08 décembre 2023 ~ 0 Commentaire

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À Nantes, la bataille pour sauver un « poumon vert » du béton

La métropole de Nantes envisage de construire 2 700 logements dans le quartier de Doulon. Militants et riverains s’opposent à la bétonisation de l’une des dernières zones fertiles de la ville. Nantes, reportage

En cette fin novembre, ni la pluie incessante ni les ronces n’entament le moral de la petite troupe qui s’affaire autour de carottes de terre. Objectif : vérifier la présence d’une zone humide, ce qui pourrait permettre de sauver cette friche. Car ce champ situé à Doulon, un quartier du nord-est de Nantes, sera bientôt voué aux tractopelles et aux grues si rien n’est fait.

Nantes Métropole a obtenu un permis pour construire 2 700 logements d’ici 2035 sur une superficie de 180 hectares. La première phase des travaux devrait débuter en 2024 sur cette parcelle de 4 hectares que longe le ruisseau des Gohards. Au total, 50 hectares vont être urbanisés. Plusieurs fermes urbaines ont déjà été installées, une école construite et 190 arbres abattus fin février 2023.

Les indices repérés pourraient confirmer la présence d’une zone humide et permettre aux opposants de faire valoir de nouveaux arguments juridiques contre le projet. 

Penchée sur un prélèvement de terre, Lætitia explique d’une voix douce : « Quand vous voyez des traces couleur rouille comme ici, cela veut dire qu’il y a un phénomène d’oxydoréduction ; quand il y a des traces plutôt gris-bleuté, ça signifie que cette partie de la terre est en contact permanent avec l’eau. » Cette écologue, membre de Scientifiques en rébellion, est venue partager ses connaissances naturalistes avec le collectif Sauvons les Gohards.

Les indices repérés pourraient confirmer la présence d’une zone humide et permettre aux opposants de faire valoir de nouveaux arguments juridiques contre le projet. « Le tribunal administratif de Nantes [qui a rejeté le recours des opposants contre le permis de construire en juillet] reconnaît lui-même qu’il y a un doute sérieux sur la présence d’une zone humide sur le terrain », explique Margot Medkour, l’une des fondatrices de Nantes en commun. Son mouvement soutient le collectif d’opposants, tout comme Extinction Rebellion Nantes ou encore la section CGT Mairie de Nantes.

Un futur quartier sans voiture

Depuis plus d’un an, militants et riverains se démènent pour sauvegarder cette zone fertile travaillée par des générations de maraîchères et maraîchers. Assise à la table de sa salle à manger, Lucette, octogénaire dont le jardin jouxte le terrain, se souvient : « J’habite dans cette maison depuis quarante-cinq ans. Je n’ai connu qu’un seul maraîcher. Il est parti en 1982 et, depuis, le terrain a été laissé à l’abandon. » Chênes rouges, robiniers, arbustes en tout genre ont prospéré ; une faune variée s’est installée. Avec la période de Covid, de nombreux riverains ont découvert l’existence de ce coin de nature qui reste, depuis, très fréquenté par les promeneurs et les joggeurs. « C’est vraiment mon poumon vert », insiste Lucette, qui s’est aussi engagée dans la lutte.

« Partout, la nature sera présente, avec la création d’un grand verger et de jardins partagés propices au loisir et à la rencontre », promet pourtant la Ville sur son site. Que reprochent donc les opposants à ce futur quartier « sans voiture, pensé en relation étroite avec la nature » ? Les riverains pointent d’abord la hausse inévitable du trafic routier avec l’arrivée de plusieurs centaines de nouveaux habitants, qui n’est pas prise en compte. « La route en direction de Sainte-Luce est déjà fortement embouteillée aux heures de pointe. Le chronobus est plein à craquer tous les matins avec le lycée. Or, le projet ne prévoit pas de transports en commun supplémentaires », s’étonne Esther Le Cordier, de Nantes en commun.

Lutte contre la politique d’artificialisation de la Ville

Autre élément inquiétant, selon eux : les promoteurs vont bétonner une zone où s’écoule une partie des eaux qui descendent du quartier de Bottière-Chesnaie, sans tenir compte d’une possible hausse des précipitations liée au dérèglement climatique. Une partie des logements seraient par ailleurs construits sur des zones humides ou inondables. Plus globalement, les militants s’opposent à « la politique d’artificialisation et de bétonisation » de la métropole de Nantes.

Esther Le Cordier cite les projets similaires développés ces dernières années dans d’autres quartiers, notamment sur l’Île de Nantes. « Sur le papier, tout semblait beau, mais ce qu’on voit aujourd’hui, c’est l’absence d’une vie de quartier, des îlots de chaleur l’été, une gentrification… »

Pour elle, le projet Doulon-Gohards n’est pas destiné aux gens du quartier. Certes, il prévoit bien les 25 % de logements sociaux obligatoires ainsi que 30 % de logements dits « à prix abordable », mais sans qu’on connaisse pour l’heure ce prix. « Quant au reste, ce sera du logement privé à prix libre, trop cher pour une bonne partie des Nantais », estime la militante. Pourquoi ne pas construire ces logements sur des espaces déjà bétonnés et non utilisés ? s’interroge-t-elle encore. Un contre-projet est en cours d’élaboration.

Le champ des possibles

L’espace naturel réensauvagé des Gohards mérite mieux pour ses défenseurs. Ils proposent de lui redonner sa fonction première de terre nourricière. « La Ville nous demande de faire du maraîchage au coup par coup, explique Raynald Guibert, jardinier à la Ville de Nantes et élu CGT. Or, nous sommes paysagistes, pas maraîchers. Nous n’avons ni les compétences ni la formation. Ce que nous voulons c’est qu’on professionnalise ce travail. » Pour lui, ce terrain à Doulon est l’endroit idéal pour développer une véritable production maraîchère, situé entre le site de stockage du matériel de la Ville et la cuisine centrale des écoles, crèches et Ephad.

Tous veulent croire que ce champ puisse devenir celui des possibles : accueillir une graineterie afin de produire sa propre semence, réserver des carrés au maraîchage pédagogique, commémorer l’histoire matrimoniale du lieu… « Nantes célèbre beaucoup l’industrie, généralement aux mains des hommes. Pourquoi ne pas en faire autant avec le maraîchage, qui était souvent exercé par les femmes ? » s’interroge Raynald, tout en concluant : « Ce n’est pas une utopie ! » Pour imaginer cet autre avenir, ils ont prévu de se retrouver le 9 décembre aux Gohards, lors de la journée d’action « Doulon résiste au béton ».

Fabienne Loiseau et NnoMan Cadoret (photographies) 8 décembre 2023

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