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17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

dirigeants (psl.be)

rouge

Les dirigeants d’entreprises américains effrayés par les socialistes

‘‘Je suis un capitaliste, et même moi je pense que le capitalisme est brisé.’’ Tel était le message de Ray Dalio, responsable d’un des plus grands fonds spéculatifs au monde, Bridgewater Associates, dans un manifeste publié en avril de cette année.

Dialo s’inquiète, comme tant d’autres dirigeants américains, des critiques croissantes contre le capitalisme. Il craint une ‘‘certaine forme de révolution’’. Ses déclarations font écho à d’autres. L’ancien directeur de la société financière BlackRock, Morris Pearl, défend ainsi que les riches payent plus d’impôts : ‘‘Étant donné le choix entre les fourches et les taxes, je choisis les taxes.’’

Leur pire cauchemar

‘‘Le capitalisme tient les PDG éveillés la nuit’’, a titré le Financial Times pour résumer la situa-tion. ‘‘Pourquoi les grands capitalistes américains semblent-ils si mal à l’aise aujourd’hui, dix ans après la crise financière mondiale, après avoir vu les marchés boursiers et les bénéfices atteindre de nouveaux sommets et avec un président républicain qui réduit l’imposition des entreprises et allège les réglementations fiscale à l’envi ?’’ a demandé le magazine.

‘‘La crainte est réelle qu’il soit désormais légitime de parler d’idées socialistes, de la gauche (…) et de l’étranglement de l’économie de marché’’, fut l’une des réponses. ‘‘Ce qui les effraie vra-iment, ce sont les sondages qui montrent que les jeunes sont de plus en plus à l’aise avec le socialisme comme moyen d’organiser l’économie’’, a répondu Darren Walker de la Fondation Ford.

Patrons et politiciens capitalistes, parmi lesquels Trump, sont préoccupés par l’atmosphère anticapitaliste, mais aussi par le soutien croisant au socialisme.

L’hebdomadaire le plus important des capitalistes, The Economist, a publié un article indiquant que 51 % des jeunes de 18 à 29 ans ont une opinion positive du socialisme aux Etats-Unis. En janvier dernier, Trump a déclaré dans son discours annuel sur ‘‘L’état de l’Union’’ que les Etats-Unis ‘‘ne seront jamais un pays socialiste’’. En avril, lors du lancement de sa campagne électorale pour 2020, il a annoncé: ‘‘Nous allons faire la guerre à certains socialistes’’.

Des salaires 1 000 fois plus élevés

L’atmosphère provenant ‘‘d’en bas’’ résulte de la politique néolibérale et de la crise capitaliste (sociale, environnementale, démocratique, etc.). Pour The Economist, ce sentiment opposé aux inégalités, à la dégradation de l’environnement et au régime anti-démocratique de l’élite est grandissant.

Les cadres supérieurs sont au centre du débat. Il y a 40 ans, le dirigeant d’une grande entreprise aux États-Unis gagnait 30 fois plus que le salaire médian d’un employé. Leur salaire est 254 fois plus élevé aujourd’hui ! Dix dirigeants gagnent même 1 000 fois plus !

Un vrai programme socialiste

Bernie Sanders se définit socialiste. Il refuse l’argent des grandes entreprises et défend des systèmes gratuits de soins de santé et d’enseignement. Cela a fortement joué pour ce regain d’intérêt envers le socialisme. De plus en plus de politiciens du Parti Démocrate tentent de suivre ses traces, comme Alexandria Ocasio-Cortez. L’organisation DSA (Democratic Socialists of America) s’est très rapidement développée et a également obtenu des élus au conseil municipal de Chicago. (Et des députés locaux et fédéraux blog)

The Economist exhorte les libéraux à s’opposer au socialisme. Pour le magazine, la moindre augmentation de taxe conduira à une fuite des capitaux. Cela illustre les faiblesses de propo-sitions de réformes qui semblent raisonnables. Même très riche trio Bill Gates, Charlie Munger et Warren Buffett est arrivé à la même conclusion dans une récente interview télévisée consacrée au socialisme. Bill Gates a expliqué que les propositions de Sanders et Ocasio-Cortez ne sont pas socialistes, elles représentent un ‘‘capitalisme avec un certain niveau de taxation’’.

L’évolution récente de la Suède – d’un modèle de réformes progressistes à des contre-réformes antisociales – souligne que si le pouvoir capitaliste et la propriété privée des moyens de production ne sont pas renversés pour donner naissance au socialisme démocratique, les capitalistes riposteront par des privatisations, des inégalités accrues et une dégradation du bien-être.

Les nouveaux courants socialistes sont un signe de fraîcheur, mais ils doivent encore aller plus loin. Pour sauver le climat et satisfaire les besoins populaires en termes de logement, de salaires, de soins, d’éducation,… les grandes entreprises et les banques doivent être expro-priées et placées sous le contrôle démocratique de la collectivité. Le risque que l’intérêt d’aujourd’hui pour le socialisme conduise à une telle évolution est ce qui effraie le plus les dirigeants des grosses entreprises.

Tout comme aux Etats-Unis, la radicalisation en cours n’en est encore qu’à ses débuts. Elle s’amplifiera avec de nouvelles luttes, mais aussi, en Chine, en réaction à la répression et aux ‘‘aveux’’ forcés. (Résumé)

15 juin 2019

https://fr.socialisme.be/

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17 juin 2019 ~ 0 Commentaire

libérez gael ! (npa)

gael

Gaël a passé la nuit en garde à vue.
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Toutes les motions, communiqués ou expressions publiques de soutien sont évidemment les bienvenus (organisations syndicales, politiques… voir nouvel exemple). Le succès du rassemblement de soutien de demain sera évidemment déterminant pour celles et ceux qui seront sur la région parisienne.
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Gaël et ses 150 collègues en grève depuis bientôt 15 mois ont engagé un bras de fer avec la direction de La Poste, qui dépense tant et plus en huissiers et vigiles pour anéantir cette grève plutôt que de signer un protocole de fin de conflit : 10 millions d’euros ont été dépensés par La Poste pour tenter d’écraser les grévistes… en vain !

Voilà pourquoi P. Wahl le PDG de La Poste et tous ses valets font appel à l’Etat et en l’occurrence à son bras armé la police pour arbitrer un conflit du travail.

Gaël n’a pas été le seul inquiété : les policiers se sont également présentés au domicile d’un deuxième gréviste, et à celui d’un journaliste indépendant, présent sur les lieux au Siège nationale de La Poste vendredi lors de l’évacuation des grévistes qui exigeaient des négociations!

Après plusieurs semaines de négociations, alors qu’un accord était à portée de main, La Poste a choisi mardi dernier d’imposer un ultimatum aux grévistes, en menaçant d’annuler toutes les avancées négociées jusqu’ici, et en voulant imposer la possibilité de sanctionner tous les grévistes et leurs représentants après la grève.

La colère qui nous anime ce soir n’a d’équivalent que notre détermination à faire libérer Gaël ET à gagner cette grève historique.

Gaël, dès demain, tes collègues, tes camarades, toutes et tous les soutiens, tes amiEs seront sur le pied de guerre.

Nous exigeons la libération immédiate de Gaël et l’abandon de toutes les poursuites !

12h30 lundi 17 juin, devant la Sûreté territoriale, 3 rue Riquet 19ème Paris.

(Gael a été libéré à 13H)

Lire aussi:

L’État doit libérer Gaël Quirante, et La Poste céder aux revendications des grévistes du 92 ! (NPA)

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15 juin 2019 ~ 0 Commentaire

grèves des femmes (révolution permanente)

Lire aussi:

La grève féministe du 14 juin, vers un mouvement de masse en Suisse (RP)

Grève féministe anticapitaliste en Suisse ! (RP)

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15 juin 2019 ~ 0 Commentaire

profs (l’humanité)

Ben Hur, Photo 4

La précarité grandit chez les professeurs

Le dernier bilan social publié la semaine dernière par le ministère de l’Éducation nationale montre une forte hausse du nombre d’enseignants contractuels et des démissions…

Jean-Michel Blanquer va devoir ramer pour faire avaler ses éléments de langage sur « l’école de la confiance ». Loin des filouteries de communication, le récent bilan social de l’éducation nationale, publié le 4 juin, livre un regard implacable sur le phénomène de précarisation des enseignants, à l’œuvre depuis une décennie. Publié par le ministère, l’épais document de 300 pages donne un panorama précis de la situation des personnels sur l’année 2017-2018. Et confirme, notamment, une tendance inquiétante : l’explosion du nombre de professeurs contractuels au détriment des titulaires.

Les chiffres sont sans appel. En 2008, ces enseignants, pour la plupart en CDD d’un an (reconductible six fois…), souvent à temps partiel contraint, étaient 24 282 dans les collèges et lycées. À peine dix ans plus tard, on en recense presque 40 000. Longtemps épargnée, l’école primaire suit le même chemin, et compte actuellement plus de 4 000 contractuels. Au total, cette catégorie de personnels précaires représente 8 % des 758 500 enseignants du public, contre 5 % en 2008. À l’inverse, le nombre de professeurs titulaires recule, avec 377 postes qui se sont envolés entre 2016 et 2018… Cherchez l’erreur.

Officiellement, ce recours aux contractuels, notamment dans le second degré, permet de pallier la crise de recrutements qui frappe depuis plusieurs années le métier d’enseignant, sous-payé et régulièrement discrédité par certains discours politiques. Il est aussi, et surtout, parfaitement raccord avec les orientations du gouvernement, dont le projet de loi sur la fonction publique vise à démultiplier ce type de contrats. « Il s’agit clairement de l’inscrire comme une modalité ordinaire de recrutement d’agents publics en concurrence avec l’emploi titulaire », s’inquiète le Snes-FSU, principale organisation du secondaire.

C’est déjà une réalité pour les quelque 230 000 personnels non enseignants de l’éducation nationale, dont plus de la moitié (54 %) sont des non-titulaires. Mais également dans l’enseignement agricole, qui compte environ 12 000 enseignants, dont la moitié de contractuels, souvent payés sur les budgets des établissements. Une situation qui, en général, entraîne un turnover permanent et lassant pour les équipes éducatives. Un modèle pour Jean-Michel Blanquer ?

Au passage, ce dernier devrait également s’arrêter sur l’autre point noir de ce bilan social : la hausse constante des démissions d’enseignants. Dans le primaire, le ministère en a recensé 861 l’an passé, contre 322 en 2011. Sur la même période, dans le second degré, ce chiffre est passé de 447 à 538. Vous avez dit « confiance » ?

Laurent Mouloud L’Humanité, 14 juin 2019

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14 juin 2019 ~ 0 Commentaire

populisme (lvsl)

melenchon marque jaune

Le populisme en 10 questions

1) Le populisme, c’est quoi ?

Laura Chazel : Le populisme pourrait être défini a minima comme un discours englobant une vision du monde opposant le « peuple » au « pouvoir » et une conception rousseauiste de la démocratie qui associe la politique à « l’expression de la volonté générale »[1]. Néanmoins, c’est un terme polysémique à utiliser avec précaution car il renvoie à de nombreuses réalités. Sa définition est l’objet de luttes de pouvoir dans les champs académique, politique et médiatique.

Dans le langage ordinaire, le terme de populisme est avant tout utilisé pour décrédibiliser tout mouvement politique s’opposant à l’establishment. C’est une arme discursive redoutable car dans l’imaginaire collectif le populisme est associé à la démagogie, à l’irrationalité des masses, aux colères « négatives », à un danger pour nos démocraties. On retrouve cette même vision péjorative dans le monde académique où le populisme se présente comme l’un des concepts les plus contestés et débattus.

Il faut préciser qu’en Europe, la confusion autour du terme de populisme est liée au fait que, depuis les années 1980, le populisme était avant tout associé aux partis d’extrême droite[3], ce qui explique en partie la connotation péjorative donnée à ce concept. Récemment, l’apparition de mouvements populistes de gauche en Europe – Podemos ; LFI – qui se réclament en partie des théories de Laclau et Mouffe, participe à la re-signification de ce terme.

2) Comment définir le populisme selon Ernesto Laclau et Chantal Mouffe ?

Vincent Dain : Il faut d’abord préciser que pour Laclau et Mouffe, le populisme n’est pas une idéologie. C’est une méthode de construction des identités politiques à laquelle peuvent se greffer des contenus idéologiques extrêmement divers. Pour donner une définition synthétique, le populisme est un discours qui oppose « ceux d’en bas » à « ceux d’en haut ».

C’est la construction d’un sujet politique, le « peuple », par l’articulation d’une série de demandes hétérogènes qui ont en commun – qui ont d’équivalent – leur opposition au pouvoir institué. Le populisme consiste donc à créer une chaîne d’équivalence entre une pluralité de demandes, potentiellement en tension, qui se cristallisent et trouvent leur unité autour d’un « signifiant vide » (un leader, un slogan, un symbole, une idée, etc.) : la « justice sociale » dans le cas du péronisme argentin, la « démocratie réelle » des Indignés espagnols, le gilet jaune en France.

3) Le populisme, est-ce la contestation de l’ordre établi ?

Laura Chazel : Si l’on s’en tient à une lecture « brute » de la théorie d’Ernesto Laclau, oui. Cependant, nombre de ses disciples s’éloignent de cette vision romantique du populisme comme simple opération plébéienne contre le pouvoir. Dans La raison populiste, Laclau distingue deux méthodes de construction du politique : le populisme (« l’activité politique par excellence ») et l’institutionnalisme (« la mort du politique »).

Pour des auteurs comme Gerardo Aboy ou Julián Melo, le populisme doit être compris comme une double opération : (1) de rupture avec l’ordre institué, (2) de proposition d’un nouvel ordre alternatif. Ces lectures plus hétérodoxes de Laclau insistent avant tout sur le « double visage du populisme ». C’est par exemple le cas d’Íñigo Errejón qui insiste sur la nécessité de construire un mouvement politique capable de « remettre de l’ordre » tout en présentant les partis de l’establishment comme producteurs de désordre. Le populisme ne se réduit donc pas à une logique de contestation, il passe aussi par un récit politique à même de laisser entrevoir la possibilité d’un ordre alternatif.

4) Le populisme, est-ce une rupture avec le marxisme ?

Vincent Dain : Ernesto Laclau et Chantal Mouffe reprochent au marxisme orthodoxe son « essentialisme de classe », autrement dit l’idée selon laquelle l’identité politique d’un acteur découlerait mécaniquement de la place qu’il occupe dans les rapports de production.

Ils ne sont pas davantage convaincus par la distinction classe en soi/classe pour soi et l’idée selon laquelle les ouvriers seraient objectivement liés par des intérêts communs sans en avoir nécessairement conscience. D’une manière générale, les populistes voient dans cette approche une impasse stratégique. Schématiquement, elle conduirait les gauches à se poser en avant-garde éclairée et condescendante chargée de dévoiler la vérité révolutionnaire aux masses prolétaires aliénées.

5) Le populisme suppose-t-il de reléguer au second plan les luttes féministes, LGBTQI, antiracistes ?

Vincent Dain : Non, c’est une confusion, d’autant plus ironique lorsqu’on a en tête l’ambition originelle de Laclau et Mouffe qui entendaient précisément renouveler le projet socialiste en incorporant les demandes issues de ces luttes.

Plus fondamentalement, on retrouve l’idée que la priorité pour la gauche doit être de reconquérir les classes populaires tombées dans l’escarcelle du Rassemblement national. Une priorité qui supposerait selon certains de hiérarchiser les combats au profit des questions sociales et au détriment des questions dites « sociétales ». Une fraction des gauches reproche notamment aux socialistes d’avoir théorisé et mis en pratique l’abandon des milieux populaires.

En somme, il n’y a pas d’incompatibilité a priori entre la défense de la souveraineté populaire et les luttes des groupes minoritaires pour leur émancipation. Bien au contraire, elles doivent être conjuguées, et si l’on suit Mouffe et Laclau, l’hypothèse populiste peut être un instrument d’articulation de ces différentes demandes démocratiques.

6) Comment Podemos et La France insoumise se sont-ils emparés du populisme ?

Laura Chazel  À Podemos, on observe une théorisation beaucoup plus poussée de la théorie populiste qu’au sein de LFI. Du côté d’Íñigo Errejón, c’est une réelle appropriation idéologique car le populisme est utilisé comme un outil qui permet de repenser la construction de nouvelles identités politiques. À partir de 2016, Pablo Iglesias, qui vient d’un marxisme beaucoup plus traditionnel qu’Errejón , se détache de « l’hypothèse populiste ». Jean-Luc Mélenchon est bien entendu influencé par les expériences nationales-populaires latinoaméricaines, et il dialogue régulièrement avec Chantal Mouffe. Cela dit, sa doctrine demeure très imprégnée du matérialisme historique, une tradition dont il est originaire.

Vincent Dain  : L’adhésion au populisme et surtout à la vision du politique qui lui est associée est en effet plus flagrante à Podemos – a fortiori chez les proches d’Errejón – qu’à la France insoumise. Sans doute car les initiateurs de Podemos sont enseignants en science politique et se sont davantage confrontés à la foisonnante littérature laclauienne.

A la France insoumise, l’appropriation est plus circonstanciée. Jean-Luc Mélenchon est bien entendu influencé par les expériences nationales-populaires latino américaines et il dialogue régulièrement avec Chantal Mouffe. Cela dit, sa doctrine demeure très imprégnée du matérialisme historique, une tradition dont il est originaire.

En 2017, la stratégie populiste est alors un outil pour se démarquer des primaires du PS et solder l’échec du Front de gauche avec les communistes. On parle alors de « fédérer le peuple » plutôt que d’unir les gauches. Deux ans plus tard, à l’issue des élections européennes, le populisme de gauche est ouvertement contesté au sein de la FI. Il a cependant déjà perdu de sa centralité après la campagne de 2017, cédant le pas à des oscillations stratégiques peu lisibles.

7) Un discours populiste est-il forcément patriote ?

Laura Chazel :  Il est vrai que lorsque le discours populiste s’institutionnalise dans un parti politique, il est le plus souvent adossé à un discours national-populaire qui construit la notion de « peuple » en lien avec la notion de « patrie ».

Les exemples des populismes progressistes latino-américains des années 1990-2000 sont les plus parlants. Il faut cependant préciser que leur discours patriote est construit dans l’opposition à l’impérialisme américain. Il est donc difficile d’imaginer une importation « pure » de ce modèle.

Vincent Dain : La réappropriation de la patrie est un trait caractéristique des populismes de gauche réellement existants. En Europe, Podemos et LFI ont mis en valeur une conception civico-politique de la patrie qui les distingue en ce sens des nationalismes ethnoculturels.

La patrie constitue alors un élément clé de l’opposition « nous » / « eux ». Le « nous », ce sont « les gens », ni plus ni moins, tandis que le « eux » est constitué de la « caste » qui brade le pays. On retrouve une partie de ces éléments dans le discours patriotique de Jean-Luc Mélenchon, bien que celui-ci s’inscrive dans une tradition plus ancienne, identifiant la patrie à la République, à l’héritage de la Révolution française.

8) Le populisme suppose-t-il l’abandon du clivage gauche-droite ?

Laura Chazel : Le rapport au qualificatif « de gauche » fait débat parmi les théoriciens du populisme. Certains, comme Íñigo Errejón, considèrent qu’il ne fait pas sens d’un point de vue analytique. Chantal Mouffe, lorsqu’elle écrit Pour un populisme de gauche, et se positionne dès lors dans le champ politique, invite quant à elle à resignifier le terme « gauche » afin de mettre l’accent sur les valeurs qu’il charrie – égalité, justice sociale – et se démarquer nettement du populisme « de droite ».

Les acteurs du populisme « de gauche » s’efforcent de prendre leurs distances avec le clivage gauche-droite car ils estiment que celui-ci n’est plus opérant aux yeux d’une majorité de citoyens déboussolés. Ils font donc un pari sur le niveau de décomposition des allégeances traditionnelles : plutôt que de s’adresser au traditionnel « peuple de gauche », ils considèrent qu’il est possible d’agréger des fragments d’électorat en dehors des identifications habituelles.

Difficile de balayer totalement un clivage gauche-droite qui a structuré la vie politique des décennies durant en Europe occidentale.

En France, l’hypothèse populiste a incontestablement contribué au succès de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2017, par la capacité à conjuguer contestation plébéienne de l’oligarchie et projection d’un horizon alternatif autour de l’humanisme et de l’écologie, par le souci de s’adresser transversalement à la société.

9) Peut-on parler d’un moment populiste aujourd’hui en France ?

Vincent Dain : La séquence ouverte par la mobilisation des gilets jaunes réunit certaines caractéristiques majeures du « moment populiste ». Elle correspond à une agrégation des colères d’une « France d’en bas » – les catégories populaires y sont surreprésentées – cristallisées autour d’un signifiant vide, le gilet jaune, qui peut symboliser le fait que les invisibilisés entrent dans la lumière pour faire valoir leurs droits.

Par ailleurs, il s’agit d’un mouvement qui émerge à distance des organisations syndicales et des partis politiques, qui font parfois l’objet d’un vif rejet. Les premiers résultats des enquêtes sociologiques en cours démontrent qu’une majorité d’entre eux ne s’identifient pas sur l’axe gauche-droite. Ceci dit, les gilets jaunes demeurent un mouvement sans leader, qui répugne à intégrer l’arène politico-électorale en dépit de certaines initiatives résiduelles.

Nous sommes donc bien dans un « moment populiste » car nous pouvons observer une colère populaire autour de demandes insatisfaites que le système institutionnel n’est pas capable d’absorber.

10) Peut-on dire que Macron est populiste ?

Laura Chazel : La stratégie de Macron peut davantage être qualifiée de « transversale ». Elle est difficilement qualifiable de « populiste » car l’opposition entre progressistes et conservateurs qu’il dessine ne s’oppose pas au pouvoir en tant que tel.

Vincent Dain : Certains auteurs, comme Jorge Moruno, parlent de populisme néolibéral ou de populisme technocratique. Dans la campagne de 2017, Macron a pu intégrer certains aspects du discours populiste en opposant la société civile, avec son dynamisme et son désir de modernisation, au « vieux monde » des partis sclérosés au pouvoir.

Mais le macronisme est avant tout une entreprise politique méticuleusement conçue dans l’objectif d’impulser une recomposition au centre de l’échiquier politique, en ralliant les franges libérales du PS et de LR, invitées ou contraintes de renoncer à leurs querelles artificielles pour rejoindre un projet fondamentalement néolibéral. ( (Résumé voir le lien)

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Le populisme n’a jamais fait couler autant d’encre. Il sature depuis plusieurs années le débat public, employé à tort et à travers, souvent comme synonyme de démagogie ou d’extrémisme, afin de stigmatiser toute voix discordante à l’égard du consensus néolibéral. S’il a longtemps été associé aux droites nationalistes, à gauche certains ambitionnent aujourd’hui de retourner le stigmate en s’appropriant plus ou moins explicitement les thèses populistes d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe.

On en retrouve certains accents en 2017 dans la campagne du travailliste britannique Jeremy Corbyn et son « For the many, not the few », ou plus récemment dans l’ascension de la socia-liste états-unienne Alexandria Ocasio-Cortez, dont la croisade contre l’establishment s’appuie sur des ressorts résolument populistes : « We’ve got people, they’ve got money ».

 Podemos en Espagne et La France Insoumise sont les deux expériences partisanes qui se revendiquent le plus de ces théories encore largement méconnues. En France, la confusion règne : parfois associé abusivement à un souverainisme hermétique aux luttes des minorités, ou réduit à l’abandon de l’étiquette gauche, ses soubassements théoriques et l’amplitude de ses implications stratégiques demeurent souvent ignorés. Deux rédacteurs du Vent Se Lève, doctorants en science politique, abordent en dix questions les enjeux que soulève le populisme, dans l’espoir de dissiper certains malentendus et de contribuer aux débats qui agitent – ou fracturent – les gauches. Par Laura Chazel et Vincent Dain.

11 juin 2019

https://lvsl.fr/

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14 juin 2019 ~ 0 Commentaire

débarquement (lutte ouvrière)

urss

Le débarquement de juin 1944

L’Allemagne nazie vaincue, mais pas l’impérialisme

Les grands de ce monde sont friands de commémorations, qui leur servent de faire-valoir sur les dépouilles des millions d’hommes que leurs prédécesseurs ont envoyés au massacre. Les cérémonies organisées pour le 75e anniversaire du débarquement des troupes alliées en Normandie, le 6 juin 1944, font partie de ces rites.

La particularité de cette année est que la grande cérémonie réunissant souverains et chefs d’État occidentaux a été déplacée de l’autre côté de la Manche, à Portsmouth, mercredi 5 juin, avant que Macron ne les reçoive les jours suivants dans plusieurs villes normandes.

Une fois de plus, les discours ont brodé sur le mythe de la victoire du « monde libre » sur la barbarie nazie. Certes, pour les peuples qui vivaient depuis des années sous la dictature hitlérienne, subissant les emprisonnements, les massacres d’opposants et les bombardements, le débarquement des troupes alliées sur le continent fut ressenti comme la promesse d’une paix future.

La bataille de Normandie qui s’ensuivit, où l’état-major allié bombarda systématiquement des villes peuplées de civils, faisant au moins 30 000 victimes, montra vite les limites de la prétendue démocratie que les libérateurs étaient censés apporter.

Par cette politique terroriste, les dirigeants alliés, craignant que la libération des territoires ne s’accompagne de révoltes comme il y en avait eu à la fin de la Première Guerre mondiale, cherchaient à vider les villes. Leur but était d’empêcher qu’une opposition à leur propre domination ne se développe avant que des appareils d’État capables de museler des mouvements de révolte soient remis en place dans l’Europe en ruines.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale n’était rien d’autre que la victoire d’une bande de brigands impérialistes sur une autre. Les dirigeants des États occidentaux alliés, la Grande-Bretagne, la France jusqu’à 1940 et plus tard les États-Unis, connaissaient depuis longtemps la nature du régime hitlérien.

Ils connaissaient parfaitement la terreur que celui-ci faisait régner sur le peuple allemand, la destruction des organisations ouvrières, les assassinats d’opposants, la présence de camps et le massacre des Juifs. Ils avaient laissé faire et ne s’étaient inquiétés que lorsque l’impérialisme allemand devenait hégémonique en Europe, menaçant leur domination économique sur des pans entiers de la planète.

Les États-Unis avaient donc pris la tête de la croisade contre l’impérialisme allemand (et japonais en Asie). Ils étaient devenus une puissance économique dominante, loin devant la Grande-Bretagne et la France. De plus, cette dernière, occupée par les armées allemandes et dont les ressources économiques étaient sous leur contrôle, était hors-jeu. Quant aux États-Unis, dont le territoire avait été épargné par les combats des deux guerres mondiales, ils avaient gardé un appareil industriel intact, qui s’était sorti de la crise économique grâce aux commandes d’armement.

Lors du débarquement de juin 1944, l’armée des États-Unis possédait donc une capacité de destruction bien supérieure à celle que pouvaient lui opposer les armées allemandes, qui menaient en outre de lourds combats sur le front est. Ils avaient aussi la supériorité numérique.

Une intense propagande avait été développée dans les pays alliés pour convaincre leurs soldats qu’ils allaient se battre pour la liberté. Le jour J, le 6 juin 1944, 132 000 hommes, américains, canadiens et britanniques, firent partie de la première vague de débarquement, ayant contre eux 40 000 soldats allemands. Ce fut un carnage calculé, le calcul de l’état-major allié étant de faire débarquer plus d’hommes que l’ennemi ne pouvait en tuer dans le même laps de temps.

Par ailleurs, la majeure partie de l’effort de guerre reposait sur le peuple de l’URSS, alliée du camp américano-britannique, tan­­dis que la politique de Staline et des partis communistes staliniens garantissait à la bourgeoisie occidentale qu’ils empêcheraient toute révolution à la fin de la guerre.

La fin de la Deuxième Guerre mondiale a donc confirmé la suprématie de l’impérialisme américain sur ses concurrents et n’a pas été la fin du système économique à la source des guerres mondiales. Cette suprématie s’est marquée par des foyers d’incendie déclenchés et attisés partout sur la planète, du Vietnam à l’Afghanistan, de l’Irak au Proche-Orient, en permanence depuis 75 ans.

Les commémorations du Jour J rappellent la mort de dizaines de milliers de jeunes, victimes de la politique de l’impérialisme en ayant cru qu’en libérant l’Europe du nazisme ils apportaient la paix au monde.

Marianne LAMIRAL 12 Juin 2019
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14 juin 2019 ~ 0 Commentaire

snsm (lutte-ouvrière fr3)

europe bateau

Secours en mer : sauveteurs et naufrageurs

Trois marins bénévoles de la Société nationale de secours en mer (SNSM) ont péri en portant secours à un pêcheur pris dans le gros temps, le 7 juin, aux Sables-d’Olonne. Le naufrage du bateau de sauvetage et le sort des trois marins ont suscité l’émotion et mis en lumière l’activité et le courage des sauveteurs en mer.

Les équipages de la SNSM savent qu’ils sortent au péril de leur vie. Ils partent au secours de qui en a besoin, quelles que soient les circonstances. On devrait au moins s’attendre à ce qu’ils bénéficient des meilleurs équipements possible. Ce n’est pourtant pas le cas de façon générale, et il semble bien que les trois marins des Sables-d’Olonne aient été victimes de la vétusté de leur vedette.

Il s’agissait en effet d’un canot ancien, utilisé le temps d’entretenir celui qui est en service actif. La première avarie a été le bris des carreaux de la cabine sous le coup des paquets de mer, suivi de l’entrée de l’eau dans le bâtiment, puis du naufrage. On peut penser que les carreaux d’un canot neuf et de conception récente auraient tenu, ce jour-là, dans les circonstances données.

La SNSM, pour utile et même indispensable qu’elle soit, pour dévoués que soient ses membres, est une association pauvre. La plus grande partie de ses ressources vient des dons de personnes privées. Dans tous les ports où on trouve un canot de la SNSM, au mouillage ou dans un hangar mais toujours prêt à partir, on trouve aussi des troncs pour recueillir les dons des passants. Les marins de la SNSM, les retraités et les familles organisent des tombolas, vendent des cartes postales, des calendriers et des colifichets, font visiter leurs installations, imaginent mille et une façons de financer le sauvetage en mer.

Les bateaux coûtent cher, à l’achat comme à l’entretien, le matériel de sécurité également, le carburant et les locaux aussi. Aucun capitaliste n’en fait cadeau aux sauveteurs en mer. Quant à l’État, il se désintéresse de plus en plus de la sécurité maritime. Refusant d’entretenir correcte-ment le réseau des phares et balises, lésinant sur les remorqueurs de haute mer ou les donnant en concession à des entrepreneurs privés, privant même les stations balnéaires de CRS maîtres-nageurs, il ne verse à la SNSM que l’équivalent de 20 % de son budget, soit autour d’un million d’euros. Cela représente une seule journée des seuls frais de fonctionnement du porte-avions Charles-de-Gaulle.

C’est bien pourquoi les hommages et les décorations décernés par Macron et ses ministres sonnent comme une injure devant le dévouement des marins.

Paul GALOIS 12 Juin 2019
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13 juin 2019 ~ 0 Commentaire

olivier besancenot (médiapart)

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La gauche sociale et politique:

«Est-il possible d’oublier les élections 30 secondes?» Pour la création de «coordinations permanentes»

Mediapart : Ces derniers jours, on vous a entendu dans les médias appeler la gauche partisane et sociale à se rassembler. Pourquoi prendre position en ce sens aujourd’hui ?

Olivier Besancenot : Du fait de l’urgence politique d’abord. Lors des élections européennes, les pires ennemis du monde, le couple Macron/Le Pen – autrement dit, le meilleur ami du capitalis-me et le pire adversaire de la classe ouvrière – a réussi à phagocyter la vie politique.

Or même si cette apparente hégémonie électorale de la droite et de l’extrême droite n’est pas raccord avec la réalité politique française, les accidents de parcours ne sont plus à exclure. Il faut prendre la mesure des choses. En l’absence d’une réaction sociale et politique à la hauteur des enjeux, finira par arriver le moment où, compte tenu de ce qu’est la politique de Macron et du rejet qu’elle suscite, la stratégie du « dernier rempart contre le RN » n’opérera plus.

La perspective de voir Le Pen accéder au pouvoir n’est plus un cas d’école. Le champ de ruines qu’est la gauche de la gauche à l’issue des élections européennes, nous oblige à réagir. La gauche radicale n’est pas seulement émiettée, elle est profondément affaiblie et peine à peser concrètement sur le rapport de force.

Pourtant, la mobilisation sociale des « gilets jaunes » notamment – mais je pourrais évoquer toutes les autres luttes qui ont lieu aujourd’hui dans l’Éducation nationale, l’hôpital public, etc. – a montré que le mécontentement était massif. Et que la révolte n’était jamais très loin. Ce décalage entre perspective politique et combativité des mobilisations sociales nous interpelle tous.

Comment expliquez-vous ce hiatus ?

Nous assistons à un bouleversement global des relations sociales et politiques, marqué par une évolution mondiale où la crise historique des partis institutionnels profite en premier lieu aux populismes, aux courants de droite et d’extrême droite, voire aux mouvements fascistes.

Cette crise politique totalisante renvoie elle-même à un mouvement de bascule du capitalisme international, qui entre probablement dans un nouveau stade de son développement, post-mondialisation libérale.

Ce tournant percute tout l’édifice de la société, et fragilise considérablement le mouvement ouvrier traditionnel – qui n’avait pas besoin de cela. Plus que jamais, il s’agit donc d’être disponible politiquement au renouvellement de la lutte des classes, tel qu’il a lieu, et pas seulement tel qu’on aurait aimé qu’il se produise.

De mon point de vue, le rendez-vous manqué, en grande partie, entre la gauche radicale et le mouvement inédit des gilets jaunes, est révélateur de cette situation. Notre incapacité à intervenir loyalement, de manière forte, unie et assumée au sein de ce mouvement, est un échec qu’on ne peut plus se payer le luxe de reproduire.

Pourtant, La France insoumise et le NPA se sont beaucoup investis sur les ronds-points…

Oui, bien des choses ont été faites, et quelques initiatives unitaires ont réussi, notamment contre la répression policière. Mais centralement, nous n’avons pas su ou voulu afficher notre volonté commune d’en être. Les questionnements du début de mouvement étaient légitimes. Reste que la lutte des classes n’est jamais « chimiquement pure ». Ce type de mouvement nous déstabili-se, mais il est devant nous, durablement inscrit dans le décor pour les années qui viennent. Dans ces temps incertains, nous devons réapprendre à agir ensemble. Cette séquence est une leçon de choses.

Qu’enseigne-t-elle ?

Que si nous sommes repartis pour un tour de discussions habituelles, hantées par les sempiternelles perspectives électoralistes et hégémoniques, on va se planter à coup sûr. Je pose la question : est-il possible d’oublier les élections 30 secondes ?

Il ne s’agit pas d’en faire un tabou ou de censurer qui que ce soit, mais seulement de tenter collectivement de nous extraire, le temps d’un instant au moins, du calendrier de la République, en inventant et bâtissant notre propre temps politique, notre propre espace démocratique commun.

Bref, se libérer, ici et maintenant, autant que faire se peut, du carcan institutionnel qui présidentialise tout, et dont nous sommes prisonniers. Car cette fois-ci, nous n’avons plus d’autre choix que de réussir : face à nous, le gouvernement mène une politique libérale singulière.

Prenant le relais des vingt ou trente ans d’alternance libérale, ce pouvoir souhaite, cette fois-ci, porter réellement le coup de grâce. Sur fond de politique violemment répressive et outrageu-sement autoritaire, il entend systématiser les réformes structurelles en mettant en place la retraite par points, en sortant des milliers de gens de l’assurance-maladie, ou en démantelant pièce par pièce les services publics.

Nous vivons en direct la tentative revendiquée d’éradiquer l’ensemble de notre système de protection sociale. Ou de ce qu’il en reste. Nous y sommes pour de bon. Cela aura des conséquences irrémédiables dans la vie quotidienne de millions de personnes. Voilà le défi auquel nous sommes tous confrontés.

C’est pourquoi nous avons la responsabilité d’engager des batailles immédiates, sur une dizaine, une vingtaine, peu importe, d’objectifs communs. Des actions à travers lesquelles la gauche radicale, politique et sociale, peut se retrouver, mais cette fois-ci de façon permanente, pour agir dans la durée.

Une leçon d’humilité

Au printemps dernier, lors du mouvement des cheminots, plusieurs rencon-tres à huis clos avaient déjà eu lieu à l’initiative, là encore, du NPA. Dans ces rendez-vous, il y avait La France insoumise, Génération.s, le PCF, des écolo-gistes d’Europe Écologie-Les Verts… Et pourtant, la bataille a été perdue.

Oui, la mobilisation a échoué, faute notamment de généralisation de la grève. Mais aussi modeste qu’il ait été, notre soutien unitaire a eu sa part d’utilité. En décembre et en janvier, durant la séquence la plus forte du mouvement des gilets jaunes, nous avons réussi finalement à nous réunir plusieurs fois, et de manière plus large qu’auparavant, puisque le cadre n’était pas que celui des formations politiques. Étaient présents des syndicats, comme Sud ou l’UD CGT, le Syndicat de la magistrature, mais aussi Attac, Copernic, le collectif Adama-Traoré… une forme intéressante d’alliance entre la gauche sociale et la gauche politique.

Sur quoi ces réunions ont-elles débouché ?

Sur rien de durable, malheureusement. Raison pour laquelle nous suggérons de créer précisément une ou des « coordinations permanentes ». Peu importe le qualificatif qu’on donnera à ce regroupement. L’idée serait de se voir régulièrement, localement comme nationalement, pour agir, lutter et débattre…

Je ne crois pas qu’à terme la solution politique fédératrice puisse émerger du développement linéaire d’une seule formation politique ou sociale ou d’un seul courant de pensée. Après les élections européennes, les cartes sont rebattues : c’est l’occasion de remettre les choses à plat et de se parler, dans le respect mais aussi la franchise, car les sujets de discorde demeurent eux aussi.

Quelle est la différence entre un appel unitaire et votre appel à une coordination permanente ?

Peut-être la volonté d’agir ensemble comme préambule de toute chose. Je ne sais pas, mais il me semble qu’au-delà des désaccords (il en existe et pas des moindres : le rapport aux institu-tions, aux questions de propriété, l’internationalisme…), il existe de nombreuses revendications que nous portons souvent en commun, dans les grèves ou les manifestations : salaires, retraites, services publics, contre la répression, réchauffement climatique, les combats féministes, antiracistes…

Prenons le temps de cerner ce qui nous rassemble, pour agir, sans craindre de débattre franche-ment sur ce qui nous sépare. Mais cessons d’aller dans les mobilisations de manière non coor-donnée. C’est aussi peut-être de cette manière que nous pourrons être entendus du milieu qui ne nous suit plus, ou pas. Car il n’est pas question de créer un cartel ou une énième combi-naison de la gauche de la gauche, mais de tenter de créer une dynamique qui dépasse toutes nos forces, nos courants, nos collectifs et nos individualités additionnés.

Au-delà de l’action sur le terrain, que faites-vous de la question électorale ?

Avant de nous intéresser à l’« au-delà » électoral, commençons par rester sur terre.

Vous avez soutenu Lutte Ouvrière aux européennes, un parti qui est contre tout rassemblement avec les autres forces de gauche. Par ailleurs, le NPA s’est, ces derniers jours, prononcé contre l’union de la gauche. Ne vous sentez-vous pas seul dans votre volonté de rassembler au sein de votre propre camp ?

Au NPA, nous sommes contre toute forme d’« union de la gauche » qui, au-delà du souvenir tragique qu’elle a laissé dans les consciences, ait comme vocation de mettre en selle, à l’occasion des élections, les futurs dirigeants de gauche ; lesquels, une fois portés au pouvoir, finiront par mener une politique de droite. Merci, on a donné !

Mais s’engager sur des actions communes avec d’autres mouvements, nous sommes pour, bien sûr, et nous le faisons tout le temps ! Là, il serait question de tenter de le systématiser. Après, il faut faire avec la gauche radicale telle qu’elle est, et respecter les formations dans leur autonomie et leur pluralité : le NPA, Lutte ouvrière, La France insoumise, le PCF, Génération.s, les antifascistes, les militants écologistes, les militants du mouvement social et syndical…

Ce qu’il manque aujourd’hui, c’est un peu l’équivalent des bourses du travail qui existaient au 19è siècle. Des lieux ouverts où, motivé par la volonté d’en découdre, chacun s’écoutait, discutait, échangeait, s’engueulait au besoin, mais toujours dans l’idée de participer à ce que notre camp social, celui des exploités et des opprimés, parle et agisse en son propre nom.

Un espace démocratique, ouvert, où l’on entre et sort, et où il n’existe aucune obligation d’être d’accord sur tout… Je crois qu’il est nécessaire que la gauche radicale abandonne cette logique mortifère du « tout ou rien ». Paradoxalement, lorsque la gauche radicale joue la comédie et mime d’être d’accord sur tout, les actions et les discussions unitaires, elles, progressent le moins. Maintenant, il est vrai qu’une fois dit tout cela, je n’ai pas de solution toute faite ou de méthodologie clés en main à proposer…

La question de l’incarnation ne se pose-t-elle pas ?

La question de l’incarnation ne règle rien. Elle pose même à la gauche radicale plus de problè-mes que de solutions. Couper des têtes ou en porter d’autres au pouvoir, cela ne change pas fondamentalement le système et les règles du jeu que nous décrions. Si elle n’évacuait pas la question du « haut », Rosa Luxembourg disait qu’il faut partir du bas.

Qu’est-ce qui vous fait dire que votre appel à des « coordinations permanentes » trouverait, cette fois-ci, un écho ?

Ce qui me fait espérer que nous sommes tous placés au pied du mur… Qui peut prétendre aujourd’hui porter seul une dynamique ? Regrouper tout le monde derrière lui ? C’est une leçon d’humilité. Pour nous également.

Quels seront les prochains chantiers ?

Il y a les urgences à l’hôpital, bien sûr, les licenciements, la réforme des retraites, mais aussi le référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris… Au moment du débat sur le Traité constitutionnel européen, en 2005, nous avions organisé des meetings communs où il y avait énormément de monde et beaucoup d’espoirs. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce succès ?

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Le porte-parole du NPA propose de créer des « coordinations permanentes » qui permettraient à la gauche sociale et politique de retrouver le chemin d’un dialogue durable. Selon lui, après les élections européennes du 26 mai, aucune organisation ne peut prétendre à l’hégémonie politique.

Olivier Besancenot, le rassembleur ? Il y a quelques années, l’idée selon laquelle le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) mettrait de l’huile dans les rouages de la gauche française aurait pu prêter à sourire. Mais depuis un an, Olivier Besancenot tente, tant bien que mal, de faire se parler les gauches politiques et sociales. Sa volonté unitaire s’était matérialisée, au printemps 2018, pendant le mouvement des cheminots contre la privatisation de la SNCF, lors duquel l’organisation anticapitaliste avait organisé plusieurs réunions unitaires à La Brèche, la librairie du NPA (nous vous en parlions ici [1]).

Cette fois, il propose de créer des « coordinations permanentes » permettant, sur la durée, des rencontres au sein de l’écosystème d’une gauche qui ne se parle plus. C’est le sens du rendez-vous « contre Macron et l’extrême droite » lancé par le NPA, qui se tiendra le 19 juin à La Bellevilloise, à Paris, avec la communiste Elsa Faucillon, l’économiste d’Attac Aurélie Trouvé, ou encore le syndicaliste Éric Beynel, de Solidaires. Olivier Besancenot a aussi annoncé sa présen-ce le 30 juin au cirque Romanès, pour la réunion publique qui fait suite à l’appel à un «big bang» de la gauche, lancé notamment par la députée insoumise Clémentine Autain.

Mercredi 12 juin 2019, BESANCENOT Olivier, GRAULLE Pauline

https://www.mediapart.fr

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12 juin 2019 ~ 0 Commentaire

gauche radicale (npa)

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Gauche radicale : c’est quand qu’on va où ?

Depuis les européennes et les mauvais résultats des listes de gauche, entre autres et notamment le faible score de la FI, les débats sont vifs et les initiatives (appels, réunions) se multiplient. Des discussions qui peuvent être utiles et saines, et auxquelles nous entendons prendre toute notre part, à condition de ne pas s’enfermer dans des logiques institutionnelles et/ou électorales.

Notre intention n’est pas de distribuer les bons et les mauvais points, ou de prendre partie pour telLE ou telLE dans les vifs débats qui agitent, entre autres, et notamment, La France insoumise. Mais nous n’entendons pas demeurer spectateurEs des discussions en cours, car les questions posées concernent en réalité l’ensemble de notre camp social : quelle stratégie pour gagner contre Macron ? Quelles perspectives politiques alternatives au face-à-face mortifère entre LREM et le RN ? Quelle représentation politique pour celles et ceux qui veulent en finir avec le capitalisme ?

Le poids de l’absence de victoires sociales

La pire façon de prendre la discussion consisterait à se focaliser sur les élections européennes. Une telle focalisation ne peut en effet qu’engendrer des questionnements et des débats qui passent à côté des enjeux de la situation, et à côté des réponses qu’attendent celles et ceux qui luttent et, plus généralement, de celles et ceux qui refusent de se soumettre à l’ordre néolibéral.

Le problème n’est en effet pas tant le contenu de la campagne des unEs et des autres ou la personnalité de telLE ou telLE responsable politique de gauche que l’état du rapport de forces global et, partant, de la confiance qu’ont les salariéEs et les jeunes dans la possibilité de changer les choses.

Toute discussion sur les perspectives sociales et politiques pour le camp des exploitéEs et des oppriméEs ne peut en effet faire l’impasse sur cette coordonnée essentielle de la situation :

Si les mobilisations existent, y compris sous des formes inédites comme cela a été le cas avec le surgissement du mouvement des Gilets Jaunes, cela fait désormais de longues années que nous n’avons pas remporté de victoires sociales. Depuis la victoire contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006, toutes les mobilisations sociales d’ampleur ont même été défaites, avec les cas particulièrement emblématiques des retraites en 2010, de la loi travail en 2016 et de la contre-réforme de la SNCF en 2018.

Ces défaites marquent les esprits, tant au niveau de la confiance dans la capacité de résister à l’offensive tous azimuts de la Macronie que dans la méfiance, pour ne pas dire l’hostilité, notamment chez certaines franges des Gilets jaunes, vis-à-vis de la gauche sociale et politique, en premier lieu des organisations syndicales et de leurs stratégies perdantes.

À ce titre, le mouvement des Gilets jaunes a joué un rôle de puissant révélateur du décalage entre, d’une part, le niveau de colère et d’explosivité sociales et, d’autre part, l’absence de volonté des appareils d’en finir avec la routine du « dialogue social » et de s’en prendre frontalement au gouvernement.

Convertir la colère sociale en expériences victorieuses

Il est dès lors illusoire de penser qu’un rapport de forces moins défavorable pourrait être reconstruit contre le patronat et le gouvernement si l’on ne pose pas, en premier lieu, la question des nécessaires victoires sociales.

Ceux qui s’engagent aujourd’hui dans des discussions polarisées par les prochaines échéances électorales, s’enferment dans une stratégie de double défaite, politique et sociale. Idem pour ceux qui se focalisent sur les réponses organisationnelles, oubliant que ce sont les mobilisations sociales victorieuses qui produisent des décantations/recompositions à gauche, et pas l’inverse.

Pour le NPA il s’agit donc, sans secta­risme, de proposer une méthode alliant action et discussion. Pour gagner contre Macron, la solution n’est certainement pas la fabrication du bon programme et du bon meccano électoral pour 2022, mais la construction d’une riposte sociale unitaire et massive pour mettre un coup d’arrêt à ses politiques libérales-­autoritaires.

En tirant le bilan d’étape de la séquence ouverte par le mouvement des Gilets jaunes, et de l’incapacité de la gauche à apporter un soutien à cette mobilisation de notre classe, qui a fait trembler la Macronie. En se souvenant de la séquence de la lutte à la SNCF en 2018, et du cadre unitaire de soutien qui s’était mis en place, de ses forces et de ses faiblesses. En se persuadant que face aux contre-réformes qui s’annoncent (retraites, chômage), il sera vital de faire front.

C’est à la lumière de ces discussions et de leurs vérifications pratiques que les confrontations de points de vue quant aux perspectives politiques peuvent faire sens.

Il ne s’agit pas d’opérer une dichotomie entre politique et social : c’est même tout le contraire !

Il s’agit de refuser cette séparation et de défendre une idée simple : l’explosivité sociale est bien là, comme le montrent les mobilisations actuelles, entre autres aux urgences et dans l’éducation, sans oublier les Gilets jaunes qui n’ont pas dit leur dernier mot, et la priorité de toute la gauche sociale devrait être d’œuvrer à la convertir en expériences de luttes collectives victorieuses, seules à même d’éclaircir un horizon politique de plus en plus assombri.

Julien Salingue Mercredi 12 juin 2019

https://npa2009.org/

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12 juin 2019 ~ 0 Commentaire

munitions (bastamag)

 castaner

Allez, en marche!

Le ministère de l’Intérieur commande en masse

Des munitions pour fusils d’assaut et des grenades de désencerclement

Les nouvelles armes de maintien de l’ordre et de « gestion démocratique des foules » sont responsables de dizaines de mutilations à vie et de blessures graves. Qu’importe ! Le ministère de l’Intérieur vient d’entériner de nouvelles commandes massives : 10 000 grenades de désencerclement par an, qui s’ajoutent aux centaines de lanceurs de balles de défense (LBD) achetés en fin d’année dernière. Plus étonnant, la place Beauvau a acheté 25 millions de cartou-ches de fusils d’assaut pour les quatre prochaines années. « Allô, place Beauvau ? C’est pour une commande » : enquête sur ces étranges appels d’offres.

Le ministère de l’Intérieur ne cesse d’étoffer son stock d’armes, non létales comme létales. Il avait déjà passé commande, le 23 décembre dernier, de 1280 nouveaux « lanceurs mono-coup » type LBD, principalement pour la gendarmerie, et de 450 LBD semi-automatiques – des « lanceurs multi-coups » (LMC) [1] pour les policiers. La place Beauvau vient successivement d’acheter 40 000 nouvelles grenades à main de désencerclement (GMD) à effet assourdissant, et de lancer un appel d’offres visant à acquérir, sur les quatre prochaines années, 25 millions de… cartouches de fusil d’assaut pour une valeur estimée à 11 millions d’euros [2].

Ces armes de guerre ont longtemps été réservées aux seules unités d’élite de la police et de la gendarmerie. Dans la foulée des attentats de janvier et novembre 2015, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur de l’époque, avait décidé d’équiper de fusils d’assaut les policiers des brigades anti-criminalités (Bac), les gendarmes des pelotons de surveillance et d’intervention (Psig) et autres « primo-intervenants ». L’objectif, avait-il alors expliqué, était de leur permettre de « répliquer aux tirs d’armes de type Kalachnikov que certains criminels n’hésitent désormais plus à utiliser contre vous ».

Cette banalisation des fusils d’assaut n’est pas sans poser problème. En juillet 2017, une note de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) faisait état de sa « réelle inquiétude»: 18 des 19 tirs de ces armes enregistrés sur les six premiers mois de l’année avaient été «acci-dentels » ou commis « par imprudence », un pourcentage qualifié d’« alarmant ».

« Une ou plusieurs erreurs, souvent cumulées dans les procédures de mise en sécurité, sont à l’origine des coups de feu », souligne la note, qui déplore « une méconnaissance bien plus étendue en matière de sécurité lors de la manipulation des armes », et un « défaut de maîtrise d’armes plus complexes et encombrantes » : sélecteur mis en position « rafale », chargeur non retiré, culasse bloquée à cause d’un mauvais geste, etc. Le constat était alors sans appel : « Les agents sont mal à l’aise avec ces armes. » [3]

Jean-Marc Manach 12 juin 2019

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