20 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

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Les leçons oubliées de la guerre de Corée

La guerre de Corée, dont l’histoire demeure encore largement méconnue, a débuté il y a 70 ans.

Dans le sillage de la Seconde Guerre Mondiale et à l’aube de la Guerre Froide, l’armée améri-caine y est intervenue avec plus de 300 000 soldats afin d’endiguer l’expansion communiste en Asie, subissant l’une de ses plus cinglantes débâcles au prix de pertes humaines considérables.

Ses mensonges ont permis à Washington de légitimer ses interventions militaires ultérieures. Ce qui est ainsi mis en lumière, de la Corée à l’Irak en passant par le Vietnam, c’est la centralité du mensonge dans la politique impérialiste – qu’il s’agisse de la justification de la guerre, de son déroulement même, ou de sa perception rétroactive.

Cette année marque le 70ème anniversaire du début de la guerre de Corée, dont les responsables politiques à Washington n’ont strictement rien appris. Près de 40 000 soldats américains sont morts dans ce conflit qui aurait dû vacciner définitivement la nation contre la folie des interventions étrangères. Au lieu de cela, la guerre a été redéfinie rétroactivement. Comme l’a déclaré Barack Obama en 2013, « cette guerre n’était pas un match nul, la Corée était une victoire ».

La guerre a commencé le 25 juin 1950 avec ce que Harry Truman a qualifié d’invasion surprise de l’armée nord-coréenne qui a franchi la ligne de démarcation d’avec la Corée du Sud conçue après la Seconde Guerre mondiale.

Mais le gouvernement américain avait été largement averti de l’imminence de l’invasion. Selon le regretté Justin Raimondo, fondateur du site antiwar.com, le conflit a en fait commencé par une série d’attaques des forces sud-coréennes, aidées par l’armée américaine :

« De 1945 à 1948, les forces américaines ont assisté le président sud-coréen Syngman Rhee dans une spirale meurtrière qui a fait des dizaines de milliers de victimes : la campagne anti-insurrectionnelle s’est notamment illustrée à Kwangju et sur l’île de Cheju-do, où 60 000 personnes ont été tuées par les forces de Rhee soutenues par les États-Unis ».

L’armée nord-coréenne a rapidement mis en déroute les forces sud-coréennes et américaines. Une débâcle complète a été évitée après que le général Douglas MacArthur ait organisé un débarquement de troupes américaines à Inchon.

Une fois pris le dessus sur les forces nord-coréennes, MacArthur était déterminé à pousser son avantage vers le nord, sans tenir compte du danger de provoquer une guerre beaucoup plus large.

Au moment où les forces américaines ont repoussé l’armée nord-coréenne au-delà la frontière entre les deux Corée, environ 5 000 soldats américains avaient été tués. Le Pentagone avait été prévenu à plusieurs reprises que les Chinois interviendraient si l’armée américaine s’aventurait trop près de la frontière chinoise.

Mais l’euphorie qui a suivi Inchon a fait perdre toute rationalité et a noyé les voix au sein de l’armée qui avertissaient d’une catastrophe. Un colonel de l’armée américaine a réagi à un briefing, tenu à Tokyo en 1950, sur la situation de la Corée en déclarant : « They’re living in a goddamn dream land ».

L’attaque militaire chinoise a entraîné la plus longue retraite de l’histoire des forces armées américaines – une débâcle à laquelle il est fait allusion dans le film de Clint Eastwood, Heartbreak Ridge, en 1986.

En 1951, la guerre de Corée était devenue intensément impopulaire aux États-Unis – plus impopulaire que ne l’a jamais été la guerre du Vietnam. Au moins, cette guerre – que Truman insistait pour qualifier à tort d’opération policière – a détruit la présidence de l’homme qui l’avait lancée. Au moment où un cessez-le-feu a été signé au milieu de l’année 1953, près de 40 000 Américains avaient été tués dans un conflit qui s’est achevé sur des frontières similaires à celles du début de la guerre.

Le plus grand désastre de la guerre de Corée est peut-être le fait que des intellectuels et des experts en politique étrangère ont réussi à redéfinir le conflit coréen comme une victoire américaine.

Comme l’a noté Derek Leebaert, professeur à l’université de Georgetown, dans son livre Magic and Mayhem, « ce qui avait été considéré comme une impasse sanglante s’est auto-transformé aux yeux de Washington ; dix ans plus tard, c’est devenu un exemple de guerre limitée réussie.

Déjà au milieu des années 1950, l’opinion de l’élite commençait à supposer qu’il s’agissait d’une victoire ». Leebaert explique : « Les représentations de victoire en Corée ont façonné la décision d’escalade en 1964-65, contribuant à expliquer pourquoi l’Amérique a poursuivi une guerre d’usure ».

Pire encore, l’idée que « “l’Amérique n’a jamais perdu une guerre” est restée dans le mythe national, et la notion de “victoire” en Corée est devenue une justification pour voir grand [going big] au Vietnam ». Mais comme l’a noté Leebaert, « au Vietnam, [l’armée américaine] a oublié tout ce qu’elle avait appris en termes de contre-insurrection y compris en Corée ».

Lorsque les médias américains ont évoqué le 70ème anniversaire du début de la guerre en juin dernier, ils n’ont prêté aucune attention à son côté sombre. Les médias ont ignoré ce qui est peut-être la leçon la plus importante de la guerre : le gouvernement américain dispose d’une influence quasi illimitée pour cacher ses propres crimes de guerre.

Pendant la guerre de Corée, les Américains ont été inondés de déclarations officielles selon lesquelles l’armée prenait toutes les mesures possibles pour protéger les civils innocents. Comme les maux du communisme allaient de soi, peu de questions se sont posées sur la manière dont les États-Unis contrecarraient l’agression rouge.

Lorsqu’une sous-commission du Sénat américain constituée en 1953 par le sénateur Joseph McCarthy a enquêté sur les atrocités de la guerre de Corée, la commission a explicitement déclaré que « les crimes de guerre étaient définis comme les actes commis par les nations ennemies ».

En 1999, quarante-six ans après le cessez-le-feu en Corée, l’Associated Press a révélé un massacre de réfugiés coréens à No Gun Ri en 1950.

Les troupes américaines ont chassé les Coréens de leur village et les ont forcés à rester sur un remblai de chemin de fer. À partir du 25 juillet 1950, les réfugiés ont été pris pour cible par des avions américains et des mitrailleuses durant trois jours.

Des centaines de personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été tuées. L’histoire révélée en 1999 par l’Associated Press a été largement dénoncée par les politiciens américains et certains médias comme une calomnie visant à salir les troupes américaines. (Résumé voir lien)

18 novembre 2020

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