l’existence du Sénat, qui n’est pas élu au suffrage universel et a comme fonction historique d’éviter tout possible débordement de l’assemblée ?

Cette chambre a ces dernières semaines eu pour rôle d’aggraver considérablement à droite le projet de Loi de la Programmation de la Recherche et de remettre la réforme des retraites à l’ordre du jour, alors que la très grande majorité de la population s’y oppose. Face à la polarisation sociale grandissante, ce à quoi nous assistons n’est que l’application, poussée à l’extrême, de la constitution de la 5è république, dans laquelle le parlement a un rôle cosmétique face à une Présidence qui peut gouverner en s’appuyant simplement sur l’appareil militaro-policier, comme c’est le cas actuellement. (Résumé voir le lien)

29 . 11 . 20

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