20 janvier 2021 ~ 0 Commentaire

pcf (contretemps)

miterrand

100 ans du PCF

Reprises des démarches auprès du parti socialiste en vue d’un programme commun de gouvernement.

Il ne faut pas perdre de vue le caractère dominant à gauche du PCF (aux élections présidentielles de 1969, il présente un candidat à défaut d’une entente avec le parti socialiste, et Jacques Duclos obtient plus de 20% des voix quand Gaston Defferre  n’en obtient que 5% – et l’extrême-gauche moins de 2%).

Par ailleurs, sur le plan de ses forces militantes, le PCF connaît après 1968 une importante croissance : de 288.000 membres en 1967, il passe à 305.000 entre 1969 et 1971, pour connaître une progression constante jusqu’en 1978 où il attendra son maximum, avec plus de 560.000 adhérent-e-s.

Et cette croissance (qui n’est pas parallèle à l’évolution de son électorat) se manifeste dans tous les secteurs de la société : classe ouvrière, jeunesse, intellectuels, catégories intermédiaires…

Lorsque, après la refonte du PS sous la direction de François Mitterrand, le programme commun est signé en 1972 par les deux organisations, auxquelles se joint très vite le petit Mouvement des Radicaux de Gauche (MRG), la portée de cet accord est soulignée par Georges Marchais.

Il évoque aussi certaines déclarations de François Mitterrand devant l’Internationale Socialiste, où il avait expliqué que son objectif avec l’union de la gauche et le programme commun était de montrer que sur cinq millions d’électeurs communistes, trois millions pouvaient passer au parti socialiste.

Au cours des trois années qui suivront, les communistes se borneront à se présenter comme « les meilleurs défenseurs du programme commun », ce qu’ils seront effectivement, par la diffusion massive de ce programme et l’explication à une échelle de masse de son contenu – en insistant plus sur les nationalisations que sur les droits des salariés, et plus sur les politiques gouvernementales à mettre en œuvre que sur les luttes de masses.

Les deux premières mises à l’épreuve électorales du programme commun seront donc des succès importants mais paradoxaux :

– Aux élections législatives de 1973, l’union de la gauche recueille 42,9% (PCF 21,3%, PS 19,9%, MRG 2,8%) Le PSU obtient par ailleurs 2%, et les candidats d’extrême-gauche 1,3%. On voit que si le PCF reste dominant dans l’union de la gauche, et se maintient, en termes électoraux, devant le parti socialiste, le total des voix de ce dernier et du MRG dépasse néanmoins celui du seul PCF.

– À l’élection présidentielle anticipée de 1974, le « candidat commun du programme commun » contre Giscard, recueille plus de 43% des voix au premier tour et plus de 49% au second.

Mais dès la fin de l’année 1974, entre les succès importants du parti socialiste et le tassement de l’électorat communiste lors des élections partielles survenues après l’élection présidentielle, la direction du PCF s’engage, avec un retard qui pèsera très lourd, dans une campagne critique à l’endroit du PS et de François Mitterrand.

L’idée s’installe quoi qu’il en soit que la victoire électorale est inéluctable au scrutin suivant – les législatives de 1978 – et la gauche est majoritaire en voix lors des élections municipales de 1977 où elle emporte de nombreuses mairies.

Mais le parti socialiste confirme son statut de grand bénéficiaire de l’alliance : il peut se prévaloir de la radicalité du programme du parti communiste, et se présenter comme une garantie démocratique en cas de victoire.

L’ensemble de la période est en effet déterminé par les campagnes venant tant de la droite que, surtout, de nombreux intellectuels issus de « la gauche », insistant sur le risque que ferait peser sur la démocratie et les libertés publiques l’accession du parti communiste à des responsabilités gouvernementales.

En 1973, la parution de L’Archipel du Goulag prend le PCF de court, et il dénonce l’opération idéologique sans adosser sa dénonciation à une prise en considération sérieuse du contenu même de l’ouvrage. Anti-soviétisme et anticommunisme font pour lui tout un. L’émergence médiatique des « nouveaux philosophes » s’inscrit dans cette histoire.

C’est néanmoins à ce moment que s’amorce – tant pour des raisons politiques étroites que pour des raisons de fond (une réflexion réelle sur l’importance de la démocratie dans un processus révolutionnaire) – les premiers éléments de la levée du tabou sur l’URSS au sein du PCF.

C’est donc à une évolution un peu heurtée, un peu par à coups, que l’on assiste dans le discours et dans la réflexion du PCF, qui ouvre de front (ou au sein duquel s’ouvrent de front) plusieurs chantiers de réflexion pas toujours maîtrisés, pris en tenaille entre la volonté d’affirmer à la fois sa fidélité à une tradition continuée, et son changement : le choix d’une politique unitaire est balancé par la crainte de l’hégémonie du PS, l’avancée dans la réflexion sur le socialisme est balancée par le refus de l’antisoviétisme, la conscience de la nécessité de luttes de masse est balancée par une tendance à l’électoralisme, etc.

Ces contradictions reflètent celles qui existent à l’intérieur même de la direction du parti, aussi bien qu’entre la direction et la base, et qu’à l’intérieur de cette base. Et ce qui fait tenir l’ensemble est à la fois la perspective d’une victoire possible et la forte composante « identitaire » qui règne au PCF. (Extrait voir lien)

Ce texte est issu de l’intervention de Laurent Lévy lors du colloque « Penser l’émancipation », tenu cette année à Paris.

Laurent Lévy  21 novembre 2017

https://www.contretemps.eu/

Note:

Nouveaux philosophes

 

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