03 août 2020 ~ 0 Commentaire

stratégie (npa)

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Pour une stratégie de renversement du capitalisme

La crise actuelle du capitalisme revêt des dimensions tellement variées et profondes – crise écologique, sociale, économique, morale, politique… – qu’il ne fait plus de doute qu’il s’agit d’une crise systémique dont l’issue sera nécessairement une rupture – positive ou négative – avec les équilibres instables actuels.

Comment de rien devenir tout ? 

Parce qu’ils savent que seul un renversement révolutionnaire des rapports de forces permettra de vaincre la bourgeoisie, les communistes visent l’unité du prolétariat, et la voient non comme quelque chose de donné, mais comme une tâche à réaliser. Le « parti communiste » dont Marx et Engels écrivent le manifeste est justement la classe unifiée en lutte (le parti au sens « historique », non au sens d’une organisation particulière).

Les prolétaires, au sens large de l’ensemble des exploitéEs sous le capitalisme, ont, en raison de leur position dans les rapports sociaux, à la fois un intérêt fondamental à rompre avec le système capitaliste pour construire une société communiste (puisqu’ils et elles y sont dépossédéEs des moyens de production et du pouvoir politique)…

et la capacité de le faire (puisque d’une part ils sont le point faible de ce système qui repose sur leur travail et, d’autre part, leur place dans la société les pousse objectivement à s’opposer à la scission entre l’être humain et ce qu’il produit et organise, entre la théorie et la pratique, la pensée et l’action3).

Mais ils et elles sont profondément diviséEs, et le problème est donc de construire leur unité, tout en travaillant, ce qui est la source de nombreuses contradictions dans le cadre d’une société où l’aliénation est la règle, à s’approprier une perspective révolutionnaire.

Cette unité doit du reste aller au-delà de la lutte contre l’exploitation, et rassembler les forces qui se mobilisent contre cette conséquence nécessaire du capitalisme qu’est la destruction de l’environnement, ainsi que contre d’autres dimensions du système de domination établi, comme l’hétéro-patriarcat et le racisme systémique.

La fragmentation du prolétariat

La classe ouvrière est divisée en raison du fonctionnement intrinsèque du capitalisme (salariéEs relativement stables, précaires, chômeurEs, etc.), de différences de statuts (public, privé, intérim, auto-entrepreneurs relevant en réalité d’un salariat caché, ou encore le travail domestique), de divisions géographiques (grandes villes, banlieues, péri-urbain, campagnes, et le cas extrême des colonies), de l’âge et des générations, du patriarcat et du racisme systémique.

À ces divisions (facteur objectif), s’ajoutent de multiples différences entre les modalités de lutte, d’organisation et de conscience de classe (facteur subjectif). Ces deux facteurs, liés dialectiquement, permettent de comprendre que des mouvements très puissants et radicaux, aux prises avec le même adversaire (l’État bourgeois), puissent se succéder en à peine quelques mois presque sans aucune communication et continuité.

C’est ce qui s’est passé avec la révolte des banlieues d’octobre-novembre 2005 et le mouvement étudiant contre le CPE de février-avril 2006, même si la victoire partielle de ce dernier (dernier recul important d’un gouvernement en France) a été favorisée par l’affaiblissement du pouvoir et ses dissensions (représentées par la rivalité Villepin-Sarkozy) suite à la révolte de 2005.

C’est également un tel décalage et une telle désynchronisation qui a sévi entre le mouvement des Gilets jaunes et les manifestations et grèves contre les retraites de cet hiver, deux contestations massives et radicales mais aux méthodes de lutte très différentes et liées à des fractions hétérogènes de la classe ouvrière5.

Les différences sociologiques entre les membres des deux mouvements sont réelles mais ne sont pas les seules en cause : la ligne de la plupart des directions syndicales a consisté à rester à distance, voire à critiquer, les Gilets jaunes6, dont la suspicion initiale envers les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier n’a donc pas pu être assez surmontée.

Alors que les classes dominantes parviennent à jouer des divisions des exploitéEs et oppriméEs, et les renforcent par de continuelles offensives politiques et idéologiques (en particulier racistes), l’une des tâches stratégiques décisives des organisations de lutte de classes est à l’inverse de contrecarrer ces divisions, et de diffuser une conscience de classe unitaire.

Front unique et organisation

Une politique de front unique entre différentes organisations du mouvement ouvrier (révolutionnaires et réformistes) est nécessaire. L’une des étapes nécessaire est ainsi un travail d’implantation syndical volontariste dans des secteurs non ou peu organisés du salariat (privé, précaires, petites entreprises, jeunes, etc.8), dans l’objectif de reconstruire la conscience de classe dans ces secteurs.

Mais ces derniers, puisque l’organisation, l’indépendance et la conscience et y sont fragiles, sont en même temps ceux qui sont les plus sensibles aux problèmes politiques qui ne relèvent pas directement du rapport capital-travail.

On pourrait dire que, de nos jours, le front unique doit être encore plus large : il faut parvenir à établir des liens durables et à rendre possible une unité d’action avec des mouvements qui, comme les Gilets jaunes, organisent des classes sociales intermédiaires ou en gestation, au contours mouvants, peu organiséEs (ou en l’étant d’une manière très différente, par les réseaux sociaux notamment) mais dont les évolutions seront aussi le produit des batailles politiques et des alliances de classes qui sont noueront dans la lutte.

La grève de masse, hypothèse stratégique

La nécessaire construction de l’unité de la classe, le tissage de liens entre secteurs et luttes hétérogènes, la diffusion d’idées, d’imaginaires et de pratiques nouvelles, etc., suivent une temporalité longue, que Gramsci a pensé avec la métaphore de la « guerre de position ». Mais la « guerre de mouvement », d’une temporalité beaucoup plus dense, reste décisive, car c’est dans l’action, dans la mobilisation et la lutte de masse, que la conscience de classe progresse le plus rapidement.

Cette coagulation soudaine des luttes en une classe mobilisée et consciente est bien entendu historiquement très rare. Le plus souvent, et Luxemburg le précise d’ailleurs en d’autres endroits de son texte, elle fait suite à toute une période de luttes intenses. Et, dans tous les cas, la grève de masse doit être préparée, que ce soit techniquement ou idéologiquement, même si la préparation seule ne garantisse rien – Luxemburg soulignant à ce propos que la grève de masse n’est pas un outil que les syndicats ou partis pourraient décider d’utiliser à leur gré, comme un couteau que l’on pourrait ouvrir ou fermer à volonté.

La grève de masse, ou grève générale insurrectionnelle (insurrectionnelle dans la mesure où elle s’accompagne d’occupations de lieux de travail et de vie, de manifestations interdites, de pratiques d’auto-défense, etc. et défie donc la légalité), doit être, comme le dit Daniel Bensaïd notre « hypothèse stratégique » fondamentale.

Cela ne signifie pas qu’elle exclut d’autres formes d’actions (blocages, émeutes d’une part ; élections d’autre part) mais qu’elle doit être conçue comme la situation dont la probabilité est la plus grande où la classe ouvrière, massivement mobilisée, peut remettre en cause le plus efficacement le pouvoir bourgeois, entrainer des classes intermédiaires et ainsi faire basculer le rapport de forces.

En arrêtant la production elle sape les sources de ce pouvoir ; elle vise les sommets de l’État ; et en donnant naissance à des organes d’auto-organisation (éventuellement en relançant la production sous contrôle ouvrier), elle peut constituer le germe d’un double pouvoir, s’ils sont assez puissants et coordonnés, susceptible non seulement d’aboutir à un changement de pouvoir politique, mais à poser les bases d’un changement de société.

Dans une situation révolutionnaire, comme une grève générale, le(s) parti(s) révolutionnaire(s) peuvent prendre l’initiative décisive qui fera basculer le pouvoir du côté des organisations de lutte et des cadres d’auto-organisation des exploitéEs et oppriméEs (comme les soviets lors de la révolution d’octobre 1917), c’est-à-dire trancher la situation de double pouvoir en leur sens. Bref, dans une situation de « bifurcation » historique, il peut ouvrir la voie à une société communiste, libérée de l’exploitation et de l’oppression13. (Très résumé voir lien)

Yohann Emmanuel Antoine Larrache

https://npa2009.org/idees

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