08 septembre 2022 ~ 0 Commentaire

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La contrebande de patates colombiennes ruine les producteurs vénézuéliens

Alors que l’ouverture annoncée de la frontière entre les deux pays met du temps à se concrétiser, les producteurs de patates vénézuéliens luttent contre la contrebande de pommes de terre. Les produits en provenance de Colombie sont en effet vendus à des prix défiant toute concurrence.

Se dirige-t-on vers une guerre de la patate entre la Colombie et le Venezuela ? Alors que les deux pays renouent peu à peu leurs relations diplomatiques et commerciales, toute une série de problèmes méconnus voient le jour dans la région frontalière montagneuse où abondent les trafics en tout genre.

Le dernier en date ? La contrebande de patates colombiennes à des prix défiant toute concurrence qui menace la production locale d’un Venezuela enfoncé dans une grave crise économique depuis plus de sept ans.

Selon l’agriculteur Alfonso Morales, interviewé par le site de Caracas El Pitazo, le problème est d’abord dû aux conditions financières difficiles rencontrées par les agriculteurs du Venezuela, incapable de rivaliser avec le pays voisin, dans lequel la culture de la pomme de terre bénéficie de subventions gouvernementales depuis 2020.

“Les coûts de production de la pomme de terre au Venezuela sont très élevés, à commencer par les semences : elles sont très anciennes. Le gouvernement n’autorise pas les agriculteurs à faire venir des semences d’autres pays.”

Avec les effets de la crise économique, “les coûts de production ont trop augmenté”, surtout ceux des fongicides et des insecticides – souvent importés –, ce qui fait que “nous travaillons à perte”, ajoute l’homme, dépité.

À cette question s’ajoute celle de la corruption et de l’extorsion. En effet, “les contrebandiers ne sont pas soumis à des extorsions sur les routes […] du pays”, alors que les locaux “doivent payer jusqu’à 10 dollars par alcabala (barrage)”, déplore le producteur Adalberto Mendoza, lui aussi interrogé par le titre. Les barrages légaux et illégaux sont fréquents sur certaines routes du Venezuela : des groupes armés et les autorités locales elles-mêmes rackettent régulièrement les commerçants et les habitants.

Près de 150 000 familles dépendantes de la patate

À titre d’exemple, sur un marché de Caracas, le sac de patates colombiennes coûte de 10 à 12 dollars, contre un coût de production de 18 dollars pour les pommes de terre locales, pour le plus grand malheur des 150 000 familles vénézuéliennes qui dépendent de son commerce.

Pour compléter ce sombre tableau, les producteurs refusent souvent d’être payés en bolivars, la monnaie locale, fortement instable et très dévaluée. Ce qui pousse les commerçants à recourir à des bureaux de change et à perdre encore un peu plus d’argent au passage.

En conséquence, les agriculteurs demandent au gouvernement de mettre fin à la contrebande de patates colombiennes – souvent camouflées dans des camions qui transportent du gaz – pour sauver la pomme de terre vénézuélienne. Selon Morales :

“Nous ne sommes pas sur un pied d’égalité avec la Colombie. Produire ici est plus difficile à cause de tout. Nous, les producteurs, sommes orphelins, nous nous sentons seuls.”

Emilien Pérez

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