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16 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Brest, Quimper (Manif VISA)

visa

Brest et Quimper: appel à manifester contre l’extrême droite jeudi 18 juillet

Plusieurs syndicats et le PCF appellent à manifester jeudi 18 juillet 2024 à Brest (Finistère) contre l’extrême droite et pour des « avancées sociales ». D’autres partis et organisations pourraient les rejoindre.

L’association intersyndicale Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (VISA) du Finistère lance un appel à manifester ce jeudi 18 juillet 2024 contre l’extrême droite.

Deux rassemblements sont prévus à 12 h, un devant la préfecture à Quimper et l’autre devant la sous-préfecture à Brest.

Parmi les organisations syndicales, la CGT et Solidaires ont d’ores et déjà confirmé leur intention de se mobiliser. Même son de cloche pour le PCF qui invite « les forces du Nouveau front populaire à l’unité et à sortir par le haut de la situation de blocage actuelle ».

« Les exigences sociales doivent être entendues »

« La défaite du Rassemblement national dans l’accession au gouvernement ne doit pas nous faire baisser la garde », prévient VISA, dans un communiqué national daté du 8 juillet 2024. Réunis en intersyndicale le 10 juillet dernier, les représentants finistériens de la CGT, Solidaires, la Fédération des associations étudiantes de Bretagne (Fédé B), l’Union Pirate et la FSU avaient appelé à « une large mobilisation populaire pour mettre pression sur les partis politiques » .

« Les exigences sociales doivent être entendues », soutient VISA dans son communiqué, estimant que « seules des avancées sociales historiques – salaires et protection sociale revalorisés, protection des services publics, abrogation de la réforme des retraites et de la loi immigration – peuvent faire reculer l’extrême droite ».

https://www.ouest-france.fr/

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14 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

LFI (Regards)

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Comprendre la purge à LFI, par Danielle Simonnet

Vous êtes très nombreuses et nombreux à me demander : mais pourquoi cette purge ? Mais que vous reprochaient la direction de La France insoumise (LFI) et Jean-Luc Mélenchon ? Sachez qu’ils se sont bien gardés de nous donner une explication et que des attaques publiques mensongères circulent. Il me semble intéressant de prendre le problème par l’autre bout : qu’avons-nous défendu, nous les 5 purgés avec d’autres, durant ces deux dernières années ?

23h22, vendredi 14 juin.

Par un simple mail daté de 23h22, j’apprends que la direction de LFI me retire mon investiture. Jean-Luc Mélenchon et la direction de mon mouvement ont décidé en effet unilatéralement d’exclure des listes d’investiture pour les législatives les député.es sortant.es qui avaient émis des critiques contre sa ligne politique depuis septembre 2022 : mes camarades Hendrik Davi, Raquel Garrido, Alexis Corbière et moi-même.

Chacun.e le sait maintenant, les moyens investis et les méthodes utilisées pour empêcher la réélection des exclu.es déshonorent LFI. Les deux principales figures médiatiques Clémentine Autain et François Ruffin ont été épargnées mais tout a été fait pour les isoler et les pousser à partir. Nous formons désormais un regroupement que l’on peut appeler « les insoumis unitaires ».

Le récit désormais, c’est que la direction de LFI a bien fait de nous exclure puisque nous aurions préparé en secret depuis des mois leur adhésion à un autre parti (lequel ? ça varie … ) dans l’objectif d’affaiblir le mouvement – voire de faire un gouvernement avec les macronistes. Rien que ça ! D’autres folies nous ont salis dans cette campagne, jusqu’à traiter Alexis Corbière de raciste, moi-même de ne pas être claire sur la Palestine alors que mes engagements en la matière n’ont pas attendu le 7 octobre.

Il s’agit d’une prophétie en partie auto-réalisatrice : on vire les gens, ils sont contraints de se réorganiser avec d’autres, ce qui permettra d’expliquer ensuite que ça a toujours été leur projet… et justifier leur exclusion !

Classique mais un peu gros tout de même …

Alors comment s’y retrouver ? Je voudrais remonter le fil des positionnements et des désaccords que nous avons exprimés, et qui constituent l’explication de notre éviction, même si pour la direction LFI, le désaccord se résume sans doute au refus de notre part de construire notre stratégie autour de l’obsession de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.

Prendre les choses par le commencement

Juin 2022 : tout va bien ou presque, après les 22% de Jean-Luc Mélenchon, la NUPES a permis de renforcer la gauche à l’assemblée et Emmanuel Macron gouverne sans majorité. La gauche est en situation d’incarner l’opposition au macronisme et à l’extrême droite. Dans les discours, la NUPES n’est pas une alliance de circonstance. Elle a permis de réunir les forces de gauche et de l’écologie autour d’un programme inspiré de celui de LFI, portant la perspective d’une transformation en profondeur de la société, en rupture avec le hollandisme.

Les insoumis unitaires n’ont de cesse de rappeler à quel point l’acquis de la NUPES est précieux, et à quel point LFI, comme force principale et centre de gravité politique, a la responsabilité de son maintien.

Dans un premier temps, nous le faisons en tentant d’utiliser les moyens du débat interne à l’approche des Amphis d’été (université d’été du mouvement), nous prononçant à la fois pour un processus de démocratisation interne à LFI et une orientation unitaire, pour l’impulsion de comités NUPES à la base en se défiant de toute tentation hégémonique.

Septembre 2022 : c’est l’affaire Adrien Quatennens. Le député est accusé de violences sexistes. Jean-Luc Mélenchon l’assure de sa solidarité, la direction de LFI tergiverse. Les unitaires prennent position sans ambiguïté, en interne comme en externe, à l’unisson avec les jeunes et les mouvements féministes. Les tergiversations sont un premier coup de canif contre la NUPES et LFI perd des milliers de jeunes et de féministes. L’affaire s’est poursuivie et les législatives anticipées de juin 2024 ont montré à quel point la page n’était pas tournée. Contrairement aux insoumis unitaires, Adrien Quatennens a été investi, déni de réalité, il a dû ensuite retirer sa candidature sous la pression du peuple de gauche.

Automne 2022 : ce sont celles et ceux qui sont les plus fervents militants de la NUPES qui sont écartés des instances de LFI (François Ruffin, Clémentine Autain, Alexis Corbière, Raquel Garrido, autant de figures qui pouvaient nuire au nouveau plan de vol de Jean-Luc Mélenchon, qui de « faites mieux » est passé à « 2027, ce sera encore moi »). On obtient un séminaire de réflexion dans le groupe sur le fonctionnement de LFI, qui va élaborer des propositions mais le document de synthèse sera immédiatement enterré, même pas distribué au sein du groupe… De démocratisation de LFI, il n’y aura pas, le message est clair. Soit on se tait, soit on s’exprime de l’extérieur, tel est le choix pour celles et ceux qui ont des divergences.

Le point de bascule de la mobilisation contre la réforme des retraites

2023 : mouvement contre la réforme des retraites. On bat le pavé des mois durant. Illustrant une conception de LFI comme substitutiste vis-à-vis du mouvement social, en janvier, Jean-Luc Mélenchon pense qu’il est en situation de prendre la direction du mouvement sans médiation, en direct avec le peuple. Il lance sa propre manifestation. Erreur d’appréciation, la mobilisation est très en deçà des capacités de mobilisation de l’intersyndicale. Celle-ci demeure unie et rythme le mouvement par des mobilisations massives.

Deuxième erreur d’estimation, Jean-Luc Mélenchon anticipe une trahison de la CFDT voire de la CGT et parie sur la radicalisation du mouvement. Il tape sur l’intersyndicale. Les initiatives très mal calibrées du député LFI Thomas Portes (l’image du pied sur le ballon à l’effigie du ministre du travail) et d’Aurélien Saintoul (qui traite le même ministre d’assassin) vont dans le même sens. La NUPES se retrouve à nouveau fragilisée alors que la mobilisation devrait la renforcer. L’attitude de la direction de LFI ne permet pas un travail concerté et cohérent entre l’intersyndicale et la NUPES.  Les unitaires tiennent un discours rassembleur et préconisent un changement de ton à l’Assemblée.

Mars 2023 : arrive le débat sur l’article 7 du projet de loi, qui porte sur le passage de 62 à 64 ans. Discussion tactique au sein de la NUPES sur la stratégie parlementaire à adopter : poursuivre l’obstruction par l’accumulation d’amendements (stratégie de LFI depuis début février) ou permettre un vote, non pas sur l’article 7 mais sur l’amendement de suppression de l’article 7 ?

L’intersyndicale est pour un vote qui obligerait chacun à se prononcer (LR et RN compris). La discussion a aussi lieu au sein du groupe parlementaire LFI. Le vote est très serré mais la majorité décide de retirer des amendements pour pouvoir voter cet amendement de suppression de l’article 7.

Sauf que sous forte pression de Jean-Luc Mélenchon (qui n’est pas député, faut-il le rappeler), les amendements ne furent pas supprimés. Il n’y eut donc pas de stratégie commune de la NUPES et pas de convergence avec l’intersyndicale. En dépit des annonces sur la qualité tactique de la direction insoumise, la loi a fini par s’imposer et la gauche a raté l’occasion d’apparaître comme le correspondant politique de la mobilisation.

La NUPES sort paradoxalement affaiblie et fracturée de la séquence, alors que la population est surtout le salariat n’ont jamais été aussi unis dans leur opposition à une réforme ultra-libérale. Il fallait aller dans le sens de cette unité du peuple et non y faire entrave.

Et rappelons les propos de Philippe Martinez le 19 février 2023 au nom de la principale centrale syndicale investie dans le mouvement : « le fait de ne pas être allé à l’article 7 pour que chacun puisse afficher sa position, c’est un problème (…). Il fallait mettre les députés, chaque député, devant ses responsabilités (…).  Au travers de nombreux incidents – on va dire ça comme ça – on a plus évoqué ces incidents que le fond du problème et ce qui est en débat dans la rue » avec la mobilisation syndicale, a-t-il dit, pointant « des forces politiques [qui] essaient de se substituer aux organisations syndicales et de se mettre en avant par rapport [à] ceux qui défilent dans la rue ». Et de critiquer encore la volonté « parfois sur les bancs de l’Assemblée nationale et singulièrement de La France insoumise, de s’approprier le mouvement social pour reléguer les syndicats au second plan ».

Attentats terroristes du 7-octobre, massacre à Gaza et campagne européenne

Juin 2023 : EELV saute le pas et désigne sa tête de liste pour les élections européennes alors que LFI propose à juste titre qu’une figure d’EELV prenne la tête d’une liste unique de la NUPES. Les unitaires déplorent cette décision d’EELV. Mais ensuite, contrairement à la direction de LFI qui semble vouloir prendre le prétexte de la désunion aux européennes pour considérer le rassemblement en 2027 comme irréaliste, les insoumis unitaires indiquent qu’il ne faut pas renoncer à l’unité. Surtout une fois que la division aura fait la preuve de sa nocivité à l’occasion des européennes. Notons qu’EELV a voulu jouer sa carte, pensant reproduire la performance de Yannick Jadot à la précédente élection européenne pour rééquilibrer le rapport de forces au sein de la NUPES, mais que mal lui en a pris …

Passons sur le cocasse épisode où Ségolène Royal a pu être imaginée prenant la tête de la liste LFI, que tout le monde a fort heureusement oublié. Comme quoi la souplesse est de mise avec les héritiers du social-libéralisme…

Le 7 octobre 2023 : ce sont les attentats terroristes du Hamas puis l’horreur à Gaza. Tout a été dit sur cette séquence qui, à bien des égards ne s’est achevée, sur le champ politique français, qu’avec la dissolution.

Après un premier communiqué très mauvais, la direction de LFI s’est enferrée dans son refus de qualifier les actes de terroristes, gâchant systématiquement 50% de son temps de parole dans les médias à se justifier sur le sujet.

Mais surtout elle a pris le parti de cliver quoi qu’il arrive, alors que l’enjeu était d’unir le peuple pour la paix et de construire l’unité à gauche pour la solidarité avec la Palestine afin de peser sur Macron. C’était possible. L’accord pour le programme du Nouveau Front populaire (NFP) le prouve. Et les Palestinien.nes s’en seraient mieux portés. Tous.tes les unitaires se sont exprimés dans ce sens, à commencer par François Ruffin ou Clémentine Autain qui s’étaient positionnés très clairement dès le 7 octobre.

En miroir de LFI, des dirigeants du Parti socialiste (PS) creusaient le fossé par des déclarations qu’on pouvait interpréter comme des soutiens à Israël. C’est sur cette question que la NUPES a explosé, elle n’y était pas condamnée. Olivier Faure a finalement sifflé la fin de la récréation, sous la pression de la partie du PS hostile à la NUPES. Les invectives ont plu, préparant les tensions produites par la division aux européennes.

Côté LFI, la caractérisation des socialistes s’est durcie, au point que Jean-Luc Mélenchon a indiqué en mai 2024 qu’ils étaient en dehors du rassemblement : « Disons que, désormais, compte tenu des positions annoncées par Glucksmann, l’union politique avec un PS revenu à ses démons droitiers serait un obstacle à l’unité populaire. »

Mentionnons également la question de l’Ukraine, sur laquelle certaines ambiguïtés ont semé le trouble. Au Parlement européen, les député.es LFI ont voté pour l’aide y compris militaire à l’Ukraine, mais les député.es français ont été plus discret.es et LFI n’a pas participé aux manifestations des anniversaires de la guerre en février 2023 et 2024. Rappelons que Jérôme Legavre, député LFI membre du Parti ouvrier indépendant (POI), est intervenu à l’Assemblée nationale contre tout soutien à l’Ukraine, c’est-à-dire hors des clous de la ligne LFI, mais sans être sanctionné. Enfin, les propositions d’issues s’en tiennent à la diplomatie et la conférence des frontières, outre qu’elle porte le risque d’acter un rapport de force aujourd’hui favorable aux Russes tend à effacer l’exigence du retrait des troupes russes ou le soutien aux mobilisations populaires ukrainiennes.

Durcissement interne, notamment au sein du groupe parlementaire

On se souvient d’un message de Sophia Chikirou,  interne au groupe  parlementaire mais qui s’était retrouvé dans la presse, où elle expliquait en substance qu’elle regarderait les cadavres des frondeurs depuis le bord de la rivière, on peut évoquer aussi les invectives répétées au sein du groupe parlementaire LFI sur le thème cassez-vous.

Logique, quand on justifie la fin du rassemblement, les unitaires n’ont pas bonne presse, ils perturbent le jeu. Ajoutons l’influence grandissante du POI, préposé aux basses œuvres depuis l’affaire Adrien Quatennens (une pleine page pour sa défense en septembre 2022 dans l’inénarrable journal Informations ouvrières) et véritable garde prétorienne de Jean-Luc Mélenchon. Voilà une organisation qui ne relève pas du meilleur des traditions du mouvement ouvrier (accusations, invectives, fichage de militant.es … ).

Durant la campagne des élections européennes, le pouvoir déploie une répression de très haut niveau contre le mouvement de solidarité avec la Palestine, contre des syndicalistes, des militant.es écologistes radicaux, mais surtout contre LFI, dans l’objectif de fracturer définitivement la gauche. Aucune organisation n’est à la hauteur de la situation, pas plus LFI, qui ne fait rien pour construire le large front nécessaire en défenses des libertés publiques gravement attaquées. En interne, les unitaires tentent de faire la campagne de la tête de liste Manon Aubry, font des offres de service mais sont laissés à l’écart, effacés des photos, au propre et au figuré.

Les insoumis unitaires ne critiquent pas publiquement la campagne, bien que ne partageant pas la stratégie adoptée : tout miser sur la Palestine comme symbole de l’identification à la population issue de l’immigration maghrébine. Il y a en réalité deux campagnes, celle que mène vaillamment Manon Aubry qui peine cependant à se faire entendre sur ses thématiques, face à la campagne menée par un ticket Jean-Luc Mélenchon-Rima Hassan.

S’est ajoutée une série de déclarations qui a donné l’occasion à nos ennemis de nous traiter d’antisémites. Par exemple, nous n’avons rien dit publiquement mais nous sommes opposé.es à toute relativisation de l’antisémitisme qui n’est pas résiduel. Il augmente et il faut dire que chaque acte antisémite est un acte antisémite de trop.

Toute la séquence fragilise la possibilité du rassemblement. Les unitaires y appellent sans relâche, et font en sorte de maintenir les liens avec les anciens partenaires désormais honnis. Heureusement qu’il y eut des repas, c’est un minimum ! François Ruffin et Clémentine Autain tentent de crédibiliser la possibilité d’une candidature de rassemblement en 2027 et d’une alternative à Jean-Luc Mélenchon, désormais personnalité politique la plus clivante et la plus rejetée.

Or en 2027, il ne s’agit plus de gagner la course à gauche. La stratégie de Jean-Luc Mélenchon était la bonne en 2022 – mais aujourd’hui, elle ne l’est plus. Cette fois, il s’agit d’aller au deuxième tour de l’élection présidentielle et de l’emporter face à l’extrême droite. Il ne s’agit pas de rejouer le match des deux gauches irréconciliables mais de rassembler autour d’une orientation de rupture avec le hollandisme, dès lors qu’elle constitue le centre de gravité à gauche. La direction de LFI a eu tendance à minimiser la menace de l’extrême droite, comme si elle n’était que la continuité du macronisme en pire, comme si l’extrême droite était déjà au pouvoir, comme s’il n’y avait pas une différence de nature. Rappelons que lors de l’assemblée représentative de décembre 2023, il a fallu toute la pression des délégué.es des groupes d’action pour que le mot extrême droite figure dans le document adopté. LFI n’a pas armé ses militant.es pour qu’iels prennent la mesure du grave péril que l’extrême droite constitue pour les pauvres, les femmes, les racisé.es, le danger majeur pour les droits et libertés. Cette menace impose le rassemblement. Le soir des élections européennes, Jean-Luc Mélenchon est tombé dans le même travers : il n’a parlé ni de la menace de l’extrême droite en France ni du rassemblement.

Quelques semaines plus tard, comment ne pas voir que l’accélération politique provoquée par la dissolution donne raison aux insoumis unitaires sur tous les points ? On pensait avoir trois ans, il n’y a eu que 3 semaines pour le faire. L’accord sur les circonscriptions et le programme constitue une grande victoire, et confirme le centre de gravité établi en 2022.

Les insoumis unitaires accusés de traîtrise défendent la ligne du NFP que la direction de LFI a été contrainte d’accepter en une nuit. Alors comment comprendre que les principaux défenseurs de cette orientation soient écartés à la première occasion ? Le choix du NFP est-il un coup tactique et opportuniste ou le reflet d’une réorientation stratégique ? Il y a la dimension de règlement de compte bureaucratique dans un mouvement qui n’est doté d’aucun mécanisme démocratique réel. Mais l’attitude générale de LFI pose question tant elle semble déterminée par le plan de vol pour la prochaine élection présidentielle, sachant qu’elle sort affaiblie de la séquence des législatives. La purge est un élément auquel s’ajoutent l’omniprésence de Jean-Luc Mélenchon et ses provocations délibérées.

La possibilité d’une gauche de gauche sans Jean-Luc Mélenchon

Enfin, il faut prendre la mesure de la manière dont Jean-Luc Mélenchon et la direction de LFI se sont impliqués dans la campagne contre les député.es désinvesti.es. A Bagnolet/Montreuil, Bobigny/Drancy/Le Bourget, Paris 20e ou à Marseille, la campagne a été violente et calomnieuse, parfois ordurière. Rien que dans la circonscription d’Alexis Corbière, 9 députés sont venus soutenir la candidate investie par LFI Sabrina Ali Ben Ali pour le premier tour. 30 minutes avant la fin de la campagne officielle, Jean-Luc Mélenchon s’est même fendu d’une vidéo pour expliquer qu’il y avait de faux bulletins du NFP dans certaines circonscriptions. N’y avait-il pas mieux à faire, par exemple en soutien aux candidat.es LFI en difficulté face au RN ? Est-ce que les moyens matériels et humains investis n’auraient pas pu sauver les 500 voix qui ont manqué à Rachel Kéké ? Etrange sens des priorités.

L’issue des législatives a à nouveau donné raison aux insoumis unitaires et ce à deux niveaux. D’abord, la réélection de 3 d’entre nous malgré les moyens investis est un véritable camouflet pour Jean-Luc Mélenchon et montre que, dans des circonscriptions qui appartenaient à l’espace du mélenchonisme, il existe désormais un espace pour une gauche radicale qui se projette dans l’après-Mélenchon. Plus largement, chacun.e a pu mesurer à quel point Jean-Luc Mélenchon n’est plus en capacité d’incarner le rassemblement. Mais surtout, nous avons démontré que la ligne du rassemblement fonctionne, peut défaire l’extrême droite et mener à la victoire.

Il faut en finir avec une orientation suicidaire pour la gauche et pour LFI. Cette dernière est indispensable au rassemblement parce qu’elle porte les exigences des classes populaires et la perspective d’une transformation profonde de la société. Ne laissons pas la logique boutiquière éteindre l’espoir suscité par LFI dont les unitaires sont les représentants les plus fidèles, tandis que Jean-Luc Mélenchon a tourné le dos au projet qu’elle portait. Portons une logique collective et démocratique. Les unitaires insoumis n’ont pas pour projet de brader le programme de la NUPES, celui du NFP ou de revenir au hollandisme qui nous a conduits à la catastrophe. Nous n’avons pas changé de programme : nous avons contribué à établir « l’avenir en commun » et nous continuons de le porter.

La dimension de rupture est la condition simultanée de la victoire – avec celle du rassemblement. Ce sont les deux éléments qui définissent les insoumis unitaires et la boussole qu’ils proposent à tous les insoumis, dans une situation bouleversée et inédite où il faut être à la hauteur de l’histoire. La situation dramatique dans laquelle nous nous trouvons est aussi une opportunité pour construire l’unité de la gauche de la base au sommet, pas pour affadir le programme de la NUPES mais pour incarner une véritable alternative à l’extrême droite, qui puisse entrainer les classes populaires et mettre en mouvement la société.

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12 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Nucléaire (Reporterre)

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Russie, France, États-Unis… 84,2 milliards d’euros pour le réarmement nucléaire

Si, à Washington, les grands de ce monde s’émeuvent du réarmement de la Russie lors du sommet de l’Otan, débuté le 9 juillet, ils oublient de dire que la totalité des huit autres puissances nucléaires se réarment également et modernisent leurs arsenaux nucléaires. La Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (Ican) estime que les neuf puissances nucléaires ont dépensé 84,2 milliards d’euros en 2023. Soit 10 milliards de plus qu’en 2022.

Les États-Unis ont mis le plus de billes dans leurs armes de destruction massive avec un investissement de 47,4 milliards. La Chine, en deuxième position, est loin derrière avec 11 milliards devant… la Russie et ses 8,2 milliards. Au total, 357 milliards d’euros sur cinq ans. Des sommes rondelettes qui traduisent une nouvelle course aux armements à la surface du globe dans un monde à l’insécurité globale renforcée.

Le coût de ce réarmement est « caché aux Français »

Rien qu’en France, 10 654 euros sont dépensés chaque minute pour la modernisation et le renouvellement de l’arme nucléaire. Les dépenses allouées à la dissuasion nucléaire sont en constante augmentation passant ainsi de 4,45 milliards d’euros en 2019 à plus de 5,6 milliards d’euros en 2023. Dans un communiqué, Jean-Marie Collin, directeur de Ican France, écrit : « Nous sommes dans une situation paradoxale où le président ne cesse de mettre en avant la dissuasion nucléaire de la France et en même temps, il cache aux Français son coût réel par peur de devoir engager un véritable débat public sur la crédibilité de ce système d’arme. »

Selon le Sipri (Stockholm International Peace Research Institute), la Chine, la Corée du Nord, les États-Unis, la France, l’Inde, Israël, le Pakistan, le Royaume-Uni et la Russie disposent d’un arsenal nucléaire mondial total estimé à 12 121 ogives. Soit 391 armes de moins qu’en 2023. Une réduction apparente qui masque mal l’extension du nombre d’ogives prêtes à être utilisées (3 904 contre 3 844 en 2023), dont pour la première fois, 24 unités chinoises.

https://reporterre.net/

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11 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

USA (NPA)

2024

USA : une décision de la Cour suprême fait du président un roi au-dessus de la loi

La semaine dernière, une décision de la Cour suprême des États-Unis a fondamentalement modifié le système politique américain, mis un terme aux poursuites engagées par les tribunaux de rang inférieur contre l’ancien président Donald Trump et laissé entrevoir la possibilité que, s’il est réélu pour un second mandat, il disposera de pouvoirs dictatoriaux.

Le président Joe Biden, 81 ans, semble décliner physiquement et mentalement et, depuis une performance calamiteuse lors d’un débat, chute dans les sondages. Pour l’heure, la situation est sombre.

L’immunité pour le président

Le 1er juillet, la Cour suprême des États-Unis, a décidé, par six voix contre trois, que les présidents des États-Unis jouissaient d’une immunité dans leurs actes officiels, d’une immunité totale dans leurs fonctions présidentielles essentielles et d’une immunité présumée dans les autres actes officiels. La définition exacte des actes non officiels ou personnels est laissée à l’interprétation des tribunaux à l’avenir.

La juge Sonia Sotomayor, dans une opinion dissidente puissante et passionnée, a écrit : « La décision prise aujourd’hui d’accorder l’immunité pénale aux anciens présidents remodèle l’institution de la présidence. Elle tourne en dérision le principe, fondateur de notre Constitution et de notre système de gouvernement, selon lequel nul n’est au-dessus de la loi… Le président des États-Unis est la personne la plus puissante du pays, voire du monde… Lorsqu’il utilisera ses pouvoirs officiels de quelque manière que ce soit, selon le raisonnement de la majorité, il sera désormais à l’abri de toute poursuite pénale…

Il ordonne à l’équipe Seal Team 6 de la marine (une unité menant des opérations spéciales et souvent secrètes) d’assassiner un rival politique ? Immunisé. Il organise un coup d’État militaire pour se maintenir au pouvoir ? Immunisé. Il accepte un pot-de-vin en échange d’une grâce ? Immunisé. Immunisé, immunisé, immunisé. » Et, elle conclut sa déclaration en disant que « le président est désormais un roi au-dessus de la loi ».

C’est Trump qui a porté l’affaire devant la Cour en invoquant l’immunité contre les accusations portées contre lui pour son rôle dans l’insurrection et la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021. La décision signifie que cette affaire et une autre affaire contre Trump pour manipulation de documents officiels seront retardées jusqu’après l’élection présidentielle, puisqu’il faudra tenir des audiences dans les deux cas sur ce qui peut être considéré comme des actes officiels ou des actes non officiels.

Trump, qui a toujours revendiqué une « immunité absolue », a salué la décision de la Cour en la qualifiant de « grande ­victoire pour la Constitution », et il a ­immédiatement exigé que toutes les affaires judiciaires le concernant soient classées. Le juge chargé de l’affaire des documents a déjà suspendu la procédure.

Un débat désastreux

La décision de la Cour est intervenue peu après la prestation désastreuse de Joe Biden lors du premier débat des candidats à la présidence avec Trump, le 27 juin, une débâcle qui a semé la panique au sein du Parti démocrate. Depuis lors, Trump a gagné du terrain dans les sondages, tandis que plusieurs représentants démocrates au Congrès ont demandé à Joe Biden de se retirer. Mais alors que les dirigeants du parti, les donateurs et les conseillers se sont réunis, ils n’ont pas réussi à prendre la décision de remplacer Biden par un autre candidat à la présidence. Toutefois, à l’heure actuelle (7 juillet), M. Biden a déclaré qu’il restait dans la course.

Comment peser sur la candidature démocrate ?

Le Progressive Caucus et laSquad, qui se situent à la gauche du Parti démocrate, ont gardé le silence sur Biden et sur la question de son remplacement, par crainte de représailles. De plus, la Squad a été récemment affaiblie par la défaite de Jamaal Bowman dans sa tentative de réélection à la Chambre des représentants.

Le Democratic Socialist of America (DSA) a publié une déclaration disant : « Dites à la direction du Parti démocrate que M. Biden doit se retirer », qui a fait écho à de nombreuses publications grand public et progressistes, mais la gauche socialiste n’a aucun poids dans ces questions.

Si le Parti démocrate remplace rapidement Biden par un autre candidat lors de la convention nationale du parti à Chicago du 19 au 22 août, il y a encore une chance que Trump soit stoppé. Peut-être.

L’été est là, certains sont en vacances et 130 millions de personnes souffrent d’une chaleur extrême et dangereuse causée par le réchauffement climatique ; les plages sont pleines, les rues sont calmes et les mouvements se sont pour l’instant calmés. Pour l’instant, la situation semble très sombre.

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11 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Olivier BESANCENOT ( Poing Hebdo)

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11 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Edito (NPA)

Crédit Photo Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas

Macron veut nous voler la victoire. Mobilisation générale pour imposer le programme du NFP !

Les résultats de dimanche ont été clairs. La menace immédiate de l’arrivée à Matignon de Bardella a été écartée, en plaçant troisième le Rassemblement national. Au-delà, c’est la macronie, tout un système politique, antisocial et autoritaire, qui a été sanctionné – le groupe macroniste reculant fortement malgré les désistements systématiques de la gauche.

Pourtant, Macron persiste et signe. Profitant des pouvoirs exorbitants que lui donnent les institutions de la 5e République, après s’être empressé de dissoudre l’Assemblée pour tenir compte des résultats du 9 juin et mené campagne, il maintient Attal à Matignon,tout en gardant le silence.

Dans sa lettre publiée hier dans la presse, il ne reconnaît pas le résultat des élections. Selon lui, “personne ne l’a emporté”, au mépris d’un suffrage qui a pourtant placé le Nouveau Front populaire en tête, constituant ainsi le plus gros groupe à l’Assemblée nationale.

Selon lui, les forces politiques devraient plutôt construire des compromis pour un gouvernement de “front républicain” mêlant la gauche et la droite et excluant LFI. Il est évident qu’un tel gouvernement ne mettra pas en place le smic à 1600 euros, l’abrogation de la contre-réforme sur les retraites et l’ensemble des mesures du rupture du programme du Nouveau Front populaire.

D’autant plus qu’au même moment, la presse nous informe des collusions entre la macronie et l’extrême droite via les repas secrets organisés par Thierry Solère. On appréciera la réalité du “front républicain” sauce Macron…

Face à ce coup de force, l’enjeu des prochains jours est donc d’imposer à Macron et à la classe dominante le résultat des urnes et de créer les conditions pour un gouvernement qui mette en œuvre le programme du Nouveau Front populaire.

Dans ce rapport de force, le monde du travail, la jeunesse et l’ensemble de la population doivent faire irruption pour peser de tout leur poids. Le bras de fer est engagé et il se joue maintenant.

L’ensemble des composantes du Nouveau Front populaire – tant les forces politiques que les syndicats, associations et collectifs qui l’ont soutenu – doivent se voir très rapidement pour discuter des moyens d’action à mettre en œuvre pour mener cette bataille démocratique. Dans ce cadre, l’initiative de la CGT cheminots, appuyée par la confédération CGT, montre la voie. L’appel à des rassemblements dans tout le pays jeudi 18 juillet, devant l’Assemblée et les préfectures, est à construire et à réussir.

Dans ce cadre, la période des Jeux olympiques ne peut constituer une trêve : elle doit être l’occasion de nous faire entendre pour que le Nouveau Front populaire et notre camp social ne se laissent pas voler cette victoire.

Au-delà, il est essentiel que les cadres de mobilisations qui ont arraché la victoire du NFP continuent à se réunir, occupent le terrain pour poursuivre la bataille. Ces comités seront des points d’appui pour une rentrée sociale qui impose la mise en œuvre du programme du NFP. Ce sont les travailleurs/euses, les quartiers populaires, les jeunes, les femmes, les LGBTI, toutes les personnes discriminées, qui doivent prendre leurs affaires en main pour rompre avec ce système qui détruit nos vies et la planète.

Jeudi 11 juillet 2024

https://npa-lanticapitaliste.org

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11 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Europe ( Inprecor)

722-723-une

Élections au Parlement européen : poussée réactionnaire et noyaux de résistance

Les élections au Parlement européen ont donné une image des forces politiques en présence dans les 27 pays de l’UE qui reflète avant tout une progression de la droite conservatrice et de l’extrême droite. La gauche se maintient mais le centre constitué des Verts et de la droite libérale se rétracte, montrant une tendance générale à la polarisation.

Le groupe PPE gagne 13 député·es avec 189 sièges, et les deux groupes d’extrême droite, ID et RCE gagnent, au total, 21 sièges avec 141 député·es, ce qui, malgré les nombreux désaccords qui existent entre eux, représente la deuxième force derrière le PPE. Parallèlement, on assiste à un recul important des Verts qui, avec désormais 54 sièges, en ont perdu 17. Le groupe libéral Renew subit un revers encore plus important, passant de 102 sièges à 74, soit une perte de 28 député·es.

Il faut prendre en compte que le Parlement sortant comptait 705 sièges après le départ des Britanniques en 2020 (46 sièges). Il a été élargi à 720 sièges pour les élections 2024. Ces reculs en sièges sont d’autant plus importants.

Les élections européennes restent marginales dans la vie politique des pays membres et la faible participation moyenne en témoigne. Elle était de 62 % à 59 % entre 1979 et 1989 dans l’Europe des 15. L’élargissement de 2004 à dix pays d’Europe centrale a fait baisser cette participation à moins de 45 %. Elle a eu tendance à remonter faiblement, jusqu’à 51 %, lors de ces dernières élections, notamment en raison de la plus forte participation de quatre pays d’Europe centrale (Hongrie, Slovénie, Slovaquie, Tchéquie, avec une progression de 7 à 16 %) alors qu’elle stagne ou diminue dans les pays d’Europe de l’Ouest. On assiste à une légère érosion du groupe social-démocrate S&D qui perd trois sièges avec 136 député·es, et à une légère progression de 2 sièges du groupe The Left (ex-GUE) avec 39 député·es.

Au total, ces résultats ne remettent pas en cause le consensus existant à la tête de l’UE avec une alliance PPE, S&D et Renew. Les principaux lieux de pouvoir exécutif et législatif de l’Union que sont la Commission européenne (présidée depuis 2019 par Ursula von der Leyen) et le Conseil des ministres de l’UE resteront donc dominés par cette alliance, sans oublier la Banque centrale européenne (BCE). Les postes dirigeants sont nommés par le Conseil des chefs d’État de l’UE. Cette alliance va permettre la ratification par le Parlement de la réélection d’Ursula von der Leyen comme présidente de la Commission européenne, décidée par le Conseil. De même, Antonio Costa, membre portugais du groupe S&D, va être désigné comme président du Conseil Européen. Mais la marge de cette alliance devient moins nette avec la crise des libéraux de Renew et une contestation contre von der Leyen au sein du PPE, prenant notamment pour cible le Pacte Vert de 2019, qui se fixe comme objectif d’obtenir la neutralité carbone en 2050, sans d’ailleurs se doter des moyens financiers à l’échelle de cet objectif.

De plus, depuis le Covid, les lobbies de l’industrie automobile, chimique et du plastique ont pesé sur le PPE pour une remise en cause des objectifs de ce Pacte. S’y sont joints aussi les lobbies agro-industriels. Manfred Weber, président du PPE et concurrent de Ursula von der Leyen, s’est fait le porte-parole de ce front, poussant à pencher vers les climatosceptiques et eurosceptiques du groupe ECR. Même si von der Leyen était la cible de cette pression, celle-ci a fait beaucoup d’ouvertures du côté de Giorgia Meloni, notamment en collaborant avec la dirigeante de Fratelli d’Italia sur les mesures anti-immigré·es de l’UE. Le glissement vers la droite extrême est donc provisoirement gelé à Bruxelles, mais la tendance est bien présente et la politique de l’UE, même sans alliance directe entre la droite et l’extrême droite, cultive une orientation ultralibérale, dans le prolongement des politiques autoritaires qui se développent en Europe.

D’ailleurs, en compatibilité avec les orientations de l’UE, l’extrême droite dirige deux gouvernements dans l’UE : en Hongrie, le gouvernement du Fidesz de Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, et celui de Giorgia Meloni depuis 2022 (avec Fratelli d’Italia en alliance avec la Lega de Matteo Salvini, affiliée à ID au Parlement européen, et Forza Italia, le parti créé par Berlusconi, affilié au PPE).

D’autres coalitions incluant l’extrême droite se sont créées

En Finlande, depuis 2023, le gouvernement dirigé par le KOK (Conservateurs affiliés au PPE) comprend une coalition avec le Parti des Finlandais (PS, extrême droite, affilié au groupe ECR), le Parti Populaire (SFP, affilié à Renew) et les chrétiens démocrates (KD). Le PS a le poste de vice-Premier ministre et de ministre des Finances.

Aux Pays-Bas, depuis mai dernier, a été mise sur pied une coalition conduite par le PVV de Geert Wilders (affilié à ID), avec le NSC et le BBB (affilié au PPE) et le VVD (affilié à Renew). Le Premier ministre est un haut fonctionnaire, ancien membre du PvdA, le vieux parti social-démocrate, jusqu’en 2021. Geert Wilders a été nommé ministre de l’Immigration.

En Suède, en 2022, le parti Moderaterna (affilié au PPE) a formé une coalition avec les chrétiens-démocrates KD (affilié au PPE), le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (SD, affilié à ECR), les Libéraux (affilié à Renew) avec le soutien sans participation des Démocrates de Suède, parti d’extrême droite arrivé en tête de la droite avec plus de 20 % des voix.

En Croatie, sans être affiché extrême droite, le parti HDZ (affilié au PPE) affiche une orientation démocrate-chrétienne radicale, esquissant la réhabilitation du mouvement des Oustachis qui avaient fait subir leur dictature criminelle durant les années 1940.

Ainsi, au-delà des déclarations des représentants du PPE et de Renew affirmant le refus des alliances avec l’extrême droite, dans plusieurs pays, les partis correspondants trouvent un terrain d’entente sur des politiques ultralibérales, souvent de repli nationaliste, et anti-immigration. Les attaques sociales, accentuées par la gestion du Covid, la lourde inflation des dernières années, la situation d’appauvrissement et de précarisation des classes populaires et la désillusion vis-à-vis de l’UE, notamment en Europe centrale, ont eu comme résultat l’émergence de formations à l’extrême droite, exaltant à la fois le repli nationaliste et l’identité nationale.

Le PPE 

Le PPE est le premier groupe du Parlement, avec 189 sièges. Il est dominé par la CDU/CSU d’Allemagne (22 sièges) dont est issue Ursula von den Leyen. Viennnent ensuite le PP espagnol (22 sièges) et le KO polonais (21 sièges) qui a, en Pologne, ravi la première place au PIS de Jarosław Kaczyński (ECR 20 sièges). Mais cela ne doit pas cacher que le parti d’extrême droite Konfederacja a réuni 12,08 % des voix et 6 sièges, donnant presque 50 % à l’extrême droite.

L’essentiel des gains vient du PP espagnol qui a gagné 10 sièges, des partis polonais KO et Trzecia Droga qui gagnent 10 sièges et du Tizra hongrois avec ses sept sièges, venant d’une scission plus europhile du Fidesz d’Orban qui a lui-même quitté le PPE en 2021.

Le S&D

Le groupe social-démocrate, avec ses 136 sièges, accuse une perte de trois sièges. Ses principaux partis sont le PD italien (21 sièges), le PSOE espagnol (20 sièges), le SPD allemand (14 sièges) et le PS français (13 sièges). Son principal gain vient de la France avec sept sièges supplémentaires, de l’Italie et de la Roumanie (plus 3), qui atténuent les érosions en Allemagne (2 sièges), Hongrie et Bulgarie (6 sièges). Mais au total il y a peu de mouvements.

Renew

En passant de 102 sièges à 74, le groupe libéral devient le quatrième groupe derrière l’extrême droite de l’ECR.

C’est avant tout le résultat de la crise de la délégation française dirigée par Renaissance, le parti de Macron qui perd 10 sièges, s’effondrant à 13 député·es, ainsi que de la disparition de Ciudadanos et de ses 7 sièges, des 5 sièges d’ANO2011 en Tchéquie – parti ayant quitté le groupe (en passant pour l’instant aux non-inscrits) – et des 2 sièges de Momentum en Hongrie. Cela est contrebalancé par le gain de 3 sièges de Fianna Fail en Irlande. Au Portugal, l’irruption de Iniciativa Liberal apporte 2 sièges d’un parti qui se place explicitement en concurrence avec le parti d’extrême droite Chega sur le terrain autoritaire et libéral.

Ce balayage rapide permet de voir la grande porosité existant pour les partis européens entre l’affiliation à Renew, au PPE ou même à des groupes d’extrême droite.

Les Verts

Le groupe des Verts/ALE passe de 71 à 54 sièges. Les plus grosses pertes sont réalisées en Allemagne où les Grünen, comptables de la politique de la coalition gouvernementale, perdent 9 sièges.

Le parti vert français Les écologistes subit lui aussi une lourde perte de 8 sièges, ne renouvelant pas le très bon résultat de 2019. Le parti belge Écolo, lui aussi comptable de la coalition libérale du gouvernement De Croo, perd plus de la moitié de ses voix et un de ses deux sièges, dans le même mouvement où il perd plus de la moitié de ses sièges dans les parlements wallon et de la région de Bruxelles-capitale,

Par contre, le parti arrive en tête avec 4 élu·es dans le collège néerlandophone de Bruxelles, là où il ne participait pas au gouvernement. Au Danemark, SF, le Socialistisk Folkeparti, ayant refusé en 2022 de soutenir le bloc gouvernemental construit derrière le parti social-démocrate de Mette Frederiksen, allié aux Moderates et au Parti libéral, s’est hissé à la première place lors des européennes, avec plus de 17 % des voix, dépassant les partis de la coalition et passant de 2 à 3 sièges.

La Gauche

Le groupe The Left/La Gauche (GUE/NGL) se maintient, gagnant deux sièges. Les progressions les plus importantes sont réalisées avec La France insoumise qui obtient 9 sièges (un gain de 3 député·es), la Finlande où l’Alliance de gauche arrive en deuxième position avec 3 sièges et 17,3 % des suffrages, triplant ses voix et ses sièges, face aux partis de la coalition gouvernementale de la droite et de l’extrême droite.

En Belgique, le PVDA/PTB passe de 1 à 2 sièges, en phase avec sa progression régulière depuis 2019 aux élections en Belgique. En Italie, l’alliance Verdi e Sinistra, inspiré de la NUPES française, réalise un gain important de ses deux composantes avec 6 sièges, dont deux député·es affiliés au groupe de la GUE. Ces gains compensent le recul de Die Linke en Allemagne (3 sièges), de Sumar et Podemos dans l’État espagnol (3 et 2 sièges) et du BE et du PC au Portugal (2 sièges au total au lieu de 4). Il faut noter aussi, en Grèce, le gain d’un siège par Plefsi Eleftherias, parti créé par Zoé Konstantopoulou, et non affilié.

Reste incertain le devenir de BSW (6 élu·es), le parti fondé en Allemagne par Sahra Wagenknecht, scission de Die Linke, sur des bases antiaustérité, mais ayant pris plusieurs positions contre les aides aux migrants et pour le blocage des demandeurs d’asile hors des frontières de l’UE. Son chef de file à Bruxelles, Fabio De Mais, affirme qu’il n’y aura pas d’affiliation à la GUE mais la recherche de la création d’un nouveau groupe européen.

ECR et ID et les autres partis d’extrême droite

L’ECR/RCE, Conservateurs et réformistes européens (83 sièges) est apparu pour les élections européennes de 2009. Il a été créé par le Parti conservateur britannique de David Cameron avec l’ODS de Tchéquie, le PIS polonais, et rassemble certains partis présents dans l’ancien groupe Union pour l’Europe des Nations. À l’époque, il rassemblait 55 député·es, 83 aujourd’hui, ayant gagné 14 sièges lors des dernières élections. Les deux partis pivots sont Fratelli d’Italia (Giorgia Meloni), avec 24 sièges, et le PIS polonais, 20 sièges. Vient ensuite une présence dans 16 autres pays, avec notamment 6 sièges issus de Vox dans l’État espagnol.

L’ID, Identité et Démocratie (58 sièges) s’est créée, à la veille des européennes de 2019, autour de la Lega italienne, de l’AfD allemande, du FPÖ autrichien, du Rassemblement national français, du Vlaams Belang, du PVV de Geert Wilders.

Les deux groupes ECR/RCE et ID rassemblent au total 141 sièges dans le Parlement, tandis que plusieurs autres partis, non-inscrits, se situent aussi clairement à l’extrême droite. Dans plusieurs pays, leur poids est important désormais et, au niveau européen, la pression va clairement s’exercer pour des politiques encore plus réactionnaires.

En Italie, Fratelli d’Italia a inversé les rapports de force avec la Lega, passant de 5 à 24 sièges quand le parti de Salvini passait lui de 28 à 8, pour un total de 32 député·es d’extrême droite, allié·es au gouvernement avec Forza Italia.

En France, le RN (affilié à ID) a largement gagné les élections passant de 23 à 30 député·es, auxquels il faut ajouter les 5 élu·es de Reconquête et, sans doute, la moitié des 6 député·es des Républicains, passés avec Éric Ciotti à l’alliance avec le RN.

En Allemagne, l’AfD a gagné 6 sièges, passant de 9 à 15 député·es, écarté pour l’instant du groupe ID. En Autriche, le FPÖ, affilié à ID, a doublé son nombre de sièges, passant de 3 à 6, rassemblant 25 % des voix. En Belgique, le Vlaams Belang en Flandres et le N-VA en Wallonie représentent 28 % des voix. En Hongrie, le Fidesz de Viktor Orban représente 45 % des voix, son parti et ses 11 député·es étant pour l’instant non-inscrits. Et derrière lui, Tizra, le parti de Peter Magyar (affilié au PPE), est directement issu de Fidesz, étant pro-européen, mais tout aussi réactionnaire. Sans oublier l’installation de Vox et de Chega dans l’État espagnol et au Portugal. Le kaléidoscope de l’extrême droite reflète des désaccords sur l’insertion dans l’UE et le rapport à la Russie, notamment suite à l’invasion de l’Ukraine mais, comme avec Viktor Orban, il existe entre tous ces partis une large plage d’accord concernant la politique sécuritaire et anti-immigrés.

La capacité de la gauche en Europe à redonner une nouvelle dynamique, combattant l’extrême droite en rassemblant les forces sociales et politiques sur les exigences sociales et démocratiques, est un enjeu essentiel de la période. n

11 juillet 2024  Léon Crémieux

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10 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

Edito (INPRECOR)

Edito (INPRECOR) dans A gauche du PS
Rassemblement après la victoire de la gauche lors du deuxième tour des legislatives, le 7 juillet 2024. Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas

Une victoire surprise et un sursis face au RN

Le nouveau Front populaire, coalition construite en quelques jours par les partis de gauche (alors que ceux-ci étaient encore éclatés lors des dernières élections européennes), vient d’obtenir 182 sièges de députéEs à l’Assemblée nationale, laissant derrière lui le Rassemblement national et ses alliés, 143 sièges, et le camp macroniste avec 168 sièges. Renversement de situation spectaculaire dans lequel nous sommes passés, en France, de la menace d’une main mise de l’extrême droite sur l’appareil d’Etat à une majorité relative de gauche à l’Assemblée, élue sur un programme de rupture avec les politiques néolibérales. Ce renversement ne peut pas se comprendre sans voir la mobilisation massive ces dernières semaines des forces militantes du mouvement ouvrier et démocratique face à l’extrême-droite, amenant d’abord à la constitution de ce Nouveau Front populaire (avec la France insoumise, Europe Ecologie Les Verts, le Parti Socialiste, le Parti communiste et d’autres dont le NPA-anticapitaliste), puis à une mobilisation importante dans les urnes et à un vote de rejet du RN très largement suivi.

Après que, dans la foulée de son résultat de 31,34% aux élections européennes du 9 juin, le Rassemblement national a obtenu plus de 33% des voix lors du 1er tour des élections le 30 juin, tout portait à croire qu’il obtiendrait un très grand nombre de députéEs pour le deuxième tour, tous les sondages lui donnant largement plus de 200 députés, pouvant même obtenir la majorité absolue de 289 sièges.

La mécanique électorale

L’élection des députéEs, en France, se fait dans un système uninominal à deux tours dans les 577 circonscriptions du pays. En gros, si aucunE candidatE n’a obtenu au 1er tour 50% des votes exprimés, il y a un second tour le dimanche suivant pour lequel peuvent se maintenir les candidatEs ayant obtenu, au 1er tour, les voix de plus de 12,5% des électeurs inscrits. Les candidats peuvent aussi spontanément se désister dans les deux jours suivants le 1er tour. 76 députéEs avaient été éluEs dès le 1er tour. Sur les 501 circonscriptions restantes, seulement 191 connaissaient automatiquement des duels, les autres candidatEs étant passés sous la barre des 12,5%. Mais trois ou même quatre candidats restaient en lice dans 310 autres circonscriptions. Le RN et ses alliés issus des Républicains (autour d’Éric Ciotti, président des LR) avaient obtenus 39 sièges au 1e tour et étaient en tête dans 260 circonscriptions restantes. Il y avait donc une grande chance, en cas de triangulaires, que le RN emporte une grande majorité de ces sièges. Dès le dimanche soir, d’une seule voix, le Nouveau Front populaire annonça qu’il retirait ses candidatEs partout où il était en troisième position, pour empêcher l’élection des candidats d’extrême droite. Toute la soirée du dimanche et le lundi, le camp macroniste tergiversa, refusant explicitement d’appeler à un barrage contre le Rassemblement national, plusieurs voix, comme celle de l’ancien premier ministre Edouard Philippe ou celle de la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun Pivet, maintenant un rejet parallèle du RN et de LFI. Finalement, le mardi soir, sous la pression, 81 candidatEs d’Ensemble, sur 95 arrivéEs troisième, se retireront, portant à 221 le nombre total de retraits face au RN.

On a surtout assisté clairement dans les jours qui ont suivi le 1er tour à un sursaut des forces militantes, des syndicats et des associations du mouvement ouvrier et démocratique, pour faire barrage au Rassemblement national, l’empêcher d’arriver au gouvernement. Cela s’est manifesté par des appels, des manifestations, et notamment sur les réseaux sociaux, une dénonciation spectaculaire de ce qu’est la réalité du Rassemblement national, force d’extrême-droite issue des courants fascistes français et développant, comme ses correspondants européens du groupe « Identité et Démocratie », une politique raciste, de remise en cause des droits sociaux et démocratiques.

Les militants et responsables du RN se lâchant un peu trop vite entre les deux tours, sûrs de leur victoire, le vernis de respectabilité brossé depuis des mois dans les médias, a commencé à se fendiller. Les propos et agressions racistes se sont multipliés dans les villes et les quartiers, et le RN a affirmé qu’il engagerait une première bataille contre les citoyens français binationaux, disant que ceux-ci ne pouvaient prétendre à des responsabilités. Par exemple, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale d’Hollande, Najat Vallot-Belkacem n’aurait jamais dû, selon eux, étant franco-marocaine, exercer cette fonction. De même, les réseaux sociaux et des médias indépendants ont révélé la réalité de dizaines de candidats du RN, s’affichant avec des symboles nazis, responsables d’actions violentes ou tenant des propos ouvertement racistes.

La peur change de camp

Gabriel Attal, le 1er ministre sortant, a dû en quelques jours amorcer un virage à près de 180°. Après avoir stigmatisé le NFP, criminalisé la France insoumise, « antisémites refusant de traiter le Hamas de terroristes », après avoir appelé à refuser « les extrêmes », il a dû clairement appeler à faire échec partout aux candidats du RN et à la « menace de l’extrême-droite ».

S’est imposée la réalité du Rassemblement national, une force qui représente un danger, non seulement pour les droits et la sécurité des classes populaires racisées, mais aussi pour les droits et la sécurité des femmes, des LGBTQ+, les libertés démocratiques et l’ensemble des droits sociaux. La profonde nature antisémite et antisociale du Rassemblement national a été dénoncée avec force, rompant avec un climat de résignation et de bienveillance distillé notamment par les médias d’information en continu aux mains de quelques milliardaires français.

Si Macron et ses candidats était apparus comme la seule alternative au RN, cette vague de fond n’aurait jamais eu lieu. D’ailleurs, Macron se positionnait déjà en président « héroïque » tenant tête à un gouvernement du RN après avoir lui-même créé la possibilité de cette accession. La dynamique de rejet a été permise par l’existence du NFP qui est apparu comme une alternative face au RN, et la consolidation du NFP été elle-même rendue possible par la dynamique du mouvement social et notamment de la CGT. Dès le soir de l’annonce des élections législatives anticipées, Sophie Binet, Secrétaire de la CGT, appelait à la création d’un front populaire face à l’extrême-droite. A témoigné de cette mobilisation sociale un appel unitaire intersyndical CGT, CFDT, FSU, Solidaires, UNSA appelant à faire barrage dans les urnes à l’extrême droite.

Le mouvement de vote contre les candidats RN est allé le 7 juillet au-delà de tous les pronostics et sondages, les désistements n’amenant en rien à une baisse de la participation et les reports de voix se faisant très largement au détriment du RN. L’extrême droite est toujours rejetée massivement dans le pays et une majorité des votants n’étaient pas prête à les laisser accéder au pouvoir politique.

Mais, même ramené à 143 députéEs, le bloc autour du RN représente néanmoins pour ce parti une très importante progression, de plus de 50 députées ce qui est sous son poids électoral, n’ayant que 25% des sièges après avoir obtenu 33% des voix.

La victoire du NFP

Le Nouveau front populaire est donc le premier groupe à l’Assemblée nationale, et représente, avec les élus divers gauche, autour de 190 sièges. Rien n’est réglé pour autant.

Le NFP revendique légitimement le poste de Premier ministre, le Président de la République devant, selon les usages institutionnels existant depuis 1958, désigner à ce poste un représentant du groupe sorti en tête des élections législatives. Cela ne devrait pas souffrir de contestation mais, comme toujours, Macron ne veut pas reconnaître ses échecs politiques, arguant du fait que le NFP ne dispose pas de la majorité absolue à l’Assemblée, la gauche n’ayant que 190 sièges. Lui-même a pourtant gouverné depuis juin 2022 avec une majorité relative de 250 sièges, imposant sa politique à coup de décrets, d’articles 49-3 qui évite le vote de l’Assemblée.

Les macronistes voudraient donc faire obstacle au NFP en faisant comme s’ils étaient eux-mêmes majoritaires, en cherchant à construire, ex nihilo, de bric et de broc, une nouvelle coalition fictive, à géométrie variable selon différentes hypothèses émises par des responsables d’Ensemble: une alliance d’Ensemble (163 sièges) avec le petit groupe des LR (Les Républicains, 66 sièges), ou aussi l’hypothèse d’un front du centre droit et de la gauche sans LFI, avec des socialistes, des écologistes, alliés aux macronistes.

À l’évidence, il y a aujourd’hui à l’Assemblée nationale, un blocage de Macron, mais aussi un grippage général, dû au fonctionnement institutionnel de la Ve République française, créée pour éviter les coalitions parlementaires et pour souder des camps majoritaires autour du président, appuyés sur le scrutin uninominal. Depuis 1958, le système gaulliste rejetait les alliances parlementaires avec lesquelles fonctionnait la IVème République, imposant des majorités construites autour du parti présidentiel. Ensuite, à partir de 1986, le système a dû évoluer, acceptant des « cohabitations » entre un président de gauche ou de droite et des majorités parlementaires opposées. Mais le système n’a jamais permis des coalitions faites par plusieurs partis négociés autour d’un programme de gouvernement, reléguant le président de la République à un rôle secondaire. D’ailleurs, Macron imagine, encore aujourd’hui, organiser une pseudo majorité dont il resterait le chef d’orchestre. Il a d’ailleurs reconduit lundi matin Gabriel Attal comme premier ministre. Ayant perdu près de 100 sièges, perte qui aurait été bien plus lourde sans les reports de voix venant de la gauche au second tour, Macron voudrait apparaître vainqueur de ces élections sans reconnaître sa propre défaite. On verra ce que va donner ce bras de fer dans les jours qui viennent.

Le Nouveau Front populaire résiste

Jusqu’à aujourd’hui, les partis du NFP ont résisté aux forces centrifuges qui ont amené à l’éclatement du NUPES il y a un an. C’est le résultat de la pression du mouvement social et de la menace du RN. Malgré tous les efforts des médias dévoués au pouvoir macronien, les représentants des quatre partis formant l’ossature de la coalition parlent depuis quinze jours d’une même voix et évitent les initiatives discordantes. A l’évidence, dans les jours qui viennent, la pression va être maximale sur les dirigeants du PS, d’EELV ou même du PCF, sur des personnalités venues de LFI comme François Ruffin pour essayer de rompre ce front.

Jusqu’à aujourd’hui les dirigeants du PS comme ceux d’EELV ont compris que céder aux sirènes du social-libéralisme ou d’un accord douteux avec Macron serait retomber dans les ornières qui ont fait prospérer l’extrême droite et ont conduit à la crise de certains partis Verts à l’échelle européenne.

La présence de François Hollande comme député du NFP n’en a pas changé la nature. Sans être un programme de rupture avec le capitalisme, le programme du NFP met au centre des exigences sociales sur les salaires, les prix, les services publics, notamment, qui sont le prolongement des mobilisations des dernières années et correspondent aux exigences du mouvement social et aux besoins des classes populaires face aux dégâts du capitalisme libéral. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris l’immense majorité des composantes de ce mouvement social et syndical, même dans ses composantes les plus radicales, c’est aussi le sens qu’a donné le NPA Anticapitalistes à sa participation au NFP, avec la candidature de Philippe Poutou dans l’Aude. Pour des raisons identitaires, des groupes comme Lutte ouvrière, le POID, Révolution permanente ou le NPAR se sont mis en marge du mouvement des dernières semaines mais cela ne correspondait pas à une posture répandue dans les milieux militants, même les milieux radicaux qui comprenaient l’urgence et ne mélangeaient pas les étapes. Il en a été ainsi, par exemple de la position de l’Union communiste libertaire.

Le NFP a affirmé que s’il pouvait former un gouvernement, ses premières décisions seraient le passage du salaire minimum (le SMIC) de 1400 à 1600 euros net, l’augmentation de 10% des salaires des fonctionnaires, l’indexation des salaires sur les prix, l’abrogation de la réforme des retraites et le passage de l’âge de départ à 64 ans imposé par Macron il y a un an, l’instauration d’un blocage des prix de première nécessité, la revalorisation de 10% des aides au logement. Cela serait évidemment une mesure positive.

Nul ne peut présager de ce que seront les semaines à venir en terme de gouvernement ou de nouvelles péripéties.

Par contre, certains points sont importants à commencer par le maintien du Front populaire comme coalition politique unifiée autour d’un projet politique et d’un programme de rupture, même si ce programme est limité dans ses propositions de remise en cause du système (rien, entre autres, sur l’appropriation publique des secteurs clefs de l’économie). De même, il n’y aura pas d’avancées sociales et de résistances à tous les blocages qui vont être mis en place par les forces libérales si le NFP ne s’étend pas au-delà du cadre électoral à un rassemblement, un front politique dans les villes et les quartiers, en particulier là où le RN a réussi à tromper les classes populaires en se prétendant le défenseur de leurs conditions de vie. Il va aussi falloir que le mouvement social continue à être un acteur politique direct et puisse aider à construire un front commun des forces politiques et sociales à même de contrecarrer la progression du RN. Car, évidemment, celle-ci a été stoppée à l’Assemblée mais le poids du RN dans la société n’en a pas reculé pour autant. L’action antifasciste, la mobilisation antiraciste, la dénonciation du caractère réel du RN sont primordiaux dans les mois qui viennent, mais déraciner le RN de son implantation populaire exigera qu’un projet politique et social fondé sur les besoins sociaux se construise, se fasse entendre et s’organise pour combattre les idées du capitalisme libéral, des politiques libérales sécuritaires et racistes sur lesquelles prospère l’extrême-droite en France et en Europe. Si une alternative antilibérale et anticapitaliste ne se fait pas entendre parmi les classes populaires, il n’y aura pas de barrage durable au Rassemblement national.

Le 9 juillet 2024 Léon Crémieux

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10 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

EIRE ( INPRECOR )

EIRE ( INPRECOR ) dans A gauche du PS

Cinq points à retenir après les récentes élections en Irlande

Pour la seconde élection consécutive, des changements politiques spectaculaires se sont produits à l’occasion des élections locales et européennes au Sud de l’Irlande. Le Sinn Fein a commencé l’année avec des sondages à 30% et a fini avec moins de 12% au niveau national lors des élections locales. Les Indépendants et autres ont commencé l’année à 15% et ont gagné le 6 juin avec près de 25%. Fianna Fail et Fine Gael ont atteint tous les deux 23% dans la jeunesse scolarisée et près de 20% globalement. Par bien des aspects, ces tendances sont contraires à ce que nous avons constaté lors des élections générales de 2020. À l’époque, le Sinn Fein a fait grandir de façon spectaculaire l’espoir de mettre fin à cent ans de domination du Fianna Fail et du Fine Gael et a été propulsé pour la première fois comme le premier parti en ce qui concerne le nombre de voix. La volatilité était clairement dans l’air.

Néanmoins, ce que nous avons vu lors des cinq semaines de campagne électorale ne vient pas de nulle part. Les élections ont catalysé et accéléré des processus qui existaient déjà. En l’absence de luttes sociales progressistes importantes, à l’exception du mouvement de solidarité avec la Palestine, le terrain politique a sans nul doute glissé vers la droite. L’Irlande a rattrapé la majeure partie du reste de l’Europe et du Nord global, avec l’émergence d’un mouvement social réactionnaire d’opposition aux demandeurs d’asile, et la croissance d’une extrême droite raciste, climato-sceptique, anti-LGBTQ et sexiste. Les deux ont été nourries par l’incapacité du gouvernement à traiter la crise du logement et par l’incapacité de la gauche à construire un mouvement de masse en faveur du logement. Tout cela s’est produit dans un pays qui devient de plus en plus riche mais où les couches populaires frappées par l’augmentation du coût de la vie bénéficient de très peu de « retombées ». Ce sont précisément les conditions qui nourrissent la colère et le ressentiment, que l’extrême droite travaille consciemment à diriger contre les réfugiés ou d’autres groupes opprimés plutôt que contre les propriétaires, les patrons et le gouvernement.

Le Sinn Fein a payé un prix élevé à la fois pour sa tentative de se positionner comme un parti responsable prêt à la gouvernance capitaliste et pour ses grandes erreurs en matière d’immigration. En même temps, le soi-disant « centre politique » a fait preuve d’une volonté cynique d’utiliser la question de l’immigration comme une arme pour renforcer sa propre position, sans se soucier de légitimer ainsi l’argumentation de l’extrême droite. À la lumière de tout cela, les gains modestes réalisés par la gauche socialiste au niveau des conseils locaux constituent un point lumineux.

 

Les partis de gouvernement ont successivement joué la carte de l’immigration

Dans le cadre d’un revers de fortune, les deux principaux partis de gouvernement, Fianna Fail et Fine Gael, ont stabilisé leur audience. Même si leurs nombres de suffrages ont baissé respectivement de 4% et de 2% depuis 2019 et qu’à eux deux ils ont perdu 41 sièges dans les Conseils au cours de ce qui a été leur pire élection locale, ils sont impatients de présenter ce scrutin comme une victoire. Leurs représentants, boostés par les médias, ont mis en scène une séance de célébration proclamant : « le centre tient bon ». De manière tout à fait importante pour eux, ils se situent désormais sur une tendance positive et se lèchent les babines en regardant les résultats du Sinn Fein. Des rumeurs commencent à se répandre selon lesquelles la coalition enhardie pourrait chercher à capitaliser cette situation et à organiser des élections générales en Novembre.

On peut largement attribuer ce demi-tour modéré à l’utilisation efficace par le gouvernement d’une panique fabriquée autour de l’immigration. Alors même qu’ils sont directement responsables du niveau très élevé de sans abris et des conditions honteuses dans lesquelles se retrouvent les immigrés et les réfugies, de nombreux politiciens de l’establishment ont dans le même temps pris des postures en matière d’immigration.

Deux mois avant les élections, on a assisté quasiment chaque semaine à l’annonce de nouvelles mesures marquées par une cruauté performative. Il y a eu des coupes budgétaires visant l’hébergement et l’aide aux réfugiés ukrainiens (dans leur grande majorité des femmes et des enfants). On a annoncé des conditions de ressources pour les demandeurs d’asile, mesure dont la mise en place qui va coûter plus d’argent qu’elle n’en économisera. Des demandeurs d’asile vont se retrouver sans abri, dans la rue, dans la mesure où le choix politique a été fait de leur refuser un logement. De manière récurrente, le gouvernement s’est mis à détruire leurs tentes et à fermer les zones du centre de Dublin près du canal pour les empêcher de revenir. Tout ceci a été conçu pour mettre la question de l’immigration au centre du débat, alors qu’au même moment le gouvernement adoptait la réponse la plus dure.

Cyniquement, alors qu’ils se focalisaient sur la question de l’immigration, ils ont également cherché à capitaliser sur la peur vis-à-vis de l’extrême droite tout en continuant à se présenter comme des opposants progressistes aux « barbares qui sont à nos portes » représentés à la fois par l’extrême droite et l’extrême gauche. En termes classiques de « diviser pour régner » le gouvernement a déplacé le blâme encouru pour ses propres faillites vers les couches les plus marginalisées de la société.

 

Sinn Fein a payé le prix de son évolution à droite

L’aspect le plus frappant de cette élection a été l’effondrement du vote en faveur du Sinn Fein en dessous de 12%. L’écart avec les sondages est béant : ceux-ci leur attribuait plus de 30% depuis 2022, lorsqu’il semblait probable qu’ils se retrouveraient dans les conseils locaux et, en bout de course, au gouvernement. Au lieu de construire sur le sentiment anti-establishment qui l’a propulsé en tête des sondages, le Sinn Fein s’est efforcé de se présenter comme un remplacement « sûr » de Fianna Fail et Fine Gael. Des représentants dirigeants du parti ont rassuré les grandes entreprises, les investisseurs et les fonds vautours : le Sinn Fein « ne s’en prendra pas à eux » et « ils n’ont rien à craindre ». A l’origine, ils se sont opposés à la revendication d’expulsion d’Irlande de l’ambassadeur israélien et ont alors serré la main de Joe Biden à la Maison Blanche, malgré son soutien au génocide des Palestiniens.

La montée des idées racistes et la peur des demandeurs d’asile représentaient sans nul doute un défi pour le Sinn Fein. Ils ont été consciemment et efficacement ciblés par une campagne de diffamation de l’extrême droite sur les réseaux sociaux, avec l’intention de les présenter comme des « traitres à l’Irlande ». Quoiqu’ils fassent, ils ont sans doute perdu une partie de leurs soutiens. Néanmoins, la manière dont ils ont répondu à cette campagne a conduit à un approfondissement de l’effondrement de leurs suffrages au fur et à mesure que l’élection se rapprochait.

Quand le gouvernement s’est consciemment activé pour faire de l’immigration la question centrale de la campagne à travers la mise en œuvre répétée de politiques cruelles qui n’amélioreront la vie de personne (Irlandais ou non), le Sinn Fein aurait du se dresser contre cela. Ils auraient du pointer la responsabilité du gouvernement dans toutes les crises que doivent affronter les membres de la classe ouvrière et rejeter leurs tactiques de division et de domination. Ils auraient sans aucun doute perdu certains de leurs soutiens, mais en tenant cette ligne ils auraient maintenu leur ciblage contre le gouvernement et affronté les élections sur la base des questions du logement, de la santé et du coût de la vie.

Au lieu de cela, ils ont accueilli favorablement chaque nouvelle mesure de cruauté performative. En plus, à chaque fois, ils ont promis que le Sinn Fein irait même plus loin, cherchant ainsi à apparaître plus durs contre les demandeurs d’asile que le gouvernement. En ligne avec les discours de leurs députés, leur matériel électoral mettait en valeur un paragraphe soulignant leur « opposition à l’ouverture des frontières ». Dans certains cas, ils ont même été plus loin, Martin Browne le député Sinn Fein de la circonscription de Tipperary a pris la parole lors une manifestation anti-immigrants à Roscrea.

Ce n’est pas seulement une faute sur le plan moral et politique : c’est un désastre stratégique. Cela ne signifie pas seulement que l’immigration est devenue une question clé de cette élection mais aussi que les responsables du Sinn Fein peuvent être dépeints comme des gens qui retournent leur veste. Ceux qui considèrent l’opposition à l’immigration comme une question clé ne feront jamais confiance au Sinn Fein à cause de l’histoire relativement honorable de ce parti en matière d’opposition au racisme. Le fait qu’ils acceptent de considérer l’immigration comme étant un problème majeur a accéléré le reflux de certains de leurs soutiens vers des indépendants ou d’autres qui mettaient en avant un point de vue anti-immigration. Cela a également provoqué la perte par le Sinn Fein du soutien de progressistes qui ont été consternés par leur nouveau positionnement.

Ils espéraient que la simple mention du « changement » leur permettrait d’accéder au gouvernement. La réalité est que l’échec du Sinn Fein à mobiliser ses partisans pour ce changement ou même à souligner ce à quoi ressemblerait une alternative au Fianna Fail et au Fine Gael a gaspillé cet élan et les a laissés dans cette impasse. Le parti a échoué à construire sur la base de l’énergie anti-establishment qui a émergé en 2020 et il en paie maintenant le prix.

Mais il n’est pas trop tard. Le Sinn Fein a toujours une importante base de soutien dans les communautés à travers le pays. Si le Sinn Fein, en liaison avec le mouvement syndical, fait des efforts conscients pour construire pour le logement et contre le gouvernement, alors il augmentera ses chances de rallumer l’humeur anti-establishment de 2020. Bien sûr, leurs représentants les plus lâches vont appeler le parti à un nouveau tournant à droite.

 

L’extrême droite a fait un pas en avant préoccupant

Parmi les conséquences de l’élection, il y a eu beaucoup de commentaires médiatiques suggérant que l’extrême droite n’avait pas réalisé d’avancée significative.  Néanmoins  bien que l’extrême droite n’a pas atteint ses espérances les plus gonflées, elle a réalisé un grand pas en avant. Pour les élections européennes, à travers tout le pays, 91.000 personnes (soit 5%) ont émis un vote préférentiel pur un candidat d’extrême droite alors que 196.000 personnes supplémentaires (11%) ont voté pour des candidats populistes de droite (incluant Aountù et Irlande Indépendante). On constate le même type de résultats dans tout le pays pour les élections locales. C’est un pas en avant remarquable pour des forces politiques qui, auparavant, étaient quasiment inexistantes.

Au cours de l’élection et après des mois d’agitation d’extrême droite et un cirque médiatique simultané, « l’immigration » est devenue dans les sondages la seconde préoccupation des électeurs dans de nombreux échantillons, derrière la question du logement. Si vous avez tapé à suffisamment de portes lors de la campagne électorale, vous étiez sûrs de voir l’immigration évoquée au moins à quelques occasions. Parfois, c’était une interrogation sur la place prise par ce thème, mais le plus souvent c’était un sujet de préoccupation. Ce n’est que grâce à l’incompétence et à l’éparpillement qui est dans la nature de l’extrême droite, avec de multiples candidatures d’extrême droite en concurrence dans diverses circonscriptions électorales, que ces votes ne se sont pas transformés en sièges.

Au total, ces partis et les indépendants qui peuvent être considérés comme d’extrême droite ont remporté 5 sièges. Cela se résume à un siège pour le Irish Freedom Party (IFP) à Palmerstown-Fonthill, un siège pour the National Party (NP) qui est carrément fasciste à Blanchardstown-Mulhuddart, et un sège chacun pour ceux qui ont fait campagne contre l’immigration : Malachy Steenson à Dublin North Inner City, Gavin Pepper à Ballymun-Finglas, et Tom McDonnell à Kildare. Par contraste avec ces partis, « Irlande Indépendante » qui est plus amorphe et « populiste de droite » s’en sort nettement mieux avec 23 sièges et une position de député au Parlement européen. Ciarán Mullooly, leur candidat à l’élection européenne pour la circonscription Midlands Nord Ouest a été élu lors du décompte final, battant la candidate du Sinn Fein, Michelle Gildernew. Leur autre candidat au Parlement européen pour Dublin, Niall Boylan, était également bien positionné mais a manqué l’élection lors de la phase finale. Irlande Indépendante est entré dans la campagne avec 13 conseillers sortants et en a obtenu 23. Cela représente 40% du nombre total des candidats présentés. Alors que Irlande Indépendante a moins de cohérence politique que les forces qui sont plus à droite, le succès de ce parti est préoccupant. Par contraste, Aontú a légèrement sous-performé par rapport aux prévisions, en n’obtenant que 8 sièges, peut-être pour n’avoir pas fait assez de bruit.

Sont également préoccupants les nombreux milliers de voix recueillies par de nombreux candidats d’extrême droite ou de personnalités qui n’ont pas été élus. Dans de nombreux scénarios, des candidats d’extrême droite étaient très près d’être élus et, dans une poignée de cas, malgré la multiplicité de candidatures d’extrême droite dans la même circonscription. De manière encore plus frappante, des candidats du National Party (qui cite Hitler) ont obtenu des centaines de votes préférentiels dans de multiples circonscriptions. Pour les élections européennes, Derek Blighe le dirigeant de « Irlande d’abord » a obtenu 25.000 votes préférentiels, ce qui représente 3.6% des suffrages en Irlande du Sud. Ajouté aux trois autres candidatures d’extrême droite, cela représente une proportion de 8% des suffrages. Dans les Midlands Nord-Ouest, Ciarán Mullooly le candidat d’Irlande Indépendante a recueilli 58.000 votes préférentiels, atteignant 8.4%. A nouveau, ceci a été réalisé alors qu’il y avait cinq autres candidats d’extrême droite pour ce scrutin.

Alors que l’extrême droite n’a pas réalisé les gains qu’ils espéraient, ils discutent maintenant de la nécessité d’une plus grande coopération et pourraient représenter une plus grande menace lors des prochaines élections.

Ce qu’il faut clairement retenir est que les forces antiracistes et antifascistes doivent être sérieuses avant qu’ils n’y réussissent.

 

La gauche socialiste a connu un succès relatif dans des circonstances difficiles 

Dans le contexte d’un mouvement social de droite contre l’immigration et d’un cirque médiatique qui répète le même récit, il s’agissait d’une bataille difficile pour que la gauche socialiste, principalement People Before Profit (PBP) et Solidarity (le regroupement électoral du Socialist Party, ISA) connaisse des succès. Néanmoins, dans des circonscriptions clés, PBP s’est débrouillé pour réaliser des gains importants, ramassant 4 sièges supplémentaires sur un total de 10. Solidarity a récupéré 3 sièges de conseillers, en perdant un au total. Globalement on atteint ainsi 13 sièges pour le regroupement de People Before Profit et de Solidarity.

PBF a mené campagne à travers le pays en appelant à « chasser Fianna Fáil et Fine Gael » et à « envoyer des militants dans les conseils locaux ». Une attention particulière a été mise sur la crise du logement en insistant spécialement sur l’énorme nombre de maisons vides ou vacantes qui ont été négligées par les conseils dominés par l’establishment. La campagne a souligné que l’Irlande était loin d’être « remplie » et qu’il y avait plus qu’il n’en faut de maisons qui restaient vides. Ce message a été systématiquement combiné avec une argumentation antiraciste. Dans un contexte d’un niveau relativement bas des luttes de classes au niveau national, des campagnes communautaires locales pour le logement, les équipements et les ressources ont joué un rôle important pour renforcer le profil de nos candidats comme des gens qui combattent vraiment pour les travailleurs. À Dublin Sud Est, nous avons eu une campagne percutante pour la sauvegarde du bureau de poste de Tallaght, le financement du Parc Kiltalown ou des passages piétons à Kingswood. Toutes ces campagnes ont joué un rôle important pour démontrer l’impact que PBP peut avoir au niveau local.

Alors qu’il y a eu des victoires importantes à Carlow, Sligo et Cork, il faut noter que la grande majorité des sièges ont été gagnés à Dublin. Pour la gauche socialiste, s’enraciner dans d’autres zones urbaines clés reste une tâche vitale, un tremplin pour devenir une force vraiment nationale. L’expérience à Dublin montre que là où il y a des campagnes basées sur les communautés, nous pouvons trouver du soutien aux idées socialistes et de l’aide pour résister à la montée de l’extrême droite dans les quartiers ouvriers. Il convient également de noter qu’à travers le pays, un certain nombre d’indépendants de gauche et d’autres petits partis de gauche ont réussi à conserver leurs sièges. Malheureusement – c’est une perte pour les mouvements anti-guerre et de solidarité avec la Palestine – Clare Daly a perdu son siège de membre du Parlement européen après une campagne vicieuse qui la caricaturait en « marionnette de Poutine ».

Dans le contexte d’une période difficile, ce scrutin peut être considéré comme un succès relatif pour la gauche socialiste. Avec une panique fabriquée au sujet de l’immigration et un élan en faveur de l’extrême droite, ces modestes gains représentent un important succès. Les nombreuses candidatures socialistes et de gauche ont joué un rôle vital pour percuter le récit sur l’immigration et diffuser un message anti-establishment et antiraciste. L’effondrement des suffrages pour le Sinn Fein a rendu plus facile la défense de nos sièges de conseillers locaux, mais il est néanmoins tout à fait indéniable que nous allons entrer dans la campagne pour les prochaines élections générales avec une posture largement défensive.

Nous devons maintenant travailler à convaincre beaucoup de ceux qui ont soutenu le mouvement People Before Profit de le rejoindre et de construire une force écosocialiste significative et enracinée dans les communautés ouvrières.

 

Il faut faire beaucoup plus

Après des semaines et des mois de campagne, il est important pour tous ceux qui ont été actifs dans ces campagnes de marquer une pause, de réfléchir à l’élection elle-même et de se préparer à continuer à construire. Néanmoins, nous n’aurons pas beaucoup de temps avant d’être confrontés à une nouvelle élection générale. Il y a trois choses qui sont vitales. Nous avons besoin, de manière urgente, de mobiliser sur la question du logement et de diriger la colère populaire vers les propriétaires d’entreprises, les développeurs et le gouvernement qui leur permet de s’enrichir sur la misère des gens. Il faut mettre la pression sur le Sinn Fein pour qu’ils abandonnent leur glissement à droite qui les conduit dans un cul-de-sac et qu’ils réaffirment leur engagement à mobiliser leurs partisans contre le gouvernement. Avec le mouvement syndical, les partis de gauche et les militants de base sur la question du logement, nous devons chercher à organiser une protestation massive avant le budget d’Octobre pour imposer des investissements massifs pour un logement social et vraiment abordable, un contrôle des loyers qui fasse effectivement baisser les loyers, et une entreprise de construction d’Etat. Cela pourrait permettre de redonner de l’espoir aux gens.

La percée électorale de la droite extrême et populiste en a alarmé beaucoup. Toutes les forces antiracistes et antifascistes ont besoin d’être organisées en un front unique enraciné dans les communautés ouvrières. Il faut une opération citoyenne sur les réseaux sociaux pour contrer les messages et la haine diffusés par les messages de droite et détourner la colère de la classe ouvrière des immigrés et des réfugiés. People Before Profit devrait défendre une alliance de gauche, un pacte « on vote à gauche, on émet un vote secondaire à gauche » pour les prochaines élections. Si un changement fondamental de gouvernement est sur la table, alors on peut mobiliser nettement plus de gens pour voter que lors de ces élections locales où le taux de participation a été le plus bas jamais enregistré. Pour que cela ne conduise pas à encore plus de trahisons et de désillusions, cela doit être fondé sur un engagement à ne pas rentrer dans un gouvernement avec Fianna Fáil et Fine Gael (un engagement que Sinn Fein et les Sociaux Démocrates refusent malheureusement de prendre), un engagement à refuser de faire des demandeurs d’asile les boucs émissaires de la faillite du gouvernement, ainsi qu’un programme combattif qui rend l’élite capitaliste responsable de la crise du logement, de la santé et de la crise climatique.

9 juillet 2024 par Diarmuid Flood, Paul Murphy https://inprecor.fr/

Publié le 15 juin 2024, traduit par François Coustal.

Il s’agit d’une version légèrement enrichie de l’article publié par Rupture le 14 juin 2024.

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10 juillet 2024 ~ 0 Commentaire

France Culture

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France Culture à 18h15 dans « Le temps du débat »

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-temps-du-debat/apres-le-succes-du-nfp-les-gauches-sont-elles-reconciliables

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