22 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

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Grenades lacrymogènes, LBD : une usine veut produire plus de poudre

Dans le Finistère, une usine de fabrication d’armes souhaite augmenter sa production de poudre. Un projet qui aurait des conséquences négatives sur l’eau et la qualité de l’air.

C’est une forteresse installée au cœur du parc régional d’Armorique. À Pont-de-Buis-lès-Quimerc’h, dans le Finistère, sur un site de 100 hectares, l’usine Nobel Sport fabrique de la poudre pour munitions à usages multiples, allant de la cartouche pour fusil de chasse à des équipements pour les forces de police, comme des grenades lacrymogènes et des munitions de lanceurs de balles de défense. Depuis le 26 août et pour quelques jours encore, une enquête publique est ouverte dans cette commune de 3 600 habitants. L’objectif de cette demande est d’obtenir l’autorisation d’augmenter de 25 % sa production. Mais au-delà de l’aspect éthique, cette croissance n’est pas sans conséquences sur l’environnement.

Ces dernières années, l’usine s’est retrouvée à plusieurs reprises dans le collimateur des mouvements sociaux. Ce fut le cas lors du mouvement de protestation contre les expulsions sur la zad de Notre-Dame-des-Landes en 2013 ou lors du mouvement des Gilets jaunes en 2019. Mais, à en croire l’avis d’autorités compétentes, le fabricant de munitions pourrait aussi attirer l’attention du public en raison des répercussions environnementales de l’usine sur une zone déjà fortement fragilisée.

Autrefois poudrerie nationale, l’entreprise envisage de produire 3 100 tonnes de poudre par an, contre 2 500 tonnes à l’heure actuelle. Cependant, le projet est fortement dépendant de la ressource en eau en raison d’un important système de refroidissement nécessaire à la sécurité du site. Les chiffres présentés dans l’étude d’impact donnent le vertige : actuellement, c’est jusqu’à 3 500 m³/j d’eau qui peuvent être théoriquement consommés sur le site. « En pratique on est plutôt sur une moyenne de 2 000 m³/j », tempère de son côté Arnaud Joissains, directeur sécurité et sûreté evironnement de l’entreprise.

Un avis défavorable

Bien qu’indispensable pour la sécurité du site, cette quantité d’eau prélevée dans la rivière toute proche, la Douffine, a interpellé l’Autorité environnementale. En effet, l’été 2022 a montré que la Bretagne n’était plus épargnée par les problèmes d’accès à l’eau et il semblerait que la question n’ait pas été anticipée par le porteur du projet. « Le dossier n’indique pas les mesures qui sont prises si le débit du cours d’eau n’est pas suffisant [...]. De plus, la possibilité d’une augmentation de la récurrence des faibles débits de la rivière, dans le contexte du changement climatique, n’est pas prise en compte dans le projet », indiquent les auteurs du rapport de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE).

Située en amont d’une zone Natura 2000, l’eau utilisée est en partie rejetée dans la Douffine ; ce qui explique qu’une forte teneur en DPA (diphenylamine) a été constatée de 2016 à 2020. Cette substance chimique considérée très toxique est utilisée comme stabilisant pour la fabrication de la poudre. Sommée par la préfecture du Finistère de changer la donne, la poudrerie a depuis réalisé des travaux pour limiter la présence de certains solvants. Le projet prévoit néanmoins une hausse des rejets en sulfates dans l’eau, sans que les conséquences éventuelles sur la vie aquatique ne soient détaillées.

Fait rarissime, ces différents éléments ont conduit la commission locale de l’eau (CLE) à donner un avis défavorable au projet. Composé d’élus et d’associations d’usagers, l’organisme a mis en lumière l’incompatibilité du projet avec les objectifs de protection de l’eau et du littoral.

Zones d’ombre sur la qualité de l’air

La qualité de l’air est aussi questionnée par l’Autorité environnementale. Là encore, malgré certains investissements récents, des zones d’ombre persistent. Le site utilise chaque année 2 534 tonnes de solvants et 90 % d’entre eux sont recyclés. Il reste néanmoins sur le site des déchets pyrotechniques « qui ne disposent pas de filière de traitement. Ils sont stockés et brûlés sur place », affirme le porteur du projet. Des opérations régulières qui ne sont pas sans conséquences sur la qualité de l’air et le voisinage.

Parmi les très rares observations déposées à l’heure actuelle pour l’enquête publique, on peut en effet lire ce témoignage d’un habitant de la commune : « Je viens d’acheter un terrain à Pont-de-Buis pour m’y installer. Sur le terrain je mets un masque, car les fumées des feux à l’air libre, quasi journaliers, me font mal à la tête. » S’appuyant sur des données chiffrées, la MRAE émet elle aussi des réserves : « Les quantités de COV émis  [1] restent relativement importantes. Toutes les solutions possibles pour diminuer ces émissions devraient donc être examinées. »

Quelle sera la prise en compte de ces arguments face au poids économique d’un des plus importants acteurs du secteur ?

Réponse dans quelques semaines. En attendant, l’enquête publique est ouverte jusqu’au 26 septembre. Pour y participer, il est possible d’envoyer un mail avec ses observations à cette adresse :

accueil-mairie@pontdebuislesquimerch.fr.

Kristen Falc’hon 22 septembre 2022

https://reporterre.net/

 

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