22 février 2021 ~ 0 Commentaire

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Jenny Marx et sa fille

Jenny Marx

Dans ses « Brèves Scènes », Jenny détaille les hauts et les bas quotidiens, mais laisse une place à l’analyse de la politique européenne et les perspectives du mouvement communiste :

« La révolution hongroise, l’insurrection badoise, le soulèvement italien, tous ont échoué. (…). La bourgeoisie a poussé un soupir de soulagement, le petit bourgeois est retourné à ses affaires et les petits philistins libéraux ont serré les poings dans leurs poches, les ouvriers ont été harcelés et persécutés, et les hommes qui ont combattu avec l’épée et la plume pour le royaume des pauvres et des opprimés se sont contentés de pouvoir gagner leur pain à l’étranger », a-t-elle résumé après la défaite de la vague révolutionnaire de 1848.

Ce dont elle a le plus souffert, comme elle le note dans son journal, ce sont les maladies et les décès de quatre de ses sept enfants. Le premier est mort en 1850, et une fois de plus, les comptes personnels et politiques ont fusionné en un seul.

« Fin 1851, Louis Napoléon réalise son coup d’État et au printemps suivant, Karl termine le « 18  Brumaire de Louis Bonaparte » (…). Il a écrit le livre dans notre petit appartement de Dean Street, au milieu du bruit des enfants et de l’agitation de la maison.

En mars, j’ai fini de copier le manuscrit et il a été envoyé, mais il n’a été publié que beaucoup plus tard et n’a rapporté aucun revenu. Le contact Karl avec la Tribune [un journal qui l'avait engagé] a mis fin à nos besoins urgents et quotidiens.

En 1860, Jenny est malade, mais toujours aussi militante. Elle n’a jamais cessé d’échanger des idées avec son mari. « A cette époque, j’étais sur le point de mourir de la variole et je venais de me remettre suffisamment d’une terrible maladie pour dévorer ce livre, Herr Vogt, avec des yeux à moitié aveugles », écrit-elle dans Brèves Scènes…

Le texte était dédié au scientifique allemand Carl Vogt, qui avait calomnié Marx, l’accusant de chantage et d’espionnage. En outre, elle est intervenue dans le débat entre les communistes et un autre référent important du socialisme européen : Lasalle.

Les critiques de Jenny étaient aussi sardoniques que – le temps le prouvera – exactes. « En juillet 1862, Ferdinand Lassalle est venu nous rendre visite. Le poids de la renommée qu’il avait acquise en tant qu’universitaire, penseur, poète et homme politique, l’avait presque écrasé. La couronne de lauriers semblait fraîche sur son front olympique (…).

Il rentre à Berlin et là (…) il choisit de prendre un chemin encore inexploré : il devient le Messie des travailleurs. (…) Ce mouvement s’est avéré particulièrement sympathique au gouvernement dans sa politique (…) et a donc été tranquillement favorisé et indirectement subventionné ».

Sans hésiter, elle a accusé Lasalle de voler les doctrines marxistes, avec des ajouts ouvertement réactionnaires. Comme cela sera prouvé après sa mort, Lasalle – qui ne partageait pas l’avis de Marx sur la caractérisation de l’État et les objectifs du mouvement socialiste – avait conclu des accords secrets avec le Premier ministre prussien de l’époque, Otto von Bismarck.

Sans aucun doute, l’un des rôles les plus importants de la vie de Jenny a été de transcrire et d’aider à ordonner le Capital, dont le premier volume a été publié en 1867. Dans une lettre adressée à Ludwig Kugelmann, un avocat ami de la famille et diffuseur de ses idées en Allemagne, elle se plaint du mauvais accueil qu’a reçu, selon elle, le traité, qu’elle avait qualifié, en de précédentes occasions, de véritable « Léviathan », en raison du temps, de l’énergie et des discussions qu’il lui avait pris, à elle et à son mari.

La dissection unique du mode de production capitaliste reste l’un des travaux théoriques, économiques et politiques les plus importants. Au 21è siècle, d’importants universitaires et courants militants utilisent et actualisent ses enseignements.

La fille en or

En 1871, un journaliste du New York World a interviewé Karl Marx et a trouvé en lui « la plus formidable conjonction de forces : un rêveur qui pense, un penseur qui rêve ». L’histoire a une dette envers une autre conjonction : celle qui a existé entre Marx et Jenny ; celle qui a généré les conditions de l’unité entre le rêve et la pensée, et la possibilité de sa traduction en mots et en mouvement politique.

Tout au long de la maladie de sa femme (qui a coïncidé avec l’aggravation de ses propres maux), Marx n’a pas été inactif. Il rédige ses « notes ethnologiques » et approfondit ses études sur l’État, de la Rome antique à la modernité. Pourtant, les échanges épistolaires avec ses filles, ses amis et ses camarades montrent le coup qu’il a subi : les discussions stratégiques et l’analyse de la conjoncture sont toujours présentes, mais sous une forme beaucoup plus limitée que les années précédentes ; toujours interrompues par des références à la santé de sa compagne et à son propre rôle de garde malade .

Au cours des mois précédant le décès de Jenny, en grande difficulté physique et financière, le couple a effectué une série de voyages : d’abord sur la côte anglaise, puis à Argenteuil, où ils ont rencontré leur fille et leurs petits-enfants.

De retour à Londres, Marx souffre d’une bronchite compliquée d’une pleurésie, pour laquelle – il passe trois des six dernières semaines de la vie de sa femme dans une chambre voisine, presque incapable de la voir.

Les médecins ne lui permirent pas d’assister aux funérailles qui, respectant la volonté de Jenny, eurent lieu sans faste, au cimetière de Highgate, quelques jours après sa mort, qui eut lieu le 2 décembre 1881.

Wilhem Liebknecht – un éminent dirigeant socialiste – avoua que, sans elle, il aurait succombé aux misères de l’exil.

21 de febrero de 2021 Jazmín Bazán

https://www.eldiario.es/

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