Komala (Wikipédia)
Komala est un mot kurde qui signifie « société », ou « association » « comité ».
C’est aussi, depuis 1969, l’acronyme de l’« Organisation révolutionnaire du peuple ouvrier du Kurdistan ». Le choix de ce nom évoque le Komala y Jiyanenewe-y Kurd, l’« Association pour la Renaissance kurde ». Cette organisation fondée en 1942, avait favorisé la création de l’éphémère République de Mahabad en 1946-47, à la faveur de l’occupation du nord de l’Iran par les troupes soviétiques. C’est aussi, symboliquement, reprendre l’héritage du « Parti démocratique du Kurdistan iranien » (PDKI), lui-même issu de ce premier Komala. Au « nationalisme bourgeois » du PDKI, le Komala oppose une vision axée sur la lutte sociale.
À l’origine, il s’agit d’un groupe étudiant d’inspiration maoïste créé à Téhéran par des étudiants kurdes. Il ne compte, à sa création, guère plus de cinq personnes. L’organisation se caractérise par le refus de la guérilla, le rejet du révisionnisme soviétique et du nationalisme kurde. Après quelques années de gestation intellectuelle, Komala va s’engager dans le travail de masse en direction de la classe ouvrière. Elle mène une activité de propagande clandestine, qui lui vaut l’emprisonnement de nombreux militants en 1975. La révolution de 1978 va lui permettre de se développer au grand jour, jusqu’à l’intervention militaire des troupes iraniennes dans la province occidentale. Les militants de Komala vont alors saisir l’occasion historique, en appelant à la résistance armée face au régime islamiste. À la faveur de l’insurrection contre le chah, les Komalistes s’équipent en armes saisies dans les casernes et mettent sur pied un embryon d’organisation militaire.
Le Komala milite pour une réforme agraire, la défense des droits des travailleurs, et la réduction du rôle et de l’influence des chefs tribaux. Le parti bénéficie d’une grande popularité parmi les Kurdes d’Iran à la fin des années 1970.
Komala s’était fait connaître par des accrochages violents avec les forces de l’ordre dans la région de Bokan, où l’organisation est bien implantée, et par des manifestations ouvrières habilement maquillées en fêtes religieuses, à l’occasion de l’Aïd, la fin du jeune de ramadan. Cette agitation lui vaut immédiatement les foudres du PDKI, qui voit au contraire dans la nouvelle république islamique un espoir pour l’autonomie du Kurdistan.
En guerre contre la République islamique d’Iran
Au plus fort de son activité, Komala dispose d’une force armée de deux à trois mille combattants peshmergas (combattants) dans le nord de l’Iran, en pays kurde. Par comparaison, à la même époque, PDKI de Ghassemlou, son principal concurrent, dispose de 10 000 combattants, et les Mujaheddin-e-Khalq, environ un millier. Dans ses rangs, fait unique dans les organisations kurdes de l’époque, les femmes ont accès à toutes les fonctions militaires.
Komala dispose d’une véritable zone libérée dans laquelle elle organise la vie des villages, et contrôle de fait les villes de la région. . Mahabad, l’ancienne capitale de la République du Kurdistan proclamée en 1945, avec le soutien de l’armée rouge, Sadacht et Bokan, sont complètement contrôlées par les organisations Kurdes.
Dans cette zone, Komala dispose de nombreuses écoles ; hôpital, avec le soutien de Médecins sans frontières – Bernard Kouchner viendra lui-même rendre visite aux Komalistes, malgré sa préférence marquée pour le PDKI de Ghassemlou ; d’une école de formation des cadres, où l’on enseigne le marxisme-léninisme, le programme de Komala et celui des autres organisations ; d’une station de radio « La voix de la révolution d’Iran », qui émet en persan et en kurde.
La guerre avec le PDKI
Quant aux relations avec le Parti démocratique du Kurdistan Iranien (PDKI), elles vont s’envenimer jusqu’à la guerre civile. Les désaccords portaient sur l’appréciation de Khomeini, sur les négociations avec le pouvoir central, mais aussi sur le rôle de l’islam. Quoique officiellement socialiste, le PDKI se présente volontiers aux paysans comme un parti musulman et réserve aux religieux un créneau radiophonique.
Mais c’est l’adhésion du PDKI au « Conseil national de la résistance », un front mis au point par la secte islamo-gauchiste des Mujahidins e-Khalq, et l’acceptation du principe d’une « république démocratique islamique », qui va envenimer les relations entre les deux organisations. Dès septembre 1982, trois responsables de Komala sont assassinés près de Mahabad, entraînant des affrontements armés entre les peshmergas des deux organisations, qui font plusieurs morts. Une négociation entre Ghassemlou et Jaffar Shaffri, représentant de Komala, permet de calmer le jeu.
La guerre va durer trois ans, la rupture de l’unité entre communistes et nationalistes facilite la reconquête de l’armée iranienne. Fin 1984, il ne reste rien du Kurdistan libéré, même si les guérillas sont toujours actives.
La création du Parti communiste d’Iran
D’inspiration maoïste, puis pro-albanaise, Komala avait à l’origine des conceptions nettement populistes. Leur emblème est une carte de l’Iran, recouverte d’un fusil et d’une charrue. Le peuple des campagnes, la réforme agraire et le droit des minorités nationales sont leurs principaux axes d’intervention.
L’Union des combattants communistes trouva refuge dans ce « sanctuaire », pour y tenir son premier congrès. Dès 1982, la majeure partie de la direction de l’Union des combattants communistes est venue se réfugier au Kurdistan, En septembre 1983, la fusion avec Komala et d’autres fractions qui s’étaient rapprochées du marxisme révolutionnaire permettait la création du Parti communiste d’Iran.
Les Komalistes commencèrent à critiquer la conception selon laquelle l’Iran était un pays « semi-colonial et semi-féodal », analyse importée de Chine et d’Albanie, pour mettre l’accent sur le rôle de la bourgeoisie comprador, c’est-à-dire de la fraction de la bourgeoisie qui tient sa position de son rôle d’intermédiaire avec le marché capitaliste mondial.
Sensibles à l’évolution réelle du capitalisme en Iran, ils sont donc amenés à rompre avec la conception dominante au sein l’extrême-gauche.
En août 1983, le Parti communiste d’Iran est fondé. Komala devient son Organisation du Kurdistan, et des militants d‘autres organisations de gauche comme Pekyar ou Feyadin, vont rejoindre la nouvelle organisation.
De 2001 à 2005, Komala a mené des opérations de « propagande armée », envoyant des commandos de peshmergas distribuer de la propagande sans faire usages de leurs armes. Ils ont mis fin à cette pratique sur la demande du gouvernement régional du Kurdistan d’Irak, où sont stationnés leurs forces. le parti se présente désormais comme fédéraliste, social-démocrate favorable au modèle scandinave, et aspire à rejoindre l’Internationale socialiste. Abdullah Mohtadi n’est pas hostile à l’idée de recevoir un soutien financier des États-Unis, mais déclarait en 2007 n’en avoir jamais reçu.
L’Iran ainsi que le Japon ont classé Komala comme une organisation terroriste.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Komala
Commentaire:
Pour la situation actuelle des kurdes d’Iran, voir Libération du Lundi 26 Janvier, pages 6 et 7.





































