02 décembre 2022 ~ 0 Commentaire

vlad (l’étincelle)

vlad-montage

A gauche, une gravure de 1499 représente Vlad dînant au milieu de ses victimes empalées

Ce petit livre – écrit par un philosophe et un historien-géographe – est précieux : il fourmille de détails sur le passé tumultueux de cette région où se sont affrontés tour à tour Russes, Polonais, Cosaques zaporogues, Tatars, Moldaves, Lituaniens, Roumains, Austro-Hongrois, Ukrainiens, etc., pour la conquérir et le plus souvent la dépecer.

Le nationalisme mythico-religieux de Poutine

Le titre, Vlad le destructeur, qui désigne bien sûr Vladimir Poutine, est une allusion à peine voilée à Vlad l’Empaleur, prince de Valachie du 15è siècle dont la cruauté fut telle qu’il donna naissance, en littérature, au personnage du vampire Dracula.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à l’alignement de l’idéologie « poutinienne » sur le panslavisme qui fit florès au 19è siècle et que Marx tenait pour la principale force contre-révolutionnaire en Europe. Poutine reprend les mêmes poncifs sur les Slaves en général, et les Russes en particulier, qui, selon lui, seraient destinés à sauver l’Europe de sa décadence et de la perte de ses valeurs chrétiennes. Le tout avec la bénédiction et l’appui du patriarcat orthodoxe de Moscou.

Contre toute évidence historique, il affirme que les Slaves sont un seul et même peuple dont la Russie est l’épicentre.

Ce qui l’amène à nier toute réalité historique au peuple ukrainien dont la langue serait du russe « abâtardi » par des emprunts au polonais. Dans sa démonstration, il oublie les périodes nombreuses où l’Ukraine lutta, notamment contre la Russie tsariste, pour être reconnue comme un État indépendant au sein du concert des nations.

Le gouvernement bolchevique reconnut à l’Ukraine le droit de disposer d’elle-même, d’où une première proclamation d’indépendance en 1918, tout en luttant pour une URSS capable d’intégrer en son sein et sur un pied d’égalité de nombreuses nations.

Malheureusement, la stalinisation rapide du régime soviétique anéantit très tôt cet espoir. Elle se traduisit par une nouvelle forme d’oppression des Ukrainiens par la Russie de Staline qui connut son point culminant dans l’Holodomor, la grande famine qui toucha les campagnes en 1932- 1933 du fait de la politique de collectivisation forcée dans les campagnes, qui fit, selon les estimations, entre trois et cinq millions de victimes. Cette famine toucha en fait l’ensemble des grandes régions agricoles de l’URSS, dont aussi dans l’actuel Kazakhstan.

Un passé mythifié

De leur côté les nationalistes ukrainiens tordent le bâton dans l’autre sens. Ils font remonter l’Ukraine moderne au grand-duché de Kiev qui exista du au 11è siècles. Depuis lors, le mouvement national ukrainien n’aurait cessé de se battre pour l’indépendance.

C’est une vision historique qui est une vue de l’esprit et qui passe un peu vite sur le fait que pendant des siècles, ce pays absorbé en partie ou en totalité par la Russie, était loin d’être en faveur de l’indépendance.

Les grandes villes, en majorité russophones, n’étaient nullement hostiles à Moscou, alors que la préoccupation première des paysans ukrainiens, la majorité de la population, était de tenter d’alléger le fardeau que faisaient peser sur eux les grands propriétaires fonciers, russes, polonais ou ukrainiens. Comme dans de nombreux autres pays d’Europe centrale et orientale, il faudra attendre le 19è siècle pour que naisse en Ukraine une véritable expression politique du sentiment national.

Un bilinguisme ukraino-russe

Cette histoire explique pourquoi, encore aujourd’hui, des pans entiers du pays sont russophones et que nombre de familles pratiquent l’ukrainien et le russe. Cette utilisation conjointe des deux langues est même présente chez Taras Chevtchenko, un intellectuel du 19è, ardent défenseur de l’indépendance de l’Ukraine et auteur du poème, Le testament, dont le texte est devenu l’hymne national ukrainien. Or si Chevtchenko écrivait sa poésie en ukrainien, il utilisait le plus souvent le russe dans sa prose. Ce qui à l’époque n’étonnait personne.

Le bilinguisme était donc largement pratiqué. Mais l’invasion du pays par la Russie en février dernier a donné un coup de fouet au sentiment nationaliste ukrainien, soudé la population derrière ses dirigeants qui tentent de reléguer le russe au rang de langue de l’envahisseur.

Cependant, même auparavant, ce bilinguisme ne fut jamais pleinement reconnu et accepté par la république d’Ukraine, redevenue indépendante après l’effondrement de l’URSS en 1991.

À sa naissance, elle reconnut le droit des minorités en matière culturelle, religieuse et linguis-tique. Trois ans plus tard, elle restreignait pourtant l’usage du russe dans les manuels scolaires et des centaines de villes et de rues portant des noms russes furent débaptisées. Finalement, en 1999, le Conseil constitutionnel ferma la porte au bilinguisme en proclamant l’ukrainien seule langue officielle et en cantonnant le russe au rang de langue étrangère ou facultative.

Tout cela explique en partie pourquoi la Russie poutinienne a pu trouver une oreille attentive, voire complaisante, chez certaines populations russophones de l’est du pays (Louhansk, Donetsk, Crimée) qui se sont senties montrées du doigt et discriminées. Mais, sitôt dans la place, les Russes se sont empressés de faire de même en « russifiant » à tour de bras les noms de villes, de rues, d’écoles et de bâtiments publics.

Un nationalisme ukrainien réactionnaire, des dirigeants corrompus

Quant aux dirigeants ukrainiens, qui ont émergé pendant les deux dernières décennies, ils ont vogué sur la vague patriotique en s’appuyant sur un mouvement nationaliste ouvertement d’extrême droite et qui a comme héros des gens comme Symon Petlioura et Stepan Bandera.

Le premier est surtout connu pour avoir combattu l’Armée rouge et la révolution bolchévique à la tête d’une armée ukrainienne. Le second l’est pour être passé avec armes et bagages du côté des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il est pourtant élevé au rang de « héros de l’Ukraine » en 2010 par les autorités de Kiev. Mais tous ces dirigeants – Leonid Koutchma, Viktor Ianoukovitch, Ioulia Tymochenko, Petro Porochenko – ont fait partie de clans qui ont amassé des fortunes sur les ruines de l’Ukraine post-soviétique – en s’appuyant et sur le Kremlin et sur l’UE. Parmi ces affairistes, se trouve aussi le président actuel, Volodymir Zelensky, qui a des intérêts dans des sociétés off-shore localisées à Chypre et aux îles Vierges.

Jean Liévin

Vlad le destructeur : Pourquoi l’Ukraine ne veut pas être russe, de Michel Juffé et Vincent Simon L’élan des mots, 2022, 168 p., 15 €

https://www.convergencesrevolutionnaires.org/

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