20 juillet 2021 ~ 0 Commentaire

algues vertes (le trégor)

algues

Environnement. L’enquête qui dénonce les plans anti algues vertes en Bretagne

La chambre régionale des comptes est venue à Saint-Michel-en-Grève présenter son rapport sur les manques des plans de lutte contre les algues vertes.

La chambre régionale des comptes Bretagne a choisi Saint-Michel-en-Grève, mardi 20 juillet, pour présenter son évaluation des plans de lutte contre les algues vertes (Plav) qui met en relief les insuffisances des politiques publiques à vaincre ce fléau.

Devant un parterre d’élus, de techniciens, de militants associatifs, Annie Podeur a insisté sur « les enjeux sanitaires et environnementaux » du dossier.

D’origine agricole « à plus de 90 % »

La présidente de la « formation commune » chargée de l’évaluation a synthétisé le contenu du rapport, fruit d’une enquête mêlant épluchage de données « sur une période suffisamment longue », apport d’experts éclectiques et sondage auprès des 2 784 exploitants agricoles des huit baies bretonnes concernées : La Fresnaye, Saint-Brieuc, Lieue de grève, Locquirec, Horn-Guillec, Guisseny, Douarnenez, La Forêt.

Car, si certains en doutaient encore, un « consensus scientifique » existe sur l’origine des marées vertes : les apports excessifs de nutriments dans les cours d’eau se déversant dans les baies. « Les travaux scientifiques montrent que seule une action sur l’azote peut permettre de limiter ce phénomène et que l’azote (nitrates) présent dans les baies est à plus de 90 % d’origine agricole. »

Il y a en même temps prudence sur les volumes d’échouage, mesurés à la baisse depuis 2007 mais avec des pics tout récents. « 2021 sera hélas un millésime encore bon pour les algues. » Annie Podeur Chambre régionale des comptes

.

« Objectifs mal définis »

Pour autant, le mode d’évaluation associant aussi bien chambre d’agriculture qu’Eau & rivières de Bretagne, appelait à un rapport certes sans détours mais sans stigmatisation du monde agricole. Sont plutôt soulignés les moyens de dépasser ce constat d’échec des deux Plav successifs.

Cela du fait « d’objectifs mal définis, qui plus est dont l’ambition s’est réduite entre les deux plans de 2010 et 2017 », résume Annie Podeur. L’ambition initiale « de réduire de moitié la biomasse algale à l’horizon 2027 » n’est fixée dans quatre baies, dont Saint-Michel et Locquirec. Dans la première, on est passé de 40 mg/l de concentrations en nitrates en 2010 à 28 en 2019, de 46 à 29 mg/l pour Locquirec. D’où l’orientation donnée de « définir des objectifs à l’échelle des bassins versants, fixer des objectifs de changements de pratiques agricoles à l’horizon 2027 évaluables ».

« Moyens insuffisants »

Autre problème saillant souligné par la chambre des comptes, « les moyens consacrés ont certainement été insuffisants pour appuyer les territoires pourtant fortement mobilisés ». Grande première, le coût global de ces plans a été calculé : 109 M€ ont été dépensés.

Annie Podeur dénonce « un effet d’affichage parce que cela inclut des dépenses sans rapport avec la prévention des fuites d’azote agricole ». Seulement 19 % premier plan et 25 % du second y sont effectivement consacrés. Le rapport juge ces moyens « dérisoires » en regard des aides de la Politique agricole commune (Pac) en Bretagne.

Carotte et bâton

« C’était une bonne idée d’avoir un plan décliné et porté au plus près des territoires. Cela a permis de faire émerger des expérimentations, des démarches, mais il a manqué une animation structurée qui permette de partager et d’avancer de concert. »

Annie Podeur Chambre régionale des comptes

Regret de taille aussi, « il a manqué deux éléments complémentaires indispensables à toute politique, il faut la carotte et le bâton ». La carotte, ce sont les aides rémunératrices que la prochaine Pac devrait apporter pour transformer les systèmes de production. « Il y a encore du chemin à faire… », commente la présidente.

Moins de contrôles

Le bâton, c’est de faire appliquer les réglementations. Et là, le bât blesse : les contrôles réalisés dans les bassins versants algues vertes ont diminué de 73 % depuis 2010… « La moitié des exploitations contrôlées présentent des non-conformités », situe Annie Podeur.

Les autres « incohérences » des Plav sont une « incapacité à mesurer véritablement leurs effets », d’où une dynamique qui « s’est flétrie, la pression d’azote stagne » ; l’absence d’implication des filières agroalimentaires, « il faudrait conditionner les aides aux entreprises à leurs engagements » ; une politique foncière « inadaptée », demandant à favoriser l’attribution de parcelles aux exploitants impliqués dans le changement.

« Encouragement »

Pas de leçon de morale ici mais une vraie démarche de service public, « un message d’encouragement aux acteurs » de la lutte contre les algues vertes. « Cette politique a besoin de temps, tout ne peut pas être transformé d’un coup de baguette magique, prévient Annie Podeur. La transition sera exigeante et les agriculteurs doivent se sentir accompagnés. »

À voir maintenant ce que l’État fera de ces constats. Avec en perspective la Directive cadre européenne sur l’eau qui oblige à un bon état écologique des eaux en 2027.

Philippe Gestin 20 Juil 21

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