05 août 2022 ~ 0 Commentaire

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La « Chine puissance » en Asie orientale : Hong Kong, Taïwan, Japon

Chine: nouvelles perspectives

Pékin « offre » aux pays d’Asie du Sud-Est, une pax sinica en tentant de se subordonner leurs élites, en accentuant leur dépendance économique vis-à-vis du marché intérieur chinois, en y investissant massivement, en usant de sa capacité militaire et de sa position de superpuissance navale dans la région. Cela ne va pas de soi dans une zone longtemps dominée par les États-Unis, mais le nouvel impérialisme chinois « en constitution » a marqué de nombreux points durant la dernière décennie [4]. Il est à l’initiative et Washington à la traîne.

Les choses se présentent de façon différente en Asie du Nord-Est. Non seulement les États-Unis possèdent dans cette région leurs principales bases militaires (Corée du Sud, Okinawa…), mais le Japon est une puissance établie, même si – du fait de sa défaite en 1945 et du pacifisme d’une population victime par deux fois de l’holocauste nucléaire US (Hiroshima et Nagasaki) – il a vécu sous le parapluie militaire étatsuninien. Ceci dit, son armée (dite « forces d’autodéfense ») est loin d’être négligeable !

Tensions et escalade entre puissances capitalistes.

Autant Pékin était arrogante à l’encontre des pays d’Asie du Sud-Est, autant elle restait prudente envers le Japon. C’est en fait ce dernier qui a ouvert en 2012 le cycle des provocations, « nationalisant » ostensiblement l’archipel des Senkaku (nom japonais) / Diaoyu (nom chinois), sous contrôle nippon depuis 1895 mais qui « appartenait » à un riche propriétaire privé. Cette « nationalisation » est intervenue alors que Tokyo tente de mobiliser l’opinion nationaliste et militariste, laissant même fuiter qu’un jour le Japon devra se doter de l’arme nucléaire et devra s’émanciper de la « protection » US.

En d’autres temps, Pékin aurait essentiellement répondu à la nationalisation des Senkaku/Diaoyu sur le plan politique et diplomatique, profitant notamment de ce que le réarmement nippon inquiète tous les pays de la région qui gardent de forts mauvais souvenirs de l’occupation japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.

Le PCC utilise lui aussi les Diaoyu pour chauffer l’opinion nationaliste en Chine, donner une légitimité à son pouvoir confronté à la « menace étrangère », détourner l’attention de la répression intérieure. Jamais la Chine, affirme aujourd’hui le gouvernement, n’a« cédé un pouce de son territoire national sacré », ce qui est une plate contre-vérité historique, car la direction maoïste a bel et bien accepté de telles concessions pour faciliter des accords frontaliers, notamment avec la Corée du Nord.

La mer, enjeu stratégique.

Les enjeux stratégiques de ces conflits maritimes sont considérables. Il ne s’agit pas seulement de l’exploitation des richesses marines, mais aussi pour la Chine de l’accès à l’océan Pacifique, et pour les puissances nippo-occidentales de l’utilisation libre de la mer de Chine : c’est l’une des zones de transit naval les plus importantes au monde ! Avec en sus la situation dans la péninsule coréenne, l’Asie du Nord-Est est l’une des principales zones de tension directe entre puissances, si ce n’est la principale.

A la différence de l’époque antérieure, il s’agit bien aujourd’hui de conflits entre puissances capitalistes, anciennes et nouvelles. Au Loongyu, militant chinois de longue date à Hong Kong, explique fort bien les implications politiques de ce changement d’époque.

Dans les années 1970, à l’âge de 14 ans, Au Loogyu est entré en politique pour défendre, au nom du nationalisme, la souveraineté chinoise sur les Diaoyu/Senkaku. Devenu trotskiste, il a continué à défendre la souveraineté chinoise, mais cette fois pour des raisons internationalistes : affaiblir l’alliance nippo-américaine et rompre l’isolement de la Chine populaire menacée par l’impérialisme du fait de sa dynamique anticapitaliste.

Rien de tel aujourd’hui, juge-t-il : nous avons à faire à des conflits assez classiques entre puissances capitalistes. En conséquence, les militants progressistes de Hong Kong, de Chine continentale, de Taïwan [5] et du Japon doivent unir leurs forces pour s’opposer aux logiques guerrières de souveraineté sur un archipel inhabité. Que les Sengkaku/Diaoyu soient rendues aux poissons et aux petits pêcheurs de la région, que l’espace maritime redevienne un « commun » qui puisse être géré conjointement au bénéfice des peuples de la région et de l’écologie [6].

Le combat internationaliste continue.

L’argument ne vaut évidemment pas que pour les Senkaku/Diaoyu. Tous les conflits de souveraineté maritimes en mer de Chine (une appellation internationale réfutée par la plupart des pays riverains) concernent des petits archipels, des îlots, des rochers, voire des récifs inhabités. Pas d’autodétermination possible ! Invoquer l’histoire antique pour justifier les prétentions souveraines d’aujourd’hui n’a aucun sens. Chaque centimètre carré de la mer de Chine est devenu l’objet d’ambitions antagoniques entre deux, trois, voire quatre pays.

L’internationalisme aujourd’hui ne peut que rejeter cette logique infernale qui nourrit nationalismes agressifs et militarismes : il faut refuser de se ranger dans le « camp » de l’une des puissances en compétition, que ce soit les États-Unis, le Japon, la Chine…

L’internationalisme, c’est apporter son soutien aux mouvements antimilitaristes, tel celui mené depuis de nombreuses années à Okinawa contre les bases US, ainsi que défendre une entente entre les peuples de la région, indépendante des alliances entre États sous l’hégémonie d’une puissance. C’est encore soutenir tous les efforts engagés dans le « monde chinois » pour que des liens solidaires et populaires se renforcent entre Hong Kong, Taïwan et Chine continentale. (…)

Pierre Rousset

http://www.lcr-lagauche.org/

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