1953 (Michel Lequenne)
La grève générale d’août 1 953
En août , comme un orage d’été inattendu , se déclencha, contre les décrets-lois de Laniel prolongeant l ‘ âge du droit à la retraite dans la fonction publique, la plus grande
grève générale qu’eût connue la France depuis 1936.
Le 4, les fédérations de fonctionnaires avaient appelé à une heure de grève. Le 5 , à partir d’un appel parti d ‘un bureau de poste de Bordeaux, c’est la grève illimitée qui déferla.
Contrairement aux prévisions, ce mouvement partait, non de la CGT sous contrôle stalinien, mais d’une section FO où se trouvaient des trotskistes du PCI. Dès le 6, toute la Fonction publique s ‘enflammait. Dans les jours qui suivirent, ce furent successivement la SNCF, EDF, les hôpitaux, Air France et la marine marchande, les douanes se joignirent au mouvement.
À partir du 12, il s’était étendu au secteur privé avec quelques débrayages dans l ‘ industrie et les mines . Le 13 , ce fut le tour des banques, des assurances , des constructions navales . Le 14, le bâtiment et la chimie entraient dans la danse.
On compta plus de quatre millions de grévistes. La bourgeoisie s’ affola. Des forces de police considérables furent mobilisées. Des chars entourèrent Paris . Mendès-France s ‘ écria qu ‘on
était en 1788 . Le maréchal Juin demanda des mesures contre le droit de grève, et le chef d’état-major de l ‘ armée de terre s ‘indigna de la faiblesse du gouvernement contre les grévistes.
Ils avaient tort : les syndicats et les partis ouvriers veillaient. FO et la CFTC tentaient de limiter le mouvement à des actions par branches de 24 ou 48 heures, et négociaient en coulisse
avec le pouvoir.
La CGT s’efforçait, mais en vain, de se joindre à eux, et en appelait au front unique à la base. Le PCF se tenait coi . Depuis la mort de Staline , le cours ultra-gauche avait
été abandonné et un cours purement pacifiste lui succédait, dont la SFIO (PS), toute entière ralliée à l’ atlantisme, refusait les avances.
Ainsi abandonné, le mouvement s ‘effilocha et se termina le 31 . S ‘ il dut ranger ses décrets-lois, Laniel n ‘ en fut même pas renversé.
Pendant toute cette grande grève, le PCI fut en état de mobilisation générale, avec assemblée quotidienne, menant campagne pour un comité national de grève. Quasi tous les militants étaient dans la grève. Chacun fut à son poste, y compris au journal , où Michel Lequennne écrivit les articles leaders . Mais tous les efforts militants se perdirent dans le mur de mousse des organisations syndicales et politiques. Sur ce terrain aussi, le PCI eut l’optimisme de voir repartir le mouvement pour des batailles plus décisives. C ‘ était une erreur : un si grand mouvement pour un si petit succès eut un effet démoralisateur.


































