USA (L’Humanité)
États-Unis, les racines du mal
CINÉMA Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2, d’olivier Azam et Daniel Mermet, à partir du travail colossal du grand historien, d’archives et de témoignages, bouscule le grand roman national états-unien. Indispensable pour comprendre notre présent
« Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs. » Ce proverbe africain, qui colle si bien au travail d’howard Zinn, introduit la deuxième partie d’une entreprise colossale à laquelle se livrent Olivier Azam et Daniel Mermet, depuis qu’en 2003, ils découvrent aux éditions Agone Une histoire populaire des États-unis (de 1492 à nos jours). Un énorme pavé de l’historien américain Howard Zinn, un livre écrit et augmenté entre 1980 et 2005, qui provoque alors un séisme aux ÉtatsUnis tant il bouscule le récit officiel, le grand roman national.
Le livre se propage dans les universités, on l’évoque dans des sitcoms populaires, son impact est immense. Il dérange les tenants de l’historiographie dominante qui passait sous silence le génocide indien, l’esclavage, l’histoire du mouvement ouvrier, les grèves, les guerres impérialistes, les répressions, la solidarité… Une campagne se déchaîne contre Howard Zinn, une croisade féroce pour discréditer son travail, orchestrée par les tenants du libéralisme et par tous ces affairistes et politiciens qui défendent bec et ongles le mythe du pays fondateur de la démocratie. Parmi eux, Donald Trump. Il n’est pas encore le président des ÉtatsUnis mais un milliardaire dévoré d’ambition qui, dans ses diatribes, dénonce les méfaits du livre de Zinn sur la jeunesse américaine.
Dix ans après la première partie, cette deuxième tombe à pic, tant ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, cette accélération de l’histoire oblige à regarder le passé pour ne pas subir, ne pas être les lapins de ce dérèglement mondial. À partir de témoignages, d’entretiens avec Howard Zinn, qu’ils ont longuement rencontré, d’images d’archives précieuses, d’un montage au cordeau qui fait des allers-retours dans l’histoire, le film d’azam et Mermet fait oeuvre d’utilité publique et nous donne rendez-vous avec un présent américain qu’on voudrait nous faire croire émanant de la folie d’un seul homme, alors qu’il est le fruit d’un système fondé sur l’oppression, la violence, la répression.
Loin d’être accablant, le film éclaire ce qui se joue aujourd’hui aux ÉtatsUnis et, par ricochet, dans le monde.
Qui se souvient de Henry Ford si ce n’est à travers le prisme du constructeur automobile visionnaire ? Outre sa chasse aux syndicalistes et aux communistes dans ses usines, il est l’auteur du Juif international, qui sera le livre de chevet du chef des Jeunesses hitlériennes. Qui se souvient de l’affaire des neuf de Scottsboro, neuf jeunes AfroAméricains accusés de viol par deux jeunes filles en 1931 ? Le film s’attarde sur cet épisode à juste titre tant il est révélateur d’un racisme systémique qui sévit encore.
Et pourtant, le film renvoie à la résistance du peuple américain, de cette gauche américaine qui semble renaître de ses cendres, depuis les mobilisations massives contre l’exécution de Sacco et Vanzetti aux marches pour les droits civiques, des grandes grèves des Bread and Roses à celle des précaires des Starbucks à New York et là, en ce moment, aux mobilisations contre les rafles organisées par la milice de Trump. Voilà ce que nous raconte ce film. L’histoire a bien rendez-vous avec le présent, et n’oublions jamais, ce sont les peuples qui l’écrivent.
Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2, d’olivier Azam et Daniel Mermet, France, 1 h 52
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Brest Lundi 2 mars 2026
La première partie est disponible en DVD sur cinemutins.org





































