20 novembre 2020 ~ 0 Commentaire

abajo el rey! (essf)

rey

« A bas le roi » : de la fin du « juancarlisme » au moment républicain

Le centralisme, le joyau de la couronne

Marx a dit dans ses textes sur l’Espagne révolutionnaire que la monarchie avait été construite sur la base de la dissolution « des deux piliers de la liberté espagnole : les Cortes et les Mairies ».

L’Etat monarchique moderne est le fruit d’une longue bataille contre les libertés municipales et provinciales de Castille, d’Euskal Herria (Pays Basque) et ses anciens royaumes de la Couronne d’Aragon: Catalogne).

La guerre révolutionnaire de 1808, la Première République [1873-1874] surtout, mais aussi la Seconde République [1931-1939] seraient les tentatives de reconstruction moderne des anciennes libertés et des droits nationaux, foraux [droits locaux existant dans certaines communautés autonomes] et municipaux].

La Transition (1976 78), malgré tout, n’a pas pu contenir complètement les nouvelles tentatives de démocratisation de l’Etat ; la force des mouvements sociaux, la poussée andalouse pour l’autonomie, la force de l’Assemblée de Catalogne ou la mobilisation populaire basque sont quelques-uns des exemples qui ont contraint l’Etat à s’ouvrir.

Bien qu’à la suite du coup d’État du 23-F en 1981, les forces armées et le roi parviennent à un Pacto del capó, qui inversèrent les timides tendances fédéralisantes vers une recentralisation élitiste prolongée. « Le Pacto del capó fait référence au pacte qui fut passé entre l’un des acteurs du coup d’Etat du 23 février 1981, Antonio Tejero, colonel de la Guardia civil – pour accepter de cesser l’occupation du Congrès – et la Monarchie.

Ainsi, la protection initiale de l’Etat unitaire qui par l’article 145 interdit la fédération des communautés autonomes et institue la convocation de référendums comme compétence exclusive de l’Etat, est renforcée par la LOAPA (Ley Orgánica de Armonización del Proceso Autonómico-Loi organique d’harmonisation du processus autonomique), approuvée en 1982 pour réduire l’autonomie des communautés autonomes.

La sentence contraire du Tribunal constitutionnel n’a invalidé que 14 des 38 articles de la LOAPA, de sorte que même le Parti socialiste de Catalogne et le Parti socialiste d’Euskadi ont dû s’opposer à cette loi à l’époque (pourtant pactée entre le PSOE et l’UCD- Unión de Centro Democrático, dirigé par Adolfo Suárez, un des personnages clés de la Transition).

Mais dans le même débat constitutionnel, il apparut clairement que le texte approuvé n’était guère plus que la Constitution d’un « État centralisé régionalisé », comme l’explique le député d’Euskadiko Ezkerra Francisco Letamendia :

« On a dit dans cette salle que cette Constitution marquait la fin de l’Etat centraliste, et cela est faux. Un État ne cesse d’être centraliste que lorsqu’il devient fédéral – ou confédéral –, et l’État envisagé par la Constitution dans son titre VIII, sur l’organisation territoriale et dans les dispositions complémentaires, n’est pas un État fédéral, mais un État centraliste régionalisé. ».

Même Jordi Solé Tura [l’un des rédacteurs de la Constitution de 1978 au titre du Parti Communiste catalan, le PSUC ; à la fin des années 1980 il rejoint le Parti des socialistes de Catalogne] reconnaîtra le caractère centraliste de la Constitution formelle de l’État, défendant ainsi dans son ouvrage Autonomies, federalisme i autodeterminació (Ed. Laia, 1987) la nécessité d’aller vers des statuts de deuxième génération en tant que réformes fédéralisantes qui modifieront la Constitution matérielle d’un État dont la Constitution formelle n’avait rien changé, bien au contraire.

Le blocage des tentatives de réforme fédéralisante – le Plan Ibarretxe (proposition de statut politique de la Communauté d’Euskadi présenté par Juan José Ibarretxe et approuvé, par la suite, par le parlement basque en 2004) et le Statut Miravet préparé par le gouvernement tripartite de Catalogne en 2006 – est ce qui oblige le fédéralisme à se déplacer vers l’option d’un changement de régime dans la mesure où toute transformation interne au régime est niée.

L’hypothèse de Solé Tura se clôt par une fermeture plus hermétique de l’Etat, dit Jordi Cuixart [président d’Omnium Cultural, mis en examen en 2017 et condamné en octobre 2019 par le Tribunal suprême à 9 ans de prison pour sédition] :

« Si le pays avait vu son autonomie gouvernementale pour l’essentiel respectée et améliorée, avec une véritable option fédérale, ainsi que la langue et les cultures respectées, le catalanisme n’aurait probablement pas muté jusqu’ au souverainisme actuel. ».

Au cours de la crise de 2008, cette fermeture centraliste a été renforcée avec la loi Montoro et la réforme de l’article 135 pour centraliser les ressources financières et les excédents municipaux pour payer la dette publique. Le centralisme est une logique extractive qui n’a aucune pitié pour les administrations locales, territoriales ou nationales.

Comme le dit le grand républicain de Cornellà [Jordi Cuixart], il y a « des conditions objectivement favorables pour laisser la place aux républiques de notre Ibérie ». En définitive, il faut prendre le pouls du développement de tous les nouveaux souverainismes en tant que propositions démocratiques déterminées à transformer un État asphyxiant, dont la dynamique centraliste constitue « l’authentique séparatisme par sa vision unificatrice, suprémaciste et classiste qu’il possède ».

Vers un bloc populaire pour les droits et les libertés ?

En conclusion, je voudrais souligner l’une des vertus du livre ¡Abajo el rey ! Repúblicas qui est celle de compter sur une pluralité de voix représentatives des volontés transformatrices. Bien que pour avancer vers cet horizon, il faudra élargir les dialogues, les perspectives et les mobilisations, invitant les différentes sensibilités progressistes madrilènes à se rassembler dans un front de ce type contre le déluge monarchique en cours. Et, plus important encore, il sera nécessaire de s’associer aux mouvements et aux syndicats pour le droit au logement et à la santé publique.

Parce qu’il ne s’agit pas seulement de construire un mouvement populaire en faveur d’une consultation pour la République mais aussi de construire un projet d’Etat populaire. C’est ce que les républicains confédéraux de la Première République ont fait avec leur ouvriérisme et la triade revendicative contre les impôts indirects, contre le service militaire et pour le suffrage universel.

Ou dans le cas des républicains de gauche qui ont lié l’alliance de Saint-Sébastien [ce pacte a été passé en août 1930 entre tous les partis républicains pour faire face à la monarchie d’Alfonso XIII et proclamer la Seconde République] à l’autodétermination de la Catalogne, la réforme agraire et l’amélioration des conditions de travail des travailleurs et travailleuses.

La confédération des différents « archipels de résistances » dont parlent Jaime Pastor et Miguel Urbán, devra également assumer des défis tels que la conquête de l’amnistie pour dépénaliser le droit à l’autodétermination et l’ouverture d’une voie vers une loi de clarté [référence à une loi sur la clarté référendaire à propos d’une sécession d’une province au Canada] qui la rende possible. Parce que le gouvernement des peuples libres prendra la forme de république ou il ne le sera pas.

Mais une telle victoire ne peut être que partagée, populaire et plébéienne. Dit dans les termes de Jordi Cuixart : « Le droit de vote pour l’autodétermination en Catalogne et parmi les peuples de tout l’Etat espagnol se gagne dans la rue, comme c’est aussi dans la rue que se gagne le droit des Espagnols à décider du type d’Etat qu’ils veulent. ».

Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de répondre à la question « dans quel type de pays vivons-nous ? » avec une fierté collective : « dans une république que nous voulons, dans pays dont nous avons besoin et avec la justice sociale que nous méritons »

L’amnistie des prisonniers politiques, la réforme urbaine des loyers, l’instauration d’un revenu de base et la refondation de la santé pourraient très bien être l’échafaudage d’un esprit de 45 républicain [allusion au film de Ken Loach, El espíritu del 45, qui renvoie à l’instauration de l’Etat social] qui arrête la dérive absolutiste du régime en proposant sa transformation la plus radicale possible, c’est-à-dire la plus nécessaire. (Extrait voir lien)

Albert Portillo

A l’occasion de la parution de l’ouvrage « Abajo el Rey ! Repùblicas ! » (Viento Sur). samedi 7 novembre 2020, par PASTOR Jaime, PORTILLO Albert , URBAN CRESPO Miguel

https://www.europe-solidaire.org/

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