Etat espagnol (Le Tél)
Couverture santé, logements et autres acquis faussement attribués à Franco, 50 ans après la mort du dictateur espagnol
« On vivait mieux sous Franco » : un demi-siècle après la mort du dictateur espagnol, les fausses informations sur les acquis attribués à tort au général Franco pullulent sur les réseaux sociaux.
Dans un pays pourtant dirigé par la gauche depuis 2018, le général Franco suscite, 50 ans après sa mort, une admiration croissante au sein d’une partie de la jeunesse espagnole, un phénomène que les experts attribuent à des connaissances très fragmentaires sur ce qu’était la dictature.
Une partie des acquis sociaux, des progrès ou des infrastructures fréquemment attribuées à Franco, au pouvoir pendant près de 40 ans (1939-1975), sont, en réalité, héritées de régimes antérieurs.
« Il y a une faible connaissance de notre histoire » ce qui, ajouté au fait qu’il s’agit d’un sujet « très émotionnel, clivant, polarisant », offre un terreau fertile pour la désinformation, déplore Jordi Rodríguez Virgili, professeur de communication politique à l’Université de Navarre.
Barrages et réservoirs
Les barrages ? Des Espagnols en attribuent la mise en œuvre presque exclusivement au dictateur.
« C’est un mythe collectif sur lequel il y a une grande méconnaissance », résume Jordi Rodríguez Virgili : « Il y a une part de vérité, ce qui est important pour la (diffusion de la) désinformation. Il n’a pas construit tous les barrages mais il en a construit quelques-uns ».
Toutes ces infrastructures n’ont, en effet, pas été édifiées pendant le franquisme : au début du XXe siècle, il existait déjà un plan général des canaux d’irrigation et des réservoirs, et un autre dictateur, Miguel Primo de Rivera (1923-1930), a créé les confédérations hydrographiques qui fonctionnent encore aujourd’hui.
La deuxième République espagnole (1931-1936) a, elle aussi, réalisé ses propres projets, maintenus ou repris par le gouvernement franquiste.
En outre, la construction d’une partie des réservoirs et barrages sous la dictature a entraîné l’inondation de nombreux villages, explique la professeure d’histoire, Matilde Eiroa San Francisco, qui rappelle aussi que « presque toutes » ces infrastructures ont été bâties par des prisonniers politiques.
Sécurité sociale
« Sous la direction du Caudillo Francisco Franco, l’Espagne a instauré, en 1942, un système robuste de sécurité sociale, garantissant aux travailleurs l’accès à la santé et aux pensions », affirme une publication largement partagée sur les réseaux sociaux.
Mais les premières formules de protection sociale en Espagne voient le jour dès 1900, avec la loi sur les accidents du travail, explique Daniel Pérez del Prado, secrétaire général de l’Association espagnole de droit du travail et de la sécurité sociale.
Progressivement, plusieurs professions ont créé des mécanismes de protection spécifiques. La retraite ouvrière (1919), l’assurance obligatoire de maternité (1923) et l’assurance chômage forcé (1931) sont également antérieures à la période dictatoriale.
En 1963, sous Franco, toutes ces mesures ont été regroupées sous le nom de Sécurité sociale et, en 1978, sous la démocratie, la première grande réforme du système a été réalisée.
Les congés payés ont également été créés avant la dictature et, en 1918, des jours de repos ont été mis en place pour les travailleurs pour la première fois.
Sous la deuxième République, sept jours de congés payés par an ont été instaurés (1931), une durée portée à 21 jours en 1976, soit après la mort de Franco.
Logement
Dans un pays frappé par une grave crise immobilière depuis plusieurs années, la question du logement est aussi au coeur des informations erronées ou incomplètes diffusées sur l’époque franquiste.
Un message largement partagé affirme ainsi que quatre millions de logements sociaux ont été construits sous Franco, contre aucun sous le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, au pouvoir depuis 2018.
Mais, sous la dictature, tout bâtiment ayant bénéficié d’une aide à la construction (que ce soit parce que les matériaux étaient moins chers ou que les logements étaient plus petits…) était considéré comme un logement social, alors que les critères sont bien plus précis aujourd’hui.
En outre, les critères d’accession ont aussi changé : « On ne vous demandait pas que votre revenu ne dépasse pas un certain seuil », souligne le professeur d’économie de l’Université d’Oviedo Alfonso Fernández Carbajal.
Entre 1943 et 1975, 3,4 millions de logements sociaux ont ainsi été construits, dont 735 400 destinés à des personnes à faible revenu – un chiffre à comparer aux 66 723 domiciles ayant obtenu le label de logements sociaux bâtis depuis depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sánchez, en juin 2018, selon des données officielles.
Enfin, la politique du logement en Espagne est, de nos jours, largement du ressort des régions, aux pouvoirs largement plus étendus que sous la dictature.
06 novembre 2025
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