10 janvier 2021 ~ 0 Commentaire

pcf vietnam (open edition)

vietnam

15 ans plus tard en 1968, contre la guerre américaine

100 ans du PCF

Il y a cinquante ans, les derniers pans de l’Empire français en Indochine s’effondraient.

À Diên Biên Phu, de novembre 1953 à mai 1954, se menait la plus grande bataille, ô combien meurtrière, de cette guerre du bout du monde.

Le corps expéditionnaire français (CEF), épuisé, recevait de plein fouet le puissant coup de boutoir de l’armée populaire, menée par le général Giap. À 13 000 km de ce charnier, à Genève, les diplomates des « deux camps » s’affrontaient également, quoique avec moins de dégâts…

Rares furent, alors, les analyses lucides, les appels à la raison. On rappellera surtout l’attitude d’opposants de longue date à la guerre, la « troisième gauche » (l’équipe des Temps Modernes groupée autour de Sartre, celle d’Esprit, avec Jean-Marie Domenach), certains journalistes (Jean Fabiani, de Combat, toute la rédaction de Témoignage Chrétien, Roger Stéphane, Gilles Martinet ou Claude Bourdet de L’Observateur…), le courant politique progressivement formé autour de Pierre Mendès France (une minorité du Parti radical, François Mitterrand, la rédaction de L’Express…) ou quelques voix à la SFIO, dont celle, remarquable de courage, d’Alain Savary. C’est peu.

Mais les gros bataillons du combat anti-guerre, en cette période comme dans les années qui avaient précédé, sont fournis par les communistes et leurs « compagnons de route ». Pendant et après Diên Biên Phu, le PCF, opposé de toutes ses forces, et depuis longtemps, à la guerre, n’eut évidemment pas à se forcer pour souligner avec encore plus de force son caractère néfaste.

L’Humanité, son journal, a alors un rayonnement incontestable

Quantitativement, même si elle a énormément perdu de lecteurs. En 1954, avec 161 000 exemplaires vendus chaque jour, L’Humanité est le troisième tirage de la presse politique quotidienne, derrière Le Figaro et L’Aurore (dépassant chacun les 400 000), mais devant, de peu il est vrai, Le Monde (155 000 exemplaires). L’Humanité survit, alors que des dizaines de titres communistes régionaux ont disparu depuis la Libération, alors que Ce Soir, dirigé par Louis Aragon, vient de rendre l’âme (février 1953).

Mais aussi qualitativement. Alors que le PCF est, de loin, le premier Parti de France, son organe central est lu chaque jour par des militants fidèles et disciplinés. Lu ? Plus que cela : étudié, décortiqué. Pour les communistes de cette période, L’Humanité est plus, beaucoup plus, qu’un journal. Elle est, selon la formule léniniste, un agitateur et un organisateur.

Dans le roman très « réaliste socialiste » Le Troisième Choc, André Stil décrit ces réunions de cellules au cours desquelles on lit, relit et interprète interminablement les déclarations « du BP » ou les éditoriaux « de Marcel » (Cachin). On a le droit d’en sourire aujourd’hui. Mais non celui de contester la valeur pédagogique de cette pratique pour toute une génération de militants.

Le quotidien communiste est alors sans conteste l’un de ceux qui accordent le plus d’importance aux questions internationales. Et, en particulier, à cette guerre d’Indochine. Dès 1947, il a un envoyé spécial dans la région, René L’Hermitte. L’un des premiers, il dénonce l’usage de la torture.

Début 1948, il s’empare de l’expression « sale guerre », créée originellement par Hubert Beuve-Méry. Courant 1949, il rend compte des premières manifestations de rues et des premiers refus de chargement d’armes à destination de l’Indochine.

Il est ensuite le principal support de la campagne pour la libération d’Henri Martin (1950-1953). Hélène Parmelin se distingue alors particulièrement par le tour de force de rédiger quasiment chaque jour, trois années durant, un article rendant compte des actions pour défendre le « marin de la liberté ».

Les principaux dirigeants du Parti, Jacques Duclos, étienne Fajon, André Marty, Marcel Cachin… utilisent régulièrement les colonnes du quotidien pour dénoncer le conflit. Les journalistes Pierre Courtade, André Stil, Yves Moreau, Pierre Durand… signent presque chaque jour un article sur l’Indochine.

Courtade, qui a en charge la rubrique internationale, a même effectué un séjour dans les maquis Viet minh, via la Chine (ce qui n’est évidemment pas rendu public alors). Il a consacré à cette guerre un roman aujourd’hui peu connu, mais lu par les militants en son temps, La Rivière noire.

En bref, les lecteurs de L’Humanité sont préparés, et depuis longtemps, en cette année 1953, à ne pas prendre pour argent comptant la propagande officielle, qui fleurit alors dans la quasi-totalité des autres grands journaux.

Le climat anticommuniste

Il n’empêche. Malgré ce langage plutôt modéré, les quelques jours qui suivirent la chute voient un regain de tension anticommuniste au sein de la société française.

La quasi-totalité des hommes politiques et des journalistes repoussent avec effroi les analyses du PCF. Comment ce parti peut-il continuer à se prétendre français ? Le journal du Parti socialiste, Le Populaire, fustige ces communistes qui « ont tout fait pour porter au plus haut point l’exaspération des Français » (Jean Brigouleix, 11 mai). Pour L’Aurore, les communistes « ne sont pas seulement des agents de l’étranger, mais des AGENTS DE L’ENNEMI » (10 mai).

Le directeur du Figaro, Pierre Brisson, écrit : « Aucune palinodie plus sinistre que les larmes versées par le PC sur le sang répandu par les armes que le communisme a mises dans les mains de nos ennemis. Les vrais vainqueurs, ce soir, sont les amis de MM. Thorez et Duclos. Ce sont eux qui, sur les ruines et sur les tombes, devraient hisser la bannière rouge à tête de mort » (8‑9 mai).

L’extrême droite ne pouvait être absente de cette curée. Le 27 mai, Jean Madiran, dans Rivarol, lance un véritable appel au meur­tre : « Nous réclamons l’interdiction du Parti communiste, la confiscation de sa presse, la neutralisation de ses organisations clandestines, la suspension de son financement par l’intermédiaire d’une banque soviétique, la mise sous séquestre de ses biens et l’arrestation de ses chefs […].

Monsieur le Pré­sident de la République ! Monsieur le Président du conseil. Si vous n’avez pas la force, l’autorité ou les moyens d’arrêter ici les assassins, alors décrétez simplement le Parti des assassins hors la loi. Et laissez faire les Anciens d’Indochine (… ). Il faut donc juger Jacques Duclos. Et le fusiller séance tenante. »

Chaque jour, durant cette période, des incidents, assez violents, ont lieu, des anciens du corps expéditionnaire ou, plus simplement, des activistes anticommunistes, s’opposant à des militants du PC. Des centaines d’exemplaires de L’Humanité-Dimanche sont arrachés à leurs vendeurs et déchirés. Un communiste est blessé par balle.

L’interdiction pure et simple du PCF a-t-elle été envisagée ? L’Association des anciens du Corps expéditionnaire la demande au gouvernement (communiqué cité par Le Monde, 8‑10 mai). L’Express du 15 mai nous apprend que Matignon a évoqué cette interdiction, avant de la repousser assez rapidement.

Les partisans de longue date de la paix en Indochine ne restent pas sans voix. Les communistes, au premier rang des accusés, réagissent. L’anticommunisme, affirme L’Humanité, n’exprime pas seulement la hargne d’un gouvernement aux abois. Il est le fruit d’un calcul politicien, le seul moyen qu’ont trouvé les dirigeants pour masquer leurs propres responsabilités.

Le 10 mai, Yves Moreau dénonce les vrais coupables : tous les gouvernants, tous les partis qui ont mené ou soutenu la folle politique indochinoise. Le 12, L’Humanité met en pièces la « diversion classique » (c’est le titre de l’article) qui consiste, pour les pyromanes, à dénoncer les pompiers de la première heure.

https://journals.openedition.org/

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin