ÉDITORIAL (OF)
Vladimir Poutine, fragilisé et dangereux
Pour la première fois, Vladimir Poutine a admis ce week-end les difficultés que la Russie rencontre dans son opération contre l’Ukraine. Les drones ukrainiens font de plus en plus mal dans la profondeur.
On pensait la profession de kremlinologue enterrée avec la chute du communisme
(disons d’un système dictatorial qui n’a rien de « socialiste » / le blog) ,
en 1989, c’était se tromper. Le pouvoir russe, avec le nouveau tournant autoritaire imprimé depuis 2012 par Vladimir Poutine, communique par signaux. Sur la scène intérieure russe comme à l’extérieur.
Ainsi, sur un ton inédit, le président russe vient d’étaler ce week-end des signes de faiblesse auxquels personne n’était habitué jusqu’ici. Il a reconnu les graves problèmes d’approvisionnement en carburant engendrés par les attaques ciblées de l’Ukraine, de plus en plus efficaces.
Vladimir Poutine a reconnu une pénurie de carburant et même évoqué la possibilité de bloquer les exportations de gasoil
. Un acte majeur quand on sait combien Moscou dépend de ces exportations pour financer son effort de guerre.
Manifestement, la propagande justifiant depuis février 2022 l’invasion de l’Ukraine ne fonctionne plus face à des faits de plus en plus tangibles pour la population russe. L’essence manque. Les infrastructures (en particulier les raffineries) sont régulièrement frappées par les drones ukrainiens, désormais de longue portée.
La sécurité des civils dans les grandes villes n’est plus assurée. Atout majeur dans les mains de Vladimir Poutine pour la négociation à venir, la Crimée est touchée quotidiennement et en état d’urgence. Un signe de plus de sa vulnérabilité proprement militaire. La guerre de Poutine se joue désormais aussi sur le sol russe.
Négocier avec Donald Trump
Pendant ce temps, sur le front, la mortalité des soldats russes serait exponentielle. Dans la revue Foreign Policy, l’historien Peter Frankopan, professeur à Oxford, estime que l’espérance de vie de ces soldats varie de dix jours à trois semaines. Les nouveaux drones ukrainiens auraient ainsi renversé le rapport de force.
Pour un mort côté ukrainien, on compterait désormais huit soldats russes morts au combat. Même à Moscou et à Saint-Pétersbourg, épargnés jusqu’ici par la mobilisation, le pouvoir ne peut plus cacher le coût humain de cette guerre.
Ces analyses occidentales sont-elles totalement fiables ? L’intox est partout en temps de guerre. Les propos de Vladimir Poutine tendent toutefois à confirmer l’extrême difficulté du pouvoir russe, qui subit désormais la dynamique ukrainienne. Le président russe a d’ailleurs lancé dimanche un signal à Donald Trump, en affirmant attendre le retour des médiateurs américains lorsque le dossier iranien sera moins chaud.
Le Kremlin veut négocier. Pour gagner un peu de répit ? En partie. Pour profiter du fil direct qui le lie à Donald Trump ? Sans aucun doute. Mais les Occidentaux se retrouvent aussi devant deux risques majeurs. Fragilisé, Vladimir Poutine peut devenir encore plus dangereux et recommencer avec ses menaces nucléaires. Extrêmement fragilisé, c’est le potentiel effondrement du régime qui peut être dangereux. Comme à chaque fois en Russie.























