1956 il y a 70 ans (Michel Lequenne)
1956
En France , les élections législatives portent au pouvoir un « Front républicain » des radicaux de Mendès-France jusqu’à la SFIO (le PS). Guy Mollet, le bien nommé, est président du conseil
des ministres. Il se rend à Alger, y est accueilli par des jets de tomates, et capitule devant le bellicisme des pieds-noirs .
En mars , des « pouvoirs spéciaux » pour l’ Algérie sont votés avec les voix du PCF. La ligne du Kremlin n ‘est-elle pas maintenant de retrouver une alliance avec les impérialistes secondaires contre les États-Unis ?
Nasser a nationalisé le canal de Suez en juillet. En novembre des troupes anglo-françaises vont débarquer en Égypte . Elles devront se retirer honteusement, les puissances dominantes des deux Blocs ayant un intérêt contradictoire mais égal à se concilier ce pôle de Bandoung.
Au 20• congrès du PC de l ‘URSS , Khrouchtchev et son discours secret dénoncent le culte de la personnalité et les crimes de Staline. La déstalinisation est en cours. La direction du PCF ignore ce rapport, mais une crise sourde commence dans le Parti.
Et voilà que, successivement, le peuple polonais puis le peuple de Hongrie se soulèvent
contre le pouvoir stalinien. En Pologne , après la tentation d’une intervention, Khrouchtchev a l’intelligence de s’ incliner devant l ‘immense mouvement populaire et d’ accepter le « moindre mal » du passage du pouvoir entre les mains de Gomulka, la veille en passe de procès pour « titisme » . Bonne décision pour le Kremlin : Gomulka ne tardera pas à redevenir un bon stalinien.
Il en va tout autrement en Hongrie. Ici , la révolution anti-bureaucratique se fait en deux temps . Le premier se conclut comme en Pologne par un passage du pouvoir entre aile droite et aile gauche de la bureaucratie , de Gero à Janos Kadar et Imre Nagy.
Mais sous la pression des masses, ce dernier fait sortir la Hongrie du pacte de Varsovie, annonce la fondation d’un nouveau parti et proclame la neutralité du pays. Les chars russes mettent un terme à ce second temps en écrasant la révolution dans le feu et le sang.
Devant cette tragédie, les enthousiastes de la déstalinisation douce se partagent entre dénonciateurs et approbateurs de la répression. Ce qui n’ avait pas été prévu, c ‘est que la révolution « politique » ne tendrait pas à améliorer le système , mais à le renverser.
Une large faille va s ‘ouvrir là entre d’une part staliniens, néostaliniens, et moitiés et quarts de staliniens, et d’ autre part marxistes révolutionnaires qui sont pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Les « révélations » de Khrouchtchev percent le mur de silence du PCF, ce qui, avec sa politique en face de la guerre d ‘Algérie, forment un cocktail explosif. Paradoxalement, c’est Félix Guattari, qui entraîne Denis Berger à publier, avec les étudiants de la cellule philosophie (Sorbonne) du PCF , un bulletin d’opposition.
Le vent va tellement en ce sens que, bientôt, un autre bulletin va spontanément paraître à la fin de 1956, L’Étincelle, avec Victor Leduc , qui fusionnera avec Tribune de discussion
en avril 1957.
La réplique du PCF ne se fait pas attendre , sous la double accusation de ces bulletins comme « trotskistes et policiers » . En même temps, des « sous-marins » staliniens créeront un bulletin concurrent, » Unir ! ». Des attaques viendront plus tard d’ autres côtés : de « Socialisme ou barbarie » de Castoriadis.
Le courant de prise de conscience – pour certains bien tardive – crée des remous entre les différents niveaux. Sartre va donner un peu d’ argent à Tribune. Henri Lefebvre et Fran
çois Châtelet y participent, mais avec réticences et timidité .
La peur du trotskisme continue à paralyser ces opposants de cabinet qui se limitent à suivre la déstalinisation khrouchtchévienne sans oser la dépasser d’un pas. Cela va les conduire – de la même façon que Sartre – à justifier la seconde intervention soviétique contre la révolution hongroise, après avoir condamné la première .

































