De Gaulle (Michel Lequenne)
De Gaulle est à la mode.
Le De Gaulle flamboyant de la guerre. Pas le De Gaule que nous avons connu: un De Gaulle gérant sa boîte de « Gaullistes »: une gérontocratie (des vieux) une bande d’affairistes, d’arrivistes des anciens militaires, des « services secrets » , des « barbouzes » (chargés d’éliminations),voire des truands, utilisés contre l’extrême droite pendant la Guerre d’Algérie et gardés après.
Son parti, l’UNR/UDR avait sa « branche armée » les milices du SAC (Service d’action civique) dissous (tardivement) après une tuerie.
Tout ce que la jeunesse de Mais 1968 détestait!
Non, voici le De Gaulle de ses « Mémoires De Guerre ». (Cité par Michel Lequenne)
Si de Gaulle a pu réussir à réintroduire la France dans le concert des nations, c’est qu’il a réussi le coup de poker – grâce à l ‘ appoint stalinien – d’y éviter un soulèvement révolutionnaire général.
Il y revient à plusieurs reprises dans ses Mémoires de guerre . Il savait quel était l’état d’ es
prit de la classe ouvrière :
« Le désastre de 1 940 apparaissait à beaucoup comme la faillite, dans tous les domaines, du système et du monde dirigeants . On était donc porté à vouloir les remplacer par d’autres , d’autant plus que la collaboration d’une partie des milieux d’affaires avec les occupants , l’étalage du mercantilisme, le contraste entre la pénurie où presque tous étaient plongés et le luxe de quelques-uns, exaspéraient la masse française. [ . . . ] L’ aversion à l’égard des structures d’autrefois s ‘est exaspérée dans la misère, concentrée dans la résistance , exaltée dans la libération’ . »
De Gaulle crut d’abord que le Parti Communiste voulait s’appuyer sur cette exaspération et la diriger vers une prise du pouvoir. Pour y parer, et dès Alger, il avait introduit « des communistes parmi les membres de [son] gouvernement » . Mais dès qu’il eût rencontré Staline, il n’eut
plus de crainte de voir les « communistes » menacer son pouvoir. Il faut entendre que tout vient de lui et qu’ aucune force n ‘ est capable de lui résister .
« Les choses étant ce qu ‘elles sont, j’ entends employer au salut public tout ce qui en est capable. Bien entendu, les communistes ne sauraient en être exclus, dans cette
période où la substance de la France serait gravement compromise si le peuple tout entier ne se mettait à la besogne, a fortiori si la guerre sociale le déchirait. Non point que je me fasse d’ illusion au sujet du loyalisme du « parti ». Je sais très bien qu’il vise à saisir le pouvoir total et que, s’ il m’ arrivait de fléchir, il monterait tout de suite à l’ assaut. Mais la participation qu ‘il a prise à la résistance, l’influence qu’il exerce sur la classe ouvrière, le désir qu ‘éprouve l’ opinion et que je ressens moi même de le voir revenir dans la nation , me déterminent
à lui donner sa place dans le travail de redressement .
Ruant, mordant, se cabrant, mais attelé entre les brancards et subissant le mors et la bride, il va donc , lui aussi, tirer la lourde charrette . C’est mon affaire de tenir les rênes. [ . . . ] Assurément, jour après jour, les communistes prodigueront les surenchères et les invectives. Ce
pendant, ils n’essaieront aucun mouvement insurrectionnel. Bien mieux, tant que je gouvernerai, il n’y aura pas une seule grève. [ . . . ] Dès lors qu’au lieu de la révolution les communistes prennent pour but la prépondérance dans un régime parlementaire, la société court
moins de risques .
Il est vrai que, sur ma route, ils multiplieront les aspérités et mèneront, à la cantonade, une
campagne de dénigrement. Pourtant, jusqu ‘à mon départ, ils se garderont toujours de méconnaître mon autorité ou d ‘ insulter ma personne . Partout où je paraîtrai ,
leurs représentants seront là pour me rendre hommage et leurs électeurs , dans la foule, crieront, eux aussi : « Vive de Gaulle ! » Quant à Thorez, tout en s’ efforçant d’ avancer les affaires du communisme, il va rendre, en plusieurs occasions, service à l’ intérêt public. Dès le lendemain de son retour en France, il aide à mettre fin aux dernières séquelles des « milices patriotiques » que certains, parmi les siens, s’obstinent à maintenir dans une nouvelle clandestinité. Dans la mesure où le lui permet la sombre et dure rigidité de son parti, il s’oppose aux tentatives d’empiétement des comités de libération et aux actes de violence auxquels cherchent à se livrer des équipes surexcitées . À ceux – nombreux, – des ouvriers ,
en particulier des mineurs, qui écoutent ses harangues , il ne cesse de donner pour consigne de travailler autant que possible et de produire coûte que coûte .
Est-ce simplement par tactique politique ? Je n’ai pas à le démêler. Il me suffit que la France soit servie »
Par un étrange détour, au moment où une crise grave paraissait inévitable, le soutien des communistes me permit de la surmonter. Au sein du Conseil, qui tenait
une nouvelle séance, Maurice Thorez affirma soudain qu’il ne fallait point céder à une pression intolérable et que, moyennant quelques menus aménagements, les
propositions proposées par le ministre des finances et approuvées par le Président devaient être entérinées . Du coup, la perspective d’un éclatement du cabinet s’éloignait à l ‘horizon. L’ après-midi , au Vélodrome d’hiver, alors que les orateurs , mandatés par les syndicats et liés
au Parti socialiste, avaient invité l ‘assistance à cesser letravail et à entrer en conflit avec le gouvernement, le représentant communiste, à l ‘étonnement général , s’en prit vivement aux agitateurs .
« Pour les fonctionnaires, déclara-t-il, faire grève, ce serait commettre ; un crime
contre la patrie ! » Puis, à la faveur du désarroi produit par cet éclat imprévu du « parti des travailleurs », il fit décider que la grève était, tout au moins, différée»
Il faut reconnaître que cet appui accordé de Moscou n’ aurait pas suffi à asseoir son pouvoir s’ il n’ avait pas mené sa politique d’équilibre bonapartiste avec une extrême habileté . Dès son arrivée en France, augmentation des salaires et. . . « emprunt de la Libération » pour assurer la monnaie ; intégration dans l’ armée de 300 000 (?!) jeunes des « forces
de l’ intérieur » et . . . formation des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) ; contrôle de l’épuration qui fait passer les exécutions de miliciens et de collaborateurs des 10 842
abattus dans les combats du maquis ou par jugement populaire sommaire , à 779 en vertu de jugements rendus par les Cours de justice et les tribunaux militaires .
De Gaulle admet que ce dernier chiffre est « très limité , il est vrai , par rap
port au nombre des crimes commis et à leurs affreuses conséquences » , mais il justifie tout de même la limite de cette « épuration » , expliquant « qu’il s’ agissait d’hommes
dont la conduite ne fut pas toujours inspirée par des motifs de bas étage » :
« De ces miliciens, fonctionnaires, policiers , propagandistes, il en fut qui répondirent aveuglément au postulat de l ‘obéissance. Certains se laissèrent entraîner par le
mirage de l’ aventure. Quelques-uns crurent défendre une cause assez haute pour justifier tout. S ‘ ils furent des coupables , nombre d’entre eux n’ont pas été des lâches . Une fois d e plus, dans le drame national , le sang français coula des deux côtés. La Patrie . . . approuve leur
châtiment, mais pleure tout bas ces enfants morts•. »
On comprend ainsi le fonctionnement de la justice en deux temps : 2 07 1 condamnations à mort et 1 303 grâces gaulliennes ; 39 900 condamnations à la détention, que de
Gaulle dit « équitables et modérées » en les comparant aux 55 000 de la Belgique et au 50 000 des Pays-Bas, et compte tenu que , toujours selon lui , nous avions eu 60 000 exécutés et plus de 200 000 déportés dont 50 000 seulement revinrent, et qu’en outre « 35 000 hommes et femmes s’étaient vus condamnés par les tribunaux de Vichy ; 70 000 « suspects » internés ; 35 000 fonctionnaires, révoqués ; 1 5 999 militaires, dégradés, sous l’ inculpation d’ être des résistants » .
Nombre des condamnés de l ‘ épuration ne firent qu’une petite partie de leur peine , et plus nombreux encore furent ceux qui passèrent entre les mailles des filets , tels
les Papon et les Bousquet, sans parler de ces « égarés » qui renforcèrent petit à petit les nouvelles organisations d’extrême droite, développant, dès 1 950, les thèses de ce qu ‘on
appelle aujourd’hui le « négationnisme ».
Commentaire:
Il va sans dire que les nationalistes bretons ont largement tort de se plaindre d’une épuration qui n’a pas eu lieu! Eux aussi on bénéficié de la clémence des Gaullistes!

































