26 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

sage femmes (france-24 lo)

brux
Bruxelles le 13 septembre

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LES OUBLIÉ-E-S DE LA CRISE

Après le Covid-19, le Ségur de la santé porte le « coup de grâce » aux sages-femmes

En première ligne pendant le pic épidémique de Covid-19, les sages-femmes se sentent oubliées par les accords du Ségur de la santé. Une « occasion ratée » de reconnaître cette profession, pourtant mobilisée au quotidien pour la santé des femmes.

Parcours fléché en couleurs, distances de sécurité, trois salles d’attente spacieuses : une pour les femmes enceintes, une pour les patientes avec symptômes du Covid-19 et une dernière pour les patientes « classiques ». L’équipe de quatre sages-femmes, dont deux échographistes, et quatre généralistes a tout mis en place pour garantir un climat sécurisé et serein dans la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis (93).Samedi 25 juillet, Adrien Gantois, sage-femme, reçoit à 9 h 15 sa première patiente avec sourire et décontraction. Il l’appelle par son prénom, la tutoie et connaît son dossier par cœur. C’est une première grossesse et chaque patiente mérite d’être entourée, écoutée et rassurée. « Ici, je suis totalement en confiance, je recommande même la maison à mes patientes », confie à France 24 Malyza, elle-même médecin généraliste, venue depuis Montreuil.Dans ce cabinet de ville, implanté dans le plus pauvre département de France, les soignants aiment la proximité avec leurs patients, le suivi à moyen et long terme et les « histoires »  individuelles. Il n’est pas rare d’entendre qu’on ne travaille pas dans le « 9-3″ par hasard. Alors tout, ici, est mis en œuvre pour protéger les femmes des turpitudes extérieures.« Dans l’imaginaire collectif, nous sommes toujours des accoucheuses »

Pourtant, depuis la signature des accords du Ségur de la santé le 13 juillet, Adrien Gantois serre les dents. Comme la plupart de ses collègues sages-femmes, il se sent « méprisé » par le Ségur.  Certes, la profession bénéficiera d’une revalorisation de 183 euros net par mois. Mais cette augmentation est ajustée sur celle des professions paramédicales, alors que les sages-

« Le Ségur était une occasion de reconnaître la profession de sage-femme et de la valoriser à sa juste valeur. C’est raté », regrette Adrien Gantois, sage-femme exerçant en libéral depuis 6 ans et président du Collège national des sages-femmes de France. « Dans l’imaginaire collectif, nous sommes toujours des accoucheuses. Mais nous avons évolué en formation et en compétence », martèle-t-il.

Les sages-femmes suivent cinq ans d’études, dont une année de médecine puis quatre autres de spécialisation en gynécologie et obstétrique. Elles peuvent assurer ensuite les accou-chements à l’hôpital et à domicile, mais également les suivis de grossesse, les soins post-partum, les IVG médicamenteuses, la contraception ou le suivi gynécologique. Et bien sûr, diagnostiquer les urgences.

Samedi, en milieu de matinée, des pleurs sonores viennent déchirer la tranquillité de la petite maison du Pré-Saint-Gervais. Derrière les portes closes, la détresse d’une future mère est palpable. Adrien Gantois vient de déceler un col trop ouvert, synonyme de risque d’un accouchement trop précoce. Le diagnostic est confirmé à l’échographie.

Moins de dix minutes plus tard, le Samu transporte la patiente aux urgences de sa maternité. « Son dossier est déjà transféré », assure Adrien Gantois quand la pression retombe. « La clé de la réussite est là : il faut travailler main dans la main avec les hôpitaux. Fluidifier les parcours de soins. Et ça aussi, ça a échappé au Ségur, qui n’a pas eu l’ambition de réformer le système », regrette-t-il.

La profession non représentée au Ségur

« Ce Ségur est une honte », renchérit-il, soulevant un autre point qui le hérisse. « Le fait que les sages-femmes soient oubliées est une faute politique et symbolique qui en dit long sur le patriarcat en France », assène-t-il. « Les sages-femmes sont respectées dans les pays plus évolués en matière d’égalité homme-femme, où l’on mesure l’importance de la santé des femmes. »

Même analyse de la part de Cécile Caze, sage-femme coordinatrice du réseau de périnatalité de Seine-Saint-Denis. « Nous sommes à 98 % une profession féminine et en plus on s’occupe des femmes : c’est la double peine ! », ironise-t-elle. Elle déplore le manque de poids politique de la profession qui ne regroupe « que » 24 000 personnes en France (contre plus de 700 000 infir-miers). Outre la non-reconnaissance de leur statut, elle déplore leur exclusion des négociations du Ségur.

« Quand Olivier Véran dit que les revalorisations sont le fruit de négociations syndicales, il faut rappeler que les syndicats de sages-femmes n’ont pas pu siéger au Ségur et que les syndicats généraux ne reconnaissent pas la singularité notre profession », précise-t-elle, en réponse au ministre de la Santé qui assurait sur France 2 le 22 juillet que les « sages-femmes ne sont pas du tout oubliées ».

Les sages-femmes,  »des roseaux dans la tempête » du Covid-19

La pilule est d’autant plus difficile à avaler qu’à l’instar des autres corps médicaux, les sages-femmes ont été sur le pont depuis le début de la crise du Covid-19. « Les femmes ne s’arrêtent pas d’accoucher pendant le Covid », poursuit Cécile Caze, qui a participé, comme Adrien Gantois, à la cellule de crise nationale opérationnelle pendant tout le confinement.

Implantée en Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus touchés par le Covid-19 pendant le pic de la crise sanitaire, avec notamment plus de 200 cas de patientes enceintes diagnostiquées positives au virus, la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais a assuré sa mission sans discontinuité.

« On a tout donné », assure Adrien Gantois : rédaction d’un protocole, mise en place de la téléconsultation, poursuite des soins d’urgence et des échographies avec les moyens du bord – masques achetés en pharmacie, blouses de cantinières mises à disposition par la mairie et charlottes données par un cabinet de kinésithérapie…  »On était comme des roseaux dans la tempête », s’enflamme Adrien. Mais les femmes ont pu s’y accrocher.

Diagnostiquée positive au Covid-19 en février, à six mois et demi de sa grossesse, Rebecca a d’abord été orientée aux urgences puis a bénéficié d’une préparation à la naissance par télé-consultation et des soins nécessaires en présentiel : « On m’a expliqué que le risque de trans-mission fœtal était minime, je me suis accrochée à cette idée. Les sages-femmes m’ont rassurée », explique-t-elle, en sortant de sa consultation de suivi postpartum.

Besoin de repos et de reconnaissance

En cette fin juillet, alors que la Seine-Saint-Denis repasse au-dessus du seuil de vigilance pour le Covid-19 – avec un taux d’incidence de 10,1 contaminations pour 100 000 habitants recensé dans la semaine du 6 au 12 juillet, ce qui n’était plus arrivé depuis fin mai –, les sages-femmes confirment sentir un « frémissement ». Elles se disent plus préparées qu’en mars dernier. Plus fatiguées aussi.

Depuis le déconfinement, les consultations ont repris dans des conditions sanitaires contrai-gnantes et le planning ne désemplit pas de femmes enceintes : « La future génération du confine-ment », s’amuse Adrien, dont on ne voit que les yeux bleus sourire, au-dessus du masque. Mais il ne cache pas son épuisement. « J’ai besoin de repos pour pouvoir assurer en cas de deuxième vague. Besoin de recul aussi parce que le Ségur a été le coup de grâce. Si on va mal, on ne peut pas faire un suivi de bonne qualité. Et c’est ce que n’arrivent pas à comprendre les ministères. »

26/07/2020  Sarah LEDUC

https://www.france24.com/fr/

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Nos lecteurs écrivent : Le Ségur de la santé met les sages-femmes en colère

Je suis sage-femme depuis quinze ans. On sait peu que les sages-femmes, bien que fonctionnaires, avec un statut et un salaire comparables à ceux des infirmières, font partie des professions dites « médicales » comme les médecins et chirurgiens-dentistes.

Leur formation commence d’ailleurs par une année de médecine, suivie de quatre années d’école spécialisée. Eh bien à ce titre, nous n’avons pas été représentées au Ségur de la Santé ! Bien sûr, il n’est pas sorti grand-chose de cette comédie que le gouvernement a organisée après le confinement pour avoir l’air de faire quelque chose, mais en plus, ceux qui travaillent à l’hôpital n’y ont pas tous été associés, et nous non plus.

Pendant la crise sanitaire, des services Covid ont pourtant été ouverts au sein des maternités et les accouchements ont continué à avoir lieu. Les sages-femmes assurent également les suivis de grossesse, la réanimation et le soin des nouveau-nés, ainsi que le suivi gynécologique des femmes, le dépistage des pathologies, le travail en PMA, la prise en charge des IVG (y compris au planning familial), les consultations à domicile… La liste est non exhaustive.

La fermeture des maternités depuis trente ans fait qu’une sage-femme gère souvent plusieurs parturientes à la fois, en même temps que les urgences et les consultations diverses, dans un climat de plus en plus stressant car on ne peut pas être partout en même temps.

Et pourtant, dans un premier temps, nous avons été oubliées de la liste des professionnels qui avaient le droit aux masques, nous avons dû batailler pour en obtenir. Pourtant, il n’y aura pas d’embauches. Et notre grille salariale ne va pas évoluer. Nous ne bénéficierons que des 183 euros, qui ne sont en fait qu’un pseudo-rattrapage du gel du point d’indice des fonctionnaires depuis plus de dix ans.

Tout cela est perçu par beaucoup comme un mépris de plus. Cet hiver encore, l’actualité parlait des fermetures des petites maternités, de la mise en danger des mères et des enfants… Mais le gouvernement est toujours dans le déni, malgré la crise du Covid qui nous laisse un goût plus qu’amer !

Lucie P., Cambrai 29 Juillet 2020

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