Cadmium (Basta)

Droite et l’extrême droite
Opposés à des mesures qui réduisent l’exposition
Enfants et adultes de France sont surexposés au cadmium. En cause, le laisser-faire de l’Etat qui autorise des seuils plus élevés qu’ailleurs en Europe. Un texte propose de réduire drastiquement la teneur en cadmium mais le RN s’y oppose.
« Nous sommes la population la plus contaminée au cadmium de toute l’Union Européenne. » C’est ainsi que débute la proposition de loi visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation. Portée par le député écologiste Benoit Biteau, elle doit être examinée dans l’hémicycle ce mardi 2 juin.
Le cadmium est un métal lourd classé cancérogène certain depuis 1993 par le Centre international de recherche sur le cancer. Il s’accumule dans les sols, migre dans les plantes, avant d’imprégner directement notre alimentation de base : le pain, les pâtes, les pommes de terre… Les activités agricoles contribuent fortement à augmenter sa présence dans l’environnement. On retrouve notamment du cadmium, sous forme de fines particules, dans les engrais minéraux phosphatés très utilisés en agriculture dite « conventionnelle » pour soutenir les rendements.
Un rapport de l’Anses publié en mars dernier a confirmé une surexposition de la population française au cadmium. L’imprégnation moyenne au cadmium d’un adulte en France est trois fois supérieure à celle des adultes états-uniens et plus de deux fois à celle des adultes italiens, comme nous l’expliquons dans notre précédent article. Chez les enfants français, l’imprégnation est quatre fois supérieure à celle des enfants américains ou allemands, par exemple.
Comment expliquer cette surcontamination, comparé à nos voisins européens ? L’industrie agroalimentaire française est autorisée à laisser plus de cadmium dans les engrais qu’elle utilise et donc dans les aliments qu’elle fabrique (90 milligrammes par kilo d’engrais phosphatés). Ailleurs en Europe, la limite maximale – adoptée en 2019 – est bien inférieure (60 mg). La France autorise donc un taux de cadmium 50% supérieur à la réglementation européenne !
Le gouvernement « veut attendre encore 12 ans »
C’est précisément à ces seuils que la proposition de loi française s’attaque. Elle comporte un seul article qui propose d’abaisser la teneur maximale de cadmium dans les engrais phosphatés : 40mg par kilo au 1er janvier 2027, puis 20mg/kilo en 2030. Ce seuil de 20 mg est recommandé par l’Anses dans son rapport publié le 25 mars dernier. Il est déjà appliqué dans plusieurs pays européens comme la Finlande ou la Slovaquie.
Cette baisse de la teneur en cadmium se veut plus rapide que ce que propose le gouvernement dans le projet d’arrêté qui vient d’être mis en consultation publique le 26 mai et jusqu’au 30 juin. Le ministère de l’Agriculture préconise un abaissement à 60mg/kg en 2027 (soit le niveau européen), puis à 40mg/kg en 2030 et à 20mg/kg « au plus tard le 1er janvier 2038 » à l’issue d’une étude d’impact. « Le temps est compté, nous savons que l’imprégnation de la population a doublé en 10 ans. On ne peut pas se permettre d’attendre encore 12 ans de plus comme le prévoit le Gouvernement » analyse Benoit Biteau.
Le vote sur la proposition de loi en commission le 27 mai a permis de clarifier les positions de chaque groupe. Les député.e.s insoumis, socialistes, écologistes, communistes et du groupe Liot (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) ont voté pour. Les groupes Horizons, MoDem et Ensemble pour la République se sont abstenus. La Droite Républicaine, UDR (Union des Droites pour la République) et le Rassemblement national (RN) ont voté contre.
« Personne au RN pour protéger la santé »
« Votre credo, c’est la punition », a protesté Eddy Casterman, député RN, lors de l’examen en commission des affaires économiques. Il a dénoncé une trajectoire qui « n’a pour résultats que la surtransposition et la concurrence déloyale, pénalisant chaque fois la ferme France ».
La trajectoire proposée est « indolore » pour les producteurs d’engrais, a défendu Benoit Biteau. « Ils disent qu’ils sont déjà sous le plafond de 40 mg de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique proposé pour le 1er janvier 2027 et qu’ils n’auront aucune difficulté à descendre sous 20 mg/kg en 2030 » a précisé l’élu écologiste. « C’est tout aussi indolore pour les agriculteurs, puisque la décadmiation [faire baisser la teneur en cadmium, ndlr] ne leur coûterait que 2 euros par hectare et par an, ce qui ne menace pas la compétitivité française. »
Les députés du RN « nous bassinent avec la sécurité du matin au soir sur les plateaux télévisés, mais lorsqu’il s’agit de voter un texte pour protéger la santé de la population française – nos vies –, il n’y a plus personne ! » a dénoncé en commission Clémentine Autain du groupe Ecologiste et Social, à l’initiative de cette proposition de loi.
Le texte a pour l’heure été adopté sans modification quant à la trajectoire qu’il propose. Il bénéficie d’un soutien transpartisan puisqu’il a été signé par des députés issus de tous les groupes, à l’exception du RN et de l’UDR – auxquels il n’avait de toute façon pas été proposé.
Sophie Chapelle 2 juin 2026





























