Parti Communiste Breton (Wikipedia)
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Parti communiste breton |
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Le Parti communiste breton (PCB), en breton Strollad komunour Breizh (SKB), est un parti politique breton d’extrême gauche, fondé en 1971.
Issu du mouvement nationaliste et révolutionnaire breton des années 1960-1970, il se réclame du marxisme-léninisme et prône la libération nationale et sociale de la Bretagne, qu’il considère comme une nation opprimée par l’impérialisme français et le capitalisme international. Le PCB participe aux luttes sociales et aux mouvements de soutien aux indépendantistes bretons, avant de fusionner en 1976 dans une organisation plus large (L‘OCT) et de disparaître en 1978.
Origines et fondation
Le Parti communiste breton émerge au sein du mouvement breton dans les années 1960, marquées par les contestations sociales de Mai 1968 et les actions du Front de libération de la Bretagne (FLB)
Ses racines remontent au Comité révolutionnaire breton (CRB), fondé au début de 1969 par un groupe d’individus nationalistes et d’anciens militants staliniens ou révolutionnaires, déçus par l’Union démocratique bretonne (UDB) et le Mouvement pour l’organisation de la Bretagne (MOB). Le CRB déclare « révolutionner » le mouvement breton en le reliant aux luttes prolétariennes, influencé par les attentats du FLB et le mouvement d’aide aux détenus politiques bretons (Skoazell Vreizh).
En avril 1969, le CRB lance le journal, Bretagne Révolutionnaire (Breizh Dispac’h), qui sert de plateforme pour diffuser ses idées. Le groupe tente de créer un Front de libération de la Bretagne légal (FLB II ou FLB légal), inauguré en grande pompe à la Mutualité de Paris en 1969, mais cette initiative échoue rapidement, perçue comme une récupération opportuniste du sigle FLB sans actions concrètes. Le CRB se concentre alors sur une structuration idéologique, rejetant le nationalisme bourgeois et prônant un socialisme révolutionnaire adapté à la « colonie intérieure » bretonne.
Les 30 et 31 janvier 1971, le CRB se transforme officiellement en Parti communiste breton lors d’un congrès fondateur[Monde. Parmi les fondateurs figurent Jean-Pierre Vigier, Gwenc’hlan Le Scouëzec, Padrig Montauzier, Yann-Morvan Gefflot, Youenn Drezen (fils) et Mériadec de Gouyon-Matignon.
Développement et activités (1971-1975)
Dans les années 1970, le PCB s’implante principalement à Nantes, Rennes, Brest, Saint-Brieuc et Lorient, avec une cellule à Paris. Ses militants, souvent issus d’environnements intellectuels ou étudiants, participent aux luttes sociales bretonnes, en lien avec les mouvements révolutionnaires hexagonaux.
Le parti s’investit dans les comités de soutien aux détenus du FLB, notamment lors du procès d’octobre 1972 devant la Cour de sûreté de l’État, où il témoigne en faveur des accusés et manifeste sa solidarité avec d’autres mouvements nationalitaires (alsacien, occitan, basque, catalan, corse). En 1972, il soutient la grève du Joint français à Saint-Brieuc, la présentant comme une lutte à la fois sociale et nationale contre le « colonialisme capitaliste français. Le PCB y voit un symbole de la radicalité bretonne, associant la dimension régionale à une solidarité ouvrière, et fait fleurir des drapeaux bretons modifiés (Gwenn ha Du avec une étoile rouge à la place du champ d’hermines) lors des manifestations.
En 1973, le PCB clarifie ses positions en adoptant une orientation autogestionnaire, prônant une « République Bretonne des Conseils » basée sur la démocratie directe et anti-stalinienne Il organise une rencontre « Bretagne et autogestion » à Mûr-de-Bretagne en juin 1973, réunissant des militants révolutionnaires divers (du Parti Socialiste Unifié (PSU) à Héol Rouz, en passant par des Paysans-Travailleurs). Le parti proteste contre la répression policière, comme lors des interpellations de militants bretons en janvier 1975 après des attentats du FLB-ARB, et dénonce les méthodes d’intimidation arbitraires[Mon. La même année Kristian Hamon s’encarte au parti.
Le PCB participe également à des actions de solidarité interrégionale et internationale. En 1972, il signe un communiqué avec d’autres mouvements nationalitaires (occitan, corse, basque, catalan) pour condamner l’assassinat du militant maoïste Pierre Overney et soutenir les funérailles. Il appuie la lutte contre l’extension du camp militaire du Larzac, voyant dans cette politique une confirmation de la « colonisation intérieure » des régions périphériques par l’État français (liquidation agricole, exode, pillage des ressources, oppression culturelle. En Bretagne, il critique les projets de remembrement, de tourisme de luxe et d’implantation militaire, appelant à une bretonnisation des emplois et à la gestion populaire des ressources naturelles.
Sur le plan syndical, le PCB propose un « syndicalisme breton révolutionnaire » indépendant des centrales françaises réformistes, visant à unir ouvriers, paysans, marins et étudiants. Il soutient des grèves locales, comme celles de Logeais-Jamin, des Batignolles, de la CTB de Pont-de-Buis, de Laurenan, des abattoirs Doux, ou des marins-pêcheurs, les reliant à l’exploitation coloniale (sous-industrialisation, exode, désertification). Le parti rejette les élections parlementaires et le Programme commun de la gauche (PCF-PS), les considérant comme des illusions réformistes renforçant le centralisme.
Fusion et disparition (1976-1978)
À la fin de 1974, le PCB entre en sommeil, cessant de publier Bretagne Révolutionnaire (dernier numéro en septembre 1974. Il entame un processus d’unification avec d’autres groupes révolutionnaires bretons ( hexagonaux! blog): la Gauche ouvrière et populaire (GOP), Révolution ! et le Groupe 75 (de Brest). Les 7 et 8 février 1976, une réunion à Mûr-de-Bretagne donne naissance au collectif Bretagne Révolutionnaire, qui publie deux numéros d’une revue éponyme.
Ce collectif participe à la fusion nationale de l’Organisation communiste GOP et de l’Organisation communiste Révolution !, rejoignant une partie de l’Union Marxiste de Nantes (UMN). En décembre 1976, Bretagne Révolutionnaire se fond dans l’Organisation communiste des travailleurs (OCT), devenant sa fédération bretonne avec pour organe Bonnets Rouges. Les pôles principaux sont Brest et Nantes, avec des groupes à Rennes et Saint-Brieuc, et des contacts dans d’autres villes bretonnes.
La vie de l’OCT en Bretagne est éphémère, minée par des divergences idéologiques (mouvementisme vs. dogmatisme, aspirations variées des militants). Début 1978, la majeure partie des militants quitte l’organisation, ne laissant qu’un petit groupe à Nantes. Le PCB disparaît de facto, absorbé dans ces évolutions, sans renaissance ultérieure.
Idéologie et programme
Le Parti communiste breton adopte une idéologie floue et fluctuante, qualifiée de maoïste, conseilliste, spontanéiste, anti-stalinienne, libertaire et guévariste, tout en intégrant un nationalisme breton compatible avec l’internationalisme prolétarien. Il se réclame des principes marxistes-léninistes, mais rejette le dogmatisme et le centralisme du PCF, qu’il accuse de social-impérialisme.
Ce parti se dote d’un manifeste qui définit ses objectifs : unir le peuple breton contre l’oppression capitaliste française, démontrer l’inséparabilité de la conscience de classe et de la conscience ethnique, et soutenir un front de libération bretonne pour élargir la lutte populaire[.
Le PCB se distingue du Parti communiste français (PCF), qu’il accuse de centralisme et de nationalisme français oppressif.
La Bretagne est vue comme une « minorité nationale doublement prolétaire », opprimée par l’impérialisme français (colonisation intérieure) et le capitalisme international (pillage des ressources, surexploitation, exode rural, destruction culturelle). Le PCB lie la conscience de classe à la conscience ethnique, prônant une lutte de libération nationale intégrée aux luttes de classes mondiales. Il soutient la violence révolutionnaire comme réponse légitime à l’oppression, mais subordonne les actions militaires (comme celles du FLB) à une organisation politique de masse.
Son programme, exposé dans le manifeste de 1971 et les numéros de Bretagne Révolutionnaire, inclut :
- L’unité du peuple breton contre le grand capital français, via une bataille de classe et une réforme agraire collectiviste.
- La promotion de la langue et de la culture bretonnes sur une base prolétarienne, contre le « génocide culturel » français.
- L’établissement d’une démocratie populaire autogestionnaire, gérée par des conseils ouvriers et paysans, expropriant les industries étrangères et collectivisant l’économie
- La solidarité avec les peuples opprimés (Irlandais, Basques, Occitans, Corses, Palestiniens, Vietnamiens), et le refus de l’union de la gauche réformiste.
- Le rejet du parlementarisme, des syndicats réformistes (CGT, FNSEA) et des divisions sectaires au sein du mouvement breton (critiques envers l’UDB pour son réformisme et son alignement sur le PCF).
Le PCB se dote de statuts démocratiques et décentralisés, avec des cellules autonomes, un comité central révocable et un financement par cotisations militantes. Il encourage la critique et l’autocritique, tout en maintenant une structure partisane pour éviter l’anarchie.
Symbole et organe de presse
Le symbole du PCB est une variante du Gwenn ha Du, le drapeau breton traditionnel, où le canton d’hermines est remplacé par une étoile rouge à cinq branches sur fond blanc, symbolisant la fusion du nationalisme breton et du communisme révolutionnaire.
Son organe principal est Bretagne Révolutionnaire, publié irrégulièrement de 1969 à 1974. La revue analyse les luttes bretonnes (grèves, attentats FLB), propose des perspectives théoriques (autogestion, syndicalisme breton) et relaie des appels à l’action unitaire.
Critiques et perception
Dans le mouvement breton, le PCB est perçu comme une excroissance marginale, concurrente de l’UDB et de Strollad ar Vro (SAV), mais participant à l’inflation du discours régionaliste révolutionnaire des années 1970. Les renseignements généraux et la DST le surveillent étroitement, le considérant comme un vecteur potentiel de subversion, influencé par des courants maoïstes et proche d’une scission d’extrême gauche du FLB (le FLB-LNS « Lutte Nationale et Socialisme » accusé d’être infiltré, voire créé par la police Blog). Des infiltrations et écoutes par la DST sont rapportées, notamment à Rennes en 1973.
Dirigeants et membres notables
- Yann-Morvan Gefflot : Figure centrale, animateur du CRB et du PCB.[2],[4]
- Jean-Pierre Vigier : Physicien, ancien cadre du PCF et du Comité Vietnam National, apporte une légitimité intellectuelle.
- Kristian Hamon : Militant impliqué dans les luttes sociales.
- Autres : Gwenc’hlan Le Scouëzec, Padrig Montauzier (futur membre du FLB), Jean-Yves Gaultier (imprimeur impliqué dans des actions violentes).
Héritage
Le PCB disparaît sans laisser de successeur direct, mais ses idées influencent les courants autonomistes et révolutionnaires bretons des années 1970-1980, comme le Front Socialiste Autogestionnaire breton (FSAB, devenu FASAB en 1975), auquel il participe initialement. Il contribue à la visibilité des minorités nationales opprimées en France, dans un contexte de contestation du centralisme jacobin.








































